L’éternité dévoilée VIE FUTURE DES ÂMES APRÈS LA MORT


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Auteur: Henri Delaage

Ouvrage: L’éternité dévoilée
Vie future des âmes après la mort

Année: 1854

arbredor.com

Nous ne doutons pas que le titre de ce livre n’effarouche bien des préjugés et ne paraisse à cette classe d’esprits superficiels, si nombreuse dans le monde, qui accuse de folie ceux qui ne partagent pas leur myopie intellectuelle, l’œuvre d’un aventureux mystificateur. Mais, parfaitement résolu à obéir plutôt à notre conscience qu’à l’opinion publique, nous inscrivons ce titre en tête de notre ouvrage, avec l’espérance qu’il arrivera dans les mains des lecteurs qui, depuis que nous tenons la plume, nous encouragent de leur glorieuse sympathie. Il existe pour nous un ineffable sentiment de bonheur à écrire pour les amis inconnus qui vivent du même cœur et dans une entière communion d’idée avec nous, et à penser que de douces et blanches mains de femme feuillèteront avec une curiosité avide ce livre, qui, semblable à un pèlerin voyageur, viendra s’asseoir à leur foyer pour leur raconter son grand et sublime voyage et décrire avec détail les mœurs des âmes et d es esprits, ces lumineux habitants du royaume de Dieu.

Mais grand devient surtout le bonheur de l’écrivain quand il sent, par une communion mystérieuse, invisible et réelle, la pensée de ses lecteurs se faire fluide et, comme la douce clarté d’un regard et la grâce caressante d’un sourire de femme, refluer vers lui et toucher les fibres de son cœur comme le vent du soir touche les cordes de la harpe éolienne et en tire de mélodieux accents. C’est parce que nous nous sentons pénétré jusqu’à la moelle des os de ce souffle inspirateur, qui est la respiration même d l’âme de nos lecteurs, qu’épanchant en eux les flots d’amour qui bouillonnent en nous, mous leur parlerons cœur à cœur.

Nous étudierons le ciel et l’enfer chez toutes les nations, et nous trouverons une croyance traditionnelle à une vie future, rendue sensible à l’esprit, à l’aide du voile symbolique d’une révélation toujours en rapport avec le degré d’intelligence et les mœurs des nations dont il devait frapper la vue. Quand la révélation tentera de dévoiler les tourments de l’enfer, pour épouvanter les sens d’un peuple ignorant, grossier et sensuel, elle leur représentera les damnés livrés aux griffes de démons hideux, noirs et cornus, qui les enfoncent à grands coups de fourches dans le gouffre ardent d’un brasier qui brûlera, durant l’éternité, leurs chairs torturées par d’infinies souffrances.

Quand, au contraire, elle tentera de peindre la félicité des bienheureux pour séduire les sens, elle transportera les corps béatifiés dans un palais éblouissant d’or et de pierreries. Il nous faudra déchirer le voile des allégories révélatrices pour arriver à la vérité, et la présenter aux yeux de l’univers intelligent dans sa splendide nudité

I. — VISION DE L’ÉTERNITÉ DANS L’ÉTAT EXTATIQUE

On a moins peur de la mort pour ce qu’on en sait que pour ce qu’ont en ignore.
ADOLPHE D’HOUDETOT.

Sous venons démontrer que ce que l’on nomme la mort est réellement la vie, tandis que ce que l’on appelle la vie est réellement la mort.

Dans l’antiquité, chez les Égyptiens, il y avait un convive sinistre, voilé d’un crêpe noir, qui assistait, muet et immobile, à tous les festins c’était le squelette d’un mort. Aujourd’hui nous allons faire traverser à ce pâle fantôme la société moderne, si fiévreusement inquiète des biens périssables de ce monde, pour lui apprendre, non qu’elle mourra, mais qu’elle ressuscitera, et que le temps de cette vie ne lui a été donné que pour travailler à préparer dès ici-bas sa résurrection à une glorieuse béatitude. Il y a du sang et des larmes à répandre quand on veut escalader le ciel ; car, suivant la belle expression d’un écrivain moderne, la souffrance est une initiation à la lumière : comme l’enfant qui pleure en fixant le soleil, l’humanité voit Dieu à travers ses larmes !
Nous atteindrons du premier coup d’oeil ces cimes lumineuses et sereines des hauteurs métaphysiques, où il n’y a de respiration possible que pour les poitrines croyantes, persuadé qu’il faut s’élever jusqu’à la connaissance des lois éternelles qui régissent l’univers, et être doué d’une intuition extatique pour apercevoir les réalités du monde surnaturel et déposer dans l’intelligence de tous la certitude que mourir c’est tout simplement revivre.
Il y a dans ce mot la mort je ne sais quoi de sinistre qui, semblable au spectre invisible d’un fantôme pâle et décharné, oppresse la poitrine, gonfle le coeur de larmes, qui bientôt s’échapperont brûlantes des paupières, et de sa

main impitoyable, comme celle de l’angoisse, saisit à la gorge. C’est sans doute parce que ce mot rappelle ces jours de deuil où, le visage bouleversé de douleur, l’âme plongée dans le sombre océan de la désolation, l’on a suivi le corps dune personne aimée à travers les tristes allées d’un cimetière où l’on a vu descendre, à l’aide de cordes, sa bière dans une fosse béante, et où, en entendent le bruit de la terre tomber pesamment sur le bois de son cercueil, l’on a senti qu’une froide, humide et inexorable barrière se dressait désormais entre les lèvres et la figure adorée de l’être que la mort venait de dévorer. Mais nous allons tourner cette page lugubrement trempée de larmes et montrer que s’il y a du sang, des cris de douleur, des déchirements intérieure dans la mort, c’est que tout enfantement s’opère dans les pleurs, et que le trépas n’est que la crise suprême dans laquelle l’âme renaît à la liberté, revit à la lumière en se dépouillant des organes charnels comme d’un vil haillon, et en jetant son corps à terre comme le prophète Élie y jeta jadis son manteau au moment où, triomphalement monté sur un char de feu, il s’envolait au ciel !
Nous venons faire partager nos certitudes sur l’autre vie et emparadiser l’âme des béatitudes célestes. Quand on lève les yeux et le coeur au ciel, les idées se sublimisent, les sentiments s’ennoblissent, une vie toute-puissante circule, loyale et généreuse, dans le sang des veines ; plein de mépris pour ce qui passe, on ne s’attache qu’à ce qui reste ; le grand amour de l’éternité qui fait les martyrs et les saints vous saisit invinciblement au coeur : alors, semblable au phénix de la fable qui bat l’air de ses ailes déployées pour raviver la flamme du foyer qui le consume, l’on a hâte de mourir selon la chair pour revivre selon l’âme.
La vie éternelle ! voilà le, souhait final qui termine tous les sermons ; mais, si c’est aux prédicateurs qu’est réservé la gloire d’en proclamer l’existence, ce ne sont cependant que les âmes inspirées de la lumière de Dieu qui leur donne l’intuition du monde surnaturel, que l’on petit considérer comme assez éclairées pour être en état de décrire aux yeux ravis de l’entendement humain les merveilles de l’autre vie.

Les démonstrations philosophiques basées sur la raison rendent très probable l’existence d’un autre monde, que nous allons faire visiter à l’intelligence de nos lecteurs ; car aujourd’hui nous ne venons pas seulement leur prouver l’immortalité de l’âme, mais encore leur faire connaître la vie des âmes ressuscitées au delà du tombeau, afin qu’avec les yeux du coeur on puisse revoir les êtres chéris que la mort a ravis à la tendresse ; en sorte que le souvenir aille tendrement vers eux et arrive à ces âmes trépassées comme l’arôme d’une plante aimée ou comme les parfums qui s’échappent en fumée bleuâtre de l’urne d’argent des encensoirs balancés, et monte jusqu’aux pieds de l’Éternel. Faire croire à la résurrection, c’est essuyer les yeux de tous ceux qui pleurent et les blessures de tous les coeurs qui saignent ici-bas au voile précieux des espérances célestes.
Nous ne doutons pas que le titre de ce livre n’effarouche bien des préjugés et ne paraisse à cette classe d’esprits superficiels, si nombreuse dans le monde, qui accuse de folie ceux qui ne partagent pas leur myopie intellectuelle, l’oeuvre d’un aventureux mystificateur. Mais, parfaitement résolu à obéir plutôt à notre conscience qu’à l’opinion publique, nous inscrivons ce titre en tête de notre ouvrage, avec l’espérance qu’il arrivera dans les mains des lecteurs qui, depuis que nous tenons la plume, nous encouragent de leur glorieuse sympathie. Il existe pour nous un ineffable sentiment de bonheur à écrire pour les amis inconnus qui vivent du même coeur et dans une entière communion d’idée avec nous, et à penser que de douces et blanches mains de femme feuillèteront avec une curiosité avide ce livre, qui, semblable à un pèlerin voyageur, viendra s’asseoir à leur foyer pour leur raconter son grand et sublime voyage et décrire avec détail les moeurs des âmes et des esprits, ces lumineux habitants du royaume de Dieu. Mais grand devient surtout le bonheur de l’écrivain quand il sent, par une communion mystérieuse, invisible et réelle, la pensée de ses lecteurs se faire fluide et, comme la douce clarté d’un regard et la grâce caressante d’un sourire de femme, refluer vers lui et toucher les fibres de son coeur comme le vent du soir touche les cordes de la harpe éolienne et en tire de mélodieux accents. C’est parce que nous nous sentons pénétré jusqu’à la

moelle des os de ce souffle inspirateur, qui est la respiration même d l’âme de nos lecteurs, qu’épanchant en eux les flots d’amour qui bouillonnent en nous, mous leur parlerons coeur à coeur.
Nous allons cependant, dans la persuasion que plusieurs nouveaux lecteurs entreront par cet ouvrage pour la première fois en communion d’idées avec nous, leur expliquer comment nous avons été amené à tenter cet audacieux travail et à quelle source nous avons puisé les renseignements il l’aide desquels nous entreprenons de dévoiler l’éternité. Ce sujet touche au plus intime mystère de l’organisme humain, le problème des destinées éternelles est non-seulement le plus important qui puisse préoccuper le coeur de l’homme, mais il est le plus actuel ; car ; malgré les prodiges merveilleux des arts mécaniques faisant de l’éclair le courrier de la pensée, forçant la vapeur à animer l’airain des locomotives pour emporter les chars à travers l’espace vaincu, ce siècle n’a rien à donner aux âmes pour assouvir en elle ce besoin terrible, cette soif sans cesse renaissante, qui est l’amour de l’infini. Les natures douces et contemplatives dans cette atmosphère de doute, semblable à des fleurs délicates transplantées en terre étrangère, languissent, déclinent et se flétrissent, consumées par cette agonie de coeur qu’on nomme le mal du pays, car le pays, pour ces jeunes blessés de la vie, c’est le ciel. Tandis que, semblable à Marthe dans l’Évangile, les uns emploient leur industrieuse activité à préparer et à organiser leur vie le plus agréablement possible ici-bas dans la fièvre de l’agiotage et l’ivresse de la volupté ; il y en a d’autres qui, comme Marie, ont choisi la meilleure part et qui, assis aux pieds bien-aimés du Sauveur, épanchent en son coeur la fervente tendresse de leur âme pieuse, dont l’esprit, quittant le monde où tout les blesse et les meurtrit, tourne l’oeil de son intelligence vers l’éternité et s’efforce de soulever le rideau qui dérobe à sa vue le ciel. Comprenant leur souffrance et leur désir, nous leur tendons ce livre en leur disant : Prenez et lisez.
Nous avons trouvé quatre sources où nous avons étanché la soif de notre âme altérée de vérité ; nous avons été éclairé par la lumière de quatre foyers ; nous avons reçu la science des lèvres inspirées de quatre maîtres, en sorte que
quatre espèces de matériaux entreront dans cet édifice que nous élevons pour l’édification de tous et à la gloire du Maître des cieux.
Dans l’ardeur passionnée qui nous consumait, nous avons été recueillir des renseignements sur la vie future des âmes, après la mort, dans tous les sanctuaires du monde antique où des prêtres vénérés retenaient pieusement le dépôt traditionnel des vérités éternelles ; ensuite les apôtres, les Pères de l’Église et les docteurs, ayant à leur tête leur divin maître Jésus-Christ, nous ont révélé les mystères de l’autre monde ; puis, en étudiant la chevalerie et la sorcellerie au moyen âge, il nous est arrivé de rencontrer plusieurs admirables écrits dans lesquels grand nombre de saints extatiques avaient relaté les visions béatifiques qu’ils avaient eues de l’Éternité. Enfin nous avons demandé la lumière aux sciences occultes, nous avons sondé les profondeurs éblouissantes du sommeil ; et les prodiges de l’âme réveillée dans un corps endormi nous ont fait comprendre les merveilleuses facultés de l’âme ressuscitée.
Le magnétisme a éclairé d’une vive lueur les mystères de la vie et de la mort, il nous a donné l’explication des saintes Écritures et fait croire à la possibilité des miracles. Nous allons donner quelques détails sur chacune de ces sources où nous avons puisé la vérité dont nous tâcherons d’offrir l’eau vive aux lèvres dans la coupe du beau. Chrétien de race, de coeur et d’idée, nous serons en tout point disciple du Christ, et dans les feuilles de ce livre nous tâcherons de nous inspirer de cet esprit de charité et d’amour qui fait que l’on porte d’autant plus de tendresse à un être, que cet être est plus triste et plus souffrant ; cet amour du faible est gravé en nos âmes par la vue de la croix, comme le sang grava sur le voile de sainte Véronique les traits adorés du visage béni de notre Sauveur bien aimé Jésus-Christ.
Dès l’aurore de la création, l’homme, ayant matérialisé par le péché sa nature, ou, pour suivre l’image de l’Ancien Testament, avant mordu au fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, devient sujet à la maladie et à la mort.
Cette idée que nous exprimons, nous la retrouvons en germe dans l’étymologie même du mot mort, formé du latin mors, que dans leur haute philosophie les instituteurs du langage, qui, suivant la belle expression de Vico,

cachèrent la science du vrai sous l’écorce des mots, ont fait venir de morsu, pour rappeler à l’intelligence que l’origine de la mort en ce monde est la morsure coupable donnée par le premier homme au fruit de l’arbre défendu. Aussi il est hors de doute que de la plus reculée antiquité l’oeil a plongé au delà de cette vie, et toutes les religions ont proclamé la résurrection de l’âme ; car, nous l’écrivons avec conviction, opérer le salut de l’âme était le but cherché dans les mystères de l’Orient, et si, à travers les siècles l’on prête l’oreille aux enseignements des prêtres de l’antiquité, l’on entend une parole d’espoir et de consolation tomber de leurs lèvres inspirées et dire au peuple : Tu revivras.
Nous étudierons le ciel et l’enfer chez toutes les nations, et nous trouverons une croyance traditionnelle à une vie future, rendue sensible à l’esprit, à l’aide du voile symbolique d’une révélation toujours en rapport avec le degré d’intelligence et les moeurs des nations dont il devait frapper la vue. Quand la révélation tentera de dévoiler les tourments de l’enfer, pour épouvanter les sens d’un peuple ignorant, grossier et sensuel, elle leur représentera les damnés livrés aux griffes de démons hideux, noirs et cornus, qui les enfoncent à grands coups de fourches dans le gouffre ardent d’un brasier qui brûlera, durant l’éternité, leurs chairs torturées par d’infinies souffrances. Quand, au contraire, elle tentera de peindre la félicité des bienheureux pour séduire les sens, elle transportera les corps béatifiés dans un palais éblouissant d’or et de pierreries. Il nous faudra déchirer le voile des allégories révélatrices pour arriver à la vérité, et la présenter aux yeux de l’univers intelligent dans sa splendide nudité.
L’écrivain doit s’efforcer de faire rayonner autour de la douce et pale figure du fils de Marie l’auréole brillante de son irrécusable divinité ; il doit, de plus, s’il veut ressusciter dans la gloire, fixer amoureusement sa vue sur lies traits adorés de Jésus et marcher sur la trace sanglante de ses pas bénis. Enfin, par ses paroles, par ses actions, par ses exemples, par ses écrits, il doit s’efforcer, comme son divin Maître, d’entraîner les générations indécises dans le chemin qui conduit au ciel.

Pénétrés de cette incontestable vérité, après que Jésus-Christ fut remonté vers son Père, les apôtres portèrent dans l’univers entier la bonne nouvelle de l’Évangile ; ils décrivirent les merveilles du ciel, et convièrent les pauvres, les riches, les savants, les ignorants, à ce banquet divin, à la porte duquel, par la pluie et le vent, grelottait depuis des siècles les générations assises à l’ombre de la mort. Les apôtres avaient semé dans le coeur l’espérance de l’éternité. Après eux vinrent les docteurs qui portèrent dans les esprits les convictions de l’existence d’un autre monde où Dieu récompensait le bien et punissait le mal.
Ces premiers disciples du Christ, communiquant comme une divine contagion la flamme ardente de l’esprit divin qui les embrasait de son amour, et enveloppant toutes les âmes dans le tourbillon attractif d’une grâce céleste comme leur apostolat, les entraînaient au ciel. Les docteurs vinrent ensuite et déposèrent une invulnérable certitude du ciel dans l’intelligence. Aussi, après dix-neuf siècles, les vaisseaux sillonnent encore la mer, portant, vers les plus lointains rivages, des missionnaires qui s’en vont prêcher le christianisme, et des soeurs de Saint-Vincent de Paul qui viennent le faire aimer en soignant avec tendresse ceux qui souffrent, et en pansant les blessures de ceux qui saignent ; anges de charité dont les pieds foulent la terre, mais dont le coeur vit déjà dans le monde de l’éternité.
Nous avons étudié les apôtres, communié d’idée avec les Pères de l’Église, et peu à peu nous avons senti se glisser en nos veines la flamme enthousiaste d’une grâce divine et le désir de secouer sur tous les coeurs, à l’exemple des apôtres, les torches ardentes de l’amour de Dieu. Nous avons de plus consulté les écrits inspirés des docteurs, et nous leur avons emprunté la lumière qui éclaire les intelligences et qui dissipe, pour les yeux de l’esprit, les ténèbres qui lui voilent cette patrie future vers laquelle le coeur se tourne avec tendresse et désir, comme vers la terre promise à ses espérances.
Au moyen âge nous avons traversé les camps de la chevalerie, noble institution qui était l’héroïsme armé de foi à l’intérieur et de fer à l’extérieur. Nous avons pénétré dans les laboratoires mystérieux, où des philosophes hermétiques soufflaient d’une main fiévreuse, nuit et jour, les tisons d’un

fourneau sur lequel reposait une cornue renfermant une liqueur jaunâtre, et vu que ce que cherchaient les alchimistes, au visage noir de fumée, ce n’était pas seulement l’or potable, mais l’esprit de vie et de lumière.
Les cabalistes anciens et modernes, toute la bande noire des mages, hiérophantes, gymnosophistes, druides, philosophes naturels, thaumaturges, extatiques, avec l’intelligence desquels nous avons vécu, nous ont toujours semblé particulièrement préoccupés du rôle de l’esprit de lumière.
Dans le grand acte de la résurrection, ils discutaient entre eux pour savoir si après la mort il restait sur la terre pour y animer les fleurs et les oiseaux, ou s’il accompagnait l’âme dans le ciel. C’était cette question qui passionnait l’esprit des Grecs au moment où Mahomet III entrait en triomphateur à Constantinople.
Nous ferons connaître le résultat des études de ces intelligences illuminées d’un rayon divin, qui, par une prévoyante sagesse, s’inquiétaient de la résurrection au moment où le cimeterre de Mahomet menaçait leur vie. Il est doux, en effet, de pouvoir endormir sa tête croyante sur l’oreiller de la foi, sans souci des intérêts de ce monde, avec l’espérance de se réveiller un matin citoyen de l’éternité ; car, si la main de la femme met de la grâce partout, celle de Dieu met de la joie même sur le chemin de la mort.
Il y a dans ce siècle une indifférence en matière de religion qui nous a toujours paru incompréhensible ; on dirait que l’humanité, sans souci de ses destinées éternelles, désire seulement la possession des biens périssables de ce monde. De là cette soif des richesses qui, altère le coeur de toutes les classes de l’ordre social ; de là ces cris de désespoir qui retentissent à certains jours, comme un coup de tonnerre, dans une nuit sombre, éclaire fatalement l’avenir, et font résonner sinistrement aux oreilles des riches ces deux mots : Propriétaires, défendez-vous !
Ce livre, abstrait autant que sérieux, en donnant une base philosophique à la croyance, à une vie future, a pour but d’apprendre à raisonner au rationaliste, et il enseignera la prévoyance aux prévoyants de ce siècle en leur montrant que la prudence de ceux qui sèment dans le temps pour récolter dans

le temps n’est que folie, inexpérience et imprudence, et que tous les actes de cette vie, suivant les règles immortelles de la sagesse divine, doivent être faits dans le but de préparer sa résurrection glorieuse à une béatitude éternelle.
S’il est un acte important ici-bas, c’est sans contredit le mariage, qui fond deux existences en une seule. Eh bien ! la sagesse de ce monde, bornée autant que mesquine, croit faire acte de raison en recherchant uniquement la richesse dans la femme, qui unit sa fortune par contrat et devant notaire à celle de son mari, afin d’assurer le bien-être des époux et celui des enfants, et elle oublie, dans sa folle imprévoyance, que le mariage n’est pas seulement l’union matérielle de deux sommes d’argent ; mais l’union sainte et pure de deux coeurs, de deux âmes. De là cette chair pure et virginale se mariant à une chair usée par le vice, ces coeurs nobles et tendres se mariant à des coeurs caducs, ces âmes pieuses se mariant à des âmes impies. Si la femme met devant l’autel de Dieu sa main confiante dans celle de l’homme, ce n’est pas pour qu’il l’entraîne, victime souillée et déshonorée, au fond des abîmes de l’enfer, mais pour qu’il la conduise, glorieuse et triomphante, dans le royaume des cieux.
Si nous avons osé écrire ce livre, c’est dans la persuasion qu’il n’appartient pas à la raison humaine de traiter de si hautes matières, car il faut que l’âme, se dérobant aux liens terribles de sa prison charnelle, aille libre, semblable à un ange de lumière, visiter les régions suprêmes et converser avec les esprits ses frères et les âmes ressuscitées ses soeurs. Pour rendre l’âme à la liberté, il faut de plus que le charme du sommeil magnétique, anéantissant par l’assoupissement l’action du corps endormi, lui laisse ouvertes les portes du monde surnaturel.
Quand sur l’aile de la volonté l’âme pénètre les corps les plus opaques et visite, avec la rapidité de l’éclair, les différentes régions de l’univers terrestre, c’est du somnambulisme ; mais, quand elle pénètre jusque dans le royaume des morts, et qu’elle parcourt le domaine éblouissant de l’éternité, pour aller converser avec les âmes ressuscitées, ses traits illuminés d’une lueur céleste, son regard fixé vers un pôle invisible et perçant les voiles de l’inconnu, sont pour nous les symptômes de l’état extatique. Si nous comprenons la nature de la merveilleuse propriété de l’âme ressuscitée, les souffrances qu’elle peut endurer,

les jouissances qu’elle peut ressentir, c’est que, dans les prodigieuses opérations d’une âme dégagée du corps endormi, nous avons vu une image fidèle des facultés surhumaines de l’âme délivrée du corps par la mort.
Pour l’homme, dont l’âme entrevoit déjà dans l’éternité Dieu entouré de ses anges, comme d’une armée de soleils rangés par ordre de lumière, la richesse est sans prix, la gloire n’est qu’une fumée emportée par le vent ; la renommée, quelques lettres composant un nom qu’un pédant de collège tâche de graver dans la mémoire de quelques écoliers indociles. Pour nous, possédés du désir du ciel, emportés de coeur et d’esprit au delà de ce monde, nous n’aspirons ni à la fortune, ni aux honneurs, ni à la renommée ; toute notre ambition, comme celle de saint Justin, est que sur la terre qui recouvrira un jour notre cadavre on plante une croix en bois noir, sur laquelle on lira pour unique épitaphe ces deux mots : Ci-gît un chrétien ! ! !

II. — L’ORGANISME HUMAIN EXPLIQUÉ PAR LES FLUIDES IMPONDÉRABLES

suite…

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