Visa pour UNE AUTRE TERRE


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Auteur : Bergier Jacques
Ouvrage : Visa pour un autre Terre
Année : 1974

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CHAPITRE PREMIER, Le pudding magique

Notre image de la science est le plus souvent celle de Pascal : une vaste sphère s’étendant
au loin. À l’intérieur de cette sphère et en pleine lumière, il y a ce qui est connu. À l’extérieur,
dans la ténèbre extérieure, se trouve l’inconnu. Quand le rayon de la sphère augmente, la
surface augmente aussi et donc le nombre de points de contact avec l’inconnu.
C’est une belle image, et qui fait partie des idées généralement reçues. Mais elle
m’apparaît comme fausse. L’objet de ce livre est de le montrer. J’ai, depuis quarante ans
maintenant, l’expérience de deux domaines où les faits comptent avant tout : la recherche
scientifique et le renseignement. J’ai également quelque expérience, moindre que dans les
deux domaines précédemment cités, mais non négligeable, de la police. Et je puis affirmer
que l’image de Pascal est fausse parce que le connu et l’inconnu sont mélangés. Au risque de
choquer les philosophes, je dirais que l’image du monde est celle d’un pudding contenant des
fruits confits. Dans la grande masse du connu apparaissent soudain des fragments de
l’inconnu qui sont impossibles à déloger et qui sont très différents de la structure générale de l’univers.
La science, qui n’aime pas ce genre de choses, cherche à les éliminer. Elle a généralement
pour cela d’excellentes raisons. Elle affirme :
« Il ne peut pas tomber de pierres du ciel parce qu’il n’y a pas de pierres dans le ciel. »
Cela n’empêche pas les météorites de tomber.
À la préfecture de police, le téléphone peut sonner aussi bien pour annoncer un meurtre,
un chantage ou un kidnapping que pour annoncer une possession diabolique, un
envoûtement ou une manifestation d’esprits frappeurs.
Au laboratoire, l’inexplicable peut se manifester aussi bien que le connu. Les mêmes
instruments servent à détecter des particules bien identifiées, dont certaines sont d’ailleurs
fabriquées dans nos propres instruments, et des événements cosmiques exceptionnels qui
sont peut-être des particules venant d’une autre galaxie d’étoiles et ayant traversé des
millions d’années-lumière et peut-être des astronefs étrangers voyageant à une vitesse
voisine de celle de la lumière et s’étant contractés à la dimension d’une particule.
Tous les jours, des scientifiques officiels, dans les sciences exactes et naturelles,
m’apportent des expériences impubliables parce que contredisant toutes les lois acquises.
Et dans les sciences d’observation, comme l’astronomie ou l’ethnologie, le pudding est
extrêmement riche en inclusions contenant de l’inconnu, et qu’on ne peut pas déloger.
Comme le dit l’écrivain américain Robert Bloch :
« Un savoir effroyable est soudainement révélé à une personne sur un million. »
Tout cela se retrouve ensuite dans des documents à circulation limitée, dans des
brochures obscures, dans des conversations qui se tiennent dans les couloirs des congrès
scientifiques, et qui sont souvent presque plus passionnantes que les congrès eux-mêmes.
Ces fragments d’inconnu, insérés dans notre réel, sont évidemment déconcertants. Deux grands savants ont émis des opinions là-dessus. Le biologiste anglais J. B. S. Haldane a écrit :
« L’univers est non seulement plus bizarre que nous ne l’avons imaginé, il est également
plus bizarre que tout ce que nous pouvons imaginer. »
Et Arthur C. Clarke, l’inventeur des satellites artificiels, prix Kalinga de vulgarisation
scientifique, écrit : « Une science supérieure à la nôtre doit nécessairement nous apparaître comme une magie. »
On trouve couramment dans les publications scientifiques des communications purement
magiques que les auteurs ont réussi à introduire au nez et à la barbe des comités distingués
qui surveillent toutes les publications.
On trouve aussi dans des comptes rendus des doctes académies des sciences et dans les
revues scientifiques un savant qui élève des rats télépathes, un savant qui montre la
possibilité de voyager physiquement dans le temps, un savant dont les sujets hypnotisés lui
décrivent l’avenir, et bien d’autres richesses.
Évidemment, je ne lis pas tout. Mais j’ai des correspondants un peu partout dans le monde
entier qui m’envoient des références et je fais ensuite établir des photocopies. La recherche
scientifique la plus sérieuse est un pudding magique, et la réalité quotidienne encore
davantage. Il suffit de faire le tri. Mais alors, vous croyez à tout ? me dira-t-on.
Non, je place des limites.
Chesterton disait très justement qu’il voulait bien admettre des violations des lois
inconnues, puisque par définition il les ignorait, mais qu’il était très sceptique sur la violation des lois qu’il connaissait. Et il citait cet excellent exemple :
« Si on me dit que Gladstone à son lit de mort était hanté par le fantôme de Disraeli, je
l’admettrai bien volontiers : ce sont là des lois inconnues. Mais si vous me dites que
Gladstone, reçu dans sa chambre par la reine Victoria, avait le cigare à la bouche et a craché
par terre, je ne le crois pas un instant. Parce que cela viole les lois que je connais bien. »
Même dans les lois de l’inconnu, il me semble qu’ü faut placer des garde-fous. À titre
d’exemple, je vais raconter une histoire à laquelle je ne crois pas, bien que je connaisse des
gens qui y croient. La scène s’est passée tout récemment à Sâo Paulo.
Une jeune fille rencontre un beau garçon à un bal. À la sortie il fait frais, et le garçon lui
met sa pèlerine sur le dos, en disant :
« Cela me donnera un excellent prétexte pour vous revoir. »
Et il ne revient pas. La pèlerine porte une adresse. La jeune fille y va et rencontre une
dame qui lui dit : « C’est la pèlerine de mon fils mort depuis deux ans. » Et elle apporte une photo que la jeune fille reconnaît. Eh bien, je n’y crois pas.
On peut me demander :
« Alors, comment expliquez-vous les faits ? »
Mon explication est très simple.
Le garçon en question était un voleur qui a volé la pèlerine et qui n’est pas revenu parce
qu’il était en prison ou avait été tué par le milieu.
Quant au fait que la jeune fille l’a reconnu, il s’explique simplement par la constatation
que tous les beaux garçons brésiliens, du type gigolo, avec des moustaches en guidon de vélo, se ressemblent.
Cette explication vous paraît trop prosaïque ? Je regrette. Mais mon but n’est pas de faire
du sensationnel pour du sensationnel. Mon but, dans le présent livre, est de trouver des faits
qui permettent des hypothèses allant au-delà de ce que nous savons et permettant
éventuellement des investigations. Ces hypothèses, je les choisis parmi d’autres parce
qu’elles sont stimulantes pour l’esprit et qu’elles font rêver. À mon avis, la science ne doit
nullement être séparée du rêve et du fantastique. Seulement, le mélange entre la science et le
rêve étant explosif, il doit être manié avec précaution. C’est ce que j’essaierai de faire.
Il arrive souvent que le fantastique puisse être éclairé par un autre fantastique. C’est ainsi
que le mystère du navire Mary Céleste, trouvé abandonné au XIXe siècle par tout l’équipage
et avec les canots de sauvetage en place, fut expliqué au XXe siècle par l’écrivain anglais Eric Frank Russell à partir d’un mystère plus récent, celui de Pont-Saint-Esprit. Dans cette ville française, les gens devenaient fous après d’horribles hallucinations. Il fut établi que cela était dû à du pain contenant un parasite nommé ergot du seigle. Ce parasite contient une drogue hallucinogène. Or Eric Frank Russell a établi qu’à Gibraltar, le fournisseur de la Mary Céleste lui avait vendu du pain pourri contenant de l’ergot du seigle. Ce fournisseur fut condamné par la suite. L’équipage de la Mary Céleste est donc devenu fou et a sauté à la mer. Et l’explication d’un mystère comme celui de Pont-Saint-Esprit peut être appliquée à d’autres mystères. C’est la méthode que je compte utiliser dans ce livre.
Je compte y respecter le lecteur dans toute la mesure du possible. Je ne parlerai pas de
choses que je sais être fausses : guérisseurs, médiums, radiesthésie, soucoupes volantes. Cela laisse un terrain de chasse très vaste.
À travers mon expérience personnelle, à travers des dossiers que des lecteurs m’apportent, à travers les revues scientifiques et des comptes rendus d’académies, je vais essayer de faire
la chasse à l’inconnu qui se trouve tout près de nous. Certaines de mes hypothèses paraîtront fantastiques. Mais comme l’a dit Teilhard de Chardin :
« À l’échelle du cosmos, le fantastique seul a la chance d’être vrai. »
Qui aurait cru avant Pasteur que nous sommes rongés par des êtres vivants trop petits
pour être vus ? Même après Pasteur et jusqu’à 1912, ce point de vue a été combattu, et même de nos jours les biologistes n’aiment guère Pasteur.
Qui aurait cru que des hommes de Neandertal survivent encore jusqu’à nos jours ?
Pourtant, on a retrouvé un cadavre de Neandertal aux États-Unis récemment, et des
fouilles en Australie ont montré qu’une tribu d’hommes de Neandertal y vivaient encore il y a neuf mille ans seulement.
Qui aurait cru qu’on puisse vacciner des machines ? On le fait pourtant : on injecte dans
une machine une erreur qu’elle ne recommencera jamais.
Qui aurait cru qu’une pile atomique naturelle était possible ? On vient d’en trouver une au
Gabon.
Il existe d’excellents ouvrages qui sont des catalogues de mystères de ce genre. Je citerai
par exemple Invitation au Château de l’Étrange de mon ami Claude Seignolle.
Le but du présent livre est différent.
Il s’agit, dans les grains d’étrange que j’ai pu recueillir, de choisir ceux qui peuvent servir à

la défense de certaines de mes idées préconçues. Ces idées peuvent paraître surprenantes,
comme par exemple l’existence d’immortels parmi nous ou l’idée que la Terre a peut-être des
secrets à plusieurs dimensions que l’on ne soupçonne pas. Je serai franc : je défends ces idées
parce que cela m’amuse et que je pense distraire le lecteur et lui donner après la fermeture du livre quelques bonnes occasions de rêver.
Mais je pense aussi que des idées de ce genre sont vraies. Le progrès de la science se fera
du côté de l’incroyable. Après la science du XXe siècle, il y aura celle du XXIe siècle, et après celle du XXIe siècle il y aura celle du XXXe siècle, qui nous paraîtrait absolument
incompréhensible.
Les grandes affaires de 1972, celles qui rapportent le-plus d’argent, sont bâties autour de
produits dont le nom même n’existait pas dans la langue en 1950 : transistor, tranquillisant,
pilule anticonceptionnelle. En l’an 2000, 80 pour 100 du chiffre d’affaires de l’industrie se
fera autour de produits et de services qui n’existent qu’en petits laboratoires et dont les noms sont totalement inconnus.
Certains de ces produits, qui commencent déjà à être diffusés, sont plus fantastiques que
la science-fiction. La diode-tunnel, par exemple, est un dispositif à état solide où les électrons
passent d’un point à l’autre sans franchir les points intermédiaires. L’éminent physicien
George O’Smith, dont l’équipe, pendant la deuxième guerre mondiale, a vaincu les kamikazes
en inventant la fusée de proximité qui faisait exploser à distance les projectiles de D. C. A.,
pense que la diode-tunnel contient le germe de la future conquête de l’espace.
Ou le frigatron, dispositif où le passage du courant électrique produit du froid et non pas
de la chaleur.
Ou des drogues psychomimétiques, médicaments que l’on donne au médecin au lieu du
malade, et qui permettent de comprendre l’état d’esprit des malades mentaux en les
subissant soi-même.
Beaucoup d’inventions aussi extraordinaires ont pu être faites dans le passé et ne rester
parmi nous qu’entre les mains de petits groupes qui ne les font pas connaître.
Des échos de ces inventions parviennent quelquefois jusqu’à nous.
Je raconterai simplement l’histoire de Sir John Evelyn, mémorialiste anglais du début du
XVIIe siècle.
Les mémoires de Sir John Evelyn sont abondamment utilisés par les historiens et on ne
l’a jamais pris en flagrant délit d’erreur ou d’imagination. Or voici ce que raconte Sir John
Evelyn :
Un après-midi à Rome, il rencontre un Italien ou tout au moins un Méridional ou un
Oriental qui lui montre une bague. Dans le chaton de cette bague, il y a un point de feu
aveuglant. L’inconnu applique sa bague sur la pipe d’Evelyn qu’il allume. Puis, il dit à Evelyn
que la bague est à vendre et propose un prix. En bon Ecossais en voyage, toujours prêt à
marchander avec les indigènes, Evelyn fait une contre-proposition.

L’inconnu dit : « Milord, je ne marchande jamais. » Et il se perd dans la foule. Evelyn lui court après et n’arrive pas à le rattraper.
Revenons en 1972. Même avec les techniques les plus modernes, même avec les électrets,
dispositif qui renforce l’électricité statique comme les aimants renforcent le magnétisme,
même avec les isotopes radioactifs, je défie qui que ce soit de mettre dans le chaton d’une

bague une source d’énergie qui puisse allumer une pipe. Une cigarette peut-être, mais pas
une pipe. Alors ? D’où cet inventeur – en admettant que ce soit l’inventeur lui-même
qu’Evelyn ait vu – tenait-il son dispositif ? On ne le sait pas.
Autre exemple : Cromwell organise ses massacres en Irlande (avant Hitler on n’a jamais
connu pareil génocide) et fait régner la terreur en Angleterre. Il organise une police,
implacable et secrète, modèle pour la Gestapo. Il confie cette police à son beau-frère Thurloe.
Thurloe crée un cabinet noir. Et il reçoit la visite d’un personnage venu lui faire une
proposition :
« Sir, le grand goulot d’étranglement dans votre cabinet noir, c’est le temps qu’il faut pour copier les lettres. Quand c’est une lettre en clair, vous pouvez la résumer. Mais quand il s’agit d’une lettre en langage chiffré, ce n’est pas possible et il faut tout copier. Or moi je peux vous
faire instantanément des copies. Laissez-moi seul avec les lettres et en quelques minutes je vous apporterai des copies. »

C’est ce que le personnage a fait. Les copies s’effaçaient au bout de quelques heures, mais
cela suffisait pour en faire l’étude. Il s’agissait indiscutablement d’un système de
photographies ou de reproductions électrostatiques, mais comment l’inconnu avait-il un tel matériel au temps de Cromwell ? Personne ne le sait.
Et il y eut des inventeurs qui ont disparu parce qu’ils en savaient trop…
Le cas le plus frappant est celui de Rudolph Diesel, l’inventeur du moteur du même nom,
qui prit le paquebot pour l’Angleterre au début du siècle pour vendre au gouvernement
anglais le secret d’un Diesel suffisamment léger pour être utilisé dans l’aviation. Il disparut, par temps calme, et son corps ne fut jamais retrouvé. Personne n’a jamais pu construire un moteur Diesel assez léger pour être utilisé dans l’aviation. On a dit que les services secrets de l’Allemagne impériale avaient supprimé Diesel pour qu’il ne donne pas à l’Angleterre un avantage lui permettant de gagner une éventuelle guerre.
Peut-être… Mais cela ne fut jamais prouvé.
Les enclaves de l’inconnu influencent notre vie. Par leur intermédiaire, nous pouvons
influencer d’autres univers et ces autres univers peuvent nous influencer. Le mécanisme est
assez semblable à ce qui se passe dans le jeu d’échecs pour un fou pouvant simplement
parcourir des cases blanches et un fou adverse ne pouvant parcourir que des cases noires. Ils ne peuvent pas s’influencer directement ; c’est exactement la situation de deux univers
différents. Mais ils peuvent s’influencer, et s’influencent, par l’intermédiaire des autres
pièces.
C’est ainsi que les univers différents du nôtre nous influencent, et que nous les
influençons. On peut donner de la chose une représentation mathématique rigoureuse, que je me garderai bien d’infliger à mes malheureux lecteurs.
Jusqu’où vont ces influences ?
Je pense qu’il ne faut pas tomber dans des idées paranoïaques. Nous sommes maîtres de
notre destin, et celui-ci n’est régi ni par le « sens de l’histoire » des marxistes, qui n’existe pas
(voir à ce sujet la brillante démonstration du professeur Jacques Monod, prix Nobel de
médecine et de biologie, dans Le Hasard et la Nécessité, édition du Seuil), ni par les sociétés secrètes.
Il est probable que, pour rester indétectables, ces sociétés secrètes ne doivent justement pas intervenir dans nos vies.
Je reviendrai dans un prochain chapitre sur la notion de l’initiation et des sociétés
secrètes. Pour le moment, je me bornerai à raconter une histoire que j’ai imaginée de toutes pièces à partir de faits réels et qui montrent bien ce qu’aurait pu être une vraie société secrète.
À la fin du XIXe siècle, le mathématicien allemand Cantor inventa (ou découvrit, si les
entités mathématiques existent réellement en dehors de nous) les nombres plus grands que
l’infini. Aussitôt les autres mathématiciens s’acharnèrent sur lui, les attaques mesquines et
injustes lui brisèrent les nerfs, et finalement il devint fou. Il est peu probable que quelqu’un
d’autre aurait jamais imaginé sans lui les nombres plus grands que l’infini, et c’est sur cela
que se base mon histoire.
Imaginons que Cantor ait été averti par un pressentiment des malheurs qu’il allait avoir
s’il parlait. Il aurait alors gardé pour lui les nombres au-delà de l’infini et ne les aurait confiés
qu’à quelques amis. Et à sa mort il serait resté une vraie société secrète, se réunissant pour
parler des nombres transfinis, ne recueillant pas de cotisation, ne publiant pas de revue, et ne
demandant pas de temps à la radio ni à la télévision. L’idée même des discussions à la base de
ces sociétés étant inconcevable au reste de l’humanité, elles ne courraient aucun risque de
détection, même dans la société la plus policière.
Je pense qu’il existe des sociétés de ce genre. Par définition, de tels petits groupes,
travaillant dans des domaines ignorés à leur époque, ne risquent pas de se faire repérer.
L’abbé Trithème paraît avoir eu un moyen de communication par radio, que lui et ses amis
pouvaient pratiquer sans risque de détection. Cyrano de Bergerac seul en a eu des échos, ce
qui lui a permis de décrire un poste de radio dans Les États de la Lune et du Soleil. Il existe
actuellement dans un pays de l’Est, où les recherches sur la télépathie sont interdites, une
société secrète de télépathes. Comme la police ne dispose pas de télépathes, ils ne risquent
pas d’être découverts. Tout récemment, la commission à l’énergie atomique américaine a
publié la description d’un système de communication non électromagnétique, utilisant les
mésons mu. Si ce système a été utilisé avant eux, les diverses polices utilisant des détecteurs électromagnétiques n’ont jamais pu le repérer.
Si les tachyons, particules hypothétiques allant plus vite que la lumière, qui ont été
proposées par Gerald Feinberg, un de mes collègues de l’Académie des Sciences de New York,
existent, et si des groupements secrets s’en servent pour communiquer avec les extra￾terrestres, nous ne sommes absolument pas en mesure de détecter ces communications. Si même des extra-terrestres nous visitent, mais uniquement pour maintenir le contact avec des
petits groupes d’initiés, le phénomène reste indétectable. Tout ce livre est basé sur l’idée que
le monde où nous vivons est bien plus étrange que ce qu’on peut croire. C’est l’avis des
savants. Ceux au moins qui font réellement de la recherche et non pas uniquement de
l’administration. Tout récemment, les éditions Doubleday de New York ont publié un livre
intitulé Ahead of Time et rédigé par d’authentiques savants et composé d’ailleurs en grande
partie d’articles parus dans la presse scientifique. On y trouve entre autres choses :

La description d’une machine à prédire l’avenir ;
La description de planètes artificielles ;
La théorie d’un astronef interstellaire ;

Des méthodes pour communiquer avec les extraterrestres.
J’en passe et des meilleures.
La recherche scientifique authentique s’opère dans le monde réel et rencontre
constamment ces micropoches d’inconnu que j’ai comparées à des raisins secs dans un
pudding. Le présent livre n’a pas l’ambition d’être au niveau de la recherche scientifique,
mais il prétend avoir le même esprit.
S’il extrapole souvent, si parfois il a de quoi heurter et choquer le lecteur, cette
extrapolation n’est pas faite à partir du délire et il n’est pas dans mon but de faire du
sensationnel uniquement pour choquer. J’essaie d’imaginer l’univers tel qu’il est.
Mes idées paraîtront d’une timidité désolante dans un siècle ou deux. En attendant,
j’essaie de proposer des hypothèses, moins extraordinaires certainement que la réalité, mais
originales à ma connaissance par rapport à ce qui a été écrit. J’essaie de faire œuvre de
pionnier, quitte à recueillir tous les risques d’un pionnier. J’ai été déjà considérablement
attaqué, mais j’ai les nerfs solides. Comme Cantor, qui découvrit les nombres transfinis,
d’autres, Semmelweiss, qui découvrit l’asepsie, Wells qui inventa l’anesthésie à l’éther ont été
persécutés jusqu’à ce qu’ils deviennent fous. Je ne risque pas, je le pense, de devenir plus fou
que je ne le suis déjà. Et j’ai l’habitude de frapper très durement mes adversaires, comme le montrent par exemple mes petits essais :
La vérité sur la girafe{1}
.Du crépuscule des magiciens au matin des ânes.
Je profite de l’occasion qui m’est offerte dans ce chapitre d’introduction pour préciser que,
si je suis peut-être fou, je ne suis pas un escroc conscient.
Ce livre est basé sur des renseignements obtenus en grande partie dans des bibliothèques.
Aussi le dernier chapitre est-il consacré aux livres faciles à trouver mais peu connus, et où on
peut obtenir des informations tout à fait extraordinaires.
Je ne fais partie d’aucune société secrète, ce qui me permet de parler tout à fait librement
de l’initiation dans le chapitre consacré à ce sujet.
D’une façon générale, lorsqu’on me demande une promesse de secret, je romps le contact.
De sorte que si mon information est limitée, je peux par contre la sortir entièrement dans un
livre. Il m’est arrivé de recevoir des lettres de menaces de gens qui estiment que j’en ai trop
révélé, notamment sur l’alchimie. L’expérience montre que les gens qui menacent ne sont
jamais dangereux. Je n’ai donc aucun scrupule à publier certaines choses : je ne dévoile
aucun secret qui m’ait été confié mais j’émets des hypothèses sur des résultats de recherches.
Au fond, c’est une méthode qui est fort proche de la science-fiction, et il est d’ailleurs déjà
arrivé plus d’une fois, en France comme à l’étranger, que les auteurs de science-fiction
utilisent mes idées. Tant mieux, cela permet de les propager. Je fais partie, par contre, de
sociétés scientifiques qui me fournissent le gros de ma documentation, ainsi que d’un certain
nombre de groupes plus spécialement consacrés à l’étrange et notamment le groupe
américain Info, qui poursuit les travaux de Charles Fort. La revue Info, publiée par ce club,
est une source extrêmement sérieuse de documentation, ainsi qu’un certain nombre de
revues étrangères comme Il Giornale dei Misteri, Via Massaia 98, Florence. Dans la presse
scientifique plus officielle, la revue la plus accessible aux idées exprimées dans ce livre est la
revue anglaise New Scientist. Citons, dans la même collection, mon ouvrage Le Livre de un monde inconnu.
La télévision aussi a ses mystères. Mon regretté ami George Langelaan me racontait
l’histoire d’une émission télé de la B. B. C. qui n’a jamais passé. Il s’agissait de filmer un
château hanté et on utilisait deux caméras. Et l’une d’elles, ainsi que tous les spectateurs
présents, a vu l’autre caméra poussée par des mains invisibles et qui est venue s’écraser dans
la cage d’escalier en manquant de tuer un technicien. L’enregistrement existe, mais on ne l’a jamais passé : il fait trop peur.
Enfin, et pour terminer ce chapitre sur une note de remerciement, mes lecteurs me
transmettent très fréquemment des histoires extraordinaires ou des débuts de pistes que l’on
puisse suivre. Ce genre de lettres constitue même les 90 pour 100 de mon courrier avec
seulement 5 pour 100 de lettres de fous et 5 pour 100 de lettres de menaces. Les lettres de
fous vont au panier ; quant aux lettres de menaces, que leurs auteurs trouvent ici la célèbre
réponse du docteur Watson dans un cas pareil ;

Visa pour une autre Terre

« Si je continue à être menacé lorsque je raconte les aventures de Sherlock Holmes, je
dirai toute la vérité sur le politicien et le cormoran apprivoisé. »

CHAPITRE II, La géographie sacrée

suite…

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