Histoire de l’esclavage en Afrique


  
Auteur : Dumont Pierre-Joseph
Ouvrage : Histoire de l’esclavage en Afrique (Pendant trente-quatre ans)
Année : 1819

 

Avertissement de l’ éditeur

Je dois au public quelques détails sur cette histoire, afin qu’il en apprécie lui-même l’exactitude et l’utilité. Il y a près de six mois que les journaux annoncèrent qu’un Français, esclave depuis trente-quatre ans, était rentré dans sa patrie, dont il avait presque oublié la langue. Je ne prêtai guère plus d’attention à cet article qu’à d’autres moins extraordinaires qui nous passent journellement sous les yeux; mais la même nouvelle ayant été reproduite avec des circonstances curieuses, me fit naitre des réflexions dont le résultat fut d’aller trouver celui -là même qui en était l’objet. Après de courtes explications sur mon dessein , je le priai de m’accorder un moment d’entretien sur ses infortunes. Il m’avait à peine raconté deux ou trois points de son histoire, que j’entrevis l’intérêt qu’on en pourrait tirer. Je le lui dis avec franchise , en lui faisant des propositions qu’il accepta sans hésiter.

Nous convînmes qu’il se rendrait tous les jours chez moi pour me fournir les diverses notions qui se rapportent aux trente-sept ans de son absence. Je les recueillais sous sa dictée avec la plus scrupuleuse attention. Souvent je lui faisais répéter ce que je pensais n’avoir pas bien compris. Je lui lisais et relisais chaque renseignement, afin de m’assurer que c’était bien là sa pensée. Il m’accordait des séances de quatre ou cinq heures, durant lesquelles on doit penser que je n’épargnais pas les questions. Ce recueil, fait à la hâte, sans ordre, et plein de redites telles que sont toujours de simples notes, m’a donc servi à rédiger non moins vite, il est vrai, mais avec plus de méthode , l’histoire de mon héros. Il m’a, je crois, donné dix séances en tout; et mon travail, commencé le 28 mai, était déjà terminé le 5 juin. Je suis fort loin de prétendre tirer avantage d’une telle précipitation , et je ne la fais connaitre qu’afin de prouver que je ne me suis pas donné le loisir d’inventer un seul fait, et même de paraphraser les véritables. Si Dumont est un homme digne de foi, chose dont après l’avoir connu je n’ai pas le moindre doute, jamais histoire n’a offert autant de vérité : je ne parle point de l’intérêt, le lecteur en jugera. Je n’ai rien ajouté, rien diminué, hors un seul passage, où les détails trop dégoutants feraient soulever le cœur. Ce sont presque toujours les expressions de Dumont qui tombent de ma plume; ce sont ses propres mots dans le dialogue. Tout artifice de style disparait au milieu d’un récit dont la simplicité doit égaler le ton d’une conversation décente. Je n’ai donc aucun mérite à cette production, si ce n’est celui d’appeler l’attention publique sur un homme que tant de souffrances ont rendu si digne de sa curiosité. Dumont mérite-t-il une confiance entière? c’est ce qu’il importe d’éclaircir; car, autrement, au lieu de me dicter une histoire, il m’aura pris pour dupe en me soufflant un roman.

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