Histoire de la conversion des Géorgiens au Christianisme


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Ouvrage: Histoire de la conversion des Géorgiens au Christianisme – Codex 689 du Vatican

Auteur: Macaire Patriarche d’Antioche

Traduction par Lébédew de Olga

Casa editrice italiana, Roma, 1905

 

 

HOMMAGE
AUX MEMBRES DU XIVe CONGRÈS INTERNATIONAL
DES ORIENTALISTES À ALGER.

 

PRÉFACE
Le Patriarche d’Antioche, Macaire Elzaïme ( الزعيم ) arabe
d’Alep, a été deux fois en Russie pendant le règne du Tzar
Alexis. La première fois il y alla pour recueillir des aumônes ;
la seconde — dix ans plus tard — invité par le Tzar, pour juger
le Patriarche Nicone. À son premier voyage il était
accompagné de son fils, l’Archidiacre Paul d’Alep, qui a fait
une description très détaillée et fort curieuse, du voyage de son
père.
L’original arabe de cette oeuvre importante, au point de vue
historique, n’a encore été imprimé nulle-part, mais il a été
traduit, d’abord dans les années trente du siècle dernier par
Belfour en anglais, et en 1900 en russe par Georges Mourcos,
professeur de langue arabe à l’Institut Lazarew de Moscou.
Pourtant, ni l’un, ni l’autre n’a mentionné la partie du voyage
du Patriarche Macaire en Géorgie, que nous présentons ici pour
la première fois à nos lecteurs éclairés dont nous espérons
obtenir l’indulgence.
Les traducteurs susmentionnés du voyage de Macaire, ne
soupçonnaient même pas l’existence d’une description de son
voyage au Royaume de Géorgie. Il est évident que ce manuscrit
ne leur était point connu, ne se trouvant pas dans les copies
desquelles ils ont fait leurs traductions. Cela s’explique

facilement parce que cette partie du voyage du Patriarche a été
décrite par lui-même et non par son fils Paul qui, à son retour
de Moscou avec son père, tomba malade en Géorgie où il
mourut.
Le Patriarche Macaire mentionne ce fait dans les termes
suivants, dans une lettre adressée au Patriarche Josaphat de
Moscou, de Tiflis, le 22 Juin 1669 : « Nous sommes arrivés en
Ibérie, où l’Archidiacre Paul est mort, après y avoir séjourné
un mois »

Cette lettre est conservée à la bibliothèque Synodale de
Moscou. Du reste, on peut voir par le texte même de notre
manuscrit qu’il a été écrit par le Patriarche Macaire, puisqu’il
dit partout : « Nous avons fait, nous avons ordonné… etc. ».
Tandis que l’Archidiacre Paul écrivait : « Et notre très-saint
Patriarche a dit… Et je m’y trouvais aussi en compagnie de Sa
Sainteté…, etc. ».
Il est difficile de préciser à quelle époque le Patriarche
Macaire a écrit la relation de son voyage : probablement
bientôt après son retour à Damas (1671).
Le ms. que j’ai eu à ma disposition se trouve à la
Bibliothèque du Vatican, sous le numéro 689 (Vatic. arab. 689 ;
v. Mai, Script. Vet. Nova Coll., IV, 596). Il m’a été
recommandé par l’illustre professeur Ignace Guidi. Ce
manuscrit est écrit en langue vulgaire et toute son importance
est en ce qu’il dépeint avec beaucoup de vivacité l’état
religieux et politique du peuple Géorgien du XVIIème siècle,

c’est-à-dire à une époque où ce pays nous était peu connu.
Cela suffit pour démontrer l’importance historique de notre
manuscrit.
S.t-Pétersbourg, 1905.
OLGA DE LÉBÉDEW.

 

 

I.
Conversion des Géorgiens à la religion Chrétienne.

RÉCIT qui explique le motif de leur conversion à la
religion du Messie. Ayant commencé par dépendre du
Patriarcat d’Antioche, ils se sont élu, plus tard, un
Catholicos et sont devenus indépendants.
Apprends, ô lecteur, que dans les premiers temps du
Christianisme, l’Apôtre André est venu chez les Géorgiens
pour les éclairer par la foi chrétienne et le saint baptême. Mais
après quelque temps ils sont redevenus païens. Bien des années
plus tard ils ont été ramenés à la religion chrétienne par
l’influence d’une femme chrétienne du nom de Nina[1] qui était
leur prisonnière. Elle y est parvenue à la suite de guérisons et
de divers miracles qu’elle avait faits parmi eux. Entre autres,
elle a guéri la reine de Géorgie qui souffrait depuis de longues
années d’une maladie inguérissable.
La sainte qui avait refusé d’accepter les riches présents
envoyés par la Reine, conseilla à cette dernière de se faire

baptiser, avec son mari le Roi Mirbâne ainsi que tout le peuple
de Géorgie.
La Reine lui obéit et conseilla au Roi de renier ses anciennes
erreurs et d’avoir foi en Jésus-Christ. Le Roi ayant refusé
d’embrasser le Christianisme, devint aveugle. Ce malheur le
força de s’adresser à sainte Nina à laquelle il promit de se faire
baptiser avec tout son peuple dans le cas où elle lui rendrait la
vue.
Elle lui rendit la vue et lui ordonna d’envoyer une
ambassade à l’Empereur Constantin le Grand pour l’entretenir
des affaires de la Géorgie et le prier de leur envoyer un évêque
qui les baptiserait et leur donnerait les premiers enseignements
dans la religion chrétienne.
Le Roi s’étant conformé à la demande de la sainte,
Constantin le Grand en fut très réjoui et leur envoya le
Patriarche d’Antioche, Anastase, puisqu’ils avaient appartenu,
jadis, à son Patriarcat.
Anastase se rendit donc en Géorgie dont il baptisa le peuple.
Il y construisit des églises, il y sacra des évêques, des prêtres
et des diacres.
Le Roi de Géorgie fit don au Patriarche de mille bourgades,
dont le revenu annuel devait être dépensé pour la préparation
du saint Chrême que le Patriarche d’Antioche seul avait le droit
de préparer, et c’est de cette ville qu’on la distribuait au monde
entier.
Après avoir accompli tout cela il s’en retourna chez lui.
Les bourgades géorgiennes susmentionnées envoyaient tous
les ans mille dinars au Patriarche d’Antioche et cet usage

continua jusqu’au règne du Khalife d’Égypte el-Hâkim-biemr
Allâh[2] (l’an 400 de l’Hégire), qui envoya Oreste, Patriarche
de Jérusalem, à Constantinople pour conclure un traité d’amitié
avec les Byzantins. Lorsque le Patriarche Oreste passa par
Antioche, Jean, Patriarche de cette ville, lui céda les mille
dinars qu’il recevait de Géorgie, à condition qu’on priât
toujours à Jérusalem pour le salut de son âme ; sans, pourtant,
lui céder la suprématie du Patriarcat d’Antioche sur la Géorgie.
Les successeurs des archevêque morts devaient toujours aller
se faire sacrer à Antioche et, après avoir été choisis par leur roi
et leurs évêques, être sacrés par le Patriarche d’Antioche.
Effectivement, ce dernier les sacrait et les renvoyait dans
leurs pays. Cet usage a été en vigueur jusqu’à la conquête
d’Antioche et des autres pays Syriens par les musulmans.
Cet ordre de choses se maintint bien des années, mais après
la conquête musulmane le Patriarcat d’Antioche resta vacant
pendant quarante ans ; puis enfin, Stéphane le Dieux fut élu
Patriarche. Il fut succédé par Théophilacte le prêtre de la ville
de Roha (Édesse).
C’est de son temps que David, Roi d’Abhazie (en Géorgie)
envoya un grand nombre de membres du clergé à Antioche,
pour être sacrés évêques.
Pendant leur voyage ils furent assaillis par des brigands qui
leur enlevèrent tous les cadeaux qu’ils portaient au Patriarche
et les massacrèrent tous excepté deux, qui réussirent à se
sauver et arrivèrent à Antioche. Ils firent le récit de tous leurs
malheurs à Théophilacte et ils ajoutèrent que les Géorgiens
souffraient beaucoup du manque d’évêques. Théophilacte

convoqua, à cet effet, un concile d’un grand nombre de ses
archevêques, et il y fut décidé qu’on sacrerait pour les
Géorgiens un Catholicos indépendant, qui serait autorisé à
sacrer leurs évêques, en leur imposant le devoir de mentionner
toujours le nom du Patriarche d’Antioche pendant la sainte
messe.
On avait décidé aussi d’y envoyer tous les ans d’Antioche,
un exarque chargé de contrôler les faits et gestes du clergé et
de relever les impôts institués par le canon ecclésiastique.
Le Patriarche délivra une charte à cet effet, aux deux
individus qui avaient échappé aux brigands, après quoi il tira
au sort, et comme le sort tomba sur Jean, il le sacra Catholicos
de Géorgie. Son compagnon fut sacré Évêque.
Le Catholicos devait avoir sa résidence au pays des Abhazes.
Après les avoir sacrés il les renvoya dans leur pays.
Bien des années plus tard, lorsque l’hérésie commença à
semer la discorde dans la religion, le Patriarche Théodore
envoya son secrétaire Basile pour apaiser les querelles des
partis. Ce même Patriarche donna l’autorisation au Catholicos
de Géorgie de préparer le saint Chrême.
Comme les prêtres et les moines vendaient à un prix très
élevé le saint Chrême qu’ils recevaient d’Antioche, les Pères
du quatrième Concile de Chalcédoine autorisèrent tous les
autres archevêques indépendants à préparer le saint Chrême
chez eux.
L’historien Évagre mentionne que Justinien fit construire
une cathédrale au pays des Abhazes ; il avait, dans son palais,
un serviteur Abhaze du nom d’Euphrate, qu’il envoya au pays

des Abhazes.
Là, celui-ci rassembla une quantité d’enfants qu’il emmena à
Constantinople où Justinien avait fondé pour eux une école
pour les y élever.
Les Empereurs de Byzance avaient l’habitude de tuer les
criminels païens ; mais après la conversion des Abhazes au
Christianisme, Justinien leur promit de ne plus châtier leurs
criminels de la peine de mort.
Ces Abhazes formaient la Garde du Corps de Justinien.
Plus tard, le Catholicos Jean envoya à Constantinople des
prêtres et des diacres afin qu’ils y fussent instruits dans les
sciences religieuses et profanes.


-1-. Cette sainte est originaire de Colastri en Cappadoce. Ses parents n’ayant
pas eu d’enfants pendant longtemps, la vouèrent à Dieu. Ils confièrent son
éducation à une vieillie servante d’église, Sarah la Bethléemienne, et à son
oncle maternel, le patriarche de Jérusalem, tandis qu’eux-mêmes
s’éloignèrent au Jourdain pour y vivre en ascètes. Sainte Nina alla à Rome
avec la bénédiction du Patriarche et se décida enfin à aller prêcher
l’Évangile en Ibérie qui lui était connue de nom, parce qu’on y conservait la
chemise de notre Seigneur. Elle fut soutenue dans son intention par une
vision de la Sainte Vierge qui lui donna, comme gage de succès, une croix
formée en branches de vigne. Chemin faisant elle réussit à convertir
beaucoup de monde au christianisme. Arrivée aux frontières de l’Ibérie, elle
érigea la première croix sur la montagne de Djavakhète, et commença à
prêcher l’Évangile dans toutes les villes. Elle renversa les idoles, et après
avoir érigé beaucoup d’églises en l’honneur de son parent, le martyr S.t
Georges, et s’être assurée que la foi chrétienne avait pris racine dans le
pays, elle se retira dans le détroit de Bodbà en Cakhétie. Aux approches de
sa mort, S.te Nina invita le Roi et la Reine auxquels elle fit ses dernières
recommandations, et les bénit ; puis elle reçut la Sainte Eucharistie des
mains de l’Évêque qu’elle pria de la faire enterrer à Bodbà, et s’en fut dans
l’autre monde. Les chroniqueurs du XI, XII et XIIIème siècles, ont écrit son histoire d’une manière très détaillée. La Géorgie fut convertie au
Christianisme en 318, la dixième année du règne de l’Empereur Constantin.
Baronius fixe la conversion de la Géorgie à l’an 327, des autres à 335.
(Iohan. Funcii, Comment. in chronologiam, lib. VI). Dubois rejette les
indications chronologiques des chroniqueurs Géorgiens, et rapporte la
conversion de l’Ibérie à peu près à l’an 276 (Voyage autour du Caucase ,
tome II, pag. 16). [Note de la traductrice]
-2-. 996-1021.

 

II.
Quelques informations sur les qualités et les défauts des
Géorgiens.

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