Les juifs d’Irak -Comment les Britanniques et les sionistes ont provoqué l’exode de 120 000 Juifs d’Irak après 1948


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Auteur : Giladi Naeim
Ouvrage : Les juifs d’Irak Comment les Britanniques et les sionistes ont provoqué l’exode de 120 000 Juifs d’Irak après 1948
Année : 1998

Traduit de l’anglais par Pétrus Lombard, membre associé et révisé par Fausto Giudice, membre de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle peut être librement reproduite, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

N’oublions pas que ben Youdi aime à se plaindre. Ayant
toujours à l’esprit que ce peuple d’élus, qui fête toujours Esther
dans l’alcool et la liesse après 5774 ans, ne changera jamais …
Un goy (animal à visage humain) : Lenculus

Cet article est paru pour la première fois dans The Link, Volume 31, Issue 2, April-May 1998.
Source : http : / / http://www.jewsagainstzionism.com / zionism / impact / Irakijews.cfm

Mon histoire
Naturellement je pensais alors avoir tout compris. J’étais jeune,
idéaliste, et je ne demandais pas mieux que de risquer ma vie pour mes
convictions. C’était en 1947 et je n’avais pas tout à fait 18 ans quand
les autorités Irakiennes m’ont attrapé pour contrebande de jeunes juifs
Irakiens, comme moi-même, amenés hors d’Irak en Iran, et ensuite vers
la Terre Promise qui serait bientôt établie en Israël.
J’étais un juif Irakien du réseau clandestin sioniste. Mes geôliers
Irakiens ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour m’arracher les noms de mes
co-conspirateurs. Cinquante ans après, la douleur palpite toujours dans
mon orteil droit — un souvenir du jour où mes ravisseurs utilisèrent
des pinces pour m’enlever les ongles des orteils. À une autre occasion, ils
m’ont tiré sur le toit plat de la prison, m’ont déshabillé par un jour glacial
de janvier, puis m’ont jeté un seau d’eau froide. J’ai été laissé là, enchaîné à
la balustrade, pendant des heures. Mais je n’ai jamais envisagé une seule
fois de leur donner l’information qu’ils voulaient. J’étais un vrai croyant.

Mes préoccupations durant ce qui est resté pour moi mes « deux
années dans l’enfer » étaient la survie et l’évasion. Je n’avais aucun intérêt
alors dans le large coup de balai de l’histoire juive en Irak même si ma famille
en avait fait partie dès le début. Nous étions à l’origine les Haroun,
une grande et importante famille « de la Diaspora Babylonienne ». Mes
ancêtres s’étaient installés en Irak il y a plus de 2 600 ans — 600 ans avant
le Christianisme, et 1 200 ans avant l’Islam (1). Je descendais des juifs qui
ont construit le tombeau d’Ezéchiel, un prophète juif des temps pré-bibliques.
Ma ville, où je suis né en 1929, est Hillah, non loin de l’antique
site de Babylone.
Les premiers juifs se sont établis à Babylone, avec ses fleuves nourrissant
le Tigre et l’Euphrate, vraiment une terre de lait, de miel, d’abondance
et d’opportunités. Bien que les juifs, comme les autres minorités
dans ce qui est devenu l’Irak, ont subi des périodes d’oppression et de
discrimination en fonction des dirigeants du moment, leur trajectoire
générale sur plus de deux millénaires et demi a été ascendante. Sous les
derniers gouvernements ottomans, par exemple, les institutions sociales
et religieuses juives, les écoles, et les établissements médicaux se sont épanouis
sans interférence extérieure, et les juifs étaient au premier rang au
gouvernement et aux affaires.
Tandis que j’étais assis là, dans ma cellule, ignorant qu’une sentence
de mort serait bientôt prononcée contre moi, je ne pouvais trouver aucune
doléance personnelle ou que des membres de ma famille auraient
pu faire à l’encontre du gouvernement ou de la majorité musulmane.
Notre famille était bien traitée et elle prospérait, d’abord comme fermiers
avec environ 25 000 hectares consacrés au riz, aux dattes et aux chevaux
arabes. Puis, avec les Ottomans, nous avons acheté et raffiné de l’or qui
était acheminé vers Istanbul et transformé en monnaie. Les Turcs ont été
en fait responsables du changement de notre nom pour qu’il reflète notre
métier — nous sommes devenus les Khalaschi, signifiant les « fabricants
de pur ».


1 — Marion Woolfson, « Prophets in Babylon : Jews in the Arab World » (Prophètes
à Babylone : Juifs dans le monde arabe), p. 129


Je n’ai pas donné volontairement à mon père l’information de mon
ralliement au réseau clandestin sioniste. Il l’a découvert plusieurs mois
avant que je sois arrêté quand il m’a vu écrire en hébreu en utilisant des
mots et des expressions qui lui étaient peu familiers. Il a été bien plus
étonné d’apprendre que, oui, j’avais décidé de déménager moi-même
bientôt en Israël. Il a été méprisant. « Tu reviendra avec la queue entre les
jambes », a-t-il prédit.
Environ 125 000 juifs sont partis d’Irak pour Israël vers la fin des
années 40 et en 1952, la plupart parce qu’on leur avait menti et qu’ils
étaient paniqués des bombes dont j’ai appris qu’elles étaient sionistes.
Mais ma mère et mon père étaient parmi les 6 000 qui ne sont pas partis
en Israël. Bien que physiquement je ne sois jamais retourné en Irak — les
ponts ont été coupés — mon coeur y a voyagé souvent, souvent. Mon père
avait raison.
J’ai été emprisonné au camp militaire d’Abou-Ghraib, à environ
11 kilomètres de Bagdad. Quand la cour militaire a prononcé ma sentence
de mort par pendaison, je n’avais rien à perdre en tentant l’évasion
que j’avais projetée durant de nombreux mois.
C’était une recette étrange pour une évasion : Un petit morceau de
beurre, une peau d’orange, et quelques vêtements de l’armée, qu’à un ami
j’avais demandé d’acheter pour moi dans un marché aux puces. J’ai mangé
délibérément autant de pain que je le pouvais pour grossir en prévision
du jour où j’aurai mes 18 ans, quand ils pourraient m’inculper cérémonieusement
d’un crime et m’attacher à la cheville le boulet de 50 livres et
la chaîne qui étaient la norme pour les prisonniers.
Plus tard, quand mes jambes ont été enchaînées, j’ai été mis sous
un régime draconien qui me laissait souvent amorphe. La noix de beurre
était destinée lubrifier ma jambe en vue de la dégager de l’anneau métallique.
J’ai subrepticement collé la peau d’orange dans la serrure la nuit
prévue pour mon évasion, ayant étudié la façon de la placer pour empêcher
la fermeture de la serrure.
Une fois les geôliers partis après avoir fermé les portes des cellules,
j’ai mis le vieil uniforme qui ne pouvaient être distinguées de celui qu’ils

portaient — un long manteau vert et un bonnet de laine baissé jusqu’au
nez (c’était l’hiver). Ensuite, j’ai simplement ouvert tranquillement la
porte et rejoint le groupe des soldats en partance pendant qu’ils marchaient
à grands pas le long du hall et à l’extérieur, et j’ai lancé un « bonne
nuit » au poste de garde au moment où je partais. Un ami avec une voiture
attendait pour m’emmener loin.

Plus tard j’ai fait mon chemin dans le nouvel État d’Israël, y arrivant
en mai 1950. Mon passeport portait mon nom en arabe et en anglais,
mais l’anglais ne pouvait pas rendre le son « kh », alors mon nom a été
tout simplement rendu par Klaski. À la frontière, les gens de l’immigration
ont appliqué la version anglaise mise à la sauce ashkénaze. D’une
certaine manière, cette « erreur » fut la clef qui me permit très vite de
découvrir comment fonctionnait le système de castes israélien.
Ils m’ont demandé où je voulais aller et ce que je voulais faire. J’étais
fils de fermier ; je connaissais tous les problèmes de la ferme, alors je me
suis engagé comme volontaire pour aller à Dafnah, un kibboutz agricole

en haute Galilée. J’y suis resté seulement quelques semaines. Pour tout,
le pire était donné aux nouveaux immigrés. La nourriture était la même,
mais c’était la seule chose que tous avaient en commun. Pour les immigrés,
les mauvaises cigarettes, et même la mauvaise pâte dentifrice. Tout.
Je suis parti.
Ensuite, à travers l’Agence Juive, on m’a conseillé d’aller à Al Majdal
(plus tard rebaptisée Ashkelon), une ville arabe à environ 14 kilomètres
de Gaza, très près de la Méditerranée. Le gouvernement israélien avait
prévu de la transformer en ville agricole, ainsi mon expérience à la ferme
y serait un atout.
Quand je me suis présenté à l’Office du Travail de Al Majdal, ils ont
vu que je pouvais lire et écrire en arabe et en hébreu, et ils ont dit que je
pourrais trouver un travail bien payé au bureau du gouverneur militaire.
Les Arabes étaient sous l’autorité de ces gouverneurs militaires israéliens.
Un employé m’a remis un tas de formulaires en arabe et en hébreu. J’ai
commencé à comprendre à ce moment. Avant qu’Israël puisse établir sa
ville agricole, il devait débarrasser Al Majdal de ses Palestiniens indigènes.
Les formulaires étaient des pétitions aux Inspecteurs des Nations
Unies, demandant le transfert [des palestiniens] hors d’Israël vers Gaza,
qui était sous contrôle égyptien.
J’ai relu la pétition. En signant, le Palestinien déclarait être sain
d’esprit et de corps et faire la demande de transfert sans pression ni
contrainte. Bien sûr, il n’y avait aucune raison qu’ils partent sans y être
obligés. Ces familles étaient là depuis des centaines d’années, comme fermiers,
artisans rustiques, tisserands. Le gouverneur militaire les a empêché
de poursuivre leur vie, précisément en les parquant jusqu’à ce qu’ils
perdent l’espoir de reprendre leur vie normale. C’est alors qu’ils ont signé
pour partir.
J’étais là et j’ai entendu leur plainte. « Nos coeurs sont dans la souffrance
quand nous regardons les orangers que nous avons plantés avec
nos propres mains. S’il vous plaît, laissez-nous partir, laissez-nous donner
de l’eau à ces arbres. Dieu ne sera pas satisfait de nous si nous laissons

ses arbres sans soins ». J’ai demandé au gouverneur militaire de leur porter
secours, mais il a dit, « Non, nous voulons qu’ils partent ».
Je ne pouvais pas plus longtemps participer à cette oppression et
je suis parti. Ces Palestiniens qui ne se portaient pas volontaires pour
ces transferts étaient emmenés de force — jetés dans des camions et déchargés
à Gaza. Environ quatre mille personnes ont été obligées d’une
manière ou d’une autre de quitter Al Majdal. Les rares qui sont restés
étaient des collaborateurs des autorités israéliennes.
Plus tard, j’ai écrit des lettres pour obtenir un travail ailleurs au gouvernement
et j’ai obtenu immédiatement de nombreuses réponses me
demandant de venir pour un entretien. Puis ils découvraient que mon visage
n’était pas assorti à mon nom polonais / ashkénaze. Ils demandaient
si je parlais yiddish ou polonais, et quand je disais ne pas le faire, ils demandaient
d’où me venait mon nom polonais. Désespéré d’obtenir un
bon travail, je disais habituellement penser que mon grand-père était de
Pologne. Je me suis maintes et maintes fois entendu dire : « Nous vous
rappellerons ».
Par la suite, trois à quatre ans après mon arrivée en Israël, j’ai changé
mon nom en Giladi, qui était proche de mon nom de code, Gilad, que je
portais dans le réseau clandestin sioniste. Klaski ne m’allait pas bien de
toute façon, et mes amis orientaux me réprimandaient toujours au sujet
du nom qu’ils savaient ne pas convenir à mes origines de juif Irakien.
J’étais désillusionné par ce que j’ai trouvé en Terre Promise, désillusionné
personnellement, désillusionné par le racisme institutionnalisé,
désillusionné par ce que j’ai commencé à apprendre sur les cruautés du
sionisme. Le principal intérêt d’Israël pour les juifs des pays musulmans
venait de ce qu’ils constituaient une main d’oeuvre bon marché, particulièrement
pour le travail de ferme qui était indigne des juifs de l’Est européen.
Ben Gourion avait besoin des juifs « orientaux » (1) pour cultiver
les milliers d’acres de terre abandonnés par les Palestiniens qui ont été
chassés par les forces israéliennes en 1948 (2).


1 — (i.e. arabes, ndt)
2 — Voir mon livre, « Ben Gurion’s Scandals » (Scandales de Ben Gourion), p. 105.


Et j’ai commencé à découvrir les méthodes barbares employées
pour débarrasser l’État naissant d’autant de Palestiniens que possible.
Le monde recule aujourd’hui d’horreur à l’idée de la guerre bactériologique,
mais Israël a été probablement le premier à l’employer réellement
au Moyen-Orient. Durant la guerre de 1948, les forces juives ont vidé
les villages arabes de leur population, souvent par des menaces, parfois
en abattant simplement une demi-douzaine d’Arabes désarmés comme
exemple pour les autres. Pour s’assurer que les Arabes ne puissent revenir
vivre dans ces villages, les Israéliens ont mis des bactéries de typhus et de
dysenterie dans l’eau des puits.
Uri Mileshtin, un historien officiel la Force de Défense Israélienne, a
écrit et parlé de l’utilisation d’agents bactériologiques (1). Selon Mileshtin,
Moshe Dayan, alors commandant de division, a donné des ordres en
1948 pour enlever les Arabes de leurs villages, pour aplanir au bulldozer
leurs maisons, et pour rendre l’eau des puits inutilisables (2) avec des bactéries
de typhus et de dysenterie.
Acre était ainsi située qu’elle pouvait pratiquement se défendre avec
une seule grosse pièce d’artillerie, alors la Haganah a mis des bactéries
dans la source qui alimentait la ville. La source s’appelait Capri et elle
courait au nord près d’un kibboutz. La Haganah a mis des bactéries
de typhus dans l’eau allant à Acre, les gens sont tombés malades, et les
forces juives ont occupé Acre. Cela a marché si bien qu’ils ont envoyé une
équipe de la Haganah habillée en Arabes à Gaza, où il y avait des forces
égyptiennes, et les Égyptiens les ont attrapés vidant deux bidons de


1 — Mileshtin a été cité par le quotidien israélien Hadashot, dans un article
publié le 13 août 1993. L’auteur, Sarah Laybobis-Dar, a interviewé un certain
nombre d’israéliens qui avaient connaissance de l’utilisation d’armes bactériologiques
dans la guerre de 1948. Mileshtin a dit que des bactéries étaient utilisées
pour empoisonner les puits de chaque village vidé de ses habitants arabes.
2 — (Note de L.enculus) Il ne changeront jamais. Toujours les mêmes techniques
employées depuis des siècles. A lire : Jacques Basnage de Beauval : L’Histoire
et la religion des Juifs depuis Jésus-Christ jusqu’à présent – Tome IX seconde
partie, p. 600 et suivantes.


bactéries de typhus et de dysenterie, dans les réservoirs d’eau sans motif et
au mépris le plus éhonté de la population civile. « En guerre, il n’y a aucun
sentiment », déclara l’un des hommes de la Haganah arrêté.
Mon activisme en Israël a commencé peu de temps après la réception
d’une lettre du Parti Socialiste / Sioniste me demandant un coup de
main pour leur journal en arabe. Quand je suis venu à leurs bureaux à
la centrale de Tel-Aviv, j’ai essayé de me renseigner pour savoir à qui je
devais m’adresser. J’ai montré la lettre à un couple, qui sans même la regarder,
m’ont fait un geste de loin en disant : « Pièce n° 8 ». Quand j’ai
vu qu’ils n’avaient même pas lu la lettre, je me suis renseigné auprès de
plusieurs autres. Mais la réponse était identique, « Pièce n° 8 », sans un
regard au papier que je mettais devant eux.
Alors je suis allé dans la pièce 8 et j’ai vu que c’était la section des
Juifs des pays musulmans. J’étais dégoûté et en colère. Soit je suis membre
du parti, soit je ne le suis pas. Ai-je une idéologie ou une politique différente
parce que je suis juif arabe ? C’est de la ségrégation, pensais-je,
exactement comme une section des nègres. J’ai tourné les talons et je suis
sorti. C’était le début de mes protestations publiques. Quand la même
année j’ai organisé une manifestation à Ashkelon contre la politique raciste
de Ben Gourion, 10 000 personnes y ont participé.
Il n’y avait pas beaucoup d’opportunités pour ceux d’entre nous qui
étions citoyens de deuxième classe pour faire grand’chose à ce sujet alors
qu’Israël était en état de guerre contre ses ennemis extérieurs. Après la
guerre de 1967, j’étais moi-même dans l’armée et je servais au Sinaï quand
les combats se poursuivaient le long du Canal de Suez. Mais le cessez-le-feu
avec l’Égypte en 1970 nous donna une ouverture. Nous avons pris
la rue en nous organisant politiquement pour exiger l’égalité des droits.
Si c’est notre pays, si on compte sur nous pour que nous risquions nos
vies dans une guerre de frontière, alors nous comptons sur une égalité de
traitement.
Nous avons mené la lutte avec tellement de ténacité et avons reçu
tant de publicité que le gouvernement israélien a tenté de discréditer

notre mouvement en nous appelant les « Panthères Noires d’Israël ». Ils
pensaient en termes racistes, vraiment, en supposant que le public israélien
rejetteraient une organisation dont l’idéologie était comparable à
celle des noirs radicaux US. Mais nous avons vu que ce que nous faisions
n’était pas différent du combat des Noirs aux USA, contre la ségrégation,
la discrimination et le traitement inégal. Plutôt que rejeter l’étiquette,
nous l’avons adoptée fièrement. J’avais des affiches de Martin Luther
King, de Malcolm X, de Nelson Mandela et d’autres militants de droits
civiques placardées partout dans mon bureau.
Avec l’invasion israélienne du Liban et les massacres de Sabra et de
Chatila — parrainés par Israël —; j’en avais assez d’Israël. Je suis devenu
citoyen US et me suis assuré de l’annulation de ma nationalité israélienne.
Je n’aurais jamais pu écrire et publier mon livre en Israël, pas avec
la censure qu’ils imposaient.
Même en Amérique, j’ai eu de grandes difficultés pour trouver un
éditeur parce que beaucoup sont sujets à des pressions d’un genre ou d’un
autre de la part d’Israël et de ses amis. En fin de compte, j’ai payé 60 000
dollars de ma propre poche pour publier Ben Gurion’s Scandals : How the
Haganah & the Mossad Eliminated Jews (Les scandales de Ben Gourion :
Comment la Haganah et le Mossad ont éliminé des juifs), pratiquement
le montant entier de la vente de ma maison en Israël.
Je craignais toujours que l’imprimeur se défile ou qu’une procédure
judiciaire soit lancée pour arrêter sa publication, comme le gouvernement
israélien en avait fait la tentative pour empêcher l’ancien officier du
Mossad Victor Ostrovsky de publier son premier livre (1). Ben Gurion’s
Scandals devait être traduits en anglais à partir de deux langues. J’ai écrit


1 — Le 12 septembre 1990, la cour suprême de l’État de New York a publié une
injonction sur demande du gouvernement israélien pour empêcher la publication
du livre d’Ostrovsky, « By Way of Deception : The Making and Unmaking
of a Mossad Officer » (Par la tromperie : Fabrication et défection d’un officier
du Mossad). La cour d’appel de l’État de New York a levé l’interdiction le jour
suivant.


en hébreu quand j’étais en Israël et que j’espérais y publier le livre, et j’ai
écrit en arabe quand j’ai achevé le livre après ma venue aux USA. Mais
j’étais aussi inquiet que quelque chose arrête la publication et j’ai dit à
l’imprimeur de ne pas attendre les traductions entièrement vérifiées et
de ne pas corriger les épreuves. Maintenant je me rends compte que la
publicité d’une plainte en justice aurait juste créé une controverse et donc
un intérêt pour le livre.
J’entrepose dans un coffre-fort de banque les documents précieux
qui étaient ce que j’ai écrit. Ces documents, y compris quelques-uns que
j’ai illégalement copiés des archives de Yad Vashem, confirment ce que j’ai
vu moi-même, ce qui m’a été dit par d’autres témoins, et ce que des historiens
réputés et d’autres ont écrit sur les attentats sionistes à la bombe en
Irak, les ouvertures de paix arabes qui ont été repoussées, et les incidents
violents et mortels infligées par des juifs aux juifs pour la cause de la
création d’Israël.

l’émeute de 1941
Si, comme je l’ai dit, ma famille en Irak n’était
pas personnellement persécutée, et je que n’ai connu aucune privation
en tant que membre de la minorité juive, qu’est-ce
qui m’a amené à marcher vers la potence en
tant que membre du réseau clandestin sioniste? Pour répondre à
cette question, il est nécessaire
d’établir le contexte du massacre qui s’est produit à Bagdad le 1er
juin 1941, quand plusieurs centaines de juifs Irakiens ont été tués dans
des émeutes impliquant des officiers subalternes de l’armée Irakienne.

J’avais 12 ans et beaucoup des tués étaient mes amis. J’étais en colère et
très confus. Ce que je ne savais pas alors, c’est que les émeutes étaient très
probablement fomentées par les Britanniques, de connivence avec une
direction Irakienne pro-britannique.
Avec la chute de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale,
l’Irak tomba sous la « tutelle britannique ». L’Émir Fayçal, fils du
Chérif Hussein qui avait mené la révolte arabe contre le sultan ottoman,
a été amené de la Mecque par les Anglais pour devenir roi d’Irak en 1921.
Beaucoup de juifs ont été nommés aux principaux postes administratifs,
y compris celui de ministre de l’Économie. La Grande-Bretagne a conservé
l’autorité décisive sur les affaires intérieures et étrangères. Toutefois,
l’attitude prosioniste de la Grande-Bretagne en Palestine a provoqué un
retour de bâton antisioniste croissant en Irak, comme dans tous les pays
arabes. Sir Francis Humphreys, l’ambassadeur de Grande-Bretagne à
Bagdad, écrivait fin 1934 que, tandis qu’avant la Première Guerre mondiale
les juifs Irakiens occupaient une position plus favorable que toute
autre minorité dans le pays, depuis lors le « sionisme a semé la dissension
entre juifs et arabes, et une amertume inexistante auparavant a grandi
entre les deux peuples. »
Le Roi Fayçal est mort en 1933. Son successeur a été son fils Ghazi,
qui est mort dans un accident d’automobile en 1939. La couronne est
alors passée au fils de Ghazi âgé de 4 ans, Fayçal II, dont l’oncle, Abd Al
Ilah, a été nommé régent. Abd Al Ilah a choisi Nouri El Saïd comme
Premier ministre. El Saïd soutenait les Britanniques et, comme la haine
pour les Anglais se développait, il a été chassé de son poste en mars 1940
par quatre officiers supérieurs de l’armée qui prônaient l’indépendance de
l’Irak vis-à-vis de la Grande-Bretagne. S’appelant eux-mêmes le Golden
Square (Carré d’or), les officiers ont contraint le régent à nommer premier
ministre Rashid Ali Al Kilani, le dirigeant du parti de la Fraternité
nationale. C’était en 1940 et la Grande-Bretagne titubait sous la forte offensive
allemande. Al Kilani et le Golden Square ont vu là l’occasion de se
débarrasser une fois pour toutes du joug britannique. Ils ont commencé à
négocier prudemment le soutien allemand, ce qui a amené Abd Al Ilah, le

régent pro-britannique, à révoquer Al Kilani en janvier 1941. Toutefois,
les officiers du Golden Square ont rétabli le Premier ministre en avril.
Cela a poussé les Britanniques à envoyer une force militaire à Bassorah
le 12 avril 1941. Bassorah, la seconde ville d’Irak, avait
une population de 30 000 juifs. La plupart de ces juifs
vivaient d’import-export, de change, de vente au détail,
comme ouvriers dans les aéroports, aux chemins de fer,
et dans les ports, ou comme cadres administratifs.
Le même jour, le 12 avril, des partisans du régent pro-britannique
ont informé les dirigeants juifs que le régent voulait les rencontrer.
Comme c’était la coutume, les dirigeants ont apporté des fleurs au régent.
Contrairement à la coutume, cependant, les voitures qui les ont conduits
sur le lieu de réunion les ont débarqués près de l’endroit où étaient massés
les soldats britanniques.
Des photographies des juifs sont apparues dans les journaux du
jour suivant avec en manchette « Les juifs de Bassorah reçoivent les troupes
britanniques avec des fleurs ». Ce même jour, le 13 avril, des groupes de
jeunes Arabes en colère ont entrepris de se venger des juifs. Plusieurs notables
musulmans de Bassorah qui avaient entendu parler du projet ont
calmé les choses. On a appris plus tard que le régent n’était pas du tout
à Bassorah et que l’affaire était une provocation des partisans pro-britanniques
pour déclencher une guerre ethnique afin de donner à l’armée
britannique un prétexte pour intervenir.
Les Britanniques ont continué à débarquer plus de forces dans et
autour de Bassorah. Le 7 mai 1941, leur unité de Gurkhas, composée de
soldats de ce groupe ethnique indien, a occupé le quartier El Oshar de

Bassorah, un quartier avec une forte population juive. Les soldats, menés
par des officiers britanniques, ont commencé le pillage. De nombreux
magasins de la zone commerciale ont été pillés. Des maisons privées ont
été fracturées. Des cas de tentative de viol ont été rapportés. Les riverains,
juifs et musulmans, ont réagi avec des pistolets et de vieux fusils, mais
leurs balles ne pouvaient pas rivaliser avec les mitraillettes des soldats.
Ensuite, on a appris que les soldats agissaient avec l’assentiment,
sinon la bénédiction, de leurs commandants britanniques. (On devrait
se rappeler que les soldats indiens, particulièrement ceux de l’unité Gurkha,
étaient connus pour leur discipline, et il est hautement improbable ils aient
agi aussi violemment sans ordres.) Le but britannique était évidemment
de créer le chaos et de noircir l’image du régime nationaliste de Bagdad,
donnant de ce fait aux forces britanniques le prétexte pour foncer sur la
capitale et renverser le gouvernement Al -Kilani.
Bagdad tomba le 30 mai. Al Kilani s’enfuit en Iran, avec les officiers
du Golden Square. Les stations radio tenues par les Britanniques ont signalé
que le régent Abd Al Ilah reviendrait dans la ville et que des milliers
de juifs et d’autres projetaient de l’accueillir. Cependant, ce qui a enflammé
les jeunes Irakiens contre les juifs par-dessus tout, a été le speaker
Yunas Bahri de la station de radio allemande « Berlin », qui a rapporté en
arabe que des juifs de Palestine combattaient au côté des Anglais contre
les soldats Irakiens près de la ville de Falloujah. L’information était fausse.
Le dimanche 1er juin, un combat sans armes a éclaté à Bagdad entre
des juifs, qui étaient encore en train de célébrer la fête de Shabuoth, et de
jeunes Irakiens qui pensaient que les juifs célébraient le retour du régent
pro-britannique. Ce soir-là, un groupe d’Irakiens a arrêté un autobus, a
enlevé les passagers juifs, en a assassiné un et en a blessé mortellement
une second.
Autour de 8 heures 30 le matin suivant, environ 30 individus en
uniformes de militaires et de policiers ont ouvert le feu le long de la rue
Al Amin, une petite rue du centre dont les boutiques de bijoux, de tailleurs
et d’épicerie appartenaient à des juifs. À 11 heures du matin, des

foules Irakiennes avec des poignards, des couteaux à cran d’arrêt et des
gourdins attaquaient les maisons juives du quartier.
Les émeutes ont continué tout au long du lundi 2 juin. Pendant ce
temps, de nombreux musulmans ont pris la défense de leurs voisins juifs,
tandis que certains juifs se défendaient avec succès. Il y eut 124 tués et
400 blessés, selon un rapport écrit par un messager de l’Agence Juive qui
était alors en Irak. D’autres évaluations, probablement moins fiables, ont
mis la barre des morts plus haut, à 500, avec 650 à 2 000 blessés. De 500
à 1 300 boutiques et plus de 1 000 maisons et appartements ont été pillés.
Qui était derrière l’émeute dans le quartier juif ?
Yosef Meir, l’un des plus éminents militants du mouvement clandestin
sioniste en Irak, connu alors comme Yehoshafat, a affirmé que
c’étaient les Britanniques. Meir, qui travaille maintenant pour le Ministère
de la Défense Israélienne, argue du fait que, afin de rendre évident que
le régent revenait comme un sauveur qui rétablirait la loi et l’ordre, les
Britanniques ont fomenté les émeutes contre le secteur le plus vulnérable
et le plus visible de la ville, les juifs. Et, sans surprise, les émeutes se sont
achevées dès que les soldats fidèles au régent sont entrés dans la capitale.
Mes propres investigations de journaliste m’ont amené à croire que
Meir avait raison. De plus, je pense que ses affirmations devraient être
vues comme basé sur des documents des archives du ministère de la
Défense Israélien, l’agence qui a publié son livre (1). Cependant, même
avant que son livre soit sorti, j’en ai eu la confirmation indépendante d’un
homme que j’ai rencontré en Iran vers la fin des années 40.
Son nom était Michael Timosian, un Arménien Irakien. Quand je
l’ai rencontré il travaillait comme infirmier à la Anglo-Iranian Oil Company
à Abadan au sud de l’Iran. Le 2 juin 1941, cependant, il travaillait à l’hôpital
de Bagdad où ont été amenées plusieurs victimes des émeutes. La
plupart de ces victimes étaient juives.
Timosian a déclaré qu’il était particulièrement intéressé par deux


1 — Yosef Meir, « Road in the Desert » (Route dans le désert), Ministère de la
Défense Israélienne, p. 36.


patients dont la gestion n’a pas suivi l’habitude locale. L’un avait été frappé
par une balle à l’épaule, l’autre par une balle au genou droit. Après que
le docteur ait enlevé les balles, le personnel a tenté de changer leurs vêtements
imbibés de sang. Mais les deux hommes ont repoussé leurs efforts,
prétendant être aphasiques, bien que les examens eussent montré qu’ils
pouvaient entendre. Pour les apaiser, le docteur leur a injecté des anesthésiques
et, comme ils dormaient, Timosian a changé leurs vêtements.
Il a découvert que l’un d’eux portait autour du cou une plaque d’identification
du type utilisé par les troupes britanniques, alors que l’autre avait
des caractères indiens tatoués sur son bras droit avec l’épée bien connue
des Gurkhas.
Le jour suivant, quand Timosian s’est présenté au travail, il a été
dit qu’un officier britannique, un sergent et deux Gurkhas étaient venus
tôt ce matin-là à l’hôpital. Les membres du personnel avaient surpris les
Gurkhas parlant aux patients blessés, qui n’étaient pas aussi muets qu’ils
l’avaient feint. Les patients ont salué les visiteurs, se sont couverts avec
les draps et, sans signer les formulaires requis pour la sortie, ont quitté
l’hôpital avec leurs visiteurs.
Aujourd’hui il n’y a aucun doute dans mon esprit que les émeutes
anti-juives de 1941 ont été orchestrées par les Britanniques à des fins
géopolitiques. David Kimche était certainement en mesure de connaître
la vérité, et il a parlé publiquement de la culpabilité britannique. Kimche
était dans les renseignements britanniques pendant la Deuxième Guerre
mondiale et au Mossad après la guerre. Plus tard il est devenu Directeur
Général du Ministère des affaires Étrangères d’Israël, position qu’il tenait
en 1982 quand il s’est adressé à un forum de l’Institut britannique
pour les Affaires Internationales à Londres.
En répondant aux questions hostiles au sujet de l’invasion du Liban
par Israël et aux massacres dans les camps de réfugiés à Beyrouth, Kimche
a contre-attaqué, rappelant à l’assistance que le Foreign Office britannique
s’était fait bien peu de soucis lorsque les unités britanniques de Gurkhas
avaient participé au massacre de 500 juifs dans les rues de Bagdad en 1941.

Les attentats à la bombe de 1950-1951
Les émeutes anti-juives de 1941 ont fait plus que créer un prétexte
pour que les Anglais entrent dans Bagdad afin de rétablir le régent pro-britannique
et son premier ministre pro-britannique, Nouri El Saïd. Elles
ont aussi donné aux sionistes de Palestine un prétexte pour organiser un
réseau clandestin sioniste en Irak, d’abord à Bagdad, puis dans d’autres
villes comme Bassorah, Amara, Hillah, Diwaneia, Irbil et Kirkouk.
Après la Deuxième Guerre mondiale, une succession de gouvernements
ont détenu un bref pouvoir en Irak. Les conquêtes sionistes en
Palestine, en particulier le massacre des Palestiniens dans le village de
Deir Yassin, ont enhardi le mouvement anti-britannique en Irak. Quand
le gouvernement Irakien a signé un nouveau traité d’amitié avec Londres
en janvier 1948, des émeutes ont éclaté partout dans le pays. Le traité a
été rapidement abandonné et Bagdad a exigé la suppression de la mission
militaire britannique qui avait encadré l’armée Irakienne pendant 27 ans.
Plus tard en 1948, Bagdad a envoyé un détachement en Palestine
pour combattre les sionistes, et quand Israël a déclaré l’indépendance
en mai, l’Irak a fermé le pipeline alimentant en pétrole la raffinerie de
Haïfa. Toutefois, Abd AL Ilah était encore régent et le collaborateur britannique,
Nouri El Saïd, était de nouveau Premier ministre. J’étais dans
la prison d’Abou Ghraib en 1948, où je suis resté jusqu’à mon évasion en
Iran en septembre 1949.
Six mois plus tard — la date exacte étaient le 19 mars 1950 — une
bombe a éclaté à l’American Cultural Center and Library à Bagdad, causant
des dégâts matériels et blessant un certain nombre de gens. Le centre
était un lieu de réunion favori des jeunes juifs.
Le premier jet de bombe directement sur des juifs s’est produit le
8 avril 1950, à 21 heures 15. D’une voiture avec trois jeunes passagers a
été lancée avec violence une grenade sur le Café Dar El Bida de Bagdad,
où des juifs célébraient la Pâque. Quatre personnes ont été gravement
blessées. Cette nuit-là, des tracts invitant les juifs à quitter immédiatement
l’Irak ont été distribués.

Le jour suivant, de nombreux juifs, pauvres pour la plupart, n’ayant
rien à perdre, ont envahi le bureau de l’émigration pour renoncer à leur
citoyenneté et pour solliciter l’autorisation de partir en Israël. En fait,
tant de gens ont postulé, que la police a dû ouvrir des bureaux d’enregistrement
dans les écoles et les synagogues juives.
Le 10 mai, à 3 heures du matin, une grenade a été jetée en direction
de la vitrine de la Beit-Lawi Automobile Company possédée par des juifs,
détruisant une partie du bâtiment. Aucune victime n’a été signalée.
Le 3 juin 1950, une autre grenade a été jetée d’une voiture en excès
de vitesse dans le quartier El Batawin de Bagdad, où vivaient la plupart des
riches juifs et de membres de la bourgeoisie Irakienne. Personne n’a été blessé,
mais suite à l’explosion, des militants sionistes ont envoyé des télégrammes
en Israël, demandant que les quotas d’immigration d’Irak augmentent.
Le 5 juin, à 2 heures 30 du matin, une bombe a éclaté à côté du bâtiment
Stanley Shashua appartenant à des juifs, sur la rue El Rashid, avec
pour résultats des dégâts matériels mais aucune victime.
Le 14 janvier 1951, à 19 heures, une grenade a été jetée sur un
groupe de juifs à l’extérieur de la synagogue Shem-Tov de Masouda.
L’explosif a frappé un câble à haute tension, électrocutant trois juifs, un
jeune garçon, Itzhak Elmacher, et en a blessé plus de 30 autres. Après
l’attaque, l’exode des juifs a atteint entre 600 et 700 personnes par jour.
Les propagandistes sionistes soutenaient toujours que les Irakiens
anti-juifs faisaient exploser des bombes en Irak parce qu’ils voulaient sortir
les juifs de leur pays. La terrible vérité est que les grenades, qui ont
tué et mutilé les juifs Irakiens et ont endommagé leur propriété, ont été
lancées par des sionistes juifs.
Parmi les documents les plus importants de mon livre, je crois, il y a les
copies de deux tracts publiés par le réseau clandestin sioniste, invitant les
juifs à quitter l’Irak. L’un est daté du 16 mars 1950, l’autre du 8 avril 1950.
La différence entre les deux est essentielle. Tous les deux indiquent
la date de publication, mais seul le tract du 8 avril note l’heure : 16 heures.

Pourquoi l’heure ? Des telles précisions étaient sans précédent. Même le
juge chargé de l’enquête, Salaman El Beit, les a trouvées suspectes. Les
auteurs du tract de 16 heures ont-ils voulu un alibi pour un attentat à la
bombe qu’ils savaient devoir se produire cinq heures plus tard ? Si oui,
comment savaient-ils pour l’attentat ? Le juge a conclu qu’ils savaient
parce qu’un lien existait entre le réseau clandestin sioniste et les lanceurs
de bombe.
C’était aussi la conclusion de Wilbur Crane Eveland, un ancien officier
supérieur de la Central Intelligence Agency (CIA), que j’ai eu l’occasion
de rencontrer à New York en 1988. Dans son livre, Ropes of Sand (1), dont
la CIA s’est opposée à la publication, Eveland écrit :
« Dans les tentatives de dépeindre les Irakiens comme des anti-
usaméricains et de terroriser les juifs, les sionistes ont posé des bombes
au Service d’Information de la Bibliothèque US et dans les synagogues.
Bientôt des tracts ont commencé à circuler, invitant les juifs à fuir en
Israël…. Bien que plus tard la police Irakienne ait fourni à notre ambassade
la preuve montrant que la campagne d’attentats, contre les synagogue
et la Bibliothèque, aussi bien que les tracts anti-juifs et anti-usaméricains,
était le travail d’une organisation sioniste souterraine, la majeure
partie du monde croyait les rumeurs selon lesquelles le terrorisme arabe
avait motivé la fuite des juifs Irakiens que les sionistes « avaient sauvés »,
en réalité juste pour accroître la population juive d’Israël. »
Eveland ne détaille pas la preuve reliant les sionistes aux attentats,
mais dans mon livre je le fais. En 1955, par exemple, j’ai organisé en Israël
un groupe d’avocats juifs d’origine Irakienne pour prendre en main les
réclamations des juifs Irakiens qui avaient encore des propriétés en Irak.
Un avocat bien connu, qui a demandé que je ne donne pas son nom, m’a
confié que les tests en laboratoire en Irak avaient confirmé que les tracts
anti-usaméricains trouvés à l’attentat de la Bibliothèque US avaient été
dactylographiés sur la même machine à écrire et dupliqués avec la même


1 — Wilbur Crane Eveland, « Ropes of Sand : America’s Failure in the Middle
East » (Cordes de sable : Echec usaméricain au Moyen-Orient), NY ; Norton,
1980, pp. 48-49.


machine à stencil que les tracts distribués par le mouvement sioniste
juste avant l’attentat du 8 avril.
Les tests ont prouvé aussi que le type d’explosif utilisé dans l’attaque
de Beit-Lawi correspondait aux traces d’explosif trouvées dans la
valise d’un juif Irakien au nom de Yosef Basri. Basri, un juriste, ainsi que
Shalom Salih, un cordonnier, a été jugé pour les attaques de décembre
1951 et ils ont été exécutés le mois suivant. Les deux hommes étaient
membres du Hashura, le bras militaire du réseau clandestin sioniste. En
fin de compte, Salih a avoué que lui, Basri et un troisième homme, Yosef
Habaza, ont effectué les attentats.
À l’époque des exécutions en janvier 1952, la quasi-totalité des
125 000 juifs Irakiens estimés, à part 6 000 d’entre eux, s’étaient enfuis en
Israël. De plus, la marionnette pro-britannique et pro-sioniste El Saïd a
veillé à ce que tous leurs avoirs, y compris en espèces, soient gelés. (Il existait
des manières d’exporter des dinars Irakiens, mais quand les immigrés
allaient les échanger en Israël ils constataient que le gouvernement israélien
en gardait 50 pour cent de la valeur.) Même les juifs Irakiens qui ne
s’étaient pas enregistrés pour émigrer, mais qui s’avéraient être à l’étranger,
ont subi la perte de leur nationalité s’ils ne rentraient pas dans les temps
prescrits. Une communauté ancienne, cultivée et prospère, a été déracinée
et ses membres ont été transplantés dans une terre dominée par les
juifs de l’est européen, dont non seulement la culture leur était non seulement
étrangère, mais même hostile.

Les criminels suprêmes

Les dirigeants sionistes
Dès le début ils savaient que pour établir un État juif ils devaient
expulser la population palestinienne indigène vers les pays musulmans
voisins et importer les juifs de ces mêmes pays.
* Theodor Herzl, l’architecte du sionisme, pensait que cela pourrait
se faire par de l’ingénierie sociale. Dans un article du 12 juin
1885 de son journal intime, il a écrit que les colons sionistes devaient
« pousser la population sans le sou au-delà des frontières

en lui procurant du travail dans les pays de transit, tout en lui
refusant tout emploi dans notre propre pays. » (1)
* Vladimir Jabotinsky, l’ancêtre idéologique du Premier ministre
Netanyahou, a franchement admis qu’un tel transfert de populations
pourrait seulement être provoqué par la force.
* David Ben Gourion, le premier Premier ministre d’Israël, disait
lors d’une conférence sioniste en 1937 que tout État juif proposé
serait obligé de « déplacer la population arabe hors de la zone,
si possible de son libre arbitre, ou sinon sous la contrainte ». En
1948-49, après l’exode de 750 000 Palestiniens et la confiscation
de leurs terres, pour remplir le marché résultant, Ben Gourion
dut se tourner vers les pays musulmans pour y trouver des
juifs comme main d’oeuvre bon marché. Des « émissaires » ont
été acheminés en fraude dans ces pays afin de « convaincre » les
juifs de partir par la duperie ou par la peur. (2)
Dans le cas de l’Irak, les deux méthodes ont été utilisées : aux juifs
incultes on racontait que, dans l’Israël messianique, les aveugles voyaient,
les paralytiques marchaient, et les oignons poussaient aussi gros que des
melons ; sur les juifs instruits, on a jeté des bombes.
Quelques années après les attentats à la bombe, au début des années
50, un livre en arabe, intitulé Venom of the Zionist Viper (Le venin
de la vipère sioniste) a été publié en Irak. L’auteur était l’un des enquêteurs
Irakiens des attentats de 1950-51 et, dans son livre, il implique des
Israéliens, précisément l’un des émissaires envoyés par Israël, Mordechai
Ben-Porat. Dès que le livre est sorti, toutes les copies ont simplement disparu,
même des bibliothèques. On disait que des agents du Mossad israélien,
travaillant à l’ambassade des USA, ont raflé tous les livres et les ont
détruits. J’ai tenté à trois reprises de m’en faire envoyer un en Israël, mais
à chaque fois les censeurs israéliens du bureau de poste l’ont intercepté.


1 — T. Herzl, « The Complete Diaries » (Les journaux intimes complets) NY :
Herzl Press & Thomas Yoncloff, 1960, vol. 1, p. 88.
2 — Rapport du Congress of the World Council of Paole Zion, Zurich, 29
juillet — 7 août 1937, pp. 73-74.


Les dirigeants britanniques
La Grande-Bretagne a toujours agi au mieux de ses intérêts coloniaux.
Pour cette raison, le ministre des Affaires étrangères Arthur
Balfour a envoyé sa fameuse lettre de 1917 à Lord Rothschild en échange
du soutien sioniste lors de la Première Guerre mondiale. Pendant la
Deuxième Guerre mondiale, les Britanniques se souciaient principalement
de garder leurs États clients dans le camp occidental, tandis que
les sionistes étaient surtout préoccupés par l’immigration des juifs européens
en Palestine, même si cela impliquait la coopération avec les nazis.
(Dans mon livre je documente de nombreux exemples de telles transactions
faites par Ben Gourion et les dirigeants sionistes.)
Après la Deuxième Guerre mondiale, l’échiquier international a mis
aux prises les communistes aux capitalistes. Dans de nombreux pays, y
compris aux USA et en Irak, les juifs constituaient une grande fraction
des partis communistes. En Irak, des centaines de juifs de l’intelligentsia
active occupaient des positions clefs dans la hiérarchie des partis communiste
et socialiste. Pour garder ses pays clients dans le camp capitaliste, la
Grande-Bretagne a dû s’assurer que ces gouvernements avaient des dirigeants
pro-britanniques. Et si, comme en Irak, ces chefs étaient renversés,
alors une ou deux émeute anti-juive pouvait s’avérer un prétexte utile
pour envahir la capitale afin de rétablir les « bons » dirigeants.
De plus, si la possibilité existait de supprimer l’influence communiste
en Irak en transférant la totalité de la communauté juive en Israël,
alors, pourquoi pas ? En particulier si les dirigeants israéliens et Irakiens
conspiraient dans l’affaire.

Les dirigeants Irakiens
Le régent Abd Al Ilah et son premier ministre Nouri El Saïd prenaient
leurs ordres à Londres. Vers la fin 1948, El Saïd, qui avait déjà
rencontré le Premier ministre d’Israël Ben Gourion à Vienne, a commencé
à discuter avec ses associés Irakiens et anglais du besoin d’un échange
de populations. L’Irak enverrait les juifs dans des camions militaires en

Israël via la Jordanie, et l’Irak recueillerait certains Palestiniens qu’Israël
avait expulsés. Sa proposition incluait la confiscation réciproque des propriétés.
Londres a rejeté l’idée comme trop radicale.
El Saïd est passé alors à son plan de rechange, commençant à créer
des conditions de vie si pénibles aux juifs Irakiens qu’ils partiraient en
Israël. Des fonctionnaires juifs ont été licenciés ; les permis d’import-export
ont été refusés aux négociants juifs ; la police a commencé à arrêter
les juifs pour des raisons insignifiantes. Mais les juifs ne se décidaient
toujours pas à partir pour autant.
En septembre 1949, Israël a envoyé en Irak l’espion Mordechai Ben-Porat, celui
mentionné dans Venom of the Zionist Viper. L’une des premières choses faite
par Ben-Porat a été d’approcher El Saïd en lui promettant des primes financières
pour décréter une loi enlevant la citoyenneté Irakienne aux juifs.
Peu après, les représentants sionistes et Irakiens ont commencé à formuler un
premier projet de loi, selon le modèle dicté par Israël, via ses agents à Bagdad. La
loi fut adoptée par le parlement Irakien en mars 1950. Elle autorisait le gouvernement
à délivrer des visas valables pour une seule et unique sortie aux juifs souhaitant
quitter le pays. En mars, les attentats à la bombe commençaient.
Seize ans plus tard, le magazine israélien Haolam Hazeh, publié par
Uri Avnery, alors membre de la Knesset, accusait Ben-Porat des attentats
à la bombe de Bagdad. Ben-Porat, qui voulait devenir lui-même membre
de la Knesset, a réfuté l’accusation, mais il n’a jamais été poursuivi en
diffamation le magazine. Et en Israël les juifs Irakiens l’appellent toujours
Mourad Abou Al Knabel, Mordechai des bombes.

Comme je l’ai dit, tout cela allait bien au-delà de la compréhension
d’un adolescent. Je savais que des juifs étaient tués et qu’il existait une organisation
qui pouvait nous emmener en Terre Promise. Alors j’ai aidé à
l’exode vers Israël. Plus tard, occasionnellement, j’ai rencontré par hasard
en Israël certains de ces juifs Irakiens. Assez souvent ils ont exprimé le
sentiment qu’ils pourraient me tuer pour ce que j’avais fait.

Les opportunités de paix
Après l’attaque israélienne du village jordanien de Qibya en octobre
1953, Ben Gourion s’exila volontairement au kibboutz Sedeh Boker
dans le Néguev. Le parti travailliste a alors organisé de nombreux autobus
pour que les gens aillent lui rendre visite là, où ils verraient l’ancien
Premier ministre s’occuper des moutons. Mais c’était seulement pour le
spectacle. En réalité il écrivait son journal intime et continuait son activité
en coulisses. Je suis allé à l’une de ces excursions.
On nous a demandé de ne pas essayer de parler à Ben Gourion,
mais quand je l’ai vu, j’ai demandé pourquoi, puisque Israël est une démocratie
avec un parlement, il n’a pas de constitution ? Ben Gourion a dit,
« Regarde, mon garçon » — j’avais 24 ans à cette époque — « si nous avons
une constitution, nous devons y inscrire la frontière de notre pays. Et ce n’est
pas notre frontière, mon cher ». J’ai demandé, « Alors où est la frontière ? » Il
a dit, « Partout où Tsahal parviendra, c’est la frontière ». Tsahal est l’armée
israélienne.
Ben Gourion a dit au monde qu’Israël avait accepté la partition et
que les Arabes l’avaient rejetée. Puis Israël a pris la moitié des terres promises
à l’État arabe. Et il disait toujours que ce n’était pas assez. Israël
avait besoin de plus de terre. Comment un pays peut-il faire la paix avec
ses voisins s’il veut prendre leur terre ? Comment un pays peut-il exiger
d’être en paix s’il n’indique pas de quelles frontières il se satisfera ? Pour
un tel pays, la paix serait un inconvénient.
Je sais maintenant que depuis le début de nombreux dirigeants
arabes ont voulu faire la paix avec Israël, mais Israël a toujours refusé. Ben
Gourion a dissimulé cela avec de la propagande. Il a dit que les Arabes

voulaient jeter Israël à la mer et il a appelé Gamal Abdel Nasser le Hitler
du Moyen-Orient dont la première intention était de détruire Israël. Il
voulait que les USA et la Grande-Bretagne traitent Nasser en paria.
En 1954, il a semblé que les USA devenaient moins critiques vis-àvis
de Nasser. Alors pendant une période de trois semaines en juillet, plusieurs
bombes de terroristes explosèrent : Dans les bureaux de l’United
States Information Agency au Caire et à Alexandrie, dans le théâtre possédé
par les Britanniques, et à la Poste centrale du Caire. Une tentative
à la bombe incendiaire dans un cinéma d’Alexandrie a échoué quand la
bombe s’est déclenchée dans la poche d’un des malfaiteurs. Cela a mené
à la découverte que les terroristes n’étaient pas des Égyptiens anti-occidentaux,
mais des espions israéliens visant à faire tourner à l’aigre les
relations qui se réchauffaient entre l’Égypte et les USA, dans ce qui est
devenu l’affaire Lavon.
Ben Gourion vivait toujours dans son kibboutz.
Moshe Sharett en tant que Premier ministre était en contact avec Abdel Nasser
par les bons offices du Britannique Lord Maurice Orbach. Sharett demanda à Nasser
d’être clément avec les espions capturés, et Nasser a fait tout qui était en son pouvoir
pour empêcher la situation de se détériorer entre les deux pays.

Ensuite, Ben Gourion est revenu comme ministre de la Défense en
février 1955. Quelques mois plus tard, les troupes israéliennes ont attaqué
les camps militaires égyptiens et les réfugiés palestiniens à Gaza, en
tuant 54 et en blessant beaucoup plus. La nuit même de l’attaque, Lord
Orbach était en route pour délivrer un message à Nasser, mais il ne put
passer à cause de l’action militaire en cours. Quand Orbach a téléphoné,

le secrétaire de Nasser lui dit que l’attaque prouvait qu’Israël ne voulait
pas la paix et qu’il perdait son temps en tant que médiateur.
En novembre, Ben Gourion a annoncé à la Knesset qu’il était disposé
à rencontrer Abdel Nasser n’importe où et à tout moment pour
faire quelque chose pour la paix et la compréhension. Le matin suivant
les militaires israéliens attaquaient un camp militaire égyptien dans la
région de Sabaha.
Bien que Nasser fût pessimiste sur la réussite de la paix avec Israël,
il a continué à envoyer d’autres médiateurs pour faire des tentatives. L’une
était par le American Friends Service Committee ; d’autres par l’intermédiaire
du Premier ministre de Malte, Dom Mintoff ; et d’autres encore
par le maréchal Tito de Yougoslavie.
L’une, par Dennis Hamilton, rédacteur du Times de Londres, avait
l’air particulièrement prometteuse. Nasser a dit à Hamilton que, si seulement
il pouvait s’asseoir et parler avec Ben Gourion pendant deux
ou trois heures, ils pourraient régler le conflit et mettre fin à l’état de
guerre entre les deux pays. Quand ces mots sont arrivés aux oreilles de
Ben Gourion, il a arrangé une rencontre avec Hamilton. Ils ont décidé de
continuer l’affaire avec l’ambassadeur israélien à Londres, Arthur Luria,
comme liaison. Au troisième voyage de Hamilton en Égypte, Nasser l’a
rencontré avec le texte d’un discours de Ben Gourion déclarant qu’Israël
n’abandonnerait pas un pouce de terre et ne reprendrait pas un seul réfugié.
Hamilton savait que Ben Gourion avait miné avec ces mots une
mission de paix et avait manqué une occasion de régler le conflit israélo-
arabe.
Nasser a même envoyé son ami Ibrahim Izat de l’hebdomadaire Ruz
El Yusuf pour rencontrer les dirigeants israéliens afin d’explorer l’atmosphère
politique et découvrir pourquoi les attaques avaient lieu si Israël
voulait vraiment la paix. L’un des hommes qu’Izat a rencontré était Yigal
Yadin, un ancien chef d’État-major de l’armée qui m’a écrit cette lettre le
14 janvier 1982 :

Cher Monsieur Giladi :
Votre lettre m’a rappelé un événement que j’avais presque oublié et dont
je me souviens seulement de quelques détails.
Ibrahim Izat est venu à moi si je ne me trompe pas à la demande du
Ministère des affaires Étrangères ou d’une de ses branches ; il a séjourné dans
ma maison et nous avons parlé pendant de nombreuses heures. Je ne me rappelle
pas s’il a dit être en mission de Nasser, mais je n’ai aucun doute qu’il a
laissé entendre que c’était à sa connaissance ou avec son acquiescement… »

Quand Nasser a décidé de nationaliser le Canal de Suez en dépit de
l’opposition britannique et française, Radio Le Caire a annoncé en hébreu :

Si le gouvernement israélien n’est pas influencé par les impérialistes anglais
et français, cela entraînera par la suite une plus grande compréhension
entre les deux États, et l’Égypte reconsidérera la demande d’Israël d’avoir
accès au Canal de Suez.

Israël a répondu qu’il n’avait aucun plan sur l’Egypte, mais au même
moment des représentants israéliens étaient en France, projetant l’attaque
tripartite qui aurait lieu en octobre 1956.
Tout le temps, Ben Gourion a continué à parler du Hitler du
Moyen-Orient. Ce lavage de cerveau a continué jusqu’à fin septembre
1970, quand Gamal Abdel Nasser s’est éteint. Puis, miracle des miracles,
David Ben Gourion a dit à la presse :
Une semaine avant sa mort j’ai reçu un envoyé d’Abdel Nasser qui a
demandé à me rencontrer d’urgence afin de résoudre les problèmes entre
Israël et le monde arabe.
Le public fut surpris parce qu’il ne savait pas qu’Abdel Nasser voulait
cela depuis toujours, mais qu’Israël l’avait saboté.
Nasser n’a pas été le seul dirigeant arabe qui voulait faire la paix
avec Israël. Il y en avait beaucoup d’autres. Le général de brigade Abdel
Karim Qasem, avant qu’il prenne le pouvoir en Irak en juillet 1958, a
dirigé une organisation clandestine qui a envoyé une délégation en Israël
pour établir un accord secret. Ben Gourion a refusé même de la recevoir.

Je me suis renseigné à ce sujet quand j’étais journaliste en Israël. Mais
chaque fois que j’ai tenté d’en publier même une petite partie, le censeur
l’a estampillée « Non permis ».
Maintenant, avec Netanyahou, nous sommes témoins d’une autre
tentative d’un Premier ministre israélien de simuler un intérêt pour la paix.
Netanyahou et le Likoud sont en train de piéger en exigeant qu’il institue
de plus en plus de mesures répressives dans l’intérêt de la « sécurité » israélienne.
Je suspecte que tôt ou tard les Palestiniens en auront assez de la
méthode forte d’Arafat comme collaborateur d’Israël et qu’il sera tué. Alors
le gouvernement israélien dira : « Voyez, nous étions prêts à lui donner
tout. Vous ne pouvez pas faire confiance à ces Arabes — ils se tuent entre
eux. Maintenant il n’y a plus personne avec qui parler au sujet de la paix. »

Conclusion
Alexis de Tocqueville a observé une fois qu’il était plus facile au
monde d’accepter un mensonge simple qu’une vérité complexe. Il a été
certainement plus facile pour le monde d’accepter le mensonge sioniste,
selon lequel les juifs avaient été expulsés des terres musulmanes en raison
de l’antisémitisme, et que c’était les israéliens, jamais les Arabes, qui
étaient à la recherche de la paix. La vérité est bien différente : de plus
grands joueurs sur la scène du monde tiraient les ficelles.
Ces joueurs, je crois, devraient être jugés rendre des comptes pour
leurs crimes, en particulier quand ils ont obstinément terrorisé, dépossédé
et tué des gens innocents sur l’autel de quelque impératif idéologique.
Je crois, aussi, que les descendants de ces dirigeants ont la responsabilité
morale de dédommager les victimes et leurs descendants, et de faire cela
non seulement par des réparations, mais en restituant la vérité historique.
C’est pourquoi j’ai créé un groupe d’enquête en Israël pour chercher
des réparations pour les juifs Irakiens qui ont été forcés de laisser
leur propriété et leurs possessions en Irak. C’est pourquoi j’ai rejoint les
Panthères Noires en confrontant le gouvernement israélien aux réclamations
des juifs d’Israël qui sont venus des pays musulmans. Et c’est pourquoi
j’ai écrit mon livre et cet article : pour rétablir la vérité historique.

Nous les juifs des pays musulmans n’avons quitté nos maisons familiales
pour aucune inimitié naturelle entre juifs et musulmans. Et nous
les Arabes — je dis arabe parce que c’est la langue que mon épouse et moi
parlons encore à la maison — avons cherché à de nombreuses reprises la
paix avec l’État des juifs. Et en conclusion, en tant que citoyen et contribuable
US, laissez-moi dire que nous les usaméricains devons cesser de
soutenir la discrimination raciale en Israël et la cruelle expropriation des
terres en Cisjordanie, à Gaza, au Liban du Sud et sur le Plateau du Golan.

Nous oublions souvent que jusqu’à une époque très récente, jusqu’à l’exode des
pays musulmans, il existait une population juive florissante au Moyen-Orient.
Les Juifs, très patriotiques (c’est bien vrai cela ?) s’identifiaient aux pays dans lesquels
ils vivaient. Voici la photo d’un groupe de scouts juifs en Irak au début du
20ème siècle. On voit derrière eux, la bannière de leur groupe et le drapeau irakien.
Cela leur va si bien… Pour info, la bannière fut cousu par le père de Lenculus.
Travail dont il ne fut jamais rétribué, ils ne changeront pas.

Abraham et Loth se baguenaudent
Alors, Pharaon appela Abraham, et dit : « Qu’est-ce
que tu m’as fait ? Pourquoi ne m’as-tu pas déclaré que
c’est ta femme ? Pourquoi as-tu dit : C’est ma soeur ?
Aussi, l’ai-je prise pour ma femme. »
(Genèse).

Abraham était un petit jeunot de soixante-quinze berges, façon
baby, lorsqu’il plaqua son patelain d’Ur en Chaldée, pour se tailler vers la
terre de Chanaan en compagnie de sa gonzesse, la merveilleuse Sarah, et
de son neveu Loth, fiston d’Haron.
Il fallait se taper une longue virée entre les deux bleds séparés par
une drôle de portée de syphon. Mais quand ils se sentaient ramés, ils
dressaient la tente et ronflaient, ou bien ils tortoraient en se tapant bien
le tronc, car les bergers louchebèmes de la suite débitaient les moutons
du troupeau et Sarah torchait la graine comme la fée Cuistance. La côte
dans le gigot, avec une pointe d’ail, c’était sa spécialité. Abraham se bégalait
en lichant ses fourchettes bien grasses du jus de fricot, et Loth, pour
faire couler, cloquait dans la guindale à son oncle des grandes rasades de
ce bon picrate de Chaldée qui se chambrait au frais dans des joyeuses
de mouflon. Quand la petite famille avait bien clapé, Sarah filtrait le jus

dans ma limace, on se tapait la rincette de casse-pattes, puis on faisait la
ronflette, et lendemain on se taillait de nouveau vers la première plombe
du timide petit jourdé.
Mais, lorsqu’enfin ils se dépotèrent en Chanaan, vers le bois de
chênes de Moré où ils pensaient se farcir des journailles et des neuilles
pénardes, il leur fallut encore une fois les agiter, car la famine ravageait
le bled au point que les Chananéens, pour ne pas cronir, bectaient le
goudron de leurs taules et faisaient couler avec des rasades de verre pilé.
Moyennant quoi la dyspepsie régnait et la mort guettait, cruelle et vache.
Alors, Abraham et sa petite famille se dévissèrent vers l’Egypte, car
ils savaient que dans ce bled on a qu’à se baisser pour ramasser des scaroles.
Un soir, au dernier bivouac avant la frontière d’Egypte, Abraham jacta
tout bas à Sarah, sans être esgourdé de personne, ni de son neveu, ni de
ses nièces, ni des bergers louchébèmes, ni même des moutons qui, comme
on le sait, ont une fâcheuse tendance à vous donner en se mettant à table.
— Dans quelques plombes, on sera en Egypte. Et tu es si bavelle ma
Sarah, si gironde, ton popote est si douillet, tes chocottes si blanches et
tes chasses si picotants que quand les Egyptiens vont te repérer, ils vont
tous se faire : « Merdouille, elle est rien godante c’te souris chaldéenne.
J’ai bien envie d’y présenter mon sphynx dans l’arrière-boutique ! » Ça
c’est officiel. Et si ils apprennent que j’suis ton homme, ils m’repassent une
fois, pour toutes en me cloquant dans la lancequine limoneuse du Nil.
— C’taffreux, c’que tu m’balances là, Brabra !
— Laisse-moi jacter ! Mais si je leur bonis qu’t’es ma frangine issue
du même dab et de la même dabe ils m’fileront des révérences et me
couvriront de jonc en se disant : « Faut ménager l’frangin d’une aussi
chouette frangine ! »
— Mais dis-donc, Brabra ! fit Sarah, tu m’fais l’effet d’un beau hareng !
— Et puis, après tout, qu’elle se dit dans sa poire intérieure, allons-y,
on va rigoler. Si il m’donne le condé j’aurais tort de m’en priver ! Quand on
va à l’étranger, faut goûter tous les produits du bled !

L’idée d’Abraham, pour discutable qu’elle soit, était ma foi pas bille,
car ce grossium avait un but à remplir. Et en politique, y a des sacrifices
qu’on ne doit pas hésiter à gratiner. C’est aussi l’avis de Ptolémée
Philadelphe qui, dans la « Version des Septante » a traité la chose d’une
façon très marrante.

Pharaon était raide, tordu, cintré, chipé, locdu d’amour pour Sarah
à laquelle il faisait balancer par ses orfèvres la plus belle bijouterie du
monde : diadèmes d’émeraudes, pendentifs en onyx, en rubis, en opales,
bracelets de mimines à musique, bracelets de nougats à parfum, et surtout
une admirable série de planque-baba en lapis. Sarah, très sensible à
la joaillerie bien sertie, passait ses journailles et les neuilles dans les brandillons
du prince pour lequelle elle débridait gentiment les cuissots, car
après tout une rivière de diames, vaut bien une bordelaise. Surtout que
Pharaon était jeunot, bien roulé, et que sa jolie fiole s’encombrait ni de
bacchantes, ni de barbouze. Et ça, ça la changeait d’Abraham qui, avec son
piège à deux branches, y chatouillait le tarbouif lorsqu’il lui bisouillait les
babines au cours de la tringlette rituelle.
— Il est drôlement chouette, ton frangin Abraham, ma Sarah chérie,
il est coulant ! faisait Pharaon à Sarah.
— Gygo, mon Sisis, qu’elle y répondait, mais elle pensait :
— Misère à poil, si Sisis savait que si je suis dans son plumard, c’est
que Brabra m’y a cloquée de force pour sauver son lard ! Mais, après tout,
qu’y paume-je ? Nib ! Le prinsouillet me pharaonne très gentiment, et si
Brabra a une bonne tête de, c’est pour ses pieds!
Pharaon, de plus en plus mordu, avait les jetons qu’Abraham eut
envie de se tailler à nouveau en Chanaan, avec la frangine, et pour l’endormir,
il y faisait porter dans sa taule les présents les plus pépères, porsives
de tripes à la mode de Menphis, frometons de guanaco, londrès avec bagouses
en jonc chromé, antilopes laitières, boeufs en daube, saint-honorés
à la crème de mouflonne, une bande de vaches, un tas de chameaux, des

drôles de cochons, des raies bien en vie, des moules roses et voluptueusemuches,
des barons d’agneaux, des médaillons de veaux, des serviteurs
blondinets ou popote cascadeur et des servantes au frifri satiné, et bien
entendu, des demi-muids de Pommard.
— Dis donc Lolo, tu crois pas qu’on a mis la pogne sur la bonne
placarde ? faisait tout le temps Abraham à Loth.
— Ligodu, Tonton ! répondait Loth. Et c’est pas sa poire qui aurait
contredit son oncle, because qu’il passait ses journailles à tortorer et à
écluser, et ses noilles à jouer au tringlomane avec les mignonnes esclaves
qui y allaient pas que d’une mouille ; car on sait que dans cette contrée,
les souris ne possèdent aucun angle mort dans le pétrus.
Mais, tout de même, à la longue, le Vénéré Daron trouva qu’y en
avait classe. Il toussa, ralocha, pétocha après Pharaon en commençant
par y carboniser ses récoltes, y faire chuter la toiture de sa taule, y faire
déborder sa grande pièce d’eau et répandre un rif locdu dans la gripette
de ses camérières et de Sarah, ce qui le foutit complètement sur ses rotules
pharaonnes.
Puis il cassa le morceau à Pharaon qui, d’abord, chiala à l’idée de
paumer sa gosse de gosse, mais qui, sinoqué par c’te nouvelle, se rébecta et
fit appeler Abraham après lequel il toussait drôlement et lui bonit : — Tu
m’as vachement chambré ! Tu m’as gourré ! Pourquoi qu’tu m’as balancé
que c’était ta frangine et non ta ménesse ?
Et Abraham répondit : — Ecoutez, M’sieu Machin (1) vous caillez
pas le raisiné après mézigue. Qu’est-ce que vous avez à m’reprocher ? Que
je vous ai filé dans vos bannes ma souris, la plus chouette de l’époque.
Là M’sieu Machin, j’vous trouve drôle, et pas galant pour Mme Sarah
d’Abraham, parce que tout de même, elle…
— J’t’en prie, Brabra, fit Sarah, qui chialait son beau prinçouillet
perdu déjà pour elle.
— Dans le fond, il a raison ! pensa Pharaon. J’ai pas à être vache avec
l’ouvrier. J’ai bien emmené Prosper au cirque ! Que veut le peuple ? Nib !


1 — Pharaon en hébreu de l’époque.


En se tournant vers Abraham, il y fit : — Taille-toi ! Rallège dans
ton bled avec ta gonzesse, ton neveu, les serviteurs, les servantes et les
présents que je t’ai cloqués. Je ne toucherai pas à un doulos de ta bobèche,
pas à un radis de tes nougats. Et mes grivetons d’honneur te raccompagneront
jusqu’à ma frontière. Mais trace, ne m’impose plus la présence de
Sarah. C’est l’ordre du Vénéré Daron !
Mais tout de même, pendant qu’Abraham dans sa taule bouclait ses
valetouzes, Pharaon retira son galoubet de sa housse et joua la Sérénade
des Adieux à c’te pauvre Sarah si retournée qu’elle en avait les fumerons
en bouquet de violettes.

Maintenant, Abraham et Loth étaient des grossiums.
Ils remontaient d’Egypte en Chanaan en embarquant chacun leurs
troupeaux, leurs trésors et leurs larbins et larbines que Pharaon leur avait
refilés grâce au concours de la peau de velours à Madame Sarah.
Mais comme les lapins de couloirs à Abraham pouvaient pas piffer
ceux de Loth et qu’y avait des bagarres à chaque étape, Abraham et Loth
sur les ordres du Vénéré Daron, décidèrent de se plaquer et de se tailler
l’un à droite, l’autre à gauche, en embarquant chacun leur caravane personnelle.
Ils se filèrent la bise. Puis Abraham mit les bouts vers Chanaan tandis
que Loth démurgea en direction de la fertile plaine du Jourdain, près
de Sodome, une ville où il était dangereux de se balader sans bitos.

FIN.

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4ème de couverture

J’ai écrit cet article pour la même raison que j’ai
écrit mon livre : pour dire au peuple usaméricain,
et particulièrement aux juifs usaméricains, que les
juifs des pays musulmans n’ont pas émigré volontairement
en Israël ; que, pour les forcer à partir, des
juifs ont tué des juifs ; et que, pour gagner du temps
afin de confisquer toujours plus de terres arabes,
les juifs ont rejeté à de nombreuses reprises de véritables
initiatives de paix de leurs voisins arabes.
J’écris au sujet de ce que le premier Premier ministre
d’Israël a appelé le « sionisme cruel. » J’écris
à son sujet parce que j’en faisais partie.

Naturellement je pensais alors avoir tout com- mon histoire
pris. J’étais jeune, idéaliste, et je ne demandais pas
mieux que de risquer ma vie pour mes convictions.
C’était en 1947 et je n’avais pas tout à fait 18 ans
quand les autorités Irakiennes m’ont attrapé pour
contrebande de jeunes juifs Irakiens, comme moi-même,
amenés hors d’Irak en Iran, et ensuite vers
la Terre Promise qui serait bientôt établie en Israël.
J’étais un juif Irakien du réseau clandestin
sioniste. Mes geôliers Irakiens ont fait tout ce
qu’ils pouvaient pour m’arracher les noms de mes
co-conspirateurs. Cinquante ans après, la douleur
palpite toujours dans mon orteil droit — un souvenir
du jour où mes ravisseurs utilisèrent des pinces pour m’enlever les ongles
des orteils. À une autre occasion, ils m’ont tiré sur le toit plat de la prison, m’ont
déshabillé par un jour glacial de janvier, puis m’ont jeté un seau d’eau froide. J’ai
été laissé là, enchaîné à la balustrade, pendant des heures. Mais je n’ai jamais envisagé
une seule fois de leur donner l’information qu’ils voulaient. J’étais un vrai
croyant.