L’antisémitisme partout Aujourd’hui en France


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Auteurs : Badiou Alain – Hazan Eric
Ouvrage : L’antisémitisme partout Aujourd’hui en France
Année : 2011

 

 

1. Une année agitée

Au cours de l’année 2002, la guerre se déchaîne contre les forces du Mal au Moyen-
Orient. En Afghanistan, l’armée américaine, qui a envahi le pays six semaines après le
11 septembre, poursuit son entreprise de libération. Une autre libération se profile, celle de
l’Irak : militaires et diplomates préparent ouvertement l’invasion du pays pour y implanter
la démocratie. En Palestine, où s’est déclenchée la deuxième Intifada, l’armée israélienne
réinvestit toute la Cisjordanie et l’opération Rempart balaye ce qui reste de l’autonomie
accordée à Oslo. En avril, la prise du camp de réfugiés de Jénine et sa destruction au
bulldozer font des dizaines de morts civiles.
Pendant ce temps, en France, le premier tour de l’élection présidentielle est marqué par
le succès du Front national. Roger Cukiermann, président du CRIF, déclare à Haaretz
(23 avril 2002) que le résultat de Le Pen « servira à réduire l’antisémitisme musulman et
le comportement anti-israélien, parce que son score est un message aux musulmans leur
indiquant de se tenir tranquilles. »
C’est dans ce contexte que se développe une campagne dénonçant une « vague
d’antisémitisme » en France. « Des synagogues sont incendiées, des rabbins sont molestés,
des cimetières sont profanés, des institutions communautaires mais aussi des universités
doivent faire nettoyer, le jour, leurs murs barbouillés, la nuit, d’inscriptions ordurières. Il
faut du courage pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu’on appelle cités sensibles et dans le métro parisien1. »
Pourquoi cette campagne ? Il importe d’allumer un contre-feu, car l’opinion publique et
même les médias sont choqués de la brutalité avec laquelle l’armée israélienne réprime la
deuxième Intifada. Dénoncer la « poussée d’antisémitisme » est un bon moyen pour
détourner l’attention de la sanglante opération Rempart ou mieux encore, pour la présenter
comme une mesure défensive, dans le contexte d’une « montée générale de
l’antisémitisme ».
L’opération se déroule sur un terrain favorable : la détestation montée d’un bout à
l’autre de l’Occident contre les Arabes et les musulmans après le 11 septembre. Car la
vague d’antisémitisme, ce sont eux, naturellement eux qui en sont les agents propagateurs.
« La recrudescence en France et en Europe des agressions antisémites, verbales ou
physiques a, depuis l’éclatement de la “deuxième Intifada” à l’automne 2000,
incontestablement mis en avant de nouveaux acteurs de la haine antijuive, nommément
des agresseurs issus des banlieues ou de l’immigration, des victimes du racisme et de la
discrimination qui s’adonnent, envers les Juifs, aux comportements contre lesquels ils sont
en droit de se voir eux-mêmes protégés2. »
La notion d’une « vague d’antisémitisme » n’était pas entièrement dénuée de
fondements : il est indéniable que dans ces années 2002-2004, il y eut des insultes
proférées contre des juifs, des tags hostiles, des cageots incendiés devant des synagogues,
des bagarres entre jeunes… Même si les actes les plus médiatisés, ceux qui déclenchèrent
le plus de mâles paroles chez les politiques et le plus d’indignation dans les institutions
juives furent le fait d’une mythomane (l’« agression » de Marie L. dans le RER D en
juillet 2004) ou d’un pauvre fou, juif de surcroît (l’incendie d’un centre social juif rue
Popincourt en août de la même année), la réalité de manifestations d’hostilité contre les juifs à cette époque ne fait aucun doute, et nous ne prenons aucune manifestation de ce
genre à la légère. Il ne se passait cependant rien qui puisse paraître d’une gravité
exceptionnelle, rien d’irréparable, et même Simone Veil critiqua vertement le mot de
Finkielkraut faisant de 2002 une « année de cristal »3.
Mais pour les initiateurs et les militants de cette campagne, peu importait l’ampleur
réelle de « la vague » : l’impulsion était donnée. Parallèlement à la presse dénombrant
avec une précision toute policière les « actes à caractère antisémite » dont il s’agissait de
montrer la prolifération, on vit sortir en octobre 2004 le rapport Rufin, commandé par le
ministère de l’Intérieur, qui dénonçait « un antisémitisme d’importation, notamment chez
des jeunes issus de familles originaires de pays où l’antisémitisme est culturellement
banalisé. » Rufin assimilait « l’antisionisme radical » à un antisémitisme « par
procuration », et préconisait une loi qui pénaliserait la critique de l’État d’Israël.
Ce fut d’ailleurs l’époque des premiers procès – contre Daniel Mermet, contre La
Fabrique éditions, puis contre Edgar Morin, Sami Naïr et Danielle Sallenave – procès
intentés pour « incitation à la haine raciale » par une officine nommée Avocats sans
frontières4. On vit également paraître une série d’ouvrages dénonçant l’antisémitisme des
« maghrébins ». Dans Les Territoires perdus de la République, ouvrage collectif dirigé par
Emmanuel Brenner et centré sur la question de l’école, l’idée générale est que
« l’antisémitisme qui se donne libre cours dans les établissements scolaires de certains
quartiers, la peur des adultes responsables devant des propos et des comportements
inacceptables, l’affaiblissement intellectuel devant l’offensive islamiste sont inséparables
de ce gouffre qui, plus que jamais, sépare en France le peuple de ses élites5. » Nicolas
Weill, dans La République et les antisémites, accepte comme « un fait » qu’il y ait « un
antisémitisme arabo-musulman particulièrement virulent, que celui-ci soit à l’occasion
toléré par une certaine extrême gauche souvent passive – ou fascinée – devant son
extrémisme6 ».
On notera au passage le retour insistant du mot « République », déjà fortement mis à
contribution pour soutenir l’interdiction du « foulard islamique » à l’école, comme si, par
un paradoxe singulier, ce mot qu’on croyait nourri, au moins abstraitement, par un certain
universalisme politique, voire orienté vers la défense du droit des « gens d’en bas »,
servait désormais d’emblème à l’hostilité envers les ouvriers arabes et les musulmans des
cités populaires.
Pour sa part, Prêcheurs de haine, de Pierre-André Taguieff, est une longue (968 pages)
dénonciation, une véritable liste de proscription de ces « archéotrotskistes et nouveaux
gauchistes antimondialisation, outrancièrement palestinophiles […] alors même que
l’islamisation de la cause palestinienne s’accentue7 ».
La dénonciation d’une « montée de l’antisémitisme » fut relayée et amplifiée par la
presque totalité des médias et de ce qu’on appelle « le monde politique ». Du côté de la
gauche, les plus bruyants étaient les habituels ennemis des « arabo-musulmans » français :
les dévots de la laïcité et les féministes égarées. (Notons au passage que le syntagme
« arabo-musulmans », complété par celui de même farine « islamo-gauchistes », est
d’origine policière, comme tous les doublets du même genre, « judéo-bolchévique »,
« hitléro-titiste », ou plus récemment « anarcho-autonome ».)

Du côté de la droite au pouvoir, il y avait unanimité dans la « détermination sans faille »
à lutter contre la renaissance de l’antisémitisme. Il peut paraître étrange de voir les juifs
aussi bien « défendus » par un courant idéologique – la droite – qui leur est
traditionnellement hostile. Le phénomène ne peut manquer d’évoquer la blague d’origine
israélienne : « Qu’est-ce qu’un philosémite ? C’est un antisémite qui aime les juifs. » Au
cours de ces années 2002-2003, le nombre et l’activité de ces philosémites-là semblaient
s’accroître dans de considérables proportions.

NOTES
1 Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre, Réflexions sur l’antisémitisme qui vient, Paris, Gallimard, 2003, p. 9.
2 Nicolas Weill, La République et les antisémites, Paris, Grasset, 2004, p. 15.
3 En référence, évidemment, à la Nuit de cristal de 1938, où des centaines de juifs avaient été tués par les nazis.
4 En réalité, ces procès avaient été précédés d’autres actions en justice, menées le plus souvent par la Licra et le Mrap, contre de véritables fascistes/négationnistes (Roger Garaudy, Bernard Antony…) Elles avaient permis
de constituer une jurisprudence, mais dans les années 2000, la cible ayant changé, le Mrap s’était désengagé de ce type d’action.
5 Les Territoires perdus de la République, antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire, Emmanuel Brenner éd., Paris, Mille et une nuits, 2002, p. 17-18.
6 N. Weill, op. cit., p. 33.
7 Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004, p. 192.

2. Qu’en est-il de l’antisémitisme en France ?

Les formes sous lesquelles existe aujourd’hui de l’antisémitisme en France sont très
diverses et n’ont même souvent rien à voir entre elles. Depuis la dernière guerre mondiale,
l’antisémitisme n’est plus soutenu en France par une sorte de consensus abject (auquel
participaient par exemple, encore dans les années trente, de nombreux écrivains connus, et
pas seulement Céline). Il persiste sous la forme de minorités disparates, activistes ou
cachées.
Au plus noir du spectre, on trouve quelques nostalgiques du IIIe Reich, des néonazis qui
taguent des croix gammées sur les synagogues. Il est fort possible qu’ils aient apporté leur
part aux actes réellement antisémites commis en 2002 : la profanation de tombes est bien
dans leur manière. Ils peuvent représenter un danger dans certains pays du Nord ou en
Autriche, mais en France, ce sont quelques douzaines d’excités dont il faut certes
surveiller et interdire les agissements, mais dont on ne voit pas, pour l’instant, qu’ils aient
un avenir politique. Autant, dans la France d’aujourd’hui, dénoncer le « péril islamique »
et vouloir détruire les mosquées peut, hélas, rapporter des suffrages, autant profaner des
cimetières juifs suscite, et c’est encore heureux, une répulsion quasi unanime.
Autre groupuscule, celui des négationnistes. Certains d’entre eux se situent clairement à
l’extrême droite : souvent liés au Front national, ils tentent ici et là de s’implanter dans
l’université, Assas, Lyon III. Mais présenter une pareille marchandise sous un masque
académique, avancer sous les dehors du savoir historique est une tentative toujours fragile
et contestée. Certes, leur force a été de faire parler d’eux : ils ont suscité une réelle
polémique, et il s’est trouvé des historiens qui se sont efforcés de réfuter loyalement leurs
affirmations négationnistes. Or les idéologues antisémites sont tout sauf loyaux et ce qui
les anime n’est certes pas l’esprit critique de la science. La réfutation historienne et
académique revenait sans doute à tomber dans un traquenard : démontrer que les chambres
à gaz ont vraiment existé ne fait qu’entretenir autour des négationnistes ce qu’ils
souhaitent, à savoir répandre la conviction que c’est un « vrai problème ». Ils pourront
toujours dire que si l’on écrit des livres entiers pour démontrer cette existence, c’est
qu’elle est problématique, puisqu’il faut encore aujourd’hui la démontrer. Semer le doute
concernant un fait historique indubitable est la seule chose qui les intéresse et en ce sens,
dans une tradition fasciste bien connue, les négationnistes sont des provocateurs
intellectuels. Mais ils ne sont qu’une poignée, et sans réelle influence. Notons aussi
l’existence de négationnistes « de gauche », dans la lignée de la Vieille Taupe. Ceux-là se
défendent d’être antisémites, mais ils le sont quand même : parfois le masque tombe et
l’on voit alors la haine qui se cache derrière les positions tiers-mondistes de ces
idéologues camouflés. Tous ces groupes, d’extrême droite ou « de gauche », ne
représentent pas grand-chose, mais il est important de reconnaître leur existence, de ne pas
les dédouaner, de ne pas se faire prendre à leurs trucs rusés, comme c’est arrivé par
exemple à Chomsky. Qu’ils soient parvenus à attraper quelqu’un comme Chomsky prouve
bien qu’ils ont plus d’un tour dans leur sac. De même qu’il faut faire attention à des gens
comme Dieudonné et ceux qui le soutiennent – dire clairement qu’il s’agit là d’un
antisémitisme véritable, quel qu’ait été le point de départ de leur position.
Très différent de ces petits groupes d’excités, plus digne et plus hypocrite encore dans sa

façon de se présenter, on trouve le vieux fonds antisémite du « pétainisme
transcendantal ». Il reste un peu fantomatique, car il ne s’organise pas sur la scène
politique avec des déclarations antisémites ou des manifestes. Mais parmi ces gens-là,
certains, Renaud Camus par exemple, sont prêts à déclarer publiquement ce que les autres
pensent silencieusement ou n’avouent penser que dans les repas familiaux, quand on est
« entre soi ». À savoir que dans beaucoup de secteurs d’activité, « il y a trop de juifs ».
Évidemment, en force, en nombre, en influence, cette tendance n’a rien à voir avec ce
qu’elle était avant guerre, où elle était pratiquement dominante. Il y avait à l’époque, dans
tous les grands pays « démocratiques », un antisémitisme d’opinion, capable de
s’exprimer dans certains journaux, y compris par la voix d’intellectuels reconnus. Cet
antisémitisme s’inscrivait dans une disposition plus vaste, une vision du monde chauvine
et raciale sans complexe, où l’on pouvait utiliser la figure du métèque, de l’étranger, mais
aussi le racisme au sens biologique du terme. Dans le dictionnaire Larousse de 1932, le
Noir était encore présenté et dessiné comme un intermédiaire entre le singe et l’homme !
Et dans ces considérations raciales, l’antisémitisme jouait un rôle important.
Aujourd’hui en France, concernant les juifs, il n’existe rien de tel. À cela, il y a une
bonne raison : avant guerre, les juifs étaient pour beaucoup des étrangers qui arrivaient de
Pologne, de Lituanie, de Roumanie, qui parlaient yiddish, qui faisaient partie de la maind’oeuvre
la plus pauvre : ils étaient les arabes et les africains de l’époque. De nos jours, les
juifs sont bien « intégrés » et cet antisémitisme, ce racisme-là s’est déplacé vers d’autres
cibles.
En vérité, l’antisémitisme d’opinion des années trente était une composante du
sentiment antipopulaire qui stigmatise toujours les derniers arrivants : au XIXe siècle les
Auvergnats, les Bretons, les Italiens ou les Savoyards ; après la guerre de 14-18, les
Polonais, les juifs de l’Est, les Espagnols ; après la Seconde Guerre mondiale, les
Portugais et, avec une forte composante raciste supplémentaire, exacerbée par les guerres
coloniales, les Algériens et les Marocains – aujourd’hui les Maliens ou les Congolais. Si
l’on ne saisit pas cette continuité, on ne peut comprendre ni l’antisémitisme d’avantguerre,
ni la situation actuelle. Car cette composante est toujours prête à resurgir, y
compris au niveau de l’État, pour attiser le ressentiment contre une partie de la population
pauvre : c’est une très classique manoeuvre de division intra-populaire, qui frappait une
bonne partie des juifs avant la guerre et qui s’exerce aujourd’hui contre ceux qu’on
nomme « les immigrés », et auxquels on a récemment adjoint les Gitans – les Tziganes,
les « Roms » – qu’on ne semble pas faire moralement bénéficier du souvenir de leur
extermination par les nazis. La pratique de la chose a été exemplaire : à la suite d’un
meurtre commis par la police, on a assisté à la mise en cause collective d’un groupe entier
– un groupe dont la majorité est de nationalité française (comme du reste les terribles
« jeunes des banlieues »), mais dont la provenance et le mode de vie anomique suffisent
aux yeux de l’État pour tenter de réveiller contre lui l’hostilité, supposée latente, d’une
partie de la population.
On peut considérer que l’antisémitisme traditionnel a périclité parce que sa cible – le
juif des caricatures du Sturmer, le juif de Gringoire et de Je suis partout – a disparu. Il
n’existe plus que comme résidu fantomatique dans la partie la plus arriérée et nostalgique
de la bourgeoisie française, qui cumule le souvenir de tous les métèques successifs.

Le sentiment qu’éprouve envers les juifs une grande partie de la jeunesse française noire
et arabe est un tout autre chapitre, qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme historique.
Même Taguieff considère que c’est quelque chose de différent : c’est lui, sauf erreur, qui a
forgé pour en parler le terme de judéophobie. L’hostilité de ces jeunes envers les juifs est
fondamentalement liée à ce qui se passe en Palestine. Ils savent que là-bas, des Israéliens
juifs oppriment les Palestiniens, qu’ils considèrent, pour des raisons historiques évidentes,
comme leurs frères. Face à cela, se présente ce qu’ils peuvent voir comme les juifs d’ici –
d’abord et surtout les organisations qui se prétendent « représentatives » de la
« communauté juive », ce qui veut dire qu’elles parlent à la place des gens et leur coupent
la parole, surtout s’il s’agit de juifs qui ne sont pas d’accord. Le soutien de ces
organisations à tout ce que fait l’État d’Israël est pratiquement absolu. Il y a aussi, parfois,
des juifs de leur quartier qui se présentent comme des soutiens inconditionnels d’Israël.
Les jeunes dont nous parlons font alors l’amalgame entre la répression anti-palestinienne
de l’État d’Israël et cette image tronquée des juifs français, ce qui peut les amener à penser
que tous les juifs du monde, ici et ailleurs, sont leurs ennemis
Dans cette affaire, les mots ont leur importance. Israël se définit comme un État juif, ce
qui produit une sorte de fusion entre le mot « juif » et la pratique gouvernementale
israélienne. Il était moins confus de parler, comme ce fut un moment le cas, de « l’État
hébreu ». La fusion entre le nom que se donnent les membres d’une diaspora historique
présente dans des dizaines de pays et le nom d’un État du Proche-Orient est importante sur
le plan symbolique : les jeunes dont il est question entendent que ce qui se passe là-bas,
c’est l’État juif qui en porte la responsabilité. Et entre État juif et État des juifs, il y a au
moins une ambiguïté, entretenue par le fait que l’État hébreu se proclame l’État des juifs
du monde entier. Il faut une certaine maîtrise des nuances de la situation réelle pour savoir
que de très nombreux juifs ne considèrent pas du tout cet État comme leur État. Pour un(e)
jeune Français(e) arabe ou noir(e), fils ou fille d’un paysan maghrébin ou africain venu en
France comme ouvrier dans les dernières décennies, parqué(e) dans une cité sinistre,
l’opération de dissociation n’est pas facile entre Israël comme État et comme pratique
persécutrice, et puis juif, accolé à ce nom-là avec le consentement quasi universel. Pour
aller chercher le point où il n’y a pas consentement, il faut un oeil attentif et politisé. Il
n’est pas évident de voir que parmi les juifs français, très nombreux sont ceux dont
l’opinion sur la Palestine est en fait celle de Français ne connaissant rien d’autre à la
question que les positions officielles répercutées par les appareils médiatiques. Quant aux
juifs français qui s’opposent à la politique israélienne, ils sont soigneusement maintenus
dans l’invisibilité, comme d’ailleurs l’opposition radicale à l’intérieur même d’Israël –
minoritaire certes, mais pas plus que chez nous l’opposition à la guerre d’Algérie autour
de 1956.
Ce qu’éprouve cette jeunesse populaire n’est pas de l’antisémitisme, mais plutôt une
hostilité « politique mal politisée » à ce qu’elle perçoit comme la position des juifs de
France. S’y ajoutent des séquelles plus ou moins conscientes du temps de la colonisation
en Algérie, où la France avait réussi à scinder les juifs des arabes en donnant aux premiers
la nationalité française – la loi Crémieux de 1870 –, les seconds restant jusqu’au bout,
sous des appellations diverses, des « indigènes ».
Choisir le mot « antisémite » pour qualifier le sentiment politique de cette jeunesse,
prétendre que cet antisémitisme est en « montée » n’est aucunement la description d’une

situation réelle mais une opération de stigmatisation. On choisit à dessein un terme qui
n’est pas le bon. Du reste, on leur attribue bien d’autres maux : pour Finkielkraut par
exemple, non seulement ils sont antisémites, mais c’est à cause d’eux que l’école
républicaine est ruinée, à cause d’eux qu’une sorte de sauvagerie s’est installée à la
périphérie de nos grandes villes, etc. Dans cet ensemble, le mot « antisémite »,
indubitablement le plus violent, est aussi celui qui a le moins de rapports avec la réalité du moment.
Cette opération est un fusil à deux coups : elle vise d’une part la jeunesse noire et arabe
et de l’autre ceux qui la soutiennent – et se trouvent être presque tous hostiles à la
politique des gouvernements israéliens successifs. Il est essentiel d’empêcher ces gens-là
de nuire car ils écrivent parfois des livres et peuvent de temps à autre faire entendre leur
voix. Pour tenter de les réduire au silence, on va les accuser eux aussi d’antisémitisme, et
peu importe si cette accusation est totalement absurde.
Bien entendu, semer la méfiance et l’hostilité envers la jeunesse populaire sont des
procédés de classe assez traditionnels. Aujourd’hui toutefois, l’un de leurs buts particuliers
est d’établir une frontière qui la sépare de la petite bourgeoisie blanche éduquée, de créer
un fossé entre la barbarie des banlieues et nos chères têtes lycéennes et étudiantes – c’est
pourquoi le thème de l’école revient si souvent dans ces questions. C’est une ségrégation
sociale qu’il s’agit d’établir, dès l’enfance, dès l’école, et pour cela, l’accusation
d’antisémitisme est encore une fois bien utile.
Toute cette opération constitue un des cas de croisement, si nombreux dans l’histoire
française, où des questions internes concernant les rapports de classes sont traitées en
utilisant des figures externes de type colonial ou impérial. Ainsi, jusqu’à la dernière guerre
mondiale, sous la IIIe République, l’exaltation des grands coloniaux, notamment les
généraux des « pacifications » successives, allait de pair avec la détestation des métèques.
Depuis la liquidation de la Commune de Paris, il existe une intrication entre l’être colonial
et les affrontements internes – avec de grandes incertitudes, et pour tout dire une tenace
complicité des forces « de gauche » sur ce point. Nous vivons un avatar un peu
crépusculaire de ce genre de combinaison propagandiste. Le but est de convaincre les
esprits qu’il y a une unité de fond entre le soutien apporté au combat des Israéliens contre
la barbarie « intégriste » arabe, et chez nous la lutte contre les jeunes barbares des
banlieues – dont la qualité de barbares est bien prouvée par le double fait qu’eux aussi
sont souvent arabes ou musulmans et qu’ils critiquent la politique gouvernementale
israélienne – ce qui, dit le propagandiste, revient à soutenir la barbarie islamiste planétaire
dans sa lutte contre le raisonnable et démocratique État d’Israël.
Le plus bourbeux de toute cette affaire est que, pour rendre cette combinaison efficace,
il faut faire intervenir une autre histoire, qui n’a rien à voir avec les deux scènes (le
Proche-Orient et les « banlieues » de chez nous) que la propagande tente d’unifier. Cet
ingrédient, dont l’instrumentalisation est proprement honteuse surtout à l’égard des morts,
est celui de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. Le propagandiste s’en sert
comme d’une sorte de brouillard jeté sur les trois axiomes entièrement fallacieux qui sont
les siens, à savoir : juif = État d’Israël, palestinien = intégrisme musulman, jeune des
banlieues = intégrisme musulman. L’accusation d’antisémitisme, et donc de complicité
mentale avec les nazis, est construite à partir du barbouillage de ces trois inepties par le

pathétique génocidaire, pourtant complètement extérieur à tout ce dont il est question.
Cette accusation portée à l’encontre de la jeunesse arabe et noire est construite à partir
d’axiomes faux, mélangés à un point qui n’a de rapport historique réel ni avec l’actuelle
politique des gouvernements israéliens, ni avec l’état d’abandon et de ségrégation où est
laissée cette jeunesse, point qui est quand même l’argument ultime – à savoir la
destruction des juifs d’Europe.

3. Une étrange rhétorique

Dans la polémique réactionnaire contemporaine, on peut identifier plusieurs volets : la
forme violente et vulgaire du fascisme ordinaire, la forme ironique et un peu pointue de la
droite cultivée, et puis, très à part, le discours des pourfendeurs professionnels de ce qu’ils
nomment antisémitisme. Les agents de ce troisième volet sont des intellectuels, souvent
sophistiqués, dont l’argumentation a un trait commun : il s’agit, par des étapes et des
connexions tout à fait singulières, de mettre en lien des choses qui, comme nous l’avons
vu, n’ont aucun rapport entre elles. Intéressons-nous plus particulièrement aux détails
rhétoriques de la construction de ce lien.
L’une des chaînes, très souvent à l’oeuvre, se déplie ainsi : l’anticapitalisme a pour
noyau l’anti-américanisme, l’antiaméricanisme a pour centre l’antidémocratisme, et
l’antidémocratisme – c’est là que se fait le saut ultime – a pour pivot l’antisémitisme. On
trouve cet enchaînement par exemple chez Bernard-Henri Lévy : « L’antiaméricanisme
français, cette passion politique dont on ne rappellera jamais assez qu’elle apparut, chez
nous, dans la mouvance des fascismes français des années 30, ce délire idéologique qui
masque mal des sentiments aussi douteux que la haine de la démocratie tocquevillienne
[…] le fantasme d’un pays cosmopolite vivant sous la loi du lobby juif, l’antiaméricanisme
français, donc, est un attracteur du pire dont les séductions seraient d’autant plus
dangereuses qu’un coup d’arrêt symbolique, venu d’en haut, ne lui serait pas très vite
opposé8. »
Une variante de cette combinatoire est non moins intéressante : il est clair que l’antiimpérialisme,
aujourd’hui, c’est l’antiaméricanisme. L’antiaméricanisme, c’est
évidemment l’anticapitalisme. Et l’anticapitalisme, via le classique phantasme du
« financier juif », c’est l’antisémitisme. Donc l’anti-impérialisme, c’est l’antisémitisme.
L’avantage de cette variante, c’est que ceux qui soutiennent les Palestiniens se réclament
souvent de l’anti-impérialisme : leur antisémitisme ne fait donc plus aucun doute !
Autre exemple, cette fois du côté des images : l’un de nous (AB) avait comparé ceux
qui abandonnaient la gauche en perdition après les dernières présidentielles à des rats
quittant le navire9. Dans son blog, Pierre Assouline écrivit : « La dernière fois dans ce pays
qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un
documentaire de propagande sur le péril juif10. » Parler de rats équivalait donc à stigmatiser
les juifs. Bernard-Henri Lévy se greffa sur cette querelle, écrivant dans Le Monde
(22 juillet 2007) qu’« Alain Badiou s’autorisait de sa juste lutte contre l’ “immonde” pour
réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques (“les rats”… “l’ homme
aux rats”) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré,
sans appel, qu’elles sont toujours la marque du fascisme ». Comme souvent chez cet
auteur, non seulement l’accusation concernant la « métaphore zoologique » est
inconsistante (l’usage du mot « rat » par AB n’est jamais que celui d’un proverbe
classique sur qui change de camp pour sauver sa peau), mais la référence est falsifiée : il
n’y a rigoureusement rien, dans le texte de Sartre auquel Bernard-Henri Lévy renvoie, qui
ait un quelconque rapport avec ce qu’il lui fait dire. Ajoutons que si quelqu’un a utilisé des
métaphores animales dans l’expression de ses positions politiques, c’est bien Sartre !
« Tout anticommuniste est un chien », c’est lui qui l’a dit, et il y a bien d’autres exemples.

L’enchaînement qui, du rat de AB conduit, via Sartre, à l’antisémitisme fasciste est une
imposture.
Autre enchaînement singulier, le syllogisme imaginé par Nicolas Weill : la critique des
médias porte sur des journalistes (prémisse indiscutable !). Or il y a parmi les journalistes
beaucoup de juifs (étrange convergence entre Nicolas Weill et l’antisémite Renaud
Camus). Donc ceux qui critiquent les médias sont antidémocrates/antisémites. Et de même
que si tout homme est mortel et que Socrate étant un homme, il est mortel, de même si
tout critique des médias est antisémite, tel ou tel critique des médias l’est. De fait, Nicolas
Weill s’en prend nommément à trois d’entre eux : « La plupart de ces offensives [contre
les médias], qu’elles proviennent d’un professionnel en révolte comme Serge Halimi (Les
Nouveaux Chiens de garde), de Pierre Bourdieu (Sur la télévision) ou de Jacques
Bouveresse (Schmock ou le triomphe du journalisme), ont en commun une tendance non
assumée à l’antidémocratisme » – dont on a vu le lien serré avec l’antisémitisme. Nicolas
Weill, conforté à la fois par la logique d’Aristote et par des exemples frappants (Jacques
Bouveresse antisémite, il faut le faire !) peut en venir à une conclusion générale. Citons :
« La critique du journalisme au XIXe et au début du XXe siècle épouse un autre
phénomène : celui de l’antisémitisme, le journalisme étant chez certains considéré comme
la profession par excellence des juifs. » (Le Monde, 2 avril 2004.)
Critiquer les États-Unis, parler d’animaux, s’en prendre aux médias : autant de procédés
tortueux auxquels, selon nos rhétoriciens, recourent les antisémites. Il en est un autre, tout
aussi honteux : la comparaison. Il y a bien longtemps que Claude Lanzmann a expliqué
que la destruction des juifs d’Europe est un fait unique, ineffable, qui ne peut s’expliquer,
et encore moins se comparer à quoi que ce soit. Les contrevenants sont accusés
d’antisémitisme, voire de négationnisme. Par extension, toute référence à la Seconde
Guerre mondiale et à l’Occupation pour parler du temps présent est criminelle. L’un
d’entre nous encore (EH) avait écrit : « Quand un groupe armé détruit un fortin israélien à
Rafah, qualifier cet acte d’attaque terroriste (France 2) ou d’attentat (France 3), c’est
reprendre les termes qu’utilisait contre la Résistance le regretté Philippe Henriot,
secrétaire d’État à l’information du gouvernement de Vichy, abattu par un corps franc en
avril 194411. » Nicolas Weill, toujours aux aguets, s’interroge immédiatement : « On se
demande qui joue dans son univers mental le rôle de l’occupant nazi » (Le Monde, 15 avril
2006). Par l’un de ces sauts périlleux dont les inquisiteurs modernes sont coutumiers,
expliquer que le terroriste de l’un est généralement le résistant de l’autre, c’est assimiler
l’armée israélienne à la Wehrmacht et relève donc clairement de l’antisémitisme.
Tous ces procédés, si tirés par les cheveux qu’ils soient, finissent par former une
rhétorique d’intimidation dont le seul but est de coller sur des adversaires l’étiquette
« antisémite », avec l’idée qu’une fois appliquée, on ne pourra pas plus s’en défaire que le
capitaine Haddock de son célèbre sparadrap.

NOTES
8 Bernard-Henri Lévy, Récidives, Paris, Grasset, 2004, p. 873. Souligné par nous.
9 Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? Paris, éditions Lignes, 2006.
10 in « La république des livres », 28 novembre 2007.
11 Eric Hazan, LQR, la propagande du quotidien, Paris, Raisons d’agir, 2006, p. 39.

4. Les nouveaux inquisiteurs

suite…

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Hollande, en partant n’oublie pas d’éteindre la lumière et d’interdire – à vie – tout soutien à la Palestine.


legrandsoir.info
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par Jacques-Marie BOURGET

 

Derrière des hommes comme Stéphane Hessel et Maxime Rodinson nous avons été des militants anticolonialistes qu’il fallait être, luttant pour un monde qui se libère, donc une Palestine libre. Aujourd’hui, avec les mêmes idées en têtes, nous sommes devenus des « antisémites », des criminels….

 

 

Actuellement François Hollande apparait un peu mou de la bombe. Après avoir rêvé de lâcher ses « Rafale » sur Damas, puis pilonné le Mali, la Syrie et l’Irak -et applaudi au carnage du Yémen- cet homme de fer est-il soudain résilient ? En panne ? Je lui confie donc une idée : si tu allais écrabouiller les supporteurs du Celtic de Glasgow… Voilà des mal-élevés qui s’entêtent à brandir des drapeaux palestiniens dans leur stade de foot, à hurler vive le BDS ! Des criminels de guerre en devenir, qu’il faut d’urgence punir. Et d’une double peine puisqu’ils sont d’une origine sociale qu’Hollande méprise. Tous ces égarés sont des prolétaires, fils ou filles d’hommes rudes : des « sans dents » descendants de « sans dents », aussi des supporters de l’Irlande libre. Hollande ne doit pas oublier sa promesse d’un soir où, en goguette chez les Netanyahou, il a déclaré la main sur la pochette de son petit costume : « Je ne sais pas chanter mais suis prêt à apprendre pour louer la gloire d’Israël ! » Mauvais karma, à l’époque on trouvait à ses côtés, en témoin, une fille d’édentés, Valérie Trierweiller. Allez Président avec dents, fais-nous plaisir. Faute de raser les hooligans du Celtic sort au moins l’article 16 de la boite à pharmacie de l’Élysée, proclame un édit que je rédige pour toi : « Toute manifestation de soutien à la Palestine est interdite à vie sur l’ensemble territoire de la France ». Ah ! Qu’est-ce que l’on perd comme temps en formalités.

Car, au pays dit des « Droits de l’Homme », le processus d’interdiction de manifester toute forme de soutien au peuple colonisé par Israël est en marche. Pour rire, déposez donc un projet de réunion publique dans une préfecture hexagonale et vous verrez. C’est non. Au mieux à trois heures du matin dans les ruines d’une friche industrielle, autrement dit sur la lune. Soyons clair, estimer que le sort fait à la Palestine est illégal et injuste est devenu une affirmation antisémite. Fini le temps où Valls plantait des arbres pour soutenir les frères de Gaza et Ramallah. Les oliviers sont coupés. Nous avions alors de 7 à 77ans, nous défilions en hurlant librement et sans ombre, sans ambiguïté ni arrière-pensée pour la Palestine. En ces années nous n’étions pas « antisémites » et l’idée de nous accuser de cette monstruosité ne venait à personne. Nous n’avons pas changé et pourtant nous sommes aujourd’hui ceux que l’on stigmatise. Les réprouvés criminalisés.

Que nous est-il arrivé ? Qu’est-il arrivé à une cause historiquement et juridiquement irréfutable devenue interdite ? Tout a basculé à la chute du Mur. Le communisme est mort, confinant son utopie aux mètres cubes du mausolée de Lénine. Une partie du monde, une partie des êtres, a alors cessé de rêver le meilleur pour les autres, se consacrant maintenant à l’examen studieux de son nombril. L’attentat newyorkais du « 11 Septembre » a été le coup de grâce de la « cause » palestinienne. Désormais tout citoyen né dans un monde dit « arabe » est un terroriste, comment le défendre même s’il a des droits. Un fils de philistin, combattant pour sa liberté depuis près d’un siècle, devenait de facto un barbare d’al-Qaïda ou de Daesch. Principe de précaution : il faut claquemurer cette engeance sous un sarcophage digne de Tchernobyl. Et nous, vieux citoyens du monde, vieux marxistes, vieux anars, vieux cathos vieux gaullistes et vrais démocrates, nous survivants, il nous faut, dans notre Arche de Noé, tenter de maintenir en vie l’idée de lutter pour une Palestine sauve et libre. Difficile, cruel et même dangereux. Qu’un ministre Turc vienne en France pour faire la campagne des Frères Musulmans, c’est « oui » pour le meeting (et tant mieux). Qu’une ONG veuille manifester contre la mort qui tombe en Palestine…dans une inversion et une perversion du droit, c’est alors « non ».

Nous aussi sommes face à un mur, par exemple celui maçonné par Nathalie Kosciusco-Morizet, une élue qui a appris de Fillon l’honnêteté et l’art de manier la truelle dans les salons de la haute bourgeoisie. Suite à une manifestation qui a quand même pu se tenir à Paris, voilà ce que cette amie de la liberté écrit :
« Alors que le Premier ministre avait annoncé que des dispositions seraient prises pour empêcher ce type de rassemblement, une manifestation a pu se tenir ce week-end dans les rues de Paris. La prolongation de l’état d’urgence vous donne pourtant, monsieur le Préfet de Police, les moyens de les interdire »… « Je vous demande de n’autoriser aucun rassemblement appelant au boycott de l’Etat d’Israël et de poursuivre systématiquement tout rassemblement non autorisé incitant à la haine envers un Etat démocratique et reconnu ». Selon un mode de dénonciation que nous avions oublié, voilà un ordre donné à un fonctionnaire qui ne peut que dire « amen » sans être suicidaire.

Si, un préfet un peu sourd ou simplement amateur de droit, avait mis la missive de NKM au panier, la piqûre de rappel est automatique. Cette fois c’est Francis Kalifat, président qui s’autoproclame « représentatif » des juifs de France, qui s’y colle. Autre courrier timbré au préfet, au sujet de ces malheureux (mais courageux) rassemblements, tenus pour une Palestine à décoloniser : « Outre le côté illicite du boycott et le caractère antisioniste visant à contester l’existence même de l’Etat d’Israël, ces manifestations sont clairement antisémites et visent à stigmatiser les Français juifs. Je compte sur votre intervention rapide, énergique et définitive pour que cesse dans les rues de Paris cette parole antisémite. »

C’est écrit : protester contre le phosphore quand il tombe sur Gaza, c’est être antisémite.

Parfois c’est l’étranger qui se mobilise contre les amis français de la liberté. Ainsi, convaincue d’être un ministre de la France, Aliza Bin-Nun, ambassadrice d’Israël à Paris, début mars, écrit à neuf maires tricolores, afin de les sommer d’interdire toute manifestation ayant pour cadre « La semaine contre l’apartheid israélien ». Menaces efficaces puisque des édiles sans courage, des responsables d’université pleutres, ont refusé aux militants le droit de se réunir.

Face à cette solitude, celle du marcheur qui touche le fond, le soutien du « monde Arabe » serait un renfort utile. Ne rêvons plus, il est advenu. Un rapport publié, sous le sigle de l’ONU, présenté par la Commission Economique et Sociale pour l’Asie, écrit «  Israël est coupable de politique et de pratiques constitutives du crime d’apartheid »…. et qu’il faut que l’ONU « soutienne la campagne BDS, la campagne de boycott d’Israël » Un « crime antisémite », à mettre au compte de musulmans puisque 18 pays arabes figurent dans le groupe qui a émis le rapport. Aussi sec Antonio Gutteres, le nouveau pantin nommé à la tête des Nations Unies, s’insurge contre l’offense. Rima Khalaf, l’économiste jordanienne qui préside la Commission, est priée de retirer l’insupportable rapport. Courageuse la dame refuse. Gardant intact son honneur elle quitte l’ONU : « Je démissionne parce qu’il est de mon devoir de ne pas dissimuler un crime, je soutiens toutes les conclusions du rapport. »

Grand malaise à New York, au siège du « gouvernement mondial ». Pour le compte de la Commission le rapport a été rédigé par les professeurs américains Richard Falk et Virginia Tilley, deux grands experts du droit international qu’il est difficile de contester. Dès le rapport publié, les autorités israéliennes réutilisent une fois encore l’arme de l’injure antisémite. Dans le meilleur des cas le rapport siglé ONU est, selon les amis de l’extrême droite israélienne, « digne du Der Stürmer », un journal nazi du III e Reich. Si ce constat agace tant l’état hébreu et ses amis c’est qu’il remonte en surface l’image d’un d’apartheid. Une comparaison et un jugement déjà formulés par Jimmy Carter et évoqué par Kerry lui-même.

En France, où comparaison ne vaut pas raison, la classe politique -hors Mélenchon, le PCF, les trotskistes et les anars- on ne peut même pas cligner des yeux sur cette image : Israël est l’état du juste et du bien. Pour aider le clan de la pensée juste, je propose, sur le modèle de la loi Gayssot, de punir tout écrit, tout acte, toute photo, tout film, toute musique, toute sculpture, toute peinture, tout geste, tout souffle qui s’en viendrait soutenir ces salopards de Palestiniens. Si, pour conclure et montrer le chemin parcouru à reculons, j’évoque Sabra et Chatila et rappelle aux amnésiques qu’en décembre 1982 l’Assemblée de l’ONU a qualifié ce massacre « d’acte de génocide », je risque fort, si des NKM s’en mêlent, de me retrouver devant un tribunal correctionnel pour propos « antisémites ». Alors ? Ressuscitons Maxime Rodinson et Hannah Arendt !

Jacques-Marie BOURGET

PS. Bien qu’ils soient les promoteurs de la colonisation de la Palestine, les anglais se montrent plus sourcilleux que la France sur ce droit à manifester. Les militants britanniques, ceux qui soutiennent le BDS, ont été autorisés par la justice à poursuivre le gouvernement quand il s’oppose au droit de prôner le boycott.

Cette chronique est publiée dans le numéro d’Avril du mensuel « Afrique Asie ».

Antisémitisme et anti-maçonnisme Histoire secrète de L’Oréal


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par Thierry Meyssan

Le géant de la cosmétique, L’Oréal, vient d’annoncer la restructuration de son capital. Ainsi
disparaît le holding de contrôle créé par Eugène Schueller pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le fondateur du groupe était aussi l’un des grands financiers du complot de la Cagoule et du
nazisme français. A la Libération, la société et ses filiales étrangères servirent de refuge aux
criminels en fuite. Aujourd’hui, l’héritière du groupe, Liliane Bettencourt, est devenue la
femme la plus riche de France. L’histoire du groupe éclaire la face cachée de la politique
française contemporaine.

À la mémoire de Marx Dormoy, Victor Basch, Jean Zay, Georges Mandel et Jean Moulin

C’est par un bref communiqué, diffusé le 3 février 2004 dans la nuit, que le géant de la
cosmétique L’Oréal a annoncé la restructuration de son capital[1]. La famille Bettencourt et le
groupe Nestlé, qui détenaient ensemble la majorité de L’Oréal par l’intermédiaire du holding de
contrôle Gasparal, la posséderont désormais directement. Ce tour de passe-passe étant
accompagné d’un engagement de conservation de titres, les Bettencourt bénéficieront d’un
abattement de 50% de la valeur taxable à l’impôt sur la fortune (ISF). Ils ne seront pas tenus
de payer de frais pour cette transaction grâce aux nouvelles dispositions introduites à leur
intention dans la «loi pour l’initiative économique» du 1er août 2003[2].
L’Oréal est aujourd’hui évalué à 43,6 milliards d’euros. Les Bettencourt détiennent 11,99
milliards ; Nestlé 11,5 milliards ; les 20,11 milliards restants flottants en Bourse. La fortune
personnelle de Lilliane Bettencourt, héritière du fondateur de L’Oréal, était estimée en 2002 à
17,2 milliards d’euros. Ce qui en fait la personne la plus riche de France.
Une entreprise qui veut se payer la République
L’Oréal a été créé, en 1907, par un petit entrepreneur, Eugène Schueller. Il absorbe Monsavon,
en 1928, puis les peintures Valentine, les shampoings Dop, le magazine Votre Beauté. Dérivant
lentement à la droite la plus extrême, Schueller se fait connaître par ses théories économiques
sur le «  salaire proportionnel  ». Dans une société libérée du capitalisme libéral et des
syndicats, les ouvriers toucheraient un triple salaire  : un salaire d’activité, un salaire familial
calculé en fonction de leur nombre d’enfants, et un salaire de productivité.
Le 6 février 1934, en réaction à un retentissant scandale politico-financier, les ligues d’anciens
combattants de la Grande guerre manifestent devant la Chambre des députés à Paris pour
obtenir la démission du gouvernement Daladier. Sous l’impulsion des fascistes, le
rassemblement tourne à l’insurrection et tente de renverser la République au profit du colonel
de La Rocque qui refuse le rôle qu’on veut lui faire jouer.
Divers autres échauffourées surviennent dans les semaines suivantes, y compris une tentative
de lynchage de Léon Blum en marge de l’enterrement d’un historien monarchiste, de sorte que,
le 18 juin, le gouvernement prononce la dissolution des ligues. Immédiatement, un groupe de
militants fascistes, pour la plupart issus de la XVIIe section des Camelots du roi, rompt avec le
philosophe monarchiste Charles Maurras et décide de passer à la clandestinité. Ils constituent
l’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (OSARN). Il y a là autour d’Eugène
Deloncle, Aristide Corre, Jean Filliol, Jacques Corrèze, bientôt rejoints par Gabriel Jeantet,
François Méténier et le docteur Henri Martin.
Le colonel de La Rocque met en garde les anciens adhérents des ligues contre une infiltration
de leur mouvement par des «groupes de trahison», c’est-à-dire par des fascistes agissant pour
le compte de l’étranger, l’Italie et l’Allemagne en l’occurrence  [3]. Quoi qu’il en soit,
l’OSARN se structure rapidement en groupes locaux et en système hiérarchisé extrêmement
cloisonné, de sorte qu’en dehors des chefs, les membres de l’organisation ignorent tout de son
ampleur, de ses objectifs réels, des moyens et soutiens dont elle dispose. Certaines cellules du
complot, dont les Chevaliers du glaive, dirigés à Nice par Joseph Darnant et François Durand
de Grossouvre, adoptent un rituel et un costume inspirés du Klu Klux Klan états-unien, ce qui
vaudra à l’OSARN d’être désigné par les monarchistes sous le sobriquet de «  La
Cagoule»[4].
Ami intime d’Eugène Deloncle, Eugène Schueller met ses moyens personnels à disposition du
complot. Plusieurs réunions de l’équipe dirigeante se tiennent dans son bureau au siège de
L’Oréal.
Un groupe de jeunes gens, résidant à l’internat des pères maristes (104, rue de Vaugirard à
Paris), fréquente les chefs du complot et se joint à certaines de leurs actions sans pour autant
adhérer formellement à l’OSARN. Il s’agit de Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy,
André Bettencourt et François Mitterrand.
Robert Mitterrand, frère de François, épouse la nièce d’Eugène Deloncle.
Échecs et divisions sur fond d’antisémitisme
En un an et demi, l’OSARN formalise ses relations avec le gouvernement de Benito Mussolini
en Italie, puis avec celui d’Adolf Hitler en Allemagne. Pour leur compte, il achemine des armes
à Francisco Franco en Espagne et élimine des réfugiés politiques en France. En échange, il
obtient un appui financier et logistique considérable. L’organisation tente un coup d’État dans
la nuit du 15 au 16 novembre 1937, qui échoue. Au lendemain et dans les semaines qui
suivent, le complot est mis à jour. Des perquisitions permettent de découvrir des caches
d’armes réparties sur tout le territoire. Ce sont au total des centaines de fusils-mitrailleurs, des
milliers de fusils et d’uniformes, des dizaines de milliers de grenades, des centaines de milliers
de munitions, tous importés d’Italie et d’Allemagne, qui sont découverts.
Le président du Conseil, Édouard Daladier, freine l’enquête lorsqu’il apparaît que l’OSARN a
développé ses réseaux parmi les officiers supérieurs et jusqu’à l’état-major. En effet, il ne paraît
pas possible de décapiter l’armée française alors que la menace de guerre se précise. Il a tort,
puisque la Guerre mondiale est effectivement déclarée et que la France capitule.
«La communauté française»
Association secrète de spoliation des biens juifs et maçonniques. Parmi les responsables  :
Jacques Correze et Jean Filliol.
Si une partie des «  cagoulards  », hostiles à la domination étrangère, rejoint de Gaulle, la
plupart d’entre eux se félicite de la victoire du fascisme et s’engage dans la Collaboration. En
septembre 1940, Eugène Deloncle et Eugène Schueller créent le Mouvement social
révolutionnaire (dont l’acronyme MSR se prononce «  aime et sert  ») avec le soutien de
l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, et l’approbation personnelle du chef de la Gestapo,
Reinhardt Heydrich. Les réunions de la direction du MSR se tiennent au siège de L’Oréal (14, rue Royale à Paris).
Le programme de l’organisation indique «  Nous voulons construire la nouvelle Europe en
coopération avec l’Allemagne nationale-socialiste et tous les autres nations européennes
libérés comme elles du capitalisme libéral, du judaïsme, du bolchévisme et de la franc-maçonnerie
(…) régénérer racialement la France et les Français (…) donner aux juifs qui
seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race (…) créer
une économie socialiste (…) qui assure une juste distribution des produits en faisant
augmenter les salaires en même temps que la production».
Première application de ce programme, Deloncle organise le plasticage de sept synagogues
parisiennes, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941.
Subsidiairement, une organisation dans l’organisation est créée avec l’aide du SS Theo
Dannecker, représentant Adolf Eichmann  : la Communauté française dont le but est de
«  libérer complètement (la France) de ces ferments de corruption que sont les juifs et les
Francs-maçons». C’est ce groupe secret qui organise la spoliation des juifs souvent au profit
personnel de ses membres. Parmi eux, on relève Jacques Corrèze déjà cité et Jean Filliol, le
tueur de la «Cagoule».
«Guillemot et Delamotte», éditeur à Paris
Adolf Hitler et Eugène Schueller figurent côte à côte dans son catalogue.
Quant au jeune André Bettencourt, il devient le patron français de la PropagandaStaffel. Il est
placé sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de la Wehrmacht et
de la Gestapo. Il a la haute main sur toutes les publications françaises, qu’elles soient
collaborationnistes ou nazies. Il dirige lui-même La Terre française, une publication
explicitement nazie destinée aux familles rurales, qui préconise la rééducation des intellectuels
décadents par le retour forcé à « la terre qui ne ment pas ». Il y emploie l’agronome René
Dumont. Par ailleurs, Bettencourt offre régulièrement les colonnes de ses journaux à Schueller.
La solution Bettencourt
Le 15 février 1941, à la demande de la SS, le MSR de Deloncle fusionne avec le
Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Le patron de L’Oréal, Eugène
Schueller, devient la personnalité économique de référence. Son livre, La Révolution de
l’économie, se classe dans les ouvrage de référence du fascisme français.
Le 15 juin 1941, dans son discours au congrès de l’organisation au Palais de la Mutualité, il
appelle à «une révolution préliminaire à la fois d’épuration et de redressement» qui ne peut
«être que sanglante. Elle consistera tout simplement à fusiller vite cinquante ou cent grands
personnages».
Le 22 juin 1941, le Reich attaque l’Union soviétique. Deloncle et Schueller décident de créer la
Légion des volontaires français (LVF) pour combattre le bolchévisme sur le front de l’Est et de
la placer sous l’autorité de Jacques Corrèze. Tous ses membres prêtent serment d’allégeance au
führer.
Ils tentent de s’appuyer sur cette puissante formation armée pour éliminer leur adversaire
politique Pierre Laval et leur allié et néanmoins rival Marcel Déat. Le 27 août 1941, à
l’occasion d’une cérémonie de départ d’un contingent de la LVF sur le front russe, ils
organisent un double attentat au cours duquel Laval et Déat sont blessés.
«La Terre Française»
Publication nazie française dirigée par André Bettencourt
Le 20 décembre 1941, André Bettencourt, qui n’ignore rien des débats en cours à Berlin, écrit
dans l’éditorial de Noël de La Terre française  : « Un jour, trente ans plus tard, les juifs
s’imagineront pourtant gagner la partie. Ils avaient réussi à mettre la main sur Jésus et
l’avaient crucifié. En se frottant les mains, ils s’étaient écriés: «que son sang retombe sur
nous et nos enfants  ». Vous savez d’ailleurs de quelle manière il est retombé et retombe
encore. Il faut que s’accomplissent les prescriptions du livre éternel».
En effet, quelques jours plus tard la Conférence de Wansee décide la «solution finale»: des
millions de personnes vont être exterminées dans le plus grand secret.
À l’issue des affrontements internes à la mouvance nazie française, c’est en définitive Deloncle
qui tombe en disgrâce. Eugène Schueller se précipe alors, le 18 mars 1942, à l’ambassade du
Reich pour se désolidariser de son ami. L’entretien est dûment consigné dans les archives
allemandes.
L’OSS s’en mèle
La bataille de Stalingrad inverse le cours des événements. Désormais le Reich n’est plus
invincible. André Bettencourt se rapproche de son ami François Mitterrand qui exerce diverses
fonctions à Vichy où il partage son bureau avec Jean Ousset, le responsable du mouvement de
jeunesse de la Légion française des combattants de Joseph Darnand. Ils seraient alors entrés en
résistance au sein d’un Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD)
dont l’activité a été officiellement reconnue quarante ans plus tard par l’administration
Mitterrand, mais sur laquelle les historiens s’interrogent toujours.
Fin 1942, André Bettencourt est envoyé par Eugène Schueller «aryaniser» la société Nestlé en
Suisse, dont le patron de L’Oréal est devenu l’un des actionnaires principaux. Il profite de ses
déplacements pour rencontrer Allen Dulles et Max Schoop des services secrets états-uniens
(OSS). En 1944, ils lui donnent 2,5 millions de francs de l’époque pour financer leur réseau.
On ignore tout, encore aujourd’hui, de l’usage de cette somme.
Eugène Deloncle est assassiné. Mais les crimes des cagoulards ne prennent pas fin pour autant,
pas même avec le débarquement allié en Normandie. Le 10 juin 1944, Jean Filliol conduit la
division SS Das Reich à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) où elle massacre 644 habitants
dans des conditions particulièrement horribles.
Parce qu’ils le valaient bien…
À la Libération, les cagoulards de Londres sauvent les cagoulards de Vichy. Grâce au
témoignage d’André Bettencourt et de François Mitterrand, Eugène Schueller est relaxé au
motif qu’il aurait aussi été résistant. L’Oréal devient le refuge des vieux amis. François
Mitterand est engagé comme directeur du magazine Votre Beauté. André Bettencourt rejoint la
direction du groupe. Avec l’aide de l’Opus Dei, une confrérie catholique franquiste, Henri
Deloncle (frère d’Eugène) développe L’Oréal-Espagne où il emploie Jean Filliol. Quant à
Jacques Corrèze, il devient patron de l’Oréal-États-Unis. En 1950, André Bettencourt épouse
Liliane, la fille unique d’Eugène Schueller.

Rue Saint-Dominique, le bureau d’André Bettencourt lorsqu’il dirigait la PropagandaStaffel,
devient une résidence de l’Opus Dei. Tandis que Robert Mitterrand s’installe rue Dufrenoy
dans l’immeuble qui abritera le siège de l’Opus en France. Cette oeuvre est politiquement
dirigée par Jean Ousset.
André Bettencourt a poursuivi une brillante carrière. Journaliste, il a créé en 1945 le Journal
agricole, pour les anciens lecteurs de La Terre française. Sa carrière politique l’a conduit
plusieurs fois au Parlement et au Gouvernement. Il a ainsi pu renouer avec ses activités passées
en devenant secrétaire d’État à l’Information (1954-55), poste créé par son ami François
Mitterrand, en 1948, et où ils auront tous deux forgé la presse française contemporaine. Les
deux hommes sont inséparables, au point qu’en 1986 lorsque Mitterrand devenu socialiste et
président de la République doit cohabiter avec une Assemblée de droite, il hésite à choisir
André Bettencourt comme Premier ministre. Mais craignant le retour des fantômes du passé, il
s’abstient. Cependant, ce passé reste présent.
Thierry Meyssan
Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis
for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe
et russe. Dernier ouvrage publié: L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

«La Terre Française» du 20 décembre 1941
Publication nazie française dirigée par André Bettencourt.
Cet article a été écrit à partir des archives personnelles de l’auteur, des recherches financées
par Michel Sitbon, et des documents qui lui ont été aimablement remis par le regretté David Frydman.
http://www.voltairenet.org./spip.php?page=liste-article&id_article=12751
___________________________________________________
[1] Un nouvel accord entre les actionnaires majoritaires de L’Oréal, communiqué de L’Oréal,
3 février 2004, 23h.
[2] La loi pour l’initiative économique a été présentée au Parlement par le secrétaire d’État aux
Petites et moyennes entreprises, Renaud Dutreil, en décembre 2002, et adoptée le 1er août 2003
sous le numéro 2003-721. Cf. Journal officiel du 5 août 2003.
[3] Cf. Le Flambeau du 21 novembre 1936.
[4] La paternité de ce surnom est attribuée à Maurice Pujo.

Sionisme et exploitation de l’antisémitisme : l’accord Haavara signé en 1933 entre les autorités sionistes et nazies


ben-gurion-2

“Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif.“

Ben Gourion, décembre 1938  (1)

Une représentation de l’État d’Israël semble généralement aller de soi pour le sens commun, les autorités politiques et judiciaires internationales et nationales et même très souvent le discours académique. Israël incarnerait la vocation à « sauver les Juifs » : foyer d’accueil pour les rescapés du Génocide et havre de sécurité pour les Juifs persécutés du monde entier.

Pourtant le sionisme réel est loin d’être conforme à cette représentation, en fait l’idéologie sioniste, mythe fondateur de l’État d’Israël (2). Un accord signé entre les autorités sionistes et nazies me paraît particulièrement révélateur.

Le 7 août 1933 – quelques mois à peine après l’arrivée de nazis au pouvoir le 30 janvier 1933 – l’Accord Haavara (passage, transfert en hébreu; l’expression hébraïque est également utilisée dans les documents nazis) a été conclu entre les plus hautes autorités de l’État nazi et les plus hautes autorités du mouvement sioniste, notamment celles de la communauté juive implantée en Palestine (le Yichouv, de Hayichouv Hayehoudi beEretz Israël, l’implantation juive en Terre d’Israël).

Selon cet accord, les Juifs d’Allemagne qui émigraient en Palestine, avaient la possibilité exclusive – l’accord stipulait que seule cette destination pouvait en bénéficier ­– d’y transférer une partie de leurs capitaux (3). Un « capitaliste » – terme utilisé dans l’accord – qui voulait s’installer en Palestine était autorisé à conclure un contrat avec un exportateur allemand pour l’expédition de marchandises dans ce pays. Les marchandises concernées étaient notamment du bois d’œuvre, des pompes et des machines agricoles. L’exportateur allemand était payé sur le compte bloqué du Juif émigrant qui après son arrivée – souvent 2 ou 3 ans plus tard – recevait de l’Agence Juive la contrepartie en livres palestiniennes. L’accord concernait uniquement les Juifs qui disposaient de capitaux importants (4). On notera qu’il s’agissait de clearing commercial et nullement d’échanger des Juifs contre des marchandises palestiniennes.

Des opérations de troc des mêmes marchandises allemandes contre des produits de Palestine se sont ajoutées aux opérations de clearing commercial. Toutes ces opérations se sont poursuivies, même après les Nuits de cristal du 8 au 10 novembre 1938, jusqu’à la Déclaration de Guerre en septembre 1939 selon Raul Hilberg (5) et jusqu’au milieu de la Guerre 1939-1945 selon Tom Segev (6).

L’accord Haavara s’inscrit dans un important projet d’irrigation agricole en Palestine. Lévi Eshkol (à l’époque Lévi Shkolnik) a sans doute été le principal promoteur de l’accord. Il était un des fondateurs de la Histadrout – Fédération générale du travail – où il était le responsable de la promotion de l’agriculture coopérative. Au moment de la négociation et de la signature de l’accord, il était le représentant à Berlin d’une firme, Yachin (7), associée à la Histadrout.

Selon la notice biographique diffusée par le Ministère des Affaires étrangères israélien : « En 1937, Levi Eshkol a joué un rôle central dans la création de la Compagnie des Eaux Mekorot et, dans ce rôle, il a contribué de façon décisive à convaincre le gouvernement allemand de permettre aux Juifs qui émigraient en Palestine d’emporter une partie de leurs fonds – principalement sous forme d’équipements fabriqués en Allemagne. Directeur général de Mekorot jusqu’en 1951, il a introduit un système national de gestion de l’eau qui a rendu possible une agriculture irriguée intensive. » (8) La compagnie Mekorot était associée à la Histadrout.

Il est évidemment significatif que le principal promoteur de l’accord Haavara soit un des plus hauts responsables de la communauté juive implantée en Palestine mandataire puis dans l’État d’Israël. Lévi Eshkol faisait partie du Haut Commandement de la Hagana, l’armée clandestine juive sous le Mandat britannique et, en 1950-1951, il est le directeur général du Ministère de la Défense. De 1949 à 1963, il est le chef du département de la colonisation de l’Agence juive.(9) En 1951, il devient Ministre de l’Agriculture et du Développement. Il est Ministre des Finances de 1952 à 1963. En 1963, il succède à David Ben Gourion à la fois comme Premier Ministre et comme Ministre de la Défense.

L’accord Haavara a suscité de vives oppositions parmi les Juifs de l’époque. Cet accord qui bénéficiait du soutien des plus hautes autorités nazies (10) et des plus hautes autorités sionistes (11), traduisait les intérêts complémentaires des nazis, qui voulaient que les Juifs quittent l’Allemagne, et des sionistes, qui voulaient qu’ils émigrent en Palestine. Or la plupart des Juifs allemands auraient préféré rester dans leur pays. L’idée d’un boycott économique et diplomatique international naquit aux États-Unis avec le soutien du Congrès juif américain. Il avait pour but d’essayer de forcer les nazis à mettre fin aux persécutions afin que les Juifs puissent continuer à vivre en Allemagne (12).

Le débat entre l’incitation à l’émigration en Palestine et l’appel au boycott de l’Allemagne nazie s’inscrit dans l’opposition qui existait de longue date entre sionisme et assimilation, entre d’une part, la volonté de certains Juifs – une petite minorité – d’émigrer en Terre d’Israël et d’autre part, la volonté d’autres Juifs – une écrasante majorité – de rester dans leur pays ou d’émigrer ailleurs qu’en Israël, ce qui impliquait évidemment le désir que leurs droits humains soient respectés partout – notamment en Allemagne – et donc de combattre l’antisémitisme.

Selon Ben Gourion, « les assimilationnistes ont toujours déclaré la guerre à l’antisémitisme. Aujourd’hui, cette guerre s’exprime par un boycott contre Hitler. Le sionisme, lui, a toujours plaidé pour l’indépendance du peuple juif dans sa patrie. Aujourd’hui, certains sionistes ont rejoint le chœur des assimilationnistes : guerre à l’antisémitisme. Mais nous devons donner une réponse sioniste à la catastrophe que subissent les Juifs allemands – transformer ce désastre en une occasion de développer notre pays, et sauver les vies et la propriété des Juifs d’Allemagne pour le bien de Sion. C’est ce sauvetage qui a priorité sur tout le reste. » Et Ben Gourion de conclure que se focaliser sur le boycott constituerait un « échec moral » d’une envergure sans précédent (13).

À l’évidence, « sauver les Juifs » n’était pas la priorité de celui qui, 10 ans plus tard, sera le père fondateur de l’État d’Israël. Le 7 décembre 1938, un mois à peine après les Nuits de cristal, Ben Gourion déclare : « Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif. » (14) Il s’agit tout simplement d’ultranationalisme, de la primauté absolue du bien de Sion sur tout le reste, y compris la vie des Juifs.

Les opérations de clearing commercial de l’accord Haavara permettaient exclusivement le départ des Juifs fortunés. Or les nazis voulaient aussi et bien plus encore se débarrasser de tous les autres. Reinhardt Heydrich, chef de la police de sécurité du Reich, déclare le 12 novembre 1938, soit 2 jours après les Nuits de cristal : « Le problème n’était pas de faire partir les Juifs riches mais de se débarrasser de la racaille juive. » Ce féroce antisémite a même mis sur pied – en soutirant des fonds à des Juifs fortunés – diverses formes d’aide pour que des Juifs pauvres puissent se payer le voyage en Palestine (15).

J’ai noté que dans le cadre de l’accord Haavara, le troc entre marchandises allemandes – matériaux de construction, pompes et machines agricoles – et palestiniennes s’était ajouté aux opérations de clearing commercial. Il semble clair que les autorités sionistes n’ont jamais envisagé de troquer des Juifs sans fortune contre des produits de Palestine. En d’autres termes, les plus hautes autorités du mouvement sioniste – notamment celles de la communauté juive implantée en Palestine – ont préféré se procurer des instruments de colonisation plutôt que de permettre à des Juifs d’échapper au massacre nazi. Ce qui est parfaitement conforme au sionisme réel : la priorité absolue à la colonisation de la Terre d’Israël.

Les quelque 20 000 Juifs fortunés qui ont bénéficié de l’accord Haavava lui doivent plus que probablement la vie (16) puisque les 200 000 Juifs d’Allemagne et d’Autriche qui n’ont pas réussi à fuir parce qu’ils ne disposaient pas des capitaux nécessaires, ont pratiquement tous été assassinés.

En 1953, ces Juifs assassinés ont quand même pu contribuer au « bien de Sion » puisqu’ils ont permis à l’État d’Israël d’obtenir des « réparations » un peu plus plantureuses. En effet, le nombre des victimes juives du génocide a servi de base au calcul du montant des « réparations » allemandes. Au moment où elles négociaient ce montant, les autorités de l’État d’Israël – celles-là mêmes qui avaient négocié l’accord Haavara – ont envisagé, sans doute par gratitude, d’accorder la citoyenneté israélienne à titre posthume aux victimes du génocide (17).

L’accord Haavara montre clairement qu’en pleine terreur antisémite, le but des autorités sionistes n’était pas de combattre l’antisémitisme – « sauver les Juifs » – mais de l’exploiter afin de coloniser la Palestine, Terre d’Israël. « La veille des pogroms de la Nuit de Cristal, Ben Gourion déclarait que la « conscience humaine » pourrait amener différents pays à ouvrir leurs portes aux Juifs réfugiés d’Allemagne. Il y voyait une menace et tira un signal d’alarme : « Le sionisme est en danger ! » (18)

Aujourd’hui, la machine de propagande israélienne – avec ses puissantes officines à l’étranger, telles l’AIPAC aux États-Unis, l’EIPA (Europe-Israel Press Association) et l’AJC Transatlantic Institute auprès des institutions européennes, le CRIF en France, le CCOJB en Belgique, … – perpétue l‘exploitation de l’antisémitisme au service de l’État d‘Israël. La tâche est toutefois plus ardue qu’au temps des nazis car de nos jours, la haine meurtrière des Juifs est tout à fait marginale.

Dès lors, cette machine de propagande – avec l’efficacité que lui confère une odieuse invocation du génocide – ressasse que l’antisémitisme meurtrier est omniprésent, particulièrement chez les Palestiniens et parmi les immigrations musulmanes, et que les condamnations de la politique officielle de l’État d’Israël envers les Palestiniens n’expriment pas une révulsion face à des crimes contre l’humanité et à des crimes de guerre mais la volonté antisémite immémoriale de détruire les Juifs. De plus, cette machine de propagande proclame sans cesse que pratiquement tous les Juifs s’identifient à l’État d’Israël et soutiennent sa politique criminelle, ce qui constitue une incitation à l’antisémitisme bien plus efficace que les ignobles mensonges largement discrédités des négationnistes.

Jacques Bude | 15 janvier 2015

Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père assassinés à Auschwitz. « Enfant caché » sauvé au prix d’énormes risques et sans la moindre rétribution par des gens d’ici, chez nous en Belgique.

Notes :

(1) « Des rapports – incomplets – (des autorités nazies) donnaient les chiffres suivants : 815 magasins détruits ; 171 maisons incendiées ; 191 synagogues brûlées ; 14 chapelles de cimetière, salles de réunion communautaires et bâtiments du même genre démolis. Vingt mille Juifs furent arrêtés, trente-six tués, trente-six autres gravement blessés. » Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Folio, 1999, p.44.
(2) Selon la Déclaration d’Indépendance d’Israël du 14 mai 1948 : « La Shoah, qui anéantit des millions de Juifs en Europe, démontra à nouveau l’urgence de remédier à l’absence d’une patrie juive par le rétablissement de l’État juif dans le pays qui ouvrirait ses portes à tous les Juifs. »
(3) Voir Raul Hilberg, La destruction …, notamment p.125.
(4) « Tout Juif qui émigrait en Palestine (était autorisé) à emporter mille livres sterling en devises étrangères et à envoyer par bateau une quantité de marchandises d’une valeur de 20000 marks et même davantage. … La somme de mille livres sterling était nécessaire pour obtenir l’autorisation de la Grande-Bretagne de s’installer en Palestine en tant que Capitaliste – on appelait ainsi cette catégorie d’immigrants. C’était une somme importante ; une famille de quatre personnes pouvait vivre dans un confort bourgeois avec moins de 300 livres sterling par an. » Tom Segev, Le septième million, Éd. Liana Levi, 2010, p.27.
(5) Raul Hilberg, La destruction …, p.125
(6) Tom Segev, Le septième …, p.30. Dans ce cas, le système Haavara enfreignait le blocus de l’Allemagne imposé par les Alliés au moment de la Déclaration de guerre en septembre 1939.
(7) Il s’agit probablement d’une entreprise de commercialisation de produits agricoles, sans doute des agrumes. Il existe aujourd’hui en Israël une Yachin-Hakal Company Ltd. qui dans le passé était associée à la Histadrout et qui en 2013 est qualifiée de “Israel’s largest citrus fruit growers“. http://jewishbusinessnews.com/2013/07/25
(8)www.mfa.gov.il/MFA/Facts%20About%20… (traduction de l’anglais).
(9) « Head of the settlement division of the Jewish Agency » (settlement signifie colonie, implantation).
(10) L’Accord a été signé au Ministère des Finances du Reich. Voir Tom Segev, Le septième …, p.27.
(11) Lévi Eshkol n’a pas été le seul futur Premier Ministre israélien à soutenir l’accord. « D’autres futurs Premiers ministres avaient été également engagés à différents stades de la Haavara. David Ben Gourion et Moshé Shertok (plus tard Sharett) se battirent pour l’accord de la Haavara lors de congrès sionistes et au sein de l’exécutif de l’Agence juive. Golda Meyerson (plus tard Meïr) le défendit à New York. » Tom Segev, Le septième …, p.29.
(12) « Les nazis … ne prirent pas à la légère la capacité des Juifs à leur causer du tort ; ils menacèrent la classe dirigeante juive en Amérique, ils organisèrent un boycott d’une journée contre les magasins juifs en Allemagne et donnèrent un coup d’accélérateur aux négociations de l’accord de la Haavara. L’un de leurs buts était de diviser le monde juif entre les partisans de la Haavara et les partisans du boycott. Et la division eut effectivement lieu. » Tom Segev, Le septième …, p.35.
(13) Tom Segev, Le septième …, p.37.
(14) Déclaration faite au Comité central de son parti, le Mapai (socialiste). Voir Tom Segev, Le septième …, p.38.
(15) Raul Hilberg, La destruction …, p.127.
(16) Ils perdirent 35 % de leur capital et furent forcés d’attendre longtemps leur argent, parfois pendant deux ou trois années, mais ils survécurent. Voir Tom Segev, Le septième …, p.30.
(17) « Le projet de loi sur la commémoration de la Shoah et des Héros (Yad Vashem, 1953) … comportait une clause prévoyant l’attribution à titre commémoratif de la citoyenneté israélienne à tout ceux qui étaient morts pendant la Shoah. » Idith Zertal, La nation et la mort, Paris, La Découverte, 2008, p.85.
(18) Tom Segev, Le septième …, p.38-39.

Publié par http://www.association-belgo-palest…

Source: http://www.info-palestine.eu/spip.php?article15160

LES RACINES JUDAÏQUES DE L’ANTISÉMITISME


 
Auteur : Gaillard André
Ouvrage : Les racines judaïques de l’antisémitisme
Année : 2010

André Gaillard est né en octobre 1922. Déporté politique pendant l’Occupation, il s’oriente ensuite vers la médecine.

Professeur de Faculté, Médecin honoraire des hôpitaux, il a publié, outre de nombreux articles médicaux, quatre ouvrages :

Les Mythes du Christianisme

Le Sionisme en Palestine/Israël : fruit amer du Judaïsme

Le Judaïsme et l’invention du racisme culturel

Les racines judaïques de l’antisémitisme.

Résumé
L’ »antisémitisme » … Malgré les travaux considérables qui lui ont été consacrés depuis la
fin du XIXe siècle et particulièrement depuis le nazisme, ce racisme spécifique qui accompagne
le judaïsme depuis ses origines reste toujours, aux yeux de multiples auteurs, largement
mystérieux dans son déterminisme intime. En fait, par delà les nombreux facteurs décrits par
les historiens, facteurs qui ne sont que conjoncturels, nous verrons ici qu’il existe,
structurellement lié au judaïsme-culture, un élément causal commun à toutes les formes
d’antisémitisme. L’entité juive, ouverte théoriquement à toutes les catégories raciales mais
culturellement différenciée à l’extrême de par les mythes ancestraux qui à la fois la
conditionnent dans son être et assurent sa survie, outre son conditionnement au racisme
envers les non-Juifs, est ainsi génératrice du racisme le plus prégnant de l’histoire.
Rechercher l’origine, le cheminement et l’association des idées qui guident en permanence
des hommes dans leurs sentiments ou leurs actions hostiles à l’encontre des Juifs, comprendre
le processus mental qui accompagne ce racisme singulier, telle est la perspective de cette
étude.

Il n’y a pas de racisme sans race,
d’antisémitisme sans race juive…
Mais qu’est-ce qu’une « race » ?

PRÉFACE
L’ « antisémitisme » ! Il n’y a sans doute guère de sujet qui, depuis la fin du XIXe siècle et
particulièrement depuis le nazisme, ait attiré autant les historiens et suscité un si grand
nombre d’études, d’ouvrages, d’articles divers. Pourtant, cette hostilité envers les Juifs en tant
que peuple, hostilité « que rien n’apaise, qui existe depuis qu’existent des Juifs, qui sévit chez
tous les peuples en contact avec les Juifs1 », ce racisme spécifique, reste toujours, aux yeux de
multiples auteurs, largement mystérieux dans son déterminisme intime.
Quel est donc l’essence de ce phénomène qui, depuis les persécutions d’Assuérus et
d’Aman rapportées dans le Livre d’Esther jusqu’à ses multiples formes constatées en ce XXIe
siècle, est resté constant, en passant notamment par les persécutions des Romains, des
chrétiens et des musulmans, les pogroms de Russie et de Pologne et le génocide nazi ? A côté
des causes secondes et conjoncturelles décrites essentiellement par les historiens, quel est
donc en définitive la métaphysique2, le substratum des formes diverses d’antisémitisme ?
Face à cette situation exceptionnelle il est clair tout d’abord que la compréhension du
phénomène antisémite aux conditions de survenue si différentes et sur lequel les documents
sont particulièrement abondants et de sources multiples, ne saurait résulter d’études purement
historiques. Le génocide juif lui-même, malgré son caractère spécifique et les travaux
considérables qui lui ont été consacrés, ne semble guère avoir entraîné de progrès notable.
C’est que, comme l’écrit avec justesse l’historien Maurice Goguel : « L’histoire a pour seule
fonction de constater les faits et de chercher à découvrir les liaisons qu’il y a entre eux. Elle
n’a pas compétence pour en donner une explication dernière3. »
Il convient de constater par ailleurs, à propos de la question juive qui a fait couler tant
d’encre, que le plus grand nombre des auteurs depuis la fin du XIXe siècle se répartissent
schématiquement en deux groupes distincts, les uns dirigeant essentiellement leur discours sur
les faits et gestes jugés fautifs des non-Juifs, les autres sur ceux des Juifs. Il en résulte que les
ouvrages publiés constituent souvent des compilations de données et d’arguments historiques,
religieux, sociaux, économiques…, qui déçoivent volontiers les lecteurs les plus intéressés.
Certes, les travaux des historiens, destinés à établir un inventaire aussi exhaustif que possible
des actes antisémites et à les restituer dans leur complexité, sont absolument nécessaires ;
certes les théories des divers philosophes et sociologues cherchant à réunir sous une même
rubrique des faits disparates quant à leur cause, telle celle, particulièrement répandue, du bouc
émissaire dans les périodes de crise4, apportent un éclairage non négligeable, mais les
conclusions de ces auteurs, quelle que soit leur pertinence, sont manifestement insuffisantes.
En ne s’appliquant qu’à des configurations contingentes de l’antisémitisme, fonction des
temps, des lieux et des hommes (tels le contentieux religieux judaïsme/christianisme, la

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1. Edmond Fleg, dans son ouvrage Pourquoi je suis juif.
2. Métaphysique est le nom donné à l’oeuvre d’Aristote faisant suite à la physique. Par extension, c’est la
connaissance des causes, divines, premières ou finales constituant l’essence des phénomènes (Encyclopédie
Wikipedia).
3 Jésus, Paris 1950, p. 147.
4. Idée particulièrement développée par plusieurs auteurs tels que Durkheim, Freud, Braudel, Sartre, Girard… et
qui est toujours reprise, commentée et critiquée

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destruction massive des Juifs européens ou l’existence de l’État juif de Palestine), elles ne
permettent pas d’appréhender la racine profonde de ce phénomène pour le rendre intelligible.
Remarquons aussi que les historiens de l’antisémitisme, juifs pour la plupart, ne sont pas
entièrement libres quant au sujet, comme l’a bien vu Poliakov dans son Histoire de
l’antisémitisme. Après avoir passé une partie notable de sa vie à l’étude du sujet il peut écrire
: « Le code de déontologie que l’historien est tenu d’observer en s’obligeant à affecter une
relation neutre et équitable envers toutes les parties concernées ne peut rien changer au fait
qu’il est dans ce domaine juge et partie. En continuant sur cette voie, on ne peut pas ne pas se
demander si les Juifs et leur nature n’ont pas quelque peu contribué au développement d’un
climat antisémite et à quelques-unes de ses manifestations. À partir de là, il n’est pas exclu
que l’historien se métamorphose en accusateur, ou, au moins, en critique de son peuple ». Et il
poursuit par ailleurs que : « Dénoncer les antisémites, est une attitude non scientifique5. »
Il est manifeste qu’ici « les arbres ont caché la forêt »… Car, dans une telle entreprise il
convient manifestement d’apporter une réponse aux vraies questions qui vaillent : Quelle est
l’identité commune que le judaïsme imprime aux Juifs et qui les différencie des non-Juifs ?
Quelle vision objective les non-Juifs ont-ils des Juifs à partir de cette donnée identitaire ?
Dans la circonstance, une seule attitude est en effet valable : comme les historiens l’ont fait
tout naturellement à l’époque moderne pour le communisme et le nazisme sans s’indigner,
voire s’occuper, des erreurs ou des fautes des individus6, il s’agit d’analyser ce qui dans la
culture juive constitue des éléments structurels potentiellement pervers et de rechercher
l’origine, le cheminement et l’association des idées qui conduisent des hommes, beaucoup
d’hommes de toutes les époques, à être hostiles à l’ensemble des Juifs. Par delà les
responsabilités individuelles qu’il convient donc d’écarter momentanément, nous verrons
ainsi que la clef du phénomène aux multiples facettes qu’est l’antisémitisme ne peut se situer
que dans une vision métahistorique indépendante du temps et de l’espace et que cette clef,
comme l’ont évoqué divers auteurs, est représentée par la structure même de l’identité
juive forgée par le judaïsme et perçue par les non-Juifs !
Parmi les auteurs juifs convaincus que « l’antisémitisme est aussi ancien que le
judaïsme7 » et que le malheur juif devait être imputé d’abord au système de pensée dont ils
sont tributaires, c’est sans doute Bernard Lazare8 qui, à la fin du XIXe siècle, a fait les premiers
pas dans cette direction. À la banale question qu’il se pose : « Quelles vertus ou quels vices
valurent au Juif cette universelle inimitié ?» il apporte en effet la réponse suivante :
« L’attachement d’Israël à sa loi fut une des causes premières de sa réprobation […] Si cette
hostilité, cette répugnance même, ne s’étaient exercées vis-à-vis des Juifs qu’en un temps et
en un pays, il serait facile de démêler les causes restreintes de ces colères ; mais cette race a
été, au contraire, en butte à la haine de tous les peuples au milieu desquels elle s’est établie.
Il faut donc, puisque les ennemis des Juifs appartenaient aux races les plus diverses, qu’ils
vivaient dans des contrées fort éloignées les unes des autres, qu’ils étaient régis par des lois
différentes, gouvernés par des principes opposés, qu’ils n’avaient ni les mêmes moeurs, ni les
mêmes coutumes, qu’ils étaient animés d’esprits dissemblables ne leur permettant pas de

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5. Histoire de l’antisémitisme, préface au tome II, L’Âge de la science, Paris, Le Seuil 1991.
6. L’opinion de l’historien allemand Reinhart Koselleck (rapportée par M. Olender, dans son ouvrage Race sans
histoire, p. 279) selon laquelle « le jugement moral a beau être juste et nécessaire il est impuissant ; il conduit à
une situation aporétique », me semble tout à fait juste.
7. Théodore Reinach dans la Grande Encyclopédie.
8. L’antisémitisme, son histoire et ses causes, p.11.

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juger également de toutes choses, il faut donc que les causes de l’antisémitisme aient toujours
résidé en Israël même et non chez ceux qui le combattirent. »
Pour Maxime Rodinson prolongeant, dans son ouvrage Peuple juif ou problème juif , la
réflexion de Bernard Lazare, c’est à « une culture néfaste, perverse » 9 que revient la
responsabilité première dans le sort réservé aux Juifs. D’autres auteurs, tel E. M. Smalwood10,
mettent avant tout en cause « l’exclusivisme des Juifs qui les a rendus impopulaires ». Pour
l’historien de l’Antiquité Marcel Simon, étudiant les réactions des milieux hellénistiques et
romains face aux Juifs « les facteurs dont naît l’antisémitisme et qui sont aussi vieux que le
judaïsme lui-même tiennent à l’autoségrégation qui lui est inhérente et qui est la condition
même de sa survie11. »
Néanmoins ces discours sur la cause invariante des antisémitismes, en mettant en cause
tantôt la Loi en tant que fondement de la culture juive, tantôt la responsabilité des Juifs en tant
que personnes, restent encore assez ambivalents…
En définitive, c’est sans doute Avraham B. Yehoshua qui, dans son Essai de définition et
d’explication structurelle de l’antisémitisme a franchi récemment le pas le plus notable en
mettant directement en cause l’identité juive. S’étant fixé « pour but de dégager le
soubassement profond de l’antisémitisme en identifiant un critère non pas substantif, mais
structurel », il écrit : « Si j’essayais d’exprimer le plus simplement possible mon
raisonnement, voilà ce que je dirais : le fait que les Juifs possèdent un système identitaire
virtuel confère à leur identité un caractère souple et fluide, incertain et insaisissable, qui met
en branle, pour le meilleur et pour le pire, un mécanisme parallèle chez le Gentil.»12 Certes
l’auteur, en considérant que l’identité juive n’est que virtuelle et indéterminée, s’est arrêté en
chemin, mais la direction empruntée n’en est pas moins parfaitement juste : « se pencher sur
l’élément distinctif qui différencie les Juifs des autres nations » et « aller aux racines de
l’identité juive13. »
Quelle est donc précisément cette identité forgée par la culture juive et douée d’une activité
antijuive extraordinaire depuis deux mille ans ?
Ici, comme souvent dans un phénomène réputé longtemps mystérieux, il n’y a pas à
élaborer des choses complexes mais à reconnaître des choses simples, simples dans le sens ou,
banales et communes, elles sont objet de l’accoutumance des individus et, de ce fait, négligées
pendant longtemps. De même que la racialisation d’un groupe humain – que cette
racialisation soit inspirée par la nature ou par la culture – constitue la base de tout phénomène
raciste, nous verrons que c’est la pensée raciale inhérente au judaïsme qui, en structurant
l’identité juive et en la différenciant de façon exceptionnelle est au fondement du phénomène
si particulier que représente l’antisémitisme. Car cette conception raciale de la judéité
instituée par le judaïsme avec le culte de l’altérité qui l’accompagne, ne concerne pas
seulement les Juifs. En se répandant obligatoirement hors de la sphère du judaïsme, elle va
aussi influencer les non-Juifs et jouer un rôle primordial dans les rapports de ceux-ci avec les
Juifs. Juifs et non-Juifs vont être ainsi soumis à un piège permanent, inédit et spécifique, les
conditionnant, à être, à leur manière propre, tantôt racisés tantôt racisants, tantôt agressés
tantôt agressants, tantôt dominés tantôt dominants et voués par là-même à un monologue
réciproque, gage d’un conflit qui ne peut se résoudre. Car, contrairement à une opinion
répandue mais gravement amputée d’une partie de la réalité, l’antisémitisme, pour être un
problème d’importance, ne résume pas le phénomène de l’interaction pathologique entre le
peuple juif et les autres. Il a son corollaire et ne saurait être étudié isolément.

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9. Jean Daniel, La prison juive, p. 90.
10. Cité par Guillaume Erner, Expliquer l’antisémitisme, p. 29.
11. Verus Israël. Etude sur les relations entre chrétiens et juifs dans l’Empire romain (135-425), p. 493.
12. Israël, un examen moral, p. 48 et 29.
13. Ibid, p. 37.

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Comprendre ce phénomène intemporel qu’est l’antisémitisme, cette « l’hostilité envers les
personnes de race juive » suivant la définition donnée à la fois pas les Juifs et les non-Juifs il
y a plus d’un siècle, c’est en définitive comprendre, d’une part que le problème juif n’est pas
un problème d’ordre strictement religieux ou confessionnel comme l’ont fait remarquer divers
auteurs non-Juifs14 du siècle dernier mais qu’il est avant tout un problème d’ordre racial,
d’autre part que les réponses aux interrogations formulées précédemment résident bien dans
une donnée même du judaïsme-culture.

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14. Citons notamment : André Gide, Georges Bernanos, Charles Péguy, Jacques Maritain, Jean-Paul Sartre…

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LA RACE, LES RACES ET LA PENSÉE RACIALE
OU
QU’EST-CE QU’UNE RACE ?

suite…

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L’Oligarchie et le sionisme – Israël


L’endoctrinement des juifs et l’arnaque de l’antisémitisme .