Les livres saints réécrits ?


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Le noble Koran n’est point le premier à devoir passer, si l’on en croit quelques voix médiatiques néo-marxistes, au crible de la censure : l’Évangile l’a été et nous ne doutons pas que d’autres ouvrages classiques, au sens premier de ce mot latin, de fortifier la pensée et de l’armer, ne suivent le même chemin.

Une épuration de nombreux auteurs est poursuivie, ainsi que les victimes de Staline étaient effacées du dictionnaire, comme si elles n’avaient jamais existé. Qui oserait commenter le plaidoyer de Cicéron en faveur de son client Flaccus gouverneur romain de Syrie poursuivi en justice par la communauté influente à Rome, « dans les assemblées », précise l’avocat, pour avoir interdit, conformément aux dispositions sénatoriales, l’exportation des capitaux vers Jérusalem qui était une ville politiquement syrienne, capitaux ensuite répartis dans le monde ? L’inculture présente est le plus précieux rempart contre pareille audace.

Les écoles chrétiennes jusqu’au milieu des années 50 – ce qu’on qualifiait d’enseignement libre – faisaient apprendre par cœur des morceaux des Évangiles, surtout le procès du Christ : chaque élève, comme c’était le cas, par exemple, dans ma ville natale, de l’Institut des Dames de Saint Maur où ma défunte sœur née en 1930 fit ses études secondaires, restituait la scène du procès fait à Issa (béni soit-il) par Caïphe, le Grand-Prêtre, ou le drame de la Passion, à savoir la marche vers le sacrifice suprême. Scène qui inspira tant d’artistes et de musiciens, et de solides réflexions de Richard Wagner dans son article « Héroïsme et Christianisme ». À cet égard, les nouveaux Chrétiens ne peuvent comprendre que les Musulmans ou les Hindouistes exercent leur foi par cette mère des Muses qui pour les Grecs était la mémoire, et c’est dans ses vastes palais – pour reprendre une métaphore de saint Augustin – que la compréhension de la religion fondée, comme le dit avec raison le philosophe allemand Kant, sur la conscience morale, étend ses racines. Aujourd’hui, l’idée de Dieu tend à être arbitraire et, à parler théologie, libertine, au sens où chacun la cultive comme il la sent, ou la confond avec des formalités : « On a vu de tout temps que le commun des hommes », avertissait un autre génie allemand de langue française, Leibniz, au tout début de ses Essais sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme  et l’origine du mal (ou « Théodicée » (1710) à savoir, en grec, le jugement divin) « a mis la dévotion dans les formalités : la solide piété, c’est-à-dire la lumière et la vertu, n’a jamais été le partage du grand nombre. Il ne faut point s’en étonner, rien n’est si conforme à la faiblesse humaine : nous sommes frappés par l’extérieur, et l’interne demande une discussion dont  peu de gens se sentent  capables. »

Ce sont les différences extérieures qui à la fois séparent les fidèles ou les confessions de foi, et en même temps servent d’émulation, chacun étant persuadé instinctivement, comme des athlètes sur un stade, avoir plus de ressources qu’un autre.


L’orgueil demeure attaché à la finitude humaine : l’on voit le mal dans les autres et non point celui qui est en nous !


Si l’on voulait épurer ce qui peut choquer une bonne conscience, ou mieux dit, une belle âme qui se croit chérie plus que d’autres par la cour divine, il ne resterait rien, par exemple, de la Bible et de ses récits de massacres, et il ne m’est point venu à l’esprit, quoique voltairien depuis mon adolescence, dans mon dernier séjour iranien, de disputer la gloire de la reine Esther auprès du mosaïste qui me fit visiter à Hamadan son tombeau censé avoir 2.500 ans !  Mon accompagnatrice archéologue ignorait le contenu  du livre d’Esther qui n’est pas tendre envers le peuple qui servit de modèle à Platon, le sien donc, et  livre qui célèbre le massacre de 75.000 « Perses » – comme le dit le texte « pendant leur sommeil ». Rassurez vous, lui dis-je, car ce sont des fables, et  jamais votre nuit ne sera troublée par ces fantômes du passé ! Cela peut échauffer la cervelle de quelques exaltés, comme Netanyaou qui feint d’y croire, mais l’intérêt qui conduit les hommes fait oublier ces histoires terrifiantes.

Quel peuple n’en a point massacré un autre ? Tout sera bien demain, pour paraphraser Voltaire, voilà notre espérance : tout est bien aujourd’hui voilà notre illusion.

L’orgueil demeure attaché à la finitude humaine : l’on voit le mal dans les autres et non point celui qui est en nous ! L’Évangile le dit de façon imagée en comparant la paille que l’on croit déceler dans l’œil d’autrui avec la poutre qui est dans le nôtre. Les autres livres, qui sont des feuilles du même arbre, ne parlent point autrement.

Allons nous censurer le Talmud qui enrageait Luther ? Tenons-nous compte de la conduite de David faisant tuer son rival, le mari de sa maîtresse ou de la femme qu’il convoite, pour contourner le devoir de fidélité conjugale ? Non, la Raison parle en nous, et cet « instinct divin » qu’est la conscience, et sur lequel Rousseau, souvent assez fou, toujours éloquent, s’est exprimé si exactement, que les philosophes, je ne parle pas des fripons qui abusent de ce titre, le citent avec ravissement, qui nous juge.

Concluons par cette réflexion de l’illustre Kant, père de l’idéalisme allemand, que si l’histoire de la nature commence par le Bien parce qu’elle est l’œuvre de Dieu, l’histoire de la liberté commence par le mal parce qu’elle est l’œuvre de l’homme.

Pierre Dortiguier