Le Principe de Lucifer


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Auteur : Bloom Howard
Ouvrage : Le principe de Lucifer Une expédition scientifique dans les forces qui gouvernent l’Histoire
Année : 2001

Traduit de l’américain par Aude Flouriot

Revue de Presse

Critiques parues dans la presse sur Le Principe de Lucifer
de Howard Bloom

« Les lecteurs seront émerveillés par le miroir que Bloom tend à la condition humaine et fascinés par la masse éclectique de données qui surgissent avec la grâce et la furieuse intensité de la volée d’une balle de tennis. Son style est attirant, plein d’esprit et vif. Il se repose sur une douzaine d’années de recherches dans une véritable jungle de spécialités universitaires diverses… et prouve méticuleusement chaque information… »
The Washington Post

« Un immense plaisir à lire et débordant d’informations fantastiques»
The New York Review of Books
« Ce livre couvre un sujet que les sources plus timides et plus conventionnelles n’osent pas confronter: la nature et les causes de la violence humaine… vigoureux… fervent… une théorie fraîche et viable sur l’évolution de l’humain social »
The Washington Times

« Le travail de Bloom rassemble une telle quantité d’évidences, qu’il rappelle l’Origine des Espèces de Darwin »
Wired

« Un récit érudit sur l’interconnexion de toutes les formes de vie. Bloom écrit sur les complexités de la nature avec simplicité, talent et compréhension. Pourquoi nous sommes ce que nous sommes devient brusquement clair, merci à l’intelligence et à la candeur de Bloom »
Omni

« Provoquant… explosif… fringuant… un assemblage de grenades rhétoriques qui remettent en cause nos innombrables formes de satisfaction de soi »
The Boston Globe

« Howard Bloom bouleverse toutes nos idées préconçues, et au passage libère notre manière de penser, nous permettant de voir le monde différemment »
Michael SIGMAN, Editeur Los Angeles Weekly

« Le tour de science et d’histoire de Howard Bloom est fascinant… une idée grandiose, extraordinaire »
The Detroit Free Press

« Élégant… Un dîner quatre étoiles pour le cerveau… Une nouvelle vision révolutionnaire de la nature humaine … Un travail monumental d’un penseur merveilleux et original. Tout simplement extraordinaire »
Newark Star-Ledger

« Un regard philosophique sur l’histoire de notre espèce, qui alterne entre le fascinant et l’effrayant. Le lire fut comme lire du Stephen King. Je n’ai pas pu le poser. Exceptionnel ».
Rocky Mountain News

« Howard Bloom a un telle maîtrise de se son sujet, et une telle facilité à communiquer de manière attrayante que ce livre est quasiment enivrant… L’Histoire entre les mains de Bloom devient tellement excitante qu’on en devient sceptique. Mais chaque exemple d’information difficile à croire, comme par exemple ces 30.000 Japonais qui se sont suicidés en sautant d’une falaise d’Okinawa, est soutenue par les sources en annexes. On y trouve également une bibliographie impressionnante. Howard Bloom nous a fait une faveur: son livre passionnant et quelque peu choquant pulse avec des ponctions bizarres dans l’histoire, la sociologie et l’anthropologie»
The Courier-Mail

« Un travail fascinant. La théorie de Howard Bloom peut être résumée de la manière suivante :
Premièrement, les réplicateurs (les gènes par exemple) produisent leur matière si facilement de façon exponentielle que le résultat à leur bout, entre autre, c’est moi, c’est vous.
Deuxièmement, les êtres humains, comme toutes les formes de vie, des mongeese aux singes, existent à l’intérieur d’un superorganisme: Nous sommes, dit Bloom, des composants jetables d’un être plus important que nous-même.
Troisièmement, les Mèmes, ces grappes d’idées qui se répliquent d’elles-mêmes, sont devenues la colle qui maintient les civilisations.
Quatrièmement, le réseau neuronal, le groupe de pensée qui nous trans-forme en une massive machine d’apprentissage.
Enfin, le dernier point, l’ordre de préséance qui existe chez les hommes, les singes, les guêpes et même les nations, qui explique pourquoi le danger des barbares est réel, et pourquoi les idées de notre politique étrangère sont souvent fausses ».
Los Angeles Village View

« S’appuie sur une impressionnante batterie de recherches historiques, anthropologiques et biologiques (…) bien que provoquant mais souvent rempli de vues de grande valeur… ».
Kirkus Reviews

« Une étude ambitieuse et souvent provocante ».

Publishers Weekly

« Un livre dérangeant (…) de la nourriture pour l’esprit, plutôt que raison de désespoir ».
Booklist

« Saisissant… Habile… Gracieux… Howard Bloom est quelqu’un qu’on ne rencontre plus beaucoup de nos jours: un esprit universel. Le principe de Lucifer est vraiment épatant à lire, ce type de livre qui donne l’envie d’attraper le téléphone pour avoir une bagarre avec l’auteur pratiquement toutes les trois pages. … Hérétique… Énervant… Divertissant et engageant, ce qui est – selon ma définition – une bonne description d’un compagnon agréable ».
The Phoenix

« Se repose solidement sur des preuves biologiques et anthropologiques pour montrer que les êtres humains ne sont pas par nature des individua-listes, ou des isolés, mais qu’au contraire ils ont une puissante et naturelle inclinaison pour le groupe social, et que la plupart de la violence et de la cruauté qui a caractérisé l’histoire humaine est ancrée dans la compétition entre groupes pour le statut (social) et la domination ».
Foreign Affairs

« Le livre de Howard Bloom est un traité de définition de culture et un monument d’époque. Il est destiné à être le futur choc de notre époque ».
Bob Guccione, Jr., fondateur de Spin Magazine, Éditeur de GEAR Magazine

« Tombe quelque part entre le livre de Paul Kennedy’s ‘Rise and Fall of the Great Powers’ et celui de John Naisbett, ‘Megatrends’ ».
Library Journal

« Le Principe de Lucifer est devenu une sensation ‘underground’ dans les communautés scientifiques et littéraires…. ».
The Independent Scholar

« Le Principe de Lucifer est devenu l’un des livres de sciences le plus influent depuis sa publication, salué par 22 scientifiques de renommée mondiale comme étant un ouvrage majeur. Le livre est tellement annoté, mais facile à lire, et accessible – une preuve du talent d’écrivain de Bloom-. Peu de livres changent votre vie ou vos concepts de la vie de cette manière. Mais celui-ci, oui, définitivement »
Disinfo.com

SCIENTIFIQUES ET UNIVERSITAIRES :

« Howard Bloom a écrit une « Histoire du Monde » avec un nouveau point de vue reposant sur la structure psychologique et les prédispositions naturelles de la pensée humaine. Son récit est une formidable alternative à celles qui reposent sur des assomptions politiques ou théologiques ».
Pr. Horace BARLOW, Royal Society Research
Cambridge University

« Le livre de Howard Bloom est puissant, provoquant, un plaisir à lire, et, j’espère, qu’il a au moins à moitié tort ».
Pr. Ellen LANGER, PhD, Prof. Psychology
Harvard University

« Un summum de l’écriture. L’un des meilleurs livres contemporains que j’aie lu ».
Pr. EDWARDS Standford University

« Un puissant outil de réflexion, complexe et ambitieux, franc, avec une capacité exceptionnelle à intégrer, à travers un incroyable spectre d’informations scientifiques. Je me suis retrouvé moi-même avec des « hh » et des « hh ». Excellent, totalement fascinant et brillant »

Pr. Allen JOHNSON Anthropology department University of Los Angeles

« Une vision révolutionnaire sur la relation entre psychologie et histoire. Le Principe de Lucifer aura un impact profond sur nos concepts de la nature humaine. Il est même incroyable qu’un livre de cette importance puisse donner autant de plaisir à être lu »
Elizabeth F. LOFTUS American Psychological Society

« Le Principe de Lucifer est captivant, bien écrit, réfléchi, et merveilleux dans sa manière d’intégrer les données d’ethnologie, psychologie et biologie. Le livre incorpore des informations tellement nouvelles sur le système immunitaire qu’elles doivent être encore analysées pour une totale compréhension. Il a lié ces changements biochimiques au comportement social et aux attentes personnelles, d’une telle façon qu’il projette une nouvelle lumière sur la nature humaine et la nature de la vie elle-même. »
Pr. Herbert LEFCOURT, Psychology University of Waterloo

« Howard Bloom décrit dans son Principe de Lucifer les groupes sociaux humains comme des superorganismes, dont les membres fondent leur pensée dans une seule mais gigantesque machine d’apprentissage. C’est clairement une proposition radicalement différente des points de vue actuels sur l’évolution de la psychologie humaine. Si vous regardez dans les pages du « he adapted min » vous ne la trouverez pas. L’idée qui apparaît là tend à être hérétique. Mais l’idée d’un système cognitif au niveau du groupe est nou-velle et pourrait être très hautement en relation avec l’évolution de la psychologie humaine. »
David Sloan WILSON Department of Biological Sciences State University of New York

« Je suis totalement d’accord avec le Principe de Lucifer. C’est fascinant, érudit, agréable, stimulant et vivant. »
Pr Jerome D. FRANK, Psychiatry The Johns Hopkins U.

« Le Principe de Lucifer est un grand bond en avant pour l’effort humain de comprendre la biologie humaine. D’une manière très claire, il nous demande de regarder à l’intérieur de nous-mêmes. Son approche littéraire est brillante; ses faits historiques sont indiscutables…. Exceptionnel. »
Dr Richard BERGLAND, endocrinology
Department of neurosurgery, Sloan/Kettering

« Le Principe de Lucifer est écrit avec énergie, et un talent étonnant pour les contrastes discordants. Il documente exemple après exemple les blessures qui nous dérangent, puis, sans avertissement, fait une véritable boucherie en crevant le camouflage hypocrite de nos chères illusions. »
David L. HULL, Department of Philosophy Northwestern University

« Instructif, provoquant et plaisant à lire. Nous avons besoin de livres comme celui-ci. »
Pr. Robert B. CIALDINI, Psychology
Arizona State University

« Fascinant. Les détails -historiques et scientifiques- constituent une éduca-tion en eux-mêmes. Mais ils sont tous dirigés vers une idée centrale, totale-ment juste, et jette le gant à la face des dogmatistes intellectuels à la mode et des utopistes professoraux. »
Pr. Robin FOX, Social Theory Rutgers University

« Passionnant comme un policier de Robert Ludlum -et bien plus plausible. Ce livre essaie rien de plus que de réinterpreter l’histoire de la civilisation. L’argument est brillant, irrésistible, et certain de générer de la controverse. Utilisant le spectre large d’une approche interdisciplinaire, Bloom illustre ses arguments avec des exemples issus des champs de la psychologie expérimentale, de la génétique expérimentale, l’anthropologie sociale, l’ethnologie, la religion et l’histoire. Vraiment, c’est une fête intellectuelle… C’est un livre qui se lit d’un coup. »
Dr Michael B. LEACH
Cleveland Psychological Association Newsletter

« Quelque chose que vous n’avez jamais lu auparavant. Un impressionnant acte de courage intellectuel »
Leon URIS Author of ‘Exodus’

« Un livre brillant, palpitant sur la condition humaine, explorant le rôle de l’agression dans la vie quotidienne en société, et couvre toute la richesse des sujets connexes. L’un des meilleurs livres que j’aie lus ces dernières années. Hautement recommandé. »
Alexander ELDER Author of ‘Trading For A Living’

« Une pensée provocante et engageante. J’ai eu du mal à le poser. »
Thomas D. SEELEY Department of Neurobiology and Behavior Cornell University

« Le Principe de Lucifer est un tour de force, un travail séminal et brillant »
Dr Sol GORDON
The Institute for Family Research and Education

« Le livre de Howard Bloom devrait être obligatoire à lire pour tout le monde, surtout les Américains, qui veulent une compréhension en profondeur des motifs individuels ou des explications sur la politique publique. Au cours des dernières années nos sages ont rendu publiques bien des études scientifiques qui effleurent les relations intimes entre génétique, comporte-ment humain et culture. Cependant, très peu, voire aucune, n’a eu le cou-rage d’explorer comment l’histoire génétique peut influencer notre comportement personnel, et, en contrepartie, la direction même de la société. Le Principe de Lucifer est lucide, bien documenté, et totalement provoquant. Il détruit bien des mythes et nous oblige à regarder le monde avec une autre perspective. »
Prakash MISHRA The Mountbatten Medical Trust

Avant-Propos de Pierre Jovanovic
Le Principe de Lucifer est un livre qui vous marque le cerveau au fer rouge. Et de ces livres, il en existe, quoi que l’on pense, très peu.
J’ai lu le Principe de Lucifer tout à fait par hasard aux États-Unis, et je me revois encore, fasciné et enthousiasmé, expliquer à mon entourage avec la plus grande solennité que c’était le livre le plus important jamais lu en vingt ans. En effet, malgré une consommation de livres intense, je n’avais pas le souvenir qu’un auteur, hormis Freud, réussisse non seulement à captiver à ce point, mais en plus, à nous donner, comme Freud, une grille qui permet de comprendre, de voir, enfin, le monde social autour de nous tel qu’il est vraiment. Une vision sans les lunettes roses de Jean-Jacques Rousseau, ou plus récemment, de la Déclaration de Séville pour qui « la violence n’est ni notre héritage évolutionniste, ni présente dans nos gènes ».

Comme c’est rassurant !

Mais voilà, c’était sans compter sur Howard Bloom qui a remis les pendules à l’heure de telle manière après douze années de recherches et d’écriture, qu’il lui a fallu, malgré son carnet d’adresses fourni, présenter son manuscrit à 32 éditeurs new-yorkais pour qu’il y en ait un qui, finalement, ose le publier. À ce jour, les deux livres sont à plus de cent mille exemplaires. Car il s’agit bien d’une révolution, au même titre que le furent les livres de

Darwin et de Freud. Après des débuts timides, le Principe de Lucifer est devenu un livre culte au point qu’un journaliste anglais, à sa lecture, écrivit : « J’ai rencontré Dieu, il habite à Brooklyn », que des groupes de rock « samplent » des passages de son livre lus à haute voix afin de les intégrer dans leurs rythmes et que des professeurs émérites de Cambridge, de Stanford et de UCLA, entre autres, endossent officiellement son travail (voir la revue de presse).
Aucun écrivain contemporain n’a bénéficié, avant lui, d’un tel hommage !
Cioran a dit qu’un « livre qui laisse le lecteur pareil à ce qu’il était avant de le lire est un livre raté1 ». Dieu qu’il avait raison Cioran. On peut dire qu’il y a deux états pour les lecteurs du Principe de Lucifer, le « avant », et le « après », et très peu d’entre eux ont regretté de l’avoir lu. De plus, comme avec un véritable livre diabolique, une fois qu’on l’a lu, on n’ose plus y retoucher, mais on jette des coups d’oeil furtifs à la bibliothèque pour vérifier tout de même s’il n’a pas quitté sa place. Normal pour un livre aussi puissant. Il pourrait disparaître. Surtout avec un titre aussi extraordinaire.
Copernic a déclaré que la Terre tournait autour du So-leil. Darwin a mis en pièces la Bible. Freud a révélé la sexualité omni- présente. Mais que dit Bloom de si révolu-tionnaire ? Il dit tout simplement que la violence est « en réalité un outil fondamental de la Nature pour nous améliorer ».


1 Cioran, in Entretiens. Éditions Gallimard, Paris, 1995


Dans un monde judéo-chrétien qui nous dit que « l’homme est gentil, c’est la société qui le rend mauvais », cela fait effectivement désordre. Bloom démontre donc méticuleusement le contraire et avec un talent tel qu’il nous rappelle furieusement le Mal Français d’Alain Peyrefitte, mais un mal d’un tout autre genre.
Bloom a repris le flambeau là où s’est arrêté le professeur Laborit : Le Principe de Lucifer est une version puissance mille, et mise à jour, du merveilleux film d’Alain Resnais Mon Oncle d’Amérique. Et si on devait comparer ce livre à une oeuvre d’art, le Principe de Lucifer de Bloom serait le Jardin des Délices de Hyreonimus Bosch, par op-position au Jugement Dernier de Michel-Ange. Bloom est l’anti-Rousseau, un auteur qui, grâce aux fulgurants pro-grès scientifiques de ces dernières années, a décidé de ne pas tricher et de ne pas nous tendre un miroir pré-déformé à nos propres idéaux. C’est pour cela que son livre est fascinant, d’autant que nous avons tous vécu, ou vu, les idées qu’ils nous expose, mais sans jamais avoir eu les clés pour les comprendre réellement. Alors la lecture du Principe de Lucifer se transforme progressivement en une grille acérée de compréhension du comportement social, exactement comme la lecture de Freud permet de comprendre l’origine des innombrables pulsions sexuelles. Le Principe de Lucifer est une expédition scientifique dans les forces de l’Histoire. C’est l’un des rares livres scientifiques qui est compréhensible de tous et qui se lit avec la facilité d’un James Bond parce que Bloom nous entraîne de manière progressive dans sa magistrale démonstration empirique.

Mais que vient faire Lucifer là-dedans ?
Eh bien, c’est Cioran, une fois de plus, qui a la réponse : « Si vous voulez, je suis pareil au diable, qui est un individu actif, un négateur qui met les choses en branle2 ». Certes, on a du mal à croire Cioran. Mais comme on l’a vu précédemment, il y a le « avant », et le « après » de la lecture de ce livre.
Pierre Jovanovic


2 In Entretiens


Si seulement il y avait des gens mauvais quelque part en train de commettre insidieusement des actes mauvais et s’il suffisait de les isoler et de les détruire. Mais la frontière entre bien et mal traverse le coeur de chaque être humain. Et qui souhaite détruire un morceau de son propre coeur ?
Alexandre Soljenitsyne

Seul le savoir nous permettra (…) de délivrer de leur folie ceux qui ont une foi superstitieuse dans la toute-puissance de la violence.
Fang Lizhi

Nous avons besoin de l’histoire dans son intégralité, non pas pour retomber de-dans, mais pour lui échapper.
Ortega y Gasset

Introduction à la version française
par Howard Bloom
Je ne suis jamais allé en France. J’ai appris la langue française. J’ai écrit des essais et des fictions en français, j’ai suivi les conseils de Rimbaud de dissocier délibérément les sens, je me suis passionné pour l’ascension des philosophes, j’ai passé des mois immergé dans la poésie de Mallarmé et les pièces de Jean Anouilh, j’ai appris des leçons de vie essentielles grâce à l’interprétation du mythe de Sisyphe par Albert Camus, j’ai envié Buffon pour son domaine plein de livres et d’assistants prêts à aller lui chercher le volume précis dont il avait besoin pour ses recherches et j’ai adoré l’esprit de Voltaire (et été surpris d’apprendre qu’à son époque il était souvent accueilli par des foules de femmes à sa descente de voiture, exactement comme les rock stars sont assaillies aujourd’hui par des femmes).
Pendant des dizaines d’années, j’ai pensé en français. Je me soupçonne même d’avoir rêvé en français. Mon père, qui est devenu le plus grand marchand de vin de l’Ouest de l’état de New York, allait chaque année en France visiter les châteaux, goûter les vins et acheter des caisses d’une diversité rare aux États-Unis. Enfant, je me consacrais déjà à la science mais, un été, mon père m’éloigna de mon microscope médical et de mes livres de physique quantique pour me faire étudier les millésimes, apprendre la qualité du sol et de la pluie dans chaque vallée française où poussaient les vignes. Puis il m’encouragea à composer et à calligraphier des affichettes décrivant les caractéristiques uniques de chaque vin, des affichettes destinées à entraîner, chez ceux qui venaient acheter du scotch et du gin, une fascination aussi puissante que celle de mon père pour ces importations françaises.
L’un des nombreux penseurs français à avoir influencé mes réflexions, Blaise Pascal, a dit que « le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Les émotions que Pascal appelait le « coeur » sont moins internes qu’elles ne le paraissent. L’amour et la haine, le plaisir et la dépression, les sentiments du « coeur » s’étendent au-delà de nous et nous lient aux autres êtres humains. Les autres sont ceux que nous aimons. Les autres sont ceux que nous détestons. L’admiration des autres nourrit notre sentiment de plaisir. Le mépris des autres nous arrache le plaisir. Le coeur est une foule à l’intérieur de nous, qui reflète la foule extérieure. Si le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point, la société a-t-elle, elle aussi, des raisons cachées ? Cherche-t-elle à atteindre des objectifs que nous, cellules cardiaques du corps social, ne connais-sons pas ?
Les théories sur la société et l’esprit ont été étonnamment aveugles à certaines de nos expériences les plus essentielles : l’enthousiasme, l’exubérance, l’amour, la dépression, l’anxiété et la haine de soi. Même dans les sciences psychologiques, un nombre restreint de ces passions ont été expliquées de façon convaincante d’un point de vue évolutionniste. Rares sont celles dont le rôle dans la survie de l’espèce ou dans l’évolution des tribus, des empires et des bousculades mondiales de la société a été exploré. Les émotions ont été considérées comme étrangères à l’étude de l’attention, de la perception, de la formation de concepts, de la sociologie, de la science politique, de l’économie et de nombreux autres domaines où règnent le jeu du dilemme du prisonnier et les théories du « choix rationnel».

L’émotion est le point d’entrée par lequel Le Principe de Lucifer pénètre dans le mystère humain.

Ignorer les émotions lorsque l’on tente de modeler les mécanismes qui font fonctionner la société est aussi fou que d’éliminer l’envie de viande de l’étude psychologique des loups. Alexandre le Grand sculpta le monde connu, poussé par une émotion : la soif de renommée. Hitler fut obligé d’abandonner ses ambitions d’artiste à cause de l’émotion, et les émotions que crachait sa bouche motivèrent une nation à perpétrer des actes convulsifs. L’émotion pousse les antimondialistes du XXIe siècle à paralyser le centre des villes où se tiennent les sommets internationaux. Elle motive des kamikazes palestiniens et incite des terroristes à égorger des villageois sans défense en Algérie.
Une théorie sociale sans émotion est une théorie sociale sans êtres humains, car c’est l’émotion qui rassemble la société et la fait avancer. La clé des émotions se trouve, ironiquement, dans la métaphore d’une machine, non pas dans le mouvement d’horlogerie d’un Newton, mais dans la machine à apprendre explorée dans les domaines du connexionisme et des systèmes dynamiques complexes.

Ce livre s’interroge sur ce qui fait tourner nos passions et nos systèmes sociaux. Les réponses sont souvent déplaisantes. Les émotions personnelles nous transforment en crampons se blottissant en unités sociales plus grandes. Mais les traits qui nous rassemblent suivent une règle simple : « Car on donnera à celui qui a, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. » Cette phrase, prononcée par Jésus dans l’Évangile de Mathieu, est l’une des phrases les plus dures ayant émergé de la bouche du Prince de la Paix. Pendant des années, sa simple présence dans le Nouveau Testament m’a gêné. Puis j’ai découvert le principe qui se cache dans les oeuvres de la Nature. Ce-la a donné un sens à de nombreux phénomènes jusqu’alors inexplicables. Mais cela n’a absolument pas adouci son amoralité glaçante.
Les systèmes que je vais décrire ne sont pas mon idée de ce que devrait être le monde ; ce sont les conclusions auxquelles j’ai abouti à regret, concernant ce qu’il est vraiment. Ce ne sont pas les modèles d’une société par-faite. Ce sont les obstacles qui se dressent en travers du chemin menant à un monde plus juste. Mais pour construire, il faut connaître le paysage, reconnaître le terrain et apprendre à faire de ses roches les fondations de l’amélioration. C’est la raison pour laquelle le Principe de Lucifer est une expédition, un voyage scientifique de dé-couverte dans les forces les plus obscures de l’évolution et de l’histoire. C’est également une expédition dans le domaine de la possibilité.
Non, je ne suis jamais allé en France. Je n’ai jamais vu Paris, Marseille, Nantes, Limoges, Lyon, Toulouse ou Montpellier. Mais grâce aux Éditions Le Jardin des Livres, le Principe de Lucifer est venu à vous. J’espère qu’il sera pour vous un digne visiteur.
Howard Bloom

~ 1 ~
Qui est Lucifer ?

suite…

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Auteur : Bloom Howard
Ouvrage : Le principe de Lucifer Tome 2 Une expédition scientifique dans les forces qui gouvernent l’Histoire : Le cerveau global
Année : 2003

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