Les nestoriens ou les tribus perdues


 

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Auteur : Grant Asahel
Ouvrage : Les nestoriens ou les tribus perdues
Année : 1843

 

 

AVANT-PROPOS.
Le voyage du docteur Grant chez les Nestoriens du
Kurdistan, suivi de curieuses recherches sur l’identité
de ce peuple avec les dix tribus d’Israël, ayant été
annoncé déjà dans plusieurs feuilles religieuses, a reçu
par anticipation des marques d’intérêt et de
bienveillance qui, nous l’espérons humblement, fraieront
un accueil favorable à la traduction française que nous
essayons d’en offrir. Cet ouvrage, écrit au milieu des
hasards de la vie missionnaire et, en conséquence,
rédigé souvent à la hâte , pourra sembler parfois
peut-être un peu sec et superficiel ; mais si l’intérêt
que le docteur Grant sait inspirer nous a fait déplorer
en certaines occasions la brièveté de ses récits, nous ne
pouvons que louer, en même temps, la netteté, l’énergie,
la concision de son style, qualités rares, on le sait, chez
les écrivains de la langue anglaise. Nous avons reconnu
aussi à ce livre une valeur réelle dans le ton de vérité
qu’il respire, clans la confiance que commande le
caractère généralement estimé de son auteur. Comme médecin
missionnaire, il s’est trouvé en contact avec les
diverses classes du peuple au milieu duquel il a
voyagé ou séjourné. Depuis le harem du pacha jusqu’à

la tente du Kurde nomade, sa profession lui a
ouvert partout un facile accès. Chaque particularité
importante qui se rattache à son sujet a été soigneusement
notée, par lui, sur les lieux, en s’efforçant de se
tenir en garde contre toute source d’erreur et toute
espèce de préjugé. Les conclusions auxquelles il
arrive ont pris d’elles-mêmes naissance dans son esprit
comme résultat forcé de ses observations personnelles;
rien ne nous autorise donc à y voir l’expression d’une
théorie conçue à l’avance; les découvertes réservées à
l’avenir en confirmeront d’ailleurs la légitimité.
Quoique la petite carte qui accompagne cet ouvrage
ne puisse prétendre à une exactitude scrupuleuse, elle
l’emporte pourtant en correction sur toutes ses devancières.
Elle a été imitée de celle que publia en 1840, le
Journal de la Société royale de Géographie de Londres,
à l’exception cependant de cette partie de la contrée qui
n’avait point été explorée avant la visite du docteur Grant,
et qui par conséquent était encore très-peu connue.
Si les faits et les arguments rassemblés dans ce volume
pouvaient convaincre un lecteur sincère que les
chrétiens nestoriens sont en effet les représentants et
les descendants directs des dix tribus, son attention
serait naturellement ramenée à l’examen des prophéties
qui se rapportent en tout ou en partie à la maison
d’Israël, et il retournerait à leur lecture avec un redoublement
d’intérêt, peut-être aussi avec de nouvelles lumières.
Dans le but de faciliter ce travail, la bienveillante
amitié d’un homme éminent dans l’interprétation des
Saintes Écritures, et auquel nous devons la connaissance

de l’ouvrage de Grant , nous a fourni sur l’avenir du
peuple de Dieu quelques considérations intéressantes,
par lesquelles nous allons faire précéder la narration de
notre auteur américain. La même plume qui a su ra
baisser avec tant de bonheur les sublimes révélations du
prophète Daniel jusqu’à la portée de l’enfance, et qui a
récemment tracé à grands traits, dans une rapide et
brillante esquisse, les destinées de la nation juive, a bien
voulu relater pour, nous quelques faits propres à rappeler
l’importance de la mission dont nous allons entretenir
nos lecteurs, et à jeter du jour sur les découvertes aux
quelles ils vont être initiés.
« Les douze tribus d’Israël doivent être un jour
rétablies de Dieu dans le pays qui fut promis à leur père
Abraham. Cette doctrine a été professée de tout temps
dans l’Église chrétienne; elle fut celle de tous les Pères,
soit grecs, soit latins. Elle est de la plus haute importance
pour l’Église des Gentils comme pour celle des
Juifs, car elle se lie d’une manière intime et nécessaire
à toutes les espérances des enfants de Dieu, sur le règne
de Jésus-Christ, sur la résurrection des Saints, sur
l’avènement du Sauveur; en un mot, elle se rattache
à toutes les gloires futures du peuple de Dieu. S’il fallait
en venir à des témoignages pour la justifier, nous aurions
bientôt cité, dans l’Ancien-Testament, le 30e chapitre
du Deutéronome; le 11e, le 43e et le 49e d’Esaïe;
le 23e, le 31e, le 33e de Jérémie; le 1er et le 3e d’Osée; le
12e de Daniel; les déclarations d’Esaïe dans son 28″chapitre
et dans les onze suivants; et dans le Nouveau Testament,                                 le 23e de Matthieu, le 1er des Actes, le 11e des Romains.

Cependant toute la force de l’argument qu’on tire de
ces nombreux passages en faveur d’un retour encore à
venir des Israélites au pays de leurs pères, est dans le
double fait que voici : « Les dix tribus d’Israël ne
furent jamais rétablies; et elles existent encore quelque
part. »
Il faut donc établir : 1° que le retour des Juifs à Jéru
salem, après les 70 ans de la captivité de Babylone, ne
les a point concernées; et 2° qu’elles vivent encore en
quelque contrée du globe, sous des conditions telles
qu’on puisse y reconnaître un jour leur identité nationale.
Le fait de la restauration future de toute la maison
d’Israël ( y compris Ephraim aussi bien que .Tuda ) est
attesté par les prophéties les plus claires. ( Voyez plus
particulièrement Jérémie III, 18, 23. Ezéchiel XXXIX,
25, 40. Osée I, 11. ) Et ce qui prouve incontestablement
que cette prédiction n’eut point son accomplissement
alors que les Juifs des deux tribus revinrent de Babylone,
c’est 1° que le prophète Zacharie, qui n’écrivit qu’après
ce retour des Juifs à Jérusalem, prédit lui-même une
restauration de la maison de Joseph avec celle de Juda,
(Chap. X).
2° C’est qu’Ezéchiel a soin de mentionner ce petit
nombre d’Israélites des dix tribus qui se joignirent aux
Juifs revenant de Babylone, et de nous dire qu’il s’agira
de bien autre chose dans la restauration dernière. Il
prend un bâton et il écrit dessus : « Pour Juda, et pour
les enfants d’Israël ses compagnons. » Voilà pour le premier.

Mais il reçoit l’ordre aussi d’en prendre un autre, et
d’écrire dessus; « Pour Joseph le bâton d’Ephraïm, et
pour toute la maison d’Israël ses compagnons. » Voilà donc
les deux nations qui dans l’avenir doivent ne former
qu’un seul et même peuple : c’est, d’un côté, Juda, avec
le petit nombre des Ephraïmites qui se joignirent à lui;
c’est de l’autre, Ephraïm, avec tout le reste des dix tribus.
— « Ils ne seront plus deux nations; ils ne se souilleront
plus par leurs infamies; je les retirerai de toutes
les demeures dans lesquelles ils ont péché » (23), dit
l’Eternel.
3° Enfin, c’est que les Israélites rétablis n’auront
alors qu’un seul et même roi, de la maison de David
( Ezéch. XXXVII, 23, 24. Jérém. XXX, 1, 9. Ezéch.
XXXIV. Osée III, 4, 5. Zach. XII, 10). Ce fait n’a jamais
eu lieu depuis le temps de Cyrus jusqu’à celui de Titus :
il est donc encore à venir.
Mais, si les dix tribus doivent être rétablies dans les
derniers temps, et si leur identité nationale doit être
alors reconnue, où sont-elles aujourd’hui ? Voilà la grande
question.
Nous croyons que le livre de Grant vient y donner une
réponse satisfaisante; et c’est une des principales
considérations qui nous ont inspiré le désir de le faire
connaître aux Eglises de notre langue.
Jérôme ( qui mourut vers l’an 420) disait les dix tribus
encore établies de son temps aux régions où le roi d’As
syrie les avait transportées.
Nous apprenons aussi, par divers témoignages, qu’elles
y étaient nombreuses encore au moyen âge, au 1 Ie siècle,
au 12e et même au 14*.

Où sont-elles aujourd’hui ?
On avait répondu jusqu’ici par des conjectures de
deux espèces. Les premières désignaient, comme
originairement descendues des dix tribus, des nations ou
des races d’hommes qui ne s’en doutaient plus, les
Américains, le Welches ou Bretons et les Irlandais; (1)
les autres alléguaient des peuples dont certaines traditions,
et peut-être des tables généalogiques, paraissent
attester une origine éphraïmite, les Juifs blancs de
Cochin, les Afghans surtout. ( Voyez sir H. Jones, asiatic
researches. Vol. 1, p. 336.)
D’autres contrées, telles que le Cashemire et l’intérieur
de l’Afrique, avaient été désignées comme le séjour
actuel des dix tribus; mais nous avons l’espérance que
les découvertes de Grant vont enfin jeter un grand jour
sur cette intéressante question.
Cependant, il importe encore de faire observer à nos
lecteurs que l’obscurité répandue depuis plusieurs siè
cles sur l’existence de ce peuple prophétique ne devait
nullement ébranler notre foi sur l’accomplissement
littéral des prédictions qui le concernent. Il fallait plutôt
y voir au contraire une confirmation de leur vérité.
Les Ecritures elles-mêmes nous parlent de la nuit où
seront cachées ces populations miraculeuses jusqu’au
jour de leur restauration. C’est une observation de
M. Brooks, dans ses « Eléments d’interprétation
prophétique » ( p. 267-277 ). (Voyez, dans Esaïe XI, qu’il a
soin de distinguer les rejelês d’Israël d’avec les dispersés
de Juda. Voyez Esaïe XLIX, 21,22. Voyez Esaïe XVI,


(1) Thomas Thorowgood . Sir William Penn, mislriss Simon.


3, 4. Voyez enfin les observations de M. Keith sur
Daniel XI, 41.) »
Le livre de M. Grant, dans sa dernière partie, contient
de savantes dissertations sur les prophéties relatives à
l’Eglise d’Orient et aux destinées d’Israël. A l’exemple
du professeur Preiswerk, dans sa traduction allemande,
nous nous sommes abstenu , dans notre traduction
française, de donner cette partie du travail de M. Grant,
soit pour mettre ce livre à la portée d’un plus grand
nombre, en en diminuant le volume; soit pour ne pas
présenter aux chrétiens de notre langue des considérations
d’un ordre nouveau, dont les éléments leur manquent,
et dont l’objet leur serait beaucoup moins familier
qu’à des lecteurs anglais.
Au moment de livrer notre traduction à la presse, nous
recevons, par l’obligeante intervention de M. King , mission
naire américain en Grèce, les nouvelles suivantes, qui complé
teront ce que nous avions à dire sur l’état actuel des missions
parmi les Nestoriens :
Le 22 avril i843, sont arrivés à Constantinople, se rendant
en Perse , pour y travailler au milieu des Nestoriens , M. et
M » Perkins, M. et Mme Bliss, M. et Nm’ Stoddard, Miss Fisk
et Miss Myers avec l’évêque nestorien Mar-Yohannan , qui
avait passé plus d’une année aux Etats-Unis, et accompagnait
les missionnaires jusqu’à sa contrée natale. Bientôt, après leur
arrivée, le docteur Smith vint de Broussa, se joindre à eux
pour aller en Perse; il avait quitté l’Amérique peu de temps
auparavant.

« M. et Mme* Perkins, M. et Mme* Stoddard , Miss Fisk et Miss
Myers, se rendirent à Ormiah, avec l’évêque Mar-Yohannan,
tandis que M. et Mme Bliss et le docteur Smith, allaient se réunir
au docteur Grant , pour travailler avec lui parmi les Nestoriens
indépendants des montagnes. Avant de quitter Constantinople,
les missionnaires ci-dessus mentionnés, ainsi que tous ceux
qui résident • dans cette ville, prirent ensemble la Cène du
Seigneur , et l’évêque Mar-Yohannan s’unit à nous (ajoute
M. King), dans la célébration de ce repas sacré, voulant témoigner,
par là, qu’il nous reconnaissait comme frères
» Il m’a été dit que le docteur Smith est un homme riche
qui est entré dans l’oeuvre à ses propres frais, mais qui , néan
moins, a voulu se placer sous la direction du conseil américain
pour les missions étrangères, comme ceux de ses frères qui
sont soutenus par ce pieux établissement, c’est un jeune
homme fort distingué. Je sentais un intérêt tout particulier
pour cette petite bande missionnaire qui se dirigeait vers les
contrées d’Orient. Ceux qui la composent auraient pu occuper
des postes importants aux Etats-Unis, en restant au milieu de
leur famille et de leurs amis; mais ils avaient tout quitté avec
joie, dans le but de se dévouera cette sainte cause pour l’amour
de laquelle le Fils de Dieu descendit du ciel sur la terre , et
quoique riche , se fit pauvre, afin que de pauvres misérables
pécheurs pussent, par lui, devenir riches et heureux!
« Puissions-nous tous être rendus capables de faire quelque
chose pour l’avancement du glorieux règne de notre Maître !
C’est mon voeu et ma prière de chaque jour. »

PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE Ier.

suite…

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