Du Punique au Maghribi Trajectoires d’une langue sémito-méditerranéenne


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ENSET – Oran

Abdou Elimam

Résumé :

Voici une série d’interrogations nouvelles où nous prenons appui
sur l’éclairage historique pour reconstituer un pont édifiant entre la langue
de Carthage (le punique) et les formes d’arabe maghrébin contemporain.

Trois voies possibles de recherche s’ouvrent alors:

1. Le maghribi (ou maghrébi, comme l’avaient appelé aussi bien Fergusson que Marçais, bienavant nous) présenterait, de nos jours, un substrat punique substantiel.
Substrat sémitique, soulignons-le. Ce qui permet de relancer la perspective
scientifique d’une reconsidération des poids et influence de l’arabe
classique sur les formes contemporaines du maghribi.

2. Reconsidérer le profil sociolinguistique du Maghreb en faisant intervenir trois paramètres essentiels : formations langagières vernaculaires vs. langues à vocation
internationale ; langues dont l’acquisition repose sur des mécanismes natifs
vs celles dont l’apprentissage est le fruit exclusif de l’institution scolaire ; langues ne jouissant pas ou peu de reconnaissance institutionnelle vs celles dont les
statuts juridiques sont force de loi.

3. Repousser le concept de diglossie, au profit de celui d’un bilinguisme d’où les vernaculaires ne sont plus exclus.

La francophonie au Maghreb se pérennisera de la prise en compte de ces rapports
dialectiques ré-examinés.

Mots-clés: maghribi, diglossie, langue vernaculaire

 

 

Introduction/présentation
Notre papier se fixe pour objectif de relater la situation d’une langue à la
fois majoritaire dans le corps social et minorée par l’institution étatique.
Cette forme linguistique dont la cohérence d’ensemble l’impose comme un
système linguistique majeur. Cette langue qui, dès le IX ème siècle était déjà
dotée d’un système graphique singulier (« al-Xatt al-maghribi »). Cette langue
qui a vu naître une littérature prestigieuse («adab az-zadjal ») dès le X ème
siècle, en Andalousie, et qui a su la propager, en Afrique du nord, sous les
appellations de «melħoun», «âami»; voire de «chaâbi» et que Ibn Khaldoun
sut glorifier. Cette langue que Charles Ferguson, en son temps, appela le
«maghrebi», suivant en cela le grand orientaliste français, W. Marçais. Cette
langue que les orientalistes, précisément, ont étiquetée « dialecte arabe »,
sans précaution méthodologique rigoureuse. Créant, de ce fait, une confusion
entre les épithètes : «arabe » et «sémitique » – comme si l’on pouvait dire, par
exemple, que l’hébreu est un « dialecte arabe » ! Une étude récente (d’abord
en 1997, puis reprise en 2003 : A. Elimam , « Le maghribi, alias ed-darija », Ed.
Dar El-Gharb, Algérie) montre clairement que le substrat punique représente
environ 50% de l’actuelle langue vernaculaire majoritaire du Maghreb. Cette
langue qui a fait la gloire de Carthage et que le prince numide, Massinissa,
pratiquait en toutes circonstances, a été bien vivace avant l’arrivée de l’Islam
en terre du Maghreb – jusqu’au Vème siècle, elle était bel et bien attestée comme
« néo-punique ». L’arrivée de cette sorte de « islamo-arabophonie », langue
sémitique également, va favoriser un processus d’individuation linguistique qui,
au IX ème siècle, esquissera cette forme, encore vivace, qu’est le maghribi.
Malheureusement, les indépendances des pays du Maghreb, au lieu de sonner
l’heure de l’émancipation des langues natives, ont minoré ces langues au profit
d’une arabisation dont personne ne parvient à déterminer l’ancrage effectif.
Même si Tamazight commence à trouver une protection juridique en Algérie et
au Maroc, le maghribi, pour sa part continue de se voir marginalisé.

1. Echos d’histoire des langues natives

suite…

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