L’ ÂME DU MAL


  
Auteur : Chattam Maxime
Ouvrage : .La trilogie du mal : /Tome 1 .L’âme du mal /Tome 2 .In tenebris /Tome 3 .Maléfices
Année : 2002-2003

 

 

La réalité dépasse la fiction.

C’est une maxime qui m’est apparue dans toute sa véracité au cours des deux années de recherche qui m’ont été nécessaires pour l’écriture de ce roman. Deux années d’étude des sciences forensiques Ŕ médecine légale, police technique et scientifique, psychiatrie criminelle… Ŕ et plus particulièrement des tueurs en série. J’ai lu, vu et entendu des choses que même le plus habile des écrivains n’oserait pas mettre dans ses romans, quand bien même la force lénifiante de son style pourrait adoucir les faits. Des actes que j’aurais trouvés grotesques d’horreur si je les avais lus dans un bon livre tant ils auraient semblé impossibles, et pourtant…
Mais par-dessus tout, après ces deux années j’ai découvert que mes parents et que tous les parents du monde avaient menti à leurs enfants : les monstres existent.
Sans faire l’apologie de l’horreur, j’ai tenté d’écrire ce roman en étant le plus près possible de la réalité.
C’est sans doute cela le plus effrayant.

Maxime CHATTAM,
Edgecombe, le 2 avril 2000.

Qui commence dans le mal s’affermit par le mal.
SHAKESPEARE, Macbeth

PROLOGUE
Banlieue de Miami, 1980

Kate Phillips ouvrit la porte du véhicule et laissa Josh descendre. Il tenait à la main une poupée en plastique représentant Captain Futur qu’il serrait contre lui comme s’il s’agissait d’un trésor fabuleux. L’air suffocant du parking les assaillit aussitôt. À n’en pas douter l’été serait de plus en plus torride.
– Viens mon ange, dit Kate en glissant ses lunettes de soleil sur ses cheveux.
Josh sortit en observant la façade du centre commercial. Il aimait beaucoup venir ici, c’était synonyme de plaisir, de rêve tant il y avait de choses agréables à voir. Des jouets par centaines, toutes les gammes représentées sur des mètres et des mètres, du palpable, pas de l’image à la télé ou dans des catalogues. Plus tôt dans la matinée, en entendant sa mère dire qu’elle partait au centre commercial, Josh avait bondi sur l’occasion et s’était imposé à force de gentillesse. À présent que l’établissement se dressait devant lui il sentait l’excitation monter. Peut-être pourrait-il repartir avec un jouet ? Le camion-citerne Majorette qui lui manquait, ou peut-être même une panoplie de Captain Futur ! La journée s’annonçait bien, très bien même. Un nouveau jouet. Ça c’était une idée séduisante ! Encore fallait-il que Kate accepte. Il se tourna vers sa mère pour le lui demander et constata qu’elle vérifiait ses bons de réduction soigneusement découpés dans les journaux et publicités.
– Tu m’achètes un jouet, maman ? demanda-t-il de sa voix fluette de garçon de presque quatre ans.
– Ne commence pas, Josh, et dépêche-toi un peu sinon je ne t’emmène plus avec moi.
Le petit garçon mit sa main en visière comme il avait souvent vu son père le faire et traversa ainsi le parking.
– Quelle chaleur ! lança Kate en se ventilant tant bien que mal de la main. Ne traîne pas, chéri, on va se liquéfier si on tarde trop en plein soleil !

Josh, qui ne voyait pas bien ce que sa mère voulait dire, pressa tout de même le pas et ils entrèrent dans le vaste complexe de boutiques. Des présentoirs à journaux jalonnaient l’allée, partout la nouvelle du boycott américain pour les Jeux olympiques de Moscou faisait la une. On ne parlait plus que de ça. Certains voyaient déjà une crise semblable à celle des missiles cubains se profiler à l’horizon. Mais pour Kate, ce n’étaient là qu’histoires de politiciens. Des magouilles comme disait Stephen, son mari. Mieux valait se tenir à l’écart de tout ça, disait-il, vivre tranquillement dans son coin, faire son boulot à la station-service, s’acharner sur l’écriture d’une pièce de théâtre pendant cinq ans et fumer quelques joints occasionnellement. Mais ne pas faire de politique. Kate approuvait. Elle approuvait beaucoup de choses que disait Stephen, c’était en grande partie la raison pour laquelle elle en était tombée amoureuse.
Elle jeta un dernier coup d’oeil vers les journaux et poursuivit son chemin sans tarder, contraignant Josh à courir à ses côtés pour suivre.
Ils passèrent devant de nombreux rayonnages de produits de plage, qui annonçaient déjà l’arrivée imminente de l’été et de ses cohortes de touristes. Un brouhaha permanent résonnait à travers le vaste hall, les voix de centaines de consommateurs se mêlaient sans discernement.
Kate poussait un Caddie auquel Josh essayait de s’agripper comme l’un de ces gangsters qu’il avait vus à la télé monter sur le marchepied d’une antique voiture. En passant devant la longue allée de jouets, l’enfant tira sur la jupe de sa mère.
-Dis, je voudrais regarder les jouets, maman, je peux, hein, dis, je peux ?
Kate soupira. Les courses étaient toujours pour elle une corvée, déambuler sans fin entre ses rayonnages immenses, tout ça pour choisir un article parmi cent autres quasi identiques… Elle repensa à Stephen qui lui demandait de ne pas oublier de prendre de la glace et la perspective du barbecue de ce midi lui mit du baume au coeur. Les Salinger venaient déjeuner, Dayton et Molly qu’elle n’avait pas revus depuis près de deux ans étaient enfin de retour dans la région. Revigorée à cette idée,

humant déjà le parfum des hamburgers en train de cuire et le plaisir de revoir ses amis d’adolescence, Kate se sentit de bonne humeur.
Josh tira de nouveau sur sa jupe dans l’attente d’une réponse. Elle allait lui reprocher d’insister quand il fit sa moue de petit enfant suppliant.
– S’il te plaît maman, promis, je regarde seulement, je reste ici…
De part et d’autre de l’allée, des chariots défilaient au ralenti comme sur une autoroute saturée aux heures de pointe.
Josh fixait sa mère de son regard implorant.
« Je ne supporte pas quand il me fait cette tête », pensa-t-elle.
N’ayant aucune envie de s’embarquer dans de quelconques réprimandes ou jérémiades qui se solderaient de toute manière par un Josh boudeur pour le reste des courses, Kate haussa les épaules. Elle avait surtout hâte d’être de retour chez elle, de s’installer tranquillement dans le petit jardin, de retrouver ses amis.
« Je pourrais filer entre les rayons plus rapidement et finir la corvée des courses plus vite si je le laisse ici », pensa-t-elle.
-OK, tu peux m’attendre ici, mais je te préviens, tu ne fais pas de bêtises et tu ne bouges pas du rayon jouets. Et je ne t’achète rien, que les choses soient claires.
Josh hocha la tête avec joie sans s’alarmer sur cette dernière phrase. C’était toujours comme ça, mais au final il pourrait peut-être avoir un petit quelque chose, en insistant bien, quand Kate reviendrait avec un Caddie chargé et l’envie de rentrer le plus vite possible. Il commençait déjà à partir vers les figurines en plastique quand sa mère l’appela :
– Hey, super-bonhomme, tu ne fais pas un petit bisou à ta maman ?
Josh revint sur ses pas, un rictus espiègle au coin de la bouche, et embrassa Kate rapidement sur la joue, puis il s’en retourna vers les effigies de ses héros. Kate Phillips, jeune mère d’à peine vingt-trois ans, regarda son fils s’éloigner en souriant.
Elle ne le revit jamais.

Portland, Oregon de nos jours

PREMIÈRE PARTIE

suite…

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777 La chute du Vatican et de Wall Street selon saint Jean


  
Auteur : Jovanovic Pierre
Ouvrage : 777 La chute du Vatican et de Wall Street selon saint Jean
Année : 2009

 

Note au lecteur :
Si le Christ a existé et si les Anges existent
(ce dont je ne doute pas une seule seconde)
alors le Vatican ainsi que Wall Street
pourraient bien vivre ce que la France a connu
après 1789 ; une période de terrible confusion.
J’ai le sentiment d’avoir démêlé les
parties les plus importantes du texte de Jean,
celles qui permettent de comprendre ce que
sont vraiment les trois << bêtes » et pourquoi
il a utilisé le 666 et pas le 555, 444 ou 333.
Les Anges lui ont vraiment montré notre
époque, et Jean a tenté de l’expliquer avec
les mots d’un homme limité par les connaissances
de son siècle, c’est-à-dire l’Âge de fer.
Certes, il reste des zones d’ombre, mais ce
sera peut-être pour un autre livre.
Pierre Jovanovic

Message donné par la Vierge
lors de l’apparition à La Salette
le 19 septembre 1846:

« Rome perdra la foi et deviendra le
siège de l’Antéchrist ( … ) Les démons de
l’Air avec l’Antéchrist feront de grands prodiges
sur la terre et dans les airs »

suite…

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Que faire des banques ? Des mesures immédiates pour aller vers la socialisation


Neuf ans après le début de la crise financière qui continue à produire ses effets délétères à travers des politiques d’austérité imposées aux populations, il est temps de revenir sur les engagements pris à l’époque par les banquiers, financiers, politiques et organismes de contrôle. Ces quatre acteurs ayant gravement failli nous promettaient à l’époque la moralisation du système bancaire, la séparation des banques de détail des banques d’investissement, la fin des bonus et des rémunérations exorbitantes, et enfin le financement de l’économie réelle. Nous ne les croyions pas à l’époque et nous avions raison. En lieu et place de moralisation du système bancaire, nous n’avons qu’une longue liste de malversations révélées au grand jour par les faillites des banques qui se succèdent depuis celle de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

 

Les mots précédés d’un astérisque (*) sont définis dans le glossaire se situant au bas de cet article.

Si on se contente de lister les sauvetages intervenus depuis 2012, on peut mentionner :Dexia en Belgique et en France (2012, 3e sauvetage), Bankia en Espagne (2012),Espirito Santo (2014) et Banif (2015) au Portugal, Laïki et Bank of Cyprus à Chypre (2013), Monte dei Paschi, Banca delle Marche, Banca Popolare dell’Etruria e del Lazio, Carife en Italie (2014-2015), NKBM en Slovénie (2012), SNS Reaal aux Pays-Bas (2013), Hypo Alpe Adriaen Autriche (2014-2015), n’en sont que quelques exemples. Le plus grave est que les pouvoirs publics ont décidé de couvrir les exactions de ces banques en faisant supporter les conséquences des agissements coupables des dirigeants et des actionnaires par la population. La séparation des banques des *banques de dépôt et des *banques d’affaires reste toujours un vœu pieux. La soi-disant réforme bancaire engagée en France en 2012 par Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances, n’aura été qu’une fumisterie. Interrogé le 30 janvier 2013 par Karine Berger, rapporteur de la loi de séparation et de régulation des activités bancaires pour savoir quelle est la part des activités spéculatives concernée par la loi, Frédéric Oudéa, PDG de la Société Générale, déclarait : « Cela représente entre 3 et 5 % de nos activités de BFI, qui représentent elles-mêmes 15 % des revenus totaux de la banque. » Ce qui fait entre 0,5 % et 0,75 % des revenus totaux de la banque. En ce qui concerne les rémunérations des banquiers, le plafonnement de la part variable décidé par le Parlement européen le 16 avril 2013 a eu pour conséquence immédiate… l’augmentation de la part fixe des rémunérations et le recours à une disposition dérogatoire prévue par la loi. Enfin, pour ce qui est du financement de l’économie réelle, les efforts déployés jusqu’à aujourd’hui par les *banques centrales, la *BCE en particulier, se sont révéler impuissants à enclencher un moindre début de reprise de l’économie.

Parce que nous pensons, notamment à la lumière de l’expérience grecque, que les banques sont un enjeu essentiel à tout projet de changement social, nous proposons ci-dessous les mesures immédiates à prendre pour atteindre les six objectifs suivants :

  • 1. Restructurer le secteur bancaire
  • 2. Eradiquer la *spéculation
  • 3. Mettre fin au secret bancaire
  • 4. Réguler le secteur bancaire
  • 5. Financer autrement les dépenses publiques
  • 6. Renforcer les banques publiques

Dans une seconde partie, nous développons nos arguments en faveur de la socialisation du secteur bancaire.


I. MESURES IMMEDIATES


1. Restructurer le secteur bancaire

Réduire radicalement la taille des banques afin de supprimer le risque « trop grande pour faire faillite » que représentent les *banques systémiques |1|.

Séparer les *banques de dépôt et les *banques d’affaires. Les *banques de dépôt seront les seules institutions financières autorisées à collecter des dépôts auprès des épargnants et à bénéficier d’un soutien public (garantie publique des dépôts d’épargne et accès à la *liquidité de la *Banque centrale). Ces *banques de dépôt ne seront autorisées à octroyer des prêts qu’aux particuliers, aux entreprises et aux acteurs publics locaux et nationaux. Il leur sera interdit de mener des activités sur les *marchés financiers. Cela veut dire qu’il leur sera interdit de faire de la *titrisation : les crédits ne peuvent pas être transformés en titres négociables et les *banques de dépôt doivent conserver dans leurs livres de compte jusqu’à leur remboursement définitif les crédits qu’elles ont consentis. La banque qui a consenti un crédit doit en porter le risque.

Les *banques d’affaires ne doivent bénéficier d’aucune garantie publique, en cas de faillite les pertes seront intégralement assumées par le secteur privé, à commencer par les actionnaires (sur l’ensemble de leur patrimoine, voir plus bas).

Interdire les relations de crédit entre *banques de dépôt et *banques d’affaire. D’accord avec Frédéric Lordon pour imposer un véritable ’apartheid’ entre *banque de dépôt et banque d’affaires, une *banque de dépôt ne pourra en aucun cas être impliquée dans une relation de crédit avec une *banque d’affaires |2|.


2. Eradiquer la *spéculation

Interdire la *spéculation. Comme le propose Paul Jorion, il faut interdire la *spéculation.« En France la *spéculation a été autorisée en 1885, en Belgique en 1867. La *spéculation était d’ailleurs définie très clairement par la loi qui visait à « interdire les paris à la hausse ou à la baisse sur des titres financiers ». Avec une telle interdiction, les gens qui la pratiquent seraient en infraction ; qu’ils se trouvent dans une banque X ou Y, cela ne changerait rien » |3|. On peut ajouter que les banques qui spéculent pour le compte de clients ou pour leur propre compte seront condamnées.

L’acquisition par une banque ou une autre institution financière d’un bien matériel (matières premières, aliments, terres, immeubles…) ou d’un titre financier (*actions, *obligations ou tout autre titre financier) dans le but de spéculer sur son prix sera interdite.

Interdire les *produits dérivés. Cela signifie que les banques et autres institutions financières qui veulent se couvrir contre les risques de différents types (risques de change, de taux d’intérêt, de défaut de paiement…), doivent revenir à des contrats d’assurance classiques.

Obliger les *banques d’affaire à demander une autorisation préalable de mise sur le marché de produits financiers. Tout produit financier nouveau (les *produits dérivés ne sont pas concernés ici puisqu’ils sont interdits) devra être soumis aux autorités de contrôle par les *banques d’affaires afin d’obtenir une autorisation avant d’être mis sur le marché.

Séparer les activités de conseil et les *activités de marché. D’accord également avec l’économiste belge Eric de Keuleneer qui propose de séparer les activités de conseil et les *activités de marché : « Il est en effet anormal que des banques prennent des risques de placement de titres, et conseillent leurs clients quant à la qualité de ces titres, ou soient actuellement en mesure de spéculer sur l’or, tout en conseillant de façon « désintéressée » à leurs clients d’acheter de l’or. » Pour cela il propose de recréer la fonction de courtage.

Interdire le *trading de haute fréquence et le *shadow banking. Limiter strictement ce qui peut être mis dans le *hors-bilan |4|. Interdire les *ventes à découvert et les *ventes à nu.


3. Mettre fin au secret bancaire

Interdire les *marchés financiers de *gré à gré. Toutes les transactions sur les *marchés financiers doivent être enregistrées, traçables, réglementées et contrôlées. Jusqu’ici, les principaux *marchés financiers sont de *gré à gré, c’est-à-dire qu’ils ne sont soumis à aucun contrôle : il s’agit du marché des changes (5 300 milliards de dollars chaque jour) |5|, du marché des *dérivés, du marché des matières premières et des produits agricoles |6|…

Mettre fin au secret bancaire. Les banques doivent avoir l’obligation de communiquer toutes les informations sur leurs responsables, leurs différentes entités, leurs clients, les activités qu’elles exercent et les transactions qu’elles réalisent pour le compte de leurs clients et pour elles-mêmes. De même, les comptes des banques doivent également être lisibles et compréhensibles. La levée du secret bancaire doit devenir un impératif démocratique minimal pour tous les pays.

Concrètement cela signifie que les banques doivent tenir à la disposition de l’administration fiscale :
- une liste nominative des bénéficiaires d’intérêts, de dividendes, de plus-values et autres revenus financiers ;
- les informations sur les ouvertures, les modifications et les fermetures de comptes bancaires en vue d’établir un répertoire national des comptes bancaires ;
- toutes les informations sur les entrées et sorties de capitaux avec en particulier l’identification du donneur d’ordre.

Interdire les transactions avec les paradis fiscaux. Il faut interdire aux banques toute transaction avec un *paradis fiscal. Le non-respect de l’interdiction doit être assorti de sanctions très lourdes (pouvant aller jusqu’au retrait de la licence bancaire) et du paiement de lourdes amendes.


4. Réguler le secteur bancaire

Exiger des banques une augmentation radicale du volume de leurs *fonds propresen rapport avec le total du *bilan |7|. Alors que les *fonds propres sont en général inférieurs à 5 % du *bilan de la banque, nous sommes favorables à porter leur minimum légal à 20 %.

Interdire la socialisation des pertes des banques et des autres institutions financières privées. Il s’agit d’interdire aux pouvoirs publics de mettre à la charge des finances publiques des dettes privées.

Restaurer la responsabilité illimitée des grands actionnaires en cas de faillite. Le coût de la faillite doit pouvoir être récupéré sur l’ensemble du patrimoine des grands actionnaires (personnes physiques ou entreprises/personne morale).
En cas de faillite, les clients de la *banque de dépôt doivent continuer à bénéficier d’une garantie d’État pour leurs dépôts, limitée au montant raisonnable d’épargne d’un ménage moyen-supérieur (estimé aujourd’hui à 150 000 euros, montant à soumettre au débat démocratique).

Taxer fortement les banques. Les bénéfices des banques doivent être soumis strictement aux dispositions légales en matière d’imposition des sociétés. En effet actuellement le taux effectivement payé est très nettement inférieur au taux légal lui-même largement insuffisant. Les transactions bancaires sur les devises |8| et sur les titres financiers doivent être taxées. Les dettes bancaires à court terme doivent être taxées afin de favoriser le financement à long terme.

Poursuivre systématiquement les dirigeants responsables de délits et de crimes financiers et retirer la licence bancaire aux institutions qui ne respectent pas les interdictions et se rendent coupables de malversations.

Sauver les banques d’une autre manière. Outre les dispositions mentionnées plus haut : responsabilité illimitée des grands actionnaires (sur leur patrimoine global), garantie des dépôts jusque 150 000 euros, interdiction de mettre des dettes privées à la charge des finances publiques, il s’agit de créer un mécanisme de mise en faillite ordonnée des banques avec la création de deux structures : une banque de défaisance privée (à charge des actionnaires privés et sans aucun coût pour les pouvoirs publics) et une banque publique vers laquelle sont transférés les dépôts ainsi que les actifs sains. Certaines expériences récentes peuvent servir de source d’inspiration, notamment l’expérience islandaise engagée depuis 2008 |9|.


5. Financer autrement la dette publique

Imposer aux banques privées la détention d’un quota de titres de la dette publique.

Donner pour mission nouvelle à la *Banque centrale d’octroyer des prêts à taux zéro aux pouvoirs publics. A l’inverse de ce qui est pratiqué par la *BCE du fait des traités européens, la *banque centrale serait en capacité de permettre un financement à taux zéro de l’État et de l’ensemble des structures publiques (collectivités, hôpitaux, organisme de logement social, etc.) afin de mener des politiques socialement justes inscrites dans la transition écologique.


6. Renforcer les banques publiques existantes 
et en recréer dans les pays où elles ont été privatisées (bien sûr en les soumettant comme toutes les autres banques aux mesures concrètes mentionnées plus haut). En France, s’est mis en place en 2012 un collectif « Pour un Pôle Public Financier au service des Droits ! » |10| favorable à la création d’un pôle public bancaire. Mais le grave inconvénient de ce projet est qu’il ne va pas au fond des choses car il laisse subsister, à côté d’un pôle public insignifiant, des banques privées et un pôle mutualiste qui n’a de mutualiste que le nom. Dans le cas de la Belgique où le gouvernement a privatisé les dernières banques publiques dans les années 1990, l’État a racheté en 2011, la « partie » banque de Dexia et en est actionnaire à 100 %. Dexia Banque est devenue Belfius et garde un statut privé. Il faut que Belfius devienne une véritable banque publique et qu’on y mette en pratique les mesures concrètes formulées plus haut. Le montant payé par l’État s’élève à 4 milliards d’euros, ce que la commission européenne a considéré elle-même comme tout à fait exagéré. Ce qu’il aurait fallu faire : Belfius aurait dû être constituée sans coût pour les finances publiques comme institution bancaire publique bénéficiant des dépôts des clients chez Dexia Banque et de tous les actifs sains. Cette banque aurait dû être mise sous contrôle citoyen. Les conditions de travail, l’emploi et les revenus du personnel auraient dû être garantis tandis que les rémunérations des dirigeants auraient dû être nettement réduites. Il fallait interdire aux administrateurs et directeurs d’avoir un mandat dans une institution privée. Les dirigeants de Dexia auraient dû être poursuivis en justice par le ministère public pour les différents délits qu’ils ont commis. Le rapport d’information du Sénat n° 58 sur la Société de financement local évalue à environ 20 milliards d’euros (13 milliards pour la France dont 6,6 milliards affectés à la recapitalisation et le reste à la prise en charge d’une partie des indemnités de remboursement anticipé des emprunts toxiques ; 6,9 milliards d’euros pour la Belgique, correspondant à la nationalisation de Dexia Bank Belgique et à la recapitalisation de Dexia) le coût de la faillite de Dexia à cette date. Le 1er février 2013, la France a créé une structure à 100 % publique (avec l’État à 75 %, le CDC à 20 % et la Banque postale à 5 %) afin de procéder à l’acquisition à 100 % de la société de crédit foncier Dexia Municipal Agency (filiale de Dexia Crédit Local) qui est devenue la Caisse Française de Financement Local (CAFFIL).


II. POUR LA SOCIALISATION DU SECTEUR BANCAIRE

La mise en pratique des mesures concrètes qui sont mentionnées plus haut constituerait une avancée dans la résolution de la crise du secteur bancaire mais le secteur privé continuerait à occuper une position dominante.

Il faut aller plus loin que les mesures immédiates proposées.

Ce que démontre l’expérience des dernières années, c’est qu’on ne peut pas laisser les banques aux mains des capitalistes. Si, par la mobilisation sociale, on arrive à faire appliquer les mesures présentées plus haut (qui sont soumises à la discussion afin de les améliorer et compléter), les capitalistes chercheront par tous les moyens à récupérer une partie du terrain perdu, ils multiplieront les activités leur permettant de contourner les réglementations, ils utiliseront leurs puissants moyens financiers pour acheter l’appui de législateurs et de gouvernants afin de déréglementer à nouveau et d’augmenter au maximum leurs profits sans prise en compte de l’intérêt de la majorité de la population.


Il faut la socialisation du secteur bancaire sous contrôle citoyen

Parce que les capitalistes ont démontré à quel point ils étaient capables de commettre des délits et de prendre des risques (dont ils refusent d’assumer les conséquences) dans le seul but d’augmenter leurs profits, parce que leurs activités entraînent périodiquement un lourd coût pour la société, parce que la société que nous voulons construire doit être guidée par la recherche du bien commun, de la justice sociale et de la reconstitution d’une relation équilibrée entre les humains et les autres composantes de la nature, il faut socialiser le secteur bancaire. Comme le propose Frédéric Lordon, il s’agit de réaliser « une déprivatisation intégrale du secteur bancaire » |11|. La socialisation de l’intégralité du secteur bancaire est préconisée par le syndicat Sud BPCE |12|.

Socialiser le secteur bancaire signifie :

- l’expropriation sans indemnité (ou avec comme seule indemnité l’euro symbolique) des grands actionnaires (les petits actionnaires seront indemnisés) ;

- l’octroi au secteur public du monopole de l’activité bancaire à une exception près : l’existence d’un secteur bancaire coopératif de petite taille (soumis aux mêmes règles fondamentales que le secteur public).

- la création d’un service public de l’épargne, du crédit et de l’investissement, doublement structuré : un réseau de petites implantations proches des citoyens, d’une part, et, d’autre part, des agences spécialisées en charge des activités de gestion de fonds et de financement d’investissements non assurés par les ministères en charge de la santé publique, de l’éducation nationale, de l’énergie, des transports publics, des retraites, de la transition écologique, etc. Ces ministères devront être dotés du budget nécessaire aux financements des investissements relevant de leurs attributions. Les agences spécialisées quant à elles interviendraient dans des domaines et des activités excédant les compétences et les sphères d’action de ces ministères et ce afin d’assurer le bouclage d’ensemble.

- la définition avec participation citoyenne d’une charte sur les objectifs à atteindre et sur les missions à poursuivre, qui mette le service public de l’épargne, du crédit et de l’investissement au service des priorités définies selon un processus de planification démocratique ;

- la transparence (de la comptabilité) des comptes qui doivent être présentés au public de manière compréhensible.

Le mot « socialisation » est utilisé de préférence à celui de « nationalisation » ou « étatisation » pour indiquer clairement à quel point est essentiel le contrôle citoyen avec un partage de décision entre les dirigeants, les représentants des salariés, des clients, d’associations, les élus locaux et les représentants des instances bancaires publiques nationales et régionales. Il faut donc définir de manière démocratique l’exercice d’un contrôle citoyen actif. De même, il faut encourager l’exercice d’un contrôle des activités de la banque par les travailleurs du secteur bancaire et leur participation active à l’organisation du travail. Il faut que les directions des banques remettent annuellement un rapport public sur leur gestion. Il faut privilégier un service de proximité et de qualité rompant avec les politiques d’externalisation menées actuellement. Il faut encourager le personnel des établissements financiers à assurer à la clientèle un authentique service de conseil et rompre avec les politiques commerciales agressives de vente forcée.

La socialisation du secteur bancaire et son intégration aux services publics permettront :
- de soustraire les citoyens et les pouvoirs publics de l’emprise des *marchés financiers ;
- de financer les projets des citoyens et des pouvoirs publics ;
- de dédier l’activité bancaire au bien commun avec entre autres missions celle de faciliter la transition d’une économie capitaliste, productiviste à une économie sociale et écologique.

Parce que nous considérons que l’épargne, le crédit, la sécurité des encaisses monétaires et la préservation de l’intégrité des systèmes de paiement relève de l’intérêt général, nous préconisons la création d’un service public bancaire par la socialisation de la totalité des entreprises du secteur bancaire et de l’assurance.

Parce que les banques sont aujourd’hui un outil essentiel du système capitaliste et d’un mode de production qui saccage la planète, génère un inégal partage des ressources, sème les guerres et la paupérisation, rogne chaque jour davantage les droits sociaux et attaque les institutions et les pratiques démocratiques, il est essentiel d’en prendre le contrôle et d’en faire des outils au service de la collectivité.

La socialisation du secteur bancaire ne peut être envisagée comme un slogan ou une revendication qui se suffirait en elle-même et que les décideurs appliqueraient après en avoir saisi le bon sens. Elle doit être conçue comme un objectif politique à atteindre par un processus porté par une dynamique citoyenne. Il faut non seulement que les mouvements sociaux organisés existants (dont les syndicats) en fassent une priorité de leur agenda et que les différents secteurs (collectivités locales, petites et moyennes entreprises, associations de consommateurs, etc.) se positionnent en ce sens, mais aussi – et surtout – que les employé.e.s de banque soient sensibilisé.e.s au rôle de leur métier et à l’intérêt qu’ils auraient à voir les banques socialisées ; que les usagers soient informés là où ils se trouvent (exemple : occupations d’agences bancaires partout le même jour) afin de participer directement à la définition de ce que doit être la banque.

Seules des mobilisations de très grande ampleur peuvent garantir que la socialisation du secteur bancaire soit réalisée en pratique car cette mesure touche au cœur le système capitaliste. Si un gouvernement de gauche ne prend pas une telle mesure son action ne pourra pas véritablement provoquer le changement radical pour rompre avec la logique du système et enclencher un nouveau processus d’émancipation.

La socialisation du secteur bancaire et des assurances doit faire partie d’un programme bien plus vaste de mesures complémentaires permettant d’enclencher une transition vers un modèle post-capitaliste et post-productiviste. Un tel programme, qui devrait avoir une dimension européenne tout en commençant à être mis en pratique dans un ou plusieurs pays, comprendrait notamment l’abandon des politiques d’austérité, l’annulation des dettes illégitimes, la mise en place d’une réforme fiscale d’ensemble avec une forte imposition du capital, la réduction généralisée du temps de travail avec embauches compensatoires et maintien du salaire, la socialisation du secteur de l’énergie, des mesures pour assurer l’égalité hommes-femmes, le développement des services publics et de la protection sociale et la mise en place d’une politique déterminée de transition écologique.

Aujourd’hui, la socialisation de l’intégralité du système bancaire est bien une urgente nécessité économique, sociale, politique et démocratique.


GLOSSAIRE :


ACTION
 : Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.


ACTIVITES DE MARCHE / TRADING
 : opération d’achat et de vente de produits financiers (actions, futures, produits dérivés, options, warrants, etc.) réalisée dans l’espoir d’en tirer un profit à court terme.


BANQUE CENTRALE
 : Établissement qui, dans un Etat, est chargé en général de l’émission des billets de banque et du contrôle du volume de la monnaie et du crédit. En France, c’est la Banque de France qui assume ce rôle sous le contrôle de la Banque centrale européenne.


BCE
 : La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matière monétaire et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans ladite zone. Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.


BANQUE D’AFFAIRES ou BANQUE D’INVESTISSEMENT
 : Société financière dont l’activité consiste à effectuer trois types d’opérations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d’entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, émissions d’emprunts obligataires) et des placements sur les marchés avec des prises de risque souvent excessives et mal contrôlées. Une banque d’affaires ne collecte pas de fonds auprès du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les marchés financiers.


BANQUE DE DÉPÔT ou BANQUE COMMERCIALE
 : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’Etat. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.


BANQUES SYSTÉMIQUES
 : Ces banques sont dites systémiques du fait de leur poids et du danger que la faillite de l’une d’entre elles représenterait pour le système financier privé au niveau international.


BILAN
 : ‘photo’ de fin d’année des actifs (ce que la société possède) et passifs (ce que la société doit) d’une société. Autrement dit, les actifs du bilan donnent des informations sur l’utilisation des fonds collectés par la société. Les passifs du bilan informent sur l’origine des fonds collectés.
Dans le cas du bilan d’une banque, on retrouve au passif : le capital (les actions propres), les dépôts des clients, les réserves (bénéfices passés non dépensés) et la dette (notamment ce que la banque a emprunté auprès d’autres institutions). A l’actif, on retrouve les prêts (que la banques à octroyés aux particuliers, aux entreprises), lescréances bancaires (prêts octroyés aux autres banques) et le porte¬feuille financier (actions, titres émis par d’autres sociétés et acheté par la banque).


COURTIERS
 : Une société de courtage ou courtier est une entreprise ou une personne qui sert d’intermédiaire pour une opération, le plus souvent financière, entre deux parties.


FONDS PROPRES
 : Capitaux apportés ou laissés par les associés à la disposition d’une entreprise. Une distinction doit être faite entre les fonds propres au sens strict appelés aussi capitaux propres (ou capital dur) et les fonds propres au sens élargi qui comprennent aussi des dettes subordonnées à durée illimitée.


HORS BILAN
 : Le hors bilan assure le suivi comptable des activités qui n’impliquent pas un décaissement ou un encaissement de la part d’une entreprise ou d’une banque mais qui fait courir à celle-ci un certain nombre de risques. Il s’agit régulièrement de contrats en cours d’exécution qui n’ont pas fait l’objet d’un paiement. Les activités enregistrées dans le hors bilan bancaire sont pour l’essentiel les engagements par signature, les opérations de change et les opérations sur dérivés.


LIQUIDITÉS
 : Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.


MARCHÉ DE GRÉ À GRÉ
 : Un marché de gré à gré ou over-the-counter (OTC) en anglais (hors Bourse) est un marché non régulé sur lequel les transactions sont conclues directement entre le vendeur et l’acheteur, à la différence de ce qui se passe sur un marché dit organisé ou réglementé avec une autorité de contrôle, comme la Bourse par exemple.

MARCHÉ FINANCIER
 : Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. A côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.


OBLIGATIONS
 : Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.


PARADIS FISCAL
 : Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants : (a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ; (b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ; (c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ; (d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ; (e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière. La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.


PRODUITS DÉRIVÉS
 : Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous liés à d’autres actifs (actions, obligations, matières premières, taux d’intérêt, indices,..) dont ils sont par construction inséparables : option sur une action, contrat à terme sur un indice, etc. Leur valeur dépend et dérive de celle de ces autres actifs. l existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…).


SHADOW BANKING
(la banque de l’ombre ou la banque parallèle) : Les activités financières du shadow banking sont principalement réalisées pour le compte des grandes banques par des sociétés financières créées par elles. Ces sociétés financières (SPV,money market funds,…) ne reçoivent pas de dépôts ce qui leur permet de ne pas être soumises à la réglementation et à la régulation bancaires. Elles sont donc utilisées par les grandes banques afin d’échapper aux réglementations nationales ou internationales, notamment à celles du comité de Bâle sur les fonds propres et les ratios prudentiels. Le shadow banking est le complément ou le corollaire de la banque universelle.


SPÉCULATION
 : Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.


TITRISATION
 : Technique financière qui permet à une banque de transformer en titres négociables des actifs illiquides, c’est-à-dire qui ne sont pas (ou pas facilement) vendables. Initialement, cette technique a été utilisée par les établissements de crédit dans le but de refinancer une partie de leurs prêts à la clientèle. Les prêts sont cédés à un véhicule juridique qui émet en contrepartie des titres (généralement des obligations) placés sur les marchés financiers. Avec la titrisation, les risques afférents à ces crédits sont transférés des banques aux acheteurs. Cette pratique s’étend aujourd’hui à d’autres types d’actifs et d’acteurs (portefeuilles d’assurances, immobilier, créances commerciales).


TRADING À HAUTE FRÉQUENCE
 : (de l’anglais high-frequency trading), exécution à grande vitesse de transactions financières faites par des algorithmes informatiques. Ces opérateurs virtuels de marché peuvent ainsi exécuter des opérations sur les marchés financiers — les bourses — en quelques microsecondes.


VENTE A DECOUVERT
 : (short selling en anglais). La vente à découvert consiste à vendre à terme un actif que l’on ne détient pas le jour où cette vente est négociée mais qu’on se met en mesure de détenir le jour où sa livraison est prévue. L’actif vendu à découvert est généralement un titre, mais on peut aussi vendre des devises ou des matières premières à découvert. Si la valeur de l’actif baisse après la vente à découvert, le vendeur peut le racheter au comptant et dégager une plus-value. Le gain potentiel est limité à la valeur de l’actif. Si, à l’inverse, elle monte, le vendeur s’expose à un risque de perte illimitée, tandis qu’un acheteur ne peut pas perdre plus que sa mise de fonds.


VENTE A DECOUVERT A NU
 : dans ce cas, l’acheteur n’emprunte rien : il se contente de vendre à terme des titres qu’il ne possède pas encore. Il parie alors sur la baisse du cours de ce titre, pour pouvoir l’acheter à moins cher que ce qu’il a promis de le vendre. Pratiquée massivement, cette technique peut provoquer la baisse des cours que souhaitent les vendeurs.

Les auteurs :
- Michel Husson, économiste, auteur de Le capitalisme en 10 leçons, La Découverte, Paris, 2012.
- Patrick Saurin, porte-parole du syndicat Sud Solidaires de la Banque Populaire – Caisse d’Epargne (BPCE).
- Stavros Tombazos, professeur d’économie politique à l’université de Chypre.
- Eric Toussaint, porte-parole du CADTM, auteur de Bancocratie, Editions ADEN, Bruxelles, 2014.
- Miguel Urban, PODEMOS, membre du Parlement européen

Notes

|1| Philippe Lamberts, eurodéputé Vert, propose un maximum de 100 milliards de dollars d’actifs.« A titre de comparaison, le total de l’actif* de BNP Paribas et de Deutsche Bank en 2011 était respectivement de 2 164 milliards d’euros et 1 965 milliards d’euros. »http://www.philippelamberts.eu/les-7-peches-capitaux-des-banques/ Nous pensons que la taille maximale doit être nettement plus réduite en particulier dans des petits pays. En effet 100 milliards d’euros, c’est un multiple du PIB de Chypre, c’est plus d’un quart du PIB de la Belgique.

|2| http://blog.mondediplo.net/2013-02-18-La-regulation-bancaire-au-pistolet-a-bouchon

|3| Paul Jorion dans Financité, novembre 2013.

|4| Par exemple, limiter le *hors-bilan aux garanties et aux engagements par signature. C’est donc à discuter.

|5| Voir Eric Toussaint, « Comment les grandes banques manipulent le marché des devises », publié par Le Monde.fr le 13 mars 2014 et repris sur http://cadtm.org/Comment-les-grandes-banques

|6| Eric Toussaint, « Les banques spéculent sur les matières premières et les aliments », 10 février 2014 http://cadtm.org/Les-banques-speculent-sur-les

|7| Ce qui veut dire abandonner le système de pondération des actifs par le risque, un dispositif particulièrement peu fiable puisque cette pondération est laissée à la seule initiative des banques. Pour une explication du système de pondération des actifs par le risque, voir http://cadtm.org/Les-banques-bluffent-en-toute

|8| Eric Toussaint, « Il faut imposer une véritable taxe Tobin au lobby bancaire », opinion publiée par le quotidien L’Humanité le 25 février 2014 et reprise sur http://cadtm.org/Il-faut-imposer-une-veritable-taxe

|9| Interview d’Eva Joly par Renaud Vivien, « En Islande, les responsables du naufrage bancaire n’ont pas pu acheter leur procès », http://cadtm.org/En-Islande-les-responsables-du

|10| Voir son site : http://pourunpolepublicfinancier.org/. Le pôle public promu par le collectif regrouperait des institutions financières publiques (Banque de France, Caisse des Dépôts et ses filiales financières, OSEO, Société des participations de l’État, Banque Postale, UbiFrance, Agence française de développement, Institut d’émission des départements d’Outre-Mer, CNP Assurance), ou dont l’activité relève d’une mission de service public (Crédit foncier, Coface). En ferait partie toute banque ou société d’assurance dans laquelle l’État viendrait à prendre une participation majoritaire ou à laquelle seraient attribuées des missions de service public. En Belgique, un site créé par le PTB est dédié à la promotion de la nécessité d’une banque publique :http://www.banquepublique.be/

|11| Frédéric Lordon, « L’effarante passivité de la « re-régulation financière » », in Changer d’économie, les économistes atterrés, Les liens qui libèrent, 2011, p. 242.

|12| Voir notamment les liens : http://www.sudbpce.com/files/2013/01/2012-projet-bancaire-alternatif-definitif.pdf ; http://cadtm.org/IMG/pdf/PLAQUETTE_BANQUES_SUD_BPCE.pdf ;http://cadtm.org/Socialiser-le-systeme-bancaire

Source : CADTM

– See more at: http://www.investigaction.net/que-faire-des-banques-des-mesures-immediates-pour-aller-vers-la-socialisation/#sthash.aZTfWIjH.dpuf

GUERILLA LE JOUR OÙ TOUT S’EMBRASA – Roman


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Auteur : Obertone Laurent
Ouvrage : Guerilla Le jour où tout s’embrasa
Année : 2016

1

Que le ciel s’obscurcisse et tu seras seul. — Ovide

LA COURNEUVE, 17 H.

Dans ce trou vivaient des hommes.

Des barbares, comme ils s’appelaient eux-mêmes.
Cette cité était leur territoire. Un quartier redoutable, le plus
craint de la ville, et peut-être du pays. En arrivant ici, en jetant un
oeil vers le haut de ces tours, le flic s’était dit qu’il devait s’y
passer bien des choses sales.
Ce jour-là, il avait l’impression de respirer du vide. Il y avait
quelque chose de lent et de lourd dans cette atmosphère de soir et
de ville. Quelque chose de final.
Il savait depuis le début que ça finirait mal.
Il le savait, bien avant d’être ici.
Le vent brassait des odeurs de chanvre, de pétrole, d’éthanol et
d’urine. Ce calme inhabituel avait quelque chose d’accablant.
C’était comme si l’espace et le temps se comprimaient.
Ils n’étaient que trois, et un chien, mais ce n’était pas une heure

à risque. Il faisait chaud. Il y avait ce chat, galeux au dernier degré,
blotti contre une poubelle de broches de kebab avariées. Il y avait
ce type édenté, assis sur un carton, défoncé à l’acétone. Il y avait
ces barbus, devant leur supérette, qui parlaient à haute voix de
convertis. Quelques passants, quelques guetteurs endormis. Un
bruit de moto, des pneus qui crient.
Comment un chat pouvait survivre ici ?
Les trois policiers longeaient prudemment les tours, en se
méfiant des airs, en surveillant leurs arrières. Ni cris, ni
projectiles. Jusqu’ici, tout allait pour le mieux dans le pire des
mondes.
Puis ils sont entrés dans le bloc.
Et en posant le pied ici, dans ce petit local sordide, ils ont vu
ces dix furieux, bâtis par la tôle et la haine, qui se shootaient là. Ils
ont vu leurs yeux de camés, tous défoncés à la colle et aux sels.
Avant même qu’il n’ait le temps de parler, le brigadier était
encerclé, menacé, insulté.
Comme toujours, lui se tenait derrière, en couverture, la main
sur la crosse d’une arme qu’il n’avait jamais osé sortir. Il
regardait, à la lueur indécise de cette ampoule vacillante, le
brigadier faire face, tenter d’exister. Sa jeune collègue crevait de
trouille, à en pisser sous elle. Il regardait leur chien, qu’elle
retenait à peine, un malinois, gueule noire et robe feu, aboyant sa
fureur.
Derrière eux il n’y avait plus que lui, son surmoi officiel, inerte
et discipliné, et il y avait cette chose, dangereuse et pas tout à fait
soumise, installée tout au fond de lui-même, qui rêvait de sortir le
flingue et de tirer dans le tas.
Pourquoi étaient-ils là, déjà ?

À une heure de la fin du service, une putain de descente dans le
bloc le plus chaud de la cité, parce que ce connard de brigadier
s’était cru obligé de voler au secours de cette femme, habitant soidisant
au septième, qui avait appelé pour se dire en danger de mort,
et dont on ne savait rien. Le brigadier avait demandé à l’autre
équipage d’attendre à deux blocs d’ici, pour surveiller les voitures,
pour ne pas que ça ressemble à une descente, c’est-à-dire, en
langage d’ici, à une « provocation ». Et maintenant pour les beaux
yeux d’un fantôme ils étaient là, encerclés par des barbares, qui
rêvaient de les saigner.
Qui taperait le premier ? Le type au jogging blanc, à la gauche
du brigadier. Le flic voyait son silence, ses yeux mauvais, sa
volonté de se faire oublier dans un angle mort. Le brigadier parlait,
fixant le plus costaud, parlait comme si tout allait bien, pour sauver
le fil de la parole comme le premier feu des premiers hommes.
Il semblait croire qu’ici-bas le langage pouvait encore faire
échec au crime.
Une femme, voilée, entra avec le silence, comme un présage.
Elle regarda les policiers, comme elle aurait regardé Satan dans sa
mosquée. L’ange des cités passa, la confrontation reprit. C’était une
question de territoire et d’honneur, et au bout de l’escalade il y
aurait la mort ou la bavure, ce qui revenait au même.
« Les caïds ne sont que des grandes gueules. »
C’est ce que se disaient les flics, chaque soir entre collègues,
en buvant un verre.
Mais ils étaient hommes et au fond d’eux tous ils savaient. Ces
gars-là n’étaient pas faits du même bois. Et là, maintenant, lui avait
peur et lui trouvait ça surhumain d’avoir une gueule aussi grande.
Ils étaient animaux, blocs de pulsions et de haine, des chiens
d’attaque prêts à rompre leurs laisses, et à broyer des visages.

Il aurait voulu avoir le dixième de leur rage. Pourquoi avait-il
si peur ?
On bouscula le brigadier.
Ça y était.
S’il réagit, il meurt. S’il ne réagit pas, il est mort.
Massive décharge d’adrénaline. Il voulut que tout dégénère, là,
maintenant, tout de suite, pour pouvoir liquider cette tension,
s’expurger de son abjecte discipline à coups de matraque
réglementaire, en priant pour perdre connaissance au plus vite.
La bête des entrailles préparait son putsch.
Mais toujours, ce putain de surmoi officiel, qui lui interdisait
de dégainer le Sig Sauer.
L’homme au jogging blanc était sorti de l’ombre pour décocher
au brigadier le plus terrible coup de poing qu’il ait jamais entendu.
Le bruit mat des phalanges percutant la chair avait résonné dans
toute la cage. Le seul gradé vivant dans les dix barres d’immeubles
à la ronde s’était effondré comme un poids mort. Aussitôt les autres
s’étaient rués, s’acharnant à grands coups de talon et de pied. Lui,
il avait gueulé des ordres convaincants, du genre « non ! »,
« calmez-vous ! », « reculez ! », et n’avait pu s’empêcher d’ajouter
« police ! », comme s’il ne s’agissait que d’un énorme malentendu.
Sa jeune collègue, qui jusque-là s’accrochait à la laisse du chien
comme une alpiniste à sa dernière corde, hurla quelque chose et
laissa le malinois faire son travail.
D’abord remarquable d’efficacité, le carnivore trouva sa limite
quand une machette vint se ficher entre ses vertèbres. Sur le
brigadier pleuvait un déluge de coups. Adossée au mur, la fliquette
hurlait de terreur. Il avait vu une ombre brandir une pelle.
Alors la bête des entrailles avait parlé.

Alors le Sig avait craché l’horreur.
Un, deux, trois.
Au ralenti ils étaient tombés comme des pétales de cerisier.
Quatre, cinq.
Et l’autre, qui leva les mains, terrifié.
Six.
INCIDENT, subst. masc.
Petit événement fortuit et imprévisible, qui survient et modifie
le déroulement attendu et normal des choses, le cours d’une
entreprise, en provoquant une interruption ressentie le plus
souvent comme fâcheuse.
Longtemps, le flic resta en position de tir, l’instinct dans les
yeux et la mort au bout du poing. Le bruit des douilles. L’odeur du
sang. Le nuage de poudre. Et le silence, enfin. Les plus chanceux
avaient fui. Il avait arraché sa collègue au mur, l’avait secouée,
poussée dehors. Il était trop tard pour le brigadier.
L’arme à la main il avait couru le long des tours, sur une
pelouse jonchée d’immondices, en traînant par le bras sa collègue
au bord de l’inconscience, sous ces centaines de balcons et ces
milliers de vitres, sous les yeux noirs de la zone grise. Il avait sur
la main des éclats de sang et de poudre. Aux fenêtres, dans leur
dos, ça criait. Il ne lui restait plus qu’un chargeur. Le regard
halluciné, ils couraient, ils couraient à vomir du sang. Leur voiture
et l’autre équipage étaient à deux blocs de là. Il en avait tué au
moins deux, peut-être trois, peut-être plus. Sa vie était foutue. Le
long du bloc sud, il regarda en arrière, prêt à tirer encore. Il ne vit
personne. Il repensa à celui qui avait tapé le premier, celui au

jogging blanc, touché trois fois, qui rampait dans son sang sur les
coudes, les jambes raides, le maudissant d’une voix au poumon
percé.
S’il survivait aux enquêtes internes, il ne leur échapperait pas,
à eux.
Eux… La gardienne de leur bloc, qui avait cru entendre des
pétards, qui ne les supportait plus, avait déverrouillé sa porte en
râlant. Habituée au chahut, consumée par le réel, elle était, comme
toutes les concierges, dépressive, et membre d’une association de
défense des animaux. Quand elle poussa la porte du hall et qu’elle
vit le sang et les cadavres, il ne se passa rien.
Quand elle vit les morceaux de chien, elle hurla à désarmer les
murs.
Dans son cagibi grillagé, elle s’enferma, prévint la police,
après quoi appela BFM TV, puis la SPA.
Le flic n’arrivait plus à se trouver d’excuses. Dix années qu’il
le redoutait, tous les jours, de la première heure de son service à
cette cage d’escalier. Et c’était arrivé. Pourquoi avait-il continué ?
Pourquoi avoir enduré cette angoisse, l’alcool, les injures, les
humiliations ? Pourquoi mener une telle vie, qui tôt ou tard se
terminerait dans un fragment de folie, à l’ombre d’une cage
d’escalier ?
La femme, les enfants, les collègues, le devoir… L’espoir.
Autrement dit, la naïveté, l’attente, la figuration, la sainte
obéissance en la marche des choses. Il se sentait sale. Il se targuait
d’être éveillé, d’avoir tiré toutes les conséquences de la réalité,
mais devait porter comme sa croix la plus douloureuse d’entre
elles : lui et ses collègues privaient la France de révolution. Ils
étaient les auxiliaires, les garants de son agonie, qui tournaient

autour du lit en veillant à ce que nul n’en débranche les fils. Pas un
agent de la paix n’échapperait à la culpabilité d’avoir permis ça.
Ils arrivaient enfin aux voitures, et les collègues étaient blêmes.
Ils avaient entendu les coups de feu. Il réalisa qu’il n’aurait jamais
plus ni amis ni collègues. La bête des entrailles avait gagné, c’est
lui et lui seul qui ferait face maintenant, qui affronterait l’IGPN, les
enquêtes, la hiérarchie, les médias, les manifs, une vie de procès,
de chantages, de menaces et de terreur…
Il savait que sa fuite se terminait là. C’était affreux comme une
certitude.
C’est lui qui venait de faire ça. C’est lui qui venait d’incarner
la foudre du hasard.
Il installa sa collègue à bord, claqua la portière et les voitures
démarrèrent.
On n’alluma pas les sirènes. Pas un flic n’ouvrit la bouche.
Sur le trottoir des riverains les regardèrent passer d’un air
lugubre.
Derrière eux, des cris.
Le géant s’était réveillé.
L’armée des ombres allait se mettre en marche.
C’est comme ça que ça avait commencé.

2

Que chacun soit à sa place dans l’ordre du tout. — Platon

LA COURNEUVE, 17 H 30.

suite…

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Françalgérie crimes et mensonges d’Etats Histoire secrète, de la guerre d’indépendance à la « troisième guerre » d’Algérie


    
Auteurs : Aggoun Lounis – Rivoire Jean-Baptiste
Ouvrage : Françalgérie crimes et mensonges d’Etats Histoire secrète, de la guerre d’indépendance à la « troisième guerre » d’Algérie
Année : 2004

 

 

Introduction
par Jean-Baptiste Rivoire
Ce soir de novembre 2002, la pluie et le vent s’abattent sur l’avenue Kléber, à Paris. Autour du Centre de conférences internationales, situé non loin de la tour Eiffel, des barrières, des policiers : il faut montrer patte blanche. Grâce à notre équipe de reportage et à la caméra, l’accès est plus facile. À l’intérieur du bâtiment, de jolies hôtesses en tailleur s’activent dans un couloir à l’épaisse moquette rouge surplombée par de magnifiques lustres de cristal. Pour le compte de Pascal Josèphe, un ancien collaborateur d’Hervé Bourges ayant créé une société de conseil aux patrons de l’audiovisuel, elles répertorient les journalistes et leur distribuent de magnifiques dossiers de presse intitulés Djazaïr, une année de l’Algérie en France.
Parrainées par le Quai d’Orsay, les manifestations prévues dans le cadre de cette « Année de l’Algérie » sont essentiellement financées par le régime algérien et par le groupe du milliardaire Rafik Khalifa, un flamboyant businessman d’Alger qui défraie la chronique depuis quelques mois. Dans le dossier de presse distribué aux journalistes, pas un mot sur les problèmes économiques du pays, encore moins sur les très graves atteintes aux droits humains qui y sont commises depuis 1988. Rebaptisée « Année des généraux » par certains opposants, l’Année de l’Algérie est manifestement destinée à améliorer l’image du régime. Pour lui assurer un grand écho médiatique, le gouvernement français a d’ailleurs incité la plupart des médias publics (Radio-France, France 2, France 3, France 5) à devenir partenaires de l’opération.
Dans la salle, une bonne partie de la crème de la « Françalgérie » officielle a fait le déplacement : plus de mille invités — dont des réalisateurs prestigieux et des journalistes bien vus par le régime d’Alger — sont venus écouter les dis¬cours de Hervé Bourges, Dominique de Villepin ou Khalida Toumi. Ancien patron de TF1 et du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Hervé Bourges est d’abord un vieil ami du FLN, ce qui contribue à expliquer sa nomination à la présidence de « l’Année de l’Algérie ». Dominique de Villepin, le ministre français des Affaires étrangères, a longtemps été secrétaire général de l’Élysée. Il connaît bien les coulisses des relations franco-algériennes. Quant à Khalida Toumi, plus connue sous le nom, qu’elle a porté jusqu’en 2001, de Khalida Messaoudi, c’est une militante féministe très active en Algérie. Partisane de l’« éradi- cation » des islamistes, c’est-à-dire de leur élimination totale, elle est l’auteur du fameux best-seller Une Algérienne debout, un ouvrage publié en France en 1995 et vendu à plus de 100 000 exemplaires : elle y expliquait notamment les raisons de son opposition totale à toute forme d’islamisme et son engagement aux côtés des généraux « éradicateurs ». Longtemps députée du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) de Saïd Sadi, un parti proche du régime, elle est alors porte-parole du gouvernement algérien.
Pendant deux heures, Hervé Bourges, Dominique de Villepin et Khalida Toumi célèbrent à la tribune la « formidable amitié » qui lie la France à l’Algérie, les « points communs » entre les deux pays, la « bonne humeur » qui caractérise leurs relations.

Question dérangeante
Quarante-huit heures plus tôt, l’ensemble de la presse française a pourtant rendu compte de la diffusion sur la chaîne Canal Plus de notre documentaire confirmant que le « GIA » (Groupe islamique armé, l’un des plus redoutables mouvements terroristes algériens), notamment responsable des attentats de Paris en 1995, était à l’époque infiltré et manipulé par les services secrets algériens, la fameuse Sécurité militaire (de juillet à septembre 1995, des bombes déposées dans le RER parisien avaient provoqué la mort d’une dizaine de personnes et fait plus de deux cents blessés)2. Désireux de recueillir la réaction du ministre français des Affaires étrangères aux très graves accusations que nous portions dans ce documentaire, je profite du micro qui m’est tendu pour poser une question à laquelle aucun responsable politique français n’a accepté de répondre durant l’enquête : « M. de Villepin, nous avons enquêté pendant deux ans sur les « GIA » algériens et il s’avère qu’en 1995, quand ils commettaient des attentats en France, ils étaient contrôlés par les services secrets algériens. Cela vous paraît-il être une information importante ? »
Dans la salle, la question provoque un immense brouhaha. Quelques commentaires fusent : « C’est une honte ! », « Bravo, Canal Plus ! » À la tribune, le ministre français des Affaires étrangères et Khalida Toumi blêmissent. Grand orchestrateur de la conférence de presse, Hervé Bourges, président de l’« Année de l’Algérie », tente d’aider Dominique de Villepin à se sortir de ce mauvais pas : « Je veux bien laisser le ministre répondre, mais j’ai oublié de préciser
qu’il ne s’agit pas d’une conférence de presse avec le ministre des Affaires étrangères français sur les relations franco-algériennes, la situation de l’Algérie aujourd’hui, mais sur l’année 2003, une année à caractère culturel. Il y a d’autres lieux pour ce type de question, qui est peut-être valable, mais ce n’est pas le jour et ce n’est pas l’endroit.
— Même si les services secrets algériens ont commandité des attentats en France ?
— Écoutez, Monsieur, je vous retire la parole ! »
La surprise passée, Dominique de Villepin réagit : « je ne crois pas que l’on puisse ainsi impunément prendre en otage une manifestation comme la nôtre. Nous respectons tous la liberté de la presse. Nous faisons face tous aux questions qui peuvent être posées, mais il y a des moments et des lieux pour cela et je serai ravi en d’autres circonstances de répondre à une telle question3.» Malgré cette promesse, le ministre ne répondra jamais à nos demandes d’interview.
Quelques semaines après cet incident, profitant d’une visite à Strasbourg du président algérien Abdelaziz Bouteflika, un journaliste de Radio judaïque FM lui demande à son tour ce qu’il pense des révélations sur l’implication de la Sécurité militaire algérienne dans les attentats de Paris en 1995 : « Puis-je vous demander de poser la même question au président français ? », répond étrangement Abdelaziz Bouteflika. « Ce qu’il dira, je l’assumerai complètement et sans restriction aucune4.»

Le « GIA », sujet tabou
Après plusieurs années d’enquêtes communes pour tenter de comprendre ce qui se passe réellement en Algérie, Lounis Aggoun et moi-même sommes habitués à ce genre de dérobade, mais elles nous intriguent toujours autant. Pourquoi un tel malaise dès qu’on évoque l’action du mystérieux « GIA », le Groupe islamique armé ? En dix ans de « sale guerre » en Algérie, aucun journaliste étranger n’a jamais réussi à approcher un membre actif de ce sanguinaire mouvement terroristea. À notre connaissance, c’est même la seule « guérilla » au monde dont aucun chef en exercice ne s’est jamais exprimé dans la presse étrangère.
Pourquoi une telle chape de plomb sur le fonctionnement réel du mouvement et sur l’identité de ses commanditaires ? Comment expliquer qu’en 1996 un ancien fondateur du GIA reconnaissant avoir assassiné plusieurs journalistes ait pu bénéficier d’une loi de
«clémence », et puisse se pavaner aujourd’hui dans plusieurs documentaires diffusés à la télévision française, où il confirme opportunément les thèses du pouvoira ? Pourquoi une telle impunité ? Est-il exact, comme l’ont affirmé d’anciens officiers de la Sécurité militaire, que le « GIA » a été très profondément infiltré et manipulé par les services secrets algériens, dès 1992, au point de devenir un groupe «contre-insurrectionnel »5 ? Pourquoi les dirigeants algériens interrogés à ce propos, comme le général Khaled Nezzar, parrain du régime, ou Abdelaziz Bouteflika, devenu président en 1999, renvoient-ils systématiquement vers leurs homologues français, comme si ceux-ci étaient parfaitement au courant d’une telle manipulation ?
Depuis des années, ces questions nous taraudent, Lounis Aggoun et moi-même. Militant des droits de l’homme de longue date (il a notamment contribué, dans les années 1980, avec Ramdane Achab, Arab Aknine et Mouloud Khelil, à la réalisation de Tafsut, la revue clandestine du Mouvement culturel berbère, et ce jusqu’en 1988), Lounis est installé en France depuis 1989, mais il effectue depuis de fréquents voyages en Algérie, où il a conservé de nombreux contacts. Enquêteur rigoureux, il connaît parfaitement les rouages du système politique algérien. Pour ma part, j’ai été embarqué vers Alger en 1972, à l’âge de cinq ans, par des parents désireux d’apporter leur petite contribution à l’édification d’un État indépendant et… socialiste. Des « pieds rouges », en somme. Quatre ans d’école primaire dans la capitale, puis une dernière année en plein Sahara, dans une petite oasis où mes nouveaux copains ne parlaient qu’arabe, une belle langue qu’ils m’aideront à apprendre avec une infinie patience. Depuis le milieu des années 1980, Lounis et moi-même suivons de près ce qui se passe en Algérie. Mais, alors que lui s’y rend régulièrement, je n’y ai effectué qu’un bref retour aux sources en 1992. À l’été 1996, je m’y rends pour la première fois en reportage.

Des journalistes sous haute surveillance

suite…

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HISTOIRE INATTENDUE DES ARABES EN ESPAGNE



Auteur : Argaz André-Henri
Ouvrage : Histoire inattendu des arabes en Espagne
Année : 1983 

 

 

LE POURQUOI DE CE LIVRE
Peu de peuples ont été autant calomniés et ignorés délibérément
que ne l’a été — et ne l’est toujours, hélas ! — le peuple berbère.
On fouillerait vainement les bibliothèques à la recherche d’une
histoire spécifique de cette grande nation dont l’existence est pourtant
attestée depuis au moins quarante-cinq siècles, comme sa remarquable
stabilité dans la même aire géographique, à savoir l’immense pays
délimité par la Méditerranée au nord, l’Atlantique à l’ouest, la rive
occidentale du Nil à l’est, et le Sahel soudanais au sud.

Une histoire gommée

Depuis la plus lointaine antiquité, une espèce de malédiction
s’acharne à refuser à l’histoire des Berbères toute autonomie. Cette
histoire n’est traitée, et encore sommairement, que comme un appendice
de l’histoire des autres peuples auxquels le hasard a confronté les
Berbères. Ainsi de Carthage, dont nous n’ignorons aucune des puériles
intrigues de palais tandis qu’un silence lourd et mystérieux enveloppe le
peuple qu’elle domina : les multitudes berbères autochtones. Si l’on
excepte l’ouvrage de Salluste consacré à la guerre de Jugurtha, les historiens
romains ne se sont guère plus intéressés aux transformations de
la société berbère qui s’opéraient sous leurs yeux. Byzance ni les
Vandales ne firent davantage cas de l’histoire locale. Quant aux Arabes,
à l’exception d’Ibn Khaldoun, leur souci majeur fut d’arabiser l’histoire
des Berbères, au point de l’incorporer à la leur. Même les historiens

berbères de culture arabe ne procédèrent pas différemment : l’évolution
du Maghreb est pour eux subordonnée à celle du Machreq (Orient
arabe) dont elle ne serait qu’un prolongement.
Plus récemment, les historiens européens qui se sont attachés à la
Berbérie ont succombé à la tentative de justifier l’entreprise coloniale
par la recherche d’une « parenté » entre Berbères et Européens. Ils ont
présenté l’histoire de l’Afrique du Nord comme le récit d’une
incompréhensible tragédie au terme de laquelle cette « province
romaine et chrétienne » a mystérieusement épousé le Diable (l’Islam),
des griffes de qui il s’agissait de l’arracher…

« Nos ancêtres les Mecquois »

Avec l’accession des pays berbères à l’indépendance, il y a une
trentaine d’années, on se serait attendu à un revirement. La logique de
l’histoire autant que les passions nationalistes eussent normalement
commandé aux Berbères de ressaisir leur patrimoine et d’écrire enfin
l’authentique histoire de leur nation. Eh bien ! Il n’en a rien été,
jusqu’ici. En très large majorité, les historiens maghrébins se sont
enlisés dans les mêmes ornières que leurs prédécesseurs arabes ou
berbères. Une fois de plus, le devenir berbère n’est pour eux qu’une
parenthèse à peine soulignée dans la grande convulsion qui marque la
renaissance de la … nation arabe. Une fois de plus, le peuple berbère est
frustré de son passé, de sa personnalité, de son originalité. On en est
même venu à enseigner dans les écoles primaires maghrébines que
l’histoire du pays commence au VIIIe siècle, c’est-à-dire avec la conquête
arabe. Après « nos ancêtres les Gaulois », voici « nos ancêtres les
Mecquois »… Plus de deux millénaires et demi d’une riche histoire sont
purement et simplement « gommés » pour satisfaire à des impératifs
politiques à courte vue.

Une restitution

Pourtant, à la lumière des récentes découvertes archéologiques et
historiques, le rôle joué par la Berbérie dans l’Histoire apparaît plus
que jamais essentiel. Elle ne s’est pas contentée d’être une
intermédiaire, le plus souvent à son corps défendant, entre l’Europe de
l’Ouest, l’Orient et l’Afrique. Son génie a fécondé les apports culturels

venus de ces trois côtés et élaboré une synthèse grandiose à laquelle
sont redevables aussi bien la civilisation orientale que l’occidentale et
l’africaine. Oblitéré par les passions religieuses, raciales, culturelles,
politiques, ce rôle fondamental doit être restitué au peuple berbère. Le
présent ouvrage entreprend cette restitution. Lorsque, par exemple,
nous corrigerons l’erreur des historiens répétant que l’Espagne a été
conquise par les Arabes, nous ne ferons que rendre justice aux
véritables conquérants, les Berbères. Et restituer à ceux-ci leur part de
gloire dans l’immense effort qui a engendré la brillante civilisation
hispano-mauresque.

l. l.

INTRODUCTION

L’ARRIÈRE-PLAN
ISLAMIQUE
Le Proche-Orient a été secoué, au début du VIIe siècle, par l’une
des plus formidables révolutions de l’histoire de l’humanité :
l’avènement de l’Islam. Ce n’est pas forcer la comparaison que de
décrire cet événement majeur comme une sorte de « séisme historique
». Rayonnant à partir de son épicentre localisé dans la péninsule
arabique, le phénomène s’est, en effet, propagé à la manière d’une onde
de choc tellurique, progressant irrésistiblement dans toutes les
directions à la fois en suivant des lignes de force concentriques. S’il est
vrai que la progression n’a pas été uniforme du fait des résistances plus
ou moins vives des « terrains » successivement touchés, il demeure
que, de la Chine à l’Ibérie, de Madagascar à la Bulgarie, de la Sicile au
Ghana, nul empire, nul royaume n’a été épargné par le terrible
ébranlement. Cependant, tous les Etats touchés par la secousse ne
s’effondrèrent pas : certains survécurent et, parmi eux, les Etats d’où
allaient naître des contre-ondes de choc faisant momentanément ou
durablement refluer l’Islam. Mais aucun n’échappa à l’influence directe
ou indirecte et plus ou moins accentuée de la nouvelle civilisation,
qu’elle se manifestât dans les domaines de la politique, de la stratégie,
de l’économie, de la culture ou de la religion. Par son ampleur
exceptionnelle et par son intensité durable, l’événement islamique n’est
pas sans rappeler deux illustres précédents : les expansions des
civilisations grecque et romaine, auxquelles, du reste, ne l’apparentent
pas que les circonstances.

La conquête de l’Espagne au VIIIe siècle, puis l’instauration d’une
civilisation musulmane dans ce pays (civilisation qui allait durer un
trois quarts de millénaire), comme la pénétration des « Sarrazins » en
France et en Italie, sont une des conséquences directes de la révolution
arabo-islamique. C’est pourquoi, avant d’étudier le dossier des Hispanomauresques
et des Sarrazins, il nous paraît indispensable de rappeler
dans ses grandes lignes ce que fut cette révolution, au Proche-Orient.

Le double pays des Arabes

Gigantesque appendice coincé entre l’Afrique et l’Asie, la péninsule
arabique, patrie originelle des Arabes, ne mesure pas moins de 3,5
millions de kilomètres carrés, soit presque la superficie du souscontinent
indien (4 millions de km2), le tiers de celle de l’Europe ! Mais,
tandis que l’Inde nourrit plusieurs centaines de millions d’hommes, la
population de l’Arabie n’atteint même pas 15 millions d’âmes
actuellement. C’est que les déserts occupent les neuf dixièmes du
territoire. L’un de ces déserts, le Roub al-Khali, couvre à lui seul une
superficie égale à celle de la France !
Le nom par lequel les autochtones désignent leur pays est d’ailleurs
fort révélateur : Djazirat al-Arab, disent-ils, c’est-à-dire : « l’île des
Arabes », C’est bien d’une île qu’il s’agit : bordée sur trois de ses côtés
par la mer, golfe Persique à l’est, océan Indien au sud et mer Rouge à
l’ouest, la péninsule est isolée du continent, au nord, par une autre
« mer », de sable et de cailloutis celle-là, le Grand Nafud. Cette
situation déterminera naturellement un mode de vie et un type de
rapports avec l’environnement originaux.
On distingue traditionnellement trois grandes subdivisions
naturelles dans la péninsule arabique. A l’ouest, surplombant la fosse
de la mer Rouge, un système orographique très complexe court depuis le
golfe d’Aqaba jusqu’à la pointe d’Aden, orienté dans le sens nord-sud :
les sommets, abrupts sur le versant occidental maritime, descendent
plus graduellement sur le versant oriental, vers l’intérieur. Deux
chaînes principales composent ce système : au nord, le Hidjaz1, qui
domine les villes saintes de Médine et de La Mekke ; au sud, le Yémen.
1 . (Note des éditeurs). Nous avons respecté, à partir d’ici, les orthographes
des noms de lieux ou de personnes que l’auteur emploie, en arabisant, attentif
aux bonnes transcriptions des vocables arabes originels.

Perpendiculairement à ce système, une autre barrière montagneuse
se dresse au sud, au-dessus des profondeurs de l’océan Indien : orientée
d’ouest en est, elle relie presque sans solution de continuité l’Aden à
l’Oman, culminant avec les sommets de l’Hadramaout et du Dhofar. Ce
second système orographique a un retentissement déterminant sur
toute l’écologie de la péninsule : les sommets trop élevés arrêtent la
mousson au voisinage même de la mer, privant ainsi de pluies tout
l’intérieur. Le processus qui a abouti à la désertification de l’Arabie doit
beaucoup à cette barrière naturelle anti-mousson.
La troisième grande subdivision naturelle de l’Arabie constitue
l’intérieur de la péninsule, vaste cuvette de plateaux sablonneux ou
caillouteux, enfermée entre les deux remparts montagneux de l’ouest et
du sud. Nous sommes en présence d’une immense zone aride,
comparable, à bien des égards, au Sahara et à ses franges sahéliennes.
Il peut se passer parfois dix et même quinze années de suite sans qu’il
pleuve dans certaines régions.
Le paysage porte, cependant, témoignage d’un lointain passé
(nettement antérieur aux temps historiques) beaucoup plus fertile : de
profondes vallées (wardi) tissent tout un réseau fluvial totalement
asséché de nos jours. La péninsule ne compte plus qu’un seul fleuve à
débit permanent : le Hadjar, qui prend source dans l’Hadramaout et se
jette dans l’océan Indien. Tous les autres cours d’eau ont une existence
« météorique », apparaissant puis disparaissant au hasard des pluies
avec une soudaineté et une violence inouïes.
Ces pluies métamorphosent le désert en quelques heures, donnant
naissance à des générations spontanées et spectaculaires de la flore,
puis s’enfoncent sous les sables et vont grossir la nappe phréatique.
Celle-ci affleure parfois naturellement, engendrant ces « nids de
verdure » aussi inattendus que merveilleux que sont les oasis. Mais, le
plus souvent, il faut creuser des puits très profonds, dépassant les cent
mètres, pour atteindre la précieuse nappe liquide.

Les Sudarabiques antiques

A l’instar de la géographie physique, la géographie humaine et
économique, l’histoire et la sociologie distinguent plusieurs Arabies. A la
zone favorisée par la pluviométrie — les versants occidental du Yémen
et méridional de l’Hadramaout, notamment, qui reçoivent les moussons
— correspond ce que les Anciens dénommaient « Arabie heureuse » du

Yémen, par opposition à l’Arabie désertique. (Notons que, avec la
découverte des richesses pétrolières, les termes de la comparaison ont
été purement et simplement inversés.)
L’Arabie heureuse a vu se développer sur son sol des civilisations
sédentaires qui accédèrent aux plus hauts niveaux de développement.
Très tôt, les Sudarabiques maîtrisèrent les techniques de l’irrigation et
réalisèrent des barrages considérables dont les ruines sont encore
impressionnantes : près de Mareb, les vestiges de trois de ces ouvrages
monumentaux tiennent encore debout, sur une hauteur de 15 mètres !
A la richesse du sol et à l’ingéniosité des hommes s’est ajouté
l’avantage né de la situation géographique exceptionnelle de cette
région. Car, pendant des siècles, elle fut le carrefour vers où convergeaient
les produits de trois continents : l’Europe (par la Méditerranée),
l’Afrique et l’Asie. Sur ses marchés s’offraient les richesses les plus
variées : « On voyait (dans le grand port de Muza) les perles du golfe
Persique, l’ivoire, la soie, le coton, les toiles, le riz et surtout le poivre de
l’Inde, les esclaves, les singes, l’or, les plumes d’autruche de l’Afrique
orientale, sans parler des produits locaux (en particulier myrrhe et
encens) et des produits méditerranéens envoyés en « échange » (M.
Rodinson). Les Sudarabiques étaient des commerçants avisés : par mer
ou par terre (en caravanes), ils se répandaient dans tout le Proche-
Orient et jusqu’en Egypte et en Grèce (Délos).
C’est ainsi que se développèrent plusieurs royaumes, dont le
souvenir nous a été conservé par les historiens antiques : on peut citer
parmi les plus florissants le Ma’in, le Kataban, l’Hadramaout, l’Awsan
et surtout le fameux Saba dont la reine a laissé une trace aussi
éblouissante que légendaire dans l’histoire proche-orientale. Toutefois
les historiens ne sont pas d’accord sur la chronologie, hésitant sur une
période de près d’un millénaire : les uns font remonter les premiers âges
de ces royaumes au XIIIe siècle avant J.-C,, tandis que d’autres ne les
datent que du Ve siècle avant J.-C. On sait cependant que, dans la
dernière période, juste avant l’avènement de l’Islam. L’Arabie heureuse
était dominée par les Himyarites ou Homerites. Le dernier monarque de
cette dynastie, Dhou Nouwas, attira contre son pays une expédition
punitive des chrétiens d’Abyssinie vers 523 après J.-C., dans des
circonstances que nous exposons plus loin.

Les Arabes du désert ou Bédouins

A côté de cette Arabie heureuse ouverte aux influences les plus
diverses, commerçant avec tout le monde connu et organisée en
royaumes puissants et riches, l’autre Arabie, celle des immensités
arides de l’intérieur, faisait figure de pays arriéré, sauvage. Renfermée
sur elle-même, malgré les incursions des armées des empires du Nord
ou de l’Est, elle connut une organisation politique, économique et sociale
rudimentaire.
La société bédouine se divisait en deux grands groupes
interdépendants : celui des sédentaires agglutinés, autour des rares
oasis, en petites bourgades laborieuses d’agriculteurs et d’artisans, et
celui des nomades, pasteurs battant la campagne sans relâche derrière
leurs troupeaux. La ressource essentielle des premiers était le palmierdattier,
dont les fruits constituent une nourriture presque miraculeuse
dans ce milieu si parcimonieux. Le nomade, quant à lui, disposait d’une
« ressource » encore plus extraordinaire : le chameau. Domestiqué à
une époque relativement récente (XVI-XIIIe siècle avant J.-C.), le
chameau, ou plus exactement le dromadaire, est un animal
véritablement miraculeux. Il est capable d’emporter des charges importantes
(jusqu’à 300 ou 400 kilos) sur des distances pouvant atteindre
300 kilomètres en une seule journée. D’un entretien presque
insignifiant, d’une sobriété légendaire, il offre en outre une prodigieuse
variété d’utilisation : sa laine sert à confectionner des vêtements, sa
peau des boucliers, des selles, des chaussures, des cordages ; sa bouse
est un excellent combustible ; la femelle fournit un lait très riche ; sa
viande est succulente ; il n’est pas jusqu’à son estomac et sa vessie qui
n’offrent des sortes de réserves d’eau utilisables dans les cas extrêmes.
Entre nomades et sédentaires, les relations ont été souvent
orageuses : les razzias, une manière d’institution, pourvoyaient aux
besoins du nomade, au détriment du sédentaire, chaque fois que la
nécessité s’en faisait sentir. Cependant, une sorte d’équilibre instable a
fini par s’imposer aux deux partenaires inconciliables.

Un échange de « services »

« Le sédentaire installé aux oasis, écrit A. Miquel1, ou sur les marges
du désert, se définit comme un fournisseur, mi-contraint mi consentant,
de produits de première nécessité : grains, dattes, armes et vêtements
avant tout. En échange de quoi le Bédouin lui assure sa protection
contre les incursions des autres nomades et, tout autant, contre les
désagréments que lui vaudrait une attitude récalcitrante. Le même
contrat règle le passage des caravanes marchandes, que le Bédouin
guide et escorte sur toute la traversée de son territoire. Pur et simple ou
assorti d’un troc par lequel le nomade livre bétail, chameaux ou
chevaux, l’échange d’un service (en l’occurrence la protection) contre certains
produits de base est justiciable, en dernière analyse, des mêmes
raisons que les raids sur le territoire voisin : toutes tiennent à
l’impossibilité, même avec les moyens et les caractères appropriés, de
vivre, au désert, en autarcie complète. […] Plus que d’un isolement, tout
relatif, du Bédouin, mieux vaut parler d’un équilibre subtil dans le
domaine des échanges, le nomade tenant la bride au cultivateur et au
marchand, assez ferme pour obtenir d’eux ce qu’il désire, assez souple
pour ne pas les éliminer de circuits économiques sans lesquels lui-même
ne survivrait pas. »
Ainsi l’Arabie intérieure était-elle une mosaïque de tribus plus ou
moins puissantes, se livrant à des luttes acharnées pour l’hégémonie ou
le contrôle des terrains de pâturages ou des pistes de caravanes. Ces
tribus, constituées par une multitude de familles regroupées en clans
qui se reconnaissent un ancêtre éponyme, professaient des croyances
rudimentaires : elles adoraient des pierres (bétyles) et les astres. La
pratique des pèlerinages aux lieux de culte les plus vénérés était très
répandue. L’un de ces lieux, la Kaaba à La Mekke, attirait des foules
considérables venues de toutes les régions pour rendre grâces aux
divinités locales, Houbal, Allat, Ouzza, Manet. Il faut remarquer,
cependant, que certaines tribus étaient judaïsées depuis longtemps,
d’autres christianisées ; il en était même — les hanif — qui
pratiquaient le mysticisme et l’ascétisme sans se reconnaître pour
autant juives ou chrétiennes.


1 . L’Islam et sa civilisation (Armand Colin 1977).


Entre deux empires, Byzance et la Perse

Mais, à la veille de la proclamation de l’Islam, la péninsule arabique
avait subi, tout comme le reste du Proche-Orient, des métamorphoses
profondes. L’époque est dominée par les affrontements pour l’hégémonie
entre l’empire byzantin et l’empire perse des Sassanides. Deux
puissances colossales entre lesquelles la géographie, au moins autant
que l’histoire, a glissé les étendues désertiques arabes, entre la frange
côtière syro-égyptienne et la vallée de la Mésopotamie ; ici Rome et
Byzance, là Ctésiphon. Deux supergrands qui rêvaient, chacun de son
côté, d’abattre le concurrent, quoique ne se livrant que des combats
sporadiques, meurtriers mais jamais décisifs.
L’un des enjeux les plus importants de cette compétition entre
Perses et Byzantins était la maîtrise du commerce avec l’Extrême-
Orient. Celui-ci transitait par deux axes principaux : l’axe septentrional,
appelé aussi « Route de la Soie », qui courait depuis les confins
de la Chine jusqu’à Byzance, en traversant toute l’Asie centrale ; l’axe
méridional, ou axe maritime, qui reliait les ports d’Extrême-Orient à
ceux du golfe Persique et du Yémen. Ce dernier axe se subdivisait vers
l’ouest en trois sections : la première reliait les ports du golfe à la
Palestine et à La Mekke, par deux pistes caravanières ; la seconde,
également terrestre, joignait Aden à Gaza et Damas en suivant la côte
de la mer Rouge et passant par La Mekke et Adhruh ; la troisième,
maritime celle-là, mettait en contact les ports situés sur les deux rives
de la mer Rouge et jusqu’au fond des golfes d’Aqaba (Ayla) et de
Clysma.
Comme on le voit, les routes méridionales passaient toutes, en un
point seulement ou sur la plus grande portion, en territoire arabe. Il en
résultait une importance stratégique considérable pour la péninsule.
D’autre part, compte tenu du fait que la « Route de la Soie », au nord,
était facilement contrôlée par les Sassanides ou leurs alliés, Byzance
était obligée de s’assurer domination ou en tout cas influence sur l’axe
méridional. Une politique de « clientèle » et de surenchères, dont les
tribus arabes allaient être les bénéficiaires, se développa, exacerbant la
rivalité des deux empires.
Ce fut ainsi que les Sassanides s’attachèrent l’alliance des
Lakhmides, Arabes nomades qui établirent leur capitale, Hira, tout près
de celle des Perses. Les Lakhmides effectuaient des raids meurtriers et
incessants contre la province byzantine de Syrie. La situation devenant
très préoccupante au début du VIe siècle, Byzance dut se résoudre à

rechercher d’autres Arabes pour s’opposer aux razzieurs. Les Byzantins
traitèrent avec la tribu des Ghassanides, nomades établis sur le
territoire de l’actuelle Jordanie. Ces Arabes se convertirent au
christianisme, mais dans sa version monophysite en faveur en Syrie et
en Egypte. Les Ghassanides se lancèrent bientôt dans une guerre contre
les Lakhmides qui s’acheva par la prise et la mise à sac de Hira.

Ethiopiens puis Perses au Yémen

Dans le même temps, l’Arabie du Sud était le théâtre d’événements
très graves. Vers 510, un nouveau roi montait sur le trône himyarite,
Dhou Nouwas. Il avait la particularité de professer le judaïsme. Pour
des raisons qui restent obscures, Dhou Nouwas accabla de persécutions
les chrétiens de son royaume. Pis encore aux yeux de Byzance : il noua
des relations étroites avec les Lakhmides, c’est-à-dire indirectement
avec les Perses. C’en était trop pour l’empereur chrétien : une menace
majeure pesait sur la route commerciale méridionale. La riposte ne se
fit pas longtemps attendre : une expédition partie d’Axoum, l’empire
chrétien d’Abyssinie, traversa la mer Rouge et ravagea le Yémen. Dhou
Nouwas fut battu, l’influence de Byzance restaurée, un ordre nouveau
établi sur le pays. Pendant quelques décennies, cet équilibre se
maintint.
Mais au milieu du VIe siècle, un rebondissement aux nombreuses
répercussions ultérieures se produisit. Le « roi des rois » sassanide,
Khosrô, détruisit l’empire centre-asiatique des Huns hephtalites. Mais,
pour y parvenir, il avait dû s’allier aux T’ou-Kiue (Turcs d’Asie centrale)
et, naturellement, ceux-ci reçurent en récompense leur part, généreuse,
du défunt empire. Alors, se sentant assez puissants pour braver le
Sassanide, les Turcs négocièrent un accord avec Byzance aux termes
duquel ils traiteraient désormais directement avec leur nouvel allié,
notamment dans le domaine commercial, sans passer par
l’intermédiaire des Perses. C’était en Centre-Asie une nouvelle
ouverture des hostilités que l’empereur byzantin Justin II confirma
dans les faits en 572, date capitale pour la période.
La réaction de Khosrô fut double : d’une part, il fit face à la guerre
imposée au nord ; d’autre part, il expédia un corps d’armée au Yémen
d’où, avec l’aide d’anciens partisans de Dhou Nouwas, il chassa les
Ethiopiens.

La montée des commerçants

suite…

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Une histoire de la science arabe


  
Auteur : Djebbar Ahmed
Ouvrage : Une histoire de la science arabe – Introduction à la connaissance
du patrimoine scientifique des pays d’Islam
Année : 2001

ENTRETIENS AVEC JEAN ROSMORDUC

 

Introduction

que leurs contributions n’ont pas encore été publiées dans
les langues européennes. Enfin, en quatrième lieu, étant
convaincus que la production scientifique n’est qu’une composante
des activités d’une société donnée à différentes
époques de son histoire et une étape dans la grande aventure
scientifique de l’humanité, nous avons constamment eu pour
souci d’évoquer, dans la mesure du possible, les autres
aspects relatifs à la civilisation qui ont accompagné ces activités
scientifiques.
Nous avons tenu compte du fait que les lecteurs de ce
livre n’ont pas eu, dans leur grande majorité, la possibilité de
se familiariser avec l’histoire de la civilisation arabo-musulmane,
encore moins avec l’histoire de ses sciences, et, d’une
manière plus générale, avec les activités intellectuelles qui y
ont été pratiquées durant des siècles. La situation s’est relativement
améliorée depuis l’introduction, il y a quelques
années, dans les programmes et dans les manuels scolaires,
d’un certain nombre de chapitres sur l’Islam et sa civilisation.
Mais, à notre avis, cela reste en deçà de ce que l’on
devrait connaître en France et en Europe sur le sujet. Aussi
avons-nous jugé utile de consacrer le premier chapitre de ce
livre à certains aspects liés aux contextes géographiques,
sociaux, culturels, politiques et économiques dans lesquels
sont nées et se sont développées les sciences arabes, du IXe
au XVe siècle.
En plus d’un certain nombre d’informations nouvelles qui
manquent dans d’autres ouvrages de vulgarisation et qui ont
été insérées dans ce livre, nous avons voulu apporter un
regard différent : évitant de se cantonner aux foyers scientifiques
de l’Orient musulman, nous évoquons, d’une manière
développée, les contributions des autres centres, et plus particulièrement
celles de l’Espagne et du Maghreb. Ces deux
régions ont souffert de deux phénomènes : la faiblesse des
recherches portant sur l’histoire de certaines activités scientifiques
attestées dans ces régions, et la persistance de préjugés
sans fondement à la fois sur leurs contributions au
développement des activités intellectuelles en pays d’Islam
et sur l’originalité de certaines de ces contributions.

Comme on le verra tout au long des pages à venir, l’importance quantitative et qualitative de ces deux traditions scientifiques est tout à fait incontestable.
Cela dit, et malgré notre volonté de présenter le maximum
d’informations sur les sujets abordés, nous ne répondrons
pas à toutes les interrogations des lecteurs, non seulement
parce que nous ne connaissons pas tous ces sujets dans
le détail, mais aussi, et surtout parce que, dans l’état actuel
de la recherche, de nombreuses questions (que nous-mêmes
nous nous posons parfois) sont encore sans réponse. Nous
espérons que, dans les années à venir, nous pourrons non
seulement compléter et améliorer les informations présentées
dans ce livre, mais également aborder des aspects nouveaux
sur lesquels les recherches futures auront apporté au
moins un peu de lumière. Nous sommes en effet convaincus,
au vu du dynamisme actuel de la recherche sur l’histoire des
sciences arabes, que, dans quelques années, certaines des
réponses esquissées dans ce livre pourront être complétées,
enrichies et peut-être même révisées. Ce fut déjà le cas
durant les deux dernières décennies, en particulier pour
l’histoire de certains chapitres des mathématiques et de l’astronomie
arabes, et il n’y a pas de raison pour que cela ne se
reproduise pas dans l’avenir pour ces mêmes disciplines et
pour d’autres.
Par ailleurs, compte tenu du volume réduit de ce livre,
nous avons été contraints de faire des choix et de nous limiter
à des exposés généraux sur des sujets concernant des disciplines
relativement techniques, comme les mathématiques,
la physique et l’astronomie.
Nous avons préféré présenter la matière de ce livre sous
la forme d’un entretien, à la fois pour aérer l’exposé et pour
le rendre plus vivant. La forme retenue, en abrégeant parfois
les développements, facilite dès lors l’introduction d’interrogations
qui peuvent naître chez certaines catégories de lecteurs,
comme nous avons pu le constater dans le cadre de nos
activités tant culturelles que professionnelles. Dans un certain
nombre de cas, nous avons volontairement introduit des
commentaires ou des rappels afin de préciser les explications
données et pour mieux les situer dans un contexte ou
dans une problématique dépassant le cadre de la civilisation

arabo-musulmane. D’une manière générale, nous pensons
qu’il ne faut pas isoler les événements scientifiques de cette
civilisation des épisodes qui les ont précédés, et peut-être
alimentés, comme de ceux qui en ont été le prolongement
naturel dans le cadre de l’histoire postérieure.
Quant aux réponses aux questions, elles sont, à quelques
exceptions près, relativement courtes et elles ne dépassent pas
les limites des problèmes évoqués. Autrement dit, il ne s’agit
pas d’un exposé détaillé sur le sujet suscité par chaque question.
Il est vrai que la compréhension parfaite de certaines
explications justifierait parfois de longs développements,
sous forme de paragraphes étoffés et structurés. Il nous était
possible de le faire pour tous les sujets relevant de nos activités
d’enseignement ou de recherche. Ce faisant, nous risquions
néanmoins d’introduire un déséquilibre entre les différents
thèmes, ce que nous avons jugé préférable d’éviter.
Nous nous sommes également efforcés de répondre à
l’attente des lecteurs qui souhaiteraient approfondir leurs
connaissances sur tel ou tel sujet exposé brièvement dans le
livre. À leur intention, nous avons réservé les encadrés à des
informations techniques ou bibliographiques, et nous avons
regroupé, à la fin de chaque chapitre, les références de publications
spécialisées. Pour d’évidentes raisons de commodité,
nous avons privilégié les références bibliographiques écrites
en français et publiées en France. Bien sûr, nous n’avons pas
sacrifié les références de base (publiées en allemand, en
anglais, en arabe et en espagnol), que nous avons rassemblées
dans la bibliographie générale.
Ce faisant, nous savons que nous ne répondons que
superficiellement à un certain nombre d’interrogations,
risquant donc de décevoir les lecteurs qui ont déjà des
connaissances solides sur l’histoire de certaines disciplines
à d’autres époques et qui souhaiteraient peut-être disposer
d’analyses approfondies et détaillées sur leur évolution dans
le cadre de la civilisation arabo-musulmane. Mais, comme
ce livre se veut seulement une introduction à un vaste
domaine qui mériterait certes de plus amples développements,
nous espérons que sa lecture donnera envie au lecteur
d’en savoir davantage.

Nous aimerions que cette contribution puisse convaincre
le public que la science arabe, qui ne se réduit pas aux
apports de quelques savants prestigieux, représente dans
l’histoire de la science à l’échelle de l’humanité, non pas un
épiphénomène, mais un chaînon spécifique dans un long
processus. Héritière de presque toutes les traditions scientifiques
qui l’ont précédée (et pas uniquement celle de la
Grèce), passage obligé vers les sciences ultérieures, elle
constitue l’une des phases importantes qu’a connues l’humanité
dans sa quête obstinée de la vérité, cette quête qui a
démarré lentement dans la nuit des temps et qui s’est poursuivie
à travers les traditions prestigieuses de la Chine, de
l’Inde, de la Mésopotamie, de l’Égypte et de la Grèce (pour
ne parler que de celles qui ont eu un lien attesté avec la tradition
scientifique arabe).
Enfin, nous devons préciser que nous avons opté, volontairement,
pour une transcription internationale des lettres
arabes (dans l’écriture des noms propres, des titres d’ouvrages
et de certains éléments de la terminologie scientifique arabe).
C’est la raison pour laquelle nous avons donné, au début du
livre, un tableau de ces transcriptions avec leurs correspondances
phonétiques. Cela pourra aider certains lecteurs qui
auraient à consulter des ouvrages spécialisés concernant telle
ou telle discipline traitée dans ce livre.
Toujours par souci de rigueur, nous avons systématiquement
donné, pour les ouvrages arabes et ceux traduits en
arabe à partir du vme siècle, la transcription latine de leur titre
suivie, entre crochets, de la traduction française de ce titre.
En faisant ainsi pour les écrits grecs, nous avons voulu restituer
exactement les titres donnés à ces ouvrages non arabes
par les traducteurs et non pas leurs titres originels grecs.

1. Avènement et essor

de l ’Empire musulman

suite…

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Qui nous affame? De la crise financière à la famine organisée. L’Odieuse stratégie des riches.


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Ouvrage: Qui nous affame ? De la crise financière à la famine organisée.

L’Odieuse stratégie des riches

Auteur: Daniel Estulin

Année: 2014

Traduit de l’anglais par C. P. HENRY

 

 

Affirmons pour commencer que Wall Street n’est qu’ une mystification.
La vérité est ailleurs. C’est un parc d’attractions, un cirque ambulant,
avec ses jongleurs, ses danseuses du ventre, ses bonimenteurs, ses
chanteurs de second ordre et ses strip-teaseuses. Et nous, spectateurs
béats, sommes hypnotisés par le spectacle. On se plante devant l’estrade,
jour après jour, nuit après nuit, en prenant note des marges bénéficiaires,
des progressions, des incitations financières, des produits dérivés. Quelle
folie ! Combien de millions d’entre nous sont prêts à croire tout ce qui sort
de la bouche des experts en Bourse ? Se rend-on compte qu’un nombre
infime d’individus au sommet de la pyramide sont prêts à nous annoncer
n’importe quoi pourvu que nous investissions quelques euros que nous
n’ avons peut-être même pas dans ce gigantesque système de Ponzi ?
Ajoutons que pour la plupart des gens la seule vérité en matière
économique ne leur parvient que par le biais de la télévision.
Une génération entière de nos contemporains ne connaît rien à
l’ économie hormis ce qui leur est offert par Wall Street. Wall Street est
devenu la Bible, la révélation ultime. La Bourse américaine fait et défait
les présidents, les premiers ministres, les ministres des finances ou les
chanceliers de l’Échiquier. Essayons d’imaginer quelles seraient les
conséquences si l’on découvrait que toute la structure de Wall Street et
des marchés boursiers n’ était qu’ une imposture ? Une mauvaise blague
organisée par des individus peu recommandables ? Des individus prêts à
recourir à tout un arsenal de vieilles ficelles pour maquiller la vérité, afin
d’empocher des gains boursiers et financiers totalement artificiels.
Je voudrais que nous nous accordions d’abord sur quelques faits. Les
résultats de la Bourse n’ont absolument rien à voir avec la réalité.
L’économie repose sur des considérations centenaires, et non sur les
chiffres de clôture de Wall Street la semaine passée. Wall Street est une
attraction de foire qui ne devrait convenir qu’ à des enfants en bas âge.

L’idée fausse que nous entretenons tous à propos de l’économie découle
du fait que nous considérons qu’ il s’agit d’une affaire d’argent. La
richesse, pourtant, n’est pas déterminée par l’argent. Les statistiques
concernant les flux monétaires n’ont rien à voir avec les véritables
prévisions de richesse. C’est le développement de l’esprit de chaque
individu qui influe le plus sur la planète. Voilà la véritable mesure de
l’ humanité.
De ce fait, ce n’est pas l’argent, pas plus les statistiques ou une
quelconque théorie monétaire qui déterminent la manière dont fonctionne
une économie, mais un facteur physique. Et dans ce facteur physique, il
faut inclure le cerveau humain, radicalement différent du cerveau animal
puisqu’ aucun animal n’est capable d’inventer, seul l’homme est doté de
cette capacité. Et c’est ainsi que nous organisons notre système social par
l’ adoption de conventions sociales, qui dictent notre conduite en tant
qu’ êtres humains et produisent des effets physiques. En conséquence, si
nos conventions sont défectueuses, nous allons au-devant de sérieux
problèmes. Des problèmes prévisibles, en termes physiques.
Avant même d’analyser les points les plus subtils de la crise que nous
traversons, je voudrais que mon lecteur comprenne bien ceci : ce à quoi
nous assistons aujourd’hui dans le monde, c’est-à-dire la destruction
totale de l’économie mondiale, n’est pas un accident ni une erreur de
calcul résultant de combines de la part de politiciens maladroits. Cette
situation est la conséquence d’une stratégie conçue délibérément. Dans
un but bien précis. La raison en est que l’Empire a pris conscience du fait
que le progrès de l’humanité signifie la fin imminente de sa propre
hégémonie. Celui-ci ne peut survivre dans un monde où le progrès
scientifique et technologique se répand partout. L’Empire a besoin d’un
monde d’êtres humains abrutis et serviles, de moutons dociles ; c’est pour
servir cette cause que l’Empire entreprend de détruire les structures
fondamentales telles que l’état-nation, une assistance vitale qui sous-tend
le progrès de l’humanité. Il s’attaque délibérément aux États-nations, aux
pays indépendants, en visant les économies de ces nations afin de les
détruire dans le but de préserver son pouvoir. Une stratégie délibérément

conçue et appliquée.
Mais qu’ appelons-nous l’Empire ? Ce n’est ni un roi ni une reine
installés sur un trône en or massif. Les Empires sont au-dessus des rois.
Nous parlons ici d’un système de contrôle. Un contrôle de tout ce qui se
passe, opéré par le biais d’un système monétaire international aux mains
de grandes banques internationales. La mondialisation, on le constate,
n’ est rien d’autre qu’ un nouvel avatar de l’Empire. Elle est synonyme
d’élimination de l’état-nation, de l’éradication de la liberté, de l’ élimination
de tous les droits.

Le Fonctionnement de l’argent
C’est ici que nous abordons le problème de l’économie. L’économie n’a
rien à voir avec l’argent. Ce que vise l’élite, c’est un Empire. Trop d’entre
nous s’ imaginent que pour mettre en place un Empire, il faut de l’argent.
Ce n’est pas lui qui détermine la richesse ni l’économie. L’argent est un
instrument. Il n’influe pas sur le développement de la planète. Une
croyance erronée implique que l’argent exprime une valeur physique
intrinsèque. Une valeur s’exprime, non pas en tant que quantité mais
seulement en tant qu’ effets relatifs de la croissance ou de la décroissance
du potentiel physique relatif population-densité d’un individu dans une
société donnée. La valeur de l’argent ne réside pas dans l’ échange
individuel mais dans l’unité fonctionnelle, que l’on nomme dynamique
unificatrice, du processus social d’une nation.
Savez-vous ce qui influe sur le développement de la planète ? C’est
l’ esprit humain, l’intelligence. Voilà l’instrument capable de mesurer
l’humanité. Ce qui sépare l’homme de l’animal, c’est sa capacité à
découvrir des principes physiques universels destinés à accroître et
améliorer le pouvoir de l’homme sur la nature par kilomètre carré
d’espace. Cette capacité lui permet d’innover, en vue d’ améliorer ensuite
la vie des habitants de cette Terre. Le développement de l’ humanité, le
développement du pouvoir de l’individu et de la nation dépendent des
développements scientifiques, des découvertes scientifiques et du progrès
technologique.
En réduisant la productivité, en réduisant les infrastructures, en
limitant les inventions et la technologie, on provoque un effondrement de
la population. Tant que vous parvenez à maintenir les gens dans
l’ignorance et la surpopulation, une infime minorité sera en mesure de les
contrôler.

La crise monétaire que nous connaissons actuellement reflète
l’ incohérence imposée par le processus de destruction matérielle de
l’ économie. Cet effondrement n’ est pas la conséquence de la fluctuation
des marchés financiers. La crise financière résulte du fait que nous
dépendons d’un système hyper-inflationniste : si vous prenez en effet en
compte le montant total de l’argent censé être en circulation et tentez de
dégager le pourcentage de cette masse monétaire qui correspond à une
réalité physique, vous vous apercevez qu’ il est devenu infime, proche
même de zéro. Mais cela ne constitue pas la crise en soi ! La crise se
mesure à la production physique per capita. Et les ressources dont
dépend cette production s’effondrent.
L’avenir de l’humanité repose sur l’économie physique, les
transformations physiques du monde qui nous entoure. Je vous donne
un exemple. Imaginons un monticule de terre qui s’ avère riche en minerai
de fer ; si l’ on exploite ce minerai, qu’ on l’utilise pour produire du métal,
puis que l’ on utilise ce métal pour fabriquer de l’acier et que cet acier sert
à fabriquer des machines-outils afin de produire toutes sortes de choses,
des voitures, des trains, des engins spatiaux, des réacteurs nucléaires… À
chaque étape de ce processus, le produit issu de la transformation
présente plus de valeur pour la société et a plus de valeur en termes
physiques que le produit dont il est issu. Le produit final vaut plus que la
somme des apports.
Lorsque l’on met en place une infrastructure, nous réorganisons en
vérité l’espace-temps physique de la biosphère, afin de lui permettre
d’atteindre des niveaux de plus en plus élevés de densité du flux
énergétique.
Par conséquent, si l’ on parle d’un système que l’ on fait évoluer à des
densités de flux énergétique de plus en plus élevées, par exemple en
passant d’une économie fondée sur le charbon à une économie reposant
sur le pétrole, puis à une économie reposant sur le nucléaire, on accroît
la puissance de production du travail humain à chaque étape, et c’est
ainsi que se crée la véritable richesse. Les gens se livrent à des activités
de production. À quoi sert donc l’ argent dans ce cas ? Il n’ intervient que
pour faciliter les échanges, le commerce, entre les personnes qui
produisent. Il ne possède pas de vertus magiques. Ni de valeur
intrinsèque.
Si vous êtes agriculteur, vous produisez des céréales, mais vous n’avez
pas envie d’échanger votre récolte contre un tracteur avec votre

concessionnaire de machines agricoles. Alors il faut une solution de
rechange que nous appelons l’argent. On choisit dans le monde physique
un étalon qui servira à établir la valeur d’une certaine somme, ce qui
facilite les échanges entre les personnes. Mais la valeur n’est pas dans
l’ argent lui-même. La valeur réside dans la richesse physique que
représente cette somme d’argent. L’énorme erreur qu’ a fait l’Empire, et
que perpétuer le système bancaire, c’est affirmer que l’argent possède une
valeur, et que nous en voulons toujours plus. Et ainsi, parce qu’ il existe
aujourd’ hui un système de renflouement des banques, nous sommes
contraints de nous précipiter au secours du système bancaire, et pour ce
faire, de fermer définitivement les secteurs productifs de notre économie.
On ne peut se permettre une économie nucléaire parce que ceux qui
contrôlent l’ argent détruisent systématiquement la richesse de l’ économie
dans le but illusoire de maintenir la valeur de l’ argent.
Et quelles sont les conséquences d’une telle conduite ? En créant de
plus en plus d’ argent par ces opérations de renflouement, la valeur de cet
argent s’ effondre de façon spectaculaire jusqu’ à devenir pratiquement
nulle. C’est à ce phénomène que l’on assiste aujourd’hui. C’ est ce qu’ on
appelle l’ hyperinflation. Les banques centrales doivent faire marcher la
planche à billets sans discontinuer pour tenter d’ enrayer le mouvement.
C’est ce qui se passe aujourd’ hui. Nous sommes en train de détruire le
peu de richesse que nous possédions pour tenter de sauvegarder la valeur
de l’ argent, ce qui est d’ une imbécilité totale, et qui ne fonctionnera
jamais.

Pourquoi l’Empire est-il en train de
détruire le système financier mondial ?

La planète compte aujourd’ hui un peu plus de 7 milliards d’individus.
La Terre est une petite planète aux ressources naturelles limitées et
confrontée à une explosion démographique sans précédent. Les
ressources en eau et en nourriture commencent à se faire rares. Ainsi, si
l’ on en croit une étude de la mission GRACE de la NASA sur la gravité et le
climat, les nappes phréatiques de l’Inde ont perdu un cinquième de leurs
réserves au cours des deux dernières années[1]. Le secteur agricole de
l’ Inde utilise près de 90% des ressources totales en eau du pays. Le
problème de la rareté de l’ eau devient de plus en plus pressant, et l’ Inde
s’ apprête à connaître des pénuries de nourriture catastrophiques. D’ ici les
douze prochains mois, l’ Inde sera contrainte d’ importer de la nourriture.
Si l’ on prend en compte une population de 1,2 milliard d’habitants, les
maigres surplus alimentaires qui existent dans le monde vont fondre
dangereusement, ce qui accroîtra la situation mondiale, déjà précaire.
L’ élite du monde comprend parfaitement cela. David Rockefeller
comprend la situation. Les rois et les reines de la planète en ont bien
conscience. En l’ absence de progrès scientifique et technologique, on ne
peut soutenir un certain niveau de population car si une population
s’ accroît de plus en plus rapidement, il faut une technologie de plus en
plus complexe pour assurer sa survie. Néanmoins, avec le progrès
technologique, un système oligarchique ne pourrait survivre très
longtemps, où que l’on se trouve. Des nations qui favoriseraient le
développement créatif de l’ intellect au sein de leur population
produiraient des individus qui ne sauraient tolérer indéfiniment des
formes de pouvoir oligarchiques.
Par conséquent, du point de vue de l’ élite, si vous voulez contrôler les

ressources en eau et en nourriture, il est impératif de réduire la
population mondiale dans des proportions “gérables”. Sept milliards
d’individus aujourd’ hui, le double dans quelques décennies seulement,
c’est trop de bouches à nourrir. Voilà ce qu’ ont compris les Rockefeller et
consorts, même si cette problématique semble nous échapper. Pour que
l’ élite puisse s’asseoir aux meilleures tables, vous et moi devons mourir de
faim. La conclusion n’est-elle pas limpide ?

La réduction de la population
et les « limites à la croissance »
du Club de Rome
Le Club de Rome est l’institution mondiale la plus active en faveur de la
thèse d’une dépopulation malthusienne. Parmi ses membres, on compte
quelques-unes des personnalités les plus influentes de la planète. Comme
David Rockefeller, Michael Gorbatchev, le roi et la reine d’Espagne, la
reine Beatrix des Pays-Bas, le prince Philippe de Belgique. Fondé en avril
1968 par des hauts responsables européens du monde des Assurances, à
l’ origine suisses et vénitiens, le Club de Rome accueille les membres les
plus anciens de la noblesse noire de Venise, descendants directs des
familles vénitiennes les plus riches de toute l’Europe, qui contrôlaient et
dirigeaient Gênes et Venise au XIIe siècle.
Le Club a publié en 1972 un des documents les plus pernicieux de tous
les temps, Les Limites à la croissance, qui démontre que la planète sera à
court de ressources d’ici 40 ans. Pour que l’humanité survive, il est donc
impératif de remettre en cause notre style de vie et de réguler la
population mondiale.
Toujours selon le Club de Rome, et dans l’objectif de notre survie à
tous, l’ humanité doit réduire sa dépendance à la technologie, ralentir la
course au progrès, à l’ innovation et aux avancées technologiques, et
imposer à l’ échelle mondiale un régime de « désintégration contrôlée » de
l’économie.
« Depuis cette date, la thèse des Limites à la croissance a été intégrée
dans le monde entier par les gouvernements, les institutions
gouvernementales supranationales, les administrations chargées de
l’ éducation, les programmes universitaires et ainsi de suite, c’est-à-dire

qu’ elle transparaît désormais dans tous les aspects de la culture
populaire. Avec pour conséquences la désindustrialisation générale, des
guerres et le génocide auquel nous assistons aujourd’ hui[2]. »
L’objectif final étant l’ effondrement de l’économie mondiale, même avec
leur version de ressources « illimitées », qui exclut toute découverte
scientifique, ou le développement de nouvelles technologies
révolutionnaires. Si l’ on arrive à éliminer le jargon et la confusion qui
émaillent le rapport, celui-ci ne laisse que peu de doutes quant au
véritable objectif du Club de Rome : « En cherchant un nouvel ennemi qui
pourrait nous unir, nous sommes parvenus à la conclusion que la
pollution, la menace du réchauffement de la planète, la rareté des
ressources en eau, la famine et autres menaces pourraient faire l’affaire. »
Et la conclusion s’impose donc : « Le véritable ennemi, c’est l’ humanité
elle-même. »
Ainsi, les institutions internationales les plus influentes promeuvent
des politiques de régression dans le domaine technologique, et une
réduction de la population mondiale de plusieurs milliards d’individus,
c’est ce que j’ai appelé un génocide, vous l’ aurez compris.
Toutefois, avant d’ être en mesure de réduire la population et maîtriser
le troupeau, il est impératif de détruire l’ économie et la demande. Peut-être
vous demandez-vous pourquoi David Rockefeller et consorts tiennent
tant à détruire la demande ? Ne souffriraient-ils pas financièrement de
cette destruction ? La réponse est NON. Ils n’en pâtiraient pas le moins du
monde pour la simple raison qu’ils contrôlent déjà la majeure partie de la
richesse mondiale. Leur principal souci en cette période de l’ Histoire est
d’assurer la survie de leur espèce. Et, affirmons-le une fois de plus, pour
qu’ ils puissent survivre en ces temps de pénurie des ressources
naturelles, une grande partie d’entre nous doit périr. Nous avons tous
entendu parler de la Grande Dépression. Toutefois, la plupart des gens
ignorent tout de leur histoire et n’ ont pas les outils nécessaires pour
comprendre ce qui s’ est passé pendant cette période. Contrairement à ce
qu’ expliquent les livres d’histoire “officiels”, la Grande Dépression n’ est
pas l’événement qui a anéanti les capitalistes américains. Au cours de
cette période, les riches se sont enrichis en transférant simplement la
richesse des moins riches vers les poches de ceux qui étaient déjà nantis.
Voilà comment la Bank of America s’est adjugé des milliards de dollars
par le biais des saisies de propriétés entre 1929 et 1937. N’ allez pas
imaginer une seconde que les plus riches des nantis souffriront de

l’ effondrement qui nous guette. Les seuls à en pâtir, ce sont vous et moi.
La question se pose maintenant de savoir comment détruire la
demande. De toute évidence, en détruisant sciemment l’ économie
mondiale. Ou, en d’autres termes, par la désintégration contrôlée. C’est
précisément la pierre angulaire d’un autre document politique préparé
par une organisation différente de l’élite du monde : Projet pour les
années 80, publié par le CFR, le Council on Foreign Relations.
Désintégration contrôlée et démantèlement des concentrations
industrielles et scientifiques avancées de la planète. Le CFR, une des
institutions majeures de l’oligarchie aux États-Unis, qualifiait alors ce
projet « d’entreprise la plus importante de son histoire ».
« Les 33 volumes du rapport de la CFR ont servi de ligne directrice à
l’oligarchie, forte de son pouvoir, pour mettre en place son plan à partir
de la seconde moitié des années 70 jusqu’à la fin des années 80. Ainsi fut
générée une des modifications les plus cruciales de la politique en matière
d’économie et d’état-nation du XXe siècle — la révolution conceptuelle
qui annonce l’économie post-industrielle[3]. »
Quel sens donner à ce terme de « désintégration contrôlée » ? L’objectif
est de démanteler l’économie mondiale, mais de façon ordonnée et
contrôlée. Du moins l’oligarchie espérait-elle contrôler le processus. Dans
ce but, il s’avérait nécessaire pour les forces extérieures de provoquer des
crises susceptibles de mettre à mal l’économie de la planète : chocs
pétroliers, suspension des crédits, crise des taux d’intérêt ralentissant
fortement l’économie, jusqu’à ce qu’elle atteigne un taux de croissance
proche de zéro, ou même négatif. Simultanément, on assiste à la création
du marché au comptant du brut, des marchés de l’euro bond, ainsi qu’au
blanchiment de vastes quantités d’argent sale provenant du trafic de
drogue au travers de certaines banques parmi les plus influentes dans le
monde. Au cours des dernières années, certaines des plus importantes
institutions bancaires mondiales ont été prises la main dans le sac,
accusées d’avoir blanchi des milliards de dollars de bénéfices frauduleux
en provenance des mafias de la drogue par le biais de leurs coffres
réputés. Citons au hasard Wachovia Bank, HSBC, CitiGroup, et Coutts, la
banque privée de Sa Majesté la reine d’Angleterre.
Il existe une autre organisation étroitement liée au Club Bilderberg et
au Council on Foreign Relations, c’est la Commission Trilatérale, plus
connue sous l’appellation de Trilatérale. Mise en place en 1973, il s’agit
d’une initiative de David Rockefeller. Tous ses membres partagent la

même philosophie antinationaliste, qui vise à empêcher les forces
nationales, dans leurs pays respectifs d’exercer une influence sur la
politique. En établissant la Trilatérale, David Rockefeller désirait favoriser
« l’unité des pays industrialisés, afin qu’ensemble ils soient en mesure
d’atteindre leur objectif d’une structure économique et politique mondiale
plus intégrée[4]. »
La stratégie de David Rockefeller « révèle également un fait absolument
fondamental à propos de la richesse et du pouvoir : peu importe l’argent
dont dispose un individu, si celui-ci ne sert pas à s’emparer et à contrôler
les organisations qui produisent les idées et les politiques visant à guider
les gouvernements et les individus qui les servent, le pouvoir réel d’une
grande fortune n’atteindra jamais son potentiel de départ[5]. » En dépit de
la nature essentiellement financière des intentions et des méthodes de la
Trilatérale, son objectif politique n’a pas varié depuis 40 ans : « Quoique
la Commission s’intéresse essentiellement à l’économie, les membres de la
Trilatérale se sont fixé un objectif politique vital : s’assurer le contrôle de
la présidence des États-Unis[6]. »
Une des recrues les plus notables de la Trilatérale a été le candidat à la
présidence, et futur président, Jimmy Carter. En ce qui concerne le récit
de la sélection de Carter pour la présidence, je vous recommande la
lecture de La Véritable histoire du Club Bilderberg.
Une fois installé à la présidence des États-Unis, Jimmy Carter, le favori
de la Trilatérale, a instillé au sein de son Administration, et au nom de
l’oligarchie, le Projet pour les années 80 de la CFR. Les principaux
rédacteurs et responsables du Projet se sont retrouvés à partir de 1977
aux plus hautes marches du pouvoir pour prendre en charge le
gouvernement de Jimmy Carter. Deux des neuf directeurs du Projet,
Michaël Blumenthal et Zbigniew Brzezinski ont été nommés
respectivement aux postes de secrétaire au Trésor (l’équivalent du
ministre des Finances) et de conseiller à la Sécurité nationale. Le poste de
secrétaire d’État (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères) a échu à
Cyrus Vance, qui avait dirigé un groupe de travail du Projet. Et Paul
Volcker, porte-parole du Projet « désintégration programmée » a été
bombardé président de la Réserve fédérale américaine.
« À partir de la semaine du 6 au 12 octobre 1979, Paul Volcker a décrété
une hausse des taux d’intérêt par le biais d’une augmentation du taux
des fonds fédéraux ainsi que de certaines catégories d’exigences de
réserves imposées aux banques commerciales. Il a poursuivi

cette politique jusqu’ à ce qu’ en décembre 1980, les principaux taux de
prêt des banques commerciales américaines atteigne 21,5%[7]. »
« Les conséquences de cette politique, se sont avérées rapides et
catastrophiques, surtout parce que l’oligarchie avait eu recours à deux
canulars à propos du pétrole dans les années 70, résultant en une
hausse phénoménale du cours du brut. Aux États-Unis, de vastes pans
de la production industrielle et agricole s’effondrèrent. Entre 1979 et
1982, la production des secteurs suivants de l’industrie manufacturière
américaine a subi des pertes selon les proportions per-capita indiquées :
équipement pour l’usinage du métal, en baisse de 45,5% ; bulldozers, en
baisse de 53,2% ; secteur automobile, baisse de 43,3% ; aciéries, en
baisse de 49,4%[8]. »
Cela n’annoncerait-il pas une avancée majeure vers une société postindustrielle?

Bien évidemment, l’histoire était en marche.

Le rêve de Franklin D. Roosevelt
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Empire était encore très
faible, l’Europe était en ruine, et les États-Unis étaient devenus, et de
loin, la nation la plus puissante de la planète. Et sous la présidence de
Roosevelt, comme il l’avait déclaré à plusieurs reprises à Churchill, les
États-Unis ne s’étaient pas engagés dans la guerre pour préserver
l’Empire britannique, les Britanniques devaient y renoncer de leur propre
gré, ce qui constituait pour eux une menace très réelle. Ils ont ainsi
décidé, dès la mort de Roosevelt et dès qu’ils ont senti qu’ils allaient
gagner la guerre, que les Alliés allaient l’emporter, de saper la puissance
des États-Unis. L’Empire ne pouvant battre les États-Unis sur le plan
économique ou militaire, ils s’en sont pris à la domination politique et
culturelle américaine. En réalité, ils ont tout fait pour pousser l’Amérique
au suicide, en utilisant des traîtres au sein des banquiers de Wall Street,
ainsi que les Brahmanes de Boston, le noyau dur de l’establishment
américain, pour fomenter ce suicide économique. Ils ont ainsi provoqué
l’arrêt du grand bond en avant que le pays était en train d’accomplir vers
une économie nucléaire, le programme « des atomes pour la paix ». Le
projet a été abandonné. Ce qui a pris sa place, c’est l’ère de l’information,
la réorganisation des journaux, les ordinateurs et les magouilles
financières.

« Les mesures de protection mises en oeuvre du temps de Roosevelt ont
été systématiquement démantelées, favorisant le passage de l’industrie
américaine d’une puissance industrielle vers une économie fondée sur les
services et la spéculation. Les États-Unis sont ainsi devenus une nation
de consommateurs plutôt que de producteurs, l’industrie manufacturière
étant externalisée vers des pays où la main-d’oeuvre s’avérait moins chère,
sous le prétexte fallacieux que cela rendrait l’Amérique plus compétitive,
alors que la véritable conséquence était la destruction de la nation. Sous

prétexte de « l’économie de marché et de la mondialisation, les États-Unis
ont fait de leur économie un paradis de la spéculation, de l’établissement
de cartels et d’entreprises géantes, qui prêtent allégeance non pas à la
nation, mais à des financiers[9]. »
Mais comment tout cela a-t-il pu se passer ?

Bretton Woods et le
canular pétrolier des années 70
Le 1er juillet 1944, le président Franklin Delano Roosevelt décide
d’organiser une Conférence monétaire et financière des Nations unies
dans la cité balnéaire de Bretton Woods, New Hampshire, dans les salons
du Mount Washington Hôtel. Cette conférence réunissant 44 pays a établi
ce que nous appelons désormais le système monétaire de Bretton Woods,
un accord de traité international dont l’objectif était de réguler le
commerce mondial et la stabilité monétaire et financière de la planète.
Une des clauses majeures des accords de Bretton Woods concerne la
création d’un système de fixation des taux de change des devises entre les
nations signataires.
Dans le cadre de cette clause de Bretton Woods, un taux standard
d’échange basé sur le cours de l’or a été établi, le dollar américain étant
assujetti au cours de 35 $ l’once d’or. « Après la guerre, la valeur de la
livre britannique, du franc français, de la couronne suédoise, de la lire
italienne, et après 1948 du mark allemand, a été fixée pour tous à un
taux proportionnel, reconnu et plus ou moins permanent, par rapport à la
devise américaine[10]. » Les accords de Bretton Woods éliminaient ainsi
totalement le risque de pertes financières catastrophiques qui pourraient
résulter d’opération spéculatives sur les devises.
Les taux de change devaient ainsi varier en fonction du dollar ou de
l’or. À la condition, bien sûr, qu’il eût été nécessaire de résoudre un
conflit entre nations, car si un pays refusait votre devise, il pouvait choisir
l’or au taux fixé. Le commerce international s’en trouvait donc
parfaitement stabilisé, ce qui était une nécessité à l’époque puisqu’une
grande partie de la planète pansait ses plaies et avait besoin de se reconstruire.

C’est sur ces bases économiques solides que le monde à l’orée de la
Seconde Guerre mondiale a été reconstruit, sous l’impulsion de la
puissance industrielle des États-Unis[11].
« À l’issue de la guerre, le dollar s’est imposé comme la seule devise
majeure, soutenu qu’il était par l’économie industrielle la plus puissante
et productive du monde, la plus grande nation commerciale, et celle qui
possédait les réserves en or les plus vastes pour épauler le dollar. Le
dollar américain, en résumé, était la seule monnaie qui valait,
littéralement “son poids en or”. Les réserves en or de l’Europe avaient
depuis longtemps été épuisées par le coût de la guerre.
L’objectif était d’encourager les gouvernements signataires à ne pas
dévaluer leur devise en actionnant la planche à billets ou en créant des
déficits, problème majeur nuisant à la stabilité dans de nombreux pays
d’Europe au cours de la période d’après-guerre. De plus, la garantie d’un
taux de change fixe devait faciliter la reprise du commerce international
dans les meilleurs délais[12]. »
La conférence de Bretton Woods est également à l’origine de la création
du Fonds monétaire international (le FMI) et de la Banque mondiale, «
avec pour objectif spécifique de gérer les problèmes économiques des
pays industrialisés, principalement en Europe, ravagés par la guerre[13]. »
Dans l’optique de Roosevelt, le FMI et la Banque mondiale devaient
s’engager à prêter également des fonds à des pays récemment libérés du
joug colonial afin qu’ils puissent se développer par eux-mêmes.
La perspective était un monde dans lequel chaque nation serait libre de se
développer pour le bien de ses citoyens. Tel se présentait le système de
Bretton Woods, malgré les efforts de l’oligarchie pour saboter ses travaux,
par le biais d’individus comme John Maynard Keynes, un des
économistes britannique les plus connus « qui avait adhéré à l’idéologie
fasciste en 1938, et dont le système monétaire reposait sur l’Empire
britannique[14]. »
Toutefois, l’oligarchie européenne était déterminée à démanteler le
système mis en place par Roosevelt pour l’ère d’après-guerre
annonciatrice de la décolonisation à l’échelle planétaire. Les Britanniques,
par l’intermédiaire d’Harold Wilson ont porté les premiers coups visant à
affaiblir et détruire le système de Bretton Wood vers le milieu des années
60, mais il faut attendre 1971 et Richard Nixon pour en sceller le destin.
À partir de cette date, tout est en place pour l’élimination du système de

taux de change fixes, qui favorisait le développement productif et
l’investissement réels. À partir de 1971, le monde bascule entre les mains
des spéculateurs.

La fin de Bretton Woods
« La guerre du Vietnam dans les années soixante portera le coup fatal au
système de Bretton Woods. Les déficits publics colossaux engendrés par le
financement de cette guerre impopulaire ont permis aux banques
centrales étrangères d’accumuler de vastes réserves de dollars par le biais
de ce qu’on a appelé le marché Eurodollar. Après 1965, les banques
centrales européennes, surtout la Banque de France, se sont mises à
convertir de plus en plus de ces réserves de dollars en or de la Trésorerie
américaine[15]. »
Fin 1969, l’économie américaine renoue avec une dépression majeure.
En 1970, l’administration Nixon, appuyée par la Réserve fédérale, a
relâché sa politique monétaire en vue de réduire les taux d’intérêt et de
stimuler la croissance dans le pays. Les spéculateurs internationaux sur
les taux de change ont réagi immédiatement en lançant une attaque
généralisée contre le dollar.
En août 1971, les réserves en or officielles américaines avaient fondu
de moitié par rapport à celles de 1958. En théorie, si toutes les banques
centrales avaient exigé de l’or en échange de leurs réserves en dollars, les
États-Unis auraient dû faire face à une banqueroute totale. Les accords
de Bretton Woods sur le taux de change et l’or étaient au bord de la
rupture.
« Dans les premiers jours du mois d’août 1971, la Trésorerie américaine
a reçu des informations concernant un projet d’entente des banques
centrales européennes sur ce qui restait des réserves d’or officielles des
États-Unis. Une attaque concertée qui devait être menée par la Banque de
Grande-Bretagne et la Banque de France. Mais avant la date prévue pour
cette offensive, le président Nixon a annoncé, le dimanche 15 août 1971,
à un monde frappé de stupeur que la Réserve fédérale américaine cessait
purement et simplement d’honorer ses obligations spécifiées dans les
accords de Bretton Woods de racheter des dollars contre de l’or. Le dollar,
à l’instar des autres devises importantes du monde, serait désormais
flottant[16]. »
C’est le président Nixon qui, en rompant le lien de convertibilité entre le
dollar et l’or, a précipité le démantèlement « du système de Bretton
Woods, et pavé la voie au genre de manipulations que nous avons

connues depuis. Fluctuation des monnaies, « crises » pétrolières et plus
récemment tous les types de bulles imaginables. Ces dernières coïncident
avec la formation du groupe Inter-Alpha, un groupe bancaire oligarchique
dirigé par David Rothschild, responsable de la bulle financière récente, et
qui a pris les commandes en remplacement des accords de Bretton
Woods.
Le système de Bretton Wood favorisait la stabilité, et si votre objectif est
de plonger le monde dans le chaos, votre première tâche est de détruire
les éléments de la stabilité. Comment ferez-vous pour éliminer la stabilité
des marchés ? D’abord, vous vous débarrassez des taux de change fixes,
des échanges de devises, puis vous cooptez la Banque mondiale et le
Fonds monétaire international pour en faire des agences de l’Empire,
jetant à la poubelle les objectifs primordiaux de Roosevelt, qui étaient d’en
faire des agences de décolonisation.

Le FMI et la Banque Mondiale
On estime généralement aujourd’ hui, et en cela on a tort, que les
objectifs primordiaux de la Banque mondiale et du FMI, dont les États-
Unis demeurent le principal contributeur financier et seul détenteur d’un
pouvoir de veto, sont les mêmes qu’à l’origine. Il s’agissait à leur création
de favoriser le développement et de pallier à la pauvreté dans le tiersmonde,
mais dans la pratique, ces organismes ont aggravé
l’appauvrissement et la déchéance de millions de gens par le biais d’un
programme de prêts baptisé « Programme d’Ajustement Structurel » (PAS),
qui a réussi à ajouter au fardeau des nations emprunteuses en termes de
dette, d’intérêt, de stagnation et d’instabilité.
Le résultat le plus frappant des prêts d’ajustement structurel de la
Banque mondiale et du FMI, c’est que l’argent prêté aux pays sans
ressources est utilisé pour le remboursement immédiat d’intérêts aux
institutions bancaires occidentales. Ce n’est pas innocent car la Banque
mondiale et le FMI font aujourd’hui office d’agents du nouveau système
colonial.
Les PAS ouvrent la voie à la libéralisation des économies africaines et
autres, ce qui implique que les entreprises étrangères sont encouragées à
s’approprier des secteurs définis de l’économie. Les pays les moins
favorisés du tiers-monde n’ont d’autre choix que de se plier aux mesures
drastiques exigées par la Banque puisque ces mesures, selon les propres
termes de la Banque Mondiale, s’avèrent « essentielles pour maintenir la
croissance et la stabilité économique », remplissant un des objectifs
fondamentaux de l’oligarchie qui demeure acheter à vil prix pour revendre
très cher.

1973 : La rencontre de Bilderberg
et le projet de canular pétrolier
Au cours des premiers mois de 1973, le dollar chute, tandis que les
économies de la France, de l’Allemagne et du Japon commencent à
prospérer. À la même époque, le mark allemand avait déjà dépassé de
beaucoup la livre britannique et, vers juillet-août, était en passe d’affirmer
son hégémonie face à un dollar américain chancelant.
C’est au mois de mai 1973 que le groupe Bilderberg organise une
conférence dans la station balnéaire de luxe de Saltsjobaden, en Suède. «
Certains membres de l’élite proche des centres bancaires et financiers de
New York ont décidé qu’il était grand temps d’élaborer un choc
spectaculaire en vue de renverser la direction prise par l’économie
mondiale, même au prix d’une récession de l’économie américaine, dont
ils se souciaient peu tant qu’ils continuaient à contrôler les flux
financiers[17] ».
La pièce maîtresse sur l’agenda de cette conférence Bilderberg a été à
l’origine du choc pétrolier de 1973 : une augmentation prévue et
imminente de 400% du cours du brut de l’OPEP. Si l’on en croit
l’économiste William Engdahl, « le thème de toutes les discussions n’était
pas de savoir comment, nous, un groupe de représentants parmi les plus
puissants du monde industrialisé, pourrions convaincre les pays arabes
de l’OPEP de renoncer à une telle augmentation des cours du pétrole brut.
En réalité, les membres présents à la conférence se sont simplement
demandé comment ils pourraient bien utiliser cette manne de pétrodollars
qui ne manquerait pas de remplir les coffres des banques à Londres et à
New York en provenance des revenus pétroliers de l’OPEP.

« Le choc pétrolier intervient deux ans après la décision de laisser flotter le dollar, alors que celui-ci chute lourdement, parce que l’économie
américaine commence à présenter des ruptures spectaculaires avec la
période qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale, où les États-
Unis représentaient une puissance industrielle de premier plan, et où les
réserves en or étaient en corrélation parfaite avec le reste de l’économie[18].»

 La vraie raison de la hausse
de 400 % du cours du brut

La hausse de 400 % du cours du brut en 1973-1974 a sauvé le dollar.
Le dollar a continué de flotter sur une mer de pétrole. Une nouvelle fois, il
faut se souvenir que Richard Nixon avait rompu le lien entre le dollar et
l’or de façon unilatérale en août 1971, et qu’à la suite de cette décision, la
devise américaine avait plongé de quelque 40% face aux principales
monnaies d’échange, comme le mark allemand ou le yen japonais. Ce qui
a sauvé le dollar, ce qui a sauvé Wall Street et la puissance du dollar en
tant qu’entité financière, mais sans sauver l’économie américaine, loin de
là, c’est la hausse de 400 % du cours du brut décidée par l’OPEP.
Le choc pétrolier a donné un coup d’arrêt à la croissance en Europe,
étouffé le processus d’industrialisation des pays en développement dans le
tiers-monde, qui jouissaient pourtant d’une dynamique de croissance
rapide au début des années 70 et il a fait pencher de nouveau la balance
du pouvoir du côté de Wall Street et du dollar au sein du système
monétaire.
Cette opération visait à inaugurer un processus systématique de pillage
de la véritable richesse productive des grands pays de la planète, l’Arabie
Saoudite et tous les autres pays du Golfe n’étant plus que des États
fantoches sous la domination de la City de Londres.
Comment pouvez-vous affirmer cela, me demanderez-vous ? Eh bien, il
faut savoir que « le marché du brut est contrôlé non par l’OPEP mais par
l’Empire britannique par le biais de la domination des géants de
l’industrie pétrolière qui constituent le cartel international du pétrole. Ces
sociétés qui contrôlent le transport, la transformation et la distribution
des produits pétroliers, ont la mainmise sur la partie physique du marché
du pétrole, tandis que les prix dépendent des marchés financiers. Cet

arrangement permet une désynchronisation des cours du brut et de l’offre
et de la demande, et s’est révélé extrêmement profitable pour les
financiers qui contrôlent l’Empire[19]. »
Ce canular pétrolier est à l’origine d’un volume énorme de transfert de
richesse, surtout vers les pays de l’OPEP, ce que l’on appelle depuis les
pétrodollars, mais tout cet argent a immédiatement pris le chemin de
Londres et de Wall Street où il a été géré. De cette façon, l’oligarchie
financière s’est servie de ce tour de passe-passe dans les centres
financiers importants pour s’assurer la mainmise absolue sur le crédit
mondial et veiller à ce que celui-ci ne serve plus au développement.
Cette manne financière a servi à « fonder des opérations visant à
transformer les États-Unis de l’intérieur, ce qui incluait la prise de
contrôle du système bancaire américain et la cartellisation, déguisée sous
les termes de fusion/acquisition, des entreprises américaines. Wall Street
s’est transformée en un gigantesque casino, les paris sur les instruments
financiers remplaçant l’investissement, rompant ainsi tout lien avec la
réalité économique. Dans le même temps, les pétrodollars servaient à
financer des opérations de guerre culturelle contre les Américains eux-mêmes,
afin de les rendre aveugles aux dégâts engendrés par le processus
de transformation, ou même à les persuader qu’il s’agissait là d’un
véritable progrès[20]. »
« Cette manipulation du choc pétrolier de 1973-1974, qui a introduit la
spéculation financière dans les marchés du brut par le biais du marché
au comptant, a entraîné la création d’un vaste pool de pétrodollars grâce
auquel la City de Londres a été à même de mener sa guerre contre les
nations. Ces pétrodollars, mêlés aux bénéfices tirés du trafic de drogue
orchestré par l’empire britannique, « Dope, Inc. », sont à l’origine de la
restructuration de Wall Street dans les années 70, ouvrant la voie aux
obligations à risques des années 80, puis aux produits dérivés des années 90[21].

Comment fonctionne un marché au comptant

Avant le déclenchement de la guerre israélo-égyptienne en 1973, le prix
du pétrole brut était fixé par des contrats à long terme entre nations, par
exemple entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite dans lequel le cours du
brut au travers des compagnies pétrolières était fixé à 10$ le baril
pendant des années. Ce prix ne pouvait être changé et ne fluctuait donc
pas. Que s’est-il passé ensuite ? La guerre israélo-palestinienne a servi de
prétexte pour déclencher un embargo sur le pétrole contre les États-Unis
et certains autres pays. Afin de s’approvisionner en brut, l’oligarchie a mis
en place un marché au comptant à Rotterdam où les États-Unis et les
autres pays figurant sur la liste noire allaient acheter du brut, mais en le
payant au cours du marché. Le marché au comptant était né ; un
mécanisme qui permettait d’acheter et de vendre du pétrole au cours
supporté par le marché.
Tout ce bel arrangement était savamment orchestré : la création d’un
marché au comptant et ses conséquences, la flambée des prix du brut.
Dès que le cours du brut a flambé, dès que cette manne de pétrodollars a
commencé de s’accumuler en Europe, s’est créé le « marché de
l’Eurodollar ». Ainsi a décollé le processus à la base de l’Empire financier
responsable d’une véritable opération de guerre financière contre les
États-nations au bénéfice de Wall Street. « Plus tard, le choc pétrolier
servit à promouvoir l’idée que les États-Unis “consommaient trop”
d’énergie et qu’il fallait se restreindre… En même temps, grâce aux
mesures combinées de “conservation” de l’énergie, des prix en hausse et
des pénuries organisées, la base industrielle américaine s’est réduite,
remplacée par le canular de l’Ère de l’information post-industrielle[22]. » De
nouveau nous abordons le sujet des mesures tendant à créer une société post-industrielle.
De nos jours, le cours du pétrole brut est déterminé par la spéculation
dans les marchés à terme et ce cours s’avère beaucoup plus élevé que si
l’on fait la somme du coût de l’extraction, du transport, du raffinage
auquel on ajouterait le prix des produits issus de ce raffinage. Cela peut
sembler surprenant, mais près de 60% du cours du brut actuel est le
résultat de la spéculation organisée par les grandes banques
commerciales et les fonds spéculatifs par le biais des bourses du pétrole à
Londres et New York.
Il s’agit donc bien d’une gigantesque escroquerie financière qui a servi à
l’Empire pour mener son offensive de prise de contrôle de la planète. « Les
effets de cette offensive sont devenus clairs aujourd’hui. La bulle financière a éclaté, et ce grand moteur financier qui était censé remplacer
l’industrie en tant que moteur économique de l’avenir n’a pas plus de
substance que les habits neufs de l’empereur. Que nous reste-t-il
désormais ? Un système bancaire en faillite au sommet d’une ; carcasse
rouillée d’économie ; nous ne dépendons plus que de cartels d’entreprises
multinationales, que d’aucuns appellent la « World Company », pour la
plupart des choses indispensables à notre vie[23]. »

Produits dérivés, prêts hypothécaires
et bulle spéculative

suite…

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La doctrine traditionnelle des races et des castes


lelibrepenseur.org

par P.-Y. Lenoble

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« Il (Dieu) donna en partage aux Brâhmanes l’étude et l’enseignement des Védas, l’accomplissement du sacrifice, la direction des sacrifices offerts par d’autres, le droit de donner et celui de recevoir ; Il imposa pour devoirs au Kshatriya de protéger le peuple, d’exercer la charité, de sacrifier, de lire les livres sacrés, et de ne pas s’abandonner aux plaisirs des sens. Soigner les bestiaux, donner l’aumône, sacrifier, étudier les livres saints, faire le commerce, prêter à intérêt, labourer la terre, sont les fonctions allouées au Vaishya. Mais le souverain Maître n’assigna au Shûdra qu’un seul office, celui de servir les castes précédentes, sans déprécier leur mérite », Lois de Manou (Traduit par A. Loiseleur Deslongchamps).


Tout d’abord, à notre époque chaotique de conditionnement mental et de guerre cognitive généralisés, période parodique de stupidité bien-pensante et de commantarite de bonne femme, nous tenons à lever une importante équivoque touchant au sujet fort glissant de ce présent article : nous ne sommes absolument pas racistes (nos proches peuvent en témoigner), dans le sens biologique et naturaliste du terme, car ce concept scientifique tout moderne — inventé par les néodarwinistes de la perfide Albion il y a à peine deux siècles pour justifier la pseudo-domination raciale du bourgeois blanc parasitaire sur le reste de la planète — n’est pas du tout précis et manque cruellement de fiabilité, notamment et surtout de nos jours, à l’heure de la mondialisation totale et du « village planétaire », avec la généralisation des échanges internationaux, des mélanges culturels et des métissages ethniques de grande ampleur.

De même, nous n’écrivons pas ce petit texte pour justifier une quelconque thèse racialiste subjective, mais plutôt pour tenter d’expliquer, à grands traits et sans y mettre de sentiments, le système traditionnel des races et des castes.

N’oublions pas également de rappeler que, suivant le récit génésiaque, la peau de l’homme ne représente qu’une simple « tunique », un avoir contingent, un voile extérieur cachant son proprium spirituel, masquant son être immuable, par définition invisible.

Bien entendu, nous pouvons admettre qu’il existe des peuples ou des ethnies divers et variés, en des termes tant socioculturels que biologiques, mais nous n’établissons entre eux aucune sorte de hiérarchisation, chaque communauté particulière, comme du reste chaque être humain pris isolément, revêtant à nos yeux les qualités de ses défauts et inversement.

À cet égard, il est expressément proclamé dans un magnifique passage du Mahâbhârata (Shanti-Parvan, 188) : « Il n’y a pas de caste supérieure. L’univers est l’œuvre de l’Être immense. Les êtres créés par Lui furent seulement divisés en castes selon leurs aptitudes ».

D’ailleurs, en tant que traditionaliste, nous pensons que le véritable multiculturalisme, la légitime fraternité entre les peuples et la vraie diversité ethnique — impliquant une large variété de populations différenciées et une hétérogénéité psychosomatique qualitative entre les individus — sont une très bonne chose en soi et ne sont aucunement comparables avec leurs parodies actuelles du style « vivre-ensemble » ou du soi-disant « antiracisme » (menant tout droit à une fade uniformisation générale), car il nous faut rappeler en priorité que, du point de vue métaphysique, la Qualité pure suppose nécessairement la différenciation/distinction alors que la Quantité pure suppose l’indifférenciation/indistinction.

En clair, nous avancerons que la doctrine raciale traditionnelle prône la diversité biologique des membres de l’espèce humaine et l’unité transcendante de celle-ci, alors que les théories modernes de la race mettent sciemment de côté cette unité anthropologique d’origine non-humaine (pour ne pas dire divine) et prônent inversement une uniformité dégradante de l’humanité entière. L’une considère subtilement l’homme comme une forme dégradée de l’ange, les autres, au contraire, voient grossièrement l’humain comme un vulgaire dérivé du singe ; selon nous, l’une constitue une sacralisation légitime, l’autre n’est qu’une profanation moderniste…

Par là-même, nous dirons simplement que tous les enseignements traditionnels évoquant les différences entre les hommes ne concernent ni leur extériorité physiologique ni leur capacité intellectuelle ni leur psychologie particulières, mais plutôt leur intériorité ontologique foncière, leur typicité profonde, leur caractère unique, leur fonction sociale et leur utilité intrinsèque pour le bien et la viabilité du groupe (ainsi, on jugera avant tout leur degré de connaissance, de courage et l’efficience de leur « savoir-faire » professionnel).

Ici, il ne s’agit donc pas de différencier entre eux les corps (correspondant à la Matière passive et sans vie), seul compte le domaine de l’esprit, la Forme intérieure, incarnant l’unique et véritable personnalité de chacun d’entre nous : dès lors, dans l’optique traditionnelle, l’homme n’a pas à proprement parler de race biologique (ni du reste de classe sociale), en revanche, il est plus au moins  »racé », soit différencié et qualifié, au regard de ce qu’il porte dans son for intérieur.

Aussi, nous tient-il à cœur de reproduire une nouvelle fois quelques intéressantes réflexions de Julius Evola — accusé injustement de racisme radical, alors qu’il a pourtant toujours copieusement critiqué les doctrines raciales simplistes et violentes des régimes nationaux-socialistes — qui permettent d’entrevoir à travers quel prisme il convient d’aborder la perspective traditionnelle de la question raciale ; le penseur italien — qui a théorisé le concept de « race de l’esprit » et qui parlait parfois de « race interne », de « nature profonde » ou de « style particulier » pour caractériser les vraies différences anthropologiques — affirmait au sujet de l’antique doctrine de la différenciation ontologique, que celle-ci « concerne non plus les différents types de réaction de l’homme en face du milieu et les contenus de l’expérience normale de tous les jours, mais ses différentes attitudes vis-à-vis du monde spirituel, supra-humain et divin, tel qu’il se manifeste sous la forme propre aux systèmes spéculatifs, aux mythes et aux symboles comme à la diversité de l’expérience religieuse elle-même. Il existe également, en ce domaine, des « invariants », ou dénominateurs communs, si l’on veut, des similitudes d’inspiration et d’attitude qui reconduisent précisément à une cause interne différenciatrice — laquelle est précisément la « race de l’esprit » » (Éléments pour une éducation raciale, Pardès, 1984, p. 51).

Dans un esprit identique, faisons remarquer que le terme sanskrit varna : « caste » a également la signification connexe de « couleur », mot qu’il faut surtout entendre non pas de façon littérale mais bien comme la qualité, la saveur, la particularité ou l’intériorité de toutes les choses et de tous les êtres manifestés au sein de la contingence mondaine (le terme varna équivaut ainsi au grec eidos : « forme, idée »).

Une illustration frappante de cette conception raciale supra-corporelle nous est offerte par les barons européens lors des croisades médiévales qui n’hésitaient pas à convoiter et à contracter des alliances matrimoniales avec les princesses des nobles familles orientales, alors que cela aurait été absolument inconcevable pour eux de le faire avec une roturière partageant pourtant les mêmes origines ethniques.

René Guénon donne de précieuses précisions quant au concept traditionnel de la caste, qui se veut avant tout extra-biologique : « Le mot varna, dans son sens primitif, signifie  »couleur », et certains ont voulu trouver là une preuve ou tout au moins un indice du fait supposé que la distinction des castes aurait été fondée à l’origine sur des différences de race ; mais il n’en est rien, car le même mot a, par extension, le sens de  »qualité » en général, d’où son emploi analogique pour désigner la nature particulière d’un être, ce qu’on peut appeler son  »essence individuelle », et c’est bien là ce qui détermine la caste, sans que la considération de la race ait à intervenir autrement que comme un des éléments qui peuvent influer sur la constitution de la nature individuelle » (Introduction générale à l’étude des doctrines Hindoues, Éd. Véga, 2009, p. 199).


…l’énorme gouffre ontologique qui sépare inexorablement l’homme traditionnel, qualitativement différencié, et l’homme moderne, dégénéré de médiocrité, pourrait être symboliquement comparé à la différence zoologique qui existe entre un lynx (ou un chat sauvage) et un gros matou domestique, tout engourdi et castré.


Plus trivialement, il est important d’affirmer haut et fort que pour l’intemporelle tournure d’esprit traditionnelle (c’est-à-dire normale) un guerrier Massaï, un hoplite de Sparte, un chasseur/cueilleur Pygmée, un Samouraï nippon, un éleveur nomade des steppes mongoles, un chevalier médiéval, un moudjahidin afghan, un medecine-man australien ou un grand-chef Sioux incarnent chacun un type humain clairement différencié et possèdent beaucoup plus de valeur, de virilité, de carrure, de droiture et de prestance anthropologiques (et plus de beauté physique) que n’importe quelle soi-disant élite occidentale actuelle appartenant au monde dit  »civilisé », fusse-t-elle un de ces gros allemands en short et en claquettes, un vil homme d’affaire métrosexuel londonien, un politicard/médiateux en costume raffolant de jeunes boxeurs thaïlandais, un servile et interchangeable journaleux/menteur d’un mètre cinquante efféminé, un sous-intellectualeux à lunettes bobo-baragouineur du style l’imbécile heureux onfray (l’étron philosophailleux moderne par excellence, qui n’aurait pas sa place dans un monde normal) ou un chanteur/sportif drogué intégralement décérébré, et on ne parle même pas de certaines créatures grotesques du type conchita wurst.

Pour faire bref, nous avancerons que l’énorme gouffre ontologique qui sépare inexorablement l’homme traditionnel, qualitativement différencié, et l’homme moderne, dégénéré de médiocrité, pourrait être symboliquement comparé à la différence zoologique qui existe entre un lynx (ou un chat sauvage) et un gros matou domestique, tout engourdi et castré.

En outre, au regard de l’histoire, de l’ethnologie et de la sociologie, nous devons observer que l’ancien monde, avec son paradigme et son mode de vie traditionnels, a partout et toujours conçu la structure de ses divers modèles sociétaux en fonction d’un ordre hiérarchique sacralisé, en s’organisant autour de principes supra-humains et de critères discriminants basés sur la valeur intérieure des êtres (valeur qui peut être de type ascétique ou héroïque, contemplative ou active) et, plus généralement, en s’axant sur la plus-value effective de chaque individu au sein du groupe (ex : aptitude à la guerre ou à l’agriculture, degré de sainteté, de savoir religieux et autres connaissances diverses et variées, maîtrise de techniques artisanales ou d’un art utile quelconque… etc.).

On sait également que les sociétés traditionnelles ont fonctionné à l’image de la constitution d’un organisme vivant ou du métabolisme d’un corps humain : elles se sont distinguées par le simple fait qu’elles furent des Touts se suffisant à eux-mêmes, des sortes d’îlots de néguentropie, des Unités civilisationnelles spirituellement orientées et composées de multiples sous-parties différentes harmonieusement réparties.

Ayons bien en mémoire que la science métaphysique professe à ce titre que plus un organisme (ou une entité non-vivante) contient un grand nombre de parties distinctes, bien agencées et toutes interdépendantes malgré leur spécificité, — l’ensemble des subdivisions internes se trouvant ainsi ordonnées selon un mouvement néguentropique, telle une mosaïque complexe divisée en d’innombrables pièces disposées de manière fractale, dira-t-on — plus celui-ci aura une nature supérieure et une configuration qualitative (songeons simplement à l’échelle graduelle des quatre règnes biologiques) : il en est de même en ce qui concerne les collectivités et les individus qui les composent…

Une belle illustration de cet organicisme sociétal nous est offerte par Platon dans sa République (notamment aux Livres II et IV) en tant que communauté idéale, pour qui toute entité (cosmos, peuples, cités, familles et individus) est naturellement ordonnée selon le principe universel de « Justice » (dikaiosyné) ; celle-ci ne peut être atteinte que « lorsque chacune des diverses parties de la communauté des pouvoirs accomplit sa propre tâche. (…) nos diverses natures ne sont pas semblables mais différentes, chacun est tenu d’accomplir pour l’État un service social, celui pour lequel sa nature est le mieux adaptée », dès lors, « davantage sera produit, d’une meilleure sorte et plus aisément, lorsque chacun ne fait qu’une chose, celle à laquelle il est propre, dans le temps voulu, sans s’occuper des autres ».

Bien que ce fait soit largement connu, précisons que le monde traditionnel a toujours connu des modes d’organisation sociétale élitistes (des aristocraties au vrai sens du mot), faits de plusieurs strates hiérarchiques graduelles, et, plus généralement, a adopté un modèle trifonctionnel (à l’exemple de la fameuse tripartition sociale indo-européenne mise en lumière par G. Dumézil) avec trois castes principales réparties comme suit :

  • le sommet de la pyramide sociale est occupé par la prêtrise (l’autorité spirituelle, l’Auctoritas, « ceux qui savent et qui prient », les Oratores ou Brâhmanes, la Religion/Contemplation correspondant analogiquement au cœur humain, siège de la connaissance divine) ;
  • vient ensuite l’aristocratie guerrière formant une noblesse de sang (le pouvoir temporel, la Potestas, « ceux qui combattent et qui rendent justice », les Bellatores ou Kshatriyas, la Politique/Action s’apparentant au cerveau qui réfléchit et aux bras qui agissent) ;
  • puis, on trouve la troisième strate sociale qui est occupée par la classe économique des gros propriétaires terriens/agriculteurs et des riches artisans/commerçants (c’est la véritable bourgeoisie, le « Tiers-état » proprement dit, le Patriciat, la gens ou l’ethnos, « ceux qui travaillent et qui possèdent », les Laboratores ou Vaishyas, l’Économie/Production responsable du socle alimentaire et démographique du groupe, soit le ventre et le bas-ventre) ;
  • enfin, la quatrième et dernière couche sociale (les « hors-castes ») est composée par le bas-peuple, soit la somme de tous les profanes exclus des trois castes principales (« ceux qui ne possèdent pas les moyens de production et qui n’ont que leurs mains », employés, serfs, esclaves, métèques), ce sont les Shûdras, la Plèbe, le Travail/Consommation, le démos qui se trouve en-dehors du système de caste, mis à l’écart des affaires publiques et de toutes les décisions politico-économiques ; c’est la masse des ignorants non-autonomes (« ceux à qui il est uniquement demandé de croire et d’obéir »), et qui s’apparente, si l’on peut dire, à la multiplicité amorphe, soit à la chair et aux os — à la substance plastique — du composé humain.

À l’extérieur du groupe, se trouvent les bas-fonds sociaux, les vagabonds apatrides et les peuples ennemis (tels les « intouchables » de l’Inde, les « barbares » de l’Antiquité, ou encore les sorcières, les lépreux et autres cagots du Moyen-âge tardif).

Au demeurant, nous laisserons ici le soin au penseur pérennialiste Frithjof Schuon de nous éclairer encore un peu plus sur la doctrine traditionnelle des races et des castes ; s’appuyant sur l’exemple de l’organicisme civilisationnel de l’Inde védique, il récapitule parfaitement nos dires précédents quant à ces quatre grands types d’être humain (que l’on a déjà croisé dans la citation en préambule de cet article) : « Pour le brâhmana, ― le type purement intellectuel, contemplatif, « sacerdotal » ― c’est l’immuable, le transcendant, qui est « réel » ; il ne « croit », en son for intérieur, ni à la « vie » ni à la « terre » ; il y a quelque chose en lui qui reste étranger au changement et à la matière ; c’est là, grosso modo, sa disposition intime, sa « vie imaginative » si l’on peut dire, quelles que puissent être les faiblesses qui l’obscurcissent. Le kshatriya ― le type chevaleresque ― a une intelligence aiguë, mais tournée vers l’action et l’analyse plutôt que vers la contemplation et la synthèse ; (…) Pour le vaishya ― le marchand, le paysan, l’artisan, c’est-à-dire l’homme dont l’activité est directement liée aux valeurs matérielles, non en fait et par accident, mais en vertu de sa nature intime ―, pour le vaishya, c’est la richesse, la sécurité, la prospérité, le « bien-être », qui sont « réels » ; (…) On pourrait définir l’homme « deux-fois né » (dwîja, à savoir les trois castes dont nous venons de parler) comme un esprit doué d’un corps, et le shûdra ― qui représente la quatrième caste ― comme un corps doué d’une conscience humaine ; (…) Pour ce type humain, qui se sépare des types précédents encore plus que le vaishya ne se sépare des castes nobles, c’est le corporel qui est « réel » ; c’est le manger et le boire qui font à rigoureusement parler le bonheur, avec les concomitances psychologiques qui s’y rattachent » (Castes et races, Archè, 1979, p. 9 et 10).

Il est bien dit du reste, dans un célèbre hymne du Rig-Véda (X, 90), que « De Purusha ― « l’Homme universel » décrit sous la forme d’un géant primordial d’une ampleur macrocosmique ― le Brâhmane fut la bouche, le Kshatriya les bras, le Vaishya les hanches ; le Shûdra naquit sous ses pieds ».

Le grand penseur juif du XIIe siècle (surnommé « l’Aigle de la synagogue » par saint Thomas d’Aquin), Moïse Maïmonide, dans son monumental ouvrage : Le guide des égarés (III, 4) plus ésotérique et universaliste qu’on ne pourrait le croire au premier abord, à l’instar de la tradition hindouiste, distinguait lui-aussi quatre types distinctifs d’homme ici-bas, vivant ensemble en ce monde imparfait et imperfectible. En effet, usant d’une belle allégorie symbolique (comparable à la figure de la « triple enceinte » druidique), l’éminent métaphysicien néoplatonicien définissait quatre degrés hiérarchiques entre les êtres humains, tous répartis suivant leur niveau personnel de connaissance et de pureté ontologique.

Selon sa terminologie imagée, les plus valeureux des hommes, situés au sommet de sa classification anthropologique pyramidale, sont ceux qui symboliquement se trouvent « à l’intérieur de la chambre du roi », soit les êtres les plus élevés spirituellement, qui sont en relation directe et permanente, via l’intériorité du cœur, avec Dieu, l’unique « roi » (c’est-à-dire le Soi universel) : ce sont les saints, les maîtres spirituels, les yogis, les prophètes et tous les « Amis de Dieu » ;

la seconde caste est composée des hommes situés « à l’extérieur de la chambre royale », mais tout de même « à l’intérieur de l’enceinte du palais », soit les hommes initiés ayant acquis un certain état de purification ontologique : ce sont les religieux et les membres des confréries initiatiques opératives (ordre de chevalerie et initiations de métiers) ;

le troisième type correspond aux hommes qui sont « à l’extérieur du palais », mais qui toutefois « regardent en direction du palais » : ce sont les membres du peuple, la masse restante des simples croyants (littéralement les « profanes », du latin pro-fanum : « hors du temple ») ;

enfin, la dernière catégorie est celle des plus mauvais, constituée par les mécréants, les idolâtres et les pécheurs de toutes sortes qui « sont à l’extérieur et qui en plus regardent à l’opposé du palais » : aux yeux de Maïmonide, ceux-ci représentent des sous-hommes à éradiquer ou au moins à fermement ostraciser.

Or, pour en revenir à nos jours kali-yuguesques, à l’heure de la médiocrité quantitative intégrale ― soit « le désenchantement du monde », « le règne de la quantité », la « fin de l’histoire », « la société de l’indistinction », la « pax americana », pour ne pas dire « le règne de l’Antéchrist » ou l’ordo ab chao planétaire ―, à l’heure de la « lutte des classes », de la « fracture sociale » et du « choc des civilisations », où toute qualité individuelle s’est divisée et dissoute dans une vaste uniformité grégaire, désintégrée dans une immense soupe amorphe, ces quatre qualités humaines distinctives sont toujours bel et bien présentes, mais totalement diffuses et éparpillées au sein de la population mondiale, toute entière diluée ethniquement et culturellement.


Au final, pour faire court, aujourd’hui, en 2017, le règne du Cinquième-état (celui des voleurs, des andouilles, des fous, des prostituées, des pédophiles, des mafias, des sorciers et autres parasites sociaux) s’est fatalement enclenché et aboutira à une catharsis cataclysmique…


En bref, on peut aller jusqu’à dire qu’à notre époque de parodie et d’inversion de toutes choses, où sévissent la confusion sociale et les mouvements de population anarchiques, où la large majorité des hommes ont perdu leur être véritable, n’ont plus aucune valeur intrinsèque et sont seulement gouvernés par les besoins animaux et les passions sentimentalistes, les sociétés sont désormais dirigées par les plus mauvais membres du groupe (sociopathes, bandits, escrocs, abrutis, pervers… etc.), littéralement les dégénérés, autrefois exclus, formant une pseudo-élite parasitaire ― des toxines et des bacilles humains ayant pour rôle de s’attaquer au cadavre de notre civilisation arrivée en fin de cycle ―, alors que les véritables élites (celles du cycle futur) se trouvent mélangées, oubliées, reléguées en puissance, au sein des masses populaires grouillantes.

« Les sages se tairont et les fous parlerons. (…) la confusion tombera sur tous les hommes », est-il tout simplement déclaré au sujet du chaos ethnico-social propre à toute civilisation en voie d’effondrement, dans un texte inter-testamentaire intitulé l’Apocalypse de Baruch (LXX, 5 et 6) ; voici également ce qu’écrivait le philosophe persan Qotboddîn Shîrâzî au XIIIe siècle, au sujet de la dégénérescence humaine et de la confusion sociale de notre ère historique, qui constitue typiquement une fin de cycle civilisationnel : « Parce que le temps des prophètes est passé, les imbéciles et les ignorants s’emparent triomphalement du pouvoir. C’est le fait d’une époque comme la nôtre, où les religions ont perdu leur force, où les catastrophes se succèdent, où les sentiers et les voies de la sagesse sont effacés au point qu’il n’en reste plus trace, époque où sont abolis les rangs et les degrés qui constituent la hiérarchie de l’Intelligence »…

En adoptant une plus large perspective, nous dirons que cette quadripartition des types humains évolue avec le temps et se désagrège graduellement, voyant petit à petit le degré de qualité ontologique des élites politico-sociales dangereusement régresser ; ce processus, que J. Evola dénommait la « loi générale d’involution des castes », est d’une extrême importance pour la compréhension de l’histoire universelle. Nous utiliserons, pour conclure cet article, l’exemple parlant de la destinée historique régressive du monde occidental (ce qu’on a appelé un temps la « Chrétienté »).

Ainsi, dans le cadre d’existence traditionnel, on l’a vu, ce sont les élites spirituelles, la caste sacerdotale, qui occupent le pyramidion de la hiérarchie sociale (au Moyen-âge, le pape  »fait » les rois en leur conférant le « Droit divin » et le clergé dirige l’ensemble des aspects de la société).

Puis arrive l’heure de l’usurpation sacrilège, de la coupure du lien sacral et de la prise de pouvoir des élites temporelles aux dépens de l’autorité spirituelle ; c’est ce que l’Hindouisme appelle la « révolte des Kshatriyas » (cela correspond à l’arrestation des Templiers au début du XIVe siècle et à l’action antitraditionnelle de Philippe-le-Bel : apostasie, faux monnayage, assassinats de clercs, vols de biens ecclésiastiques, politique mercantile et centralisatrice… etc.).

Dès lors, pas à pas, c’est au tour des rois et de la noblesse de sang, désormais dépourvus de la moindre légitimité sacrée, de se voir déposséder du pouvoir réel par le Tiers-état, soit la classe marchande et bourgeoise, mettant en place la « démocratie » dans le sens premier du terme (Renaissance, Réforme, puis Révolution de 1789, mort de Louis XVI, avènement des nationalismes laïcs et des ripoubliques maçonniques, singerie de la monarchie avec l’empereur/bankster Napoléon, séparation entre l’Église et l’État… etc.).

Enfin, arrive l’ultime période dominée par le Quatrième-état, c’est l’ère terminale du matérialisme de masse, des foules et des collectivismes sans âme broyeurs de toutes qualités anthropologiques (avec le développement du Communisme bolchevique et des divers régimes nationaux-socialistes, puis l’établissement global, après les deux guerres mondiales, du Capitalisme spectaculaire et son consumérisme obligatoire).

Au final, pour faire court, aujourd’hui, en 2017, le règne du Cinquième-état (celui des voleurs, des andouilles, des fous, des prostituées, des pédophiles, des mafias, des sorciers et autres parasites sociaux) s’est fatalement enclenché et aboutira à une catharsis cataclysmique, le monde entier, désormais sans dessus-dessous, se voit froidement managé dans une gigantesque « diablerie de foule », gangrené par les influences démoniques les plus inférieures, où, on l’a déjà écrit ailleurs, l’humain n’est plus sujet mais objet des forces historiques, et, où le borgne (à la fois initié, pirate et diable) a été sacré roi des aveugles, soit tout simplement « des aveugles qui guident des aveugles », et qui « tous les deux tomberont dans un trou » (Matthieu XV, 14)…

Tout ce que l’on ne vous dit pas sur le cerveau par M. Bernard-Michel Boissier


lelibrepenseur.org

Vidéo fort intéressante, à voir absolument, concernant le cerveau. Très riche, documentée, cette vidéo est une mine d’or pour les curieux.

 

Source : Les conférences du cerveau


Ajoutée le 25 août 2016
Une des conférences de M. Bernard-Michel Boissier. Un grand merci pour cette vidéo à M. Frédéric Chomel. Pour les nouvelles conférences de M. Bernard-Michel Boissier :  https://www.facebook.com/conferences….
Catégorie Science et technologie