Une histoire de la science arabe


  
Auteur : Djebbar Ahmed
Ouvrage : Une histoire de la science arabe – Introduction à la connaissance
du patrimoine scientifique des pays d’Islam
Année : 2001

ENTRETIENS AVEC JEAN ROSMORDUC

 

Introduction

que leurs contributions n’ont pas encore été publiées dans
les langues européennes. Enfin, en quatrième lieu, étant
convaincus que la production scientifique n’est qu’une composante
des activités d’une société donnée à différentes
époques de son histoire et une étape dans la grande aventure
scientifique de l’humanité, nous avons constamment eu pour
souci d’évoquer, dans la mesure du possible, les autres
aspects relatifs à la civilisation qui ont accompagné ces activités
scientifiques.
Nous avons tenu compte du fait que les lecteurs de ce
livre n’ont pas eu, dans leur grande majorité, la possibilité de
se familiariser avec l’histoire de la civilisation arabo-musulmane,
encore moins avec l’histoire de ses sciences, et, d’une
manière plus générale, avec les activités intellectuelles qui y
ont été pratiquées durant des siècles. La situation s’est relativement
améliorée depuis l’introduction, il y a quelques
années, dans les programmes et dans les manuels scolaires,
d’un certain nombre de chapitres sur l’Islam et sa civilisation.
Mais, à notre avis, cela reste en deçà de ce que l’on
devrait connaître en France et en Europe sur le sujet. Aussi
avons-nous jugé utile de consacrer le premier chapitre de ce
livre à certains aspects liés aux contextes géographiques,
sociaux, culturels, politiques et économiques dans lesquels
sont nées et se sont développées les sciences arabes, du IXe
au XVe siècle.
En plus d’un certain nombre d’informations nouvelles qui
manquent dans d’autres ouvrages de vulgarisation et qui ont
été insérées dans ce livre, nous avons voulu apporter un
regard différent : évitant de se cantonner aux foyers scientifiques
de l’Orient musulman, nous évoquons, d’une manière
développée, les contributions des autres centres, et plus particulièrement
celles de l’Espagne et du Maghreb. Ces deux
régions ont souffert de deux phénomènes : la faiblesse des
recherches portant sur l’histoire de certaines activités scientifiques
attestées dans ces régions, et la persistance de préjugés
sans fondement à la fois sur leurs contributions au
développement des activités intellectuelles en pays d’Islam
et sur l’originalité de certaines de ces contributions.

Comme on le verra tout au long des pages à venir, l’importance quantitative et qualitative de ces deux traditions scientifiques est tout à fait incontestable.
Cela dit, et malgré notre volonté de présenter le maximum
d’informations sur les sujets abordés, nous ne répondrons
pas à toutes les interrogations des lecteurs, non seulement
parce que nous ne connaissons pas tous ces sujets dans
le détail, mais aussi, et surtout parce que, dans l’état actuel
de la recherche, de nombreuses questions (que nous-mêmes
nous nous posons parfois) sont encore sans réponse. Nous
espérons que, dans les années à venir, nous pourrons non
seulement compléter et améliorer les informations présentées
dans ce livre, mais également aborder des aspects nouveaux
sur lesquels les recherches futures auront apporté au
moins un peu de lumière. Nous sommes en effet convaincus,
au vu du dynamisme actuel de la recherche sur l’histoire des
sciences arabes, que, dans quelques années, certaines des
réponses esquissées dans ce livre pourront être complétées,
enrichies et peut-être même révisées. Ce fut déjà le cas
durant les deux dernières décennies, en particulier pour
l’histoire de certains chapitres des mathématiques et de l’astronomie
arabes, et il n’y a pas de raison pour que cela ne se
reproduise pas dans l’avenir pour ces mêmes disciplines et
pour d’autres.
Par ailleurs, compte tenu du volume réduit de ce livre,
nous avons été contraints de faire des choix et de nous limiter
à des exposés généraux sur des sujets concernant des disciplines
relativement techniques, comme les mathématiques,
la physique et l’astronomie.
Nous avons préféré présenter la matière de ce livre sous
la forme d’un entretien, à la fois pour aérer l’exposé et pour
le rendre plus vivant. La forme retenue, en abrégeant parfois
les développements, facilite dès lors l’introduction d’interrogations
qui peuvent naître chez certaines catégories de lecteurs,
comme nous avons pu le constater dans le cadre de nos
activités tant culturelles que professionnelles. Dans un certain
nombre de cas, nous avons volontairement introduit des
commentaires ou des rappels afin de préciser les explications
données et pour mieux les situer dans un contexte ou
dans une problématique dépassant le cadre de la civilisation

arabo-musulmane. D’une manière générale, nous pensons
qu’il ne faut pas isoler les événements scientifiques de cette
civilisation des épisodes qui les ont précédés, et peut-être
alimentés, comme de ceux qui en ont été le prolongement
naturel dans le cadre de l’histoire postérieure.
Quant aux réponses aux questions, elles sont, à quelques
exceptions près, relativement courtes et elles ne dépassent pas
les limites des problèmes évoqués. Autrement dit, il ne s’agit
pas d’un exposé détaillé sur le sujet suscité par chaque question.
Il est vrai que la compréhension parfaite de certaines
explications justifierait parfois de longs développements,
sous forme de paragraphes étoffés et structurés. Il nous était
possible de le faire pour tous les sujets relevant de nos activités
d’enseignement ou de recherche. Ce faisant, nous risquions
néanmoins d’introduire un déséquilibre entre les différents
thèmes, ce que nous avons jugé préférable d’éviter.
Nous nous sommes également efforcés de répondre à
l’attente des lecteurs qui souhaiteraient approfondir leurs
connaissances sur tel ou tel sujet exposé brièvement dans le
livre. À leur intention, nous avons réservé les encadrés à des
informations techniques ou bibliographiques, et nous avons
regroupé, à la fin de chaque chapitre, les références de publications
spécialisées. Pour d’évidentes raisons de commodité,
nous avons privilégié les références bibliographiques écrites
en français et publiées en France. Bien sûr, nous n’avons pas
sacrifié les références de base (publiées en allemand, en
anglais, en arabe et en espagnol), que nous avons rassemblées
dans la bibliographie générale.
Ce faisant, nous savons que nous ne répondons que
superficiellement à un certain nombre d’interrogations,
risquant donc de décevoir les lecteurs qui ont déjà des
connaissances solides sur l’histoire de certaines disciplines
à d’autres époques et qui souhaiteraient peut-être disposer
d’analyses approfondies et détaillées sur leur évolution dans
le cadre de la civilisation arabo-musulmane. Mais, comme
ce livre se veut seulement une introduction à un vaste
domaine qui mériterait certes de plus amples développements,
nous espérons que sa lecture donnera envie au lecteur
d’en savoir davantage.

Nous aimerions que cette contribution puisse convaincre
le public que la science arabe, qui ne se réduit pas aux
apports de quelques savants prestigieux, représente dans
l’histoire de la science à l’échelle de l’humanité, non pas un
épiphénomène, mais un chaînon spécifique dans un long
processus. Héritière de presque toutes les traditions scientifiques
qui l’ont précédée (et pas uniquement celle de la
Grèce), passage obligé vers les sciences ultérieures, elle
constitue l’une des phases importantes qu’a connues l’humanité
dans sa quête obstinée de la vérité, cette quête qui a
démarré lentement dans la nuit des temps et qui s’est poursuivie
à travers les traditions prestigieuses de la Chine, de
l’Inde, de la Mésopotamie, de l’Égypte et de la Grèce (pour
ne parler que de celles qui ont eu un lien attesté avec la tradition
scientifique arabe).
Enfin, nous devons préciser que nous avons opté, volontairement,
pour une transcription internationale des lettres
arabes (dans l’écriture des noms propres, des titres d’ouvrages
et de certains éléments de la terminologie scientifique arabe).
C’est la raison pour laquelle nous avons donné, au début du
livre, un tableau de ces transcriptions avec leurs correspondances
phonétiques. Cela pourra aider certains lecteurs qui
auraient à consulter des ouvrages spécialisés concernant telle
ou telle discipline traitée dans ce livre.
Toujours par souci de rigueur, nous avons systématiquement
donné, pour les ouvrages arabes et ceux traduits en
arabe à partir du vme siècle, la transcription latine de leur titre
suivie, entre crochets, de la traduction française de ce titre.
En faisant ainsi pour les écrits grecs, nous avons voulu restituer
exactement les titres donnés à ces ouvrages non arabes
par les traducteurs et non pas leurs titres originels grecs.

1. Avènement et essor

de l ’Empire musulman

suite…

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