Cours de linguistique générale


 

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Ouvrage: Cours de linguistique générale

Auteur: DE SAUSSURE Ferdinand

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PUBLIÉ PAR CHARLES BALLY ET ALBERT SECHEHAYE AVEC LA COLLABORATION D’ALBERT RIEDLINGER

En distinguant le langage, la langue et la parole, Ferdinand de Saussure établit que le langage qui découpe simultanément un signifiant dans la masse informe des sons et un concept dans la masse informe des percepts, et qu’il n’est pas une faculté particulière, mais une institution sociale.

La langue, système de signes, est un instrument de communication, mais non le seul; et la parole: l’énoncé d’un locuteur dans une langue donnée. Il jette donc les bases une science générale qui a pour objet l’étude de tous les systèmes de signes: c’est la sémiologie, dont la linguistique fait partie. Le signe devient alors une entité organique à double face : une face signifiante (les quatre lettres du mot chat) et une face signifiée (le chat). Chacune des deux faces se définit par référence à l’autre.
Oeuvre posthume, son Cours de linguistique générale paraît en 1916, rédigé après la mort du maître par deux de ses disciples, d’après des notes prises par des étudiants pendant ses cours. saussure

Ferdinand de Saussure demeure le fondateur de la linguistique moderne. Le Cours de linguistique générale définit certains concepts fondamentaux (distinction entre langage, langue et parole, entre synchronie et diachronie, etc.) qui inspireront non seulement la linguistique ultérieure mais aussi d’autres secteurs des sciences humaines. Le structuralisme se réclamera de ses travaux.

Né à Genève en 1857, Ferdinand de Saussure est mort au château de Vufflens en 1913. Il a également publié un Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes, et sa thèse de doctorat (Leipzig): De l’emploi du génitif absolu en sanskrit.

 

 

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Nous avons bien souvent entendu Ferdinand de Saussure déplorer l’insuffisance
des principes et des méthodes qui caractérisaient la linguistique au milieu de laquelle
son génie a grandi, et toute sa vie il a recherché opiniâtrement les lois directrices qui
pourraient orienter sa pensée à travers ce chaos. Ce n’est qu’en 1906 que, recueillant la
succession de Joseph Wertheimer à l’Université de Genève, il put faire connaître les idées
personnelles qu’il avait mûries pendant tant d’années. Il fit trois cours sur la linguistique
générale, en 1906-1907, 1908-1909 et 1910-1911 ; il est vrai que les nécessités
du programme l’obligèrent à consacrer la moitié de chacun d’eux à un exposé relatif
aux langues indo-européennes, leur histoire et leur description ; la partie essentielle de
son sujet s’en trouva singulièrement amoindrie.
Tous ceux qui eurent le privilège de suivre cet enseignement si fécond regrettèrent
qu’un livre n’en fût pas sorti. Après la mort du maître, nous espérions trouver dans
ses manuscrits, mis obligeamment à notre disposition par Mme de Saussure, l’image
fidèle ou du moins suffisante de ces géniales leçons ; nous entrevoyions la possibilité d’une publication fondée sur une simple mise au point des notes personnelles de Ferdinand de Saussure, combinées avec les notes d’étudiants. Grande fut notre déception : nous ne trouvâmes rien ou presque rien qui correspondît aux cahiers de ses disciples; F. de
Saussure détruisait à mesure les brouillons hâtifs où il traçait au jour le jour l’esquisse
de son exposé ! Les tiroirs de son secrétaire ne nous livrèrent que des ébauches assez an
-ciennes, non certes sans valeur, mais impossibles à utiliser et à combiner avec la matière
des trois cours.
Cette constatation nous déçut d’autant plus que des obligations professionnelles nous
avaient empêchés presque complètement de profiter nous-mêmes de ces derniers ensei-
gnements, qui marquent dans la carrière de Ferdinand de Saussure une étape aussi
brillante que celle, déjà lointaine, où avait paru le Mémoire sur les voyelles.
Il fallait donc recourir aux notes consignées par les étudiants au cours de ces trois
séries de conférences. Des cahiers très complets nous furent remis, pour les deux premiers
cours par MM. Louis Caille, Léopold Gautier, Paul Regard et Albert Riedlinger; pour
le troisième, le plus important, par Mme Albert Sechehaye, MM. George Dégallier et
Francis Joseph. Nous devons à M. Louis Brütsch des notes sur un point spécial ; tous
ont droit à notre sincère reconnaissance. Nous exprimons aussi nos plus vifs remercie-
ments à M. Jules Ronjat, l’éminent romaniste, qui a bien voulu revoir le manuscrit
avant l’impression, et dont les avis nous ont été précieux.
Qu’allions-nous faire de ces matériaux ? Un premier travail critique s’imposait :
pour chaque cours, et pour chaque détail du cours, il fallait, en comparant toutes les
versions, arriver jusqu’à la pensée dont nous n’avions que des échos, parfois discordants.
Pour les deux premiers cours nous avons recouru à la collaboration de M. A. Riedlinger,
un des disciples qui ont suivi la pensée du maître avec le plus d’intérêt ; son travail sur
ce point nous a été très utile. Pour le troisième cours, l’un de nous, A. Sechehaye, a fait
le même travail minutieux de collation et de mise au point.
Mais ensuite ? La forme de l’enseignement oral, souvent contradictoire avec celle du
livre, nous réservait les plus grandes difficultés. Et puis F. de Saussure était de ces hom
-mes qui se renouvellent sans cesse ; sa pensée évoluait dans toutes les directions sans pour cela se mettre en contradiction avec elle-même. Tout publier dans la forme originelle était impossible ; les redites, inévitables dans un exposé libre, les chevauchements, les formulations variables auraient donné à une telle publication un aspect hétéroclite. Se borner à un seul cours — et lequel ? — c’était appauvrir le livre de toutes les richesses répandues abondamment dans les deux autres ; le troisième même, le plus définitif, n’aurait pu à lui seul donner une idée complète des théories et des méthodes de F
. de Saussure.
On nous suggéra de donner tels quels certains morceaux particulièrement originaux ;
cette idée nous sourit d’abord, mais il apparut bientôt qu’elle ferait tort à la pensée de
notre maître, en ne présentant que des fragments d’une construction dont la valeur n’ap-
paraît que dans son ensemble.
Nous nous sommes arrêtés à une solution plus hardie, mais aussi, croyons-nous, plus
rationnelle : tenter une reconstitution, une synthèse, sur la base du troisième cours, en
utilisant tous les matériaux dont nous disposions, y compris les notes personnelles de
F. de Saussure. Il s’agissait donc d’une recréation, d’autant plus malaisée qu’elle devait
être entièrement objective ; sur chaque point, en pénétrant jusqu’au fond de chaque pen-
sée particulière, il fallait, à la lumière du système tout entier, essayer de la voir sous sa
forme définitive en la dégageant des variations, des flottements inhérents à la leçon parlée, puis l’enchâsser dans son milieu naturel, toutes les parties étant présentées dans un ordre conforme à l’intention de l’auteur, même lorsque telle intention se devinait plutôt qu’elle n’apparaissait.
De ce travail d’assimilation et de reconstitution est né le livre que nous présentons,
non sans appréhension, au public savant et à tous les amis de la linguistique.
Notre idée maîtresse a été de dresser un tout organique en ne négligeant rien qui pût
contribuer à l’impression d’ensemble, mais c’est par là précisément que nous encourons
peut-être une double critique.
D’abord on peut nous dire que cet « ensemble » est incomplet : l’enseignement du
maître n’a jamais eu la prétention d’aborder toutes les parties de la linguistique, ni de
projeter sur toutes une lumière également vive ; matériellement, il ne le pouvait pas. Sa
préoccupation était d’ailleurs tout autre. Guidé par quelques principes fondamentaux,
personnels, qu’on retrouve partout dans son œuvre et qui forment la trame de ce tissu
solide autant que varié, il travaille en profondeur et ne s’étend en surface que là où ces
principes trouvent des applications particulièrement frappantes, là aussi où ils se heur-
tent à quelque théorie qui pourrait les compromettre.
Ainsi s’explique que certaines disciplines soient à peine effleurées, la sémantique
par exemple. Nous n’avons pas l’impression que ces lacunes nuisent à l’architecture
générale. L’absence d’une « linguistique de la parole » est plus sensible. Promise aux
auditeurs du troisième cours, cette étude aurait eu sans doute une place d’honneur dans
les suivants; on sait trop pourquoi cette promesse n’a pu être tenue. Nous nous sommes
bornés à recueillir, et à mettre en leur place naturelle les indications fugitives de ce pro-
gramme à peine esquissé ; nous ne pouvions aller au delà.
Inversement, on nous blâmera peut-être d’avoir reproduit des développements tou-
chant à des points déjà acquis avant F. de Saussure. Tout ne peut être nouveau dans
un exposé si vaste ; mais si des principes déjà connus sont nécessaires à l’intelligence
de l’ensemble, nous en voudra-t-on de ne pas les avoir retranchés ? Ainsi le chapitre
des changements phonétiques renferme des choses déjà dites, et peut-être de façon plus
définitive ; mais outre que cette partie cache bien des détails originaux et précieux, une
lecture même superficielle montrera ce que sa suppression entraînerait par contraste pour
la compréhension des principes sur lesquels F. de Saussure assoit son système de linguis-
tique statique. Nous sentons toute la responsabilité que nous assumons vis-à-vis de la
critique, vis-à-vis de l’auteur lui-même, qui n’aurait peut-être pas autorisé la publication
de ces pages.
Cette responsabilité, nous l’acceptons tout entière, et nous voudrions être seuls à la
porter. La critique saura-t-elle distinguer entre le maître et ses interprètes ? Nous lui
saurions gré de porter sur nous les coups dont il serait injuste d’accabler une mémoire
qui nous est chère.
Genève, juillet 1915.
Ch. BALLY, Alb. SECHEHAYE.
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