LA CHINE


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Ouvrage: La Chine

Auteur: Karl Marx et Friedrich Engels

Traduction et Préface de Roger DANGEVILLE

 

 

PRÉFACE

I. LE CÉLESTE EMPIRE ET LES DÉMONS CAPITALISTES
ALLEMAGNE ET CHINE.

Marx et Engels ont souvent comparé l’Allemagne, divisée après l’échec des tentatives révolutionnaires de 1525 et de 1848-1849, à la Chine, dissoute et démembrée par les impérialismes. La situation intérieure y était semblable :

« Enfin, l’Allemagne, privée de ses territoires périphériques, ou dominée par eux, devint la proie des autres États européens (France, Suède, Russie, etc.), une sorte de concession européenne. Désormais la faiblesse économique se combina à la faiblesse politique : un avantage économique ne pouvait plus venir au secours de la débilité politique de l’Allemagne. Il n’y avait plus de guerre heureuse pour ce pays ni de conjoncture économique qui pût la remettre dans la bonne voie du développement 1»

Le salut devait venir de l’extérieur, d’où était venue la ruine : ce fut d’abord la révolu-tion française, puis la tentative [8] héroïque du prolétariat français de 1848, et enfin l’unité allemande après la guerre franco-prussienne en 1871.


1 Cf. Engels, Notes manuscrites sur l’histoire de l’Allemagne, in Ecrits militaires, p. 97. Dans leurs articles sur la Chine, Marx et Engels dénonceront avec force la conjonction de l’impérialisme capitaliste anglais et l’expansionnisme tsariste qu’ils ont bien connus en Allemagne même.


La révolution de la société chinoise devait, elle aussi, suivre en gros le cours de la révolution allemande. Et l’analogie est assez manifeste pour que l’on puisse l’étendre — dès lors que le centre du mouvement ouvrier, en Allemagne vers la fin du siècle, s’est déplacé en Asie après la révolution d’Octobre — jusqu’au prolétariat chinois lui-même qui, dès sa prime enfance, y annonçait — comme en Allemagne de 1844 — un développement gigantesque, tant du point de vue théorique que politique et organisationnel. Qui plus est, quoique faible-ment développé, puisque l’industrie était encore en germe et disséminée dans un espace immense, ce prolétariat devait être capable de produire un Marx-Engels, comme les conditions arriérées de Russie avaient produit un Lénine.
Tous ces pays « arriérés » ont ceci en commun que la conscience révolutionnaire du communisme — c’est-à-dire d’une solution radicale à la décomposition de la société existante — n’est pas venue au prolétariat dans le prolongement d’une révolution bourgeoise et au fur et à mesure du développement des conditions économiques et sociales du capitalisme, mais à la suite de révolutions anti-féodales manquées en raison de l’impuissance de la bourgeoisie locale et de la violence dissolvante et stérilisante de l’impérialisme étranger. Les conditions préalables de la société moderne y étaient donc déjà mûres, mais seule la violence contre-révolutionnaire en empêchait l’avènement. D’où l’importance du facteur [9] révolutionnaire dans ces pays où la violence explique le retard économique, et les nécessités économiques suggèrent l’emploi de la violence pour briser les ultimes entraves à l’essor social.
Du point de vue théorique, le prolétariat de ces pays — représenté sur la scène sociale par son parti — doit donc avoir conscience non seulement des tâches immédiates, c’est-à-dire du passage de la société précapitaliste au capitalisme, mais encore — en liaison avec le prolétariat international des pays développés — du passage ultérieur à la société socialiste. Bref, il lui faut une conscience universelle, ou inter-nationale, du processus révolutionnaire.
Or ce sont les conditions matérielles de la société qui fournissent, toujours, les éléments d’une prise de conscience marxiste radicale et militante. Ces sociétés en dissolution constituent un amas de toutes les formes de société et de production de l’histoire — du communisme primitif au capitalisme le plus concentré dans les quelques rares villes —, puisqu’ aucune révolution n’y a vraiment balayé de la scène sociale les vestiges des modes de production et d’échange du passé, toutes les couches et classes continuant d’y subsister et se superposant les unes aux autres pour exploiter et opprimer les masses laborieuses, notamment le prolétariat industriel et agricole. Ce dernier ne connaît donc pas seulement l’expérience du capitalisme et de l’impérialisme, mais encore celle des multiples autres formes historiques d’asservissement du travail, dont il peut juger dialectiquement les effets et rapports respectifs.
Ces pays sont aussi particulièrement bien [10] placés pour saisir que les classes trouvent leur prolongement dans les États organisés et que l’impérialisme international se greffe, dans les pays arriérés, sur l’exploitation de classe. Dans ces conditions, la vie de ces pays est particulièrement sensible aux fluctuations de la politique internationale et de l’économie des grandes puissances mondiales. Les pays « attardés » ne forment-ils pas le terrain de chasse et l’enjeu direct des guerres de rivalité impérialiste 2
Si, dans les pays de capitalisme développé, l’ordre social devient proprement insupportable au prolétariat, surtout au moment de la crise économique ou de la guerre qui en est le prolongement, il l’est en permanence dans les pays « attardés », où plus qu’ailleurs il est ressenti douloureusement, comme un état qui pousse constamment à la ré-volte. La violence révolutionnaire qui est le seul recours immédiat, ne peut cependant s’exercer à volonté, car elle dépend de conditions économiques, politiques et sociales de crise. D’où la nécessité d’une vision critique de ces conditions et d’une organisation rationnelle et systématique de la violence. .
Cette préface, assez longue, s’efforce d’établir quelle est la position du marxisme vis-à-vis des sociétés orientales en général, et de la Chine en particulier. On trouvera une analyse des structures productives asiatiques et leur place dans la série des modes de production de l’humanité dans un ouvrage collectif, intitulé la Succession des formes


2 Ce n’est pas par hasard si les Écrits militaires forment environ un quart de l’oeuvre énorme de Marx et d’Engels, et si ce dernier fut peut-être le plus grand esprit militaire de tous les temps : cf. le premier volume de Marx-Engels, Ecrits militaires, Paris, 1970, Ed. de l’ Herne, 361 p. Ce premier volume porte sur l’expérience historique du prolétariat dans la révolution anti-féodale de l’Europe du siècle dernier et traite en conséquence des problèmes de la violence qui se posent à tous les pays traversant la même phase historique, donc aussi à la Chine.


de la production sociale dans la théorie marxiste in Fil du Temps n° 9 (Impression-Gérance : Jacques Angot, B.P. 24, Paris 3 [11] .
Le but n’en est pas tant de définir la base sociale de la Chine de l’époque où Marx-Engels relatent les graves événements qui bouleversent cet immense pays, mais, à partir de critères marxistes, de ré-pondre aux questions soulevées par la révolution chinoise moderne, afin d’en déterminer — au travers de sa genèse et de sa nature — les effets sur les conditions économiques, politiques et sociales de la Chine, d’une part, et les réactions sur le monde extérieur, c’est-à-dire sur l’impérialisme, les pays « sous-développés » et le prolétariat en général. S’agissant en toute occurrence d’un ensemble de faits décisifs pour l’évolution de l’humanité, le marxisme ne peut pas ne pas nous fournir les moyens théoriques pour les saisir et les comprendre, sans qu’il faille — même à un siècle de distance — recourir à la méthode de l’extrapolation.

 

RACES ET MODES DE PRODUCTION.

suite… PDF

Humour Factuel !


insolentiae.com/

par Charles Sannat

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes

!!! Das pas drôle du tout !!

Ce milliardaire chinois qui rachète Mercedes !!! Das pas drôle du tout !!

Bon, je ne boude pas mon plaisir.

Je vous annonce depuis quelques mois que la progression de la Chine a été la suivante.

C’est une montée en gamme.

Quand on monte en gamme, on part d’en bas. On commence par les faibles valeurs ajoutées.

On fait du textile et de la houille ! J’exagère à peine.

Puis nous avons en face une civilisation brillante, millénaire ! S’imaginer qu’ils n’allaient que coudre quelques tee-shirts et faire du tricot, c’était justement faire preuve d’arrogance néocoloniale.

Alors les Chinois ont commencé à concurrencer les pays moyens de gamme comme la France, l’Angleterre ou même les États-Unis.

Pendant ce temps, les Allemands (bénis soient-ils car l’Europe c’est la paix blablablabla) trouvaient la mondialisation véritablement exquise. Au fur et à mesure que nos industries mourraient, les leurs prenaient les parts de marchés supérieures, laissant la qualité inférieure à la compétitivité chinoise.

Arrogants, nos amis allemands nous faisaient la leçon.

L’Europe et l’euro c’est la paix et c’est irréversible on vous dit !

Et puis un jour, les Chinois, qui décidément étaient une civilisation brillante et millénaire, se sont mis à racheter Mercedes… Et là, nos amis germains trouvèrent la mondialisation nettement moins drôle.

Alors vous allez voir que petit à petit, les idées “trumpistes” que les bien-pensants vous vomissent vont trouver des partisans nettement plus nombreux… y compris chez Merkel !

C’est triste à dire, mais pour que la France s’en sorte, il n’y a que deux solutions : soit nous sortons de l’Europe et de l’euro, soit nous aidons les Chinois à laminer un peu plus vite les Allemands – avec un peu de chance, les ennemis de nos ennemis sont nos amis… ou quelque chose comme ça !

Charles SANNAT

“Li Shufu, ce milliardaire chinois qui, après avoir racheté Volvo, s’attaque à Mercedes

Le milliardaire chinois était déjà propriétaire du suédois Volvo. Il détient maintenant 10 % de Daimler (Mercedes). Une prise de participation à la hussarde qui jette le désarroi au sein du groupe allemand, déjà lié à l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors.

L’homme est secret. Le chinois Li Shufu veut se construire un empire automobile, avec une obstination qui égale sa discrétion. Ce milliardaire de 54 ans, fils de riziculteurs pauvres, a amassé des actions Daimler sans avertir personne. Et le voilà devenu vendredi, à la surprise générale, le premier actionnaire du groupe allemand, en montant à hauteur de 9,69 %. Moyennant 7,5 milliards d’euros. Le propriétaire à 100 % du constructeur suédois Volvo Cars (depuis 2010) veut ainsi compléter sa panoplie et accéder aux technologies du propriétaire des prestigieuses voitures Mercedes mais aussi des non moins célèbres camions de la firme à l’étoile. Daimler est le numéro un du haut de gamme auto et le premier fabricant mondial de poids lourds. Une belle prise.

Lire la suite sur le site de Challenges ici

Hitler n’est pas mort à Berlin


Source: histoireebook.com

  Robin De Ruiter
Auteur : De Ruiter Robin
Ouvrage : Hitler n’est pas mort à Berlin. Comment les services secrets britanniques l’ont aidé à quitter l’Allemagne
Année : 1989

 

 

Avertissement
Ce livre a été écrit dans un esprit d’impartialité et d’objectivité historique. Par conséquent, ni
l’auteur ni la maison d’édition ne sauraient être tenus responsables des interprétations
erronées du lecteur.

 

 

 

Remerciements
Le projet de ce livre n’aurait pu être mené à bien sans la contribution d’Eberhard Krehl et de
mon père Cebastiaan de Ruiter, qui m’ont procuré des informations essentielles concernant la
vie dans les camps de concentration pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Ils ont
tous deux survécu à ces modes de détention.

 

 

Introduction
Adolf Hitler est l’un des personnages historiques les plus médiatisés. Sa vie et ses prises de position politiques constituent une source intarissable pour de nombreuses oeuvres littéraires, historiographiques et cinématographiques. Néanmoins, ces documents reprennent trop souvent les mêmes supports : ils ne sont garants d’aucune nouveauté.
L’auteur de ce livre présente des faits et des rapports de guerre inédits. Ils proviennent entre autres des archives de l’Office of Strategic Services (OSS, Bureau américain des services stratégiques, remplacé plus tard par la CIA), mais aussi de la Stasi et du KGB.
Hitler ne s’est pas suicidé ! Le lecteur trouvera dans cette étude une restitution aussi détaillée et fidèle que possible sur la façon dont Hitler réussit à quitter son bunker et à fuir Berlin, le 30 avril 1945.
Des documents issus des différents services secrets, des rapports de guerre confidentiels et des témoignages recueillis par l’auteur en Allemagne et en Espagne, notamment auprès de deux collaborateurs très proches de Hitler, qui vécurent les derniers jours du IIIe Reich aux côtés du Führer, dans son bunker, montrent clairement comment Hitler a pu s’enfuir, grâce à l’aide des services secrets britanniques.
Outre la reconstitution des événements autour de la mort de Hitler, l’auteur livre des preuves de sa véritable origine. Il présente aussi les résultats d’une recherche minutieuse sur ses bailleurs de fonds étrangers. Les familles Rothschild, Warburg, Rockefeller et Bush firent preuve, à cet égard, d’une grande générosité.
Pour la première fois, à partir de sources d’information inédites, il est révélé comment Hitler se prépara à son rôle de futur dictateur. De février à novembre 1912, ce dernier suivit une formation à l’École militaire britannique d’opérations psychologiques de guerre, contrôlée par les Rothschild, dans le comté anglais du Devon et en Irlande.
Plusieurs scientifiques et historiens ont travaillé durant des années avec l’auteur, explorant des milliers de documents pour trouver des indices et établir des liens. Par leurs conseils, ils ont grandement contribué à l’écriture de ce livre.
Certains fragments en sont déjà parus dans Les 13 lignées sataniques – La cause de la misère et du mal sur la Terre. La version originale de ce livre fut publiée pour la première fois à Chihuahua (Mexique), en 1989.

 

En mémoire de mon ami décédé,
Francisco Suéscum Ôtait,
ambassadeur de l’Équateur.

 

 

Chapitre 1
Une histoire de famille secrète

« Mes adversaires politiques ne doivent rien savoir de mes origines ni de l’histoire de ma famille. » Adolf Hitler1
La possible ascendance juive d’Adolf Hitler fait depuis plusieurs années l’objet de maintes
spéculations. Pouvait-il avoir des liens de parenté avec des personnes qu’il détestait ?
En 1945, dans un interrogatoire réalisé par la 101e Airborne Division, sa soeur Paula Hitler révélait :
« Les Schmid et les Oppenstein sont des membres très appréciés de notre famille, en
particulier une nièce de la famille Schmid, qui a épousé un Oppenstein. Je ne connais personne de la famille de mon père. Ma soeur Angela et moi, nous disions souvent que notre père devait pourtant avoir une famille, mais nous ne la connaissions pas. »
Il est prouvé que la grand-mère de Hitler, Maria Anna Schicklgruber, avait travaillé pour une très riche famille juive. En 1934, le chancelier autrichien Dolfuss chargea la police de procéder à des recherches sur les origines de Hitler : sa grand-mère avait été employée comme domestique chez les Rothschild.
En 1837, Maria Anna Schicklgruber tomba enceinte du fils du banquier, âgé de dix-neuf ans.
Quand la famille Rothschild l’apprit, elle fut renvoyée à Strones, son village natal. Maria Anna Schicklgruber, qui accoucha d’un enfant ayant pour prénom Alois, refusa qu’il porte le patronyme de son père.
Entre 1837 et 1851, sous une fausse identité, les Rothschild versèrent une pension alimentaire au père de Hitler2.
Maria Anna Schicklgruber et les Rothschild demeurèrent en contact pendant plusieurs
années.
Le célèbre écrivain et psychanalyste Walter Lange mentionne aussi le nom du baron de
Rothschild de Vienne. Dans son livre The Secret Wartime Report – The Mind of Adolf Hitler
(Le rapport secret de la guerre : l’esprit d’A. Hitler), il fait plusieurs révélations attestant que le père d’Adolf Hitler était le fils du baron de Rothschild.
Le livre de Lange est fondé sur un rapport secret de l’Office of Strategic Services (OSS), le
Bureau des services stratégiques américain, c’est-à-dire l’ancienne CIA.
Maria Anna Schicklgruber épousa un meunier, Johann Georg Hiedler. Quelques années
après, sa mère et son beau-père décidèrent de remplacer leur nom de famille par Hiedler.
Puis, par l’erreur d’un prêtre, leur enfant naquit le 6 juin 1876 sous le nom de Hitler.
Le père d’Adolf Hitler se maria trois fois. Sa troisième femme, Klara Pölzl, âgée de vingt-cinq ans, la mère d’Adolf Hitler, était de vingt-trois ans plus jeune qu’Alois Hitler. Son frère cadet, Edmund, vraisemblablement nommé ainsi en hommage au baron Edmond James de Rothschild, décéda de la rougeole quand Adolf Hitler avait onze ans.
Plusieurs auteurs affirment que Hitler était né d’un rapport incestueux : les grands-parents de son père et les arrière-grands-parents de sa mère étaient les mêmes personnes, ce qui constituerait un mariage incestueux du premier et du second degré. Klara, la mère de Hitler, devait être la nièce du père d’Adolf Hitler, Alois. La simple observation de l’arbre généalogique de Hitler révèle que cette allégation est fausse.
Le seul rapport de parenté entre les deux familles apparaît en 1842, quand Georg Hiedler, frère de l’arrière-grand-père de Klara, épousa la grand-mère de Hitler, Maria Anna Schicklgruber. Il était par conséquent le beau-père d’Alois Hitler. Il ne s’agit pas du tout d’un cas d’inceste.
En 1906, le jeune Hitler séjourna deux semaines à Vienne, probablement sur l’invitation des Rothschild. Il expliqua à ses amis qu’il avait suscité l’admiration de cette famille de banquiers.
Pendant son congé, Hitler se passionna déjà pour la musique, l’opéra, l’art et l’architecture. Après son passage à Vienne, sa mère lui acheta un piano, mais il ne prit que quatre mois de cours avant d’abandonner cette activité.
D’après certains auteurs, à l’été 1907, la tante Johanna Pölzl lui donna mille couronnes, afin qu’il puisse entreprendre des études. Hitler s’inscrivit à l’académie viennoise des Beaux-arts.
La somme qu’il avait reçue de sa tante équivalait au salaire annuel d’un avocat ou d’un
enseignant. Cet argent, qui ne provenait pas de sa tante mais d’un autre bienfaiteur, certainement son grand-père, lui permettait de louer une chambre à Vienne. Cependant, Hitler fut refusé à l’académie des Beaux-arts. Sa formation ne suffisait pas. Il tint cet échec secret.
En octobre 1907, sa mère fut atteinte d’un cancer. Adolf Hitler retourna dans les plus brefs délais à son chevet. Il resta à ses côtés jusqu’à sa mort, ne s’accordant aucun répit. Il s’occupa du ménage, la changea et lui prépara les repas. Klara décéda le 21 décembre 1907, dans les bras de son fils.

Le Dr Eduard Bloch, le médecin juif de la famille, fut vraiment surpris, et confia :

« Tout le long de ma carrière je n’ai jamais vu quelqu’un avoir une aussi grande peine qu’Adolf Hitler. »3
Sa mère fut inhumée le soir de Noël. Hitler était accablé de chagrin. Il resta devant sa tombe
longtemps après le départ du cimetière des membres de la famille. C’était comme si le monde s’était soudainement dérobé sous ses pieds.
À partir de ce jour, il porta toujours sur lui une photographie de sa mère. À la maison, à son travail et même au bunker de Berlin, un portrait de sa mère ne le quittait plus.
Début 1908, Hitler se rendit pour la troisième fois à Vienne. Il disparut pendant six mois. En octobre 1908, il réapparut quand il tenta de s’inscrire, une seconde fois, aux Beaux-arts et, plus tard, à l’académie d’architecture. Son inscription ne fut pas retenue. Il s’effaça, encore, pendant trois ans.
Dans Mein Kampf, Hitler écrivit qu’à compter de septembre 1908, il trouva à se loger dans quelques foyers accueillant des clochards et des vagabonds. Il décrivit cette époque comme le « moment le plus sombre de [sa] vie ».
Pourquoi Hitler habitait-il depuis septembre 1908 dans un refuge de sans-abris ?
Hitler tentait en fait d’échapper au service national autrichien. Il avait alors vingt ans. Il
s’enregistra sous l’identité de son frère défunt, Edmund, dans un refuge de sans-abris juifs.
Grâce à l’acte de naissance de son frère, Adolf Hitler réussit à se faire passer pour Edmund.
Étant donné que la police recherchait Adolf Hitler, cette ruse lui permit d’échapper à ses
obligations militaires.
La plupart des amis de Hitler étaient juifs ; son ami Reinhold Hanisch l’aida dans la vente de
ses peintures. Et, ses clients étaient principalement des hommes d’affaires juifs. Hanisch
écrivit dans son livre I was Hitler’s Buddy (J’étais l’ami de Hitler) que Hitler ne nourrissait aucun sentiment antisémite4.
En outre, Hanisch se moquait de Hitler en raison de ses grands pieds et de sa barbe.
« Je me moquais souvent de Hitler en lui disant qu’il devait avoir du sang juif. Une telle grosse barbe ne peut pousser sur un menton de chrétien. Il avait aussi d’énormes pieds, pratiquement comme les nomades du désert. »
Comme indiqué précédemment, Hitler, après sa troisième visite à Vienne, disparut pour une
longue période. Ce qui se passa pendant les dix premiers mois demeure une énigme.
Les livres d’Histoire modifient volontairement ces informations, pour occulter les points
d’ombre de la vie de Hitler. Les dix premiers mois que Hitler passa à Vienne, lors de son
troisième séjour, ne sont quasiment jamais évoqués. Dans ces mêmes livres d’Histoire, il est
affirmé que sa mère décéda en décembre 1908 au lieu de décembre 1907, et que Hitler,
jusqu’à ce moment tragique, habita chez lui.
Pourquoi ces dix mois de la vie de Hitler sont-ils occultés ? Pourquoi la date de la mort de sa mère est-elle sciemment modifiée ?

Certificat de décès de la mère de Hitler (21 décembre 1907)

Il serait pertinent de savoir où et avec qui Hitler a passé ces dix mois à Vienne. Rien ne prouve qu’il ait travaillé pendant cette période.
Néanmoins, il semble qu’il était en lien avec son grand-père. Son ami Hanisch donne, dans
son livre, les preuves de cette hypothèse. Il explique que Hitler connaissait un juif fortuné qu’il
appelait « papa ». Ce détail indique qu’il était très vraisemblablement en relation avec ses grands-parents, à Vienne.
Les grands-parents de Hitler étaient-ils des Rothschild ?
Les Rothschild financèrent le long séjour de Hitler dans la maison d’accueil pour hommes de
la Meldemannstrasse. Parmi les résidents se trouvaient des artistes, des universitaires, des écrivains et des militaires retraités.
Après son accession au pouvoir, toutes les indications d’un lien de parenté avec les Rothschild
sont effacées. Le 2 décembre 1936, Hitler ordonna l’arrestation de son ami juif Reinhold
Hanisch. Officiellement, Hanisch décéda d’un arrêt cardiaque le 4 février 1937 dans une
prison de Vienne. De plus, en 1938, Hitler fit raser le village natal de son père. Là aussi, toutes les traces furent effacées. D’après les explications de Hitler, il s’agissait de faire de la place pour un camp d’entraînement militaire (Allensteig).
À la fin de la guerre, un de ses premiers biographes, du nom de Müller, publia des
informations intéressantes sur l’histoire familiale de Hitler dans le journal Neues Deutschland, sous tutelle américaine. Hitler avait chargé Müller de composer sa biographie. Selon ses recherches, le biographe avait aussi découvert que Hitler descendait des Rothschild. Il lui avait interdit de relater son histoire familiale5.
Hitler affirma à son avocat, Hans Frank, que sa grand-mère avait eu une relation sexuelle avec son patron juif.
« Mon grand-père n’était pas juif. Ma grand-mère était très pauvre et a quitté le juif pour lequel elle travaillait. Elle lui a dit qu’il était le père de mon père. Le juif avait suffisamment d’argent, c’est pourquoi elle l’a fait payer pour mon père6. » L’employeur de sa grand-mère savait qu’il était le père !
D’ailleurs, pour empêcher que les Allemandes employées par des familles juives ne tombent enceinte, Hitler fit publier le texte ci-dessous des lois raciales de Nuremberg :
« Dès maintenant, il est interdit aux femmes aryennes de moins de quarante-cinq ans de
travailler comme servantes dans des familles juives. »

Les origines juives de Hitler
Le 16 juin 1932, Neue Züricher Zeitung écrivit que Hitler avait des ascendances juives. D’après le quotidien helvète, le prénom de Salomon est même inscrit dans l’arbre généalogique de Hitler.

Les Rothschild appartiennent à la branche des juifs ashkénazes. Si Hitler est vraiment parent avec les Rothschild, il est juif ashkénaze.
Le journaliste belge Jean-Paul Mulders a utilisé l’ADN pour retrouver des parents de Hitler en Autriche et aux États-Unis. Il découvrit ainsi le chromosome Y de Hitler, celui qui est transmis par le père à son fils7. Il ressort de cette analyse ADN qu’Alois et Adolf Hitler appartiennent à l’Haplogroupe E1b1b. Ce groupe, très rare en Europe de l’Ouest, est fréquent chez les juifs ashkénazes.

Les juifs ashkénazes ne proviennent pas de la race juive originelle.
Il est important d’indiquer que la « race juive » (qui descend de la tribu de Juda, et aussi, en de
rares cas, des Lévites) s’éteignit il y a plus de deux mille ans. Le peuple juif ou la race juive n’existe plus8.
L’ensemble des juifs célèbres et des écrivains israélites, ainsi que les historiens qui travaillent
sur le judaïsme, sont d’accord sur le fait que les juifs actuels ne forment aucune race
particulière. Ni biologique, ni génétique, ni ethnologique, ni anthropologique, ils ne forment aucune unité.
Il n’y a aucune indication permettant d’affirmer qu’ils descendraient de la tribu de Juda.
L’anthropologue et historien Raphael Patai écrit dans l’Encyclopædia Britannica de 1973 :
« Les résultats de l’anthropologie montrent que, contrairement à l’opinion
communément admise, la race juive n’existe pas. Les mesures anthropométriques de groupes juifs en beaucoup d’endroits du monde renseignent qu’à l’égard de toutes les caractéristiques physiques importantes, ils sont très éloignés l’un de l’autre. »
Lors d’une conférence tenue à Tripoli, le rabbin Neuberger lança la question suivante à
propos de la race juive :
« Qui est juif ? »
Neuberger répondit :
« Tous ceux qui sont en accord avec la loi juive, la Halacha, et sont convertis au
judaïsme. »
Le titulaire du prix de la Paix des Libraires allemands (2007) et historien spécialiste de la
Shoah, Saul Friedländer, attestait :
« Peut-on devenir juif par la conversion ? C’est une décision personnelle9. »
Un juif est un adepte de la foi juive, du judaïsme (pharisianisme). L’actuelle religion juive peut être retracée depuis son origine, sans interruption à travers tous les siècles, jusqu’aux Pharisiens10.
Le judaïsme actuel se différencie fortement de la religion (hébraïsme) des anciens Israélites.
Entre 598 et 586 av. J.-C., Nabuchodonosor déplaça une grande partie des habitants de Judée pour les mettre à Babylone. En 539 av. J.-C., Cyrus le Perse autorisa les habitants de Judée à réoccuper leur pays. Le départ de Babylone et l’acceptation du Talmud de Babylone marquèrent la fin de l’hébraïsme et le commencement du judaïsme (pharisianisme).

De plus, les juifs ashkénazes ne descendent pas de la race originelle juive, de la tribu de Juda.
Ils sont parents des peuples païens qui ont adopté ultérieurement la foi juive. Ils proviennent des Khazars, qui ont des liens de parentés avec les Tartares et les Mongols.
Par conséquent, l’affirmation « Hitler est un juif » doit être réexaminée : les Rothschild sont des juifs ashkénazes. Et, seulement Hitler et les sionistes ont toujours défini les juifs comme une race.
Cet aspect sera traité de manière approfondie.

 

Chapitre 2
Aucune trace

suite iCi

Zone euro : qui doit réformer d’abord, la France ou l’Allemagne ?


les-crises.fr

Par Romaric Godin

Emmanuel Macron propose de réformer d’abord la France pour pouvoir obtenir de l’Allemagne un cadre plus coopératif en zone euro. Mais l’urgence ne serait-elle pas plutôt de réformer l’Allemagne ?

Dans cette « super année électorale », deux chemins se dressent devant la zone euro : la poursuite de la situation actuelle fondée sur des ajustements unilatéraux et la compétition de tous contre tous au sein de l’union monétaire ou la réforme de son fonctionnement dans un cadre plus coopératif. L’issue de l’élection présidentielle française sera une étape déterminante pour l’issue de ce choix qui, par ailleurs, peut se résumer simplement ainsi : qui doit « réformer » en premier, la France ou l’Allemagne ?

La France devrait réformer d’abord

La plupart des observateurs français et la quasi-totalité des observateurs allemands estiment que c’est à la France de réformer d’abord. C’est, d’ailleurs, le choix qui est fait par Emmanuel Macron, le candidat d’En Marche ! Dans un entretien à Ouest-France paru le 12 avril, ce dernier place la priorité dans les « réformes » françaises. Selon lui, tant que la France ne sera pas réformée, « on ne pourra pas retrouver la confiance des Allemands ». Et tant qu’on n’aura pas retrouvé cette confiance, pas question d’aller plus loin dans l’intégration. Grâce à la magie des réformes françaises, Emmanuel Macron espère ensuite arracher à Berlin un « budget de la zone euro contrôlé par un parlement de la zone euro » et lançant des investissements communs. Bref, le programme de Benoît Hamon, mais seulement après les réformes françaises.

Les mots utilisés par Emmanuel Macron dans son interview sont sans équivoque. C’est seulement une fois la « confiance » en la France revenue que l’Allemagne devra se réformer : « ensuite, il faut que l’Allemagne considère que sa situation elle-même n’est pas durablement tenable », explique l’ancien secrétaire générale de l’Elysée (je souligne). Bref, la clé réside donc dans la réforme française.

Les réformes françaises, prélude à une Europe plus coopérative ?

Cette priorité n’est pas anodine. Emmanuel Macron adhère ainsi à l’idée que l’essentiel des difficultés de la France vient de son manque de compétitivité, et que ce manque de compétitivité s’explique principalement par des effets « structurels » qui, pour être simple, se résument à une question de coût du travail. Ce qu’on appelle souvent « flexibilité » n’est qu’une façon d’évoquer le coût des licenciements, car il est en réalité, assez aisé à un employeur de licencier en France pour peu qu’il accepte d’en payer le prix. C’est donc un élément de coût du travail. De même, la consolidation budgétaire n’a d’autre fonction que de permettre des baisses d’impôts et de cotisations. Les « réformes » ne visent donc qu’à réduire ce coût du travail, perçu comme l’alpha et l’omega de la politique économique.

Une fois redevenue compétitive, la France ne présentera plus de « risque » pour le contribuable allemand qui, dès lors, pourra accepter de mettre en commun une partie de ses recettes fiscales. C’est ce qu’Emmanuel Macron et son soutien allemand, le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble, appellent la « confiance ». Faire en sorte que le besoin de solidarité disparaisse pour mettre en place la solidarité. C’est l’Europe au moindre coût pour les Allemands.

Double langage et leurre

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. Le premier, et non des moindres, c’est qu’il est étrange de reconnaître que la position de l’Allemagne n’est pas tenable dès à présent, et ne rien proposer pour changer la donne immédiatement. Il n’est pas moins étonnant d’entendre Jean Pisani-Ferry, le principal conseiller économique du candidat, reconnaître que la politique européenne de 2010 à 2014 a été une « erreur » qui a conduit à une seconde récession parfaitement évitable, et proposer en même temps de se conformer à une architecture institutionnelle de la zone euro qui est le fruit de ces erreurs et qui les a même inscrites dans le marbre des traités : surveillance budgétaire renforcée, sanctions facilitées, pacte budgétaire et solidarité sous conditions d’austérité dans le traité du Mécanisme européen de Stabilité.

Ce double langage laisse inévitablement penser que la stratégie de réformes de la zone euro relève davantage du leurre que de la vraie volonté. En s’engageant d’abord dans les réformes françaises, sans exiger de réformes allemandes, le candidat d’En Marche ! accepte l’ordre établi de l’union monétaire. Il accepte sa logique d’ajustement unilatéral. Or c’est cette logique qui a échoué à partir de 2010 et qui a donné à beaucoup – non sans raison – le sentiment que l’euro n’était plus une monnaie protectrice.

Rétablir la confiance ? Mission impossible !

Car l’Allemagne sait parfaitement jouer sur le registre de la confiance que l’on perd aisément, mais que l’on retrouve difficilement. Il faudra faire preuve non seulement de volonté, mais aussi prouver des résultats. Et quand bien même ces résultats seront obtenus, alors il faudra encore sans doute en faire davantage. Si l’on observe les attitudes face à l’Espagne, au Portugal ou à la Grèce, on remarque que ces pays ne vont jamais assez loin dans les réformes. La Grèce en est l’exemple caricatural puisqu’on en est encore à réclamer des gages de confiance sous la forme de nouveaux plans d’austérité après sept ans d’ajustements. Mais l’Espagne, dont on loue tant les « réformes », qu’a-t-elle obtenu ? Deux ans pour réduire son déficit public au lieu d’une sanction immédiate. Et pas même la présidence de l’Eurogroupe qui semble devoir encore échapper à son ministre des Finances Luis de Guindos, alors que le pays n’a plus de représentants au directoire de la BCE et n’obtient aucun poste à responsabilité en Europe… L’Italie de Matteo Renzi a tenté d’obtenir des concessions en retour de ses « réformes » : elles lui ont été refusées. Pourquoi diable la France d’Emmanuel Macron obtiendrait davantage ?

Déni allemand

La réalité est plus cruelle : l’Allemagne n’accepte pas de se remettre en cause. Elle voit dans son succès économique le fruit de sa « vertu » et cette vision morale ne peut donc déboucher que sur l’exigence de se dresser en modèle. Il n’est qu’à voir les articles indignés de la presse conservatrice allemande sur les critiques d’Emmanuel Macron, pourtant modérées. Le directeur adjoint de la rédaction du Handelsblatt, le quotidien officiel du monde des affaires outre-Rhin, Hans-Jürgen Jakob, parle de « communication patriotique » du candidat pour contrer le FN « sous la forme d’un bashing de Teutons ». On peut voir ici un vrai refus de toute remise en cause de l’excédent courant allemand, qui s’élève à 8,6 % du PIB, soit 270 milliards d’euros, un record. Ce refus est également illustré par le dernier rapport du conseil des experts économiques allemands qui s’échine à prouver le caractère bénin de cet excédent.

Un poids pour la demande

Pourtant, cet excédent pose clairement plusieurs problèmes majeurs. D’abord, il est le symptôme d’une économie allemande qui vit en dessous de ses moyens. Le sous-investissement a été estimé par Marcel Fratzscher, le président de l’institut DIW de Berlin, à 100 milliards d’euros annuels. Cet investissement trop faible touche autant le secteur privé que le secteur public. En donnant la priorité à son désendettement, le gouvernement fédéral est allé très loin, refusant même d’utiliser la très faible marge de manœuvre que lui offre le « frein à l’endettement » inscrit en 2009 dans la Constitution. L’investissement public en a pâtit.

Dans le secteur privé, les entreprises allemandes investissent également trop peu. L’investissement productif a été ralenti par la position de quasi-monopole obtenue sur certains secteurs comme les biens d’équipements ou sur certains niveaux de gamme dans les biens de consommation. Dans ces secteurs, l’investissement nécessaire est minimal. Ailleurs, la modération salariale et les effets des « réformes » du marché du travail ont réduit l’incitation à augmenter la productivité et à investir. Car les salaires sont clairement encore sous-évalués outre-Rhin, et c’est aussi ce que dit l’excédent allemand. Certes, les rémunérations réelles se sont accélérées depuis 2014, avec trois ans de hausse à 1,9 %, 2,4 % et 1,8 %. Mais ces hausses sont encore trop faibles au regard de la quasi stabilité des salaires pendant la décennie précédente. Surtout que, en 2016, le rattrapage s’est singulièrement ralenti.

Un ajustement unilatéral plus difficile

Pas assez d’investissements, pas assez de salaires, c’est autant de moins pour la demande mondiale et celle de la zone euro. Globalement, cet excédent allemand est donc un frein à la croissance des partenaires commerciaux de l’Allemagne. Mais il y a pire : cet excédent rend quasiment impossible l’ajustement unilatéral au sein de la zone euro. Si l’Allemagne disposait encore de sa propre monnaie, son excédent conduirait à une forte appréciation de sa monnaie. Parallèlement, ce phénomène contribuerait à faciliter l’ajustement des pays en déficit. Dans une union monétaire, ce phénomène n’existe pas et seuls les pays en déficit doivent s’ajuster. Mais si l’excédent allemand continue de progresser, l’ajustement devient de plus en plus difficile, voire quasiment impossible. Rééquilibrer cette balance à coup de « réformes » est un leurre. Et lorsque que l’on observe l’évolution des soldes allemands avec les pays de la zone euro qui ont mené des politiques de « réformes », on constate que l’excédent allemand ne se réduit guère suite à ces politiques. C’est pour cette raison que réformer la France seule est une gageure.

Le refus de Bruxelles de sanctionner Berlin

Il conviendrait donc de mettre en place un système permettant de réduire les excédents excessifs en zone euro. En théorie, ce système existe puisque la Commission européenne peut demander des politiques correctrices depuis 2013 lorsque l’excédent courant dépasse 6 % du PIB. Mais si Bruxelles blâme régulièrement Berlin, elle n’engage pas une politique du même ordre dans ce domaine que dans celui des déficits. Rien n’oblige donc Berlin à investir et à dépenser plus, pas davantage qu’à favoriser un meilleur ajustement des salaires. La politique européenne est donc clairement déséquilibrée : elle instaure des plans de consolidation des déficits, sans en faire autant pour les excédents. Elle renonce à « réformer » ceux qu’elle juge « bons élèves », faisant porter le fardeau aux seuls « mauvais élèves ». La morale reste la règle.

Les maux de la France se règleront-elles par des « réformes » ?

Globalement, l’excédent allemand est bel et bien un problème plus urgent que les « réformes » françaises. En octobre dernier, une enquête réalisée auprès de 67 économistes européen par l’institut étasunien Center for Economic and Policy Research (CEPR) montrait que près des deux tiers d’entre eux jugeait inquiétant cet excédent. A l’inverse, les maux de la France pourraient ne pas être où on le croit. Le CEPR publie ce mardi 18 avril une note de recherche qui conclut qu’il existe « de nombreuses preuves qui soutiennent l’idée que le chômage de masse et la stagnation en France sont le résultat d’une demande inadéquate plutôt que de problèmes structurels sur le marché du travail ou d’une dette publique trop élevée. » La question de la « demande inadéquate » souligne à la fois la difficulté de la France à trouver un bon niveau de gamme et la faiblesse structurelle de la demande où l’Allemagne a sa part, comme on l’a vu. On voit mal alors comment une politique de baisse des dépenses publiques pourrait relancer cette demande, quand bien même seraient-elles compensées par des baisses d’impôts qui, souvent, viennent alimenter l’épargne.

La question du niveau de gamme de l’industrie est centrale. Monter en gamme suppose des investissements, notamment dans la recherche. La France dispose d’un outil assez performant dans ce domaine, le Crédit Impôt Recherche qui, cependant, ne se traduit pas par une montée de gamme de l’industrie. Il est vrai que l’Allemagne occupe une place prépondérante sur les marchés de cette gamme. Baisser le coût du travail serait-il alors la solution ? On ne saurait réussir une montée de gamme par ce biais qui, au contraire, à tendance à maintenir la France dans son point faible : un niveau de gamme moyen qui subit la concurrence directe des pays à bas coût. La solution réside sans doute plutôt dans le soutien public à des industries nouvelles et innovantes. C’est, en tout cas, dans cette voie que le Royaume-Uni, après le Brexit vient de se lancer avec un ambitieux plan industriel centré sur les industries nouvelles. Mais ceci, comme la relance de la demande, exige d’oublier la priorité donnée au désendettement par l’architecture de la zone euro mise en place après 2011. On pourrait aussi envisager un vaste plan au niveau européen, porté par la Banque européenne d’Investissement (BEI) pur porter ce type d’évolution dans l’ensemble de la zone euro.

Un choix erroné

Le choix de réformer la France sans réformer l’Allemagne ressemble donc à une erreur comme celle qui a été commise après 2010. C’est le signe, en réalité, de l’acceptation du statu quo actuel. Derrière les dénonciations de l’excédent allemand, rien de concret n’est engagé pour mettre en place une politique plus coopérative. Se contenter d’un « plus tard » ou d’une volonté de « rétablir la confiance » revient à donner à Berlin le pouvoir de décider à quel moment son excédent est trop élevé et à quel moment la France aura bien fait ses « devoirs ». Or, l’expérience prouve que l’Allemagne n’est pas décidée à changer de logique. La politique de réformes promise risque donc d’affaiblir la France sans permettre de renforcer la zone euro. C’est un scénario bien inquiétant.

Romaric Godin

Source : Le Mouvement Réel, Romaric Godin, 19-04-2017

Trump et son équipe de francs-maçons


(À gauche, les commandants communistes juifs en URSS, à droite, les pionniers juifs sionistes au kibboutz Gan Shmuel en 1921. Les deux groupes arborent le signe maçonnique classique). Une atmosphère rappelant l’Allemagne d’avant-guerre est en train d’émerger aux États-Unis et en Europe. Une intensification du conflit entre la « Gauche » (mondialiste) et la « Droite », (nationaliste) ; […]

via Trump et son équipe de francs-maçons — Henry Makow

L’AURORE NAISSANTE


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Ouvrage: L’aurore naissante (Aurora consurgens)

Auteur: Jacob Boehme 

Année: 1612

Traduit par Louis Claude de Saint-Martin

Avertissement du traducteur
Jacob Bêhme, connu en Allemagne, sous le nom du philosophe Teutonique, et auteur de l’Aurore Naissante, ainsi que de plusieurs autres ouvrages théosophiques, est né en 1575, dans une petite ville de la Haute Luzace, nommée l’ancien Seidenburg, à un demi-mille environ de Gorlitz. Ses parents étaient de la dernière classe du peuple, pauvres, mais honnêtes. Ils l’occupèrent pendant ses premières années à garder les bestiaux.
Quand il fut un peu plus avancé en âge, ils l’envoyèrent à l’école, où il apprit à lire et à écrire ; et de là ils le mirent en apprentissage chez un maître cordonnier à Gorlitz. Il se maria à 19 ans, et eût quatre garçons, à l’un desquels il enseigna son métier de cordonnier. Il est mort à Gorlitz en 1624, d’une maladie aiguë.
Pendant qu’il étoit1 en apprentissage, son maître et sa maîtresse étant absens pour le moment, un étranger vêtu très simplement, mais ayant une belle figure et un aspect vénérable, entra dans la boutique, et


1 Orthographe originale respectée tout au long de cet ouvrage. (Note de l’éditeur Arbre d’Or).


prenant une paire de souliers, demanda à l’acheter.
Le jeune homme ne se croyant pas en état de taxer
ces souliers, refusa de les vendre ; mais l’étranger
insistant, il les lui fit un prix excessif, espérant par
là se mettre à l’abri de tout reproche de la part de
son maître, ou dégoûter l’acheteur. Celui-ci donna le
prix demandé, prit les souliers, et sortit. Il s’arrêta à
quelques pas de la maison, et là d’une voix haute et
ferme, il dit : Jacob, Jacob, viens ici. Le jeune homme
fut d’abord surpris et effrayé d’entendre cet étranger
qui lui était tout à fait inconnu, l’appeler ainsi par
son nom de baptême ; mais s’étant remis, il alla à lui.
L’étranger d’un air sérieux, mais amical, porta les
yeux sur les siens, les fixa avec un regard étincelant
de feu, le prit par la main droite, et lui dit : Jacob, tu
es peu de chose ; mais tu seras grand, et tu deviendras
un autre homme, tellement que tu seras pour le
monde un objet d’étonnement. C’est pourquoi sois
pieux, crains Dieu, et révère sa parole ; surtout lis
soigneusement les écritures saintes, dans lesquelles
tu trouveras des consolations et des instructions,
car tu auras beaucoup à souffrir ; tu auras à supporter
la pauvreté, la misère, et des persécutions ; mais
sois courageux et persévérant, car Dieu t’aime et t’est
propice.
Sur cela l’étranger lui serra la main, le fixa encore
avec des yeux perçans et s’en alla, sans qu’il y ait d’indices
qu’ils se soient jamais revus.

Depuis cette époque, Jacob Bêhme reçut naturellement,
dans plusieurs circonstances, différens développemens
qui lui ouvrirent l’intelligence, sur les
diverses matières, dont il a traité dans ses écrits.
Celui dont je publie la traduction est le plus informe
de ses ouvrages ; indépendamment de ce que c’est
celui qu’il a composé le premier, et qu’il ne l’a pas terminé,
en ayant été empêché par une suite des persécutions
qu’il éprouva, il ne l’avoit entrepris, ainsi qu’il
le dit lui-même, que comme un mémorial, et pour ne
pas perdre les notions et les clartés qui se présentaient
en foule à son entendement, par toutes sortes
de voles. Aussi cette Aurore n’est-elle pour ainsi dire
qu’un germe et qu’une esquisse des principes que
l’auteur a développés dans ses écrits subséquens.
D’ailleurs comment auroit-il pu produire à cette
époque-là des fruits plus abondans et plus parfaits ?
Ce nouvel ordre de choses dans lequel étoient comme
entraînées toutes les facultés de son être, ne lui offroit
encore, en quelque façon, qu’un amas confus d’élémens
en combustion. Ce n’étoit pas seulement un
cahos ; mais c’étoit à-la-fois un cahos et un volcan ; et
dans le choc et la crise où se trouvaient tous ces élémens,
il ne pouvoit saisir les objets qu’à la dérobée,
comme il nous en avertit dans plusieurs endroits.
Il avoue aussi très-souvent son incapacité et son
insufisance. Il déclare n’être encore que dans les
douleurs de l’enfantement, et il dit formellement au

chap. 21, que cette oeuvre n’est que le premier bourgeon
de la branche.
Néanmoins dans les ouvrages qu’il a fait succéder
à celui-ci, il faut convenir que quant à la forme et à la
rédaction, il y a aussi une infinité de choses à désirer.
L’art d’écrire si perfectionné dans notre siècle, et
dans le siècle précédent, ne l’étoit point lorsque cet
auteur a vécu ; et même, soit par le rang où il étoit né,
soit par son éducation, soit enfin par des raisons plus
profondes, et qui ont permis que l’arbre fût recouvert
d’une écorce aussi peut attrayante, afin d’éprouver
ceux qui seroient propres ou non à manger de ses
fruits, Jacob Bêhme est resté, en fait de style, au-dessous
des écrivains, dont il lut le contemporain ; ou
pour mieux dire, il n’a pas même songé à avoir un
style.
En effet, il se permet des expressions et des comparaisons
peu distinguées ; il se laisse aller à des répétitions
sans nombre ; il promet souvent des explications
qu’il ne donne que fort loin de l’endroit où il
les avoit promises ; il se livre à de fatigantes déclamations
contre les adversaires de la vérité ; enfin pour
en supporter la lecture, il ne faut nullement chercher
ici le littérateur.
En outre, il faut s’attendre à trouver dans cette
Aurore même, quelques contradictions, ou si l’on
veut, quelques inadvertances. Quoique l’auteur

annonce qu’il n’a écrit que pour lui et pour soulager
sa mémoire, on ne pourra douter qu’en écrivant
il n’ait eu en vue aussi les autres hommes, puisqu’à
tous les pas il parle comme s’adressant à une seconde
personne ; puisqu’il donne souvent des avis salutaires
à ses lecteurs ; et que ces mêmes lecteurs, il les renvoie
à la vie future, où, dit-il, ils ne pourront plus
douter de ce qu’il avance ; enfin parce qu’il avoue en
plusieurs endroits être obligé de publier le fruit de ses
connaissances, de peur d’être condamné lors du jugement,
pour avoir enfoui son talent.
On a lieu de présumer également que, soit lui,
soit les amis instruits qui l’ont connu, soit même les
rédacteurs de l’édition allemande qui me sert de texte,
ont fait quelques corrections à l’Aurore Naissante ;
et qu’ils y ont inséré, après coup, quelques passages
qui ne paraissent pas à leur place, puisque vû leur
profondeur, ils auroient dû être précédés d’explications
et de définitions, qui en apprenant le sens qu’ils
devoient avoir, les eussent rendus plus profitables ; et
parce qu’on trouve cités dans cette Aurore plusieurs
des écrits de la même plûme, qui n’ont été composés
qu’après celui-ci.
Il ne faut pas non plus être étonné de voir l’auteur
entrer en matière, sans être retenu par des difficultés,
qui arrêtent aujourd’hui toutes les classes scientifiques.
Lorsqu’il songea à exposer sa doctrine, il n’eut
point à combattre des obstacles qui sont nés depuis,

et qui rendroient à présent son entreprise si difficile.
Les sciences physiques n’avoient point encore pris le
rang dominant et presque exclusif qu’elles ont de nos
jours ; elles n’étoient pas en conflict, comme elles le
sont devenues, avec les sciences divines, morales et
religieuses.
Ainsi d’un côté, en parlant de la nature, Jacob
Bêhme pouvoit employer alors les mots de propriétés,
qualités, essences productrices, vertus, influences,
qui sont comme proscrits de la nomenclature actuelle.
De l’autre, en parlant des sciences divines, morales
et religieuses, il trouvoit toute établie dans la pensée
des hommes l’existence de Dieu, celle de l’âme
humaine, spirituelle et immortelle, celle d’une dégradation,
et celle des secours que la main suprême
transmet depuis la chûte universellement et journellement
à l’espèce humaine dégénérée ; et si à cette
époque, on n’avoit point encore appris à l’homme,
qu’il peut et doit lire toutes ces notions-là dans luimême,
avant de les puiser dans les traditions, ainsi
que mes écrits le lui ont enseigné de nos jours, au
moins la croyance commune étoit-elle accoutumée à
les regarder comme fondamentales, et comme étant
consacrées dans ce qu’on appelle les livres saints.
Car la révolution de Luther avoit bien en effet
dévoilé des abus très révoltans, mais ne portant point
le flambeau jusque dans le fond des choses ; elle laissoit
encore l’esprit de l’homme s’appuyer en paix et

en silence, sur la persuasion de la dignité de son être,
et sur des vérités, les unes terribles, les autres consolantes,
dans lesquelles son coeur trouve encore une
nourriture substantielle, lors même que sa pensée ne
parvient pas à en percer toutes les profondeurs.
Jacob Bêhme pouvoit donc s’occuper librement
alors à élever son édifice, tandis qu’aujourd’hui il lui
auroit fallu employer tout son tems et tous ses efforts
à en faire apercevoir et adopter les bases. Dans ce
tems-là, il n’avoit qu’à décrire ; aujourd’hui il n’auroit
eu d’autre tâche que de prouver. Dans son tems
il lui suffisoit d’un pinceau ; aujourd’hui on ne lui eût
permis que la règle et le compas.
C’est ce qui fait que dans le siècle dernier, il a eu
plus de partisans qu’il n’en peut espérer dans celuici.
Il en a eu en grand nombre dans les différentes
contrées de l’Allemagne. Il en a eu en Angleterre de
très-distingués, les uns par leurs connoissances, les
autres par leur rang.
On cite parmi les premiers, le fameux Henri Morus,
(que personne ne confondra sans doute avec le chancelier)
et parmi les seconds on cite le roi Charles Ier,
qui, selon des témoignages authentiques, avoit fait
des dispositions pour encourager la publication des
ouvrages de Jacob Bêhme en anglais, particulièrement
de celui appelé Mysterium magnum, le grand
Mystère.

On rapporte, sur-tout, que lorsqu’il lut en 1646
l’ouvrage intitulé Les Quarante Questions sur l’Âme, il
en témoigna vivement sa surprise et son admiration,
et s’écria : que Dieu soit loué ! puisqu’il se trouve
encore des hommes qui ont pu donner de sa parole
un témoignage vivant tiré de leurs expériences
Ce dernier écrit détermina le monarque à envoyer
un habile homme à Gorlitz, avec ordre premièrement,
d’y étudier avec soin les profondeurs de la
langue allemande ; afin d’être parfaitement en état
de lire Bêhme en original, et de traduire ses oeuvres
en anglais ; et secondement, de prendre des notes sur
tout ce qu’il seroit possible d’apprendre encore à Gorlitz
de la vie et des écrits de cet auteur.
Cette mission fut fidèlement remplie par Jean Sparrow,
avocat à Londres, homme d’une vertu rare et
d’un grand talent. Il est reconnu pour être le traducteur
et l’éditeur de la totalité des ouvrages de Bêhme
en anglais, le dernier de ces ouvrages n’ayant cependant
vu le jour qu’après le rétablissement de Charles
II dans les années de 1661 et 1662. Il passe aussi pour
avoir pénétré profondément dans le sens de l’auteur.
On regarde sa traduction comme très-exacte, et elle a
été d’un grand secours aux autres traducteurs anglais
qui sont venus depuis, entr’autres, à William Law.
En France, parmi les admirateurs de Bêhme, on
cite feu M. Poiret. Il avoue, (voyez le Dictionnaire
de Moréri), que cet auteur est si sublime et si obscur,

qu’il ne peut être vivement senti et réellement
entendu de personne pour savant et grand esprit
qu’on puisse être, si Dieu ne réveille et ne touche
divinement, et d’une manière surnaturelle, les facultés
analogues à celles de l’auteur.
Il prétend qu’il n’y a rien de plus ridicule que
d’avancer, comme quelques-uns le font, que Bêhme a
tiré ses connaissances de Paracelse. Il peut bien, dit-il,
s’être conformé à lui en quelques termes et manières
de s’exprimer ; mais il n’y a rien du tout dans Paracelse,
ni de ses trois principes, ni des sept formes
de la nature spirituelle et corporelle, (nous pouvons
ajouter ni de sa Sophie, ou de son éternelle vierge)
qui sont pourtant les vraies et uniques bases de Jacob
Bêhme, lequel on ne sauroit lire avec quelque dicernement,
sans s’apercevoir et sentir qu’il ne parle pas
d’emprunt, et que tout lui vient de source et d’origine.
Il y a eu plusieurs éditions complettes des OEuvres
de Bêhme, en allemand ; les Flamands, les Hollandais,
les ont également traduites et imprimées chacun dans
leur langue ; quelqu’un des ouvrages de cet auteur
ont été traduits en latin ; particulièrement les Quarante
Questions. Sa réputation s’étendit de son tems
dans la Pologne et jusques en Italie. J’ai appris aussi
que de nos jours on avoit commencé à le traduire en
russe. Enfin, pendant qu’il a vécu, et depuis sa mort,
il a été regardé parmi les partisans des profondes
sciences dont il s’occupe, et parmi les émules qui ont

couru la même carrière que lui, comme le prince des
philosophes divins.
Toute fois, quant à sa doctrine, prise en elle-même,
et malgré l’avantage qu’elle avoit le siècle dernier,
de pouvoir s’élever sur des bases qui n’étoient pas
contestées, il ne faut pas le nier, elle est tellement
distante des connaissances ordinaires ; elle pénètre
dans des régions où nos langues manquent si souvent
de mots pour s’exprimer. Enfin, elle gêne tant d’opinions
reçues, que dans le tems même où il a écrit, elle
ne pouvoit être accueillie du plus grand nombre, et
que le cercle de ses véritables partisans ne pouvoir
être que très-resserré, en comparaison de celui de ses
adversaires et de ses détracteurs.
Depuis que cet auteur a paru, ces obstacles qui
tiennent au fond des choses, et qui sont indépendants
de ceux qui appartiennent à la forme, se sont accrus
pour la plupart à un point prodigieux. De nos jours,
sur-tout, les sentiers de la science supérieure dont il
s’est occupé ont été obstrués par une infinité d’enseignemens
hasardés, ou reposant sur la base précaire
des prédictions et du merveilleux ; enseignemens peu
substantiels et mal épurés qui ont discrédité d’avance
le terme sublime et simple où sa doctrine tend à nous
conduire.
D’un autre côté, la philosophie humaine en matérialisant
tous les ressorts de notre être, a effacé le
vrai miroir dans lequel Jacob Bêhme nous enseigne

à nous reconnoitre. De-là elle n’a pas eu de peine à
annuller le peu de croyance qui eut dû servir d’appui
aux principes qu’il nous expose. Elle a oublié
qu’elle ne nous portoit pas au-delà de la surface des
choses ; elle s’est prévalu de sa clarté externe, et de
son imposante méthode pour déprimer d’autant les
sciences divines, qu’elle ne s’est pas même occupée
de soumettre à l’observation, et dont elle a cru qu’elle
avoit triomphé complettement dès qu’elle avoit discrédité
les défenseurs mal-adroits qui les avoient déshonorées.
Il est vrai que ces sciences divines ellesmêmes,
et la croyance sur lesquelles elles reposent
n’ont presqu’universellement reçu de la part de leurs
propres ministres et de leurs propres instituteurs, que
de notables préjudices, au lieu des développemens
qu’elles auroient eu droit d’en attendre.
Mais s’il n’y avoit rien, de quoi auroit-on donc pu
abuser ? D’ailleurs, les sciences humaines, au lieu de
guérir nos maux, après nous les avoir découverts, les
ont grandement augmentés, en ne nous donnant des
remèdes que pour les maladies extérieures, tandis
qu’il falloit renouveler la masse de notre sang. Elles
nous ont tués, tout en prétendant nous apporter la
vie ; et par leur inexpérience, leur mauvaise foi et leur
orgueil, elles ont éteint la mèche qui fumoit encore,
et ont achevé de briser le roseau cassé.
Il n’étoit donc pas possible que l’ouvrage dont je
publie aujourd’hui la traduction, se présentât avec

plus de désavantages et dans des circonstances moins
favorables. Pour en juger on n’a qu’à lire l’Encyclopédie
à l’article Théosophes, et le nouveau Dictionnaire
Historique, par une Société de gens de lettres,
à l’article Boehm (Jacob), et l’on verra quelle est présentement
parmi les Français, la réputation de mon
auteur, et quel crédit doit avoir sa doctrine.
J’avoue qu’elle est souvent obscure, et que son obscurité
ne disparoitra qu’autant que le lecteur suivra
les conseils que l’auteur donne lui-même fréquemment
pour parvenir à l’intelligence de ses ouvrages.
Or, comment pourra-t-il suivre ces conseils, s’ils ne
reposent que sur ces mêmes bases essentielles et
constitutives que les systèmes régnant ont abolies ?
Ce sera à lui à sonder ses forces ; à scruter profondément
la nature de son être ; à s’aider des secours
et des notions subsidiaires qui ont paru de nos jours
sur ces grands objets ; enfin, à prendre d’énergiques
résolutions, s’il ne veut pas faire avec cet auteur une
connoissance infructueuse.
Quant à moi, si au sujet de la doctrine de Jacob
Bêhme j’avois un reproche à joindre à tous ceux dont
on la couvrira, (reproche toutefois, qui ne seroit que
conditionnel et qui ne tiendroit probablement qu’à
l’altération de nos facultés) ce seroit de porter jusqu’à
l’épuisement l’analyse de certains points, que dans
l’état de notre nature actuelle nous ne devrions, pour
ainsi dire, qu’effleurer. Ce seroit de nous repaître

jusqu’à satiété, du spectacle détaillé et de la description
en quelque sorte anatomique de tous les ressorts
cachés qui constituent l’être divin, tandis que
nous n’avons seulement pas la vue assez nette pour
saisir leur jeu extérieur, et la pompe si attrayante de
leur majestueux ensemble. Mais l’auteur a répondu
d’avance à cette objection, en annonçant que pour
lire et entendre son livre, il faut être régénéré.
Au reste, si le lecteur en réfléchissant à toutes ces
observations et à tous les obstacles que je viens de
peindre, me demandoit pourquoi je me détermine à
publier un pareil ouvrage, voici d’abord ce que, j’aurois
à lui répondre.
Malgré l’opposition apparente qui règne entre les
sciences naturelles et les sciences divines, elles ne
sont cependant divisées que parce que dans la main
imprudente de l’homme les premières ne veulent
devoir qu’à elles-mêmes leur origine, et que les
secondes en ne doutant pas que la leur ne soit sainte
et sacrée, prétendent cependant la faire reconnaître
pour telle, sans en savoir offrir la démonstration la
plus efficace et sans exhiber les plus beaux de leurs
titres. Mais ces deux classes de sciences sont unies
par un lien qui leur est commun ; l’une est le corps,
l’autre est le principe de vie. L’une est l’écorce, l’autre
est l’arbre ; ou, si l’on veut, ce sont deux soeurs, mais
dont la cadette, qui est la science naturelle, n’a pas
voulu avoir pour son aînée les égards qui lui étoient

dûs, et dont l’aînée ou la science divine a eu la faiblesse
et la négligence de ne pas savoir conserver son
rang, et de laisser sa soeur cadette non-seulement lui
disputer son droit d’aînesse, mais même la légitimité
de son existence.
Or, tout annonce qu’il se prépare pour ces deux
classes de sciences, une époque de réconciliation et de
réhabilitation dans leurs droits respectifs. Elles sont
l’une et l’autre dans une sorte de fermentation qui ne
peut manquer de produire, peut-être avant peu, les
plus heureux résultats. La science divine en avançant
vers le terme de son vrai développement, et en sentant
qu’elle descend de la lumière même, reconnoîtra
qu’elle n’est point faite pour marcher dans des voies
isolées, obscures et ténébreuses ; qu’elle ne peut se
montrer avec tous les avantages qui lui sont propres,
qu’en s’unissant par une alliance intime avec l’universalité
des choses, et qu’en siégeant, comme un astre
vivificateur, au milieu de toutes les vérités physiques
et de toutes les puissances de la nature.
Et la science naturelle, à force de scruter les bases
des choses physiques, à force de tourmenter les élémens
et de provoquer le feu caché dans ces substances
déjà si inflammables par elles-mêmes, leur
fera faire une explosion qui la surprendra, qui dissipera
ses préventions, et lui fera regarder sa soeur
aînée comme sa compagne inséparable et comme son
plus ferme soutien.

suite page 18

l-aurore-naissante

LA TRIPLE REVOLUTION


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Auteur : WALTHER RATHENAU -1867-1922

Ouvrage : La Triple Révolution

Année : 1921

traduit par David Roget


Walther Rathenau, né le 29 septembre 1867 à Berlin – mort le 24 juin 1922 dans la même ville, est un industriel, écrivain et homme politique allemand. Issu d’une famille juive, il se veut l’exemple d’une assimilation culturelle et nationale réussie, affirmant que « seul du sang allemand coule en moi ». Il est cependant la cible privilégiée des discours antisémites et sera assassiné par l’Organisation Consul.

Personnalité importante de l’histoire allemande du début du XXe siècle, Walter Rathenau est le fils d’Emil Rathenau, fondateur d’AEG et magnat de l’électricité, et de Mathilde Nachmann1. Walter Rathenau fait ses études à la faculté des Sciences de Berlin et de Strasbourg. À 26 ans, il est nommé à la tête d’une société d’aluminium. En 1899, son père lui offre un poste important au sein de sa société d’électricité, dont il prendra la tête en 1914.

Carrière politique

Ardent partisan de la politique impériale allemande, il s’engage en politique et soutient les opérations d’agression pendant le premier conflit mondial. Il dirige notamment le département des matières premières. Il lance un appel à la « guerre totale » au printemps 1918 et, après l’armistice du 11 novembre, choisit de soutenir les institutions de Weimar. Devenu ministre de la Reconstruction en 1921 et ministre des Affaires étrangères en 1922, sous la république de Weimar, Walter Rathenau négocie avec les représentants soviétiques Christian Rakovsky et Adolf Joffe le traité de Rapallo qui efface la dette de guerre et qui permet à la république de Weimar de contourner les stipulations des traités de paix (entraînement de troupes allemandes sur le territoire soviétique).

Stefan Zweig écrit de lui2 : « Ses paroles coulaient comme s’il avait lu un texte écrit sur une feuille invisible et il donnait cependant à chacune de ses phrases une forme si accomplie et si claire que sa conversation, sténographiée, aurait constitué un exposé parfaitement propre à être imprimé tel quel. […] Il y avait dans sa pensée je ne sais quoi de transparent comme le verre et par là même d’insubstantiel. J’ai rarement éprouvé plus fortement que chez lui la tragédie de l’homme juif qui, avec toutes les apparences de la supériorité, est plein de trouble et d’incertitude. […] Toute son existence n’était qu’un seul conflit de contradictions toujours nouvelles. Il avait hérité de son père toute la puissance imaginable, et cependant il ne voulait pas être son héritier, il était commerçant et voulait se sentir artiste, il possédait des millions et jouait avec des idées socialistes, il était très juif d’esprit et lorgnait du côté du Christ ».

En dépit de ses succès, il devient impopulaire en tant que juif, partisan de la république de Weimar et signataire d’un traité avec un État communiste. Il est alors choisi pour cible par l’extrême gauche mais aussi par les groupes nationalistes d’extrême droite. Son style flamboyant et son intelligence3, mise au service du gouvernement allemand, s’opposent au chaos dans lequel les forces révolutionnaires issues des Corps Francs (cf. Freikorps) espèrent construire une nouvelle société sur les ruines de la Première Guerre mondiale. Il est alors considéré par ses ennemis comme un représentant de l’« Ancien régime ». Selon Hellmut von Gerlach, un journaliste pacifiste ami de Rathenau, Rathenau est honni parce qu’« il est juif et […] il est la réfutation vivante de la théorie antisémite qui veut que le judaïsme soit nocif pour l’Allemagne »4. L’assassinat de Rathenau « doit inciter la gauche à frapper », et pour le procureur du Reich, une fois « le soulèvement de la classe ouvrière écrasé, [permettre] la mise en place d’un gouvernement d’extrême droite »5. L’Organisation Consul, groupe terroriste dans lequel évolue Ernst von Salomon, décide de l’assassiner pour provoquer la chute du gouvernement. Les membres de l’organisation passent à l’action le 24 juin 1922 : un cabriolet ayant deux hommes à bord vêtus de manteaux en cuir et de capuches (Erwin Kern et Hermann Fischer, tous deux anciens officiers de marine) s’approche de la voiture du ministre. Rathenau est abattu de plusieurs coups de pistolet automatique. Les assassins prennent alors la fuite en lançant une grenade. Une vaste opération de police est déclenchée et la plupart des groupes nationalistes sont décapités.

Un million de personnes assistent à ses funérailles. Un journal berlinois note : « Le directeur d’une des plus grandes entreprises du monde avait été tué et des ouvriers communistes venaient pleurer sur sa tombe et maudire ses meurtriers. »6

Le 17 juillet 1933, Hitler fait un geste hautement symbolique en honorant publiquement les assassins de Rathenau.

wikipedia.org


 

L’ÉCONOMIE NOUVELLE

En dehors des conséquences résultant, pour la vie
internationale, de longues hostilités, les répercussions
de la guerre atteindront profondément la vie intérieure
des nations et mettront lentement en lumière le fait
que le grand événement, qui prit la forme d’une guerre
civile entre Européens, signifie surtout un bouleversement
dans le domaine de la politique sociale. Les
résultats politiques de ce bouleversement tendront à
la démocratisation dans les Etats autocratiques, à la
concentration dans les Etats démocratiques. Les résultats
sociaux, promoteurs d’une économie nouvelle,
conduiront peu à peu à une nouvelle organisation des
couches sociales.
Ainsi nous serons amenés à concevoir l’économie
sociale de l’avenir et chaque jour il deviendra plus
urgent d’accentuer les traits du tableau, parce que, d’une
part, les hypothèses s’incrustent toujours plus profondément
et que, d’autre part, l’habitude de peser les
conséquences, même les plus lointaines, exige une
persévérance de plus en plus grande tout en accordant
de moins en moins de temps. Pour être concluante,
l’estimation doit, avant tout, embrasser d’un seul
regard l’avenir le plus proche comme le plus lointain.
Il faut traiter comme un tout les représentations des
étapes successives de l’évolution, tout en se réservant
l’examen ultérieur de leur entrée successive dans le
domaine pratique. Les idées d’évolution ne pouvant
devenir populaires que plusieurs années après la guerre
et demandant des dizaines d’années pour se réaliser,
il faut les unifier et remettre à plus tard la discussion de
leur mise en pratique.
Établissons le bilan d’après-guerre. Nous nous
trouvons immédiatement en présence de la dépopulation
la plus considérable de tous les temps. Dix
millions d’êtres humains sont morts ou mutilés, cinq
millions sont revenus de captivité. Tous hommes
dans la force de l’âge. Leur nombre correspond
environ à la totalité de la population mâle de
l’Angleterre avant la guerre. La diminution de la
production mondiale annuelle consécutive à cette
perte peut s’évaluer au moins à quinze milliards.
Cela représente, à peu de chose près, l’épargne annuelle
de l’Europe entière. La diminution de la production
intellectuelle échappe à toute investigation.
Les frais de guerre sont, pour l’Europe, de quatre
à cinq cents milliards. Presque le total de la fortune
nationale de l’Amérique. Les pertes représentent un
peu moins de la moitié de ces frais de guerre apparents ;
cependant les transmutations de la fortune nationale
correspondent à la totalité. Aux frais apparents il
faut ajouter les capitaux nécessaires au paiement des
pensions aux mutilés et aux survivants — ces capitaux
représentent en somme des transmutations —

les frais de restauration des pays dévastés, des moyens
de production et de matériel de guerre détériorés et
détruits — ceux là sont des pertes sèches. Ces deux
postes augmentent les frais apparents dans la proportion
de deux cent milliards et les porteront à environ
six ou sept cents milliards, tandis que les pertes
sèches atteindront un peu plus de la moitié de cette
somme.
Les pertes sèches atteignirent leur point culminant
au début de la guerre, lorsque le monde se précipitait
sur ses réserves; elles diminuèrent lorsque la guerre
parvint à se suffire à elle-même, en ce sens que la
majeure partie des industries se transformèrent en
industries de guerre. Ainsi à la fin de chaque année,
les objets de première nécessité étaient tirés du sol
national et le travail annuel seul pouvait être considéré
comme gaspillé et les outils détériorés comme perdus
économiquement. Dans cet ordre d’idées l’Allemagne
était plus favorisée que ses ennemis ; nous employions
nos stocks de matières premières et de produits manufacturés,
nous arrivions à posséder de grandes disponibilités
et continuions à exploiter notre propre pays. Nos
ennemis, par contre, pouvaient toujours acheter une
grande partie de ce dont ils avaient besoin et, de ce
fait, s’endettaient à l’étranger. Par contre ils avaient
l’avantage de maintenir jusqu’à un certain point leurs
industries de paix et leurs exportations et de protéger
leur change.
Outre les terribles sacrifices humains, il faut considérer
comme perdus économiquement les matières
premières, les objets à demi manufacturés et les marchandises

qui existaient avant la guerre. Ajoutons
encore aux pertes les économies que les peuples auraient
faites sous forme de nouveaux placements, au cours
d’un même nombre d’années de paix. Pertes encore,
les dévastations, les détériorations et l’appauvrissement
des moyens de production fixes et mobiles. En
compensation citons les fabriques nouvellement construites,
d’ampleur médiocre mais non négligeable et
qui pourront servir à l’économie future, cela spécialement
dans les domaines de la chimie, de la métallurgie
et de l’architecture navale.
De prime abord, il paraît absurde que, malgré ces
pertes incroyables on puisse, chez les Etats belligérants,
discerner certains indices d’un accroissement de la fortune
nationale, accroissement qui, dans ces conditions,
pourrait n’être qu’apparent. Prenons un exemple banal :
un agriculteur possède un bien inaliéné, d’une valeur
de 100 000 marks. Il le cède à son fils et dote ses trois
filles en prenant une hypothèque de 50 000 marks pour
chacune d’elles. Les enfants évaluent alors leur fortune
à 150 000 marks, quoique la valeur du bien n’ait
pas augmenté. En réalité chaque mark de leur fortune
supputée vaut tout au plus 60 pfennigs. De même, la
somme des créances sur la fortune nationale a augmenté,
tandis que cette fortune ne s’est pas accrue, mais a
au contraire, diminué. Les nouvelles créances se
basent sur des fournitures, sur des productions et sur
des redevances. Si, comme chacun le fait, on calcule
ces prétentions séparément et qu’on les ajoute à l’effectif
total de la fortune, celle-ci paraît avoir beaucoup
augmenté, tandis qu’en réalité elle ne dispose que de

100%, de sorte que le découvert a eu lieu aux dépens
de l’unité de valeur.
Nous sommes en présence de deux conclusions erronées
et qu’il faut éviter. En premier lieu, la baisse
des changes ne peut être attribuée exclusivement à ces
circonstances; en réalité elle provient d’autres causes.
En outre, dans le domaine de l’économie politique, il
ne faut pas mettre en parallèle, sans plus, la diminution
de l’unité de fortune avec une baisse de la valeur de
l’argent, qui entraîne après elle un renchérissement
général. Car l’Etat, vu son pouvoir d’imposition, possède
le moyen de remédier quelque peu à la situation
de la dette, en frappant le revenu, pour remplacer, au
moins partiellement, la dépréciation de l’argent par
celle des rentes et des recettes ; il peut m.ême procéder
à la confiscation des fortunes; toutefois, il ne sera pas
possible d’écarter complètement les conséquences de
l’inflation des emprunts. Ici nous touchons déjà au
deuxième facteur, peut-être le plus délicat, du bilan
général des charges: la transmutation des créances, ou,
comme nous les nommons habituellement, des fortunes.
Tous ceux qui ont eu affaire avec la guerre sont devenus
les créanciers des abstentionnistes; cela dans
toutes les hiérarchies et sans que la morale ait toujours
été respectée. Beaucoup de gens ont risqué leur
vie et ont été cruellement lésés dans leur situation
domestique, parceque leur solde minime ne compensait
nullement les dommages apportés à la profession
qu’ils exerçaient en temps de paix; d’autres ont fourni
un travail économique plus ou moins important et
souvent exagérément rétribué; ils ont acquis une

fortune sans courir aucun danger et sans aucun mérite
moral. En dehors de ces cas extrêmes, les classes
moyennes, les rentiers et les propriétaires urbains sont
les plus durement frappés; car les ouvriers sauront
bien adapter leurs salaires aux nouvelles conjonctures;
le bien-être renaîtra lentement mais suffisamment, la
propriété rurale continuera à prospérer; ces résultats
se manifesteront lorsque l’Etat s’avisera, d’une façon
décisive, de compenser les charges en confisquant les
fortunes et en frappant les épaules les plus solides.
Ce transfert de richesse aux dépens des classes
moyennes doit éveiller un profond souci d’ordre
moral. Les classes moyennes supérieures détiennent
une grande part de notre intelligence scientifique,
technique, journalistique et littéraire, fournissent le
contingent moyen de nos fonctionnaires publics et
privés. A l’abaissement de la classe moyenne correspond
l’élévation d’une catégorie d’enrichis appartenant
à des couches populaires qui ne connaissent ni frein,
ni responsabilités. Il sera aussi difficile de les atteindre
par des mesures légales tendant au nivellement
des fortunes qu’il leur sera facile de protéger leur
fortune par les moyens mêmes qu’ils ont mis en oeuvre
pour l’acquérir. Ces conjonctures engendreront l’exaspération
des haines de classes et cela aura son bon
côté, en ce sens qu’on cessera d’adorer la richesse et
que l’on pourra imposer des limites à la liberté sans
bornes de l’exploitation.
Nulle catégorie de la classe moyenne ne saurait
être aussi durement frappée que les propriétaires
urbains ; pourvu encore que la dépréciation systématique

de l’argent ne remédie pas à un moindre mal par un
pire. Nous entendons par propriétaire celui qui, derrière
une première et presque toujours une deuxième
hypothèque, possède encore un excédent de la valeur
d’une maison. Malgré sa liberté de reconstruire et de
louer, le propriétaire n’est souvent pas autre chose
que l’administrateur de ses créanciers hypothécaires;
il encaisse le gain provenant de l’augmentation des
loyers et de la valeur du terrain, mais, pour faire
face à une aggravation du taux de l’intérêt du capital
engagé, il a encore tous les risques à courir d’une diminution
de la valeur et du rendement. Si donc, comme
cela en a tout l’air, le taux habituel de l’intérêt demeure
surélevé d’un pour cent, aggravant d’autant les
charges de l’hypothèque, l’excédent, la réserve, ne
servant plus qu’à couvrir une partie des dettes, est
pour ainsi dire perdu ainsi que la fortune du propriétaire,
autrefois à son aise. Lorsque, par-dessus le
marché, les encaissements diminuent , cet excédent
est complètement perdu et, en outre, une partie de
l’hypothèque. Or, cela ne tarde pas à arriver lorsque
la fortune, les revenus, les dépenses et les besoins
locaux diminuent, lorsque les magasins et les hôtels
ferment faute d’affaires.
Le moment est venu où les communes urbaines,
volontairement ou sous l’empire d’une législation populaire,
devraient envisager une saine politique de
réforme de la propriété foncière. Les moyens, qui sont
nombreux, pourraient être laissés à l’appréciation
locale; le principe serait celui qui devrait être à la
base de toute action fiscale: où le fisc prend, il doit

aussi donner. Ce qu’il devrait donner, c’est la garantie
d’hypothèques à bon marché et au besoin un supplément
de rente; par contre la propriété foncière paierait
à la commune un droit de dévolution. Ainsi, dans
un laps de temps indéterminé, celle-ci serait maîtresse
de toutes les augmentations futures de la valeur de la
propriété foncière. Il en résulterait pour les générations
futures un partage plus équitable de la propriété
et un assainissement des finances urbaines.
Les dangers économiques résultant du changement
d’assises de la fortune dépassent ces dangers sociaux
et moraux. Toute personne possédant une fortune,
même modeste, deviendra créancière de l’Etat. Les
dettes de l’Etat se sont multipliées, les lourdes charges
des pensions s’y sont venues ajouter. Les sommes
annuelles provenant de l’ensemble de l’administration
et devant être distribuées aux destinataires peuvent
être évaluées au double de l’époque nationale antérieure.
Même au cas de la mainmise la plus tenace sur les
fortunes, qui ne saurait guère aller au delà d’un tiers,
la dette nationale sera diminuée à peine de trente
milliards vu l’inégalité des fortunes. Comment sera
formé le corps de l’administration? comment et à
quelle place faudra-t-il appliquer les tentacules de l’appareil
financier destinées à tirer environ le tiers de son
suc nourricier à l’organisme, pour préparer une nouvelle
circulation? tel est le problème qui se pose devant
l’avenir de notre puissance économique et dont dépend
notre future existence, tant matérielle que politique.
C’est là le point qui formera plus loin le centre
de notre discussion.

Les conjonctures nationales: commerce extérieur,
change, établissement des prix, cèdent le pas aux questions
primordiales relatives à la diminution et à la
transmutation des fortunes. Leur importance reste
néanmoins considérable.

suite page 9.

Rathenau_Walther_-_La_triple_revolution.pdf

Soixante-dix ans de harcèlement contre les gouvernements et le peuple européens


voltairenet.org

par Andrey Fomin

Contrairement aux apparences, si les États-Unis ont décidé d’enquêter et de mettre au jour d’éventuels soutiens russes aux partis anti-européens, leur but n’est pas de protéger les Européens de quelque ingérence étrangère. C’est même plutôt l’inverse. Depuis soixante-dix ans, Washington manipule la politique de l’Europe de l’Ouest et empêche la mise en place d’une véritable démocratie.

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Un article retentissant publié dans The Telegraph nous apprend que le directeur du renseignement états-unien a été récemment diligenté par le Congrès pour « mener une enquête de grande envergure sur le financement occulte de partis politiques européens par la Russie au cours de la dernière décennie [1]. » Cette révélation, une fuite contrôlée, classique du genre, a pour but de mettre en garde toutes les entités politiques européennes insoumises, fortifiées par le soutien populaire, et de les inciter à revoir à la baisse leurs ambitions de rééquilibrage de la souveraineté de leur État au sein de l’Union européenne. Le parti Jobbik en Hongrie, Aube dorée en Grèce, la Ligue du Nord en Italie et le Front national en France sont explicitement cités dans la liste des suspects. L’article laisse entendre que d’autres partis en Autriche, en République tchèque et aux Pays-Bas, sans être cités nommément, font l’objet des « investigations des services de renseignement US ». Même le nouveau chef du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, est suspecté de s’amouracher des Russes. Le message est clair : toute personnalité politique qui ose remettre en cause l’expansion de l’Otan vers l’est, les mesures de sanctions envers la Russie ou la position actuelle de l’Europe dans le conflit ukrainien est considérée comme un agent, de plein gré ou à son insu, de la guerre multiforme menée par la Russie.

Tout cela serait amusant si ce n’était pas dangereux. À la vérité, tout observateur impartial se poserait quelques questions élémentaires : pourquoi les agences de renseignement états-uniennes s’intéressent-elles donc tant aux enjeux de la sécurité intérieure en Europe ? N’est-ce pas les mêmes agents qui financent, recrutent et manipulent d’innombrables personnes, organisations politiques et médias européens ? Pourquoi les États-Unis lèvent-ils si ostensiblement le voile sur leur domination sur l’Europe ?

La réponse politiquement correcte à ces interrogations s’articule autour du rôle salvateur des États-Unis en Europe contre la « menace communiste » après la Seconde Guerre mondiale, où ils ont permis une reprise rapide de l’économie et de la protection que leur parapluie nucléaire garantit encore aujourd’hui sur le continent. Peut-être. Mais l’analyse du contexte historique commence avec le plan Marshall. D’abord, parce qu’il ne fut lancé qu’en 1948. La capitulation nazie datant de mai 1945, un lecteur mal informé pourrait en déduire que les États-Unis travaillaient depuis trois ans à la préparation de ce programme d’investissements massifs pour l’Europe… et il aurait tort. Lors de la seconde conférence de Québec en septembre 1944 (portant le nom de code « Octogone »), le Président des États-Unis, F. D. Roosevelt, et son secrétaire au Trésor, Henry Morgenthau Jr, soumirent au Premier ministre britannique, Winston Churchill, leur programme post-capitulation pour l’Allemagne [2]. Ce document secret envisageait la partition et la démilitarisation complète de l’État allemand. Il prévoyait la division de l’Allemagne en deux États indépendants. Les centres miniers et industriels, dont le protectorat de Sarre, la Ruhr et la Haute-Silésie devaient être internationalisés et annexés par la France ou la Pologne. En voici quelques extraits :

-  Les forces armées [états-uniennes] entrant dans les zones industrielles [allemandes] devront procéder à la destruction de toutes les usines et de tous les équipements qui ne pourraient pas être immédiatement déplacés.
-  Dans un délai de six mois après l’arrêt des hostilités, toutes les usines et tous les équipements industriels qui n’auraient pas été détruits par l’armée seront tous soit démantelés ou déplacés hors zone, soit complètement détruits.
-  La population de ces régions sera informée que, désormais, aucune industrie ne sera autorisée à s’implanter dans les zones démantelées. Ainsi, les ouvriers qualifiés et expérimentés seront encouragés à émigrer définitivement avec leur famille et dispersés dans tout le pays.
-  Les stations de radio, les journaux, magazines, hebdomadaires, etc. seront tous suspendus jusqu’à ce que des contrôles adéquats soient mis en place et un programme approprié adopté.

 

Ce programme de reprise post-conflit mondial pour l’Allemagne est connu sous le nom de Plan Morgenthau. La célèbre directive du Comité des chefs d’état-major interarmées 1067 adressée au Commandant en chef des Forces d’occupation états-uniennes en Allemagne, officiellement publié en avril 1945, était parfaitement calquée sur ce document initial [3].

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La partition de l’Allemagne d’après les dispositions du plan Morgenthau de 1944

Le plan Morgenthau s’avéra rapidement être une erreur stratégique. Les États-Unis sous-estimaient l’impact culturel et idéologique que les Soviétiques allaient avoir sur la société européenne. Ne se fiant qu’à leur propre jugement, les stratèges US ne saisirent pas la force d’attraction exercée par le système socialiste sur la majorité de la population des nations libérées. Les organes politiques se réclamant du socialisme et du communisme remportaient des élections démocratiques et faisaient croître leur influence, non seulement en Europe de l’Est, mais aussi en Grèce, en Italie, en France et dans d’autres pays européens (voir les succès de Palmiro Togliatti et de Maurice Thorez, pour ne citer qu’eux). Progressivement, les États-Unis se rendirent compte que la désindustrialisation qu’ils voulaient imposer à l’Europe pouvait favoriser une réindustrialisation à la soviétique et ainsi mener à la domination de l’URSS sur le continent… C’est ainsi que les États-Unis durent prestement remplacer le plan Morgenthau par celui qui porte le nom du secrétaire d’État d’alors, George Marshall… Pendant quatre années, le plan Marshall a arrosé l’Europe de douze milliards de dollars répartis entre crédits, prêts, donations, etc. dans le but d’acheter… les moyens de production et les marchandises US. Le plan Marshall a indubitablement revivifié l’économie des nations européennes, mais son effet positif principal reste l’impact sur l’économie… états-unienne. Parallèlement, une vague de répression politique déferlait en Europe, et plus significativement en Allemagne.

Les médias ont largement occulté l’initiative soviétique de 1950 qui prévoyait son retrait de RDA et la réunification de l’Allemagne démilitarisée, neutre et non-alignée, dans l’année suivant le traité de paix. La résolution adoptée à la Conférence de Prague entre les ministres des Affaires étrangères du bloc soviétique, le 21 octobre 1950, proposait la mise en place d’une Chambre constituante composée de représentants de toute l’Allemagne à égale mesure entre les membres issus de RFA et de RDA afin de « préparer la formation du gouvernement provisoire démocratique, souverain et pacifique d’une Allemagne unie. » Nul besoin de préciser que le gouvernement états-unien et l’administration ouest-allemande de Bonn s’opposèrent avec virulence à cette proposition [4]. Le référendum, proposé aux électeurs des deux parties de l’Allemagne, sur la question « Êtes-vous contre la remilitarisation de l’Allemagne et pour la ratification du Traité de paix de 1951 ? », ne fut officiellement reconnu que par la seule RDA (avec 96 % des suffrages en faveur du « oui »). En RFA, les autorités téléguidées par les États-Unis se gardèrent bien d’y répondre de manière démocratique. Elles refusèrent de reconnaitre les résultats partiels du référendum qui se tenait depuis le mois de février 1951 (parmi les 62 millions de citoyens de l’Allemagne fédérale ayant voté jusqu’en juin 1951, 94,4 % s’exprimaient pour le « oui ») [5] et, le 11 juillet, promulguèrent un amendement draconien à la loi pénale (la Loi éclair de 1951). Cet acte législatif prévoyait des poursuites pour haute trahison et des sanctions comprises entre 5 et 15 ans de prison contre tout individu se rendant coupable d’importer des productions littéraires censurées, de critiquer le gouvernement ou d’avoir établi des contacts non signalés avec les représentants de RDA. Cet amendement fut utilisé dans plus de 200 000 actions judiciaires menées contre 500 000 membres du Parti communiste et d’autres partis de gauche entre 1951 et 1968. Des dizaines de milliers de personnes furent condamnées à des peines d’emprisonnement et la plupart de ceux qui furent « blanchis » ne reprirent jamais leurs activités politiques. En 1953, plusieurs amendements supplémentaires abolirent purement et simplement le droit de réunion et, en 1956, le Parti communiste d’Allemagne était interdit en RFA.

Daniel Burkholz, dans son documentaire de 2012, “Verboten – Verfolgt – Vergessen” (Interdits, suivis, oubliés : un demi-million d’ennemis publics) fournit de nombreuses informations supplémentaires. Étonnamment, la vidéo n’est plus accessible sur Youtube.

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La répression politique menée en Allemagne des années 1950 aux années 1980 est un sujet particulièrement tabou en comparaison de celle qui sévissait dans d’autres pays d’Europe au cours de la même période. Une résonance médiatique bien plus importante a été offerte à l’opération Gladio en Italie, à la dictature des colonels en Grèce et à l’assassinat de personnalités politiques publiquement déclarées en faveur d’un compromis avec le Bloc soviétique, comme l’Italien Aldo Moro abattu en 1978 et le Premier ministre suédois Olof Palme en 1986. Les révélations faites par l’ancien correspondant du Frankfurter Allgemeine Zeitung, Udo Ulfkotte, dans son livre Journalistes soudoyés (Gekaufte Journalisten) consacré aux mécanismes de manipulation des populations par les médias en Allemagne (cela nous rappelle le plan Morgenthau) ne constituent que la partie émergée de l’iceberg.

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L’absence quasi-totale de réaction de la part de Berlin après les révélations d’Edward Snowden à propos de la surveillance électronique systématique des dirigeants allemands par la NSA (National Security Agency) tend à confirmer que l’Allemagne a pris acte de la perte de sa souveraineté et que, dès lors, elle n’a plus rien à perdre.

Ce bref rappel des faits et une lecture plus attentive de l’article duTelegraph n’entament-ils pas votre conviction que les États-Unis sont les garants de la souveraineté européenne ? En justifiant la surveillance et la pression exercée sur les gouvernements et la société civile en Europe par le prétexte d’une prétendue « menace russe », l’oncle Sam ne chercherait-il pas plutôt à servir son objectif premier : conserver son pré carré ?

Traduction
Nathalie Krieg

Source
Oriental Review (Russie)

 


[1] « Russia accused of clandestine funding of European parties as US conducts major review of Vladimir Putin’s strategy. Exclusive : UK warns of « new Cold War » as Kremlin seeks to divide and rule in Europe » (La Russie soupçonnée de financement occulte au profit de partis politiques en Europe dans l’enquête à grande échelle menée par les autorités américaines sur la stratégie de Vladimir Poutine. Exclusif : Le Royaume-Uni s’inquiète d’une “nouvelle guerre froide‟ à propos de la volonté du Kremlin de diviser et de régir l’Europe), Peter Foster & Matthew Holehouse, The Telegraph, 16 janvier 2016.

[2] “Suggested Post-Surrender Program for Germany” (Proposition de programme post-capitulation pour l’Allemagne), F. D. Roosevelt, Septembre 1944.

[3] “Directive to the Commander in Chief of the U.S. Occupation Forces (JCS 1067)” (Directive au Commandant en chef des Forces d’occupation en Allemagne), avril 1945.

[4] “Notes for Eastern Element’s Briefing of General Mathewson” (Notes sur les instructions du général Mathewson en Europe de l’Est), 15 février 1951. Publié in Foreign Relations of the United States 1951, Volume III, Part 2, European Security and the German Question (Document 341).

[5] “Flusslandschaft 1951. Frieden”, Protest in München.

Être et temps


 
Auteur : Heidegger Martin
Ouvrage : Être et temps
Année : 1927

traduction par
Emmanuel Martineau

ÉDITION NUMÉRIQUE HORS-COMMERCE

AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR

« Les Français arrivent à tout
les derniers, mais enfin ils arrivent. »
VOLTAIRE.

Cette édition hors commerce d’Être et Temps a été réalisée « au compte du traducteur »,
qui a souhaité en offrir le nombre réduit d’exemplaires à ses amis. Entreprise en juillet 1984,
la traduction a été achevée le 3 février 1985, et éditée au cours des mois suivants.
Elle est intégrale, et, faut-il le préciser, totalement nouvelle, ne devant rien, par
conséquent, aux deux tentatives partielles déjà existantes : la traduction des §§ 46-53 et 72-76
par Henry Corbin, parue en 1937 dans son anthologie heideggérienne intitulée Qu’est-ce que
la Métaphysique ? et celle, par Rudolf Boehm et Alphonse de Waelhens, (BW), des §§ 1-44
(introduction et section 1), également publiée par les Éditions Gallimard, en 1964, sous le titre
l’Être et le Temps. De ces deux précédents, qu’il soit permis de ne dire ici que l’essentiel : 1/
Si l’éloge du philosophe Henry Corbin n’est plus à faire, l’auteur de ces lignes a eu naguère
l’occasion d’exprimer, par parole et par action la vive admiration qu’il éprouve pour Rudolf
Boehm en « défendant et illustrant » sa pensée propre. 2/ Il n’a cependant jamais rencontré, en
toute sa vie, un seul lecteur qui fût parvenu, sur la seule base des traductions partielles en
question, à « comprendre » et encore moins à étudier Être et Temps1.
Paru en février 1927, comme tome VIII du Jahrbuch de Husserl, et, simultanément, en
volume séparé (que nous possédons et avons souvent consulté). Sein und Zeit a connu du
vivant de son auteur, treize éditions chez Max Niemeyer, à Tübingen (N1-N13) ; puis, juste
après la mort du penseur, il en a paru une nouvelle (KA) chez Klostermann, à Francfort,
comme tome II de la Gesamtausgabe (l’Édition Complète de dernière main entreprise en
1975), bientôt suivie, en 1977 d’une 14ème édition Niemeyer (N14) soi-disant identique à elle.
De ces diverses éditions, dont on trouvera maintenant une description détaillée et un relevé de
variantes dans le Handbuch de R. A. Bast et H.P. Delfosse2, laquelle devions-nous choisir
comme base de notre travail de traduction ? À cette délicate question, il nous a semblé que le
bon sens — fortifié par les informations que lui apportaient les deux savants cités — ne
pouvait que répondre : la meilleure des éditions publiées par l’auteur lui-même. Or, soit dit
sans adresser la moindre critique aux éditeurs de la G.A., KA ne satisfaisait point à un tel
« critère » — un peu vague, on l’avoue —, si du moins Bast et Delfosse ont raison d’écrire à
son propos :
« KA et N14 sont les premières éditions, dans l’histoire littéraire de S.u.Z., dont le
texte ait été établi par un éditeur ; par suite, la question reste ouverte de savoir
dans quelle mesure les modifications qu’on y constate (presque 300 par rapport à
N13) sont le fait de Heidegger lui-même, et il est sûr à tout le moins que ce n’est
pas lui qui les y a introduites une à une. Bref ces changements, en tout état de
cause — et même si on se réfère aux indications de l’éditeur Fr.-W. von Hermann.


1 On fait des sondages sur tous les sujets, il est dommage qu’on n’en fasse pas sur celui-la.
2 R. A. BAST et H. P. DELFOSSE, Handbuch zum Textstudium von M. Heideggers « Sein und Zeit », t.1, Éd.
Frommann-Holzboog, Stuttgart, 1979. Nous n’avons pas pu utiliser le t. II, promis pour 1985 par le catalogue de
l’éditeur, mais non encore paru, que nous sachions, au moment où nous terminons notre travail.


G.A., t. II p. 579 —, n’ont été que passivement autorisés (passiv autorisiert). […]
De plus, KA et N14 n’en divergent pas moins entre elles de façon notable dans
bien des cas »3.
Restait donc N1-N13, ce qui faisait encore beaucoup. Heureusement, l’embarras du
choix n’était plus alors si grand qu’il y paraissait. En effet — toujours d’après les indications
du Handbuch —, ce groupe de treize éditions se divise en deux « blocs » assez hétérogènes
N1-6, d’une part, N 7-13, d’autre part. Et, de l’un à l’autre, voici ce qui a changé :
« N7 contient une “note liminaire”, disant que “le texte de la présente
réimpression n’a subi aucun changement”, mais que “les citations et la
ponctuation ont fait l’objet d’une révision”. Néanmoins. N7 contient maintes
interventions dans le texte. Globalement, le texte de N7 s’écarte de celui de N6
dans plus de 480 cas (!). […] Ces modifications du texte sont de nature très
diverse : elles vont de corrections de coquilles, via des suppressions de fautes
d’orthographe, à des changements qui ne laissent pas intact le sens du texte. Parmi
elles, se trouvent également des déplacements syntaxiques, beaucoup de
soulignements nouveaux (de noms propres, notamment), d’ajouts de tirets, et, en
5, resp. 3 cas, des suppressions des particules d’accentuation « doch » et « ja ».
Des changements divers concernent certains usages linguistiques propres à
Heidegger. En quelques endroits, le texte a été actualisé, certains renvois aux
parties inédites de S.u.Z. ayant même été éliminés (tandis que d’autres, au
contraire, étaient maintenus) »4.
Bien que le nombre « 480 » ne doive point nous émouvoir à l’excès — il inclut des
variantes absolument infimes, orthographiques ou même purement graphiques —, nul ne
saurait sous-estimer le prix de ces renseignements, ainsi que des relevés qui les
accompagnent, ni méconnaître la double « moralité » qui s’en dégage aussitôt :

1/ D’abord, il
convient d’y insister, quiconque se proposerait à l’avenir d’argumenter avec précision au sujet
de S.u.Z., c’est-à-dire d’étayer une interprétation philosophique sur des exégèses tant soit peu
littérales, ne pourra plus se dispenser d’indiquer sa source, voire d’en produire et d’en
comparer plusieurs.

2/ Ensuite, et en ce qui concerne notre problème du choix de l’original à
traduire, on voit qu’il prenait, grâce au Handbuch, la forme du clair dilemme suivant : les
« blocs » N1-N6 d’un côté, N7-N13, de l’autre, étant donc supposés bien distincts, et chacun
sans faille notable (bien qu’ils en contiennent quelques-unes), fallait-il traduire l’édition
originale, ou bien une édition certes postérieure de vingt-six ans (N7 date de 1953), mais
manifestement améliorée, et cela par Martin Heidegger lui-même ?

C’est à la deuxième partie
de l’alternative que nous nous sommes rallié, pour deux raisons :

1/ par égard pour la volonté
de Heidegger ;

2/ pour avoir constaté, en examinant attentivement le relevé III, 1 de Bast et
Delfosse5, que — abstraction faite des coquilles au sens strict du terme — les modifications
introduites par l’auteur à partir de N7 n’obéissaient point tant à la logique d’une
« réinterprétation » tardive, voire « abusive », qu’elles ne procédaient que du désir d’obtenir,
tout simplement, un texte moins fautif. Comme une démonstration détaillée de ce point
alourdirait inutilement cet avant-propos, mais qu’il convient tout de même d’en donner un
commencement de preuve, nous illustrerons le phénomène en indiquant simplement quelques
leçons de N6, et la transformation opérée par N7 (le lecteur peut et doit sinon se faire une
opinion personnelle sur ces problèmes, en se référant directement au Handbuch) :


3 Id., p. 390. Les auteurs renvoient sinon à leur article « Philologisches zu den beiden Neuausgaben von S.u.Z. »,
dans Philosophisches Jahrbuch, 1979. p. 184-192. On sait enfin que c’est dans KA qu’ont également été publiés
pour la première fois les marginalia de l’exemplaire de Totnauberg. Mais quelle qu’eût été l’édition retenue,
nous ne les eussions point traduits ici, pensant qu’ils ne font de toute façon pas partie du texte.
4 Id., p. 388-389.
5 Id., p. 413-420.


Bien sûr, quoique nous considérions ces changements comme des corrections, nous ne
nions pas que quelques autres (ainsi 04201, 32502) « sentent » leur réinterprétation. Mais le
moins qu’on puisse dire est que celle-ci n’a rien de draconien ; elle ne va jamais, en tout état
de cause, jusqu’à importer dans S.u.Z. un concept étranger à sa langue originelle.
Aussi, c’est de la dixième édition de S.u.Z. (N10,1963) que nous proposons ici la
traduction au lecteur français. Que ce choix ne fût point mauvais, nous pouvons d’ailleurs en
apporter une confirmation supplémentaire, « subjective » sans doute, mais non négligeable : à
aucun moment, l’usager exigeant qu’était son traducteur n’a été amené à la suspecter ; si
difficile ou lourde que soit souvent — notamment dans la section 2 — la syntaxe de
Heidegger, jamais il n’a éprouvé la tentation de rapporter ces phénomènes à un texte incertain
ou erroné.

*

Pour ce qui touche maintenant à la présentation de ce volume, le nécessaire sera vite dit,
et pour cause :

1/ Sein und Zeit est le chef-d’oeuvre de ce siècle, et, comme tel, un objet, terme par
lequel nous entendons quelque chose de résolument autonome. Or comme un objet, cela
requiert d’être primairement dévoilé, et que nous n’avions pas ici d’autre but, nous nous
sommes uniquement attaché à en assurer la « lisibilité » — ce qui ne veut pas dire, chose
impossible et absurde : en « faciliter » la lecture —, soit, négativement, à ne lui point ajouter
de surcharge, commentaire, note ou « référence » d’aucune sorte. Voilà pourquoi on ne
trouvera ici — en particulier — ni mots allemands entre parenthèses, ni notes du traducteur à
caractère exégétique, ni préface doctrinale, ni, surtout, de renvois aux volumes
chronologiquement voisins de l’Édition Complète, pour ne rien dire des ouvrages postérieurs
de Heidegger, auxquels il arrive souvent, et cela jusqu’à Temps et Être et aux ultimes
séminaires, de se « référer » à Sein und Zeit. Le livre de 1927, en effet, étant la source
jaillissante et primordiale à laquelle se doive de puiser toute approche de la pensée
heideggérienne, ce n’était décidément pas le moment de l’« éclairer » par des cours qui,
quelle qu’en soit parfois la splendeur, n’en demeurent pas moins subordonnés à ce lieu majeur
où, pour la première fois, est proposée et tentée une élaboration temporalo-existentiale d’une
possible problématique de l’être. Par voie de conséquence, le fait contingent — que nous ne
sachions, hic et nunc, encore à peu près rien de la « genèse » du livre nous a paru tout à fait
positif6 : puisse la « documentation » la concernant ne nous être livrée que le plus tard


6 Et nous nous félicitons, en particulier, que le t. XX de la G.A. publié en 1979 sous le titre Prolégomènes à
l’histoire du concept de temps, offre plutôt une première rédaction de la section 1 qu’il ne révèle un stade de
pensée antérieur, donc distinct. Quand on songe, par ailleurs, que ce cours à été professé durant l’été 1925, on ne
peut être que stupéfait par la précocité du philosophe : si genèse il y a forcément eu , il y a eu aussi et surtout une
éclosion, une naissance dont la vigueur, si Hegel n’eût existé, serait sans exemple dans l’histoire de la pensée
occidentale. — Une « différence », cependant, entre ce volume et S.u.Z. mérite d’être notée : ce qui s’appellera
en 1927 Erschlossenheit, « ouverture », s’appelle encore en 1925 Entdecktheit, « découverte », « être

découvert » (v. t. XX, § 28, ainsi que la postface de Petra Jaeger, p. 444) et vice versa. Voilà qui marque non une
variation de Heidegger, mais la « sensibilité » dans tous les sens du terme de la langue allemande. Lorsque l’on a
pour tâche, en traduisant, de restituer une nuance séparant deux termes philosophiques allemands, il convient
parfois de commencer par se rendre compte de sa délicatesse dans la langue d’origine plutôt que de se hâter d’en
faire, dans la langue d’arrivée une opposition à la hache.


possible — et veuillent bien ceux qui, dans un avenir peut-être assez proche (puisqu’une IVème
section de la G.A. est d’ores et déjà programmée), disposeront d’elle en totalité, ne jamais
oublier qu’une chose est de se représenter objectivement la « formation » d’une pensée, une
autre chose de discerner ce que Heidegger, dès la première page de ce livre, appelle presque
« intraduisiblement » son caractère vorläufig, provisoire au sens de pré-curseur ou pré-cursif.
Saurions-nous tout sur les rapports du jeune Heidegger avec Paul, Augustin, Luther,
Kierkegaard, Nietzsche, Rilke, Dostoïevski, Aristote, Kant, Husserl et cent autres, que nous
ne serions pour autant en rien « prédisposés » à penser avec lui, pour la claire et excellente
raison qu’aucun savoir, comme tel, n’ouvre de disposition.

2/ Comme le présent volume, on l’a dit, ne correspond point — à la différence de ceux
de la série OEuvres de Martin Heidegger en cours de publication aux Éditions Gallimard — à
un volume de la G.A., la pagination originale que l’on trouvera reproduite dans ses marges est
celle des éditions N (à peu près identique dans toutes)7. Il arrive souvent, comme chacun sait,
que des oeuvres majeures de la littérature philosophique soient conventionnellement citées
d’après leur édition originale : cet usage semblant devoir s’imposer pour Être et Temps aussi
bien que, par exemple, pour la Critique de la raison pure de Kant, nous espérons ainsi
contribuer à sa consolidation, et nous invitons le lecteur, même s’il voulait bien utiliser notre
traduction, à rester lui aussi fidèle à cette pagination N (la mention supplémentaire du
paragraphe ne pouvant qu’ajouter à la précision des références).

3/ Un index « complet » (dans les limites que définit sa note liminaire), en fin de
volume, rassemble nos transpositions du vocabulaire technique de Heidegger et en justifie
brièvement quelques unes. Le lecteur qui le consultera (ou qui, par son intermédiaire, recourra
éventuellement aussi au Handbuch ou à l’Index de Hildegard Feick8) pourra constater que
nous nous sommes astreint non seulement à restituer (sauf exception sans portée
philosophique) un même mot allemand par un même mot français, mais encore — ou tout
d’abord — à construire un système de transpositions souvent neuf, le plus approprié que
possible aux requêtes spécifiques de S.u.Z., et enfin cohérent. Toute traduction est
interprétation, et celle-ci pas moins qu’une autre. Si elle revendique ce titre, cependant, ce
n’est ni au nom de telle ou telle innovation, trouvaille ou autre astuce qu’elle se vanterait de
mettre en circulation. ni même en vertu de son esprit général : c’est, et c’est uniquement dans
la mesure où elle a cherché à satisfaire à cette exigence de cohérence, qui, pour autant, n’était
pas elle-même dictée par la conviction d’une « systématicité » de la pensée heideggérienne,
mais bien plutôt par la seule certitude de sa nature phénoménologique. Bref, tel est notre
principal « apport » — telle est l’aune à laquelle nous souhaiterions être d’abord jugé.

*

Si notre refus de traduire Dasein autrement que par lui-même n’appelle point
d’explication ou d’« excuse » particulière — « tout comme le grec logos ou le chinois tao,
disait un jour Heidegger lui-même à J. Beaufret, Dasein est intrinsèquement intraduisible »9
—, il semble malheureusement qu’il doive en aller autrement pour nos traductions nouvelles


7 Sur la pagination, v. le Handbuch, p. XXIII, dont les listes suivent plus précisément celle de N14 : « Mais une
table de concordance serait superflue, puisque les précédentes éditions de S.u.Z. ne diffèrent que d’une manière
infime de N14 sur ce point, et que KA reproduit également dans ses marges la pagination de N7-13. »
8 H. FEICK, Index zu Heideggers “S.u.Z.”, 2e éd., Tübingen, 1968 : précieux glossaire conceptuel et thématique.
Voir notre index C.

9 Tout en garantissant l’authenticité de ce logion — et j’en profite aussi pour dire tout ce que notre « système »
de transpositions doit à seize années d’échange amical avec Jean Beaufret — je rappelle que la moins mauvaise
traduction déjà utilisée : « être-le-Là » (G. Kahn), si elle l’emporte évidemment sur « réalité-humaine » (H.
Corbin) ou sur « être-là » (BW) reste loin de compte. Pourquoi ? Simplement parce ce que ce qui est en cause est
la manière d’être ce Là, ou, inversement, le fait que le Là n’est pas quelque chose d’« existant » (au sens
ordinaire), mais, si l’on ose dire, d’ « existé ». Or cela, le mot allemand Dasein, s’il ne le disait assurément pas
avant Heidegger, peut, par une espèce de magie propre, le dire : « le Dasein est l’être du Là » (p. [132], et « le
Da-sein (du monde) est l’être-à », p. [143]). En dire plus exigerait d’entrer, ni plus ni moins, dans une
interprétation philosophique de la totalité de S.u.Z..


des mots vorhanden et zuhanden (348, resp. 318 emplois) ou Vorhandenheit et Zuhandenheit10
par (être-)sous-la-main et (être-)à-portée-de-la-main. En effet, bien que nous nous soyons
expliqué naguère assez clairement sur ces choix (que nous devons, redisons-le, à François
Fédier), et n’ayons trouvé, au cours d’un long usage, qu’à nous en féliciter, une récente
polémique de J.-F. Courtine nous contraint à revenir sur un problème que nous croyions non
certes avoir résolu, mais, tout à l’inverse, réussi à laisser suffisamment ouvert pour qu’on
hésitât à le re-fermer de manière aussi naive que notre contradicteur. Mais écoutons celui-ci
tout au long :

« Il nous a paru impossible de nous régler sur la transposition adoptée par E.
Martineau dans sa traduction du t. XXV de la G.A. Il peut en effet être souhaitable
comme le demande le traducteur, de “maintenir le mot main” dans la traduction de
Vorhandenheit (d’où “être-sous-la-main”) ; cela s’impose même nécessairement
quand, comme ici (Grundprobleme der Phänomenologie, p. [143], [147], [153]),
Heidegger entend le Vorhandenes au sens de ce qui est “en main” ou “maniable”
(handlich), de ce qui vient “devant” ou “sous la main” (vor die Hand), de ce qui
implique toujours en dernière instance une référence à l’agir ou au manier
(Handeln). Mais cette traduction-explicitation qui vaut de telle analyse précise
dans un contexte déterminé (quand il s’agit en particulier de reconduire les
concepts fondamentaux de l’ontologie grecque à l’horizon ultime de la
production), ne permet plus, semble-t-il, d’établir l’opposition stricte et
élémentaire entre la Vorhandenheit, d’une part, quand elle explicite par exemple
le concept kantien de Dasein ou l’existentia chez Suarez, quand elle détermine le
mode d’être de l’étant projacent (Vorliegendes), et la Zuhandenheit, d’autre part,
pour autant qu’elle caractérise en propre le mode d’être de l’outil, sa disponibilité.
La distinction n’est plus alors celle (bien improbable) du “sous-la-main” et du “àportée-
de-la-main”, mais, comme le suggérait J. Beaufret, celle de ce qui est
simplement présent “sous les yeux” et de ce qui est “à-portée-de-la-main”
(Dialogue avec Heidegger, t. III, 1974, p. 136). Avouons enfin que le
“balancement entre l’étant sous-la-main (vorhanden) et l’étant à-portée-de-la-main
(zuhanden)” vanté par le traducteur nous est presque (?) entièrement
imperceptible, tout comme la possible nuance entre ces deux expressions. (Note :
Il ne suffit pas de décréter péremptoirement une telle nuance pour la faire
apparaître ou la fonder. Son caractère flottant ressort a contrario de la référence
allusive que fait E. M. à la traduction de F. Fédier qui, dans Temps et Être,
restituait précisément, et à l’inverse, Vorhandenheit par “être à portée de la main”
et Zuhandenheit par “être en main”.) Pour toutes ces raisons, il nous a donc
semblé préférable de maintenir d’abord la clarté de la distinction et de partir du
lexique établi par les premiers traducteurs d’Être et Temps. »11.


10 60, resp. 46 occurrences, auxquelles il faut ajouter 34 Vorhandensein et 5 Zuhandensein. On voit par ces
statistiques l’importance — matérielle — du problème : aussi, je ne crains pas d’être un peu long sur ce sujet.
11 J.-F. COURTINE, avertissement à sa trad. fr. de M. Heidegger, Les Problèmes fondamentaux de la
phénoménologie (= G.A., t. XXIV), 1985, p. 12-13, évoquant notre propre avertissement à la trad. fr. de M.
Heidegger. Interprétation phénoménologique de la Critique de la raison pure de Kant (= G.A., t. XXV), 1982, p. 11-13. On note l’absence de toute référence à S.u.Z.


Trompé par les dehors « modérés » de ce développement, un lecteur inexpérimenté
pourrait être tenté d’y voir un modèle de pondération et de tranquille recherche de la vérité.
Soit à montrer au contraire que ce n’est rien d’autre qui se donne ici libre cours que le
dogmatisme du sens commun, lequel, lorsqu’il s’agit plus précisément de philologie, ne
manque jamais de militer pour la solution la plus réactionnaire. Ce que nous ferons en
alignant trois séries de courtes remarques, les unes 1/ déontologiques, les autres 2/ littérales,
les dernières 3/ plus fondamentales :

1/ a) Que l’on me cherche querelle pour mieux se singulariser, c’est la « bonne
coutume », et, quoique ce ne soit nullement la mienne, je suis le dernier à l’ignorer.
Simplement, le jour où il s’en avisera à son tour, J.-F. Courtine, du même coup, prendra
conscience qu’en sacrifiant à de tels rites, il a surtout sacrifié sans aucun motif sérieux
(comme on verra dans un instant) l’unité de la « troisième génération » des traductions
françaises de Heidegger.

b) Il n’y a aucun argument à tirer contre moi de la traduction par F. Fédier de Temps et
Être, et voici pourquoi : cette traduction, parue dans les Mélanges J. Beaufret, remonte à
196812, et c’est bien après cette date que Fédier s’est rallié à la solution que je lui dois. Ainsi,
loin que la nuance qui nous occupe soit elle-même « flottante », c’est Fédier lui-même qui,
avant d’y arriver, a « flotté », ce qui est tout à son honneur. Comme c’est par exemple tout à
l’honneur de Heidegger que d’avoir flotté un long moment ainsi que je le disais plus haut,
entre les mots Entdecktheit et Erschlossenheit.

c) N’est-il pas saisissant de voir J.-F. Courtine, au terme de toutes ses argumentations,
en revenir si régulièrement au système français de BW : car non content de « restaurer » le
binôme « subsistant-disponible », nous voyons par d’autres parties de sa traduction, ou de son
apparat, qu’il maintient des transpositions aussi caduques que « déchéance » voire « chute »
pour Verfallen ou « finalité » pour Bewandtnis. Je pose la question de principe : qui professe
un tel archaïsme philologique, pourtant clairement réfuté par la notoire illisibilité de la demi traduction
de 1964, est-il vraiment en position de donner, vingt ans après, des leçons ?

2/ a) J.-F. Courtine, donc, traduit vorhanden par « présent13, présent-subsistant » et
zuhanden par « sous-la-main, à-portée-de-la-main, disponible ». Mais, avant d’évoquer le
fond du problème, me permettra-t-on de rappeler que ces termes français correspondent de la
façon la plus directe à de tout autres mots allemands que ceux qui nous divisent : présent, par
exemple, c’est anwesend ou gegenwärtig, subsistant, c’est bestehend, et disponible, c’est
verfügbar, etc. Ne suffit-il pas d’évoquer ces correspondances — requises par certains
contextes chez Heidegger lui-même — pour révoquer en doute la « clarté » du système qu’on
nous oppose ?

b) Mais il y a plus, il y a la « francité » des termes cités. Car que veut dire, par exemple,
disponible en français ? J.-F. Courtine nous affirme que la « disponibilité » serait « le mode
d’être de l’outil ». Mais il n’en est rien ! — ou plutôt il n’en est vraiment plus rien dans le
langage de notre temps, qui, que nous le voulions ou non, porte l’empreinte de la technique
moderne. Parlant, par exemple, d’un téléphone « disponible » (ou même d’une femme
« disponible »), est-ce vraiment à son « ustensilité » que ce langage fait référence ?
Nullement ! Ce qui est disponible, aujourd’hui, ce n’est point le marteau du menuisier, la clé
du plombier, le lit de l’homme fatigué, c’est tout étant dans la mesure où il est
(essentiellement) à la disposition généralisée de l’homme : ainsi par exemple du pétrole sous
la terre, et même sous la mer, des masses humaines mobilisables, d’une « tranche horaire »
dans un programme médiatique… En un mot, et malheureusement pour le dogmatisme


12 Cf. L’Endurance de la pensée, Pour saluer J. Beaufret, 1968, p. 29.
13 A ce mot « présent », je n’ai évidemment rien à objecter, sinon que, 1/ en tant que traduction de Vorhanden, il
ne peut prétendre restituer que le sens allemand ordinaire — donc absolument confus — de ce terme, et que, 2/
en lui-même, il est trop plurivoque pour être éclairant.


courtinien, le disponible, faussant compagnie à l’outil, s’est résorbé lui-même dans… le
subsistant dont il est fondamentalement synonyme. D’où je conclus qu’il est parfaitement
ridicule de chercher à exprimer une « opposition par des termes qui ont dès longtemps cessé
de s’opposer, captés qu’ils sont désormais par l’unique horizon de ce que Heidegger appelle
la Beständlichkeit, la disponibilité subsistante ou la subsistance disponible d’un stock, d’une
« réserve »14.

c) D’autant que cette opposition, ou plus précisément l’opposition allemande qu’elle
entend refléter, J.-F. Courtine a le front de la qualifier de « stricte et élémentaire » ou de
« claire », tandis que serait seulement « possible », « improbable » ou « imperceptible » celle
que je proposais. Or là réside, je le crains, le prôton pseudos. Car outre le fait que la nuance
que j’établis entre « sous-la-main » et « à-portée-de-la-main » se veut justement
« imperceptible », mais au sens de « délicate », il s’en faut que celle, originale, entre
vorhanden ou zuhanden soit aussi perceptible qu’on le prétend ici, bien au contraire !
L’opposition qui est « stricte », « élémentaire », « claire », c’est, et c’est seulement celle —
J.-F. Courtine, subrepticement, ne parle que d’elle — de la pratique et de la théorie. Elle est
même si « métaphysiquement claire »15 que Heidegger n’a pas consacré moins de soixante ans
à en mettre en question la clarté — et cela d’abord et avant tout en la rapportant à une autre
opposition, pas du tout claire quant à elle, celle de la Zuhandenheit et de la Vorhandenheit…
Voilà ce que je nommais du sens commun : la croyance que la philosophie en général et
Heidegger en particulier est « clair ». Quand le sens commun déclare les philosophes
« incompréhensibles » il est comique, quand il les prétend « clairs », il est ennuyeux — mais,
dans un cas comme dans l’autre, il est lui-même, et c’est pourquoi il dit tantôt ceci, tantôt
cela, voulant dire ici et là la même chose, à savoir qu’elle est autre chose que lui.
Assurément !

3/ Mais il est temps d’en venir à nos trois remarques plus fondamentales. La première
sera de méthode, la deuxième abordera — enfin — la chose même, la troisième amènera notre
conclusion.

a) Vorhandenheit, écrit J. -F. Courtine, « explicite (je souligne) par exemple le concept
kantien de Dasein ou l’existentia chez Suarez ». Or dans ce verbe « expliciter » il faut
chercher, me semble-t-il, le deuteron pseudos, ou, en d’autres termes, la version méthodique
de l’erreur de principe qui vient d’être dénoncée. En effet, prenons par exemple les mots
existentia et Vorhandenheit. Il est licite, je crois, d’appeler l’un l’interpretandum, l’autre
l’interpretans : ce qui revient à dire, en bonne logique, qu’il doit exister de l’un à l’autre un
« passage », un « transport », une interprétation au sens étymologique du terme. Une
interprétation et non pas, insistons-y, une simple « explicitation » ! Heidegger, ici, ne se borne
nullement à « expliciter », c’est-à-dire à transposer « philologiquement » un mot latin (ou un
mot allemand pré-phénoménologique) dans sa langue allemande à lui : il n’est pas un
traducteur. S’il « transpose », c’est en trans-posant, s’il « explicite », c’est en expliquant bref,
s’il « interprète », c’est en interprétant, c’est-à-dire en déplaçant… Faute de se livrer à cette
réflexion élémentaire, on s’expose à traiter Heidegger, lorsqu’il éclaircit la « langue » de la
tradition ontologique, comme un vulgaire glossateur, simplement plus aigu que les autres. On
voit donc quelle est ici notre réserve : tandis qu’il retraduit (car c’est ici, selon son propre
témoignage, d’une simple rétro-version qu’il s’agit) Vorhandenheit par « subsistance », J.-F.


14 V. Par exemple une page lumineuse de Questions IV, 1976, p. 303-304 = Vier Seminare, Francfort, 1977, pp.
105-106, où H., en substance, explique comment l’être-sous-la-main des objets laisse la place à l’âge du stock, à
une Beständlichkeit qui n’est plus tant Beständigkeit que Bestellbarkeit. — Du reste, J.-Fr. Courtine est bien
embarrassé lorsque, à la p. [153] du Gr.d.Ph., H. parle d’un « vorhandenes Verfügbares », qu’il traduit par
« sous-la-main, disponible » : mais je croyais, au vu de l’index à la traduction (p. 410). que « disponible » avait
été réservé pour traduire zuhanden, ainsi d’ailleurs que « sous-la-main » lui-même ! Décidément, mes
traductions « improbables » sont parfois assez plausibles !
15 Je pense à Descartes, qualifiant quelque part la vérité de « transcendantalement claire ».


Courtine, loin de traduire Vorhandenheit en français, manifeste en réalité un refus caractérisé
de traduire16 ; il cultive et répand l’illusion que Heidegger, avec ses propres « explicitations »
allemandes, ne se soucierait que de refléter les notions qu’il « commente ».
Soit, pour prendre un exemple encore plus classique et plus clair, l’eidos platonicien. Et
supposons que je le traduise — l’« explicite » — par le français « visage » ou l’allemand
Gesicht. Aurai-je alors vraiment interprété ce concept ? Non : m’appuyant (certes à bon droit)
sur le sens courant, préphilosophique, du grec eidos, j’aurai simplement rendu un écho,
produit une image photographique de ce mot. Aussi bien, nous voyons que Heidegger,
lorsqu’il élucide la pensée de Platon, ne s’en tient jamais à un décalque « correct » comme
Gesicht. Durch das Richtige hindurch, in das Wahre : « à travers la simple rectitude, vers la
vérité », telle est bien plutôt sa devise. Ce que fait Heidegger, c’est moins expliciter que
traduire pensivement, interprétativement l’eidos platonicien, ce qui lui inspire des transpositions
comme Aussehen ou Aussicht.
Et ce qui vaut d’eidos ne vaut pas moins de tous les concepts métaphysiques dont il
traite, y compris ceux qui, comme existantia ou Dasein au sens métaphysique, se sont presque
« intégrés » aux langues « naturelles » modernes. Heidegger n’est pas un historiographe, un
reporter de l’histoire de la philosophie, il est un penseur en débat avec d’autres penseurs qui,
de surcroît, sait plus clairement qu’un autre que repenser la pensée de ces « auteurs » ne
consiste pas, ne peut consister à dire, fût-ce explicitativement la même chose qu’eux. Ainsi,
c’est l’interprétation — et la pratique — heideggérienne de la notion même d’interprétation
qui frappe d’interdit les rétroversions que l’on objecte à notre effort de… traduire, et, de deux
choses l’une : ou bien Heidegger « interprète » l’existentia comme « subsistance », et alors il
n’interprète pas vraiment, ou bien il interprète vraiment l’existentia lorsqu’il parle de
Vorhandenheit, et alors ce n’est point en reparlant germanistiquement de « subsistance »17,
mais en déterminant celle-ci même, en son provenir, comme (par exemple) être-sous-la-main.
« Être-sous-la-main » : une traduction qui, précisons-le, est également sous notre plume tout
autre chose que — disait J.-F. Courtine — une « traduction-explicitation », à savoir, derechef,
une interprétation « consciente et organisée ».

b) Sur cet être-sous-la-main, et notamment sur la différence « imperceptiblement »
perceptible qui le sépare de l’être-à-portée-de-la-main, il semble donc qu’il faille une fois de
plus revenir. J’y reviens. Non pas cependant en analysant des « idées » complexes, mais, à
nouveau, en prenant un exemple niais :
Supposons que j’aie « toujours », en cas de besoin, un parapluie sur la banquette arrière
de ma voiture, et demandons-nous, en nous rendant attentif au « naturel » (imperceptible) de
notre langue, comment il conviendrait, selon son mode d’être, de nommer cet étant. Pour cela,
on commencera évidemment par préciser descriptivement l’hypothèse : d’abord, comme
beaucoup d’hommes d’aujourd’hui, je me sers plus souvent de ma voiture que de mes
jambes : ce parapluie, cet outil est en tant que tel assez archaïque, il est presque un


16 D’ailleurs le plus souvent, il ne traduit même pas ! Cf. Problèmes fondamentaux, trad. des p. [36-37],[43-45],
etc., où le mot allemand est obstinément reproduit, et flanqué de « (subsistance) » entre parenthèses. Le lecteur
« innocent » lui dira mieux que moi ce qu’il en pense.
17 Ce qui est aussi bien confirmé par les quelques passages de S.u.Z. — pour le citer enfin ! — où Vorhandenheit
se trouve au voisinage d’un vocabulaire « substantiel » : ainsi, p.[153] : le Bestand est (seulement) un « mode
d’être de l’être-sous-la-main » ; p. [318] : la substance est l’être-sous-la-main, mais dans l’horizon de la
catégorie ; p. [96] et [98], à propos de Descartes : la substance est l’être-sous-la-main constant ; d’après la
p.[183], ce serait plus précisément la « réalité » qui constituerait le nom traditionnel le plus « proche » — mais
en même temps le plus voilant — de l’être-sous-la-main ; enfin la p.[7] aligne d’emblée cette série de termes
non équivalents : « Dass-und Sosein, Realität, Vorhandenheit, Bestand, Geltung. Dasein (au sens métaphysique)
es gibt ». Bref, pas moyen de le nier : « être-sous-la-main » (Vorhandenheit) est une notion non pas
« signalétique », mais irréductible, qu’il faut donc traduire non moins irréductiblement. Je le disais du reste déjà
dans deux notes à l’Interprétation phénoménologique (p. 40 et 43), que J.-F. Courtine signale bien (l.c., n.3),
mais sans en tenir compte.


« souvenir » du temps où l’on « se promenait » de manière familiale, hygiénique ou
« rêveuse », en un mot vraiment quotidienne ; ensuite, sous nos latitudes, il pleut assez
rarement, et pas longtemps : nouvelle cause de « raréfaction » de l’outil en question, qui,
pourtant, ne laisse pas de demeurer familier (certains commerces, « en crise », le vendent, et
même ne vendent que lui) ; enfin, cet outil résiduel a en même temps ceci de propre — et doit
sa survie au fait — qu’il s’inscrit dans un « complexe » dont font également partie le ciel et la
terre : du coup, sa « mondialité » (Weltmässigkeit) est privilégiée, et ceci à tel point que,
marquant le « temps » (la saison) il contribue indirectement à la constitution de
l’intratemporalité, etc., etc.
On pourrait disserter longuement sur un parapluie. Tel n’est pas notre propos, mais,
encore une fois, d’en nommer le mode d’être : Vorhandenheit ou Zuhandenheit ? Ou, pour
préciser la question : à qui me presserait de « choisir », et de lui dire si ce parapluie d’usage
intermittent m’est « sous la main » ou « à portée de la main », que répondrai-je en « bon
français » ?
Eh bien, je lui dirai que je l’ai « toujours » sous la main, plutôt qu’à portée de la main.
C’est ainsi, et pas autrement, que j’exprimerai comme il faut l’être d’un « outil » qui, le plus
souvent, n’a pas son sens propre d’outil, mais « traîne » derrière moi à la façon d’un « objet »
(au sens courant) ou d’un « ustensile ». Mais, parlant ainsi, je ne le réduirai pas pour autant à
l’inertie absolue de la pierre du chemin, ou de la « chose » telle qu’objectivée par la science
physique ; non — je me bornerai à le distinguer adéquatement de cette outilité pleine dont il
est par ailleurs « en puissance » pour peu que tombe une seule goutte d’eau ; car que je doive
sortir de la voiture et que cette goutte d’eau me chatouille le nez, et voici soudain qu’il
« devient », de sous-la-main qu’il était, un étant à portée de ma main. Oui, à portée de la main
comme est, par exemple, la truelle à portée de la main du maçon au travail. Du maçon qui, si
on lui posait à propos de cette truelle notre « question-test », ne répondrait pas, je crois, quant
à lui, qu’il a « toujours sa truelle sous la main », mais bel et bien qu’il l’a « toujours à portée
de la main »… Car cette truelle, il n’en « dispose » pas « en cas de besoin », mais il en use au
sein de ce que Heidegger appelle un Umgang, un « commerce » avec l’outil. Est-ce « clair » ?
J’ai la faiblesse de le croire, sans pour autant avoir jamais affirmé que ce discernement allait
de soi, qu’il était aveuglant ou indispensable — sans jamais avoir été « péremptoire » ni
m’être mêlé de légiférer. J’avais cru bien faire en faisant profiter la traduction de Heidegger
des efforts fructueux de François Fédier, un point, c’est tout.
Cela dit, cet humble début d’« analyse » ne prétend pas non plus « commenter »
Heidegger, ni régler un problème qui, je le répète, doit aujourd’hui comme hier être tenu
ouvert. Pour ce qui est du sens proprement phénoménologique et historial de la
Vorhandenheit et de la Zuhandenheit, qu’on lise Sein und Zeit, et, à l’occasion, qu’on le cite
davantage que ne fait J.-F. Courtine. Mais nos traductions — de cela, nous sommes sûr et
certain — n’empêcheront pas une telle lecture, et c’est ce qui nous tenait à coeur. Pas plus
qu’elles n’empêcheront, au contraire, le lecteur de se demander par exemple pourquoi et
comment l’être-sous-la-main demeure en effet profondément « référé » à l’usage ; de peser la
différence qui le sépare de la thématisation et de l’objectivation scientifico-théoriques
proprement dites ; de méditer le mot de virage (Umschlag) qu’a choisi Heidegger avec le plus
grand soin pour désigner la métamorphose de l’être-à-portée-de-la-main en être-sous-la-main
; de s’émerveiller de la « nuance » et de la contiguïté — en un mot de l’affinité des deux
notions ; et enfin, pourquoi pas, d’essayer d’aller « plus loin » que Heidegger, en
s’interrogeant, par exemple, sur cet étrange « avisement » qui se produit lorsque, surprenant
pour ainsi dire le sous-la-main « entre » outilité et choséité pure, je le « considère »…

c) Après ces diverses remarques, on ne s’étonnera pas que la dernière que nous avons à
faire soit pour conjecturer que l’origine de toutes ces complications, chicanes et timidités se
trouve dans une inexpérience d’Être et Temps dont notre protagoniste, assurément, n’a point

le monopole. Pas plus que je ne m’arroge moi-même, dois-je le dire, une expérience
privilégiée de cette oeuvre. Simplement, j’ai tenté depuis des années d’y trouver accès, j’ai
ouvert un chemin vers elle parmi d’autres possibles, j’ai dit dans quelques textes18 quel était ce
chemin, j’ai essayé d’« assumer » mon interprétation — et j’ai traduit voilà tout. Pour le reste,
la polémique, quelle qu’elle soit, ne me tente plus ; j’attends le polémos.
Quelle est maintenant la signification historique, au-delà du cas peu intéressant de son
« auteur », de ce travail de traduction ? Le lecteur, au seul vu du retard extravagant avec
lequel arrive Être et Temps sur sa table de travail, se doute qu’il y aurait « beaucoup à dire »
sur ce que nous avions appelé il y a quelques années un « mystère d’incurie ». Nous n’en
dirons rien cependant, parce que ce « beaucoup », lui aussi, ne présente que peu d’intérêt, et
même aucun. Universelle, la philosophie a été confisquée ; livre du siècle, Être et Temps est
resté sous le boisseau. Pourquoi ? Comment ? Quoique nous le sachions un peu, nous ne
voulons plus le savoir. Que la porte claque, qu’une page soit tournée, voilà ce qui seulement
est important. Important ? Que dis-je ! C’est, disait Heidegger, il y a presque exactement un
demi-siècle, à son premier traducteur Henry Corbin, une « bénédiction ». Comme est en soi
une bénédiction ce témoignage de l’auteur lui-même qui, mieux que nous ne saurions faire,
conclura, et cet avant-propos, et, je l’espère, toute une « préhistoire » de la véritable
confrontation de la France avec son présent, avec elle-même :
« Par la traduction, le travail de la pensée se trouve transposé dans l’esprit d’une
autre langue, et subit ainsi une transformation inévitable. Mais cette
transformation peut devenir féconde, car elle fait apparaître en une lumière
nouvelle la position fondamentale de la question ; elle fournit ainsi l’occasion de
devenir soi-même plus clairvoyant et d’en discerner plus nettement les limites.
C’est pourquoi une traduction ne consiste pas simplement à faciliter la
communication avec le monde d’une autre langue, mais elle est en soi un
défrichement de la question posée en commun. Elle sert à la compréhension
réciproque en un sens supérieur. Et chaque pas dans cette voie est une bénédiction
pour les peuples »19.
E. M.
Richelieu, le 10 février 1985


18 Cf. notre Provenance des Espèces, 1982, notamment, les études I et IV.
19 « Prologue à Qu’est-ce que la Métaphysique ?, trad. citée, p. 8.


INTRODUCTION
L’EXPOSITION DE LA QUESTION
DU SENS DE L’ÊTRE

suite…

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Le Sionisme et le Troisième Reich


 
Auteur : Weber Mark
Ouvrage : Le Sionisme et le Troisième Reich
Année : 2004

Au début de 1935, un bateau rempli de passagers, à destination de Haïfa en
Palestine, quitta le port allemand de Bremerhaven. Sa poupe portait son nom en
lettres hébraïques : «Tel-Aviv», alors qu’un drapeau à croix gammée flottait en
haut du mât. Et bien que le bateau était une propriété sioniste, son capitaine
était un membre du Parti National-socialiste. De nombreuses années plus tard,
un ancien passager du bateau appela cette association de symboles «une
absurdité métaphysique». Absurde ou pas, il s’agit d’une facette d’un chapitre
peu connu de l’histoire : la collaboration de grande ampleur entre le sionisme et
le Troisième Reich hitlérien.

Objectifs communs
Pendant des années, des gens de nombreux pays se sont interrogés sur la
«question juive» : c’est-à-dire, quel était le rôle exact des juifs dans les sociétés
non-juives ? Pendant les années 30, les juifs sionistes et les Allemands
nationaux-socialistes ont partagé des vues similaires sur la manière de résoudre
cette embarrassante question. Ils étaient d’accord sur le fait que les juifs et les
Allemands étaient deux nationalités différentes, et que les juifs n’appartenaient
pas à l’Allemagne. Les juifs vivant dans le Reich n’étaient donc pas considérés
comme des «Allemands de confession juive», mais plutôt comme des membres
d’une communauté nationale distincte. Le sionisme (nationalisme juif)
impliquait aussi l’obligation pour les juifs sionistes de s’établir en Palestine, la
«patrie juive». Ils auraient difficilement pu se considérer eux-mêmes comme des
sionistes sincères et réclamer simultanément l’égalité des droits en Allemagne
ou dans n’importe quel autre pays «étranger».

Theodor Herzl
Theodor Herzl (1860-1904), le fondateur du sionisme moderne, soutenait
que l’antisémitisme n’était pas une aberration, mais une réaction naturelle et
parfaitement compréhensible des non-juifs aux comportements et aux attitudes
des étrangers juifs. La seule solution pour les juifs, disait-il, est de reconnaître la
réalité et de vivre dans un état séparé. «La question juive existe partout où les
juifs vivent en nombre important», écrivait-il dans son ouvrage le plus connu,
L’Etat juif. «Là où elle n’existe pas, elle est provoquée par l’arrivée des juifs … Je
crois que je comprend l’antisémitisme, qui est un phénomène très complexe.
J’observe ce phénomène en tant que juif, sans haine ni crainte.» La question
juive, soutenait-il, n’est ni sociale ni religieuse. «C’est une question nationale.
Pour la résoudre, nous devons avant tout en faire une question internationale
…». Quelle que soit leur nationalité, insistait Herzl, les juifs ne constituent pas
simplement une communauté religieuse, mais une nation, un peuple, un
«Volk». Le sionisme, écrivait Herzl, proposait au monde «une solution finale de
la question juive».
Six mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir, la Fédération sioniste
d’ Allemagne(de loin le groupe sioniste le plus important dans le pays) soumit au

nouveau gouvernement un mémorandum détaillé qui faisait le point sur les
relations germano-juives et proposait formellement l’appui sioniste pour
«résoudre» l’épineuse «question juive». La première étape, suggérait-il, devait
être une franche reconnaissance des différences nationales fondamentales :
Le sionisme n’a pas d’illusions sur la difficulté de la condition juive, qui
consiste avant tout en un modèle d’occupation anormale, et dans l’erreur d’une
posture intellectuelle et morale, non-enracinée dans une tradition nationale. Le
sionisme a reconnu depuis des décennies qu’en conséquence de la tendance
assimilationniste, des symptômes de détérioration apparaîtraient forcément …

Le sionisme pense que la renaissance de la vie nationale d’un peuple qui est
à présent en train de se produire en Allemagne, par le réveil de son identité
chrétienne et nationale, doit aussi survenir dans le groupe national juif. Pour le
peuple juif aussi, l’origine nationale, la religion,le destin commun et le sens de
son unicité, doivent être d’une importance décisive pour la suite de son
existence. Cela signifie que l’égoïsme individualiste de l’ère libérale doit être
dépassé et remplacé par le sens de la communauté et de la responsabilité
collective …

Nous croyons que c’est précisément la Nouvelle Allemagne [nationalesocialiste]
qui peut, par une résolution audacieuse dans le traitement de la
question juive, faire un pas décisif en vue de la résolution d’un problème, qui en
vérité, devra être traité avec la plupart des peuples européens …

Notre reconnaissance de la nationalité juive réclame une relation claire
et sincère avec le peuple allemand et ses réalités nationale et raciale.
Précisément parce que nous ne souhaitons pas falsifier ces fondements, parce que
nous aussi sommes contre les mariages mixtes et pour le maintien de la pureté du
groupe juif, et rejetons tout empiétement dans le domaine culturel, nous pouvons
— ayant été élevés dans la langue et la culture allemandes — trouver intérêt aux
travaux et valeurs de la culture allemande, avec admiration et sympathie …

Pour ses objectifs pratiques, le sionisme espère être capable d’obtenir la
collaboration même d’un gouvernement fondamentalement hostile aux juifs,
parce que pour résoudre la question juive les sentiments ne comptent pas, mais
seul un réel problème dont la solution intéresse tous les peuples et actuellement,
particulièrement le peuple allemand …

La propagande pour le boycott — tel qu’il est actuellement pratiqué contre
l’Allemagne sous de nombreuses formes — est par essence parce que le sionisme ne
désire pas l’affrontement mais [désire] convaincre et construire …

Nous ne sommes pas aveugles au fait que la question juive existe et
continuera à exister. De cette situation anormale, des désavantages sévères
résultent pour les juifs, mais aussi des conditions à peine tolérables pour d’autres
peuples.

Le journal de la Fédération, la Jüdische Rundschau («Revue juive»),
proclama le même message: «Le sionisme reconnaît l’existence d’un problème
juif et désire une solution constructive et à long terme. Dans ce but, le sionisme
souhaite obtenir l’assistance de tous les peuples, qu’ils soient pro- ou anti-juifs,
parce que de son point de vue, nous avons affaire ici à un problème concret plutôt
que sentimental, dont la solution intéresse tous les peuples.» Un jeune rabbin de
Berlin, Joachim Prinz, qui s’installa plus tard aux Etats-Unis et devint le leader
du Congrès juif Américain, écrivit en 1934 dans son livre, Wir Juden («Nous,
juifs»), que la révolution nationale-socialiste en Allemagne signifiait «la
Judaïté pour les juifs». Il expliqua : «Aucun subterfuge ne peut nous sauver à
présent. A la place de l’assimilation, nous désirons un nouveau concept :

reconnaissance de la nation juive et de la race juive.»

Collaboration active
Sur la base de leurs idéologies similaires pour l’ethnicité et la nationalité,
les Nationaux-socialistes et les sionistes travaillèrent ensemble pour ce que
chaque partie pensait être son propre intérêt national. En conséquence, le
gouvernement de Hitler appuya vigoureusement le sionisme et l’émigration
juive en Palestine de 1933 à 1940-41, lorsque la Deuxième Guerre Mondiale
empêcha une collaboration poussée.

Même lorsque le Troisième Reich se ferma davantage, de nombreux juifs
allemands, probablement une majorité, continuèrent à se considérer, souvent
avec une grande fierté, comme des Allemands avant tout. Peu furent
enthousiasmés par la perspective de se déraciner pour commencer une nouvelle
vie dans la lointaine Palestine. Cependant, de plus en plus de juifs allemands se
convertirent au sionisme pendant cette période. Jusqu’à la fin de 1938, le
mouvement sioniste s’épanouit en Allemagne sous Hitler. La diffusion du
bimensuel de la Fédération sioniste Jüdische Rundschau augmenta énormément.
De nombreux livres sionistes furent publiés. «L’activité sioniste était en plein
essor» en Allemagne pendant ces années, note l’Encyclopaedia Judaïca. Une
convention sioniste se tint à Berlin en 1936, reflétant «dans sa composition la vie
vigoureuse du parti des sionistes allemands».

La SS fut particulièrement enthousiaste dans son appui au sionisme. Une
circulaire interne SS de juin 1934 recommandait un appui actif et de grande
ampleur au sionisme, de la part du gouvernement et du Parti, comme la
meilleure manière d’encourager l’émigration des juifs d’Allemagne en
Palestine. Cela nécessitait une plus forte prise de conscience des juifs. Les écoles
juives, les associations sportives juives, les associations culturelles juives —
bref, tout ce qui pourrait encourager cette nouvelle perception et prise de
conscience — devaient être encouragées, recommandait la circulaire.

L’officier SS Leopold von Mildenstein et le représentant de la Fédération
sioniste Kurt Tuchler partirent ensemble en Palestine pour six mois, afin
d’évaluer le développement du sionisme dans ce territoire. Se basant sur ses
observations de première main, Von Mildenstein écrivit une série de douze
articles illustrés dans l’important quotidien berlinois Der Angriff [le journal
lancé par Goebbels en 1927, NDT], qui furent publiés à la fin de 1934 sous le titre
« Un Nazi voyage en Palestine». Les articles exprimaient une grande admiration
pour l’esprit pionnier et les réalisations des colons juifs. Le développement du
sionisme, écrivait Von Mildenstein, avait produit une nouvelle sorte de juif. Il
faisait l’éloge du sionisme comme étant un grand bienfait pour le peuple juif et
pour le monde entier. Un foyer national juif en Palestine, écrivait-il dans son
dernier article, «montre la voie pour guérir une blessure vieille de plusieurs
siècles sur le corps du monde : la question juive». Der Angriff fit frapper une
médaille, avec une svastika sur une face et une étoile de David sur l’autre, pour
commémorer la visite conjointe SS-sioniste. Quelques mois après la parution des
articles, Von Mildenstein fut promu à la tête de la Direction des Affaires juives
du Service de Sécurité SS (SD), avec l’objectif de soutenir plus efficacement
l’émigration et le développement sionistes.

Le journal officiel SS, Das Schwarze Korps, proclama son appui au
sionisme dans une page éditoriale en mai 1935 : «Le temps pourrait ne plus être
très éloigné, où la Palestine pourra à nouveau recevoir ses fils égarés pendant
plus d’un millier d’années. Nos meilleurs voeux, joints la bienveillance
officielle, les accompagnent.» Quatre mois plus tard, un article similaire parut
dans le journal SS :
La reconnaissance du judaïsme comme une communauté raciale basée sur
le sang et non sur la religion conduit le gouvernement allemand à garantir sans
réserves la séparation raciale de cette communauté. Le gouvernement se trouve
en parfait accord avec le grand mouvement spirituel à l’intérieur du judaïsme,
nommé sionisme, avec sa reconnaissance de la solidarité juive dans le monde et
dans son rejet de toute notion assimilationniste. Sur cette base, l’Allemagne
prend des mesures qui joueront sûrement un rôle significatif dans le futur, pour
la prise en main du problème juif dans le monde. Une des plus importantes
compagnies maritimes allemandes ouvrit une ligne directe entre Hambourg et
Haïfa en Palestine, en octobre 1933, fournissant «de la nourriture strictement
kasher sur ses bateaux, sous la supervision du Rabbinat de Hambourg.»

Avec l’appui officiel, les sionistes travaillèrent infatigablement à
«rééduquer» les juifs d’Allemagne. Comme l’écrivit l’écrivain américain Francis
Nicosia dans son étude en 1985, Le Troisième Reich et la question de Palestine :
«Les sionistes furent encouragés à délivrer leur message à la communauté juive,
à collecter de l’argent, à montrer des films sur la Palestine, et d’une manière
générale à éduquer les juifs allemands à propos de la Palestine. Il y eut une
pression considérable pour enseigner aux juifs en Allemagne à cesser de
s’identifier aux Allemands et à éveiller en eux une nouvelle identité nationale
juive.»

Dans une interview après la guerre, l’ancien dirigeant de la Fédération
sioniste d’Allemagne, le Dr Hans Friedenthal, résuma le situation : «La Gestapo
fit tout pour encourager l’immigration pendant cette période, particulièrement
vers la Palestine. Nous reçûmes souvent son aide lorsque nous demandions
quelque chose à d’autres autorités, concernant des préparatifs pour
l’immigration.»

Au Congrès du Parti National-socialiste en septembre 1935, le Reichstag
adopta les lois dites «de Nuremberg», qui interdisaient les mariages et les
relations sexuelles entre juifs et Allemands, et de fait, proclamaient que les juifs
étaient une minorité nationale étrangère. Quelques jours plus tard l’éditorial du
journal sioniste Jüdische Rundschau faisait bon accueil aux nouvelles mesures :

L’Allemagne … rejoint les demandes du Congrès sioniste Mondial lorsqu’elle
déclare que les juifs vivant à présent en Allemagne sont une minorité nationale.
Maintenant que les juifs ont été classés comme une minorité nationale il est à
nouveau possible d’établir des relations normales entre la nation allemande et le
judaïsme. Les nouvelles lois donnent à la minorité juive en Allemagne sa propre
vie culturelle, sa propre vie nationale. Dans le futur elle sera capable d’ouvrir
ses propres écoles, son propre théâtre, et ses propres associations sportives. En
résumé, elle peut créer son propre avenir dans tous les aspects de la vie
nationale …

L’Allemagne a donné à la minorité juive l’opportunité de vivre pour ellemême,
et lui offre la protection de l’Etat pour cette vie séparée de la minorité
juive : le processus de croissance du judaïsme à l’intérieur d’une nation sera de ce
fait encouragé et une contribution sera apportée à l’établissement de relations
plus supportables entre les deux nations.

Georg Kareski, dirigeant de l’Organisation d’Etat sioniste «Révisionniste»
et de la Ligue Culturelle juive, et ancien dirigeant de la communauté juive de

Berlin, déclara dans une interview dans le quotidien berlinois Der Angriff à la
fin de 1935 :
Depuis de nombreuses années j’ai considéré la séparation complète des
affaires culturelles des deux peuples comme une condition préalable pour vivre
ensemble sans conflit … J’ai recommandé depuis longtemps une telle séparation,
montrant qu’elle est fondée sur le respect pour la nationalité étrangère. Les lois
de Nuremberg … me paraissent, mis à part leurs aspects légaux, se conformer
entièrement à ce désir d’une vie séparée, basée sur le respect mutuel. … Cette
interruption du processus de dissolution dans de nombreuses communautés
juives, qui avait été encouragé par les mariages mixtes, est par conséquent, d’un
point de vue juif, entièrement bienvenue.

Stephen Wise
Les dirigeants sionistes dans d’autres pays firent écho à ces vues. Stephen
S. Wise, président du Congrès juif Américain et du Congrès juif Mondial, déclara
lors d’un rassemblement à New York en juin 1938 : «Je ne suis pas un citoyen
américain de religion juive, je suis un juif … Hitler avait raison pour une chose :
il appelle le peuple juif une race, et nous sommes une race.»

Le spécialiste des Affaires juives du Ministère de l’Intérieur, le Dr
Bernhard Lösener, exprima son soutien au sionisme dans un article qui parut
dans une édition de novembre 1935 du bulletin officiel de l’Administration du
Reich :

Si les juifs avaient déjà leur propre état dans lequel la majorité d’entre eux
était installée, alors la question juive pourrait être considérée comme
complètement résolue aujourd’hui, et aussi pour les juifs eux-mêmes. La plus
faible opposition aux idées contenues dans les lois de Nuremberg s’est
rencontrée chez les sionistes, parce qu’ils ont immédiatement réalisé que ces lois
représentent la seule solution correcte pour le peuple juif lui-même. Car chaque
nation doit avoir son propre état comme expression extérieure de son propre
esprit national.

En coopération avec les autorités allemandes, les groupes sionistes
organisèrent un réseau de quelques quarante camps et centres agricoles à travers
l’Allemagne, où de futurs colons furent entraînés pour leurs nouvelles vies en
Palestine. Bien que les lois de Nuremberg interdisaient aux juifs d’utiliser le
drapeau allemand, les juifs se virent garantir le droit d’utiliser la bannière
nationale juive, bleue et blanche. Le drapeau qui serait un jour adopté par l’Etat
d’Israël flotta sur les camps et les centres sionistes dans l’Allemagne d’Hitler.

Le service de sécurité de Himmler coopéra avec la Haganah, l’organisation
militaire sioniste secrète en Palestine. L’agence SS rétribua financièrement le
représentant de la Haganah, Feivel Polkes, pour ses informations sur la
situation en Palestine et pour son aide dans l’organisation de l’immigration
juive vers ce pays. [Feivel Polkes eut même une entrevue avec l’officier SS Adolf
Eichmann, à Berlin le 26 février 1937, NDT.] Cependant, la Haganah était tenue
informée des plans allemands par un espion qu’elle réussit à implanter dans le
Quartier Général de la SS à Berlin. La collaboration Haganah-SS inclut même la
livraison secrète d’armes allemandes aux colons juifs pour la lutte contre les
Arabes de Palestine.

Après le déchaînement de violence et de destruction de la «Nuit de Cristal»
en novembre 1938, [selon certains historiens, ce pogrom fut délibérément
ordonné par Goebbels, jaloux du contrôle SS sur la politique d’émigration juive,

NDT], la SS aida rapidement l’organisation sioniste à se remettre sur ses pieds et
continuer son travail en Allemagne, quoique à présent sous un contrôle plus
strict.

Restrictions officielles
L’appui allemand au sionisme n’était pas illimité. Les dirigeants du
Gouvernement et du Parti étaient très conscients de la campagne continue
menée par les puissantes communautés juives aux Etats-Unis, en Grande-
Bretagne et dans d’autres pays, pour mobiliser «leurs» gouvernements et leurs
concitoyens contre l’Allemagne. Aussi longtemps que le judaïsme mondial
resterait implacablement hostile à l’Allemagne nationale-socialiste, et aussi
longtemps que la grande majorité des juifs dans le monde montrerait peu
d’enthousiasme pour se réinstaller dans la «Terre promise» sioniste, un Etat juif
souverain en Palestine ne «résoudrait» pas réellement la question juive
internationale. Au contraire, résonnaient les dirigeants allemands, cela
renforcerait immensément cette dangereuse campagne anti-allemande. En
conséquence, l’appui allemand au sionisme fut limité à un soutien pour un foyer
juif en Palestine, sous contrôle britannique, pas pour un Etat juif souverain.

Un Etat juif en Palestine, déclara le Ministre [allemand] des Affaires
Etrangères à des diplomates en juin 1937, ne serait pas dans l’intérêt de
l’Allemagne parce qu’il ne serait pas capable d’absorber tous les juifs du monde,
mais servirait seulement comme une base de puissance supplémentaire pour le
judaïsme international, à peu près de la même manière que Moscou servait
comme base pour le Communisme International. Reflétant un certain
changement dans la ligne officielle, la presse allemande en 1937 exprima une
bien plus grande sympathie pour la résistance arabe palestinienne aux
ambitions sionistes, à un moment où la tension et le conflit entre les juifs et les
Arabes en Palestine étaient croissants.

Une circulaire du Ministère des Affaires Etrangères du 22 juin 1937
avertissait qu’en dépit de l’appui à la colonisation juive en Palestine, «ce serait
néanmoins une erreur de supposer que l’Allemagne soutenait la formation d’une
structure d’état en Palestine sous quelque forme de contrôle juif. Au vu de
l’agitation anti-allemande du judaïsme international, l’Allemagne ne peut pas
approuver [l’idée] que la formation d’un Etat juif en Palestine aiderait le
développement pacifique des nations du monde» (…) «La proclamation d’un Etat
juif ou d’une Palestine administrée par les juifs», avertissait un mémorandum
interne de la section des Affaires juives de la SS, «créerait pour l’Allemagne un
nouvel ennemi, qui aurait une profonde influence sur les développements
[politiques] au Proche-Orient». Une autre agence SS prédit qu’un Etat juif
«travaillerait à apporter une protection spéciale aux minorités juives dans tous
les pays, donnant par conséquent une protection légale à l’activité parasite du
judaïsme mondial». En janvier 1939, le nouveau ministre des Affaires
Etrangères de Hitler, Joachim von Ribbentropp, avertit de même dans une autre
circulaire que «l’Allemagne devait considérer la formation d’un Etat juif comme
dangereuse», parce que «cela apporterait un accroissement international à la
puissance du judaïsme mondial».

Hitler lui-même revit personnellement toute cette question au début de
1938, et en dépit de son vieux scepticisme à propos des ambitions sionistes et de sa
crainte que sa politique puisse contribuer à la formation d’un Etat juif, il décida
de soutenir l’émigration juive en Palestine encore plus vigoureusement. La
perspective de débarrasser l’Allemagne de ses juifs, conclut-il, pesait plus lourd

que les dangers possibles.

Cependant, le gouvernement britannique imposa des restrictions encore
plus drastiques à l’immigration juive en Palestine en 1937, 1938 et 1939. En
réponse, le service de sécurité SS conclut une alliance secrète avec l’agence
clandestine sioniste Mossad le-Aliya Bet pour introduire illégalement les juifs
en Palestine. En résultat de cette collaboration intensive, plusieurs convois de
bateaux réussirent à atteindre la Palestine malgré les bateaux de guerre
britanniques. L’émigration juive, à la fois légale et illégale, [partant]
d’Allemagne (incluant l’Autriche à partir de 1938) vers la Palestine, s’accrut
dramatiquement en 1938 et 1939. Un autre départ de 10 000 juifs était
programmé pour octobre 1939, mais le déclenchement de la guerre mit fin à cet
effort. Malgré tout, les autorités allemandes continuèrent à soutenir
l’émigration indirecte des juifs vers la Palestine en 1940 et 1941. Même aussi tard
qu’en mars 1942, au moins un camp d’entraînement sioniste «kibboutz»,
officiellement autorisé pour les émigrants potentiels, continua à fonctionner
dans l’Allemagne de Hitler.

L’Accord de Transfert

suite…

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