Quand le chien n’aboie pas


La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentelmen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres-forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

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Prince Al-Walid bin al-Talal

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le « nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestiaque dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Israël Shamir

Article original en anglais :

The Dog That Didn’t Bark, publié le 30 novembre 2017

Cet article a été publié initialement par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier, Entre la Plume et l’Enclume

Discours temporel sur une religion atemporelle: Trump et l’islam


Par Chems Eddine Chitour

«Many people are saying it was wonderful that Mrs. Obama refused to wear a scarf in Saudi Arabia, but they were insulted. We have enuf enemies»                    («De nombreuses personnes disent que c’était merveilleux que Mme Obama refuse de porter un foulard en Arabie, mais [les Saoudiens] ont été insultés. Nous avons déjà assez d’ennemis»)  Donald Trump, 29 Janvier 2015

 

Une habitude des hommes politiques occidentaux de donner leur vision de l’Islam une religion qui est l’espérance de plus d’un milliard d’humains. Même, le pape Benoît XVI en son temps s’était autorisé lui aussi, à donner sa vision de l’islam avec, en creux , expliquer d’une façon prosélyte les dangers de l’islam. Le monde avait besoin de souffler après la tornade Bush et sa croisade assumée, sa lutte entre le bien et le mal. Autant de termes bibliques qui contribuent à élargir le fossé. On se souvient aussi du «beau discours» de Obama à l’université du Caire où avec des envolées lyriques peut-être sincères, il appelait à la paix avec beaucoup de respect envers les musulmans. Ce fut huit ans de haine de mort, violentes, avec en prime la création ex nihilo de Daech EI…que l’on combat d’un côté et que l’on soutient de l’autre. La fameuse phrase de Laurent Fabius à propose d’une organisation terroriste crée par les occidentaux pour diaboliser l’Islam et au passage détruire la Syrie «  Al Nosra fait du bon boulot » raisonne encore dans nos têtes !!!

Résultat des courses: un prix Nobel fut attribué à Obama, et ses deux mandats ont vu aussi les pires dérives, notamment les attaques ciblées «d’ennemis de la nation américaine» principalement des pays musulmans. Les attaques par drones firent beaucoup de dégâts ce qu’un euphémisme désigne par dommages collatéraux. Entendons par là la mort, le deuil et les traumatismes à vie de ceux qui en réchappent. Là encore nous fûmes d’une certaine façon, déçus d’Obama qui tergiversait – il tenait toujours la canne par le milieu- Il annonça lui-même la mort de Bin Laden et avait laissé Hillary Clinton faire sa guerre en Libye avec comme cadeau sa fameuse phrase à l’annonce du lynchage du dirigeant musulman: «Je suis venu, j’ai vu… Il est mort.» Bref, l’élection de Trump contre toute attente avait permis naïvement de faire naître des espoirs chez les musulmans et les autres, «Tout sauf Clinton disait-on au vu de son comportement va- t-en guerre contre l’islam et son alignement éternel sur Israël.

La doxa occidentale et la faute originelle

Il est convenu dans les pays occidentaux que chaque fois qu’il y ait un attentat, sans aucune réserve on désigne l’islam comme bouc émissaire. L’attentat de Charlie Hebdo attribué immédiatement aux islamistes ne s’avère pas aussi juste, il y aurait dans le coup des services de gendarmerie qui auraient été en relation avec un indic qui serait partie prenante du transport des armes qui ont servi au massacre…

D’autre part, sans faire dans la concurrence victimaire, tous les attentats réalisés par des terroristes dits islamiques avec des armes vendues par les Occidentaux se sont soldés par la perte de près de 500 vies. De l’autre côté du curseur, l’unité de référence est différente. Il faut multiplier par 100 pour avoir une idée des pertes de vies humaines. Nous l’avons vu avec Andres Breivik, nazi qui s’assume et qui a tué près d’une soixantaine d’enfants et à qui on trouve des circonstances atténuantes. Le criminel a fait un procès à l’Etat norvégien du fait que la lumière crue de la cellule le gêne. Il a gagné son procès!

Dans ces conditions où pour l’Occident il n’y a pas de bénéfice du doute qui ne peut être dissipé qu’après une enquête minutieuse, la messe est dite concernant l’Islam; «Ce n’est pas toi c’est donc ton frère!». Si en plus même au sein de la «oumma» islamique, plus atomisée que jamais, des guerres hégémoniques pour le leadership divisent encore plus l’unité du monde musulman, les Occidentaux ont beau jeu de dresser les uns contre les autres surtout si en plus cela rapporte. C’est le cas de la haine viscérale d’une monarchie moyenâgeuse qui exporte le terrorisme salafiste responsable des malheurs actuels, avec la bénédiction de l’Occident qui veut stopper l’Iran qu’elle accuse de vouloir étendre le chiisme. Pour cela l’Arabie saoudite s’associe avec Israël et les Etats-Unis qu’elle appâte.

Donald Trump en Arabie Saoudite : soutien politique contre mégacontrats

 Il y a un an, la monarchie saoudienne avait réservé un accueil assez glacial à son prédécesseur, Barack Obama, critiqué pour avoir amorcé un début de rapprochement avec l’Iran. Justement, la visite de Trump le 20 mai en Arabie saoudite qui aurait coûté près de 60 millions de dollars pour son organisation! samedi 20 mai. L’Arabie saoudite ne demande qu’à intensifier ses relations avec les États-Unis, pour cela il y a un prix à payer. D’autant que les relations étaient dégradées par Barack Obama car il avait renoué le contact avec l’Iran. Donald Trump a reçu de la main même du roi Salmane, une des distinctions les plus importantes du pays. Des accords commerciaux pour un montant de 380 milliards de dollars. Sur l’ensemble de ces contrats, un tiers concerne la vente d’armement. «La valeur des investissements dépasse les 380 milliards de dollars», a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel Al-Jubeir lors d’une conférence de presse avec son homologue américain Rex Tillerson.

Le commerce des armes

La signature de très gros contrats. Outre les rencontres bilatérales, dont celle avec le roi Salmane, Donald Trump a consacré la première de ses deux journées à Riyadh aux investissements, avec l’annonce d’une série de contrats gigantesques. «C’était une journée formidable», a lancé samedi le président républicain. «Des centaines de milliards de dollars d’investissements aux Etats-Unis et des emplois, des emplois, des emplois.» L’agence officielle saoudienne SPA a fait état de 34 accords dans des domaines de la défense, du pétrole et du transport aérien. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a pour sa part évoqué des contrats militaires d’une valeur de près de 110 milliards de dollars, présentés comme «l’accord d’armements le plus important de l’histoire des Etats-Unis». Ils ont pour but de «soutenir la sécurité à long terme de l’Arabie saoudite et de l’ensemble du Golfe face à la mauvaise influence iranienne et aux menaces liées à l’Iran qui existent aux frontières de l’Arabie saoudite», a assuré Rex Tillerson. C’est donc coup double pour les Etats -Unis: des contrats mirobolante avec en prime la diabolisation de l’Iran ce qui n’est pas pour déplaire à Israël.

Justement, le professeur Jules Dufour nous explique le commerce des armes.

«Le commerce mondial des armements est florissant. Des guerres qui se prolongent s’avèrent un condiment parfait pour les industries de guerre des pays occidentaux. Depuis le début du siècle, les monarchies du Golfe utilisent les dividendes générés par les exportations de pétrole en étant parmi les plus actifs dans l’importation d’armements. Il s’agit d’une escalade dans ce recours au matériel de défense. Se trouvant dans l’aire immédiate de l’influence de la Russie et voisins de l’Iran et d’Israël les pays du Golfe continueront de s’approvisionner avec les armements produits en Occident. Il importe de rappeler que les principaux exportateurs d’armements de l’UE ont vu leurs ventes grimper en 2016 et, notamment, la France qui a atteint un niveau record de 20 milliards de dollars avec la vente d’une valeur de 16 milliards d’euros grâce à l’Inde qui a conclu en septembre 2016 l’achat de 36 avions de combat Rafale fabriqués par le groupe Dassault, pour environ 8 milliards d’euros. Après des débuts difficiles à l’exportation, le Rafale a trouvé pour la première fois preneurs en 2015: le Qatar et l’Égypte ont chacun acquis 24 appareils. (Le Monde).» (1)

Le discours sur l’islam : Rien de nouveau sous le soleil

Dans un discours à Riyadh, devant les représentants d’une cinquantaine de nations musulmanes, dont 37 chefs d’Etat ou de gouvernement, Donald Trump s’est déclaré, dimanche, porteur d’un message «d’amitié, d’espoir et d’amour». Il a exhorté les pays musulmans à n’offrir aucun «refuge aux terroristes» et a annoncé un accord avec les pays du Golfe pour lutter contre le financement du «terrorisme». «Il s’agit d’une bataille entre des criminels barbares qui cherchent à éradiquer la vie humaine et des gens bien de toutes les confessions qui cherchent à la protéger», a-t-il déclaré. Invitant les pays arabes à compter avant tout sur eux-mêmes, il a estimé que «les nations du Proche-Orient ne peuvent attendre que la puissance américaine écrase cet ennemi à leur place.»

Donald Trump a appelé tous les pays à «isoler» l’Iran. «En attendant que le régime iranien montre sa volonté d’être un partenaire dans la paix, toutes les nations dotées d’un sens des responsabilités doivent travailler ensemble pour l’isoler», a-t-il dit en accusant la République islamique d’attiser «les feux du conflit sectaire et du terrorisme.»

Pour le Réseau Voltaire dont les propos sont curieusement équilibrés:

«Contrairement à ce que rapportent les agences de presse occidentales et à ce qu’avait fait le président Obama en Égypte il y a huit ans, le président Donald Trump n’a pas prononcé de discours sur l’Islam lors de son voyage en Arabie saoudite. Rappelant que son voyage qui débutait en Arabie saoudite, terre des Lieux saints de l’islam, se poursuivrait à Jérusalem, Bethléem et au Vatican, il a appelé à la pratique de la tolérance et du respect entre les trois religions abrahamiques. Centrant son discours sur la lutte contre le terrorisme, il a fait appel aux sentiments religieux et humanistes des responsables musulmans présents pour leur enjoindre à ne plus coopérer avec ceux qui sèment la mort. Il les a invités à participer au Global Center for Combating Extremist Ideology (Centre global pour combattre l’idéologie extrémiste). En voici les principaux extraits:» (2)

«Nous ne sommes pas ici pour donner des conférences, nous ne sommes pas ici pour dire aux autres comment ils doivent vivre, agir, apprendre ou adorer. Au lieu de cela, nous sommes ici pour offrir un partenariat – basé sur des intérêts et des valeurs partagés – afin de poursuivre un avenir meilleur pour nous tous. (…) C’est un choix entre deux futurs – et c’est un choix que l’Amérique ne peut pas faire pour vous. Un meilleur avenir n’est possible que si vos nations rejettent les terroristes et les extrémistes. Mettez les dehors. Mettez les hors de vos lieux de culte. Mettez les hors de vos communautés. Mettez les hors de votre terre sainte. Mettez les hors de notre terre.» (2)

Curieusement une fois de plus l’inflexion du discours de Thierry Meyssan qui avait une analyse plus lucide, trouve quelques circonstances atténuantes à ce discours au point de l’expliciter pour nous qui n’avons rien compris, semble –t-il nous dire.

Il écrit : «Pour notre part, écrit-il l’Amérique s’est engagée à ajuster ses stratégies pour faire face à l’évolution des menaces et aux faits nouveaux. Nous éliminerons les stratégies qui n’ont pas fonctionné et nous appliquerons de nouvelles approches éclairées par l’expérience et le jugement. Nous adoptons un réalisme de principe, ancré dans des valeurs communes et des intérêts partagés. (…) Les responsables religieux doivent rendre cela absolument clair: la barbarie ne vous délivrera aucune gloire – la dévotion envers le mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera brève, et votre âme sera condamnée. (…) Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vil credo. Dans le même temps, nous prions pour qu’on puisse se souvenir un jour de ce rassemblement comme le début de la paix au Moyen-Orient – et peut-être même dans le monde entier. (…) Je vous demande de vous joindre à moi, de vous joindre à moi, de travailler ensemble, et de lutter ensemble – Unis, nous ne faillirons pas. Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Dieu bénisse vos pays. Et Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique.» (2) Amen.

Pour ceux qui espéraient, avec l’élection de Donald Trump, une politique étrangère alternative des Etats-Unis, je crois que c’est raté.:

«Guerre du Bien contre le Mal, des gens sensés contres les barbares», guerre contre le terrorisme, diabolisation de l’Iran, de la Syrie, du Hezbollah et du Hamas, le président américain a en revanche a été très obséquieux envers ses hôtes saoudiens, soulignant qu’ils ont signé pour 400 milliards de dollars de contrat (dont plus de 100 milliard pour l’armement), et se réjouissant de l’octroi de pouvoirs supplémentaires au femmes saoudiennes d’ici 2030. Point très surprenant: il appelle tous les pays arabo-musulmans à chasser les terroristes hors de leurs frontières (et par conséquences, à les répandre dans le monde) là où l’on aurait pu s’attendre de sa part, à ce qu’il appelle plutôt à les tuer (ce qui ne serait pas une solution en soit) ou à les capturer.» (3)

Il n’a pas parlé de la dimension spirituelle de la région et de son apport à la condition humaine, il est venu le vé des troupes pour combattre un monstre que l’Occident a crée et qu’il nomme Etat Islamique. Les Musulmans qui ont toutes les peines du monde – exception faite de l’Arabie saoudite- à prendre leur distance avec cette idéologie mortifère concoctée dans les laboratoires des pays occidentaux qui veulent reshaper le monde,

Cela nous rappelle en définitive le discours du bien et du mal cher à Bush Junior Trump relance la machine néoconservatrice. Ça a toujours été le discours des néoconservateurs depuis Bush, Sarkozy, Blair Hollande, Fabius, Thierry Meyssan semble vouloir encore et toujours défendre Trump. C’est un discours de Tartuffe destiné à tromper les citoyens de l’Occident (Les autres de toutes façons ne croient pas en la civilisation occidentale). Trump sait bien que le terrorisme mondial est organisé pas les USA, Israël, les rois du pétrole dont les Saoudiens, avec la complicité des gouvernements européens. Ce n’est pas en jouant les Tartuffes que Trump va convaincre les Saoudiens d’arrêter leur guerre terroriste au Yémen.

Donald Trump en Israël

Le président américain est arrivé en Israël, le 22 mai accueilli par le Premier ministre israélien. Il s’est ensuite rendu à Jérusalem, ville sainte pour chrétiens, juifs et musulmans, après avoir affirmé que la paix apparemment insaisissable entre Israéliens et Palestiniens était possible. M.Trump a certes nommé comme nouvel ambassadeur David Friedman, un opposant de la solution à deux Etats. dans un entretien au quotidien Israel Hayom: il déclare aucun gel des colonies ne sera exigé par Washington; aucun plan ou feuille de route ne sera imposé. Le déménagement de l’ambassade vers Jérusalem, promis pendant sa campagne est en attente. Pas de contrat pas un dollar! Au contraire l’aide américaine est de 3 milliards de dollars et les armes américaines aux Israéliens seront toujours les meilleures que celles du bas de gamme fourguées aux Arabes et aux musulmans pour qu’ils s’entretuent.

La considération de Trump pour l’Islam

Tout à fait autre chose en termes d’empathie et de respect. Donald Trump s’est rendu devant le Mur des Lamentations, une première pour un président américain en exercice. Avant Donald Trump, aucun président américain en exercice ne s’y était rendu. Dans cet ordre d’idées, nous avons remarqué que la première dame américaine avait les cheveux découverts, lors de sa visite , comme le fit Michelle Obama dans les mêmes conditions ce qui a provoqué le twitt de Donald Trump du 29 janvier 2015. Twitt dans lequel il constatait le non respect du peuple saoudien. L’histoire ne s’arrête pas là , de passage au Vatican ( à la fois Etat, et Mecque des Chrétiens, la femme et la fille de Trump ont mis des voilettes pour être reçu par le pape. Cette symbolique à géométrie variable plus que cent discours la perception de l’Occident de la considération qu’il a pour le judaïsme , le christianisme et le tiers exclus de la Révélation Abrahamique.

Conclusion

 Rien de nouveau sous le soleil mais Business as usual En définitive, Trump fait coup double, il pompe encore les ressources financières de l’Arabie, et il s’assure que le job sera fait concernant la destruction de la Syrie, du Yémen, et l’Iran. +110 milliards d’armement pour faire quoi? Tuer en finançant les groupes terroristes. Pour continuer à tuer les Yéménites qui ont à faire à une épouvantable épidémie de choléra? Pour attaquer un jour l’Iran? Pourtant, il suffit de 50 milliards de dollars/an pour éradiquer la faim sur Terre!!!

Le président américain veut faire pression pour officialiser la réconciliation Riyadh/Tel-Aviv afin de relancer un hypothèque processus de négociation entre Israéliens et Palestiniens. En cherchant aussi à aider les Saoudiens à sortir de leur enlisement au Yémen, le président américain veut un nouveau partage de type Sykes-Picot avec la Russie. Il s’assure de nouveaux alliés. Israël et l’Arabie saoudite pour redessiner le Moyen-Orient au grand malheur des peuples qui y vivent et qui, on l’aura compris, ne seront pas consultés…

S’agissant de ceux qui dictent la norme à une religion, il eut été hautement souhaitable que le politique se tienne d’une façon équidistante des religions, car dicter une norme à une espérance, atemporelle, c’est peut-être le dernier arrêt avant l’avènement définitif du money-théisme…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Notes

1.Jules Dufour http://www.mondialisation.ca/les-ventes-darmements-au-moyen-orient-en-continuelle-expansion/5591253

2.http://www.voltairenet.org/article 196408.html

3.http://arretsurinfo.ch/video-trump-en-arabie-saoudite-extrait-dun-discours-tres-preoccupant/

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/267613-trump-et-l-islam.html

Israël-Arabie Saoudite : une alliance solide


http://lelibrepenseur.org

saudie-israel

Quand on dit que les Saoudiens et le wahhabisme sont les deux faces de la même fausse monnaie, on nous accuse de complotisme. Lorsqu’on dit que les Saoud sont des sabbataïstes qui n’ont rien à voir avec l’islam et qu’ils l’ont totalement dénaturé, on nous dit que l’islam est protégé, que personne ne peut l’altérer…. Quand on dit qu’ils ont financé et organisé le terrorisme daechiste dans le monde entier, on nous répond que ce ne sont que fadaises et billevesées…

En réalité, tout ce que l’on avance depuis 10 ans s’avère être exact à la virgule près, et maintenant que les cartes tombent sur la table et qu’ils découvrent leur jeu, vous pouvez le vérifier par vous-mêmes.


L’alliance entre Israël et l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient continue d’évoluer rapidement au niveau de convergences géopolitiques, militaires et économiques.

Si, il y a seulement quelques mois, les premiers médias du Moyen Orient et de l’Europe ont commencé à évoquer des relations et des contacts entre les deux États, il est clair qu’il s’agit maintenant d’une véritable normalisation des relations entre Israël et les Saoudiens, mais aussi d’une alliance politique et militaires avec des réunions et des contacts plus fréquents.

La preuve de ce rapprochement entre les deux pays est liée, par exemple, à l’annonce du début des travaux de construction de l’ambassade saoudienne en Israël, probablement la plus grande et la plus importante à Tel-Aviv. Officiellement, les deux pays n’ont pas des relations diplomatiques depuis la création de l’Etat d’Israël en 1948 (la Nakba) qui a entraîné l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens de leurs terres. Cependant, en 2005, par un accord formel entre le président américain George Bush (proche allié d’Israël et de sa politique coloniale) et le roi saoudien Fahd, la monarchie du Golfe s’est déclarée favorable à la reconnaissance officielle de l’Etat d’Israël. Depuis lors, selon de nombreux analystes, les convergences entre les deux pays se sont progressivement confirmées, jusqu’à la récente désignation comme futur ambassadeur d’Arabie Saoudite à Tel-Aviv du prince Walid Bin Talal.

Les déclarations du directeur saoudien du Centre d’études stratégiques du Moyen-Orient à Jeddah, Anwar Eshqi, laissent peu de doute.

Dans une interview avec le journal israélien Yediot Aharonot, l’ancien général a clairement déclaré que « la coopération entre Riyadh et Tel-Aviv contre leurs ennemis communs (l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, ndlr) est arrivée à un tel point que l’État saoudien s’engage à encourager tous les pays arabes à normaliser leurs relations diplomatiques avec Israël ». La seule condition imposée par la monarchie saoudienne serait l’acceptation de la proposition de paix, présentée par les Saoudiens en 2016, au sujet des Territoires Occupés (Palestine et les plateaux du Golan). Une proposition qui a été modifiée, ou mieux, qui a été expurgée des clauses du droit de retour des milliers de réfugiés palestiniens dans leurs foyers et de celles pour le retour du plateau du Golan qui resterait sous administration israélienne. Eshqi a ajouté que « si le gouvernement Netanyahou accepte la proposition de paix arabe, l’Arabie Saoudite invitera Israël à participer à une confédération économique avec tous les pays de la région (pour la création d’une zone de libre-échange que les Saoudiens veulent créer sur l’île de Tiran cédée par le Général égyptien Al Sissi en 2016, avec la construction d’un pont sur la Mer Rouge reliant l’Asie au continent africain, ndlr) ». Sur le plan économique en effet, la presse israélienne rapporte que l’État saoudien et les Emirats ont signé des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars avec Tel-Aviv précisément pour « fournir un soutien financier à l’économie israélienne.»

Sur le plan militaire, les convergences entre les deux pays ont des racines plus lointaines. Riyadh avait financé l’invasion israélienne du Liban en 2006, dans le but de détruire l’ennemi commun représenté par Hezbollah et par la résistance libanaise (Source AFP). Le soutien économique a été le même lors de l’opération militaire contre Gaza en 2008-2009, appelée « Plomb durci », parce que la résistance palestinienne n’était plus alignée aux directives saoudiennes. Ces dernières années, les accords de Vienne (entre le quintet Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie ainsi que Allemagne et Iran), l’influence croissante de la République iranienne, le changement de direction de l’administration Obama (avec une détérioration des relations entre les Etats-Unis et ses alliés traditionnels dans la région, les Saoudiens et les Israéliens) et, enfin, les difficultés à faire tomber le régime syrien de Assad Al Bachar, ennemi commun, ont amené inévitablement les deux pays à une alliance solide.

Au niveau militaire, l’État juif soutient, officiellement et officieusement, toutes les initiatives et les interventions de Riyadh.

Au Yémen, par exemple, le gouvernement israélien fournit des armes et un soutien logistique aux troupes saoudiennes qui combattent les chiites (Houti), ce qui entraîne le massacre des civils. Le même soutien, indirectement, s’opère contre les groupes djihadistes financés et soutenus par les Saoudiens en Syrie au point qu’un analyste israélien, Yossi Melman, a écrit dans le Jerusalem Post que « les groupes djihadistes comme Daesh ou Al Nusra ne sont pas une menace pour Israël parce que, depuis que ces groupes se sont installés dans la zone des hauteurs du Golan, ils ont toujours fait preuve de bonnes relations de voisinage avec Israël ». Le soutien logistique et médical des miliciens djihadistes protégés et soignés dans les hôpitaux israéliens a été documenté dans le passé par plusieurs journaux du Moyen-Orient.

Témoigne de cette coopération militaire bien établie la construction d’une base militaire dans le territoire saoudien dirigée par les troupes américaines et, pour la première fois, par l’armée israélienne. La base, qui a des systèmes de radar et de missiles sophistiqués, a été construite dans la région de Tabouk, dans le nord-ouest du royaume saoudien, et est devenue opérationnelle depuis novembre 2016. La nouvelle a été annoncée par le site israélien Hona et une parlementaire de la gauche sioniste du parti Meretz, Zahaava Gal-On s’est déclarée « désorientée par la décision prise par le Premier ministre Netanyahou parce qu’il placerait les officiels israéliens en première ligne contre les risques d’attaques terroristes des djihadistes en territoire saoudien « .

L’alliance entre ces deux pays apparaît donc de plus en plus forte et consolidée. Dans une perspective régionale, le plus préoccupant, en particulier pour la résistance libanaise et palestinienne, est le fait que la stabilisation des relations entre Israël et les puissances sunnites va permettre à Tel-Aviv de poursuivre tranquillement sa politique raciste et coloniale ou de frapper son ennemi avoué, le Hezbollah, sans trop de répercussions au niveau international. L’élection à Washington de Donald Trump, fidèle ami de Tel-Aviv, semble même soutenir la consolidation d’une telle alliance dans la lutte contre l’Iran. Les paroles menaçantes «je ne conseille à personne de nous provoquer ou nous tester» proférées par le ministre israélien de la Défense, le faucon et ultra-nationaliste Avigdor Lieberman, lors d’une visite à la frontière nord avec le Liban ne semblent malheureusement pas prononcées par hasard.


Stefano Mauro – Source : Investig’Action

Après trois ans de guerre au Yémen, le Pentagone va intensifier le massacre


mondialisation.ca

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Le Pentagone a officiellement demandé à la Maison Blanche de Trump de lever les restrictions limitées imposées par l’administration Obama à l’aide militaire américaine à la guerre quasi-génocidaire de la monarchie saoudienne contre le peuple appauvri du Yémen.

Le Washington Post a rapporté lundi que le secrétaire d’État James Mad Dog Mattis, un général des Marines américains récemment retraité, avait soumis un mémo plus tôt ce mois au conseiller de sécurité nationale de Trump, H.R. McMaster, pour approbation du renforcement du soutien aux opérations militaires menées au Yémen par le régime saoudien et son principal allié arabe, les Émirats arabes unis.
Ce mémo, selon le Post, a souligné qu’une telle aide militaire américaine aiderait à combattre « une menace commune ».
Cette prétendue « menace » est posée par l’Iran, principal rival régional de l’impérialisme américain pour l’hégémonie sur le Moyen-Orient riche en pétrole. Tant la monarchie saoudienne que l’administration Trump ont accusé à maintes reprises, sans fournir d’éléments de preuve significatifs, l’Iran d’avoir armé, formé et dirigé les rebelles houthis qui ont pris le contrôle de la capitale yéménite et de la majeure partie du pays, ayant fait tomber le régime fantoche du Président Abdrabbuh Mansur Hadi en 2014.

Une importante escalade de l’intervention américaine au Yémen visera principalement à provoquer une confrontation militaire avec Téhéran, dans le but d’affaiblir l’influence iranienne dans toute la région. Trump lui-même a fait campagne lors de l’élection de 2016 en dénonçant l’administration Obama pour être trop « molle » sur l’Iran et pour s’être joint aux autres grandes puissances dans la négociation avec Téhéran d’un accord qu’il a qualifié de « désastreux » sur le nucléaire. Ses conseillers, dont son premier conseiller en sécurité nationale, le général Michael Flynn, et le secrétaire à la Défense Mattis, ont tous exprimé une hostilité belliqueuse à l’égard de l’Iran.
L’impulsion immédiate pour l’appel à l’augmentation de l’aide américaine à la guerre menée par l’Arabie saoudite serait une opération proposée par les Émirats arabes unis pour prendre le contrôle du port de Hodeida sur la mer Rouge. L’effet d’une telle offensive serait de couper la grande partie du pays et sa population sous contrôle houthi de toute ligne d’approvisionnement avec le monde extérieur. Près de 70 pour cent des importations du pays passent maintenant par ce port. Même avant la guerre, le Yémen dépendait d’importations pour 90 pour cent de sa nourriture. Les agences d’aide ont averti qu’une offensive militaire sur le port pourrait faire basculer le pays dans une famine massive.

L’escalade américaine proposée au Yémen coïncide avec le deuxième anniversaire de la guerre saoudienne sur le pays, lancée le 26 mars 2015 sous la forme d’une campagne de bombardements sans fin dirigée en grande partie contre des cibles civiles, ainsi qu’une offensive qui stagne au sol.

L’anniversaire a été marqué dans la capitale de Sanaa et d’autres villes yéménites par des manifestations de centaines de milliers de personnes dénonçant la campagne militaire saoudienne. Les Houthis ont obtenu un soutien qui s’étend bien au-delà de leur base sociale dans la minorité chiite zaydite du pays en raison de la haine populaire envers la monarchie saoudienne et ses crimes.

Alors que la guerre entre dans sa troisième année, le Yémen est au bord d’une famine massive et se trouve confronté à l’une des pires crises humanitaires de la planète. Cette guerre, menée par des familles royales des monarchies pétrolières du Golfe d’une richesse obscène contre ce qui était déjà la nation la plus pauvre du monde arabe, a tué quelque 12 000 yéménites, dont une majorité écrasante de civils, et a fait au moins 40 000 blessés.

Les frappes aériennes saoudiennes ont visé des hôpitaux, des écoles, des usines, des entrepôts alimentaires, des champs et même du bétail. Associé à un blocus naval de fait, le but de cette guerre totale contre la population civile du Yémen est d’affamer jusqu’à la mort les Yéménites pour les forcer à se soumettre. Une campagne soutenue par les États-Unis pour s’emparer du port de Hodeida viendrait resserrer cet étau meurtrier.

Dans un communiqué publié lundi marquant le début de la troisième année de guerre, le Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies a déclaré que « près de 19 millions de Yéménites – plus des deux tiers de la population – ont besoin d’aide humanitaire. Sept millions de Yéménites font face à la famine. »

L’UNICEF, l’agence des Nations unies pour les enfants, a signalé qu’environ un demi-million d’enfants souffrent de malnutrition aiguë au Yémen, tandis que 1546 ont été tués et 2450 ont été handicapés par les combats. L’agence a déclaré que le taux de décès des enfants a augmenté de 70 pour cent au cours de la dernière année, alors que le taux de malnutrition aiguë a augmenté de 200 pour cent depuis 2014.

Le bombardement volontaire des hôpitaux et des dispensaires par les saoudiens a laissé 15 millions de personnes sans accès aux soins de santé, tandis que la destruction des installations d’eau et d’assainissement a entraîné des épidémies de choléra et de diarrhée. On estime que jusqu’à 10 000 enfants ont perdu la vie en raison du manque d’eau potable et de services médicaux depuis 2015.

Washington, sous les administrations Obama et Trump, a été pleinement complice des crimes de guerre commis par le régime saoudien et ses alliés contre le peuple yéménite. Washington a injecté le montant stupéfiant de 115 milliards de dollars d’armes dans le royaume saoudien sous l’administration Obama, assurant le réapprovisionnement de bombes et de missiles largués sur les maisons, les hôpitaux et les écoles yéménites. Il a mis en place un centre de logistique et de renseignement américano-saoudien commun pour guider la guerre et a fourni des ravitaillements aériens par des avions américains pour assurer que le bombardement pourrait continuer 24 heures sur 24.

Alors qu’une partie de cette aide militaire décisive a été réduite à des fins de relations publiques suite à l’horrible bombardement saoudien d’octobre 2016 d’une cérémonie funéraire à Sanaa qui a tué plus de 150 personnes, la marine américaine est entrée directement dans le conflit ce mois-ci, tirant des missiles Tomahawk à des cibles houthis, action motivée par des accusations non étayées que des missiles avaient été tirés sur des navires américains.
Néanmoins, la demande de Mattis marquerait une escalade qualitative de l’intervention américaine. Alors que le

Washington Post a signalé qu’une demande des Émirats arabes unis que les troupes américaines d’opérations spéciales participent directement au siège du port de Hodeida ne faisait pas partie de la proposition de Mattis, le journal a continué à avertir que l’armée des monarchies du Golfe « n’était peut être pas capable sans l’implication des forces américaines d’une si grande opération, comprenant la rétention et la stabilisation d’une zone reconquise ». L’armée des Émirats est en grande partie une force mercenaire, recrutée parmi d’anciens membres des armées colombienne, salvadorienne et chilienne pour faire le sale travail de la famille royale au pouvoir. »

Le Washington Post ajoute : « Un plan élaboré par le Commandement central des États-Unis pour aider l’opération comprend d’autres éléments qui ne font pas partie de la demande de Mattis, ont déclaré les responsables. Alors que des navires des Marines ont été près de la côte du Yémen pendant environ un an, le rôle de soutien qu’ils pourraient jouer n’était pas clair. »

Comme de nombreux rapports l’ont indiqué, la Maison Blanche a pour l’essentiel donné libre cours à Mattis et aux commandants militaires américains pour mener des opérations armées comme bon leur semble. Le résultat a été que le nombre de soldats américains sur le terrain en Syrie a plus que doublé avec une escalade de l’intervention des États-Unis en Irak, ainsi qu’une demande de 5000 autres soldats à déployer en Afghanistan.

Au Yémen, ils se préparent à entraîner le peuple américain dans une autre guerre criminelle contre l’une des populations les plus vulnérables du monde, menaçant de hâter la mort de millions de personnes affamées. Les objectifs stratégiques sous-jacents à ce vaste crime de guerre sont l’imposition de l’hégémonie impérialiste américaine sur le Moyen-Orient par une confrontation militaire avec l’Iran et la préparation d’un conflit mondial avec les principaux rivaux de Washington.

Bill Van Auken

Article paru en anglais, WSWS, le 28 mars 2017

La source : wsws.org

Collusion wahhabo-sioniste en vue !


mondialisation.ca

Mine de rien, une députée israélienne vient de découvrir le pot aux roses. Avec ingénuité, cette élue du parti de gauche « Meretz » a révélé que 122 militaires israéliens et américains étaient en activité sur une base aérienne saoudienne. Cette situation l’horrifie, dit-elle, car ces militaires sont inutilement exposés au « terrorisme saoudien » ! On ne sait s’il faut attribuer cette indignation à la candeur des sionistes de gauche ou à leur duplicité coutumière. Mais l’affaire a le mérite de lever le voile sur la collaboration militaire israélo-saoudienne au moment où l’Arabie saoudite est engagée dans une partie de bras de fer avec l’Iran.

Selon des sources citées par cette parlementaire, l’opération viserait à déployer un système antiaérien extrêmement performant sur le sol saoudien tout en consolidant le système antimissile israélien « Dôme de fer ». Un accord en ce sens aurait même été paraphé au cours de la visite de Barack Obama à Riyad en avril 2016. Ainsi, la Maison blanche ferait coup double. Les Saoudiens nourrissant à l’égard des missiles iraniens la même hantise que les Israéliens à l’égard de ceux du Hezbollah, l’Oncle Sam réunit ses deux alliés régionaux en les gratifiant des derniers joujoux du complexe militaro-industriel.

D’étranges conciliabules laissaient supposer que Riyad et Tel Aviv nouaient clandestinement un partenariat militaire malgré l’absence de relations officielles entre les deux pays. On se doutait bien que la non-reconnaissance d’Israël par la pétromonarchie préférée des Occidentaux n’était plus qu’un héritage suranné, lié à la grande époque de la « solidarité arabe » et voué par l’esprit du temps à finir aux oubliettes. De nombreux indices nourrissaient le soupçon d’une telle connivence, avivé par des convergences d’intérêt qui n’échappent à personne. Désormais, c’est fait. Un pas été franchi. La coopération entre Israël et les Saoud s’étale au grand jour avec la bénédiction américaine. Il faut d’ailleurs reconnaître que certains Saoudiens avaient anticipé ce rapprochement. Il suffit de rappeler les déclarations prémonitoires du prince Walid Ben Talal en octobre 2015.

Selon le quotidien koweïtien « Al Qabas », il déclara : « Je me rangerai du côté de la nation juive et de ses aspirations démocratiques dans le cas du déclenchement d’une Intifada palestinienne, et j’userai de toute mon influence pour briser les initiatives arabes sinistres visant à condamner Tel-Aviv, parce que je considère l’entente israélo-arabe et une future amitié comme nécessaire pour empêcher l’extension dangereuse de l’Iran ». On n’entendit guère les amis occidentaux d’Israël, à l’époque, se scandaliser de cette déclaration d’amour d’un coupeur de tête esclavagiste pour la « seule démocratie du Moyen-Orient » (si vous êtes un laïque européen) ou la « lumière des nations » (si vous êtes un puritain américain).

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Le prince Al-Walid BenTalal – DR.

Mais continuons avec le prince Walid. « Par conséquent, dit-il, l’Arabie Saoudite et Israël doivent renforcer leurs relations et former un front uni pour contrecarrer le programme ambitieux de Téhéran ». Fort logiquement, la République islamique d’Iran est en ligne de mire. Mais il y a plus. Le quotidien koweïtien « Al Qabas » précise que le prince Al-Walid BenTalal s’est exprimé lors d’une tournée régionale visant à obtenir un soutien pour les rebelles saoudiens présents en Syrie ». Cette ultime précision dévoile le fond de l’affaire. Car Washington, Riyad et Tel Aviv ont le même désir de provoquer la chute du président syrien. Les Saoudiens sont les sponsors officiels de ces hordes de mercenaires décérébrés dont raffolent les droit-de-l’hommistes. Mais Israël et les USA sont les bénéficiaires ultimes de cette tentative de destruction d’un Etat syrien qui a trois fâcheuses manies : il défend sa souveraineté, il soutient le Hezbollah et réclame la restitution du Golan.

suite…

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La Mecque aujourd’hui, à part la Kaâba, est une copie de Houston


lelibrepenseur.org

Pour l’islamologue Ziauddin Sardar, la maladie de l’islam a un nom : Arabie Saoudite. Dans un éblouissant ouvrage sur La Mecque, il raconte comment les Saoudiens ont détruit la ville sainte pour la transformer en un temple de la consommation pour une clientèle riche jusqu’à l’obscénité.

– Ecrire sur La Mecque, c’est facile ?

Non ! C’était un processus très complexe. Il me fallait fournir un récit juste, distancié et le plus objectif possible, d’autant plus parce que je suis musulman. Il fallait être aussi sceptique, critique. Il me fallait surtout dissocier l’image de La Mecque, cité des hommes, ville banale, et celle de La Mecque du hadj, le pèlerinage, l’un des rituels les plus sacrés de l’islam. Résultat : j’ai passé des années sur ce livre. C’est l’œuvre d’une vie.
– Sur quelles sources vous êtes-vous appuyé ?
Elles ont constitué mon plus gros problème, car il n’existe quasiment pas d’archives, très peu de documents. La seule littérature se concentre en quelques livres sur le rituel du hadj, des récits poétiques et des bouquins sur la nature environnante. Les ouvrages sur son histoire et son développement sont extrêmement rares.
– Comment avez-vous fait ?
J’ai fait une enquête de terrain, mené des recherches pendant plusieurs années. J’ai récolté des données, tenu un carnet de notes lors de mes voyages. J’ai été à la fois observateur et participant.
– Vous rappelez que La Mecque n’a pas toujours été cette ville si importante pour les musulmans…
La plupart des musulmans croient qu’elle a été depuis toujours un lieu déterminant dans l’histoire de l’islam. En fait, elle n’a jamais été un élément central de l’histoire de la civilisation musulmane ni le centre du pouvoir d’aucune société musulmane, pas même celui du Prophète Mohamed. Le Califat omeyyade (661-750) a établi sa capitale à Damas, le Califat abbasside (749-1258), lui, a choisi Baghdad, avant que le centre de gravité ne se déplace vers Istanbul à l’ère de l’Empire ottoman (1299-1922). D’autres villes majeures de la civilisation musulmane comme Samarcande, Le Caire, Fès, Cordoue ou Tombouctou ont, elles, connu grandeur et décadence.
– Comment La Mecque a-t-elle pris cette place à part ?
Elle est idéalisée, presque idolâtrée en raison de la présence de la Kaâba, cette construction cubique que les musulmans considèrent littéralement comme la maison de Dieu. Sa force est symbolique. En plus, les musulmans romancent son histoire.
– Dans quel sens ?
La Mecque est une ville où le rituel est roi, mais où l’éthique est absente. Rien n’y est plus commun que le racisme, la bigoterie et la maltraitance. J’ai pu constater à maintes reprises que les services de renseignement et la Garde saoudienne se montraient volontiers agressifs et hostiles envers les musulmans. Si un visiteur ou un travailleur étranger est arrêté pour une raison ou une autre, il sera torturé, et ce, qu’il soit coupable ou innocent. L’un des spectacles les plus prisés de la ville ce sont les exécutions du vendredi, (au moins 153 en 2015, selon Amnesty International, ndlr) encore entourées d’un voile de mystère, où sont majoritairement décapités des travailleurs pauvres et marginalisés d’Asie ou d’Afrique
– Vous rappelez que beaucoup de sang a coulé dans ces lieux…
Son histoire est marquée par la violence et l’injustice, par les guerres des tribus et des clans. Plus la ville spirituelle s’est hissée au-dessus des contingences terrestres, plus elle s’est retrouvée déconnectée des difficultés et des réalités de l’existence humaine. Il y a autant de voleurs, de menteurs et d’escrocs à La Mecque qu’ailleurs dans le monde.
– Les Saoudiens, écrivez-vous, ont effacé l’histoire de La Mecque, rasé la cité…
Imaginez que le pape remplace la fresque de la chapelle Sixtine par une pub géante Gucci. Eh bien, si vous allez à La Mecque aujourd’hui, à part la Kaâba, vous verrez une copie de la ville américaine de Houston. D’ailleurs, les habitants appellent leur ville « Saoudi-Las Vegas ». N’y cherchez pas les traces de la naissance de l’islam, de son développement, les plus anciennes mosquées, les vieilles habitations… Elles n’existent tout simplement plus. Tout a été offert aux bulldozers, tout a été détruit. Même le Haram, la mosquée sacrée, a été défigurée par des travaux d’élargissement qui ont englouti l’histoire. Le passé des Omeyyades, des Abbassides, des Ottomans a été rasé pour laisser la place à des tonnes de béton armé.
– Rien n’a été déplacé pour être préservé ?
Non. Absolument rien. La maison de Khadidja, la femme du Prophète, a été rasée. Les demeures de la famille du Prophète et de ses premiers fidèles ont également été rasées. Même les collines ont été creusées pour ériger des tours en béton. Le plus fou, c’est que le Coran décrit la ville de La Mecque comme la cité des vallons. Mais aujourd’hui, cette description ne correspond pas à la réalité. Il n’y a plus aucune colline, les bulldozers ont tout aplati.
– Selon les Saoudiens, c’est pour éviter de tomber dans l’adoration du Prophète et de ses proches qu’ils interdisent toute image ou objet du passé…
C’est un argument stupide. Les musulmans savent très bien faire la différence entre le respect du patrimoine et de la culture, d’une part, et l’adoration de Dieu de l’autre. Ils prient pour leur dieu, pas pour autre chose. Les Saoudiens se moquent des musulmans. Pourquoi effacer les traces du Prophète alors que les portraits à l’effigie du roi et des princes sont partout ? Ça, c’est un culte de la personnalité digne d’inquiétude. Les princes construisent des palaces extravagants, d’un kitsch ahurissant, alors que la maison d’Aïcha, l’épouse favorite de Mohamed, a longtemps servi de toilettes publiques !
– Vous décrivez La Mecque comme un supermarché géant. Est-ce que vous n’exagérez pas ?
Pas du tout ! La nouvelle religion des Saoudiens, c’est le shopping, et leurs nouvelles idoles, les marques de luxe. De Louis Vuitton à Rolex, tout est à vendre et à n’importe quelle heure. La ville s’est embourgeoisée, c’est une ville de riches, parfois plus chère que Londres ou New York. Le pèlerinage est une poule aux œufs d’or. Savez-vous qu’il coûte entre 5500 et 9000 euros par personne ? Avec la chute des prix du pétrole, les autorités comptent beaucoup sur son développement, comme une machine à fric qui pourra sauver le royaume de la banqueroute.
– Il y a aussi cette impresionnante tour, la Makkah Clock Royal Tower…
Une horreur ! Cette tour (de 601 mètres de haut, elle est la quatrième plus haute au monde. Elle fait partie d’un titanesque projet de construction de gratte-ciel incluant des centres commerciaux de luxe et des palaces, ndlr) fait paraître la Kaâba minuscule à ses côtés et se dresse bien au-dessus de la Mosquée sacrée. Mais il y a aussi le Raffles Makkah Palace ou encore le Makkah Hilton, érigé à l’endroit où se tenait la maison d’Abu Bakr, premier calife et plus proche compagnon du Prophète. D’ici dix ans, une muraille de 130 gratte-ciel viendra toiser la Mosquée sacrée. En Arabie Saoudite, le dieu c’est le béton. Une chose me trouble tout particulièrement : que si peu de musulmans semblent disposés à s’insurger envers cette politique du bulldozer. Ils ne devraient pas s’en prendre à ceux qui dessinent Mohamed et en font des caricatures, mais plutôt à ceux qui ont détruit et effacé la mémoire de leur religion.
– Comment ont-ils réagi à votre livre ?
Le royaume saoudien, très mal. Il a d’ailleurs tenté de stopper sa diffusion en Occident. Pour ma part, je suis interdit de séjour en Arabie Saoudite et je ne pourrai jamais remettre les pieds à La Mecque, moi qui y ai travaillé pendant cinq ans. Les autres pays du Golfe ont également banni le livre. Quant aux autres musulmans, ils préfèrent l’ignorer.
– Pourquoi ?
La crise que traverse actuellement le monde musulman, Daech, Al Qaîda, la guerre fratricide entre sunnites et chiites, les révoltes, le salafisme (courant sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines, ndlr), le djihad… Beaucoup de ces crises sont dues à l’influence des Saoudiens et à leur lecture intégriste, littéraliste de l’islam, par le biais du wahhabisme qui rejette toute divergence ou esprit critique. Ils ont réussi à en faire la vision dominante. Cette doctrine rigoriste, financée à coups de pétrodollars, estime qu’elle est la gardienne de la vérité, du vrai islam. Les Saoudiens sont persuadés que les autres musulmans sont perdus et les Occidentaux des mécréants. C’est, je le répète, une vision radicale, sectaire et violente, qui est celle de l’organisation de l’Etat islamique (EI).
– Vous comparez l’Arabie saoudite à l’Etat islamique ?
Les monstres de Daech ont été biberonnés aux idées wahhabites et salafistes saoudiennes. Ils partagent la même conception de l’histoire et de l’islam contemporain. Les Arabes nés dans la Péninsule arabique sont des « purs », les autres sont des soumis, à l’image des travailleurs immigrés, les Noirs des « esclaves », les Asiatiques des « serviteurs », et les Occidentaux de « méchants mécréants ». Voilà un discours aussi dangereux que le djihad déclaré de l’Etat islamique. L’EI est une version plus extrême du régime saoudien. Ce sont les deux faces d’une même pièce de monnaie, sauf que l’EI n’est pas reconnu par la communauté internationale.
– Quelle est la solution à ce malaise ?
Le remède est d’ouvrir les esprits, de remonter l’histoire de cette religion et surtout de se mettre à lire le Coran avec la raison et non pas avec la passion. Nous devons nous permettre d’être critiques. Nous interroger sur l’identité musulmane en refusant de réduire cette religion à un ensemble de rituels sacrés et d’interdits.

L’Arabie saoudite contre l’Iran : la plaque tectonique du pétrole de Qatif par Alfredo Jalife-Rahme


Il est d’usage dans la presse occidentale de prendre un air savant et d’expliquer la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran sur la base de rivalités religieuses (sunnites contre chiites) ou ethniques (arabes contre perses). Pourtant l’Histoire contredit cette interprétation, tandis qu’un coup d’œil sur la carte des hydrocarbures rend ce conflit limpide.

| Mexico (Mexique) | 4 février 2016

 
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L’escalade entre l’Arabie saoudite (première puissance pétrolière mondiale, 27,7 millions d’habitants, dont 80 % de sunnites et 20 % de chiites concentrés à Qatif et dans la province orientale) et l’Iran (81,1 millions d’habitants dans un pays indo-européen à grande majorité chiite et puissance gazière mondiale) découle d’une rivalité géo-politique bien plus que d’un conflit religieux ou ethnique, n’en déplaise à ceux qui s’en tiennent au prisme israélo-anglosaxon, qui déforme pour balkaniser.

À l’époque où régnait le Shah Reza Pahlevi, l’Arabie saoudite était le grand allié de l’Iran, sous la férule US. L’escalade actuelle, complexe, est un reflet de la fracture globale, comportant la mise à feu du « Moyen-Orient élargi », la rivalité pour le pouvoir sur le monde islamique et celle sur l’OPEP.

La fracture géostratégique entre les USA d’un côté, et la Russie et la Chine de l’autre, a pour fond le piège démographique ourdi par Zbigniew Brzeziński/Stratfor avec leur « carte islamique » [1] destinée à déstabiliser en profondeur le bloc RIC (Russie, Inde, Chine).

La Russie compte 20 % de Tatars sunnites ; quant à l’Inde, puissance nucléaire, elle est la première puissance islamique au monde en nombre, avec 20 % de musulmans ; et la Chine à son tour compte 10 millions d’Ouigours et de Mongols sunnites, et une part de peuplement turc dans la province autonome du Xinjiang, éminemment stratégique, car riche en gaz et en uranium.

L’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon avait dessiné le Moyen-Orient selon une ligne horizontale allant du Maroc jusqu’au Cachemire (les protestations contre l’Arabie saoudite ont atteint ces deux extrêmes) et une ligne verticale depuis le Caucase, le bas-ventre de la Russie, jusqu’à la corne de l’Afrique.

L’Organisation de coopération islamique (57 États) comprend 1,6 milliard de fidèles, soit 22 % du genre humain, dont 80 % de sunnites —un univers qui est loin d’être homogène, les écoles juridiques d’interprétation du Coran étant diverses— et presque 20 % de chiites, eux aussi divisés par la présence de multiples sectes (Alaouites de Syrie, Houthis/Zéyidies au Yémen, Alévis en Turquie, Ismaélites en Inde, etc).

Les minorités chiites se distinguent en Inde, au Pakistan et en Afghanistan, pays déstabilisé par le grand jeu géostratégique US contre les RIC. En Irak, les chiites sont majoritaires (85 %), au Bahreïn également (85 %) ; au Liban ils sont 50 %, et les minorités chiites en Inde, au Pakistan et en Afghanistan sont pléthoriques. Enfin, les 400 millions de chiites environ sont répartis dans une centaine de pays, mais 80 % sont concentrés en Iran (81,8 millions), en Inde (45,4 millions), au Pakistan (42,5 millions), en Irak (24,5 millions) et en Turquie (20 milllions).

Au-delà de la rivalité pour la direction religieuse du monde musulman, entre l’Iran et l’Arabie saoudite, avec l’enjeu de la garde des lieux saints de La Mecque et de Médine, Riyad a perdu deux alliés privilégiés parmi les sunnites : Saddam Hussein, qui gouvernait la majorité chiite en Irak (situation symétrique de la Syrie, où Bachar el-Assad est issu des 15 % de population alaouite face aux 80 % de sunnites) et Hosni Moubarak en Égypte, balayé par le « printemps arabe » artificiel, à l’instigation des US et du Royaume-Uni ; au même moment, l’Iran étendait son influence au Liban avec le Hezbollah, et en Syrie avec les Alaouites en guerre contre l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ; au Yémen, l’Arabie saoudite livre une guerre contre les Houthis ; au Bahreïn, Riyad est intervenu militairement pour étouffer la rébellion de la majorité chiite [2].

L’escalade a atteint un paroxysme avec la mort en masse de pèlerins iraniens à La Mecque, un simple accident, selon Riyad, l’assassinat délibéré de 500 personnes pour l’Iran, parmi lesquels l’ex-ambassadeur de l’Iran au Liban [3].

Outre les plans de multi-balkanisation de l’Iran et de l’Arabie saoudite annoncés par le Pentagone [4] et le New York Times  [5], il convient de signaler trois pistes éminemment radioactives :
- les réserves en devises des six pétromonarchies arabes du Golfe persique : ces pays ont envisagé de lancer la monnaie unique du golfe [6] ;
- la parité fixe du rial, divise saoudienne, avec le dollar [7],
- et le pétrole de Qatif.

L’Arabie saoudite et l’Iran n’ont pas intérêt à poursuivre l’escalade, tandis que Riyad en est à consolider la succession du roi Salmane, et l’Iran retient son souffle en attendant l’imminente levée des sanctions, qui lui permettra de récupérer ses 150 milliards de dollars séquestrés par Washington, en échange de la désactivation de son projet nucléaire. Rappelons que l’Iran n’a que 109 milliards de dollars de réserve, face aux 650 milliards de dollars de l’Arabie saoudite.

47 exécutions, pour 43 sunnites terroristes et djihadistes, se réclamant d’Al Qaïda, qui cherchaient à renverser la maison royale des Saoud, plus 4 chiites, dont le cheikh Nimr al-Nimr, originaire de Qatif, vénéré par la jeunesse, et qui menaçait de faire sécession, et trois autres membres du clergé : cela a déclenché la fureur du chiisme universel, lorsque le Hezbollah a accusé les USA d’être derrière ces décapitations.

Stratfor, le centre israélo-texan qui se fait connaître comme la main de la CIA dans l’ombre, estime que la controverse sur le prélat al-Nimr bouillonne depuis des années [8] en effet, il avait été arrêté en juillet 2012 pour avoir incité les militants chiites de la région pétrolière qui constitue la province orientale, alors que durant le « printemps arabe », Riyad était déjà intervenu au Bahreïn, son petit voisin à majorité chiite, pour renforcer l’ordre sunnite dans toute la péninsule arabe.

Comme lors de la guerre Irak/Iran visant à épuiser tant Saddam Hussein que la révolution islamique chiite de l’ayatollah Khomeiny, les USA ont vendu des armes aux deux parties pour les saigner. S’agit-il à nouveau pour Washington d’appliquer son programme hémorragique, cette fois-ci tant à l’Arabie saoudite qu’à l’Iran ?

Ambrose Evans-Pritchard, le féroce porte-parole de la maison royale britannique, estime pour sa part que la collision entre les deux pays se rapproche dangereusement du cœur du marché pétrolier mondial. Il affirme que la minorité chiite offensée, soit 15 % de la population saoudienne d’après lui, « réside sur les gigantesques champs pétroliers saoudiens, en particulier dans la ville de Qatif » [9].

Il cite Ali al-Ahmed, directeur de l’Institut des Affaires du Golfe, dont le siège est à Washington, d’après lequel Qatif est le centre névralgique de l’industrie pétrolière saoudienne, la grande station centrale où débouchent 12 oléoducs, pour fournir les immenses terminaux pétroliers de Ras Tanura et Dharan, fort vulnérables au demeurant, en cas d’attaque surprise.

Evans-Pritchard insiste : la plus grosse part des 10,3 millions de barils journaliers produits par l’Arabie saoudite, surveillée par 30 000 gardes, traverse le cœur du chiisme, en pleine ébullition ; une interruption de quelques jours peut provoquer un pic pétrolier, atteignant 200 dollars ou plus le baril, et nourrir une crise économique globale. C’est la manne géopolitique dont rêvent les spéculateurs des fonds spéculatifs de Wall Street et de la City de Londres…

Il convient de suivre au microscope électronique les positions turques (la seule puissance sunnite de l’Otan), et celles du Pakistan (la seule puissance nucléaire musulmane), qui a jusqu’à présent adopté une prudente attitude neutre, mais cela surtout pour les liens tissés récemment avec la Russie et la Chine, et par répulsion pour les Frères musulmans (qu’encouragent la Turquie et le Qatar), et certainement pas par amour de l’Iran.

Traduction
Maria Poumier

Source
La Jornada (Mexique)


[1] « Otra trampa de Brzezinski y Stratfor contra Rusia : « guerra demográfica » con Turquía », Alfredo Jalife Rhame, La Jordana, 3 de enero de año 2016.

[2] « Why the King’s Sunni Supporters are Moving Abroad », Justin Gengler, Foreign Affairs, January 6, 2016.

[3] « L’Arabie saoudite a bien enlevé des collaborateurs de l’ayatollah Khamenei », Réseau Voltaire, 13 novembre 2015.

[4] “We’re going to take out 7 countries in 5 years : Iraq, Syria, Lebanon, Libya, Somalia, Sudan & Iran..”, Video Interview with General Wesley Clark, Democracy Now, March 2, 2007.

[5] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[6] « Hacia el nuevo orden geofinanciero : yuan chino entra al FMI y Rusia prepara su « rublo-oro » », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 13 de de diciembre de 2015.

[7] “Saudi riyal in danger as oil war escalates”, Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, December 28, 2015.

[8] “The Saudi-Iranian Spat Is Emblematic of the Region’s Power Struggle”, Stratfor, January 4, 2016.

[9] “Saudi showdown with Iran nears danger point for world oil markets”, Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, January 4, 2016.

Israël et l’Arabie saoudite, deux grands colonisateurs de la planète


simandou  René Naba

Par    juin 21, 2015

Paris – Le fait est patent et la source béton. C’est écrit noir sur blanc dans un rapport américain intitulé « Global Land and Water Grabbing » (accaparement mondial de la terre et des eaux) et publié par la revue Golias Hebdo N° 275 (semaine du 14 au 20 Février 2013).

Israël est l’un des plus grands colonisateurs de la planète et l’un des plus importants pollueurs des terres d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie

Une colonisation de l’ordre de 20 fois la superficie de la Palestine, alors que l’Arabie saoudite, sous la bannière de la firme Ben Laden, la firme familiale du fondateur d’Al Qaida, se tournait vers l’Afrique et l’Asie pour s’assurer des terres arables pour parvenir son auto suffisance alimentaire.
L’expérience d’Israël de la colonisation de la Palestine l’a conduite à coloniser des terres à travers le Monde représentant vingt fois sa superficie au détriment des populations et de l’environnement des pays pauvres :

  • En Guinée, Simandou, une montagne isolée au milieu de la forêt équatoriale, dans les confins de la Guinée. Son sous-sol renferme du minerai de fer, la plus importante réserve inexploitée au monde. Sa valeur : plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars. Le sous-sol de la Guinée regorge de matières premières : bauxite, diamant, or, uranium, fer, etc. Les principaux groupes miniers de la planète s’y disputent les concessions. Mais les 11 millions d’habitants ne profitent guère de ces trésors. Le scandale de Simandou met en cause l’homme le plus riche d’Israël, Benny Steinmetz. Une des plus importantes opérations de pillage des richesses minières d’Afrique sur fond de corruption des élites africaines et d’évasion de capitaux, avec la complicité d’un ex-première dame guinéenne.
  • Au Gabon pour la culture du Jatropa, nécessaire à la production de biocarburants.
  • En Sierra Leone où la colonisation israélienne représente 6,9 pour cent du territoire de ce pays de l’Afrique de l’Ouest de surcroît diamantifère.
  • Aux Philippines où la proportion des terres « confisquées » atteint 17,2 pour cent de la surface des terres agricoles.
  • En République Démocratique du Congo pour la culture de la canne à sucre, en sus de l’exploitation diamantifère. Avec en prolongement dans la région des grands lacs, un prosélytisme visant la conversion des Tutsi au judaïsme, en une opération visant à forger une nouvelle identité pour une stratégie de conquête et de préservation des intérêts israéliens dans la zone, parallèlement à la stratégie avec la stérilisation des Fallachas, juifs d’Éthiopie en Israël. Nul n’est à l’abri de contradictions.

Les scandales abondent au Congo Kinshasa où Laurent Désiré Kabila a payé de sa vie ses indélicatesses en attribuant l’exploitation diamantifère à un groupe israélien.

Israël est à la tête des pays qui contrôlent les terres dans les pays pauvres, avec les États-Unis, la Grande Bretagne et la Chine. Selon cette de « The Journal of the National Academy of Sciences of the United States » et reprise par Golias, 90 pour cent de ces terres se trouvent dans 24 pays situées pour la plupart en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Depuis la crise alimentaire de 2007-2008, les sociétés étrangères s’emparent de dix millions d’hectares annuellement de terres arables. Les nouvelles cultures se font souvent au détriment des jungles et des zones d’importance environnementales, menacées ans leur biodiversité. Elles utilisent engrais et pesticides et libèrent d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Au final, le phénomène sape les bases de la souveraineté alimentaire et détourne en particulier les ressources en eau.

Dans les pays de l’Afrique anglophone…

suite…

http://www.madaniya.info/2015/06/21/israel-et-larabie-saoudite-deux-grands-colonisateurs-de-la-planete/

Guerre au Yemen : représailles saoudiennes exercées contre l’Algérie


http://www.lelibrepenseur.org/2015/04/07/guerre-au-yemen-represailles-saoudiennes-exercees-contre-lalgerie/

Pour avoir refusé fermement de participer à la coalition menée par la Saoudie dans sa guerre au Yemen, l’Algérie subit actuellement des représailles se traduisant par l’interdiction de survol de la péninsule par tout aéronef battant pavillon national. Des incidents sérieux se sont produits en plein vol entraînant une tension palpable entre les deux capitales. La Saoudie, étant la gardienne des Lieux Saints, croit pouvoir exercer le leadership sur toute la région, y compris l’ensemble du monde islamique. Une telle attitude est loin d’être conforme aux usages diplomatiques et encore moins à la morale islamique. Mais peut-on encore parler d’islam dans un pays dirigé par des Sabbataïstes de la pire espèce ?

La tension est à son paroxysme entre l’Arabie Saoudite et l’Algérie. Même si aucune déclaration officielle n’est venue le confirmer, de nombreux signes parfois flagrants trahissent le secret qui entoure ce conflit larvé.

D’abord, 250 Algériens bloqués à Djeddah depuis vendredi dont le rapatriement est en cours, l’interdiction aux équipages d’Air Algérie de descendre de leur appareil et de passer la nuit à Djeddah et enfin la fermeture de l’espace aérien saoudien aux appareils portant pavillon algérien, qu’ils soient civils ou militaires. Désormais, les appareils d’Air Algérie devront contourner l’Arabie Saoudite pour joindre Dubaï et donc allonger les distances et augmenter la consommation en carburant et traverser des zones dangereuses. La raison de ce pic de colère de Riyad est l’audacieuse opération d’exfiltration, en pleine guerre aérienne, de plus de 200 ressortissants maghrébins, dont 160 Algériens, qui s’est conclue samedi sur le tarmac de l’aéroport Houari Boumediene à Alger.

Cellule de crise

Tout commence au début de l’offensive aérienne « Tempête décisive » qu’a lancée, le 25 mars, une coalition menée par l’Arabie Saoudite contre les rebelles Houthis au Yémen. L’Algérie décide à ce moment précis de mettre en place une cellule de crise pour suivre les événements. La présidence de la République, le ministère de la Défense nationale et celui des Affaires étrangères coordonnent leur action. Le 26 mars, alors que des navires chinois et saoudiens se dirigent sur Aden pour rapatrier  leurs ressortissants ; l’Algérie commence à étudier un plan d’évacuation. Aucun navire des forces navales n’est dans la zone. La Chine qui se charge de récupérer le 31 mars, un grand nombre de ses ressortissants mais aussi ceux d’autres pays asiatiques par voie maritime. Cette option ne représente pas une solution pour les autorités algériennes d’autant que le personnel diplomatique et la majorité des nationaux se concentrent dans la région de Sanaa. L’Arabie Saoudite qui a réussi à cristalliser autour d’elle la quasi-majorité des pays arabes dans sa guerre au Yémen a du mal à accepter l’attitude défiante d’Alger. Car non seulement l’Algérie refuse de participer à cette offensive, mais elle argumente de fort belle manière sa décision et ose même proposer une alternative pacifique pour le règlement du conflit. Pis encore, le dédain avec lequel la diplomatie algérienne a accueilli la proposition égyptienne de créer une force militaire arabe pour « lutter contre le terrorisme » a été ressenti par l’axe Riyad-Le Caire comme un véritable affront, d’autant que ces événements ont eu lieu sur le territoire égyptien et lors d’un sommet de la Ligue Arabe.

Planification

Alger ne le sait pas encore mais Riyad semble vouloir faire payer la capitale frondeuse. A Sanaa, les fonctionnaires de l’ambassade algérienne sont sur les charbons ardents. Ils subissent, comme l’ensemble des habitants de la capitale yéménite les bombardements de la coalition. Ils sont occupés à recenser les ressortissants et à établir le contact avec les différentes parties sur les lieux pour s’assurer de la réussite d’une exfiltration. Ces deux missions sont primordiales, car il en découle le dimensionnement des moyens que devront mettre en œuvre les autorités algériennes pour réussir l’opération. Ils sont un peu plus d’une centaine, dont beaucoup de femmes, s’y ajoutent les diplomates et leurs familles. En tout 160 Algériens figurent sur le listing des personnes à évacuer. La liste est ouverte aux ressortissants des pays voisins qui n’ont pas pu quitter le Yémen : quarante Tunisiens, quatorze Mauritaniens, huit Libyens, trois Marocains et un Palestinien.  Ce sont au final, près de 230 personnes à évacuer. A Alger l’on a pris la mesure de l’opération, on décide d’envoyer le plus gros appareil civil de sa flotte, un Airbus A330 d’Air Algérie. Même si la ligne aérienne Alger-Sanaa n’a jamais été desservie par la compagnie nationale, les pilotes sont confiants malgré les difficultés qui s’annoncent. L’obstacle majeur devant cette entreprise est d’abord le survol et l’atterrissage en zone de guerre, avec d’un côté, plus d’une centaine de chasseurs occupant l’espace aérien et de l’autre une rébellion qui dispose de missiles anti-aériens, de différentes portées. Autre difficulté, l’Altitude de l’aéroport de Sanaa, plus de 7 300 pieds, fait que l’avion aura du mal à décoller à pleine charge de carburant. Le rapport poids/portance lui est défavorable. Le ravitaillement à Sanaa est exclu pour des raisons de sécurité. L’équipage devra faire l’ensemble du trajet avec un seul plein, ce qui mettra l’appareil aux limites de son rayon d’action.

Menaces …

Jeudi l’avion décolle d’Alger, direction Sanaa, le ministère des Affaires Etrangères prévient l’Arabie Saoudite et l’Egypte de la mission. Le plan de vol de l’appareil civil est partagé avec l’ensemble des pays qui seront traversés ou qui risquent de l’être de manière classique. Le vol se passe normalement jusqu’à l’approche de l’espace aérien saoudien. Alors que l’équipage d’Air Algérie s’attendait à une escorte militaire à partir de l’Arabie Saoudite, ils sont surpris par l’attitude de chasseurs envoyés pour les dissuader de pénétrer dans l’espace aérien. Le contrôle saoudien prévient l’équipage de l’interdiction et le somme de rebrousser chemin. Surpris et pensant à un problème de communication ou à un danger quelconque au-dessus du Yémen, les Algériens demandent un déroutement vers Dubaï. Là encore, ils sont étonnés par la fermeté du ton du contrôle aérien. L’espace saoudien est fermé à l’ensemble des appareils algériens.

… séquestration

L’équipage n’a pas le choix, rebrousser chemin vers le Caire et attendre que la machine diplomatique fasse son travail. En moins d’une heure et demie l’A330 atterri au Caire. Mais la situation s’aggrave. La petite délégation algérienne est malmenée, ses membres sont dirigés vers l’hôtel habituel où logent les équipages d’Air Algérie puis y sont assignés à résidence avec interdiction de quitter l’établissement. Cette séquestration durera 48 heures. A Alger l’affaire surprend, les Saoudiens font la sourde oreille. La demande algérienne de rapatriement de sa communauté au Yémen est rejetée. L’affaire prend une tournure sérieuse. C’est la présidence de la République qui gère désormais ce dossier. Alger prévient Riyad que l’avion effectuera sa mission malgré tout, vu son caractère humanitaire. L’avion décolle samedi, se pose à Sanaa, les officiels de l’ambassade ont réussi à regrouper et acheminer tout le monde en bon ordre à l’aéroport. Le vol retour se fait sans soucis, mais l’équipage ne souffle qu’après avoir atteint la méditerranée. Les officiels algériens et les dirigeants de la compagnie aérienne ont choisi de ne pas communiquer sur cette affaire. Les quelques personnes qui ont choisi de l’évoquer mettent en avant le courage de l’équipage et sa détermination à aller jusqu’au bout de sa mission. Mais l’Arabie Saoudite a décidé maintenir la pression sur l’Algérie. Le pavillon national n’a toujours pas le droit de survoler l’espace aérien saoudien, seule la desserte de Djeddah est maintenue avec interdiction aux équipages de passer la nuit sur place. La moindre formalité conforme aux codes de l’organisation de l’aviation civile internationale prend des heures.  C’est ce qui explique les difficultés rencontrées par la compagnie pour rapatrier les Algériens bloqués à Djeddah ces dernières 48 heures. Au Caire Air Algérie souffre également de lenteurs des procédures et de pressions. Ce sera, en partie, le prix à payer par l’Algérie pour son refus de participer à la guerre au Yémen.

Par Kamel Abdelhamid

Source :

Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis


 
Auteurs : Mearsheimer John – Walt Stephen
Ouvrage : Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis
Année : 2007

Depuis ces dernières décennies, et en particulier depuis la Guerre des Six Jours en 1967, la pièce
maîtresse de la politique Moyenne-Orientale des Etats-Unis a été sa relation avec Israel. La combinaison du
soutien constant à Israel et de l’effort lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflamé l’opinion
Arabe et Islamique et a compromis non seulement la sécurité des Etats-Unis mais celle d’une grande partie du
reste du monde. Cette situation n’a pas d’égal dans l’histoire politique américaine.
Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été prêts à mettre de côté leur propre sécurité et celle de plusieurs de leurs
alliés pour soutenir les intérêts d’un autre Etat?
On pourrait supposer que la relation entre les deux pays était basée sur des intérêts stratégiques communs
ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces interprétations ne peut expliquer le niveau
remarquable du soutien matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.
Au lieu de cela, l’impulsion de la politique des Etats-Unis dans la région dérive presque entièrement de la
politique domestique, et en particulier des activités du ‘Lobby Israélien’. D’autres groupes avec des intérêts
particuliers sont parvenus à biaiser la politique étrangère, mais aucun lobby n’est parvenu à la détourner aussi
loin de ce que l’intérêt national pourrait suggérer, tout en convainquant simultanément les Américains que les
intérêts des Etats-Unis et ceux de l’autre pays – dans ce cas-ci, Israel – sont essentiellement identiques.
Depuis la Guerre d’Octobre 1973, Washington a fourni à Israel un niveau de soutien en diminuant ce qui
était donné aux autres états. Israel a été le plus grand bénéficiaire de l’aide économique directe et de l’assistance
militaire annuelles depuis 1976, et est au total le plus grand bénéficiaire depuis la Seconde Guerre Mondiale,
pour un montant de plus de 140 milliards de dollars (en 2004).
Israel reçoit environ 3 milliards de dollars par an en aide directe, soit environ un cinquième du budget de
l’aide étrangère, et une somme d’environ 500 dollars par an par Israélien. Cette largesse heurte particulièrement
depuis qu’Israel est maintenant un Etat industriel riche avec un revenu par personne à peu près égal à celui de la
Corée du Sud ou de l’Espagne.
D’autres bénéficiaires obtiennent leur argent par des acomptes trimestriels, mais Israel reçoit la totalité de
sa dotation au début de chaque exercice budgétaire et peut donc empocher dessus des intérêts.

La plupart des bénéficiaires de l’aide attribuée à des fins militaires doivent la dépenser en totalité aux
Etats-Unis, mais Israel est autorisé à utiliser environ 25% de son attribution pour subventionner sa propre
industrie de la défense.
C’est le seul bénéficiaire qui n’a pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend pratiquement
impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la
construction de colonies en Cisjordanie.
D’ailleurs, les Etats-Unis ont fourni à Israel presque 3 milliards de dollars pour développer des systèmes
d’armements, et lui ont donné l’accès des armements top niveau comme les hélicoptères Blackhawk et les jets F-
16.
En conclusion, les Etats-Unis donnent à Israel l’accès aux renseignements qu’ils refusent à ses alliés de
l’OTAN et ferment les yeux sur l’acquisition par Israel d’armes nucléaires.
Washington fournit également à Israel un soutien diplomatique constant. Depuis 1982, les Etats-Unis ont
mis leur véto à 32 résolutions du Conseil de sécurité critiquant Israel, soit plus que l’ensemble des vétos formulés
par tous les autres membres du Conseil de sécurité.
Il bloque les efforts des Etats Arabes pour mettre l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA. Les
Etats-Unis viennent à la rescousse en temps de guerre et prennent le parti d’Israel dans les négociations de paix.
L’Administration Nixon l’a protégé contre la menace d’une intervention soviétique et l’a réapprovisionné
pendant la guerre d’Octobre.
Washington s’est profondément impliqué dans les négociations qui ont mis fin à cette guerre, comme
pendant toute la durée du processus ‘étape-par-étape’ qui a suivi, tout comme il a joué un rôle clé dans les
négociations qui ont précédé et suivi les Accords d’Oslo de 1993.
Dans chaque cas, il y avait des frictions occasionnelles entre les responsables américains et israéliens,
mais les Etats-Unis ont uniformément soutenu la position israélienne.
Un participant américain à Camp David en 2000 a dit ensuite : ‘Beaucoup trop souvent, nous agissions . .
. en tant qu’avocat d’Israel.’
En conclusion, l’ambition de l’Administration Bush de transformer le Moyen-Orient a au moins en partie
pour but l’amélioration de la situation stratégique d’Israel.
Cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si Israel possédait des atouts stratégiques
vitaux ou s’il y avait une raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de ces explications
ne convainc. On pourrait arguer du fait qu’Israel était un atout pendant la guerre froide.
En servant de représentant de l’Amérique après 1967, il a aidé à contenir l’expansion soviétique dans la
région et a infligé des défaites humiliantes aux clients de l’Union Soviétique comme l’Egypte et la Syrie.
Il a de temps en temps aidé à protéger d’autres alliés des Etats-Unis (comme le Roi Hussein de Jordanie)
et ses prouesses militaires ont forcé Moscou à dépenser plus pour soutenir ses propres Etats-clients.
Il a également fourni des renseignements utiles sur les capacités soviétiques.
Le soutien à Israel ne fut pas bon marché, cependant, il a compliqué les relations de l’Amérique avec le
monde Arabe.
Par exemple, la décision de donner 2,2 milliards de dollars en aide militaire d’urgence pendant la Guerre
d’Octobre a déclenché un embargo sur le pétrole de l’OPEP qui a infligé des dégâts considérables sur les
économies occidentales.
Pour tout cela, les forces armées israéliennes n’étaient pas en mesure de protéger les intérêts américains
dans la région.
Les Etats-Unis n’ont pas pu, par exemple, compter sur Israel quand la révolution iranienne en 1979
soulevait des inquiétudes au sujet de la sécurité des approvisionnements en pétrole, et ils ont dû créer leur propre
Force de Déploiement Rapide.

La première Guerre du Golfe a montré à quel point Israel devenait un fardeau stratégique. Les Etats-Unis
ne pouvaient pas utiliser des bases israéliennes sans rompre la coalition anti-Irakienne, et ont dû détourner des
ressources (par exemple des batteries de missiles Patriot) pour empêcher que Tel Aviv fasse quoi que ce soit qui
pourrait nuire à l’alliance contre Saddam Hussein.
L’Histoire s’est répétée en 2003 : bien qu’Israel soit pressé d’une attaque de l’Irak par les Etats-Unis, Bush
ne pouvait pas lui demander de l’aide sans déclencher une opposition Arabe. Ainsi Israel est encore resté sur la
ligne de touche.
Au début des années 90, et encore plus après le 11 septembre, le soutien des Etats-Unis a été justifié par
l’affirmation que les deux Etats étaient menacés par des groupes terroristes originaires du monde Arabe et
Musulman, et par des ‘Etats voyous’ qui soutiennent ces groupes et qui sont à la recherche d’armes de destruction
massive.
Cela signifiait que non seulement Washington devait laisser les mains libres à Israel face aux Palestiniens
et de ne pas insister pour qu’il fasse des concessions jusqu’à ce que tous les terroristes palestiniens soient
emprisonnés ou morts, mais que les Etats-Unis devaient s’en prendre à des pays comme l’Iran et la Syrie.
Israel est donc vu comme un allié crucial dans la guerre contre le terrorisme, parce que ses ennemis sont
les ennemis de l’Amérique.
En fait, Israel est un handicap dans la guerre contre le terrorisme et dans l’effort plus large de s’occuper
des Etats voyous.
Le ‘terrorisme’ n’est pas un seul adversaire, mais une stratégie utilisée par un grand nombre de groupes
politiques. Les organisations terroristes qui menacent Israel ne menacent pas les Etats-Unis, sauf quand ils
interviennent contre eux (comme au Liban en 1982).
D’ailleurs, le terrorisme palestinien n’est pas une violence dirigée par hasard contre Israel ou ‘l’Occident’;
c’est en grande partie une réponse à la campagne prolongée d’Israel pour coloniser la Cisjordanie et la Bande de
Gaza.
Plus important, dire qu’Israel et les Etats-Unis sont unis par une menace terroriste commune a derrière un
lien de cause à effet : les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce qu’ils sont de si
proches alliés d’Israel, et non le sens inverse.
Le soutien à Israel n’est pas la seule source du terrorisme anti-Américain, mais il est important, et cela
rend la guerre contre le terrorisme plus difficile à gagner. On ne doute pas que de nombreux chefs d’Al-Qaida, y
compris Osama bin Laden, sont motivés par la présence d’Israel à Jérusalem et par la situation difficile des
Palestiniens. Le soutien inconditionnel à Israel aide les extrémistes à rallier un soutien populaire et à attirer des
recrues.
Quant aux prétendus Etats voyous du Moyen-Orient, ils ne sont pas une grande menace pour les intérêts
vitaux des Etats-Unis, sauf dans la mesure où ils sont une menace pour Israel.
Même si ces Etats acquerraient des armes nucléaires – ce qui est évidemment indésirable – ni l’Amérique
ni l’Israel ne pourrait faire l’objet d’un chantage, parce que le maître-chanteur ne pourrait pas mettre la menace à
exécution sans souffrir de représailles terribles.
Le danger d’un approvisionnement en nucléaire aux terroristes est également écarté, parce qu’un Etat
voyou ne pourrait pas être sûr que le transfert ne serait pas détecté ou qu’il ne serait pas blâmé et puni ensuite.
La relation avec Israel rend réellement aux Etats-Unis la tache plus difficile pour s’occuper de ces états.
L’arsenal nucléaire d’Israel est l’une des raisons pour lesquelles une partie de ses voisins désire des armes
nucléaires, et les menacer d’un changement de régime ne peut qu’augmenter ce désir.

Une dernière raison pour remettre en cause la valeur stratégique d’Israel, c’est qu’il ne se comporte pas
comme un allié fidèle.
Les responsables israéliens ignorent fréquemment les demandes américaines et renoncent à leurs
promesses (y compris les engagements à cesser la construction de colonies et à s’abstenir ‘d’assassinats ciblés’ de
responsables palestiniens).
Israel a fourni une technologie militaire sensible à des rivaux potentiels comme la Chine, dans ce que
l’inspecteur-général du Département d’Etat a appelé ‘un modèle systématique et croissant des transferts non
autorisés’.
Selon le General Accounting Office, Israel a également ‘mené des opérations d’espionnage plus agressives
contre les Etats-Unis que n’importe quel allié’.
En plus du cas de Jonathan Pollard, qui a donné à Israel de grandes quantités de matériel secret au début
des années 80 (qu’il aurait transmis à l’Union soviétique en échange de visas de sortie supplémentaires pour les
juifs soviétiques), une nouvelle polémique a éclaté en 2004 quand il a été révélé qu’un haut responsable du
Pentagone appelé Larry Franklin avait passé des informations secrètes à un diplomate israélien.
Israel n’est pas le seul pays qui espionne les Etats-Unis, mais sa bonne volonté à espionner ses principaux
protecteurs font plus que douter de sa valeur stratégique.
La valeur stratégique d’Israel n’est pas le seul problème. Ses supporters arguent également du fait qu’il
mérite un soutien total parce qu’il est faible et entouré d’ennemis; c’est une démocratie; les Juifs ont souffert des
crimes du passé et méritent donc un traitement spécial; et la conduite d’Israel a été moralement supérieure à celle
de ses adversaires.
A y regarder de près, aucun de ces arguments n’est persuasif. Il y a une forte raison morale pour soutenir
l’existence d’Israel, mais elle n’est pas en péril.
D’un point de vue objectif, sa conduite passée et présente n’offre aucune base morale pour le privilégier
face aux Palestiniens.
Israel est souvent dépeint comme David confronté à Goliath, mais l’inverse est plus proche de la vérité.
Contrairement à la croyance populaire, les Sionistes avaient des forces plus grandes, mieux équipées et
mieux dirigées pendant la guerre d’Indépendance de 1947-49, et les Forces de Défense Israélienne ont gagné des
victoires rapides et faciles contre l’Egypte en 1956 et contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie en 1967 – tout cela
avant que l’immense aide américaine commence à affluer.
Aujourd’hui, Israel est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.
Ses forces conventionnelles sont de loin supérieures à celles de ses voisins et c’est le seul Etat dans la
région qui possède des armes nucléaires.
L’Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec lui, et l’Arabie Saoudite a offert de le faire.
La Syrie a perdu son protecteur soviétique, l’Irak a été dévasté par trois guerres désastreuses et l’Iran est à
des milliers de kilomètres.
Les Palestiniens ont à peine une force de police efficace, encore moins une armée qui pourrait constituer
une menace pour Israel.
Selon une estimation du Centre Jaffee pour les Etudes Stratégiques de l’université de Tel Aviv en 2005,
‘l’équilibre stratégique favorise décidément Israel, qui continue à élargir le fossé qualitatif entre ses propres
capacités militaires et son pouvoir de dissuasion et celles de ses voisins.’
Si soutenir l’opprimé était un motif irrésistible, les Etats-Unis soutiendrait les adversaires d’Israel.
Qu’Israel soit une démocratie amie entourée par des dictatures hostiles ne peut pas expliquer le niveau
actuel de l’aide: il y a beaucoup de démocraties dans le monde, mais aucune ne reçoit un soutien aussi
somptueux.
Les Etats-Unis ont par le passé renversé des gouvernements démocratiques et soutenu des dictateurs
quand cela pouvait faire avancer ses intérêts – ils ont de bonnes relations avec un certain nombre de dictatures
aujourd’hui.
Quelques aspects de la démocratie israélienne sont en désaccord avec les valeurs de base des Américains.

À la différence des Etats-Unis, où les gens sont censés avoir une égalité des droits indépendamment de
leur race, leur religion ou leur appartenance ethnique, Israel a été explicitement fondé en tant qu’Etat Juif et la
citoyenneté est basée sur le principe de la parenté de sang.
Etant donné ceci, il n’est pas étonnant que ses 1,3 millions d’Arabes soient traités comme des citoyens de
seconde zone, ou qu’une récente commission du gouvernement israélien ait constaté qu’Israel se comporte d’une
façon ‘négligeante et discriminatoire’ envers eux.
Son statut démocratique est également miné par son refus d’accorder aux Palestiniens leur propre Etat
viable ou l’intégralité de leurs droits politiques.
Une troisième justification est l’histoire de la souffrance des Juifs dans l’Occident Chrétien, en particulier
pendant l’Holocauste.
Puisque les Juifs ont été persécutés pendant des siècles et qu’ils ne peuvent se sentir en sécurité que dans
une patrie juive, beaucoup de gens pensent maintenant qu’Israel mérite un traitement spécial de la part des Etats-
Unis.
La création du pays était assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre les Juifs,
mais cela a également provoqué des nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les Palestiniens.
Cela avait été bien compris par les premiers responsables d’Israel. David Ben-Gurion avait indiqué à
Nahum Goldmann, le président du Congrès Juif Mondial :
Si j’étais un leader Arabe je ne signerais jamais un accord avec Israel. C’est normal: nous avons pris leur
pays. . . Nous venons d’Israel, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est pour eux? Il y a eu l’antisémitisme,
les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose: nous
sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter cela?
Depuis lors, les responsables israéliens ont à plusieurs reprises cherché à dénié les ‘ambitions nationales’
des Palestiniens.
Quand elle était Premier Ministre, Golda Meir a fait cette fameuse remarque : ‘Il n’y a jamais eu ce qu’on
appelle les Palestiniens.’
La pression de la violence extrémiste et la croissance de la population palestinienne ont forcé les
responsables israéliens au désengagement de la bande de Gaza et à envisager d’autres compromis territoriaux,
mais même Yitzhak Rabin ne voulait pas offrir aux Palestiniens un Etat viable.
La soi-disant ‘offre généreuse d’Ehud Barak’ à Camp David leur aurait donné seulement un ensemble de
Bantustans désarmés sous contrôle israélien.
L’histoire tragique des Juifs n’oblige pas les Etats-Unis à aider Israel aujourd’hui quoi qu’il fasse.
Les supporter d’Israel le dépeignent également comme un pays qui a cherché la paix dès qu’il pouvait et
qui a montré beaucoup de retenue même lorsqu’il était provoqué. On dit que les Arabes, en revanche, agissent
avec une grande méchanceté.
Pourtant sur le terrain, les actes d’Israel ne se distinguent pas de ceux de ses adversaires.
Ben-Gurion a reconnu que les premiers Sionistes étaient loin d’être bienveillants envers les Arabes
palestiniens, qui ont résisté à leurs usurpations – ce qui est à peine étonnant, étant donné que les Sionistes
essayaient de créer leur propre Etat sur la terre Arabe.
De la même manière, la création d’Israel en 1947-48 a impliqué des actes de nettoyage ethnique, y
compris des exécutions, des massacres et des viols par des Juifs, et la conduite ultérieure d’Israel a souvent été
brutale, démentant tout supériorité morale.
Entre 1949 et 1956, par exemple, forces de sécurité israéliennes ont tué entre 2700 et 5000 Arabes qui
revenaient en s’infiltrant, la grande majorité d’entre eux n’étaient pas armés.
L’IDF a assassiné des centaines de prisonniers de guerre égyptiens dans les guerres de 1956 et 1967, alors
qu’en 1967, il expulsait entre 100.000 et 260.000 Palestiniens de la Cisjordanie nouvellement conquise, et ont
conduit 80.000 Syriens hors des Hauteurs du Golan.

Pendant le premier intifada, l’IDF distribuait à ses troupes des matraques et les encourageait à briser les os
des protestataires palestiniens.
La section Suédoise de Save the Children a estimé qu’entre ‘23.600 et 29.900 enfants ont eu besoin de
soins médicaux pour leurs blessures suite aux tabassages lors des deux premières années de l’Intifada.’ Presque
d’un tiers d’entre eux étaient âgés de 10 ans ou moins.
La réponse au Second Intifada a été bien plus violente, menant Ha’aretz à déclarer que ‘l’IDF. . . se
transforme en machine à tuer dont l’efficacité inspire la crainte, et choque pourtant.’ L’IDF a tiré un million de
balles pendant les premiers jours du soulèvement.
Depuis lors, pour chaque Israélien perdu, Israel a tué 3,4 Palestiniens, dont la majorité était des
spectateurs innocents; la proportion entre les enfants Palestiniens et les enfants Israéliens tués est encore plus
élevée (5,7 pour 1).
Il est également intéressant de garder à l’esprit que les Sionistes utilisaient des bombes terroristes pour
faire partir les Anglais de la Palestine, et que Yitzhak Shamir, au début, terroriste et ensuite Premier Ministre,
avait avoué que ‘ni l’éthique juive ni la tradition juive ne peut éliminer le terrorisme comme moyens de combat.’
Le recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas étonnant. Les Palestiniens pensent
qu’ils n’ont aucune autre moyen de forcer les Israéliens à faire des concessions.
Comme Ehud Barak l’a un jour admis, s’il était né Palestinien, il ‘aurait rejoint une organisation terroriste’.
Donc, si ni les arguments stratégiques ni les arguments moraux ne peuvent expliquer le soutien de
l’Amérique à Israel, comment allons-nous l’expliquer?
L’explication est le pouvoir inégalé du Lobby Israélien. Nous utilisons ‘Le Lobby’ comme raccourci pour
la coalition lâche d’individus et d’organisations qui travaille activement pour orienter la politique étrangère des
Etats-Unis dans une direction pro-Israélienne.
Ceci n’est pas censé suggérer que ‘Le Lobby’ est un mouvement uni avec une direction générale, ou que
les individus qui en font partie ne sont pas en désaccord sur certaines questions.
Tous les Américains Juifs ne font pas partie du Lobby, parce que Israel n’est pas un sujet proéminent pour
bon nombre d’entre eux.
Dans une enquête de 2004, par exemple, environ 36% des Juifs Américains ont déclaré qu’ils étaient ‘pas
très’ ou ‘pas du tout’ émotionnellement attachés à Israel.
Les Américains juifs diffèrent également sur des politiques israéliennes spécifiques.
Plusieurs des principales organisations du Lobby, telles que le Comité aux Affaires Publiques Américano-
Israélienne (AIPAC) et la Conférence des Présidents des principales Organisations Juives, sont dirigées par des
intransigeants qui soutiennent généralement la politique expansionniste du parti du Likud, y compris son hostilité
au processus de paix d’Oslo.
La majeure partie des Juifs Américains est par contre plus encline à faire des concessions aux
Palestiniens, et quelques groupes – tels que Jewish Voice for Peace – préconisent fortement de telles initiatives.
En dépit de ces différences, les modérés et les intransigeants sont tous en faveur d’un soutien absolu à
Israel.
Sans surprise, les leaders Juifs Américains consultent souvent les responsables israéliens, pour s’assurer
que leurs actions font avancer les objectifs israéliens.
Comme l’a écrit un activiste d’une importante organisation juive, ‘Nous disons souvent : « C’est notre
politique sur une certaine question, mais nous devons vérifier ce que pensent les Israéliens. » Nous, en tant que
communauté, le faisons tout le temps.’ Il y a un gros préjudice à critiquer la politique israélienne, et faire
pression sur Israel est considéré comme hors de question.

Edgar Bronfman Sr, Président du Congrès Juif Mondial, a été accusé de ‘perfidie’ quand il a écrit une
lettre au Président Bush mi-2003 l’invitant à persuader Israel de limiter la construction de sa ‘barrière de sécurité
‘controversée.
Ses critiques ont dit que ‘Il est toujours obscene que le président du Congrès Juif Mondial incite le
président des Etats-Unis à résister à la politique promue par le gouvernement israélien.’
De même, quand le président du forum politique d’Israel, Seymour Reich, a conseillé à Condoleezza Rice
en novembre 2005 de demander à Israel de rouvrir un passage des frontières critique dans la bande de Gaza, son
action a été dénoncée comme ‘irresponsable’: ‘Il n’y a’, ont dit ses critiques, ‘absolument aucune place dans le
principal courant juif pour une prospection active contre la politique liée à la sécurité . . d’Israel.’
Reculant devant ces attaques, Reich a annoncé que ‘le mot « pression » n’est pas dans mon vocabulaire
quand il s’agit d’Israel.’
Les Américains juifs ont créé un nombre impressionnant d’organisations pour influencer la politique
étrangère Américaine, dont l’AIPAC, la plus puissante et la mieux connue.
En 1997, le magazine Fortune a demandé à des membres du Congrès et à leurs équipes d’énumérer les
Lobbies les plus puissants à Washington.
L’AIPAC a été placée en seconde place derrière l’Association Américaine des Retraités (AARP), mais
devant de l’AFL-CIO and la National Rifle Association.
Une enquête du journal Nationale en mars 2005 a tiré la même conclusion, en plaçant l’AIPAC en seconde
place (à égalité avec l’AARP) dans le « classement des muscles » à Washington.
Le Lobby comprend également des Evangélistes Chrétiens bien connus comme Gary Bauer, Jerry Falwell,
Ralph Reed et Pat Robertson, tou comme Dick Armey et Tom Delay, d’anciens chefs de la majorité à la
Chambre des Représentants, tous croient que la renaissance d’Israel est l’accomplissement d’une prophétie
biblique et soutiennent son agenda expansionniste; agir autrement, pensent-ils, seraient contraires à la volonté de
Dieu.
Des gentils (Non-Juifs) Néo-conservateurs tels que John Bolton; Robert Bartley, l’ancien rédacteur de
journal Wall Street; William Bennett, l’ancien secrétaire de l’éducation; Jeane Kirkpatrick, ancien ambassadeur
de l’ONU; et l’influent chroniqueur George Will sont également des fermes défenseurs.
La forme du gouvernement américain offre aux activistes de nombreuses façons d’influencer le processus
politique. Les groupes d’intérêt peuvent inciter les représentants élus et les membres du bureau exécutif,
apportent des contributions de campagne, votent aux élections, tentent de façonner l’opinion publique etc…
Ils apprécient une quantité disproportionnée d’influence quand ils s’engagent sur une question à laquelle la
majeure partie de la population est indifférente.
Les politiciens auront tendance à satisfaire ceux qui s’intéressent au sujet, même si leurs nombres sont
petits, persuadés que le reste de la population ne les pénalisera pas pour avoir agi ainsi.
Dans son fonctionnement de base, le Lobby Israélien n’est pas différent du Lobby des fermiers, de celui
des Syndicats de l’acier ou du textile, ou d’autres Lobbies ethniques. Il n’y a rien d’abusif concernant le fait que
les Juifs Américains et leurs alliés Chrétiens essayent d’influencer la politique américaine : les activités du Lobby
ne sont pas une conspiration telle qu’elle est représentée dans des appareils comme les Protocoles des Sages de
Sion.
Pour la plupart, les individus et les groupes qui en font partie font seulement ce que d’autres groupes
d’intérêt font, mais le font beaucoup mieux. En revanche, les groupes d’intérêt pro-Arabes, pour autant qu’ils
existent, sont faibles, ce qui rend la tâche encore plus facile au Lobby Israélien.

Le Lobby poursuit deux larges stratégies.

D’abord, il utilise son influence significative à Washington, en faisant pression sur le Congrès et le bureau
exécutif. Quelque soit l’opinion d’un législateur ou d’un politicien, le Lobby tente de faire que le soutien à Israel
soit le ‘bon’ choix.
En second lieu, il tâche de s’assurer que le discours public dépeigne Israel sous un jour positif, en répétant
des mythes au sujet de sa création et en défendant son point de vue dans des débats politiques. Le but est
d’empêcher que des commentaires critiques puissent obtenir une audience équitable dans l’arène politique.
Le contrôle de la discussion est essentiel pour garantir le soutien américain, parce qu’une discussion
sincère sur les relations Américano-Israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une politique
différente.
Un pilier clé de l’efficacité du Lobby est son influence au Congrès, où Israel est pratiquement immunisé
de critique. C’est en soi remarquable, parce que le Congrès lance rarement des sujet contestables.
Quand Israel est concerné, cependant, les critiques potentielles disparaissent. Une raison est que certains
principaux membres sont des Sionistes Chrétiens comme Dick Armey, qui a dit en septembre 2002 : ‘Ma priorité
numéro 1 dans la politique étrangère est de protéger Israel.’ On pourrait penser que la priorité numéro 1 de tout
membre du Congrès devrait être de protéger l’Amérique.
Il y a également des sénateurs et des membres du Congrès Juifs qui travaillent pour s’assurer que la
politique étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israel.
Une autre source du pouvoir du Lobby est son utilisation du personnel du Congrès pro-Isralien. Comme
l’a admis un jour Morris Amitay, un ancien chef de l’AIPAC : ‘Il y a beaucoup de types à des postes de cadres ici
‘- sur Capitol Hill – ‘qui s’avèrent justement être juifs, qui sont disposés. . . à voir certains sujets en termes de
leur appartenance à la communauté Juive. . . Ce sont tous des types qui sont en mesure de prendre une décision
dans ces domaines pour ces sénateurs. . . On peut vous mener une vie affreuse juste au niveau de l’équipe.’
Cependant, l’AIPAC lui-même, forme le coeur de l’influence du Lobby au Congrès.
Son succès est dû à sa capacité de récompenser les législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent
son ordre du jour, et de punir ceux qui le défient.
L’argent est critique dans les élections américaines (comme nous le rappelle le scandale sur les affaires
douteuses du lobbyiste Jack Abramoff), et l’AIPAC s’assure que ses amis obtiennent lune forte aide financière
des nombreux comités d’action politique pro-Israéliens.
Toute personne qui est vue comme hostile à Israel peut être sûre que l’AIPAC orientera des contributions
de campagne à ses adversaires politiques.
L’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de lettres et encourage les rédacteurs de journaux
à approuver les candidats pro-Israéliens.
Il n’y a aucun doute sur l’efficacité de ces stratégies.
Voici un exemple : aux élections de 1984, l’AIPAC a aidé à battre le sénateur Charles Percy de l’Illinois,
qui, selon un haut responsable du Lobby, avait montré ‘de l’insensibilité et même de l’hostilité envers nos
intérêts’.
Thomas Dine, le chef de l’AIPAC à l’époque, a expliqué ce qui s’est produit : ‘Tous les Juifs en Amérique,
d’une côte à l’autre, se sont réunis pour évincer Percy. Et les politiciens américains – ceux qui occupent des
positions publiques maintenant, et ceux qui y aspirent – ont reçu le message.’
L’influence de l’AIPAC sur la Colline du Capitole va même encore plus loin. Selon Douglas Bloomfield,
un ancien membre de la direction de l’AIPAC, ‘Il est commun pour les membres du Congrès et leurs équipes de
se tourner d’abord vers l’AIPAC quand ils ont besoin d’information, avant d’appeler la Bibliothèque du Congrès,
le Service de Recherches du Congrès, le personnel du comité ou des experts en matière d’administration.’
Plus important, il note que l’AIPAC ‘est souvent invité à rédiger des discours, à travailler sur la législation,
à conseiller sur des stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors et des votes de marshal’.

Le résultat est que l’AIPAC, agent d’un gouvernement étranger, a la mainmise sur le Congrès, avec
comme conséquence : la politique américaine envers Israel n’y est pas discutée, bien que cette politique ait des
conséquences importantes pour le monde entier.
En d’autres termes, une des trois principales branches du gouvernement est fermement investie dans le
soutien à Israel.
Comme le remarquait un ancien sénateur Démocrate, Ernest Hollings, en quittant le bureau, ‘Vous ne
pouvez pas avoir une politique israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.’
Ou comme ce qu’a dit un jour Ariel Sharon à un public américain : ‘Quand les gens me demandent
comment ils peuvent aider Israel, je leur dis : « Aidez l’AIPAC. » ‘
Grâce en partie à l’influence qu’ont les électeurs juifs sur les élections présidentielles, le lobby a également
un pouvoir significatif sur l’Exécutif.
Bien qu’ils constituent moins de 3% de la population, ils font de grosses donations de campagne aux
candidats des deux partis. Le Washington Post a par le passé estimé que les candidats Démocrates à l’élection
présidentielle ‘dépendent des partisans Juifs qui fournissent au moins de 60% de l’argent’.
Et parce que les électeurs juifs ont des taux élevés de personnes présentes et sont concentrés dans les Etats
clés comme la Californie, la Floride, l’Illinois, New York et la Pennsylvanie, les candidats à la présidence vont
loin pour ne pas les contrarier.
Les principales organisations du Lobby travaillent à s’assurer que les critiques d’Israel n’obtiennent pas de
postes importants en politique étrangère.
Jimmy Carter voulait que George Ball soit son premier Secrétaire d’Etat, mais il savait que Ball était
connu comme un critique d’Israel et que le Lobby s’opposerait à sa nomination.
De cette façon, tout aspirant politicien est encouragé à devenir un défenseur d’Israel manifeste, c’est
pourquoi les critiques publics de la politique israélienne sont devenus des espèces en danger dans l’establishment
de la politique étrangère.
Quand Howard Dean a appelé les Etats-Unis à prendre rôle ‘un plus équitable’ dans le conflit Arabo-
Israélien, le sénateur Joseph Lieberman l’a accusé de vendre Israel et a dit que sa déclaration était ‘irresponsable’.
Pratiquement tous les principaux Démocrates à la Chambre des Représentants ont signé une lettre
critiquant les remarques de Dean, et le Chicago Jewish Star a rapporté que : ‘Des attaquants anonymes. . .
encombrent les boites mails des responsables Juifs du pays, pour prévenir – sans beaucoup de preuve – que Dean
serait plutôt mauvais pour Israel.’
Cette inquiétude était absurde; Dean est, en fait, tout à fait pro-Israélien : son co-responsable de
campagne était un ancien président de l’AIPAC, et Dean a déclaré que ses propres opinions sur le Moyen-Orient
étaient plus proches de celles de l’AIPAC que celles des plus modérés que sont Americans for Peace Now.
Il avait simplement suggéré que ‘en réunisant les deux parties’, Washington agirait en tant qu’intermédiaire
honnête. C’est difficilement une idée radicale, mais le Lobby ne tolère pas l’impartialité.
Pendant l’Administration Clinton, la politique Moyen-Orientale était en grande partie façonnée par des
responsables ayant des liens étroits avec Israel ou d’importantes organisations pro-israéliennes; parmi eux,
Martin Indyk, l’ancien directeur adjoint de la Recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du pro-israélien
Washington Institute for Near East Policy (WINEP); Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le
gouvernement en 2001; et Aaron Miller, qui a habité en Israel et visite souvent le pays.
Ces hommes étaient parmi les conseillers les plus proches de Clinton au sommet de Camp David en juillet
2000.
Bien que tous les trois soutenaient le processus de paix d’Oslo et privilégiaient la création d’un état
palestinien, ils l’ont fait seulement dans les limites de ce qui semblerait acceptable pour Israel. La délégation
américaine a pris ses consignes auprès d’Ehud Barak, a coordonné à l’avance avec Israel ses positions de
négociation, et n’a pas offert de propositions indépendantes.
Sans surprise, les négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils ‘étaient en pourparlers avec deux équipes
israéliennes – l’une affichant un drapeau israélien, et l’autre un drapeau américain ‘.

La situation est bien plus prononcée dans l’Administration Bush, dont les rangs comprenaient des avocats
aussi fervents de la cause israélienne comme Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, I. Lewis (‘Scooter’)
Libby, Richard Perle, Paul Wolfowitz et David Wurmser.
Comme nous le verrons, ces responsables ont uniformément poussé pour des politiques privilégiées par
Israel et soutenues par des organisations du Lobby.
Le Lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à
remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent.
En conséquence, les organisations pro-Israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions qui font
tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.
La perspective du Lobby règne dans les médias traditionnels : ‘le débat parmi les experts du Moyen-
Orient’, écrit le journaliste Eric Alterman : ‘est dominé par des gens qui ne peuvent pas imaginer critiquer Israel’.
Il énumère 61 ‘chroniqueurs et commentateurs sur lesquels on peut compter pour soutenir Israel par
réflexe et sans qualification’.
En revanche, il a trouvé seulement cinq experts qui critiquent uniformément les actions israéliennes ou
approuvent les positions arabes.
Les journaux publient de temps en temps des articles d’invités critiquant la politique israélienne, mais
l’équilibre de l’opinion favorise clairement l’autre côté. Il est difficile d’imaginer un média traditionnel aux Etats-
Unis publier un article comme celui-ci.
‘Shamir, Sharon, Bibi – tout ce que veulent ces types me semble très bien’ a un jour remarqué Robert
Bartley. Il n’est pas étonnant que, son journal, le Wall Street Journal, ainsi que d’autres journaux importants
comme le Chicago Sun-Times et le Washington Times, publient régulièrement des éditoriaux qui soutiennent
fortement Israel. Des magazines comme le Commentary, le New Republic and le Weekly Standard défendent
Israel à chaque fois.
On trouve également des éditoriaux partiaux dans des journaux comme le New York Times qui critique de
temps en temps la politique israélienne et concède parfois que les Palestiniens ont des revendications légitimes,
mais il n’est pas équitable.
Dans ses mémoires, l’ancien directeur de la rédaction du journal, Max Frankel, reconnaît l’impact que sa
propre attitude a eu sur ses décisions éditoriales : ‘J’ai été bien plus profondément dévoué à Israel que j’ai osé
l’affirmer. . . Enrichi par ma connaissance d’Israel et de mes amitiés là-bas, j’ai moi-même écrit la plupart de
nos commentaires sur le Moyen-Orient. Comme l’ont reconnu plus de lecteurs Arabes que de Juifs, je les ai
écrits d’une perspective pro-Israélienne.’
Les nouveaux reportages sont plus équitables, en partie parce que les journalistes tâchent d’être objectifs,
mais également parce qu’il est difficile de couvrir des événements dans les Territoires Occupés sans reconnaître
les actions d’Israel sur le terrain.
Pour décourager les reportages défavorables, le Lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des
manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-Israélien.
Un directeur de CNN a dit qu’il reçoit parfois 6000 messages emails en une seule journée pour se plaindre
d’une histoire.
En mai 2003, le pro-israélien Committee for Accurate Middle East Reporting in America (CAMERA) a
organisé des manifestations à l’extérieur des stations de National Public Radio dans 33 villes; il a également
essayé de persuader les donateurs de suspendre le soutien au NPR jusqu’à ce que sa couverture Moyen-Orientale
devienne plus sympathique à Israel.
La station du NPR de Boston, WBUR, aurait perdu plus de 1 million de dollars de contributions suite à
ces efforts.
D’autres pressions sur la NPR sont venues des amis d’Israel au Congrès, qui ont demandé un audit interne
de sa couverture Moyen-Orientale ainsi que plus de surveillance.
Le côté israélien domine également les think tanks qui jouent un rôle important dans le façonnage du
débat public ainsi que dans la politique actuelle. Le Lobby a créé son propre think tank en 1985, quand Martin
Indyk a aidé à créer WINEP.

Bien que WINEP garde secret ses liens avec Israel, en affirmant qu’il fournit une perspective « équilibrée
et réaliste » sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés
dans la progression de l’agenda d’Israel.
Cependant, l’influence du Lobby se prolonge bien au delà de WINEP,. Au cours des 25 dernières années,
les forces pro-israéliennes ont installé une présence dominante à l’American Enterprise Institute, au Brookings
Institution, au Center for Security Policy, au Foreign Policy Research Institute, à l’Heritage Foundation, à
l’Hudson Institute, à l’Institute for Foreign Policy Analysis et au Jewish Institute for National Security Affairs
(JINSA)..
Ces think tanks emploient peu ou pas du tout de critiques du soutien américain à Israel.
Prenons le Brookings Institution. Pendant de nombreuses années, son principal expert sur le Moyen-
Orient était William Quandt, un ancien fonctionnaire du NSC avec une réputation bien-méritée d’impartialité.
Aujourd’hui, la couverture de Brookings est menée par le Saban Center for Middle East Studies, qui est financé
par Haim Saban, un homme d’affaires Israélo-Américain et Sioniste ardent. Le directeur du centre est
l’omniprésent Martin Indyk. Ce qui était par le passé un institut de politique indépendant fait maintenant partie
du chorus pro-Israélien.
Là où le Lobby a eu la plus grosse difficulté est dans l’étouffement du débat sur les campus d’université.
Dans les années 90, quand le processus de paix d’Oslo était en cours, il y avait seulement une légère
critique d’Israel, mais elle s’est développée avec l’effondrement d’Oslo et l’accès au pouvoir de Sharon, devenant
très tonitruante quand l’IDF a réoccupé la Cisjordanie au printemps 2002 et qu’elle a utilisé une force énorme
pour maitriser le deuxième intifada.
Le Lobby a agi immédiatement pour  »reprendre les campus ‘.
Des nouveaux groupes ont pris naissance, comme la Caravan for Democracy, qui a fait venir des
intervenants israéliens dans les universités américaines. Des groupes établis comme le Jewish Council for Public
Affairs et Hillel s’y sont joints, et un nouveau groupe, l’Israel on Campus Coalition, a été constitué pour
coordonner les nombreux organismes qui cherchent maintenant à aborder le cas d’Israel.
En conclusion, l’AIPAC a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions
dans les universités et pour former de jeunes avocats, dans le but ‘d’augmenter énormément le nombre d’étudiants
impliqués sur les campus. . . dans le cadre de l’effort national pro-Israélien’.
Le Lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent.
En septembre 2002, Martin Kramer et Daniel Pipes, deux néo-conservateurs passionément pro-Israéliens,
ont créé un site internet (Campus Watch) qui affichent des dossiers sur des universitaires suspects et encouragent
les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israel.
Cette tentative transparente de mettre sur une liste noire et d’intimider les professeurs a provoqué une
sévère réaction et Pipes et Kramer ont plus tard enlevé les dossiers, mais le site internet invite toujours les
étudiants à rapporter toute activité  »anti-Israélienne ».
Des groupes du Lobby ont fait pression sur des universitaires et des universités particuliers.
Colombia a été une cible fréquente, sans aucun doute en raison de la présence du défunt Edward Said dans
son corps enseignant. ‘On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par
l’éminent critique littéraire Edward Said récolterait des centaines d’email, de lettres et de compte-rendus
journalistiques nous invitant à dénoncer Said et soit à le sanctionner ou à lui tirer dessus’ rapportait Jonathan
Cole, son ancien principal.
Quand Colombia a recruté l’historien Rashid Khalidi de Chicago, la même chose s’est produite.
Ce fut un problème que Princeton a également affronté quelques années plus tard quand il a envisagé
courtiser Khalidi pour qu’il parte de Colombia.
Une illustration classique de l’effort pour maintenir l’ordre dans le milieu universitaire s’est produite vers
la fin 2004, quand le Projet David a produit un film alléguant que les membres du corps enseignant du

programme d’études Moyen-Orientales de Colombia étaient antisémites et intimidaient les étudiants juifs qui se
positionnaient pour Israel.
Colombia a été sur des charbons ardents, mais un comité du corps enseignant qui a été assigné pour
enquêter sur les accusations n’a trouvé aucune preuve d’anti-sémitisme et le seul incident probablement notable
était qu’un professeur ‘avait répondu âprement’ à la question d’un étudiant.
Le comité a également découvert que les universitaires en question avaient été eux-mêmes la cible d’une
campagne manifeste d’intimidation.
L’aspect peut-être le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les efforts faits par les groupes juifs pour
pousser le Congrès à établir des mécanismes pour surveiller ce que disent les professeurs.
S’ils parviennent à le faire voter, des universités jugées avoir une tendance anti-israélienne pourraient se
voir refuser un financement fédéral. Leurs efforts n’ont pas encore réussi, mais cela indique l’importance placée
sur le contrôle du débat.
Un certain nombre de philanthropes Juifs ont récemment créé des programmes d’Etudes d’Israel (en plus
des environ 130 programmes d’études Juifs existants déjà) afin d’augmenter le nombre d’élèves amis d’Israel sur
les campus.
En mai 2003, NYU a annoncé la création du Taub Center for Israel Studies; des programmes semblables
ont été créés à Berkeley, Brandeis et Emory.
Les administrateurs universitaires soulignent leur valeur pédagogique, mais la vérité est qu’ils ont en
grande partie pour objectif de favoriser l’image d’Israel.
Fred Laffer, directeur de la Taub Foundation, indique clairement que sa fondation a financé le centre de
NYU pour aider à contrer ‘le point de vue [sic] Arabe’ qu’il pense être répandu dans les programmes Moyen-
Orientaux de NYU.
Aucune discussion sur le Lobby ne serait complète sans examen d’une de ses armes plus puissantes:
l’accusation d’anti-sémitisme.
Toute personne qui critique les actions d’Israel ou argue du fait que les groupes pro-Israéliens ont une
influence significative sur la politique Moyen-Orientale des Etats-Unis – un hommage à l’influence de l’AIPAC –
a une forte chance d’être traitée d’antisémite.
En effet, toute personne qui affirme simplement qu’il y a un Lobby Israélien court le risque d’être accusée
d’anti-sémitisme, bien que les médias israéliens fassent référence au ‘Lobby Juif’ en Amérique.
En d’autres termes, le Lobby se vante d’abord de son influence et attaque ensuite toute personne qui attire
l’attention sur lui. C’est une stratégie très efficace: l’anti-sémitisme est quelque chose dont personne ne veut être
accusé.
Les Européens ont été plus disposés que les Américains à critiquer la politique israélienne, ce que certains
attribuent à une réapparition de l’anti-sémitisme en Europe. ‘Nous arrivons à un point’, déclarait l’ambassadeur
américain auprès de l’Union Européenne début 2004, ‘qui est aussi mauvais que ce qui se passait dans les années
30’.
Mesurer l’anti-sémitisme est une chose compliquée, mais le poids des preuves montrent la direction
opposée.
Au printemps 2004, quand les accusations d’anti-sémitisme européen se sont répandues en Amérique, des
sondages d’opinion publique européenne séparés menés par l’Anti-Defamation League basée aux Etats-Unis et le
Pew Research Center for the People and the Press ont constaté qu’en fait il diminuait. Dans les années 30, en
revanche, l’anti-sémitisme était non seulement répandu parmi les Européens de toutes classes mais était
considéré comme tout à fait acceptable.
Le Lobby et ses amis dépeignent souvent la France comme le pays le plus antisémite d’Europe. Mais en
2003, le chef de la communauté juive française a déclaré que la ‘France n’était pas plus antisémite que
l’Amérique.

Selon un article récent paru dans Ha’aretz, la police française a rapporté que les incidents antisémites
avaient diminué de près de 50% en 2005; et cela bien que la France ait la plus grande population Musulmane
d’Europe.
En conclusion, quand un juif français a été assassiné à Paris le mois dernier par un gang Musulman, des
dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l’anti-sémitisme. Jacques
Chirac et Dominique de Villepin ont tous les deux assisté à l’office commémoratif de la victime pour montrer
leur solidarité.
Personne ne nierait qu’il y a de l’anti-sémitisme parmi les Musulmans Européens, en partie provoquée par
la conduite d’Israel envers les Palestiniens et une partie parce qu’il y a tout simplement du racisme. Mais c’est
une question séparée avec peu de relation avec si oui ou non l’Europe est aujourd’hui comme l’Europe des années
30.
Personne ne nierait qu’il reste quelques antisémites autochtones virulents en Europe (comme il y en a aux
Etats-Unis) mais ils ne sont pas nombreux et leurs opinions sont rejetées par la grande majorité des Européens.
Quand ils sont pressés d’aller au delà de la seule affirmation, les avocats d’Israel prétendent qu’il y a un
‘nouvel anti-sémitisme’, qui équivaut à une critique d’Israel. En d’autres termes, critiquez la politique israélienne
et vous êtes par définition un antisémite.
Quand le Synode de l’Eglise Anglicane a récemment voté pour désinvestir de Caterpillar Inc. parce qu’il
fabrique des bulldozers utilisés par les Israéliens pour démolir les maisons palestiniennes, le Grand Rabbin s’est
plaint que cela ‘aurait des répercussions les plus défavorables sur. . . les relations entre les Juifs et les Chrétiens
en Grande-Bretagne ‘, tandis que le Rabbin Tony Bayfield,à la tête du Mouvement de Réforme, disait : ‘Il y a un
net problème d’anti-Sioniste – à la limite de l’antisémitisme – des attitudes émergeant de la base et même des
catégories au centre de l’Eglise.’ Mais l’Eglise était simplement coupable de protestation contre la politique du
gouvernement israélien.
Des critiques sont également accusés de tenir Israel à un niveau injuste ou de remettre en cause son droit à
exister. Mais ce sont de fausses accusations aussi. Les critiques occidentaux d’Israel ne remettent presque
jamais en cause son droit à exister : ils remettent en cause son comportement envers les Palestiniens, tout comme
les Israéliens eux-mêmes.
Israel n’est pas non plus jugé injustement. Le traitement des Palestiniens par les Israéliens attire la
critique parce qu’il est contraire aux notions largement admises des droits de l’homme, au droit international et au
principe de l’autodétermination nationale. Et c’est difficilement le seul Etat à avoir affronté de vives critiques
pour ces raisons.
En automne 2001, et particulièrement au printemps 2002, l’Administration Bush a tenté de réduire le
sentiment anti-Américain dans le monde Arabe et de saper le soutien aux groupes terroristes comme Al-Qaida en
stoppant la politiques expansionniste d’Israel dans les Territoires Occupés et en préconisant la création d’un Etat
palestinien.
Bush avait à sa disposition des moyens de persuasion très significatifs. Il aurait pû menacer de réduire le
soutien économique et diplomatique à Israel, et les Américains l’auraient presque certainement soutenu.
Un sondage de mai 2003 indiquait que plus de 60% des Américains étaient disposés à retenir l’aide si
Israel résistait à la pression des Etats-Unis pour régler le conflit, et que le nombre atteignait 70% parmi ‘les
politiquement actifs’.
En effet, 73% ont dit que les Etats-Unis ne devraient pas favoriser l’une ou l’autre partie.
Pourtant, l’Administration n’a pas changé la politique israélienne, et Washington a fini par la soutenir.
Avec le temps, l’Administration a également adopté les propres justifications d’Israel sur sa position, de
sorte que la rhétorique des Etats-Unis a commencé à imiter la rhétorique israélienne. En février 2003, un titre du
Washington Post résumait la situation : ‘Bush et Sharon presque identiques sur la politique du Moyen-Orient.’
La raison principale de ce changement était le Lobby.

L’histoire commence en septembre 2001, quand Bush a commencé à inviter Sharon pour qu’il montre de la
retenue dans les Territoires Occupés. Il l’a également pressé de permettre au Ministre des Affaires Etrangères
israélien, Shimon Peres, de rencontrer Yasser Arafat, quoiqu’il (Bush) ait fortement critiqué le leadership
d’Arafat. Bush a même dit publiquement qu’il soutenait la création d’un état palestinien. Alarmé, Sharon l’a
accusé de tenter ‘d’apaiser les Arabes à nos frais’, en avertissant qu’Israel ‘ne sera pas la Tchécoslovaquie’.
Bush était soi-disant furieux d’avoir été comparé à Chamberlain, et le secrétaire de presse de la Maison
Blanche a qualifié les remarques de Sharon d »inacceptables ‘.
Sharon a présenté des excuses, mais il a rapidement réuni ses forces à celles du Lobby pour persuader
l’Administration et les Américains que les Etats-Unis et Israel affrontaient une menace terroriste commune.
Des responsables israéliens et des représentants du Lobby ont insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune
véritable différence entre Arafat et Osama bin Laden : les Etats-Unis et Israel, ont-ils dit, devraient isoler le chef
élu des Palestiniens et ne rien avoir à faire avec lui.
Le Lobby est également allé travailler au Congrès.
Le 16 novembre, 89 sénateurs ont envoyé une lettre à Bush en le félicitant d’avoir refusé de rencontrer
Arafat, mais en demandant également que les Etats-Unis ne retiennent pas Israel de représailles contre les
Palestiniens; l’administration, écrivaient-ils, doit déclarer publiquement qu’elle se tient derrière Israel.
Selon le New York Times, la lettre ‘provenait’ d’une réunion qui s’était déroulée deux semaines auparavant
entre les ‘responsables de la communauté juive américaine et les principaux sénateurs’, en ajoutant que l’AIPAC
avait été ‘particulièrement actif en fournissant des conseils au sujet de la lettre ‘.
Fin novembre, les relations entre Tel Aviv et Washington s’étaient considérablement améliorées. C’était
grâce en partie aux efforts du Lobby, mais également grâce à la victoire initiale de l’Amérique en Afghanistan,
qui a réduit le besoin détecté d’un soutien Arabe dans l’affrontement avec Al-Qaida.
Sharon s’est rendu à la Maison Blanche début décembre et a eu une réunion amicale avec Bush.
En avril 2002, des problèmes ont encore éclaté, après que l’IDF ait lancé l’opération Bouclier Défensif et
qu’il ait repris le contrôle de pratiquement tous les principaux secteurs palestiniens de Cisjordanie.
Bush savait que les actions d’Israel endommageraient l’image de l’Amérique dans le monde Islamique et
mineraient la guerre contre le terrorisme, donc il a exigé que Sharon ‘cesse les incursions et commence le retrait’.
Il a souligné ce message deux jours plus tard, en disant qu’il voulait qu’Israel ‘se retire sans tarder’.
Le 7 avril, Condoleezza Rice, conseiller à la sécurité nationale de Bush à l’époque, a déclaré aux
journalistes : ‘ »sans tarder » signifie sans tarder. Cela signifie maintenant.’ Le même jour, Colin Powell partait
pour le Moyen-Orient afin de persuader toutes les parties de cesser de combattre et de commencer à négocier.
Israel et le Lobby sont entrés en action.
Les membres pro-Israéliens du bureau du vice-président et du Pentagone, ainsi que des experts néoconservateurs
tels que Robert Kagan et William Kristol, ont mis la pression sur Powell. Ils l’ont même accusé
d’avoir ‘pratiquement effacé la distinction entre des terroristes et ces terroristes combattants’.
Bush lui-même était pressé par des leaders Juifs et des évangélistes Chrétiens. Tom DeLay et Dick
Armey étaient particulièrement francs sur la nécessité de soutenir Israel, et DeLay et le chef de la minorité au
Sénat, Trent Lott, se sont rendus à la Maison Blanche pour avertir Bush de ne pas insister.
Le premier signe que Bush cédait est survenu le 11 avril – une semaine après qu’il ait dit à Sharon de
retirer ses forces – quand le secrétaire de presse de la Maison Blanche a dit que le président pensait que Sharon
était ‘un homme de paix’.
Bush a répété cette déclaration publiquement au retour de Powell de sa mission ratée, et a indiqué aux
journalistes que Sharon avait répondu d’une manière satisfaisante à son appel pour un retrait total et immédiat.
Sharon n’avait jamais fait une telle chose, mais Bush ne voulait plus en faire un problème.
En attendant, le Congrès se préparait également à soutenir Sharon.
Le 2 mai, il a passé outre les objections de l’Administration et a voté deux résolutions réaffirmant un
soutien à Israel. (Le vote du Sénat était de 94 contre 2; la version de la Chambre des Représentants a été votée
par 352 contre 21.)
Les deux résolutions affirmaient que les Etats-Unis ‘se positionnent solidaires d’Israel’ et que les deux
pays étaient, pour citer la résolution de la Chambre, ‘maintenant engagés dans une lutte commune contre le
terrorisme ‘. La version de la Chambre condamnait également ‘le soutien continu et la coordination du terrorisme

par Yasser Arafat’, qui a été dépeint comme une partie centrale du problème de terrorisme. Les deux résolutions
ont été élaborées avec l’aide du Lobby.
Quelques jours plus tard, une délégation bipartite du Congrès d’une mission exploratoire sur Israel a
déclaré que Sharon devrait résister à la pression américaine pour négocier avec Arafat.
Le 9 mai, un sous-comité de dotation de la Chambre s’est réuni pour envisager de donner à Israel 200
millions de dollars supplémentaires pour combattre le terrorisme.
Powell s’y est opposé mais le Lobby l’a soutenu et Powell a perdu.
En bref, Sharon et le Lobby s’en sont pris au président des Etats-Unis et ont triomphé. Hemi Shalev, un
journaliste du journal israélien Ma’ariv, a rapporté que les collaborateurs de Sharon ‘ne pouvaient pas cacher leur
satisfaction en raison de l’échec de Powell. Sharon a regardé le Président Bush dans le blanc des yeux, se sontils
vantés, et le président a baissé les yeux le premier.’ Mais c’étaient les champions d’Israel aux Etats-Unis, non
Sharon ou Israel, qui ont joué un rôle clé dans la défaite de Bush.
La situation a peu changé depuis lors. L’administration Bush a toujours refusé de traiter avec Arafat.
Après sa mort, elle a embrassé le nouveau responsable palestinien, Mahmoud Abbas, mais n’a pas fait beaucoup
pour l’aider.
Sharon a continué à développer son plan pour imposer un règlement unilatéral aux Palestiniens, basé sur
le ‘désengagement’ de Gaza couplé à l’expansion continue en Cisjordanie. En refusant de négocier avec Abbas et
en faisant en sorte qu’il lui soit impossible de fournir des avantages réels aux Palestiniens, la stratégie de Sharon
a contribué directement à la victoire électorale du Hamas.
Avec le Hamas au pouvoir, Israel a une autre excuse pour ne pas négocier. L’administration américaine a
soutenu les actions de Sharon (et celles de son successeur, Ehud Olmert).
Bush a même approuvé les annexations unilatérales israéliennes dans les Territoires Occupés, inversant la
politique déclarée de tout président depuis Lyndon Johnson.
Les responsables américains ont légèrement critiqué quelques actions israéliennes, mais n’ont pas fait
grand chose pour aider à la création d’un Etat palestinien viable.
Sharon a ‘accroché Bush autour de son petit doigt’, a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale,
Brent Scowcroft, en octobre 2004.
Si Bush essaye d’éloigner les Etats-Unis d’Israel, ou même de critiquer des actions israéliennes dans les
Territoires Occupés, il est sûr d’avoir à affronter la colère du Lobby et de ses défenseurs au Congrès.
Les candidats Démocrates à l’élection présidentielle comprennent que ce sont des choses de la vie, c’est la
raison pour laquelle John Kerry s’est donné beaucoup de mal pour montrer un soutien sans faille à Israel en 2004,
et c’est pourquoi Hillary Clinton fait la même chose aujourd’hui.
Maintenir un soutien américain à la politique d’Israel contre les Palestiniens est essentiel en ce qui
concerne le Lobby, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Il veut également que l’Amérique aide Israel à rester
la puissance régionale dominante.
Le gouvernement israélien et les groupes pro-Israéliens aux Etats-Unis ont travaillé ensemble pour
façonner la politique de l’administration envers l’Irak, la Syrie et l’Iran, ainsi que son grand programme pour
réorganiser le Moyen-Orient.
La pression d’Israel et du Lobby n’était pas le seul facteur derrière la décision d’attaquer l’Irak en mars
2003, mais elle était critique.
Quelques Américains pensent que c’était une guerre pour le pétrole, mais il y a peu de preuve directe pour
soutenir cette affirmation. Au lieu de cela, la guerre a été motivée, en grande partie, par un désir de rendre Israel
plus sûr.
Selon Philip Zelikow, un ancien membre du Foreign Intelligence Advisory Board du Président, le
directeur exécutif de la Commission du 11 septembre, et maintenant conseiller de Condoleezza Rice, la ‘véritable
menace’ de l’Irak n’était pas une menace pour les Etats-Unis. ‘la menace non dite’ était la ‘menace pour Israel’, a
déclaré Zelikow devant un public de l’université de Virginie en septembre 2002. ‘Le gouvernement américain,’

a-t’il ajouté, ‘ne veut pas trop appuyer là-dessus de façon rhétorique, parce que ce n’est pas un argument
populaire.’
Le 16 août 2002, 11 jours avant que Dick Cheney lance la campagne pour la guerre avec un discours
devant les Vétérans des Guerres Etrangères, le Washington Post indiquait qu »’Israel poussait les responsables
américains à ne pas retarder une attaque militaire contre l’Irak de Saddam Hussein.’ Grâce à cela, selon Sharon,
la coordination stratégique entre Israel et les Etats-Unis a atteint ‘des dimensions sans précédent’, et les
responsables des renseignements israéliens ont donné à Washington une variété de rapports alarmants au sujet
des programmes du WMD de l’Irak.
Comme l’a dit plus tard un général à la retraite israélien : ‘Les renseignements israéliens étaient associés à
part entière dans l’image présentée par les renseignements Americains et Britanniques concernant les capacités
non conventionnelles de l’Irak.’
Les leaders israéliens furent profondément affligés quand Bush a décidé de demander l’autorisation du
Conseil de sécurité pour la guerre, et furent encore plus inquiets quand Saddam a accepté de laisser entrer des
inspecteurs de l’ONU. ‘La campagne contre Saddam Hussein est un must’ a déclaré Shimon Peres aux
journalistes en septembre 2002. ‘Les inspections et les inspecteurs sont bons pour les gens honorables, mais les
gens malhonnêtes peuvent surmonter facilement des inspections et des inspecteurs.’
Au même moment, Ehud Barak écrivait un éditorial dans le New York Times avertissant que ‘le plus
grand risque se situe maintenant dans l’inaction.’
Son prédécesseur en tant que Premier Ministre, Binyamin Netanyahu, publiait un article semblable dans le
Wall Street Journal, intitulé : ‘La question du Renversement de Saddam’. ‘Aujourd’hui il n’y a rien d’autre à faire
que de démanteler son régime,’ déclarait-il. ‘Je crois pouvoir parler pour la majorité écrasante des Israéliens en
soutenant une frappe préventive contre le régime de Saddam.’
Ou comme Ha’aretz l’a rapporté en février 2003, ‘Le leadership militaire et politique aspire à une guerre en
Irak.’
Comme l’a suggéré Netanyahu, pourtant, le désir d’une guerre n’était pas limité aux leaders israéliens.
Indépendamment du Kowéit, que Saddam avait envahi en 1990, Israel était le seul pays au monde où les
politiciens et le public étaient en faveur de la guerre.
Comme l’observait à l’époque le journaliste Gideon Levy,  »Israel est le seul pays en Occident dont les
responsables soutiennent la guerre sans réserves et où aucune opinion alternative n’est exprimée.’
En fait, les Israéliens étaient tellement va-t’en-guerre que leurs alliés en Amérique leur ont demandé de
réduire leur rhétorique, ou cela serait vu comme si la guerre était engagée au nom d’Israel.
Aux Etats-Unis, la principale force motrice derrière la guerre était une petite bande des néo-conservateurs,
dont beaucoup avaient des liens avec le Likud. Mais les chefs des principales organisations du Lobby prêtaient
leurs voix à la campagne. ‘
Alors que le Président Bush essayait de vendre. . . la guerre en Irak’ rapportait The Forward, ‘les plus
importantes organisations Juives d’Amérique se sont rassemblées pour ne faire qu’un et le défendre. Déclaration
après déclaration, les chefs de la communauté ont souligné la nécessité de débarrasser le monde de Saddam
Hussein et de ses armes de destruction massive.’ L’éditorial continue en disant que :  »L’inquiétude pour la
sécurité d’Israel a été un facteur légitime dans les discussions des principaux groupes juifs.’
Bien que les néo-conservateurs et d’autres leaders du Lobby aient été désireux d’envahir l’Irak, la plus
large communauté juive américaine ne l’était pas. Juste aprés que la guerre ait commencé, Samuel Freedman a
signalé que ‘une compilation des sondages d’opinion dans tout le pays effectué par le Pew Research Center
montre que les juifs sont moins enclins à soutenir la guerre contre l’Irak que la population dans son ensemble,
52% contre 62%.’
En clair, il serait erroné de blâmer la guerre en Irak sur ‘l’influence juive’.
Par contre, c’était en grande partie dû à l’influence du Lobby, et en particulier à celle des néoconservateurs
qui en ont font partie.
Les néo-conservateurs étaient déterminés à renverser Saddam même avant que Bush soit élu président.
Ils ont causé une agitation, début 1998, en publiant deux lettres ouvertes à Clinton, demandant le
renversement de Saddam du pouvoir.

Les signataires, dont beaucoup avaient des liens étroits avec les groupes pro-Israéliens comme le JINSA
ou WINEP, et qui incluaient Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, William Kristol, Bernard Lewis,
Donald Rumsfeld, Richard Perle et Paul Wolfowitz, avaient quelques problèmes à persuader l’Administration
Clinton d’adopter l’objectif général d’évincer Saddam. Mais ils ne pouvaient pas vendre une guerre pour
atteindre cet objectif.
Ils ne furent pas non plus capables de générer l’enthousiasme pour envahir l’Irak pendant les premiers
mois de l’Administration Bush. Ils avaient besoin d’aide pour atteindre leur but. Cette aide est arrivée avec le 11
Septembre. Précisément, les événements de ce jour-là ont mené Bush et Cheney à changer de direction et à
devenir de forts partisans d’une guerre préventive.
Lors d’une réunion clé avec Bush à Camp David le 15 septembre, Wolfowitz a préconisé d’attaquer l’Irak
avant l’Afghanistan, quoiqu’il n’y ait eu aucune preuve que Saddam était impliqué dans les attaques contre les
Etats-Unis et que l’on savait que Bin Laden était en Afghanistan.
Bush a rejeté son conseil et a choisi d’aller attaquer l’Afghanistan, mais la guerre avec l’Irak était
maintenant envisagée comme une possibilité sérieuse et le 21 novembre le président a chargé les planificateurs
militaires de développer des plans concrets pour une invasion.
D’autres néo-conservateurs étaient pendant ce temps au travail dans les couloirs du pouvoir. Nous n’avons
pas encore l’histoire complète, mais des professeurs comme Bernard Lewis de Princeton et Fouad Ajami de
Johns Hopkins auraient joué des rôles importants en persuadant Cheney que la guerre était la meilleure option,
cependant des néo-conservateurs de son équipe – Eric Edelman, John Hannah et Scooter Libby, le chef d’Etat-
Major de Cheney et l’un des individus les plus puissants dans l’administration – ont également joué leur rôle.
Début 2002, Cheney avait persuadé Bush; et avec Bush et Cheney à bord, la guerre était inévitable.
A l’extérieur de l’administration, des experts néo-conservateurs n’avaient pas perdu de temps à rendre
l’invasion de l’Irak une chose essentielle pour gagner la guerre contre le terrorisme. Leurs efforts étaient conçus
en partie pour maintenir la pression sur Bush, et pour triompher en partie d’une opposition à la guerre à l’intérieur
et à l’extérieur du gouvernement.
Le 20 septembre, un groupe de proéminents néo-conservateurs et leurs alliés ont publié une autre lettre
ouverte : ‘Même si aucune preuve ne lie directement l’Irak à l’attaque,’ dit-elle, ‘Toute stratégie visant l’extirpation
du terrorisme et ses commanditaires doit inclure un effort déterminé pour renverser Saddam Hussein du pouvoir
en Irak.’
La lettre rappelait également à Bush que  »Israel était et restait l’allié le plus sûr de l’Amérique contre le
terrorisme international.’
Dans la parution du 1er Octobre du Weekly Standard, Robert Kagan et William Kristol demandaient un
changement de régime en Irak dès que les Talibans seraient battus.
Le même jour, Charles Krauthammer arguait dans le Washington Post que lorsque les Etats-Unis auraient
terminé la guerre en Afghanistan, la Syrie devrait être le prochain, suivi de l’Iran et de l’Irak: ‘La guerre contre le
terrorisme se conclura à Bagdad, ‘Quand nous acheverons le régime terroriste le plus dangereux au monde’.
C’était le début d’une campagne de relations publiques implacable pour gagner le soutien d’une invasion
de l’Irak, dont une partie cruciale était la manipulation des renseignements de façon à faire croire que Saddam
constituait une menace imminente.
Par exemple, Libby a fait pression sur les analystes de la CIA pour qu’ils trouvent des preuves pour la
guerre et a aidé à préparer le briefing maintenant critiqué de Colin Powell au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Au Pentagone, le Policy Counter terrorism Evaluation Group était chargé de trouver des liens entre Al-
Qaida et l’Irak que les renseignements avaient soi-disant ratés. Ses deux principaux membres étaient David
Wurmser, un néo-conservateur de la ligne dure, et Michael Maloof, un Libano-Américain très lié à Perle.
Un autre groupe du Pentagone, le soi-disant Bureau des Projets Spéciaux, avait pour tâche de découvrir
des preuves qui pourraient être utilisées pour vendre la guerre.
Il était dirigé par Abram Shulsky, un néo-conservateur avec des liens de longue date avec Wolfowitz, et
ses rangs incluaient des recrues des think tanks pro-Israéliens. Ces deux organisations avaient été créés après le
11 Septembre et rendaient des comptes directement à Douglas Feith.

Comme pratiquement tous les néo-conservateurs, Feith est profondément dévoué à Israel; il a également
des liens avec le Likud depuis longtemps.
Il a écrit des articles dans les années 90 soutenant les colonies et arguant qu’Israel devrait conserver les
Territoires Occupés.
Plus important, avec Perle et Wurmser, il a écrit le rapport célèbre « Clean Break » en juin 1996 pour
Netanyahu, qui venait juste d’être élu Premier Ministre. Entre autres, il a recommandé que Netanyahu ‘se
concentre sur le renversement de Saddam Hussein du pouvoir en Irak – un important objectif stratégique
Israélien’.
Il demandait également qu’Israel prenne des mesures pour réorganiser l’ensemble du Moyen-Orient.
Netanyahu n’a pas suivi leur conseil, mais Feith, Perle et Wurmser encouragèrent bientôt l’administration
Bush à poursuivre ces mêmes objectifs. L
e chroniqueur Akiva Eldar du Ha’aretz a averti que Feith et Perle ‘marchent sur une ligne mince entre leur
loyauté aux gouvernements américains. . . et les intérêts israéliens ‘.
Wolfowitz est également dévoué à Israel. The Forward l’a un jour décrit comme ‘la voix pro-israélienne la
plus « faucon » dans l’administration’, et, en 2002, l’a choisi 1er parmi les 50 notables qui ‘ont consciemment
poursuivi l’activisme Juif ‘.
A peu près au même moment, le JINSA donnait à Wolfowitz son Henry M. Jackson Distinguished Service
Award pour avoir favorisé un fort partenariat entre Israel et les Etats-Unis; et le Jérusalem Post, en le décrivant
comme ‘fortement pro-Israélien’, l’a élu ‘homme de l’année’ en 2003.
En conclusion, un mot bref sur le soutien d’avant-guerre des néo-conservateurs à Ahmed Chalabi, l’exilé
irakien sans scrupules qui dirige le Congrès National Irakien (INC).
Ils ont soutenu Chalabi parce qu’il avait établi des liens étroits avec les groupes Juif-Américains et s’était
engagé à favoriser de bonnes relations avec Israel quand il serait au pouvoir.
C’était précisément ce que les partisans pro-Israéliens du changement de régime voulaient entendre.
Matthew Berger a présenté le contexte de l’histoire dans un journal Juif : ‘L’INC voyait l’amélioration des
relations comme un moyen d’utiliser l’influence juive à Washington et à Jérusalem et d’obtenir un soutien accru à
sa cause. Pour leur part, les groupes juifs voyaient une occasion de préparer le terrain pour de meilleures
relations entre Israel et l’Irak, si et quand l’INC serait impliqué dans le remplacement du régime de Saddam
Hussein.’
Etant donné la dévotion des néo-conservateurs à Israel, leur obsession de l’Irak, et leur influence dans
l’administration Bush, il n’est pas étonnant que beaucoup d’Américains aient suspecté que la guerre ait été conçue
pour favoriser les intérêts israéliens.
En mars dernier, Barry Jacobs de l’American Jewish Committee a reconnu que la croyance qu’Israel et les
néo-conservateurs avaient conspiré pour faire entrer en guerre les Etats-Unis contre l’Irak était ‘dominante’ parmi
les services de renseignements.
Pourtant peu de gens le diraient publiquement, et les la plupart de ceux qui l’ont fait – comme le sénateur
Ernest Hollings et le Représentant James Moran – ont été condamnés pour avoir soulevé la question.
Fin 2002, Michael Kinsley a écrit que : ‘Le manque de débat public au sujet du rôle d’Israel. . . c’est
l’éléphant proverbial dans la pièce.’ La raison de l’hésitation à en parler, a-t’il observé, était la crainte d’être traité
d’un antisémite.
Il y a peu de doutes qu’Israel et le Lobby furent les principaux facteurs dans la décision à partir en guerre.
C’est une décision que les Etats-Unis auraient probablement été loins de prendre sans leurs efforts.
Et la guerre elle-même était prévue pour être seulement la première étape. Un titre en première page du
Wall Street Journal peu de temps après que la guerre ait commencé dit tout : ‘Le Rêve du Président: Non
seulement changer un Régime mais une Région: Une Zone Pro-Américaine, Démocratique est un objectif qui a
des Racines Israéliennes et Néo-Conservatrices.’
Les Forces Pro-Israéliennes sont depuis longtemps intéressées par l’implication plus directe des militaires
américains au Moyen-Orient. Mais elles avaient un succès limité pendant la guerre froide, parce que l’Amérique
agisssait en tant que ‘balancier off-shore’ dans la région.

La plupart des forces désignées pour le Moyen-Orient, comme la Force de Déploiement Rapide, ont été
maintenues ‘au-dessus de l’horizon’ et hors de toute atteinte. L’idée était que les puissances locales se
neutralisent les unes contre les autres – ce qui est pourquoi l’administration Reagan a soutenu Saddam contre
l’Iran révolutionnaire pendant la guerre entre l’Iran et Irak – afin de maintenir un équilibre favorable aux Etats-
Unis.
Cette politique a changé après la première guerre du Golfe, quand l’administration Clinton a adopté une
stratégie ‘de double retenue’. Des forces américaines substantielles seraient postées dans la région afin de
contenir l’Iran et l’Irak, au lieu d’en utiliser une pour maitriser l’autre.
Le père de la double retenue n’était autre que Martin Indyk, qui a, pour la première fois, esquissé la
stratégie en mai 1993 au WINEP et l’a ensuite mise en application en tant qie Directeur pour les Affaires du
Proche Orient et Sud-Asiatiques au Conseil de sécurité nationale.
Au milieu des années 90, il y avait un mécontentement considérable en ce qui concerne la double retenue,
parce qu’elle avait transformé les Etats-Unis en ennemi mortel de deux pays qui se détestaient, et forcait
Washington à porter le fardeau de les contenir tous les deux.
Mais c’était une stratégie que le Lobby favorisait et travaillait activement au Congrès pour qu’elle soit
conservée.
Poussé par l’AIPAC et d’autres forces pro-Israéliennes, Clinton a durçi la politique au printemps 1995 en
imposant un embargo économique sur l’Iran. Mais l’AIPAC et les autres voulaient plus.
Le résultat fut une Loi sur des Sanctions contre l’Iran et la Libye en 1996 qui imposait des sanctions à
toutes les compagnies étrangères qui investissaient plus de 40 millions de dollars pour développer les ressources
de pétrole en Iran ou en Libye.
Comme Ze’ev Schiff, le correspondant militaire de Ha’aretz, le remarquait à l’époque,  »Israel est un
élément minuscule dans le grand complot, mais on ne devrait pas conclure qu’il ne peut pas influencer ceux qui
sont à la tête.’
A la fin des années 90, pourtant, les néo-conservateurs arguaient du fait que la double retenue n’était pas
suffisante’ et qu’un changement de régime en Irak était essentiel. En renversant Saddam et en transformant l’Irak
en démocratie vivante, arguaient-ils, les Etats-Unis déclencheraient un processus de grande envergure de
changement dans l’ensemble du Moyen-Orient.
La même ligne de la pensée était évidente dans l’étude ‘Clean Break’ que les néo-conservateurs avaient
écrits pour Netanyahu. En 2002, quand une invasion de l’Irak était imminente, la transformation régionale était
une profession de foi parmi les cercles néo-conservateurs.
Charles Krauthammer décrit ce grand programme comme l’invention personnelle de Natan Sharansky,
mais les Israéliens parmi toute la classe politique croyaient que le renversement de Saddam changerait le Moyen-
Orient à l’avantage d’Israel. rapportait Aluf Benn dans Ha’aretz (17 février 2003):
Des hauts responsables de l’IDF et des proches du Premier Ministre Ariel Sharon, tel que le conseiller à la
sécurité nationale, Ephraim Halevy, dépeignait une image attrayante du futur merveilleux d’Israel après la guerre.
Ils envisagaient un effet domino, avec la chute de Saddam Hussein suivie des autres ennemis d’Israel. . . Avec
ces leaders disparaîtraient le terrorisme et les armes de destruction massive.
Quand Bagdad est tombé mi-avril 2003, Sharon et ses lieutenants ont commencé à pousser Washington à
viser Damas.
Le 16 avril, Sharon, interviewé dans le Yedioth Ahronoth, appelait les Etats-Unis à faire une pression ‘très
forte ‘sur la Syrie, tandis que Shaul Mofaz, son Ministre de la Défense, interviewé dans Ma’ariv, déclarait : ‘nous
avons une longue liste de questions que nous pensons poser aux Syriens et il est approprié que ce soit fait par
l’intermédiaire des Américains.’
Ephraim Halevy déclarait à un public de WINEP qu’il était maintenant important que les Etats-Unis soient
durs avec la Syrie, et le Washington Post signalait qu’Israel ‘entretenait la campagne’ contre la Syrie en
fournissant aux renseignements américains des rapports sur les actions de Bashar Assad, le président syrien.

Des membres importants du Lobby avaient les mêmes arguments.
Wolfowitz a déclaré que : ‘Il devrait y avoir un changement de régime en Syrie, ‘et Richard Perle a dit à un
journaliste que : ‘Un message court, un message de deux mots’ pourrait être envoyé aux autres régimes hostiles
du Moyen-Orient : ‘Vous êtes prochain.’
Début avril, WINEP a publié un rapport bipartite déclarant que la Syrie ‘ne devrait pas rater le message
que le comportement de pays qui suivent le comportement imprudent, irresponsable et provoquant de Saddam
pourraient finir en partageant son destin ‘.
Le 15 avril, Yossi Klein Halevi écrivait un article dans le Los Angeles Times intitulé : ‘Après, Serrer les
vis de la Syrie’, alors que le lendemain Zev Chafets écrivait un article pour le New York Daily News intitulé : ‘La
Syrie amie des Terroristes a besoin d’un Changement, Aussi’. Pour ne pas être surpassé, Laurent Kaplan écrivait
dans la New Republic le 21 avril qu’Assad était une menace sérieuse pour l’Amérique.
De retour sur la Colline du Capitole, le membre du Congrès Eliot Engel avait réintroduit la Loi sur la
Responsabilité de la Syrie et la Restauration de la Souveraineté Libanaise. Il menacait la Syrie de sanctions si
elle ne se retirait pas du Liban, si elle ne renonçait pas à son WMD et si elle ne cessait pas de soutenir le
terrorisme, et il appelait également la Syrie et le Liban à prendre des mesures concrètes pour faire la paix avec
Israel. Cette législation était fortement approuvée par le Lobby – par l’AIPAC en particulier – et ‘était concue’,
selon le Jewish Telegraph Agency, ‘par certains des meilleurs amis d’Israel au Congrès’.
L’administration Bush était peu enthousiaste à son égard, mais la Loi anti-Syrienne a été votée de façon
écrasante (398 contre 4 dans la Chambre; 89 contre 4 au Sénat), et Bush l’a signée par la loi du 12 décembre
2003.
L’administration elle-même était encore divisée sur la sagesse de viser la Syrie. Bien que les néoconservateurs
aient été désireux de de faire un crochet pour se battre contre Damas, la CIA et le Département
d’Etat étaient opposés à l’idée. Et même après que Bush ait signé la nouvelle loi, il a souligné qu’il irait
lentement pour la mettre en application. Son ambivalence est compréhensible.
D’abord, le gouvernement syrien avait non seulement fourni des renseignements importants au sujet d’Al-
Qaida depuis le 11 septembre : il avait également averti Washington au sujet d’une attaque terroriste prévue dans
le Golfe et avait donné aux enquêteurs de la CIA l’accès à Mohammed Zammar, le supposé recruteur de certains
des pirates de l’air du 11 septembre. Viser le régime d’Assad compromettrait ces connexions précieuses, et
saperait ainsi la guerre plus large contre le terrorisme.
En second lieu, la Syrie n’avait pas été en mauvais termes avec Washington avant la guerre contre l’Irak
(elle avait même voté pour la résolution 1441 de l’ONU), et n’était pas elle-même une menace pour les Etats-
Unis. Jouer au dur avec elle pourrait faire penser que les Etats-Unis ont un appétit insatiable pour se battre
contre les Etats arabes.
Troisièmement, mettre la Syrie en haut de la liste donnerait à Damas une forte incitation pour causer des
problèmes en Irak. Même si on voulait faire pression, il semblerait plus raisonnable de terminer le travail en Irak
d’abord. Pourtant le congrès a insisté pour serrer la vis à Damas, en grande partie en réponse à la pression des
responsables israéliens et des groupes comme l’AIPAC.
S’il n’y avait pas de Lobby, il n’y aurait pas eu de Loi sur la Responsabilité de la Syrie, et la politique
américaine envers Damas serait plus en conformité avec l’intérêt national.
Les Israéliens on tendance à décrire chaque menace par des termes les plus rigides, mais l’Iran est
largement vu comme leur ennemi le plus dangereux parce qu’il est le plus susceptible d’acquérir des armes
nucléaires.
Pratiquement tous les Israéliens considèrent un pays Islamique au Moyen-Orient possédant des armes
nucléaires comme une menace pour leur existence. « l’Irak est un problème. . . Mais vous devriez comprendre
que, si vous me le demandez, aujourd’hui l’Iran est plus dangereux que l’Irak,’ a fait remarquer le Ministre de la
Défense, Binyamin Ben-Eliezer, un mois avant la guerre contre l’Irak.
Sharon a commencé à pousser les Etats-Unis pour qu’ils se confrontent avec l’Iran en novembre 2002,
dans une interview au Times. Décrivant l’Iran comme ‘le centre terroriste mondial’, et enclin à acquérir des
armes nucléaires, il a déclaré que l’administration Bush devrait mettre une forte pression sur l’Iran ‘dès le
lendemain’ de sa conquête de l’Irak.

En avril 2003, Ha’aretz indiquait que l’ambassadeur israélien à Washington réclamait un changement de
régime en Iran. Le renversement de Saddam, notait-il, n’était ‘pas suffisant’. Selon ses mots, l’Amérique ‘doit
poursuivre. Nous avons toujours de grandes menaces de cette magnitude venant de la Syrie, venant d’Iran.’
Les néo-conservateurs, aussi, n’ont pas perdu de temps pour demander un changement de régime à
Téhéran.
Le 6 mai, l’AEI co-organisait une conférence d’une journée sur l’Iran avec Foundation for the Defense of
Democracies et l’Hudson Institute, les deux champions d’Israel. Tous les intervenants étaient fortement pro-
Israéliens, et beaucoup appelaient les Etats-Unis à remplacer le régime iranien par une démocratie.
Comme d’habitude, une pluie d’articles de proéminents néo-conservateurs demandaient de s’en prendre à
l’Iran. « La libération de l’Irak était la première grande bataille pour le futur du Moyen-Orient. . . Mais la
prochaine grande bataille – nous espérons que ce ne sera pas une bataille militaire – sera contre l’Iran. » écrivait
William Kristol dans le Weekly Standard le 12 mai.
L’administration a répondu à la pression du Lobby en travaillant jour et nuit pour arrêter le programme
nucléaire de l’Iran. Mais Washington a eu peu de succès, et l’Iran semble déterminé à avoir un arsenal nucléaire.
En conséquence, le Lobby a intensifié sa pression. Des éditoriaux et d’autres articles avertissent
maintenant des dangers imminents de la puissance nucléaire de l’Iran, précaution contre tout apaisement d’un
régime ‘terroriste ‘, et laissent entendre une sombre action préventive si la diplomatie échouait.
Le Lobby pousse le Congrès à approuver la Loi de Soutien à la Liberté de l’Iran, qui augmenterait les
sanctions existantes. Les responsables israéliens avertissent également qu’ils pourraient prendre une mesure
préventive si l’Iran continue sa recherche nucléaire, des menaces en partie prévues pour maintenir l’attention de
Washington sur la question.
On pourrait arguer qu’Israel et le Lobby n’ont pas eu beaucoup d’influence sur la politique envers l’Iran,
parce que les Etats-Unis ont leurs propres raisons pour empêcher l’Iran d’avoir des armes nucléaires.
Il y a une certaine vérité en cela, mais les ambitions nucléaires de l’Iran ne constituent pas une menace
directe pour les Etats-Unis. Si Washington pouvait vivre avec une Union soviétique nucléaire, une Chine
nucléaire ou même une Corée du Nord nucléaire, il peut vivre avec un Iran nucléaire. Et c’est pourquoi le Lobby
doit maintenir une pression constante sur les politiciens pour qu’ils se confrontent avec Téhéran.
L’Iran et les Etats-Unis seraient difficilement des alliés si le Lobby n’existait pas, mais la politique des
Etats-Unis serait plus tempérée et la guerre préventive ne serait pas une option sérieuse.
Ce n’est pas une surprise si Israel et ses partisans américains veulent que les Etats-Unis s’occupent de
toutes les menaces à la sécurité d’Israel. Si leurs efforts de façonner la politique des Etats-Unis réussissent, les
ennemis d’Israel seront affaiblis ou renversés, Israel aura les mains libres avec les Palestiniens, et les Etats-Unis
feront la majeure partie du combat, en mourant, en reconstruisant et en payant.
Mais même si les Etats-Unis ne transforment pas le Moyen-Orient et se retrouvent en conflit avec un
monde Arabe et Islamique de plus en plus radicalisé, Israel finira protégée par la seule superpuissance au monde.
Ce n’est pas un résultat parfait du point de vue du Lobby, mais il est évidemment préférable à un
éloignement de Washington, ou à l’utilisation de son influence pour forcer Israel à faire la paix avec les
Palestiniens.
Est-ce que le pouvoir du Lobby peut être diminué ?
On voudrait bien le penser, étant donné la débacle de l’Irak, la nécessité évidente de reconstruire l’image
de l’Amérique dans le monde Arabe et Islamique, et les révélations récentes au sujet des responsables de
l’AIPAC passant des secrets du gouvernement américain à Israel.
On pourrait également penser que la mort d’Arafat et l’élection du plus modéré Mahmoud Abbas
entraineraient Washington à faire pression de façon plus forte pour obtenir un accord de paix équitable.

En bref, il y a les raisons suffisantes pour que les leaders se distancent du Lobby et adoptent une politique
Moyen-Orientale plus conforme aux intérêts plus larges des Etats-Unis. En particulier, utiliser la puissance
américaine pour arriver à une paix juste entre Israel et les Palestiniens aiderait à promouvoir la cause de la
démocratie dans la région.
Mais cela ne va pas se produire – de toute façon pas de sitôt. L’AIPAC et ses alliés (y compris les
Sionistes Chrétiens) n’ont aucun adversaire sérieux dans le monde du Lobby. Ils savent qu’il est devenu plus
difficile de défendre Israel aujourd’hui, et ils répondent en s’imposant sur les équipes et en augmentant leurs
activités.
En outre, les politiciens américains restent intensément sensibles aux contributions de campagne et à
d’autres formes de pression politique, et les principaux médias sont susceptibles de rester sympathiques à Israel
quoi qu’il fasse :
L’influence du Lobby cause des problèmes sur plusieurs fronts. Elle augmente le danger terroriste auquel
font face tous les états – y compris les alliés européens de l’Amérique. Elle a rendu impossible la fin du conflit
Israélo-Palestinien, une situation qui donne aux extrémistes un outil recruteur puissant, augmente le réservoir des
terroristes potentiels et des sympathisants, et contribue au radicalisme islamique en Europe et en Asie.
Également inquiétant, la campagne du Lobby pour un changement de régime en Iran et en Syrie pourrait
mener les Etats-Unis à attaquer ces pays, avec des effets potentiellement désastreux. Nous n’avons pas besoin
d’un ‘autre Irak. Àu minimum, l’hostilité du Lobby envers la Syrie et l’Iran rend presque impossible à
Washington de les enrôler dans la lutte contre Al-Qaida et l’insurrection irakienne, où leur aide serait vraiment
nécessaire.
Il y a là aussi une dimension morale.
Grâce au Lobby, les Etats-Unis sont devenus ceux qui ont rendu possible l’expansion israélienne dans les
Territoires Occupés, les rendant complices des crimes perpétrés contre les Palestiniens. Cette situation contredit
les efforts de Washington pour favoriser la démocratie à l’étranger et le rend hypocrite quand il pousse d’autres
états à respecter les droits de l’homme.
Les efforts des Etats-Unis pour limiter la prolifération nucléaire apparaissent également hypocrite étant
donné sa bonne volonté à accepter l’arsenal nucléaire d’Israel qui encourage seulement l’Iran et d’autres à
chercher des capacités semblables.
De plus, la campagne du Lobby pour étouffer le débat concernant Israel est malsain pour la démocratie.
Réduire au silence les sceptiques en organisant des listes noires et des boycotts – ou suggérer que les
critiques sont des antisémites – viole le principe du libre débat dont dépend la démocratie.
L’incapacité du congrès à avoir une véritable discussion sur ces questions importantes paralyse le
processus tout entier de la délibération démocratique. Les partisans d’Israel devraient être libres de le faire et de
défier ceux qui sont en désaccord avec eux, mais les efforts pour étouffer le débat par l’intimidation devraient
être sévèrement condamnés.
En conclusion, l’influence du Lobby a été mauvaise pour Israel.
Sa capacité à persuader Washington de soutenir un agenda expansionniste a découragé Israel de saisir des
occasions – dont un traité de paix avec la Syrie et une application rapide et totale des Accords d’Oslo qui aurait
sauvé la vie des Israéliens et aurait diminué les rangs des extrémistes palestiniens.
Refuser aux Palestiniens leurs droits politiques légitimes n’a certainement pas rendu Israel plus sûr, et la
longue campagne pour tuer ou marginaliser une génération de responsables palestiniens a renforcé des groupes
extrémistes comme le Hamas, et a réduit le nombre de leaders palestiniens qui seraient disposés à accepter un
arrangement juste et capables de le mettre en place. Israel lui-même serait probablement mieux si le Lobby
étaient moins puissant et si la politique américaine était plus équitable.
Il y a pourtant une lueur d’espoir.
Bien que le Lobby reste une force puissante, il est de plus en plus difficile cacher les effets nuisibles de
son influence. Les états puissants peuvent maintenir des politiques imparfaites pendant un certain temps, mais la
réalité ne peut pas être ignorée indéfiniment.

Ce qui est nécessaire, c’est une discussion franche sur l’influence du Lobby et un débat plus ouvert sur les
intérêts des Etats-Unis dans cette région vitale. Le bien-être d’Israel est l’un de ces intérêts, mais l’occupation
continue de la Cisjordanie et de son agenda régional plus large ne le sont pas.
Un débat ouvert exposerait les limites du problème stratégique et moral d’un soutien américain à une seule
partie et pourrait faire évoluer les Etats-Unis vers une position plus conforme à ses propres intérêts nationaux,
aux intérêts des autres états dans la région, et aussi aux intérêts à long terme d’Israel.
10 Mars 2006.
Footnotes
Une version non publiée de cet article est disponible à :
http://ksgnotes1.harvard.edu/Research/wpaper.nsf/rwp/RWP06-011
or at
http://papers.ssrn.com/abstract=891198
John Mearsheimer is the Wendell Harrison Professor of Political Science at Chicago, and the author of
The Tragedy of Great Power Politics.
Stephen Walt is the Robert and Renee Belfer Professor of International Affairs at the Kennedy School of
Government at Harvard. His most recent book is Taming American Power: The Global Response to US Primacy.

Une étude américaine critique la politique proisraélienne
des Etats-Unis

suite…

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