SOUVENIRS AUTOBIOGRAPHIQUES DU MANGEUR D’OPIUM


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Ouvrage: Souvenirs autobiographiques du Mangeur d’opium

Auteur: De Quincey Thomas

Année: 1903

TRADUCTION ET PRÉFACE: Albert Savine

 

 

LA JEUNESSE DE QUINCEY
On s’est beaucoup occupé en France de Thomas de Quincey
depuis plusieurs années et, sans doute, l’excellente traduction
des Confessions d’un mangeur d’opium de M. V. Descreux y a
été pour quelque chose.
Dans un article qui fut remarqué, M. Th. de Wyséwa, un
critique qui a fourni une riche contribution à l’étude des
littératures étrangères, s’insurgeait contre les idées fausses que,
d’après lui, nous nous faisions de l’écrivain anglais.
« L’on sait communément en France aujourd’hui, disait-il,
que Quincey a été une façon de savant, qu’il a passé la plus
grande partie de sa vie à manger de l’opium, et qu’il a aimé,
d’un amour romanesque et pur, une jeune fille des rues de
Londres. Quincey est, ainsi, célèbre chez nous, si l’on songe
que nous ignorons jusqu’aux noms de Charles Lamb, de Walter
Savage Landor, de Thomas Beddoes et de la plupart des poètes
anglais de ce siècle. Mais il se trouve que l’amour de Quincey
pour la phtisique Anne d’Oxford-Street est vraisemblablement
une invention, que l’opium a joué dans la vie de Quincey un
rôle fort effacé et que ce vague savant a été l’un des plus
grands écrivains de la littérature anglaise[1]. » Et, plus loin,
revenant sur la même idée pour y mieux appuyer, l’écrivain de

la Revue des Deux Mondes ajoutait et concluait : « Quant à
l’opium, son rôle dans la vie de Quincey fut, je le répète, fort
restreint. Les singularités de son caractère et de sa littérature
ne doivent rien, en tout cas, à cet usage de l’opium, Quincey a
été, dès le début, l’homme et l’écrivain qu’il est toujours resté.
L’opium lui a seulement servi de prétexte pour attirer
l’attention sur ses poèmes en prose. Cet homme extraordinaire
avait, d’ailleurs, toutes les audaces. Après la mort de son ami
Coleridge, qui avait été réellement une victime de l’opium, il
s’attacha à établir, en faisant, d’ailieurs, le plus grand éloge de
Coleridge, que le poète défunt n’avait jamais été un mangeur
d’opium sérieux et que lui seul, Quincey, avait droit à ce titre.
Et c’est ainsi que, ignorant l’extraordinaire écrivain des Césars
et de la Diligence, nous connaissons tous Quincey le mangeur
d’opium, dont on a pu dire sans trop d’invraisemblance qu’il
n’avait jamais mangé d’opium dans sa vie[2]. »
Mais, bientôt après, la thèse qui fait de Thomas de Quincey
une victime de l’opium trouva dans la même Revue des Deux
Mondes un champion résolu en la personne de Madame Arvède
Barine, critique non moins compétent.
« Si jamais homme gâcha les dons reçus en naissant, dit
notamment Madame Arvède Barine, ce fut celui-là. Quincey
n’avait pas vingt ans qu’il avait déjà mangé son blé en herbe ; à
l’université, il ne pouvait plus travailler qu’en s’excitant avec
de l’opium. Certainement il a une excuse. Qui n’en a pas dans
ce monde ? Son excuse était d’avoir eu un père malsain, d’être
venu au monde malsain : s’il n’eût versé d’un côté, il eût sans
doute versé de l’autre, dans l’alcool, dans la débauche, que
sais-je ? Mais ce qui atténue sa faute n’en avait pas atténué les

conséquences et il faut les regarder en face une dernière fois…
Les admirateurs de Quincey réclament pour lui plus que du
talent : du génie, et ils ont raison. La plupart des critiques
anglais se sont néanmoins refusés à attacher de l’importance à
son oeuvre, malgré ses luttes on faveur des Lakistes, malgré
tout ce qu’il a fait pour initier l’Angleterre à la pensée
allemande, et les critiques ont eu raison. Qu’est-ce qu’un génie
qui ne donne plus que des miettes de pensée, des miettes
d’idées et de raisonnements, où rien ne se tient et rien ne se
suit ? Qu’est-ce que le monument littéraire d’un génie en
poussière ? Quincey écrivait un jour à un ami, en parlant de ses
propres ouvrages : « C’est comme si l’on trouvait de fins
ivoires sculptés et des émaux magnifiques mêlés aux vers et
aux cendres, dans les cercueils et parmi les débris de quelque
monde oublié ou de quelque race disparue. » Des bijoux de
grand prix parmi les ossements et dans la poussière d’un
tombeau, voilà en effet ce que Thomas de Quincey nous a
laissé ; voilà quelle a été l’oeuvre de l’opium[3] ! »
Et non seulement Madame Arvède Barine fait de Thomas de
Quincey le martyr de la passion de l’opium, mais elle le pose
en type de cette névrose et l’étudie comme tel, de même
qu’elle vit en Hoffman le martyr de la passion du vin, en Edgar
Poe celui de la passion de l’alcool ou en Gérard de Nerval celui
de la folie. « Thomas de Quincey, dit-elle, n’a jamais renié son
erreur ; il s’en est plutôt paré… La crise passée, il se faisait
l’historiographe complaisant des effets de l’opium sur l’âme
humaine et il ne s’est jamais lassé de les analyser, de les
décrire par le menu, avec une précision qui donne beaucoup de
prix à ses récits, et non pas seulement dans ses fameuses

Confessions d’un mangeur d’opium, mais dans cent endroits de
ses oeuvres, de ses lettres, de son journal, de ses notes inédites.
Ce n’est pas chez lui l’obsession maladive ; c’est l’hommage
volontaire de l’esclave crucifié au maître cruel qu’il ne peut
s’empêcher d’admirer et de diviniser tout en luttant contre lui
pour sa raison et pour sa vie[4]. »
De ces deux interprétations si divergentes de tournure et de
la personnalité de Thomas de Quincey, nous n’hésitons pas à
adopter celle de Madame Arvède Barine. L’autre n’est qu’un
joli et spirituel paradoxe.
Évidemment Thomas de Quincey n’a pas été seulement le
pape de l’opium, auquel cas il n’éveillerait qu’une fragile
curiosité, mais si la passion qui devait ruiner et dévaster son
cerveau a trouvé chez lui un terrain favorable de culture,
l’étude de ce terrain n’est-elle pas aussi intéressante que celle
du développement de la passion elle-même ? À entendre
Quincey, ce fut « comme à un simple analgésique et par la
seule violence de la douleur la plus cruelle » qu’il eut pour la
première fois recours à l’opium. Toute autre affirmation,
déclarait-il, était une calomnie et il se plaignait amèrement de
Coleridge qui avait attiré l’attention du public sur la différence
profonde qu’il y avait entre leurs situations respectives comme
mangeurs d’opium[5]. Sur ce thème il ne tarissait pas. « Il
semble, s’écriait-il, que Coleridge soit tombé dans cette
habitude par des causes excusables, c’est-à-dire par nécessité,
l’opium étant la seule ressource médicale qui fût efficace
contre sa maladie à lui. Et moi, scélérat que je suis, j’ai,
comme chacun sait, reçu des fées un charme contre la douleur ;
si j’ai adopté l’opium, c’est par un penchant abominable pour

la recherche aventureuse de la volupté, et j’ai pêché le plaisir
dans toute sorte de ruisseaux. Coleridge se trompe dans toute
l’étendue possible du mot, il se trompe dans son fait, il se
trompe dans sa théorie ; un petit fait, une grosse théorie. Ce
dont il m’accuse, je ne l’ai pas fait, et quand cela serait, il ne
s’ensuivrait pas que je suis un citoyen de Sybaris ou de
Daphné… J’ai été véridique en disant au lecteur que c’est non
pas la recherche du plaisir mais l’extrême violence d’un mal de
dents causé par le rhumatisme, que c’est cela, cela seul qui m’a
conduit à l’usage de l’opium. La maladie de Coledrige était le
rhumatisme simple. Pour moi, cette maladie qui est revenue
avec violence pendant dix ans, était un rhumatisme facial
combiné avec la névralgie dentaire. Je le devais à mon père,
ou, pour mieux dire, je le devais à mon ignorance honteuse, car
une dose insignifiante de coloquinte ou de quelque autre
remède, prise trois fois par semaine, m’aurait, plus sûrement
que l’opium, arraché à cette terrible malédiction… Dans cet
état de souffrance, état complet et développé, j’étais exposé
sans défense à un conseil fortuit, et par là même, par une
conséquence naturelle à l’opium, le seul, l’unique analgésique
qui soit accidentellement reconnu comme tel, le seul auquel
tout le monde reconnaisse ce rôle important. »
Dans ce plaidoyer pro domo, Quincey réclame que quelqu’un
qui en sache plus long que lui-même sur cette question refasse
ses confessions d’un bout à l’autre et négligemment il jette en
passant cette indication de l’atavisme paternel. Elle était
cependant capitale et, pour le comprendre, il faut détacher
curieusement dans les Souvenirs autobiographiques les pages
qu’il consacre à la famille Quincey, perdues qu’elles sont dans

un fouillis de détails et de digressions, résultat peut-être ces
dernières de l’atrophie cérébrale, de l’émiettement des idées
causé par le travail lent du poison.
Peu importe, en effet, quelque intérêt qu’y attacha Quincey,
qu’il ne fût point le descendant d’émigrés français. Sa
gallophobie trouvait son compte à déclarer que les Quincey
anglais dataient du conquérant et qu’ils n’étaient pas de souche
française mais norvégienne. Le point intéressant était celui-ci.
Le père de Thomas, négociant, riche et lettré, était phtisique. Il
avait eu huit enfants avant et après la rupture du vaisseau
sanguin qui précipita sa fin. Cet accident survenu vers la
cinquième année de Thomas Quincey laissa le négociant de
Manchester brisé et faible. Vainement il chercha la santé dans
de grands voyages vers les climats chauds. Ni Lisbonne ni
Madère ne lui furent des séjours prospères et guérisseurs et en
1792 il revint mourir à Greenheys dans l’élégante demeure
qu’il s’était fait construire au milieu des jardins des faubourgs
suburbains de Manchester.
Les frères et les soeurs de Thomas eurent la part néfaste de
cette hérédité morbide. « L’aîné des garçons, rapporte Madame
Arvède Barine, était un cerveau fêlé qui cherchait le moyen de
marcher au plafond la tête en bas, comme les mouches ». « Si
un homme peut tenir cinq minutes, disait-il, qu’est-ce qui
l’empêchera de tenir cinq mois ? » Cette idée ingénieuse et
quelques autres de même force le firent reléguer au loin. Quand
il revenait au logis maternel pour quelque cause fortuite, on
l’envoyait aussitôt chez un ministre des environs en la
compagnie de Thomas et alors Thomas devenait son souffre
douleur. « Le frère était un forcené batailleur qui ameuta contre

eux tous les gamins du pays et obligea l’infortuné Thomas à
être son corps d’armée. Pendant que le général en chef
accomplissait des prouesses et se décernait des ordres du jour
louangeurs, ses troupes recevaient d’abominables raclées[6]. »
Des autres enfants, deux fillettes furent fauchées par la mort,
et la visite que Thomas fit furtivement à six ans au cadavre
d’une d’elles, est une des pages les plus émues des Souvenirs
autobiographiques. Tous, d’ailleurs, étalent mélancoliques,
méditatifs et plus tard, Quincey en arrivait à se féliciter des
brutalités de son frère aîné qui l’obligeant à guerroyer, c’est-àdire
à se faire rouer de coups, l’avait contraint de faire une
violente diversion à ses éternelles spéculations métaphysiques.
Sans cela il serait mort de langueur.
Quincey avait encore un autre frère, le Pink dont il raconte
les étonnantes aventures en un chapitre entier de ses Souvenirs.
C’était incontestablement une tête brûlée et Thomas lui-même,
avec ses fugues soudaines, ses longues disparitions, n’a-t-il pas
tous les traits d’un dégénéré supérieur ? Se souvient-on du joli
portrait qu’en a tracé Carlyle, ce portraitiste magistral :
« Assis, on l’aurait pris aux lumières pour un joli enfant : des
yeux bleus, un visage brillant, s’il n’y avait pas eu un je ne sais
quoi qui disait : Eccovi, cet enfant a été aux enfers. »
La seule personne de la famille, qui n’a pas été nommée ici,
l’y eût volontiers renvoyé. Madame de Quincey, bien que son
fils en parlât toujours en termes respectueux, ressort de ses
récits sous des traits plutôt défavorables. La tendresse
maternelle lui était un sentiment à peu près inconnu. Pourvu
qu’il revînt de temps en temps au logis, elle le laissa
vagabonder et se livrer à toutes les excentricités de collégien

mal équilibré qui hantaient son cerveau. C’était une rigide
protestante et elle n’aurait pu admettre que l’indocilité fût le
meilleur moyen de se procurer des aises et du bien-être. Ce
serait un encouragement aux frères cadets, s’ils voyaient
récompenser la révolte de leur aîné. Voici comment Quincey
raconte une de ces entrevues où il se présentait la conscience
anxieuse. « Attristé par ces réflexions, je le fus encore plus par
la froideur de ma mère. Si je pouvais me hasarder à supposer
en elle un défaut, c’est que dans son caractère hautement tendu,
elle dirigeait trop exclusivement sa froideur vers ceux qu’elle
savait ou croyait les auteurs d’un mal, à quelque degré que ce
fût. Parfois, son austérité pouvait paraître injuste. Mais alors
toute l’artillerie de son déplaisir semblait se démasquer, et
avec justice, pour tirer sur une observation morale, que
n’offrait à ce moment aucune excuse admissible ; cela se disait
dans un coup d’oeil, s’exprimait d’un seul mot. Ma mère avait
de l’inclination à juger défavorablement les causes qui avaient
besoin de beaucoup de paroles ; de mon côté, j’avais du talent
pour les subtilités de toute nature et de tout degré, et j’étais
devenu naturellement expert dans les cas qui ne pouvaient
laisser tomber leur appareil extérieur et se présenter sous un
aspect aussi simple. S’il y a au monde quelque misère sans
remède, c’est le serrement de coeur que donne
l’Incommunicable. Qu’un autre sphinx vienne proposer à
l’homme une nouvelle énigme en ces termes : y a-t-il un
fardeau absolument insupportable pour le courage humain ? —
je répondrai aussitôt : c’est le fardeau de l’Incommunicable. À
ce moment-là, alors que j’étais assis dans le salon du Prieuré
avec ma mère, sachant combien elle était raisonnable, combien
patiemment elle écoutait les explications, combien elle était

franche, ouverte à la tendresse, je n’en étais pas moins abîmé
dans un désespoir infini par la difficulté de me faire entendre.
Elle et moi, nous avions sous les yeux le même acte, mais elle
le regardait d’une centre et moi d’un autre. J’étais certain que
si pendant une demi-minute elle pouvait ressentir l’impression
mortelle des souffrances que j’avais combattues pendant plus
de trois mois, cette somme d’angoisse physique, cette
désolation de toute vie intellectuelle, elle aurait exprimé avec
élan son pardon pour tout ce qui lui apparaissait alors comme
un simple éclat d’insoumission capricieuse. « Dans cette courte
expérience, se serait-elle écriée, je lis un arrêt qui vous
acquitte ; dans ces dures souffrances, je reconnais une
résistance digne d’un gladiateur. » Voilà ce qui aurait été alors
son verdict, dans le cas que je suppose. Mais des raisons
infiniment délicates rendaient cette supposition irréalisable. De
tout ce qui se présentait à ma rhétorique, il n’était rien qui ne
représentât mes souffrances d’une manière aussi faible que
puérile. Je me sentais impuissant, désarmé dans cette difficulté
languissante à affronter ou à essayer d’affronter l’obstacle qui
était devant moi, comme il nous est souvent arrivé, dans nos
rêves enfantins, de lutter contre un lion formidable. Je sentais
que la situation était sans espérance : un mot unique, que
j’essayais d’exprimer de mes lèvres se mourait en un sanglot,
et je me laissais aller passivement à un aveu apparent qui se
dessinait dans toutes les apparences, à l’aveu de n’avoir aucune
excuse acceptable à présenter[7]. »
Aussi l’enfant fut abandonné à lui-même, et littérairement
cela vaut peut-être mieux, car madame de Quincey en eut fait
quelque épouvantable méthodiste au lieu du conteur spirituel et

érudit qu’on retrouve à chaque page des Souvenirs
autobiographiques.
Il serait déplacé de réécrire ici le récit détaillé de l’enfance
de Thomas de Quincey. Ce qu’il faut indiquer, c’est le vif
intérêt qu’offre à des Français le récit de l’expédition Humbert
en Irlande. Comme le rapporte le Mangeur d’opium, il
parcourait ce pays au moment où les souvenirs de l’occupation
française vivaient encore dans tous les esprits. Il put causer
avec ceux qui avaient été les hôtes plus ou moins volontaires
d’Humbert et de ses lieutenants.
Quand plus loin il explique le système d’organisation de
l’université d’Oxford, il n’est pas moins intéressant, car on a
trop parlé chez nous de l’éducation anglaise, des collèges
anglais, pour ne pas écouter avec profit un homme qui en a fait
l’expérience personnelle.
Cet intérêt, ce charme de ses récits ont rendu Quincey
suspect à bien des lecteurs. Il y a toute une école qui prétend
que son imagination seule écrivait, que, dégénéré supérieur et
monomane de l’opium, il avait perdu la mémoire par suite de
l’intoxication. Ceux qui soutiennent cette thèse s’appuient sur
les affirmations du docteur Pichon qui a cru remarquer la perte
de mémoire comme un trait caractéristique du morphiné. Mais
le docteur Bail s’est, chez nous, inscrit en faux contre cette
affirmation. Il a constaté dans ses savantes leçons que la
mémoire demeurait intacte chez les intoxiqués d’opium et a
déclaré qu’il ne fallait pas confondre la perte de la mémoire
accidentelle chez quelques-uns comme conséquence de
l’engourdissement général du mot avec les phénomènes
ordinaires chez les intoxiqués morphiniques. D’ailleurs si

l’épreuve est impossible pour beaucoup des traits rappelés par
Quincey, l’épisode d’Anne d’Oxford Street sur lequel il était
seul à pouvoir témoigner, — l’épreuve est au contraire facile
dans certains cas. M. Page a par exemple publié de charmantes
et très authentiques lettres de Quincey enfant, adressées à sa
soeur Mary et signées par badinage Tabitha Quincey. Ces lettres
sont écrites de Bath et rapportent sa maladie cérébrale dans
cette villégiature. Elles confirment point par point les récits du
Mangeur d’opium à ce sujet ; pas un détail n’est en divergence,
pas même en ce qui concerne le début de sa liaison avec Lord
Westport, le fils unique de Lord Altamont, plus tard marquis de
Sligo, « un bien joli enfant… dans mon genre. « Le même M.
Page a publié, d’une date quelque peu postérieure, des lettres
adressées à madame Quincey. Le jeune homme y racontait avec
esprit et littérature les incidents du voyage en Irlande fait avec
Lord Westport. Or, s’il n’y raconte pas par le menu l’incident,
Lady Errol — miss Blake, c’est que l’auteur des Souvenirs
autobiographiques avait pris son parti de ce qui avait
certainement beaucoup blessé l’adolescent. Pour le reste,
paysage y compris, — ce qui prouve que Quincey avait
l’impression photographique, — il n’y a pas un trait de la lettre
qui ne se retrouve dans les Souvenirs.
Quincey n’a pas poussé ceux-ci au-delà d’Oxford, mais on
en trouverait aisément la suite dans les pages qu’il a consacrées
à certains types qui l’ont particulièrement préoccupé. Peut-être
y aura-t-il un jour intérêt à traduire les portraits qu’il a tracés
des Lakistes anglais dont il fut l’ami, le compagnon et un peu
le jaloux. Si nous abordions cette tâche, nous trouverions
Southey le bibliophile au milieu de ses livres, Wordsworth

coupant les siens avec le couteau à beurre de la laide, louche
mais charmante madame Wordsworth, Coleridge, le rival de
Quincey dans le culte de l’opium, avec son regard assoupi où
brillait une pointe de folie. Avec cela, les Suspiria de
profundis, la Diligence et quelques contes, on aurait la fleur de
l’oeuvre de Quincey[8].
Albert SAVINE.
P. S. — Ce m’est un devoir de remercier ici M. V. Descreux
de l’aide qu’il m’a apportée, pour ce travail, de sa parfaite
connaissance de la langue élégante mais un peu chantournée et
spéciale de Quincey.


1. Th. de Wyséwa, Écrivains étrangers 1896, p. 61.
2. Th. de Wyséwa, Écrivains étrangers 1896, p. 73.
3. Arvède Barine, Névrosés, p. 155 et 156.
4. Arvède Barine, p. 63.
5. Confessions d’un mangeur d’opium, traduction V. Descreux. p. 36-40.
6. Arvède Barine, Névrosés, p. 75 et 72.
7. Confessions d’un mangeur d’opium. Trad. V. Descreux p. 144 et 145.
8. Je signale aux curieux les traductions parues de Jeanne d’Arc et de
l’Assassinat considéré comme un art.

I
JOURS D’ENFANCE

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L’UTOPIE


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Ouvrage: L’Utopie

Auteur: Morus Thomas

Année: 1842

Traduction par Victor Stouvenel

 

 

INTRODUCTION.

L’Utopie de Thomas Morus est un renseignement précieux pour les économistes qui étudient les diverses phases de la science sociale ; pour les hommes d’état attentifs aux développements de la politique anglaise.

Du reste, cette publication n’est pas l’œuvre de l’esprit de parti. Il y a loin de la société vraiment évangélique de Thomas Morus au communisme sensuel et athée de nos jours.

Une autre différence essentielle sépare l’Utopie de la plupart des systèmes de nos réformateurs modernes.

Ceux-ci brisent d’un seul coup les nationalités. La nationalité d’un peuple n’est pas, à leurs yeux, la ceinture de sa force et de son indépendance, mais la chaîne qui le retient esclave et affaibli. Ils font des plans immédiats pour le genre humain ; ils prennent tous les peuples à la fois, sans distinction d’âge ni de mœurs ; puis les jettent pêle-mêle dans le moule où doit se fondre la grande famille homogène, une, indissoluble.

Thomas Morus ne procède pas ainsi. Son livre n’est pas précisément le code du genre humain, ni le programme de la paix universelle. C’est plutôt une formule d’organisation intérieure et de politique extérieure, à l’usage d’une nation distincte qui, pour un Anglais, ne pouvait être que l’Angleterre. Cette nation, au point de vue de l’auteur, a sur les pays voisins la supériorité d’intelligence, de richesse, d’activité et d’influence. Peu à peu elle les absorbe dans sa propre substance ; elle les assimile à sa vie sociale par le commerce, la colonisation, la conquête. Cette assimilation progressive de plusieurs peuples en un seul n’est-elle pas la marche naturelle des choses ? Du moins, l’histoire tend à prouver que, jusqu’à présent ; telle a été la loi des destinées humaines.

La rédaction de l’Utopie est rapide, concise et méthodique ; on voit que l’auteur n’avait pas de temps à perdre, et qu’il se pressait d’enfermer une foule d’idées sous le plus petit volume. La forme de l’ouvrage est très simple ; c’est une conversation intime où Thomas Morus aborde ex abrupto les questions les plus neuves et les plus difficiles. Sa parole est tantôt satirique et enjouée, tantôt d’une sensibilité touchante, souvent d’une énergie sublime. Chez cet homme de bien, le cœur parlait aussi fort que la tête.

L’Utopie se divise en deux livres : l’un critique et l’autre dogmatique.

Le premier livre est le miroir fidèle des injustices et des misères de la société féodale ; il est, en particulier, le martyrologe du peuple anglais sous le règne de Henri VII. Ce prince, qu’une insurrection avait fait roi, eut à combattre plus d’une insurrection pour se maintenir. Il versa donc le sang de ses sujets ; mais sa préoccupation dominante fut de prendre leur argent, par tous les moyens qu’un pouvoir à peu près sans limite fournissait à la cupidité la plus effrénée. Il entassa impôts sur impôts, couvrit l’Angleterre d’un vaste réseau de prohibitions, de délits et d’amendes, et fit de la justice un vrai crible, par où il tamisait toutes les fortunes privées. Le Parlement, au lieu de résister aux ignobles instincts du monarque, lui servait absolument de machine à battre monnaie[1].

Le peuple d’Angleterre n’était pas seulement la victime de l’avarice de son roi, d’autres causes d’oppression et de souffrance le tourmentaient encore. La noblesse possédait, de commun avec le clergé, la majeure partie du sol et de la richesse publique ; et ces biens immenses, placés dans des mains paresseuses ou égoïstes, demeuraient stériles pour la masse des travailleurs. De plus, à cette époque d’anarchie, les grands seigneurs entretenaient à leurs gages une multitude de valets armés, soit par amour du faste, soit pour s’assurer l’impunité, soit pour en faire des instruments en toute occasion de violence ou de débauche. Cette valetaille était le fléau et la terreur du paysan et de l’ouvrier. D’un autre côté, le commerce et l’industrie de la Grande-Bretagne ne pouvaient avoir qu’une existence chétive et bornée, avant les voyages de Colomb et de Gama. L’activité infatigable de ce peuple, qui menace aujourd’hui d’envahir tout le globe, se consumait dans les guerres civiles, ne trouvant pas d’issue au dehors. Ainsi, les générations s’accumulaient sans but, sans travail et sans pain. L’agriculture tombait en ruine, parce que la culture proprement dite était délaissée pour l’élève des bêtes à laine, opération qui donnait alors de brillants bénéfices. En conséquence, les gros capitalistes accaparaient le sol outre mesure, changeaient les terres labourables en prairies ; ce qui réduisait une foule de gens de la campagne à la plus affreuse disette.

Ce triste état de choses multipliait nécessairement dans une progression effrayante la mendicité, le vagabondage, le vol et l’assassinat. Au lieu de guérir tant de maux par une administration habile et bienfaisante, les politiques du temps ne savaient leur appliquer d’autres remèdes que la prison et le bourreau. La loi anglaise était même sévère jusqu’à l’absurdité et la barbarie ; elle tuait indistinctement le voleur et l’assassin, pressée, pour ainsi dire, de noyer la misère publique dans le sang.

On concevra maintenant l’amertume des critiques et la violence des colères de Thomas Morus contre une société aussi profondément désorganisée. Sa malédiction est impitoyable pour le privilégié oisif et corrompu ; sa compassion, pleine d’amour et de larmes pour le malheureux qui travaille et qui souffre. Depuis l’Utopie, rien n’a été écrit de plus hardi, de plus neuf, de plus révolutionnaire et de plus démocratique en fait de démolition et de réforme. À lire ces pages toutes brûlantes de la passion de la justice, on croit entendre le jugement dernier des iniquités sociales, et comme une prophétie des terribles représailles exercées par Cromwell, et chez nous par 93.

Si l’auteur de l’Utopie est dans la vérité quand il attaque la législation et l’administration de son pays, il n’a pas le même droit d’accuser la politique de la France. Louis XII et François Ier étaient des types d’honneur et de loyauté auprès de souverains tels que Ferdinand le Catholique, Maximilien Ier, Jules II, Léon X et Henri VIII. Mais l’année où l’Utopie fut écrite (1516), le cardinal Wolsey, violant les traités d’avril 1515, payait secrètement l’invasion du duché de Milan par l’empereur, préparait une coalition contre François Ier, et cherchait à détacher le peu d’alliés fidèles à ce prince. Thomas Morus, que le cardinal avait récemment chargé d’une mission diplomatique en Flandre, devait subir l’influence de ces événements, sans parler de l’influence éternelle de l’antagonisme national. Voilà pourquoi il épouvante ses lecteurs du fantôme de l’ambition de la France ; rappelle à l’archiduc Charles ses mariages manqués avec les princesses Claude et Renée ; rappelle aux Vénitiens le traité de Blois et la ligue de Cambrai, qui leur reprit Crémone et la Ghiarra d’Adda ; pourquoi il justifie, par l’énumération de prétendus griefs, la violation flagrante des traités que la cour de Londres commettait alors.

Le plus singulier de ces griefs est dans le reproche adressé au ministère français de se méfier de la stabilité de l’alliance anglaise. Certes, il y avait de bonnes raisons pour cela ; et, au commencement du seizième siècle, cette alliance se manifestait déjà extrêmement inconstante et mobile. Depuis le 23 mars 1510 jusqu’en avril 1515, l’Angleterre avait fait avec la France trois traités d’amitié et de paix, et signé contre elle trois ligues de guerre offensive. À l’heure même où l’auteur de l’Utopie se plaint de la méfiance des ministres français, Wolsey continuait à ourdir cette suite d’intrigues d’où sortit la ligue défensive de Londres, du 29 octobre 1516[2].

Ainsi, l’on voit que Thomas Morus s’égare d’une façon étrange dans ses récriminations. En cette occasion et en plusieurs autres, il parle comme un véritable Anglais, toujours armé de ce patriotisme exclusif et partial, qui est le fond du caractère de cette nation, et constitue peut-être un des premiers éléments de sa force.

Néanmoins, il faut le reconnaître, cet homme, dont l’honnêteté était en exemple à son siècle, traversa le monde diplomatique avec dégoût. Sa conscience se trouvait mal à l’aise dans ces négociations, où l’ambition, le mensonge et la perfidie s’agitaient sous une enveloppe fastueuse de religion, de morale et d’honneur. Lui-même l’écrivait à son ami Érasme en ces termes : « Vous ne croirez pas avec quelle répugnance je me trouve mêlé à ces affaires de princes ; il n’est rien au monde de plus odieux que cette ambassade. » In negociis istis principum haud credas quàm invitus verser ; neque potest esse quicquàm odiosiùs mihi quàm est ista legatio. (Epistola ad Erasmum.)

Après avoir abattu, Thomas Morus se met en œuvre d’édifier. Il a convaincu de déraison et de vanité la plupart des institutions établies, flétri leurs turpitudes et leurs abus ; il a jeté par terre la vieille société. Il va dérouler, au second livre de son ouvrage, le plan d’une vie sociale toute nouvelle, que Platon avait rêvée, et que les premiers chrétiens pratiquaient volontairement, selon ces paroles des Actes :

« Tous ceux qui croyaient étaient égaux et avaient toutes choses communes. — Ils vendaient leurs possessions et leurs biens et les distribuaient à tous, selon les besoins de chacun[3]. »

L’exposition du système utopien est facile à résumer.

L’Utopie est une île dont les habitants se divisent en cités égales pour la population et le territoire. — La cité se divise elle-même en familles égales pour le nombre des membres, mais qui professent chacune un métier, une industrie à part. — La propriété individuelle et les valeurs monétaires sont abolies ; tout appartient à la communauté.

Le gouvernement est électif et se compose d’un prince nommé à vie, mais révocable ; d’un sénat et de magistrats populaires.

Le sénat dresse annuellement la statistique générale de l’île. — Il vérifie l’état de la population, les besoins de l’année courante, la somme existante des produits de l’agriculture, du commerce et de l’industrie. D’après ces données, la richesse nationale est distribuée, par portions égales, à chaque cité, où elle se ramifie entre les familles, jusqu’aux individus. — Des lois particulières déterminent la durée journalière du travail habituel, règlent l’exécution des travaux extraordinaires et d’utilité publique, maintiennent l’équilibre de la population.

Les familles se perpétuent au moyen du mariage, tempéré par le divorce.

L’éducation est publique. Elle comprend un enseignement élémentaire, uniforme et commun à tous. Ensuite, elle devient professionnelle et spéciale, et se continue dans les cours publics, ouverts à tous les citoyens, pendant les heures libres.

Les peines des grands crimes sont l’esclavage et les travaux forcés, très rarement la mort, jamais la réclusion permanente et isolée.

Il y a une religion publique tellement simple et générale dans ses dogmes et les cérémonies de son culte, qu’elle ne peut heurter aucune conscience. Toutes les croyances sont protégées et respectées, à l’exception de l’athéisme et du matérialisme. La manifestation des doctrines de cette dernière espèce est prohibée ; on les regarde comme une dépravation attentatoire à l’existence sociale.

Finalement, les institutions utopiennes sont calquées sur la nature humaine, et n’ont en vue que son entier perfectionnement. Elles assurent d’abord à chacun la satisfaction des besoins légitimes du corps ; mais la vie de la chair n’étant que la moitié de l’homme, elles développent aussi soigneusement, chez tous les citoyens, l’exercice des facultés de l’esprit. En sorte que la science, la philosophie, la morale, l’industrie, les arts et la culture font en ce pays de merveilleux progrès.

Les mœurs du peuple utopien sont en harmonie parfaite avec ses institutions. L’on n’y connaît pas les vices qui dégradent, les passions qui troublent les individus, les familles et les états. La fraternité, l’amour de l’ordre et du travail, le respect des magistrats, le dévouement à la patrie, la foi religieuse, la modération dans le plaisir, le mépris du luxe et des distinctions frivoles y sont des vertus communes et ordinaires.

Thomas Morus omet souvent des détails nécessaires à l’intelligence complète et à l’application de son plan. Souvent il se contente de poser des principes et des faits généraux, de combiner les termes les plus simples du problème. Cependant, la solution qu’il donne est encore le produit d’un beau génie, et laisse en arrière bien des choses écrites ou innovées depuis trois siècles, en fait d’administration civile, de système pénitentiaire et d’éducation publique. Mais le mérite essentiel, le mérite principal de l’Utopie est d’avoir tenté une œuvre, dont la réalisation doit être sans doute la tendance caractéristique des progrès ultérieurs de l’humanité. Nous voulons parler de l’accord à établir entre les droits et les devoirs, la liberté et la loi, l’égalité et la hiérarchie, la science et la religion, le bonheur terrestre et la morale chrétienne.

Il a été dit, au début de cette introduction, que l’Utopie n’était pas précisément le code du genre humain, ni le programme de la paix universelle. Cela se confirme par la lecture du second livre, et la conduite de la république utopienne à l’égard de l’étranger. — La politique de ce peuple-modèle s’éloigne absolument des principes d’égalité et de justice, qui président à son organisation intérieure. Elle porte l’empreinte de ces temps de machiavélisme raffiné, où Thomas Morus composa son livre ; elle sent l’impure école de César Borgia.

L’Utopien, modeste dans la vie privée, est insolemment fier de la supériorité de son pays ; il méprise les autres nations, et prendrait de droit toute la terre, s’il en avait besoin, pour s’y loger et vivre. Ce peuple ne reconnaît pour alliés que ceux qui lui demandent des lois et des chefs, acceptent sa protection, son commerce et son empire. Non content de posséder au loin d’immenses territoires, il veut encore être l’arbitre des continents qui l’avoisinent. Quand l’honneur ou l’intérêt lui commandent une guerre, il commence par inonder le pays ennemi de proclamations, d’or et d’agents secrets, afin de soulever les révoltes et les déchirements ; de soudoyer la guerre civile et l’anarchie ; de pousser à la trahison les généraux et les ministres ; de provoquer à l’assassinat du chef de l’État et des hommes les plus dangereux. Si tous ces moyens de décomposition intérieure ne suffisent pas, il organise une coalition, et fait entrer en campagne les armées étrangères. Enfin il marche en dernière ligne avec ses auxiliaires ; le sang utopien est trop précieux, il ne faut le verser qu’après que le sang des alliés a fini de couler.

Ici la pensée se reporte, malgré soi, sur la conduite constamment suivie par les conseillers d’un état voisin ; et ces luttes systématiques, monstrueuses, que soutint la France pendant la révolution et l’empire.

Quoi que l’on fasse de cette observation, il est clair que le peuple utopien, souverainement juste, et humain chez lui et pour lui, se montre dans ses relations extérieures, souverainement despote, cruel et perfide.

D’où vient une contradiction aussi tranchée, de la part d’un écrivain dont la probité est devenue proverbiale ? On peut l’attribuer premièrement à une exagération patriotique mal entendue, mais surtout aux déceptions répétées que l’Angleterre avait subies, de 1511 à 1515.

Durant cette courte période, le cabinet de Londres s’était maladroitement mêlé des affaires d’Italie. Croyant enlever à la France deux ou trois provinces, il avait prodigué ses soldats et ses trésors au seul profit du roi d’Aragon, du pape et de l’empereur[4]. Ces mystifications ruineuses lui ouvrirent les yeux. Il comprit qu’il était la dupe de ses alliés, et qu’en définitive la ruse et la fourberie leur avaient servi, beaucoup plus qu’à lui l’audace et la victoire. Sans doute les diplomates anglais, et Thomas Morus avec eux, trouvèrent-ils convenable et utile d’adopter, en principe, cette politique inqualifiable, justifiée à leurs yeux par le succès, et dont la politique utopienne est la traduction[5].

Maintenant, quelques mots sur la communauté des biens, base essentielle des théories de Thomas Morus. Terminer ces prolégomènes, sans toucher de notre opinion personnelle à cette question célèbre, serait une discrétion vraiment inexplicable. Toutefois le cadre de cette publication ne se prête pas à une discussion approfondie, il ne peut admettre que des réflexions simples et brèves.

La communauté sociale est une idée ancienne, et les premières législations en offrent des applications remarquables. Dans nos sociétés modernes, les institutions les plus utiles, les plus conservatrices, les plus vigoureuses sont établies sur le principe de la vie commune. Ainsi, les armées, les maisons d’éducation publique, les hôpitaux, les prisons, les ordres religieux, etc. En général, partout où il faut une autorité robuste et absolue, pour soumettre une multitude à la même fonction, au même état, c’est le régime communautaire qu’il convient d’adopter. Il est certain que ce régime, mieux que tout autre, économise et recueille les forces, en diminuant les résistances.

Mais il y a plusieurs observations à faire.

Les communautés établies ne vivent pas d’une vie sociale, indépendante et complète. Elles sont organes d’un corps principal, qui leur communique le mouvement et la sève ;

Elles séparent les sexes et rejettent la famille. Cette mutilation simplifie admirablement leur mécanisme et leurs conditions d’harmonie ; mais elle suppose une société enveloppante qui les nourrit et les perpétue ;

Elles suppriment, à peu de chose près, la valeur et la liberté de l’individu, son droit d’initiative et de spontanéité. Ce qui peut éteindre l’émulation et le génie chez l’individu, et par suite comprimer le développement progressif de la masse ;

La rigidité de leur constitution despotique résiste naturellement à toute innovation qui ne vient pas d’en haut.

Enfin, elles se conservent par une violente contrainte ; et les 99/100 des hommes leur préfèrent les chances de la liberté la plus aventureuse.

Tout cela ne prouve pas que l’établissement de la communauté, sur une grande échelle, soit impossible. Cela prouve seulement qu’entre un système complet et les plans infiniment réduits des communautés existantes, il y a un abîme.

En fait, une communauté nationale et volontaire exigerait, pour subsister, le dévouement le plus héroïque, ou la plus haute raison. Cette forme, qui est le dernier terme de la perfectibilité sociale, ne paraît guère possible et sa durée concevable, qu’avec des fanatiques religieux, des chrétiens purs ; ou bien chez un peuple de Socrates et de philosophes presque divins[6].

Dans le premier cas, le principe social est l’immolation du moi humain, le crucifiement de la chair et de ses convoitises, le mépris de tout ce qui ne mène pas au salut éternel. Le riche se fait pauvre, à l’exemple de Jésus-Christ, par dévouement pour ses frères qui lui sont égaux en origine, en rédemption et en destinée. Il se débarrasse de sa richesse comme d’une chaîne qui l’attache à la terre, et l’empêche de s’élever à cette angélique union de l’âme avec la vérité, qui est Dieu. Des hommes spiritualisés à ce point sont très aptes et très disposés à mettre toutes choses en commun ; puis, à exécuter le peu de travail nécessaire à la conservation d’une existence aussi mortifiée. Les chrétiens de la primitive église en donnèrent une magnifique preuve.

Dans le second cas, la passion n’est ni tuée, ni maudite, ni émancipée ou développée indéfiniment ; elle est réglée par une raison et une morale. L’égoïsme, l’Orgueil et les avidités infinies du moi se soumettent à la justice. La vertu pour l’homme consiste à vivre suivant les lois de sa nature, à observer les rapports qui l’unissent à tous les êtres. Les sciences qui font connaître ces lois et ces rapports doivent être cultivées et perfectionnées. Il en est de même des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce, qui appliquent les données scientifiques à nos besoins, à nos usages ou à nos plaisirs. La religion sanctionne la morale, glorifie la science, et s’identifie avec elle ; cette alliance explique la foi et divinise l’intelligence humaine. Chacun est actionnaire social au même titre, parce que chacun travaille librement et de corps et d’esprit avec une égale perfection, ou du moins avec une égale ardeur.

Malheureusement ces deux hypothèses ne sont que brillantes ; et la réalité les brise comme verre.

Un peuple de Socrates est encore une chimère.

La philosophie, la raison pure n’ont rien produit, à part des livres, qui puisse faire espérer l’avènement prochain de la communauté. La philosophie a été plus stérile que le christianisme ; elle a manqué jusqu’à présent de vigueur créatrice, d’unité de principes, et d’une certaine discipline des intelligences.

D’un autre côté la vie ascétique des premiers chrétiens, cette vie suprêmement contemplative et sacrifiée, a bien pu réunir le petit nombre d’apôtres et d’adeptes d’une foi nouvelle ; mais, elle ne pouvait constituer un état normal et constant ; car elle appauvrit l’organisme, paralyse le développement de la nature sensuelle, débilite et immobilise la société politique, et compromet les destinées terrestres de l’humanité. Aussi, à mesure que le christianisme grandit, la faveur primitive diminue d’intensité en s’éloignant du foyer d’origine ; elle se refroidit au contact de la civilisation romaine, au milieu des affections et des soins de famille ; elle fléchit sous le poids des réactions passionnelles, et de mille servitudes de l’existence positive. Néanmoins, l’esprit de communauté ne fut pas perdu ; il éleva cette foule d’institutions religieuses et monastiques, véritables abstractions vivantes, qui ne sauraient servir de modèles, puisqu’elles sont édifiées sur la pauvreté, la continence et l’obéissance passive.

Que dire des doctrines matérialistes, qui prêchent la communauté en exaltant l’égoïsme et la fureur des jouissances ? Ces doctrines, considérées froidement, ont une tendance éminemment anticommunautaire. Elles détruisent le devoir, le dévouement, la morale et toute inspiration généreuse. Leur effet naturel, logique, est la dissolution des grandes masses sociales, le fractionnement des peuples en petites tribus. Aussi les matérialistes conséquents arrivent-ils à l’état sauvage ou à l’extrême tyrannie. Car, en l’absence de toute foi, de toute obligation divine ou de conscience, il n’y a qu’une tyrannie formidable qui puisse donner la cohésion et la forme à la poussière des individualités ; qui puisse brider l’insatiabilité des appétits, forcer au travail et à la ration, et protéger la parfaite égalité de tous contre les séditieuses attaques de la liberté de chacun. Mais alors quelle garantie assez terrible exiger de ceux qui tiennent la manivelle du pouvoir, qui sont les dépositaires et les distributeurs de la fortune publique ? Quelques uns pensent tourner la difficulté et faciliter la besogne en bestialisant la nature humaine. D’après cette théorie, l’homme n’est qu’une matière organisée pour la nutrition et la reproduction. Le libre arbitre, le génie, le progrès sont des superfétations dangereuses, autant que la science, les arts, l’industrie et le commerce. Chaque terre nourrit ses habitants, et deux ou trois métiers indispensables suffisent à leur entretien. La société prospère et multiplie comme un bétail précieux ; elle se gouverne comme un essaim d’abeilles. Supposons que ces dégradantes absurdités se réalisent aujourd’hui sur un peuple, il faudrait l’enfermer hermétiquement, afin qu’il ne fût pas troublé et envahi par l’activité et la civilisation du dehors. Outre cette cause de décomposition, il y aurait encore les ambitions de conquête soulevées à l’étranger par le singulier spectacle d’une nation descendue à l’état de ruche, ou convertie en parc d’animaux à l’engrais.

Notre conclusion, c’est que la communauté chrétienne, philosophique ou matérialiste, n’est ni dans les mœurs, ni dans les aptitudes, ni dans les intérêts de ce siècle. On peut dire avec T. Morus, lorsqu’il parlait de l’établissement du système utopien :

Je le souhaite plus que je ne l’espère.

Cependant, il serait téméraire d’affirmer que la communauté sociale est une idée absurde, et que sa réalisation est à jamais impossible. Cette loi divine et inviolable, par laquelle toutes les choses du monde sont gouvernées, nous est inconnue, aussi bien que la série des transformations séculaires qui affectent la nature humaine, et la conduisent lentement à ses mystérieuses destinées.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.


Thomas Morus écrivit l’Utopie en latin, depuis le commencement jusque vers la fin de l’année 1516. Il revenait alors de Flandre, où il avait exercé une mission diplomatique, en compagnie de Cuthbert Tunstall, chef de l’ambassade.

À cette époque de sa vie, Thomas Morus, âgé de 34 ans, était syndic (vicecomes) de la cité de Londres. Cette magistrature consistait à rendre la justice dans les causes civiles, à régler ou à défendre les privilèges de la cité.

Les bibliographes ne sont pas d’accord sur la date précise de la rédaction de l’Utopie. La date que nous adoptons ici est la même que Stapleton assigne (Vita Thomæ Mori.). En outre, elle est clairement vérifiée par la lecture des premières lignes de l’ouvrage, et par la correspondance qui s’établit entre les savants au moment de son apparition.

Mais les Actes de Rymer ne laissent aucun doute à cet égard. Cette collection renferme, sous le titre Pro intercursu Mercium, des lettres-patentes données à Westminster, le 7 mai 1515, qui nomment Cuthbert Tunstall, Thomas Morus, écuyer, et trois autres Anglais, ambassadeurs en Flandre, avec plein pouvoir de conclure un traité de commerce entre Henri VIII, roi d’Angleterre, et Charles, prince de Castille.

Cuthbert Tunstall et Knyght, qui, plus tard, fut adjoint à cette ambassade, avaient en même temps mission spéciale de négocier la confirmation de la paix.

Il paraît que la députation anglaise fut très froidement reçue par le cabinet de Bruxelles, et qu’elle éprouva même certaine difficulté à entamer les négociations.

Quoi qu’il en soit, les conférences s’ouvrirent à Bruges, et furent interrompues presque aussitôt. Thomas Morus profita du loisir que lui laissait la suspension du congrès pour aller à Anvers.

C’est là probablement qu’il conçut l’idée et le plan de l’Utopie, en confia le secret à un petit nombre d’amis intimes, leur promettant de développer par écrit, à son retour en Angleterre, ce qu’il leur communiquait de vive voix, dans des conversations improvisées et fugitives. Du moins, il est naturel d’interpréter ainsi la fiction par laquelle Thomas Morus suppose que son livre est le simple récit d’un entretien qu’il eut à Anvers avec Raphaël Hythlodée, personnage entièrement imaginaire.

Les conférences diplomatiques furent enfin renouées, et le traité de commerce fut signé le 24 janvier 1516 à Bruxelles par les commissaires anglais.

C’est donc vers cette époque que Thomas Morus commença la rédaction de son Utopie, qui ne fut terminée que peu de temps avant le mois de novembre de la même année. Cela résulte suffisamment d’une lettre, datée du 1er novembre 1516, dans laquelle Pierre Gilles annonce à Jérôme Busleiden qu’il vient de recevoir le manuscrit de l’Utopie.

Les détails qui précèdent n’étaient pas inutiles ; ils avaient pour but de déterminer un point douteux, quoique intéressant de bibliographie. Mais une considération d’une autre espèce en justifiait encore l’opportunité.

L’on sait que la moralité personnelle d’un homme, la trempe particulière de son génie, ne sont pas les seules causes qui modifient la nature et la forme de ses productions littéraires. La position de l’écrivain, son entourage, et divers autres agents externes, projettent sur ses œuvres des lueurs ou des ombres bien marquées.

En sorte qu’un livre est la résultante visible de toutes les forces individuelles et sociales qui sollicitent habituellement l’âme de l’écrivain.

Il n’était donc pas indifférent de rechercher avec exactitude les événements au milieu desquels l’Utopie fut composée, et la part que Thomas Morus prit à ces événements. Car il est possible de trouver dans cette connaissance, et l’origine même de l’ouvrage, et l’explication des sentiments et des principes que l’auteur y a déposés.

L’Utopie, n’étant encore que manuscrit, fut communiquée à plusieurs savants, qui la reçurent avec bonheur, comme une primeur littéraire de haute qualité. Pierre Gilles, ami de l’auteur, l’avait reçue directement de lui, quelque temps avant le 1er novembre 1516 ; il s’occupa bientôt après de la faire imprimer à Louvain, en ajoutant au texte original l’alphabet utopien, un fragment de la langue utopienne et des notes en marge. Cette édition, qui est certainement la première, parut vers la fin de décembre 1516, suivant Panzer et Brunet.

Henri Hallam, dans son histoire littéraire de l’Europe (XVe, XVIe et XVIIe siècles), affirme qu’une édition de l’Utopie avait paru à la fin de l’année 1515. Cette assertion nous semble inconciliable, soit avec les faits, soit avec les épîtres qui accompagnèrent l’apparition de cet ouvrage.

La deuxième édition est celle de Bâle, imprimée par Jean Froben, l’an 1518, 1 vol. in-4°. L’on y trouve les deux livres de l’Utopie, six épîtres latines, les exercices (progymnasmata) de Thomas Morus et de William Lelly, une pièce de vers grecs de Melanchton, adressée à Érasme, les épigrammes de Thomas Morus et d’Érasme, et des gravures en bois dont deux ont été faites sur les dessins d’Holbein. La bibliothèque de la ville de Bordeaux possède un exemplaire de cette édition, exemplaire qui a servi à rédiger cette traduction nouvelle.

L’Utopie, dès qu’elle fut publiée, obtint un succès prodigieux ; elle excita comme un tumulte d’enthousiasme dans le monde des philosophes et des savants. Alors, le moyen âge tombait déjà en poussière ; une aspiration immense se faisait de toutes parts vers un nouvel avenir ; des géants d’érudition et de travail entassaient volumes sur volumes pour combler l’abîme de dix siècles de ténèbres et frayer un chemin à la marche si longtemps arrêtée de l’antique civilisation. Tous ces hommes laborieux s’émurent et s’inclinèrent devant le génie, presque divin, qui leur avait révélé la république utopienne. Les uns admiraient la hardiesse, l’originalité et la profondeur de la conception, les autres louaient particulièrement la verve, la pureté et la spirituelle aisance du style.

Guillaume Budé, le patriarche de la science en France, trouvait dans l’Utopie la trace d’un esprit supérieur, une grâce infinie, un savoir large et consommé ; il n’hésite pas à placer l’auteur de ce livre au nombre des premières gloires littéraires de son temps et à lui consacrer un autel dans le temple des muses. L’Allemagne paya aussi son tribut ; et une lettre de l’helléniste B. Rhénanus, à Bilibalb Pirckhémer témoigne assez que le talent et le nom de Thomas Morus y étaient en grande estime.

Il devait en être ainsi à une époque où l’éloge récompensait, sans exception, toute espèce de travail d’intelligence ; où la critique eût été absurde, parce qu’il fallait sortir au plus vite de la barbarie du passé, et que, pour cela, tous les efforts, tous les ouvriers étaient bons. Néanmoins, ces louanges, qui nous semblent aujourd’hui ridicules, n’étaient pas déplacée, en s’adressant à l’Utopie ; car ce livre, au commencement du XVIe siècle, était une œuvre de génie et même de bon goût. Érasme, il est vrai, avait publié ses Adages, et Budé son traité de Asse, ouvrages étonnants qui éclairaient enfin la nuit de l’antiquité, et qui déployaient la plus vaste connaissance des littératures grecque et romaine. Mais il n’avait pas encore paru de création plus originale, plus brillante que celle de l’Utopie ; l’on ne pouvait rien lire, ni de plus fortement pensé, ni de plus facilement écrit.

Thomas Morus était déjà connu des gens de lettres par de petites comédies, des dialogues, des épigrammes en latin et en grec, qui ne sont pas sans mérite. Son latin, plus vif et plus coulant que celui de Budé, ne le cède qu’à celui d’Érasme ; sa phrase est parfois obscure et embarrassée ; mais elle crépite çà et là de traits étincelants qui frappent l’attention et la réveillent.

Les principes exposés dans l’Utopie ne causèrent aucun ombrage aux pouvoirs politiques d’alors ; il paraît, au contraire, que ce livre fut très bien accueilli du cardinal Wolsey et du roi Henri VIII, puisque le crédit et la fortune de son auteur ne firent qu’aller croissant. Au reste, Henri VIII ne pouvait guère s’offenser de l’accusation d’avarice appliquée au roi son père, ni de la satire du gouvernement français. Si Thomas Morus détruisait le clergé, la noblesse, la monarchie héréditaire et absolue, tout cela n’était aux yeux de ce prince qu’une ingénieuse hypothèse impossible à réaliser ; d’ailleurs, le péril était trop éloigné pour avoir peur. Et puis, les questions théologiques absorbaient exclusivement les esprits ; Luther était là, qui s’apprêtait à secouer l’Europe ; or, la réforme religieuse était, en ce temps, plus à la portée des masses que la réforme sociale.

Le texte latin de l’Utopie fut réimprimé à Glascow (1750), 1 vol. in-8°. Raphe Robinson la traduisit en anglais, l’an 1551. L’évêque Burnet publia une nouvelle traduction anglaise, en 1682. Hallam donne la préférence à cette dernière : « On peut, dit-il, se croire dans Brobdingnag, en lisant l’Utopie dans la traduction de Burnet, tant il y a de ressemblance dans la veine de gaieté satirique et dans la facilité du style. »

En France, il y a eu jusqu’à présent trois traductions de l’Utopie ; d’abord, celle de Jehan le Blond (Paris, 1550, 1 vol. in-8°) ; en second lieu, celle de Gueudeville, ci-devant bénédictin, et depuis calviniste (Leyde, 1715, et Amsterdam, 1730) ; enfin, celle de Th. Rousseau (Paris, 1789). Brunet, dans sa bibliographie, dit de Gueudeville, que sa traduction n’est ni élégante ni exacte, et que celle de Rousseau, si elle n’est pas mieux écrite, est au moins plus littérale. Gueudeville fait lui-même bon marché de sa traduction dans sa préface ; voici ses paroles :

« On ne doit pas s’attendre ici à une traduction exacte, et qui ne fasse que rendre précisément le sens de l’auteur. J’avertis d’avance que je ne me suis point arrêté à ce scrupule-là ; j’ai souvent étendu l’idée ; je lui ai donné le peu d’enjouement dont je suis capable…

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Je suis obligé d’avouer naturellement que l’Utopie française m’a coûté beaucoup de peine et de travail. Soit l’affectation du latin qui, selon moi, n’est rien moins que cicéronien, soit mon ignorance, j’ai trouvé dans, mon chemin des endroits qui m’ont tenu longtemps. Je me suis débarrassé de ces broussailles le mieux que j’ai pu ; mais je n’oserais répondre que j’ai attrapé partout la pensée de mon auteur, je crains d’avoir quelquefois deviné. »

L’Utopie a été aussi traduite en italien et en allemand.

Malheureusement, les traductions françaises de cet ouvrage sont extrêmement rares ; elles n’existent que dans un petit nombre de bibliothèques privées, en sorte que le public ne connaît l’Utopie que de nom, ou par de courts extraits. Il est donc permis de croire qu’une traduction nouvelle n’est pas une superfluité.

Aussi bien, l’Utopie, trois cents ans après son apparition, n’est pas un livre usé ; c’est un livre encore tout neuf au sein de notre civilisation. Envisagée comme système d’organisation sociale, c’est une mine féconde où semblent avoir puisé tous les réformateurs modernes.

DISCOURS

du très excellent homme RAPHAEL HYTHLODÉE sur la meilleure
constitution d’une république,
par
l’illustre THOMAS MORUS, vicomte et citoyen de londres,
noble ville d’angleterre.


LIVRE PREMIER.

suite… PDF

Les portes de la perception


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Auteur : Huxley Aldous
Ouvrage : Les portes de la perception
Année :1954

Traduit de l’anglais
par Jules Castier

 

 

PRÉFACE DU TRADUCTEUR
L’essai qui donne son titre au présent volume, Les Portes de la Perception, est encore inédit en Angleterre, où il paraîtra au début de 1954. C’est la relation d’une expérience à laquelle s’est prêtée Aldous Huxley, par l’ingestion d’une dose de mescaline, alcaloïde actif du peyotl, ce cactus indien qui procure des « visions colorées », accompagnées de divers phénomènes psychologiques qu’on trouvera décrits ici avec une acuité et une précision qui font généralement défaut dans les récits de ceux qui prennent une drogue quelconque. Mais c’est beaucoup plus que cela. À propos des sensations qu’il a éprouvées, Aldous Huxley est amené à examiner le fonctionnement de la perception en général, et les idées et les hypothèses qu’il émet sont d’un intérêt passionnant, entr’ouvrant véritablement pour nous les « portes de la perception », selon l’expression de Blake. Il nous fait voir ainsi les rapports de notre perception ordinaire du monde et de celle que nous pouvons avoir parfois, et que le mystique possède continûment, de la Réalité ultime et du divin. Cet essai constitue ainsi une véritable « introduction à la vie mystique », qui doit intéresser tout particulièrement quiconque a lu les ouvrages philosophiques de l’auteur, tels que La Fin et les Moyens, La Philosophie éternelle, L’Éminence grise, L’Éternité retrouvée, Thèmes et Variations, Temps futurs, Les Diables de Loudun.
C’est pourquoi il m’a paru convenable de faire suivre Les Portes de la Perception d’un certain nombre d’autres essais du même auteur, également inédits en France et même en Angleterre, et parus en Amérique (1945-1949) dans deux volumes collectifs de divers écrivains, Vedanta for the Western World et Vedanta for Modern Man, où Aldous Huxley éclaire de commentaires nouveaux et d’une clarté remarquable diverses questions qu’il a abordées dans les ouvrages précités, tels que : le progrès, le temps, la paix, le tempérament, le psychique et le spirituel, les distractions, les mots, l’action et la contemplation, etc. J’ai la conviction que ces commentaires seront appréciés de tous ceux qui ont goûté, même sans y apporter une adhésion totale, les écrits antérieurs d’Aldous Huxley, et renforceront leur admiration pour la clarté de son esprit et pour le courage avec lequel il aborde ces questions ardues et d’importance primordiale. Ces commentaires, s’ajoutant aux idées présentées dans Les Portes de la Perception, forment un ensemble nullement disparate, mais au contraire fort homogène, qui suscitera peut-être des discussions et des réserves, mais dont nul lecteur de bonne foi ne contestera l’originalité et l’opportunité.
Enfin, le recueil se termine par deux essais tout récents, Le Désert et La Foi, le Goût et l’Histoire, où, sans rien renier de ses tendances actuelles de pensée, l’auteur revient à une forme qu’il a pratiquée naguère avec bonheur (par exemple, dans Chemin faisant), et où une pointe d’humour vient relever l’austérité de l’ensemble.
Décembre 1953.
JULES CASTIER.

 

 

C’est en 1886 que le pharmacologiste allemand Ludwig Lewin publia la première étude systématique du cactus auquel on donna ultérieurement son nom. Anhalonium Lewinii était une nouveauté pour la science. Pour la religion primitive et les Indiens du Mexique et du sud-ouest américain, il était un ami des temps immémoriaux. Voire, il était beaucoup plus qu’un ami. Comme l’a dit l’un des premiers visiteurs espagnols du Nouveau Monde, « ils mangent une racine qu’ils appellent Peyotl, et qu’ils vénèrent comme si elle était une divinité ».
La raison pour laquelle ils la vénéraient comme une divinité devint apparente lorsque des psychologues éminents, tels que Jaensch, Havelock Ellis et Weir Mitchell, commencèrent leurs expériences sur la mescaline, principe actif du peyotl. Certes, ils s’arrêtèrent bien en deçà de l’idolâtrie ; mais tous furent d’accord pour assigner à la mescaline une position parmi les drogues d’une distinction suprême. Administrée à doses convenables, elle modifie la qualité du conscient d’une façon plus profonde, tout en étant moins toxique, que toute autre substance figurant au répertoire du pharmacologiste.

Les recherches sur la mescaline se sont poursuivies sporadiquement depuis l’époque de Lewin et de Havelock Ellis. Les chimistes ont non seulement isolé l’alcaloïde ; ils ont appris à en effectuer la synthèse, de sorte que, pour s’en approvisionner, l’on n’est plus sous la dépendance de la récolte parcimonieuse et intermittente d’un cactus du désert. Des aliénistes ont absorbé des doses de mescaline dans l’espoir de parvenir ainsi à une compréhension meilleure, de première-main, des processus mentaux de leurs malades. Travaillant malheureusement sur un nombre trop restreint de sujets et dans un domaine de circonstances trop étroit, des psychologues ont observé et catalogué quelques-uns des effets les plus marquants de cette drogue. Des neurologues et des physiologistes ont fait certaines découvertes quant au mécanisme de son action sur le système nerveux central. Et un philosophe professionnel au moins a pris de la mescaline en raison de la lumière qu’elle pourra peut-être projeter sur des mystères anciens et non résolus, tels que la place de l’esprit dans la nature, et les rapports entre le cerveau et la conscience.
Les choses en étaient là lorsque, voici deux ou trois ans, fut observé un fait nouveau et peut-être éminemment significatif1. En réalité, le fait était là, étalé aux yeux de tout le monde, depuis plusieurs dizaines d’années ; mais il se trouve que personne ne l’avait remarqué, jusqu’à ce qu’un jeune psychiatre anglais, travaillant à présent au Canada, eût été frappé par l’analogie étroite, quant à la composition chimique, entre la mescaline et


1 Cf. les mémoires ci-après :
Schizophrenia : A new approach, par Humphry Osmond et John Smythies. Journal of Mental Science, vol. XCVIII, avril 1952.
On being mad (Sur le fait d’être fou), par Humphry Osmond. Saskatchewan Psychiatric Services Journal, vol. I, n° 2, septembre 1952.
The mescalin Phenomena, par John Smythies. The British Journal of the Philosophy of Science, vol. III, février 1953.
Schizophrenia : A new approach, par Abram Hoffer, Humphry Osmond et John Smythies. The Journal of Mental Science, vol. C, n° 418, janvier 1953.
De nombreux autres mémoires, sur la biochimie, la pharmacologie, la psychologie et la neurophysiologie de la schizophrénie et les phénomènes de la mescaline, sont en préparation. (N. d. l’A.)

l’adrénaline. Des recherches ultérieures révélèrent que l’acide lysergique, hallucinogène extrêmement puissant dérivé de l’ergotine, présente des rapports biochimiques avec ces autres corps. On découvrit ensuite que l’adrénochrome, produit de décomposition de l’adrénaline, peut produire un grand nombre d’entre les symptômes observés dans l’intoxication par la mescaline. Or, l’adrénochrome se produit probablement de façon spontanée dans le corps humain. En d’autres termes, chacun de nous est peut-être capable de fabriquer un produit chimique dont on sait que des doses minimes causent des modifications profondes dans la conscience. Certaines de ces modifications sont analogues à celles qui se produisent dans ce fléau bien caractéristique du XXe siècle, la schizophrénie. Le trouble mental est-il dû à un trouble chimique ? Et ce trouble chimique est-il dû, à son tour, à des détresses psychologiques affectant les capsules surrénales ? Il serait imprudent et prématuré de l’affirmer. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il a été élaboré une sorte d’explication à première vue. Entre temps, on suit systématiquement cette piste ; les limiers – biochimistes, psychiatres, psychologues – sont en chasse.

Grâce à une série de circonstances pour moi fort heureuses, je me suis trouvé, au printemps de 1953, nettement en travers de cette piste. L’un des limiers était venu, pour affaires, en Californie. En dépit de soixante-dix années de recherches sur la mescaline, les matériaux psychologiques à sa disposition étaient encore ridiculement insuffisants, et il désirait vivement les accroître. J’étais sur place, et disposé – voire empressé – à servir de cobaye. C’est ainsi qu’il se fit que, par une brillante matinée de mai, j’avalai quatre décigrammes de mescaline dissoute dans un demi-verre d’eau, et m’assis dans l’attente des résultats.
Nous vivons ensemble, nous agissons et réagissons les uns sur les autres ; mais toujours, et en toutes circonstances, nous sommes seuls. Les martyrs entrent, la main dans la main, dans l’arène ; ils sont crucifiés seuls. Embrassés, les amants essayent désespérément de fondre leurs extases isolées en une transcendance unique ; en vain. Par sa nature même, chaque esprit incarné est condamné à souffrir et à jouir en solitude. Les sensations, les sentiments, les intuitions, les imaginations – tout cela est privé, et, sauf au moyen de symboles, et de seconde-main, incommunicable. Nous pouvons mettre en commun des renseignements sur des expériences éprouvées, mais jamais les expériences elles-mêmes. Depuis la famille jusqu’à la nation, chaque groupe humain est une société d’univers-îles.
La plupart des univers-îles se ressemblent suffisamment pour permettre une compréhension par inférence, ou même une « empathie » naturelle ou pénétration par le sentiment. C’est ainsi que, nous souvenant de nos propres pertes et humiliations, nous pouvons prendre part à la douleur des autres en des circonstances analogues, nous pouvons (toujours, bien entendu, dans un sens légèrement pickwickien2) nous mettre à leur place. Mais dans certains cas, la communication entre ces univers est incomplète, ou même inexistante. L’esprit est son lieu propre, et les lieux habités par les déments et les exceptionnellement doués sont tellement différents des lieux où habitent les hommes et les femmes ordinaires, qu’il n’y a que peu ou point de terrain commun du souvenir qui puisse servir de base à la compréhension ou à un sentiment de sympathie. Des mots sont prononcés, mais ils sont


2 C’est-à-dire autre que le sens normal ; allusion au premier chapitre du roman de Dickens. (N. d. T.)

incapables d’éclairer. Les choses et les événements auxquels se rapportent les symboles appartiennent à des domaines d’expérience qui s’excluent mutuellement.
Nous voir nous-mêmes comme les autres nous voient est un don fort salutaire. À peine moins importante est l’aptitude à voir les autres tels qu’ils se voient eux-mêmes. Mais qu’arrive-t-il si ces autres appartiennent à une espèce différente et habitent un univers radicalement autre ? Par exemple, comment les sains d’esprit peuvent-ils parvenir à savoir ce qu’on ressent effectivement quand on est fou ? Ou bien – en dehors de l’hypothèse d’une renaissance en la personne d’un visionnaire, d’un médium, ou d’un génie musical – comment pourrons-nous jamais visiter les mondes qui, pour Blake, pour Swedenberg, pour Jean-Sébastien Bach, étaient leur foyer ? Et comment un homme à la limite extrême de l’ectomorphisme et de la cérébrotonie pourra-t-il jamais se mettre à la place d’un homme à la limite de l’endomorphisme et de la viscérotonie, ou, à l’intérieur de certaines aires circonscrites, partager les sentiments de celui qui se tient à la limite du mésomorphisme et de la somatotonie ?

Pour le « behaviouriste »3 sans mélange, des interrogations de ce genre sont, je le suppose, vides de sens. Mais pour ceux qui croient théoriquement ce qu’en pratique ils savent être vrai – savoir, que l’expérience possède un côté intérieur aussi bien qu’un côté extérieur – les problèmes ainsi posés sont des problèmes réels, d’autant plus graves qu’ils sont, les uns insolubles, d’autres solubles seulement dans des circonstances exceptionnelles et par des méthodes non accessibles à tout le monde. Ainsi, il semble virtuellement certain que je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand on est Sir John Falstaff ou Joe Louis. D’autre part, il m’a toujours paru possible que, grâce à l’hypnose, par exemple, ou à l’auto-hypnose, au moyen de la méditation systématique, ou bien par l’absorption de la drogue appropriée, je puisse modifier mon mode ordinaire de conscience, de façon à pouvoir connaître, par l’intérieur, ce dont parlaient le visionnaire, le médium, et même le mystique.
D’après ce que j’avais lu au sujet de l’expérience de la mescaline, j’étais convaincu d’avance que la


3 Partisan de la doctrine du comportement, pour qui l’homme est exclusivement le produit du milieu et des circonstances extérieures. (N. d. T.)

drogue me donnerait accès, au moins pour quelques heures, dans le genre de monde intérieur décrit par Blake et « A. E. »4. Mais ce à quoi je m’étais attendu ne se produisit pas. Je m’étais attendu à rester étendu, les yeux fermés, en contemplant des visions de géométries multicolores, d’architectures animées, riches de gemmes et d’une beauté fabuleuse, de paysages animés de personnages héroïques, de drames symboliques, tremblant perpétuellement au bord même de l’ultime révélation. Mais je n’avais pas compté, la chose était évidente, avec les particularités de mon ensemble génétique mental, les faits de mon tempérament, de mon éducation et de mes habitudes.
Je suis, et ai toujours été, d’aussi loin que remontent mes souvenirs, un « visuel » indigent. Les mots, même les mots des poètes, chargés de résonances, n’évoquent point d’images dans mon esprit. Aucune vision hypnagogique ne m’accueille au seuil du sommeil. Quand je me rappelle quelque chose, le souvenir ne s’en présente pas à moi comme un événement ou un objet vu d’une façon brillante. Par un effort de volonté je puis


4 Pseudonyme du poète irlandais George William Russell (né en 1867). (N. d. T.)

évoquer une image non très vive de ce qui est arrivé hier après-midi, de l’aspect qu’avait le Lungarno avant la destruction des ponts, ou de Bayswater Road à l’époque où les seuls omnibus étaient verts et minuscules, et traînés par de vieux chevaux à la vitesse de six kilomètres à l’heure. Mais les images de ce genre ont peu de substance, et ne possèdent absolument aucune vie propre et autonome. Elles sont, par rapport aux objets réels et perçus, comme étaient les ombres d’Homère par rapport aux hommes de chair et de sang, qui venaient les voir au royaume des morts. C’est seulement lorsque j’ai la fièvre que mes images mentales acquièrent une vie indépendante. Pour ceux chez qui la faculté de représentation visuelle est forte, mon monde intérieur doit paraître curieusement terne, limité et inintéressant. Tel était le monde – chose indigente mais bien à moi – que je m’attendais à voir transformé en quelque chose de complètement différent de lui-même.
La modification qui eut lieu effectivement dans ce monde ne fut, en aucun sens, révolutionnaire. Une demi-heure après avoir avalé la drogue, j’eus conscience d’une danse lente de lumières dorées. Un peu plus tard, il y eut de somptueuses surfaces rouges, s’enflant et s’étendant à partir de noeuds d’énergie brillants qui vibraient d’une vie aux dessins continûment changeants. À un autre moment, la fermeture de mes yeux révéla un complexe de structures grises, dans lequel des sphères bleuâtres et pâles émergeaient constamment en prenant une solidité intense, et, étant apparues, montaient sans bruit, glissant hors de vue. Mais à aucun moment il n’y eut de visages ni de formes d’hommes ou d’animaux. Je ne vis pas de paysages, pas d’espaces immenses, pas de croissance ou de métamorphose magique d’édifices, rien qui ressemblât de loin à un drame ou à une parabole. L’autre monde auquel la mescaline me donnait accès n’était point le monde des visions ; il existait là-bas, dans ce que je voyais, les yeux ouverts. Le grand changement était dans le domaine des faits objectifs. Ce qui était arrivé à mon univers subjectif était relativement sans importance.
J’avais pris ma pilule à onze heures. Une heure et demie plus tard, j’étais assis dans mon cabinet de travail, contemplant attentivement un petit vase en verre. Le vase ne renfermait que trois fleurs – une rose Belle-de-Portugal, largement épanouie, d’un rose-coquillage, avec un soupçon, à la base de chaque pétale, d’une teinte plus chaude, plus enflammée ; un gros oeillet magenta et crème ; et, violet pâle à l’extrémité de sa tige brisée, le bouton fier et héraldique d’un iris. Fortuit et provisoire, le petit bouquet violait toutes les règles du bon goût traditionnel. Au déjeuner, ce matin-là, j’avais été frappé de la dissonance vive de ses couleurs. Mais la question n’était plus là. Je ne regardais plus, à présent, une disposition insolite de fleurs. Je voyais ce qu’Adam avait vu le matin de sa création – le miracle, d’instant en instant, de l’existence dans sa nudité.
« Est-ce agréable ? » demanda quelqu’un. (Pendant cette partie de l’expérience, toutes les conversations étaient enregistrées au moyen d’une machine à dicter, et j’ai pu me rafraîchir la mémoire quant à ce qui a été dit.)
« Ni agréable ni désagréable, répondis-je. Cela est, sans plus. »
Istigkeit – n’était-ce pas là le mot dont maître Eckhart aimait à se servir ? Le fait d’être. L’Être de la philosophie platonicienne, – sauf que Platon semble avoir commis l’erreur énorme et grotesque de séparer l’Être du devenir, et de l’identifier avec l’abstraction mathématique de l’idée. Jamais il n’avait pu voir, le pauvre, un bouquet de fleurs brillant de leur propre lumière intérieure, et quasi frémissantes sous la pression de la signification dont elles étaient chargées ; jamais il n’avait pu percevoir que ce que signifiaient d’une façon aussi intense la rose, l’iris et l’oeillet, ce n’était rien de plus, et rien de moins, que ce qu’ils étaient une durée passagère qui était pourtant une vie éternelle, un périr perpétuel qui était en même temps un Être pur, un paquet de détails menus et uniques dans lesquels, par quelque paradoxe ineffable et pourtant évident en soi, se voyait la source divine de toute existence.
Je continuai à regarder les fleurs, et dans leur lumière vivante, il me sembla déceler l’équivalent qualitatif d’une respiration – mais d’une respiration sans retours à un point de départ, sans reflux récurrents, mais seulement une coulée répétée d’une beauté à une beauté rehaussée, d’une profondeur de signification à une autre, toujours de plus en plus intense. Des mots tels que Grâce et que Transfiguration me vinrent à l’esprit, et c’était cela, bien entendu, entre autres, qu’ils représentaient. Mes yeux passèrent de la rose à l’oeillet, et de cette incandescence plumeuse aux banderoles lisses d’améthyste sentimentale qui étaient l’iris. La Vision de Béatitude, Sat Chit Ananda, la Félicité de l’Avoir-Conscience, – pour la première fois je comprenais, non pas au niveau verbal, non pas par des indications rudimentaires ou à distance, mais d’une façon précise et complète, à quoi se rapportaient ces syllabes prodigieuses. Et je me souvins alors d’un passage que j’avais lu dans l’un des essais de Suzuki. « Qu’est-ce que le Corps-Dharma du Buddha ? » (Le Corps-Dharma du Buddha est une autre façon de dire : l’Esprit, l’Être, le Vide, la Divinité.) Cette question est posée dans un monastère Zen, par un novice plein de sérieux et désorienté. Et, avec la prompte incohérence de l’un des Frères Marx, le Maître répond : « La haie au fond du jardin. » – « Et l’homme qui se rend compte de cette vérité, demande le novice, d’un ton dubitatif, qu’est-il, lui, si j’ose poser cette question ? » Groucho lui applique sur les épaules un coup vigoureux de son bâton, et répond : « Un lion aux cheveux d’or. »
Ce n’avait été, lorsque je l’avais lu, qu’une absurdité vaguement grosse de quelque sens caché. Maintenant, c’était clair comme le jour, aussi évident qu’un théorème d’Euclide. Bien entendu, le Corps-Dharma du Buddha, c’était la haie au fond du jardin. En même temps, et non moins manifestement, c’était ces fleurs, c’était toute chose qu’il me plaisait – ou plutôt, qu’il plaisait au non-moi béni et délivré pour un instant de mon étreinte étouffante – de regarder. Les livres, par exemple, dont étaient tapissés les murs de mon cabinet. Comme les fleurs, ils luisaient, quand je les regardais, de couleurs plus vives, d’une signification plus profonde. Des livres rouges, semblables à des rubis ; des livres émeraude ; des livres reliés en jade blanche ; des livres d’agate, d’aigue-marine, de topaze jaune ; des livres de lapis-lazuli dont la couleur était si intense, si intrinsèquement pleine de sens, qu’ils me semblaient être sur le point de quitter les rayons pour s’imposer avec plus d’insistance encore à mon attention.
« Et les rapports spatiaux ? » demanda l’enquêteur, tandis que je regardais les livres.
Il était difficile de répondre. Sans doute, à ce moment, la perspective paraissait assez bizarre, et les murs de la pièce ne semblaient plus se couper à angle droit. Mais ce n’étaient pas là les faits réellement importants. Les faits réellement importants, c’étaient que les rapports spatiaux avaient cessé d’avoir grand intérêt, et que mon esprit percevait le monde rapporté à autre chose qu’à des catégories spatiales. En temps ordinaire, l’oeil se préoccupe de problèmes tels que : Où ? À quelle distance ? Situé comment par rapport à quoi ? Dans l’expérience de la mescaline, les questions sous-entendues auxquelles répond l’oeil sont d’un autre ordre. Le lieu et la distance cessent de présenter beaucoup d’intérêt. L’esprit effectue ses perceptions en les rapportant à l’intensité d’existence, à la profondeur de signification, à des relations à l’intérieur d’un motif-type. Je voyais les livres, mais je ne me préoccupais nullement de leurs positions dans l’espace. Ce que je remarquais, ce qui s’imposait à mon esprit, c’est qu’ils luisaient tous d’une lumière vivante, et que, chez certains, la splendeur était plus manifeste que chez d’autres. À cette occasion, la position et les trois dimensions étaient à côté de la question. Non point, bien entendu, que la catégorie de l’espace eût été abolie. Quand je me levai et me déplaçai par la pièce, je pus le faire d’une façon absolument normale, sans méjuger l’endroit où se trouvaient les objets. L’espace était toujours là ; mais il avait perdu sa prédominance. L’esprit se préoccupait primordialement, non pas de mesures et de situations, mais d’être et de signification.
Et l’indifférence en ce qui concerne l’espace était accompagnée d’une indifférence vraiment complète en ce qui concerne le temps.
« Il semble y en avoir à foison », – voilà tout ce que je pus répondre quand l’enquêteur me demanda ce que je ressentais au sujet du temps.
À foison ; mais exactement combien – voilà qui était totalement à côté de la question. J’aurais pu, bien entendu, consulter ma montre ; mais ma montre, je le savais, était dans un autre univers. Mon expérience effective avait été, et était encore, celle d’une durée infinie, ou bien celle d’un perpétuel présent constitué par une révélation unique et continuellement changeante.
Quittant les livres, l’enquêteur dirigea mon attention sur le mobilier. Il y avait, au centre de la pièce, une petite table de dactylo ; plus loin (par rapport à moi) il y avait un fauteuil de rotin, et plus loin encore, un bureau. Ces trois meubles formaient un motif compliqué d’horizontales, de verticales, et de diagonales, – motif d’autant plus intéressant qu’il n’était pas interprété en le rapportant à des relations spatiales. La table, le fauteuil et le bureau étaient assemblés dans une composition ressemblant à quelque toile de Braque ou de Juan Gris, à une nature morte ayant quelque rapport reconnaissable avec le monde objectif, mais rendue sans profondeur, sans aucune tentative de réalisme photographique. Je regardais mes meubles, non pas comme l’utilitariste qui doit s’asseoir dans des fauteuils, et écrire devant des bureaux et des tables, et non pas comme le photographe ou l’enregistreur scientifique, mais comme l’esthète pur qui se préoccupe uniquement des formes et de leurs rapports dans le champ visuel ou le cadre du tableau. Mais, à mesure que je regardais, cette vue effectuée par un oeil de cubiste céda la place à ce que je ne puis décrire autrement que la vision sacramentelle de la beauté. Je me retrouvais où j’avais été tandis que je regardais les fleurs – j’étais revenu dans un monde où tout brillait de la Lumière Intérieure et était infini dans sa signification. Les pieds, par exemple, de ce fauteuil – combien miraculeuse était leur tubularité, combien surnaturelle l’égalité polie de leur surface ! Je passai plusieurs minutes – ou fut-ce plusieurs siècles ? – non pas simplement à contempler ces pieds en bambou, mais à les être effectivement – ou plutôt à être moi-même en eux ; ou, pour être encore plus précis (car le « moi » n’était pas en cause dans cette affaire, non plus qu’en un certain sens, ils ne l’étaient, « eux ») à être mon non-moi dans le non-moi qui était mon fauteuil.
Réfléchissant à ce que j’ai éprouvé, je me trouve d’accord avec l’éminent philosophe de Cambridge, le Dr C. D. Broad, quand il dit « que nous ferions bien d’examiner avec beaucoup plus de sérieux que nous ne l’avons fait jusqu’ici le type de théorie que Bergson a mise en avant au sujet de la mémoire et de la perception sensorielle. Ce qu’il suggère, c’est que la fonction du cerveau, du système nerveux et des organes des sens est, dans l’ensemble, éliminative, et non productive. Toute personne est, à tout moment, capable de se souvenir de tout ce qui lui est jamais arrivé, et de percevoir tout ce qui se produit partout dans l’univers. La fonction du cerveau et du système nerveux est de nous empêcher d’être submergés et confus sous cette masse de connaissances en grande partie inutiles et incohérentes, en interceptant la majeure partie de ce que, sans cela, nous percevrions ou nous rappellerions à tout instant, et ne laissant que ce choix très réduit et spécial qui a des chances d’être utile en pratique. » Selon une théorie de ce genre, chacun de nous est, en puissance, l’Esprit en Général. Mais, pour autant que nous sommes des animaux, notre rôle est de survivre à tout prix. Afin de rendre possible la survie biologique, il faut que l’Esprit en Général soit creusé d’une tuyauterie passant par la valve de réduction constituée par le cerveau et le système nerveux. Ce qui sort à l’autre extrémité, c’est un égouttement parcimonieux de ce genre de conscience qui nous aidera à rester vivants à la surface de cette planète particulière. Afin de formuler et d’exprimer le contenu de ce conscient réduit, l’homme a inventé et perfectionné sans fin ces systèmes de symboles et de philosophies implicites que nous appelons les langues. Tout individu est à la fois le bénéficiaire et la victime de la tradition linguistique dans laquelle l’a placé sa naissance, – le bénéficiaire, pour autant que la langue donne accès à la documentation accumulée de l’expérience des autres ; la victime, en ce qu’elle le confirme dans la croyance que le conscient réduit est le seul conscient, et qu’elle ensorcelle son sens de la réalité, si bien qu’il n’est que trop disposé à prendre ses concepts pour des données, ses mots pour des choses effectives. Ce que, dans le langage de la religion, l’on appelle « ici-bas », c’est l’univers du conscient réduit, exprimé et en quelque sorte pétrifié par le langage. Les divers « autres mondes », avec lesquels des êtres humains prennent erratiquement contact, sont autant d’éléments de la totalité du conscient appartenant à l’Esprit en Général. La plupart des gens, la plupart du temps, ne connaissent que ce qui passe dans la valve de réduction et est consacré comme étant authentiquement réel par la langue locale. Certaines personnes, toutefois, semblent être nées avec une sorte de conduit de dérivation qui évite la valve de réduction. Chez d’autres, des conduits de dérivation temporaires peuvent s’acquérir, soit spontanément, soit comme résultat d’» exercices spirituels » délibérément voulus, soit par l’hypnose, soit au moyen de drogues. Par ces dérivations permanentes ou temporaires, coule, non pas, en vérité, la perception « de tout ce qui se produit partout dans l’univers » (car la dérivation n’abolit pas la valve de réduction, qui exclut toujours le contenu total de l’Esprit en Général), mais quelque chose de plus, et surtout quelque chose d’autre, que les matériaux utilitaires soigneusement choisis, que notre esprit individuel rétréci considère comme une image complète, ou du moins suffisante, de la réalité.
Le cerveau est muni d’un certain nombre de systèmes d’enzymes qui servent à en coordonner le fonctionnement. Quelques-unes de ces enzymes règlent l’arrivée du glucose dans les cellules du cerveau. La mescaline inhibe la production de ces enzymes, et diminue ainsi la quantité de glucose disponible pour un organe qui a constamment besoin de sucre. Lorsque la mescaline réduit la ration normale de sucre pour le cerveau, que se passe-t-il ? Le nombre des cas observés est trop faible, de sorte qu’il est encore impossible de donner une réponse d’ensemble. Mais on peut résumer comme suit ce qui se produit chez la plupart de ceux qui ont pris de la mescaline sous surveillance compétente :

1° l’aptitude à se souvenir et à « penser droit » est peu diminuée, si tant est qu’elle le soit. (En écoutant les enregistrements de ma conversation alors que j’étais sous l’influence de la drogue, je ne puis découvrir que j’étais alors plus bête que je ne le suis d’ordinaire) ;
2° les impressions visuelles sont considérablement intensifiées, et l’oeil recouvre en partie l’innocence perceptuelle de l’enfance, alors que le « sensum » n’était pas immédiatement et automatiquement subordonné au concept. L’intérêt porté à l’espace est diminué, et l’intérêt porté au temps tombe presque à zéro ;
3° bien que l’intellect demeure non affaibli, et bien que la perception soit énormément améliorée, la volonté subit une modification profonde, en mal. Celui qui a pris de la mescaline ne voit aucune raison de faire quoi que ce soit en particulier, et trouve profondément inintéressante la plupart des causes pour lesquelles, en temps ordinaire, il était prêt à agir et à souffrir. Il ne peut se laisser tracasser par elles, pour la bonne raison qu’il a des choses meilleures pour occuper sa pensée ;
4° ces choses meilleures peuvent être éprouvées (comme je les ai éprouvées) « là-bas » ou « ici », ou dans les deux mondes, l’intérieur et l’extérieur, simultanément ou successivement. Qu’elles soient effectivement meilleures, cela paraît évident en soi à tous ceux qui absorbent de la mescaline en ayant le foie en bon état et l’esprit en repos.
Ces effets de la mescaline sont du genre de ceux auxquels on s’attendrait à la suite de l’administration d’une drogue ayant le pouvoir de diminuer l’efficacité de la valve de réduction cérébrale. Quand le cerveau manque de sucre, le moi sous-alimenté s’affaiblit, ne peut se tracasser pour entreprendre les tâches nécessaires et ennuyeuses, et perd tout intérêt à ces rapports spatiaux et temporels qui sont si importants pour un organisme préoccupé d’améliorer sa situation dans le monde. À mesure que l’Esprit en Général s’égoutte en passant à côté de la valve qui n’est plus hermétique, toutes sortes de choses biologiquement inutiles se mettent à se produire. Dans certains cas il peut y avoir des perceptions extra-sensorielles. D’autres personnes découvrent un monde de beauté visionnaire. À d’autres, encore, est révélée la splendeur, la valeur infinie et la richesse de signification de l’existence nue, de l’événement donné et non conceptualisé. Au stade final de l’absence du moi, – et je ne sais si aucun preneur de mescaline y est jamais parvenu – il y a une « connaissance obscure » que Tout est dans tout, – que Tout est effectivement chacun. C’est là, me semble-t-il, le point le plus proche où un esprit fini puisse parvenir de l’état où il « perçoit tout ce qui se produit partout dans l’univers ».
À ce propos, combien est significatif le rehaussement énorme, sous l’effet de la mescaline, de la perception des couleurs ! Pour certains animaux, il est très important, biologiquement, de pouvoir distinguer certaines teintes. Mais au-delà des limites de leur spectre utilitaire, la plupart des créatures sont presque complètement insensibles aux couleurs. Les abeilles, par exemple, passent la majeure partie de leur temps à « déflorer les fraîches vierges du printemps » ; mais, comme l’a fait voir von Frisch, elles ne sont capables de distinguer que fort peu de couleurs. Le sentiment éminemment développé des couleurs chez l’homme est un luxe biologique – inestimablement précieux pour lui en tant qu’être intellectuel et spirituel, mais superflu pour sa survie en tant qu’animal. À en juger d’après les adjectifs qu’Homère leur met dans la bouche, les héros de la guerre de Troie ne surpassaient guère les abeilles quant à l’aptitude à distinguer les couleurs. De ce point de vue, tout au moins, le progrès de l’humanité a été prodigieux.

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Le Yorkshire occulte (1)


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« Quel père parmi vous, si votre fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent à la place ? »

Introduction : la glorification du vice

Qui, dans le monde actuel, a le courage d’écrire en faveur de la justice et de la vérité ? Qui est prêt à être aussi ringard ?

Il est relativement aisé d’écrire sur des sujets qui ne nous concernent pas directement ; ou sur des sujets qui nous concernent, mais que les gens ont envie d’entendre, sur de bonnes choses qui feront que nous seront aimés et admirés pour les avoir partagées. Mais qu’en est-il des choses que nous avons été conditionnés à taire dès le plus jeune âge ? Les choses que nous sommes socialement contraints de maintenir cachées ? Écrire ou parler de ces choses revient à briser un pacte tacite du silence, un contrat auquel nous n’avons jamais souscrit consciemment, et que nous n’avons jamais eu la possibilité de refuser consciemment.

C’est la chose que personne ne souhaite faire.

C’est aussi la chose qui a le plus besoin d’être faite. Parce que tant que cet accord de ne pas parler, de ne pas écrire, ou même de ne pas penser à certaines choses, n’est pas brisé, alors notre parole, nos écrits, notre pensée seront étouffés par la peur, consciente ou pas, de rompre ce contrat en exprimant l’indicible. À ce stade, le système de soutien social sur lequel nous nous sommes reposés toute notre vie durant, et duquel dépend la survie de notre identité, cesserait de nous soutenir. Nous serions abandonnés, et partirions à la dérive dans un océan froid, sombre et sans merci de significations brisées.

Si j’écris ceci, ce n’est pas parce que tel est mon désir ; c’est une obligation.

J’ai, moi aussi, découvert mon enfant intérieur il y a quelques années – et j’ai décidé d’avorter.
~ Sebastian Horsley, 2004, correspondance privée

Mon frère Sebastian Horsley, « dandy du monde souterrain » autoproclamé, était un artiste particulièrement célébré pour ses actes potentiellement (et au final, concrètement) autodestructeurs. Un article récent paru dans Time Out l’a classé parmi les dix plus gros consommateurs de drogue de Londres ; dans un autre article sur l’acteur Shia Labeouf, on pouvait lire que mon frère avait « fait, de manière convaincante, une œuvre d’art de sa propre autodestruction fatale ». Cette phrase en dit long. Qui exactement fut convaincu par l’autodestruction artistique de mon frère, et de quoi ont-ils été convaincus ? Que le suicide est une quête artistique honorable ? Quelle sorte d’héritage une « œuvre d’art » de ce type laisse-t-elle ? Comment le fait que quelqu’un soit poussé à s’autodétruire de manière compulsive peut-il être une source de louanges ?

Je suis l’une des deux personnes encore en vie (avec ma sœur, une psychothérapeute) possédant une connaissance intime des forces qui poussèrent mon frère à s’autodétruire. Une chose est donc douloureusement claire à mes yeux : quel qu’ait été le « message » porté par mon frère, par sa vie ou sa mort, ce n’est pas un véritable message mais une fiction : une histoire inventée qui cache une légion de péchés. Ironiquement, elle ne les cache pas avec l’illusion de la vertu, comme dans le cas bien plus célèbre de Jimmy Savile, mais avec l’étalage dandyesque du vice présenté sous un jour favorable. Je crois profondément que « l’art » de Sebastian Horsley n’était pas de l’autodestruction mais un processus élaboré destiné à masquer les forces sociales, culturelles et personnelles qui ont rendu sa destruction inévitable. Je pense qu’il montre que l’abusé est programmé par l’abus, non pas seulement pour protéger ses abuseurs, mais aussi pour perpétuer l’abus.

Ma comparaison avec Savile n’est pas non plus totalement fortuite. Comme je l’écrivais dans Seen and Not Seen, avec ses tenues flamboyantes, ses cheveux décolorés, ses bijoux bling-bling et sa personnalité étrange, Savile était lui aussi un dandy. Comme mon frère, et comme le kidnappeur d’enfants de Chitty Chitty Bang Bang, Savile portait des hauts-de-forme. Je doute que mon frère ait jamais imité Savile, mais d’un autre côté, il est difficile d’évaluer l’influence qu’a eue Savile sur ceux qui, comme nous, ont grandi dans les années soixante et soixante-dix. Durant cette période, Savile était considéré comme l’homme le plus influent du rock and roll britannique, et mon frère et moi regardions Top of the Pops toutes les semaines, religieusement. Le premier modèle de mon frère, et le plus durable, fut le glam-rocker Marc Bolan, et Savile était par certains aspects un avatar du glam rock. Se peut-il que mon frère ait appris de Savile certains de ses tours de dandy ? L’une des choses les plus perturbantes à propos de Savile était la façon dont il étalait ses inclinations. Il s’en amusait à la télévision et à la radio (parfois même en présence de ses victimes). Il les a admises dans son autobiographie. Et pourtant, personne n’a rien dit.

Les révélations actuelles, et apparemment sans fin, sur l’abus sexuel institutionnalisé des enfants au Royaume-Uni ont forcé les gens à réévaluer ce qu’ils croyaient savoir sur la façon dont fonctionne la corruption, et sur ce à quoi ressemble cette dernière. Il fut un temps où nous cherchions les prédateurs sexuels au coin de la rue ou à la sortie des écoles ; des personnes louches au regard fuyant, rôdant aux marges de la société, aisément identifiables, et encore plus aisément désignées comme boucs-émissaires. Dans la Grande-Bretagne de l’après-Savile, une vision aussi simpliste est devenue l’apanage des ignorants. Les véritables prédateurs se trouvent en pleine lumière et occupent des positions de pouvoir ; ce ne sont pas des marginaux ou des exclus, mais les piliers de notre communauté. Bien loin de se trahir par leurs regards fuyants ou leurs attitudes coupables, leur manque apparent de conscience de soi les soustrait au sentiment de culpabilité. Ils n’exhibent aucun des signes sur lesquels nous comptons d’ordinaire pour nous apercevoir que quelqu’un est animé de mauvaises intentions. Dans leur esprit, ils ont le droit de faire ce qu’ils font. C’est le pouvoir des privilèges, et les privilèges du pouvoir.

J’estime que les qualités qui valurent à la vie et à l’art autodestructeurs de mon frère (son autodestruction artistique) d’être célébrés n’étaient pas les expressions uniques d’une âme créative, mais les symptômes d’une psyché mortellement traumatisée. Elles étaient ses tentatives désespérées et publiques de se libérer d’un bourbier culturel et familial, une lutte qui, ironiquement et tragiquement, fut identifiée par cette même culture comme une forme « d’art ».

Horsley Sebastian
Sebastian Horsley, après sa crucifixion en 2000 aux Philippines

Si quelqu’un devait monter une production dans laquelle Bette Davis serait dirigée par Roman Polanski, celle-ci ne pourrait exprimer totalement la violence refoulée et la dépravation d’une seule journée dans la vie de ma famille. C’était une pieuvre répugnante, et je n’ai jamais pu réellement échapper à ses tentacules.
~ Dandy in the Underworld

Mon frère et moi naquîmes dans ce type de milieu privilégié. Notre grand-père, Alec Horsley, étudia à Oxford, fut officier de district adjoint au Nigéria de 1925 à 1932, et fonda sa propre entreprise, Northern Dairies, en 1937. Il fut aussi l’un des membres fondateurs de la société fabienne de Hull, dont le logo était, et est toujours, un loup déguisé en agneau. La société fabienne posa les fondations du parti travailliste britannique, et Russell Brand se fait aujourd’hui l’avocat de leurs idées auprès des masses : un détail curieux, parce que mon frère voyait en Brand un rival (mis à part les hauts-de-forme, le sexe et la drogue, il existe d’autres parallèles frappants entre eux deux ; sur la liste des consommateurs de drogue publiée par Time Out, Brand est classé n°9 et mon frère n°7). Du temps de mon grand-père, les membres de la société fabienne soutenaient l’idée d’une « société planifiée scientifiquement », ce qui incluait la mise en place d’un eugénisme accompagné de mesures de stérilisation. La branche fabienne de Hull fut fondée en 1943 par seize personnes, avec un comité présidé par mon grand-père. Il semble que mon grand-père ait suivi à la lettre l’exemple de son associé Bertrand Russell, étant lui aussi un aristocrate qui parlait au nom du peuple, bien qu’il n’ait que peu de choses en commun avec ce dernier (pour autant que je sache, et mises à part des visites dans des prisons, il ne s’est que rarement, voire jamais, mélangé avec les membres d’autres classes sociales).

Mon père, Nicholas Horsley, rejoignit Northern Dairies à la fin des années cinquante, peu après avoir rencontré ma mère. Il finit par en devenir le président, et Northern Dairies devint Northern Foods, un énorme conglomérat connu avant tout pour son association avec Marks & Spencer (Northern Foods « inventa » le sandwich emballé et fut l’un des pionniers des plats préparés). Je n’étais que vaguement au courant de tout ceci en grandissant. Enfant, le développement le plus significatif fut sans doute pour moi lorsque Northern Foods forgea une alliance avec Rowntree Mackintosh (affilié à la société fabienne), ce qui eut pour conséquence que notre maison fut toujours remplie de chocolats. J’étais en revanche parfaitement au courant des nombreuses fêtes organisées dans notre maison et dans celle de nos grands-parents, et des nombreux étrangers qui allaient et venaient, de l’atmosphère d’ébriété généralisée, de l’idéalisme intellectuel et social, de la licence sexuelle, et du curieux intérêt de mon grand-père non seulement pour la célébrité, mais aussi pour la criminalité.

Dans Seen and Not Seen: Confession of a Movie Autist, je citais un passage deDandy in the Underworld qui décrit un « ami pédophile de mon grand-père, le visage ravagé par le cancer » qui s’était entiché de moi durant mon enfance. Le livre me décrit comme ayant eu « un de ces visages à la beauté merveilleuse qui faisait s’arrêter les gens dans la rue, donc on ne pouvait s’attendre à ce qu’un pédophile invité dans le cercle familial y ait été indifférent. » Je n’ai aucun souvenir de cet homme, mais je me rappelle comment mes parents racontaient avec amusement des histoires sur ses tentatives gauches de me caresser sous la table. L’incident s’est lui aussi effacé de ma mémoire, mais il ne fut apparemment pas considéré comme une source d’inquiétude.

Un autre détail étrange est que ma sœur détenait l’autographe de Jimmy Savile lorsqu’elle était adolescente. Mon père l’aurait prétendument rencontré par hasard à bord d’un avion (il est intéressant de noter que Savile a pourtant déclaré qu’il n’avait jamais pris l’avion). En tant que président de Northern Foods, mon père était un homme d’affaires hautement respecté, avec des connexions dans le monde de la politique, et il aurait très bien pu avoir rencontré Savile dans des circonstances un peu moins neutres, dirons-nous. Dans As it Happens, l’autobiographie étonnamment révélatrice de Savile, celui-ci mentionne qu’il fut accompagné par un dirigeant de Northern Foods durant sa fameuse course caritative « John o’ Groat’s to Land’s End », et que la compagnie lui avait fourni la nourriture et les boissons durant la course (avec un van qui le suivait). On peut donc dire que ma famille a littéralement alimenté les « activités » de Savile.

Jusqu’où va la métaphore ?

Lavine

 

Après avoir été laissé à l’abandon durant toute ma vie, je suis désormais dévoré d’un désir de revanche.
~ Dandy in the Underworld

Ce fut mon grand-père qui présenta à mon frère Jimmy Boyle, l’ex-gangster de Glasgow. Alec avait fait en sorte que certaines des sculptures de Boyle fussent exposées à Hull. Avec ses valeurs progressistes affirmées concernant la réhabilitation, il était impressionné par Boyle, devenu une célébrité suite à l’adaptation à l’écran par la BBC de son livre A Sense of Freedom. Boyle fut emprisonné pour la première fois pour meurtre en 1967, et fut libéré en 1982. À son apogée, il était homme de main et recouvreur de dettes pour le compte de la mafia de Glasgow, et était connu comme étant « l’homme le plus dangereux d’Écosse ». Malgré ceci, sa peine fut réduite, et il semble raisonnable de penser que le soutien de mon grand-père n’y était pas étranger.

En 1983, Boyle et son épouse s’associèrent avec mon frère et son partenaire pour lancer le Gateway Exchange, un centre de réhabilitation pour les drogués, les délinquants sexuels et les ex-détenus, dans lequel mon frère disait être « bien camouflé ». Il écrit dans ses mémoires comment Boyle « lui permettait d’exprimer des pulsions interdites, des désirs et fantasmes inavoués. » [1] La passion de mon frère pour la criminalité était l’un de ses points communs avec Alec, ce qui incluait d’écrire des lettres aux jumeaux Kray et à Myra Hindley, la fameuse tueuse de la Lande. Un article de 1999 du Guardian sur Jimmy Boyle mentionne comment Boyle, en 1967 (juste avant son arrestation), « était en cavale à Londres sous la protection des Kray ». D’après mon frère, Boyle travailla avec les Kray durant les années soixante et peut-être même avant cela. Jimmy Savile avait des liens avec les Kray, et Savile était originaire du Yorkshire, où mon frère et moi passèrent notre enfance, et où Peter Sutcliffe, le célèbre éventreur du Yorkshire (que Savile connaissait lui aussi), aurait poursuivi ses victimes durant mon adolescence. [2]

Comme je l’ai décrit dans Seen and Not Seen, le fait que Savile ait débuté en tant que manager de dance-club signifiait qu’il avait côtoyé des gangsters, peut-être même dès son adolescence. Les Kray et lui travaillèrent et jouèrent ensemble dans les années soixante, et furent probablement impliqués dans le trafic d’enfants pour le compte de l’élite britannique, y compris via des foyers d’accueil où les enfants étaient prétendument torturés, et même tués. Myra Hindley et Ian Brady fréquentèrent les salles de danse de Manchester où Savile officiait en tant que disc-jockey dans les années soixante, et Savile disait qu’il était l’ami de Ian Brady. Brady (qui grandit à Glasgow avant de partir pour Manchester), se vantait de son association avec la mafia de Glasgow et avec les jumeaux Kray. Glasgow est aussi la ville où fut fondé le Paedophile Information Exchange (PIE) en 1974. Cette organisation était affiliée au National Council for Civil Liberties, une cause que ma famille aurait très certainement soutenue. L’objectif du PIE était de réduire l’âge de la majorité sexuelle à quatre ans, voire tout simplement de l’abolir.

Ce n’est que lors de l’écriture de Seen and Not Seen que j’ai commencé à tenter d’assembler toutes les pièces de ce puzzle. C’était un peu comme un survol de la terre brûlée de mon enfance. Depuis, j’ai atterri, et ai commencé à explorer ce territoire plus directement. Le présent ouvrage est une sorte d’ébauche d’une carte carbonisée.

coffre

Il y a un paradoxe tragique dans le fait que les qualités qui sont à l’origine de la capacité extraordinaire d’un homme à obtenir du succès, sont aussi les plus susceptibles de le détruire.
~ Sebastian Horsley, correspondance privée avec l’auteur

Le chemin de vie emprunté par mon frère associait le succès mondain à l’autodestruction et a montré que ces deux aspects étaient inséparables pour lui. Lorsque j’ai cité la phrase ci-dessus pour la première fois dans Seen and Not Seen (une citation que mon frère avait faite graver pour moi, même s’il l’avait probablement volée quelque part), je l’avais comprise différemment. J’avais compris que les forces inconscientes qui animent une personne et la poussent à créer peuvent aussi la pousser à s’autodétruire. Je suis quasiment certain que c’est ainsi que mon frère l’entendait. Pourtant, il a choisi d’utiliser le mot « succès », et pas créativité ou génie, et le succès a une dimension manifestement mondaine. La manière dont je lis désormais cette citation (à la fin de cette enquête que vous êtes sur le point de lire), est que les actes qu’un homme doit commettre pour obtenir du succès, et les forces auxquelles il doit se soumettre, sont ceux qui ont le plus de chances de le détruire. Cela n’a rien à voir avec l’expression personnelle par la créativité, et tout à voir avec la volonté de puissance.

Le paradoxe tragique de l’artiste est que le désir d’un statut mondain est complètement antinomique avec le besoin plus profond qu’a l’âme d’exprimer ce qui est en elle. Et pourtant mon frère et moi fûmes tous deux élevés dans l’idée que le succès mondain était la mesure ultime pour déterminer à quel point l’attitude d’une personne (ou l’expression de son âme) était juste ou valable. On nous a inculqué que devenir un leader culturel était le but suprême sur le plan social et personnel, et que ceci nous était échu par droit de naissance. Malgré le quakerisme d’Alec, que mon père rejeta probablement parce qu’il le considérait comme une hypocrisie, notre famille n’avait pas de religion. C’est pour l’intelligentsia que mon père, comme son père avant lui, éprouvait le plus de déférence. Il se moquait de mon frère (un dyslexique), le traitant de stupide, délivrant ainsi un coup de hache dans l’âme de mon frère dont il ne se remit jamais. Il nous donna de l’argent plutôt que de l’amour, un système de valeurs qu’il avait hérité de son père, qui dit un jour : « pour vous montrer à quel point mon père m’aimait, il a laissé tout son argent à mon frère » (Alec fut toute sa vie durant le rival de son frère aîné, tout comme je le fus avec le mien). On nous donna des scorpions plutôt que des œufs.

Mon frère était un fabien de piètre qualité. Il déchira le déguisement d’agneau pour incarner pleinement le loup. Il ne souhaitait pas plaire, mais offenser – plaire en offensant. Mon grand-père se faisait passer pour un parangon de vertu imprégné des valeurs de la communauté, mais il s’agissait derrière les apparences d’un homme d’affaires impitoyable et quelque chose de plus que cela encore (comme je pense que ce travail va le montrer). Sebastian mit sur le devant de la scène l’aspect caché, criminel, de notre héritage familial. Il s’efforça de porter la turpitude morale aussi loin qu’il était possible, « pour faire de la décadence une vertu [et] rendre l’âme monstrueuse. » J’ai réalisé en écrivant Seen and Not Seen que, malgré toute son attitude fièrement dédaigneuse envers la morale conventionnelle et la conscience sociale, il existait presque certainement des actes que mon frère ne pouvait pas évoquer, que ce soit en raison des conséquences judiciaires, mais aussi par peur des représailles des autres personnes impliquées. Ainsi, alors que notre père et notre grand-père ont caché leurs vies secrètes derrière le voile de la vertu, mon frère cacha la sienne derrière le voile du vice. C’est, par bien des aspects, un déguisement encore meilleur.

Mon frère, mon père et mon grand-père ont-ils prêté serment de ne pas dévoiler certaines choses ? Si c’est le cas, quelles étaient ces choses ? Ce qui suit est une tentative pour répondre à cette question obsédante, à l’aide d’un mélange d’enquête, de déductions, et d’imagination – autant d’éléments qui sont également nécessaires dès lors qu’on a affaire à des secrets de famille.

Mon frère se décrivit lui-même comme étant « un suicide manqué » et « une futile explosion de couleurs dans un monde sans couleur. » Dans le privé, il me confia qu’il considéra le suicide comme la seule voie honorable pour un nihiliste, sous-entendant qu’à un certain moment il avait prévu de s’ôter la vie pour priver la mort, ou Dieu, de ce plaisir. Plus poétiquement, il écrivit dans Dandy que la chose la plus importante au moment de faire face à un peloton d’exécution était de « donner soi-même l’ordre de tirer ». Cette mythologie créée par mon frère à propos de sa personne fut en grande partie efficace. Les gens y croyaient, même, et peut-être particulièrement, ceux qu’il gardait proches de lui (ce qui n’incluait pas sa famille). Elle fut ensuite récupérée par les médias grand public, et sa mort est désormais considérée par beaucoup comme ayant été plus héroïque que tragique, la preuve d’une vie vécue selon ses propres conditions. Vivre par la piqûre, mourir par la piqûre. Une telle vision ignore commodément – bannit, même – la question de savoir ce qui fut à l’origine de l’addiction suicidaire.

Mon frère et moi naquîmes et fûmes élevés dans un environnement qui exaltait le vice et normalisait la corruption – et dans lequel la corruption se parait des atours de la vertu. Comment aurait-il pu se sentir en sécurité dans un tel environnement, si ce n’est en s’y conformant, en rejetant toute vertu comme un mensonge, et en devenant aussi ouvertement corrompu que le monde qui l’entourait ?

Les enfants imitent non pas ce qu’on leur dit, mais ce qu’on leur montre. Tous ceux qui ont grandi durant cette période en Grande-Bretagne, qui ont regardé Jimmy Savile blaguer chaque semaine sur ses crimes à la télévision nationale, qui se rendaient dans des écoles et des foyers d’accueil dirigés par des prédateurs sexuels, incapables d’en parler ou même de l’admettre consciemment… Quels types d’effets à long terme tout ceci peut-il avoir sur des générations d’enfants ? Le cas de mon frère pourrait n’être qu’un cas particulièrement extrême parmi une myriade d’autres cas.

Il n’existe pas de preuve irréfutable que mon frère fut agressé sexuellement lorsqu’il était enfant. D’un autre côté, il n’en existe quasiment jamais. Le plus souvent, l’incident ou les incidents qui traumatisent la psyché d’une personne sont relégués dans l’inconscient, recouverts du voile protecteur de l’amnésie ; et plus le traumatisme est profond, plus le voile est impénétrable. Mais le traumatisme parvient malgré tout à faire surface : il est visible par l’intermédiaire des comportements. Très peu d’éléments de la vie publique de mon frère, de sa personnalité et de ses centres d’intérêts ou obsessions ne pointent pas en direction d’une histoire cachée de maltraitance. Ajoutez à cela les innombrables preuves indirectes qui montrent que notre cercle familial coïncidait en de nombreux points avec les cercles de l’abus sexuel systématique qui sont révélés actuellement au Royaume-Uni – quand il n’était pas en parfaite concordance avec ceux-ci – et que nous reste-t-il ?

La glorification du vice. Si vous ne pouvez les vaincre, joignez-vous à eux.

Horsley 2

L’unique raison pour laquelle vous lisez ceci est parce que mes propres efforts pour rejoindre la culture qui m’a maltraité se sont avérés aussi futiles que mes efforts pour la vaincre. Il ne me reste plus qu’à rendre public mon refus de participer, il ne me reste plus qu’à témoigner, à défier ma programmation, à être la voix qui fut étranglée, la voix qui dit non sous l’orage, même si la tempête se limite à mon propre verre d’eau.

Cela doit commencer quelque part.

Partie 1 : Le grand-père

Même si la méritocratie est leur couverture crédible, la stratification sociale fut toujours le véritable atout-maître des fabiens. Les droits sociaux furent une autre insertion fabienne dans la fabrique sociale, même si l’idée les précède, bien entendu.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

John Taylor Gatto

Le présent travail commença alors que je finissais un mémoire sur le cinéma qui, bien qu’il s’agissait avant tout d’une confession, débutait comme un ouvrage relativement léger et accessible. Pour les deux derniers chapitres, en revanche, je choisis de me concentrer sur mon frère ; comme on pouvait s’y attendre, ce fut une plongée soudaine en eaux troubles, abordant par exemple Jimmy Savile et les conséquences de ses activités pour ceux d’entre nous qui grandirent au Royaume-Uni avec « l’oncle Jimmy » comme bienfaiteur culturel. Avec du recul, je me rends compte que je n’avais fait qu’attendre l’opportunité, ou plutôt l’impulsion, pour draguer ces eaux à la recherche de cadavres, et il était inévitable que tôt ou tard j’aborderai le sujet. L’affaire Savile constitua pour moi l’intersection d’intérêts et de préoccupations qui m’animèrent toute ma vie durant : pop culture, conspirations, crime, folie, occultisme, opérations de guerre psychologique, maltraitance infantile, traumatisme, et, parce que l’influence de Savile sur ma propre psyché remonte à cette période, les souvenirs d’enfance – ou leur absence.

La première chose qui ressortit à propos de l’histoire de ma famille fut la relation entretenue par mon frère avec le gangster de Glasgow, Jimmy Boyle. Mon frère rencontra Boyle au Stevenson’s College, où Boyle suivait un cours « d’Entraînement à la Liberté », travaillant deux jours par semaine au foyer municipal avant de retourner passer la nuit à la prison de Saughton. Je savais qu’il avait rencontré Boyle par l’intermédiaire de notre grand-père paternel, et c’était donc logiquement le point suivant à étudier, dans mon entreprise de recherche de la racine de la pourriture qui finit par corrompre l’arbre tout entier. Mon frère était le fils aîné du fils aîné de mon grand-père ; je décidai donc de m’orienter vers mes ancêtres paternels.

J’achevai le mémoire sur le cinéma avec un sentiment d’incertitude quant à savoir si je devais inclure tous ces éléments plus sombres. Je me demandai si je prenais un risque en parlant de tout ceci. J’avais découvert l’os d’un doigt de pied enterré dans le jardin familial. Qu’allait-il se passer s’il s’agissait d’une partie d’un corps complet ?

On ne trouve pas grand-chose sur internet à propos d’Alec Horsley, mais heureusement un cousin, qui était lui aussi intéressé par notre histoire familiale, m’envoya le PDF d’un court mémoire écrit par Alec en 1987, l’avant-propos d’une collection de poèmes rédigés par un prisonnier avec lequel il s’était lié d’amitié quand il avait environ soixante-dix ans (un violeur condamné par la justice, et l’un de ses poèmes aurait pour thème le viol). Le court mémoire d’Alec me fournit des noms et des dates qui me permirent de découvrir tout un écheveau d’associations.

Mon grand-père naquit en 1902 et étudia au Worcester College d’Oxford, probablement en 1922. Selon ses dires, il obtint une bourse qui paya presque entièrement ses frais de scolarité. Je ne sais pas qui il y rencontra, ni quelle fut son implication, si tant est qu’il en ait eu une, dans les fameuses sociétés secrètes d’Oxford et leurs bizutages rituels. Mon impression de départ fut que, puisque mon grand-père ne faisait (apparemment) pas partie de l’aristocratie, ce fut là qu’il établit les contacts qui l’envoyèrent par la suite sur la route de « Bilderberg ». Comme il l’écrit dans son essai : « Ma famille progressa de la classe ouvrière à la classe moyenne. Quant à moi, grâce à Oxford, au sport, et à un poste dans les colonies, je fus occupé à gravir l’échelle sociale, sans être conscient de la nature de mes motivations » (c’est moi qui souligne). Il est toutefois permis de douter du récit d’Alec. Son père, George Horsley, conduisait parfois une Rolls Royce (une habitude que mon frère copia inconsciemment au début de la vingtaine), et semblait alterner entre la richesse et la pauvreté en fonction de la bonne santé de ses entreprises. Mais une Rolls Royce n’est pas un accessoire caractéristique de la « classe moyenne inférieure ».

Après Oxford, Alec travailla au Nigéria de 1925 à 1932, soit en tant qu’assistant à l’officier de district, soit en tant qu’officier de district, selon la source (Alec lui-même soutenait la première hypothèse, qui est donc très probablement correcte). À son retour au Royaume-Uni, après qu’il se soit marié, qu’il ait eu des enfants, et qu’il ait fondé Northern Dairies, la Seconde Guerre Mondiale éclata et mes grands-parents firent de Talbot Lodge, à Hessle, la demeure familiale. Il écrit que : « Dès le début, nous acquîmes la réputation de tenir ‘‘maison ouverte’’ et nous encouragions et, bien entendu, appréciions les visites de nos nombreux amis. […] Ils venaient de toute la Grande-Bretagne, et plusieurs d’entre eux arrivaient de contrées éloignées et parfois exotiques. »

Talbot Lodge

 

Alec fut invité à visiter l’URSS au début des années cinquante, en tant que membre de la délégation britannique d’une « Conférence sur le commerce Est-Ouest ». Il rencontra Lord Boyd Orr à Moscou, qui devint le président de Northern Foods. Alec voyagea ensuite en Sibérie, en Mongolie Extérieure et en Chine, pour des motifs inconnus. Qu’a-t-il fait là-bas ? À l’époque (et même de nos jours), ce n’était pas le genre d’endroits où l’on se rendait pour des vacances, et il n’y a pas de raisons évidentes qui pourraient justifier la visite d’un dirigeant de laiterie dans des pays communistes. Je ne sais pas non plus si l’on pouvait aisément entrer dans ces pays en ce temps-là, et Alec a forcément obtenu une invitation spéciale, au moins pour visiter l’Union Soviétique.

Orr est un personnage intéressant. Il est né en Écosse et étudia à l’université de Glasgow. Comme avec les assertions légèrement douteuses d’Alec concernant son parcours, Orr aurait semble-t-il gravi l’échelle sociale depuis des origines origines ouvrières jusqu’au sommet de la richesse et du pouvoir.

Durant les années qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale, Orr fut associé avec pratiquement toutes les organisations qui militaient en faveur d’un gouvernement mondial, consacrant en de nombreuses occasions ses formidables dons pour la propagande et l’administration à cette cause. Il écrit dans son autobiographie que « La question la plus importante est désormais de savoir si un homme a acquis la sagesse suffisante pour mettre en phase les anciens systèmes avec les nouvelles perspectives offertes par la science, et pour réaliser que nous sommes à présent un seul monde dans lequel toutes les nations finiront par partager le même destin. » [3]

Peu après les divers voyages d’Alec, au tout début de la crise de Suez, Lord Piercy et John Kinross de l’Industrial & Commercial Finance Corporation (fondée par la Banque d’Angleterre) approuvèrent l’introduction en bourse de Northern Dairies. Puis, en 1954, mon grand-père fut « approché par l’Église Orthodoxe de Russie pour organiser la visite de leurs églises en URSS par un groupe d’hommes d’église britanniques, sans aucune contrainte. La visite s’avéra très utile » (il rédigea un livret à ce sujet).

Orthodoxe de Russie

Je note en passant que Lord Piercy fut étudiant en premier cycle à la London School of Economics, une création fabienne, en 1910. Il travailla pour l’administration fiscale durant la Première Guerre Mondiale, et fut un des directeurs du ministère de l’alimentation. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il dirigea la mission de British Petroleum à Washington, fut l’assistant principal au ministère de l’équipement et au ministère de la production aéronautique, et assistant personnel du Premier ministre adjoint, Clement Attlee. De 1945 à 1964, il fut le président du conseil d’administration de l’Industrial & Commercial Finance Corporation, un organisme créé pour fournir des moyens aux petites entreprises. Il fut également l’un des directeurs de la Banque d’Angleterre de 1946 à 1956. Au total, ce sont deux directeurs de la Banque d’Angleterre (qui aida au financement du parti national-socialiste allemand dans les années trente) que mon grand-père choisit de distinguer dans son essai de quelques pages.

Au cours de cette même période (la deuxième moitié des années cinquante), Northern Dairies fut affilié avec les compagnies chocolatières Mackintosh (Quality Streets) et Terry’s. Mon grand-père mentionne par ailleurs un voyage à Dublin – l’Irlande du Nord ayant été le premier endroit hors de Grande-Bretagne où Alec étendit les activités de son entreprise : « Les irlandais me permirent […] de mieux comprendre les hommes d’histoire et de conviction qui se battent jusqu’au bout mais qui ne réussissent que peu de choses. Ces hommes sont le plus souvent bien meilleurs pour ce qui est de mourir que pour ce qui est de vivre. Ils n’envisageront même pas qu’il est possible d’être bon dans les deux domaines. »

En 1962, l’année de naissance de mon frère, Alec reçut une lettre d’Errol Barrow, le Premier ministre de la Barbade, qui l’invitait à y importer le commerce des produits laitiers. Il se trouve que Barrow étudia lui aussi à la London School of Economics. Plusieurs décennies plus tard, mon père passa les dernières années de sa vie à la Barbade, ayant déménagé sur l’île après avoir quitté Northern Foods. Il dirigea une affaire de vente de glaces pendant ses années de retraite. C’était pour lui un retour aux sources, son premier succès majeur en tant que directeur de Northern Dairies ayant été d’acquérir une part dans la compagnie de glaces Mr. Whippy, puis de la vendre avec un important bénéfice deux années plus tard.

Dans les années quatre-vingt, tandis que mon père volait de succès en succès au poste de président de Northern Foods, mon grand-père, âgé de près de quatre-vingts ans, entra dans « un travail très actif de volontariat à la fois avec la prison de haute sécurité de Hull et avec Age Concern » (Age Concern était le nom générique utilisé par de nombreuses organisations caritatives spécialisées dans l’aide aux personnes âgées et basées principalement dans les quatre pays du Royaume-Uni). Ce fut probablement la première activité citée qui amena Alec à s’impliquer avec Jimmy Boyle. Je ne sais pas grand-chose sur son travail avec Age Concern, mais je sais qu’il fut impliqué dans une sorte de scandale à la fin de sa vie, à propos d’une entreprise de vélos grâce à laquelle Alec aurait détourné de l’argent en volant les pensions des personnes âgées.

Je sais aussi que mon père n’a jamais aimé Alec. Même après la mort d’Alec, il semblait éprouver de l’aversion à son endroit. Il n’a jamais explicité les raisons de cette aversion.

Partie 2 : une brève histoire du fabianisme

Ce serait faire injure à la vérité que d’oublier de mentionner l’influence des fabiens dans la gestion scientifique de l’école et de la société, mais la nature du fabianisme est si complexe qu’elle soulève des questions auxquelles cet essai ne peut répondre. Évoquer brièvement les fabiens, comme je suis sur le point de le faire, revient nécessairement à user de simplifications pour comprendre un peu comment ce charmant groupe d’érudits, d’écrivains, d’héritiers, d’héritières, de scientifiques, de philosophes, de bébés nés dans la bombazine, amateurs de belvédères et de fonds fiduciaires, et d’hommes et de femmes d’affaires à succès, est devenu la force la plus puissante dans la création de l’état-providence moderne, les propagateurs de sa version caractéristique de l’enseignement nivelé par le bas.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

John Taylor Gatto2

La première chose qui me fit comprendre que quelque chose manquait dans l’histoire « officielle » de ma famille fut le lien avec la société fabienne. Durant tout le temps que j’ai passé avec ma famille, je ne me souviens pas avoir jamais entendu mentionner la société fabienne. Je découvris bientôt, ou on me rappela, que les fabiens sont utilisés comme épouvantails conspirationnistes par la droite. Ceci présenta un problème pour ce qui était de trouver des sources fiables se rapportant à eux, parce qu’une bonne part de l’histoire non officielle de la société fabienne semble confinée à des sites internet ayant leur propre agenda. Ce que je recherchai tout d’abord fut en réalité une sorte de preuve concrète d’abus sexuel dans l’histoire de ma famille, puisque tous les signes semblent pointer dans cette voie. La connexion Boyle/Kray paraissait clairement pointer dans cette direction d’ensemble, et je commençai donc à me demander si la pieuvre fabienne pouvait peut-être avoir une tentacule en commun avec celle du crime organisé et de la pédophilie.

La société fabienne est née d’une scission au sein de la Fellowship of the New Life, qui fut dissoute en 1898, suite à quoi la société fabienne gagna en importance pour devenir l’une des plus importantes sociétés du monde universitaire britannique. Ensuite, de nombreux fabiens participèrent à la formation du parti travailliste anglais en 1900. La constitution du parti, rédigée par Sidney Webb, était très largement inspirée des documents fondateurs de la société fabienne. Lors de la conférence de création du parti travailliste en 1900, la société fabienne revendiqua 861 membres et envoya un délégué.

Durant les années trente, la société fabienne s’étendit à travers de nombreux pays sous domination britannique, et de nombreux dirigeants de ces pays furent influencés par les fabiens au cours de leurs luttes pour l’indépendance vis à vis de l’empire britannique. On trouvait parmi ces dirigeants le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru, Obafemi Awolowo, qui devint par la suite le Premier ministre de la défunte région Ouest du Nigéria, et l’homme qui fonda le Pakistan, Barrister Muhammad Ali Jinnah. La philosophie politique de Lee Kuan Yew, le premier Premier ministre de Singapour, était fortement influencée par la société fabienne. Au XXIème siècle, l’influence de la société fabienne se fait ressentir au travers de dirigeants du parti travailliste et d’anciens Premiers ministres de la Grande-Bretagne tels que Tony Blair et Gordon Brown.

Le terme « fabien » fut semble-t-il suggéré par le spirite Frank Podmore, en hommage au brillant général romain du IIIème siècle avant notre ère, Quintus Fabius (Maximus Verrucosus, 275-203). Fabius fut nommé dictateur en 221 puis en 217, et, grâce à une ingéniosité militaire supérieure et à une tactique de harcèlement, parvint à défendre Rome contre la puissante armée carthaginoise menée par Hannibal. La stratégie de Fabius était fondée sur le « gradualisme » et sur le « terrorisme », des tactiques dilatoires qui étaient fortement désapprouvées par ses soldats ainsi que par les civils, et qui lui valurent le surnom de « Temporisateur ». Cependant, après le triomphe de sa stratégie, ses qualités d’habileté et de sagesse furent hautement considérées.

En quittant Wikipedia et l’histoire plus ou moins acceptée du fabianisme, je trouvai une description convaincante, et accablante, du plan fabien comme étant une pièce centrale de la Conspiration (avec un C majuscule) millénaire du Nouvel Ordre Mondial, sur un site internet peut-être pas totalement fiable. Une prémisse de l’information qui y est présentée est que la société fabienne se trouve en arrière-plan des divers mouvements britanniques en lien avec le parti travailliste, et qu’elle dissimule des intérêts élitistes et même capitalistes ; ce que je peux confirmer par expérience directe, ayant grandi au sein d’une riche famille socialiste (nous étions surnommés les « socialistes champagne ») qui était avant tout composée d’hommes d’affaires, mais qui s’impliquait aussi activement dans la politique locale (et, ainsi que je le découvris peu à peu, dans la politique globale), et dans des mouvements en apparence réformistes et liés à la Nouvelle Gauche tels que le parti CND, qui avaient tous des liens plus ou moins évidents avec la société fabienne.

D’après une autre source en ligne, la société fabienne compte 7000 membres, dont 80 % (5600) sont membres du parti travailliste, pour un total de 3 % de l’ensemble des membres du parti travailliste (190 000 en 2010). Le pourcentage de fabiens augmente fortement aux plus hauts échelons du parti travailliste. [4] George Bernard Shaw a déclaré que l’objectif de la réforme fabienne de l’éducation était la création d’un ministère de l’éducation, qui aurait « un contrôle sur l’ensemble du système éducatif, de l’école primaire à l’université, et sur l’intégralité de son financement » (Shaw, Educational Reform, 1889). Ce qui fut à l’origine de la création d’un vaste ensemble d’organisations, sociétés et mouvements, tous interconnectés entre eux : dans l’éducation, des conseils comme le London City Council, des sociétés universitaires et des écoles comme la London School of Economics, l’Imperial College, et la London University ; dans la culture, le mouvement New Age (Annie Besant était un membre fondateur de la société fabienne), la Central School of Arts and Crafts, le Leeds Arts Club, le Fabian Arts Group et la Stage Society ; en économie, la London School of Economics, la Royal Economic Society, le National Institute of Economic and Social Research (NIESR) ; en droit, la Haldane Society (qui doit son nom à Lord Haldane, membre de la société fabienne) ; en médecine, la Socialist Medical League ; en religion, le Labor (par la suite Socialist) Church movement, la Christian Socialist Crusade, la Christian Socialist League, le Christian Socialist Movement. Et ainsi de suite.

Shaw exprima son souhait de faire des fabiens « les jésuites du socialisme », tandis que H. G. Wells (numéro quatre sur la liste des dirigeants de la société fabienne, après Webb, Pease, et Shaw) proposa dans sa nouvelle Une utopie moderne, de transformer la société en un ordre dirigeant semblable à l’ordre des « samouraïs ». « Que les fabiens aient consciemment recherché la compagnie, la collaboration et le soutien des riches et des puissants ressort clairement d’écrits fabiens tels que Our Partnership, par Beatrice Webb, qui regorge d’expressions telles que ‘‘attraper des millionnaires’’, ‘‘tirer les ficelles’’, ‘‘mettre en jeu toutes les forces sur lesquelles nous exerçons un contrôle’’, tout en prenant soin dans le même temps ‘‘d’apparaître désintéressés’’ et de prétendre être ‘‘des gens humbles que personne ne soupçonnerait d’être puissants’’ » (Webb, 1948).

Le crédible John Taylor Gatto souligne ceci dans Underground History of American Education :

Au fur et à mesure du développement du mouvement, les fabiens devinrent les amis aristocratiques d’autres mouvements à l’avant-garde de l’efficacité sociale comme le taylorisme, ou les alliés des chrétiens progressistes issus de la mouvance méthodiste de l’évangile social, dont l’activité consistait à remplacer la foi par le travail au cours d’un des retournements religieux les plus marquants de l’histoire. Ils devinrent en particulier les amis et les conseillers d’industriels ou de financiers avec lesquels ils partageaient la même vision du monde. Ces collaborations survenaient naturellement, non pas pour de basses raisons matérielles, mais parce que l’évolution, selon la vision fabienne, était plus avancée dans les classes des milieux d’affaires et bancaires ! […] Les praticiens du fabianisme développèrent des principes hégéliens qu’ils enseignèrent aux côtés de banquiers de Morgan et d’autres importants alliés issus du monde de la finance.

Gatto surenchérit, et au final infirme les assertions d’une importante sous-culture de théoriciens du complot et d’auteurs de droite opposés au socialisme, en soulignant que :

Un principe hégélien appliqué judicieusement fut de considérer que pour promouvoir efficacement des idées, il était tout d’abord nécessaire de coopter à la fois la gauche et la droite du spectre politique. Jouer le jeu de l’opposition politicienne était voué à l’échec. Ils parvinrent à accomplir cette prouesse étonnante en infiltrant l’ensemble des principaux médias, grâce à une propagande de basse intensité permanente, par des changements radicaux opérés dans la mentalité des groupes (accomplis grâce aux principes développés dans les bureaux de l’armée spécialisés dans la guerre psychologique), et par la capacité à produire une succession de crises en utilisant des agents des services de renseignement gouvernementaux et des contacts dans la presse.

D’autres faits significatifs : Hubert Bland, un ancien employé de banque devenu journaliste et cofondateur de la société fabienne, travaillait pour le Sunday Chronicle de Londres, un journal détenu par le magnat de la presse Edward Hulton. Bland aurait recruté son ami et confrère journaliste George Bernard Shaw dans la société fabienne. Le fils de Hulton, Edward G. Hulton, était le propriétaire du Picture Post et, d’après le magazine Lobster[5] « presque certainement un agent loyal de la section D du MI6 ».[Ndt : la section D du MI6 menait des opérations politiques et paramilitaires clandestines dans l’entre-deux guerres] Il fonda également le 1941 Committee, un groupe de réflexion qui recruta les écrivains « vedette » J. B. Priestley et Tom Wintringham, et qui incluait aussi David Astor (sur lequel nous reviendrons), Sir Richard Acland, et mon grand-père. Alec mentionne Acland dans son court mémoire, en référence au parti politique Common Wealth d’Acland et Priestley, dans lequel Alec « prit une part très active ». Comme Alec, Acland était un quaker.

Sidney Webb, l’ami de G. B. Shaw et le chef de la société fabienne, épousa Beatrice, la fille de Richard Potter, un riche financier avec des connexions dans le monde entier qui fut le président des compagnies ferroviaires Great Western Railway et Grand Trunk Railway en Angleterre et au Canada. Beatrice était aussi une amie proche de l’associé de Rothschild et Premier ministre Arthur Balfour. Rothschild et Balfour étaient membres fondateurs de la Round Table, dont la rumeur disait que mon grand-père était l’un des deux soutiens financier dans les années trente, quarante et cinquante. [6]

Balfour
Arthur Balfour et sa fameuse « déclaration »

David Astor, cité ci-dessus, l’agent supposé du MI6 et rédacteur en chef du journal britannique The Observer, était le petit-fils de William Waldorf (premier du nom). Il mena campagne, en compagnie de Lord Longford, en faveur de la libération de Myra Hindley dans les années soixante-dix. Mon grand-père rendit visite à Hindley en prison, et mon frère lui écrivit des lettres. Astor était également affilié avec le Round Table Group. D’après l’auteur Stephen Dorril, Astor

créa le Europe Study Group pour étudier les problèmes de l’Europe et les perspectives pour une Allemagne non-nationaliste. Le cœur du groupe était constitué de plusieurs émigrés allemands destinés à jouer un rôle dans l’European Mouvement, comme le futur écrivain en chef [sic] de l’Observer, Richard « Rix » Lowenthal. Interviewé par le MI6 en vue d’un recrutement, Astor ne fut pas retenu pour un poste à temps plein mais fut ensuite utilisé par l’officier du MI6 Lionel Loewe pour établir des contacts avec l’opposition allemande. Employé en tant qu’officier de presse au Combined Operations Headquarters de Lord Mountbatten à Londres, Astor continua ses activités avec son groupe, qui s’inspirait des idées du Round Table Group mis en place par Cecil Rhodes et sur sa croyance que « l’empire britannique devait fédérer ». [7]

Ceci place directement mon grand-père dans les cercles du Round Table Group et, par extension inévitable, du MI6. Leurs intérêts communs faisaient d’eux des partenaires évidents. Pourtant, ces intérêts semblent n’avoir que peu de choses en commun avec le socialisme, du moins tel que je le comprends.

Par ailleurs, le fondateur de la Round Table, Lord Rothschild, « fut personnellement impliqué, avec Sidney Webb, dans la restructuration de l’université de Londres, dans laquelle fut incorporée la London School of Economics (LSE) en 1898 (fondée par les premiers fabiens Sidney et Beatrice Webb, Graham Wallas, et George Bernard Shaw ; Annie Besant et Bertrand Russel participèrent aux débuts de la société). Rothschild fournit également des fonds pour la LSE et en fut le troisième président, à la suite de son parent Lord Rosebery. » [8] La LSE est connectée, non seulement aux divers groupes fabiens, mais aussi au mouvement Gay Liberation et au PIE, le Paedophile Information Exchange, une faction à l’intérieur du gouvernement travailliste dans les années soixante-dix sur laquelle nous reviendrons. [9]

Une autre connexion entre la société fabienne et les intérêts des industriels semble se trouver avec le fabricant de chocolats Rowntree’s, qui finança nombre de leurs projets. En raison de l’alliance entre Northern Dairies et Rowntree Mackintosh, notre maison (jusqu’à la séparation de nos parents) était toujours pleine de produits chocolatiers. Nous avons même visité l’usine de chocolats Rowntree Mackintosh lorsque nous étions enfants. L’un des livres qui m’a accompagné durant mon enfance fut Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl (avec lequel j’entretins, enfant, une brève correspondance, même si je ne pense pas l’avoir jamais rencontré ; Dahl fit de la propagande pour le renseignement britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale [10]). Willy Wonka est décrit dans le livre puis représenté dans les adaptations cinématographiques comme portant un haut-de-forme et une veste pourpre, comme le célèbre kidnappeur d’enfants de Chitty Chitty Bang Bang (et comme mon frère vers la fin de sa vie, bien qu’il préférât le rouge au pourpre). Chitty Chitty Bang Bang était inspiré du livre de Ian Fleming, l’agent du MI5, et ce fut probablement le film qui me laissa la plus forte impression durant mon enfance. Plus récemment, le kidnappeur d’enfants du film a bien entendu été comparé à Jimmy Savile.

Les activités prédatrices de Savile ont été reliées à celles d’un fabricant et vendeur de glaces, Peter Jaconelli, originaire de Scarborough dans le Yorkshire (une ville que j’ai visitée étant enfant). Northern Dairies produisait ses propres glaces et fournissait aussi du lait à d’autres compagnies. Lorsque j’étais adolescent, nous habitions en face d’une célèbre boutique de glaces, du nom de Burgesses. Le lien entre les glaces, le chocolat, et les réseaux pédophiles prédateurs semble ne pas se limiter aux œuvres de fiction populaires (pour enfants).

 

David Rockefeller-Lavile

Poursuivons. La société fabienne fut aussi, semble-t-il, particulièrement proche des Rockefeller – la thèse de fin d’études à Harvard de David Rockefeller eut pour thème le socialisme fabien (« Destitution Through Fabian Eyes », 1936), et il étudia l’économie de gauche à la LSE. Les Rockefeller ont financé de nombreux projets fabiens, y compris la LSE, qui « reçut des millions de dollars des fondations Rockefeller et Laura Spelman à la fin des années vingt et dans les années trente, et devint connue sous le surnom de ‘‘bébé des Rockefeller’’. » Le Fonds Monétaire International (FMI), créé en 1944 en même temps que la banque mondiale, était également connu comme étant un projet des Rockefeller, et accorda plusieurs prêts à des gouvernements travaillistes en 1947, 1969, et 1976.

Un autre prêt important de 4,34 milliards de dollars fut négocié en 1946 par l’économiste fabien John Maynard Keynes et facilité par son collaborateur et ami Harry Dexter White, qui travaillait à la fois au Trésor américain et au FMI. Tous ces prêts furent organisés sous les chanceliers de l’échiquier fabiens successifs : Hugh Dalton, Roy Jenkins et Denis Healey. (Source)

4,34 milliards de dollars représentaient une somme astronomique en 1946, donc si ces faits sont exacts, on imagine aisément à quel point l’influence fabienne a pu s’étendre via des organisations et des projets financés par ces sommes d’argent.

John Maynard Keynes est lié directement à deux proches associés de mon grand-père, dont John Boyd Orr, que mon grand-père avait rencontré en URSS dans les années cinquante. Boyd Orr fut le premier directeur-général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et le cofondateur et vice-président (de 1960 à 1971) de la World Academy of Art and Science. Il donna une allocution devant la société fabienne sur la « politique alimentaire » en 1940, trois ans après que mon grand-père ait fondé sa propre compagnie. [11] Il devint président de Northern Dairies dans les années cinquante.

John Boyd

 

 

« Si les gens devaient choisir entre la liberté et les sandwiches, ils choisiraient les sandwiches. » ~ John Boyd Orr.
Une citation curieuse, puisque Northern Foods a « inventé » le sandwich emballé.

Ce qui est amusant à propos de toute cette recherche, c’est que je n’ai jamais éprouvé d’intérêt pour l’histoire durant mon enfance et mon adolescence passées en école privée. Je détestais farouchement l’école et ressentais ses règlements rigides comme oppressants et suffocants. Chaque cours était une épreuve à subir, et mon ambition se limitait à éviter autant que possible d’être formé, influencé ou à entrer dans le moule façonné par les « maîtres » et leurs règles de vie, auxquelles nous étions contraints de nous soumettre. En matière de faits historiques, je n’ai presque rien retenu (juste une anecdote sur Mussolini qui parvenait à faire arriver les trains à l’heure). Donc rédiger à présent un essai historique rempli de noms, de dates et d’événements qui, j’en ai bien peur, risque de sembler ennuyeux au lecteur, tout en constatant que j’y trouve moi-même un vif intérêt, pourrait sembler ironique. Ceci dit, une large part de l’ennui que j’éprouvais à l’école provenait du fait que j’avais la vive impression que l’on ne nous enseignait pas la vérité. Une autre raison encore plus profonde était que les méthodes d’enseignement – qui, comme nous allons le voir, sont directement liées aux méthodes fabiennes d’ingénierie sociale – avaient concrètement pour objectif de détruire nos âmes et de broyer nos esprits. Seulement, je n’ai pas pu, ou pas voulu, m’y soumettre.

Pour en revenir au tract anti-fabien (après avoir accordé au lecteur un répit momentané), il décrit comment la société fabienne « développa une obsession pour l’économie » dès ses débuts et « ses membres se réunissaient régulièrement pour étudier Karl Marx et débattre sur ses théories économiques. » [12] Ce sont littéralement des dizaines d’organisations qui sortirent de terre au cours des décennies qui amenèrent aux années soixante, comme le Social Science Research Council, dont certains textes sont conservés à la bibliothèque de la London School of Economics, avec des titres tels que Outline proposals for development of Albany Trust, 1967-1978 [ndt : Aperçu des propositions pour le développement de l’Albany Trust] et Study of Human Sexuality in Britain: proposals for establishing an institute of social behaviour [ndt : Étude de la sexualité humaine en Grande-Bretagne : propositions pour la mise en place d’un institut du comportement social]. L’Albany Trust fut fondé l’année où fut légalisée l’homosexualité, dans l’appartement d’un des associés proches (ou qui semblait l’être) de mon grand-père, J. B. Priestley, le président du 1941 Committee pré-cité, et avec lequel mon grand-père créa le parti CND. L’Albany Trust est en général associé avec le mouvement pour les libertés civiles et les droits des homosexuels, et est donc perçu comme étant orienté à gauche. Il existe pourtant des indications qu’il pourrait avoir aussi financé la droite, comme le montre son implication avec le Conservative Group for Homosexual Equality (CGHE).

J. B. Priestley
J. B. Priestley

 

l'Albany Trust
Lettre du président de l’Albany Trust, qui se défend d’utiliser des fonds publics pour promouvoir la pédophilie, tout en réclamant le droit à un « débat public » sur ces questions.

Le blog de recherches sur la maltraitance The Needle suggère que le CGHE était impliqué dans la promotion de l’Elm Guest House, le désormais célèbre bordel pour mineurs de Barnes, dans la banlieue de Londres. Le CGHE fut créé en 1975 par le professeur Peter Campbell de l’université de Reading, qui en fut le président puis le vice-président durant la majeure partie des années Thatcher. Campbell fut également le rédacteur de la lettre d’information du groupe, et a été cité comme étant un visiteur de l’Elm Guest House. D’après The Needle, « Les minutes de la réunion de création du groupe montrent clairement que, bien qu’elle ait été étiquetée comme une organisation qui faisait la promotion de l’égalité pour les homosexuels, elle était dès sa création une organisation pro-pédophile. »

Au cours de mon enfance, l’homosexualité était ouvertement défendue, et même promue, par mon père et mes grands-parents libéraux. J’étais pleinement conscient du fait que certains de nos invités étaient des homosexuels actifs. Il m’est même arrivé de passer la nuit chez un couple homosexuel qui travaillait à Northern Foods. L’adoption du style de vie homosexuel, ainsi que la tolérance raciale et le pacifisme, était un élément central du système de valeurs progressistes dans lequel j’ai été élevé.

Je ne me rappelle pas de discussions équivalentes concernant la pédophilie, bien qu’il arrivait qu’on plaisante à ce sujet.

Partie 3 : Havelock Ellis, Lolita, et L’enfant sexuel

Encore une fois, vous devez vous rappeler que nous ne cherchons pas de conspiration, mais que nous suivons une idée à la trace, un peu comme si nous placions un émetteur sur une anguille pour voir dans quel trou elle se réfugie au cas où nous souhaiterions l’attraper par la suite.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Havelock Ellis

Le lien entre la société fabienne et le Paedophile Information Exchange, bien qu’immanquable, s’est aussi avéré peu concluant. Il était nécessaire de revenir plus loin en arrière, aux fondateurs de la société fabienne, pour mieux comprendre la philosophie à laquelle adhéra mon grand-père.

D’après mes recherches, la société fabienne (nommée originellement The Fellowship of New Life) débuta avec le sexologue Henry Havelock Ellis (certains comptes-rendus désignent Frank Podomore comme ayant été son créateur). Né à Croydon en 1859 et fils d’un capitaine de marine, Ellis voyagea en Australie et en Amérique du Sud avant d’étudier la médecine à l’hôpital St. Thomas de Londres. En 1883, il intégra un groupe de réflexion socialiste créé par Edith Nesbit et Hubert Bland, et le groupe devint connu en 1884 sous le nom de société fabienne. C’est à ces réunions qu’Ellis rencontra Annie Besant, Graham Wallas, George Bernard Shaw, Edward Carpenter, Walter Crane, H. G. Wells, et Sidney et Beatrice Webb.

On attribue à Havelock Ellis la création du terme « homosexuel », et il fut l’une des premières personnes de l’histoire à s’intéresser à la pédophilie d’un point de vue académique (le terme « pédophilie » ne commença à être largement utilisé qu’à partir des années cinquante). [13] Ce n’est pas très surprenant, car Ellis compila un ouvrage en six volumes intitulé Studies in the Psychology of Sex entre 1897 et 1928. Ellis était connu pour ses expérimentations dans le domaine sexuel, ainsi que pour avoir été un consommateur de drogue, et il aurait même mélangé les deux (les hallucinogènes et des sessions privées de sexe en groupe). Les écrits d’Ellis firent partie des textes clés qui formèrent la base de l’éducation sexuelle dans les universités britanniques, puis, plus tard, dans les écoles. Ellis est parfois décrit de nos jours comme « le père de la psychologie sociale ». Tiré de Science in the Bedroom: A History of Sexual Research, [ndt : La science dans la chambre à coucher : une histoire de la sexologie] par Vern L. Bullough (Basic Books, 1995, p. 76) :

Le travail d’Ellis était essentiellement un plaidoyer en faveur de la tolérance et de l’acceptation de l’idée que les déviations par rapport à la norme étaient sans danger et pouvaient même parfois avoir une certaine valeur. Tout comme Hirshfield, il fut un réformateur qui incita la société à reconnaître et à accepter les manifestations sexuelles chez les nourrissons et à réaliser que l’expérimentation sexuelle faisait partie de l’adolescence. Ellis soutenait qu’il était important de lever les interdictions sur la contraception ainsi que les lois prohibant les activités sexuelles menées en privé entre parties consentantes.

Tout ceci semble relativement raisonnable, et est entièrement en accord avec le système de valeurs dans lequel je fus élevé, et auquel j’adhère encore dans une certaine mesure. Cependant, dans le contexte d’autres thèmes de discussions sur « l’exploration sexuelle » abordés moins ouvertement, et qui semblaient tous être issus de la matrice fabienne (comme le PIE), on peut aussi lire ces lignes comme l’annonciation d’un désastre à venir.

L’un des adeptes les plus célèbres d’Ellis semble avoir été John Maynard Keynes, le fameux économiste. Le lecteur attentif se souviendra peut-être que Keynes avait soutenu l’ami de mon grand-père et futur membre du Bilderberg, Eric Roll, pour occuper le poste de professeur à l’université de Hull. Un autre associé d’Alec fut le psychologue Nick Humphrey, le petit-neveu de Keynes. Keynes est connu pour avoir été un pédéraste et probablement aussi un pédophile. Malheureusement, la source la plus explicite quant aux inclinations sexuelles de Keynes, son adhésion aux enseignements d’Ellis, et à ses associations fabiennes, Keynes at Harvard: Economic Deception as a Political Credo, a été écrite par Zygmund Dobbs, et je suppose que Dobbs est un chrétien de droite, puisque son essai peut se résumer à une diatribe hystérique et moralisatrice contre tout ce qui a trait à la société fabienne, généreusement agrémentée de mots tels que « dépravation » ou « pervers ». Ceci jette un doute sur toutes les informations qu’il nous donne, et même si l’essai est entièrement documenté et semble souscrire strictement aux normes académiques, je ne le cite qu’avec précaution. D’après Dobbs, cependant, « les pervers de la société fabienne se rendaient dans les régions mentionnées par Ellis [dans son Studies in the Psychology of Sex] pratiquement comme avec un guide touristique. Keynes visita toutes les régions méditerranéennes mentionnées, le plus souvent en compagnie d’un autre homosexuel anglais. (Tunis, Algérie, Constantinople, Sicile, Capri, Le Caire, Grèce and Salerne.) [Des régions] où des petits garçons étaient vendus par leurs parents à des maisons closes qui satisfaisaient les appétits des homosexuels. »

John Maynard Keynes (à droite)
John Maynard Keynes (à droite)

Cependant, l’influence d’Ellis s’étendait au-delà du cercle des autres membres de la société fabienne, et allait jusqu’à Freud, et plus tard, à Vladimir Nabokov. Pour Nabokov, Havelock Ellis était le seul psychiatre tolérable. [14] Dans Dear Bunny, Dear Volodya: The Nabokov-Wilson Letters, 1940-1971, un recueil de lettres entre le romancier et le critique social Edmund Wilson publié par Simon Karlinsky, ce dernier souligne que les recherches d’Ellis furent une source d’inspiration directe pour Lolita. En 1948, Wilson envoya à Nabokov une copie de ce qu’il appela « le chef-d’œuvre de Havelock Ellis sur la sexualité russe »[ndt : une confession rédigée par un russe anonyme sur sa vie sexuelle, et insérée par Ellis dans son « Études de psychologie sexuelle »], et neuf jours plus tard, Nabokov lui répondit en écrivant : « J’ai énormément apprécié la vie amoureuse russe. C’est merveilleusement amusant. » Dans les notes de bas de page, Karlinsky décrit le « chef-d’œuvre sur la sexualité » de 106 pages comme étant le récit d’un jeune homme, initié sexuellement à l’âge de douze ans, qui commence à rechercher les faveurs d’enfants prostitués (dès l’âge de onze ans) en Ukraine. Karlinsky cite l’autobiographie de Nabokov,Autres rivages :

Notre innocence me semble presque monstrueuse à la lumière des diverses confessions qui remontent à ces mêmes années, et citées par Havelock Ellis, qui parlent de petits bambins de tous les sexes imaginables, qui pratiquent chaque péché gréco-romain, constamment et partout, des centres industriels anglo-saxons à l’Ukraine (d’où provient un compte-rendu particulièrement lascif d’un propriétaire terrien). (Karlinsky, University of California Press, 2001, p. 229.)

Il convient de noter à propos du Lolita de Nabokov, lorsqu’on le place dans le contexte d’Ellis, du PIE, et de la propagation continue de l’idée selon laquelle les enfants sont des êtres sexuels, que Lolita était l’agresseur sexuel dans le cadre de sa relation avec Humbert Humbert, et que ce dernier, pour aussi déplaisant qu’il soit, était plus la victime malheureuse de ses manœuvres de séduction qu’un véritable prédateur.

Lolita

Pour vous donner une idée de l’ampleur de l’influence exercée par Ellis – qui fut aussi marquée dans la littérature – voici la description du programme intitulé « L’enfant sexuel », donné à l’université de Cornell dans les années quatre-vingt-dix :

En ce qui concerne les enfants, l’imagination américaine actuelle est définie par ce que l’on pourrait appeler le gothique pédophile. L’enfant sexuel, en tant qu’emblème volatile du traumatisme, s’est retrouvé au centre de mouvements de panique morale originaires de toutes les parties du spectre politique – la panique à propos de phénomènes culturels aussi divers que la pornographie, la psychothérapie, les garderies, la parentalité, les mouvements féministes, la prêtrise de l’Église catholique romaine, l’accès à internet, et l’intégralité des cursus scolaires. Mais que croyons-nous qu’est, ou devrait être, un enfant ? Que signifie aimer ou désirer un enfant ? Qui fait la promotion de la sexualité infantile, et pourquoi ? Comment s’est-elle construite autour de la théorie, de la littérature et de l’imagerie visuelle ? Comment la psychanalyse, la théorie du genre, et d’autres approches théoriques renforcent-elles ou remettent-elles en question le paradigme dominant sur le traumatisme ? Ceci est un cours interdisciplinaire sur les études américaines et la théorie du genre, au cours duquel nous mènerons une étude politique, historique et rhétorique du langage gothique du traumatisme qui s’est développé autour de l’enfant sexuel, particulièrement aux États-Unis durant le siècle dernier. Les lectures théoriques pour ce cours incluront des études littéraires, psychologiques et anthropologiques sur la sexualité infantile, l’abus sexuel des enfants, le traumatisme, la panique morale, et le débat autour des « souvenirs refoulés » (Sigmund Freud, Bruno Bettelheim, Gilbert Herdt, Gayle Rubin, James Kincaid, Eve Kosofsky Sedgwick, Lee Edelman, et Judith Lewis Herman, entre autres) ; nous étudierons aussi attentivement des œuvres de fiction d’Edgar Allan Poe, Henry James, et Vladimir Nabokov, entre autres, ainsi que des films, pièces de théâtre et photographies sujets à la controverse. (lien)

Bien qu’il ne soit pas mentionné ici, Havelock Ellis fut intégré au programme. Certains cours avaient des intitulés tels que « L’enfant en tant qu’objet sexuel et l’objet sexuel », « Les grands méchants loups », « Aimer les enfants » et « Avoir des enfants » (pour lequel une des lectures était le Lolita de Nabokov). Le professeur d’anglais Ellis Hanson, directeur du programme, défendit le contenu des cours en déclarant : « La fascination érotique pour les enfants est omniprésente. On peut difficilement lire un journal ou allumer une télévision sans se sentir obligé de l’accepter, de l’étudier, et de la célébrer. » Selon ses propres termes, le cours a été créé dans le but de « réfuter des notions préconçues sur la nature de l’enfant, de la sexualité, et ce que signifie aimer ou désirer un enfant. » (lien)

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La transsexuelle et bisexuelle Pat Califia a elle aussi contribué à ce cours. Dans un article inclus dans le cours, Califia écrivait :

La schizophrénie induite culturellement autorise les parents à tenir des discours sentimentaux sur l’innocence passagère de l’enfance et sur le bonheur des années épargnées par le désir charnel – et à s’épuiser à contrôler la vie sexuelle de leurs enfants. Les enfants sont chastes parce que les parents les empêchent de jouer avec d’autres petits enfants ou avec des adultes. […] Ils ne sont pas innocents ; ils sont ignorants, et cette ignorance est délibérément créée et maintenue par les parents. […] Des sexologues de premier plan ont eu beau documenter l’existence d’un potentiel sexuel chez les enfants (par exemple, Kinsey a vérifié l’existence de l’orgasme chez des garçons et des filles âgés de moins de six mois), notre société est fanatiquement déterminée à l’ignorer.

Comme je vais le montrer par la suite, les « recherches » de Kinsey n’ont rien vérifié du tout parce qu’il se servait de pédocriminels pour obtenir ses données ; inconscients ou insensibles à la souffrance des enfants, ils l’interprétaient presque certainement à tort comme étant du plaisir. L’article de Califia cite comment « très souvent, ces enfants sont des partenaires consentants dans le cadre de l’activité sexuelle, et initient même l’activité sexuelle avec des propositions directes ou un comportement séducteur. » Il/elle soutient que « l’assertion selon laquelle avoir une relation sexuelle avec un des parents est plus dommageable que d’être battu [est] ridicule » – mais sans préciser pourquoi. Pour ce qui est de l’exploitation sexuelle des enfants pour en tirer un profit financier, Califia écrit : « Mettre un terme à cette industrie sans proposer des emplois alternatifs reviendrait à condamner de jeunes gens à la frustration, à la maltraitance, ou au suicide dans de petites prisons douillettes de banlieue. »

Califia était d’une certaine façon en avance sur son temps avec de tels arguments ; ou peut-être, considérant qu’ils constituaient le cœur du cours de l’université de Cornell dans les années quatre-vingt-dix, il/elle contribua (tout comme mon frère) à la normalisation de la prostitution, infantile ou autre ? En mars 2015, le Daily Telegraph publia un article qui décrivait comment les étudiants britanniques bouclaient leurs fins de mois grâce à l’industrie du sexe. L’article ressemble presque à une publicité :

Des chercheurs ont mené une enquête sur 6750 étudiants, parmi lesquels 5 % ont déclaré qu’ils avaient travaillé dans l’industrie du sexe. Presque un quart ont admis l’avoir envisagé. Les raisons qu’ils ont avancées étaient le désir de financer leur mode de vie, payer pour des frais de subsistance basiques, réduire les dettes à la fin du cycle universitaire, le plaisir sexuel et la curiosité. Un sur 20 paraît un chiffre élevé, qui a provoqué un choc lors de la publication de ces résultats. Mais franchement, devant la facilité du travail dans l’industrie du sexe – et le fait qu’elle est si lucrative – je suis surpris que plus d’entre eux n’aient pas tenté le coup. […] Il y a, bien entendu, des éléments peu ragoûtants dans le travail sexuel. Mais n’est-ce pas le cas pour pour tous les emplois ? […] Les étudiants travailleurs du sexe ne sont pas des victimes ; ils font un choix. Et après tout, ils dirigent une entreprise ; ils tiennent des comptes, mettent en avant leur marque, s’occupent du marketing et des ventes. Combien d’autres étudiants peuvent en dire autant ?

Mon frère fut lui aussi, pendant un temps, un travailleur du sexe, et dans Dandy in the Underworld (pp. 197-9) il qualifie les prostituées de « créatures les plus ouvertes et honnêtes sous le ciel de Dieu ». « Baiser avec une pute », écrivait-il « est la forme de baise la plus pure ». Et je suis certain qu’il aurait applaudi les vues du Telegraph sur l’auto-exploitation sexuelle considérée comme une libération sociale, bien qu’il aurait pu être perturbé et déçu en constatant que ses propres opinions étaient finalement bien moins subversives qu’il ne l’imaginait.

 

Notes

[1] Tiré de Seen and Not Seen : « Un an après sa libération, en 1983, Jimmy Boyle et son épouse Sarah (la psychiatre de Boyle en prison, et fille de l’aristocrate et censeur du cinéma britannique, John Trevelyan) ouvrirent The Gateway Exchange, un centre de réhabilitation à Édimbourg pour les alcooliques et les drogués qui encourageait l’expression créatrice. Mon frère et sa petite amie (qui devint sa femme par la suite), Evlynn Smith, participèrent eux aussi au projet. ‘‘Une semaine après son lancement’’, écrivait Sebastian dans Dandy, ‘‘le Gateway était rempli d’assassins, de junkies, de cinglés, et de déviants sexuels – j’étais bien camouflé.’’ Il se décrit lui-même comme le ‘‘serviteur’’ de Boyle : ‘‘Lorsque [Boyle] donnait des ordres, il n’y avait pas d’autre choix que d’obéir. Il prit pour moi la place d’un parent absent.[…] Ce que j’aimais à propos de Jimmy, c’était qu’il me permettait d’exprimer des pulsions interdites, des désirs et fantasmes inavoués. Il me séduisait parce qu’il n’avait pas les conflits que j’avais.’’ »

[2] Durant cette période, Savile fut interrogé par la police à propos des meurtres, et fut brièvement considéré par elle comme un suspect.

[3] http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/1949/orr-bio.html?print=1

[4] « Dès le début, les candidats du parti travailliste visant un siège au parlement étaient pour une bonne part des membres de la société fabienne et la société est toujours fortement représentée parmi les candidats du parti travailliste – environ 50 % – depuis les années quarante. En 1943, 393 candidats travaillistes furent élus au parlement ; 229 d’entre eux étaient membres de la société fabienne. En 1997, 418 candidats travaillistes furent élus ; 200 d’entre eux étaient membres de la société fabienne. Plus on se rapproche de la direction du parti travailliste, plus la proportion de fabiens se rapproche des 100 %. http://www.freebritainnow.org/0/fabiansociety.htm

[5] In a Common Cause: the Anti-Communist Crusade in Britain 1945-60, par Stephen Dorril et Robin Ramsay. « En 1939 [Hulton] aida à la création de la fausse agence de presse Britanova, et se servit du Picture Post en 1941 comme d’un paravent pour une autre création des services de renseignement, l’Arab News Agency (ANA). Les deux agences de presse furent ramenées à la vie après la guerre par l’IRD. [Ndt : Information Research Department, département de recherche d’informations du ministère des affaires étrangères britannique] Tom Clarke, qui était le directeur-adjoint aux nouvelles du ministère de l’information, devint le représentant de Hulton en Amérique Latine et le chef d’une autre fausse agence de presse. Christopher Mayhew était aussi membre du Comité, et travaillait pour l’organisme de contrôle de l’ANA, le Special Operations Executive. « Teddy […] a pour manie », écrivait Mayhew à cette époque, « de rassembler des acteurs-clés et de démarrer un nouveau mouvement politique au plan national. » http://www.lobster-magazine.co.uk/issue19.php

[6] « Le président de Booker Brothers, et Alec Horsley, président de Northern Dairies, étaient les principaux soutiens britanniques de la Round Table. » Archie Potts, Zilliacus: A Life for Peace and Socialism, Merlin, 2002, p. 178.

[7] MI6: Inside the Covert World of Her Majesty’s Secret Intelligence Service, par Stephen Dorril, Touchstone, 2002, p. 456.

[8] Beatrice Webb, Our Partnership, Drake, B. and Cole, M. eds., London, 1948, p. 182, 214.

[9] L’économiste John Maynard Keynes était une des principales figures de la LSE. On trouve parmi les anciens élèves, le copain de mon grand-père, John Saville, Harold Laski (cofondateur de la New School), Nicholas Humphrey, Edwina Currie, David Rockefeller, Mick Jagger, Zecharia Sitchin, Naomi Klein, et Whitley Strieber.
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_London_School_of_Economics_people

[10] « Durant l’hiver désespéré de 1940, alors que la menace de l’invasion germanique planait au-dessus de l’Angleterre, le gouvernement britannique monta une énorme campagne de propagande secrète pour affaiblir le sentiment isolationniste américain, et pour manipuler le pays pour qu’il entre en guerre pour le compte de l’Angleterre. Sous le commandement du désormais légendaire INTREPID [ndt : le nom de code de William Stephenson, un agent des services de renseignement britanniques d’origine canadienne], les britanniques diffusèrent de la propagande dans les journaux américains, influencèrent clandestinement les radios et les agences de presse, et complotèrent contre les entreprises américaines en affaires avec le Troisième Reich. Ils incitèrent également le président Roosevelt à créer une agence de renseignement clandestine similaire aux États-Unis [ndt : l’OSS], et jouèrent un rôle dans la nomination de William Donovan à sa tête. Pour la première fois, Jennet Conant révèle, en s’appuyant sur de nombreuses recherches et des rapports, que l’auteur bien-aimé Roald Dahl faisait partie de la tristement célèbre ‘‘équipe des coups fourrés’’ de Churchill, et raconte l’histoire de son recrutement en vue d’espionner les américains durant la Seconde Guerre Mondiale. » Description de The Irregulars: Roald Dahl and the British Spy Ring in Wartime Washington, par Jennet Conant.

[11] Hugh Dalton est mentionné dans The Dust Has Never Settled par Robin Bryans (un exposé très indirect sur la corruption gouvernementale, les sociétés secrètes occultes, et la maltraitance infantile), où il est désigné sous le titre de « ministre de la guerre économique », comme étant un fournisseur possible d’enfants pour qu’ils soient utilisés comme objets sexuels (ce qui est toutefois difficile à déterminer en raison du langage nébuleux de Bryans). Roy Jenkins est plus facile à démasquer, mais j’y reviendrai plus tard.

[12] Ce qui amena la création d’institutions telles que la British Economic Association (devenue par la suite la Royal Economic Society) et la LSE. Les théories économiques étaient considérées comme des validations « scientifiques » de l’idéologie socialiste, ainsi que Marx les avait déjà utilisées auparavant. Les institutions éducatives enseignant l’économie fabienne permettaient de « créer toute une génération d’économistes professionnels – une nouvelle classe dirigeante – qui, employés comme fonctionnaires ou au sein du gouvernement, mettraient en œuvre les politiques fabiennes. » (M. Cole, p. 88) D’après cette dernière source, l’Economic and Social Research Council (ESRC) fut fondé en 1965 sous la direction de l’ancien président de la société fabienne, Harold Wilson. L’un des principaux dirigeants de l’ESRC était un fabien du nom Michael Young (qui fut anobli par la suite), qui aurait « été responsable de la création de plus d’une soixantaine d’organisations ayant le même état d’esprit ». L’ESRC était connu à l’origine sous le nom de Social Science Research Council (SSRC), et était bien entendu une branche de l’organisation américaine du même nom.

[13] « Richard von Krafft-Ebbing inventa le terme paedophilia erotica dans son ouvrage de 1886, Psychopathia Sexualis, bien qu’il la considérait comme extrêmement rare. Sur les centaines d’études de cas qu’il évoque dans son ouvrage, seule une traitait d’un cas de pédophilie. D’autres pionniers de la sexologie comme Havelock Hellis et Magnus Hirschfeld ont brièvement abordé la pédophilie, mais le terme n’apparaissait que rarement dans la littérature médicale avant les années cinquante. » « What is a pedophile ? »

[14] « Le seul psychiatre que Nabokov pouvait tolérer était Havelock Ellis, pour qui ‘’l’individualité de chaque cas est respectée et cataloguée de la même manière que les papillons sont catalogués’’, ainsi que l’a expliqué l’un des biographes de Nabokov (Nabokov était un célèbre lépidoptériste). À l’inverse, Nabokov détestait « le vaudou freudien », comme il disait, parce qu’il voyait en Freud une tentative de la psychiatrie de s’accaparer et de soumettre la vie intérieure des individus à des principes généraux. Et soumettre la vie intérieure d’une personne – ce qui rend sa personnalité unique, la camera obscura du magasin de souvenirs d’un individu – à un ensemble d’explications déterministes était considéré comme une indignité par Nabokov, à mettre au même niveau que les expropriations pratiquées par les bolchéviques. » Tiré de Lolita at 50: Is Nabokov’s masterpiece still shocking?, par Stephen Metcalf.


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Le Yorkshire occulte : secrets de famille fabiens et ingénierie culturelle au Royaume-Uni (2)

Suite de la traduction de la série Occult Yorkshire: Fabian Family Secrets and Cultural Engineering in the UK, publiée par Jasun Horsley sur son site, auticulture, avec les parties 4, 5, 6, 7 et 8.

Partant de son histoire familiale (son grand-père, Alec Horsley, était le fondateur de Northern Dairies, devenue la multinationale Northern Foods, et son frère Sebastian était un artiste de renom), Jasun (de son véritable nom Jason) Horsley évoque, entre autres, les sujets de la société fabienne, de l’éducation, de la pédophilie, et du progressisme.

société fabienne

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Partie 4 : Politique progressiste et sorcellerie : Braziers Park, Order of Woodcraft et Common Wealth

Sous le socialisme, vous n’auriez pas le droit d’être pauvre. Vous seriez nourri de force, habillé, logé, éduqué, et employé que vous le vouliez ou non. S’il était découvert que vous ne fassiez pas preuve d’un caractère et d’une ardeur au travail suffisants pour mériter qu’on se donne toute cette peine pour vous, il est possible que vous seriez exécuté de manière douce ; mais tant que vous seriez autorisé à vivre, vous seriez contraint de mener une existence convenable.
~ George Bernard Shaw, Guide de la femme intelligente en présence du socialisme et du capitalisme 

Nous allons à présent devoir aborder des sujets qui pourraient, au premier abord, ne pas avoir de rapport avec ce qui a été traité jusqu’ici. Ce serait agréable si je pouvais, d’une façon ou d’une autre, présenter toutes ces informations de manière linéaire et directe ; mais ce serait un peu comme tenter de mettre une pieuvre en laisse. Si les connexions que je tente d’établir étaient simples, évidentes, et linéaires, elles seraient déjà évidentes pour tout un chacun. Les pieuvres ne viennent pas au pied lorsqu’on les appelle. Il existe bien entendu un risque, qui est que puisque je sélectionne des éléments pour vous montrer qu’ils sont effectivement tous interconnectés, je pourrais alors créer des associations qui n’existent que dans ma tête, en raison d’un biais de perception. À ma connaissance, le seul remède contre ceci est de résister à la tentation de mettre l’accent sur les connexions et de se concentrer en priorité sur les faits qui semblent connectés. Le lecteur pourra alors décider si ces divers éléments sont effectivement connectés entre eux par autre chose que par l’imagination de l’auteur.

J’ai brièvement mentionné Common Wealth, l’organisation montée par les amis de mon grand-père, Sir Richard Acland et J. B. Priestley, et à laquelle appartenait Alec Horsley. Norman Glaister, un fabien, en était membre lui aussi. En 1950, Glaister fonda Braziers Park, une maison de campagne située en Angleterre dans l’Oxfordshire, détenue et dirigée par une fondation qui s’en sert comme centre pour la School of Integrative Social Research et comme internat universitaire.

Braziers Park
Braziers Park

Castle House, où nous vivions au moment de ma naissance.
Castle House, où nous vivions au moment de ma naissance.

Ce qui suit est tiré du site internet Braziers Park :

Norman Glaister était étudiant en médecine à l’époque où Wilfred Trotter était professeur de chirurgie à l’hôpital universitaire, bien qu’il ait été ignorant de l’intérêt de Trotter pour la sociologie. Cependant, alors que Glaister servait en tant que capitaine dans le RAMC [Royal Army Medical Corps] en Palestine, et après avoir appris que son épouse (née Irene Sowerbutts) était décédée des suites de l’épidémie de grippe de 1918, il estima qu’il ne pourrait envisager l’avenir qu’en trouvant des activités de recherche qui permettraient d’améliorer la condition humaine. La lecture du livre de Trotter, The Instincts of the Herd in Peace and War, [ndt : les instincts de la masse en temps de paix et de guerre] lui fournit son inspiration. De retour en Angleterre, il étudia la psychiatrie, travailla pour le ministère des pensions, la clinique Tavistock et le Royal Free Hospital.[1] Il monta son propre cabinet. Glaister s’intéressa à l’Order of Woodcraft Chivalry, [ndt : ordre de la chevalerie du travail du bois] un mouvement pacifiste pratiquant le camping qui incitait les adultes et les enfants à travailler ensemble en apprenant le travail du bois, et qui encourageait les idées nouvelles dans le domaine de l’éducation issues de l’étude de la psychologie et de la théorie de l’évolution. Il emmena ses trois jeunes enfants au camp d’été annuel de 1924.

Glaister souhaitait, à l’origine, ouvrir une école où « les adultes […] offriraient aux enfants des expériences qui leur permettraient de faire des choix positifs et équilibrés, sur le moment et plus tard dans leurs vies. » Lorsque ce plan fut contrarié, « Glaister s’orienta vers la pratique de la médecine générale et de la psychologie pour le compte de la clinique » (probablement Tavistock). [PDF] Ce n’est qu’en 1950 que Glaister fonda la School of Integrative Social Research, la même année que la création de Braziers Park. L’école est en partie communautaire. Son objectif était, et est toujours, « d’explorer la dynamique des individus vivant en groupe. »

Norman Glaister
Norman Glaister

Glaister s’inspira de Trotter, qui était connu comme étant « le père biologique de la psychanalyse britannique ». (Origins and Context of Bion’s Contributions to Theory and Practice, par Robert M. Lipgar, Malcolm Pines, Jessica Kingsley Publishers, 2003, p. 104.) C’est sous l’autorité de Trotter qu’un autre Wilfred, Wilfred Bion , étudia la médecine, avant de partir étudier la psychologie de groupe et la psychanalyse au Tavistock Institute (Bion pourrait avoir enseigné à Oxford à un moment où mon grand-père y étudiait). L’épouse de Bion écrit dans la biographie de son mari, The Days of our Years, que Trotter eut une grande influence sur la direction prise par les travaux de Bion dans les relations de groupe. Edward Bernays, le désormais célèbre ingénieur social (grâce au documentaire d’Adam Curtis, Century of the Self), auteur de Propaganda et neveu de Freud, cite lui aussi Trotter dans ses écrits.

L’une des idées de base de Trotter, en dehors de l’instinct de masse (que Freud rejetait), était qu’il existe deux types d’êtres humains : le type « résistant » (qui compose la majorité des humains) et le type « instable » (la minorité qui amène le changement, ou tout du moins qui ouvre les autres au changement). Glaister remplaça par la suite le terme « instable » par « sensible », puis par « sensoriel ». Ce prémisse psychologique fut adopté par l’Order of Woodcraft Chivalry, fondé en 1916 par Ernest Westlake, qui comprenait un « Comité consultatif sensoriel ». Glaister intégra l’Ordre – décrit par Derek Edgell comme « une alternative New Age aux Boy Scouts » – en 1924, et y rencontra Dorothy Revel, qui devint sa seconde femme.

Fabian2

 

 

Fabian3

L’auteur Steve Wilson a suggéré que l’Ordre a servi de base pour la confrérie de sorciers New Forest, et à travers cette dernière à la religion néo-païenne de la wicca. Westlake était un naturaliste, un anthropologue et un grand voyageur, élevé dans la religion quaker, qui s’est par la suite éloigné du quakerisme pour chanter les louanges des « dieux anciens » du paganisme. Inspiré par des auteurs tels que Edward Carpenter, Nietzsche, Havelock Ellis, et J. G. Frazer, il créa l’Ordre dans le but d’échapper à « l’impasse de la religion intellectualisée » et de faire renaître « la Grande Grèce » de la civilisation moderne. Il voyait dans les femmes des incarnations de Dieu, qui devaient être « adorées en esprit et en vérité », vénérait le Feuillu en tant qu’équivalent anglais de Dionysos, et proposa une « Trinité du travail du bois » composée de Pan, Artémis et Dionysos. Suite à la mort de Westlake dans un accident de moto en 1922, le rôle de chef britannique de l’Ordre échut à Harry Byngham, qui changea de nom à cette occasion pour se faire appeler Dion, diminutif de Dionysos. Byngham encourageait le culte du phallus en tant que symbole de la force vitale. Il créa un journal de l’Ordre, intitulé The Pinecone, [ndt : la pomme de pin] dans lequel on pouvait trouver des représentations de nus (chose rare pour l’époque), et publia des travaux de Victor Benjamin Neuburg. C’est Neuburg qui initia Byngham aux idées d’Aleister Crowley, dont Neuburg était un disciple (il était également son amant, ou sa victime, selon la façon dont on envisage les choses). L’Ordre était avant tout centré sur les enfants, et sa posture pacifiste avait particulièrement séduit les familles quakers comme alternative au scoutisme. Gerald Gardner, l’une des principales figures de la renaissance britannique de la wicca au cours du 20e siècle, était encore plus directement lié à l’Ordre que Crowley.[2]

Si nous paraissons nous être fortement éloignés des centres d’intérêts progressistes de mon grand-père ou du fabianisme, ce n’est qu’une impression. L’Order of Woodcraft Chivalry était directement affilié à Common Wealth, le parti de Rochard Acland, dont Alec Horsley était membre.

Sir Richard Acland
Sir Richard Acland

pathé

Common Wealth intégra aussi la philosophie de Trotter et Glaister sur la dichotomie humaine (les résistants et les sensibles) dans ses programmes de réforme sociale, en insistant particulièrement sur le « sensoriel ».[3] Par exemple :

D’après nos archives, il s’agit de la première fois où la panoplie complète des idées de Trotter, l’instinct grégaire et le concept résistant/sensible, fut traitée de manière extensive, comme pour préparer le terrain pour des développements futurs. Il y a un regain de confiance, une détermination et une ambition de réaliser des progrès en partant des principes premiers – et, pour beaucoup, la majeure partie de tout ceci sera une découverte. Je pense que 44 personnes sont passées par l’école d’été durant la dernière quinzaine. Il a été rappelé à l’équipe résistant/sensoriel que l’idée était que c’est l’équilibre créatif entre les deux fonctions qui permettrait d’améliorer l’action. Leur tâche principale fut d’augmenter l’élément positif et de réduire le négatif dans toutes les situations, pour tenter d’envisager les problèmes non pas en termes dualistes, mais en trouvant une approche unitaire. [Lien]

Le rapprochement est alors étonnamment clair, non seulement entre la politique de gauche et la psychologie sociale, mais aussi entre la psychologie sociale et la « sorcellerie ». Ce rapprochement n’a pas non plus besoin d’être le fruit d’une déduction : les recherches de Wilfred Bion sur la psychologie de groupe incluaient ce qui serait de nos jours catalogué comme une approche clairement « parapsychologique » :

La description par Bion de la phénoménologie du groupe est saisissante et évoque des éléments que l’on pourrait qualifier d’ESP (perception extrasensorielle). Il pose que la psychologie de groupe est bien réelle mais que les origines de cette psychologie se trouvent uniquement chez les individus qui composent le groupe. Cependant, il semble aussi croire que l’aspect potentiel de rapport au groupe existant chez les individus est activé par le groupe, en d’autres termes que l’existence du groupe provoque ce que nous nommons « psychologie de groupe ». Comment cela se produit-il ? Bion décrit les individus comme étant happés dans divers plans du processus de groupe, comme s’ils étaient des pantins manipulés et contrôlés par un marionnettiste invisible. Pourtant, Bion ne croyait pas que le groupe lui-même possédait une capacité d’agir indépendante. La capacité d’agir du groupe devint un sujet majeur, mais restait ineffable et inobservable – comme une addition et une transformation mystérieuses qui permettraient de potentialiser de façon synergique les capacités d’actions combinées des individus composant le groupe. (Lipgar & Pines, Jessica Kingsley Publishers, 2003, p. 14.)

Revenons à Common Wealth : « en 1941, durant la Seconde Guerre Mondiale, Sir Richard Acland fonda un nouveau parti politique, Common Wealth, qui fut rejoint par Norman Glaister. »[lien] Il fut proposé à l’Order of Woodcraft Chivalry de s’associer avec Common Wealth, mais ce rapprochement ne se produisit pas, pour une raison ou pour une autre. « À la place, un autre groupe fut créé à la fin des années trente, du nom de ‘‘Our Struggle’’, et ce fut ce groupe qui fit partie de Common Wealth. » Néanmoins, Common Wealth adopta certains des principes organisationnels/psychologiques et des méthodes de l’Ordre, y compris l’approche quasi-biologique de l’organisation humaine.[4]

La première réunion du Comité Sensoriel de Common Wealth eut lieu en avril 1947. Le romancier Olaf Stapledon et John McMurray furent par la suite invités à rejoindre le mouvement. La première école d’été sensorielle de Common Wealth fut créée seulement quatre mois plus tard. Cette école d’été sensorielle se tint trois ans avant la création de Braziers, qui se produisit à la suite de cette école d’été et des deux suivantes.[lien]

Olaf Stapledon est le fameux auteur de Les derniers et les premiers, un roman de science-fiction sur l’ingénierie génétique qui influença des auteurs aussi divers que Arthur C. Clarke, Jorge Luis Borges, J. B. Priestley, Bertrand Russell, Arnold Bennett, et Virginia Woolf (ainsi que Winston Churchill). Il se trouve que Stapledon a étudié à l’Abbotsholme School, une école très atypique où mon frère, ma sœur et moi-même avons aussi étudié. Elle est considérée comme étant l’un des prototypes des écoles « progressistes » en Grande-Bretagne.

Voici son blason :

Abbotsholme School

 

 

Partie 5 : Écoles progressistes, théosophie et végétarisme

Darwin a permis de considérer la politique comme un instrument primordial de l’évolution sociale. Ce fut un tournant dans la pensée occidentale, un changement de paradigme par lequel les motivations séculières remplaçaient les motivations religieuses, qui avaient été jetées au rebut bien auparavant par le mouvement illuministe. Pour les pauvres, les classes laborieuses, les classes moyennes au sens américain du terme, ce changement de perspective, célébré par les esprits les plus influents du dix-neuvième siècle, fut une catastrophe aux proportions titanesques, en particulier pour les enfants éduqués par l’école du gouvernement. Les enfants ne pouvaient plus être simplement les petits chéris de leurs parents. Beaucoup d’entre eux représentaient une menace pour la race (sur le plan biologique). Les autres devaient être considérés comme des soldats dans la bataille génétique, l’équivalent de la guerre sur le plan moral. Mis à part pour une poignée de familles favorisées, le désir de s’élever était désormais rejeté en tant que proposition scientifique. Pour les gouvernements, les enfants ne pouvaient plus être considérés comme des individus mais comme des catégories, des barreaux sur l’échelle biologique. La science évolutionniste décréta que les masses étaient autant de bouches inutiles, dont la nature devait se débarrasser tôt ou tard. La nature (telle qu’elle se manifeste par l’intermédiaire de ses agents humains) ne devait pas être considérée comme étant cruelle ou oppressante, mais comme ayant un but merveilleusement fonctionnel – une perspective néo-païenne qui devait se refléter dans l’organisation et l’administration des écoles.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

John Taylor Gatto, Underground History of American Education

 

L’une des choses que j’espérais découvrir était une indication qu’un ou des membres de ma famille (soit dans ma génération, soit dans celle de mon père) auraient été envoyés dans une école « suspecte », où ils auraient subi une forme quelconque d’abus sexuel. Je savais que mon père (et ses frères et sœurs) avaient été envoyés dans diverses écoles quakers dès le plus jeune âge (Fairhaven Home School à Goathland, au milieu de la Lande du Yorkshire, Keswick Grammar School, Bootham School, et The Mount School). Je n’avais presque rien trouvé sur internet qui laissait suggérer que ces écoles, ou les quakers, aient été connectés avec quelque forme d’abus organisé que ce soit.[5] Et puis il y eut Abbotsholme.

J’ai passé deux années scolaires à Abbotsholme à partir de 1978, lorsque j’avais onze ans. Mon frère et ma sœur y ont passé plusieurs années. Elle est située à Derbyshire, à cinquante kilomètres de Ripley, la ville de naissance de mon grand-père. Comme mentionné auparavant, il existe à huit kilomètres de Ripley une petite ville du nom de Horsley, qui tire probablement son nom d’une lignée aristocratique, puisqu’on y trouve un château en ruines du nom de Horston Castle.[6] Au moins un Horsley (un soldat tué durant la Première Guerre Mondiale) est enterré au cimetière de Horsley, ce qui suggère l’existence d’une lignée familiale. Nous sommes certes loin d’avoir prouvé que mon grand-père appartenait à cette lignée ; mais c’est au minimum une coïncidence très inhabituelle.

Néanmoins, nous n’avons pas été envoyés à Abbotsholme sur la recommandation d’Alec, pour autant que je le sache, mais sur celle de notre beau-père (Michael Vodden, qui enseigna l’anglais en Inde après la Seconde Guerre Mondiale et qui aurait connu Lord Mountbatten, dont la rumeur insistante prétend qu’il aurait été lié au scandale pédophile du Kincora Boy’s Home de Belfast, en Irlande, et qui fut l’homme qui présenta Jimmy Savile à la famille royale).[7] On peut difficilement parler de coïncidence, mais on ne peut pas non plus en conclure qu’il y ait là une intention cachée ; ma famille se considérait comme « progressiste », et il n’y avait alors que peu d’écoles dans le Royaume-Uni qui remplissaient ce critère. En fait, Abbotsholme, fondée par Cecil Reddie, était considérée comme la première école progressiste moderne. Il n’est dès lors pas surprenant d’apprendre que Reddie fut influencé par les idées de la Fellowship of the New Life. En d’autres termes, qu’il était un fabien. J’ai visité l’école en 2010 avec ma sœur et ma nièce (qui envisageait de l’intégrer), et je fus surpris en découvrant que le symbole de l’école était un pentagramme.

Un essai intitulé The Vegetarian Movement in England, 1847-1981 (présenté à la London School of Economics, une fois encore),[lien] décrit comment, au début du 20e siècle, les écoles quakers furent intégrées dans ce courant de pensée de la scolarité progressiste. La longue tradition des pensionnats quakers, la séparation des quakers du reste de la société, et leur rejet des programmes scolaires traditionnels et de l’enseignement de la science, « éloigna ces écoles des écoles publiques. Au début du 20e siècle, les différences devinrent plus marquées avec la diffusion en leur sein de la mixité. » Ce fut apparemment la raison principale qui poussa les écoles quakers dans le monde de l’éducation progressiste, « bien qu’une raison plus fondamentale fut sans doute le virage opéré par le quakerisme sur un plan plus général, et qui l’attira dans l’orbite du progressisme de gauche. » L’essai mentionne également comment « En 1893, A. C. Bradley, un ancien enseignant d’Abbotsholme, créa l’école mixte de Bedales. » Ma sœur a étudié à Bedales avant de se rendre à Abbotsholme.

Puis il y eut ceci :

La seconde influence majeure fut la théosophie, qui était, au début du siècle, très impliquée dans les causes touchant au progressisme social et qui n’avait pas encore adopté une attitude d’introversion sociale qui ne vint que par la suite. En 1915, plusieurs théosophes à tendance progressiste, menés par Mme Ensor et George Arundale, fondèrent la Theosophical Fraternity in Education, et la Garden City Theosophical School fut créée la même année. […] Plusieurs de ces écoles ainsi que d’autres mouvements de cette période avaient pour objectif de mettre les enfants en contact direct avec la nature, en mettant plus particulièrement l’accent sur la forêt, comme un moyen permettant de développer leur confiance et leurs aptitudes. Ce sentiment trouve sa meilleure expression dans l’Order of Woodcraft Chivalry d’Ernest Westlake, qui se définissait comme une version plus aventureuse et libertaire des Boy Scouts, sans aucun de leurs aspects militaires. […] Il fonda la Forest School en 1929 – un mélange de Freud et des Peaux-Rouges, d’après un des enseignants – et l’objectif était ici de rendre aux enfants « leur droit naturel à la liberté ». Le thème du paradis était puissant dans tous ces mouvements, et Ernest Westlake décrit l’objectif ultime comme étant de « regagner le paradis ».

Ernest Westlake
Ernest Westlake

Le fabianisme, les quakers, la wicca, la théosophie, l’éducation, « un retour à la nature », la liberté sexuelle, voilà tout ce que l’on pouvait trouver dans l’école que mon frère, ma sœur et moi avons fréquentée. Qui l’eût cru ? J’ai quitté cette école par consentement mutuel au bout de deux années. Pour autant que je m’en souvienne, l’éloignement de la maison familiale me rendait malheureux. J’avais également rencontré de nombreux problèmes dans cette école. Je ne me rappelle rien de particulièrement étrange concernant les professeurs ou les méthodes éducatives, mais mon court passage là-bas m’a laissé quelques souvenirs quelque peu déconcertants. Je me souviens avoir été réveillé en pleine nuit par deux garçons ou plus qui me versaient de l’eau dans les oreilles. Ils expliquèrent leur geste en disant qu’il s’agissait d’une méthode qui permettait d’entrer en transe, et qu’ils l’avaient lu ou qu’ils en avaient entendu parler quelque part. Je me souviens aussi de cette pratique qui consistait à entrer en hyperventilation, puis d’avoir un autre garçon qui vous saisissait par le torse et serrait de toutes ses forces. C’était censé être un moyen pour entrer dans un état de conscience altéré (à ma connaissance, aucune de ces curieuses méthodes n’a fonctionné sur moi). Enfin, et c’est le souvenir le plus étrange, je me rappelle avoir couru dans tous les sens en compagnie d’autres garçons, dans les champs, en pleine nuit, avec des draps sur la tête, et ce sans explication apparente. Encore une chose, peut-être sans rapport : il y a de cela quelques années, je parcourrais une série de lettres datant de cette période, que j’avais écrites à l’intention de ma famille ; dans l’une d’entre elles, je décrivais avoir aperçu un OVNI.

Poursuivons…

On trouve, en lien direct avec ce plan éducatif fabien-quaker-théosophique-végétarien-progressiste, un mouvement éducatif alternatif radical qui débuta en Angleterre dans les années trente du nom de Grith Fyrd. Grith Fyrd (« Armée de la Paix » en vieil anglais) fut fondé (surprise, surprise) par des membres de l’Order of Woodcraft Chivalry, et commença son existence avec deux camps de travail, l’un situé à Goodhill dans le Hampshire, l’autre à Shining Cliff dans le Derbyshire, à huit kilomètres de Ripley. Grith Fyrd « prenait des hommes sans emploi et tentait de les utiliser pour servir de base à une communauté agraire ». Le programme du mouvement « représentait un mélange de socialisme, de coopérative, d’eugénisme et de rejet de l’urbanisme […] et était profondément internationaliste, mais avait des contacts particulièrement étroits avec les mouvements de jeunesse allemands. Le principal objectif concret de l’Ordre était de créer un mouvement qui permettrait aux garçons, aux filles, aux hommes et aux femmes de travailler et d’étudier ensemble au grand air. »

Les campeurs – ou Pionniers – de Grith Fyrd étaient un mélange de jeunes hommes sans emploi qui pouvaient continuer à toucher leurs allocations, et d’idéalistes qui provenaient pour la plupart de la classe moyenne. Les Pionniers construisirent eux-mêmes les bâtiments du camp ainsi que les meubles, et produisaient leur propre nourriture. Aldous Huxley écrivit dans le Sunday Chronicle que le camp de Goodhill était « presque une réplique des campements situés dans les régions reculées d’Amérique il y a un siècle. » Pour Huxley, les conditions d’existence primitives représentaient une riposte admirable à la standardisation de la société moderne, industrielle et urbaine. [Lien]

Grith Fyrd ne fut jamais un mouvement important (les camps étaient composés de trente à cinquante « pensionnaires » chacun), et il prit fin en tant qu’expérience de terrain à la fin des années trente. Une poignée de vétérans du mouvement se regroupèrent à la fin des années quarante pour organiser la communauté de Braziers Park – et la boucle est ainsi bouclée.

Avant de créer la School of Integrative Social Research, Norman Glaister avait été impliqué dans le système de troc-contre-travail de Grith Fyrd. L’école (qui fonctionnait elle aussi comme une communauté) avait pour objectif « d’explorer la dynamique des gens vivant en groupe, de développer de meilleures méthodes de communication interpersonnelles et de découvrir de nouvelles façons d’assembler les connaissances pour les rendre plus porteuses de sens. » [Lien]

Après 1937 [l’année de la création de Northern Dairies], des membres de Grith Fyrd fondèrent le mouvement Q Camp (Q pour « Quête »), qui dirigeait des communautés de campements en plein air qui accueillaient des jeunes hommes en difficulté, ce qui influença par la suite les approches concernant l’éducation en plein air des jeunes délinquants. Ce mouvement influença par ailleurs la communauté Braziers, où Glynn Faithfull et d’autres dirigeaient ce qui était concrètement un pensionnat universitaire pour adultes (et où il éleva sa fille, Marianne). Il eut une influence sur les approches psychanalytiques quant au management des communautés thérapeutiques. Enfin, il faisait partie d’un réseau plus étendu d’individus et d’institutions qui avaient tenté de développer des communautés durables et un mode de vie pacifique durant l’entre-deux-guerres, ce qui lui confère une place dans l’histoire de l’environnement en Grande-Bretagne. [Lien]

Tout comme de nombreuses idées fabiennes sur l’éducation progressiste, la liberté sexuelle, et l’expansion de conscience, Grith Fyrd fut en grande partie un précurseur de ce qui allait devenir, trente ans plus tard, « la contre-culture ». Le mouvement connut son point culminant au cours des années trente, avant que l’idée de campements en plein air ne soit ternie par des associations avec le fascisme (et des mouvements de jeunesse inspirés des Jeunesses Hitlériennes). Durant cette période, son histoire fut « remplie de personnages que l’on pourrait objectivement qualifier de cinglés : des végétariens barbus en sandales buvant du jus de fruit, nourrissant de curieuses aspirations médiévales et des théories pseudo-scientifiques sur la régression infantile, le culte du soleil et la gymnosophie. »

Et pas seulement sur le culte du soleil : dans son premier éditorial, Le Pinecone de « Dion » Byngham expliqua clairement que la pomme de pin ne représentait « pas seulement les pommes de pin qui jonchent le sol de la forêt de Sandy Balls, mais également la partie supérieure d’un pénis. »

Le Pinecone de « Dion »

 

 

Partie 6 : Sexe, drogues, rock & roll et dandys

D’un point de vue évolutionniste, l’école correspond à la phase d’endoctrinement d’une gigantesque expérience d’élevage. Les fantasmes de la classe ouvrière sur le « développement personnel » furent rejetés dès le départ comme autant de manifestations de sentimentalisme qui n’avaient pas leur place dans la théorie de l’évolution.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Sebastian Horsley

 

Cette série a débuté comme une tentative pour mieux comprendre le chemin auto-destructeur emprunté par mon frère, ainsi que les racines empoisonnées qui le traversent. Ironiquement – ou peut-être pas – Sebastian Horsley était aussi éloigné d’un hippie ou d’un progressiste qu’il est possible de l’être (il a toutefois qualifié Jésus de dandy en une occasion). Il se moquait des hippies-mangeurs-de-graines, du politiquement correct et des valeurs New Age/progressistes, et il était infiniment plus susceptible de parler affectueusement d’Hitler que de vanter les mérites de Gandhi ou de Mère Teresa. Cela signifie-t-il que son endoctrinement fabien n’a pas fonctionné, ou qu’il s’est rebellé contre les influences paternelles en adoptant des valeurs exactement opposées (comme le font tant d’entre nous) ? Ou cela implique-t-il quelque chose de plus subtil et obscur, qui serait que le système de valeurs promu par les fabiens, les quakers, les membres de Grith Fyrd et les progressistes de gauche dissimulait un système de valeurs très différent, et qu’un loup se cachait derrière le masque progressiste ? En fait, le dandysme est bien plus compatible avec l’esthétique du « retour à la nature » de l’Order of Woodcraft et de Grith Fyrd – ainsi qu’avec le fascisme – qu’il ne le paraît de prime abord.

Le Men’s Dress Reform Party [ndt : Parti de la réforme de l’habillement des hommes] était une extension du mouvement eugéniste qui, comme le mouvement du camping et les écoles progressistes, débuta à la fin des années vingt et au début des années trente. Son objectif avoué était d’encourager les hommes à porter « des vêtements plus beaux et plus gracieux, qui rappelleraient ce qu’ils portaient durant la période élisabéthaine. » Le raisonnement était que les hommes de la classe moyenne, en s’habillant mieux, deviendraient plus attirants pour les femmes, « ce qui permettrait ainsi de renverser la perception d’un déclin évolutionniste de la classe moyenne. » Les manifestations d’été du MRDP étaient des événements réguliers durant les années trente, et une manifestation qui eut lieu en 1931 aux Suffolk Street Galleries rassembla environ un millier de personnes, dont H. G. Wells. Dion Byngham, l’homme qui vouait un culte à la pomme de pin, a même écrit à ce sujet dans le New Health Journal en 1932 : « une renaissance de la beauté pour l’homme – une beauté véritablement masculine du corps et de l’esprit, l’épanouissement d’un esprit joyeux – pourrait signifier des mariages plus heureux, de beaux enfants bien nés, une race plus belle et plus saine. »

fabiens

 

L’une des principales influences de ce mini-mouvement fut Edward Carpenter, un des premiers fabiens, que George Bernard Shaw avait appelé « un noble sauvage », et que le Guardian avait qualifié « d’un des pères fondateurs du socialisme ». Carpenter vécut à Millthorpe, un village du Derbyshire près de Sheffield et à environ soixante kilomètres de l’école d’Abbotsholme, où il rencontra Shaw, Bertrand Russell, D. H. Lawrence, et Cecil Reddie (le fondateur d’Abbotsholme). Il entretint une correspondance avec Walt Whitman, Annie Besant, Isadora Duncan, Havelock Ellis, Roger Fry, le Mahatma Gandhi, J. K. Kinney, Jack London, George Merrill (son amant), William Morris et John Ruskin, et il connaissait aussi probablement l’artiste-pédophile Eric Gill (ils appartenaient tous deux à ce qu’on appelait « la scène de Bloomsbury »). Comme le rappelle le Guardian : « Millthorpe s’affirma comme un réseau contre-culturel s’opposant au matérialisme victorien, devenant un point de passage obligé pour toutes sortes d’artistes torturés. […] Millthorpe était également connu pour son atmosphère de libération sexuelle ».

En découvrant tout ceci, une question me vint à l’esprit concernant toutes ces lignées royales qui connurent une période difficile : une des raisons pour lesquelles elles perdirent leur fortune et leur rang social fut-elle qu’elles devinrent gâtées et paresseuses, comme ont tendance à l’être les aristocrates, ce qui provoqua la perte de leur royaume ? Si c’est le cas, alors il se peut qu’une des manières de faire face à ce problème serait d’envoyer vos enfants dans des « écoles naturelles » où ils devront apprendre à vivre dans la nature et à développer un côté « sauvage » – ne faisant pas d’eux de bons sauvages, mais plutôt des nobles sauvages.

Mon frère aurait sans doute apprécié un tel qualificatif. Il se moquait totalement de l’eugénisme ou de la volonté de créer une race plus belle (il aurait insisté sur le fait que les gens laids et mal habillés étaient nécessaires pour que lui-même puisse sortir du lot). Il n’avait pas non plus de temps à perdre avec le camping ou les mouvements naturels. Et bien qu’il ait été obsédé par sa propre « libération » sexuelle et par l’embellissement de sa propre personne, le fait de porter de beaux vêtements pour sortir du lot n’avait rien à voir avec le désir d’attirer un partenaire sexuel, puisque d’après son propre credo, « les dandys ne se reproduisent pas ». Son intérêt pour les vêtements trouvait son origine dans un mélange particulier d’hédonisme, de narcissisme et de matérialisme, mais il n’était pas entièrement distinct d’une philosophie de vie, bien au contraire. Sans vouloir simplifier ses choix à l’excès, les préoccupations quotidiennes de mon frère étaient cependant de trois ordres : les vêtements, le sexe et la drogue. L’art et l’expression personnelle (ou le culte de sa personne) étaient tout aussi essentiels, mais c’est comme si les trois « vices » étaient les moyens d’atteindre ce but, les peintures sur son chevalet. Si nous remplaçons les vêtements par le rock and roll (i.e. la pop musique, que mon frère prétendait préférer à toutes les autres formes d’art combinées), alors le système de valeurs de la contre-culture (et les moyens imaginés pour atteindre à la libération sociale et spirituelle) est plus ou moins identique.

Horsley6

Le rock and roll, tout comme le dandysme, avait des liens avec le mouvement éducatif fabien du « retour aux sources » (« un mélange de Freud et des Peaux-Rouges », souvenez-vous). Par exemple, un membre important de la communauté de Braziers Park était Glynn Faithfull, qui avait rencontré Glaister par l’intermédiaire de l’Order of Woodcraft Chivalry. Faithfull avait été membre de l’université de Liverpool, avait étudié la renaissance italienne, et été un agent du MI6 durant la Seconde Guerre Mondiale. Il fut marié à la baronne Eva Erisso, une ancienne ballerine, et leur fille était la chanteuse et actrice Marianne Faithfull. D’après le second mémoire de Marianne (Memories, Dreams, Reflections, curieusement le même titre que l’autobiographie de Jung), ce fut Glynn Faithfull qui fut chargé de l’interrogatoire de Heinrich Himmler après qu’il se soit rendu aux forces américaines, ayant compris que la défaite des nazis était imminente. Faithfull aurait échoué à fouiller Himmler correctement, ce qui l’empêcha de découvrir une capsule de cyanure dissimulée sur ce dernier, ce qui aurait conduit au suicide d’Himmler, qui aurait été ensuite enterré dans une tombe non identifiée. Voilà un petit conte assez curieux, outre le fait que tout ceci survint durant la période au cours de laquelle des nazis étaient incorporés dans l’OSS, qui devait bientôt devenir la CIA, via l’opération Paperclip. Mais poursuivons.

Marianne naquit l’année suivante, et elle raconte qu’elle intégra Braziers Park au moment de sa création, en 1950 (elle avait quatre ans), et y vécut jusqu’à ses sept ans. Dans son premier mémoire (Marianne: An Autobiography), elle décrit des cauchemars récurrents impliquant des « entités terrifiantes » qui étaient « exactement comme mon père », des hommes étranges portant la moustache qui la chatouillaient et lui versaient du thé chaud sur le corps. Elle écrit que « chaque année, nous emmenions des enfants défavorisés dans la New Forest » pour y participer à des rituels « quasi-mystiques ».[8]

Memories, Dreams, Reflections

Faithfull se souvient dans Memories, Dreams, Reflections :

Les choses étaient plus folles, plus excentriques, plus chaotiques durant les premières années – certaines choses qui se passaient là-bas étaient assez étranges. […] Ils semblaient étudier Dante et Le destin de l’homme, mais ce qu’ils faisaient vraiment c’était de baiser comme des lapins – avec ce qui étaient techniquement les mauvaises personnes. […] Il y avait du sexe partout à Braziers. Pas vraiment une expérience positive et heureuse pour un enfant, je suppose. […] Le mélange de pensée utopique et de sexe omniprésent pourrait sembler incongru, mais c’était vraiment dans l’esprit de l’époque – les années cinquante – qui préfigurait de façon troublante l’esprit des années soixante, caractérisé par son désir de changer le monde et son amour libre enivrant. C’était les années cinquante, intellectuelles, marquées par l’influence de Bertrand Russell, qui virent les débuts de Braziers Park et où fleurissaient toutes ces idées – des idées grandioses visant à guérir le monde – et de petits groupes d’individus s’isolant du grand méchant monde pour étudier les Grandes Idées, des idées sur la Nature de l’Homme, les fondements de la civilisation, la complexité de la communication des idées. Les débats métaphysiques s’accompagnaient d’expériences sur la conscience de groupe. Cette combinaison – la baise et Schopenhauer – était tout aussi omniprésente à Braziers qu’elle l’était dans les romans d’Iris Murdoch. [Mon père] était un philosophe de l’esprit de groupe, quasiment un technicien des dynamiques de groupe – comment composer avec l’ego au sein d’un groupe.[9]

Plus loin, dans un chapitre intitulé « The Girl Factory », [ndt : L’usine à filles] Faithfull décrit sa rencontre avec l’écrivain et éditeur italien Roberto Calasso, qu’elle décrit comme « un archéologue des mythes ». Faithfull raconte que lorsqu’elle évoqua son enfance à Braziers auprès de Calasso, celui-ci la compara à une histoire de l’auteur de pièces de théâtre Frank Wedekind, Mine-Haha: the Bodily Education of Young Girls [ndt : Mine-Haha : l’éducation corporelle des jeunes filles]. Mine-Haha raconte l’histoire d’une école de filles située dans un château où des filles non désirées sont élevées depuis le berceau jusqu’à l’âge de seize ans, « un genre d’école de formation pour geishas où elles sont éduquées pour donner du plaisir ». À l’âge de seize ans, ces filles sont orientées soit vers le show business, soit vers la prostitution. Faithfull répondit à Calasso en insistant que « personne ne m’a forcée à venir à Londres pour y devenir une chanteuse pop. On m’a tentée, certainement, on m’a séduite pour que je le devienne, mais je n’ai pas été contrainte de devenir une chanteuse pop, tandis qu’on oblige les filles du château à devenir des artistes avec le fouet et la torture. » Calasso répondit en notant que Faithfull « avait grandi dans un lieu clos similaire […] et à l’âge de dix-sept ans […] fit une entrée fracassante dans le monde, entraînée, de façon étrange, pour toutes sortes de choses – politique, sexe, livres, danse, comédie, chant – qui lui furent utiles dans sa carrière. » Faithfull admit que « le concept de mentalité de groupe que mon père enseignait à Braziers a dû beaucoup m’aider à m’intégrer. C’est probablement la raison qui m’a permis de m’intégrer si aisément avec les Stones. »

Faithfull écrit : « Avant que les filles ne soient envoyées dans le monde, elles sont examinées de la tête aux pieds, à l’intérieur, à l’extérieur, la totale. C’est vraiment pervers. Quoi qu’il en soit, rien de tout ceci ne m’est arrivé, de toute évidence ». Pourquoi « de toute évidence », je me demande ? Faithfull clôt le chapitre en mentionnant une troupe de danse italienne, le Gruppo Polline, qui avait créé une performance inspirée de Mine-Haha dont les thèmes étaient « la persistance de la mémoire, l’isolation, l’hésitation quant au futur, l’alternance du statique et du frénétique, et la négation du corps résultant d’une éducation fondée sur des théories et sur l’exploitation des jeunes » (c’est moi qui souligne). Elle ajoute qu’elle a écrit la chanson In the Factory avec Polly (P. J.) Harvey, en s’inspirant d’un essai de Calasso. Elle avait voulu l’intituler « The Girl Factory », mais Harvey l’avait convaincue de changer de titre. Faithfull regretta le changement, ajoutant en guise d’explication que Polly était « assez intimidante ».[10]

Marianne Faithfull rencontra Mick Jagger vers le début de sa carrière musicale, en 1964-65, et il écrivit son premier succès, As Tears Go By (bien qu’ils ne se mirent en couple qu’en 1966). Jagger venait de quitter la London School of Economics, après avoir obtenu une bourse en 1961 pour pouvoir y faire ses études, et y être resté jusqu’en 1963. Cette période de deux ans correspond à la période de formation des Stones et à leur ascension en tant que groupe, pour devenir peu après « l’avant-garde du rock and roll britannique ». Avant cela, Jagger avait travaillé durant l’été 1961 dans un hôpital psychiatrique, le Bexley Hospital, où il raconte qu’il y apprit des leçons inestimables sur la psychologie humaine, en plus d’y avoir perdu sa virginité avec une infirmière ! [11]

La légende raconte que Jagger a rencontré « par hasard » son ancien camarade de classe Keith Richards sur un quai de gare en 1961, sur la route le menant à la LSE, et le reste fait partie de l’histoire. Il existe une anecdote bien connue – je me rappelle l’avoir entendue de la bouche de ma sœur alors que j’étais adolescent – sur Mick Jagger et comment il continua à étudier pour devenir un comptable alors même que les Stones commençaient à décoller, juste au cas où ce ne serait qu’un feu de paille. Ce qu’on sait beaucoup moins (et en fait, il est difficile de le confirmer, ma seule source pour l’instant étant le chanteur Sally Stevens) est que, en plus d’avoir donné une bourse à Jagger, la London School of Economics a aussi financé les Stones en 1963. Stevens rapporte une conversation avec Derek Bell, le neveu de Gertrude Stein, datant de cette année-là :

D’après ce que je me rappelle de la conversation qui suivit, les étudiants de la LSE, durant leur première année, étaient autorisés à rédiger une demande auprès de la LSE pour financer un projet. D’après Derek, Mick avait écrit la demande de financement, se servant des Rolling Stones comme d’un modèle économique, et demandant une aide financière pour acheter de l’équipement pour qu’ils puissent améliorer leur qualité sonore sur scène. Bien entendu, pas un membre du conseil d’administration de la LSE, y compris Derek, n’avait la moindre idée de la rentabilité financière de la musique rock, bien qu’elle était évidemment en train de prendre de l’importance d’un point de vue économique, et ils avaient vaguement entendu parler des Beatles ; mais lorsqu’il fallut aborder les subtilités du métier, la LSE eut besoin d’une opinion d’expert – dans ce cas précis, moi. Le conseil d’administration voulait savoir si les Stones avaient un avenir, et je pus dire que je pensais que oui, d’après ce que je voyais. Est-ce qu’ils seraient un pari judicieux ? « Euh… Oui », d’après l’expert. Et c’est ainsi que Mick obtint un financement de la LSE grâce auquel il put acheter de l’équipement, après quoi il dit adieu à la LSE, et s’envola vers les cieux.

Que cette anecdote soit apocryphe ou authentique, les Stones devinrent le groupe le plus important du monde, après les Beatles, et Mick Jagger et Marianne Faithfull devinrent l’un des couples les plus célèbres du rock. Après sa libération de prison en 1967, Jagger passa aussi quelque temps à Braziers Park avec Faithfull.

S’il est besoin de preuves supplémentaires pour lier la culture populaire, les opérations menées par les services de renseignement, et la politique, Mick Jagger fut un temps associé au député travailliste et supposé informateur du MI5 (et peut-être du KGB, voire même de l’église de scientologie) Tom Driberg. Driberg avait été impressionné par Jagger après lui avoir été présenté en 1965, et tenta durant de nombreuses années, sans succès, de le persuader de s’impliquer activement dans la politique du parti travailliste. Driberg était membre d’un ou plusieurs des groupes auxquels appartenait mon grand-père, il fraternisa avec Richard Acland, et fut même désigné par Aleister Crowley comme étant son successeur naturel dans le rôle d’enseignant mondial ! [12] Encore plus inquiétant, Driberg (qui adhérait pleinement à la libération culturelle et sociale des années soixante) noua une amitié au long cours avec les jumeaux Kray, et en juillet 1964, Lord Boothby (un noble conservateur célèbre) et lui furent accusés d’avoir harcelé des hommes sur une piste de course de chiens, et d’être impliqués dans la mafia. Driberg et Boothby participèrent à des fêtes dans l’appartement des Kray, où « des garçons de l’East End, à la fois frustes et accommodants, étaient servis comme autant de petits-fours », d’après le biographe de Driberg, Francis Wheen.[13] Tandis que Driberg évitait d’apparaître en pleine lumière, Boothby était poursuivi par la presse, et fut contraint de publier une série de démentis. Après la condamnation des jumeaux pour meurtre en 1969, Driberg fit pression à de nombreuses reprises auprès du Home Office pour améliorer leurs conditions de détention, demandant qu’ils reçoivent plus de visites et qu’ils aient le droit de se voir régulièrement.

Boothby et Reggie Kray, en compagnie de Leslie Holt
Tom Driberg et Lord Boothby
Boothby et Reggie Kray, en compagnie de Leslie Holt

Boothby et Cliff Richards
Boothby et Cliff Richards

Driberg était membre du Comité 1941, mentionné précédemment, qui en plus d’Acland et d’Astor, recruta également Julian Huxley (le frère aîné d’Aldous, un eugéniste et ingénieur social) et le probable agent du MI5 Christopher Mayhew. En 1955, Mayhew participa à une expérience qui devait occuper un segment d’une émission spéciale de Panorama sur la BBC, mais qui ne fut jamais diffusée. Mayhew ingéra 400 mg de mescaline hydrochloride sous le contrôle de son ami le dr. Humphrey Osmond, et donna son autorisation pour être filmé pendant son trip. Une partie de l’enregistrement fut intégrée au documentaire LSD – The Beyond Within, diffusé en 1986. Le dr. Humphrey Osmond donna de la mescaline à Aldous Huxley l’année suivante, en 1952, ce qui fut à l’origine de la rédaction de la bible de la contre-culture, Les portes de la perception.

Comme mon grand-père faisait lui aussi partie du Comité 1941 (d’après l’historien marxiste de la LSE, John Saville – sans lien connu avec Jimmy), peut-on imaginer qu’il ingérait lui aussi de la mescaline sur la ligne de front de la révolution psychédélique ? Si ce fut le cas, je n’ai jamais été mis au courant durant mon enfance. La prise d’hallucinogènes semblait pourtant bien être au centre de l’expérience fabienne : plus de cinquante ans avant que Huxley ne popularise la mescaline, Havelock Ellis écrivait un article intitulé Mescal: A New Artificial Paradise pour The Contemporary Review de janvier 1898, faisant de lui l’un des tous premiers occidentaux à expérimenter les « enthéogènes ».

Encore une fois, mon frère poursuivit cette tradition à la lettre, et à l’exact opposé, tout à la fois : il écrivit un article pour The Observer (dont l’ancien rédacteur en chef était l’agent du MI6 David Astor, veuillez noter) sur son expérience avec l’ibogaine, intitulé Trip of a Lifetime (j’y étais même mentionné, même si mon nom n’était pas cité). Ses divers écrits sur son amour pour son addiction à l’héroïne sont plus célèbres, et il inclut des seringues (ainsi que des crânes) sur le blason qu’il se créa lui-même. En-dessous apparaissent les mots « PUTAINS, DEALERS, TAILLEURS ».

Consciemment ou pas, mon frère révélait ainsi les méthodes de l’ingénierie culturelle. Sexe, drogues, et beaux vêtements : un credo à suivre jusqu’à la mort.

Sexe, drogues, et beaux vêtements

 

 

 

Partie 7 : Contrôle de la nourriture, contrôle du monde : crise de Suez, Northern Dairies, Marks & Spencer

Pas besoin d’avoir une carte de membre, ou même d’avoir entendu le mot « fabien » pour suivre l’étendard du loup déguisé en agneau. Le fabianisme est avant tout un système de valeurs avec des objectifs progressistes. Son côté club privé n’est pas ouvert aux fermiers, aux mineurs de charbons, ou aux plombiers. Nous avons tous été exposés à de nombreux aspects du programme fabien sans même en avoir conscience. Aux États-Unis, on trouve parmi les organisations fortement influencées par le fabianisme, la fondation Russell Sage, le Stanford Research Institute, le Carnegie Endowments, l’Aspen Institute, la Wharton School, et RAND. Et cette courte liste n’est donnée qu’à titre d’exemple, et n’est pas exhaustive.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Au début des années cinquante, Northern Dairies fut approchée pour entrer en bourse, et l’entreprise reçut l’approbation de Lord Percy, cité précédemment, qui approcha à son tour le député travailliste et membre de la société fabienne Ian Mirkado. Mackintosh était également représentée au conseil d’administration de Northern Dairies, et Alec « était raisonnablement certain d’une issue positive en 1956 ». C’est à ce moment qu’Alec fut contacté par l’Église orthodoxe russe pour emmener un groupe d’hommes d’église en Union Soviétique. Alec écrit dans son court mémoire : « Puis vinrent les émissions d’actions de Northern Dairies en 1956, et heureusement, la providence décida que Nasser devait nationaliser le canal de Suez ce même jour, et la demande n’était donc pas très forte. » Je ne suis pas versé dans les arcanes des discussions financières (bien que j’aie été l’un des principaux actionnaires de Northern Foods de l’âge de dix-huit ans à vingt-quatre ans), mais ce que je déduis de ceci est que, en raison de la concomitance entre l’introduction en bourse de la compagnie et une crise internationale, il y eut de nombreux délits d’initiés alors que le prix de l’action demeurait bas. « Bien que toutes les actions avaient été prises, le prix tournait toujours autour […] du même prix auquel nos amis et clients du Mackintosh Group avaient acquis les leurs. » Alec ajoute que « plusieurs membres de la famille Mackintosh avaient en fait acheté d’importantes quantités de nos actions, et une relation heureuse s’est établie jusqu’à nos jours. »

Lorsque j’ai commencé cette exploration de mon histoire familiale, je n’avais jamais entendu parler de la crise de Suez. Je découvris bientôt qu’elle fut un tournant majeur dans la politique internationale. Tout d’abord, elle sonna le glas de la carrière du Premier Ministre britannique de l’époque, Anthony Eden, en raison d’une santé chancelante et d’une réputation sérieusement compromise. Elle marqua ensuite la fin de la prédominance britannique sur le Moyen-Orient, suite au refus américain de soutenir le gouvernement d’Eden dans sa volonté d’assassiner Nasser et de reprendre le canal – ce qui signifiait pratiquement la fin de l’empire britannique (le canal était en effet extrêmement important pour l’industrie européenne, deux tiers de l’approvisionnement européen en pétrole passant par celui-ci). Donc en 1956, et apparemment le jour même où Northern Dairies était introduite en bourse, le général Nasser, président de l’Égypte, s’emparait du canal en réponse à la fin du financement anglo-américain du barrage d’Assouan.[14] En conséquence de cet acte « providentiel », Alec et ses petits copains furent en mesure d’engranger des profits très conséquents. Considérant la relation étroite entre Alec et le pouvoir, on est en droit de se demander dans quelle mesure ce timing était « providentiel ».

Nasser le canal restera bloqué
Nasser : le canal restera bloqué
« tant qu’il y aura un seul soldat étranger sur notre sol »

On notera également que l’empire médiatique de David Astor joua un rôle central dans la mise à bas du gouvernement d’Eden après la crise : The Observer accusa Eden d’avoir menti au Parlement, et d’avoir travaillé en collusion avec la France et Israël dans le but de s’emparer du canal.[15] La nécrologie de mon père publiée dans le Guardian mentionne également la crise de Suez : « Son positionnement politique fut toujours radical. Il fut, durant sa jeunesse, l’un des principaux manifestants contre le fiasco du canal de Suez et participa aux marches d’Aldermaston. » Si mon père participa à des manifestations contre l’alliance d’Eden avec la France et Israël en 1956, ce devait être environ un an avant qu’il ne quitte le Royaume-Uni pour voyager à travers les États-Unis et le Canada, tout en essayant de devenir un écrivain, ou du moins en espérant en devenir un (il rencontra ma mère à la Nouvelle-Orléans en 1958). S’est-il passé quelque chose qui le poussa à quitter le Royaume-Uni, ainsi que la pression paternelle intense, pour qu’il intègre l’entreprise familiale (ce qu’il finit par faire de toute façon, après avoir épousé ma mère) ? Et y avait-il un lien avec le passage « heureux » de Northern Dairies d’une entreprise privée à une entreprise cotée en bourse ? Était-ce l’époque où mon père commença à deviner la nature des intérêts que servait réellement Alec ? (Il convient peut-être de noter que, suite à son introduction en bourse, la première expansion d’importance de Northern Dairies eut lieu en Irlande du Nord).

La transformation de la laiterie locale d’Alec en une entreprise multinationale débuta pendant la Seconde Guerre Mondiale. Comme le relate le site Reference for Business :

Comprenant que l’époque du petit laitier était révolue, Horsley entama une campagne d’expansion énergique et ambitieuse, rachetant d’autres laiteries les unes après les autres. Plus l’entreprise prenait de l’ampleur, plus elle devenait attirante pour les petites entreprises touchées par les bombardements (Hull fut très durement touchée durant la guerre), les pénuries chroniques, et les difficultés pour s’adapter au rationnement. Alors que l’entreprise prenait de l’importance, elle devenait plus efficace avec chaque nouveau rachat de laiterie et d’usine, Horsley choisissant les meilleures d’entre elles pour consolider ses opérations. En 1942, Horsley contrôlait un vaste réseau de points de vente en gros et au détail disséminés dans l’Humberside et le Yorkshire, et la partie vente au détail de la compagnie fut renommée Northern Dairies pour refléter cet état de fait (et ce même si les opérations de vente en gros continuèrent d’être connues sous leurs noms individuels).

Northern Dairies

 

L’introduction en bourse d’une compagnie, comme pour Northern Dairies en 1956, signifie qu’elle peut vendre des actions au « grand public » – i.e. aux gens riches – et donc qu’elle intègre le marché des actions. Ceci permet à la compagnie de lever des fonds et du capital grâce à la vente de ses actions, en d’autres termes de faire de l’argent avec de l’argent. Les actionnaires ne font rien pour gagner de l’argent, ils se contentent de posséder des actions et de percevoir des dividendes. C’est le capitalisme à l’état pur, et c’est aussi éloigné que possible de la philosophie socialiste. J’en sais quelque chose : en tant qu’actionnaire, dès l’âge de quinze ans environ, je savais que (si je me débrouillais bien) je n’aurais pas à travailler un seul jour de ma vie. Lorsque j’eus dix-huit ans et que je devins propriétaire de mes actions, j’adoptai un mode vie où se mélangeaient la liberté sociale et l’irresponsabilité (en clair, je faisais tout ce que bon me semblait). Voici une description de mon mode de vie, tirée du seul article que j’ai réussi à faire publier dans le Guardian (dans la section « Expérience », ouverte à tous) :

Dans une journée classique, je me levais vers une heure de l’après-midi, je conduisais mon Opel Manta noire en direction du West End, où je dépensais 200£ en disques, vidéos, bandes dessinées et en livres. Lors des journées où je me sentais d’humeur moins aventureuse, je louais trois ou quatre films au magasin de vidéo du coin, je mangeais un dîner préparé Marks & Spencer, je roulais cinq ou six joints, et je passais la moitié de la nuit défoncé. Si j’avais déjà des films, la plupart du temps je ne sortais pas du lit, je roulais juste un joint et j’allumais la télé. Je déménageai à New-York à l’occasion de mon vingtième anniversaire. Mis à part la ville, pas grand-chose ne changea. Lorsque je me lassais de fumer des joints et de regarder des films dans mon studio de Bowery, j’allais boire des tequilas et sniffer de la cocaïne dans un bar de l’East Village. Si on me demandait ce que je faisais dans la vie, je m’amusais beaucoup en répondant : « Exactement ce que vous êtes en train de voir ».

Voilà l’héritage que m’ont laissé mon père et mon grand-père « socialistes », un héritage que je finis par trouver si pesant que je décidai, six ou sept années plus tard, de me débarrasser de la totalité de mes actions.

Revenons à l’introduction en bourse de Northern Dairies / au voyage en Russie d’Alec / à la crise de Suez / à la fin du point central de l’empire britannique en 1954-56 : il pourrait sembler exagéré de laisser entendre que Northern Dairies (qui devait bientôt devenir Northern Foods) était un acteur important dans le monde de la géopolitique – mais ce serait oublier que la distribution de nourriture doit être considérée comme l’un des composants essentiels de l’ingénierie sociale. La nourriture, tout autant que le pétrole, est fondamentale dans le fonctionnement harmonieux de la société – ce qui en fait ainsi un puissant moyen de contrôle sur cette dernière.

northen food

Northern Dairies devint Northern Foods dix ans après la prise de contrôle de mon père, et trois ans après le départ en retraite d’Alec (d’après certaines sources, ce n’est qu’à ce moment que mon père devint pleinement président de la compagnie, suggérant ainsi qu’il avait jusqu’alors travaillé dans l’ombre, si ce n’est sous la férule, d’Alec). Mon oncle, Christopher Haskins, intégra la compagnie en 1967. Selon l’histoire officielle (Wikipedia), il souhaitait épouser la fille d’Alec, Gilda, sous la condition qu’il rejoigne l’entreprise. La vérité telle que nous l’avons entendue dans la famille est exactement l’inverse : Alec accepta d’embaucher Haskins dans la compagnie à condition qu’il consente à épouser sa fille. Si l’on vous donne le choix entre relater les faits ou la légende, choisissez la légende ; pourtant, quelle que soit la version de l’histoire qui vous soit donnée à lire, celle-ci a un arrière-fond sombre et mythologique. Soit Alec a utilisé sa fille comme monnaie d’échange pour recruter une personne qu’il considérait comme un atout pour sa compagnie (ce que Haskins s’avéra être par la suite), ou, à l’inverse, il a soudoyé son futur gendre avec un emploi en échange de son mariage avec sa fille, augmentant ainsi les chances d’étendre la dynastie familiale. Dans les deux cas, Gilda fut plus ou moins traitée comme du bétail.

D’après le témoignage d’Haskins (qu’il est toujours préférable de remettre en cause, à mon avis), il fut un élément essentiel dans la formation d’une alliance entre Northern Foods et Marks & Spencer nouée en 1970, et ce grâce à une rencontre « fortuite » avec un cadre de Marks & Spencer à bord d’un avion (c’est aussi à bord d’un avion que mon père eut sa propre rencontre « fortuite » avec Jimmy Savile). 1970 fut aussi l’année où Northern Foods passa la barre du million de livres sterling de bénéfices ; une fois de plus, la providence semblait être à l’œuvre. Northern Foods devint bientôt le principal fournisseur de Marks & Spencer, utilisant pour cela son « mélange typique et enthousiaste d’acquisitions et d’innovations ». La compagnie mit en place une stratégie « d’acquisition des fournisseurs existants de Marks & Spencer dès qu’elle le pouvait » (comme par exemple Park Cakes en 1972 et Fox’s Biscuits en 1977) tout en créant de nouveaux produits spécifiquement pour son principal client (« en 1988, Northern Foods produisait 250 produits pour Marks & Spencer »). (Source pour ceci et pour toutes les informations ci-dessous concernant Northern Foods)

En 2014, Lord Haskins, comme il était alors convenu de l’appeler, déclara : « Ma compagnie fut fondée sur les principes de Marks & Spencer – être juste et équitable avec ceux avec qui nous travaillions. Nous jouions cartes sur tables, et nous traitions nos fournisseurs avec respect. » Peut-être, mais Marks & Spencer est plus qu’une chaîne de vêtements et d’alimentation. Elle a été affiliée directement et indirectement au sionisme et à l’état d’Israël dès sa création, ce le plus ouvertement du monde : le président et membre fondateur de M&S, Israel Sieff, était un sioniste, et le président Joseph Sieff fut membre de la British Zionist Federation (Joseph Sieff survécut à une tentative d’assassinat en 1973, qui aurait été perpétrée par l’Armée de Libération de la Palestine).

Simon Marks et Israel Sieff
Simon Marks et Israel Sieff

En 1987, sous la présidence d’Haskins, Northern Foods construisit l’usine de production alimentaire la plus moderne d’Europe :

Pour montrer sa bonne volonté et son enthousiasme, Northern Foods a construit cette usine dédiée à Marks & Spencer – pour un coût de 8 millions de livres – avant même qu’il n’ait été décidé quels produits allaient y être fabriqués. Rappelant la réussite d’Alec Horsley en 1937 avec sa première usine de production laitière, Fenland Foods, qui a été saluée comme étant l’usine de production alimentaire la plus moderne d’Europe, a été construite en 40 semaines – et vendait ses produits à Marks & Spencer trois semaines plus tard.

Apparemment, ce geste de bonne volonté fut récompensé. « Ironiquement, pour une compagnie dont le nom n’apparaît jamais sur ses produits, Northern Foods est le principal producteur de produits frais du Royaume-Uni. Les chiffres de ventes de 1993 lui permirent d’accéder au statut envié de membre du ‘‘club des deux milliards’’ ». Après son départ de la compagnie, Haskins resta semble-t-il un membre du club. Il devint le principal conseiller à l’agriculture auprès du Premier Ministre et membre de la société fabienne Tony Blair, à l’occasion du pic de l’épidémie de fièvre aphteuse – ce qui suggère que l’activité consistant à diriger une entreprise alimentaire et celle consistant à diriger un pays ne sont pas aussi éloignées que l’on pourrait l’imaginer.

Partie 8 : Observation de Masse et salles de danse

march london

 

Il ne serait pas exagéré de qualifier le vingtième siècle de siècle fabien. Une chose est certaine : l’orientation de l’éducation moderne imposée aux 90 % composant les couches inférieures de notre société a été modelée selon une conception en grande partie fabienne – et le prestige et la sécurité déconcertants dont bénéficient actuellement ceux qui parlent de « globalisme » et de « multiculturalisme » sont un résultat direct de l’intérêt porté par le passé aux prophéties fabiennes selon lesquelles la mise en place d’un état-providence, suivie par une attention soutenue portée à l’internationalisme, serait le mécanisme permettant d’élever les grandes entreprises au-dessus de la société politique, et un précurseur nécessaire à l’utopie. La théorie fabienne est le Das Kapital du capitalisme financier.
~ John Taylor Gatto, Underground History of American Education

Le 2 janvier 1937 (l’année de naissance de Northern Dairies, une fois encore), un poète surréaliste britannique du nom de Charles Madge publia une lettre dans le magazine fabien New Stateman and Nation. Intitulée Anthropology at Home, la lettre annonçait la formation d’un groupe d’écrivains, de peintres et de cinéastes qui avaient décidé de se consacrer à la documentation sociale. Peu après, Madge (qui était l’époux du poète Kathleen Raine) unit ses forces avec celles de Tom Harrisson, dont le poème fut publié « par hasard » sur la même page que la lettre de Madge.[16] Harrisson était un ornithologue doublé d’un anthropologue qui écrivit pour The Observer et travailla pour les services de renseignement durant la Seconde Guerre Mondiale.[17] Ils furent ensuite rejoints par le cinéaste Humphrey Jennings, qui avait fondé en 1928 Experiment, le magazine littéraire de Cambridge, avec deux acolytes de mon grand-père, Jacob Bronowski et William Empson (ce dernier, originaire du Yorkshire, rejoignit par la suite Observation de Masse – O-M). Jennings travailla pour Crown Film Unit, une des branches de la propagande cinématographique du ministère de l’information durant la Seconde Guerre Mondiale. Ensemble, ces « artistes et poètes » créèrent une organisation dédiée au développement de ce qu’ils appelaient « une science de nous-mêmes ». Tiré de Mass-Observation and Britain in the 1930s: A Brief History :

Dans sa forme originelle, Observation de Masse (O-M) était une organisation dédiée à la documentation de la vie quotidienne au sein des classes laborieuses britanniques. […] O-M collectait donc des faits et des données chiffrées, grâce à des entretiens ou à une surveillance clandestine qui permettaient de mettre en lumière la nature de l’existence quotidienne de leurs compatriotes britanniques. L’étendue des centres d’intérêt des Observateurs de Masse – allant du « comportement des gens aux monuments aux morts, le culte de l’aspidistra, et l’anthropologie des paris sportifs » au « comportement dans les salles de bains : barbes, aisselles et sourcils ; et la diffusion et la signification des blagues cochonnes » – avait pour objectif la création d’une topographie complète de la vie des travailleurs, et ce faisant, de fournir une base nouvelle à la démocratie sociale.

Charles Madge et Tom Harrisson
Charles Madge et Tom Harrisson

Tout ceci pourrait sembler bien innocent, mais le contexte entourant la création de ce programme de recherche nationale sur les mœurs de l’homme du commun était bien plus chargé que ne le laisse entendre le ton calme, rationnel et légèrement empathique du manifeste, qui suggérait qu’un bienfaiteur attentionné mènerait des recherches impartiales pour « fournir une base nouvelle à la démocratie sociale ». L’une des principales causes de la lourdeur du contexte social tient au fait qu’O-M accéda à l’existence durant les années suivant la grève générale de 1926, une grève qui « fit vaciller le trône sur lequel siégeait la classe dirigeante britannique et montra brillamment comment une action collective de la classe ouvrière pouvait changer la société ». Au plus fort de la grève, les transports londoniens furent paralysés :

Le 4 mai, 15 rames de métro sur 315 étaient en service, 300 bus sur 4400 (à la fin de cette semaine-là, ce chiffre tomba à 40), et 9 tramways sur 2000 étaient en circulation. À la fin du premier jour, les ouvriers du bâtiment, des imprimeries, des docks, de la sidérurgie, de la métallurgie, de l’industrie lourde, des transports et des chemins de fer étaient en grève. Tout ceci sous le regard éberlué de la TUC.[Ndt : Trade Union Congress, le syndicat des transports] La classe ouvrière était réellement aux commandes. […] La classe dirigeante avait dépensé des centaines de millions de livres [en propagande], mais elle aurait perdu sans la campagne de sabotage menée par la TUC en concertation avec elle. Si les ouvriers s’étaient organisés en organisations indépendantes composées d’hommes issus de la base, et s’ils avaient été dotés de la même vision révolutionnaire dont firent preuve leurs homologues espagnols dix ans plus tard, alors le résultat aurait pu être tout à fait différent. » (Source)

Cette lutte des travailleurs représentait une réelle menace pour les intérêts capitalistes, pour des raisons évidentes. La classe dirigeante a besoin de « travailleurs » (en réalité, d’esclaves) pour conserver son pouvoir et permettre à son industrie de continuer à fonctionner. L’idée « d’éduquer » les masses populaires – le but avoué de l’O-M – était, tout du moins selon l’opinion de John Taylor Gatto, un terme de novlangue orwellienne pour désigner l’action par laquelle on s’assurerait qu’elles ne s’éduqueraient jamais ni n’accéderaient à l’autonomie. Comme l’écrit Gatto dans The Underground History of American Education :

L’école obligatoire fut le traitement qui permit de forcer la population à entrer en conformité avec ces plans, de sorte qu’elle puisse être considérée comme une « ressource humaine » et gérée comme une « force de travail ». Les Benjamin Franklin et les Thomas Edison ne seraient plus tolérés ; ils donnaient un mauvais exemple. Une des façons d’y parvenir fut de s’assurer que les individus soient empêchés d’entrer dans le monde du travail avant un âge avancé, lorsque l’ardeur de la jeunesse et son insupportable confiance en soi se sont atténuées.

La classe laborieuse ne s’élevait pas seulement contre ses conditions de travail, elle protestait également contre l’école obligatoire – qui fut imposée pour la première fois en Prusse, au 18e siècle, dans le but avoué de contrôler le comportement humain et de limiter la pensée indépendante, et introduite au Royaume-Uni et aux États-Unis à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Néanmoins, l’objectif déclaré de l’O-M (et il n’est pas douteux que nombre de ses créateurs le croyaient) était :

de fournir aux britanniques des informations sur eux-mêmes et sur leur pays, de sorte qu’ils puissent faire des choix politiques éclairés, qu’ils agissent politiquement lorsque nécessaire, ou qu’ils choisissent une représentation politique appropriée ; qu’ils interprètent correctement les événements de l’actualité ; et qu’ainsi ils ne deviennent pas les victimes de rumeurs sans fondement ou de la suggestion (en particulier en ce qui concerne la situation en Europe) diffusées par les médias et le gouvernement. Cependant, il n’était pas seulement prévu que ces publications soient diffusées horizontalement, mais aussi verticalement, de sorte que le Premier Ministre, le cabinet, et les membres du Parlement puissent être informés des « véritables » inquiétudes agitant la nation. […] La surveillance fut un moyen efficace pour collecter des informations, pour la simple raison que les individus placés sous surveillance étaient ignorants de ce fait, et qu’ils apparaissaient ainsi sous un jour relativement naturel. Pourtant, lorsque cette méthode de recherche fut publiée, elle suscita une forme de paranoïa populaire. (source)

Parmi les principales figures du milieu culturel qui rejoignirent le mouvement de l’Observation de Masse, on trouvait le peintre Julian Trevelyan, Tom Driberg, et rôdant toujours en coulisses, Sir Richard Acland. Dans un livre intitulé The Mass Observers: A History, 1937-1949, James Hinto décrit comment Tom Harrisson présenta les objectifs de l’O-M à Acland et comment celui-ci s’y déclara favorable, tout en établissant « une distinction très nette – et très exagérée dans ce cas précis – entre le WSS [Wartime Social Survey], dont les découvertes avaient fourni à l’état une arme secrète lui permettant de manipuler l’opinion, et l’O-M, qui rendit ses résultats publics. »[18]

mass observation

 

L’un des objectifs de l’O-M était la vulgarisation scientifique et l’introduction de plus de rationalisme dans le débat public. Harrisson élabora un plan permettant de fournir aux principaux journaux des rapports sur les dernières recherches scientifiques. En 1940, il présenta un « Mémorandum sur la propagande en faveur de la science » au club de Solly Zuckerman, Tots and Quots, qui comptait Julian Huxley parmi ses membres. La vulgarisation scientifique avait pour but de combattre

« l’influence de la superstition sur la science. » Une autre façon d’envisager le problème était de travailler directement avec ces « groupes importants de semi-intellectuels et de personnes à demi créatives » employés dans le divertissement commercial, dont le travail joua un rôle pour encourager la diffusion de la superstition au sein des masses, ainsi que les modes de pensée favorisant la fuite de la réalité. [Ceci incluait la musique pop et les clubs de danse :] Richard Acland fut enthousiaste devant la suggestion d’Harrisson de rencontrer « des gens appartenant au monde de la dance music. […] Je me demande si cela vaudrait la peine de tenter de convertir certains d’entre eux à nos idées et de tenter de les amener à les exprimer dans des chansons de dance music. J’imagine que quelque chose ayant pour refrain ‘‘Quand nous laisseront-ils construire un monde meilleur ?’’ serait immensément populaire. »

L’intérêt de l’Observation de Masse pour les clubs de danse fut tel qu’une étude sur la culture de la danse, intitulée On with the Dance: Nation, Culture, and Popular Dancing in Britain, 1918-1945, cite les découvertes de l’O-M à 85 reprises. Une lecture rapide de ce document révèle clairement que les clubs de danse intéressaient fortement l’O-M, en ce qu’ils permettaient d’observer les citoyens britanniques et de collecter des informations sur leur comportement et leurs centres d’intérêt, mais aussi que la dance music, et par extension les salles de danse, représentaient un élément central d’un plan visant à modeler le comportement de la population et à contrôler ses centres d’intérêt. L’étude cite en particulier la pléthore de danses qui furent créées artificiellement comme autant de moyens visant à instiller des sentiments patriotiques à la population durant la guerre ! Tout comme l’O-M lui-même, il s’agit d’un aspect de l’histoire moderne qui semble avoir été largement ignoré, mais qui montre très clairement comment la culture populaire peut être orientée – ou même créée de toutes pièces – pour servir des visées sociopolitiques. Dans le même esprit, on se rappellera du cas de Mick Jagger et de la LSE.

La population britannique intégra également l’idée selon laquelle le Lambeth Walk, et la danse en général, symbolisaient la démocratie et l’esprit de la nation. Tom Harrisson et Charles Madge, membres de l’Observation de Masse, justifièrent l’inclusion d’un chapitre entier consacré à la danse dans un livre sur la réponse de la nation à la crise de Munich en notant que « nous pourrions apprendre quelque chose sur le futur de la démocratie en examinant de plus près le Lambeth Walk. » […] C’était une période cruciale, durant laquelle la Grande-Bretagne s’apprêtait à entrer en guerre, et où les idées sur l’identité nationale évoluaient en conséquence. […] Certaines personnes semblèrent avoir compris la dimension commerciale de cette représentation de la nation par la danse, et ont considéré ce contenu comme étant opportuniste. Alec Hughes spécula dans son rapport sur l’Observation de Masse que le moment pour la création de la danse avait été choisi pour coïncider avec la mise en place de la conscription à l’été 1939. […]

Jimmy Savile aurait lui aussi commencé à jouer des disques dans des salles de danse au début des années quarante (à un moment où il était également censé travailler dans une mine de charbon). Ceci est difficile à confirmer, mais d’après son autobiographie, il fut le premier à utiliser deux platines et un micro au Grand Records Ball du Guardbridge Hotel, en 1947. Si c’est le cas, il n’est pas inimaginable qu’il aurait pu, alors qu’il était encore adolescent, se faire les dents dans les clubs de danse locaux exactement au même moment où Acland, Harrisson et tous les autres cherchaient la meilleure façon d’intégrer le monde de la danse dans la recherche sociale et les mouvements « progressistes ».

Oscar (Jimmy) Savile
Oscar (Jimmy) Savile, à une date inconnue

Les éléments tirés des documents concernant l’Observation de Masse indiquent que le monde de la musique pop et des salles de danse était d’une importance cruciale pour la classe dirigeante, et qu’il était en fait utilisé pour mener à bien leurs objectifs sociaux à long terme. Avant d’accéder à la célébrité et de devenir le chef de file de la musique pop dans les années soixante, Savile dirigea ses propres clubs de danse dans les années cinquante (tout comme les jumeaux Kray), à une période où les salles de danse de l’après-guerre avaient muté pour devenir des hauts-lieux du trafic de drogue et de la prostitution contrôlés par la pègre. La culture naissante de la danse ne se confondait pas seulement avec le milieu du crime, composé des jumeaux Kray et de Jimmy Boyle (et peut-être aussi de Ian Brady, Myra Hindley et du copain de Jimmy Savile, l’éventreur du Yorkshire Peter Sutcliff), mais elle recoupait également les intérêts de membres du Parlement, depuis les réformateurs sociaux tels que Acland aux occultistes tels que Driberg, en passant par des pédophiles avérés comme Lord Boothby. Irions-nous trop loin en supposant que l’implication de Savile dans le monde de la dance music trouvait son origine dans ses liens avec des agences gouvernementales ?

Bien que ce dernier point soit purement spéculatif (une théorie qui se contente de suggérer la possibilité d’une conspiration), il fournit malgré tout un contexte cohérent à des faits à la fois étranges et irréfutables. Il pourrait aussi expliquer pourquoi les mêmes noms apparaissent encore et encore au cours de cette enquête sur l’arrière-plan ténébreux de mon histoire familiale.

Notes

[1] Ma mère a été bénévole dans cet hôpital (à Hampstead) durant les dernières années de sa vie. Je lui rendais parfois visite sur place.

[2] Le journal druidique Aisling fut le premier à suggérer que la confrérie New Forest de [Gerald] Gardner constituait la section païenne de l’Order of Woodcraft Chivalry ; cet ordre exécutait des rituels dans la New Forest au début des années vingt et sa section païenne honorait une déesse de la lune et un dieu cornu, et croyait en la nudité rituelle. Un des informateurs de Ronald Hutton rapporte que Gardner était familier de cet ordre au moins dès les années cinquante. L’une des principales difficultés pour établir un lien entre ce groupe et la confrérie de New Forest est qu’il ne semble pas s’être réuni dans la New Forest entre 1934 et 1945. Gardner rapporte un rituel effectué par la confrérie dans la New Forest en 1940, ayant eu pour objectif de contrer l’invasion nazie. (Source)

[3] « C’était le début de l’ambitieux projet de Norman visant à instituer un Comité Sensoriel à Common Wealth, et il fallut attendre cinq ans avant de voir siéger le premier Comité Sensoriel. […] Cela souligne le besoin que nous avons d’avoir des hommes d’idées (et non pas des hommes d’action) qui pourraient fonctionner comme un ‘‘corps sensoriel’’ plutôt que comme un ‘‘comité consultatif’’, puisque le terme ‘‘consultatif’’ pourrait impliquer que ses membres se sentiraient dotés d’une sagesse supérieure. Le Comité Sensoriel ‘‘pourrait constituer un système nerveux pour le corps gouvernemental. Le système sensoriel amène constamment au cerveau des informations actualisées sur les conditions locales de chaque partie du corps, de sorte que l’action motrice puisse être parfaitement coordonnée.’’ » (Source)

[4] En 1940, Penguin Books publiait le livre de Richard Acland, Unser Kampf (Our Struggle). Pourquoi ce titre allemand et cet hommage évident au Mein Kampf d’Hitler ? Ceci est particulièrement suggestif, considérant que les nazis et les fabiens étaient tous deux des promoteurs de l’eugénisme.

[5] Le cas le plus approchant que j’ai pu trouver est le scandale Orkney, qui impliquait un groupe de quakers, mais qui semble avoir été classé quasi-unanimement dans la catégorie des cas « d’hystérie de masse ». J’ai aussi découvert un cas récent (2012), où un quaker avait abusé sexuellement d’un élève à Hessle, où mon grand-père vécut jusqu’à sa mort en 2013. Il semble qu’il s’agissait d’un incident isolé.

[6] Il fut donné en 1514 par Henry VIII au duc de Norfolk pour services rendus dans la guerre contre les scots. Il devint par la suite la possession de la famille Stanhope.

[7] « Il révèle que [Savile] fut présenté pour la première fois à la famille royale par Lord Mountbatten. En 1966, Jimmy devint le premier civil à recevoir un béret vert de la marine royale. Mountbatten était alors commandant général, et il réalisa que Savile pouvait être un contact utile. » http://www.express.co.uk/expressyourself/43798/How-Jim-really-did-fix-it. Voir également : http://www.dailymail.co.uk/home/event/article-2687779/Jimmy-Savile-book-reviewed-Craig-Brown-The-man-groomed-Britain.html

[8] Faithfull: An Autobiography, par Marianne Faithfull, Cooper Square Press, 2000, pp. 6-7.

[9] Memories, Dreams, Reflections, par Marianne Faithfull, HarperCollins, 2007, pp. 135-6, 141-2.

[10] Ibid, cette série de citations sont tirées de The Girl Factory, pp. 218-222.

[11] Mick Jagger, par Philip Norman, Doubleday Canada, 2012, p. 44.

[12] Driberg accepta une invitation à dîner avec Crowley lors de la première de leurs nombreuses réunions ; c’est au cours de l’une d’entre elles que Crowley nomma Driberg au poste d’enseignant mondial. Rien de concret ne déboucha de cette proposition, mais les deux personnages continuèrent de se rencontrer. https://en.wikipedia.org/wiki/Driberg

[13] Wheen, Driberg: His Life and Indiscretions, Pan Books, 1992, p. 350.

[14] «  Sa réputation de fin diplomate souffrit particulièrement durant la seconde année de son mandat de Premier Ministre, lorsque les États-Unis refusèrent de soutenir la réponse militaire franco-anglaise à la crise de Suez, qui fut unanimement critiquée comme étant un échec historique de la politique étrangère britannique, marquant la fin de la prédominance de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. La plupart des historiens soutiennent qu’il commit une série d’erreurs, en particulier en sous-estimant l’ampleur de l’opposition américaine à une action militaire. La plupart des historiens disent qu’Eden était le seul décisionnaire lors de la crise de Suez. Toutefois, Jonathan Pearson soutient dans Sir Anthony Eden and the Suez Crisis: Reluctant Gamble (2002) qu’Eden était plus réticent et moins belliqueux que ne l’ont estimé les historiens. […] Il est généralement considéré comme l’un des plus mauvais Premier Ministre du 20e siècle, même si deux biographies largement positives (publiées en 1986 et 2003) ont contribué à redresser l’opinion en sa faveur. D.R. Thorpe a déclaré que la crise de Suez ‘‘fut une fin tragique pour son mandat de Premier Ministre, et l’on peut supposer qu’elle prit une importance disproportionnée lorsqu’il s’est agi de juger sa carrière.’’ » (Wikipedia)

[15] On notera en passant qu’Astor fit une psychanalyse avec la fille de Freud, Anna, durant la période où l’institut Tavistock fut fondé.

[16] « Harrisson trouva la lettre de Madge parce qu’elle était imprimée sur la même page du premier et unique poème publié par Harrisson (intitulé Coconut Moon: A Philosophy of Cannibalism in the New Hebrides) dans le New Statesman and Nation. » (Source)

[17] Harrisson était rattaché à la Z Special Unit (aussi connue sous le nom de Z Force), qui faisait partie du Services Reconnaissance Department (SRD), une branche du bureau du renseignement interallié dans le Pacifique Sud. (Wikipedia)

[18] Après la publication de son livre Unser Kampf (Our Struggle), Acland chargea l’O-M de pré-tester son Manifeste de l’Homme Commun.

Le Grand Masque Juif ou L’âne dans la peau du Lion


  https://profidecatholicacom.files.wordpress.com/2018/01/pastor.jpg?w=860&h=280&crop=1
Auteur : Anonyme
Ouvrage : Le grand masque juif ou l’âne dans la peau du lion – Faits historiques et bibliques documentés
Année : 1936

Traduit de l’anglais par:
Elisabeth Maslard

 

 

 

Révélations d’un Goy-averti

« Les bons bois brûlent silencieusement, mais les épines crépitent
bruyamment, criant « nous sommes du bois !
Nous sommes du bois ! »
Ancien dicton perse


Définition :
Masque – nom, masculin.
1. Un divertissement dramatique généralement basé sur un thème mythologique ou
allégorique, populaire en Angleterre aux 16ème et 17ème siècles.
2. Une composition en vers écrite pour une production « masque ».
3. Une mascarade.


 

 

Note de l’éditeur :
L’objet présenté dans ce pamphlet sous le titre « L’âne dans la peau d’un lion », est le travail d’un érudit dont l’identité, nous le regrettons, nous est inconnue.
L’exemplaire qui se trouve en notre possession ne porte aucun signe d’identification
concernant l’auteur ou l’endroit de sa provenance. [Il était probablement Anglais, puisque l’orthographe est l’anglais courant et les commentaires internes indiquent qu’ils ont été écrits à une époque où la Palestine était sous protectorat anglais]. Néanmoins, le contenu de ce travail, qui représente indubitablement le résultat de plusieurs années d’études historiques et bibliques, nous semble si important, qu’en dépit de son caractère controversé pour autant que l’École Fondamentaliste soit concernée, il a été décidé de le faire paraître dans sa forme actuelle, après qu’il ait d’abord été publié dans la revue bimensuelle « Le Gentil Américain ».
Quelques ponctuations de l’anglais courant ont été actualisées dans l’américain courant afin que le travail soit mieux compris par une audience américaine, mais ceci a été fait au minimum, de façon à conserver le caractère anglais original de l’essai. Les Américains doivent une grande reconnaissance à l’auteur anglais de cet article, non seulement pour sa profonde compréhension du sujet mais aussi pour son sens de l’humour anglais.

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Les Juifs, comme n’importe quel peuple puéril, aiment jouer à faire semblant, et lorsque
faire semblant leur apporte l’hommage dû au faux personnage, ils s’en délectent.
Ils ont bénéficié de cette façon de beaucoup de crédit qui n’aurait pas dû leur être
accordé.
Ils se sont d’abord approprié des traditions et les ont totalement alimentées de fausses
idées d’eux-mêmes, en 430 avant J.C environ.
Puis le Grand Masque Juif a commencé, un simulacre entretenu jusqu’à aujourd’hui.
Ces derniers temps, il n’a jamais manqué de soutien. En effet, la propagande juive a été
si insidieuse et persistante, que l’aide bénévole, ajoutée aux autres formes, a toujours été
disponible. A la moindre allusion, des hordes de profiteurs opportunistes haut placés,
affublés d’oreilles d’âne ou d’un long nez, se disputent entre eux et avec les pantins casher pour être les meneurs.
Le Masque, naturellement, a extrêmement de succès chez les Juifs. Il fait appel à leur
vanité et flatte agréablement leur amour-propre. Des arrangements spéciaux sont faits pour eux. Et chacun peut souffler dans sa propre trompette, assuré que ses efforts seront appuyés par les sonneries des chofars et les acclamations de la claque. Tout ce qui est possible est fait pour garder les Juifs dans le Masque, excepté pour les autres peuples, soumis à la volonté des administrateurs Internationaux, et travaillant avec enthousiasme pour la plus grande gloire des gens de spectacle qui les utilisent.
Les Juifs sont accro à la propagande. Les prémices de leur propagande, comme leurs
méthodes pour fournir des « informations » aux uns et aux autres, sont devenues très
compliquées. Ils en sont eux-mêmes devenus les victimes ; par elle ils se flattent eux-mêmes et, dans la contemplation longue et admirative d’eux-mêmes dans leur déguisement, ils sont devenus tellement entichés d’avoir fait de leur propre adoration un véritable fétiche, qu’ils sont incapables de comprendre pourquoi l’humanité ne fait pas une pause dans ses activités pour les rejoindre dans l’adulation.
Ils aiment parler et entendre parler de l’« idéalisme élevé », de la « spiritualité » et de la
« singularité » des Juifs ; et prétendre que les personnalités remarquables de tous les temps, d’Adam et Noë à Christophe Colomb et beaucoup d’inquisiteurs Espagnols étaient Juifs, même s’ils ne le savaient pas, sans parler des dirigeants rouges des derniers jours de la Russie.
Ils se sentent très satisfaits aussi, quand ils pensent qu’à ce jour presque tout le monde
doit être conscient que chaque Juive est « jolie » et que chaque Juif est « un génie», que tous les rabbins juifs sont « cultivés » et sont de « grands érudits », et que les Juifs en général sont « doués pour le commerce », font de bons époux, et sont gentils avec les animaux.
Une telle suffisance n’appelle pas de commentaire. Elle se démontre tous les jours dans
les rues, dans la presse et dans les cours de justice.
Moins véniels cependant, sont les autres vantardises des Juifs, plus particulièrement
celles sur lesquelles ils basent leurs réclamations de traitement préférentiel et de considération spéciale.
Quand on prétend, par exemple, que les Juifs sont une race unique et extrêmement
ancienne, et qu’ils sont les initiateurs et seuls possesseurs de traditions uniques et originales, d’écrits, de coutumes, de rites, de lois, et de principes religieux propres à eux seuls, et différents et supérieurs à ceux des autres peuples, une enquête s’impose et lorsqu’elle est entreprise, elle révèle immédiatement le vide et l’effronterie de la prétention.
On peut s’imaginer à quoi ressemblerait le monde, si deux ou trois autres sectes
devenaient obsédées par leur propre importance, leur spiritualité, et leur singularité, et
exigeaient une partie d’un pays peuplé, d’où elles pourraient imposer leurs idées sur elles-mêmes, de leur humanité souffrant depuis longtemps, et de plus, s’organiser dans le but de le faire efficacement.
Les Juifs ne sont pas, et n’ont jamais été une race. Ils sont un mélange de plusieurs
races: il y a des Juifs minces raides et ternes en Espagne, des Juifs petits gros en Bavière, des Juifs aux cheveux roux en Russie, et des Juifs noirs en Abyssinie et au Malabar. Beaucoup de Juifs ont des cheveux noirs crépus et des lèvres épaisses, dérivés des Maures et des Noirs ; beaucoup ont des traits sémitiques, dérivés des Bédouins et des Phéniciens, alors que d’autres présentent des traits Mongoles. Le soi-disant nez « juif » n’est pas Sémitique ; il est dérivé des Hittites.
Si les Juifs avaient jamais été une nation avec un langage et des traditions à eux,
l’endroit où cette nation était établie dans le passé reste encore à découvrir.
La Palestine n’a jamais été la possession des Juifs. Ils n’ont même jamais été les maîtres
d’un pays à l’Ouest du Jourdain, ou sur la côte en bord de mer. Beaucoup de villes
phéniciennes et d’autres cananéennes étaient imprenables par la stratégie juive. Les Juifs ont occupé des portions de pays seulement, et ils ont même dû les partager avec les Cananéens.
Les sanctuaires de Palestine tels que Bethel, Beer-sheba, Gezer, Gibéon, Gilgal,
Hébron, Jérusalem, Sichem, etc., n’étaient pas des lieux saints juifs, mais d’anciens sanctuaires des Cananéens « adoptés » comme tels par les Juifs qui, dans la plupart des cas, ont « adopté » également le « héros » du lieu.
Parmi les « héros » ainsi « adoptés » par les Juifs, il y eut : Terah, le dieu-cerf ; Ram, le
dieu de l’obscurité ; Abraham, le procréateur ou le père des sommets sombres, associé au
dieu lune Ur ; Sara, la déesse des nuages du Caucase, qui était de même associée à la lune ; Esaü le dieu chèvre ; Jacob, qui ressemble au dieu Hermès du pilier de Béthel ; Laban, le
blanc, seigneur des briques et des fondations, associé au dieu lune d’Haran ; Joseph, le dieu de la divination et de l’interprétation des anciens Cananéens ; Nun, le dieu-poisson du Nord de la Palestine ; Dan, le dieu de l’étoile polaire qui juge, de l’Arabie du Sud, dont la forme féminine était Dinah ; Gad, une forme de dieu taureau ; Israël, le « Saturne » phénicien auquel on sacrifiait des enfants ; Lot, le dieu encensoir de la dissimulation et du voile ; Moab, le dieu de la pluie, père des eaux ; Ashur, le dieu archer des Assyriens ; Saul, le dieu du soleil Babylonien, qui vint en Palestine, la terre des fils de l’âne, pour trouver le père des ânes ; Rammah, le dieu de l’orage ; et beaucoup d’autres tels que Ismaël, Isaac, Leah, Rebecca, Deborah, et Sanson, aussi bien que des « héros » composites tels que Moïse, David, Bethsabée (la fille du dieu lune), et Salomon, en plus des « héros » fragmentaires tels que Esther, Mardochée, Raphaël et Asmodée, etc…

Ayant « adopté » ce qu’ils ne comprenaient pas, les Juifs s’embrouillèrent, non
seulement en ce qui concerne les « héros », mais aussi dans le cadre de leurs coutumes, de leurs histoires, de leurs croyances et de leurs sites. Ainsi, les Juifs ne connaissent pas le vrai site du Mont Sion, et ne sont apparemment pas capables de l’identifier.
Le Sinaï n’est pas la montagne de Jéhovah, mais son nom vient du dieu lune
babylonien Sin « Seigneur de la Loi », et surtout « Seigneur des Hôtes », dont le territoire est également le désert des régions sauvages de Sin, et dont le culte remonte au moins à 4200 ans avant J.C. Jéricho n’est pas la ville des odeurs merveilleuses et des palmiers, mais c’est la ville de la lune jaune ; et le Jourdain la rivière de la lune jaune.
D’autre part, même si plus tard ses femmes portaient des « croissants », Jérusalem
n’est pas une « cité de la lune », elle n’est pas assez ancienne ; elle n’est pas non plus, tel
qu’on le prétend, la demeure de la paix ; elle est, comme son nom l’implique, la cité de
« Uru », le dieu des fléaux, le dieu de la guerre et « Salem », le dieu du soleil (dans son rôle malveillant et destructeur de dieu de la mort et Seigneur de l’Enfer).
Abdul Shipa, qui était gouverneur de Jérusalem en 1430 avant J.C environ, déclare
dans une lettre à son chef suprême Aménophis IV d’Egypte, que Jérusalem ou «Urusalem»  est la ville de Beth Ninip et d’Uras, le dieu de la guerre, dont le nom dans cette région était Salem.
Uru était un démon de la maladie et dieu de la peste, avant qu’il ne devienne un dieu
de la guerre, et Salem ou Shalem, fut identifié à Set, Israël, Saturne, Adar, Dionysos, etc…
Ainsi que l’on peut le constater par les nombreuses grottes et cavernes trouvées aux
alentours, il y avait par le passé dans la région où se trouve à présent Jérusalem, un temple de Ninip, le dieu de la création Babylonien, qui déclencha le déluge.

Pour Ninip, le cochon était sacré et par conséquent tabou pour ses adorateurs. Ninip,
comme Dionysos, était un seigneur du monde souterrain et des «esprits de la terre», avant de devenir un dieu du soleil, et le rocher Sakhra (Sakhra était la mère du dieu du soleil), avec la caverne ou le « puits des esprits » qui se trouve au-dessous de lui, est pour les Juifs la partie la plus sacrée de Jérusalem. Ils disent ici est « la Maison du Seigneur Dieu », ils prétendent qu’ici se trouvait le temple Saint des Saints supposé avoir été construit par Salomon, et qu’ici « la peste fut contenue » !
Les cochons entrèrent dans les rites et les mythes d’Adonis, d’Attis, de Tammuz, de
Set, de Sémélé, de Déméter, de Rimmon, de Dionysos, etc., ainsi que ceux de Ninip, et se
déroulèrent souvent dans les cavernes sous la forme de sacrifices. Dans la caverne de Gezer, qui n’est pas loin de Jérusalem, de nombreux os de cochon ont été trouvés.
Au temps des Egyptiens, les cochons étaient sacrifiés seulement à Bacchus et au dieu
de la lune.
Le lièvre, qui est tabou pour les Juifs et les Hottentots, est associé à la fois au dieu de
la lune et au dieu des fléaux, et de même la souris, que les Juifs mangeaient, tout comme la chair du porc, de manière sacrificielle (Isaïe 66-17).
Les Juifs prétendent que Jérusalem date du temps de David, mais il reste à prouver
qu’il y ait jamais eu un roi Juif nommé David. Il n’y a pas une seule relique de David ou de Salomon à Jérusalem, ni de trace du temple que l’on prétend être celui de Salomon, le dieu poisson sage des Assyriens, construit là, sur le « rocher du soleil ».
Les soi-disant « Ecuries du Roi Salomon » sont des fondations voûtées en maçonnerie romaine et l’église de Ste Marie construite par Justinien en 529 après J.C environ.
Jérusalem n’a pas été construite par les Juifs; la ville et son nom Urusalem étaient en
usage depuis longtemps avant que les Juifs ne les « adoptent ».
Sargon d’Akkad incorpora la Palestine dans son Empire en 2800 avant J.C environ, et
depuis le 23ème siècle avant J.C jusqu’au 15ème, la Palestine était sous la suzeraineté
babylonienne. Elle payait un tribut à Babylone en 1780 avant J.C environ. Ainsi, de 2200
jusqu’après 1400 avant J.C, la Palestine demeura sous l’influence de la culture babylonienne et de la littérature babylonienne.
Du 15ème siècle avant J.C. jusqu’au 10ème, la Palestine fut une province d’Egypte. Et
après le 10ème siècle avant J.C, la Palestine fut un vassal de l’Assyrie jusqu’en 608 avant J.C.
Les archers Egyptiens étaient stationnés à Jérusalem pendant le règne d’Aménophis
III et des dépêches des gouverneurs de Jérusalem à leur suzerain Aménophis IV, datant de 1430 avant J.C environ, ont été trouvées.
La gouvernance de Ramsès II se prolongeait sur plus de 160.90 km au-delà de
Jérusalem. Et Ramsès III rapporte qu’en 1275 avant J.C, il poursuivit ses ennemis aussi loin qu’Alep et Karkemish. Il ne mentionne aucun peuple s’apparentant aux Juifs, on attend toujours que ces derniers expliquent quand et où exactement leur supposé exode a eu lieu.
En 925 avant J.C, Shashanq I d’Egypte marcha sur la Palestine et mis à sac Jérusalem.

Pendant ce temps, l’Assyrie était devenue une grande puissance, et en 877 avant J.C,
Assurnazirpal qui avait fait de son nom une terreur, chassait les lions et autres animaux au Liban. En 842 avant J.C, son fils Shalmaneser II reçut un tribut de la Palestine, qui avait été par deux fois envahie par ses troupes.
En 795 avant J.C, Adad-nirari III ravagea la Palestine et imposa des taxes et impôts à
son peuple.
Si l’on en croit les propres histoires des Juifs, le présumé royaume de David pris fin
immédiatement après la mort de son fils Salomon (en dépit de la promesse faite par leur dieu Jéhovah qu’il continuerait toujours) et le peuple Juif s’est divisé en deux factions.
Bien entendu, il n’y a jamais eu, vraiment à aucun moment, « douze tribus » de Juifs.
La phrase « les douze tribus d’Israël » a la même signification que la phrase « les douze
travaux d’Hercule ». Les seules subdivisions des Juifs dont on a retrouvé la trace avec
certitude, est le groupe appelé « les fils de l’âne jack » (Hamor), et un clan « post-exilique» Bene Parosh, « les fils de la puce ».
Néanmoins, si l’on en croit les propres histoires des Juifs, il y avait « douze tribus
d’Israël », et après la mort de leur roi Salomon, celles-ci se divisèrent en deux factions ; une plus grande, portant le nom d’« Israël », se composait nous dit-on, de « dix tribus » qui occupaient le pays aux environs de Sichem et idolâtraient un veau d’or à Dan et à Béthel ; et une plus petite connue sous le nom de « Judah » qui, nous dit-on, se composait de « deux tribus » qui occupaient le pays aux alentours de Jérusalem, où ils idolâtraient un serpent de cuivre.
Ces factions, bien que chacune soit distraite par ses dissensions internes, se
querellaient et se disputaient continuellement entre elles et avec leurs voisins, si bien que Tiglathpileser III jugea nécessaire de traiter avec les deux. En 738 avant J.C, il imposa un tribut à la faction la plus grande, et en 732 avant J.C, il reçut hommage et tribut de la plus petite.
Étant profondément peu fiables et indignes de confiance, ces peuples généraient
perpétuellement des problèmes et en 726 avant J.C, Shalmaneser IV dut à nouveau prendre des mesures punitives contre le groupe le plus grand. Les Juifs évitèrent la sanction en offrant de l’argent et des promesses équitables, mais il devint évident qu’ils manigançaient tout le temps avec ses ennemis. Et Shalmaneser IV envahit à nouveau le pays, et emmena le « roi » en captivité. Ses troupes restèrent en Palestine jusqu’en 721 avant J.C., son successeur Sargon II emporta à la fois les veaux d’or et les « dix tribus », et tous ensemble disparurent des pages de l’histoire.
Bien qu’on n’entendit plus parler des « dix tribus » nommées les « Israélites »
(puisqu’elles furent réparties parmi d’autres peuples et entièrement assimilées), les « deux tribus » nommées « Juifs » continuèrent de causer des problèmes à leurs suzerains Assyriens.
Aucune promesse ni serment ne les liait, et en 712 avant J.C., ils manigançaient à nouveau avec les ennemis de l’Assyrie. L’année suivante, Sargon II envahit leur territoire et infligea une lourde condamnation. En 700 avant J.C. environ, précisément pour des raisons similaires, son fils Sennacherib ravagea la Palestine et exigea un lourd tribut.
En 675 avant J.C. cependant, les Juifs semblent avoir oublié cette douloureuse
expérience, et Esarhaddon trouva nécessaire d’envahir le pays à nouveau. A peine fut-il apaisé par de fausses promesses, que pour les mêmes raisons, il fut forcé d’y retourner. Il
emmena le « roi » enchaîné, le jeta en prison pendant quelques temps en guise de leçon, et installa des étrangers dans le pays aux abords de Jérusalem.
Il fut cependant incapable de mettre fin au complot des « prêtres » juifs, qui ont
toujours été les porteurs de malheur pour leurs disciples. Au cours du demi-siècle suivant, le territoire occupé par ce qu’il restait des « deux tribus » retomba dans son habituel état de désordre. Des sacrifices humains furent offerts et des combats religieux acharnés s’ensuivirent.
Selon les propres histoires des Juifs, c’est pendant cette période que le très encensé Josiah est supposé avoir « régné » à Jérusalem.
Élevé par les prêtres Juifs, qui ont assassiné le fils de son prédécesseur, il se
transforma en bigot fanatique. La flatterie évoquée par ses exploits religieux lui tourna
apparemment la tête, car en 608 avant J.C., il entrava la marche de l’armée Egyptienne et fut tué. A cause de cette interférence, le Roi d’Egypte, à son retour d’Assyrie, pilla Jérusalem, qui resta son vassal jusqu’en 605 avant J.C., quand il devint tributaire de Babylone une fois encore. Les Juifs continuèrent leurs tactiques habituelles, et en 597 avant J.C., Nabuchodonozor descendit à Jérusalem et emmena ses plus riches habitants à Babylone.
Mais en l’espace de quelques années, les Juifs complotaient à nouveau avec les ennemis de leur suzerain. En 587 avant J.C., Nabuchodonozor, perdant patience, marcha sur Jérusalem, la brûla et la rasa. Il emmena le roi enchaîné, mais aussi beaucoup d’autres gens de son peuple, en captivité. En 582 avant J.C., les autorités de Babylone trouvèrent nécessaire d’expulser un tiers du contingent de « Juifs ».
Ces trois grands groupes de captifs de Jérusalem restèrent à Babylone, ainsi que des
milliers d’autres prisonniers d’autres parties du Proche Orient, pendant un demi siècle.
Cet « exil » fut profitable aux Juifs. Ils le trouvèrent tellement avantageux, que lorsqu’ils reçurent la permission de quitter Babylone, moins de 43.000 choisirent de retourner
à Jérusalem. Et 80 années s’écoulèrent avant que le second et bien plus petit groupe puisse être persuadé de quitter Babylone pour Jérusalem.
En dépit de cela, les Juifs sont sérieusement suspectés d’avoir comploté avec les
Perses pour participer à la chute de Babylone. Beaucoup de gens croient que les avantages accordés aux Juifs par Cyrus en 538 avant J.C. le furent pour leurs services de propagation de la sédition, etc. à l’intérieur de la ville, pendant que les troupes Perses étaient toujours à l’extérieur. Si c’est le cas, et que les autorités ont raison quand elles considèrent que la désaffection du peuple à Babylone était due en grande partie aux tendances monothéistes de la cour et de l’aristocratie, les Juifs ont dû être, soit opposés au Monothéisme à cette époque, soit coupables de double traîtrise.
Ces Juifs qui retournèrent à Jérusalem trouvèrent les environs occupés par les
malheureux placés là par Esarhaddon. Afin d’obtenir un refuge et des maisons toutes
trouvées, beaucoup de Juifs firent des mariages interethniques, avec ces gens sans méfiance qui reçurent les Juifs avec bienveillance et leur offrirent même de les aider à reconstruire Jérusalem. Les Juifs cependant, s’étant établis dans le pays, rejetèrent ces offres d’aide avec dédain et mépris ; et plus tard, en 458 avant J.C., célébrèrent l’arrivée de la seconde horde de « Sionistes » de Babylone en chassant toutes les femmes non Juives et leurs enfants de la région.

Pendant ce temps, Jérusalem était toujours en ruine et les « Juifs de retour » refusaient
d’y vivre. Mais à présent pourtant, ils y étaient contraints par leurs prêtres qui avaient placé
des gardes aux portes et enfermaient les citoyens récalcitrants la nuit venue.
Plus tard, ces premiers « Sionistes » furent requis pour collaborer à certaines
restaurations rudimentaires. La plupart de leurs efforts maladroits furent rapidement balayés en 430 avant J.C., le Masque avait commencé et l’« adoption » de lieux saints, héros, traditions et principes religieux progressaient rapidement. Les immigrants avaient apporté avec eux une idée confuse du calendrier babylonien, du système numérique babylonien, des poids, mesures et système monétaire, et aussi tant de bribes de mythologie, rituels, textes sacrés et philosophie, etc… qu’ils avaient pu assimiler et obtenir. L’« Histoire » commença à se fabriquer et les écrits sacrés à s’adapter ; et le résultat de ce labeur équivoque se ressent encore aujourd’hui.
De l’histoire des Juifs pendant les 600 ans suivant la chute de Babylone et leur
soumission aux règles persanes, peu d’informations fiables sont disponibles.
Leurs propres histoires hautes en couleurs de leur spiritualité, idéalisme élevé,
patriotisme, endurance, courage à toute épreuve, faits d’armes, héroïsme et noblesse de
caractère, etc., abondamment entrecoupées de miracles, sont sans fondement. Aucun de leurs contemporains ne semble avoir été au courant de ce prodige en leur sein, ni même d’avoir aimé ou respecté les Juifs. Au contraire, selon les Assyriens et les Mèdes, « les Juifs étaient jugés de loin, les plus infâmes de tous les peuples ». Et parmi les Grecs et les Romains, ils suscitèrent antipathie et mépris. Marc Aurèle disait qu’il « en avait assez de ces Juifs dégoûtants et braillards ».
Aucune autre histoire ne vient corroborer les contes juifs suspects, qui ressemblent à
s’y méprendre aux livres de Josué, Esther, Judith, Daniel, etc., assemblés également durant cette période ; ils semblent avoir été compilés de manière aussi peu scrupuleuse.
Les « contes merveilleux » du Juif rebelle Flavius Josèphe, qui vécut à l’aise au milieu
des Romains et écrivait en grec, ne sont pas dignes de confiance. Il semble cependant qu’en 350 avant J.C. environ, les Juifs ont tellement rendu leurs maîtres Perses furieux, que ces derniers pillèrent une partie de la Palestine et emmenèrent de nombreux Juifs en captivité.
En 332 avant J.C., les Juifs se soumirent aux règles grecques. Et en 320 avant J.C.,
Ptolémée prit Jérusalem et emmena un certain nombre de Juifs en Égypte,. La Palestine resta sous la domination des Ptolémées pendant presque un siècle. Mais en 246 avant J.C., le pays retourna à son état habituel d’anarchie et de désordre.
En 198 avant J.C., les Juifs se soumirent à Antiochos III, mais en raison surtout des
jalousies des prêtres Juifs et de leurs propres conflits religieux, l’état de la Palestine ne
s’améliora pas. De 175 avant J.C., Jérusalem semble avoir souffert de l’avidité et de la
brutalité de deux Juifs qui avaient adopté les noms grecs de Jason et Ménélas, et firent de la ville un sujet de discorde, jusqu’à ce qu’elle soit mise à sac par Antiochos IV en 169 avant J.C.
En 168 avant J.C., Antiochos IV essaya d’établir une religion uniforme dans son
domaine, mais les Romains lui étaient hostiles et ils mirent tout en oeuvre pour gêner la Syrie.
Ceci permit aux Juifs de se révolter en 167 avant J.C. Avec le rôle joué par Rome contre elle, et préoccupée par d’autres troubles, la Syrie fut incapable de traiter efficacement
l’insurrection juive, qui se poursuivit avec des succès variables jusque vers 146 avant J.C.
Les Juifs, cependant, se révélèrent incapables de se gouverner eux-mêmes, et les
jalousies, dissensions, brigandage et la guerre civile, amenèrent rapidement un tel désordre en Palestine, que les Romains furent obligés de s’en mêler. En 63 avant J.C., Pompée prit d’assaut Jérusalem et plaça les Juifs sous tribut de Rome.
Comme les Grecs, les Romains découvrirent rapidement que les Juifs étaient des
sujets pénibles. Ils avaient créé une communauté à l’intérieur d’une communauté, vivaient dans un état de friction incessante avec leurs voisins non Juifs, et se flagellaient
constamment, selon des traditions hystériques barbares qui paraissaient ridicules à l’esprit pratique des Romains.
Néanmoins, les Romains accordèrent aux Juifs de nombreux privilèges et immunités,
dont les Juifs abusèrent. Et de 63 avant J.C., jusqu’à ce qu’ils finissent par se faire réprimer par Adrien en 135 après J.C. [Anno Domini], (excepté durant le règne d’Hérode), l’histoire des Juifs est surtout un dossier de rébellion contre les règles romaines.
Hérode, dont le père avait été empoisonné par les Juifs, fut nommé roi par les
Romains. Il prit Jérusalem en 37 avant J.C. Il dissémina les bandes de voleurs et de brigands qui infestaient la Palestine et inaugura une ère de paix et ordre relatifs. Entre 19 et 9 avant J.C., Hérode construisit pour les Juifs le seul endroit de culte admirable qu’ils aient jamais possédé.
Comme les Juifs n’avaient pas d’architecture à eux, le temple d’Hérode fut bâti dans
le style grec, mais aucune dépense ou souffrances ne furent épargnées selon Hérode, pour assurer que la construction fut exécutée avec un soin méticuleux au regard des susceptibilités des Juifs fanatiques, et des traditions qu’ils prétendaient être les leurs, même la mise en placede grandes branches de vigne porteuses de grappes de raisins sous un ciel d’or (le symbole de Dionysos) au-dessus de l’entrée.
C’était une caractéristique des Juifs, alors qu’ils ne se lassaient jamais de vanter la
magnificence de la structure, de ne pas autoriser son constructeur à entrer dans les parties les plus sacrées de la construction . Ils n’ont jamais manifesté le moindre sentiment de gratitude à Hérode et n’ont jamais mentionné son nom si cela pouvait être évité. La principale raison de cette attitude semble être que Hérode n’était pas un Juif.
Hérode mourut en 4 avant J.C., et immédiatement les Juifs se rebellèrent encore une
fois. Des bandes de voleurs et de maraudeurs, conduits par des esclaves et des imposteurs, surgirent dans différents endroits et plongèrent la Palestine dans des troubles auxquels elle était habituée. L’ordre fut rétabli par les Romains. Mais en 6 avant J.C., les Juifs se rebellèrent à nouveau, apparemment parce qu’ils s’opposaient au projet romain de faire un recensement.
Le bon sens pratique et la tolérance complaisante des Romains étaient détestables aux
yeux des Juifs ; pour les Romains, les Juifs semblaient une race de fanatiques sectaires, dont les superstitions sinistres et crédules en faisaient d’implacables ennemis, non seulement pour le gouvernement romain, mais aussi pour toute l’humanité.
Une caractéristique immuable des Juifs, aussi, fut leur indéfectible réussite à gagner
l’antipathie des peuples parmi lesquels ils s’étaient installés. A plus ou moins brève échéance, tous ces peuples étaient parvenus à considérer les Juifs avec une extrême défaveur. Ce fut ainsi avec les Assyriens, les Mèdes et les Grecs, et il en fut aussi ainsi avec les Romains.
En 19 après J.C. [Anno Domini], le nombre de Juifs à Rome était important. Comme
ils s’étaient infiltrés dans toutes les classes, surtout parmi les femmes – exploitant les
faiblesses, la crédulité et le vice – ils devinrent impopulaires. Lorsque l’Empereur eu
connaissance de leurs activités malhonnêtes et déshonorantes, il enrôla 4.000 Juifs dans une
garnison et les envoya en Sardaigne. En 39 après J.C. [Anno Domini], leur génie pour exciter l’antipathie conduisit à une effusion de sang à Alexandrie où ils étaient très nombreux.
Parmi les privilèges que les Romains avaient accordés aux Juifs, il y avait la
permission de se réunir, une liberté fréquemment refusée aux citoyens mêmes de l’empire.
Les Juifs ont abusé de cette immense concession, alors même qu’elle intégrait dans la latitude accordée, leurs enseignants de religion.
Les enseignants Juifs utilisaient la liberté qu’on leur accordait pour transformer les
synagogues en écoles de sédition. Ils formaient les Juifs ignorants et fanatiques depuis
l’enfance, à haïr les adhérents d’autres sectes, pendant qu’ils gardaient constamment leurs visions de domination et d’empire mondial en ligne de mire. Et ils maintinrent un système bien organisé d’intercommunication secrète.
Au moment même où les Aryens affinaient et purifiaient leur propre religion et
prêchaient la bonne volonté à tous les hommes, les rabbins inculquaient aux Juifs une haine intense des Gentils et de toutes leurs oeuvres. Ils enseignaient que d’avoir n’importe quelle relation, quelle qu’elle soit, avec des non Juifs était un acte de désobéissance à la loi juive. Les rabbins disaient que tous les Gentils étaient de vile naissance, et que toutes les femmes non Juives étaient impures. Se marier avec une non Juive était une offense odieuse ; que les enfants nés d’une telle alliance étaient des bâtards et ne pouvaient pas hériter. Les rabbins disaient que s’asseoir à table avec des non Juifs souillait un Juif, ou comme entrer dans la maison d’un Gentil, qui devrait être vue comme un bercail pour le bétail. Il était interdit aux
Juifs de conseiller ou d’être amis avec un non Juif. Et on enseignait que tous les bénéfices
conférés à un Juif par un non Juif ne valaient pas mieux que le poison du serpent. Les
rabbins affirmaient que les Gentils ne sont pas des êtres humains, que les non Juifs sont
purement et simplement des bêtes, qu’ils sont les ennemis de Dieu et que quand ils font des enquêtes sur un Juif qui respecte sa religion, c’est le devoir du Juif de répondre avec une malédiction interdite et de donner une fausse explication. Les rabbins pointaient du doigt qu’il est écrit que « chaque goy qui étudie le Talmud, et chaque Juif qui l’aide à le faire, doit mourir »… ouvertement quand il n’y a pas de danger, et par tous moyens quand il y a un risque.
Cet état de dépravation de l’esprit juif était gardé secret, autant que possible, au temps
des Romains. Enflammés par les enseignements de la synagogue et avides de la domination du monde, les Juifs firent éclater des insurrections l’une après l’autre, en général simultanément dans différentes parties de l’Empire à chaque occasion.
Ainsi, en 65 après J.C, les Juifs se rebellèrent encore, et ayant envahi les régions
rurales protégées de la Palestine, ils dirigèrent leurs efforts contre la petite garnison romaine.
Les Romains étaient en si petit nombre qu’ils consentirent à se rendre, à la condition
qu’on leur permit de se retirer de Palestine. Les Juifs acceptèrent les conditions et ratifièrent leur accord par un serment solennel, mais dès que les Romains déposèrent leurs armes, ils furent bassement massacrés par les Juifs. Selon les propres histoires des Juifs, les Romains moururent sans demander grâce, mais en raillant les serments sacrés des Juifs, alors que, est-il dit, ajoutant de l’âcreté à leurs remarques, le massacre se déroulait pendant le Shabbat juif.
Les Juifs disaient que la Palestine devait être débarrassée des non Juifs, et partout où
ils étaient plus nombreux que les Gentils, ils perpétraient des massacres ignobles ; en
conséquence, de 66 à 69 après J.C environ, un état d’anarchie et d’effusions de sang,
extraordinaire même pour la Palestine, s’imposa. En 70 après J.C, Titus brûla Jérusalem et la rasa.
Au premier siècle avant J.C, le Masque était déjà bien structuré, et il continua à
manifester une grande activité pendant 200 ans. Les dernières étapes de cette activité
montrèrent de remarquables similarités avec celles du Masque tel qu’il existe aujourd’hui. Il différait, bien sûr, dans le détail. Par exemple, les Juifs de cette époque prétendaient constamment que leur nombre était plus important qu’il ne l’était réellement, tandis que de nos jours ils prétendent constamment que leur nombre est plus petit qu’il ne l’est. Et en ce temps-là aussi, ils consacraient beaucoup de leur temps au prosélytisme, particulièrement parmi les femmes d’autres peuples ; mais la politique était la même.
Le nombre des Juifs vivant dans d’autres pays était déjà important, et leur nombre
augmenta bientôt au point qu’ils surpassèrent en nombre la population de Palestine. Et les « Juifs de la Dispersion » se conduisaient exactement comme le font leurs successeurs
aujourd’hui.
On croyait que le renversement de toutes les institutions des Gentils était imminent;
on espérait le Messie en toute confiance; et d’après les Juifs, la présomption de l’Empire du Monde et la domination sur tous les peuples non Juifs de la Terre était impatiemment
attendues.
Depuis l’époque de Ptolémée jusqu’au 3ème siècle après J.C, un grand nombre de
Juifs, surtout ceux d’Alexandrie, se consacrèrent à leur tâche extraordinaire de contrefaire
textes et autres écrits, dans le but de soutenir et renforcer le Grand Masque et les prétentions juives.
Les Juifs détribalisés tels que Philo (qui souvent atteignit des sommets dont les
rabbins de Palestine n’avaient jamais rêvé), et Flavius Josèphe (qui, selon ses propres écrits, était un homme plein de ressources et remarquable) se chargèrent de la propagande ouvertement et sans honte. Mais d’autres, tout aussi rusés mais moins effrontés, adoptèrent des méthodes plus insidieuses. Ceux-là avancèrent leurs idées sous le couvert de quelque nom distingué.
Ainsi, les livres en circulation portaient-ils les noms de personnages mythiques ou de
personnes qui, bien qu’elles soient connues, n’avaient jamais écrit une seule ligne.
Les productions littéraires nouvellement compilées étaient présentées comme des
écrits de la plus haute antiquité. Les vers étaient contrefaits et les philosophes revendiquaient la paternité de ces écrits qui les représentaient montrant un profond intérêt pour les écritures juives. Les poètes étaient représentés à tort comme étant profondément impressionnés par la religion juive. Et les oracles étaient faussement cités comme prédisant une destinée puissante pour les Juifs.

En vérité, la falsification devint une science chez les Juifs… la seule. Parmi les
nombreuses compositions factices contrefaites par les Juifs en ces temps-là, il y avait la soidisant « lettre d’Aristée ».
Orphée fut traîné au service des Juifs. Hésiode et Homère ont été amenés pour chanter
le Shabbat juif. Et Eschyle, Euripide et Sophocle ont été amenés pour professer ouvertement les idées juives de Dieu ; quoiqu’une contrefaçon plus impudente à l’extérieur de la Palestine, fut une grande collection des Oracles sibyllins. La manière privée avec laquelle la Sibylle communiquait ses conseils et avertissait les hommes, en faisait un instrument admirable dans les mains des Propagandistes Juifs. Par eux, elle s’est transformée en une prophétesse de Jéhovah – d’épouvantables guerres et de terribles calamités étaient prédites, après quoi disait-on, les Juifs assumeraient la suprématie et conduiraient les nations dans une ère bien heureuse de paix universelle, etc., etc.
En dépit de tous ces mensonges et de la propagande savamment dissimulée, et des
tentatives effrontées de Philo et de l’école allégorique pour imposer les contes juifs aux
Grecs, les Juifs continuaient d’être regardés avec dédain par les Grecs et les Romains, qui
riaient de leurs vaines prétentions glorieuses et refusaient catégoriquement de prendre part au Masque.
Les prétentions des Juifs à une honorable et lointaine antiquité par exemple, était
ridiculisées. Car, que les Juifs prétendent que les dons de la civilisation avaient été réalisés par leur intermédiaire, était abracadabrantesque aux dires des Grecs et des Romains. Qu’est-ce que les Juifs avaient fait pour l’art, la littérature ou la science, se demandait-on ? Au lieu d’avoir été les professeurs de Platon et des philosophes Grecs, comme les Juifs le prétendaient, on faisait remarquer que les Juifs étaient des barbares quand la culture Grecque a émergé. Et que, de toute la horde de petits peuples passant de l’esclavage dans un pays à la servitude dans un autre, les Juifs étaient les moins productifs et les plus pauvres dans la civilisation.
Les Grecs et les Romains insistaient sur le fait que les Juifs étaient les descendants de la
lie de la population égyptienne, populace méprisable, souffrant de la lèpre et « une maladie pestilentielle qui défigure le corps », sales et malades aussi moralement que physiquement. Ils rappelaient que Jérusalem était un refuge pour « la racaille et les ordures » de toutes les nations voisines. Les Juifs, disaient-ils, offraient des sacrifices humains (comme les adorateurs d’Israël et de Saturne, dont le « jour » était saint pour les Juifs) et ils étaient « un peuple de luxure débridée », « entaché d’exécrable filouterie ».
Pendant ce temps, les Juifs dissimulaient et déterminaient secrètement de faire une
autre tentative pour exterminer leurs concitoyens non Juifs.
Quand les exigences de la guerre des Parthes eurent vidé les provinces de l’Est des
troupes romaines en 116 après J.C, une soudaine insurrection des Juifs, concertée au
préalable, eut lieu, caractérisée par des atrocités révoltantes. L’Humanité est choquée par les horribles cruautés que les Juifs commettaient dans les villes d’Egypte, et Chypre, et Cyrène où ils habitaient en toute amitié perfide avec les habitants qui ne se doutaient de rien.
A Cyrène, les Juifs massacrèrent 220.000 citoyens Grecs et Romains ; à Chypre
240.000 ; et en Egypte une très grande quantité. Partout où les Juifs ont surpassé en nombre le reste de la population et réussi leur insurrection, ils se conduisaient de la manière la plus révoltante. Ils découpèrent beaucoup de leurs voisins Gentils en morceaux, imitant leur mythique Roi David. Et ils léchèrent leur sang, s’en enduisirent et dévorèrent la chair de leurs victimes, et entortillèrent les entrailles des non Juifs autour de leurs corps.
Après cette démonstration de leur « spiritualité », on interdit aux Juifs de mettre les
pieds sur l’île de Chypre ; et Cyrène dut être re-colonisée.
Cette flambée fut réprimée par des renforts romains sous Tubro, dépêché par Trajan.
Et les Juifs apprirent une fois encore, que quelle que puisse être la réussite de leurs
machinations secrètes, le déferlement déchaîné du fanatisme oriental était vain contre la
bravoure froide des troupes romaines disciplinées.
Trajan mourut en 117 après J.C et son parent Hadrien lui succéda, et une fois de plus
les provocateurs Juifs s’activèrent. La rébellion fut encouragée et s’appuya sur l’affirmation qu’il était illégal de payer des taxes à un maître Gentil. On avança des promesses avantageuses d’un Messie conquérant qui apparaîtrait bientôt et confèrerait l’Empire de la Terre aux préférés de Jéhovah, ainsi que la domination sur tous les peuples non Juifs.
Cette propagande produisit une extraordinaire effervescence au sein des Juifs crédules
qui, dit-on, ont vu leur fanatisme encore plus attisé par un rabbin nommé Akiba. Ainsi, selon les propres histoires des Juifs (après que les Juifs aient été jetés dans un autre paroxysme de frénésie fanatique, au motif qu’Hadrien ait promulgué des décrets contre la mutilation et la circoncision et, qu’en 130 après J.C environ, il ait ordonné de reconstruire Jérusalem dans le style romain), un homme apparemment appelé Simon, se déclara lui-même être le Messie très attendu, et attira des disciples.
Son nom n’apparaît pas dans les archives romaines. Et on ne sait pas si c’était un
fanatique ou un imposteur. Mais il fut acclamé immédiatement en tant que Roi Messianique attendu depuis longtemps par le rabbin Akiba, qui devint son « porteur d’armure ».
En Palestine, comme à l’accoutumée, les forces romaines n’étaient pas très
importantes. Et quand une « guerre sainte » fut proclamée contre les Romains, presque
toutes les villes juives qui n’avaient pas de garnison romaine, rejoignaient le « Mollah », qui était ainsi autorisé à persécuter cruellement les Chrétiens qui refusaient de le suivre, à tuer beaucoup de Juifs suspectés de vouloir vivre en paix avec Rome, et à soulever une redoutable révolte.
Ce Messie rebelle semblait être connu de ses partisans sous le nom de Bar Cocheba,
« le fils de l’étoile », mais d’après les rabbins, il était appelé Bar Coziba, « le fils de la
tromperie ».
Sévère, rappelé de Grande Bretagne par Hadrien, réprima cette rébellion, et on interdit
aux Juifs de mettre les pieds à Jérusalem, qui devint une ville romaine.
Sous les empereurs successifs, les Juifs, profitant des possibilités offertes par les grottes
et les cavernes de Palestine pour mener une vie sans foi ni loi, causaient parfois des
perturbations. Mais celles-ci, bien que soi-disant patriotes, étaient surtout des éruptions de banditisme et jamais considérées comme un élément sérieux.
Certaines personnes s’imaginent qu’aux alentours de 135 après J.C, les Juifs étaient
éparpillés par quelque agence mystérieuse qui, depuis lors, les a empêchés de retourner en Palestine. Cette absurde superstition est encouragée par le Masque, et par l’expression
trompeuse « la dispersion des Juifs ».
Beaucoup de Juifs étaient emmenés par leurs vainqueurs, bien sûr, dans des endroits
tels que Babylone, la Grèce, Alexandrie et Rome. Mais un bien plus grand nombre de Juifs quittèrent la Palestine de leur plein gré et à leur avantage. C’était le cas surtout durant les derniers stades de la gouvernance perse ; et plus tard, quand les Grecs offrirent des incitations spéciales aux occupants de leurs nouvelles colonies. Et parmi le très grand nombre de Juifs qui émigrèrent à leur avantage, doivent être inclus tous ces Juifs qui quittaient la Palestine apparemment à cause du désordre sans fin et de l’anarchie entretenue là par le peu de gens qui préféraient rester.
Depuis le 1er siècle après J.C, les « Juifs de la Diaspora » – c’est-à-dire les Juifs qui
préfèrent vivre en dehors de la Palestine – ont toujours été plus nombreux que ceux qui ont vécu en Palestine. Mais les Juifs à l’extérieur auraient pu « retourner » en Palestine s’ils l’avaient voulu.
L’interdiction d’Hadrien contre leur présence à Jérusalem fut bientôt caduque. Et bien
qu’elle fut rétablie par Constantin et également par Omar, elle ne s’appliqua pas à d’autres parties de la Palestine. La vérité est que la Palestine fut victime de la soif juive pour l’hégémonie mondiale, la haine encouragée sur le plan religieux et l’avidité égoïste. Après l’avoir ruinée, les Juifs abandonnèrent la Palestine.
Les Juifs n’abandonnèrent cependant pas le Masque ; leurs activités peuvent être
tracées dans beaucoup de pays et à beaucoup de périodes de l’histoire. Ses phases d’activité frénétique sont particulièrement remarquables vers la fin du 18ème et au 19ème siècles, et dans les quelques premières décennies du 19ème et du 20ème siècle après J.C.
La Palestine ne fut jamais un endroit où l’on souhaitait vivre, jusqu’à ce que la Grande
Bretagne fasse en sorte qu’elle le soit, aux dépens de beaucoup de vies d’Anglais et beaucoup du trésor anglais. Et même maintenant, bien que les citoyens anglais soient taxés pour maintenir cet état de fait, et que des soldats anglais meurent pour garder ce jouet sioniste, elle ne parvient pas à attirer les Juifs.
En dépit du fait que la Palestine ait été investie par le Masque juif d’une valeur
complètement imaginaire (ou peut-être à cause de cela), les juifs d’aujourd’hui ne montrent pas de plus grand empressement au retour que ne le firent leurs ancêtres à Babylone, lorsque le Masque commença.
On ne sait pas quelle langue parlaient les Juifs dans le passé. Les Juifs aiment prétendre
que la langue originelle de l’humanité était l’hébreu et qu’ils en sont à l’origine. Mais l’hébreu n’est pas aussi ancien que l’arabe, et il n’est pas juif. Même le mot « hébreu » n’est pas juif.
L’hébreu est un patois des Cananéens méprisés. C’est un mélange de fragments
empruntés à toutes les langues parlées par les peuples avec lesquels les Cananéens entraient en contact, exprimés dans un alphabet emprunté aux Phéniciens, en 800 avant J.C environ.
Cet alphabet et le vocabulaire hébreu sont imparfaits. L’ancien hébreu n’a ni voyelles, ni
signes de ponctuation, ni aucune séparation entre les mots ou entre les phrases. Alors que ses consonnes sont semblables à d’autres, des erreurs de lecture se produisent à maintes reprises.
Bien sûr, on déclare de façon autoritaire qu’il existe quelques 800.000 variantes de lecture des consonnes ayant été comptabilisées dans les manuscrits rescapés (qui ne sont pas très anciens). Les exemplaires varient tellement, qu’il est impossible de dire quelle est la bonne version.
Excepté cette difficulté avec les consonnes, la valeur de n’importe quel essai sur des
sujets scientifiques, juridiques, historiques ou religieux écrit en hébreu, pourrait être
démontrée en disposant de la même manière (sans voyelles et sans signes de ponctuation, ou séparation entre les mots ou les phrases) quelques paragraphes de n’importe quel livre moderne.
L’hébreu est « une langue morte » depuis le 4ème siècle avant J.C, si bien que, à cause
des imperfections de sa forme écrite, personne ne sait comment il devrait être prononcé.
Depuis, cependant, il a été ressuscité et est devenu une partie du Masque, les Juifs procèdent à son rafistolage et pas de doute, à terme, quand les voyelles et suffisamment de mots artificiels auront été ajoutés, il pourrait presque devenir aussi utile que l’allemand de cuisine, connu sous le nom de yiddish, que parlent la plupart des Juifs d’aujourd’hui.
De nos jours, le yiddish est généralement écrit en caractères hébreux – et cela pour
plusieurs raisons – ceux qui connaissent l’hébreu mais pas le yiddish ne peuvent pas le lire ; et ceux qui connaissent le Yiddish mais pas les caractères hébreux, ne peuvent pas le lire Il ressemble à l’hébreu, et ainsi fait plaisir aux Juifs les moins éduqués, et flatte leur vanité.
Pendant des siècles, les Juifs de Palestine parlaient l’araméen. Et les deux talmuds de
Jérusalem et de Babylone sont écrits dans un mélange d’araméen et d’hébreu. Beaucoup de Juifs apparemment étaient même incapables de comprendre ce mélange, et c’est ainsi que les traductions et explications appelées Targums, furent faites par les Juifs les plus ignorants, qui semblent avoir toujours trouvé le langage difficile.
En dépit de cette difficulté de langage, les Juifs sont prétendument les initiateurs et les
possesseurs d’une littérature unique et d’une inestimable antiquité ; toute cette littérature, qui est une vaste banque de savoir, de science, de droit, de poésie, d’histoire et de religion, et qui est sans égal parmi les littératures du monde entier.
Après examen cependant, ces revendications se révèlent exagérées. Les écrits juifs ne
sont pas uniques, excepté en cela : ils ne présentent pas une seule caractéristique originale. Le langage employé, le style, le mode de présentation, le mètre, la façon dont ce qui est écrit est mis en page (par exemple le système de placement du titre et des premiers mots), beaucoup d’expressions, de comparaisons, de phrases, et même des parties entières de travaux peuvent être démontrées comme ayant été « adoptées » d’écrits des Babyloniens et d’autres peuples.
Par exemple, le simple psaume 23 peut être prouvé comme étant d’origine babylonienne, tant d’autres versets du psaume 104 sont presque mot pour mot les mêmes que ceux d’un des hymnes écrits par Akhenaton, qui régna en Egypte de 1385 à 1375 avant J.C.
« Alléluia » est placé au début et à la fin de beaucoup de psaumes, exactement de la
même façon que les anciens Grecs plaçaient « Eleleule » au début et à la fin de bien plus
anciens hymnes à Apollon.
Les écrits juifs non plus ne sont pas anciens. Les Juifs, s’il y en avait alors, ne
possédaient pas l’art d’écrire auparavant, au plus tôt en 900 avant J.C. Par conséquent, aucun « document » juif ne peut être plus vieux que 800 avant J.C. Ce qui veut dire que plus de quatre mille ans après que les psaumes profondément religieux des Akkadiens qui les précédaient aient été écrits… les Juifs apprenaient à écrire !

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L’arnaque du dernier siècle (titre modifié)


Ils vivent dans un monde qui n’existe pas

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Le 2 novembre prochain, nous fêterons les 100 ans de la déclaration « Balfour ». Il est nécessaire  de remercier, c’est un  devoir de mémoire absolu, les deux marionnettes franc-maçonnes que furent Arthur Balfour et Lloyd George.  Ces deux pantins pathétiques ont permis de spolier la Palestine en l’offrant  gracieusement aux pires crapules qui peuplent cette planète. A ajouter à leur crédit le fait qu’ils ont offert quelque chose qui ne leur appartenait pas. En effet pour ceux qui l’ignorent encore la Palestine à cette époque était sous gouvernance ottomane.  Nos deux mamzer so british ont donné un territoire sur lequel ils n’avaient aucun pouvoir ni aucun titre de propriété. C’est beau, c’est fort, c’est la loi de Yahvé et ça passe comme une déclaration  Balfour à la Poste !

Avant toute chose il faut remercier l’Empire britannique, la main velue aux griffes acérées, pour l’ensemble de son œuvre. Merci également à l’ONU (anciennement la SDN) et à tous ses membres (dont la France) d’avoir autorisé le vol et le massacre d’un peuple autochtone sur ses terres ancestrales par des Européens de l’Est et autres apatrides venus du monde entier. Merci surtout à United Fake of America (l’autre fausse nation crée de toutes pièces) d’exterminer préventivement tous ceux qui se sont opposé à ce cancer qu’est l’état imposteur d’Israël. Sans eux rien ne serait possible et les Palestiniens vivraient en paix (quelle horreur) ! Merci d’avoir permis que la Palestine soit à l’heure actuelle le seul pays colonisé au monde !


diner


Il est très étonnant que personne ne réagisse, en particulier en France devant ce massacre de civils en continu. Il est également étonnant que les représentants français répètent à longueur de temps qu’Israël est «la seule démocratie au Moyen-Orient ». Sont-ils si aveugles que cela ? Où sont-ils tout simplement ensorcelés, comme le reste des nations et de leurs populations ? La réponse est dans la question.

« Enfin, dimension à ne pas oublier, la Bible – que Lloyd George connaissait par cœur – allait se trouver « réalisée », ce qui donnait à ces deux hommes politiques anglais – par ailleurs Franc-Maçons convaincus – la justification morale de leur action. Un mois après la publication de la Déclaration, le mouvement sioniste à Londres organisait une grande manifestation de « remerciements » à l’Angleterre. Dans le Royal Albert Hall bondé de monde, un homme se leva et parla. C’était le Rav Kook présent à Londres parce qu’il n’avait pu rentrer en Palestine ottomane du fait de la guerre. Sur un ton gaullien avant l’heure, on l’entendit dire que, certes, l’Angleterre devait être remerciée par le Monde juif – mais que l’Angleterre, elle-même, devait aussi songer à remercier Dieu d’avoir été choisi par lui pour la nouvelle rédemption du peuple juif. » Lien

Ainsi le dieu des juifs aurait choisi la putride  Angleterre pour réaliser les plans qu’il a prétendument consignés dans la Thora, à savoir leur retour en Terre sainte ! C’était il y a un siècle. Heureusement que les plans de leur divinité ne concernaient qu’une zone précise du Moyen-Orient. L’Europe est sauve. Ouf ! Ah, pardon…on me souffle à l’oreillette qu’une information très importante vient de nous parvenir. Je vous la livre telle quelle :

Breaking News

Selon une dépêche de l’AFP des chercheurs israéliens ont découvert des manuscrits bibliques encore inconnus dans des grottes de la mer morte. Ces textes affirment que les territoires situés entre la Loire, le Rhône, la Seine et le Rhin ont été donnés aux enfants d’Israël par Yahvé leur dieu. Le conseil de l’ONU doit statuer en séance plénière la nuit prochaine quant à savoir si des colonies juives peuvent être implantées immédiatement.  Dans le cadre de la loi du  retour  qui offrira à tout juif de la diaspora le droit d’immigrer en France,  les habitants d’île de France, de  Strasbourg, Lyon, et Marseille devront être déportés pour laisser place au  peuple élu. Ainsi les véritables Français que sont les juifs reviendront sur leur terre ancestrale comme le stipulent les écrits bibliques récemment découverts. 

Êtes-vous prêt à accepter l’inacceptable  et à vous  faire spolier, humilier, massacrer sous les yeux des nations qui trouveront tout à fait normal qu’Israël se défende contre les terroristes  français ?

Je plaisante…enfin pas vraiment. Ce n’est pas le français de souche Pierre Askolovitch ( à 1’51’’ ) qui dira le contraire ! Askolovitch français de souche ! La bonne blague. Si lui est français de souche alors tous les Maghrébins le sont également.

Dans la série mythologique à succès des contes et légendes de la tribu  de Juda, notre cher Nicolas Sarkozy, agent sioniste déclaré qu’on ne présente plus, enfonce le clou  en affirmant lors du diner du CRIF de  2011 que « Si la France a des racines chrétiennes, elle a aussi des racines juives. La présence du judaïsme est attestée en France avant même que la France ne soit la France, avant même qu’elle ne soit christianisée. […] C’est ainsi qu’il existe en France des bains rituels juifs contemporains de nos églises romanes et des synagogues aussi ornées que des chapelles baroques. Oui le judaïsme fait partie des racines de la France et chaque Français, quelle que soit sa confession ou son origine, peut en être fier. »

J’aurais envie d’ajouter que la présence juive est attestée sur Terre avant même que la Terre ne soit habitée, avant même que la Terre n’existe. Les juifs lévitaient ( d’où le nom Lévy) dans l’espace en attendant que Yahvé leur dieu créer tout l’univers. Y’a bon ?

Nicolas Sarkozy, en bon sabbataïste,  parle en terrain connu. Celui du mensonge par raccourci, omission et amalgame. La présence de juif ne signifie pas qu’ils sont à l’origine d’une nation, ni même qu’ils aient imprégné les racines de ladite nation. D’autant plus qu’à l’époque de la présence juive «  avant même que la France ne soit la France » les juifs  ne devaient pas être bien nombreux. Ils ont  été le plus souvent une minorité parmi les minorités au sein des nations dans lesquelles ils vivaient. Culturellement, ethniquement, spirituellement ils n’ont jamais imprégné aucune Nation les ayant accueillis. Bien au contraire. Ce sont ces minorités juives  qui ont adopté, excepté certaines communautés ashkénazes,  les cultures de leurs hôtes, adoptant leur langue, leurs coutumes, les meurs et leurs modes vestimentaires, tout en gardant leurs propres identités juives.

Le mensonge est une constante chez certains israélites qui forcent le respect tant  il est poussé à son paroxysme. Ils osent proférer des mensonges si grossiers,  avec acharnement et conviction qu’ils finissent par réellement croire ce qu’ils disent. Ils déforment tellement la réalité qu’elle cesse d’exister. Ne reste plus que leur mensonge pour paradigme. Ils vivent dans un monde qui n’existe pas. Recréer  totalement un monde selon ses propres desiderata relève de l’exploit. Si en plus on parvient à y vivre, mais surtout  à l’imposer aux autres,  là je dis chapeau.

Nous vivons tous dans un monde qui n’existe pas créés par un peuple qui s’est créé lui-même. Hélas ! la Palestine vie depuis un siècle désormais,  dans un enfer bien réel celui-là.

 

Source : Ils vivent dans un monde qui n’existe pas

Le travailliste Galloway laisse un sioniste sans voix


lelibrepenseur.org

par Aguelid

Décidément l’extraordinaire Georges Galloway ne cessera de nous étonner par son courage et la clarté de son discours antisioniste. C’est une occasion supplémentaire de démontrer que la société anglaise est infiniment supérieure à la société française totalement tétanisée par la question sioniste. C’est un curieux paradoxe puisque c’est bien l’Angleterre qui a permis, via Rothschild, la création de l’entité sioniste scélérate.


Ajoutée le 29 août 2017
Une attaque en règle de l’entité sioniste par le député Travailliste Galloway dans un média Britannique. [Version Originale Sous-Titrée en Français]
Traduction: Nous sommes la Paix

L’Angleterre et l’Empire britannique


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Auteur : Bainville Jacques
Ouvrage : L’Angleterre et l’Empire britannique
Année : 1938

 

 

Préface

Jacques Bainville ou l’art d’avoir raison
W. Morton Fullerton.

La Toussaint, 1937.

DANS quelques pages lucides, où l’intelligence brille, que Jacques
Bainville a mises en tête de la traduction d’un ouvrage de Frank H.
Simonds, il dit : « Le véritable livre d’actualité est celui qui prend racine
dans le passé et se prolonge dans l’avenir. » Aucun ne répond
mieux à cette définition que le recueil des articles ici réunis en volume,
et auquel j’ai été prié d’ajouter quelques mots d’introduction,
vraiment inutiles. Un livre de Jacques Bainville, pas plus qu’une fable
de La Fontaine, n’a besoin d’un discours préliminaire. Vouloir écrire
une préface pour un tel livre frôle l’outrecuidance de l’homme légendaire
qui s’est permis de porter des hiboux à Athènes. Cependant, par
piété envers la mémoire de celui qui fut mon ami pendant plus d’un
quart de siècle, j’ai accepté d’être cet homme.

Aux premières pages, nous sommes au printemps de 1914, à la
veille de la Grande Guerre. Jacques Bainville scrutant l’horizon, y voit
poindre la grande collision. Dès ces premières pages, en effet, on remarque
les impatiences, l’irritation même de Bainville devant les hésitations, la longanimité des Partenaires « libéraux », trop « libéraux »,
de l’Entente cordiale. Pour lui, l’Angleterre et la France sont, de moins
en moins, des États dignes de ce nom. Étaient-elles, après tout, autre
chose que « deux vastes bureaucraties alourdies sans relâche par la
manie légiférante de deux assemblées jumelles » ?

La description fut, peut-être, un peu sommaire. En tout cas, Bainville,
faisant son tour d’horizon, lut extrêmement découragé. La Triple-
Entente, d’après lui, se laissait régulièrement battre en détail dans
toutes les grandes parties diplomatiques qui s’engageaient avec le système
adverse. Peut-être, à cette époque, Bainville manquait de mesure
dans sa condamnation du Péché originel qui paraissait paralyser pour
lui l’action concertée des « Curiaces de la Triple-Entente ». Il compare
la diplomatie anglaise et la diplomatie française à celle de l’illustre
Tartarin, qui possédait une collection complète d’armes terriblement
dangereuses, mais qui s’épouvantait à l’idée qu’il était le propriétaire
d’un aussi formidable arsenal et qui blêmissait en pensant qu’on pût
s’en servir. Mais, ces inquiétudes, ces angoisses, ces colères de Jacques
Bainville ne furent-elles pas, après tout, rationnelles et utiles ?
C’est qu’au moment d’écrire -moment pour lui presque aussi grave que
celui de 1870 -l’Angleterre était réellement livrée à la corrosion du
« libéralisme » et, quant à la France, elle était empoisonnée par la
« démocratie ».

Ceux de nous qui avons vécu les années d’avant-guerre, avons passé
par les mêmes affres que Bainville. Moi-même, au même moment,
et même plus tôt, j’étais en train d’exhaler, dans la National Review,
de Leo Maxse, les mêmes inquiétudes. Mais, lorsque la guerre éclata,
lorsque sir Edward Grey, libéral des libéraux, ralliait autour de lui
toute la molle et flottante opinion anglaise, nous avions tous oublié,
Bainville le Premier et tout à coup, nos méfiances au sujet du libéralisme
britannique. Bainville va jusqu’à s’enthousiasmer devant le spectacle
d’une Angleterre où ses fautes du passé – ses illusions tenaces,
ses sentimentalités terriblement surannées – se réparent à coups de canon.
C’est presque d’un ton jubilant qu’un jour Bainville crie, dans une
de ses formules plastiques dont il fut coutumier : « Nous voyons aujourd’hui
que la guerre agit sur la démocratie autant que la démocratie
sur la guerre. »

Pendant une assez longue période, donc, au fur et à mesure que la
guerre continue, sa confiance en l’Angleterre se consolide. En même
temps sa propre doctrine se précise. « De même que tout repose, à
l’heure présente, sur la liaison des deux armées, dit-il, tout repose dans
l’avenir sur l’union des deux pays. » L’Alliance était devenue, en effet,
nécessaire à l’existence de l’une et de l’autre nation. Bainville frémit en
pensant à ce qui fût arrivé si une guerre véritablement fratricide eut
éclaté au moment de Fachoda. Et voici qu’il s’exclame : « L’heure du
Chef unique est arrivée ! »

Le Chef unique, on le sait, ne tardait pas… La guerre lut gagnée.
Mais un chapitre nouveau s’ouvrit. Il restait à gagner la paix. Neuf
dixièmes des pages de ce livre reproduisent les constatations et les
réflexions, souvent amères, de Jacques Bainville, en observateur quotidien
des déplorables événements qui suivirent le Traité de Versailles,
le « mauvais Traité » de Maurras, qui, pour lui comme pour M. Louis
Marin, avait donné à la France une paix qui était « au-dessous de sa
victoire ». Dès les premiers jours de l’après-guerre, Bainville, définissant
la situation créée pour les deux peuples, les Anglais et les Français,
par la fin des hostilités, écrivait ceci qui est, sans conteste, un des
échantillons les plus caractéristiques de sa claire vision et de sa prévoyance
: « L’Angleterre a fini la guerre dès le jour de l’armistice. La
puissance maritime de l’Allemagne est brisée. La concurrence allemande
est éliminée de la mer. Pour l’Empire britannique, la paix est
une paix au comptant, une paix définitive. Pour nous, c’est une paix à
terme, qui doit être réalisée au cours des années à venir. Nous avons
des ruines à relever, des indemnités à percevoir. L’Angleterre n’a pas
de ruines. Son indemnité, elle l’a reçue sous une forme indirecte,
néanmoins tangible ; la disparition d’un rival. Est-ce que ce ne sont
pas, entre les Anglais et nous, de très sérieuses différences ?… Des
situations aussi contraires à tous les égards, des besoins si peu semblables,
font qu’on Parle difficilement le même langage entre Français
et Anglais. Nos grandes préoccupations ne sont pas les leurs, que nous
comprenons peut-être mieux qu’ils ne comprennent les nôtres. Il est
probable que plus nous insisterons sur les affaires d’Allemagne, sur la
réorganisation de l’Europe et sur l’équilibre européen, et moins l’Angleterre
nous entendra. »

À la lecture de cette page d’une si caractéristique perspicacité prophétique,
je songe aux causeries, maintes fois renouvelées, entre
Bainville, Delcassé et moi-même pendant ces moments angoissants de
l’élaboration du Traité de Versailles. Ce furent des colloques tout secrets.
C’est moi qui en avais pris l’initiative. Possédant depuis longtemps
la confiance du grand ministre, le Richelieu de la Troisième
République, de celui, en effet, qui, par l’Entente cordiale. avait défait
Bismarck, je n’ai pas eu de peine à amener Delcassé à se rencontrer
avec un homme dont il goûtait tous les matins la réconfortante sagesse.
Bainville, de son côté, ainsi que moi-même, voyait en Delcassé
l’homme dont l’oeuvre silencieuse d’avant-guerre avait rendu possible
la victoire des Alliés. Nous nous rencontrâmes une vingtaine de fois
pour de longues conversations et j’ai de ce grand républicain plusieurs
lettres écrites après nos échanges d’impressions où il faisait l’éloge du
bon sens, du flair, de la probité intellectuelle de son interlocuteur de
l’Action française. Il est certain que cette communion confiante entre
Delcassé et Bainville a été fort utile pour l’entretien de l’union sacrée
entre Français pendant les premières années de la période
d’après-guerre. En toutes choses essentielles, l’homme d’État et le
journaliste se trouvaient d’accord. Ils se partageaient leurs angoisses.
Rien ne ressemble davantage à la page de Bainville que je viens de
citer que telles lettres de Delcassé que je retrouve dans la collection
que j’ai conservée. Après avoir terminé les hostilités selon la plus
inepte des méthodes, la politique des Alliés, comme m’écrivait Delcassé,
« a été par trop empirique : ils traitent les questions une à une,
alors qu’elles sont liées ». Et l’antienne de ses lettres ne variait guère :
« Ah ! mon ami, comme je tremble pour mes Alliances ! »

Oui, nous nous demandions quelquefois – surtout après le renvoi
du seul homme de France capable de parler nettement aux Anglais, j’ai
nommé Georges Clemenceau – si l’alliance franco-anglaise n’allait pas
passer à l’état de souvenir, si, pour me servir d’une phrase de Bainville
lui-même, les batailles d’Artois et des Flandres n’iraient pas rejoindre
au musée la bataille de l’Alma.

Un jour vint, en effet, où Jacques Bainville, littéralement épouvanté
par l’insistance de l’Angleterre à tout faire pour relever l’Allemagne
– business as usual ; let bygones be bygones – met franchement à la
tête d’un article : « La France jetée par l’Angleterre dans les bras de l’Allemagne. » C’était le moment où mon vieux camarade de Harvard,
Alan Houghton, ambassadeur des États-Unis à Londres, lance son
slogan : Peace is an adventure in Faith ; « la paix est une sorte de pari
de Pascal, ou, si vous voulez, un pari mutuel international, téméraire
sans doute, mais le Starter c’est la Foi ». Vue du continent, l’Angleterre
était, en effet, pour certains de nous (mes propres articles, publiés
au Figaro pendant toute cette période, montrent combien nous
étions d’accord, Bainville et moi), en train de détruire méthodiquement
les résultats de la victoire. Que l’Angleterre le regretterait, Bainville
l’a bien prévu, et sans ambages il le dit. Jour par jour, il fait le
bilan des ravages de Locarno. Il note l’auto-intoxication des Français
au fur et à mesure que la collusion entre Stresemann et Briand renforce
l’illusion que l’on pourra vraiment s’entendre avec les Chevaliers
Teutoniques. Rien de flottant dans sa pensée. S’il se trompe parfois
dans les à-côtés de ses observations – dans ses pronostics, par exemple,
sur les projets britanniques au sujet de l’Égypte – ce que j’ai appelé
sa doctrine demeure solide. Elle ne flanche pas.

Jacques Bainville sait que la « bonne Allemagne » est un mythe. Il
sait que l’homme qui a proposé le pacte rhénan des Quatre Puissances,
qui prétendait être prêt à maintenir une zone démilitarisée couvrant
toute la rive gauche du Rhin, méritait autant de confiance, et non pas
davantage, que ses prédécesseurs de 1914, qui avaient violé le traité
solennel qui garantissait la neutralité du territoire belge. Il sait que les
Alliés avaient commis à Versailles le péché impardonnable, en créant
une unité allemande plus forte même que celle de Bismarck, au lieu
de retonnaître que pour l’Europe il n’y avait qu’une seule assurance de
paix, l’existence d’une Allemagne morcelée, divisée et faible. Et il sait
que la « Balkanisation » de l’Autriche-Hongrie, sans la balkanisation
de l’Allemagne, avait été l’absurdité des absurdités.

Le dernier article de ce livre est de mars 1935, il y a un peu plus de
deux ans. Dans cet article, qui est d’une sérénité parfaite, Bainville fait
comme le bilan de ses idées. Sa pensée « prend racine dans le passé et
se prolonge dans l’avenir ». Il songe au grand Delcassé. L’Europe,
constatait-il, était revenue à des condition qui ne ressemblaient que
trop à celles de la période qui a précédé 1914. Une fois que je voyais
Bainville à cette époque, il m’a dit, mettant la main sur l’épaule :
« Ah ! mon ami, comme cela lasse, à la fin, d’être obligé de dire toujours la même chose ! » L’Angleterre, se demandait-il toujours, et il le
demandait à moi, est-elle devenue plus clairvoyante ? J’étais plus optimiste
que lui et j’ai insisté que « oui ». Je ne crois pas devoir le regretter.
Mais, en face d’une Allemagne qui, d’ores et déjà, disposait
d’une supériorité militaire la mettant à l’abri des sanctions, Jacques
Bainville ne pouvait pas ne pas ressentir une grande anxiété. Il voyait
clairement ce qui est, en effet, le seul espoir de pouvoir éviter une
catastrophe nouvelle : « l’existence d’une coalition résolue, capable de
conseiller la prudence à l’Allemagne et de l’empêcher de passer aux
actes ». Pour le succès d’une telle entreprise la France n’avait pas le
choix des moyens. Elle devait « de son mieux, garder, à toutes fins
utiles, le contact avec l’Angleterre et l’étendre avec l’Italie ». Et le livre
se termine – et c’est justice ! – sous l’invocation du grand Delcassé :
« Le travail à faire consiste à souder une à une les mailles d’une
chaîne, le même travail de patience auquel Théophile Delcassé s’était
voué jadis et qui porta ses fruits au jour du grand péril. »

Le mot de la fin est que Bainville avait appris l’art d’avoir raison,
car avoir raison est, en effet, un art. Il faut un coeur d’une rare humilité
pour être prophète. Les êtres ambitieux et les idéalistes inspirés, ou
même les gens orgueilleusement malins, se livrent difficilement à cet
exercice de géométrie morale, consistant à tirer la résultante des forces
de tous les faits, bons ou mauvais, dont on a connaissance. Pour
avoir raison, il faut surtout ne pas se sentir responsable des faits qu’on
a l’honneur de présenter. Jules Cambon, qui a eu raison toute sa vie,
étudie, dans ce charmant petit chef-d’oeuvre qui s’appelle le Diplomate,
la manière du prince de Talleyrand : « Il avait le don de la prévision.
C’est un don redoutable : l’homme n’aime pas qu’on l’avertisse.
Et les Cassandres n’ont jamais été populaires. Pour lui, il avait les
yeux fixés sur ce qui serait le lendemain, et c’était le lendemain qui
déterminait sa conduite. »

De Jacques Bainville, écrivain, l’on pourrait dire la même chose. Et
c’est réellement l’importance du livre actuel – de ce livre qui « prend
racine dans le passé et se prolonge dans l’avenir » – qui classe Jacques
Bainville, comme penseur, avec le Talleyrand de Jules Cambon.
W. Morton Fullerton.

L’ANGLETERRE
ET
L’EMPIRE BRITANNIQUE

Chapitre 1

L’Angleterre depuis dix ans

L’Action française, 13 avril 1914.

suite…

L-Angleterre-et-l-Empire-britannique

La lutte de Londres contre le terrorisme sioniste


http://orientxxi.info/lu-vu-entendu/bouter-les-britanniques-hors-de,0614

Sylvain Cypel > 13 juin 2014

Pédo-criminalité à Albion et en Italie : un ascenseur politique ?, par Laurent Glauzy


http://www.lelibrepenseur.org/

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Du nouveau en Angleterre : la lutte contre les pédosatanistes de l’élite politique s’intensifie.

En exclusivité LLP

Les études de l’écrivain Henry Makow, de Fritz Springmeier, le livre Dossier pédophilie de Jean Nicolas et Frédéric Lavachery, de Jacques Ploncard d’Assac [Le secret des FM, p.131 : découverte du cadavre mutilé d’une fillette en 1941 dans la loge de Bézier], démontrent clairement que la Franc-maçonnerie est au cœur de la pédocriminalité ou du pédosatanisme. Aleister Crowley, 33e degré de la Franc-maçonnerie, sacrifiait 150 enfants par an. Albert Pike, dans Morals and Dogma ou encore Adam Weishaupt dans Le Testament de Satan affirment que le secret de la Franc-maçonnerie est la dévotion en Satan. Et ce ne sont que de maigres exemples. La religion la plus secrète et la plus élitiste est le satanisme, et par la Franc-maçonnerie et ses rites luciférien elle met à sa botte des politiciens corrompus, prêts à toutes les abjections et manipulation contre leur peuple. Dans Dossier pédophile, il est clairement mentionné que des pédocriminels éventrent des enfants avant de les violer. Quelle compassion voulez-vous que ces criminels aient pour vous ? C’est pourquoi le droit de vote est le plus grand des mensonges. La seule chose que l’homme ait à faire est de n’avoir aucun commerce avec cette boîte à M.. où l’on glisse un soi-disant bulletin de vote. Notre seul devoir s’inscrit dans l’éternité : nous devons uniquement des comptes à notre Créateur. Car, tout se passe dans une dimension surnaturelle. Enfin, quelque soit le courage et la générosité incontestables qu’un Dieudonné montre, l’admiration qu’il peut susciter, son combat est voué à l’échec. Contre Satan, on lutte avec des Grâces et seulement avec des Grâces, et non pas avec des dés pipés.

Ce dossier est réalisé à partir du journal italien Effedieffe, de la presse anglaise et roumaine.

À Londres, les pédophiles de Westminster ont écrit une longue page décrivant les crimes les plus abjects de notre monde. Le furoncle de leur réseau occulte éclate pour la nième fois. En 2012, Scotland Yard avait lancé l’opération Fairbanks pour identifier, au cœur du gouvernement et des parlementaires britanniques, un cercle de pédophiles, responsables d’abus répugnants. En novembre 2014, l’opération Midland est déclenchée. Ce changement de nom s’explique par le fait que les détectives ont reçu des informations sur des parlementaires et des ministres coupables de viols et d’homicides sur deux enfants.

Le député Tom Watson, qui a fait éclater ce scandale, a utilisé son propre réseau d’informateurs pour mettre la main sur un précieux dossier et livrer vingt-deux noms à la police. Déjà, en septembre 1992, il a prouvé et fait condamner un expert pour la protection des enfants, Peter Righton, qui importait des revues et photographies liées à la pédophilie. Pour Tom Watson, comme pour les autres, les preuves attestent clairement l’existence d’un gang de crapules pédophiles au sein du Parlement britannique, ainsi qu’au « 10 » (expression désignant la sphère du Premier ministre, qui réside traditionnellement au 10 Downing Street). Scotland Yard a ainsi enquêté sur la piste d’une maison d’hôtes, dans le Sud-est de la capitale. Un « survivant », couvert par l’anonymat, a déclaré à la BBC avoir été violé à de nombreuses reprises de 1975 à 1984. Cet homme, qui a maintenant une quarantaine d’années, parle d’un cercle de 15 à 20 enfants autistes apportés dans des appartements et dans un hôtel où se déroulaient des viols. « Nul ne se préoccupait de dissimuler son identité, témoigne ce survivant à l’égard de ses bourreaux. Ils n’avaient pas peur d’être capturés ». Il explique qu’il « fut tétanisé pendant neuf années par la peur et le traumatisme enduré ». En février 2013, des mois après la dénonciation effectuée par l’honorable Watson, la police a perquisitionné la maison et les bureaux de Westminster de Lord Janner qui, bien qu’impliqué, n’a jamais été inquiété.

G. Dickens, un député qui dénonce la pédophilie dans les plus hautes instances de l’État.

Rien de nouveau sous le soleil d’Albion. La couverture des ogres de cette île a une longue histoire. En novembre 1983, le parlementaire conservateur Geoffroy Dickens a compilé un dossier de quarante pages à l’attention de Leon Brittan (baron Brittan de Spennithorne), alors secrétaire d’État à l’Intérieur. Mais rien n’avance pour autant. Cette même année, Dickens affirmait que le réseau pédophile comprenait de « très très grands noms, des personnes appartenant au pouvoir, jouissant de beaucoup d’influence et de responsabilité » et il craignait de divulguer ces noms à la Chambre des communes[1].

Leon Brittan, d’origine juive lituanienne, qui a occupé aussi les fonctions de vice-président de la banque d’investissement UBS et de membre du comité exécutif de la Commission Trilatérale, ne fait pas tomber les têtes. Pire : Brittan a fait une splendide carrière à la commission européenne, à Bruxelles (commissaire au commerce, aux relations étrangères, à la concurrence) jusqu’à ce qu’il devienne vice-président de la Commission européenne en 1999. En juillet 2014, le « dossier Dickens » a disparu. Et personne n’est capable de donner le moindre renseignement sur ce qu’il est devenu. Il a été constaté qu’aux bureaux de l’Home office (bureau de l’Intérieur), il manquait 114 dossiers liés à la pédophilie, dont celui monté par le député Dickens plus de dix ans auparavant. Peu après, l’actuel secrétaire d’État à l’Intérieur depuis mai 2010, Therese May, conservatrice, favorable au mariage homosexuel, a ordonné une enquête, admettant que le Home office aurait pu les avoir cachés pour couvrir des pédophiles. Le Premier ministre David Cameron s’est empressé de contredire sa ministre, prétendant que ce scénario était impossible[2]. L’enquête a été dirigée par la juge Elizabeth Buttler-Sloss, laquelle a été « contrainte de renoncer ». Cette magistrate est connue pour avoir présidé l’enquête sur l’assassinat de Lady Di.

Pourtant, les éléments de ce réseau de pédophiles fourni par Geoffroy Dickens et appartenant à l’establishment britannique y sont détaillés. Le député Cyril Smith (1918-2010) est mentionné. En 1979, cet hyper-obèse, un honorable libéral, avait déjà été accusé par un magazine local de harcèlement et de sévices sur de jeunes adolescents d’un hôpital ouvert par lui-même à Rochdale, son fief électoral. La figure de Cyril Smith, grasse et laide jusqu’à la caricature, passait souvent à la télévision. Il était invité à maintes reprises, à heure de grande écoute, par le célèbre présentateur de la BBC Jimmy Savile (1929-2011). Pour Savile, comme pour Smith, les charges de pédophilie sont tombées seulement après leur mort.

Le valeureux Geoffrey Dickens est mort en 1995, sans que personne n’ait été arrêté.

Cependant, le flambeau de la lutte contre la pédophilie ne s’est pas éteint. En décembre 2014, John Mann, député de Bassetlaw, a affirmé qu’il était « inconcevable » que la police ne procède pas aux arrestations et aux auditions de certains des politiciens qu’il a nommés dans une liste remise aux inspecteurs. John Mann, qui a passé des mois à examiner les témoignages, s’est rendu à Scotland Yard et leur a livré des preuves sur vingt-deux politiciens, dont trois députés en exercice et trois membres de la Chambre des Lords. Bien que certains politiciens figurant sur la liste soient morts, la liste contient également les noms d’autres personnalités en vie, mais qui ne gravitent plus activement dans les cercles de Westminster. « Il y a au moins cinq réseaux pédophiles qui impliquaient des députés, a-t-il révélé. Chacun d’entre eux impliquait au moins un député et d’autres davantage, et c’étaient là des groupes de gens qui connaissaient les activités des uns et des autres. Dans certains cas, je pense qu’ils commettaient ces abus en réunion. »[3]

Vishal Mehrotra, l’enfant mutilé et une enquête qui n’avance pas.

L’affaire Vishal Mehrotra est symptomatique de l’horreur de la pédophilie et de l’impossibilité de retrouver les coupables. Cet enfant de huit ans s’était rendu, le 29 juillet 1981, avec ses parents, dans les avenues de la capitale britannique, pour voir passer le carrosse des noces de Charles et Diana. L’enfant, excité, avait couru jusqu’à ce que sa famille le perde de vue. La dernière fois qu’ils l’ont vu était à un endroit non loin d’Elm Guest House, le bordel de South East London. Le petit Vishal a été retrouvé en février 1982, son cadavre était nu, le pubis coupé et amputé des deux jambes. Son dos était en partie sectionné. Le médecin légiste a admis la possibilité que des foul plays (jeux obscènes) aient été effectués sur son corps. Des mois après, le père, Vishambhar Mehrotra, a été contacté par un homme ayant une voix jeune, qui disait être un prostitué et prétendait que Vishal avait été enlevé et assassiné par des pédophiles des « hautes sphères sociales » qui opèrent à partir d’Elm Guest House. Il a parlé de juges et de politiciens qui violent de petits enfants et des bébés, a raconté Vishambhar Mehrotra, qui avait enregistré l’appel puis l’avait apporté à la police.

Mehrotra, citoyen britannique d’origine sud-asiatique, était un juge de Wimbledon. Il a témoigné : « Que se passa-t-il ? Rien, évidemment. J’avais enregistré la conversation entière, qui dure quinze minutes, et l’avais apportée à la police. Mais au lieu d’enquêter, la police n’a plus parlé de la cassette. Rien n’a avancé. Depuis, je me méfie de la police. » Vishambhar Mehrotra a même parlé d’un « refus d’enquêter » de la part de la police et a désigné « un cercle de pédophiles lié au gouvernement et couvert par Scotland Yard »[4].

L’ami de Charles, J. Savile : un pédophile et un nécrophile décoré par Jean-Paul II.

Le cas de Jimmy Savile symbolise la pédophilie au cœur de l’État britannique. Le représentant charismatique de la pop britannique était pourtant vénéré de son vivant pour son implication dans l’humanitaire. Ce satrape historique de la BBC a violé des enfants en toute impunité pendant presqu’un demi siècle. Déjà, en 1964, la BBC enterrait les premières traces du comportement criminel du présentateur. La chaîne n’a jamais diffusé un entretien de Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols qui, en 1978, dévoilait ce grand « non-dit » au sein de l’audiovisuel britannique : « Je voudrais buter Jimmy Savile. Je pense que c’est un hypocrite et je parie qu’il est réellement impliqué dans tous ces crimes qu’on lui prête et qu’on connaît tous, mais dont personne ne veut parler. Je parie que rien de ce que ce type a fait ne sortira jamais. »[5]

Cet horrible individu, pendant des décennies, a animé un gang de pédophiles violeurs pakistanais opérant à Rotterham, South Yorkshire. En janvier 2013, le nombre des plaignants recensé était de l’ordre de 450, dont une bonne partie avait moins de dix ans à l’époque des faits. Il y a quelques jours, la police britannique a révélé que l’enquête avait prouvé que Savile s’envoyait fréquemment en l’air avec des cadavres dans les locaux de la morgue de l’hôpital de Leeds, mais aussi avec les patients et patientes d’un hôpital psychiatrique[6]. Parmi ses nombreuses actions de bénévolat, l’homme s’était fait engager comme brancardier bénévole, ce qui lui donnait accès à de nombreux locaux de manière privilégiée.

Le pouvoir de Jimmy Savile était immense. Lunettes colorées, cheveux longs et un cigare constamment à la bouche, au volant d’une Rolls Royce, il était l’animateur d’une multitude d’œuvres caritatives et de belles soirées londoniennes.

De nombreux lauréats ad honorem, béret vert ad honorem, radiologue ad honorem, la reine en a fait un Sir, et Thatcher un Chevalier ; et il a obtenu de Jean-Paul II le titre de chevalier de l’ordre équestre de Saint Grégoire le Grand. Il a été fait de manière informelle conseiller pour le mariage du prince Charles, un ami très proche, avec Diana. Son appartenance et son implantation dans le milieu de l’establishment était total, tout comme son sens de l’impunité. Il a agressé sexuellement des centaines de personnes âgées de 5 à 75 ans, jusqu’à son dernier soupir.

Pendant des décennies, ce monstre intime de la Couronne a aussi animé un gang de pédophiles pakistanais opérant à Rotherham. Ce groupe de musulmans auraient violé, de 1997 à 2013, plus de mille enfants âgés de 11 à 16 ans, présentant des handicaps mentaux. Le député travailliste Denis Mac Shane a déclaré ne pas avoir voulu l’empêcher, bien qu’il ait été informé des abus, parce qu’il avait peur de mettre à mal l’identité multiculturelle de la Grande-Bretagne. La police, la famille, les assistants sociaux et les politiciens se seraient tous tus par peur de sembler politiquement incorrects. Telle a été l’explication peu crédible donnée par des journalistes à l’égard de l’infini silence qui entourait ce cas. En fait, il y a fort à parier que ce groupe avait des liens avec l’establishment britannique, qui ne voulait pas se trouver trempé dans d’obscures histoires de partouzes et de crimes d’enfants.

suite…                source: http://www.lelibrepenseur.org/2015/01/16/pedo-criminalite-a-albion-et-en-italie-un-ascenseur-politique-par-laurent-glauzy/

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