« Merde à César »


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Auteur : Savignac Jean-Paul
Ouvrage : Merde à César -Les gaulois – Leurs écrits retrouvés, rassemblés, traduits et commentés
Année : 1994

 

 

 

INTRODUCTION
La Gaule et la France sont dans un rapport de filiation. La première, aube
bleue de l’origine, est plus jeune, mais elle est défunte. L’autre est son héritière.
La Gaule pour les Français est pareille à une enfance très ancienne qu’ils laissent
à distance et même pour la plupart renient, bien qu’elle puisse les attendrir.
C’est le même sentiment vis-à-vis des Gaulois : ils semblent n’avoir soudain
surgi de l ‘Histoire que pour être des vaincus propres à nous inspirer l ‘inconsolable
regret de leur perte nécessaire. Que n’ont-ils été vainqueurs des Romains! Ils
nous auraient donné la joie de remonter jusqu’à eux par une lignée ininterrompue
au lieu de nous laisser, avec un sentiment de déception refoulée, le mirage
d’une identité perdue et l’élan brisé d’une vie autrement aventureuse. Car ces
héros admirables qui ont succombé à la guerre au dun d’Alésia, ainsi que nous
l’apprend notre traumatisante Histoire de France, n’ont pas été, tels les Spartiates
de Léonidas ou les assiégés de Massada, les vainqueurs de leurs vainqueurs,
comme les martyrs sont ceux de leurs bourreaux ; ils ont, dans leur désastre et
dans leur sang. entraîné une rupture linguistique et culturelle : notre langue n’est
pas la continuation de l’idiome ancestral, comme c’est le cas chez les Allemands,
les Italiens. les Slaves ou les Grecs. Notre culture est empruntée, nos structures
mentales ont été modifiées par l’adoption forcée d’une langue d’occupant.
Dans le fait, cet amer regret des origines, cette blessure narcissique de ne
pas pouvoir se reconnaître dans ce que Hugo a appelé « le gouffre celtique »,
oblige à se détourner du miroir du passé pour s’orienter vers l’avenir, c’est-à-dire
vers soi-même. La crise d’identité dissimule une crise d’autorité. Loin d’être dommageable,
la rupture est qualifiante et créatrice. Lorsque nous regardons le passé
– ce qui est naturel-, nous savons bien que nous cherchons à y retrouver nos
propres traits. Que nous ne puissions bien les déceler chez les Gaulois est une
chance. L’obscurité de nos origines nou5 renvoie à l’édification de notre moi. Au
point qu’en s ‘ejjàçant, non sans une grande élégance, les Gaulois nous ont fait
présent de la liberté. Ils se sont sacrifiés pour la fonder. Si bien que c’est, pour
ainsi dire, aux Gaulois de nous ressembler, non à nous d’être à leur image. Ils
seront ce que nous serons. Il convient toutefois, pour les continuer dignement et
éviter l’ingrate complaisance de ne souffrir que la vue du même, de nouer entre
les Gaulois et nous un lien de parenté et de les glorifier du titre de pères.

suite…

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