Abdelkrim Chitour


Par Chems Eddine Chitour

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Un moudjahid de la plume s’en est allé sans bruit.

 

«Alif Lam Mim, la connaissance de l’Heure est auprès d’Allah; et c’est Lui qui fait tomber la pluie salvatrice; et Il sait ce qu’il y a dans les matrices. Et personne ne sait ce qu’il acquerra demain, et personne ne sait dans quelle terre il mourra. Certes, Allah est Omniscient et Parfaitement Connaisseur»  

Coran Sourate Loqman Verset 34

Abdelkrim Chitour s’est éteint à un âge respectable de 92 ans.  De son vrai nom  Ahmed Abdelkrim Chitour, le prénom de  Abdelkrim lui fut ajouté  en hommage à  Abdelkrim le héros de la bataille d’Anoual en 1921 qui vit la défaite d’une coalition hispano-française   avec 500.000 hommes 60  généraux.en vain ce fut un désastre, on parle de 16.000 morts  ; Pour les Algériens d’alors, Abdelkrim el Khattabi était  celui qui a battu les pays coloniaux et vengeait par procuration l’honneur des Algériens encore sous le  joug colonial du  code de l’Indigénat.

C’était d’ailleurs  une singularité des peuples de s’identifier à un personnage qui sort de l’ordinaire, on raconte que dans les années quatre  vingt  du XIXe siècle, aux Etats unis, Omar Kheyamm  était à l’honneur, beaucoup de familles américaines appelèrent leurs enfants Omar. C’est ainsi que l’un des généraux  américain vainqueurs du nazisme s’appellera  Omar  Bradley…

Il  nous a paru utile de retracer  le  parcours  singulier de Abdelkrim porteur d’un nom et d’un prénom illustres à travers trois haltes pour tenter de cerner la personnalité de ce patriote au long cours qui, au final, laissera, je l’espère, une trace qui servira de repère au même titre que les géants d’une révolution qui fut dure avec ses enfants, mais qui fut épique par le souvenir qu’elle a laissé au monde.

Chitour Abdelkrim (au centre deuxième accroupi après Omar Boudaoud) et les élèves de l’Ecole des cadres de la Fédération de France du FLN

Abdelkrim Chitour, nom de guerre Kimi, est avant tout un intellectuel, bachelier en philosophie, venu à la révolution avec tout ce que cela comporte d’abandon de situation sociale. Il s’engagea dans la lutte de libération. Comme tous les Algériens intellectuels Abdelkrim a adhéré jeune au PPA. Il fut un témoin des massacres de Sétif de 1945, étant élève au lycée Eugène Albertini, (qui deviendra Lycée Mohamed Kerouani). Son caractère se forgea et il en garda une marque indélébile qui lui fit naturellement s’inscrire au PPA. Quittant l’Algérie il alla à Paris et réussit dans ses années cinquante à entrer à la radio, au point d’animer chaque matin, une émission en berbère en s’adressant avec un retentissant «Svah el khir à Yama» «Bonjour maman» Cette maman de l’Algérie profonde qui gardait à l’instar de toutes les mamans le contact  permanent avec son fils..  Ce sera tout naturellement qu’il s’engagea dans la révolution au sein de la Fédération de France et y apporta sa conviction au service de la libération du pays.

L’engagement dans la Fédération de France

 L’histoire de la Fédération de France, reste à écrire, certes il y eut les deux ouvrages les plus connus,d’abord celui de Omar Boudaoud Du PPA au FLN, mémoires d’un combat paru aux Editions Casbah, il y eut aussi l’ouvrage exhaustif de Maître Ali Haroun numéro deux de la Fédération de France: La septième wilaya. Ces deux ouvrages de référence décrivent toutes les actions de la Fédération de France, à la fois en termes d’encadrement, de mobilisation des Algériens en terrain hostile (France), la collecte de l’argent le nerf de la guerre, grâce notamment à la mise en place et la coordination des différents réseaux, notamment ceux bien connus, le réseau Jeanson et le réseau Curiel, avec les hommes et les femmes européennes qui ont cru en la révolution.

Omar Boudaoud et Ali Haroun rapportent que 80% du financement de la révolution se fera à partir de la Fédération FLN de France, niant de ce fait les propos de Ben Bella minimisant l’apport de la 7e Wilayahistorique à la marche de la révolution.La Fédération de France, c’est aussi le soutien aux détenus et l’octroi de subsides à leurs familles, ce sera l’encadrement, la mise en place d’un collectif d’avocats algériens, français, belges, dirigés par plusieurs militants dont Aboubekr Belkaid, ces réseaux étant coordonnés par Ali Haroun.

La Fédération c’est aussi la lutte contre le MNA, mais aussi le ciblage des intérêts économiques en France: le CCE dont dépendait la Fédération de France arrêta la date du 25 août 1958, 242 attaques avec 181 objectifs parmi les plus médiatisés comme les raffineries et dépôts d’essence. Omar Boudaoud raconte que les leaders Nasser et Bourguiba après avoir refusé de recevoir les dirigeants algériens comprirent après les actions d’éclat du FLN en France que la révolution était irréversible et changèrent d’avis et reçurent les dirigeants avec considération. Il écrit:

«(…) le colonel Saout el Arab commandant de la wilaya II devait nous dire plus tard: L’ALN se trouvait alors au creux de la vague. Les actions du 25 août l’ont revigorée » (…) Quelques semaines plus tard à Tunis, Ben Tobbal me déclara: «Vous nous avez fait honneur «Hammartouna wajhna». (1)

Ali Haroun interviewé raconte comment ces révolutionnaires de la 7e Wilaya historique prirent contact avec les sympathisants allemands pour donner à la révolution une aura européenne à proximité de la France:

«Ils étaient six, Ali Haroun, Abdelkrim Chitour, Benyahia Belcacem, Aziz Ben Miloud et Kaddour La RFA écrit Nassima Bougherara dans une magistrale étude sur les rapports franço-allemands à l’épreuve de la question algérienne, était certes soucieuse de ne pas les laisser à l’endoctrinement communiste, et pour cela il fallait ménager, aussi, un contre-feu occidental épargnant relativement le FLN en Allemagne. Mais la RFA navigua à la godille: d’un côté, elle accepta la présence, chez elle, du FLN -notamment sous couvertures officielles tunisiennes. Elle laissa faire l’organisation de la logistique, du financement, et du trafic d’armes pour le même FLN. Et elle eut à subir, contre lui, les attaques des services français contre les nationalistes algériens, et l’arraisonnement de navires allemands transportant des armes pour le FLN. D’un autre côté, elle se crut tenue de sévir ponctuellement en arrêtant et expulsant tels responsables du front.» (2)

«Nos premiers contacts rapporte Ali Haroun, très utiles, furent ceux établis en 1958 au Congrès du SPD sous la présidence d’Eric Hollenhauer. Nous avions été invités comme observateurs par Hans Jurgen Wischnewsky qui était jeune député à l’époque. Nous avions des cartes d’accès et nous étions en haut dans les tribunes allemandes. Ali Haroun, Abdelkrim Chitour, Benyahia Belcacem, Aziz Ben Miloud et Kaddour Ladlani. H. J. Wischewnevsky a pris la parole et à parlé des rapports franco-allemands. A la fin de son discours il a remercié les représentants de la Résistance algérienne et du FLN présents dans la salle, les membres français de la SFIO ont protesté. Ils lui ont demandé de retirer ses propos; il les a maintenus, ils sont alors sortis de la salle.» (2)

Une action de taille à l’actif de la Fédération sera la formation intensive des cadres. Ces cadres seront après l’indépendance des dirigeants d’envergure. L’Ecole fut créée début 1959, son siège nous fut gracieusement fourni par nos amis des Jeunesses socialistes allemandes «Die Falken» à Hagen (Rhénanie Wesphalie)». Abdelkim Chitour (kimi) sera l’un des professeurs. Omar Boudaoud écrit:

«Les cours étaient assurés par la Commission presse et information; Ali Haroun, Aziz Benmiloud, Abdelkrim Chitour, Belkacem Benyahia, Zine El Abidine Moundji et Salim (Houcine Bouzaher). Chacun d’eux avait rédigé un cours sur un sujet donné et l’ensemble relié constituait une somme de connaissances que le cadre était censé avoir acquis durant le stage (…)» (3)

Après l’Allemagne, Abdelkrim Chitour rejoint la Tunisie où il fut directeur de cabinet de Larbi Ben Tobbal, ministre de l’Intérieur du GPRA. Il sera au plus prêt de la direction de la révolution Après l’indépendance il rentre au pays et se consacre aux affaires étrangères.

Les affaires étranges comme il se plaisait à le dire sans aller plus loin, par pudeur et par respect pour tous ceux qui croyaient en l’Algérie malgré les logiques personnelles

Au service d’une diplomatie lumineuse

 Un troisième volet d’une carrière riche est celui de participer à une diplomatie active, héritière de l’aura de la Révolution qui faisait que la voix de l’Algérie portait aux quatre coins du monde et naturellement en Afrique. Abdelkrim Chitour a durant sa longue carrière dans la diplomatie, occupé tous les postes prestigieux. L’Algérie devait ne pas se tromper dans le choix de l’ambassadeur d’Algérie en France. Abdallatif Rahal professeur de mathématiques, diplomate « révolutionnaire » qui n’est pas à présenter sera le premier ambassadeur de l’Algérie indépendante après 132 ans de colonisation abjecte. Il sera secondé par Abdelkrim Chitour numéro deux à Paris dans l’ordre protocolaire. Une photo le montre avec De Gaulle et Rahal lors de la présentation des lettres de créance.

Une anecdote rapportée est que De Gaulle s’est fait répéter deux fois le nom de Chitour le prenant pour un Français, il faut dire que Abdelkrim portait beau, des cheveux blonds, et des yeux bleus… une prestance qui fera de lui un diplomate lumineux.Cette photo est unique à plus d’un titre celle d’imposer à l’ancienne puissance coloniale le respect au point de s’afficher ensemble dans l’égale dignité des Etats et des Hommes.

Cette photo donna aussi des motifs de fierté dans la famille, où on ne tarissait pas d’éloges à l’égard de ce fils de la Kabylie profonde (Ighil Ali) qui, après avoir été pourchassé, – la Main rouge a plastiqué la voiture dans laquelle il se trouvait avec un responsable important de la Fédération de France – s’imposait à eux. Il rendait justice quelque part à ses arrière-grands-parents chassés dans les montagnes pendant la période du talon de fer des années 70 du XVIIIe siècle.

Abdelkrim Chitour eut à occuper pendant de longues années le poste prestigieux de directeur de la division Europe Amérique, à une époque où l’Algérie récemment indépendante devait soigner sa visibilité dans le concert des nations. Ce fut l’époque des grandes mutations, notamment celles des décolonisations de l’Afrique, de l’émergence du Mouvement des non-alignés et notamment du Nouvel Ordre international plaidé par Boumediene à la tribu des Nations unies, mais aussi celle de l’ascension de l’Opep.

Il a fallu attendre le début des années quatre vingt, pour que Abdelkrim Chitour entame une nouvelle carrière à l’étranger en tant d’abord numéro deux avec Lakhdar Brahimi à Londres puis en tant qu’ambassadeur au Portugal, en Argentine et en Suède. Il y laissa un souvenir d’un homme pétri de culture qui força le respect des ambassadeurs accrédités dans ces différents pays Abdelkrim Chitour s’est retiré sans bruit sans s’accrocher à une quelconque bouée. Il partit dignement cultiver son jardin auprès de sa femme et de ses enfants en ayant la conviction d’avoir fait son devoir, d’avoir servi dignement son pays avant et après l’indépendance en y apportant à la fois courage pendant la guerre- il portait les stigmates de l’explosion de l’attentat à la voiture- il apporta aussi son savoir de professeur pour former les cohortes de cadres dont le FLN avait besoin en France pour structurer la lutte et lui donner un contenu idéologique. Il eut à travailler en étroite amitié avec les responsables de la Fédération de France, notamment Omar Boudaoud, Ali Haroun.

Une photo le montre avec une promotion de cadres formés Durant sa carrière aux affaires étrangères, il laissa un souvenir impérissable à la fois chez les anciens qui l’appréciaient pour ses convictions sans concession, et son humour décapant celui d’un homme qui a vécu et qui fait des paroles de sagesse et des bons mots du terroir son vade-mecum. Il fut un modèle pour les jeunes fonctionnaires qui devinrent par la suite des ambassadeurs, comme celui d’un personnage éclectique qui ne se prenait pas au sérieux, mais qui inspirait le respect, la considération A bien des égards, nous sommes tous autant que «nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants».

Abdelkrim (Hmmidouche pour la famille) était une personne simple, toujours le mot pour rire, et qui avait une adoration pour sa mère, une de ces héroïnes de l’Algérie profonde qui faisait ployer les hommes par un caractère trempé. Jeune étudiant il m’est arrivé de «l’interroger» sur la révolution, il me répondait avec un sourire désarmant: «J’a vécu» c’est à la fois un point final élégant à une non-réponse, mais aussi une récapitulation d’une révolution avec ses heurs et malheurs, qui dévora beaucoup de ses enfants parmi les plus braves.

Le  parcours atypique de Abdelkrim Chitour  fait d’humilité, de retrait face à ceux qui se bousculent pour une visibilité sociale,  me rappelle ces vers de l’immense Victor Hugo  dans les Misérablesà l’endroit d’un humble parmi les humbles Jean Valgean , attendant sereinement la mort :

«Il dort. Quoique le sort fut pour lui bien étrange,

Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange.

La chose simplement d’elle-même arriva.

Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va».

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique  Alger

Notes

1.Omar Boudaoud: Du PPA au FLN, Mémoires d’un Combattant. P 173 Editions Casbah 2007

2.Nassima Bougherara Les rapports franco-allemands à l’épreuve de la question algérienne (1955-1963) Editeurs Peter Lang, Berne, 2006,

3.Omar Boudaoud. Ibid p120

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/291348-un-moudjahid-de-la-plume-s-en-est-alle-sans-bruit.html

L’ hubris de l’éphémère.


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Par Chems Eddine Chitour

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«Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils roule en jet, son fils chevauchera un chameau.»  (Proverbe saoudien)

La mue de l’Arabie saoudite de MBS

Pour mettre de l’ordre «son ordre», MBS prince héritier depuis juin 2017, il n’y va pas de main morte: il embastille. «Depuis le 9 septembre 2017, plusieurs dizaines d’arrestations ont eu lieu en Arabie saoudite. Il s’agit pour la plupart de personnalités publiques très différentes dont la caractéristique commune est qu’elles n’ont pas pris position dans la «crise qatarie». La liste comporte aussi plusieurs jeunes intellectuels réformistes qui, après 2011, ont pris une part active à la contestation démocratique en Arabie. Parmi eux, Abdallah Al-Maliki, diplômé de sciences religieuses, qui a créé l’événement en 2012 en publiant un livre dans lequel il cherchait à montrer la primauté de la souveraineté populaire sur la charia et Mustafa Al-Hassan, fondateur d’un forum pour encourager le développement des sociétés civiles.» (1)

«Au-delà des profils des détenus, ce qui frappe est la méthode. (…) Il faut dire qu’après trois mois de blocus, l’Arabie, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn n’ont pas obtenu grand-chose,.(…) Ces nouvelles arrestations ont donc une seconde cause profonde, de nature plus structurelle, liée aux transformations depuis deux ans du régime saoudien. (…) C’est tout ce système qui est mis à bas depuis 2015 avec la montée en puissance d’un unique homme fort, Mohammed Ben Salman, actuel prince héritier et fils du roi, qui concentre aujourd’hui entre ses mains l’essentiel du pouvoir. (…) L’obsession de Mohammed Ben Salman semble être de créer une verticale du pouvoir remontant à sa personne, alors même que le système saoudien était tout entier bâti sur l’idée d’une certaine horizontalité.» (1)

«Mohammed Ben Salman argue de la nécessité de mettre l’État et la société en ordre de bataille pour, d’une part, relever les défis régionaux – notamment ce que Riyadh qualifie d’«expansionnisme iranien» et qui justifie la guerre au Yémen – et, d’autre part, faire appliquer son projet de réforme économique et sociale, présenté de manière tapageuse sous le nom de «Vision 2030» La même transformation s’était produite de manière plus discrète plus d’une décennie plus tôt aux Émirats arabes unis sous la férule de Mohammed Ben Zayid, prince héritier d’Abou Dhabi et mentor de Mohammed Ben Salman. À Riyadh, on murmure ainsi que l’objectif des changements actuels est d’importer en Arabie le «modèle émirien», qui fascine le jeune prince»..(1)

La France au service de Riyadh pour une poignée de dollars

 «Il semble que la politique gaullienne en ce qui concerne les pays arabes appartient au passé. Place aux affaires!!:»Les liens assez étroits des dirigeants français avec certains dirigeants de pays arabes du Golfe ne relèvent pas du secret défense. Ces liens ne cessent de se renforcer au point où le petit Émirat du Qatar parvient sans aucune peine à influer de manière décisive aussi bien en amont qu’en aval du processus de conception et de mise en oeuvre de la politique étrangère de la France au Moyen-Orient et en Afrique. (…) La proximité du prince héritier Mohammed Ben Salman et du président français Emmanuel Macron est un cas d’école à étudier. (…) D’après des sources fiables, le puissant prince saoudien Mohamed Ben Salman ou MBS a mis Emmanuel Macron à son service pour six milliards de dollars US. Dans les faits, Macron reprend mot pour mot les positions officielles de la famille régnante du Royaume d’Arabie saoudite: pas de retrait US de Syrie; contre-offensive politique pour assurer la continuité du conflit au Levant; soutien politique, diplomatique et militaire à la coalition arabe menée par Riyadh au Yémen; déstabilisation de certaines régions du Sahel et, cerise sur un gâteau déjà pourri, servir d’alternative en cas de défaillance de Trump dont les positions réelles suscitent l’extrême méfiance de Riyadh et des grands financiers de Londres et de Frankfurt. Pour les Saoudiens, la vie est belle: on peut s’acheter un président français pour trois fois rien!». (2)

De même, le dernier passage de MBS en France, malgré les salamalecs, a déçu en termes de contrats… Ainsi:

«À l’issue d’une longue tournée internationale, le prince Mohammed Ben Salman (MBS), arrive à Paris le 8 avril 2018 (…) Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, apparaît tout autant comme le réformateur d’une société sclérosée, qu’un piètre diplomate embourbé dans quelques aventures extérieures périlleuses. (…) Ombrageux, frustre et impulsif, il dirige le pays d’une main de fer et se veut être le garant de la stabilité dans le pays Réformateur à l’intérieur (il embastille les corrompus jusqu’à leur faire rendre gorge, il assouplit la condition de la femme, il veut réformer une économie malade de la corruption et du conservatisme rendue visible avec la chute des cours du pétrole à travers sa «vision 2030», il privatise l’eau, il introduit Aramco en Bourse, il entend remettre les rigoristes de l’islam à leur juste place, il veut développer le tourisme, les arts, les loisirs…), il est conservateur à l’extérieur (guerre sans merci contre l’Iran par Yémen interposé brouille avec le Qatar,…) même s’il admet qu’Israël a droit de vivre (vraisemblablement pour sceller l’alliance tripartite États-Unis/Israël/Arabie saoudite contre la peste chiite) (…) MBS vient à Paris, tel un représentant de commerce pour vendre son projet d’ouverture. (…) Pour ce qui est de la diplomatie économique, l’on apprend qu’Emmanuel Macron se rendra à la fin de l’année en Arabie saoudite pour signer des contrats élaborés avec la pétromonarchie du Golfe. On pense surtout aux domaines du tourisme, de la culture, de la musique, du patrimoine historique.» (3)

L’hubris de MBS un grand chéquier et un sabre nain

L’hubris de MBS est sans limite! A l’Iran héritière de Darius à qui il dispute le leadership au Moyen-Orient. Adossé au parapluie américain, il affiche sa capacité de nuisance en croyant que tout s’achète comme en Occident! Clark Kent rapporte que: «Au cours d’un entretien avec Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine américain The Atlantic, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (dit «MBS») a atteint le point Godwin en comparant l’ayatollah Ali Khamenei, le chef du clergé iranien, à Hitler. Peut-être ne connait-il pas la parabole du sermon de la montagne qu’il aurait pu faire sienne: «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil?»L’Iran n’a envahi ni la Pologne ni aucun autre pays depuis 1785. (…) En revanche, en 2015, l’Arabie saoudite et ses alliés ont envahi le Yémen et y mènent une guerre dévastatrice. L’Arabie saoudite est également intervenue en Syrie, en soutenant les djihadistes de l’Armée de l’Islam d’extrême-droite et en commanditant des attentats à la bombe à Damas.» (4)

L’interview de Mohammed Ben Salman dans The Atlantic: un exemple de félonie

Le grand journaliste Abdelbari Atwan tire les conclusions de l’entretien accordé par Mohammed Ben Salman à The Atlantic en énumérant dix points:

«Mohammed Ben Salman ne s’adressait pas au peuple saoudien dans cette interview, mais aux décisionnaires, aux législateurs et à l’Etat profond américains. Il s’est montré à eux, avec sa vision et ses politiques futures, comme un allié stratégique digne de confiance. Il est en quête du «feu vert» soutenant son prochain couronnement au Royaume d’Arabie saoudite, qui se déroulera peut-être quelques jours ou quelques semaines après la fin de cette tournée. (…) Il a présenté ses lettres de créance à son plus grand allié, expliqué ses programmes politiques, sociaux et économiques. Nous pensons qu’il a obtenu un certain succès dans ce domaine, notamment à la Maison-Blanche, auprès du «gouvernement de guerre» dirigé par le Président Trump.» (5)«Dix points principaux dans la rencontre du prince Mohammed Ben Salman avec The Atlantic résument sa future stratégie Premièrement: le prince Ben Salman a reconnu, pour la première fois depuis le début du conflit israélo-arabe, le droit des juifs à établir un Etat sur «la terre de leurs aïeux». Denis Ross, responsable du conflit et des négociations entre les Arabes et les Israéliens dans plusieurs administrations américaines, a déclaré qu’il s’agissait de la première reconnaissance des droits historiques des juifs. Deuxièmement: le prince Ben Salman n’a pas émis une seule critique contre Israël tout au long de l’interview ni en marge de celle-ci, d’après Goldberg lui-même. Il a au contraire fait son éloge de manière indirecte en disant qu’Israël possédait une grande économie pour sa taille géographique.» (5)

«Troisièmement: le prince n’a pas prononcé une seule fois le terme «Etat palestinien» et n’a pas indiqué que Jérusalem occupée était sa capitale. Il s’est contenté de parler du «droit des Palestiniens et des Israéliens à disposer d’une terre». Quatrièmement: le Prince a exprimé son «inquiétude religieuse» au sujet de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem et parlé du droit du peuple palestinien, sans le définir. Il a affirmé qu’il n’avait rien contre les autres religions, notamment le judaïsme et le christianisme. Cinquièmement: il a divisé le Moyen-Orient en deux camps (comme le cheikh Oussama Ben Laden, mais en inversant les camps): le camp du mal, englobant l’Iran, le Hezbollah et les Frères musulmans; le camp des modérés incluant la Jordanie, l’Egypte, les Emirats, le Bahreïn, le Sultanat d’Oman, le Koweït et le Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite. Il faut remarquer qu’il n’a pas parlé du Maroc ainsi que d’autres Etats d’Afrique du Nord.» (5)

«Sixièmement: le prince héritier d’Arabie saoudite a confirmé que son pays avait utilisé les Frères musulmans pour combattre le communisme qui menaçait l’Europe, l’Amérique et l’Arabie saoudite elle-même durant la Guerre froide. Il a d’ailleurs décrit le président Gamal Abdel Nasser comme un «communiste». Septièmement: il a formellement nié l’existence du wahhabisme dans le Royaume et confirmé qu’il n’y avait que quatre écoles sunnites. Huitièmement: il a nié tout soutien financier saoudien aux terroristes et aux organisations extrémistes, mais il a reconnu que certaines personnalités saoudiennes avaient financé certains de ces groupes, sans donner de noms. Neuvièmement: il a catégoriquement refusé de répondre aux questions sur la campagne anti-corruption ou de parler de sa fortune et de l’achat d’un yacht à 500 millions de dollars. Quand la journaliste Nora O’Donnell lui a parlé de ce yacht, il a répondu avec une «nervosité» apparente qu’il voulait garder sa vie privée pour lui, confirmant qu’il était un homme riche et non Mandela ou Gandhi. Dixièmement: il a réservé son attaque la plus cruelle, et peut-être d’ailleurs la seule de cet entretien, à l’imam Ali Khamenei en disant qu’il était plus dangereux qu’Hitler.» (5)

«Pourquoi s’interroge Abdelbari Atwane, n’a-t-il pas critiqué une seule fois les Israéliens et a reconnu leurs droits historiques, sans jamais mentionner l’Etat palestinien? On peut déduire de ces 10 points et des réponses du prince héritier d’Arabie saoudite qu’il envisage une future alliance avec Israël dans le cadre d’un « axe modéré » arabe s’opposant à l’Iran et soutenu par les États-Unis. Il prévoit aussi de faire d’Israël un futur partenaire commercial et de renforcer les intérêts communs entre les deux pays dans le cadre d’une paix juste, sans aborder une seule fois l’initiative de paix arabe, qui est pourtant saoudienne, ni ses conditions. La reconnaissance de l’héritage historique des Juifs et de leur droit à établir un Etat sur une partie de cet héritage, soit la terre de Palestine, est un développement très grave car il signifie que les Juifs ont également des droits sur des territoires arabes à Khaybar, au Yémen, en Egypte, au Maroc et dans la péninsule Arabique. Cette reconnaissance pourrait les pousser non pas à revenir sur ces terres ou les récupérer, mais à demander des dédommagements pour leur exil forcé de 1 500 ans de la péninsule Arabique et exiger leur part des richesses pétrolières Le roi saoudien Salman Ben Abdelaziz s’est certes empressé de réaffirmer que le Royaume soutenait l’établissement d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem comme capitale, mais le mal est fait et c’est le prince Ben Salman qui est le véritable chef à Riyadh.» (5)

Sommet de la Ligue arabe de Dhahran :  La normalisation avec Israël enclenchée ?

C’est par ces mots que le journaliste Zine Cherfaoui s’interroge à propos de la kermesse sans lendemain, une de plus des réunions de la Ligue Arabe , dont on sait que le secrétaire général et d’une façon inamovible un Egyptien et le pourvoyeur l’Arabie Saoudite qui dicte ce faisant la norme en fonction de ses intérêts propres, il n’est pas question de débat. Ainsi :

«  Les travaux du 29e sommet des Etats de la Ligue arabe se sont achevés lundi à Dhahran, en Arabie Saoudite, presque dans l’indifférence générale. Aucune décision susceptible de retenir réellement l’attention n’a été prise lors de ce rendez-vous politique régional, qui intervient pourtant à un moment où le monde arabe est ravagé par les conflits et les dissensions internes.

Signe que les clivages sont importants au sein d’une organisation panarabe souvent  décriée et qualifiée de coquille vide, certains représentants de pays éviteront même d’évoquer le conflit en Syrie, 24 heures après des frappes occidentales contre ce pays ravagé par la guerre depuis 2011 . Le seul fait à signaler est peut-être ce franc soutien réitéré à la cause palestinienne. Le roi Salmane Ben Abdelaziz Al Saoud a d’ailleurs tenu à placer la question d’El Qods en tête des priorités arabes. Dans un discours prononcé à l’ouverture des travaux du sommet, le souverain wahhabite, dont le pays est pourtant un proche allié des Etats-Unis, a une nouvelle fois clairement rejeté la décision de l’administration de Donald Trump de transférer, en principe à la mi-mai, l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à El Qods » (7).

Le deal   que « les  pays arabes moutons »  ne peuvent pas refuser : Israël contre Iran

Le pays à abattre est, on l’aura compris l’Iran accusé d’aider les Houtis du Yemen et voir régenter le Moyen Orient. Avec la doxa saoudienne, les Arabes doivent   normaliser leurs relations avec Israël – exit l’initiative du roi Faycal de 2002– en espérant que l’on fasse – les Etats Unis et Israël- une petite place aux Palestiniens avec une capitale dans les faubourgs de Jérusalem à Abou Dis avec un banthoustan en peau de lapin .

Zine Cherfaoui ajoute :

« Mais le rappel par les Arabes de leur solidarité avec les Palestiniens ne veut pas pour autant dire qu’Israël constitue pour eux un problème. Cela n’est effectivement pas le cas pour beaucoup d’entre eux. Parmi ces pays, il est possible de sérier l’Egypte, la Jordanie, les Emirats arabes unis et le Qatar qui entretiennent des relations quasi normales avec Tel-Aviv. Comme l’atteste une chronique carrément pro-israélienne, parue samedi dans les colonnes du quotidien saoudien public Al Riyadh,un lobby favorable à normalisation rapide des relations entre les Arabes et Israël est actuellement à l’œuvre L’auteur de la chronique en question, Ahmad Al Jamia, justifie cette normalisation par la «nécessité impérieuse» de faire face à l’Iran, pays qu’il présente comme la menace la plus sérieuse et la plus urgente pour le monde arabe.  Dans son écrit intitulé d’ailleurs «Paix avec Israël et confrontation avec l’Iran», le journaliste soutient l’argument selon lequel plus vite sera trouvée une solution au conflit israélo-palestinien et plus vite les Arabes pourront neutraliser la menace iranienne.  Ce n’est évidemment pas un hasard si certains de ces éléments de langage se retrouvent dans le discours du souverain saoudien. (…) Ce discours laisse même l’impression que la feuille de route du processus de normalisation des relations entre les Arabes et Israël a été sortie des tiroirs. Mieux, des médias du Proche-Orient soutiennent  que les Saoudiens ont commencé à en appliquer les principaux éléments ».  (7)

Pourquoi l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda ?

Il vient que le citoyen arabe Lambda  a un gout de cendre dans la bouche, en voyant se déliter inexorablement la cause palestinienne qui est passée à la trappe avec la complicité des potentats arabes ventripotents mal élus, tout ceci sur instruction de l’Empire. Les Occidentaux déroulent le tapis rouge à un jeune prince immature et les médias occidentaux ne tarissent pas d’ éloge de ses prouesses surtout quand il s’agir de la « modernité » et de la mise au pas des  Oulémas – qui il est vrai, ont donné une image désastreuse de l’Islam.

«On sait par ailleurs,  que la lune de miel Israël-Arabie saoudite se prolonge à telle enseigne que des coordinations se font de plus en plus au grand jour/ MBS considère les pays arabes comme quantité négligeable allant jusqu’à renier l’initiative arabe de 2002 qui conditionnait la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes, au retour dans les frontières de 1967, le retour des réfugiés et Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat de Palestine mitoyen d’Israël. Rien de tout cela! MBS fait cavalier seul. Ainsi MBS a rencontré le chef des services de renseignement israéliens L’institution militaire israélienne a soudainement décidé de révéler la rencontre entre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, et le chef du Conseil de sécurité nationale en Israël, Meir Ben-Shabbat. En fait, cette nouvelle n’est pas une grande surprise car les deux parties, Israël et l’Arabie saoudite, ont préparé progressivement le public concerné. (…) Reste à savoir comment l’assassinat de Palestiniens et la lutte contre leur cause sacrée répond aux intérêts du Royaume d’Arabie saoudite, qui reste le plus grand symbole de l’arabité et de l’Islam aux niveaux géographique et historique?» (6)

«Historiquement, l’image de l’Arabie saoudite était mauvaise en Occident. (…) L’image de l’Arabie saoudite s’est davantage dégradée dans la seconde période, après les attentats terroristes du 11 septembre et l’implication de Saoudiens. (…) Les choses ont changé en 2017: la dégradation de l’image de l’Arabie saoudite s’est accélérée de manière inquiétante. Cela a commencé avec les critiques des défenseurs des droits de l’homme au sujet des nombreuses victimes de la guerre au Yémen, que Riyadh mène au nom de la «coalition arabe» contre les Houthis. Les critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux au sujet du rôle joué par l’Arabie saoudite dans le dossier de Jérusalem/Al Quds, car l’opinion publique arabe ne comprend pas comment un Etat qui se déclare «protecteur des deux Lieux saints» peut jouer avec le troisième: Jérusalem/Al Quds. Ces critiques se sont transformées en slogans dans des manifestations énormes qui ont eu lieu dans plusieurs pays arabes. Trois d’entre eux se sont distingués jusqu’à maintenant: la Jordanie, le Maroc et l’Algérie. (…) Les experts en communication considèrent que Riyadh tente de vendre son image à l’opinion publique et aux médias occidentaux à travers le marketing et des dossiers financiers et politiques dans les annexes des journaux. De leur côté, les ambassadeurs d’Arabie saoudite dans les pays arabes menacent les peuples en leur disant que leurs critiques ne resteront pas sans réponse et qu’il y aura des représailles.» (7)

En fait il est plus juste d’écrire que l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda   et non auprès des dirigeants tous complices et tous sans courage devant ce qui se passe à la fois en Israël et en Arabie saoudite  pays qui dirige un gang  de pieds nickelés appelés pompeusement coalition qui  se fait les dents en tuant du  yéménite  avec les armes françaises américaines anglaises qui , n’ont aucun intérêt à tarir la manne u marché de la mort que constitue le marché des armes qui dépasse 1500 milliards de dollars par an !

Rien de nouveau sous le soleil. Les Yéménites et les Palestiniens peuvent mourir, Les Arabes seront les derniers à les soutenir. Le sabre nain saoudien n’a pas d’avenir en face de l’Iran pays scientifique et technologique. L’Occident est mal placé pour parler de droits de l’homme, lui qui les bafoue et laisse aussi ses protégés saoudiens et israéliens les bafouer sans retenue sûrs de leurs impunités puisque c’est l’Occident qui dicte la norme du bien et du mal…

S’agissant de l’Arabie Saoudite, elle est à des années  lumières du développement technologique endogène de l’Iran. Si le pétrole perd de sa pertinence dans un modèle énergétique futur, les Saoudiens, les Qataris, et tous les roitelets du Golfe , vont renouer avec le Chameau , la tente  car ils n’auront rien créé de pérenne. Il faut se souvenir que dans les années 20 du siècle dernier, quand le pétrole n’était pas encore découvert, le roi Ibn Saoud, s’était plaint auprès de la France du fait qu’elle empêchait les Algériens de contribuer à distance ,  à financer les pauvres de Médine …

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger


Notes

1.Stéphane Lacroix: https://orientxxi.info/ magazine/en-arabie-saoudite-modernisation-de-l-autoritarisme 2014

2.https://strategika51.wordpress.com/2018/04/16/macron-au-service-de-ryad-pour-six-milliards-de-dollars/

3.Guillaume Berlat  http://prochetmoyen-orient.ch/jupiter-baise-la-babouche-de-mbs/

4.Clark Kent https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-poutre-saoudienne-et-la-paille-203084

5.http://actuarabe.com/interview-mohammed-ben-salman-the-atlantic/

6.Zine Cherfaoui : http://www.elwatan.com/international/la-normalisation-avec-israel-enclenchee-18-04-2018-366515_112.php

7.http://actuarabe.com/ou-et-pourquoi-le-prince-heritier-darabie-saoudite-a-t-il-rencontre-le-chef-des-services-de-renseignement-israeliens/

8; http://actuarabe.com/apres-effritement-occident-limage-de-larabie-saoudite-se-degrade-monde-arabe-de-maniere-inquietante-a-cause-de-jerusalem-al-quds/

Article  de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/290912-l-hubris-de-l-ephemere.html


 

Des intellectuels français notamment communautaristes inventent le totalitarisme islamique


Le Vatican : Combien de divisions ? (Phrase attribuée à Staline)

L’acte terroriste qui a eu lieu en France et qui a couté 4 vies humaines est venu nous rappeler que le problème du terrorisme quelque soit les latitudes reste entier. Dans les pays occidentaux les citoyens sont traumatisés chaque fois qu’il y a mort d’homme. Pensant être vacciné et sanctuarisé ils n’admettent pas que cela se passe chez eux , même si ailleurs les gens meurent par dizaine tout les jours.

Dans toute cette horreur , le bouc émissaire est tout trouvé, c’est le Satan de rechange ; même si on parle de l’islamisme, et de plus en plus la parole se libère, c’est toute une religion qui est mise au piloris alors que les assassins sont des citoyens de ces pays , qui ont des problèmes d’intégration. Ils indexent leur passage à l’acte, sur Daech création de ce même Occident, organisation protéiforme marque de fabrique de tous ceux qui sont les damnés de la Terre, car c’est en fait de cela qu’il s’agit. De passage à Alger dans une interview l’ancien premier ministre Dominique de Villepin avait donné des indications sur les mécanismes du terrorisme et la responsabilité de l’Occident dans son développement

Justement la boutade attribuée à Staline agacé par l’un de ses collaborateurs qui lui répétait : « Camarade le Vatican n’est pas d’accord avec nous» . Mutatis mutandis nous pourrions dire «L’islam combien de divisions ?» , S’il est vrai que le monde occidental est sorti de la religion au sens que lui donne le philosophe Marcel Gauchet, pour nous en Occident les citoyens sont laîcs et à la limite entre eux , par contre ils sont rapidement croisés vis-à-vis de l’allogène et plus largement de l’extérieur. Il en est de même du judaïsme, le plus faible en nombre d’ouailles mais de loin le plus performant car il a comme défenseur l’intelligence, la science, la finance et les médias.

Comment expliquer cela ? En un mot comme en mille : l’éducation, le savoir à tout prix A titre d’exemple, souvenons nous que quand des Juifs rentrent dans une nouvelle ville, ils ne construisent pas une synagogue mais une école. Tout un programme ! Dans les mêmes conditions, les musulmans ne se sentent pas concernés par l’absence d’école, ils font assaut de prosélytisme pour marquer leur séjour sur Terre pour construire une mosquée qui leur garantirait une place au paradis, excluant de ce fait toute vie en commun. Et la nécessité de revitaliser un système éducatif en miettes .Tout ceci est de bonne guerre mais quand dans un pays une croisade est mise en place pour dénoncer le totalitarisme islamique

Le «totalitarisme islamique» nouveau concept  des « biens pensants »

L’objet de cette réflexion prend appui sur une tribune publiée par 100 intellectuels français qui dénoncent le 20 mars 2018 , les dangers du totalitarisme islamique. En effet comme lu sur le Huffingtonpost.fr, Finkielkraut, Kouchner, Ferry et 97 autres personnalités lancent un appel contre «le nouveau totalitarisme islamiste» dans une tribune intitulée: «Non au séparatisme islamiste», publiée ce mardi 20 mars par Le Figaro.

«Ce ne sont pas nos affinités qui nous réunissent, mais le sentiment qu’un danger menace la liberté en général et pas seulement la liberté de penser», préviennent les cent qui vont d’Alain Finkielkraut à Bernard Kouchner en passant par Sylvain Tesson, Yann Queffelec, Luc Ferry, Françoise Laborde ou encore Élisabeth Lévy. Le nouveau totalitarisme islamiste cherche à gagner du terrain par tous les moyens et à passer pour une victime de l’intolérance», affirment-ils (…) Ils s’insurgent contre cet «apartheid d’un nouveau genre qui est proposé à la France».» (1)

Comment ne pas voir que la laïcité protège aussi les religions minoritaires?» s’interrogent-ils tout en assurant que ce «nouveau séparatisme (…) est en réalité l’arme de la conquête politique et culturelle de l’islamisme». Ces personnalités d’univers et de convictions éloignés les uns des autres s’accordent à penser que «l’islamisme veut être à part car il rejette les autres, y compris les musulmans qui ne partagent pas ses vues.» Tous disent vouloir vivre dans «un monde complet où les deux sexes se regardent sans se sentir insultés par la présence de l’autre(…) où les femmes ne sont pas jugées inférieures par nature (…) où les gens peuvent se côtoyer sans se craindre (…) où aucune religion ne fait la loi». (1)

Ces intellectuels sans imagination mais avec une haine inexplicable auraient d’abord dû s’apercevoir que le thème a été déjà traité dans les mêmes termes douze ans plus tôt Souvenons nous à l’époque en 2006, Charlie-Hebdo le journal pyromane dont on sait qu’il était en perdition du point de vue finance et qui a été trouvé dans les dessins sur le prophète un second souffle, avait publié un manifeste de douze intellectuels, dont Salman Rushdie, Taslima Nasreen et Antoine Sfeir, intitulé «Ensemble contre le nouveau totalitarisme, l’islamisme». Nous lisons :

«… ils affirment que «cela a mis en évidence la nécessité de la lutte pour ces valeurs universelles, qui ne se gagnera pas par les armes mais sur le terrain des idées». Ils ajoutent qu’il «ne s’agit pas d’un choc des civilisations ou d’un antagonisme Occident-Orient mais d’une lutte globale qui oppose les démocrates aux théocrates». «Rien, pas même le désespoir ne justifie de choisir l’obscurantisme, le totalitarisme et la haine. L’islamisme est une idéologie réactionnaire. Son succès ne peut aboutir qu’à un monde d’injustice et de domination», poursuivent-ils. Ils disent refuser le «relativisme culturel» comme de renoncer à l’esprit critique et à la liberté d’expression, et ils lancent un appel «à tous les esprits libres de tous les pays» (2).

Dans la même veine ; une autre contribution cette fois sur un autre journal :

«Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le terrain des idées. l’islamisme se nourrit de la peur et de la frustration. Les prédicateurs de haine misent sur ces sentiments pour former les bataillons grâce auxquels ils imposeront un monde encore liberticide et inégalitaire. Nous refusons de renoncer à l’esprit critique par peur d’encourager l’«islamophobie», concept malheureux qui confond critique de l’islam en tant que religion et stigmatisation des croyants. Nous plaidons pour l’universalisation de la liberté d’expression, afin que l’esprit critique puisse s’exercer sur tous les continents, envers tous les abus et tous les dogmes» (3).

On remarquera le glissement sémantique qui n’a pas été relevé à savoir qu’une espérance de plus d’un milliard de croyants est placé sur le même niveau que l’idéologie du IIIe Reich- fruit de la folie des hommes- qui a vu la mort de centaines de milliers de Juifs, de Tsiganes. Qu’on se le dise ceux qui meurent en priorité ce sont les musulmans et accessoirement les musulmans occidentaux dans le rapport un pour 1000, ensuite viennent ceux de « souche »,. Cet appel concernant l’islam est intitulé : «  le totalitarisme islamique », la parole étant de plus en plus libérée, du fait qu’il n’y a aucune sanction donc aucun risque , a été repris en Europe par pratiquement tout les médias On retrouve pratiquement les mêmes dans le torchon du 20 mars avec cette fois du renfort. C’est dire si pour les promoteurs, il a fallu mobiliser.

Pire et comme si cela ne suffisait pas, encore on trouve dans cet appel beaucoup de transfuges des pays musulmans qui en rajoutent pour payer leur dette et faire constamment allégeance pour être adoubés. Il en est ainsi de Vida Azimi qui écrit dans sur le site europe-Israël qui reprend le site sioniste Causeur : «(…) Si je souscris à l’esprit de ce texte je ne crois absolument pas que «le séparatisme islamique» avance «masqué». Bien au contraire, tel un banyan, il affiche ses racines et ce avec le soutien des autorités publiques, désireuses «d’acheter la paix sociale «. Ce «séparatisme» est même flamboyant : nos politiques de tous partis se bousculent à la rupture du jeûne du ramadan. Je les mets au défi d’aller partager bientôt l’agneau pascal avec les catholiques français, croyants ou de culture». (4)

La dame ne nous dit pas comment la rupture du Ramadhan est décrite d’une façon honteuse par des médias républicains et c’est à peine si le politique de corvée prend la chorba qu’il se découvre un rendez vous urgent . Rien à voir avec le diner du Crif , où on va pour montrer son allégeance et se faire tirer le portrait devant les responsables qui les prennent de haut.

Qu’est-ce que l’Islamisme ? 

Nous avons voulu savoir comment ces intellectuels auto- proclamés usent et abusent de concept sans connaitre réellement les fondements. Dans le texte suivant nous lisons une définition de l’islamisme.

«La tendance islamiste, chez les musulmans, désigne en général les groupes et mouvements qui, dans plusieurs pays, cherchent à établir, ouvertement ou clandestinement, un gouvernement ou un État islamique. (……) Les musulmans qui demandent le réveil de leur religion et de leur communauté font une large place, d’une part, à la nécessité d’un renouveau spirituel individuel par la réaffirmation des prescriptions morales et éthiques de leur foi et, d’autre part, à la nécessité de revitaliser la communauté en général, la collectivité musulmane dans son contexte physique et politique. (……) En mettant l’islam de l’avant en tant que mode de vie global, à la fois système de valeurs morales et spirituelles et méthode d’administration publique, les islamistes utilisent le potentiel idéologique de leur foi et présentent celle-ci comme une alternative aux idéologies importées de l’Est et de l’Ouest qui ont échoué». (5)

Une autre définition nous est donnée par l’encyclopédie Wikipédia : « l’islamisme est un courant de pensée musulman, essentiellement politique, apparu au XXe siècle. Au XIIIe siècle Voltaire l’utilise à la place de «mahométisme» pour signifier «religion des musulmans» On trouve le mot dans cet usage chez Alfred de Vigny, Tocqueville et Renan, et jusqu’à l’époque de la Première Guerre mondiale(6).

« Cet usage, qui se développa au cours du XIXe siècle , commença à être concurrencé par le terme «islam» tout au début du XXe siècle, À la base de l’islamisme d’aujourd’hui , on trouve des courants de pensées du XIXe siècle tels que le fondamentalisme musulman (en particulier le wahhabisme) et le réformisme musulman. Ces courants sont nés à la suite des questionnements que posent la confrontation à la modernité occidentale et sa domination. Les historiens considèrent également que l’islamisme est né en grande partie du «choc colonial». le monde musulman se retrouve en quelques décennies (seconde moitié du XIXe siècle) dépecé et en grande partie placé sous la tutelle des puissances coloniales européennes. Les premiers penseurs de l’islamisme (Al-Afghani…) attribuaient cette déchéance à la perte de «valeurs» musulmanes, qui auraient affaibli l’oumma (la communauté des musulmans (…) Critiquant également l’usage fourre-tout du mot «islamiste» dans les grands médias, Pierre Tevanian écrit que «le terme n’a pas de sens précis : dans ses usages dominants en tout cas, il ne signifie rien d’autre que «mauvais musulman».» (6)

Pourquoi ne pas parler des autres extrémismes de la même façon ? 

C’est la question de la journaliste Rokhaya Diallo qui : «s’indigne de l’utilisation qui est faite du terme en France : «ce qui me dérange, c’est que pour toutes les autres religions on dit juste extrémiste. Là le mot est construit à partir du mot islam, ça laisse penser que les deux sont intrinsèquement liés. La langue française est suffisamment riche pour que l’on puisse trouver un autre terme». Elle remarque que l’on «parle de juifs orthodoxes, pas de judaïstes. C’est pareil pour les chrétiens intégristes avec les évangélistes»(6)

Difficile de nier qu’il y a un flou autour des mots «islamiste» et «islamisme». Ici Le Figaro parle d’islamistes terroristes, là cette dépêche AFP décrit un «islamiste présumé». Mais qu’entend-t-on, exactement, par «islamisme»? «Certains pensent que tous les musulmans sont des extrémistes et avec l’usage de ce terme, on entretien la confusion. Ce qu’il faudrait dire, c’est musulman extrémiste, comme pour les autres religions.» (7)

D’aucun prônent un débat pour comprendre la différence ou la complémentarité entre Islamisme et Islam Bertrand Devevey commentant l’ouvrage d’André Versaille « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques Editions de l’aube » écrit :

« L’irruption du fondamentalisme islamique en Europe interroge sur les rapports entre islamisme et islam. Dans cet essai engagé, André Versaille dénonce l’absence de débat objectif sur le sujet, au nom d’une idéologie selon laquelle toute mise en cause de l’islamisme radical ne peut que renforcer le racisme antimusulman. Il fustige cette approche qui fait des musulmans de France, «à l’insu de leur plein gré», un prolétariat à protéger et à libérer à tout prix de l’oppression des classes dominantes. Il parcourt et analyse ensuite tous les partis pris idéologiques qui accompagnent les débats sur l’islamisme radical, de son explication/justification par la colonisation, l’échec de l’intégration, les laissés pour compte de la croissance, la défense de toutes les cultures, la dénonciation des crimes du colonialisme et la nécessaire repentance de l’occident». (8)

« André Versaille souligne qu’au nom du droit à la différence, de la défense des cultures et des minorités, de la nécessité de protéger tous les français d’une dérive raciste «islamophobe», il n’est plus possible de remettre en cause, dans le débat public, le discours des intégristes religieux musulmans » (8).

On remarquera toujours cette confusion voulue entre Islam, fondamentalisme, islamisme .Cet essai est aussi un plaidoyer pour la défense des intellectuels et réformistes musulmans modérés, : l’auteur : « compare aux philosophes des lumières dans leur combat pour libérer la connaissance des dogmes religieux. Boualem Sansal (écrivain, qui apporte son soutien à André Versaille dans le résumé du livre), Hélé Béji (écrivain et haut fonctionnaire), Tahar Ben Jelloun (écrivain), Abdennour Bidar (philosophe et haut fonctionnaire), Abdelali Mamoun (Iman de Drancy)… sont quelques uns de ces démocrates qu’il faut bien qualifier aujourd’hui de courageux» (8).

On le voit pour l’auteur, une fois que l’islam est aseptisé par les écrivains des lumières il peut être accepté au banquet de la République. Sauf que ces écrivains «illuminés» ne représentent en fait qu’eux-mêmes ayant largué les amarres avec leur ressenti originel.

Qu’en est-il du totalitarisme ? 

Le totalitarisme est l’un des principaux types de systèmes politiques avec la démocratie et l’autoritarisme. C’est un régime à parti unique, n’admettant aucune opposition organisée et dans lequel l’État tend à confisquer la totalité des activités de la société. C’est un concept forgé au XX e siècle, durant l’entre-deux-guerres. Où est le parti s’agissant de ces épaves sociales dispersées ? Où sont les moyens ? Ou sont les troupes ? Sont-ce ces illuminés qui s’accrochent à Daesch pour avoir une visibilité et une reconnaissance sociale après avoir épuisé toutes les autres voies de recours ?

Pourquoi alors, ces intellectuels pyromanes passent leur temps à attiser les tensions ? Si on devait parler d’idéologie totalitaire et non pas de lampistes musulmans accusé de pratiquer l’apartheid anti-blanc, quelle blague ! pensons au sionisme importé et imposé en France, nous Il est connu que la doctrine du sionisme, qui est une idéologie totalitaire et endoctrinement génocidaire comme décrit dans un article intitulé «Le sionisme, une idéologie raciste» publié sur le site Counterpunch par Kathleen et Bill Christison, un couple d’anciens membres de la CIA. Mieux encore, il y a à peine une semaine , la Knesset discutait de légiferer concernant l’apartheid.

Le problème de la modernité des religions en terre occidentale 

On le sait aussi que l’on soit de gauche ou de droite aux extrêmes il existe un fond rocheux occidental amalgame du mythe de race supérieure civilisatrices, de religion chrétienne et de traditions ancrées dans l’imaginaire français. On le sait la France est laïque et la République est en théorie équidistante des religions. Mais qu’en est il réellement ? On sait que la loi de 1905 sur la laïcité a permit à la République après des débats mémorables a trouver avec l’Eglise un modus vivendi qui fait que d’une certaine façon l’imaginaire du citoyen est toujours bercé par son fond rocheux chrétien-la France de voulant toujours la fille ainée de l’Eglise contre l’allogène- la République ne faisant que laiciser les principales étapes qui segmentent la vie du chrétien. Sur les 11 jours de fêtes chômés et payés 7 jours sont des fêtes chrétiennes.

Que reste t-il du feu sacré du christianisme originel avec les accommodements de plus en plus déraisonnables concernant l’éthique, et la dignité humaine. Le christianisme est devenu un rituel auquel on sacrifie avec des fêtes de plus en plus païennes et imposes par le divin marché pour reprendre cette belle expression de Dany Robert Dufour. Souvenons nous de la Nôël et de Coca Cola qui a imposé la tenue pour le père Noël pour les enfants qui continuent encore à y croire. Souvenons du « dernier veau d’or » en date celui de la fête d’Halloween importé des Etats Unis, l’Eglise a beau se battre en créant un contre slogan « Holy Winn » le sacré vaincra, il n’a pas vaincu.

Les Juifs ont abandonné la Halakha ( la loi religieuse) 

Cette marchandisation du monde qui ne fait plus de place au sacré a aussi eu raison du judaïsme , qui pour tenter de survivre – exception faite d’extrémistes qui vivent en marge- a sauté à pied joint dans ce qui est appelé la modernité Qu’est il arrivé pour que le judaîsme matrice des religions révélées en ce qui concerne les interdits, la place de la femme s’est conformé à la civilisation du veau d’or occidental ? Daniel Pipes , nous explique comment les religieux judaïques en Occident ont abandonné le sacerdoce pour pouvoir prendre le train du progrès :

«(……) Culturellement, les chrétiens et les juifs vivent à l’avant-garde de l’expérience humaine, alors que les musulmans ont eu plus de mal avec la vie du vingtième siècle. Ceci dit, le judaïsme et le christianisme diffèrent profondément en termes religieux, la ressemblance réelle est entre le judaïsme et l’islam. Plus fondamentalement, le judaïsme et l’islam mettent l’accent sur l’action juste et le christianisme insiste sur la foi juste. Les Juifs pieux et les Musulmans sont plus préoccupés par l’accomplissement des commandements de Dieu; leurs homologues chrétiens se concentrent sur l’attitude et le sentiment. Et en effet, les hommes de religion dans les deux traditions, rabbins et oulémas ont beaucoup plus en commun. Aucun n’a de fonctions liturgiques, mais les deux sont sages dans l’exercice de la loi. (…) Les façons de vivre traditionnelles juive (Halakha) et musulmane ( Chari’a) n’ont pas bien réussi ces derniers temps. Relativement peu de Juifs vivent encore en stricte conformité avec la Halakha. Et tandis que de nombreux musulmans observent encore la charia, ce sont généralement les croyants les moins touchés par la vie moderne». (9)

Daniel Pipes nous explique pourquoi les Juifs ont déserté la religion :

«(……) Cependant la Halakha été un obstacle à la participation, et les Juifs modernes l’ont de plus en plus abandonnée. (…) Les musulmans aussi font face aux tentations et aux défis de la culture occidentale, d’autant plus que les Européens ont établi une hégémonie virtuelle sur les terres musulmanes au cours du dix-neuvième siècle. (…) Bien que la plupart des Juifs acceptent de bon cœur la vie moderne, les musulmans contestent toute concession qui est faite. En conséquence, le judaïsme apparaît aujourd’hui à de nombreux égards plus proche du christianisme que de l’islam, et à bien des égards, il l’est. Pourtant, cela n’est pas nouveau. Pendant de nombreux siècles, l’adhésion à la loi divine a fait du judaïsme et de l’islam des âmes sœurs. En théorie, ils pourraient être ainsi de nouveau». (9)

La République n’a pas de problème avec les citoyens français d’espérance judaïque qui d’une certaine façon savent tenir l’équilibre entre le minimum syndical ; dirait on pour les juifs croyants et les lois de la République La réussite de la communauté juive en France est due aussi à l’importation de la Shoah fond de commerce- qui pour Abba Ebban représente les frontières d’Israël. Bref c’est la dette ad vitam aeternam .Ce fond de commerce est la propriété du Crif, même si on sait que le Crif n’est pas représentatif des Juifs de France de naissance de culture. Bref le Crif c’est lui qui dicte la norme des grandes décisions qui se prennent souvent par l’adoubement lors du diner du Crif véritable tribunal dinatoire selon le mot pour une fois heureux d’Alain Finkielkraut, diner au cour duquel le président du Crif distribue les bons et les mauvais points sans oublier l’allégeance à la politique sioniste d’Israël.

On l’aura compris avec la communauté juive, surtout pas de vague, c’est-à-dire , il faut passer par la satisfaction permanente et la République d’une façon ou d’une autre réponde aux injonctions du Crif . Les Juifs n’habitent pas dans les écoles des zones sensibles, ils sont pour la plupart dans des écoles privées que l’Etat Français finance parce qu’ils participent au système éducatif. Quand on pense à toutes les misères des musulmans qui souhaitent créer des écoles, Le seul lycée ouvert connait des problèmes. De ce fait, il n’ya pas de problème de mixité de piscine ; de restauration et bien plus tard d’emplois au vue du formidable réseau e solidarité qui fait que les jeunes diplômés trouvent facilement à travailler après avoir fait les grandes écoles. La solidarité invisible est remarquable. Rien de tel avec les citoyens français de naissance musulmane qui sont plus effrités que jamais. Car si la République ne reconnait pas le communautarisme quand il s’agit de l’Islam, elle fait profil bas vis-à-vis du communautarisme juif

Qu’avons-nous en face ? Des citoyens français d’espérance musulmane profondément divisés et sans leaders 

Qu’en est il de cette religion musulmane que l’on présente que quand cela saigne car cela fait vendre ? Qui est diabolisé ad nauseam et par qui ? Cette dernière question pose le problème de cette élite pro-sioniste qui fait de la diabolisation de l’islam sa croisade, d’autant qu’elle est en symbiose avec la droite et l’extrême d’autres pour cette cause commune N’a-t-on pas vu dans le réquisitoire de Bruno Retailleau les mêmes arguments concernant le totalitarisme islamique développé par François Fillon dans un ouvrage incendiaire sur l’islam ?

Des citoyens français musulmans de naissance des jeunes en déshérence on ne peut pas dire qu’ils sont musulmans , victimes à la fois du système de ghettoïsation qui consacre les territoires perdus de la république par non assistance aux jeunes français de parents musulmans doublement en danger du fait que la république a échoué à proposer à intégrer ces jeunes en faisant de ce fait des zombies sensibles au discours de la haine des prêcheurs qui tentent de le déstabiliser sachant qu’en définitive leur tentative serait vaine. C’est tout bénéfice pour eux, le fossé se creuse, une armée de déçus du modèle républicains est un vivier pour porter la haine. A côté de cela les organisations de l’Islam de France ou en France (CFCM, UOIF) sont plus des organisations qui ont plus des liens politiques avec les pays d’origine qu’avec la République qui au fond a une piètre idée de leur valeur ajoutée d’autant que les «musulmans» éclairés prônent un islam mondain sans épaisseur , un Islam laïco-compatible et qui ne compromet en rien la visibilité médiatique de leur promoteur.

Pourtant l’Islam a eu son heure de gloire et a rayonné sur l’humanité. Une lecture plus généreuse nous est donnée par la contribution suivante :

«Le mot islam veut dire soumission, abandon à Dieu, et notre mentalité est prompte à n’y voir que passivité et fatalisme. C’est la preuve par neuf, entend-on dans nos cercles progressistes, de l’état rétrograde de ce monde et de ses rendez-vous manqués avec la modernité depuis son décrochage à la Renaissance. On mentionne pourtant sans sourciller, tant chez les chrétiens que chez les juifs, que Dieu avait demandé à Abraham de lui sacrifier son fils Isaac (Ismaël chez les Arabes) en signe d’abandon total à sa parole, ce que le patriarche s’apprêta à faire jusqu’à ce que Dieu l’arrêtât in extremis. On est également beaucoup plus indulgent à l’égard du bouddhisme lorsqu’il prône un détachement du monde et forcément une attitude passive». (10)

«Le mot islam est par ailleurs à rapprocher du mot salam qui signifie paix, une paix dont le Christ parle abondamment dans le Nouveau Testament sans que cela choque outre mesure. Or, comme le remarquait si simplement le grand orientaliste français Louis Massignon (1883-1962): «Il faut se rapprocher d’une chose non en nous, mais en elle», c’est-à-dire se décentrer mentalement et intellectuellement pour comprendre l’Autre de la façon dont il s’appréhende lui-même. C’est alors que le bouleversant témoignage culturel empreint de folie divine que cette culture a recelé et recèle encore, nous atteint car nous pouvons enfin nous y refléter et nous y reconnaître. À cette aune, que valent les concepts de démocratie, de liberté et de droits de l’homme face à la sensibilité enflammée – frisant quelquefois la susceptibilité – et l’intelligence aiguë de la beauté ou encore face au sentiment tout aussi extrême de l’hospitalité et de l’honneur, directement issu de l’héritage tribal pré-islamique? On sent bien que c’est le vainqueur qui écrit l’histoire. Car c’est également de cela qu’il s’agit dans le monde arabe : un sentiment d’humiliation exacerbé par le sentiment de l’honneur» (10).

«Revenons écrit l’auteur à Louis Massignon qui a eu ces paroles prémonitoires : «Il est puéril de préconiser de bas procédés contre des convictions collectives qui sont infiniment plus hautes; ces procédés finissent par se heurter contre des consciences qui résistent et se vengent à la longue de leurs fauteurs.» Massignon, ami de Chaïm Weizmann, premier président d’Israël, était pro-sioniste au départ, croyant à la coexistence pacifique des juifs et des Arabes en Terre Sainte; il devait déchanter par la suite et dénoncer les abus du sionisme. (……) Les bonnes âmes pensent que le fanatisme islamiste est un mal qui trouve son origine dans les sourates obscurantistes du Coran. Elles pensent que les kamikazes sont de pauvres hères manipulés par un clergé rétrograde ou des dirigeants corrompus. Elles n’ont pas complètement tort mais leur raisonnement s’arrête là et refuse de considérer ce que Durkheim décrivait sous l’expression «suicide altruiste». On découvre – oh surprise! – que ces fanatiques sont souvent des gens ordinaires, devenus criminels par une déception inouïe, un peu à la façon d’un cynique dont la tendresse excessive a été trompée et blessée par les injustices de la vie.

«On revient toujours , conclut l’auteur, à la question de l’honneur et il est significatif qu’un des axes fondamentaux de la pensée de Massignon est la loyauté, la parole donnée, à l’image des deux Alliances. Au fond, un criminel, car c’en est un, est quelqu’un dont le sentiment de beauté et d’honneur a été détruit par un autre système ou individu, tout aussi criminel que lui. Simone Weil ne serait sans doute pas en désaccord, qui disait: «Toute oppression crée une famine à l’égard du besoin d’honneur, car les traditions de grandeur possédées par les opprimés ne sont pas reconnues, faute de prestige social; et c’est toujours là l’effet de la conquête.» (…) Le symbole a une force inouïe car il sert de moteur, de pôle d’attraction, il résume les aspirations de millions de gens. Un symbole n’appartient pas à l’ordre de la quantité; il est plutôt le point de cristallisation des sentiments du beau, de l’amour, de la douleur, de la dignité. Et l’Occident en a en grande partie perdu la notion, qui a transféré l’importance et la signification des symboles vers les sphères du patrimoine culturel ou des revendications identitaires». (10)

D’où viendrait le salut pour les citoyens français de culture musulmane ? 

On le voit , la dignité l’honneur le manque de justice et l’abandon des jeunes livrés à la rue, à toutes les tentations mauvaises notamment les prêches de la haine importés à partir du pays musulman producteur de cet idéologie mais intouchable du fait qu’il achète pour des dizaines de milliards de dollars d’armes et qu’il s’entend avec Israël ..représenté en France par une vitrine d’intellectuels et du CRIF dont l’ objectif en diabolisant l’islam et en faire un second Hitler. Rien n’interdit à terme en France que cette communauté pousse- elle reste toujours ne retrait- à la mise en place d’un régimes d’exception concernant ces citoyens français d’espérance musulmane qui vont payer – triste retour de la responsabilité collective-

Faut il jeter sa soutane ( gandoura) dirait on par analogie, aux orties à l’instar de la sécularisation des sociétés européennes sorties de la Religion ?. Faut il pratiquer une religion à géométrie variable comme l’indique Daniel Pipes à propose des juifs ? Bref une religion à la carte comme dans une grande surface où on prend que ce qui nous intéresse excluant de ce fait ce qui fait le levain des religions , devenus à force de compromis inutiles L’Islam actuel est une nébuleuse fluctuante et on beau dire qu’il ne faut pas importer le conflit du moyen Orient en France, il est là et bien là d’un côté l’impunité totale de déclarations pro-sionistes, de l’autre côté la répression dans toute son horreur si on ose lever un cil si on ose parler de sionisme de malvie dans les quartiers..

Le mal français c’est d’après nous le manque d’équilibre, d’un côté des citoyens plus égaux que d’autres un plafond de verre pour des jeunes citoyens dont les parents et grands parents et mêmes arrières grands parents étaient au chemin des dames quand les parents de la majorité des signataires de l’appel infâme contre l’islam étaient à l’époque contre la France quand elle guerroyait avec ses bougnouls pendant plus d’un siècle , quand elle se reconstruisait avec ses tirailleurs béton, quand elle se développait avec les richesses de ses provinces algériennes qui lui fournirent notamment l’acier de la Tour Eiffel.

Il est à craindre que ces «intellectuels communautaristes et pro-sionistes notamment des médias communautaristes continuent à formater l’imaginaire des Français à qui on fait un récit dans lequel les citoyens français d’espérance musulmane sont exclus. Il en est ainsi Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Ces compagnons de Riposte Laïque, du Bloc identitaire, d’Eric Zemour, de Jacques Keepfer, de BHL et de l’ensemble de la galaxie des stratèges du choc des civilisations veulent le clash à tout prix.

S’il est vrai que le corps social français, n’accepte pas de morts violentes de l’un des leurs habitué à une certaine quiétude qui tranche avec la douleur du monde, il n’en demeure pas moins que le vrai problème de la France ce ne sont pas ces épaves qui par désespoir de cause ,maintenant que leur vie est raté, tente par désespoir de réagir et de mourir pour une cause créé de toute pièce , Daech inventé par l’Occident a été défait, mais pour les besoins de la cause il reprend du service et signe des communiqués.

Les citoyens français de culture ou d’espérance musulmane ne demandent qu’à vivre dignement- avec leur islam sans ostentation-, à l’ombre des lois de la République. Ils savent que le corps social français est religieux vis à vis de l’allogène et l’esprit de croisade est toujours présent. Ils souffrent de ces amalgames qu’on leur jette à la figure en leur faisant injonction de toujours s’excuser au nom du triste recours à la « responsabilité collective » .

Ils n’osent pas balbutier que peut être les territoires sont perdus par la République du fait que cette dernière a laissé faire au nom de la fausse paix des banlieues au lieu peut être d’aller à la racine du mal qui est peut être aussi un problème d’éducation, d’intégration vaine, de plafond de verre… qui fait que le beur – en désespoir de cause- devient sensible aux prêcheurs de haine… L’immense majorité des citoyens français d’espérance musulmane originelle ou récente, connaissent pourtant les fils rouges à ne pas dépasser. Ils souhaitent dans leur immense majorité simplement être des citoyens à part entière avec des droits et des devoirs et non pas des citoyens entièrement à part.

Amen

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger


Notes

1. https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/20/finkielkraut-kouchner-ferry-et-97-autres-personnalites-lancent-un-appel-contre-le-nouveau-totalitarisme-islamiste_a_23390239

2. https://www.nouvelobs.com/monde/20060302.OBS9085/douze-intellectuels-contre-le-nouveau-totalitarisme.html

3.http://www.liberation.fr/tribune/2006/04/28/contre-un-nouvel-obscurantisme_37612

4.http://www.europe-israel.org/2018/03/le-separatisme-islamiste-navance-pas-masque-il-est-flamboyant/

5.http://agora.qc.ca/Dossiers/islamisme

6.https://fr.wikipedia.org/wiki/Islamisme

7.http://www.slate.fr/story/97645/islamiste-islamisme-langage

8.http://www.atlantico.fr/decryptage/musulmans-ne-sont-pas-bebes-phoques-islam-islamisme-islamophobie-lire-urgence-en-priorite-3280369.html#babTzXM1gG6iYuqp.99

9.Daniel Pipes http://fr.danielpipes.org/8699/lien-juifs-musulmans-facon-traditionnelle-de-vivre

10.Jean-Philippe Trottier, http://agora.qc.ca/Dossiers/Islamisme

Article de référence : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5259259


 

 

L’ « œuvre positive » de la colonisation Que du bonheur!


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

«Notre système de colonisation consistant à ruiner l’Arabe, à le dépouiller sans repos, à le poursuivre sans merci et à le faire crever de misère, nous verrons encore d’autres insurrections.»  Guy de Maupassant Au Soleil (1884)

Mon attention a été attirée par une contribution d’un auteur français qui sévit depuis quelque temps et s’est fait une réputation de négationniste s’agissant des horreurs de la colonisation. Pour lui et pour ceux qui sont encore nostalgériques dans leur fuite en avant, la colonisation y a bon. Ce qui m’a fait bondir outre mesure c’est le nouveau concept de la colonisation, outre sa «positivité», celui du bonheur, l’auteur parle de colonisation heureuse!! Par honnêteté intellectuelle je rapporte les propos essentiels d’une contribution de Bernard Lugan colonialiste engagé.

« Les bienfaits des invasions » et l’encouragement à   ne pas en rougir

Lisons cette logorrhée: «Lorsque, à la fin du XIXe siècle, l’Europe entreprend la colonisation de l’Afrique noire, la situation de ce continent est catastrophique. (…) Or, en quelques années, administrateurs, officiers et missionnaires apportent aux Africains la notion jusque-là inconnue de sécurité quotidienne. Comment ils ont apporté, et pourquoi sont-ils venus Médecins et infirmiers font reculer le paludisme, la tuberculose, la bilharziose, la maladie du sommeil, le trachome et les diverses parasitoses qui achevaient de tuer des millions de malheureux sous-alimentés. Outre les soins, les Africains mangent alors partout à leur faim et l’essor démographique devient considérable (…).» (1)

«Pourtant, l’Europe a appris à avoir honte de cette oeuvre humanitaire, tant les esprits ont été imprégnés par les slogans culpabilisateurs. (…) Durant trente années au moins, l’idée sans cesse répétée, pour ne pas dire martelée, selon laquelle le Nord s’était enrichi en exploitant le Sud a acquis force de loi.» (1)

«De la boucle du Niger à la mer Rouge et du Soudan au Mozambique, les musulmans esclavagistes s’employaient à vider l’Afrique de ses habitants quand la colonisation y mit un terme. Ne perdons jamais de vue – contrairement à ce que veulent faire croire les culpabilisateurs – que l’Europe n’a pas eu l’initiative de la traite des Noirs, puisque, du VIIIe au XXe siècle, les Arabes n’ont cessé de la pratiquer. Si durant trois siècles, les Européens transplantèrent environ 8 millions d’hommes d’Afrique en Amérique, en 12 siècles, les Musulmans en puisèrent environ 15 millions dans le véritable vivier humain qu’était pour eux l’Afrique noire (…)» (1)

Parlant de l’esclavage arabe pour minimiser celui des Blancs il écrit:

«En 1890, il y a encore 78 marchands d’esclaves au Caire et 73 à Alexandrie, qui reçoivent des captifs clandestinement, puisque la traite est officiellement interdite. En Afrique orientale, les musulmans de Zanzibar sont les organisateurs d’un vaste trafic dont ils tirent d’énormes bénéfices(…) Une fois encore, l’Europe intervient et il faudra un demi-siècle d’efforts aux pères du Saint-Esprit, aux Pères blancs, aux pasteurs de la Church Missionary Society pour combattre les esclavagistes sur leur propre terrain. Mais leurs efforts seraient demeurés vains sans l’implantation militaire de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France, du Portugal et de la Belgique»(1)

Ensuite l’auteur fait appel à un autre auteur aussi « convaincu que lui des bienfaits de la colonisation en l’occurrence l’universitaire Jacques Marseille et qui part du principe que les Européens ne se sont pas enrichis Il compare des pays entre eux . Nous lions : « Et pourtant, déclare-t-il parmi les pays du Nord, les plus riches ne sont ni l’Espagne, ni le Portugal, ni la France, ni la Grande-Bretagne, qui furent les principales puissances impériales, mais la Suisse, la Suède, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon.»

«Le cas français étudié par Jacques Marseille constitue la seule analyse scientifique de la question. Ses conclusions permettent d’affirmer que, depuis 1930 environ, l’empire entravait plus qu’il ne stimulait la croissance économique de la France et que la décolonisation fut un délestage voulu par une certaine fraction du patronat français pour stimuler la croissance de ses activités ». Mais il y a plus important encore. Non seulement les productions coloniales coûtent très cher à l’économie française, puisqu’elles sont achetées largement au-dessus de leur cours mondial, mais encore, en entrant en concurrence directe avec des productions métropolitaines (…) Après la décolonisation, dégagée des subventions indirectes et allégée des secteurs moribonds, l’économie française a pu se lancer dans la bataille de la compétitivité.» (1)

La colonisation heureuse : nouveau concept

Bernard Lugan conclut: «La colonisation fut une parenthèse brève mais positive – et pourquoi pas heureuse? – pour les populations d’Afrique: le gendarme assurait la paix; le médecin soignait les corps; l’instituteur transmettait son savoir; le colon fournissait du travail; le juge protégeait de l’arbitraire.». «Certains penseront peut-être que ce tableau est trop résolument favorable à la colonisation. Qu’ils lui opposent alors la situation qui prévaut actuellement dans des pays comme l’Ethiopie, l’Angola, le Mozambique, le Zimbabwe, l’Uganda, l Tanzanie, le Nigéria, le Ghana, le Tchad, Madagascar, etc., où famines, épidémies, massacres inter-ethniques, gabegie, concussion, arbitraire sont le lot quotidien des malheureuses populations.» (1)

Après la lecture de ce plaidoyer pro-colonisation, nous allons répondre à monsieur Bernard Lugan point par point. D’abord, l’auteur tente de nous expliquer pédagogiquement – en fait il s’adresse à ses concitoyens – qu’il ne faut pas rougir, qu’il ne faut pas culpabiliser que c’était çà la civilisation, il n’apporte aucun argument sauf que c’est la méthode Coué, croyez que vous êtes irréprochables et vous serez irréprochables à force d’incanter cela.

Les races supérieures et le devoir de civilisation

Son postulat de base est que les races blanches ont reçu d’une façon immanente le droit de civiliser les races inférieures et tout doit être fait pour les présenter aux concitoyens comme des peuplades préhistoriques s’exterminant les unes les autres; sans unité – oubliant à titre d’exemple que quand l’Europe était « gouvernée- le mot est fort, de «rois fainéants», de « seigneurs, en fait d’Astérix plus frustes les uns que les autres il y avait à titre d’exemple un empire au Mali et même une charte des droits de l’homme vers 1200 bien avant l’Habéas corpus anglais, qui fut copiée par les révolutionnaires en France et par la suite l’Occident qui les codifie sous le vocable de déclaration des droits de l’homme que naturellement la France s’attribue au point de vouloir, d’une façon incantatoire en se souvenant que pour Jules Ferry déjà, la fin du XIXe siècle les droits de l’homme ne sont pas valables dans les colonies.

Pire encore il martèle il y a un devoir pour les races supérieures de civiliser les races inférieures. Ce concept de droit sera mis au gout du jour un siècle par Bernard Kouchner avec son fameux et triste devoir d’ingérence, avec des conséquences qui sont passées à la trappe, à savoir le million de morts au Burundi,, et quelques années plus tard, ce même devoir d’ingérence sera invoqué par Bush en Afghanistan en Irak en Libye et en Syrie, se permettant même en commandeur de tracer des lignes rouges que les peuples barbares ne doivent pas dépasser….

L’esclavage arabe en première ligne

Là où on sent la jouissance de l’auteur c’est d’avoir trouvé le maillon faible, à savoir celui de l’esclavage des Arabes qui, certes, avait lieu mais n’avait rien à voir quantitativement avec le commerce triangulaire et la règle des trois C: Christianisation commerce, colonisation. «Naturellement, les chiffres qu’il donne ne reposent sur aucune donnée. Il va jusqu’à repérer des marchands d’esclaves à l’unité oubliant d’une façon pudique désintéressée pour tout simplement, par crainte de représailles, le commerce non moins tragique des juifs esclavagistes.» Ensuite, il nous dit que la métropole n’a rien pris, elle n’a fait que donner. Il n’est que de voir comment les Suds épuisés ont vu leurs matières premières partir de ces pays africains qui n’avaient pas de développement endogène, les matières premières servaient l’industrie française.

Nous conseillons à M. Lugan apparemment ignare en ce qui concerne par exemple l’oeuvre positive au Congo de lire un excellent texte d’Aimé Césaire, sur le chemin de fer Congo Océan. Et sur le verdict sans concession d’André Gide : « Le chemin de fer Congo-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines »

S’agissant de ce qu’a « donné » l’Algérie à la France, C’est un fait, que la « Métropole » a aspiré tout ce qui pouvait l’être en terme de métaux ( fer, Nickel, cuivre, plomb, mercure…) de charbon et bien plus tard de pétrole   Un document nous apprend, à titre d’exemple, que toute la métallurgie française de qualité doit beaucoup à l’acier algérien; On peut dire sans se tromper que l’essentiel de la fabrication de qualité est du au fer algérien. On avance que la tour Eiffel a été construite avec le fer algérien. La contribution suivante en témoigne :

«Les Algériens visitant ce monument, ne se doutent certainement pas que cette dame de fer » symbole et fierté des Français, est en fait du minerai extrait de la terre algérienne. Et pour cause, tout le fer utilisé pour sa construction, 8000 tonnes pour la charpente métallique, a été extrait des mines algériennes, de Rouina (Aïn Defla) et de Zaccar (Miliana). «D’ailleurs, en guise de reconnaissance, Gustave Eiffel avait remercié les mineurs de Rouina, en offrant une horloge (montée sur une tour métallique) à l’école du village de Carnot (l’actuel El Abadia, wilaya de Aïn Defla). Il faut souligner que Rouina était l’une des premières mines exploitées en Algérie par les Français. Gustave Eiffel fut ébloui par la pureté de son fer qui est un minerai à haute valeur ajoutée, ayant des propriétés mécaniques idéales et convenables à ses projets, titrant une teneur moyenne de 56-60%, ce qui permettait l’obtention de fer «puddlé» (brassé), très indiqué pour ce genre de structure, contrairement au minerai de fer extrait des «minettes de Lorraine» et autres mines européennes, pauvre et inadapté aux structures nécessitant une résistance et une flexibilité mécanique aux aléas naturels »

« Le journal français l’Echo des mines avait rapporté en 1896 que «le fer qui a servi à la construction de la tour n’est pas n’importe lequel. Il a fait l’objet d’un choix minutieux. Il vient de mines algériennes et a été fabriqué dans les forges et usines de Pompey Fould-Dupont’ en Lorraine, Gustave Eiffel l’a choisi notamment en raison de ses propriétés mécaniques. Pour illustrer l’intensité de l’activité minière, à cette époque, il y a lieu de noter que la production du minerais de fer a enregistré en Algérie une moyenne de 400 000 tonnes par an depuis 1875 pour culminer en 1928 à 2 006 092 tonnes, Le prix de la tour Eiffel, avec l’ornementation et les nécessités architecturales, a atteint les 5 millions de francs, tandis que la tour métallique a coûté à elle seule 3,405 millions de francs de l’époque. Le minerai provenant d’Algérie représente plus de 68% du prix de la tour! (…)» (2)

Un autre site confirme s’il en était besoin la pureté et la provenance du fer nécessaire à la construction de la Tour Eiffel. Nous lisons :

« Le fer qui a servi à la construction de la tour n’est pas n’importe lequel, bien sûr. Il a fait l’objet d’un choix minutieux. Il a été acheté à une usine de Meurthe-et-Moselle et vient de mines algériennes. La question de l’origine du fer de la tour Eiffel nous amène donc en voyage… Lorsque Gustave Eiffel passe commande pour 8 000 tonnes de fer puddlé, ce dernier se tourne vers des fournisseurs de minerai. La qualité demandée par Eiffel est à récupérer en Algérie, dans les mines de Zaccar et de Rouïna, deux sites distincts. Les mines du Zaccar sont en Algérie, à Miliana. La mine est surprenante, son entrée n’est qu’un simple trou de deux mètres de diamètre, à flanc de coteaux de la montagne. L’étaiement laisse à désirer, la galerie finit par arriver à un puits de plus de 10m de profondeur. C’est au fond de ce puits que commencent les galeries d’extraction. Ces galeries sont équipées de chemin de fer et de wagonnets dans lesquels sont versées les roches. Tirés à main d’hommes, ils sont ensuite vidés dans une fosse qui tombe sur des terrasses à ciel ouverts. C’est de ces terrasses que l’on récupérait les pierres avant chargement et envoi en Lorraine. Il faut signaler que ce site n’est pas un site industriel, c’est la raison pour laquelle il n’y a aucun équipement comme des hauts-fourneaux. C’est juste un site d’extraction. Rouïna est une ville d’Algérie, assez proche de Miliana. Durant l’occupation française la mine de Rouïna était équipée d’infrastructure sidérurgique de pointe, avec entre autre un haut-fourneau à moyenne température. Le minerai qui en était extrait était broyé et acheminé dans ces fonderies d’Algérie ou de France » (3).

L’auteur nous explique ensuite que la civilisation a pacifié (trois pages) les escarmouches intertribales (en prenant un cas sur la multitude) c’est comme si on rapportait les escarmouches de lorrains de Bretons entre eux comme connaissent tous les peuples, à l’instar des guerres dites de trente ans, de cent ans en Europe où les serfs en nombre veillaient au confort des nobles

Pour lui, Dieu fait alors appel aux Européens pour sauver les Africains. Ce qu’il firent avec un sabre dans un main et un goupillon de l’autre si on en réchappe pour donner l’extrême onction ou être converti en étant   sauvé par l’église Pour lui c’est une bénédiction qu’il y ait eu ce sabre et ce goupillon et la guerre d’épouvante pour sauver ceux qui restent des génocides européens pour les faire rentrer à tout prix dans le giron de la vraie religion tout en faisant des sous –hommes taillables et corvéables

La colonisation n’est donc apparemment pas plus à l’origine de la puissance industrielle de l’Occident qu’elle n’est la cause du sous-développement de l’Afrique. En clair, malgré toute la rapine les pays européens du Sud, l’auteur avoue que les pays du Nord sont plus développés. Naturellement, il n’attribue pas ce retard économique à une déficience scientifique économique, la cause – fausse au demeurant- est le boulet colonial.

L’auteur martèle à la suite de son renfort Jacques Marseille, que les colonies était un poids mort pour la métropole – chiffres discutables à l’appui- et que quand elle s’en est débarrassée la France s’est développée La question que nous lui posons est la suivante : Pourquoi la France est restée dans un pays qui lui coutait cher ? Pourquoi fallait il ensuite une guerre -évènements d’Algérie pendant longtemps- qui a duré huit ans, une guerre qui a laissé des cicatrices dans l’imaginaire algérien qui ne s’est pas remis d’un tsunami qui a eu lieu un matin de juillet 1830,qui s’est perpétué pendant 132 ans de malheur et de désolation et terminé avec l’extermination d’un million des meilleurs enfants Pourquoi a-t-il fallu huit ans de guerre pour qu’il y ait délestage, qu’il y ait 30000 soldats français morts pour une cause perdue d’avance malgré toutes les tentatives de « troisième force du MNA, des Bellounis, .. » , de Sahara mer intérieure »…

On est en droit de s’interroger pourquoi la propagande coloniale a-t-elle donné l’illusion aux Français nés en Algérie, qu’ils étaient là pour l’éternité en tant que colons ne faisant rien pour considérer les Algériens comme des citoyens à part entière qui avaient droit à la dignité au lieu et place du Code de l’indigénat qui leur a été infligé ?

La détresse réelle des rapatriés européens et des harkis – considérés bien plus tard comme des sous hommes par un ténor du parti socialiste n’avaient pas vocation à rester en France parce que pour de Gaulle ,ce n’était pas la patrie de leur père » , cette détresse , ils la doivent au pouvoir colonial et pour certains à leur certitude qu’ils appartenaient à une race supérieure, ne pouvant concevoir d’avoir des concitoyens algériens comme eux dans une République algérienne libre et équidistantes des espérances religieuses. L’OAS n’a fait qu’ élargir le fossé entre les communautés, et les 200.000 Français d’Algérie qui sont restés, en définitive, sur le million ont compris qu’ils n’avaient à craindre que leur avenir était en Algérie. Certains même reviennent d’une façon discrète et sont étonnés de voir comment les Algériens sont avenants dans leur accueil au point que certains regrettent d’être partis..

Certains parmi ces français d’Algérie eux se sont battus côte à côte avec les autres Algériens pour la liberté et l’indépendance de l’Algérie. Il eut été plus sage pour la France de n’être jamais venue en Algérie ou au mieux partir à partir du moment où les dépenses de la colonie étaient insupportables pour la colonie et l’empêchaient d’avoir le niveau de la Suède si elle n’avait pas perdu 132 ans à supporter une colonie qui n’a fait que prendre!!

 Ce que fut « l’œuvre positive » de l’Algérie pour la France

Sans rentrer dans le détail de tout ce qu’a fait l’Algérie pour la France durant un compagnonnage de 132 ans , nous en avons rendu compte dans plusieurs de nos écrits il nous plait de nos ressouvenir de quelques « moments’ » par exemple ce que l’auteur « oublie pieusement » d’écrire que -la France fut accompagnée dans toutes les querelles qu’elle a faites au monde- par les Algériens qui payèrent le prix du sang en vain. Non content de prendre les matières premières, le pouvoir colonial «s’empare de la force vive pour guerroyer de par le monde et offrir de la chair à canon algérienne. Mieux encore, en période de paix ce sont les tirailleurs béton qui ont participé à la reconstruction de la France, les trente glorieuses, les constructions des autoroutes, des bâtiments, des usines et tous les métiers indignes des Français ont été le lot des émigrés sans reconnaissance aucune. Dans son texte, l’auteur va jusqu’à s’apitoyer sur le sort des peuples africains, il oublie que c’est grâce à la colonisation que ces peuples sont clochardisés pour reprendre l’expression de Germaine Tillon. Qui sait s’ils n’auraient pas évolué différemment s’ils n’avaient pas été tenus soigneusement en marge du progrès et de la connaissance? Quand on pense qu’en 132 ans la colonisation a formé en Algérie moins d’un millier de personnes aucune pratiquement dans les sciences et la technologie. (4)

Le président Ferhat Abbas a déclaré lors d’une réunion avec les cadres formés alors que la guerre d’épouvante battait son plein, «nous avons formé en cinq ans plus que le système éducatif colonial en 132 ans en cadres techniques et scientifiques».

La reconnaisse des Algériens pour les « Justes »

 Cependant, le peuple algérien de par sa culture, son identité et son espérance religieuse n’est pas ingrat, il n’oublie pas les  » Justes »,  toutes celles et ceux qui l’on accompagné pendant ces 132 ans d’épreuve. Dans ce cadre, si l’éducation ne fut permise aux Algériens qu’à dose homéopathique,-nous fûmes des voleurs de feu pour reprendre l’élégante formule de Jean El Mouhouv Amrouche nous ne pouvons pas être reconnaissants à nos maîtres, ces hussards de la République qui prirent beaucoup de risques pour venir devant nous et nous éduquer. Je veux associer dans le même hommage le dévouement de beaucoup de médecins qui comprirent leur mission en soignant la détresse des Algériennes et des Algériens. Je veux enfin ajouter le dévouement de tous les Européens d’Algérie qui ont cru en la nécessité de l’indépendance de l’Algérie qu’ils considèrent à juste titre comme leur pays pour s’y être battus, je pense notamment à Claudine et Pierre Chaulet, à Daniel Timsit, à Fernand Yveton, à Maurice Audin, à Henri Maillot à Maurice Leban, l’abbé Berenguer et tant d’autres qui se dévouèrent à en mourir pour l’Algérie.

Pour ma part, je n’oublie pas d’ajouter que dans ce long et douloureux compagnonnage il y eut des Français qui défendirent la cause algérienne, je veux citer là aussi Frantz Fanon, Francis Jeanson, Jean-Paul Sartre. Ils se dévouèrent sans retenue. Notre pays grandirait en affirmant qu’à côté de Saint Arnaud qui avait «les états de service d’un chacal» à en croire Victor Hugo,, des Berthezène, des Bugeaud, il y eut des justes à qui nous témoigneront de notre reconnaissance. La nostalgérie  n’a pas d’avenir devant la réalité de la colonisation qui fut globalement négative et malheureuse pour les indigènes que nous étions.

En terminant cette analyse, je retiens le nouveau concept de colonisation heureuse voilà qui nous perturbe quant à la définition du bonheur! Les 6 millions d’Algériens qui sont passés de vie à trépas, victimes de l’oeuvre d’épouvante, de l’évangélisation forcée d’un autre enragé, le cardinal Lavigerie, des famines organisées et par-dessus tout de la torture tout au long de ces cent trente deux ans témoignent de cette colonisation heureuse; Non, la réconciliation n’est pas pour demain avec ces envahisseurs imbus de la certitude d’appartenir à la race des élus qui veulent notre bonheur à tout prix, même à celui de nous exterminer…

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.Bernard Lugan: Le vrai bilan de la colonisation en Afrique (L’Occident sans complexes) https://henrydelesquen.fr/2016/03/15/le-bilan-positif-de-la-colonisation-en-afrique/

2.https://salimsellami.wordpress.com/2017/10/03/en-fait-saviez-vous-que-la-tour-eiffel-est-algerienne.

3.https://www.merveilles-du-monde.com/Tour-Eiffel/Fer-de-la-tour-Eiffel.php

4.Chems Eddine Chitour : https://www.legrandsoir.info/ce-que-fut-la-colonisation-l-oeuvre-positive-de-l-algerie-envers-la-france.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/286569-que-du-bonheur.html

«La famine» du peintre Guillaumet : Autre facette de « l’œuvre positive de la colonisation »


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

«On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise dans un pays sans défense, l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence (…). Rien n’est plus contraire aux intérêts français que cette politique de barbarie.» Jaurès citant Clemenceau le 27 mars 1908.

Mon attention a été attirée par un article du journal El Watan décrivant une toile de Guillaumet représentant la famine. Ce qui nous donne l’opportunité du «pourquoi» de cette toile, de la personnalité du peintre iconoclaste Guillaumet, mais aussi de tous les hommes de lettres et d’art,plus enclins à décrire l’épopée d’Afrique qui leur donne à voir le secret d’une société nouvelle créant ce faisant le mouvement orientaliste qui n’est rien de plus qu’un mouvement de voyeurisme malsain et qui nous revient aujourd’hui à travers une belle aventure artistique qui consistera à sauver un tableau récemment découvert dans les réserves du musée Cirta de Constantine, roulé et en mauvais état. Ce tableau de G. A. Guillaumet, de grand format (3,20 x 2, 34 cm), intitulé «La Famine» est présenté dans l’appel comme «un témoin unique». L’argumentaire précise:

«Témoin de la conquête de l’Algérie et de l’histoire coloniale, Guillaumet a consacré la totalité de son oeuvre à ce pays du Maghreb, dans lequel Dans La Famine, il dénonce une situation dramatique, qui décime le pays entre 1866 et 1868: un tiers environ de la population algérienne périt alors, touchée par les épidémies et la famine. En métropole, les pouvoirs publics et l’opinion sont alertés par ce ‘fléau » qui n’est pas seulement imputable à la sécheresse, mais aussi à l’ extrême paupérisation des populations rurales algériennes, dans le cadre de la colonisation qui confisque leurs terres.» (1).

«Dans ce grand tableau où les figures sont peintes à échelle humaine, le jeune artiste dépeint ce motif avec les moyens de la peinture d’histoire, révolté, il veut indigner le public et susciter sa compassion pour les victimes. Guillaumet est le seul peintre français à avoir tenté de figurer cet épisode tragique de l’histoire coloniale, en présentant son tableau au Salon de 1869. Sa restauration permettra de restituer à l’Algérie un témoignage unique de l’un des moments les plus sombres de son histoire pendant la période coloniale, peint avec empathie par un artiste français témoin de ces événements.» L’appel est lancé par l’ Association des amis des musées d’art et d’histoire en soutien à quatre musées français porteurs du projet d’exposition, en partenariat avec le musée Cirta de Constantine.» (1)

«Qui veut contribuer à sauver un tableau de Gustave Guillaumet, peintre tombé amoureux de l’Algérie? C’est par ce cri du coeur que quatre musées français, dont La Piscine de Roubaix, ont lancé un appel aux dons pour financer la restauration d’une oeuvre majeure du peintre Gustave Guillaumet, La Famine. Ce tableau, qui décrit un épisode tragique de l’histoire coloniale, doit prendre place dans une rétrospective qui naviguera entre les quatre musées. Bruno Renoul décrit les scènes du tableau: «Des corps décharnés, des visages marqués par l’affliction, la calamité qui transpire de chaque trait de pinceau. La Famine de Gustave Guillaumet donne à voir les conséquences concrètes de la crise sanitaire et alimentaire qui a secoué l’Algérie entre 1866 et 1868, dans les premières décennies de la domination française. Ou plutôt, ce qui reste de ce tableau: cette oeuvre du peintre orientaliste français, réputée disparue, a été retrouvée dans un état désastreux dans les réserves du musée Cirta de Constantine. Ce peintre est oublié de la doxa officielle car il s’inscrit à contre-courant du consensus de l’époque. La première exposition du genre, concernant Gustave Guillaumet, depuis 1899! «Il y a une dimension humaniste qui est singulière parmi les peintres de sa génération. Sa peinture allait à rebrousse-poil de ce qu’on montrait alors de l’Algérie, des images de conquêtes très univoques, vues du côté du vainqueur.» D’après Bruno Gaudichon, le conservateur du musée La Piscine, cette exposition va réhabiliter un peintre «un peu oublié» Gustave Guillaumet qui a sillonné l’Algérie, dont il est tombé littéralement amoureux. En sont sortis des tableaux qui montrent la beauté des paysages de ce pays du Maghreb, et un regard plein d’empathie sur les populations locales. «Il y a une dimension humaniste qui est singulière parmi les peintres de sa génération, estime Bruno Gaudichon. Sa peinture allait à rebrousse-poil de ce qu’on montrait alors de l’Algérie, des images de conquêtes très univoques, vues du côté du vainqueur.» (2)


La famine («’am Ecchar »: l’année de la famine)

 On ne décrira jamais assez les famines et les maladies. Djllali Sari et Mahfoud Kaddache en parlent dans leur ouvrage. La famine fut un marquer sociologique important qui fait date, il y a un avant la famine et un après la famine que les Algériens désigent dans la douleur par ‘am Ecchar : l’année de la famine Récemment, Amar Belkhodja les a décrites:

«L’auteur démarre son étude rétrospective à partir de l’année 1867. L’Algérie a connu des périodes de sécheresse cycliques qui avaient entraîné de grands désastres. L’une des plus critiques périodes est située entre 1867 et 1871. L’année 1867 est en effet citée comme l’année du grand désastre. La sécheresse provoqua une terrible famine (…). La sécheresse est totale. Aucune herbe ne pousse durant l’année 1867. Les troupeaux périssent. Le bétail est vendu à des prix insignifiants (…). En quelques mois de l’automne 1867 au début de l’été 1868, la surmortalité se généralise et s’intensifie, en décimant nombre de collectivités et de vastes zones géographiques, tout particulièrement à travers les steppes et l’Oranie dans sa plus grande extension, faisant affluer les masses faméliques et de mourants au coeur des centres urbains (…). En 1868, le typhus fait des ravages dans plusieurs régions du pays. L’année suivante, la situation empire. La famine, le typhus et le choléra se propagent à travers tout le pays. La mort frappe partout. Les familles paysannes sont en procession, dans tous les sens, à la recherche de quelque salutaire pitance.» Ce sont les tragiques exodes de la faim, «un flux migratoire jamais connu dans l’histoire de l’Afrique du Nord». (3)

Qui est Achille Guillaumet, peintre non « orientaliste » au sens du voyeurisme ?

On est étonné en faisant connaissance avec ce peintre à part ni orientaliste ni peintre de l’armée. Gustave Guillaumet est né le 26 mars 1840. Il est aux premières loges de la conquête. En 1862, il se rend en Algérie, Il y retourne de nombreuses fois, jusqu’à vivre comme eux, notamment en 1872, où il peint des scènes de la vie miséreuse des populations du désert dont il partage la vie. En Algérie, il puisa l’inspiration nécessaire à son oeuvre, celle des paysages et des extérieurs qu’il privilégia aux intérieurs et aux scènes de harem prisées à cette époque. Tant dans ses peintures que dans ses écrits, il décrit la vie primitive et rude dans le désert algérien, Évitant la civilisation européenne, il préfère voyager dans le Sud algérien. C’est dans ces conditions qu’il restitue son impuissance devant la famine par cette oeuvre magistrale qui fut oubliée intentionnellement et qui décrit en creux l’oeuvre positive de la colonisation.

L’Orient envoûtait les intellectuels et la guerre d’épouvante battait son plein. Il faut avoir à l’esprit que rares fut les hommes de lettres, les artistes qui s’opposèrent au nom de la dignité humaine à cette guerre d’épouvante qui avait lieu en Algérie pendant les cinquante premières années de l’invasion; les écrivains, les poètes, les peintres se passionnent pour l’orientalisme, une forme de voyeurisme malsain. Même Zola le «J’accuse!» lui-même préférant regarder ailleurs, la cause pour sauver des centaines de milliers d’Algériens paraissant moins digne que celle de sauver un homme…

Nous lisons::

«Plusieurs artistes et auteurs de cette période expriment cet attrait à travers leurs oeuvres qui rendent compte de la vision fantasmée qu’ont les Européens de l’Orient (…) C’est ainsi que l’orientalisme naît. C’est l’orientalisme qui invente le mythe de la langueur orientale, des harems feutrés, des femmes mystérieuses et… offertes. Le harem est en effet un des thèmes récurrents des oeuvres orientalistes ainsi que le désert et la chasse qui fascinent «Le voyage d’Alger devient pour les peintres aussi indispensable que le pèlerinage en Italie (…) La conquête de l’Algérie en 1830 par la France, permet le développement d’un fort intérêt intellectuel pour l’Orient. L’orientalisme revêtit ainsi un aspect littéraire: des «voyageurs écrivains» vont alors profiter de leurs voyages en Orient pour nourrir leurs oeuvres d’exotisme, d’odeurs, de couleurs et de sensations intenses. C’est dans ce contexte que Chateaubriand fait en 1811 un voyage en Orient. Victor Hugo, qui n’est jamais allé en Orient écrira «  les Orientales ». En 1851, près de dix ans après son voyage en Tunisie et en Algérie, Gérard de Nerval publie Un Voyage en Orient, dans lequel l’Orient est étroitement associé à la féminité. La poésie de Baudelaire dans Les Fleurs du mal (1857) est elle aussi fortement imprégnée de l’Orient, de ses odeurs, de ses parfums et couleurs. Le seul à se révolter d’une certaine façon contre le sort des Algériens sera Guy de Maupassant. En effet, dans les Nouvelles d’Afrique, Maupassant raconte ses expériences de vie algérienne où il n’hésite pas à adopter un ton polémique dans ses critiques anticoloniales comme dans les nouvelles Bouamama ou la Kabylie-Bougie. Dans Alger, par exemple, il présente un pays qui subit une colonisation «bien loin d’être bénigne». Dans le deuxième recueil, Récits d’Afrique, l’auteur s’inspire de la réalité politique pour donner son opinion sur des opérations militaires dont il était témoin en Algérie en tant que grand reporter pour le journal Le Gaulois.» (4).

«Le voyage en Algérie, de Delacroix à Renoir, aurait redonné selon lui sens et vigueur à l’orientalisme français. Il est aujourd’hui possible d’examiner selon d’autres critères ce renouveau pictural et les tableaux, dessins, photographies, estampes, produites entre 1832 et 1882 ‘(…)La nostalgie des temps et des moeurs primitifs est l’une des données centrales de l’orientalisme européen, elle s’accentue à l’heure où l’Occident entend répandre sa modernité à travers le monde ». L’iconographie algérienne après 1830 ne se réduit pas en effet aux paysages qui, luxuriants ou désertiques, identifient et cataloguent les beautés de cette ‘seconde France ». Campagnes militaires et chocs de cavaliers, scènes de genre à vocation ethnographique, voire à prétention anthropologique, seigneurs et chasseurs, pasteurs et bergers, évocation d’une féodalité d’autant plus suggestive qu’elle semble échapper à la civilisation industrielle, odalisques, babouches et harems bien entendu, l’orientalisme français excelle à produire et reproduire de l’altérité, à l’aide de codes qu’il convient de replacer dans leur vrai cadre d’analyse.» (5)

«La fascination de la France pour l’Orient a culminé au siècle des Lumières, n’a pas résisté aux idéologies nauséeuses de la fin du XIXe siècle et du XXe: colonialisme, racisme, totalitarismes (…) Mais c’est surtout dans le domaine de l’art que l’Orient devient incontournable. Comme Eugène Delacroix admirant le tableau d’Antoine-Jean, les peintres tombent sous le charme de ces grandes toiles d’Histoire représentant paysages et personnages d’Égypte ou d’Algérie. (…) Eugène Delacroix, Eugène Fromentin, Théodore Chassériau ou encore Horace Vernet, peintre de la guerre d’Algérie, expriment à travers leurs oeuvres l’attirance et le respect que leur inspire la société algérienne.(..) Inspiré par le mystère entourant le harem ottoman, mystère que les voyageurs de toutes les époques se sont empressés de nourrir, ce fantasme de femme à la fois fatale et soumise a beaucoup fait pour le succès de ce genre de peinture.» (6)

«C’est que l’Europe change au tournant des années 1870. En France, la République, conduite par Jules Ferry, se propose de «civiliser les races inférieures». Pas plus que leurs concitoyens, les artistes et les écrivains ne manifestent guère d’empathie ni de curiosité pour les autres cultures. L’exotisme n’est plus à la mode, même s’il survit encore quelque temps dans l’art colonial, destiné à vanter les possessions françaises à l’étranger. Publicités et affiches célèbrent l’«indigène» en burnous tandis que «La Belle Fatma», seins nus et pose lubrique, fait la fortune des éditeurs de cartes postales. À l’empathie des Lumières et des romantiques a succédé une condescendance entachée de mépris pour les races et civilisations «inférieures». (6)

La gloire des épaulettes du peintre Horace Vernet

 A côté des poètes et écrivains, les peintres s’occupèrent de l’orientalisme et d’autres comme  Horace Vernet de gloire des épaulettes:

«La conquête de l’Algérie, lit-on, est une campagne difficile, coûteuse (…) les succès de l’armée d’Afrique flattent une opinion publique patriotique, humiliée par les défaites de 1815 Les toiles de Horace Vernet témoignent de la volonté de mise en scène picturale des hauts faits militaires de la conquête coloniale. Il s’agit de rehausser le prestige dynastique et de dépasser les controverses politiques sur la colonisation par une célébration unanime et nationaliste de l’armée victorieuse. Disposés à la fin du parcours de la galerie des Batailles au musée de Versailles, les tableaux terminent l’évocation des gloires militaires de la nation par la représentation des victoires algériennes, Pour le musée de Versailles, Louis-Philippe passe commande à Horace Vernet de nombreuses toiles destinées à illustrer les principales victoires de la campagne algérienne.» (7)

«Ces peintures suivent les règles habituelles de la représentation des batailles: tableaux pleins de bruit et de fureur, enchevêtrements d’armes, de combattants et de chevaux. A terre, des victimes viennent rappeler la dureté des engagements. (…) En vantant l’exploit et le héros, on exalte le goût de l’épopée. Le peintre s’applique à représenter les principaux officiers – ceux que l’on appelait alors avec estime les «Africains». Le Combat de la Sickak met ainsi en valeur le général Bugeaud, nommé gouverneur de l’Algérie en 1840; Vernet veille également à faire figurer les princes royaux venus récolter quelques lauriers dans les batailles algériennes: de même qu’au duc d’Aumale est rattachée la Prise de la smalah d’Abd el-Kader, on campe le duc d’Orléans sur un cheval blanc dans le Combat de l’Habrah» (7).

Que dire en conclusion ? Nous savons que bien plus tard le sort de l’Algérie n’a pas laissé les bonnes âmes, et les Justes les vrais poètes et les vrais peintres de commuer avec la Révolution de Novembre. On se rappellera avec émotion le tableau de Picasso de «  Djamila Boupacha, la révolutionnaire condamnée à mort par le pouvoir colonial et qui ne fut sauvé que grâce à l’engagement de l’avocate Gisèle Halimi, de Simone de Beauvoir Jean Paul Sartre. On se souviendra aussi de l’empathie de Louis Aragon pour la Révolution Algérienne. Tant de peintres de cœurs ont vibré à la souffrance de l’Algérie combattante. Dans son bel ouvrage, : « L’Art et l’Algérie insurgée 1954-1962) -préfacé par Henri Alleg, un engagé pour l’indépendance, prisonnier, il fit connaitre la face sombre de l’armée française dans un ouvrage magistral « La Question » -, Anissa Bouayed leur rend hommage ainsi qu’à tout les peintres algériens, qui avec leur pinceaux ont contribué à donner une plus grande visibilité à la révolution algérienne. (8)

Guillaumet aura été le précurseur de ces personnes sensibles à la détresse humaine. Il été le seul à peindre la détresse algérienne des trente premières années de l’invasion et on comprend que son cri soit étouffé. Il ne faut pas croire que le siècle des Lumières d’après la doxa occidentale, siècle de la liberté, des droits de l’homme avait quelque application sur le «terrain» de l’invasion. Rares, très rares les voix dissonantes, au contraire, c’était la revanche après Waterloo, d’autant que le mythe de la race était claironné. Une déconstruction méthodique s’avère indispensable qui nous permettra après la déprogrammation du logiciel de la soumission intellectuelle toujours en vigueur, pour tout ce qui vient de l’étranger, nous permettra de ré-étalonner notre vision par rapport au Monde.

Guillaumet est l’un des rares Français à dénoncer à travers sa peinture concernant la terrible famine qui a décimé plus d’un million d’Algériens («’am Ecchar » année de la faim pour reprendre un terme du terroir) qui est pour nous un marqueur identitaire de ce que fut «l’oeuvre positive de la colonisation». J’en appelle à nos autorités, qui se doivent de faire tout ce qui est nécessaire pour réhabiliter la toile et bien la mettre en valeur pour que les jeunes puissent se souvenir et ne pas oublier, contrairement à ce qu’on nous disent ceux qui nous « conseillent de ne pas regarder dans le rétroviseur et même les sirènes algériennes relayant la France dans l’espoir d’une visibilité du côté du Quartier Latin…

Nous ne pouvons nous projeter dans le futur avec des ailes que si nous avons des racines . On ne peut pas passer pour pertes et profits 132 ans d’une colonisation abjecte, sans que l’on en fasse une anamnèse non pour servir de pompe à finance comme le font les autres.. mais simplement pour faire comprendre qu’il y a eu une faute qu’il serait élégant de reconnaitre seule condition que met l’Algérie pour développer des relations apaisées avec le peuple de France par delà les gouvernants.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

 

Image à la Une : Algérie – Peintre Français Gustave Achille Guillaumet (1840–1887), huile sur toile1884

Notes

1.http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/sauver-la-famine-en-algerie-03-02-2018-361848_159.php

2.Bruno Renoul 26/01/2018 http://www.lavoixdunord.fr/305286/article/2018-01-26/qui-veut-contribuer-sauver-un-tableau-de-gustave-guillaumet-peintre-tombe

3.Amar Belkhodja http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2015/08/18/print-16-182909.php

4.http://djazair-france-docs.blogspot.com/2008/03/lorientalisme-et-les-influences.html

5.http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/archives/presentation-detaillee/browse/12/article/de-delacroix-a-renoir-lalgerie-des-peintres-4208.html?

6.https://www.herodote.net/Orientalisme-synthese-1987.php

7.https://www.histoire-image.org/etudes/conquete-algerie

8.Anissa Bouayed: L’Art et l’Algérie insurgée 1954-1962) Editions Enag Alger 2005

 

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/286204-autre-facette-de-l-oeuvre-positive.html

Le sacerdoce de Manuel Valls : Combattre l’Islam


mondialisation.ca

Iran – Arabie Saoudite : Deux visions de l’islam


Par Chems Eddine Chitour

«La plus grande industrie des Arabes est la fabrication des croyances. Ce peuple à l’esprit étroitement limité peut laisser en friche son intelligence avec une résignation dépourvue de curiosité. Son imagination est vive; elle n’est pas créatrice. Peuple des beaux départs, peuple aussi instable que l’eau. Mais, précisément, comme l’eau, assuré peut-être, à la fin, de la victoire…»  T.E.Lawrence (Les sept piliers de la sagesse)

Un drame planétaire se déroule pour le moment à bas bruit, le rechapage du Moyen-Orient promis, souvenons-nous, d’abord par George Bush père après avoir laminé une première fois l’Irak. Il annonçait à la face du monde l’avènement d’un nouvel ordre international sous la gouverne américaine. C’était après l’effondrement de l’Union soviétique sous les coups de boutoir directs et indirects des Etats-Unis et aussi du pape Jean-Paul polonais devant l’Eternel qui, avec son «N’ayez pas peur!», appelait les Polonais au soulèvement qui eut lieu sous l’égide d’un électricien Lech Walesa et pour l’occasion, comme il est de coutume, pour l’empire, de récompenser les vassaux, le prix Nobel.

Ce sera le cas aussi pour Gorbatchev, Mgr Belo qui arracha à l’Indonésie l’île de Timor oriental (chrétienne), une obscure bloggeuse yémenite, qui problématisa le Yémen qui est en train de gémir en silence; ce fut ensuite Mallala, une jeune fille pakistanaise pour avoir été blessée par les taliban. Pour rappel, les Anglais s’étaient opposés à l’attribution du prix Nobel à Gandhi, par contre, en leur temps, Hitler et Mussolini ont été pressentis… Bien plus tard, George Walker Bush reprend le flambeau avec son Pnac (Project for New American Century) qu’il a mis en place sans succès probable, si ce n’est le chaos actuel, le reshapage du Moyen-Orient.

Que pèsent les Arabes risée du monde?

Nous sommes en 2017, les peuples arabes du Moyen-Orient commémorent dans la douleur les funestes accords Sykes-Picot de 1917. Le malheur des Arabes vient de leurs dirigeants. Les peuples quelque soient leurs latitudes sont respectables. Ce sont les mauvais bergers qui font de ses peuples la risée des autres. Les Arabes ne retiennent pas les leçons de l’histoire.

Souvenons nous les Anglais avaient fait miroiter au roi Abdallah un royaume s’ils les aidaient  à se débarrasser de l’empire ottoman. Rien ‘y fit les Arabes n’eurent aucun territoire . Le film « Lawrence d’Arabie » de David Lean magistralement interprété par Peter O’ Toole, Omar Sharif et Antony Quinn dans le rôle d’un chef de tribu  véritable  brute épaisse, décrit  comment les Arabes, ces grands naïfs, furent trompés.

Par contre il est une autre promesse tenu par les anglais  celle de promettre une Terre aux Juifs du monde. Cette promesse qui est à des degrés divers responsables du malheur des Palestiniens spoliés de leurs terres.

Les mêmes Etats-Unis qui protestèrent pour ce partage du Moyen-Orient sans eux alors que leur intervention a été décisive pour la victoire. D’autant que les Anglais raflèrent aussi les entreprises du pétrole L’Anglo-Perse Oil Company (1909) devient l’Anglo-Iranian Oil Company (1925) qui deviendra plus tard BP (1954). Il en sera de même de la Turkish Oil Company (1912) qui deviendra après la chute de l’Empire Ottoman, L’Iraq Petroleum Comany (1927), les Américains (Standard Oil), les Anglais (BP). Les Français (Cfpa) participèrent eux aussi. La Cfpa deviendra bien plus tard Total…

A partir de la, les acolytes franco-anglais deviennent des vassaux de l’Empire américain, notamment après avoir été sauvés de la débâcle, encore une fois, pendant la Seconde Guerre mondiale. La livre anglaise disparaît au profit de l’avènement graduel du dollar et l’hégémonie pétrolière consacrée avec le deal Ibn Saoud – Roosevelt sur le croiseur Quincy. La création de l’Aramco (Arabian America Oil Company) avec un concession qui couvrait pratiquement le territoire saoudien fit de ce pays la chasse gardée des Etats Unis. L’Arabie saoudite troquait sa sécurité contre la sécurité des approvisionnements pour les Etats Unis . Graduellement le monde occidental rentra dans le rang et fit bloc derrière contre l’empire américain contre l’empire du mal ( l’Union Soviétique) Le big Stick américain et le soft power de l’american way of life étaient à la manœuvre

Que se passe-t-il actuellement au Moyen-Orient?

Nous sommes en 2017. Le monde bruisse de colère des faibles, de vengeance et de tentation d’Empire d’un Occident sur le déclin qui jette ses dernières forces pour garder à tout prix le leadership mondial, quitte à recourir au chaos planétaire en ouvrant la boite de Pandore la plus décisive pour avoir un chaos durable, celui ,après s’être attaqué aux identités par une mondialatinisionisation-laminoir qui déifie le marché celui de créer une guerre de religion en attisant « le schisme »  sunnite- chiite.   Les potentats arabes   complices de l’Occident  , plus divisés que jamais passent leur temps à ne rien faire ou à se chercher des querelles pour être bien vus de l’Occident. Ils sont les plus armés dans le monde et dirigent leurs armes contre leurs peuples ou d’autres pays musulmans faibles (Yémen et peut-être Qatar). Ne produisant rien, vivant sur une rente imméritée. Ils voient passer la science confortablement installés dans les temps morts.

Bien malin qui pourrait le dire! Une phrase célèbre certainement paternaliste: «On découvre le Moyen-Orient on se trouve pris dans ses querelles.» Le Moyen-Orient est devenu une poudrière avec la déclaration Balfour, la création en 1947 d’Israël qui problématisa depuis de longues décennies l’imaginaire des potentats arabes brandissant la cause palestinienne  comme  condition d’une normalisation avec Israël ( il faut se souvenir de l’initiative saoudienne de 2002 ; la paix avec Israël contre la restitution des territoires. En vain.  Les potentats arabes  légitiment leur pouvoir sur la  nécessité de la cause palestinienne   On l’aura compris la cause palestinienne ne fait plus recette  mais les peuples arabes et assimilés  réagissent à l’émotion – des feux de paille- comme l’écrit Lawrence d’Arabie cité plus haut. La cause palestinienne est sacrifiée sur l’autel de nouvelles ententes qui font d’Israël une nation fréquentable. On est loin  du souhait du roi  Fayçal  de prier à El Qods..Pendant  ce temps  Israël continue à coloniser , à s’implanter sur les terres palestiniennes  mais personne n’en parle plus.

Qu’avons-nous en face des Arabes?

L’Iran c’est d’abord l’héritier d’une civilisation d’une culture et  d’un art de vivre bonifié par l’Islam. L’Islam n’a jamais agressé personne. C’est un pays qui compte sur ses potentialités . C’est un  pays qui décide de se battre en investissant à marche forcée sur la science. L’Iran (ou Perse) digne héritière principal de l’héritage d’un empire qui eut son heure de gloire pendant que l’Europe était encore peuplée de peuplades incultes. C’est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde.

« L’histoire de l’Iran couvre des milliers d’années, ses sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à 6 et 7000 ans dans la vallée de Gorgan, à Tureng Tepe (en), Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk II (près de Kashan). Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes 3000 ans av. J.-C. Le début du IIIe millénaire av. J.-C. voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. La dynastie achéménide construira un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration des droits de l’homme, datant de Cyrus II». (1)

Qu’avons-nous en face des Arabes?

L’Iran c’est d’abord l’héritier d’une civilisation d’une culture, d’un art de vivre bonifié par l’Islam. L’Islam n’a jamais agressé personne. C’est un pays qui compte sur ses potentialités . C’est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde Quand la Perse était à son apogée, l’Europe était peuplée de tribus diverses qui émergeaient difficilement aux temps historiques. « L’histoire de l’Iran couvre des milliers d’années, ses sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à 6 et 7000 ans dans la vallée de Gorgan, à Tureng Tepe (en), Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk II (près de Kashan). Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes 3000 ans av. J.-C. Le début du IIIe millénaire av. J.-C. voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. La dynastie achéménide construira un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration des droits de l’homme, datant de Cyrus II». (1)

«La conquête musulmane de la Perse commence en 637, avec Umar. La conversion à l’islam est progressive jusqu’au IXe siècle. L’Iran a été islamisé, mais n’a jamais été arabisé, les Persans ont même réussi à se distinguer au sein de l’islam, et l’apport culturel, politique et même religieux des Iraniens à cette religion est d’une importance fondamentale. Un groupe turc, les Seldjoukides, arrive dans la région au XIe siècle. L’Iran connaît une renaissance culturelle et scientifique. L’observatoire d’Esfahan est créé. Omar Khayyam met au point un nouveau calendrier encore utilisé aujourd’hui. L’Iran se convertit au chiisme duodécimain au XVIe siècle, sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain Safavide. Cette conversion résulte d’une volonté de s’affirmer face à la domination des Ottomans sunnites et de créer une identité iranienne spécifique. Les sunnites représentent 9% de la population iranienne. Trois «religions révélées» autres que l’islam sont considérées comme officiellement reconnues par la Constitution et disposent de leurs représentants au Parlement (Majles): les chrétiens, les juifs et les zoroastriens». (1)

«En 2004, l’Iran comptait plus de 2,2 millions d’étudiants à l’université dont 60% de filles. L’Iran a actuellement 54 universités d’État, et 42 écoles médicales d’État. Il existe également 289 universités privées. L’histoire des sciences en Iran remonte à l’Antiquité, avec des exemples comme l’académie de Gundishapur. Les sciences appliquées et les sciences fondamentales sont assez développées en Iran. Les physiciens et les chimistes sont régulièrement publiés dans des revues à fort facteur d’impact. Des scientifiques iraniens ont aidé à construire le Compact Muon Solenoid, un détecteur destiné au Large Hadron Collider du Cern, mis en opération en 2007. L’Iran est le bon exemple d’un pays qui a fait des avancées considérables en se concentrant sur l’éducation et la formation. Malgré les sanctions subies pendant les décennies passées, les scientifiques iraniens ont tout de même produit des recherches de très bonne qualité.» L’Iran construit ses chars, ses avions, ses sous-marins et ses fusées, c’est une nation de l’espace. Elle maîtrise l’atome et on peut comprendre que les éventuels agresseurs devront regarder à deux fois avant de se lancer à l’assaut (1).

Iran, la véritable cible 

Nous ne saurons probablement jamais ce qui a été vraiment discuté entre Trump, les Saoudiens et les Israéliens, mais il fait peu de doute que le récent geste saoudien contre le Qatar est le résultat direct de ces négociations. S’agissant de la drôle de guerre entre le Qatar et l’Arabie saoudite, il devient tout à fait clair que l’Iran et les Palestiniens sont les cibles qui figurent en bonne place dans la déclaration de guerre. Il est connu que les Israéliens soutiennent l’Arabie saoudite. Malgré le silence assourdissant des médias occidentaux pour étouffer l’information. Parmi les raisons de l’improbabilité d’une guerre Arabie saoudite-Qatar, les conséquences néfastes pour les Saoudiens. Car les États-Unis ont installé la plus grande base de l’US Air Force mondiale à Al Oudeid.

Il fut une époque avant la révolution islamique, l’Iran était le représentant de l’Empire et de l’Occident au Moyen-Orient. On peut penser que la détérioration des rapports entre les Etats-Unis et l’Iran date de la Révolution de 1979. La crise iranienne des otages (occupation et prise d’otages du personnel de l’ambassade des États-Unis à Téhéran du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981) pousse Carter à rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran, puis à imposer des sanctions économiques le 7 avril 1980. Mieux encore il n’est pas interdit de penser que les Américains ont poussé Saddam Hussein à déclarer la guerre à l’Iran, Le 22 septembre 1980 aidé en cela par les roitelets arabes terrorisés par cette révolution à leur porte.

S’agissant des derniers attentats qui ont visé le parlement iranien et le mausolée de l’imam Khomeiny les Iraniens disent   ouvertement que la récente attaque terroriste à Téhéran était ordonnée par l’Arabie saoudite. : « Techniquement parlant lit on sur la contribution suivante, cela signifie que l’Iran est maintenant en guerre. En réalité, évidemment, l’Iran étant la vraie superpuissance locale agit avec calme et retenue. En supposant que personne ne devienne fou, le Qatar l’emportera et que la dernière tentative saoudienne de prouver combien le royaume reste puissant échouera, exactement comme les précédentes. Quant aux Qataris, ils ont déjà clairement indiqué qu’ils ne sont pas disposés à se rendre et qu’ils se battront. Quant à Poutine, il a participé à la dernière réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui a accueilli le Pakistan et l’Inde comme membres à part entière. L’OCS représente maintenant plus de la moitié de toute la population vivant sur notre planète et un quart du PIB mondial. Vous pouvez y penser comme à l’«autre G8» ou le «G8 qui compte». (2)

Le prince saoudien n’a pas caché la haine de la Maison des Saoud envers l’Iran chiite, considéré par les wahhabite saoudiens qui pratiquent un sunnisme extrémiste comme un ennemi hérétique. Selon lui, son pays «ne parlera jamais à l’Iran». L’Iran a répondu furieusement. Hossein Dehghan, ministre iranien de la Défense a riposté, disant que si l’Arabie saoudite devait faire quelque chose de «stupide», l’Iran réagirait en «ne laissant intact aucun recoin d’Arabie saoudite à l’exception de La Mecque et de Médine» – deux lieux saints de l’Islam. L’Arabie va perdre énormément car le détroit d’Ormuz est vulnérable et un blocage c’est la ruine de ce pays qui a des difficultés à boucler son budget, mais qui trouve 380 milliards à offrir à Trump pour la vente d’armements américains obsolètes.

A marche forcée l’Iran s’autonomise et sa science est connue et reconnue. On se souvient de l’épisode du drone américain qui espionnait en haute altitude à partir du territoire afghan. Il fut repéré quand il fit une incursion. Miracle de l’informatique, les scientifiques iraniens le « prirent en charge » et neutralisèrent son logiciel. Plus grande prouesse encore quand ils neutralisèrent la commande d’autodestruction, le faisant atterrir sans encombre comme un pigeon qui rejoint son pigeonnier, sans casse. Il livrera une mine d’informations notamment sur sa faible signature radar qui le rend furtif..

« Le potentiel de l’armée iranienne en 1980 n’est absolument pas comparable avec celui d’aujourd’hui… l’Iran a essayé de se fortifier et d’augmenter ses forces militaires afin d’assurer sa défense lui-même, sans oublier les efforts et l’assistance de la Russie,-Chine- et la Corée du Nord…Le résultat de ce travail, la fabrication des avions de chasse! Des missiles à une portée de 3000 km…et des hélicoptères de combat…etc Honnêtement après une attaque de la part de l’Arabie ou l’Amérique, il y aura incidence sur la libre navigation continue, son rythme habituel! Sans incidence! Comment les navires de guerre et même les porte-avions américains oseraient-ils traverser le détroit d’Ormuz? Comment l’Arabie pourra faire transiter son pétrole par cette voie maritime sous contrôle de l’Iran?» (3). 

Trump veut renverser «le régime iranien»

Par contre, si les Etats-Unis s’en mêlent, c’est autre chose. Au-delà du fait qu’il n’y a aucun justificatif, le vrai gagnant sera Israël. Trump ayant pour ambitionner de détricoter tout ce qu’a conclu Obama, notamment l’accord de la COP21, l’Obamacare, il veut revenir aussi sur l’accord sur le nucléaire. Il ne reconnait pas les dernières élections qui se sont déroulées dans de très bonnes conditions même l’opposition n’y a rien trouver à redire. Il n »empêche les Américains vont fabriquer une opposition pour un changement de régime qui sera comme les pays du golfe totalement inféodé à leur bon vouloir et surtout à celui d’Israël qui veut être le gendarme du Moyen Orient pour le compte de l’empire «Notre politique envers l’Iran est de soutenir les éléments à l’intérieur du pays qui aideront au changement pacifique du régime», a déclaré le secrétaire d’État américain Rex Tillerson devant la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants des États-Unis (4).

Une confrontation américano-iranienne est elle alors, inévitable? C’est tout ce que cherche Israël – et il pourrait l’obtenir M.K. Bhadrakumar écrit: «La décision de l’armée américaine de déployer, pour la première fois, des lance-roquettes multiples Himars (High Mobility Artillery Rocket System) en territoire syrien à partir de la Jordanie signifie que le Pentagone a créé un fait nouveau sur le terrain. Selon CNN, le déploiement se fera dans la base militaire à Al-Tanf près de la frontière de la Syrie avec l’Irak dans la région du sud-est, qui est actuellement une zone de contestation entre les groupes rebelles soutenus par les Américains et les forces gouvernementales syriennes ».(5)

«  Une déclaration du ministère russe de la Défense à Moscou a noté jeudi que le déploiement pourrait suggérer une intention américaine d’attaquer les forces du gouvernement syrien soutenu par l’Iran. La déclaration russe disait: «En somme, Israël pourrait obtenir ce qu’il cherche, mais il y a une autre affaire, c’est de savoir si il va aimer le résultat final de la lutte entre les Etats-Unis et l’Iran sur le contrôle de la Syrie du sud près du plateau du Golan. Il est peu probable que l’Iran laisse tomber «l’axe de la résistance», car il s’agit en fin de compte de la propre défense de l’Iran.» (5)

Robert Fisk a raison d’écrire lors des printemps arabes:

«Tous ces cheiks et ces émirs, ces rois doivent sans aucun doute trembler dans leurs bottes,… La vérité est que le Monde arabe est si sclérosé, si corrompu, si humilié et si impitoyable – et si incapable d’accomplir des progrès sociaux et politiques que les chances sont quasi nulles de voir émerger des démocraties viables dans le chaos qui règne dans le Monde arabe. Mais tous les dictateurs savent qu’ils courent de gros dangers quand ils libèrent leurs compatriotes de leurs chaînes. Et les Arabes n’ont pas dérogé à la règle. Non, tout bien considéré, je ne pense pas que le temps des dictateurs arabes soit révolu. Les Occidentaux y veilleront.» (6)

Même si l’Iran connaît des problèmes économique internes, c’est en définitive deux visions de l’Islam qui se télescopent, celle d’un Islam de la science dans un pays fier de son histoire qui ne compte que sur ses propres potentialités et qui va vers le progrès à marche forcée et en face des jouisseurs qui interprètent la religion dans le sens de la fatalité, synonyme de farniente en étant toujours à genoux depuis un siècle. Naturellement je parle des potentats qui ruinent les espérances de ces jeunes astreints, qui volent à la conquête du savoir.

Il est vrai que les gouvernements arabes actuels n’intéressent l’Occident que dans la mesure où ils sont dociles et non pas en tant que valeur ajoutée issue d’un brain- storming, mais en tant que dépositaires d’une rente et prévôts des peuples qu’ils sont chargés de mater, en respectant un vernis de démocratie. Les dirigeants arabes, mal élus, s’accrochent au pouvoir. Ils n’ont pas de plan «B» sauf à suivre les évènements au lieu de les anticiper, engoncés dans leur certitude ayant arrêté la marche vers le progrès, il y a de cela quelques siècles, ils continuent à compter sur le bon vouloir d’un Occident qui les méprise souverainement même, s’ils offrent un yatch de 140 m et une épée d’or et de diamants de 25kg. Tout est dit.

La dernière information quant au changement de l’ordre de succession en mettant comme principe héritier un pyromane de 31 ans. Le prince Mohamed Ben Salman En effet comme rapporté dans le journal le Monde : « Une page s’est brutalement tournée en Arabie saoudite, mercredi 21 juin, avec la décision du roi Salman Ben Abdelaziz Al-Saoud de propulser son fils Mohammed Ben Salman au rang de prince héritier. Pour ce faire, le souverain saoudien a écarté son neveu, Mohammed Ben Nayef, qui occupait, en outre, les fonctions de ministre de l’intérieur. Mohammed Ben Salman, a été propulsé à la tête du ministère de la défense en dépit de son jeune âge ». (7)

« L’un de ses premiers actes a été d’engager l’Arabie saoudite dans une guerre civile au Yémen, transformée depuis en bourbier. Mais le prince ambitieux ne s’est pas limité aux armées, puisqu’il a rapidement pris le contrôle du secteur du pétrole, éminemment stratégique, ouvrant la voie à une privatisation partielle de la puissante compagnie Aramco. En avril 2016, enfin, il a dévoilé un ambitieux programme de modernisation d’un pays resté dépendant de la rente pétrolière, « Vision 2030 ». Il avait œuvré auprès d’un autre « héritier », Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, pour organiser la première visite à l’étranger du président des Etats-Unis, en mai ». (7)

Sombres jours pour le Moyen Orient si le prince Salman atteint d’hubris voudra en découdre à tous prix, avec l’Iran avec le bras armé américain et israélien.  Conseillé par les Américains et les Israéliens, il veut participer au reshapage du Moyen Orient en demandant à être le gendarme des pays musulmans Que reste t-il alors de l’oumma musulmane quand des coreligionnaires s’étripent ? La vision d’un Islam apaisé est de ce fait une utopie. Les médias occidentaux grossissent à l’infini les attentats qui ont lieu sur le sol européen et au passage légitiment l’étranglement des palestiniens et la mort lente de Gaza ( personne n’en parle).

Sans faire dans la concurrence victimaire d’une comptabilité macabre, toutes les vies sont précieuses quelques soient la latitude. D’un côté des unités de l’autre des centaines d’unités. Moins de 2% pour l’Europe par rapport aux pays musulmans. Il n’y a pas équilibre et encre moins compassion A ce propos la mise au point suivante mérite d’être rapportée :

« Trois attentats ont récemment défrayé la chronique médiatique en Europe, occultant d’autres attaques bien plus meurtrières survenues ailleurs dans le monde. Cette focalisation sur ce qui est plus proche de nous ou supposé tel, n’a rien d’anodin. Elle est tout à fait consciente et même conceptualisée par les professionnels de la communication et du journalisme sous le nom de « loi du mort au kilomètre ». Ainsi, l’attentat-suicide perpétré à Manchester le 22 mai dernier (22 morts, une soixantaine de blessés), le massacre organisé sur le London Bridge le 3 juin (7 morts, 48 blessés), et l’attaque d’un policier français près de Notre Dame de Paris, le 6 juin (un policier blessé) ont monopolisé les unes de notre presse et les flots d’images et de paroles de nos chaînes d’information en continu, hiérarchisant de fait l’importance de la vie humaine en éludant rapidement les attentats pourtant plus meurtriers perpétrés au même moment à d’autres endroits du globe » (8).

Il ne s’agit pas ici de céder à la concurrence victimaire en déconsidérant à notre tour les victimes des attentats mentionnés ci-dessus. Mais simplement d’effectuer un rééquilibrage de l’information, tout en observant que l’attitude des professionnels de la presse à l’égard de ces événements les situe très clairement politiquement, de la manière dont en parlait George Orwell dans ses « réflexions sur la guerre d’Espagne  » : « Ce sont les choix politiques qui déterminent exclusivement le crédit qu’on accorde ou non aux atrocités. Chacun croit aux atrocités ennemies et refuse de croire à celles de son camp, même sans prendre la peine d’examiner les faits. » (8)

«  Les réactions politiques des représentants des pays occidentaux et la couverture médiatique de ces événements frappe par le contraste qu’elle génère avec l’indifférence manifeste vis-à-vis des victimes des mêmes organisations meurtrières dans le reste du monde. Ce double standard politique et médiatique de l’expression de la compassion pour certaines victimes, observé à l’échelle d’une période de quelques semaines ou de quelques mois, nous renseigne sur l’étroitesse de la vision du monde qu’on nous donne à voir, et sur les éléments de construction médiatique d’une géopolitique des émotions par laquelle on voudrait influencer les masses. On pourrait parler, pour parodier Dominique Moïsi, d’une géopolitique de la victimisation ». (8)

La création occidentale de Daesch est une calamité surtout pour les musulmans car outre les hécatombes, c’est l’image de l’Islam qui en sort Sali Car l’Occident ne veut surtout pas d’un Islam qui va à la conquête de la science et du savoir mais un islam arriéré de bigot de pyromane qui a arrêté la marche vers le progrès il y a de cela quelques siècles amenant l’Islam des lumières à être prisonnier d’un clotûre dogmatique dont parle si bien et en son temps le professeur Mohamed Arkoum

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.https://fr.wikipedia.org/wiki/Iran

2.http://reseauinternational.net/la-crise-au-qatar-une-nouvelle-tentative-maladroite-des-trois-etats-voyous-daffaiblir-liran/#c0qLRQ2AYzo2rMzH.99

3.http://reseauinternational.net/la-main-des-saoudiens-et-des-etats-unis-dans-les-attentats-de-teheran-pousse-a-une-guerre-totale/#OyzUQ5z1f1jui24b.99

4.http://french.almanar.com.lb/451955

5.http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2017/06/18/a-us-iran-confrontation-is-just-what-israel-seeks-and-it-may-get/

6.Robert Fisk. Le temps des dictateurs n’est pas révolu. The Independent
dans Courrier international 29.01.2011

7.http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/06/21/arabie-saoudite-le-roi-salman-propulse-son-fils-au-rang-d-heritier_5148391_3218.html#Ib9sDY0oFcxH3u3V.99

8.http://reseauinternational.net/attentats-depuis-janvier-2017-afghanistan-syrie-pakistan-egypte-le-double-standard-mediatique/#otLtSsFcQ2yrvlpZ.99

 

 

 

Discours temporel sur une religion atemporelle: Trump et l’islam


Par Chems Eddine Chitour

«Many people are saying it was wonderful that Mrs. Obama refused to wear a scarf in Saudi Arabia, but they were insulted. We have enuf enemies»                    («De nombreuses personnes disent que c’était merveilleux que Mme Obama refuse de porter un foulard en Arabie, mais [les Saoudiens] ont été insultés. Nous avons déjà assez d’ennemis»)  Donald Trump, 29 Janvier 2015

 

Une habitude des hommes politiques occidentaux de donner leur vision de l’Islam une religion qui est l’espérance de plus d’un milliard d’humains. Même, le pape Benoît XVI en son temps s’était autorisé lui aussi, à donner sa vision de l’islam avec, en creux , expliquer d’une façon prosélyte les dangers de l’islam. Le monde avait besoin de souffler après la tornade Bush et sa croisade assumée, sa lutte entre le bien et le mal. Autant de termes bibliques qui contribuent à élargir le fossé. On se souvient aussi du «beau discours» de Obama à l’université du Caire où avec des envolées lyriques peut-être sincères, il appelait à la paix avec beaucoup de respect envers les musulmans. Ce fut huit ans de haine de mort, violentes, avec en prime la création ex nihilo de Daech EI…que l’on combat d’un côté et que l’on soutient de l’autre. La fameuse phrase de Laurent Fabius à propose d’une organisation terroriste crée par les occidentaux pour diaboliser l’Islam et au passage détruire la Syrie «  Al Nosra fait du bon boulot » raisonne encore dans nos têtes !!!

Résultat des courses: un prix Nobel fut attribué à Obama, et ses deux mandats ont vu aussi les pires dérives, notamment les attaques ciblées «d’ennemis de la nation américaine» principalement des pays musulmans. Les attaques par drones firent beaucoup de dégâts ce qu’un euphémisme désigne par dommages collatéraux. Entendons par là la mort, le deuil et les traumatismes à vie de ceux qui en réchappent. Là encore nous fûmes d’une certaine façon, déçus d’Obama qui tergiversait – il tenait toujours la canne par le milieu- Il annonça lui-même la mort de Bin Laden et avait laissé Hillary Clinton faire sa guerre en Libye avec comme cadeau sa fameuse phrase à l’annonce du lynchage du dirigeant musulman: «Je suis venu, j’ai vu… Il est mort.» Bref, l’élection de Trump contre toute attente avait permis naïvement de faire naître des espoirs chez les musulmans et les autres, «Tout sauf Clinton disait-on au vu de son comportement va- t-en guerre contre l’islam et son alignement éternel sur Israël.

La doxa occidentale et la faute originelle

Il est convenu dans les pays occidentaux que chaque fois qu’il y ait un attentat, sans aucune réserve on désigne l’islam comme bouc émissaire. L’attentat de Charlie Hebdo attribué immédiatement aux islamistes ne s’avère pas aussi juste, il y aurait dans le coup des services de gendarmerie qui auraient été en relation avec un indic qui serait partie prenante du transport des armes qui ont servi au massacre…

D’autre part, sans faire dans la concurrence victimaire, tous les attentats réalisés par des terroristes dits islamiques avec des armes vendues par les Occidentaux se sont soldés par la perte de près de 500 vies. De l’autre côté du curseur, l’unité de référence est différente. Il faut multiplier par 100 pour avoir une idée des pertes de vies humaines. Nous l’avons vu avec Andres Breivik, nazi qui s’assume et qui a tué près d’une soixantaine d’enfants et à qui on trouve des circonstances atténuantes. Le criminel a fait un procès à l’Etat norvégien du fait que la lumière crue de la cellule le gêne. Il a gagné son procès!

Dans ces conditions où pour l’Occident il n’y a pas de bénéfice du doute qui ne peut être dissipé qu’après une enquête minutieuse, la messe est dite concernant l’Islam; «Ce n’est pas toi c’est donc ton frère!». Si en plus même au sein de la «oumma» islamique, plus atomisée que jamais, des guerres hégémoniques pour le leadership divisent encore plus l’unité du monde musulman, les Occidentaux ont beau jeu de dresser les uns contre les autres surtout si en plus cela rapporte. C’est le cas de la haine viscérale d’une monarchie moyenâgeuse qui exporte le terrorisme salafiste responsable des malheurs actuels, avec la bénédiction de l’Occident qui veut stopper l’Iran qu’elle accuse de vouloir étendre le chiisme. Pour cela l’Arabie saoudite s’associe avec Israël et les Etats-Unis qu’elle appâte.

Donald Trump en Arabie Saoudite : soutien politique contre mégacontrats

 Il y a un an, la monarchie saoudienne avait réservé un accueil assez glacial à son prédécesseur, Barack Obama, critiqué pour avoir amorcé un début de rapprochement avec l’Iran. Justement, la visite de Trump le 20 mai en Arabie saoudite qui aurait coûté près de 60 millions de dollars pour son organisation! samedi 20 mai. L’Arabie saoudite ne demande qu’à intensifier ses relations avec les États-Unis, pour cela il y a un prix à payer. D’autant que les relations étaient dégradées par Barack Obama car il avait renoué le contact avec l’Iran. Donald Trump a reçu de la main même du roi Salmane, une des distinctions les plus importantes du pays. Des accords commerciaux pour un montant de 380 milliards de dollars. Sur l’ensemble de ces contrats, un tiers concerne la vente d’armement. «La valeur des investissements dépasse les 380 milliards de dollars», a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel Al-Jubeir lors d’une conférence de presse avec son homologue américain Rex Tillerson.

Le commerce des armes

La signature de très gros contrats. Outre les rencontres bilatérales, dont celle avec le roi Salmane, Donald Trump a consacré la première de ses deux journées à Riyadh aux investissements, avec l’annonce d’une série de contrats gigantesques. «C’était une journée formidable», a lancé samedi le président républicain. «Des centaines de milliards de dollars d’investissements aux Etats-Unis et des emplois, des emplois, des emplois.» L’agence officielle saoudienne SPA a fait état de 34 accords dans des domaines de la défense, du pétrole et du transport aérien. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, a pour sa part évoqué des contrats militaires d’une valeur de près de 110 milliards de dollars, présentés comme «l’accord d’armements le plus important de l’histoire des Etats-Unis». Ils ont pour but de «soutenir la sécurité à long terme de l’Arabie saoudite et de l’ensemble du Golfe face à la mauvaise influence iranienne et aux menaces liées à l’Iran qui existent aux frontières de l’Arabie saoudite», a assuré Rex Tillerson. C’est donc coup double pour les Etats -Unis: des contrats mirobolante avec en prime la diabolisation de l’Iran ce qui n’est pas pour déplaire à Israël.

Justement, le professeur Jules Dufour nous explique le commerce des armes.

«Le commerce mondial des armements est florissant. Des guerres qui se prolongent s’avèrent un condiment parfait pour les industries de guerre des pays occidentaux. Depuis le début du siècle, les monarchies du Golfe utilisent les dividendes générés par les exportations de pétrole en étant parmi les plus actifs dans l’importation d’armements. Il s’agit d’une escalade dans ce recours au matériel de défense. Se trouvant dans l’aire immédiate de l’influence de la Russie et voisins de l’Iran et d’Israël les pays du Golfe continueront de s’approvisionner avec les armements produits en Occident. Il importe de rappeler que les principaux exportateurs d’armements de l’UE ont vu leurs ventes grimper en 2016 et, notamment, la France qui a atteint un niveau record de 20 milliards de dollars avec la vente d’une valeur de 16 milliards d’euros grâce à l’Inde qui a conclu en septembre 2016 l’achat de 36 avions de combat Rafale fabriqués par le groupe Dassault, pour environ 8 milliards d’euros. Après des débuts difficiles à l’exportation, le Rafale a trouvé pour la première fois preneurs en 2015: le Qatar et l’Égypte ont chacun acquis 24 appareils. (Le Monde).» (1)

Le discours sur l’islam : Rien de nouveau sous le soleil

Dans un discours à Riyadh, devant les représentants d’une cinquantaine de nations musulmanes, dont 37 chefs d’Etat ou de gouvernement, Donald Trump s’est déclaré, dimanche, porteur d’un message «d’amitié, d’espoir et d’amour». Il a exhorté les pays musulmans à n’offrir aucun «refuge aux terroristes» et a annoncé un accord avec les pays du Golfe pour lutter contre le financement du «terrorisme». «Il s’agit d’une bataille entre des criminels barbares qui cherchent à éradiquer la vie humaine et des gens bien de toutes les confessions qui cherchent à la protéger», a-t-il déclaré. Invitant les pays arabes à compter avant tout sur eux-mêmes, il a estimé que «les nations du Proche-Orient ne peuvent attendre que la puissance américaine écrase cet ennemi à leur place.»

Donald Trump a appelé tous les pays à «isoler» l’Iran. «En attendant que le régime iranien montre sa volonté d’être un partenaire dans la paix, toutes les nations dotées d’un sens des responsabilités doivent travailler ensemble pour l’isoler», a-t-il dit en accusant la République islamique d’attiser «les feux du conflit sectaire et du terrorisme.»

Pour le Réseau Voltaire dont les propos sont curieusement équilibrés:

«Contrairement à ce que rapportent les agences de presse occidentales et à ce qu’avait fait le président Obama en Égypte il y a huit ans, le président Donald Trump n’a pas prononcé de discours sur l’Islam lors de son voyage en Arabie saoudite. Rappelant que son voyage qui débutait en Arabie saoudite, terre des Lieux saints de l’islam, se poursuivrait à Jérusalem, Bethléem et au Vatican, il a appelé à la pratique de la tolérance et du respect entre les trois religions abrahamiques. Centrant son discours sur la lutte contre le terrorisme, il a fait appel aux sentiments religieux et humanistes des responsables musulmans présents pour leur enjoindre à ne plus coopérer avec ceux qui sèment la mort. Il les a invités à participer au Global Center for Combating Extremist Ideology (Centre global pour combattre l’idéologie extrémiste). En voici les principaux extraits:» (2)

«Nous ne sommes pas ici pour donner des conférences, nous ne sommes pas ici pour dire aux autres comment ils doivent vivre, agir, apprendre ou adorer. Au lieu de cela, nous sommes ici pour offrir un partenariat – basé sur des intérêts et des valeurs partagés – afin de poursuivre un avenir meilleur pour nous tous. (…) C’est un choix entre deux futurs – et c’est un choix que l’Amérique ne peut pas faire pour vous. Un meilleur avenir n’est possible que si vos nations rejettent les terroristes et les extrémistes. Mettez les dehors. Mettez les hors de vos lieux de culte. Mettez les hors de vos communautés. Mettez les hors de votre terre sainte. Mettez les hors de notre terre.» (2)

Curieusement une fois de plus l’inflexion du discours de Thierry Meyssan qui avait une analyse plus lucide, trouve quelques circonstances atténuantes à ce discours au point de l’expliciter pour nous qui n’avons rien compris, semble –t-il nous dire.

Il écrit : «Pour notre part, écrit-il l’Amérique s’est engagée à ajuster ses stratégies pour faire face à l’évolution des menaces et aux faits nouveaux. Nous éliminerons les stratégies qui n’ont pas fonctionné et nous appliquerons de nouvelles approches éclairées par l’expérience et le jugement. Nous adoptons un réalisme de principe, ancré dans des valeurs communes et des intérêts partagés. (…) Les responsables religieux doivent rendre cela absolument clair: la barbarie ne vous délivrera aucune gloire – la dévotion envers le mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera brève, et votre âme sera condamnée. (…) Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vil credo. Dans le même temps, nous prions pour qu’on puisse se souvenir un jour de ce rassemblement comme le début de la paix au Moyen-Orient – et peut-être même dans le monde entier. (…) Je vous demande de vous joindre à moi, de vous joindre à moi, de travailler ensemble, et de lutter ensemble – Unis, nous ne faillirons pas. Je vous remercie. Dieu vous bénisse. Dieu bénisse vos pays. Et Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique.» (2) Amen.

Pour ceux qui espéraient, avec l’élection de Donald Trump, une politique étrangère alternative des Etats-Unis, je crois que c’est raté.:

«Guerre du Bien contre le Mal, des gens sensés contres les barbares», guerre contre le terrorisme, diabolisation de l’Iran, de la Syrie, du Hezbollah et du Hamas, le président américain a en revanche a été très obséquieux envers ses hôtes saoudiens, soulignant qu’ils ont signé pour 400 milliards de dollars de contrat (dont plus de 100 milliard pour l’armement), et se réjouissant de l’octroi de pouvoirs supplémentaires au femmes saoudiennes d’ici 2030. Point très surprenant: il appelle tous les pays arabo-musulmans à chasser les terroristes hors de leurs frontières (et par conséquences, à les répandre dans le monde) là où l’on aurait pu s’attendre de sa part, à ce qu’il appelle plutôt à les tuer (ce qui ne serait pas une solution en soit) ou à les capturer.» (3)

Il n’a pas parlé de la dimension spirituelle de la région et de son apport à la condition humaine, il est venu le vé des troupes pour combattre un monstre que l’Occident a crée et qu’il nomme Etat Islamique. Les Musulmans qui ont toutes les peines du monde – exception faite de l’Arabie saoudite- à prendre leur distance avec cette idéologie mortifère concoctée dans les laboratoires des pays occidentaux qui veulent reshaper le monde,

Cela nous rappelle en définitive le discours du bien et du mal cher à Bush Junior Trump relance la machine néoconservatrice. Ça a toujours été le discours des néoconservateurs depuis Bush, Sarkozy, Blair Hollande, Fabius, Thierry Meyssan semble vouloir encore et toujours défendre Trump. C’est un discours de Tartuffe destiné à tromper les citoyens de l’Occident (Les autres de toutes façons ne croient pas en la civilisation occidentale). Trump sait bien que le terrorisme mondial est organisé pas les USA, Israël, les rois du pétrole dont les Saoudiens, avec la complicité des gouvernements européens. Ce n’est pas en jouant les Tartuffes que Trump va convaincre les Saoudiens d’arrêter leur guerre terroriste au Yémen.

Donald Trump en Israël

Le président américain est arrivé en Israël, le 22 mai accueilli par le Premier ministre israélien. Il s’est ensuite rendu à Jérusalem, ville sainte pour chrétiens, juifs et musulmans, après avoir affirmé que la paix apparemment insaisissable entre Israéliens et Palestiniens était possible. M.Trump a certes nommé comme nouvel ambassadeur David Friedman, un opposant de la solution à deux Etats. dans un entretien au quotidien Israel Hayom: il déclare aucun gel des colonies ne sera exigé par Washington; aucun plan ou feuille de route ne sera imposé. Le déménagement de l’ambassade vers Jérusalem, promis pendant sa campagne est en attente. Pas de contrat pas un dollar! Au contraire l’aide américaine est de 3 milliards de dollars et les armes américaines aux Israéliens seront toujours les meilleures que celles du bas de gamme fourguées aux Arabes et aux musulmans pour qu’ils s’entretuent.

La considération de Trump pour l’Islam

Tout à fait autre chose en termes d’empathie et de respect. Donald Trump s’est rendu devant le Mur des Lamentations, une première pour un président américain en exercice. Avant Donald Trump, aucun président américain en exercice ne s’y était rendu. Dans cet ordre d’idées, nous avons remarqué que la première dame américaine avait les cheveux découverts, lors de sa visite , comme le fit Michelle Obama dans les mêmes conditions ce qui a provoqué le twitt de Donald Trump du 29 janvier 2015. Twitt dans lequel il constatait le non respect du peuple saoudien. L’histoire ne s’arrête pas là , de passage au Vatican ( à la fois Etat, et Mecque des Chrétiens, la femme et la fille de Trump ont mis des voilettes pour être reçu par le pape. Cette symbolique à géométrie variable plus que cent discours la perception de l’Occident de la considération qu’il a pour le judaïsme , le christianisme et le tiers exclus de la Révélation Abrahamique.

Conclusion

 Rien de nouveau sous le soleil mais Business as usual En définitive, Trump fait coup double, il pompe encore les ressources financières de l’Arabie, et il s’assure que le job sera fait concernant la destruction de la Syrie, du Yémen, et l’Iran. +110 milliards d’armement pour faire quoi? Tuer en finançant les groupes terroristes. Pour continuer à tuer les Yéménites qui ont à faire à une épouvantable épidémie de choléra? Pour attaquer un jour l’Iran? Pourtant, il suffit de 50 milliards de dollars/an pour éradiquer la faim sur Terre!!!

Le président américain veut faire pression pour officialiser la réconciliation Riyadh/Tel-Aviv afin de relancer un hypothèque processus de négociation entre Israéliens et Palestiniens. En cherchant aussi à aider les Saoudiens à sortir de leur enlisement au Yémen, le président américain veut un nouveau partage de type Sykes-Picot avec la Russie. Il s’assure de nouveaux alliés. Israël et l’Arabie saoudite pour redessiner le Moyen-Orient au grand malheur des peuples qui y vivent et qui, on l’aura compris, ne seront pas consultés…

S’agissant de ceux qui dictent la norme à une religion, il eut été hautement souhaitable que le politique se tienne d’une façon équidistante des religions, car dicter une norme à une espérance, atemporelle, c’est peut-être le dernier arrêt avant l’avènement définitif du money-théisme…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Notes

1.Jules Dufour http://www.mondialisation.ca/les-ventes-darmements-au-moyen-orient-en-continuelle-expansion/5591253

2.http://www.voltairenet.org/article 196408.html

3.http://arretsurinfo.ch/video-trump-en-arabie-saoudite-extrait-dun-discours-tres-preoccupant/

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/267613-trump-et-l-islam.html

Une démocratie mondiale de façade. La fin programmée des états.


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

«Le monde se divise en trois catégories de gens: un très petit nombre qui fait se produire les événements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s’accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s’est produit en réalité.» Nicholas Murray Butler, président de la Pilgrim Society

Le monde va mal! Cela devient lancinant de toujours le proclamer! Il est même possible que ceux qui interdisent de porter ce jugement sont ceux-là même qui mènent le monde dans la direction qu’ils veulent, à savoir à l’échelle planétaire l’avènement inexorable d’une oligarchie mondiale qui se veut œcuménique tant qu’on obéisse au money-théisme. Le catéchisme est connu, il faut s’enrichir aux dépens des plus faibles en les exploitant dans un esclavage déguisé, hard, des multinationales qui font travailler des enfants comme au bon vieux temps décrit par Zola dans Germinal ou encore un esclavage d’un autre type qui consiste à dresser les faibles les uns contre les autres au nom de la compétitivité. Ce sera les délocalisations sauvages qui consistent à repérer les pays vulnérables, ce qui permet au capital d’extraire de la valeur.

Barnevick ancien P-DG de ABB avait en son temps décrit la mondialisation:

«Je définirais dit-il la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales.» En clair, c’est la liberté du renard dans le poulailler. Cette mise au pas du monde ne peut pas se faire sans un bréviaire, les accords de Bretton Woods et un clergé, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC avec naturellement un bras armé, l’Otan et la CPI pour les récalcitrants. «Des recherches de l’université de Carnegie Mellon estiment que les Etats-Unis ont été impliqués d’une manière ou d’une autre dans 81 élections différentes depuis la Seconde Guerre mondiale. La Russie l’a fait 36 fois.». (1)

L’illusion lors de l’élection de Donald Trump

On a cru un moment qu’à l’instar du Christ, Donald Trump allait renverser les tables des marchands du Temple de la mondialisation qu’Alain Minc, économiste tout terrain, toute tendance, nous avait fait la promesse heureuse. Il n’en sera rien! Trump sera rapidement pris en charge et on constate une veillée d’armes pluri- dimensionnelle avec un monde plus chaotique que jamais avec des feux illuminant la Terre çà et là comme dans le texte atemporelle de Leo Ferré «un jour le diable vint sur Terre pour surveiller ses intérêts». La publication suivante est édifiante elle nous explique que de fait, le président est sous contrôle:

«Suivre l’argent est toujours l’élément clé et crucial pour déterminer ‘la cause probable / le modus operandi » des actions des globalistes. Bien qu’il y en a beaucoup qui croient que le président Trump est la panacée à tous nos problèmes, il y a beaucoup de choses que le président ignore. C’est intentionnel de la part des intérêts monétaires qui contrôlent le tissu même de notre société. Les intérêts sont des entreprises, des politiques et des religieux: un niveau de contrôle à trois niveaux sur toutes les facettes de la société humaine. (…) » (2)

« Le problème réside dans le fait que derrière ces intérêts, il y a des élites qui croient en l’imposition forcée de leurs philosophies aux masses. Ils croient également pouvoir «abattre sélectivement le troupeau» et maintenir une population servile à des niveaux minimaux pour mener à bien le travail domestique et la production industrielle (les Delta et les Epsilon du livre Le meilleur des mondes de Huxley) sous leur direction. Patiemment, ces élitistes attendaient le jour où leur société «1984» sera une réalité, travaillant à ce projet et l’élaborant depuis des décennies. Le poids de l’humanité pose un problème, car ils ne peuvent pas éradiquer efficacement tout ce qui est en trop sans une épidémie ou une guerre à grande échelle, mais après un tel événement, la planète elle-même pourrait être invivable». (2)

La fin programmée de la démocratie

Une publication savoureuse résume en quelques pages la condition humaine actuelle et permet d’expliquer des incohérences constatées par le profane alors que tout est sous contrôle de personnes non élues, mais qui dirigent des hommes politiques élus pour diriger les pays selon leur directive. On se souvient des propos de Danièle Mitterrand qui reprochait à son mari le président français François Mitterrand de ne pas appliquer ses promesses de campagne. Réponse de l’intéressé, je ne contrôle rien et je ne peux rien contre les banques…Nous le voyons avec la condition des citoyens européens qui sont sous les fourches caudines des oligarques de Bruxelles non élus par les peuples européens, mais qui assassinent le quotidien des citoyens à coups de directives supranationales.

Nous lisons dans cette contribution:

«Les véritables maîtres du monde ne sont plus les gouvernements, mais les dirigeants de groupes multinationaux financiers ou industriels, et d’institutions internationales opaques (FMI, Banque mondiale, OCDE, OMC, banques centrales). Or ces dirigeants ne sont pas élus, malgré l’impact de leurs décisions sur la vie des populations. Le pouvoir de ces organisations s’exerce sur une dimension planétaire, alors que le pouvoir des Etats est limité à une dimension nationale. Par ailleurs, le poids des sociétés multinationales dans les flux financiers a depuis longtemps dépassé celui des Etats. A dimension transnationale, plus riches que les Etats, mais aussi principales sources de financement des partis politiques de toutes tendances et dans la plupart des pays, ces organisations sont de fait au-dessus des lois et du pouvoir politique, au-dessus de la démocratie. La démocratie a déjà cessé d’être une réalité. Les responsables des organisations qui exercent le pouvoir réel ne sont pas élus, et le public n’est pas informé de leurs décisions. La marge d’action des Etats est de plus en plus réduite par des accords économiques internationaux pour lesquels les citoyens n’ont été ni consultés, ni informés. Tous ces traités élaborés ces cinq dernières années (Gatt, OMC, AMI, NTM, Nafta) visent un but unique: le transfert du pouvoir des Etats vers des organisations non-élues, au moyen d’un processus appelé ‘mondialisation »» (3)

L’auteur nous apprend qu’il n’est pas question de créer des révolutions, il faut y aller en douceur:

«Une suspension proclamée de la démocratie n’aurait pas manqué de provoquer une révolution. C’est pourquoi il a été décidé de maintenir ‘une démocratie de façade », et de déplacer le pouvoir réel vers de nouveaux centres. Les citoyens continuent à voter, mais leur vote a été vidé de tout contenu. Ils votent pour des responsables qui n’ont plus de pouvoir réel. Depuis le début des années 1990, l’information a progressivement disparu des médias destinés au grand-public. Les responsables du pouvoir économique sont quasiment tous issus du même monde, des mêmes milieux sociaux. Ils partagent donc tout naturellement la même vision de ce que devrait être le monde idéal futur.» (3)

L’objectif étant de réduire le rôle d’un Etat stratège et protecteur des plus faibles. C’était d’ailleurs la doctrine de Ronald Reagan pour qui ‘l’Etat était le problème et pas la solution ». Il eut un excellent disciple en la personne de Margaret Thatcher qui elle, déclarait sans ambages:

«Je ne connais pas de citoyens, je connais le consommateur.» «Il est dès lors naturel poursuit l’auteur de la contribution parlant des «dirigeants du monde» qu’ils s’accordent sur une stratégie et synchronisent leurs actions respectives vers des objectifs communs, en induisant des situations économiques favorables à la réalisation de leurs objectifs, à savoir: «Affaiblissement des Etats et du pouvoir politique. Déréglementation. Privatisation des services publics. Désengagement total des Etats de l’économie, y compris des secteurs de l’éducation, de la recherche, et à terme, de la police et de l’armée, destinés à devenir des secteurs exploitables par des entreprises privées. Endettement des Etats au moyen de la corruption. Plus un gouvernement est sous le contrôle des «Maîtres du monde», et plus il fait augmenter la dette de son pays. Précarisation des emplois et maintien d’un niveau de chômage élevé, entretenu grâce aux délocalisations et à la mondialisation du marché du travail. Réduction des aides sociales, pour accroître la motivation du chômeur à accepter n’importe quel travail. Empêcher la montée des revendications salariales dans le tiers-monde, en y maintenant des régimes totalitaires ou corrompus.» (3)

«Les organisations multinationales privées se dotent progressivement de tous les attributs de la puissance des Etats: réseaux de communication, satellites, services de renseignements, fichiers sur les individus, institutions judiciaires (établies par l’OMC et l’AMI, accord grâce auquel une multinationale pourra traîner un Etat devant une cour de justice internationale privée). L’étape suivante -et ultime- pour ces organisations sera d’obtenir la part de pouvoir militaire et policier qui correspond à leur nouvelle puissance, en créant leurs propres forces armées, car les armées et polices nationales ne sont pas adaptées à la défense de leurs intérêts dans le monde. Mais à l’étape ultime du plan, ces armées privées serviront les intérêts des grandes multinationales, et attaqueront les Etats qui ne se plieront pas aux règles du nouvel ordre économique. (…) La majeure partie du commerce mondial a lieu sans monnaie-papier, et seulement 10% des transactions financières quotidiennes correspondent à des échanges économiques dans le «monde réel». Les marchés financiers eux-mêmes constituent un système de création d’argent virtuel, de profit non-basé sur une création de richesses réelles. Cette création d’argent sans création de richesses économiques correspondantes est la définition même de la création artificielle de monnaie.» (3)

La dimension environnementale pourrait gripper la machine

L’auteur nous apprend qu’il n’y a que l’environnement qui pourrait freiner cette machine du diable non par une quelconque empathie envers la nature mais par l’atteinte des limites que l’overshoot day ( le jour du dépassement) nous alerte chaque année sur l’impossibilité d’assurer une production pour contenir la gabegie des puissants en terme d’énergie, d’eau et naturellement cela se paye par les convulsions climatiques qui font que les pays vulnérables sont en première ligne pour l‘ardoise à payer en terme économique mais aussi humain.

«Un système économique libéral, dont le but est la recherche du profit à court-terme pour des intérêts particuliers, ne peut prendre en compte les coûts à long terme tels que la dégradation de l’environnement. Si nos modèles économiques intégraient le coût réel de la destruction de la nature, de la pollution, des modifications climatiques, cela changerait radicalement notre estimation de ce qui est «rentable» et de ce qui ne l’est pas. La production de la nature a été évaluée à 55 000 milliards de dollars par an par un groupe de scientifiques de l’Institute for Ecological Economics de l’université du Maryland en 1997. La disparition de la nature est inévitable, car elle est voulue par le nouveau pouvoir économique. Pourquoi? pour trois raisons: La disparition de la nature et l’augmentation de la pollution vont rendre les individus encore plus dépendants du système économique pour leur survie (…). La contemplation de la beauté et de la perfection de cet ordre est subversive: elle amène l’individu à rejeter la laideur des environnements urbanisés, et à douter de l’ordre social qui doit demeurer la seule référence. L’urbanisation de l’environnement permet de placer les populations dans un espace totalement contrôlé, surveillé, et où l’individu est totalement immergé dans une projection de l’ordre social. Enfin, la contemplation de la nature incite au rêve et intensifie la vie intérieure des individus, développant leur sensibilité propre, et donc leur libre-arbitre. Ils cessent dès lors d’être fascinés par les marchandises. Délivrés de leurs chaînes, ils commencent à imaginer une autre société possible, fondée sur d’autres valeurs que le profit et l’argent. Tout ce qui peut amener les individus à penser et à vivre par eux-mêmes est potentiellement subversif. Le plus grand danger pour l’ordre social est la spiritualité car elle amène l’individu à bouleverser son système de valeurs et donc son comportement, au détriment des valeurs et comportements précédemment implantés par le conditionnement social. Pour la stabilité du «nouvel ordre social», tout ce qui peut stimuler l’éveil spirituel doit être éliminé.» (3)

Tout est dit, nous allons vers la robotisation du monde avec les promesses prévues par Orwell dans son fameux roman 1984. Il laissa pour la postérité cette fameuse phrase qui n’a pas pris une ride:  « A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. »

Les contre-pouvoirs pour résister

En son temps le forum brésilien de Porto Alegre avait apporté un vent d’espoir vite dissipé. Ce fut ensuite un peu partout les Indignés de Stéphane Hessel qui nous incitait à «nous indigner» en vain! Ce sera en France «Nuit Debout». Tous ces mouvements comme Podemos en Espagne qui se veulent une alternative au tout-marchand n’ont pas tenu la route. On voit comment Syriza est rentré dans le rang et les citoyens grecs n’en finissent pas de payer des dettes pour un argent qu’ils n’ont pas dépensé. Même en France le mouvement «la France insoumise» avec Jean-Luc Melenchon et qui a récolté près de 20% aux élections en France risque aussi de s’évanouir. L’auteur appelle à une coordination mondiale, une de plus dirions-nous:

«Pour ne pas être définitivement exclus du jeu, les contre-pouvoirs au pouvoir économique (syndicats, associations de consommateurs, mouvements écologistes) doivent répondre en se plaçant sur le même niveau d’organisation, au niveau mondial et non plus national, en unifiant et en synchronisant leurs actions, à l’échelle de groupes d’Etats pesant un poids suffisant dans les flux économiques mondiaux.» (3)

De fait, en Occident les citoyens se croient libres de dire et de faire ce qu’ils veulent. Rien n’est plus faux. Ils sont des esclaves consentants à qui «le divin marché» selon la belle expression du philosophe Dany Robert Dufour on donne l’illusion qu’il est en démocratie. Le regretté Coluche avait l’habitude de dire: «Dans les pays où les libertés sont réduites c’est: « Ferme ta gueule! », dans les pays dits démocrates, c’est « cause toujours ». Nous le voyons tous les jours avec cette mondialisation-laminoir qui flatte leurs ego en leur donnant le sentiment factice d’une hyper-puissance alors qu’en fait, ils sont des marionnettes conditionnées à dépenser, mais pas à penser. En toute logique, les combats ne sont pas entre faibles dans chaque pays, mais entre les faibles du monde et l’oligarchie qui le gouverne.

Dans cet ordre, l’essai de Thierry Meyssan Le monde tel qu’il est dépeint loin de l’idéal de la naïveté de chacun, loin de l’éthique tous les coups sont permis, même les plus bas. Comme l’écrit le chercheur canadien Marshall McLuhan: «Seuls les plus petits secrets ont besoin d’être protégés. Les plus gros sont gardés par l’incrédulité publique.»

«Il décortique, nous dit François Xavier, les Printemps arabes vus de Paris, vécus par les Frères musulmans, et organisés depuis Washington. Révélateur de la duperie dans laquelle nous vivons, ce livre apportera surtout à ceux qui veulent prendre leur destin en main, les données indispensables pour comprendre ce qui se passe. Car il n’est pas joli-joli le mandat Sarkozy, et l’ombre du reniement face au peuple lors du référendum sur l’Europe n’est rien comparé à ce qu’il orchestra en Libye. Le témoignage de Walter E. Fauntroy, ancien membre du Congrès des États-Unis et ancien assistant de Martin Luther King Jr est glaçant: il a vu des soldats réguliers français et danois, aux côtés d’Al-Qaïda, décapiter des Libyens… Puis, le 5 septembre 2011, le président Sarkozy recevra le patriarche maronite, S. B. Béchara Raï, et lui expliquera sans détour que l’Empire va placer les Frères musulmans au pouvoir à Damas et qu’il faut songer à rapatrier les chrétiens d’Orient en France. Après la Libye, la Syrie… Ainsi il en va du monde moderne où les forces spéciales françaises (sous l’autorité du général Puga) aident les djihadistes à attaquer Maâloula, puis encadrent les takfiristes à Baba où ils proclament un Émirat islamique (…)».(4)

Cela a commencé comme documenté avec les révolutions brutales des pays pétroliers comme l’Iran – le premier ministre Mossagegh qui voulait contrôler les richesses nationales de l’Iran fit face à un coup d’état en bonne et due forme. Le Chah le démit et mit à sa place le général Zahedi plus conciliant avec l’Angleterre et les Etats Unis . Bien plus tard, Margareth Albright reconnaissait que c’était la CIA qui a été à la manœuvre. Ce sera ensuite, le Chili  qui vit un coup d’état fomenté par les Américains, car Allende voulait récupérer les richesses de son pays. Il en mourut.  C’était partout la démocratie aéroportée jusqu’en 2003, qui vit l’occupation de l’Irak, l’installation d’un vice roi  (administrateur général) en  la personne de Paul Bremer suivi de  la pendaison de  Saddam Hussein. Les Irakiens se déchirent encore et toujours, mais le pétrole coule à flot, direction les Etats Unis  d’Amérique.

Par la suite, le soft power a permit l’émergence des révolutions arabes qui emportèrent la Libye, son guide fut lynché, l’Egypte ; la Syrie que l’on veut à tout prix et comme le recommande  Kissinger la reshaper pour le plus grand bien d’Israël . Ce sera la Tunisie et sa révolution dite de jasmin . Ce sera la seule révolution mise en œuvre pour créer un chaos de plus chez les Arabes, et qui risque  contre toute attente des architectes du chaos ,de réussir du fait de la résilience du peuple tunisien.

En  fait la théorie du  chaos organisateur Ordo ab chaos   qui avait les préférences de Candy Rice en son temps, a été  mise en œuvre auprès des pays faibles . Le néo-libéralisme à la manœuvre  continue encore son travail destructeur des nations, notamment en créant la zizanie inter-pays  et bloc, comme c’est le cas de l’Alliance au vu et au su de tout le monde , de l’Arabie Saoudite et d’Israël –  Une ambassade saoudienne et en  construction en Israël – Cette alliance est notamment  en œuvre pour détruire le Yemen qui fait face en prime à une terrible épidémie de choléra.

En fait ce qui a été fait pour les pays faibles est en train de gagner les  faibles des pays  développés .A  partir des années 2005  apparurent les révolutions de couleur, en Géorgie, en Ukraine… Le chaos s’y est installé.  Cela ne suffit pas au néo-libéralisme  car après avoir laminé les peuples faibles  il s’occupe des démocraties des pays dits développés, l’objectif et d’arriver à terme à supprimer les Etats  en tant que tels pour n’avoir en face que des peuples consommateurs consentants avec des ersatz de liberté en fait   c’est un asservissement au marché. C’en est fini des solidarités et du rôle d’un Etat stratège de tous ses citoyens pauvres ou riches, qui assure un smic de dignité aux citoyens.

D’où viendrait le sursaut salvateur d’une prise de conscience de tous les hommes sous toutes sous toutes latitudes ? Suffit il de s’indigner ? Suffit -il de passer de veiller et de refaire le monde auprès d’un brasier , pour qu’il change  ?, En leur temps des hommes illustres ont payé de leurs vies cette utopie d’un monde plus juste ; d’un monde où le travail est un motif de fierté qui donne de la dignité. Je veux citer tous les Lumumba, Che Guevara, les Sankara Nous savons que tous les mouvements altermondialistes de Porto Allegre et d’ailleurs ont tenté en vain d’influer sur le cours des choses . Nous l’avons vu avec la loi El Khomry qui détricote les solidarités et marginalise les mouvements syndicaux, livrant le citoyen au bon vouloir des patrons. Ainsi Nuit Debout à Paris, Indignés, Occupy Wall Street… les mouvements spontanés qui se multiplient depuis l’an 2000 mais n’ont pas encore trouvé de vrai débouché politique. A bien des égards ce qui va se passer en France est d’une certaine façon un laboratoire des confrontations de ce qui reste de la contestation avec un pouvoir acquis qui annonce la couleur.

Les certitudes des architectes du Nouvel ont toujours étaient clairs . Elle sont plus que jamais d’une brûlante réalité  Déjà en 1920 Paul Warburg Grand banquier, premier président du CFR en 1920 écrivait : « Nous aurons un gouvernement mondial, que cela plaise ou non. La seule question sera de savoir si il sera créé par conquête ou par consentement » David Rockefeller le bien nommé parlait carrément de Nouvel Ordre inéluctable : « Nous sommes à la veille d’une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin est la bonne crise majeure, et les nations vont accepter le Nouvel Ordre Mondial » Sombres jours pour les sans dents du monde…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

1. http://fr.whatsupic.com/nouvelles-politiques-monde/1494415152.html

2.http://lesakerfrancophone.fr/une-catastrophe-mondiale-est-orchestree-par-les-elites-il-y-a-beaucoup-de-choses-que-le-president-ne-sait-pas

3.http://www.syti.net/Topics2.html

4.http://reseauinternational.net/thierry-meyssan-le-monde-tel-quil-est/#rTgLj9HGBTZPmx5t.99

 

 

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/266810-la-fin-programmee-des-etats.html

Les horreurs de la colonisation. A quand un TPI pour juger les crimes contre l’humanité?


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

 

 

«Le manque chronique de nourriture et d’eau, l’absence de sanitaires et d’aide médicale, le délaissement des moyens de communication, une éducation nationale pauvrette et l’esprit dominant de dépression que j’ai pu constater moi-même dans nos villages après un siècle de gouvernance britannique me font désespérer de ses avantages.»  Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature

Il est connu, malgré la doxa ambiante, que l’Occident donneur de leçons a toujours eu un langage ambivalent. Il se veut seul détenteur de sens et dicte cependant la norme de ce qui est licite et de ce qui est illicite. Je veux dans cette contribution encore une fois déconstruire ce double langage à la fois des Lumières et dans le même temps de la traite esclavagiste, le Code noir, le Code de l’indigénat, la colonisation dans toute son horreur. Ce 8 mai est toujours pour les Algériens un moment de grande solitude et de recueillement devant l’injustice des grands vis-à-vis des peuples faibles. Qu’on en juge! Partout en Europe le 8 mai est fêté comme la fin de la guerre, l’avènement de la paix pour les peuples d’Europe, qui, à des degrés divers, ont souffert et au premier rang desquels le peuple russe qui laissa sur le champ de bataille 20 millions de ses enfants, La France perdit 200.000 combattants dont une grande partie venait des colonies et près de 300.000 civils.

Pas un mot des tirailleurs algériens, marocains qui ont été déterminants dans la victoire sur le nazisme. N’est-ce pas en effet le général de Lattre de Tassigny qui écrivait dans son ordre du jour numéro 9 du 9 mai 1945 adressé à ses soldats: «De toute mon âme, je vous dis ma gratitude. Vous avez droit à la fierté de vous-mêmes comme celles de vos exploits.» Le général de Montsabert ne fut pas en reste en s’adressant à ses soldats de la 3e DIA, il écrit: «C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté.» Ce sont ces tirailleurs qui, revenant au pays, se feront raconter les massacres. Ce 8 mai qui devait marquer le début de l’horreur pendant plus de deux mois de terreur avec des dizaines de milliers de morts innocents dont le seul crime était d’avoir demandé à s’émanciper.

«Veuillez transmettre aux familles des victimes de l’agression de Sétif la sympathie du général de Gaulle et du gouvernement tout entier. Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie. Veuillez prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tout agissement anti-français d’une minorité d’agitateurs. Veuillez affirmer que la France garde sa confiance à la masse des Français, musulmans d’Algérie.»

Voilà ce qu’écrivait Charles de Gaulle le 10 mai 1945, Je ne suis pas sûr qu’il s’adressait aux familles des Algériens et de fait, il ne s’adressait en fait qu’aux Français d’Algérie et donnant des instructions fermes au gouverneur de mater la rébellion. Il ne faut pas croire que dans cette croisade des criminels de guerre jamais jugés tels Achiary, il n’y eut que les autochtones, même les prisonniers italiens, allemands, les tirailleurs sénégalais, tous les planqués européens d’Algérie partisans de «Maréchal nous voilà», Vichy, se découvrent une âme de patriotes gaullistes et défendent la patrie en danger contre de pauvres hères. Le Parti communiste ne fut pas en reste, Le 12 mai le journal L’Humanité appelle à châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute.’ Bref, de la droite à la gauche il y eut un consensus pour tuer dans l’oeuf l’insurrection. Le ministre de la Guerre, un communiste, fut chargé entre autres de pilonner les villes de Kherrata et Béjaïa à partir de la mer avec ses navires qui n’ont servi que contre les Algériens.

L’écrivain Kateb Yacine l’auteur du chef d’oeuvre « Nedjma » était lycéen à l’époque et a vécu les événements de Sétif; il écrit:

«Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. A Guelma, ma mère a perdu la mémoire (…) On voyait des cadavres partout, dans toutes les rues. La répression était aveugle; c’était un grand massacre. L’armée vide des villages entiers et regroupe tous les musulmans pour organiser des cérémonies de soumission où tous les hommes doivent se prosterner devant le drapeau français et répéter en choeur: Nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien. » Après ces cérémonies, certains sont quand même embarqués puis assassinés.» (1)

Au total, le trop-plein de haine que les Français de France et d’Algérie n’ont pas pu extérioriser contre la Wehrmacht a trouvé un exutoire contre des êtres sans défense. Il y eut 107 Français qui ont été tués lors de ces émeutes contre au moins 20.000 Algériens (1) pour 200). Les Algériens avancent le chiffre de 45.000 morts Le général Deval, surnommé à juste titre le boucher du Constantinois, savait ce qu’il disait en interpellant les pouvoirs politiques: «Je vous ai donné pour dix ans.»

La colonisation matrice des invasions coloniales de l’Europe

En fait mis à part la perfide Albion et le coq gaulois son âme damnée qui furent les premiers à mettre en œuvre les invasions de pays vulnérables pour des motifs tout aussi répréhensibles les uns que les autres.   Tout commença avec la débâcle de Napoléon sur les théâtres européens , d’abord en tentant d’envahir la Russie ,ce sera la Bérézina avec le maréchal Koutouzov qui infligea hiver aidant une sévère défaite , ce sera la retraite de Russie bien décrite par Victor Hugo : «  Il neigeait on était vaincu par sa conquête, pour la première fois l’aigle baissait la tête.. . La France vaincue d’une façon humiliante à Waterloo, du fait notamment de la défection d’un de ses militaires, le général de Bourmont, qui passa à l’ennemi Napoléon fut battu exilé à Saint Hélène où il mourut . Après le traité de Vienne, justement en 1815 les pays européens ont compris que pour pouvoir soutenir l’expansion européenne il fallait sortir de l’Europe et aller combattre des pays faibles.

L’Angleterre commença dès 1757 en envahissant le sous continent indien et la colonisation dura près de 190 ans jusqu’en 1947 en laissant en guise de cadeau d’adieu une bombe à retardement la partition de l’Inde qui verra la création du Pakistan. La France pour sa part envahira l’Algérie un matin de 1830 avec le même général de Bourmont traite de Waterloo envoyé par le roi Charles X aller mettre en pratique une guerre d’épouvante Par la suite avec toujours son acolyte dans les mauvais coups ce sera la guerre de l’opium infligée à la Chine et l’invasion du Palais d’été. Le 18 octobre 1860, les Français et les Anglais brûlent le Palais d’Été de l’empereur de Chine, près de Pékin, après l’avoir pillé. C’est une des merveilles du monde qui part en fumée. la Grande-Bretagne et la France de Napoléon III ont envoyé vers Pékin un corps expéditionnaire avec mission de contraindre l’empereur à ouvrir son pays à leurs commerçants et missionnaires. C’est ce que l’on a appelé plus tard la «Seconde guerre de l’opium», la première s’étant conclue en 1842 par le traité de Nankin.

Victor Hugo  immortalisa cette rapine sanglante:

« Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu’il paraît. Une dévastation en grand du Palais d’été s’est faite de compte à demi entre les deux vainqueurs. On voit mêlé à tout cela le nom d’Elgin, qui a la propriété fatale de rappeler le Parthénon. Ce qu’on avait fait au Parthénon, on l’a fait au Palais d’été, plus complètement et mieux, de manière à ne rien laisser. Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits ». (2)

« Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voila ce que la civilisation a fait à la barbarie. Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m’en donner l’occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais. L’empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd’hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été. J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate ».(2)

Par la suite ce sera les provocations au nom de la protection des minorités. Les mêmes acolytes s’en prennent à l’empire ottoman «  l’homme malade de l’Europe » en tentant et en réussissant à attiser les tensions interconfessionnelles. C’est ainsi que la France découvre les maronites et se souvient de la promesse de Saint Louis à l’évêque Maroun. Naturellement cela débouchera sur des émeutes et l’Emir Abdelkader exilé d’Algérie, à Damas eut toutes les peines du monde avec ses proches à secourir à sécuriser plusieurs milliers de chrétiens en les hébergeant et les sécurisant dans sa propriétés pendant quelques semaines ; Cela n’a pas empêché les acolytes français et britanniques d’imposer un gouverneur spécifique ( Moutassarif) chrétien pour gérer les affaires des chrétiens . C’est d’ailleurs comme cela que le Liban qui faisait partie de Bilad Echam ( la grande Syrie) sera crée . Le détricotage de l’empire ira croissant, ce sera la Grèce la Bulgarie …) Pour arriver en définitive aux accords de Sykes Picot ; la bête n’était pas encore morte que la curée commença et l’empire Ottoman fut dépecée.

Il faut savoir que l’autorisation de coloniser sera donnée à la conférence de Berlin . En effet, La conférence de Berlin marqua l’organisation et la collaboration européenne pour le partage et la division de l’Afrique. La conférence  commença le 15 novembre 1884 à Berlin et finit le 26 février 1885.

Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat

 Winston Churchill a été un fervent défenseur de l’Empire britannique au point de préconiser le recours aux gaz qui avaient été la terreur des tranchées. Mais le recours à de telles armes suscite l’hostilité du gouvernement, au grand dam de Churchill, qui comptait également employer des engins toxiques contre les tribus rebelles du nord de l’Inde. « Je suis fermement en faveur de l’utilisation de gaz toxiques contre les tribus non civilisées », déclare-t-il dans un mémorandum secret. Reprochant à ses collègues leur « sensiblerie », il ajoute que « les objections du ministère de l’Inde face à l’emploi des gaz contre les indigènes sont déraisonnables. Le gaz est une arme plus miséricordieuse que les explosifs de forte puissance » En quoi serait-il injuste qu’un artilleur britannique tire un obus qui fera éternuer ledit indigène?» (3)

Parmi les autres prouesses des empires coloniaux, la famine. Rabindranath Tagore qualifie ainsi la colonisation britannique qui fait de l’organisation de la famine une science exacte ainsi:

«60 millions d’Indiens périrent de faim sous l’Empire britannique (…) Churchill, eugéniste et malthusien, expliquant pourquoi il défendait le stockage de biens alimentaires en Angleterre au moment où des millions de personnes mouraient de faim au Bengale (en 1943) disait à son secrétaire privé que: Les Hindous sont une race sotte, protégée par sa pullulation du destin qu’elle mérite ». Et des Indiens, Churchill disait: Je déteste les Indiens, c’est un peuple bestial avec une religion bestiale. La famine c’est entièrement de leur faute car ils se reproduisaient comme des lapins ».» Durant les 190 ans de pillage, le sous-continent indien a dû subir deux grandes famines qui ont fait périr des millions d’Indiens dans tout le pays. Bien qu’on ne connaisse toujours pas avec exactitude le chiffre total, le décompte de l’administration coloniale indique qu’il s’agit d’au moins 60 millions de morts! Et la réalité pourrait être nettement pire. (…) Sur place, des individus réduits à des ombres squelettiques erraient dans le pays et mouraient comme des mouches. On ne saura exagérer le caractère abject et anti-humain de ces coloniaux.» (4)

Nous arrivons au tournant du siècle et les velléités de conquête européennes furent mises ne veilleuse car la première guerre mondiale vit des pays européens s’affronter pour un nouvel espace vital et des marchés. Le Bagdad-Bahn marque la coopération du sultan de Constantinople avec le Kaiser. On commença déjà à supputer l’existence de pétrole au Moyen Orient notamment en Irak à Kirkouk. Naturellement les deux acolytes mirent en ouvre une politique diabolique pour s’emparer du pétrole . Après le dépècement de l’empire ottoman et de l’Allemagne. La Turkich Pétroleum Company sera créée en 1927 avec des parts pratiquement égales de la Royal Dutch Shell de BP la Nedec américaine et de la CFP avec Gulbenkian un homme politique qui prendra 5%,

Les massacres de Madagascar par le colonialisme français

Le plus grand massacre, beaucoup moins connu que celui de Sétif eut lieu à partir du 30 mars 1947 à Madagascar, donnant lieu aux pires atrocités. Le nombre de victimes de la répression a atteint le chiffre vertigineux de 89.000 morts en vingt et un mois, selon les comptes officiels de l’état-major français. (…) La répression avec tortures, exécutions sommaires, regroupements forcés, viols, pillage, villages incendiés avec femmes, vieillards, enfants brûlés vifs se prolonge pendant 21 mois. C’est d’ailleurs sur ordre du ministre «socialiste» des Colonies, Marius Moutet, que les troupes françaises agissent à Madagascar. (..;) A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Etat français couvrait ses crimes et la sordide réalité de la défense de son intérêt national sous le masque héroïque et le prestige de la France de la Libération, de la résistance à la barbarie nazie, tout en se faisant publiquement l’apôtre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à la tribune de l’ONU.» (1)

A côté de la France de l’Angleterre , l’Italie a eu aussi ses colonies, notamment la Somalie l’Erythrée . Ce fut là aussi des invasions brutales des crimes sans nom que les médias et la conscience scientifique. Ainsi comme lue ur la contribution suivante : « i Le 2 octobre 1935, Mussolini annonce son intention d’envahir l’Éthiopie sur un fallacieux prétexte. Mussolini prétexte de l’agression d’inspecteurs italiens, quelques mois plus tôt, le 23 novembre 1934, aux confins de la colonie italienne de Somalia et de l’Éthiopie. Le Duce adresse un discours belliqueux aux Italiens et leur annonce sa décision d’envahir l’Éthiopie. En Italie, la condamnation de la SDN a l’effet paradoxal de souder la population autour du Duce. Le vieux pape Pie XI (78 ans) commet lui-même l’erreur de visiter une exposition consacrée à la conquête et de saluer l’expansion italienne (aux dépens de l’Éthiopie chrétienne!). Son secrétaire d’État, Eugenio Pacelli, futur Pie XII, tente de minimiser la portée de sa déclaration.» (5)

Même scénario concernant italien pour l’invasion de la Libye:

«Le général Rodolfo Graziani, fidèle du régime fasciste, devient quant à lui vice-gouverneur de Cyrénaïque. Entre 1930 et 1931, les Italiens occupent l’ensemble du Fezzan et l’oasis de Koufra, grâce aux opérations de Graziani. (…) Si la situation est maîtrisée dans le Fezzan, elle est nettement plus délicate en Cyrénaïque, où le cheikh Omar Al Mokhtar, soutenu par les Sanussi, dirige une guérilla de moudjahidines et fait régner une insécurité générale. Pour éradiquer la guérilla senoussite en Cyrénaïque, les forces italiennes recourent, sur l’ordre de Graziani, à des méthodes impitoyables de représailles contre la population locale quand elle était accusée d’appuyer la rébellion. Enfin, les Italiens déportent plus de la moitié de la population de la province dans treize camps de concentration préparés dans l’est et le sud du pays. Environ 100.000 personnes perdent la vie en raison des épidémies provoquées par les fatigues d’une marche longue; Omar Al Mokhtar voit se disperser ses troupes blessé et capturé le 11 septembre 1931. Le 16 septembre, il est pendu. La disparition du chef de la guérilla libyenne met fin à vingt ans de guerre et achève la pacification totale de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et du Fezzan. La conquête italienne cause au pays de lourdes pertes humaines et matérielles: aux dizaines de milliers de morts s’ajoute le bouleversement de l’organisation sociale et de l’économie traditionnelle. Les structures agro-pastorales sont anéanties et le pays est partiellement dépeuplé.» (6)

Bien plus tard, Silvio Berlusconi, en visite à Tripoli, s’est également excusé auprès du colonel Kadhafi pour l’occupation de la Libye entre 1911 et 1942. «Il est de mon devoir, en tant que chef du gouvernement, de vous exprimer au nom du peuple italien notre regret et nos excuses pour les blessures profondes que nous vous avons causées» «Il s’agit d’un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent de la défaite du colonialisme», a déclaré de son côté Mouammar Kadhafi «Le peuple libyen a subi une injustice et a été agressé chez lui et il mérite excuses et compensations», en présence des fils et petits-fils des héros de la résistance.» (7)

Le massacre des Héréros et des Namas

Les Allemands ne furent pas en reste comme lu sur Wikipédia,: «Le massacre des Héréros et des Namas perpétré sous les ordres de Lothar von Trotha dans le Sud-Ouest africain allemand (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie) à partir de 1904, est considéré comme le premier génocide du XXe siècle. C’est un programme d’extermination qui s’inscrit au sein d’un processus de conquête d’un territoire par les troupes coloniales allemandes entre 1884 et 1911. Il entraîna la mort de 80% des autochtones insurgés et de leurs familles (65.000 Héréros et près de 20.000 Namas). Les faits ont été consignés pour la première fois dans un rapport commandé en 1917 dans un but politique par le Gouvernement britannique au juge Thomas O’Reilly et connu sous le nom de «The Blue Bookhttps.» (8)

« Réévalué à partir des années 1990, ce crime de masse suscite depuis, un important travail de mémoire, que ce soit en Namibie même, ou au sein de la communauté des historiens. (…) Trotha pratique une guerre d’usure durant quatre mois: il ne fait pratiquement rien, observe et s’amuse à effrayer l’ennemi à coups de fusils. Mais en octobre, il fait encercler les Héréros de trois côtés et les mitraille: c’est un véritable carnage qui n’épargne ni femmes ni enfants. Trotha ne leur laisse qu’une seule issue pour fuir: le désert du Kalahari. Alors que les Héréros survivants essayent d’y trouver refuge, Trotha fait empoisonner les points d’eau, dresse des postes de garde à intervalles réguliers avec ordre de tirer sans sommation à vue sur chaque Héréro, homme, femme ou enfant. L’ordre d’extermination (Vernichtungsbefehl) officiel du général von Trotha est libellé en ces mots: «Chaque Héréro trouvé à l’intérieur des frontières allemandes, armé ou non, en possession de bétail ou pas, sera abattu.» (8)

Discours de Léopold II aux missionnaires se rendant en Afrique

Les meilleures illustrations du rôle de l’assimilation religieuse en vue de la réussite de la colonisation et de l’exploitation économique sont probablement les discours tenus par le ministère belge des Colonies, et surtout le discours tenu, en 1883, par Léopold II, roi des Belges, devant les missionnaires se rendant en Afrique.:

«Révérends Pères et mes Chers Compatriotes, vous allez certes pour l’évangélisation, mais cette évangélisation doit s’inspirer avant tout des intérêts de la Belgique.(…) Votre rôle essentiel est de faciliter leur tâche aux Administratifs et aux Industriels. C’est dire donc que vous interpréterez l’Évangile d’une façon qui serve à mieux protéger nos intérêts dans cette partie du monde. Pour ce faire, vous veillerez entre autre à désintéresser nos sauvages des richesses dont regorgent leurs sol et sous-sol, votre connaissance de l’Évangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté, tel par exemple: ‘Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux. Il est difficile au riche d’entrer au ciel »». Vous ferez tout pour que les Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel. (…) Apprenez aux élèves à croire et non à raisonner. (…) Convertissez toujours des Noirs par tous les moyens, bastonnez par la chicotte par exemple. Chantez chaque jour qu’il est impossible au riche d’entrer au ciel.» (9)

Nous empruntons à Alain Corvez qui décrit la perpétuation d’une nouvelle forme de crimes coloniaux:

«La sauvage agression du Yémen par l’Arabie saoudite se déroule depuis mars 2015 dans l’indifférence générale des pays occidentaux pourtant ardents à donner des leçons de morale au monde entier pour dénoncer les crimes des Etats auxquels ils sont hostiles, voire dont ils veulent changer les dirigeants, qui ne répondent pas à leurs critères, par la force des armes, en dehors de toute légalité internationale. (…)La Grande-Bretagne et la France, si promptes à donner des leçons de morale au monde, non seulement ne dénoncent pas ces crimes dont pâtit atrocement la malheureuse population du Yémen, mais participent au soutien en armement de la monarchie wahhabite» (10).

Tout est dit la colonisation ne fut pas un long fleuve tranquille. Dans un cri du cœur :

«  Le discours sur le colonialisme » Aimé Césaire eut ce jugement sans concession concernant la colonisation et l’ensauvagement de l’Europe : « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-Nam une tête coupée et un œil crevé et qu’en France on accepte, une fille violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent ».(11)

Oui, il vaudrait la peine d’étudier, cliniquement, dans le détail, les démarches d’Hitler et de l’hitlérisme et de révéler au très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du XXème siècle qu’il porte en lui un Hitler qui s’ignore, qu’Hitler l’habite, qu’Hitler est son démon, que s’il le vitupère, c’est par manque de logique, et qu’au fond, ce qu’il ne pardonne pas à Hitler, ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique » (11)

Tout est dit Maintenant que les faits ont établis que la colonisation fut un cortège de morts de violence qui interpelle même les génomes et on parle de transmission de douleurs par l’ADN , on peut comprendre les errances et les désarrois des peuples subjugués qui ont souffert . A quand un Tribunal pour rendre justice sans pompe à finance à la clé comme ce le fut pour les massacres des juifs. Simplement un tribunal de l’histoire, du type Bertrand Russel qui permettra de faire peut être le deuil par la reconnaissance sans équivoque, franche des pays qui ont envahi d’autres . C’est de mon point de vue le plus sûr moyen de mettre en accusation la doxa occidentale dont les détenteurs qui se veulent les seuls détenteurs de sens en dictant leur norme ont amené l’humanité à ce degré de bestialité. En tournant la page de l’abjection- sans la déchirer,   on redimensionnera la sombre certitude des « héritiers dit du   « siècle des lumières » qui fut un siècle des ténèbres pour les pays colonisés.

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

 

Photos : [Guerre d’Algérie] Quand la France plongeait les Algériens dans des fosses d’acide

source : https://www.algerie1.com/focus/oui-le-colonialisme-est-un-crime-contre-l-humanite-286

 

Notes

1.http://www.oclibertaire.lautre.net/spip.php?article866

2.Lettre de Victor Hugo au capitaine Butler à propos de l’incendie du Palais d’Eté : https://www.monde-diplomatique.fr/2004/10/HUGO/11563

3.Quand Winston Churchill approuvait les gaz de combat The Guardian 13 09 2013

4. http://www.solidariteetprogres.org/grande-famine-bengale-genocide-britannique.html

5.https://www.herodote.net/2_octobre_1935-evenement-19351002.php

6.. https://fr.wikipedia.org/wiki/Libye_italienne

7.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/l-italie-s-excuse-et-paie-une-dette-a-la-libye-pour-la-colonisation-subie_556898.html

8.https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_des_H%C3%A9r%C3%A9ros_et_des_Namas

9.http://afrikhepri.org/heureux-les-pauvres-car-le-royaume-des-cieux-est-a-eux-il-est-difficile-au-riche-dentrer-au-ciel/

10.http://reseauinternational.net/les-pays-occidentaux-complices-de-crimes-contre-lhumanite-au-yemen/#PKDFWIu5W3omjz0s.99

11.Aimé Césaire  : Discours sur le colonialisme  Editions Présence Africain   Paris 1955

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/266536-a-quand-un-tpi-pour-juger-les-crimes-contre-l-humanite.html