Le Mahdi : depuis les origines de l’Islam jusqu’à nos jours


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Ouvrage: Le Mahdi : depuis les origines de l’Islam jusqu’à nos jours

Auteur: Darmesteter James

Année:

 

 

CONFÉRENCE DU 28 FÉVRIER 1885
FAITE À LA SORBONNE
DEVANT L’ASSOCIATION SCIENTIFIQUE DE FRANCE

Mesdames, Messieurs,

Je vous dois, pour commencer, un aveu loyal. Si vous êtes venus ici dans l’espérance de remporter de l’inédit sur le prophète du Soudan, je crains que vous ne quittiez cette salle quelque peu déçus. Sur le Mahdi de 1885, je ne crois pas avoir grand’chose à vous apprendre qui n’ait déjà été dit. La presse, d’ailleurs, se charge de satisfaire votre curiosité mieux que je ne saurais le faire et vous a dit déjà tout ce qu’on sait de lui, et même plus qu’on n’en sait. Heureusement, dans ce monde, et surtout dans le monde musulman, l’histoire se répète si étrangement que vous raconter les aventures des Mahdi d’autrefois, c’est déjà vous faire par avance l’histoire du Mahdi d’aujourd’hui, son histoire passée, présente et future. Vous savez, en effet, que le prophète d’aujourd’hui n’est point le premier de son espèce, pas plus qu’il n’en sera le dernier. Il y a eu des Mahdis avant lui et il y en aura après lui. L’histoire de ses prestiges, de ses promesses, de ses succès et, tôt ou tard, de la déception finale, toujours inévitable, a déjà retenti plus d’une fois dans l’Islam et retentira plus d’une fois encore. On a attendu le Mahdi dès les premiers jours de l’Islam et il y aura des Mahdis tant qu’il y aura un musulman. Nous remonterons donc, si vous le permettez bien, du 28 février de l’an de grâce 1885 — du 13 djoumâdâ l’oulâ de l’année 1302 de l’hégire — à l’an 622 de notre ère, à l’an I de l’ère musulmane.

I
THÉORIE DU MAHDI

Vous savez comment s’y prit Mahomet pour faire sa religion. Quand il parut, il y avait en Arabie, à côté du vieux paganisme national, trois religions étrangères : le judaïsme, le christianisme et la religion de Zoroastre, c’est-à-dire la religion qui régnait en Perse avant la conquête musulmane et qui s’était propagée en Arabie, au Nord par le commerce, et au Sud, dans le Yémen, par la conquête. Mahomet ne se mit pas en frais d’originalité : il prit ses dogmes aux juifs et aux chrétiens ; il prit sa mythologie aux juifs, aux chrétiens et aux Persans : il n’y eut jamais religion fabriquée à meilleur compte. Or, un trait qui était commun à ces trois religions, c’était la croyance en un être surnaturel qui devait, à la fin des temps, ramener dans le monde l’ordre et la justice qui en sont bannis et préluder au règne de l’immortalité et de la félicité sans fin.

Ce n’est pas ici le lieu de faire l’histoire de cette idée, que l’on appelle l’idée messianique : vous avez tous lu les pages admirables que lui a consacrées l’auteur de la Vie de Jésus. Pour notre objet présent, il suffit ici de vous rappeler que cette conception, qui est née dans le judaïsme et qui a donné naissance au christianisme, n’avait pris chez les juifs et les chrétiens eux-mêmes sa forme définitive que sous l’influence de la mythologie persane. De là, sous ses trois formes, juive, chrétienne et persane, malgré une certaine variété de détails, une ressemblance profonde dans les grandes lignes. Dans les trois religions, l’arrivée du Sauveur devait être précédée d’un immense déchaînement des forces du Mal, personnifié chez les juifs par l’invasion et les ravages de Gog et Magog ; chez les chrétiens, par le Dragon ou la Bête de l’Apocalypse et par un faux prophète, le prophète de Satan, appelé l’Antéchrist ; chez les Persans, par le serpent Zohâk, incarnation d’Ahriman, le mauvais principe (1). Des trois côtés également, le Sauveur devait descendre en droite ligne du personnage le plus auguste de la tradition nationale : chez les juifs et les chrétiens, il s’appelait le Messie et descendait du roi-prophète d’Israël, David ; chez les Persans, il s’appelait Saoshyant et était fils du prophète de la Perse, Zoroastre (2) : il fallait que la figure qui, dans les trois religions, dominait l’histoire du monde, dominât aussi la fin du drame.

La doctrine messianique des musulmans est empruntée au christianisme. Les musulmans croient, comme les chrétiens, que Jésus doit, le jour venu, anéantir le démon déchaîné, la Bête de l’Apocalypse, le faux prophète de la dernière heure, l’Antéchrist, qu’ils appellent Deddjâl, c’est-à-dire l’imposteur. Mais l’Islam ne pouvait laisser à Jésus le rôle suprême et décisif. L’Islam croit à la mission de Jésus, mais non pas à sa divinité. Cinq prophètes jusqu’à Mahomet ont paru depuis la création : Adam, Noé, Abraham, Moïse, Jésus, chacun plus grand que son prédécesseur, chacun apportant une révélation plus complète et plus haute que la précédente. Jésus est au-dessus des prophètes de la loi ancienne, mais il est au-dessous des prophètes de la loi nouvelle, celle qu’inaugura Mahomet. Il ne sera donc dans la lutte finale que le serviteur et l’auxiliaire d’un personnage plus auguste : ce personnage est le Mahdi.

Le sens littéral de ce mot de Mahdi n’est point, comme on le dit généralement dans les journaux, Celui qui dirige, sens en effet plus satisfaisant pour un Européen ; Mahdi est le participe passé d’un verbe hadaya, diriger, et signifie Celui qui est dirigé. L’idée fondamentale de l’Islamisme, c’est l’impuissance de l’homme à se diriger lui-même, à trouver la vérité, la voie droite. Par bonheur, Dieu envoie par instants à l’humanité ignorante des hommes en qui il met sa science et à qui il révèle ce qui est et ce qu’il faut faire : ce sont les prophètes. Le prophète, par lui-même, est aussi ignorant, aussi frêle, aussi borné que le reste de ses frères ; mais Dieu lui dicte, fait de lui son porte-paroles, et, s’il est le directeur des hommes, c’est parce que lui-même est seul « le Bien-Dirigé », le dirigé de Dieu, le Mahdi. Le mot de Mahdi n’est donc qu’une épithète qui peut s’appliquer à tout prophète et même à toute créature ; mais, employé comme nom propre, il désigne le Bien-Dirigé entre tous, le Mahdi par excellence, c’est-à-dire le Prophète qui doit clore le drame du monde. De celui-là Jésus ne sera que le vicaire. Jésus viendra égorger l’Antéchrist, massacrer les juifs, convertir à l’islamisme les chrétiens et les idolâtres, et, cela fait, il assistera le Mahdi dans la célébration d’un office suprême, le dernier célébré ici-bas, et répétera docilement la prière que prononce le Mahdi, comme le fidèle dans la mosquée répète les paroles que prononce l’imâm (3), chef de la prière. Alors retentiront les fanfares de la résurrection, et Dieu viendra juger les vivants et les morts (4).

II
FORMATION DE LA THÉORIE DU MAHDI

Le Coran ne parle point du Mahdi. Il semble pourtant bien certain que Mahomet l’avait annoncé, sans que l’on puisse dire au juste l’idée qu’il s’en faisait. Parmi les paroles que lui prête la tradition se trouvent celles-ci : « Quand même le temps n’aurait plus qu’un jour à durer, Dieu suscitera un homme de ma famille qui remplira la terre de justice autant qu’elle est remplie d’iniquité (5). » Autrement dit, le Mahdi serait du sang de Mahomet.

On peut douter que Mahomet lui-même se fût exprimé aussi nettement sur ce point. Il n’avait point de fils et rien n’indique qu’il ait admis dans la prophétie ce principe d’hérédité qui répugne si fort au génie anarchiste de la race arabe. Ni de son vivant, ni en mourant, il n’avait désigné d’héritier. Dieu choisit qui il veut : il n’est pas astreint à faire descendre ses dons avec le sang, et ses faveurs ne sont pas enchaînées au hasard de la génération. Si le prophète disparaît sans avoir légué son manteau au disciple qu’il a distingué, c’est au peuple à reconnaître sur quelles épaules il doit le jeter. La question se posa dès la mort de Mahomet et fut bientôt tranchée. Il ne laissait qu’une fille, Fatimah, qu’il avait donnée à son cousin, le jeune Ali, le premier de ses prosélytes, le plus dévoué et le plus ardent. Tout un parti se forma autour d’Ali ; mais par trois fois il fut écarté, trois fois en vingt-trois ans, la succession du Prophète, le Khalifat, ouverte par la mort, passa à des étrangers : Abou Bekr, Omar, Othman.

Le gendre du prophète parvint enfin au khalifat, mais pour se débattre au milieu de haines féroces sous lesquelles il succomba. Le fils d’un des adversaires les plus acharnés du Prophète, de l’un de ceux qui avaient tenu jusqu’au bout pour la vieille idolâtrie arabe, Moaviah, préfet de Damas, chef de la famille des Oméiades, fonda le khalifat héréditaire sur le cadavre du gendre du Prophète. C’était la revanche du paganisme. Ces khalifes de Damas étaient d’affreux mécréants, qui buvaient le vin sans se cacher, au lieu de le boire en se cachant, comme c’est le devoir d’un pieux musulman. Leur représentant typique était ce Wélid II, qui s’exerçait à la cible sur le Coran en lui disant en vers : « Au jour de la résurrection tu diras au Seigneur : C’est le khalife Wélid qui m’a mis en lambeaux » ; ou cet Abd-el-Melik, qui, à l’instant où il fut salué du titre de khalife, fermait le Coran, qui jusqu’alors ne l’avait jamais quitté, en disant : « Maintenant, il faut nous séparer. » Et pourtant c’est sous les auspices de ces princes à demi idolâtres que l’Islam fit ces merveilleuses conquêtes qui sont encore aujourd’hui l’étonnement de l’histoire, comme la Révolution fit le tour de l’Europe sous la cravache de Napoléon. C’est la loi, qu’un principe nouveau ne triomphe dans le monde que par ceux qui le corrompent et l’exploitent. C’est au moment de ce triomphe des Oméiades que commença à se préciser et à se développer la doctrine du Mahdi au profit des descendants d’Ali.

C’est que dans l’intervalle un événement capital s’était produit : la conquête de la Perse. Cet immense empire qui, pendant quatre siècles, avait tenu tête à Rome et à Byzance, venait de crouler en quelques années, sous le choc de quelques escadrons arabes poussant le cri de : « Dieu est grand », Allah akbar. La résistance nationale fut nulle : les armées de l’État dispersées, le peuple se soumit sans bouger. Bien plus, il adopta en masse la religion nouvelle, bien qu’elle ne fût pas imposée. Car les Arabes des premiers temps, si fanatiques qu’ils fussent, n’offraient point le choix, comme on l’imagine, entre le Coran et le glaive : ils laissaient une troisième alternative, le tribut à payer, et les Khalifes aimaient beaucoup mieux voir les peuples adopter cette dernière alternative, qui avait le grand avantage de remplir les coffres. Les succès du Coran effrayaient leurs ministres des finances et, comme s’en plaignaient les intransigeants de l’Islam, il semblait que Dieu eût envoyé le Prophète, non comme apôtre, mais comme collecteur de taxes.

La Perse se convertit en masse et de plein gré : l’invasion arabe était pour elle une délivrance, en religion comme en politique. Elle avait subi sous les derniers rois nationaux une période d’anarchie épouvantable, et la religion d’État, le zoroastrisme, religion d’une morale très pure et très haute, avait néanmoins inauguré en Orient une chose alors toute nouvelle : l’intolérance. Chargée de pratiques pénibles, de prohibitions vexatoires auxquelles les Sassanides — les premiers souverains qui aient inventé la formule du trône appuyé sur l’autel (6) — prêtaient l’appui du bras séculier, elle avait perdu toute prise sur les esprits ; et comme, d’autre part, elle était aussi hostile que possible à cet esprit d’ascétisme que le peuple aime à voir dans sa religion, même et surtout quand il ne la pratique pas, elle cessait d’être respectée sans cesser d’être lourde : elle ne pouvait plus durer, parce qu’elle ne gênait pas les passions et qu’elle gênait les intérêts.

Aussi, du jour au lendemain, la moitié de la Perse était musulmane, d’un islamisme étrange, il est vrai : l’Islam la dégageait de son culte incommode ; mais elle y transportait une chose à laquelle un pays tient bien plus qu’à sa religion, à ses dogmes et à son culte : elle y transportait en masse toute sa mythologie.

Quand la querelle entre Ali et les Oméiades éclata, la Perse, au fond, était bien peu intéressée dans la querelle : que lui importait qui tenait en main le bâton du khalife, de l’Arabe Ali ou de l’Arabe Moaviah ? Elle devait faire des vœux pour le vaincu, quel qu’il fût : c’était faire des vœux contre le maître. Le sentiment national s’était assez vite redressé. De revenir à l’ancienne religion, on n’y songeait guère : les souvenirs de cette dure et pédantesque discipline étaient encore trop cuisants. On restait musulman ; mais l’Islam est une chose et les Arabes en sont une autre : on voulait bien de l’un ; mais des autres, le moins possible. Ali ayant succombé, Ali avait le droit. Mais, une fois que la Perse fut alide, elle le devint de cœur et pour une raison profonde : c’est qu’Ali, gendre du prophète, c’est que les fils d’Ali, petits-fils du prophète, représentaient, pour un Persan, le principe de l’hérédité, du droit divin.

Or, la constitution persane, depuis des siècles, reposait sur le droit divin, principe commun d’ailleurs à toutes les nations aryennes dans leurs périodes primitives. Les Perses, comme les Indous, comme les Grecs homériques, croyaient que parmi les hommes il existe certaines familles, directement descendues de Dieu, et auxquelles appartient l’empire par le droit de leur nature surhumaine : ces rois, « ces fils de Zeus », comme disaient les Grecs, recevaient, croyait-on en Perse, et se transmettaient par la génération une flamme subtile, sorte d’auréole venue du ciel et qui s’appelait le Farri yazdan, c’est-à-dire « la gloire venue de Dieu ». Le roi était Dieu, fils de Dieu. Sur les inscriptions qui nous restent de ces princes, ils se proclament « divins, de race céleste (7) » ; ils s’intitulent dans leur correspondance « frère du Soleil et de la Lune, homme parmi les dieux, Dieu parmi les hommes (8) » ; ils portaient sur leur couronne une représentation du globe céleste, pour rappeler qu’ils étaient l’axe ou le pôle de l’humanité (9). Pendant quatre siècles, sous les Sassanides, la Perse avait été glorieuse et puissante, parce que le pouvoir était resté dans le sang légitime et divin : ces grands Sassanides eux-mêmes ne s’étaient pas sentis affermis sur le trône qu’ils ne se fussent rattachés d’abord, par-dessus les Parthes et les successeurs d’Alexandre, à la race des Achéménides, héritiers directs des premiers héros mythiques de l’Avesta, Féridoun et Djemchid. La décadence de la Perse avait commencé le jour où l’usurpation avait interrompu la lignée divine. Aussi, pour un Persan croyant à l’Islam, les prétentions et le triomphe des Oméiades, en dehors même de leur indignité religieuse, étaient un renversement monstrueux de la raison et du droit.

Aussi Ali, à peine mort, entra de plain-pied dans la légende et le mythe. Ali, cousin, frère, puis fils d’adoption du Prophète, son premier fidèle et son plus intrépide défenseur ; le guerrier que jamais homme n’avait vaincu, « à la naissance de qui, disait le khalife Abou-Bekr, les plus braves épées étaient rentrées dans le fourreau » ; le Samson des temps nouveaux qui, à l’assaut de Khaibar, avait arraché de ses gonds la porte de la ville et s’en était couvert comme d’un bouclier ; le beau, le noble, le charitable, le généreux, le sage et savant Ali, de qui le prophète avait dit : « Je suis la ville de la science et Ali en est la porte » ; Ali, trois fois dépouillé par l’intrigue de l’héritage de son père et tombant enfin sous le poignard des assassins, devint pour les siens comme une sorte de Christ héroïque et militant (10).

De là le grand schisme qui dès les premiers jours divisa l’Islam. Tandis que la plus grande partie des musulmans, les hommes de la tradition, les Sonnites, révéraient les trois premiers khalifes électifs à l’égal d’Ali, les autres, recrutés principalement parmi les Persans, les maudissaient comme usurpateurs et ne reconnaissaient que le gendre du Prophète pour imâm ou chef légitime : ils formaient la secte des Alides ou imâmiens, c’est-à-dire de ceux qui croient qu’il y a dans tous les temps un imâm impeccable dont l’existence est absolument nécessaire pour maintenir l’ordre de l’univers, qu’il n’y a qu’un imâm légitime dans le monde comme il n’y a qu’un Dieu dans le ciel, et que cette dignité d’imâm est fixée dans la race d’Ali, choisi de Dieu. C’est la secte plus connue en Europe sous le nom que lui ont donné les orthodoxes, de chiites ou sectaires. Le culte d’Ali prit bientôt chez une partie de ses fidèles toutes les allures d’une religion. Il y avait en lui une part de la divinité ; aussi n’était-il point mort, il était monté au ciel ; c’était lui qu’on voyait passer dans l’orage sur les nuées, c’était lui dont on entendait la voix dans le tonnerre et dont on voyait le fouet se tordre dans l’éclair. De son vivant même, dit-on, des hommes l’avaient adoré comme l’incarnation, disant : « Tu es Dieu. » Ali, indigné, et inconscient de sa divinité, leur faisait trancher la tête et les têtes en roulant continuaient à crier : « Ali, tu es Dieu ! (11) »

Ali laissait deux fils de Fatimah, Hasan et Husein ; Hasan fut empoisonné par les Oméiades ; Husein, abandonné dans la lutte par les partisans qui l’avaient appelé, avait été massacré à Kerbela avec toute sa famille, après une résistance héroïque et des scènes d’horreur dont la représentation a donné naissance en Perse à un monotone et admirable théâtre, que nous ont fait connaître les travaux de M. de Gobineau et de M. Chodzko (12) et qui aujourd’hui encore, chaque année, fait pleurer de douleur et de rage le Persan le plus incrédule.

Les Oméiades pouvaient triompher, assiéger et saccager les villes saintes, Médine et la Mecque, pousser les armes de l’Islam jusqu’au delà de l’Oxus et de l’Indus, jusqu’au Caucase, jusqu’aux Pyrénées : ils n’étaient que les maîtres de fait. Il n’y avait de chef légitime, d’imâm, que dans la race d’Ali. Si sombre que fût le présent, d’Ali devait sortir le sauveur futur, le Mahdi, puisqu’avait été confié à Ali le dépôt du sang du Prophète. Les Perses zoroastriens croyaient que le Sauveur, Saoshyant, devait naître du sang de leur prophète, Zoroastre : les Perses convertis n’avaient qu’à changer les noms propres. Ils racontaient qu’un jour Ali avait demandé au Prophète : « Ô prophète de Dieu ! le Mahdi sera-t-il des nôtres ou bien d’une autre famille ? » Et le prophète avait répondu : « Certainement il sera des nôtres. C’est par nous que Dieu doit achever son ouvrage, de même que par nous il l’a commencé (13). »

L’idée du Mahdi, une fois lancée, va faire le tour du monde musulman : nous allons la suivre rapidement chez les Persans, les Berbères, les Turcs, les Égyptiens et les Arabes du Soudan, sans avoir d’ailleurs la prétention de faire défiler devant vous tous les Mahdis qui ont passé un instant sur la scène prophétique, car leur nom s’appellerait Légion.

III
LE MAHDI EN PERSE, PREMIÈRE PÉRIODE
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