DICTIONNAIRE DE LA CIVILISATION GRECQUE


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Auteur : Mossé Claude
Ouvrage : Dictionnaire de la civilisation grecque
Année : 1986

 

 

Note liminaire
Civilisation vient du latin civis, citoyen. En grec,
citoyen se dit politès, celui qui appartient à la polis, à
la cité, d’où vient le terme « politique ». C’est assez
dire que la civilisation grecque est d’abord civilisation
de la cité, civilisation politique. D’où le choix délibéré
des entrées de ce dictionnaire, axées d’abord sur
ce qui faisait la spécificité de la civilisation grecque,
cette dimension politique qui se retrouve non seulement
au niveau événementiel, mais tout autant sur le
plan religieux, artistique, et dans les différents
domaines de la vie de la pensée. Quand Aristote
définissait l’homme grec comme un zoôn politikon,
un « animal politique », c’est bien cette réalité qu’il
exprimait.
Civilisation de la cité donc en premier lieu. Mais
aussi, du fait de nos sources et de cette primauté du
politique, civilisation d’une cité qui pendant deux siècles
a tenu la première place bien qu’elle ne soit
qu’une parmi les centaines de cités qui composaient le
monde grec, à savoir Athènes. Certes, la domination
exercée par Athènes sur ce monde grec est relativement
tardive, puisqu’elle débute à l’aube du Ve siècle.

L’épopée, la pensée philosophique et scientifique sont
nées en Ionie, dans cette Grèce d’Asie où s’était
d’abord produit le réveil de la civilisation après les
« siècles obscurs ». L’époque dite « archaïque » connut
un brillant essor de l’art et de la poésie aussi bien
dans la Grèce d’Occident née de l’expansion des VIIIe-
VIIe » siècles que dans les îles de l’Egée. Mais c’est à
Athènes que fut établie la démocratie, ce régime politique
original dont nous nous réclamons encore,
même si notre démocratie est différente de celle des
Athéniens. Et c’est Athènes qui devint le centre incontesté
de la vie littéraire et artistique et du mouvement
des idées dans les deux siècles d’apogée de la civilisation
grecque. D’où la place privilégiée qu’elle
occupe dans cet ouvrage, choix délibéré qui récuse
par avance l’accusation « d’athénocentrisme ».
C’est aussi pourquoi la période qui suit les conquêtes
d’Alexandre a été volontairement limitée à un bref
développement. Certes, les cités grecques continuent
à exister, théoriquement indépendantes, et leurs institutions
sont souvent mieux connues que pour la période
précédente. Et si Athènes n’est plus une cité
hégémonique, elle demeure le foyer d’une importante
activité philosophique. Pourtant c’est désormais
ailleurs que s’élabore une nouvelle civilisation, dans
les capitales de ces royaumes nés de la conquête
d’Alexandre, à Alexandrie, à Antioche, à Pergame.
Une civilisation où se conjuguent l’apport hellénique

et celui des civilisations orientales, et que depuis
l’historien allemand Gustav Droysen on appelle « hellénistique».

Introduction
La civilisation grecque s’est épanouie entre le VIIIe et
le IVe siècle avant J.-C. sur une vaste aire géographique
allant des colonnes d’Hercule (détroit de
Gibraltar) aux rives du Pont-Euxin (mer Noire). Le
cadre de cette civilisation a été cette forme politique
spécifique qu’on appelle la Cité (Polis). Elle subsiste
certes après le IVe siècle, mais comme une survivance
dans un monde dominé par les grands états monarchiques
nés de la conquête d’Alexandre, où se
développe une civilisation dans laquelle l’héritage
hellénique se mêle aux apports des civilisations orientales
et qu’on appelle la civilisation hellénistique.
On situe généralement l’arrivée des Grecs — c’està-
dire de gens parlant une langue qui deviendra le
grec — au début du second millénaire avant J.-C. On
sait peu de choses en dépit des progrès constants de la
recherche archéologique, sur les établissements
humains qui précédèrent cette arrivée des Grecs et sur
les conséquences qu’eut sur la civilisation matérielle
la pénétration de nouveaux arrivants. Mais, à partir du
XVe siècle, se développe une civilisation qu’on appelle
mycénienne, du nom du principal centre où elle allait

atteindre son apogée : le site de Mycènes dans le
Péloponnèse. On sait que c’est en cherchant les traces
des héros d’Homère que l’Allemand Schliemann fit
entreprendre des fouilles qui allaient révéler l’existence
d’un palais de vastes dimensions, cependant que
les tombes livraient un riche matériel où abondaient
en particulier des objets d’or. Ils témoignaient de l’importance
des souverains qui régnaient sur l’Acropole
de Mycènes, cependant que la présence dans les
tombes d’objets d’importation laissait deviner des
relations entre ce monde mycénien et l’Orient méditerranéen.
Les progrès de l’archéologie et le déchiffrement des
tablettes d’argile trouvées dans les ruines des palais
mycéniens permettent aujourd’hui d’entrevoir, malgré
les nombreux problèmes qui subsistent, ce qu’étaient
ces états mycéniens qui connurent leur apogée entre le
XVe et le XIIe siècle avant J.-C. : des états centralisés
autour d’un palais où se concentraient non seulement
l’autorité politique, militaire, religieuse, mais aussi
les activités économiques, cependant que s’accumulaient
dans les magasins du palais les redevances
acquittées par les populations des campagnes qui en
dépendaient. On a souvent comparé la structure des
états mycéniens à celle de certains états de l’Orient
ancien, en dépit des différences d’échelle considérables.
De fait on y retrouve l’existence d’une bureaucratie
de scribes chargée de tenir à jour les archives et la

comptabilité du palais, d’une classe de guerriers professionnels,
d’une paysannerie dépendante, même si
cette paysannerie se distinguait, au sein des communautés
villageoises, des esclaves du palais et des dieux.
Ce monde mycénien, dont nous sommes incapables
de reconstituer l’histoire de façon précise, puisque les
documents écrits que nous possédons sont essentiellement
des comptes rédigés à la veille de la disparition
des palais, s’effondre brusquement à l’aube du XIIe siècle
avant J.-C. Les modernes ont avancé diverses
hypothèses pour rendre compte de cet effondrement :
arrivée de nouveaux envahisseurs qui seraient ces
Doriens qui dans la tradition grecque se rendirent
maîtres du Péloponnèse au lendemain de la guerre de
Troie ; troubles intérieurs dont les traces lointaines se
retrouveraient dans certains épisodes mythiques ;
voire catastrophe naturelle qui aurait affecté principalement
le Péloponnèse. Sans exclure en effet que de
nouveaux arrivants aient pu provoquer ici ou là des
incendies et des destructions, il faut se garder d’une
explication trop schématique. Et ce d’autant plus que
certains palais ne furent pas détruits en même temps
que les autres, celui d’Athènes en particulier, et que
l’on tend aujourd’hui à nuancer l’importance de la
catastrophe et de la disparition de tous les sites
mycéniens.
La période de quatre siècles, qui sépare la fin des
palais mycéniens de la renaissance de la civilisation

grecque à l’aube du VIIIe siècle, et que les archéologues
appellent les « âges obscurs », se révèle en
effet beaucoup plus complexe que cette appellation le
laisserait supposer. Certes, il y a bien disparition de
l’usage de l’écriture, abandon de nombreux sites,
appauvrissement de la civilisation matérielle. Mais,
au fur et à mesure que se multiplient les fouilles, on
découvre que les ruptures sont moins catégoriques
qu’on l’avait cru d’abord, que la civilisation mycénienne
ne disparaît pas brutalement du jour au lendemain,
qu’on retrouve la trace de continuités qui
incitent à une appréciation plus nuancée des siècles
obscurs. On savait déjà que c’est alors que des populations
grecques émigrèrent vers les îles et les côtes
d’Asie Mineure. On pense de plus en plus aujourd’hui
que la tradition qui faisait partir une partie d’entre eux
d’Athènes n’était pas « infondée » et que l’Attique
était demeurée pendant ces quatre siècles un centre
relativement actif. Enfin, on tend à faire remonter au
IXe siècle la renaissance d’où devait sortir le monde
grec de la période historique.
C’est alors en effet que commencent à réapparaître
de nombreux sites abandonnés ou dont la population
s’était considérablement réduite. Souvent ces regroupements
se font autour d’une tombe monumentale ou
d’un sanctuaire. Mais très vite s’affirme une structure
« urbaine » différente de la structure palatiale mycénienne
et qui va caractériser pendant les siècles suivants

cette forme nouvelle d’état, la cité, qu’on peut définir
comme un centre urbain, généralement voisin de la
mer, contrôlant un territoire plus ou moins vaste
partagé entre les membres de la communauté civique.
C’est cette forme d’état que les Grecs allaient bientôt
diffuser dans tout le bassin méditerranéen avec le
vaste mouvement d’expansion qui commence vers le
milieu du VIIIe siècle et qu’on appelle la colonisation
grecque. Suscitée en premier lieu par le besoin de
terre, conséquence de l’explosion démographique,
mais aussi par le souci de se procurer des biens dont
la Grèce était dépourvue, essentiellement des métaux
comme le fer ou l’étain, cette expansion des Grecs se
traduisit en effet par la fondation d’établissements qui
étaient des cités autonomes, indépendantes de leur
cité mère (métropole) d’où étaient partis les premiers
colons. Les fouilles qui ont été menées sur le site de
certains de ces établissements permettent de mieux
comprendre la nature de la cité grecque. On a pu mettre
en évidence l’importance du centre urbain comme
lieu où sur l’emplacement laissé libre de toute construction
(la future agora) se tenaient les assemblées
qui prenaient les décisions communes. On a pu également
reconstituer le découpage du territoire, de la
chora, partagé entre les colons, peut-être de manière
égalitaire en certains endroits.
Le mouvement d’expansion allait se poursuivre
jusque vers le milieu du VI siècle. En moins de deux

siècles, un chapelet de cités grecques jalonnait les
côtes de la Méditerranée depuis l’Espagne jusqu’aux
rives de la mer Noire : elles étaient particulièrement
nombreuses en Italie du Sud, en Sicile et dans le nord
de l’Egée. Mais on en trouvait aussi en Gaule (Marseille),
en Corse (Alalia), et même sur la côte africaine
où des Grecs venus de Thera (Santorin) avaient fondé
Cyrène en Libye, cependant que d’autres Grecs, originaires
essentiellement des îles et des cités d’Asie
Mineure, s’étaient établis sur un bras du delta du Nil,
à Naucratis.
Ces deux siècles étaient aussi le théâtre de profonds
bouleversements. Certains affectaient la vie économique
: le développement des échanges et du commerce
maritime, les progrès de l’artisanat urbain et
l’invention de la monnaie, même si à l’origine elle
répondait à des préoccupations autres. D’autres
étaient liés aux transformations des pratiques de la
guerre avec l’adoption de la phalange hoplitique, et
par voie de conséquence à l’accès à la fonction guerrière,
au départ réservée à une aristocratie militaire, de
couches de plus en plus étendues de la population
civique. D’autres enfin découlaient d’une crise
agraire à laquelle la colonisation avait apporté une
solution partielle. Cette crise agraire allait déclencher
dans certaines cités des troubles qui donneraient naissance
à un pouvoir personnel, la tyrannie, le tyran se
rendant maître de la cité en promettant une nouvelle

répartition des terres aux dépens de ceux, la minorité,
qui en détenaient la plus grande part. Cependant
qu’ailleurs, la tyrannie était évitée — ou différée
comme à Athènes — par un effort de mise en place
d’une législation destinée à pallier les inégalités en
créant des lois communes pour tous et des institutions
propres à les faire respecter.
Les tyrannies durèrent plus ou moins longtemps,
mais finirent par disparaître à la fin du VIe siècle, tandis
que se mettaient en place des institutions qui différaient
d’une cité à l’autre, mais n’en présentaient
pas moins des traits communs : des magistratures
électives et souvent annuelles, un ou plusieurs conseils,
chargés de soumettre les décisions communes à
une assemblée des membres de la communauté
civique, qui tantôt se contentait de les approuver, tantôt,
comme à Athènes après les réformes de Clisthène,
pouvait les discuter et les amender.
C’est ce monde de cités libres et autonomes qui allait
au début du Ve siècle affronter la menace perse. Les
guerres médiques constituent un moment essentiel
dans l’histoire du monde grec. Car c’est de cet affrontement
qu’allait naître l’hégémonie athénienne et
cette civilisation classique qui lui est étroitement
associée. Depuis le milieu du VIe siècle, les Perses
avaient entrepris de soumettre à leur domination les
pays s’étendant du plateau de l’Iran aux rives de la
Méditerranée. La Mésopotamie, l’Asie Mineure, puis

l’Égypte tombèrent entre leurs mains, et aussi les cités
grecques d’Asie qui avaient brillé d’un vif éclat pendant
deux siècles et vu naître la pensée scientifique et
philosophique. À l’aube du Ve siècle, certaines de ces
cités, dont Milet, se révoltèrent et firent appel aux
Grecs d’Europe. Seuls les Athéniens répondirent à
l’appel et participèrent de ce fait à la prise et à l’incendie
d’une des capitales royales, Sardes. Victoire
sans lendemain, mais dont Darius aurait pris prétexte
pour lancer en 490 une expédition contre Athènes.
Expédition qui s’acheva par un désastre pour le corps
expéditionnaire perse face aux hoplites athéniens dans
la plaine de Marathon. Darius mort, son fils Xerxès
reprit le projet, mais sur une bien plus vaste échelle,
doublant l’expédition maritime d’une gigantesque
armée de fantassins recrutée dans toutes les provinces
de l’empire. C’est cette armée qui franchit le défilé
des Thermopyles et s’empara de l’Acropole d’Athènes
que ses habitants avaient abandonnée sur les conseils
de Thémistocle. Celui-ci avait quelques années auparavant
doté la cité d’une flotte de guerre et c’est cette
flotte qui écrasa la flotte perse dans la rade de
Salamine en 480, contraignant l’ennemi à battre en
retraite sous les yeux de Xerxès. L’année suivante, les
Grecs, sous le commandement du roi Spartiate Pausanias,
étaient vainqueurs à Platées des contingents
perses demeurés en Grèce. Pour la plupart d’entre
eux, et singulièrement pour les Spartiates hostiles aux

expéditions maritimes, la guerre était terminée. Mais
les Athéniens ne l’entendaient pas ainsi, et, ayant constitué
avec les Grecs des îles et du nord de l’Egée une
alliance, la ligue de Délos, ils entreprirent de libérer
du joug perse les cités grecques d’Asie et de les faire
entrer dans leur alliance. C’est de cette alliance qu’allait
naître l’empire athénien. Prenant en charge la
défense commune, les Athéniens exigèrent des alliés
le paiement d’un tribut annuel qui alimentait le trésor
de la ligue, d’abord déposé à Délos, puis à Athènes à
partir de 454. Ce tribut allait certes servir à maintenir
une flotte importante, mais il permit aussi à Périclès,
devenu l’homme politique le plus influent d’Athènes,
de faire de la cité, et surtout de son Acropole, une
merveille d’architecture, cependant qu’Athènes devenait
un centre de vie intellectuelle et artistique vers
lequel convergeaient savants, philosophes, artistes de
tout le monde grec. Mais cette grandeur avait son
revers. Athènes exigeait de plus en plus de ses alliés,
et pour ceux qui se montraient récalcitrants, n’hésitait
pas à recourir à la force pour les maintenir dans l’alliance.
Des garnisons athéniennes étaient établies sur
le territoire des cités alliées, et on distribuait aux soldats
de ces garnisons des lots de terre pris sur ce territoire.
Des magistrats athéniens exerçaient une
surveillance étroite sur la vie politique des cités de
l’empire, et partout Athènes favorisait l’établissement
de régimes démocratiques à l’image du sien. Dans le

célèbre discours que lui prête Thucydide, Périclès justifiait
cette hégémonie par la supériorité du système
athénien : « En résumé, j’ose le dire, notre cité, dans
son ensemble, est pour la Grèce une vivante leçon ».
Ce discours, Périclès le prononçait alors que, depuis
un an, Athènes et ses alliées affrontaient la ligue des
états péloponnésiens réunis autour de Sparte. La
guerre du Péloponnèse qui débute en 431 allait détruire
cette hégémonie en apparence invulnérable. Périclès
avait souhaité la guerre, la prévoyant courte et victorieuse,
elle allait être longue et difficile. Si, longtemps,
les Athéniens demeurèrent maîtres de la mer,
ils ne purent empêcher les Lacédémoniens et leurs
alliés d’envahir chaque année le territoire de
l’Afrique, accumulant les destructions. Une paix conclue
en 421 mit provisoirement un terme aux opérations,
mais la guerre reprit après que les Athéniens
eurent entrepris la désastreuse expédition de Sicile.
Cette fois, grâce aux subsides perses, les Péloponnésiens
avaient pu rassembler une flotte capable de
s’opposer à la flotte athénienne, et c’est sur mer que
les Athéniens subirent la défaite qui entraîna la chute
de leur empire. Déjà une première fois, au lendemain
du désastre de Sicile, les adversaires de la démocratie
s’étaient emparés du pouvoir pendant quelques mois
en 411. Mais les démocrates, et singulièrement les
soldats et les marins de la flotte, avaient fait échouer
la tentative. Une seconde fois en 404, alors que la

flotte lacédémonienne campait devant le Pirée, les oligarques
s’emparèrent de la cité et y firent régner la
terreur pendant plusieurs mois. Mais là encore les
démocrates réussirent à les chasser de la cité et à
rétablir le régime démocratique.
Mais c’en était fini de l’équilibre qui au Ve siècle
avait permis l’épanouissement de la culture et de la
civilisation grecques. L’hégémonie Spartiate, née de
la victoire remportée en 405, ne dura que quelques
années, et grâce surtout à l’appui du roi des Perses
devenu l’arbitre des querelles entre cités grecques.
Athènes réussit en 378 à reconstituer une nouvelle
alliance maritime, en s’engageant à ne pas recourir
aux pratiques qui avaient transformé son hégémonie
en une autorité mal supportée. Mais les difficultés
financières auxquelles la cité devait faire face la contraignirent
vite à retomber dans les mêmes excès et
l’alliance s’effondra en 355. Ailleurs, les cités étaient
en proie à des luttes intestines opposant partout
démocrates et oligarques, pauvres et riches. Et c’est
cette Grèce affaiblie où aucune cité ne parvenait à
établir son hégémonie, qui allait devoir affronter la
puissance macédonienne, à partir du moment où
Philippe II devenu roi en 359 entreprit de placer une
partie de la Grèce sous son contrôle et de jouer le rôle
d’arbitre des affaires grecques. À Athènes, Démosthène
eut conscience du danger, mais, en dépit de ses
mises en garde, ne parvint que trop tard à unir les

Grecs dans une coalition antimacédonienne. La
défaite de Chéronée en 338, l’alliance conclue à
Corinthe entre Philippe et les Grecs avec pour objectif
la conquête de l’Asie Mineure, puis la réalisation
de cette conquête, et au-delà, par Alexandre, le successeur
de Philippe, allaient bouleverser l’équilibre
du monde grec. Quand Alexandre meurt en 323,
Athènes tente une dernière fois de soulever les Grecs
contre la Macédoine. Mais cette ultime tentative à
laquelle Démosthène participa se solda par un nouvel
échec et l’installation d’une garnison macédonienne
au Pirée tandis que la démocratie était abolie pour
faire place à un régime censitaire.
Désormais le vieux monde grec avait cessé d’être le
centre de la politique égéenne, et les états grecs ne
seraient plus que des comparses dans les luttes politiques
opposant entre eux les royaumes nés de l’empire
d’Alexandre. Quant à la vie culturelle et
artistique, c’est d’abord dans les capitales de ces nouveaux
états qu’elle s’épanouirait, une vie culturelle
soucieuse de se rattacher à la tradition grecque, mais
à laquelle manquerait ce qui avait caractérisé le
monde grec à l’époque classique, cette dimension
politique inséparable de la vie de la cité.

Liste des entrées et de leurs corrélats

suite…

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