La clairvoyance


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Auteur : Leadbeater Charles Webster
Ouvrage : La clairvoyance
Année : 1899

Traduit de l’anglais par La Garnerie

 

 

Chapitre premier

Ce qu’ est la clairvoyance
Clairvoyance ne signifie littéralement rien de plus que la faculté de « voir
clair », et c’est un mot dont on s’est servi fort mal à propos et que l’on a même
avili au point de l’employer pour désigner la fourberie d’un charlatan sur un
champ de foire. Même pris dans son sens le plus étroit, il s’applique à un ordre
important de phénomènes d’un caractère si différent, qu’il n’est pas facile d’en
donner une définition à la fois brève et exacte. On l’a nommée « vision spirituelle
», mais il n’est pas d’appellation qui soit plus trompeuse que celle-là, car
dans la grande majorité des cas il n’existe, en rapport avec ce phénomène de la
clairvoyance, aucune faculté qui puisse le moins du monde prétendre à l’honneur
d’un terme aussi élevé.
Dans ce traité, peut-être pouvons-nous la définir : le pouvoir de voir ce qui
est caché à la vue physique ordinaire. Il sera bon aussi de commencer par dire
qu’elle est très fréquemment (quoique, assurément, pas toujours) accompagnée
de ce que l’on nomme clairaudience, ou le pouvoir d’entendre ce qui échappe à
l’oreille physique ordinaire ; et nous considérerons, en la circonstance, que notre
titre englobe aussi faculté, afin d’éviter la lourdeur de style qu’entraînerait l’emploi
constant de deux longs mots là où un seul peut suffire.
Permettez-moi d’éclaircir deux points avant de commencer. Tout d’abord, je
n’écris pas pour ceux qui ne croient pas qu’il existe un pouvoir tel que la clairvoyance,
et je ne cherche pas davantage à convaincre ceux qui ont des doutes à
cet égard. Un ouvrage aussi modeste ne m’en donne pas la place ; les incrédules
doivent étudier les nombreux livres, relatant des séries de cas, ou faire des expériences
pour leur propre compte selon la donnée spirite. Je m’adresse à la classe
mieux instruite qui sait que la clairvoyance existe, à ceux que ce sujet intéresse
assez pour qu’ils accueillent avec plaisir tous renseignements concernant ses méthodes
et ses possibilités ; et je puis leur assurer que ce que j’écris est le résultat
d’une longue étude sérieuse et de nombreuses expériences, et que, bien que certaines
des forces qu’il me faudra décrire puissent leur paraître neuves et surprenantes,
je ne mentionne aucun fait dont je n’aie moi-même vu des exemples.
En second lieu, encore que j’essaierai d’écarter autant que possible les détails
techniques, étant donné que j’écris surtout pour des étudiants en théosophie,

je me croirai pourtant permis d’employer parfois, pour plus de brièveté et sans
entrer dans des explications détaillées, les termes théosophiques ordinaires, avec
lesquels je puis à bon droit penser qu’ils sont familiers.
Si ce petit livre venait à tomber entre les mains de quelqu’un, pour qui, çà
et là, l’emploi de semblables expressions constituerait une difficulté, je ne puis
que m’excuser auprès de lui et le renvoyer, pour ces explications préliminaires, à
n’importe quel ouvrage élémentaire de théosophie, tel que la Sagesse antique ou
l’Homme et ses corps de Mme Besant. La vérité, c’est que le système théosophique
tout entier est si étroitement lié dans ses diverses parties, si dépendantes elles-mêmes
les unes des autres, que, pour donner une explication parfaite de chaque
terme employé, il faudrait un traité complet de théosophie en manière de préface
même à ce court exposé de la clairvoyance.
Avant, cependant, qu’une explication détaillée de la clairvoyance puisse être
utilement entreprise, il nous faudra consacrer quelques instants à certaines considérations
préliminaires, qui nous mettront nettement dans l’esprit quelques faits
capitaux, touchant les différents plans sur lesquels la vision clairvoyante peut être
pratiquée et les conditions qui en rendent l’exercice possible.
La littérature théosophique nous affirme constamment que toutes ces facultés
plus hautes seront bientôt l’héritage de l’humanité en général, que la capacité de
clairvoyance, par exemple, est latente en chacun de nous, et que ceux chez qui
elle se manifeste déjà sont simplement, sur ce point déterminé, en avance sur les
autres. Eh bien, cette assertion est vraie, et cependant elle semble au plus grand
nombre tout à fait vague et chimérique, tout bonnement parce qu’il considère
une pareille faculté comme quelque chose d’absolument différent de tout ce
qu’il a éprouvé jusqu’alors, et parce qu’il se sent très sûr que lui-même, à tout le
moins, n’est pas en mesure d’acquérir le développement de cette faculté.
Peut-être réussirons-nous à dissiper ce sentiment d’irréalité, si nous essayons
de comprendre que la clairvoyance, comme tant d’autres choses, dans la nature,
est avant tout une question de vibrations, et n’est, en fait, pas autre chose qu’une
extension des forces que nous employons tous chaque jour de notre vie. Nous
vivons sans cesse baignés par une vaste mer d’air et d’éther mélangés, celui-ci
pénétrant celui-là de toutes parts, comme il pénètre toute matière physique ; et
c’est surtout par le moyen de vibrations, dans cette mer immense de matière,
que les impressions nous parviennent du dehors. Cela, nous le savons tous, mais
beaucoup d’entre nous ne se sont peut-être jamais rendu compte que le nombre
de ces vibrations auxquelles nous sommes capables de répondre, est, en réalité,
tout à fait infinitésimal.
Parmi les vibrations extrêmement rapides auxquelles l’éther est soumis, il existe

une certaine petite section — une section très petite — à laquelle la rétine de
l’oeil humain est capable de répondre, et ces vibrations particulières produisent
en nous la sensation que nous appelons la lumière. Autrement dit, nous ne sommes
capables de voir que les seuls objets par lesquels cette espèce particulière de
lumière peut être émise, ou réfléchie.
Tout pareillement, le tympan de l’oreille humaine est capable de répondre à
un certain ordre très faible de vibrations comparativement lentes, assez lentes
pour agir sur l’air qui nous environne ; de sorte que les seuls sons que nous puissions
entendre sont ceux produits par des objets capables de vibrer à une vitesse
quelconque dans cet ordre particulier de vibrations.
Dans les deux cas, il s’agit d’un phénomène bien connu de la science, à savoir
qu’il y a des grandes quantités de modes vibratoires à la fois au-dessus et au-dessous
de ces deux sections, et qu’en conséquence, il y a beaucoup de vibrations
lumineuses que nous ne pouvons pas voir et beaucoup de vibrations sonores que
nos oreilles ne peuvent entendre. Pour ce qui est de la lumière, l’action de ces
vibrations plus rapides et plus lentes est aisément perceptible dans les effets produits
par les rayons actiniques à l’une des extrémités du spectre, et par les rayons
calorifiques à l’autre extrémité.
En réalité, il existe des vibrations de tous les degrés imaginables de rapidité,
qui remplissent tout entier le vaste espace qui se trouve entre les ondes lentes
et fortes et les ondes rapides et légères, et ce n’est même pas tout, car il y a, à
n’en pas douter, des vibrations plus lentes que celle du son et toute une infinité
d’autres vibrations plus rapides que celles qui nous sont connues sous forme de
lumière. Ainsi, nous commençons à comprendre que les vibrations grâce auxquelles
nous voyons et nous entendons, ne sont que comme deux minuscules
groupes de quelques cordes prises à une harpe gigantesque d’une dimension
pratiquement infinie, et, lorsque nous songeons à tout ce que nous avons pu
apprendre et déduire grâce à l’usage de ces menus fragments d’un Tout, nous entrevoyons
vaguement quelles possibilités pourraient s’offrir à nous si nous étions
mis à même d’utiliser ce Tout énorme et merveilleux.
Un autre fait à considérer, en rapport avec ce qui précède, est que les êtres
humains diffèrent considérablement les uns des autres, quoique dans des limites
relativement étroites, par leur capacité de réponse, même aux vibrations très peu
nombreuses qui sont à la portée de nos sens physiques. Je ne parle pas de l’acuité
de la vue ou de la finesse de l’ouïe qui permet à tel individu de voir un objet
moins apparent ou d’entendre un bruit plus faible que celui que pourrait voir ou
entendre tel autre ; ce n’est pas le moins du monde une question de puissance de
la vue, mais d’étendue de la susceptibilité.

Si, par exemple, quelqu’un prend un bon prisme creux rempli de sulfure de
carbone, et projette, grâce à ce dernier, un spectre bien distinct sur une feuille
de papier blanc, et si alors il demande à un certain nombre de personnes de
marquer sur le papier les extrêmes limites du spectre, tel qu’il leur apparaît, il
est à peu près sûr de constater que leurs puissances de vision diffèrent d’une
façon appréciable. D’aucuns verront le violet s’étendre beaucoup plus loin que
ne le verra la majorité des personnes présentes, d’autres verront peut-être plutôt
moins de violet que la plupart de leurs voisins, et verront par contre le rayon
rouge s’étendre davantage et d’autant que le violet leur aura paru diminué ; il
s’en trouvera peut-être quelques-uns qui pourront voir plus loin que les autres,
aux deux extrémités du spectre, et ceux-là seront presque certainement ce que
nous appelons des personnes sensibles, susceptibles en effet de répondre à une
catégorie de vibrations plus grande que ne le peuvent la plupart des individus de
notre époque.
Pour ce qui est de l’ouïe, on peut constater la même différence entre les individus,
en prenant pour base un son quelconque tout juste assez fort pour qu’on
puisse l’entendre, un son qui serait, pour ainsi dire, à la limite extrême de la perceptibilité,
et en observant combien, sur un nombre donné de personnes, il en
est qui soient capables de l’entendre. Le cri d’une chauve-souris est un exemple
familier d’un son pareil, et l’expérience montrera qu’un soir d’été, alors que l’air
tout entier est plein de cris aigus et perçants, il y aura certainement un grand
nombre de gens qui n’en auront nullement conscience et qui seront incapables
d’entendre quoi que ce soit.
Donc ces exemples montrent clairement qu’il n’y a pas de limite absolue au
pouvoir de l’homme de répondre aux vibrations soit éthériques, soit aériennes,
mais qu’il y en a parmi nous qui ont déjà ce pouvoir à un degré plus considérable
que d’autres ; et l’on constatera même que la capacité d’un individu déterminé
varie avec les circonstances, il ne nous est par conséquent pas difficile d’imaginer
qu’il pourrait être possible à un homme de développer ce pouvoir et d’apprendre
à voir et à entendre ainsi au bout d’un certain temps beaucoup de choses que ses
semblables ne peuvent pas voir et ne peuvent pas entendre, puisque nous savons
parfaitement qu’il existe des quantités énormes de ces vibrations additionnelles,
et qui attendent, en quelque sorte, qu’on les reconnaisse.
Les expériences faites avec les rayons Röntgen nous fournissent un exemple
des merveilleux résultats que l’on obtient, même lorsqu’on ne met à la portée
de l’homme qu’un très petit nombre de ces vibrations additionnelles ; et la
transparence, sous l’action de ces rayons ; de quantité de substances considérées
jusqu’alors comme opaques, nous offre tout de suite au moins un moyen d’expliquer

telle clairvoyance élémentaire, comme celle qui consiste à lire une lettre
placée dans une boîte fermée ou à décrire les personnes qui se trouvent dans une
pièce voisine. Apprendre à voir par le moyen des rayons Röntgen ajoutés aux
autres moyens ordinairement employés, suffirait tout à fait à mettre n’importe
qui à même d’accomplir un exploit magique de cette espèce.
Nous n’avons pensé, jusqu’à présent, qu’à une extension des sens purement
physiques de l’homme ; et quand nous nous rappellerons que le corps éthérique
d’un homme n’est en réalité pas autre chose que la partie la plus subtile de son
enveloppe physique, et que, par conséquent tous ses organes sensoriels contiennent
une grande quantité de matière éthérique à divers degrés de densité, — matière
dont les capacités sont encore en quelque sorte latentes chez la plupart
d’entre nous, — nous verrons déjà, même si nous nous en tenons à ce seul genre
de développement, d’énormes possibilités de toute espèce s’offrir à nous.
Mais à côté et au delà de tout ceci, nous savons que l’homme possède un
corps astral et un corps mental, qui pourront chacun, au cours du temps, être
mis en activité et qui répondront, le moment venu, aux vibrations de la matière
de leur propre plan, ouvrant ainsi devant l’Ego, à mesure qu’il apprendra
à fonctionner par le moyen de ces véhicules, deux mondes de savoir et de puissance
entièrement nouveaux et beaucoup plus vastes. Ces mondes nouveaux,
bien qu’ils soient tout autour de nous et se pénètrent librement l’un et l’autre, ne
doivent pas être envisagés comme distincts et entièrement sans rapport avec la
substance, mais bien plutôt comme se fondant l’un dans l’autre, l’astral inférieur
s’enchaînant directement avec le physique supérieur, tout comme le mental inférieur
s’enchaîne directement à son tour avec l’astral supérieur. Nous ne sommes
pas tenus, quand nous songeons à ces deux mondes nouveaux, d’imaginer une
nouvelle et curieuse espèce de matière, mais simplement de considérer l’espèce
physique ordinaire comme subdivisée d’une manière infiniment plus subtile et
vibrant infiniment plus rapidement, de manière à nous initier à des conditions
et à des qualités pour ainsi dire entièrement nouvelles.
Il ne nous est pas difficile alors d’admettre la possibilité d’une extension régulière
et progressive de nos sens, en sorte qu’il nous soit permis, à la fois par la
vue et l’ouïe, d’apprécier des vibrations beaucoup plus rapides et beaucoup plus
lentes que celles qui sont généralement perçues. Une catégorie importante de ces
vibrations additionnelles continuera à appartenir au plan physique et nous mettra
simplement en mesure de percevoir des impressions provenant de la partie
éthérique de ce plan, qui nous est actuellement comme un livre fermé. De semblables
impressions continueront à être reçues par la rétine de l’oeil ; il va de soi
qu’elles affecteront sa manière éthérique plutôt que sa matière solide, mais nous

pouvons néanmoins les considérer comme ne cessant pas de s’adresser seulement
à un organe spécialement préparé à les recevoir, et non à la surface tout entière
du corps éthérique.
Il se présente toutefois des cas anormaux, dans lesquels d’autres parties du
corps éthér.ique répondent à ces vibrations additionnelles aussi volontiers ou
même plus volontiers que ne le fait l’oeil. De semblables fantaisies s’expliquent
de diverses façons, dont la principale les représente comme les effets de quelque
développement astral partiel, car on trouvera que les endroits sensibles du
corps correspondent presque invariablement avec l’un ou l’autre des chakras, ou
centres de vitalité dans le corps astral. Et bien que, dans le cas où la conscience
astrale n’est pas encore développée, ces centres puissent ne pas être en activité sur
leur propre plan, ils sont pourtant assez forts pour provoquer une activité plus
grande de la matière éthérique qu’ils pénètrent.
Lorsque nous avons affaire aux sens astrals eux-mêmes, les méthodes de travail
sont très différentes. Le corps astral n’a pas d’organes des sens spécialisés, et
c’est là un fait qui nécessite peut-être quelque explication, puisque de nombreux
élèves qui cherchent à comprendre sa physiologie semblent éprouver quelque
difficulté à concilier les déclarations qui ont été faites touchant la parfaite interpénétration
du corps physique par la matière astrale, et le rapport exact entre
ces deux véhicules, ainsi que l’existence nécessaire, à tout objet physique, de sa
contre-partie astrale.
Toutes ces déclarations sont vraies et cependant il est très possible que des
gens qui n’ont pas l’habitude de voir astralement se méprennent sur leur signification.
Chaque espèce de matière physique est en constante association avec son
espèce correspondante de matière astrale ; celle-ci ne peut être séparée de celle-là
que par un déploiement très considérable de force occulte, et cette séparation ne
dure que tant que ladite force est exercée dans ce but. Mais, en dépit de tout ce
qui précède, la cohésion des molécules astrales entre elles est beaucoup moindre
qu’elle ne l’est chez leurs correspondants physiques.
Une barre de fer, par exemple, nous présente une masse de molécules physiques
à l’état solide, sujettes, par conséquent, à relativement peu de modifications
dans leurs positions relatives, encore que chacune d’entre elles vibre dans
sa propre sphère avec une rapidité considérable. La contre-partie astrale de ce
fait est représentée par ce que nous appelons souvent « matière astrale solide »,
ou « matière du souffle le plus dense » ; mais néanmoins ses particules changent
constamment et rapidement leur position relative, et circulent les unes parmi
les autres aussi facilement que le pourraient faire celles d’un liquide, sur le plan
physique. De sorte qu’il n’y a pas d’association permanente entre aucune de ces

molécules physiques et cette masse de matière astrale qui se trouve, à n’importe
quel moment donné, agir comme sa contre-partie.
Ceci est également vrai en ce qui concerne le corps astral de l’homme, que
nous pouvons, en vue du but que nous poursuivons, regarder comme consistant
de deux parties, l’agrégat plus dense qui occupe la position exacte du corps physique,
et le nuage de matière astrale plus léger qui environne cet agrégat. Dans
chacune de ces parties et entre elles deux, se produit sans s’arrêter jamais, l’intercirculation
rapide déjà décrite de ces particules, en sorte que le mouvement des
molécules dans le corps astral rappelle, à l’examen, l’apparence de celles que l’on
peut voir dans une eau qui bout violemment.
Cela posé, on comprendra aisément que, bien que n’importe quel organe du
corps humain doive toujours avoir comme contre-partie une certaine quantité
de matière astrale, il ne conserve pas les mêmes molécules pendant plus de quelques
secondes à la fois et que, par conséquent, il n’y a rien qui corresponde à la
spécialisation de la matière nerveuse physique dans les nerfs optiques ou auditifs,
et ainsi de suite. Ce qui fait que, bien que l’oeil ou l’oreille physique ait toujours,
sans doute, sa contre-partie de matière astrale, ce fragment particulier de matière
astrale n’est ni plus ni moins capable de répondre aux vibrations qui produisent
la vue astrale ou l’ouïe astrale, que n’importe quelle autre partie du véhicule.
Il ne faut jamais oublier que, quoique nous ayons constamment à parler de
« vue astrale » et d’« ouïe astrale », afin de nous rendre intelligible tout ce que
nous voulons désigner par ces expressions est la faculté de répondre à telles vibrations
qui apportent à la conscience de l’homme, lorsque celui-ci agit par son
corps astral, des impressions semblables à celles qui lui sont fournies par ses
yeux et par ses oreilles alors qu’il se trouve dans son corps physique. Mais dans
les conditions astrales totalement différentes, des organes spécialisés ne sont pas
nécessaires pour atteindre à ce résultat ; il y a, dans chaque partie du corps astral,
de la matière susceptible de répondre de cette façon et, par conséquent, l’homme
qui fonctionne dans ce véhicule voit également bien les objets qui se trouvent
derrière lui, au-dessous de lui, au-dessus de lui, sans avoir besoin de tourner la
tête.
Il y a pourtant un autre point dont il ne serait guère juste de ne pas tenir du
tout compte, et c’est la question des chakras mentionnés plus haut. Les étudiants
en théosophie sont familiers avec l’idée de l’existence, à la fois dans les corps astral
et éthérique de l’homme, de certains centres de forces qui ont besoin d’être
vivifiés, le moment venu, par le serpent de feu sacré, à mesure que l’homme progresse
dans son évolution. Bien qu’on ne puisse pas décrire ces centres comme
étant des organes au sens ordinaire du mot, — puisque ce n’est pas grâce à eux

que l’homme voit ou entend comme il le fait dans sa vie physique par ses yeux
et ses oreilles, — c’est néanmoins de leur vivification que dépend en apparence,
dans une large mesure, le pouvoir d’exercer ces sens astrals, chacun d’entre eux
donnant, selon son développement, au corps astral tout entier, le pouvoir de
répondre à une catégorie nouvelle de vibrations.
Il n’y a d’ailleurs, non plus, aucune formation permanente de matière astrale
en rapport avec ces centres. Ceux-ci sont de simples tourbillons dans la matière
du corps, tourbillons à travers desquels toutes les molécules passent à leur tour,
et peut-être des points où la force plus haute des plans supérieurs exerce un
choc sur le corps astral. Cette explication elle-même ne donne qu’une idée très
incomplète de leur apparence, car ce sont en réalité des tourbillons à quatre
dimensions ; ce qui fait que la force qui en provient et qui est la cause de leur
existence, semble n’avoir sa source nulle part. Mais puisque toutes les molécules
passent à tour de rôle par chacun de ces tourbillons, on comprendra, tout au
moins, qu’il est ainsi possible à chacun, son tour venu, de faire naître dans toutes
les molécules du corps le pouvoir de réceptivité d’une certaine catégorie de
vibrations, de sorte que tous les sens astrals soient également actifs dans toutes
les parties du corps.
La vision du plan mental est, à son tour, totalement différente, car ici nous
ne pouvons plus parler de sens séparés comme la vue et l’ouïe, mais il nous faut
plutôt rechercher un sens général qui réponde si parfaitement aux vibrations qui
l’atteignent, que dès qu’il vient à reconnaître la présence d’un objet quelconque,
il se l’assimile complètement, et, pour ainsi dire, le voie, l’entende, le sente, et
sache instantanément du même coup, tout ce qu’il est possible de savoir de lui.
Pourtant, cette merveilleuse faculté ne diffère que par son intensité et non par
son espèce, de celles dont nous pouvons actuellement disposer ; sur le plan mental
tout comme sur le plan physique, les impressions sont encore transmises par
des vibrations qui voyagent de l’objet vu à celui qui voit.
Sur le plan bouddhique nous rencontrons pour la première fois une faculté
nouvelle qui n’a rien de commun avec celles dont nous avons parlé, car ici c’est
par une méthode entièrement différente et dans laquelle les vibrations externes
ne jouent aucun rôle, que l’homme prend connaissance d’un objet quel qu’il soit.
L’objet devient partie de lui-même et il l’étudie de l’intérieur au lieu de l’étudier
de l’extérieur. Mais la clairvoyance ordinaire n’a rien à voir avec ce pouvoir-là.
Le développement entier ou partiel de l’une quelconque de ces facultés se
rattacherait à notre définition de la clairvoyance — ou pouvoir de voir ce qui est
caché à la vue physique ordinaire. Mais ces facultés peuvent être développées de
diverses façons et il convient de dire quelques mots de chacune d’elles.

Il nous est permis de présumer que s’il était possible qu’un homme fût, durant
sa période d’évolution, isolé de tout excepté des influences extérieures les
plus douces, et qu’il pût se développer dès l’origine d’une manière parfaitement
régulière et normale, il développerait probablement aussi ses sens dans un ordre
régulier. Il verrait ses sens physiques, graduellement étendre leur rayon jusqu’à
ce qu’ils répondissent à toutes les vibrations physiques, aussi bien celles d’essence
éthérique que celles de matières plus denses ; et, progressivement ensuite,
la sensibilité viendrait à la partie plus grossière du plan astral, puis peu après à la
partie plus subtile, jusqu’à ce que dans le temps voulu la faculté du plan mental
s’éveillât à son tour.
Dans la vie réelle, toutefois, c’est à peine si l’on connaît de développement
aussi régulier que celui-là et bien des hommes ont, de temps en temps, des lueurs
d’état de conscience astral en dehors de tout éveil de vision éthérique. Cette irrégularité
de développement est une des causes principales de l’extrême facilité
de l’homme à se tromper dans les questions de clairvoyance — danger d’erreur
auquel il ne peut échapper si ce n’est par un long et minutieux enseignement
donné par un maître qualifié.
Ceux qui étudient la littérature théosophique savent bien qu’on peut trouver
de tels maîtres, et que, même dans ce dix-neuvième siècle matérialiste, le vieil
adage est encore vrai, que « lorsque l’élève est prêt à apprendre, le, maître est prêt
à enseigner » et que « le disciple trouvera toujours son Maître au Vestibule de la
Science, dès qu’il sera capable d’y entrer ». Ils savent bien aussi que ce n’est que
sous une telle direction qu’un homme peut développer en sécurité et avec certitude
ses forces latentes, puisqu’ils savent à quel point, fatalement, le clairvoyant
inexpérimenté est apte à se tromper soi-même sur le sens et la valeur de ce qu’il
voit ou même à dénaturer complètement sa vision en l’abaissant au niveau de
son état de conscience physique.
Il ne s’en suit pas que l’élève même qui reçoit une instruction régulière touchant
l’emploi des forces occultes, les trouvera se présenter exactement dans cet
ordre régulier indiqué plus haut en tant qu’idéal probable. Ses précédents progrès
peuvent ne pas avoir été tels qu’ils lui rendent cette route la plus facile ou
la plus désirable à suivre ; mais il est tout au moins entre les mains de quelqu’un
qui est parfaitement en mesure de le guider dans son développement spirituel et
il conserve la conscience absolue que le chemin qu’on lui fait parcourir est bien
celui qui lui vaut le mieux.
Il y trouve un autre grand avantage, à savoir que, quelles que soient les facultés
qu’il puisse acquérir, elles sont définitivement sous son contrôle et peuvent être
employées complètement et constamment dès qu’il en a besoin pour son travail

théosophique ; tandis que, chez l’homme qui n’a pas reçu d’enseignements, ces
forces ne se manifestent souvent que partiellement et par à-coups et semblent
aller et venir, en quelque sorte, selon leur bon plaisir.
On peut répondre avec raison que, si la faculté de clairvoyance est, comme
on l’a dit partie du développement occulte de l’individu, et par conséquent signe
d’un certain progrès accompli dans ce sens, il paraît étrange que cette faculté
soit souvent possédée par des gens primitifs ou par les ignorants et les incultes
de notre propre race — individus qui sont manifestement sans développement
aucun, à quelque point de vue qu’on les regarde. Il n’est pas douteux que ceci
semble étrange au premier abord ; mais la vérité est que la sensibilité du sauvage
ou de l’ignare européen, vulgaire et grossier, ne ressemble réellement en rien à
la faculté de son frère convenablement instruit, et qu’elle ne s’acquiert pas de la
même façon.
Une explication exacte et minutieuse de la différence qui les sépare, nous obligerait
à des détails techniques assez abstraits, mais peut-être qu’un exemple pris
au plan le plus bas de la clairvoyance, en proche contact avec le plan physique
plus dense, suffira à donner une idée générale de ce qui les distingue. Le double
éthérique, chez l’homme, est en rapport extrêmement étroit avec son système
nerveux, et toute espèce d’action sur l’un réagit rapidement sur l’autre.
Or, dans la forme sporadique de la vision éthérique chez le sauvage — qu’il
soit du centre de l’Afrique ou de l’Europe occidentale — on a observé que le
trouble nerveux correspondant se localise presque entièrement dans le système
sympathique et que la faculté en question est indépendante de la volonté de
l’individu, et n’est en réalité qu’une espèce de sensation grossière appartenant
vaguement au corps éthérique tout entier, plutôt qu’une perception des sens
exacte et définie communiquée par un organe spécialisé.
Comme chez les races plus récentes et à un degré de développement plus
élevé, la force de l’homme prend une part de plus en plus grande à l’évolution
des facultés mentales, cette vague sensibilité disparaît généralement ; mais plus
tard encore, alors que l’homme spirituel commence à se révéler, il reconquiert
son pouvoir de clairvoyance. Cette fois-ci, alors, la faculté est précise ; elle est
exacte ; la volonté de l’homme en est maîtresse ; elle est produite par un organe
des sens déterminé ; et il est remarquable que toute action nerveuse s’exerçant en
sympathie avec cette faculté, siège alors presque exclusivement dans le système
cérébro-spinal. Voici ce qu’écrit Mme Besant à ce sujet :
« Les aspects inférieurs de psychisme sont plus fréquents chez les animaux et
chez les êtres humains très inintelligents que chez les hommes et les femmes dont
les forces intellectuelles sont bien développées. Ces aspects de psychisme semblent

être en rapport avec le système sympathique et non avec le système cérébrospinal.
Les grandes cellules nodales ganglionnaires de ce système, contiennent
une très grande quantité de matière éthérique et, partant, sont plus aisément
soumises aux vibrations astrales plus grossières, que ne le sont les cellules où
cette quantité est moindre. A mesure que se développe le système cérébro-spinal
et que le cerveau évolue, le système sympathique reste dans une situation inférieure
et la sensibilité aux vibrations psychiques est dominée par les vibrations
plus fortes et plus actives du système nerveux supérieur. Il est vrai qu’à un stade
plus avancé de l’évolution psychique, la sensibilité réapparaît, mais elle se trouve
alors développée — en rapport avec les centres cérébro-spinaux, et soumise au
contrôle de la volonté. Mais le psychisme hystérique et désordonné dont nous
voyons de si lamentables exemples, est dû au petit développement du cerveau et
à la prédominance du système sympathique. »
L’homme d’une haute culture et d’un esprit religieux éprouve cependant, parfois,
des lueurs de clairvoyance, quand bien même il n’aurait jamais entendu parler
de la possibilité d’éduquer une faculté pareille. Dans son cas, de semblables
lueurs signifient généralement qu’il approche de ce stade de son évolution où les
forces commenceront naturellement à se manifester et où leur apparition devrait
lui servir de stimulant nouveau à tâcher de maintenir ce haut niveau de pureté
morale et d’équilibre mental sans lesquels la faculté de clairvoyance est, pour qui
la possède, non pas une grâce, mais une malédiction.
Entre ceux qui sont complètement insensibles et ceux qui sont en pleine possession
du pouvoir clairvoyant, il y a de nombreux degrés intermédiaires. Il en
est un qui vaut la peine d’être considéré en passant ; c’est celui où l’homme,
bien que n’ayant aucune faculté de clairvoyance dans la vie courante, en accuse
cependant plus ou moins sous l’influence du magnétisme. Dans ce cas, la nature
psychique est déjà sensitive, mais l’état de conscience n’est pas encore capable
de s’y manifester parmi les distractions sans nombre de la vie physique. Cette
nature psychique a besoin d’être mise en liberté par l’arrêt momentané des sens
extérieurs au cours de la transe mesmérique, avant qu’elle puisse se servir des
facultés plus divines qui ne font que commencer de naître en elle. Mais, bien
entendu, même dans la transe mesmérique, il y a d’innombrables degrés de lucidité,
depuis le patient ordinaire qui n’y comprend littéralement rien, jusqu’à
l’homme dont le pouvoir de vision est entièrement entre les mains de l’opérateur
et peut être dirigé en quelque sens qu’il lui plaise, ou jusqu’au stade plus avancé
dans lequel, l’état de conscience, une fois mis en liberté, échappe complètement
à l’influence du magnétiseur et s’élance dans des champs de vision exaltée où il
est parfaitement hors de portée de celui-ci.

Un autre stade, dans cette même voie, est celui où ne s’impose pas une suppression
d’activité physique aussi absolue que dans la transe hypnotique, mais
où le pouvoir de la vision supranormale — et quoique hors de portée pendant
la vie éveillée — devient accessible quand le corps est en proie au sommeil normal.
C’est à ce stade de développement que se trouvaient beaucoup d’entre les
prophètes et les voyants dont nous entendons parler, et qui étaient « prévenus
de Dieu en rêve », ou en communion avec des êtres placés infiniment plus haut
qu’eux, dans les veilles silencieuses de la nuit.
La plupart des gens cultivés des races supérieures de ce monde possèdent
dans une certaine mesure ce genre de développement : c’est-à-dire que les sens
de leur corps astral sont en excellent état de fonctionnement et parfaitement
capables de recueillir des impressions d’objets ou d’entités du même plan que le
leur. Mais, pour que cette disposition leur soit ici-bas, dans leur corps physique,
d’une utilité quelconque, deux changements sont habituellement nécessaires ; il
faut d’abord, que l’Ego soit éveillé aux réalités du plan astral et amené à sortir
de la chrysalide que forment ses propres pensées à leur éveil, puis qu’il regarde
autour de lui afin d’observer et d’apprendre, en second lieu, que l’Ego, au moment
de son retour dans son corps physique, conserve suffisamment son état de
conscience, pour pouvoir fixer dans son cerveau physique le souvenir de ce qu’il
a vu ou appris.
Si la première de ces modifications s’est produite, la seconde est de peu d’importance,
puisque l’Ego, l’homme véritable, sera en mesure de bénéficier des
impressions qu’il aura recueillies sur ce plan, quand bien même il n’aurait pas la
satisfaction d’en conserver la moindre souvenance dans sa vie éveillée, ici-bas.
Il arrive souvent que des élèves demandent sous quelle forme cette faculté
de clairvoyance se manifesta d’abord en eux, comment il leur sera possible de
connaître le moment où ils auront atteint ce stade où les premières vagues manifestations
commencent à se faire sentir. Les cas diffèrent si complètement les uns
des autres qu’il est impossible de faire à cette question une réponse qui s’applique
universellement.
Il y a des personnes qui commencent par faire comme une espèce de plongeon,
et qui, grâce à un stimulant inusité, deviennent capables — pour une seule
fois — d’apercevoir quelque frappante vision ; et très souvent, dans un cas semblable,
comme l’expérience ne se répète pas, le voyant finit par croire qu’il a dû
être, en cette circonstance, victime d’une hallucination. D’autres débutent en
percevant, de temps en temps, des couleurs brillantes et des vibrations de l’aura
humaine ; et d’autres encore se trouvent voir et entendre avec une fréquence qui
va croissant, des choses et des sons auxquels ceux qui les entourent sont aveugles

et sourds ; d’autres enfin voient des visages, des paysages, ou des nuages de

couleur flottant devant leurs yeux, dans l’obscurité, avant qu’ils ne s’endorment ;
tandis que, peut-être, la plus commune des manifestations est celle des gens
qui, pour commencer, se rappellent avec une précision toujours de plus en plus
grande, ce qu’ils ont vu et entendu sur d’autres plans durant leur sommeil.
Maintenant que nous avons, dans une certaine mesure, déblayé le terrain,
nous pouvons poursuivre notre étude par l’examen de divers phénomènes de
clairvoyance.
Ils diffèrent à un tel point, à la fois par le caractère et l’intensité, qu’il n’est pas
très facile de dire comment il convient le mieux de les classer.
Nous pourrions, par exemple, les grouper suivant la nature de vision employée,
— selon qu’elle serait mentale, astrale, ou simplement éthérique. Nous
pourrions les distinguer d’après la capacité du clairvoyant, en considérant si ce
dernier a ou n’a pas reçu d’enseignement ; ou bien, si sa vision est régulière et s’il
en est maître, ou si elle est spasmodique et indépendante de sa volonté ; s’il ne
peut l’exercer que lorsqu’il est sous l’influence magnétique, ou s’il peut se passer
de ce secours ; s’il peut faire usage de sa faculté alors qu’il est éveillé dans son
corps physique ou seulement lorsqu’il se trouve temporairement séparé de ce
corps, quand il dort ou quand il est en transe.
Toutes ces distinctions sont importantes et nous aurons, au fur et à mesure, à
les prendre toutes en considération, mais peut-être qu’en somme la classification
la plus utile sera basée sur celle qu’a adoptée M. Sinnet dans son Rational analysis
of Mesmerism (1), un livre, entre parenthèses, que devraient lire tous ceux qui
étudient la clairvoyance. Lorsque nous nous occuperons des phénomènes qu’elle
présente, nous les classerons de préférence selon la capacité de la vision employée
plutôt que suivant le plan où cette vision s’exerce, en sorte que nous pourrions
grouper des exemples de clairvoyance sous des titres du genre de ceux-ci :

1o Clairvoyance simple — c’est-à-dire, simplement, la faculté de la vue, qui
permet à qui la possède de voir n’importe quelles entités astrales ou éthériques
présentes autour de lui, mais faculté qui ne comporte pas le pouvoir d’observer
des lieux ou des événements lointains appartenant à d’autres époques que la
notre.
2o Clairvoyance dans l’espace ; — ou capacité de voir des lieux ou des événements


1 Analyse raisonnée du Mesmérisme (ndt).


 éloignés du voyant dans l’espace, et qui sont, ou trop distants pour qu’on
puisse normalement les observer, ou cachés par des objets intermédiaires.
3o Clairvoyance dans le temps ; — c’est-à-dire la faculté de voir des objets ou
des événements qui sont éloignés du voyant dans le temps, ou, en d’autres termes,
le pouvoir de regarder dans le passé ou dans l’avenir.

Chapitre II

Clairvoyance simple : complète

suite…

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