Histoire de la conversion des Géorgiens au Christianisme


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Ouvrage: Histoire de la conversion des Géorgiens au Christianisme – Codex 689 du Vatican

Auteur: Macaire Patriarche d’Antioche

Traduction par Lébédew de Olga

Casa editrice italiana, Roma, 1905

 

 

HOMMAGE
AUX MEMBRES DU XIVe CONGRÈS INTERNATIONAL
DES ORIENTALISTES À ALGER.

 

PRÉFACE
Le Patriarche d’Antioche, Macaire Elzaïme ( الزعيم ) arabe
d’Alep, a été deux fois en Russie pendant le règne du Tzar
Alexis. La première fois il y alla pour recueillir des aumônes ;
la seconde — dix ans plus tard — invité par le Tzar, pour juger
le Patriarche Nicone. À son premier voyage il était
accompagné de son fils, l’Archidiacre Paul d’Alep, qui a fait
une description très détaillée et fort curieuse, du voyage de son
père.
L’original arabe de cette oeuvre importante, au point de vue
historique, n’a encore été imprimé nulle-part, mais il a été
traduit, d’abord dans les années trente du siècle dernier par
Belfour en anglais, et en 1900 en russe par Georges Mourcos,
professeur de langue arabe à l’Institut Lazarew de Moscou.
Pourtant, ni l’un, ni l’autre n’a mentionné la partie du voyage
du Patriarche Macaire en Géorgie, que nous présentons ici pour
la première fois à nos lecteurs éclairés dont nous espérons
obtenir l’indulgence.
Les traducteurs susmentionnés du voyage de Macaire, ne
soupçonnaient même pas l’existence d’une description de son
voyage au Royaume de Géorgie. Il est évident que ce manuscrit
ne leur était point connu, ne se trouvant pas dans les copies
desquelles ils ont fait leurs traductions. Cela s’explique

facilement parce que cette partie du voyage du Patriarche a été
décrite par lui-même et non par son fils Paul qui, à son retour
de Moscou avec son père, tomba malade en Géorgie où il
mourut.
Le Patriarche Macaire mentionne ce fait dans les termes
suivants, dans une lettre adressée au Patriarche Josaphat de
Moscou, de Tiflis, le 22 Juin 1669 : « Nous sommes arrivés en
Ibérie, où l’Archidiacre Paul est mort, après y avoir séjourné
un mois »

Cette lettre est conservée à la bibliothèque Synodale de
Moscou. Du reste, on peut voir par le texte même de notre
manuscrit qu’il a été écrit par le Patriarche Macaire, puisqu’il
dit partout : « Nous avons fait, nous avons ordonné… etc. ».
Tandis que l’Archidiacre Paul écrivait : « Et notre très-saint
Patriarche a dit… Et je m’y trouvais aussi en compagnie de Sa
Sainteté…, etc. ».
Il est difficile de préciser à quelle époque le Patriarche
Macaire a écrit la relation de son voyage : probablement
bientôt après son retour à Damas (1671).
Le ms. que j’ai eu à ma disposition se trouve à la
Bibliothèque du Vatican, sous le numéro 689 (Vatic. arab. 689 ;
v. Mai, Script. Vet. Nova Coll., IV, 596). Il m’a été
recommandé par l’illustre professeur Ignace Guidi. Ce
manuscrit est écrit en langue vulgaire et toute son importance
est en ce qu’il dépeint avec beaucoup de vivacité l’état
religieux et politique du peuple Géorgien du XVIIème siècle,

c’est-à-dire à une époque où ce pays nous était peu connu.
Cela suffit pour démontrer l’importance historique de notre
manuscrit.
S.t-Pétersbourg, 1905.
OLGA DE LÉBÉDEW.

 

 

I.
Conversion des Géorgiens à la religion Chrétienne.

RÉCIT qui explique le motif de leur conversion à la
religion du Messie. Ayant commencé par dépendre du
Patriarcat d’Antioche, ils se sont élu, plus tard, un
Catholicos et sont devenus indépendants.
Apprends, ô lecteur, que dans les premiers temps du
Christianisme, l’Apôtre André est venu chez les Géorgiens
pour les éclairer par la foi chrétienne et le saint baptême. Mais
après quelque temps ils sont redevenus païens. Bien des années
plus tard ils ont été ramenés à la religion chrétienne par
l’influence d’une femme chrétienne du nom de Nina[1] qui était
leur prisonnière. Elle y est parvenue à la suite de guérisons et
de divers miracles qu’elle avait faits parmi eux. Entre autres,
elle a guéri la reine de Géorgie qui souffrait depuis de longues
années d’une maladie inguérissable.
La sainte qui avait refusé d’accepter les riches présents
envoyés par la Reine, conseilla à cette dernière de se faire

baptiser, avec son mari le Roi Mirbâne ainsi que tout le peuple
de Géorgie.
La Reine lui obéit et conseilla au Roi de renier ses anciennes
erreurs et d’avoir foi en Jésus-Christ. Le Roi ayant refusé
d’embrasser le Christianisme, devint aveugle. Ce malheur le
força de s’adresser à sainte Nina à laquelle il promit de se faire
baptiser avec tout son peuple dans le cas où elle lui rendrait la
vue.
Elle lui rendit la vue et lui ordonna d’envoyer une
ambassade à l’Empereur Constantin le Grand pour l’entretenir
des affaires de la Géorgie et le prier de leur envoyer un évêque
qui les baptiserait et leur donnerait les premiers enseignements
dans la religion chrétienne.
Le Roi s’étant conformé à la demande de la sainte,
Constantin le Grand en fut très réjoui et leur envoya le
Patriarche d’Antioche, Anastase, puisqu’ils avaient appartenu,
jadis, à son Patriarcat.
Anastase se rendit donc en Géorgie dont il baptisa le peuple.
Il y construisit des églises, il y sacra des évêques, des prêtres
et des diacres.
Le Roi de Géorgie fit don au Patriarche de mille bourgades,
dont le revenu annuel devait être dépensé pour la préparation
du saint Chrême que le Patriarche d’Antioche seul avait le droit
de préparer, et c’est de cette ville qu’on la distribuait au monde
entier.
Après avoir accompli tout cela il s’en retourna chez lui.
Les bourgades géorgiennes susmentionnées envoyaient tous
les ans mille dinars au Patriarche d’Antioche et cet usage

continua jusqu’au règne du Khalife d’Égypte el-Hâkim-biemr
Allâh[2] (l’an 400 de l’Hégire), qui envoya Oreste, Patriarche
de Jérusalem, à Constantinople pour conclure un traité d’amitié
avec les Byzantins. Lorsque le Patriarche Oreste passa par
Antioche, Jean, Patriarche de cette ville, lui céda les mille
dinars qu’il recevait de Géorgie, à condition qu’on priât
toujours à Jérusalem pour le salut de son âme ; sans, pourtant,
lui céder la suprématie du Patriarcat d’Antioche sur la Géorgie.
Les successeurs des archevêque morts devaient toujours aller
se faire sacrer à Antioche et, après avoir été choisis par leur roi
et leurs évêques, être sacrés par le Patriarche d’Antioche.
Effectivement, ce dernier les sacrait et les renvoyait dans
leurs pays. Cet usage a été en vigueur jusqu’à la conquête
d’Antioche et des autres pays Syriens par les musulmans.
Cet ordre de choses se maintint bien des années, mais après
la conquête musulmane le Patriarcat d’Antioche resta vacant
pendant quarante ans ; puis enfin, Stéphane le Dieux fut élu
Patriarche. Il fut succédé par Théophilacte le prêtre de la ville
de Roha (Édesse).
C’est de son temps que David, Roi d’Abhazie (en Géorgie)
envoya un grand nombre de membres du clergé à Antioche,
pour être sacrés évêques.
Pendant leur voyage ils furent assaillis par des brigands qui
leur enlevèrent tous les cadeaux qu’ils portaient au Patriarche
et les massacrèrent tous excepté deux, qui réussirent à se
sauver et arrivèrent à Antioche. Ils firent le récit de tous leurs
malheurs à Théophilacte et ils ajoutèrent que les Géorgiens
souffraient beaucoup du manque d’évêques. Théophilacte

convoqua, à cet effet, un concile d’un grand nombre de ses
archevêques, et il y fut décidé qu’on sacrerait pour les
Géorgiens un Catholicos indépendant, qui serait autorisé à
sacrer leurs évêques, en leur imposant le devoir de mentionner
toujours le nom du Patriarche d’Antioche pendant la sainte
messe.
On avait décidé aussi d’y envoyer tous les ans d’Antioche,
un exarque chargé de contrôler les faits et gestes du clergé et
de relever les impôts institués par le canon ecclésiastique.
Le Patriarche délivra une charte à cet effet, aux deux
individus qui avaient échappé aux brigands, après quoi il tira
au sort, et comme le sort tomba sur Jean, il le sacra Catholicos
de Géorgie. Son compagnon fut sacré Évêque.
Le Catholicos devait avoir sa résidence au pays des Abhazes.
Après les avoir sacrés il les renvoya dans leur pays.
Bien des années plus tard, lorsque l’hérésie commença à
semer la discorde dans la religion, le Patriarche Théodore
envoya son secrétaire Basile pour apaiser les querelles des
partis. Ce même Patriarche donna l’autorisation au Catholicos
de Géorgie de préparer le saint Chrême.
Comme les prêtres et les moines vendaient à un prix très
élevé le saint Chrême qu’ils recevaient d’Antioche, les Pères
du quatrième Concile de Chalcédoine autorisèrent tous les
autres archevêques indépendants à préparer le saint Chrême
chez eux.
L’historien Évagre mentionne que Justinien fit construire
une cathédrale au pays des Abhazes ; il avait, dans son palais,
un serviteur Abhaze du nom d’Euphrate, qu’il envoya au pays

des Abhazes.
Là, celui-ci rassembla une quantité d’enfants qu’il emmena à
Constantinople où Justinien avait fondé pour eux une école
pour les y élever.
Les Empereurs de Byzance avaient l’habitude de tuer les
criminels païens ; mais après la conversion des Abhazes au
Christianisme, Justinien leur promit de ne plus châtier leurs
criminels de la peine de mort.
Ces Abhazes formaient la Garde du Corps de Justinien.
Plus tard, le Catholicos Jean envoya à Constantinople des
prêtres et des diacres afin qu’ils y fussent instruits dans les
sciences religieuses et profanes.


-1-. Cette sainte est originaire de Colastri en Cappadoce. Ses parents n’ayant
pas eu d’enfants pendant longtemps, la vouèrent à Dieu. Ils confièrent son
éducation à une vieillie servante d’église, Sarah la Bethléemienne, et à son
oncle maternel, le patriarche de Jérusalem, tandis qu’eux-mêmes
s’éloignèrent au Jourdain pour y vivre en ascètes. Sainte Nina alla à Rome
avec la bénédiction du Patriarche et se décida enfin à aller prêcher
l’Évangile en Ibérie qui lui était connue de nom, parce qu’on y conservait la
chemise de notre Seigneur. Elle fut soutenue dans son intention par une
vision de la Sainte Vierge qui lui donna, comme gage de succès, une croix
formée en branches de vigne. Chemin faisant elle réussit à convertir
beaucoup de monde au christianisme. Arrivée aux frontières de l’Ibérie, elle
érigea la première croix sur la montagne de Djavakhète, et commença à
prêcher l’Évangile dans toutes les villes. Elle renversa les idoles, et après
avoir érigé beaucoup d’églises en l’honneur de son parent, le martyr S.t
Georges, et s’être assurée que la foi chrétienne avait pris racine dans le
pays, elle se retira dans le détroit de Bodbà en Cakhétie. Aux approches de
sa mort, S.te Nina invita le Roi et la Reine auxquels elle fit ses dernières
recommandations, et les bénit ; puis elle reçut la Sainte Eucharistie des
mains de l’Évêque qu’elle pria de la faire enterrer à Bodbà, et s’en fut dans
l’autre monde. Les chroniqueurs du XI, XII et XIIIème siècles, ont écrit son histoire d’une manière très détaillée. La Géorgie fut convertie au
Christianisme en 318, la dixième année du règne de l’Empereur Constantin.
Baronius fixe la conversion de la Géorgie à l’an 327, des autres à 335.
(Iohan. Funcii, Comment. in chronologiam, lib. VI). Dubois rejette les
indications chronologiques des chroniqueurs Géorgiens, et rapporte la
conversion de l’Ibérie à peu près à l’an 276 (Voyage autour du Caucase ,
tome II, pag. 16). [Note de la traductrice]
-2-. 996-1021.

 

II.
Quelques informations sur les qualités et les défauts des
Géorgiens.

suite… PDF

 

L’ANTÉCHRIST


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Auteur : Renan Ernest
Ouvrage : L’antéchrist
Année : 1873

 

 

 

INTRODUCTION

CRITIQUE DES PRINCIPAUX DOCUMENTS ORIGINAUX
EMPLOYÉS DANS CE LIVRE.

Après les trois ou quatre ans de la vie publique de Jésus,
la période que le présent volume embrasse fut la plus
extraordinaire de tout le développement du christianisme.
On y verra, par un jeu étrange de ce grand artiste inconscient
qui semble présider aux caprices apparents de
l’histoire, Jésus et Néron, le Christ et l’Antéchrist opposés,
affrontés, si j’ose le dire, comme le ciel et l’enfer. La
conscience chrétienne est complète. Jusqu’ici elle n’a
guère su qu’aimer ; les persécutions des juifs, quoique
assez rigoureuses, n’ont pu altérer le lien d’affection et de
reconnaissance que l’Église naissante garde dans son
coeur pour sa mère la Synagogue, dont elle est à peine
séparée. Maintenant, le chrétien a de quoi haïr. En face
de Jésus, se dresse un monstre qui est l’idéal du mal, de
même que Jésus est l’idéal du bien. Réservé comme Hénoch,
comme Élie, pour jouer un rôle dans la tragédie
finale de l’univers, Néron complète la mythologie chrétienne,
inspire le premier livre saint du nouveau canon,
fonde par un hideux massacre la primauté de l’Église romaine,
et prépare la révolution qui fera de Rome une ville
sainte, une seconde Jérusalem. En même temps, par une
de ces coïncidences mystérieuses qui ne sont point rares
aux moments des grandes crises de l’humanité, Jérusalem
est détruite, le temple disparaît ; le christianisme, débarrassé
d’une attache devenue gênante pour lui, s’émancipe
de plus en plus, et suit, en dehors du judaïsme vaincu, ses
propres destinées.
Les dernières épîtres de saint Paul, l’épître aux Hébreux,
les épîtres attribuées à Pierre et à Jacques,
l’Apocalypse, sont, parmi les écrits canoniques, les documents

principaux de cette histoire. La première épître de
Clément Romain, Tacite, Josèphe, nous fourniront aussi
des traits précieux. Sur une foule de points, notamment
sur la mort des apôtres et les relations de Jean avec l’Asie,
notre tableau restera dans le demi-jour ; sur d’autres,
nous pourrons concentrer de véritables rayons de lumière.
Les faits matériels des origines chrétiennes sont
presque tous obscurs ; ce qui est clair, c’est
l’enthousiasme ardent, la hardiesse surhumaine, le sublime
mépris de la réalité, qui font de ce mouvement le
plus puissant effort vers l’idéal dont le souvenir ait été
conservé.
Dans l’introduction de notre Saint Paul, nous avons
discuté l’authenticité de toutes les épîtres qu’on attribue
au grand apôtre. Les quatre épîtres qui se rapportent à ce
volume, les épîtres aux Philippiens, aux Colossiens, à
Philémon, aux Éphésiens, sont de celles qui prêtent à
certains doutes. Les objections élevées contre l’épître aux
Philippiens sont de si peu de valeur, que nous y avons à
peine insisté. On a vu et on verra par la suite que l’épître
aux Colossiens donne beaucoup plus à réfléchir, et que
L’épître aux Éphésiens, quoique très autorisée, présente
une physionomie à part dans l’oeuvre de Paul. Nonobstant
les graves difficultés qu’on peut soulever, je tiens
l’épître aux Colossiens pour authentique. Les interpolations
qu’en ces derniers temps d’habiles critiques ont
proposé d’y voir ne sont pas évidentes1. Le système de
M. Holtzmann, à cet égard, est digne de son savant auteur
; mais que de dangers dans cette méthode, trop accréditée
en Allemagne, où l’on part d’un type a priori qui
doit servir de criterium absolu pour l’authenticité des oeuvres
d’un écrivain ! Que l’interpolation et la supposition
des écrits apostoliques aient été souvent pratiquées durant
les deux premiers siècles du christianisme, on ne
saurait le nier. Mais faire en pareille matière un strict


1 H. J. Holtzmann, Kritik der Epheser und Kolosserbriefe, Liepzig, 1872.


discernement du vrai et du faux, de l’apocryphe et de
l’authentique, est une tâche impossible à remplir. Nous
voyons avec certitude que les épîtres aux Romains, aux
Corinthiens, aux Galates sont authentiques. Nous voyons
avec la même certitude que les épîtres à Timothée et à
Tite sont apocryphes. Dans l’intervalle, entre ces deux
pôles de l’évidence critique, nous tâtonnons. La grande
école sortie de Christian Baur a pour principal défaut de
se figurer les juifs du Ier siècle comme des caractères entiers,
nourris de dialectique, obstinés en leurs raisonnements.
Pierre, Paul, Jésus même, ressemblent, dans les
écrits de cette école, à des théologiens protestants d’une
université allemande, ayant tous une doctrine, n’en ayant
qu’une et gardant toujours la même. Or ce qui est vrai,
c’est que les hommes admirables qui sont les héros de
cette histoire changeaient et se contredisaient beaucoup ;
ils usaient dans leur vie trois ou quatre théories ; ils faisaient
des emprunts à ceux de leurs adversaires envers
qui, à une autre époque, ils avaient été le plus durs. Ces
hommes, envisagés à notre point de vue, étaient susceptibles,
personnels, irritables, mobiles ; ce qui fait la fixité
des opinions, la science, le rationalisme, leur était étranger.
Ils avaient entre eux, comme les juifs de tous les
temps, des brouilles violentes, et néanmoins ils faisaient
un corps très solide. Pour les comprendre, il faut se placer
bien loin du pédantisme inhérent à toute scolastique ;
il faut étudier plutôt les petites coteries d’un monde
pieux, les congrégations anglaises et américaines, et principalement
ce qui s’est passé lors de la fondation de tous
les ordres religieux. Sous ce rapport, les facultés de théologie
des universités allemandes, qui seules pouvaient
fournir la somme de travail nécessaire pour débrouiller le
chaos des documents relatifs à ces curieuses origines,
sont le lieu du monde où il était le plus difficile qu’on en
fît la vraie histoire. Car l’histoire, c’est l’analyse d’une vie
qui se développe, d’un germe qui s’épanouit, et la théologie,
c’est l’inverse de la vie. Uniquement attentif à ce qui

confirme ou infirme ses dogmes, le théologien, même le
plus libéral, est toujours, sans y penser, un apologiste ; il
vise à défendre ou à réfuter. L’historien, lui, ne vise qu’à
raconter. Des faits matériellement faux, des documents
même apocryphes, ont pour lui une valeur, car ils peignent
l’âme, et sont souvent plus vrais que la sèche vérité.
La plus grande erreur, à ses yeux, est de transformer
en fauteurs de thèses abstraites ces bons et naïfs visionnaires
dont les rêves ont été la consolation et la joie de
tant de siècles.
Ce que nous venons de dire de l’épître aux Colossiens,
et surtout de l’épître aux Éphésiens, il faut le dire, à plus
forte raison, de la première épître attribuée à saint Pierre,
et des épîtres attribuées à Jacques, à Jude1. La deuxième
épître attribuée à Pierre est sûrement apocryphe. On y
reconnaît au premier, coup d’oeil une composition artificielle,
un postiche composé avec des lambeaux d’écrits
apostoliques, surtout de l’épître de Jude2. Nous
n’insistons pas sur ce point, car nous ne croyons pas que
la IIa Petri ait, parmi les vrais critiques, un seul défenseur.
Mais la fausseté de la IIa Petri, écrit dont l’objet principal
est de faire prendre patience aux fidèles que lassaient les
longs retards de la réapparition du Christ, prouve en un
sens l’authenticité de la Ia Petri. Car, pour être apocryphe,
la IIa Petri est un écrit assez ancien ; or l’auteur de la IIa
Petri croyait bien que la Ia Petri était l’oeuvre de Pierre,
puisqu’il s’y réfère et présente son écrit comme une


1 Sur cette dernière, voir Saint Paul, p. 300 et suiv.
2 Comparez surtout le second chapitre de la IIa Petri à l’épître de
Jude. Des traits comme IIa Petri, I, 14, 16-18 ; III, 1, 2, 5-7, 15-16,
sont aussi des indices certains de fausseté. Le style n’a aucune ressemblance
avec celui de la Ia Petri (observation de saint Jérôme,
Epist. Ad hedib., c. 11 ; cf. De viris ill., c ; 1). Enfin l’épître n’est pas
citée avant le IIIe siècle. Irénée (Adv. hær., IV, IX, 2) et Origène
(dans Eusèbe, H. E., VI, 25) ne la connaissent pas ou l’excluent.
Cf. Eus., H. E., III, 25.


« seconde épître », faisant suite à la première (III, 1-2)1. La Ia
Petri est un des écrits du Nouveau Testament qui sont le
plus anciennement et le plus unanimement cités comme
authentiques2. Une seule grave objection se tire des emprunts
qu’on y remarque aux épîtres de saint Paul et en
particulier à l’épître dite aux Éphésiens. Mais le secrétaire
dont Pierre dut se servir pour écrire la lettre, si réellement
il l’écrivit, put bien se permettre de tels emprunts. A toutes
les époques, les prédicateurs et les publicistes ont été
sans scrupules pour s’approprier ces phrases tombées au
domaine public, qui sont en quelque sorte dans l’air.
Nous voyons de même le secrétaire de Paul qui a écrit
l’épître dite aux Éphésiens copier largement l’épître aux
Colossiens. Un des traits qui caractérisent la littérature
des épîtres est d’offrir beaucoup d’emprunts aux écrits du
même genre composés antérieurement3.
Les quatre premiers versets du chapitre V de la Ia Petri
excitent bien quelques soupçons. Ils rappellent les recommandations
pieuses, un peu plates, empreintes d’un
esprit hiérarchique, qui remplissent les fausses épîtres à
Timothée et à Tite. En outre, l’affectation que met
l’auteur à se donner pour « un témoin des souffrances du
Christ » soulève des appréhensions analogues à celles que
nous causent les écrits pseudo-johanniques par leur persistance
à se présenter comme les récits d’un acteur et


1 Les limitations que l’auteur des épîtres à Timothée et à Tite ferait,
dit-on, de la Ia Petri, en ce qui concerne les devoirs des femmes et
des anciens, ne sont pas évidentes. Comp. cependant I Tim., II, 9
et suiv. ; III, 11, à I Petri, III, 1 et suiv. ; I Petri, V, 1 et suiv., à Tit.,
I, 5 et suiv.
2 Papias, dans Eusèbe, H. E., III, 39 ; Polycarpe, Epist., 1 (Cf. I
Petri, I, 8 ; Eusèbe, H. E., IV, 14) ; Irénée, Adv. hær., IV, IX, 2 ;
XVI, 5 (Cf. Eusèbe, H. E., V, 8) ; Clément d’Alex., Strom., III, 18 ;
IV, 7 ; Tertullien, Scorpiace, 12 ; Origène, dans Eusèbe, H. E., VI,
25 ; Eusèbe, H. E., III, 25.
3 Voir, outre les épîtres insérées au Canon, les épîtres de Clément
Romain, d’Ignace, de Polycarpe.


d’un spectateur. Il ne faut pourtant point s’arrêter à cela.
Beaucoup de traits aussi sont favorables à l’hypothèse de
l’authenticité. Ainsi les progrès vers la hiérarchie sont
dans la Ia Petri à peine sensibles. Non seulement il n’y est
pas question d’episcopos1 ; chaque Église n’a même pas un
presbyteros ; elle a des presbyteri ou « anciens », et les expressions
dont se sert l’auteur n’impliquent nullement que ces
anciens formassent un corps distinct2. Une circonstance
qui mérite d’être notée, c’est que l’auteur3, tout en cherchant
à relever l’abnégation dont Jésus fit preuve dans sa
Passion, omet un trait essentiel raconté par Luc, et donne
ainsi à croire que la légende de Jésus n’était pas encore
arrivée, lorsqu’il écrivait, à tout son développement.
Quant aux tendances éclectiques et conciliatrices
qu’on remarque dans l’Épître de Pierre, elles ne constituent
une objection que pour ceux qui, avec Christian
Baur et ses disciples, se figurent la dissidence de Pierre et
de Paul comme une opposition absolue. Si la haine entre
les deux partis du christianisme primitif avait été aussi
profonde que le croit cette école, la réconciliation ne se
serait jamais faite. Pierre n’était point un juif obstiné
comme Jacques. Il ne faut pas, en écrivant cette histoire,
songer seulement aux Homélies pseudo-clémentines et à
l’Épître aux Galates ; il faut aussi rendre compte des Actes
des apôtres. L’art de l’historien doit consister à présenter
les choses d’une façon qui n’atténue en rien les divisions
des partis (ces divisions furent plus profondes que nous
ne saurions l’imaginer), et qui permette néanmoins
d’expliquer comment de pareilles divisions ont pu se
fondre en une belle unité.
L’Épître de Jacques se présente à la critique à peu près
dans les mêmes conditions que l’Épître de Pierre. Les


1 I Petri, II, 25, montre que le sens du mot n’était pas encore spécialisé.
2 I Petri, V, 1 : pres} utšrouj ™n Ømˆn, leçon de Val. et Six.,
pres} utšrou j toÝj ™n Øm‹n, leçon reçue.
3 I Petri, II, 23. Cf. Luc, XXIII, 34.


difficultés de détail qu’on peut y opposer n’ont pas beaucoup
d’importance. Ce qui est grave, c’est cette objection
générale tirée de la facilité des suppositions d’écrits, dans
un temps où il n’existait aucune garantie d’authenticité, et
où l’on ne se faisait aucun scrupule des fraudes pieuses.
Pour des écrivains comme Paul, qui nous ont laissé, de
l’aveu de tout le monde, des écrits certains, et dont la
biographie est assez bien connue, il y a deux criterium sûrs
pour discerner les fausses attributions : c’est 1° de comparer
l’oeuvre douteuse aux oeuvres universellement admises,
et 2° de voir si la pièce en litige répond aux données
biographiques que l’on possède. Mais s’il s’agit d’un
écrivain dont nous n’avons que quelques pages contestées
et dont la biographie est peu connue, on n’a le plus
souvent pour se décider que des raisons de sentiment,
qui ne s’imposent pas. En se montrant facile, on risque
de prendre au sérieux bien des choses fausses. En se
montrant rigoureux, on risque de rejeter comme fausses
bien des choses vraies. Le théologien, qui croit procéder
par des certitudes, est, je le répète, un mauvais juge pour
de telles questions. L’historien critique a la conscience en
repos, quand il s’est étudié à bien discerner les degrés
divers du certain, du probable, du plausible, du possible.
S’il a quelque habileté, il saura être vrai quant à la couleur
générale, tout en prodiguant aux allégations particulières
les signes de doute et les « peut-être ».
Une considération que j’ai trouvée favorable à ces
écrits (première épître de Pierre, épîtres de Jacques et de
Jude) trop rigoureusement exclus par une certaine critique,
c’est la façon dont ils s’adaptent à un récit organiquement
conçu. Tandis que la deuxième épître attribuée
à Pierre, les épîtres prétendues de Paul à Timothée et à
Tite sont exclues du cadre d’une histoire logique, les trois
épîtres que nous venons de nommer y rentrent pour ainsi
dire d’elles-mêmes. Les traits de circonstance qu’on y
rencontre vont au-devant des faits connus par les témoignages
du dehors, et s’en laissent embrasser. L’Épître de Pierre répond bien à ce que nous savons, surtout par Tacite,
de la situation des chrétiens à Rome vers l’an 63 ou
64. L’Épître de Jacques, d’un autre côté, est le tableau
parfait de l’état des ébionim à Jérusalem dans les années
qui précédèrent la révolte ; Josèphe nous donne des renseignements
tout à fait du même ordre. L’hypothèse qui
attribue l’Épître de Jacques à un Jacques différent du
frère du Seigneur n’a aucun avantage. Cette épître, il est
vrai, ne fut pas admise dans les premiers siècles d’une
façon aussi unanime que celle de Pierre1 ; mais les motifs
de ces hésitations paraissent avoir été plutôt dogmatiques
que critiques ; le peu de goût des Pères grecs pour les
écrits judéo-chrétiens en fut la cause principale.
Une remarque du moins qui s’applique avec évidence
aux petits écrits apostoliques dont nous parlons, c’est
qu’ils ont été composés avant la chute de Jérusalem. Cet
événement introduisit dans la situation du judaïsme et du
christianisme un tel changement, qu’on discerne facilement
un écrit postérieur à la catastrophe de l’an 70 d’un
écrit contemporain du troisième temple. Des tableaux
évidemment relatifs aux luttes intérieures des classes diverses
de la société hiérosolymitaine, comme celui que
nous présente l’Épître de Jacques (V, 1 et suiv.), ne se
conçoivent pas après la révolte de l’an 66, qui mit fin au
règne des sadducéens.
De ce qu’il y eut des épîtres pseudo-apostoliques,
comme les épîtres à Timothée, à Tite, la IIa Petri, l’épître
de Barnabé, ouvrages où l’on eut pour règle d’imiter ou
de délayer des écrits plus anciens, il suit donc qu’il y eut
des écrits, vraiment apostoliques, entourés de respect, et


1 Clément Romain (I ad Cor., c. 10 et 11 ; cf. Jac. II, 21, 23, 25),
l’auteur du Pasteur (mand., XII, § 5 ; cf. Jac., IV, 7), Irénée (Adv. hær.,
IV, XVI, 2 ; cf. Jac. II, 23) paraissent l’avoir lue. Origène (In. Joh.,
tom. XIX, 6), Eusèbe (H. E., II, 23), saint Jérôme (De viris ill., 2)
expriment des doutes.


dont on désirait augmenter le nombre1. De même que
chaque poète arabe de l’époque classique eut sa kasida,
expression complète de sa personnalité ; de même chaque
apôtre eut son épître, plus ou moins authentique, où
l’on crut garder la fine fleur de sa pensée.
Nous avons déjà parlé de l’Épître aux Hébreux2. Nous
avons prouvé que cet ouvrage n’est pas de saint Paul,
comme on l’a cru dans certaines branches de la tradition
chrétienne ; nous avons montré que la date de sa composition
se laisse fixer avec assez de vraisemblance vers l’an
66. Il nous reste à examiner si l’on peut savoir qui en fut
le véritable auteur, d’où elle a été écrite, et qui sont ces
« Hébreux » auxquels, selon le titre, elle fut adressée.
Les traits de circonstance que présente l’épître sont les
suivants. L’auteur parle à l’Église destinataire en maître
bien connu d’elle. Il prend à son égard presque un ton de
reproche. Cette Église a reçu depuis longtemps la foi ;
mais elle est déchue sous le rapport doctrinal, si bien
qu’elle a besoin d’instruction élémentaire et n’est pas capable
de comprendre une bien haute théologie3. Cette
Église, du reste, a montré et montre encore beaucoup de
courage et de dévouement, surtout en servant les saints4.
Elle a souffert de cruelles persécutions, vers le temps où
elle, reçut la pleine lumière de la foi ; à cette époque, elle
a été comme en spectacle5. Il y a de cela peu de temps ;
car ceux qui composent actuellement l’Église ont eu part
aux mérites de cette persécution en sympathisant avec les
confesseurs, en visitant les prisonniers, et surtout en supportant
courageusement la perte de leurs biens. Dans
l’épreuve, cependant, il s’était trouvé quelques renégats,


1 Voir IIa Petri, III, 15-16, où les épîtres de Paul sont expressément
mises parmi les écritures sacrées.
2 Saint Paul, p. LI-LXI.
3 Hebr., V, 11-14 ; VI, 11-12 ; X, 24-25 ; XIII entier.
4 Dia kon»sa ntej to‹j ¡g…oij ka ˆ dia konoà ntej. IV, 10.
5 Hebr., X, 32 et suiv. ; cf. XII, 4 et suiv., 23.


et on agitait la question de savoir si ceux qui par faiblesse
avaient apostasié pouvaient rentrer dans l’Église. Au
moment où l’apôtre écrit, il semble qu’il y a encore des
membres de l’Église en prison1. Les fidèles de l’Église en
question ont eu des chefs2 illustres, qui leur ont prêché la
parole de Dieu et dont la mort a été particulièrement édifiante
et glorieuse. L’Église a néanmoins encore des
chefs, avec lesquels l’auteur de la lettre est en rapports
intimes3. L’auteur de la lettre, en effet, a connu l’Église
dont il s’agit, et paraît y avoir exercé un ministère élevé ;
il a l’intention de retourner près d’elle, et il désire que ce
retour s’effectue le plus tôt possible4. L’auteur et les destinataires
connaissent Timothée. Timothée a été en prison
dans une ville différente de celle où l’auteur réside au
moment où il écrit ; Timothée vient d’être mis en liberté.
L’auteur espère que Timothée viendra le rejoindre ; alors
tous deux partiront ensemble pour aller visiter l’Église
destinataire5. L’auteur termine par ces mots :
¢sp£zonta i Øm©j oƒ ¢pÕ tÁj ‘Ita l…a j6, mots qui ne
peuvent guère désigner que des Italiens demeurant pour
le moment hors de l’Italie7.
Quant à l’auteur lui-même, son trait dominant est un
usage perpétuel des Écritures, une exégèse subtile et allégorique,
un style grec plus abondant, plus classique,
moins sec, mais aussi moins naturel que celui de la plupart
des écrits apostoliques. Il a une médiocre connaissance


1 Hebr., XIII, 3.
2 HgoÚmenoi.
3 Hebr., XIII, 17, 24.
4 Hebr., XIII, 19.
5 Hebr., XIII, 23.
6 Hebr., XIII, 24.
7 Telle est la force de ¢po. Opposez oƒ ™n tÁ ‘A sia (II Tim., I,
15), ¹ ™n Ba } ulî ni suneklekt» (I Petri, V, 13). Notez cependant
Act., XVII, 13.


 du culte qui se pratique au temple de Jérusalem1, et
pourtant ce culte lui inspire une grande préoccupation. Il
ne se sert que de la version alexandrine de la Bible, et il
fonde des raisonnements sur des fautes de copistes
grecs2. Ce n’est pas un juif de Jérusalem ; c’est un Helléniste,
en rapport avec l’école de Paul3. L’auteur, enfin, se
donne non pour un auditeur immédiat de Jésus, mais
pour un auditeur de ceux qui avaient vu Jésus, pour un
spectateur des miracles apostoliques et des premières
manifestations du Saint-Esprit4. Il n’en tenait pas moins
un rang élevé dans l’Église : il parle avec autorité5 ; il est
très respecté des frères auxquels il écrit6 ; Timothée paraît
lui être subordonné. Le seul fait d’adresser une épître à
une grande Église indique un homme important, un des
personnages qui figurent dans l’histoire apostolique et
dont le nom est célèbre.
Tout cela néanmoins ne suffit pas pour se prononcer
avec certitude sur l’auteur de notre épître. On l’a attribuée
avec plus ou moins de vraisemblance à Barnabé, à
Luc, à Silas, à Apollos, à Clément Romain. L’attribution à
Barnabé est la plus vraisemblable. Elle a pour elle
l’autorité de Tertullien7, qui présente le fait comme re-


1 Hebr., IX, 1 et suiv.
2 Hebr., X, 5, 37-38.
3 Hebr., III, 23.
4 Hebr., II, 3-4.
5 Hebr., V, 11-12 ; VI, 11-12 ; X, 24-25 ; XIII entier.
6 Hebr., XIII, 19-24.
7 De pudicitia, 20. « Exstat enim et Barnabæ titulus ad Hebræos. »
Ces mots prouvent que le manuscrit dont se servait Tertullien offrait
en tête de l’épître le nom de Barnabé. Cf. saint Jérôme, De viris
ill., 5. C’est à tort qu’on a présenté l’assertion de Tertullien comme
une conjecture personnelle, mise en avant pour renforcer l’autorité
d’un écrit qui servait ses idées montanistes. Sur l’argument tiré de
la stichométrie de Codex claromontanus, voyez Saint Paul, p. LIII-LIV,
note. L’épître d’ordinaire attribuée à saint Barnabé est un ouvrage
apocryphe, écrit vers l’an 110 après J.-C.


connu de tous. Elle a surtout pour elle cette circonstance
que pas un seul des traits particuliers que présente l’épître
ne contredit une telle hypothèse. Barnabé était un helléniste
chypriote, à la fois lié avec Paul et indépendant de
Paul. Barnabé était connu de tous, estimé de tous. On
conçoit, enfin, dans cette hypothèse que l’épître ait été
attribuée à Paul : ce fut, en effet, le sort de Barnabé d’être
toujours perdu en quelque sorte dans les rayons de la
gloire du grand apôtre, et si Barnabé a composé quelque
écrit, comme cela paraît bien probable, c’est parmi les
oeuvres de Paul qu’il est naturel de chercher les pages sorties
de lui.
La détermination de l’Église destinataire peut être faite
avec assez de vraisemblance. Les circonstances que nous
avons énumérées ne laissent guère de choix qu’entre
l’Église de Rome et celle de Jérusalem1. Le titre PrÕj
‘Ebra …ouj fait d’abord songer à l’Église de Jérusalem2.
Mais il est impossible de s’arrêter à une telle pensée. Des
passages comme V, 11-14 ; VI, 11-12, et même VI, 103,
sont des non-sens, si on les suppose adressés par un
élève des apôtres à cette Église mère, source de tout enseignement.
Ce qui est dit de Timothée4 ne se conçoit
pas mieux ; des personnes aussi engagées que l’auteur et
que Timothée dans le parti de Paul n’auraient pu adresser
à l’Église de Jérusalem un morceau supposant des relations


1 C’est bien gratuitement qu’on a pensé à l’Église d’Alexandrie.
D’abord, il n’est pas prouvé qu’Alexandrie eût déjà une Église vers
l’an 66. Cette Église, en tout cas, si elle existait, n’eut aucun rapport
avec l’école de Paul ; elle ne devait pas connaître Timothée. Les
passages V, 12 ; X, 32 et suiv., et bien d’autres encore, ne convenaient
pas à une telle Église.
2 Comp. Act., VI, 1 ; Irénée, Adv. hær., III, I, 1 ; Eusèbe, Hist. eccl.,
III, 24, 25.
3 Dia kone‹n to‹j ¡g…oij (Cf. surtout Rom., XV, 25) s’applique
aux devoirs de toutes les Églises envers l’Église de Jérusalem, et en
convient pas bien à l’Église de Jérusalem.
4 Hébr., XIII, 23.


 intimes. Comment admettre, par exemple, que
l’auteur, avec cette exégèse uniquement fondée sur la version
alexandrine, cette science juive incomplète, cette
connaissance imparfaite des choses du temple, eût osé
faire la leçon de si haut aux maîtres par excellence, à des
gens parlant hébreu ou à peu près, vivant tous les jours
autour du temple, et qui savaient beaucoup mieux que lui
tout ce qu’il leur disait ? Comment admettre surtout qu’il
les eût traités en catéchumènes à peine initiés et incapables
d’une forte théologie ? — Au contraire, si l’on suppose
que les destinataires de l’épître sont les fidèles de
Rome, tout s’arrange à merveille. Les passages, VI, 10 ; X,
32 et suiv. ; XIII, 3, 7, sont des allusions à la persécution
de l’an 641 ; le passage XIII, 7 s’applique à la mort des
apôtres Pierre et Paul ; enfin oƒ ¢pÕ tÁj ‘Ita l…a j se
justifie alors parfaitement ; car il est naturel que, l’auteur
porte à l’Église de Rome les salutations de la colonie
d’Italiens qui était autour de lui. Ajoutons que la première
épître de Clément Romain2 (ouvrage certainement romain)
fait à l’Épître aux Hébreux des emprunts suivis, et
en calque le mode d’exposition d’une manière évidente.
Une seule difficulté reste à résoudre : Pourquoi le titre
de l’épître porte-t-il PrÕj ‘E} ra …ouj ? Rappelons que
ces titres ne sont pas toujours d’origine apostolique,
qu’on les mit assez tard et quelquefois à faux, comme
nous l’avons vu pour l’épître dite PrÕj ‘Efes…ouj.
L’épître dite aux Hébreux fut écrite, sous le coup de la
persécution, à l’Église qui était la plus poursuivie. En plusieurs
endroits (par exemple, XIII, 23), on sent que
l’auteur s’exprime à mots couverts. Peut-être le titre vague
PrÕj ‘E} ra …ouj fut-il un mot de passe pour éviter
que la lettre ne devînt une pièce compromettante. Peutêtre
aussi ce titre vint-il de ce qu’on regarda, au IIe siècle,


1 Qea trizÒmenoi surtout prend alors un sens précis.
2 Comp. Epist. Clem. Rom. ad Cor. I, ch. 17, à Hebr., XI, 37 ; — c. 36
à Hebr., I, 3, 5, 7, 13 ; — c. 9 à Hebr., XI, 5, 7 ; — c 12 à Hebr., XI, 31.


l’écrit en question comme, une réfutation des ébionites,
qu’on appelait ‘E} ra ‹oi. Un fait assez remarquable, c’est
que l’Église de Rome eut toujours sur cette épître des
lumières toutes particulières ; c’est de là, qu’elle émerge,
c’est là qu’on en fait d’abord usage. Tandis qu’Alexandrie
se laisse aller à l’attribuer à Paul, l’Église de Rome maintient
toujours qu’elle n’est pas de cet apôtre, et qu’on a
tort de la joindre à ses écrits1.
De quelle ville l’Épître aux Hébreux fut-elle écrite? Il
est plus difficile de le dire. L’expression oƒ ¢pÕ tÁj
‘Ita l…a j montre que l’auteur était hors d’Italie. Une
chose certaine encore, c’est que la ville d’où l’épître fut
écrite était une grande ville, où il y avait une colonie de
chrétiens d’Italie, très liés avec ceux de Rome. Ces chrétiens
d’Italie furent probablement des fidèles qui avaient
échappé à la persécution de l’an 64. Nous verrons que le
courant de l’émigration chrétienne fuyant les fureurs de
Néron se dirigea vers Éphèse. L’Église d’Éphèse,
d’ailleurs, avait eu pour noyau de sa formation primitive
deux juifs venus de Rome, Aquila et Priscille ; elle resta
toujours en rapport direct avec Rome. Nous sommes
donc portés à croire que l’épître en question fut écrite
d’Éphèse. Le verset XIII, 23, est, il faut l’avouer, alors assez
singulier. Dans quelle ville, différente d’Éphèse et de
Rome, et cependant en rapport avec Éphèse et Rome,
Timothée avait-il été emprisonné ? Quelque hypothèse
que l’on adopte, il y a là une énigme difficile à expliquer.
L’Apocalypse est la pièce capitale de cette histoire. Les
personnes qui liront attentivement nos chapitres XV, XVI,
XVII, reconnaîtront, je crois, qu’il n’est pas un seul écrit
dans le canon biblique dont la date soit fixée avec autant
de précision. On peut déterminer cette date à quelques
jours près. Le lieu où l’ouvrage fut écrit se laisse aussi
entrevoir avec probabilité. La question de l’auteur du livre
est sujette à de bien plus grandes incertitudes. Sur ce


1 Voir Saint Paul, p. LVII.


point, on ne peut, selon moi, s’exprimer avec une pleine
assurance. L’auteur se nomme lui-même en tête du livre
(I, 9)1 : « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon de
persécution, de royauté et de patience en Christ. » Mais
deux questions se posent ici : 1° l’allégation est-elle sincère,
ou bien ne serait-elle pas une de ces fraudes pieuses
dont tous les auteurs d’apocalypses sans exception se
sont rendus coupables ? Le livre, en d’autres termes, ne
serait-il pas d’un inconnu, qui aurait prêté à un homme
de premier ordre dans l’opinion des Églises, à Jean
l’apôtre, une vision conforme à ses propres idées ? — 2°
Étant admis que le verset 9 du chapitre I de l’Apocalypse
soit sincère, ce Jean ne serait-il pas un homonyme de
l’apôtre ?
Discutons d’abord cette seconde hypothèse ; car c’est
la plus facile à écarter. Le Jean qui parle ou qui est censé
parler dans l’Apocalypse s’exprime avec tant de vigueur, il
suppose si nettement qu’on le connaît et qu’on n’a pas de
difficulté à le distinguer de ses homonymes2, il sait si bien
les secrets des Églises, il y entre d’un air si résolu, qu’on
ne peut guère se refuser à voir en lui un apôtre ou un dignitaire
ecclésiastique tout à fait hors de ligne. Or Jean
l’apôtre n’avait, dans la seconde moitié du premier siècle,
aucun homonyme qui approchât de son rang. Jean-Marc,
quoi qu’en dise M. Hitzig, n’a rien à faire ici. Marc n’eut
jamais des relations assez suivies avec les Églises d’Asie
pour qu’il ait osé s’adresser à elles sur ce ton. Reste un
personnage douteux, ce Presbyteros Johannes, sorte de sosie
de l’apôtre, qui trouble comme un spectre toute l’histoire
de l’Église d’Éphèse, et cause aux critiques tant
d’embarras3. Quoique l’existence de ce personnage ait été
niée, et qu’on ne puisse réfuter péremptoirement
l’hypothèse de ceux qui voient en lui une ombre de


1 Comp. Apoc., I, 4 et XXII, 8. Cf. I, 1-2.
2 Apoc., XXII, 8.
3 Voir Vie de Jésus, 13e édit., p. LXXII-LXIII et p. 160.


l’apôtre Jean, prise pour une réalité, nous inclinons à
croire que Presbyteros Johannes a en effet son identité à
part1 ; mais qu’il ait écrit l’Apocalypse en 68 ou 69, comme
le soutient M. Ewald, nous le nions absolument. Un tel
personnage serait connu autrement que par un passage
obscur de Papias et une thèse apologétique de Denys
d’Alexandrie. On trouverait son nom dans les Évangiles,
dans les Actes, dans quelque épître. On le verrait sortir de
Jérusalem. L’auteur de l’Apocalypse est le plus versé dans
les Écritures, le plus attaché au temple, le plus hébraïsant
des écrivains du Nouveau Testament ; un tel personnage
n’a pu se former en province ; il doit être originaire de
Judée ; il tient par le fond de ses entrailles à l’Église
d’Israël. Si Presbyteros Johannes a existé, il fut un disciple de
l’apôtre Jean, dans l’extrême vieillesse de ce dernier2 ;
Papias paraît l’avoir touché d’assez près ou du moins
avoir été son contemporain3. Nous admettons même que


1 Papias, dans Eus., H. E., III, 39 ; Denys d’Alexandrie, dans Eus.,
H. E., VII, 25. Ces deux passages ne créent pas la certitude. En
effet, Denys d’Alexandrie se contente d’induire a priori de la différence
du quatrième Évangile et de l’Apocalypse la distinction de
deux Jean, hypothèse dont il trouve la confirmation dans deux
tombeaux « qu’on dit avoir existé à Éphèse et porter tous les deux
le nom de Jean. » Le passage de Papias est peu précis, et, en toute
hypothèse, paraît avoir besoin de correction. Le passage Const.
apost., VII, 46, est de médiocre autorité. Quand à Eusèbe (H. E.,
III, 39), il fait simplement un rapprochement entre le passage de
Papias et celui de Denys, et il n’affirme nullement l’existence des
deux tombeaux. Saint Jérôme, De viris ill., 9, 18, affirme la réalité
des tombeaux ; mais il nous apprend que de son temps beaucoup
de personnes y voyaient deux memoriæ de l’apôtre Jean.
2 Étant admis que le passage Constit. apost., VII, 46, se rapporte à
lui, et que ce passage ait quelque valeur, Presbyteros aurait été le
successeur de l’apôtre Jean dans l’épiscopat d’Éphèse.
3 Papias, dans Eus., H. E., III, 39. Il semble qu’il faut lire dans ce
passage, oƒ toà kur…ou [ma qhtî n] ma qhta ˆ lšgousin. Car lšgousin
suppose Aristion et Presbyteros Johannes vivant vers le temps
de Papias. La phrase met Aristion et Presbyteros Johannes dans une
autre catégorie que les apôtres, « disciples du Seigneur ». Eusèbe


parfois il tint la plume pour son maître, et nous regardons
comme plausible l’opinion qui lui attribuerait la rédaction
du quatrième Évangile et de la première épître
dite de Jean. La deuxième et la troisième épître dites de
Jean, où l’auteur se désigne par les mots Ð pres} Úteroj,
nous paraissent son oeuvre personnelle et avouée pour
telle1. Mais certainement, à supposer que Presbyteros Johannes
soit pour quelque chose dans la seconde classe des
écrits johanniques (celle qui comprend le quatrième
Évangile et les trois épîtres), il n’est pour rien dans la
composition de l’Apocalypse. S’il y a quelque chose
d’évident, c’est que l’Apocalypse, d’une part, l’Évangile et
les trois épîtres, d’autre part, ne sont pas sortis de la
même main2. L’Apocalypse est le plus juif, le quatrième
Évangile est le moins juif des écrits du Nouveau Testament3.
En admettant que l’apôtre Jean soit l’auteur de
quelqu’un des écrits que la tradition lui attribue, c’est sûrement
de l’Apocalypse, non de l’Évangile. L’Apocalypse
répond bien à l’opinion tranchée qu’il semble avoir adoptée
dans la lutte des judéo-chrétiens et de Paul ;
l’Évangile n’y répond pas. Les efforts que firent, dès le
IIIe siècle, une partie des Pères de l’Église grecque pour
attribuer l’Apocalypse au Presbyteros4, venaient de la répulsion
que ce livre inspirait alors aux docteurs orthodoxes.
Ils ne pouvaient supporter la pensée qu’un écrit dont ils
exagère, en tout cas, en concluant de la phrase de Papias que ce
dernier a été auditeur d’Aristion et du Presbyteros.


1 Nous reviendrons sur tous ces points dans notre tome V.
2 C’est ce que Denys d’Alexandrie, dans la seconde moitié du
IIIe siècle, avait déjà parfaitement aperçu. Sa thèse, bornée à cela,
est un modèle de dissertation philologique et critique. Eusèbe, H.
E., VII, 25.
3 Le nom de « Juif », toujours pris comme synonyme « d’adversaire
de Jésus », dans le quatrième Évangile, est dans l’Apocalypse le titre
suprême d’honneur (II, 9 ; III, 9).
4 Denys d’Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., VII, 25 ; Eusèbe, H. E.,
III, 39 ; saint Jérôme, De viris ill., 9.


trouvaient le style barbare et qui leur paraissait tout empreint
des haines juives fût l’ouvrage d’un apôtre. Leur
opinion était le fruit d’une induction a priori sans valeur,
non l’expression d’une tradition ou d’un raisonnement
critique.
Si l’Eyo ’Ivannhs du premier chapitre de l’Apocalypse
est sincère, l’Apocalypse est donc bien réellement de
l’apôtre Jean. Mais l’essence des apocalypses est d’être
pseudonymes. Les auteurs des apocalypses de Daniel,
d’Hénoch, de Baruch, d’Esdras, se présentent comme
étant Daniel, Hénoch, Baruch, Esdras, en personne.
L’Église du IIe siècle admettait sur le même pied que
l’Apocalypse de Jean une Apocalypse de Pierre, qui était sûrement
apocryphe1. Si, dans l’Apocalypse qui est restée canonique,
l’auteur donne son nom véritable, c’est là une
surprenante exception aux lois du genre. — Eh bien,
cette exception, nous croyons qu’il faut l’admettre. Une
différence essentielle sépare, en effet, l’Apocalypse canonique
des autres écrits analogues qui nous ont été conservés.
La plupart des apocalypses sont attribuées à des auteurs
qui ont fleuri ou sont censés avoir fleuri des cinq et
six cents ans, quelquefois des milliers d’années en arrière.
Au IIe siècle, on attribua des apocalypses aux hommes du
siècle apostolique. Le Pasteur et les écrits pseudoclémentins
sont de cinquante ou soixante ans postérieurs
aux personnages à qui on les attribue. L’Apocalypse de
Pierre fut probablement dans le même cas ; au moins,
rien ne prouve qu’elle eût rien de particulier, de topique,
de personnel. L’Apocalypse canonique, au contraire, si elle
est pseudonyme, aurait été attribuée à l’apôtre Jean du
vivant de ce dernier, ou très peu de temps après sa mort.
N’était les trois premiers chapitres, cela serait strictement
possible ; mais est-il concevable que le faussaire eût eu la
hardiesse d’adresser son oeuvre apocryphe aux sept Égli-


1 Canon de Muratori, lignes 70-72 ; stichométrie du Codex claromontanus,
dans Credner, Gesch. der neutest. Kanon, p. 177.


ses qui avaient été en rapport avec l’apôtre ? Et si l’on nie
ces rapports, avec M. Scholten, on tombe dans une difficulté
plus grave encore ; car il faut admettre alors que le
faussaire, par une ineptie sans égale, écrivant à des Églises
qui n’ont jamais connu Jean, présente son prétendu
Jean comme ayant été à Patmos, tout près d’Éphèse1,
comme sachant leurs secrets les plus intimes et comme
ayant sur elles une pleine autorité. Ces Églises, qui, dans
l’hypothèse de M. Scholten, savaient bien que Jean
n’avait jamais été en Asie ni près de l’Asie, se fussentelles
laissées tromper à un artifice aussi grossier ? Une
chose qui ressort de l’Apocalypse, dans toutes les hypothèses2,
c’est que l’apôtre Jean fut durant quelque temps le
chef des Églises d’Asie. Cela établi, il est bien difficile de
ne pas conclure que l’apôtre Jean fut réellement l’auteur
de l’Apocalypse ; car, la date du livre étant fixée avec une
précision absolue, on ne trouve plus l’espace de temps
nécessaire pour un faux. Si l’apôtre, en janvier 69, vivait
en Asie, ou seulement y avait été, les quatre premiers
chapitres sont incompréhensibles de la part d’un faussaire.
En supposant, avec M. Scholten, l’apôtre Jean mort
au commencement de l’an 69 (ce qui ne paraît pas
conforme à la vérité), on ne sort guère d’embarras. Le
livre, en effet, est écrit comme si le révélateur était encore
vivant ; il est destiné à être répandu sur-le-champ dans les
Églises d’Asie ; si l’apôtre eût été mort, la supercherie
était trop évidente. Qu’eût-on dit à Éphèse, vers février
69, en recevant un pareil livre comme censé provenir
d’un apôtre qu’on savait bien ne plus exister, et que, selon
M. Scholten, on n’avait jamais vu ?
L’examen intrinsèque du livre, loin d’infirmer cette
hypothèse, l’appuie fortement. Jean l’apôtre paraît avoir


1 Supposer l’apôtre venu à Patmos, c’est le supposer venu à
Éphèse, Patmos étant en quelque sorte une dépendance d’Éphèse,
au point de vue de la navigation.
2 Voir l’appendice à la fin du volume.


été, après Jacques, le plus ardent des judéo-chrétiens ;
l’Apocalypse, de son côté, respire une haine terrible contre
Paul et contre ceux qui se relâchaient dans l’observance
de la loi juive. Le livre répond à merveille au caractère
violent et fanatique qui paraît avoir été celui de Jean.
C’est bien là l’oeuvre du « fils du tonnerre », du terrible
boanerge, de celui qui ne voulait pas qu’on usât du nom de
son maître si on n’appartenait au cercle le plus étroit des
disciples, de celui qui, s’il l’avait pu, aurait fait pleuvoir le
feu et le soufre sur les Samaritains peu hospitaliers. La
description de la cour céleste, avec sa pompe toute matérielle
de trônes et de couronnes, est bien de celui qui,
jeune, avait mis son ambition à s’asseoir, avec son frère,
sur des trônes à droite et à gauche du Messie. Les deux
grandes préoccupations de l’auteur de l’Apocalypse sont
Rome (ch. XIII et suiv.) et Jérusalem (ch. XI, et XII). Il
semble qu’il a vu Rome, ses temples, ses statues, la
grande idolâtrie impériale. Or un voyage de Jean à Rome,
à la suite de Pierre, se laisse facilement supposer. Ce qui
concerne Jérusalem est plus frappant encore. L’auteur,
revient toujours à « la ville aimée » ; il ne pense qu’à elle ;
il est au courant de toutes les aventures de l’Église hiérosolymitaine
durant la révolution de Judée (qu’on se rappelle
le beau symbole de la femme et de sa fuite au désert)
; on sent qu’il avait été une des colonnes de cette
Église, un dévot exalté du parti juif. Cela convient très
bien à Jean1. La tradition d’Asie Mineure semble de
même avoir conservé le souvenir de Jean comme celui
d’un sévère judaïsant. Dans la controverse de la Pâque,
qui troubla si fortement les Églises, durant la seconde
moitié du IIe siècle, l’autorité de Jean est le principal argument
que font valoir les Églises d’Asie pour maintenir
la célébration de la Pâque, conformément à la loi juive,
au 14 de nisan. Polycarpe, en 160, et Polycrate, en 190,


1 Gal., II, 9. Jean paraît très souvent en compagnie de Pierre, Act.,
III, 1, 3, 4, 11 ; IV, 13, 19 ; VIII, 14.


font appel à son autorité pour défendre leur usage antique
contre les novateurs qui, s’appuyant sur le quatrième
Évangile, ne voulaient pas que Jésus, la vraie pâque, eût
mangé l’agneau pascal la veille de sa mort, et qui transféraient
la fête au jour de la résurrection1.
La langue de l’Apocalypse est également une raison pour
attribuer le livre à un membre de l’Église de Jérusalem.
Cette langue est tout à fait à part dans les écrits du Nouveau
Testament. Nul doute que l’ouvrage n’ait été écrit
en grec2 ; mais c’est un grec calqué sur l’hébreu, pensé en
hébreu, et qui ne pouvait guère être compris et goûté que
par des gens sachant l’hébreu3. L’auteur est nourri des
prophéties et des apocalypses antérieures à la sienne à un
degré qui étonne ; il les sait évidemment par coeur. Il est
familier avec la version grecque des livres sacrés4 ; mais
c’est dans le texte hébreu que les passages bibliques se
présentent à lui. Quelle différence avec le style de Paul,
de Luc, de l’auteur de l’Épître aux Hébreux, et même des
Évangiles synoptiques ! Un homme ayant passé des années
à Jérusalem, dans les écoles qui entouraient le temple,
pouvait seul être à ce point imprégné de la Bible et
participer aussi vivement aux passions du peuple révolutionnaire
à ses espérances, à sa haine contre les Romains.


1 Polycrate et Irénée, dans Eusèbe, H. E., V, 24.
2 « Je suis l’alpha et l’omega. » — Les mesures et les poids sont
grecs.
3 Sans parler des mots sacramentels et du chiffre de la Bête, qui
sont en hébreu (IX, 11 ; XVI, 16), les hébraïsmes se remarquent à
chaque ligne. Notez en particulier, i, 4, l’indéclinabilité de la traduction
grecque du nom de Jéhovah.
4 Il adopte plusieurs des expressions des Septante, même dans ce
qu’elles ont d’inexact : skhn¾ toà ma rtur…ou = wptyk lha ; Ð
pa ntokr£twr = Jéhovah Sebaoth. Le verset du Ps. II, qu’il cite souvent
: « Le les fera paraître avec une houlette de fer, » est entendu
d’après les Septante, et non d’après l’hébreu, sans doute parce que
le passage était passé sous cette forme dans l’exégèse messianique
des chrétiens.


Enfin, une circonstance qu’il n’est pas permis de négliger,
c’est que l’Apocalypse présente quelques traits qui ont
un rapport avec le quatrième Évangile et avec les épîtres
attribuées à Jean. Ainsi l’expression Ð lÒgoj toà qeoà ,
si caractéristique du quatrième Évangile, se trouve pour
la première fois dans l’Apocalypse1. L’image des « eaux vives
»2 est commune aux deux ouvrages. L’expression
d’« agneau de Dieu », dans le quatrième Évangile3, rappelle
l’expression d’Agneau, qui est ordinaire dans
l’Apocalypse pour désigner le Christ. Les deux livres appliquent
au Messie le passage de Zacharie, XII, 10, et le traduisent
de la même manière4. Loin de nous la pensée de
conclure de ces faits que la même plume ait écrit le quatrième
Évangile et l’Apocalypse ; mais il n’est pas indifférent
que le quatrième Évangile, dont l’auteur n’a pu être
sans lien quelconque avec l’apôtre Jean, offre dans son
style et ses images quelques rapports avec un livre attribué
pour des motifs sérieux à l’apôtre Jean.
La tradition ecclésiastique est hésitante sur la question
qui nous occupe. Jusque vers l’an 150, l’Apocalypse ne
semble pas avoir eu dans l’Église l’importance qui,
d’après nos idées, aurait dû s’attacher à un écrit où l’on
eût été assuré de posséder un manifeste solennel sorti de
la plume d’un apôtre. Il est douteux que Papias l’admît
comme ayant été rédigée par l’apôtre Jean. Papias était
millénaire de la même manière que l’Apocalypse ; mais il
paraît qu’il déclarait tenir cette doctrine « de la tradition
non écrite ». S’il avait allégué l’Apocalypse, Eusèbe le dirait5,
lui qui relève avec tant d’empressement toutes les


1 Apoc., XIX, 13.
2 Apoc., XXI, 6 ; XXII, 1, 17. Cf. Jean, IV et X.
3 Jean, I, 29, 36.
4 Apoc., I, 7 ; Jean, XIX, 37. Cette traduction diffère de celle des
Septante, et est plutôt conforme à l’hébreu.
5 Hist. eccl., III, 39. Les témoignages d’André et d’Aréthas de Cappadoce
sur ce point sont peu concluants.


citations que cet ancien Père fait d’écrits apostoliques.
L’auteur du Pasteur d’Hermas connaît, ce semble,
l’Apocalypse et l’imite1 ; mais il ne suit pas de là qu’il la tînt
pour un ouvrage de Jean l’apôtre. C’est saint Justin qui,
vers le milieu du IIe siècle, déclare le premier hautement
que l’Apocalypse est bien une composition de l’apôtre
Jean2 ; or saint Justin, qui ne sortit du sein d’aucune des
grandes Églises, est une médiocre autorité en fait de traditions.
Méliton, qui commenta certaines parties de
l’ouvrage3, Théophile d’Antioche4 et Apollonius5, qui
s’en servirent beaucoup dans leurs polémiques, semblent
cependant, comme Justin, l’avoir attribué à l’apôtre. Il en
faut dire autant du Canon de Muratori6. A partir de l’an
200, l’opinion la plus répandue est que le Jean de
l’Apocalypse est bien l’apôtre. Irénée7, Tertullien8, Clément
d’Alexandrie9, Origène10, l’auteur des Philosophumena11,


1 Voir surtout Vis., IV, 1, 2 ; Simil., IX, 1 et suiv.
2 Dial. cum Tryph., 81.
3 Eusèbe, H. E., IV, 26 ; saint Jérôme, De viris ill., 24. Comp. Méliton,
De veritate, sub fin.
4 Eus., H. E., IV, 24. On peut se demander si le mot ’Iw£nnou,
dans les deux passages d’Eusèbe relatifs à Méliton et à Théophile,
n’est pas une addition explicative de l’historien ecclésiastique. Mais
Eusèbe étant attentif à relever les passages d’où il résulte qu’on a
douté de l’authenticité de l’Apocalypse, on doit supposer qu’il n’eût
pas ajouté de mot ’Iw£nnou, s’il ne l’eût rencontré dans les auteurs
dont il parle.
5 Eusèbe H. E., V, 18.
6 Lignes 47-48, 70-72. Ce second passage semble cependant marquer
une tendance à placer le livre parmi les apocryphes.
7 Adv. hær., IV, XX, 11 ; V, XXVI, 1 ; XXVIII, 2 ; XXXIV, 2 etc.
Cf. Eusèbe, H. E., V, 8.
8 Adv. Marc., III, 14 ; IV, 5.
9 Strom., VI, 13 ; Pædag., II, 12.
10 Dans Eus., H. E., VI, 25 ; In Matth., tom. XVI, 6 ; In Joh., tom. I,
14 ; II, 4 etc.
11 Philosoph., VII, 36.


n’ont là-dessus aucune hésitation. L’opinion contraire est
toutefois fermement soutenue. Pour ceux qui s’écartaient
de plus en plus du judéo-christianisme et du millénarisme
primitifs, l’Apocalypse était un livre dangereux, impossible
à défendre, indigne d’un apôtre, puisqu’il renfermait des
prophéties qui ne s’étaient pas accomplies. Marcion, Cerdon
et les gnostiques la rejetaient absolument1 ; les Constitutions
apostoliques l’omettent dans leur Canon2 ; la vieille
Peschito ne la contient pas. Les adversaires des rêveries
montanistes, tels que le prêtre Caïus3, les aloges4, feignirent
d’y voir l’oeuvre de Cérinthe. Enfin, dans la seconde
moitié du IIIe siècle, l’école d’Alexandrie, en haine du millénarisme
renaissant par suite de la persécution de Valérien,
fait la critique du livre avec une excessive rigueur et
une mauvaise humeur non dissimulée ; l’évêque Denys
démontre parfaitement que l’Apocalypse ne saurait être du
même auteur que le quatrième Évangile, et met à la mode
l’hypothèse du Presbyteros5. Au IVe siècle, l’Église grecque
est tout à fait partagée6. Eusèbe, quoique hésitant, est en
somme défavorable à la thèse qui attribue l’ouvrage au
fils de Zébédée. Grégoire de Nazianze et presque tous les
chrétiens lettrés du même temps refusèrent de voir un
écrit apostolique dans un livre qui contrariait si vivement
leur goût, leurs idées d’apologétique et leurs préjugés


1 Tertullien, Adv. Marc., IV, 5 ; livre Adv. omnes hæreses, parmi les
oeuvres de Tertullien, 6.
2 Constit. apost., II, 57 ; VIII, 47 (Canons apost., n° 85).
3 Caïus, dans Eusèbe, H. E., III, 28. Les doutes que peut laisser ce
passage sont levés par le fragment de Denys d’Alexandrie, dans
Eusèbe, VII, 25, et par ce qu’Épiphane dit des aloges. La traduction
« comme s’il était un grand apôtre » est insoutenable. Cf.
Théodoret, Hær. Fab., II, 3.
4 Épiph., hær. LI, 3-4, 32-35.
5 Hist. eccl., VII, 25. Il est probable que la question avait déjà été
discutée par saint Hippolyte. Voir la liste de ses écrits dans Corpus
inscr. gr., n° 8613, A, 3.
6 Eus., H. E., III, 24 ; saint Jérôme, Epist. CXXIX, ad Dardanum, 3.


d’éducation. On peut dire que, si ce parti avait été le maître,
il eût relégué l’Apocalypse au rang du Pasteur et des
¢ntilegÒmena dont le texte grec a presque disparu.
Heureusement, il était trop tard pour que de telles exclusions
pussent réussir. Grâce à d’habiles contresens, un
livre qui renferme d’atroces injures contre Paul s’est
conservé à côté des oeuvres mêmes de Paul, et forme
avec celles-ci un volume censé provenir d’une seule inspiration.
Cette protestation persistante, qui constitue un fait si
important de l’histoire ecclésiastique, est-elle d’un poids
bien considérable aux yeux de la critique indépendante ?
On ne saurait le dire. Certainement Denys d’Alexandrie
est dans le vrai, quand il établit que le même homme n’a
pas pu écrire le quatrième Évangile et l’Apocalypse. Mais,
placée devant ce dilemme, la critique moderne a répondu
tout autrement que la critique du IIIe siècle. L’authenticité
de l’Apocalypse lui a paru bien plus admissible que celle de
l’Évangile, et si, dans l’oeuvre johannique, il faut faire une
part à ce problématique Presbyteros Johannes, c’est bien
moins l’Apocalypse que l’Évangile et les épîtres qu’il
conviendrait de lui attribuer. Quel motif eurent, au
IIIe siècle, ces adversaires du montanisme, au IVe siècle,
ces chrétiens élevés dans les écoles helléniques
d’Alexandrie, de Césarée, d’Antioche, pour nier que
l’auteur de l’Apocalypse fût réellement l’apôtre Jean ? Une
tradition, un souvenir conservé dans les Églises ? En aucune
façon. Leurs motifs étaient des motifs de théologie
a priori. D’abord, l’attribution de l’Apocalypse à l’apôtre
rendait presque impossible pour un homme instruit et
sensé d’admettre l’authenticité du quatrième Évangile, et
l’on eût cru alors ébranler le christianisme en doutant de
l’authenticité de ce dernier document. En outre, la vision
attribuée à Jean paraissait une source d’erreurs sans cesse
renaissantes ; il en sortait des recrudescences perpétuelles
de judéo-christianisme, de prophétisme intempérant, de
millénarisme audacieux ? Quelle réponse pouvait-on faire

aux montanistes et aux mystiques du même genre, disciples
parfaitement conséquents de l’Apocalypse, à ces troupes
d’enthousiastes qui couraient au martyre, enivrés
qu’ils étaient par la poésie étrange du vieux livre de l’an
69 ? Une seule : prouver que le livre qui servait de texte à
leurs chimères n’était pas d’origine apostolique. La raison
qui porta Caïus, Denys d’Alexandrie et tant d’autres à
nier que l’Apocalypse fût réellement de l’apôtre Jean est
donc justement celle qui nous porte à la conclusion opposée.
Le livre est judéo-chrétien, ébionite ; il est l’oeuvre
d’un enthousiaste ivre de haine contre l’empire romain et
le monde profane ; il exclut toute réconciliation entre le
christianisme, d’une part, l’empire et le monde, de
l’autre ; le messianisme y est tout matériel ; le règne des
martyrs pendant mille ans y est affirmé ; la fin du monde
est déclarée très prochaine. Ces motifs, où les chrétiens
raisonnables, sortis de la direction de Paul, puis de l’école
d’Alexandrie, voyaient des difficultés insurmontables,
sont pour nous des marques d’ancienneté et
d’authenticité apostolique. L’ébionisme et le montanisme
ne nous font plus peur ; simples historiens, nous affirmons
même que les adhérents de ces sectes, repoussés
par l’orthodoxie, étaient les vrais successeurs de Jésus,
des Douze et de la famille du Maître. La direction rationnelle
que prend le christianisme par le gnosticisme modéré,
par le triomphe tardif de l’école de Paul, et surtout par
l’ascendant d’hommes tels que Clément d’Alexandrie et
Origène, ne doit pas faire oublier ses vraies origines. Les
chimères, les impossibilités, les conceptions matérialistes,
les paradoxes, les énormités, qui impatientaient Eusèbe,
quand il lisait ces anciens auteurs ébionites et millénaristes,
tels que Papias, étaient le vrai christianisme primitif.
Pour que les rêves de ces sublimes illuminés soient devenus
une religion susceptible de vivre, il a fallu que des
hommes de bon sens et de beaux génies, comme étaient
ces Grecs qui se firent chrétiens à partir du IIIe siècle,
aient repris l’oeuvre des vieux visionnaires, et, en la reprenant,                        l’aient singulièrement modifiée, corrigée, amoindrie.
Les monuments les plus authentiques des naïvetés
du premier âge devinrent alors d’embarrassants témoins,
que l’on essaya de rejeter dans l’ombre. Il arriva ce qui
arrive d’ordinaire à l’origine de toutes les créations religieuses,
ce qui s’observa en particulier durant les premiers
siècles de l’ordre franciscain : les fondateurs de la
maison furent évincés par les nouveaux venus ; les vrais
successeurs des premiers pères devinrent bientôt des
suspects et des hérétiques. De là ce fait que nous avons
eu souvent occasion de relever, savoir que les livres favoris
du judéo-christianisme ébionite et millénaire1 se sont
bien mieux conservés dans les traductions latines et
orientales que dans le texte grec, l’Église grecque orthodoxe
s’étant toujours montrée fort intolérante à l’égard
de ces livres et les ayant systématiquement supprimés.
Les raisons qui font attribuer l’Apocalypse à l’apôtre
Jean restent donc très fortes, et je crois que les personnes
qui liront notre récit seront frappées de la manière dont
tout, en cette hypothèse, s’explique et se lie. Mais, dans
un monde où les idées en fait de propriété littéraire
étaient si différentes de ce qu’elles sont de nos jours, un
ouvrage pouvait appartenir à un auteur de bien des manières.
L’apôtre Jean a-t-il écrit lui-même le manifeste de
l’an 69 ? On en peut certes douter. Il suffit pour notre
thèse qu’il en ait eu connaissance, et que, l’ayant approuvé,
il l’ait vu sans déplaisir circuler sous son nom. Les
trois premiers versets du chapitre Ier, qui ont l’air d’une
autre main que celle du Voyant, s’expliqueraient alors.
Par là s’expliqueraient aussi des passages comme XVIII,
20 ; XXI, 14, qui inclinent à croire que celui qui tenait la
plume n’était pas apôtre. Dans Eph., II, 20, nous trouvons


1 Livre d’Hénoch, Apocalypse de Baruch, Assomption de Moïse,
Ascension d’Isaïe, 4e livre d’Esdras, et jusqu’à ces derniers temps,
le Pasteur, l’Épître de Barnabé. Par là s’explique aussi la perte plus
ou moins complète du texte grec de Papias, de saint Irénée.


 un trait analogue, et là nous sommes sûrs qu’entre
Paul et nous il y a l’intermédiaire d’un secrétaire ou d’un
imitateur. L’abus qui a été fait du nom des apôtres pour
donner de la valeur à des écrits apocryphes1 doit nous
rendre très soupçonneux. Beaucoup de traits de
l’Apocalypse ne conviennent pas à un disciple immédiat de
Jésus2. On est surpris de voir un des membres du comité
intime où s’élabora l’Évangile nous présenter son ancien
ami comme un Messie de gloire, assis sur le trône de
Dieu, gouvernant les peuples, et si totalement différent
du Messie de Galilée que le Voyant à son aspect frissonne
et tombe à demi mort. Un homme qui avait connu
le vrai Jésus pouvait difficilement, même au bout de
trente-six ans, avoir subi une telle modification dans ses
souvenirs. Marie de Magdala, apercevant Jésus ressuscité,
s’écrie : « O mon maître ! » et Jean ne verrait le ciel ouvert
que pour y retrouver celui qu’il aima transformé en
Christ terrible !… Ajoutons que l’on n’est pas moins
étonné de voir sortir de la plume d’un des principaux
personnages de l’idylle évangélique une composition artificielle,
un vrai pastiche, où l’imitation à froid des visions
des anciens prophètes se montre à chaque ligne. L’image
des pêcheurs de Galilée qui nous est offerte par les
Évangiles synoptiques ne répond guère à celle
d’écrivains, de lecteurs assidus des anciens livres, de rabbins
savants. Reste à savoir si ce n’est pas le tableau des
synoptiques qui est faux, et si l’entourage de Jésus ne fut
pas beaucoup plus pédant, plus scolastique, plus analogue
aux scribes et aux pharisiens, que le récit de Matthieu,
Marc et Luc ne porterait à le supposer.
Si l’on admet l’hypothèse que nous avons dite, et
d’après laquelle Jean aurait plutôt accepté l’Apocalypse qu’il


1 Aux preuves tant de fois alléguées, ajoutez Caïus et Denys
d’Alexandrie, dans Eusèbe, H. E., III, 28.
2 Le verset Apoc., I, 2, ne signifie pas que l’auteur ait été témoin de
la vie de Jésus. Comp. I, 9, 19, 20 ; VI, 9, XX, 4 ; XXII, 8.


ne l’aurait écrite de sa main, on obtient un autre avantage,
c’est d’expliquer comment le livre fut si peu répandu,
durant les trois quarts de siècle qui suivirent sa composition.
Il est probable que l’auteur, après l’an 70, voyant
Jérusalem prise, les Flavius solidement établis, l’empire
romain reconstitué, et le monde obstiné à durer, malgré
le terme de trois ans et demi qu’il lui avait assigné, arrêta
lui-même la publicité de son ouvrage. L’Apocalypse, en
effet, n’atteignit toute son importance que vers le milieu
du IIe siècle, quand le millénarisme devint un sujet de discorde
dans l’Église, et surtout quand les persécutions redonnèrent
aux invectives contre la Bête du sens et de l’àpropos1.
La fortune de l’Apocalypse fut ainsi attachée aux
alternatives de paix et d’épreuves que traversa l’Église.
Chaque persécution lui donna une vogue nouvelle ; c’est
quand les persécutions sont finies que le livre court de
véritables dangers, et se voit sur le point d’être chassé du
Canon, comme un pamphlet mensonger et séditieux.
Deux traditions dont j’ai admis en ce volume la plausibilité,
savoir la venue de Pierre à Rome et le séjour de
Jean à Éphèse, ayant donné lieu à de longues controverses,
j’en ai fait l’objet d’un appendice à la fin du volume.
J’ai en particulier discuté le récent mémoire de
M. Scholten sur le séjour des apôtres en Asie avec le soin
que méritent tous les écrits de l’éminent critique hollandais.
Les conclusions auxquelles je suis arrivé, et que je
ne tiens, du reste, que pour probables, exciteront certainement,
comme l’emploi que j’ai fait du quatrième Évangile
en écrivant la Vie de Jésus, les dédains d’une jeune
école présomptueuse, aux yeux de laquelle toute thèse est
prouvée dès qu’elle est négative, et qui traite péremptoirement
d’ignorants ceux qui n’admettent pas d’emblée
ses exagérations. Je prie le lecteur sérieux de croire que je
le respecte assez pour ne rien négliger de ce qui peut servir


1 Voir la lettre des Églises de Vienne et de Lyon, dans Eusèbe,
H. E., V, I, 10, 58 (notez ¹ gr a f»).


 à trouver la vérité dans l’ordre des études dont je
l’entretiens. Mais j’ai pour principe que l’histoire et la dissertation
doivent être distinctes l’une de l’autre. L’histoire
ne peut être bien faite qu’après que l’érudition a entassé
des bibliothèques entières d’essais critiques et de mémoires
; mais, quand l’histoire arrive à se dégager, elle ne doit
au lecteur que l’indication de la source originale sur laquelle
chaque assertion s’appuie. Les notes occupent le
tiers de chaque page dans ces volumes que je consacre
aux origines du christianisme. Si j’avais dû m’obliger à y
mettre la bibliographie, les citations d’auteurs modernes,
la discussion détaillée des opinions, les notes eussent
rempli au moins les trois quarts de la page. Il est vrai que
la méthode que j’ai suivie suppose des lecteurs versés
dans les recherches sur l’Ancien et le Nouveau Testament,
ce qui est le cas de bien peu de personnes en
France. Mais combien de livres sérieux auraient le droit
d’exister si, avant de les composer, l’auteur avait dû être
sûr qu’il aurait un public pour les bien comprendre ?
J’affirme d’ailleurs que même un lecteur qui ne sait pas
l’allemand, s’il est au courant de ce qui a été écrit dans
notre langue sur ces matières, peut fort bien suivre ma
discussion. L’excellent recueil intitulé Revue de théologie, qui
s’imprimait jusqu’à ces dernières années à Strasbourg, est
une encyclopédie d’exégèse moderne, qui ne dispense pas
sûrement de remonter aux livres allemands et hollandais,
mais où toutes les grandes discussions de la théologie
savante depuis un demi-siècle ont eu leur écho. Les écrits
de MM. Reuss, Réville, Scherer, Kienlen, Coulin, et en
général les thèses de la faculté de Strasbourg1 offriront


1 On m’a si souvent reproché les courtes listes biographiques
d’ouvrages français que j’ai données dans les volumes antérieurs,
bien que j’eusse formellement averti que ces listes n’avaient d’autre
but que de répondre à ceux qui m’accusaient de supposer chez le
lecteur français des connaissances antérieures qu’il ne pouvait
avoir, que je me les interdis cette fois-ci. Le pédantisme,
l’ostentation du savoir, le soin de ne négliger aucun de ses avantages, sont tellement devenus la règle de certaines écoles, qu’on n’y
admet plus l’écrivain sobre qui, selon la maxime de nos vieux maîtres
de Port-Royal, sait se borner, ne fait jamais profession de
science, et dans un livre ne donne pas le quart des recherches que
ce livre a coûtées. L’élégance, la modestie, la politesse, l’atticisme
passent maintenant pour des manières de gens arriérés.


également aux lecteurs désireux de plus amples renseignements
une solide instruction. Il va sans le dire que
ceux qui pourront lire les écrits de Christian Baur, le père
de toutes ces études, de Zeller, de Schwegler, de Volkmar,
de Hilgenfeld, de Lücke, de Lipsius, de Holtzmann,
d’Ewald, de Keim, de Hausrath, de Scholten, seront
mieux édifiés encore. J’ai proclamé toute ma vie que
l’Allemagne s’était acquis une gloire éternelle en fondant
la science critique de la Bible et les études qui s’y rapportent.
Je l’ai dit assez haut pour qu’on n’eût pas dû
m’accuser de passer sous silence des obligations que j’ai
cent fois reconnues. L’école des exégètes allemands a ses
défauts ; ces défauts sont ceux qu’un théologien, quelque
libéral qu’il soit, ne peut éviter ; mais la patience, la ténacité
d’esprit, la bonne foi qui ont été déployées dans cette
oeuvre d’analyse sont chose vraiment admirable. Entre
plusieurs très belles pierres que l’Allemagne a posées
dans l’édifice de l’esprit humain, élevé à frais communs
par tous les peuples, la science biblique est peut-être le
bloc qui a été taillé avec le plus de soin, celui qui porte au
plus haut degré le cachet de l’ouvrier.
Pour ce volume, comme pour les précédents, je dois
beaucoup à l’érudition toujours prête et à l’inépuisable
complaisance de mes savants confrères et amis, MM. Egger,
Léon Renier, Derenbourg, Waddington, Boissier, de
Longpérier, de Witte, Le Blant, Dulaurier, qui ont bien
voulu me permettre de les consulter journellement sur les
points se rapportant à leurs études spéciales.
M. Neubauer a revu la partie talmudique. Malgré ses travaux
à la Chambre, M. Noël Parfait a bien voulu ne pas
me discontinuer ses soins de correcteur accompli. Enfin,

je dois exprimer ma vive reconnaissance à MM. Amari,
Pietro Rosa, Fabio Gori, Fiorelli, Minervini, de Luca, qui,
durant un voyage d’Italie que j’ai fait l’année dernière, ont
été pour moi les plus précieux des guides. On verra
comment ce voyage se rattachait par plusieurs côtés au
sujet du présent volume. Quoique je connusse déjà
l’Italie, j’avais soif de saluer encore une fois la terre des
grands souvenirs, la mère savante de toute renaissance.
Selon une légende rabbinique, il y avait à Rome, durant
ce long deuil de la beauté qu’on appelle le moyen âge,
une statue antique conservée en un lieu secret, et si belle
que les Romains venaient de nuit la baiser furtivement.
Le fruit de ces embrassements profanes fut, dit-on,
l’Antéchrist1. Ce fils de la statue de marbre est bien
certainement au moins un fils de l’Italie. Toutes les
grandes protestations de la conscience humaine contre
les excès du christianisme sont venues autrefois de cette
terre ; de là encore elles viendront dans l’avenir.
Je ne cacherai pas que le goût de l’histoire, la jouissance
incomparable qu’on éprouve à voir se dérouler le
spectacle de l’humanité, m’a surtout entraîné en ce volume.
J’ai eu trop de plaisir à le faire pour que je demande
d’autre récompense que de l’avoir fait. Souvent je me suis
reproché de tant jouir en mon cabinet de travail, pendant
que ma pauvre patrie se consume dans une lente agonie ;
mais j’ai la conscience tranquille. Lors des élections de
1869, je m’offris aux suffrages de mes concitoyens ; toutes
mes affiches portaient en grosses lettres : « Pas de
révolution ; pas de guerre ; une guerre sera aussi funeste
qu’une révolution. » Au mois de septembre 1870, je
conjurai les esprits éclairés de l’Allemagne et de l’Europe
de songer à l’affreux malheur qui menaçait la civilisation.
Pendant le siège, dans Paris, au mois de novembre 1870,
je m’exposai à une forte impopularité en conseillant la
réunion d’une assemblée, ayant les pouvoirs pour traiter


1 Voir Buxtorf, Lex. chald. talm. rabb., p. 222.


de la paix. Aux élections de 1871, je répondis aux ouvertures
qu’on me fit : « Un tel mandat ne peut être ni recherché,
ni refusé. » Après le rétablissement de l’ordre,
j’ai appliqué tout ce que j’ai d’attention aux réformes que
je considère comme les plus urgentes pour sauver notre
pays. J’ai donc fait ce que j’ai pu. Nous devons à notre
patrie d’être sincères avec elle ; nous ne sommes pas
obligés d’employer le charlatanisme pour lui faire accepter
nos services ou agréer nos idées.
Peut-être, d’ailleurs, ce volume, bien que s’adressant
avant tout aux curieux et aux artistes, contiendra-t-il plus
d’un enseignement. On y verra le crime poussé jusqu’à
son comble et la protestation des saints élevée à des accents
sublimes. Un tel spectacle ne sera pas sans fruit
religieux. Je crois autant que jamais que la religion n’est
pas une duperie subjective de notre nature, qu’elle répond
à une réalité extérieure, et que celui qui en aura suivi
les inspirations aura été le bien inspiré. Simplifier la
religion n’est pas l’ébranler, c’est souvent la fortifier. Les
petites sectes protestantes de nos jours, comme le christianisme
naissant, sont là pour le prouver. La grande erreur
du catholicisme est de croire qu’on peut lutter
contre les progrès du matérialisme avec une dogmatique
compliquée, s’encombrant chaque jour d’une nouvelle
charge de merveilleux.
Le peuple ne peut plus porter qu’une religion sans miracles
; mais une telle religion pourrait être bien vivante
encore, si, prenant leur parti de la dose de positivisme qui
est entrée dans le tempérament intellectuel des classes
ouvrières, les personnes qui ont charge d’âmes réduisaient
le dogme autant qu’il est possible, et faisaient du
culte un moyen d’éducation morale, de bienfaisante association.
Au-dessus de la famille et en dehors de l’État,
l’homme a besoin de l’Église. Les États-Unis d’Amérique
ne font durer leur étonnante démocratie que grâce à leurs
sectes innombrables. Si, comme on peut le supposer, le
catholicisme ultramontain ne doit plus réussir, dans les

grandes villes, à ramener le peuple à ses temples, il faut
que l’initiative individuelle crée des petits centres où le
faible trouve des leçons, des secours moraux, un patronage,
parfois une assistance matérielle. La société civile,
qu’elle s’appelle commune, canton ou province, État ou
patrie, a des devoirs pour l’amélioration de l’individu ;
mais ce qu’elle fait est nécessairement limité. La famille
doit beaucoup plus ; mais souvent elle est insuffisante ;
quelquefois elle manque tout à fait. Les associations
créées au nom d’un principe moral peuvent seules donner
à tout homme venu en ce monde un lien qui le rattache
au passé, des devoirs envers l’avenir, des exemples à
suivre, un héritage de vertu à recevoir et à transmettre,
une tradition de dévouement à continuer.

CHAPITRE PREMIER.

PAUL CAPTIF À ROME

suite…

Renan Ernest – L antechrist

L’évangile du Bouddha


https://i1.wp.com/arbredor.com/images/couvertures/couvbouddha.jpg  Afficher l'image d'origine

Auteur: Paul Carus

Ouvrage: L’évangile du Bouddha

Année: 1902

Raconté d’après les anciens documents
Traduit de l’anglais par Léon de Milloué

 

 

arbredor.com

«Comme le christianisme, le bouddhisme s’est divisé en sectes innombrables, séparées surtout par des superstitions ou des rites particuliers, et assez fréquemment elles considèrent les dogmes sectaires auxquelles elles sont attachées comme les traits les plus importants et les plus indispensables de leur religion.

Ce livre ne suit aucune des doctrines sectaires, mais prend une position idéale que tous les vrais bouddhistes peuvent accepter comme un terrain commun. Ainsi sa principale originalité est l’arrangement de cet Évangile du Bouddha en un tout d’une forme harmonieuse et systématique.

Cependant, en ce qui concerne l’ensemble de ses diverses parties, on peut les considérer comme une simple compilation, et le compilateur s’est efforcé de traiter ses matériaux de la même manière que, selon son opinion, l’auteur du quatrième Évangile du Nouveau Testament en a usé pour les récits de la vie de Jésus de Nazareth.

Il s’est risqué à placer les faits de la vie de Bouddha dans la lumière de leur importance religieuse et philosophique: il a retranché la plupart de leurs enjolivements apocryphes, principalement ceux dont fourmillent les traditions septentrionales; cependant il n’a pas cru qu’il fût sage d’hésiter à conserver le miraculeux qui se montre dans les récits, toutes les fois qu’un but moral semble justifier la mention qui en est faite; il a seulement émondé l’exubérance de merveilleux qui se plaît à rapporter les choses les plus incroyables, évidemment destinées à frapper fortement l’esprit, tandis qu’en réalité elles ne peuvent que le fatiguer.

Le miracle a cessé d’être une preuve en fait de religion; cependant la croyance en la puissance du Maître témoigne encore de la sainte vénération des premiers disciples et reflète leur enthousiasme religieux.»

AVERTISSEMENT
La Direction du Musée Guimet n longtemps hésité à faire traduire et publier l’Évangile du Bouddha de M. Paul Carus, tout intéressant que soit cet ouvrage. À première lecture, en effet, même avec les explications que l’auteur fournit dans sa préface, on dirait un livre de propagande en faveur du Bouddhisme. C’était une raison péremptoire pour le faire repousser, le prosélytisme nous étant interdit par la nature même de nos études, et puis ce travail ne paraissait pas avoir le caractère rigoureusement scientifique que la Direction tient à garder à toutes ses publications, même de vulgarisation. Elle, redoutait aussi l’allure biblique de sa composition et de son style, à laquelle le lecteur français est pou accoutumé et qui aurait pu sembler à certaines personnes une sorte de parodie de mauvais goût de la Bible et de l’Évangile. Toutefois, ses scrupules se sont évanouis devant cette considération que s’il ne s’agit pas ici d’une traduction littérale des Soûtras bouddhiques, si l’auteur a choisi çà et là dans leur masse énorme et groupé pour en faire un tout homogène les passages qui lui paraissaient les plus caractéristiques, les plus propres à mettre en pleine lumière les doctrines morales et philosophiques du Bouddhisme, il en a du moins toujours respecté scrupuleusement l’esprit et que même, par le groupement systématique de ces textes divers, son livre donne des conceptions bouddhiques une impression plus frappante et peut-être tout aussi juste que pourrait le faire une stricte traduction de ces écritures. À part les trois premiers chapitres, l’imagination de l’auteur n’y est pour rien.

Ce livre est, en tout cas, plus facile et plus agréable à lire que les Soûtras originaux, avec leurs longueurs et leurs redites interminables, et auxquels, d’ailleurs, de nombreuses références permettent de se reporter facilement. Les quelques notes qui ont paru indispensables pour compléter celles de l’auteur sont indiquées sous la rubrique N. T. (Notes du Traducteur.) Paris, le 31 mars 1902. LA DIRECTION.

PRÉFACE DE L’AUTEUR
Pour qui est familiarisé avec les Écritures sacrées du Bouddhisme, rendues accessibles au monde occidental par le zèle infatigable et le talent de savants tels que Burnouf, Hodgson, Bigandet, Bühler, Foucaux, Sénart, Weber, Fausböll, Alexandre Csoma, Wassiljew, Rhys Davids, F. Max-Müller, Childers, Oldenberg, Schiefner, Eitel, Beal, Spence Hardy, etc., ce petit livre n’a pas besoin de préface. À ceux qui les ignorent, je puis affirmer que l’ensemble de son contenu est tiré de l’ancien canon bouddhiste. Beaucoup de passages, et ce sont certainement les plus importants, sont copiés littéralement dans les traductions des textes originaux. Quelques-uns sont interprétés un peu librement afin de les rendre intelligibles pour la génération actuelle. Certains ont été remaniés, d’autres abrégés. À part les trois premiers et les trois derniers chapitres, il y a peu d’additions entièrement de mon fait et encore ce ne sont ni de purs enjolivements littéraires ni des altérations des doctrines bouddhiques. Ils ne contiennent que des idées dont on peut trouver les prototypes çà et là dans les traditions du Bouddhisme et n’ont été faits qu’en vue d’élucider ses principes fondamentaux. Ceux qui voudront remonter du Bouddhisme de ce livre à sa source originale trouveront à la fin du volume une table de références indiquant, aussi brièvement que possible, les documents où ont été puisés ces divers chapitres et les parallélismes qui se rencontrent avec les idées occidentales et particulièrement avec les évangiles chrétiens.
Comme le christianisme, le bouddhisme s’est divisé en sectes innombrables, séparées surtout par des superstitions ou des rites particuliers, et assez fréquemment elles considèrent les dogmes sectaires auxquelles elles sont attachées comme les traits les plus importants et les plus indispensables de leur religion. Ce livre ne suit aucune des doctrines sectaires, mais prend une position idéale que tous les vrais bouddhistes peuvent accepter comme un terrain

commun. Ainsi sa principale originalité est l’arrangement de cet Évangile du Bouddha en un tout d’une forme harmonieuse et systématique. Cependant, en ce qui concerne l’ensemble de ses diverses parties, on peut les considérer comme une simple compilation, et le compilateur s’est efforcé de traiter ses matériaux de la même manière que, selon son opinion, l’auteur du quatrième Évangile du Nouveau Testament en a usé pour les récits de la vie de Jésus de Nazareth. Il s’est risqué à placer les faits de la vie de Bouddha dans la lumière de leur importance religieuse et philosophique : il a retranché la plupart de leurs enjolivements apocryphes, principalement ceux dont fourmillent les traditions septentrionales ; cependant il n’a pas cru qu’il fût sage d’hésiter à conserver le miraculeux qui se montre dans les récits, toutes les fois qu’un but moral semble justifier la mention qui en est faite ; il a seulement émondé l’exubérance de merveilleux qui se plaît à rapporter les choses les plus in-croyables, évidemment destinées à frapper fortement l’esprit, tandis qu’en réa-lité elles ne peuvent que le fatiguer. Le miracle a cessé d’être une preuve en fait de religion ; cependant la croyance en la puissance du Maître témoigne encore de la sainte vénération des premiers disciples et reflète leur enthousiasme religieux.
S’il ne veut pas risquer de mal interpréter l’idée fondamentale des doc-trines du Bouddha, le lecteur doit se souvenir qu’il faut prendre le terme « moi » dans le sens où le Bouddha l’emploie. Le « moi » de l’homme peut être et a été compris dans un sens contre lequel le Bouddha n’aurait jamais fait aucune objection. Le Bouddha nie l’existence du « moi » tel qu’on le comprenait communément en son temps ; il ne nie pas la mentalité ( ?) de l’homme, sa constitution spirituelle, l’importance de sa personnalité, en un mot, son âme. Mais il nie la mystérieuse entité égotiste, l’âtman, dans le sens d’une sorte de monade-âme que quelques écoles supposaient exister derrière ou dans l’activité corporelle et psychique de l’homme, comme un être distinct, comme une sorte d’essence, et un agent métaphysique prétendu être l’âme. Cette superstition philosophique, si commune non seulement dans l’Inde mais dans le monde entier, correspond à l’égotisme habituel de l’homme dans la vie pratique ; ce

sont deux illusions provenant de la même source, la foire aux vanités de la mondanité, qui poussent l’homme à croire que la raison d’être de sa vie est en son « moi. » Le Bouddha propose de détruire entièrement toute pensée du « moi », de façon ce qu’elle ne porte plus de fruit. Ainsi le Nirvâna du Bouddha est un état idéal dans lequel l’âme de l’homme, après s’être purifiée de tout égoïsme et du péché, est devenue la résidence de la vérité, qui lui apprend à se défier des entraînements du plaisir et à employer exclusivement toutes ses énergies à remplir les devoirs de la vie. La doctrine du Bouddha n’est pas le nihilisme. L’étude de la nature de l’âme humaine prouve que s’il n’existe ni âtman ni entité égotiste, l’essence véritable de l’homme est son karma, que ce karma n’est pas affecté par la mort et continue à vivre. Ainsi, en niant l’existence de ce que nous prenons pour notre âme et dont nous redoutons la destruction par la mort, le Bouddha ouvre réellement à l’humanité (comme il le dit lui-même) la porte de l’immortalité, et là gît la pierre d’angle de sa morale et aussi de la consolation et de l’enthousiasme que procure sa religion. Celui qui ne voit pas l’aspect po-sitif du Bouddhisme, est incapable de comprendre comment il a pu exercer une influence si considérable sur des millions et des millions d’êtres. Ce volume n’est pas fait pour contribuer à la solution des problèmes historiques. Le compilateur a étudié son sujet, aussi sérieusement qu’il le pouvait dans des circonstances données, mais il ne prétend pas présenter une oeuvre scientifique. Ce livre ne tend pas non plus à populariser les écritures bouddhistes, ni à les montrer sous une forme poétique. Si cet « Évangile du Bouddha » aide à mieux comprendre le Bouddhisme et si dans sa simplicité il donne au lecteur l’impression de la poétique grandeur de la personnalité du Bouddha, ces résultats ne doivent être comptés que comme secondaires ; son vrai but est encore plus sérieux. Ce livre a été écrit pour faire réfléchir le lecteur sur les problèmes religieux d’aujourd’hui. Il trace l’image d’un maître religieux d’un passé lointain, afin de la faire agir sur le présent et devenir un facteur de la formation de l’avenir.

À notre avis, toutes les vérités morales essentielles du Christianisme ont de profondes racines dans la nature des choses, et ne sont pas en contradiction, comme on l’a souvent prétendu, avec l’ordre cosmique du monde. L’Église les a formulées en certains symboles, et parce que ces symboles contiennent des contradictions et entrent en conflit avec la science, les classes éclairées se sont écartées de la religion. Mais le Bouddhisme est une religion qui ne connaît aucune révélation surnaturelle, et proclame des doctrines qui n’ont pas besoin d’autres arguments que le « venez et voyez. » Le Bouddha fonde sa religion exclusivement sur la connaissance qu’a l’homme de la nature des choses, sur une vérité démontrable. La comparaison du Christianisme et du Bouddhisme aidera puissamment à distinguer dans les deux religions ce qui est essentiel de ce qui est accidentel, ce qui est éternel de ce qui est transitoire, la vérité de l’allégorie dans laquelle elle a trouvé son expression symbolique. Nous désirons ardemment faire naître la conviction de la nécessité de distinguer entre le symbole et son sens, entre le dogme et la religion, entre les formules d’invention humaine et l’éternelle vérité. C’est dans cet esprit que nous offrons ce livre au public, nourrissant l’espoir qu’il aidera au développement, dans le Christianisme autant que dans le Bouddhisme, de la religion cosmique de la vérité.
C’est un fait digne de remarque que les deux religions les plus grandes du monde, le Christianisme et le Bouddhisme, aient tant de coïncidences frappantes dans leur base philosophique aussi bien que dans les applications morales de leur foi, tandis que leurs méthodes pour les exprimer en dogmes sont radicalement différentes. La force et aussi la faiblesse du Bouddhisme primitif c’est son caractère philosophique qui permettait au penseur, mais non aux masses, de comprendre l’explication de la loi morale qui pénètre le monde. C’est pourquoi le Bouddhisme primitif a été nommé par les bouddhistes « le petit vaisseau de salut » ou Hinayana, car il est comparable à un petit bateau dans lequel un homme peut traverser le courant de la mondanité et atteindre le rivage du Nirvâna. Obéissant à l’esprit d’une propagande missionnaire, si naturelle à des hommes pieux qui sont ardents dans leurs convictions, les bouddhistes qui suivirent popularisèrent les doctrines du Bouddha et les rendirent

accessibles à la multitude. Il est vrai qu’ils acceptèrent beaucoup de notions mythiques et même fantastiques ; mais ils réussirent cependant à faire adopter ses vérités morales à des gens qui ne pouvaient saisir qu’incomplètement le sens philosophique de la religion du Bouddha. Ils construisirent, selon leur expression, un « grand vaisseau de salut, » le Mahayana, dans lequel, les multitudes pouvaient trouver place et qui était capable de les transporter avec sécurité. Bien que le Mahayana, ait indiscutablement des côtés faibles, il ne faut pas le condamner haut la main, car il remplit son but. Sans le considérer comme le summum du développement religieux des peuples parmi lesquels il domine, nous devons reconnaitre qu’il s’adaptait à leur condition et qu’il a beaucoup fait pour leur éducation. Le Mahayana constitue un progrès, en ce qu’il a transformé une philosophie en religion et a tenté de prêcher comme des pro-positions positives des doctrines qui étaient exprimées sous une forme négative. Bien éloigné de condamner le zèle religieux qui a fait éclore le Mahayana dans le Bouddhisme, nous pouvons encore moins nous associer à ceux qui reprochent au Christianisme sa dogmatologie et ses éléments mythologiques. Le Christianisme est plus qu’un Mahayana, et la dogmatologie chrétienne également avait une mission à remplir dans l’évolution religieuse de l’humanité. Le Christianisme est plus qu’un grand vaisseau propre à transporter les multitudes de ceux qui s’y embarquent ; c’est un grand pont, un Mahâsêtou, sur lequel un enfant peut traverser le torrent de l’égoïsme et du la vanité du monde avec au-tant de sécurité que le sage. Bien ne caractérise mieux la parole du Christ que ces mots « Laisser venir à moi les petits enfants. » La comparaison des points communs nombreux et frappants du Christianisme et du Bouddhisme peut être fatale à une conception sectaire du Christianisme, mais en fin de compte nous aidera à mûrir notre conception de la nature essentielle du Christianisme et ainsi élèvera nos convictions religieuses. Elle fera éclore ce Christianisme plus noble qui aspire à être la religion cosmique de la vérité éternelle.

Espérons que cet Évangile du Bouddha aidera à la fois bouddhistes et chrétiens à pénétrer plus avant dans l’esprit de leur foi de façon à l’embrasser dans toute son étendue, sa largeur et sa profondeur. Au-dessus de tout Hinayana, Mahayana et Mahâsêtou est la Religion de la Vérité. PAUL CARUS.

ALLÉGRESSE !

suite…

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La matrice de Gog


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Auteur : Patrick Daniel
Ouvrage : La matrice de Gog

De la terre de Magog vinrent les Khazars afin de détruire et piller
Année : 2014

Traduction française de Roch Richer

Introduction de Texe Marrs

 

 

 

Gog, de Magog, a-t-il déjà conquis la terre d’Israël ?
Ézéchiel 38-39 prophétise que, dans les derniers jours, Gog, dirigeant démoniaque de
la terre de Magog, va monter contre Israël, lequel sera mis au monde du sein des
nations. Il fondra comme une tempête et conquerra le pays aux villages sans murs, et
il le retiendra en otage.
Cette conquête de Gog et de ses armées tournera éventuellement en spirale, se
transformant en une guerre mondiale si catastrophique que Dieu Lui-même devra y
mettre fin.
Qui est Gog ? Où est la terre de Magog ? Maintenant, grâce à de nouvelles et
stupéfiantes découvertes archéologiques et génétiques, nous possédons d’incroyables
preuves qu’en fait, Magog est situé dans le sud de la Russie, dans le Caucase, et Gog
est le nom du grand dirigeant du Royaume de la Khazarie. La Khazarie est la terre de
peuples turcs non sémites qui se proclament faussement juifs. De la Khazarie du 8e
siècle, ces peuples païens, s’étant convertis au judaïsme, s’enfuirent en Europe pour
échapper aux guerriers envahisseurs russes.
En 1948, les Khazars arrivèrent en Palestine où ils conquirent les paisibles
Palestiniens et mirent sur pied un prétentieux nouveau « Royaume d’Israël ». Les
Khazars, se disant « Juifs », proviennent de Magog. Conduits par le Gog de Satan
dans les derniers jours, ils sont destinés à plonger le monde entier dans des bains de
sang, le chao et la guerre. Ézéchiel 38-39 s’accomplit devant nos yeux !

Daniel Patrick est né au Missouri et a servi dans la Marine américaine
durant la guerre du Vietnam. Il a étudié les arts en Europe, a gradué au
Collège de la Bible, a lu des centaines de livres, a écouté des milliers de
sermons et en est venu à la conclusion que le sionisme chrétien n’est pas
biblique et qu’il a terriblement éconduit le christianisme. Après presque
quinze ans de recherches, beaucoup de prière et la conduite du Saint-Esprit,
ce livre, La matrice de Gog, fut créé.

INTRODUCTION

La matrice de Gog — l’accomplissement
de la prophétie biblique
Ézéchiel 38 et 39 sont une clé de la compréhension des événements des derniers
jours. Or, dans Ézéchiel, nous lisons qu’apparaîtra un puissant leader mondial : « Gog
au pays de Magog ». Lui et ses forces armées descendront et conquerront Israël, puis
ils continueront leur route et précipiteront une horrible guerre mondiale.
Qui est « Gog » et où est « Magog » ? Jusqu’à tout récemment, ces questions
fondamentales demeurèrent un mystère. Or maintenant, la science de l’ADN,
l’histoire et l’archéologie nous apportent des réponses. Magog est le territoire de la
Khazarie, dans le Caucase, au sud de la Russie. Alors que Gog est le leader ou roi
démoniaque de ce grand pays.
La Khazarie s’avère le pays d’origine des « Juifs » d’aujourd’hui qui — la science
de l’ADN le confirme — ne sont pas de la descendance d’Abraham et donc, pas
Israélites ni Sémites. Le peuple que nous appelons « Juifs » est, en fait, de lignée
turque.
Ce livre très important, La matrice de Gog, nous donne l’information concernant
Gog, Magog et les Juifs. Nous y découvrons que la Sainte Bible se montre précise et
que les « Juifs » d’aujourd’hui sont la « Synagogue de Satan » d’Apocalypse 2 et 3.
De plus, les Khazars d’Europe qui se proclament Juifs sont descendus en Israël en
grand nombre, lors des dernières décennies, tel que prophétisé. Ils ne possèdent aucun
lien familial et aucun ancêtre provenant des anciens Israélites. De telle sorte qu’ils ne
constituent pas la semence d’Abraham, quoiqu’ils prétendent. Par une stupéfiante
tournure des événements, les « Juifs » d’aujourd’hui sont, en réalité, rien d’autre que
les partisans de Gog, du pays de Magog.
— Texe Marrs, auteur
de La science de l’ADN et la lignée juive
Austin, TX 78733

PRÉFACE
La matrice de Gog est destinée à l’auditoire le plus naïf qui soit jamais entré dans une
église, les prétendus sionistes chrétiens. Ce livre aurait pu s’appeler : Et si TOUTES vos
prophéties bibliques soutenant le sionisme étaient fausses ?
Ce fantasme prophétique des sionistes chrétiens n’est pas le genre de question théologique
obscure que se posaient les moines médiévaux, comme « combien d’anges peuvent danser sur
la pointe d’une aiguille », mais une question mondiale, économique et politique, qui a déjà
coûté la vie de millions de gens et qui est prête à lancer la Troisième Guerre Mondiale.
La plupart des sionistes chrétiens ont l’esprit engagé à soutenir l’état d’Israël de manière
inconditionnelle à cause d’un paradigme prophétique qu’ils croient totalement appuyé par les
Écritures. Voici un exemple personnel des conséquences de cette croyance. En 1968, peu
après que je sois devenu chrétien, je fréquentais une église évangélique du sud de la
Californie. Mon pasteur fit le pèlerinage requis en Israël pour voir de ses propres yeux
« l’accomplissement de la prophétie » qu’il supposait y arriver. Le seul problème, c’est qu’il
finit par demeurer chez une famille chrétienne palestinienne à laquelle il s’attacha beaucoup.
Un jour, le père de famille lui demanda : « Pourquoi les chrétiens américains soutiennent-ils
les Israéliens qui détruisent tant de Palestiniens chrétiens ? » Mon pasteur me dit plus tard
qu’il resta sans voix face à la question. Il me confia : « Je ne savais quoi lui répondre.
J’aimais vraiment les chrétiens palestiniens que je rencontrais et je vis leur situation critique,
mais la réalité veut que toutes les prophéties soient contre eux. »
Eh bien, je suis ici pour vous dire que les prophéties ne sont pas contre les Palestiniens. En
fait, la prophétie favorite des sionistes chrétiens concernant Gog et Magog, dans Ézéchiel, aux
chapitres 38 et 39, se tourne contre les sionistes eux-mêmes !
Donc, s’il se trouve que vous comptez parmi les dupes, comme je l’étais, j’espère que vous
aurez le courage de poursuivre votre lecture afin que soit déracinée cette « puissante illusion »
de votre esprit, une fois pour toutes.
— Daniel Patrick

CHAPITRE UN

Qui est Gog ?

« La parole de l’Eternel me fut encore adressée, en disant : Fils d’homme, tourne ta
face vers Gog au pays de Magog, Prince des chefs de Méshec et de Tubal, et
prophétise contre lui. »
(Ézéchiel 38:1-2)

Gog est la force tapie derrière la création de la Matrice au pouvoir monétaire
mondial et dans laquelle nous vivons tous aujourd’hui. Gog oeuvre avec une armée de
fanatiques s’étant associés aux gouvernements depuis des centaines d’années comme
prêteurs sur gages. Au début du dernier siècle, l’armée de Gog a commencé à prendre
le contrôle total des pays qu’elle a envahis. Depuis le 11 septembre 2001, elle a
entamé le stade final de sa guerre de conquête de la terre entière, prenant le pouvoir
de tous les gouvernements et des ressources naturelles afin d’introduire son Nouvel
Ordre Mondial.
Ces fanatiques envisagent de s’asseoir comme élite monarchique au-dessus de
sujets complètement contrôlés, dépeuplés, rendus esclaves et dont l’unique fonction
sera de les servir. Ce qui pourrait conduire à la pire destruction que le monde ait
connue.
Or, toute cette information concernant Gog se trouve dans l’ancienne prophétie
d’Ézéchiel, prédiction prononcée il y a près de 2 500 ans. Le prophète Ézéchiel prédit
une guerre, initiée par un certain Gog, et dans laquelle : « …tous les hommes qui sont
sur le dessus de la terre seront épouvantés … les montagnes seront renversées, les
tours et les murailles seront abattues » (Ézéchiel 38:20). La plupart de ceux qui
enseignent cela le relie aux prophéties que l’on retrouve dans le Livre de
l’Apocalypse et ils aiment l’appeler Bataille d’Armageddon. On dit que ce sera la
dernière conflagration, le dernier holocauste, le cauchemar nucléaire, le tremblement
de terre mondial, la frappe des météorites et la destruction de tous les royaumes de la
terre, tout cela enroulé dans un même gros paquet.
Des millions de gens croient que l’accomplissement final de cette prophétie est sur
le point d’arriver. Si vous pensez que j’exagère pour vous faire peur, ou vous faire
perdre du temps en débitant un vieux baragouin cru seulement par une poignée de
dingues — réfléchissez-y encore. Dans les sermons hebdomadaires du dimanche, on
sert comme fourrage cet enseignement des temps de la fin à des millions de
pratiquants de par le monde. Des livres sur le sujet se vendent par millions et des
douzaines de films et de documentaires, soit religieux, soit en provenance
d’Hollywood, illustrent les cataclysmes décrits dans cette ancienne prophétie.

Syntonisez les canaux télévisés religieux et le sujet de Gog surgira invariablement
presque chaque jour. Même si les télévangélistes parlent souvent de cette horrible
guerre d’Armageddon qu’ils croient être à nos portes, habituellement, ce n’est pas à
propos de la guerre à venir en tant que telle, mais plutôt de ce que les chrétiens
doivent faire pour soutenir Gog et tous les Goguistes, et ce que les États-Unis doivent
faire pour envoyer davantage de support militaire et économique à Gog. Alors, même
si vous ne croyez pas à l’affaire, eux, ils y croient !
Et non seulement y croient-ils, mais ils versent des millions de dollars de leur
propre poche pour supporter Gog, et ils incitent leurs gouvernements à donner des
milliards de dollars de plus en soutien économique et militaire pour Gog, et ils
écument littéralement de rage en anticipant « l’Armageddon » ! « Qu’on l’amène ! »
comme l’a dit un de leurs célèbres leaders fous.
Savez-vous ce que leurs loufoques télévangélistes et prêcheurs utilisent pour rallier
leurs congrégations dans un soutien frénétique malsain de Gog et ses armées de
fanatiques, non seulement au Proche-Orient, mais dans le monde entier ? Eh bien, ils
emploient les chapitres mêmes d’Ézéchiel 38 et 39 ! Le problème, c’est qu’ils les ont
complètement mis sens dessus-dessous et ils ont fini par bénir Gog à la place. Vous
demanderez : « Comment cela se peut-il ? » À cause d’un manque total de
compréhension à savoir qui est exactement Gog.

***
Ces « chrétiens » goguistes
comprennent John Hagee, Pat
Robertson, Hal Lindsey, Chuck Smith,
le Pape, God TV, TBN, les baptistes et
à peu près 90 % de toutes les
confessions chrétiennes. Ces gars-là se
prétendent chrétiens et ils disent croire en Dieu et à ce qu’Il dit dans la Bible, et
pourtant, les voilà soutenant Gog, et bénissant Gog, et faisant exactement le contraire
de ce que Dieu a dit de faire au prophète Ézéchiel.
Mais on peut difficilement les blâmer, car l’identité de « Gog » fut un des plus
grands mystères de tous les temps. Comment pouvez-vous prophétiser contre
quelqu’un quand vous ne savez même pas qui il est ? Si le prophète Ézéchiel avait été
comme un chrétien d’aujourd’hui, je peux entendre sa réponse au commandement de
Dieu de « prophétiser contre Gog » : « D’accord, Seigneur, je vais le faire !… Mais…
euh… d’abord, pourrais-tu me dire qui est GOG ? »

Nous devons connaître la réponse à cette question. Pourquoi ? Avant tout, parce
que si nous savons qui est Gog, cela nous évitera d’être un de ces dupes qui suivent
aveuglément les prêcheurs jusqu’au bord du gouffre ; nous serons plutôt parmi ceux
qui voient au-delà de la manipulation des mass media et de la propagande politique de
ces charlatans. Ensuite, cela va nous aider à être prêt pour ce qui s’en vient, parce que
Gog et ses armées de fanatiques vont amener une guerre d’une telle amplitude qu’elle
va déchirer notre monde !
Donc, qui est « GOG » ?
Le prophète Ézéchiel appelle GOG : le « Prince des chefs de Méshec et de Tubal »,
du « pays de Magog », et qui, selon sa prophétie « dans les dernières années » et
« aux derniers jours » rassemblera « une grosse armée » « ramassé[e] d’entre
plusieurs peuples » et dirigera l’invasion contre les « montagnes d’Israël ».
La vaste majorité des enseignants juifs et chrétiens croient que cette invasion de
Gog et de ses armées décrit une future invasion de la nation d’Israël lancée, soit par
les Russes, soit par les nations arabes musulmanes, ou les deux. De mon examen de ce
que disent les autorités juives et mon intime familiarité avec l’eschatologie
évangélique chrétienne, je puis vous dire que la majorité ne connaît absolument pas
l’identité de Gog. Et, parce qu’ils ont tout faux, leurs interprétations élaborées
construites sur cette erreur sont également fausses. Cette invasion n’est pas à venir,
elle a déjà commencé et approche rapidement de sa fin cataclysmique !
Le premier indice pour découvrir qui est Gog se trouve dans le déchiffrage du nom
même de GOG. Je ne veux pas porter préjudice à l’argumentaire, comme aimeraient
m’accuser certains, et, donc, afin d’éviter cela, tournons-nous vers une source juive
pour découvrir ce que les Juifs eux-mêmes pensent qu’est Gog. La première source
que nous allons consulter, c’est la version des Septante, traduite de l’hébreu par 72
érudits juifs environ 300 ans av. J.-C.. La première citation ci-après provient d’une
traduction moderne de Nombres 24:7 qui était une prophétie contre Agag. La seconde
citation est aussi tirée de Nombres 24:7, mais provient, celle-là, de la version des
Septante qui traduit le même mot hébreu, que la plupart des Bibles rendent par Agag,
mais en le traduisant par Gog.
D’abord, la version David Martin :

« …son Roi sera élevé par-dessus Agag, et son royaume sera haut élevé. »
Maintenant, la version des Septante :

« …son royaume sera élevé au-dessus de Gog, et son royaume s’accroîtra. »

Selon la version des Septante, comme nous le voyons dans les deux versets ci-mentionnés,
Gog est synonyme d’Agag. Agag est un terme générique employé pour

parler des rois d’Amalek. Dans la Genèse, il est écrit qu’Amalek était le petit-fils
d’Ésaü, qu’on appelait aussi Édom.
Sautons des anciennes traductions bibliques juives à une source juive moderne sur
Internet. Cela provient de « JAHG » (Jews And Hasidic Gentiles – « Juifs et Gentils
hassidiques »), site web sioniste qui offre la preuve que Gog est Ésaü/Édom.
« Je me suis extrêmement intéressé à votre article
http://www.noahide.com/reds2.htm mentionnant le ıRoi de Gog/Amalek” … Si
cela ne vous dérange pas, pourriez-vous me révéler la source historique qui relie le
Roi amalécite Agag à ıGog” ? Je n’ai pas été capable de trouver un lien direct
dans la Bible, donc, je me demandais s’il y avait une autre source première
concernant ce lien… » – Jeff au TX
« Notre réponse : On fait allusion à l’identité du Roi Gog … descendant de la
semence d’Amalek, dans une variété de sources de la tradition orale juive. Des
sources telles que le Targum de Yonasan ben Uziel dans Ésaïe 11:4, Bereishis
Rabba et autres mentionnent que le Roi Gog fut des descendants d’Ésaü/Édom
(ce qui incluait Amalek). Ce qui signifie particulièrement qu’Amalek tel que
suggéré par le Rabbi de Loubavitch (e.g., Likkutei Sichos 1, Parshas Yisro, no.
9). » (http://www.noahide.com/newsletter/news03.htm)
Voici un autre site juif appelé Ask Moses qui confirme le rendu de la version des
Septante d’Agag par Gog :
« La Version des Septante identifie Agag à Gog … Agag est un nom générique
qualifiant les rois d’Amalek … Amalek est une tribu descendue d’Ésaü. »
(www.askmoses.com).
Ces sites Internet juifs référant à leurs propres traditions orales juives montrent
qu’ils croient que Gog est Agag et que la version des Septante assimile le nom
d’Agag à celui de Gog. Ils soulignent également le fait qu’Agag fut le Roi d’Amalek,
partie d’Édom. À part la version des Septante, d’autres traductions bibliques, dont les
versions du Pentateuque Samaritain, en Vieux Latin, en Anglais moderne, de Moffat,
de la Bible d’Aquila, etc., traduisent aussi « Agag » par « Gog ».

Pour résumer : GOG est synonyme d’Agag — AGAG est le TITRE du Roi des
Amalékites/Édomites — comme « pharaon » était le titre du dirigeant d’Égypte ou
« tzar » le titre du dirigeant de la Russie. On entend parler d’Agag pour la première
fois dans Nombres 24:7, à l’époque de Moïse. Ensuite, des siècles après qu’ait été
écrit le livre des Nombres, nous lisons que, durant le règne du roi Saül, le prophète
Samuel tua « Agag, roi d’Amalek » (1 Samuel 15:32). Ce qui nous démontre qu’Agag
fut un titre transmis aux rois d’Amalek/Édom. Et, comme nous allons vous le

démontrer plus loin, ce gars-là est encore dans le coin aujourd’hui, seulement, pas là
où vous vous y attendriez, et il se montrera dans votre futur !
Le prochain indice pour reconnaître GOG repose sur l’identification de l’endroit
exact où la prophétie d’Ézéchiel prédit que GOG/ÉDOM sera le « prince » ou le
« dirigeant ». Or, c’est ici que cela devient un peu sinistre, parce que le prophète dit
maintenant que ce GOG, cet AGAG, ce roi d’ÉDOM, provenant d’une petite tribu de
la Palestine, sera prince ou dirigeant de « Rosh, Méshec et Tubal ». Ce sont
d’anciennes appellations nommant Moscou, Tobolsk et la Russie. Maintenant, c’est
tout un voyage, peu importe comment vous le figurez.
Donc, regardons la prophétie originale. Plusieurs traductions modernes d’Ézéchiel
suivent la version anglaise de la King James et traduisent l’hébreu pour qu’on lise que
« Gog » est le « PRINCE des chefs de Méshec et de Tubal ». D’autres traductions
rendent Gog comme « le prince de ROSH/ROS, de Méshec et de Tubal ». La
controverse est centrée sur le fait de savoir si le mot hébreu « rosh » devrait être
traduit ou translittéré. Traduire, c’est donner le sens d’un mot dans une autre langue.
Translittérer signifie que l’on transcrit phonétiquement un mot – sa manière de sonner
– dans une autre langue. Habituellement, on utilise la translittération pour les noms de
personne, les noms d’endroit, de pays, etc.
Le mot hébreu « rosh » se traduit généralement dans l’Ancien Testament par un
nom commun comme chef, leader, tête, le plus haut, etc. Or, parce que « rosh » est, à
la base, identique à « Rus/Rosh/Rhos », d’anciens noms du pays de Russie, certains
disent que translittérer « rosh » comme nom propre, c’est essayer de faire en sorte
que la Bible s’accorde avec votre interprétation de la prétendue prophétie des « temps
de la fin ».
Toutefois, en 300 av. J.-C., les 72 traducteurs juifs de l’Ancien Testament en grec
(appelé la Version des Septante) n’avaient aucune théologie des temps de la fin à
mettre de l’avant et ils translittérèrent « rosh » en un nom propre, un nom comme
« Gog, prince de Rosh, Méshec et Tubal ».
Le Dr John Thomas, qui écrivit « Gogue and Magogue » en 1848, nous dit que les
traducteurs de la Version des Septante :
« Furent sensibles qu’à cet endroit il ne s’agissait pas d’un nom appellatif [ou
commun], mais un nom propre et ils le traduisirent en conséquence par Ros. Mais
Jérôme [qui traduisit l’Ancien Testament en latin] ne trouvant pas de tel nom
propre parmi les familles-nations mentionnées en Genèse, contesta plutôt la
correction de la Version des Septante et préféra considérer le mot Ros comme un
nom commun [chef] ; et son interprétation, établie dans la traduction latine de la
Vulgate a prévalu de manière universelle dans tout l’occident. Cependant, Jérôme
fut plus scrupuleux que les éditeurs de versions subséquentes qui l’ont rejeté de

façon inqualifiable comme nom propre, car, bien qu’il ait été enclin vers l’autre
rendu, il ne se sentit pas autorisé à en rejeter complètement un si ancien, et ils les a
donc préservés tous les deux, traduisant ainsi le passage : « Gogue, terram,
Magogue, principem capita (sive Ros), Mosoch et Thubal ».

Thomas révèle plus loin que Ros, ou Rosh, est le mot souche de Russie :
« (L’historien) Bochart, autour de l’an 1640, observa, dans ses recherches
élaborées en Géographie Sacrée, que Ros est la forme la plus ancienne sous
laquelle l’histoire fait mention du nom de la RUSSIE ; et il prétendit que … la
nation russe était appelée Ros par les Grecs, dans la toute première période où
on en trouve mention. Les Ros sont une nation scythe en bordure du nord de
Taurus. Et leurs propres historiens disent : ıOn raconte que les Russes (que les
Grecs appelaient Ros, et parfois Rosos) tirent leur nom de Ros, homme vaillant qui
libéra son pays du joug de leurs tyrans.”

« Il n’est pas difficile de reconnaître en Tobl, Tubl, ou Thobel, un nom qui se relie
naturellement à … la rivière Tobol qui donna son nom à la ville de Tobolium, ou
Tobolski, métropole de la région étendue de la Sibérie. »

L’étymologie est l’étude de l’origine des mots. On remonte aussi loin que la
version des Septante, en 300 av. J.-C., pour trouver le mot Ros/Rosh comme nom
propre, en d’autres termes, le nom d’un pays géographique. Nous voyons également
des historiens de tout temps ayant vu dans le « Rosh, Méshec et Tubal » d’Ézéchiel
l’origine des mots Russie, Moscou et Tobolsk. Gardez à l’esprit que ces anciens
écrivains n’avaient pas non plus à l’idée un quelconque scénario de prophétie des
temps de la fin à propager. Méshec, Tubal et Magog sont mentionnés dans la Genèse,
au chapitre 10, comme descendants de Japhet, un des trois fils de Noé. « Les fils de
Japhet sont Gomer, Magog, Madaï, Javan, Tubal, Méshec, et Tiras » (v. 2).
Ros/Rosh, Méshec, Tubal et Magog sont d’anciens noms de ceux dont les descendants
s’installèrent dans la région territoriale de la Russie moderne.
De nombreux érudits bibliques présument généralement que la Russie lancera
éventuellement dans le futur un massif mouvement d’invasion contre l’état moderne
d’Israël. Enfin, c’était du moins la prédiction populaire jusqu’en 1987 quand le vieil
empire soviétique s’effondra ostensiblement. Ensuite, les érudits portèrent leur regard
sur l’Irak, et maintenant, ils émettent l’hypothèse de l’Iran et même de la Chine. Mais
ils sont bien loin de la cible, comme nous allons le démontrer. Cette invasion n’est pas
pour le futur ; elle a commencé quand Gog est devenu le prince, ou le dirigeant, de la
Russie. Ça s’est passé le 7 novembre 1917 et nous entrerons dans tous les détails au
chapitre 5. Voilà pourquoi j’ai numéroté cet indice du chiffre 6.
Je crois que la clé pour déchiffrer cette prophétie repose sur la découverte de la
véritable identité de Gog. Le Seigneur a dit : « …tourne ta face vers Gog, au pays de

Magog, vers le prince de Rosh, de Méshec et de Tubal, et prophétise contre lui. Et
dis : Ainsi a dit le Seigneur, l’Éternel : Voici, j’en veux à toi » (Ézéchiel 38:2-3). La
plupart des « experts » en prophétie ont pointé du doigt le mauvais gars pour désigner
Gog et ont, par conséquent, laissé le vrai coupable s’esquiver en douce. Et parce
qu’ils se trompent complètement sur l’identité de Gog, leur interprétation de cette
prophétie est également tordue.
Les anciennes autorités juives, comme les modernes, disent que Gog est synonyme
d’Agag, roi d’Amalek et d’Édom, de vieux noms bibliques qui ne veulent pas dire
grand-chose pour l’individu moyen d’aujourd’hui. Donc, voici une petite leçon
d’histoire. Le patriarche de l’Ancien Testament, Abraham, eut un fils, Isaac, qui eut
une paire de jumeaux, Ésaü et Jacob. Le nom de Jacob fut par la suite changé en
celui d’Israël et il eut 12 fils qui devinrent les 12 tribus d’Israël qui colonisèrent la
terre de Palestine autour de l’an 1450 av. J.-C. Le nom d’Israël servit plus tard, dans
la Bible, à décrire les 10 tribus du nord que l’on appelait parfois Éphraïm, lequel
était le petit-fils de Jacob/Israël.
Le nom de Juda, duquel on a tiré le mot Juif, fut employé pour indiquer les deux
tribus du sud de Juda et de Benjamin, ainsi que leurs Lévites, ou prêtres. Ésaü, le
frère jumeau de Jacob, vit aussi son nom changer. On l’appelait parfois Édom, ce qui
veut dire « rouge » ou « roux » en hébreu. Ésaü eut aussi plusieurs fils que l’on
connut sous le nom d’Édomites et, plus tard, Iduméens par les Grecs.
Amalek fut le petit-fils d’Édom. De la même manière qu’Éphraïm, petit-fils de
Jacob, devint chef d’une tribu dirigeante d’Israël, ainsi en fut-il d’Amalek qui devint
la tribu dirigeante d’Ésaü/Édom. Agag fut le roi des Amalécites. Comme nous
l’avons dit, Agag n’est pas le nom de quelqu’un, c’est un titre, comme roi ou tzar.
Agag était le dirigeant de la tribu édomite d’Amalek.
De tout cela, ce que vous devez principalement fixer dans votre esprit, c’est que
« Gog » est synonyme « d’Agag » et que cet Agag est le Roi d’Édom/Amalek. Et
cette compréhension nous amène à notre premier indice pour identifier Gog.
Gog est Agag, roi d’Édom/Amalek.

CHAPITRE DEUX

Gog, Agag et Édom/Amalek

suite…

La-matrice-de-Gog

LE CHEMIN DE PERFECTION


 

 

 

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Manuscrit de l’Escorial
de Sainte Thérèse d’Avila
traduit par Jeannine Poitrey

 

 

PROLOGUE
1. Les soeurs de ce monastère de Saint-Joseph ont su que le Père
Présenté (titre que l’on donnait dans certains Ordres religieux aux
théologiens consommés), Frère Dominique Banez, de l’Ordre de saint
Dominique, actuellement mon confesseur, m’avait permis d’écrire sur
l’oraison ; il semble en effet qu’ayant traité avec un grand nombre de
personnes spirituelles et saintes, je pourrai y réussir. Elles n’ont donc cessé
de m’importuner pour que je me mette à l’ouvrage, tant leur amour pour
moi est grand. Il existe de nombreux livres sur la prière, écrits par des
auteurs qui savent – et ont su – ce qu’ils disent, mais il semble que l’amour
rende plus agréable des choses énoncées en un style imparfait et
défectueux qu’en un autre absolument parfait. Et, je le répète, le désir que
j’ai vu en elles était si fort et l’importunité si grande que je me suis décidée
à écrire. Grâce à leur prière et à leur humilité, le Seigneur voudra peut-être
que je parvienne à dire quelque chose qui leur soit profitable, et il me le
donnera pour que je le leur donne. Si je n’y réussissais pas, le Père
Présenté dont j’ai parlé et qui verra tout d’abord cet écrit, le brûlera ; moi,
je n’aurai rien perdu en obéissant à ces servantes de Dieu, et elles verront
ce que je peux par moi-même quand Sa Majesté ne m’aide pas.

2. Je pense indiquer quelques remèdes à des tentations de religieuses
et exposer le dessein que j’ai eu en fondant cette maison. Je veux dire
« fonder » sur la base de la perfection qui y règne (sans compter qu’il s’agit
de choses ordonnées par notre Constitution) ; je parlerai aussi des choses
que le Seigneur me fera le mieux comprendre, selon l’intelligence que j’en
aurai et comme le souvenir s’en présentera ; mais comme je ne sais pas ce
qu’il en sera, je ne peux le faire avec ordre, et mieux vaut d’ailleurs qu’il
n’y en ait pas, tant il est peu dans l’ordre que je me mette à écrire sur ce
sujet. Que le Seigneur dirige tout cet écrit afin qu’il soit conforme à sa
volonté ; c’est là mon constant désir bien que mes oeuvres soient aussi
imparfaites que moi.

3. Je sais que l’amour et le désir ne me manquent pas pour aider, autant que je le pourrai, les âmes de mes soeurs à faire de grands progrès dans le service du Seigneur ; cet amour, joint à l’âge et à l’expérience que j’ai de quelques monastères, pourra faire que je réussisse à parler de menues choses mieux que les théologiens qui, pour avoir des occupations plus importantes et être des hommes forts, ne font pas autant cas de choses, qui en soi, ne semblent rien mais, pour nous femmes qui ne sommes que faiblesse, tout peut nous porter préjudice. En effet, les ruses du démon envers les femmes vivant en stricte clôture sont nombreuses, et il voit que des armes nouvelles lui sont nécessaires pour leur nuire. Moi, misérable, j’ai mal su me défendre ; aussi, je voudrais que mes soeurs tirent un profit de mes erreurs. Je ne dirai rien que je n’aie expérimenté personnellement, ou vu chez d’autres, ou bien que le Seigneur ne m’ait donné à comprendre dans l’oraison.

4. Il y a peu de jours j’ai écrit une relation de ma vie. Peut-être mon confesseur ne voudra-t-il pas que vous la lisiez ; aussi j’écrirai ici certaines choses sur l’oraison concordant avec celles que j’y ai dites, et j’en ajouterai d’autres si elles me paraissent nécessaires. Que la main du Seigneur supplée à la mienne dans cet écrit comme je l’en ai supplié, et le dirige à sa plus grande gloire, amen.

CHAPITRE 1
Du motif qui fit établir en ce monastère une si étroite observance. En quoi les soeurs qui y vivent doivent faire des progrès. Comment elles ne doivent pas se préoccuper des nécessités corporelles. Du bien de la pauvreté.

1. Quand j’ai commencé à fonder ce monastère (j’en ai déjà donné les raisons dans le livre dont j’ai parlé, et j’y ai aussi relaté quelques-unes des magnificences par lesquelles Dieu manifesta qu’il serait très bien servi dans cette maison), mon intention n’était pas qu’il y eût tant de rigueur extérieure, ni que ce fût sans revenus ; au contraire, j’aurais voulu que rien n’y manque ; enfin, j’étais faible et imparfaite, bien que guidée par de bonnes intentions plutôt que par le souci de mon bien-être.

2. Ayant appris les dommages causés en France par ces luthériens, et comment cette secte malheureuse ne cessait de croître, je me désolai beaucoup et, comme si j’eusse pu ou eusse été quelque chose, je pleurai devant le Seigneur et je le suppliai de porter remède à un si grand mal. Il me semble que j’aurais donné mille vies pour sauver une seule âme parmi toutes celles que je voyais se perdre ; mais je n’étais qu’une pauvre femme, imparfaite et entourée d’entraves, pour servir le Seigneur en quoi que ce soit ; pourtant, il a tant d’ennemis et si peu d’amis que je n’aspirais et n’aspire encore qu’à ce que ces derniers fussent bons. Je me déterminai donc à faire le tout petit peu qui dépendait de moi et était à ma portée, c’est-à-dire : suivre les conseils évangéliques aussi parfaitement que possible et tenter que les quelques religieuses de ce monastère fissent de même, confiante en la grande bonté de Dieu qui ne manque jamais d’aider celui qui se détermine à tout quitter pour lui. Mes compagnes étant telles que mes désirs se les représentaient, parmi leurs vertus mes fautes passeraient inaperçues, et je pourrais ainsi contenter le Seigneur en quelque chose. Toutes occupées à prier pour les défenseurs de l’Église, pour les prédicateurs et les théologiens qui la soutiennent, nous aiderions, dans la mesure de nos forces, ce cher Seigneur qui se voit si harcelé par ceux-là mêmes à qui il a fait tant de bien que, dirait-on, ces traîtres voudraient le remettre en croix et ne pas lui laisser où reposer sa tête.

3. Ô mon Rédempteur, la peine ici alourdit mon coeur ! Qu’en est-il aujourd’hui des chrétiens ? Ce sont toujours eux qui vous offenseront le plus ! Ceux à qui vous faites le plus de dons, ceux qui vous doivent le plus, ceux que vous choisissez pour amis, ceux parmi lesquels vous vivez et auxquels vous vous communiquez par les sacrements, ne sont-ils pas rassasiés, Seigneur de mon âme, des tourments que les juifs vous infligèrent ?

4. En vérité, Seigneur, ceux qui s’éloignent du monde aujourd’hui ne font pas grand-chose ; dès lors qu’il vous est si peu fidèle, que pouvons-nous en attendre ? Est-ce que par hasard nous méritons mieux pour qu’il nous soit fidèle ? Est-ce que par hasard nous lui avons fait plus de bien que vous ne lui en avez fait pour que les chrétiens nous gardent leur amitié ? Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’en attendons-nous donc, nous que le Seigneur, dans sa bonté, a préservés de la malice pestilentielle du monde ? Ceux qui y sont appartiennent déjà au démon. C’est un triste châtiment qu’ils ont gagné par leur fait ! Leur plaisir les a amenés au feu éternel ! C’est leur affaire ! bien que mon coeur se brise en voyant tant d’âmes se perdre ; mais, pour que ce malheur soit moindre, je voudrais n’en pas voir se perdre chaque jour davantage.

5. Ô mes soeurs dans le Christ ! Aidez-moi à l’en supplier, c’est dans ce but que le Seigneur nous a réunies ici ; c’est là votre vocation ; ce sont là vos affaires ; là doivent tendre vos désirs ; ici sont vos larmes ; voilà l’objet de vos demandes ; non, mes soeurs, vous n’êtes pas ici pour vous occuper des affaires du monde ; je ris vraiment, ou plutôt je m’afflige des choses que l’on vient ici nous recommander ; on vient nous demander jusqu’à prier Dieu pour des intérêts et des procès d’argent, quand je voudrais voir ces mêmes personnes supplier Dieu de leur accorder la grâce de fouler ces choses aux pieds. Leur intention est bonne et, pour dire vrai, je recommande leurs affaires à Dieu, mais je suis sûre qu’il ne m’écoute jamais. Le monde est en feu, on veut pour ainsi dire condamner à nouveau le Christ, on lève contre lui mille faux témoignages, on veut détruire son Église, et nous perdrions notre temps à présenter à Dieu des demandes qui, si elles venaient à être exaucées, feraient qu’il y ait une âme de moins au ciel ? Non, mes soeurs, les temps ne sont pas à traiter avec Dieu d’affaires de peu d’importance. En vérité, si ce n’était pour satisfaire la faiblesse des hommes qui se consolent d’être aidés en tout point, je me réjouirais que l’on comprit que ce ne sont pas là les choses pour lesquelles on doit supplier Dieu à Saint-Joseph.

CHAPITRE 2
Comment il ne faut pas se préoccuper des nécessités corporelles. Du bien de la pauvreté.

suite…

Le chemin de la perfection.pdf

L’EMPIRE KHAZAR


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Auteurs : Piatigorsky Jacques – Sapir Jacques
Ouvrage : L’Empire khazar VIIe-XIe siècle L’énigme d’un peuple cavalier
Année : 2005

 

 

PROLOGUE. SUR LES TRACES DES KHAZARS
Marek Halter

Nous avons l’impression que l’Histoire nous a déjà été contée.
Que nous savons tout, ou presque, de notre passé et du passé de
nos voisins. Que l’humanité, même si nous sommes parfois
surpris par ses réactions, n’a plus pour nous de secrets.
Et voilà que nous découvrons avec étonnement qu’elle
recèle encore des pans cachés, des zones d’ombre, des énigmes.
La plus récente est celle des Khazars.
Qui d’entre nous en a entendu parler ?
Si une seule phrase de Platon concernant l’Atlantide, une
île fabuleuse qui aurait existé il y a neuf mille ans au-delà des
colonnes d’Hercule, a fait rêver des générations de chercheurs et
de romanciers, que dire de l’empire khazar, qui est une sorte
d’Atlantide juive ?
Établis depuis une haute antiquité dans la région de la basse
Volga, les Khazars, peuple d’origine turkmène, ont occupé la
Crimée, ont bâti Kiev, ont gagné des batailles contre Byzance et
les armées de l’islam et ont étendu leur pouvoir sur un territoire
allant du Boug et du Dniepr jusqu’au fleuve Oural et, au nord

jusqu’à la moyenne Volga, à l’Oka et aux sources du Donets. Cela
signifie sur toute la partie européenne de la Russie d’aujourd’hui.
Or en 740, à la stupéfaction du monde, les Khazars se
convertissent au judaïsme.
Pourquoi à l’époque où les religions dominantes, la chrétienté
et l’islam, contrôlent les grandes puissances, telles
Byzance, l’Empire carolingien et le califat de Bagdad, ce peuple
d’origine aryenne choisit-il la religion la plus persécutée de par
le monde ? Pourquoi trois siècles plus tard a-t-il complètement
disparu?

Les Khazars, donc ! Ils forment, en plein Moyen Âge, un vaste
empire juif dans cette Europe dont ils dessinent les frontières.
Constantin VII, qui était au x• siècle empereur de Byzance
et historien connu, raconte que les lettres adressées à son époque
au pape à Rome, ainsi qu’à l’empereur d’Occident, portaient un
sceau de deux sous d’or, tandis que pour les messages destinés
au roi des Khazars le sceau valait trois sous d’or au moins.
, Etonnant, n’est-ce pas?
Compréhensible pourtant ! Pour Constantinople, la paix
avec les Khazars, ses voisins, était plus importante qu’avec le
pape ou Charlemagne.
Qui étaient-ils donc, ces fameux Khazars? D’où venaient-ils?
Ils faisaient partie de cet ensemble de peuples qui, au premier
siècle de notre ère, parcouraient les steppes d’Asie centrale.
Peuples apparentés aux Turcs et qui avaient reçu le nom collectif
de Turkmènes. Le mot turc signifiait dans leur langue « fort». Ne
dit-on pas encore aujourd’hui « fort comme un Turc, ?
Au v• siècle, les Chinois, trop longtemps harcelés par ces
désagréables voisins, les repoussèrent vers l’ouest en amorçant
ainsi une de ces avalanches qui s’abattaient régulièrement du
fond de l’Asie centrale sur l’Occident. Parmi ces peuples qui traversaient
l’Oural et envahissaient les plaines de la Volga jusqu’à
l’Ukraine d’aujourd’hui, s’en trouvait un plus rapide et mieux
organisé que les autres et qui bientôt les dominerait tous : les
Khazars.
Le mot Khazar signifie « les hommes qui passent ». Les
nomades, les passeurs. Or les premiers Hébreux, ceux de la Mésopotamie
qui partent il y a 4 000 ans avec Abraham vers le pays
de Canaan, s’appellent Ivrim, ce qui signifie exactement la même
chose : «les hommes qui passent ». Les passeurs.
Une troublante coïncidence, n’est-ce pas? Or ce n’est peut-être
pas un hasard car certaines chroniques persanes et arabes
font remonter les Khazars à Japhet, fils de Noé, frère de Sem,
dont les descendants s’appellent Sémites.
Nous savons ce que sont devenus les Sémites; ils se font
aujourd’hui la guerre au Proche-Orient. En revanche, nous ne
savons rien sur les descendants de Japhet.

L’effondrement de l’empire des Huns après la mort d’Attila a
laissé l’Europe ouverte à toutes les aventures. Les Khazars s’installent
tout d’abord dans les riches contrées de Transcaucasie,
Géorgie et Arménie. •
Durant la seconde moitié du VI’ siècle, ils acquièrent une
véritable hégémonie parmi les tribus situées au nord du Caucase.
Elles sont d’ailleurs pour la plupart très vite absorbées par ces

redoutables guerriers, « hommes grands », dont nous parlent les
voyageurs arabes de l’époque, <<hommes au teint blanc, aux yeux
bleus et aux longs cheveux roux ».
Ce sont les Bulgares qui opposeront le plus de résistance à
l’expansion khazare. Ils subissent une défaite écrasante vers 641.
Après quoi leur nation se scinde en deux, une partie émigre vers
le Danube pour s’infiltrer dans la Bulgarie actuelle, l’autre
remonte vers la moyenne Volga, où elle crée un royaume dans
la mouvance des Khazars.
Peu à peu, les Khazars étendent leur influence. Vers la fin
du vu< siècle, ils dominent un territoire immense. Prenez une
carte et regardez : les Khazars occupent au sud tout l’espace entre
la mer Noire et la mer Caspienne, ainsi que la plus grande partie
du Caucase. À l’est, ils englobent la mer d’Azov et au-delà les
‘ steppes kazakhes. A l’ouest, ils contrôlent presque toute l’Ukraine
d’aujourd’hui et construisent une ville : Kiev. En khazar, Kiev
signifie <<au bord de l’eau ». Au nord, ils arrivent jusqu’à la mer
Baltique.
Comprenant qu’ils ne sont pas assez nombreux pour
occuper efficacement des territoires aussi vastes et soumettre tant
de peuples distincts, ils inventent une occupation plus efficace et
plus pacifique : le contrôle de voies de communication et de commerce.
Ils inaugurent une sorte de péage que nous avons introduit
à l’entrée de nos autoroutes. Imaginez qu’ils le font déjà voici
plus de mille ans ! Tout bateau qui descend un des multiples
fleuves qui coulent du nord au sud, tout chariot qui emprunte la
route de la soie, par exemple, doit s’acquitter d’une taxe égale à
dix pour cent de la valeur des marchandises transportées.
Aussi, les Russes, les Varègues, les Alains, les Petchenègues,
les Bulgares, les Magyars, les Polanes … tout en restant autonomes
étaient dépendants de l’empire khazar et obligés de respecter ses
lois.

En l’an 622, date marquant le début de l’Hégire, la fuite de
Mahomet à Médine et le début de l’ère musulmane, les Arabes,
sous leurs verts étendards qui symbolisent le rêve des hommes du
désert, les verts pâturages, s’élancent à la conquête de l’Europe.
‘ A l’époque, ils contrôlent déjà la Perse, la Syrie, la Mésopotamie,
l’Egypte, et forment autour de l’Empire byzantin un demi cercle
s’étendant de la Méditerranée au Caucase et aux rives
méridionales de la Caspienne.
Pour approcher l’Europe, les Arabes empruntent deux
routes. La première passe entre l’océan Atlantique et les Pyrénées,
la seconde entre les monts du Caucase et la mer Caspienne. Mais
voilà que le gigantesque mouvement de tenaille que les
musulmans ont amorcé se trouve bloqué presque en même
temps à ses deux extrémités. Comme les Francs et Charles Martel
sauvent la Gaule et l’Europe occidentale, les Khazars préservent
de l’islam les marches orientales de la Volga, du Danube et de
l’Empire byzantin.
La bataille entre les Khazars et les Arabes eut lieu aux portes
de Derbent. D’après les historiens arabes, elle fut terrible. On
parle d’armées dont chacune aligne cent mille et même trois cent
mille hommes. Plus nombreuses probablement que celles qui
décidèrent du sort du monde occidental à la bataille de Tours
vers la même époque.
Victorieux, les Khazars traversent la Géorgie et l’Arménie
pour infliger en 730 une autre défaite aux Arabes près d’ Ardabil,
en Iran, et avancent jusqu’à Mossoul. lls se trouvent alors à mi-chemin
de Damas, capitale du califat. Mais les musulmans lèvent
des troupes fraîches qui endiguent l’avance des Khazars et ils
assiègent Constantinople. Peine perdue : une fois encore, les
envahisseurs sont contraints de repasser le Caucase.

C’est à la suite de cette nouvelle victoire que l’héritier du
trône de Byzance épouse une princesse khazare. Leur fils gouvernera
l’empire sous le nom de Léon le Khazar.
L’historien russe Artamonov, contraint par Staline d’abandonner
ses recherches parce qu’il avait osé écrire que le premier
, Etat russe devait tout aux Khazars, note que « la Khazarie fut le
, premier Etat féodal d’Europe orientale à pouvoir se comparer à
l’Empire byzantin et au califat arabe ».
Or à cette époque, en pleine gloire donc, le roi khazar
Soulan décide de se convertir et de convertir son royaume au
judaïsme. Cet événement surprenant est unique dans l’histoire
de l’humanité.

Pourquoi en l’an 740 les Khazars se convertissent-ils au
judaïsme ? Si le fait est attesté par de multiples sources, les explications
divergent.
Un empire a besoin d’une idéologie, d’une stabilité, d’un
ciment pour lier toutes ses parties éparses représentées par des
peuples, des langues et des cultures. Or les seules idéologies
connues au Moyen Âge étaient les religions.
Le roi Soulan, en contact avec Byzance et le califat, a vite
compris que le chamanisme primitif des Khazars était non seulement
barbare et démodé, en comparaison avec les grandes
religions monothéistes, mais en outre impuissant à conférer aux
chefs l’autorité juridique et spirituelle dont jouissaient les souverains
des empires théocratiques.

Alors pourquoi le judaïsme? Pourquoi pas le christianisme
ou l’islam ?

On dit que le khagan Soulan a convoqué les représentants
des trois religions monothéistes et leur a demandé de lui expliquer
les raisons de leur foi. En fait, il leur a dit : « Séduisez-moi ! >>
Après que chacun lui a eu raconté les avantages de sa religion,
le roi a choisi le judaïsme. La raison est que, pendant le débat,
pour prouver la véracité de leurs dires, les représentants de la
chrétienté et de l’islam se référaient constamment à l’Ancien Testament,
au judaïsme. Le roi conclut qu’il était plus avantageux
et plus agréable, quand on avait soif, d’aller directement à la
source que de boire dans le seau des porteurs d’eau.
C’est ainsi qu’Ihouda Halevy, l’un des plus grands philosophes
juifs du Moyen Âge, explique la décision du roi Soulan,
devenu le roi David. Dans un livre intitulé Le Kuzari, publié à
Cordoue en 1140, il met en scène ce fameux débat entre les représentants
des trois religions monothéistes. Mais c’est le sous-titre
de son livre, «Apologie de la religion méprisée», qui résume
mieux que tous les commentaires les sentiments des juifs exilés
à l’annonce de la conversion des Khazars.
je crois pour ma part que, dans cette étonnante décision, la
raison politique a joué elle aussi un rôle non négligeable.
L’empire khazar représentait une troisième force entre le monde
chrétien et musulman. Il n’aurait pourtant pas pu maintenir son
indépendance en adoptant le christianisme ou l’islam, car un tel
choix l’aurait immédiatement soumis à l’autorité soit de l’empereur
byzantin, soit du calife de Bagdad.
Comment les Khazars ont-ils vécu leur judaïsme ? Quels
étaient leurs rapports avec la diaspora ? Quelle langue, quel
alphabet utilisaient-ils?

La nouvelle de la conversion de tout un empire au judaïsme a mis
longtemps à se transmettre parmi les communautés juives dispersées
à travers le monde. Ce n’est qu’en 958 que le chef de la
communauté juive de Cordoue et conseiller du calife, le rabbin
Hasdaï Ibn Chaprut, décide d’envoyer une ambassade auprès de
l’un des descendants du roi BouJan, le khagan KaganJoseph, roi des
‘ Khazars. A la tête de cette ambassade se trouve un jeune homme,
Isaac Ben Eliezer. Il est porteur d’une lettre dans laquelle Hasdaï fbn
Cha prut interroge le Khazar sur sa judaïté. Isaac Ben Eliezer met plus
d’un an à arriver à Sarkel, au bord du Don, la plus puissante citadelle
khazare, et il met presque deux ans pour revenir avec la réponse du
khagan. Cette correspondance qui date de l’an 960 représente un
des rares écrits attestant l’existence de cette « Atlantide juive »· Une
copie se trouve à la bibliothèque de Chris Church à Oxford et une
autre à la bibliothèque nationale de Saint-Pétersbourg.
Même si la lettre du khagan Joseph était écrite en hébreu,
les Khazars parlaient leur propre langue, mélange de perse et de
mots hébraïques que l’on nomme encore aujourd’hui le tath.
La révolte des Russes, soutenue par plusieurs peuples formant
l’empire, eut raison des Khazars. Au début du x1• siècle,
tombe leur capitale et symbole de leur puissance, Itil, sur les rives
de la mer Caspienne.
Je crois personnellement, avec Arthur Koestler, que si une
partie des Khazars s’intègrent au royaume russe à ses débuts, la
plupart d’entre eux fuient en Europe centrale, où ils rencontrent
le flux d’immigrés juifs de France et d’Allemagne poussés par les
croisades. De leur rencontre naît le judaïsme ashkénaze. Les
noms de famille Kagan, Kaganovitch, ou encore des villages en
Pologne comme Kaganka attestent dans cette région la présence
des juifs khazars.

Une minorité de Khazars n’a cependant jamais quitté le
Caucase, son fief. Elle y vit à ce jour sous le nom de «Juifs des
montagnes ». D’Azerbaïd jan au Daguestan, des villages entiers
sont habités par des juifs parlant le tath qui se réclament de leurs
ancêtres les Khazars.
On raconte qu’à la fin des années 1930 Staline, attaché à
son Caucase natal, feuilletant l’atlas de la région, découvrit avec
horreur le nom d’un bourg appelé Yevreïskaïa Sloboda, «village
juif». C’est ainsi qu’en un quart de seconde le mot «juif » disparut
de la carte de la région et que le village prit le nom de
Krasnaïa Sloboda, «village rouge». Cela n’empêche pas ses
habitants d’aujourd’hui d’entretenir plusieurs synagogues où ils
prient le visage tourné vers Jérusalem. Quant au vent qui s’élève
au début de septembre et annonce l’arrivée de l’hiver, ils le nomment
le « vent des Khazars ».

INTRODUCTION.

LES KHAZARS, PEUPLE DES STEPPES :
REVES ET RÉALITÉ
jacques Piatigorsky et jacques Sapir

Les Khazars : un destin ?

suite…

L Empire khazar

ALGÉRIE – HISTOIRE DES GUERRES DES ROMAINS, DES BYZANTINS ET DES VANDALES


Auteur : DUREAU DE LA MALLE

Ouvrage : HISTOIRE DES GUERRES DES
ROMAINS, DES BYZANTINS ET DES VANDALES,
ACCOMPAGNÉE D’EXAMEN SUR LES MOYENS EMPLOYÉS
ANCIENNEMENT POUR LA CONQUÊTE ET LA SOUMISSION
DE LA PORTION DE L’AFRIQUE SEPTENTRIONALE NOMMÉE
AUJOURD’HUI L’ALGÉRIE
MANUEL ALGÉRIEN.

Année : 1852

AVERTISSEMENT
MANUEL ALGERIEN.
Ce livre a été resserré en un très petit format,
pour que le soldat, le sous-officier, l’officier supérieur
ou inférieur qui se sentirait du goût pour la
géographie, l’administration ancienne, en un mot,
pour l’archéologie de l’Afrique, pût le mettre
dans son sac, et le parcourir pendant ses loisirs de
bivouac ou de garnison.
Il contient le récit ou la mention de tous les
faits mémorables qui se sont succédé dans la partie
de l’Afrique septentrionale connue, il y a 22 ans,
sous le nom de Régence d’Alger, et maintenant
sous celui d’Algérie.
Le tout a été fidèlement traduit sur les textes
originaux. Il a semblé à l’auteur que la publication
de ce Manuel répondait à un désir, peut-être même
à un besoin généralement exprimé.

INTRODUCTION
RÉSUMÉ DES FAITS HISTORIQUES.
Il n’est pas inutile peut-être de rappeler à l’impatience
et à la légèreté française l’exemple de la constance
et de la ténacité prudente des Romains dans la
conquête de l’Afrique.
On s’étonne qu’en quatre années on n’ait pas
soumis. organisé, assaini, cultivé toute la régence
d’Alger, et l’on oublie que Rome a employé deux cent
quarante ans pour la réduire tout entière à l’état de province
sujette et tributaire; on oublie que cette manière
lente de conquérir fut la plus solide base de la datée
de sa puissance. Cette impétuosité française, si terrible
dans les batailles, si propre à envahir des royaumes,
deviendrait-elle un péril et un obstacle quand il s’agit
de garder la conquête , et d’achever lentement l’oeuvre
pénible de la civilisation ?
Retraçons brièvement les faits :
En 553 de Rome, Scipion l’Africain a battu Annibal

réduit Carthage aux abois, vaincu et pris Syphax(1) . Il
peut rayer le nom Punique de la liste des nations, et
former une province romaine du vaste pays qui s’étend
depuis les Syrtes jusqu’au fleuve Mulucha(2). Le sénat
romain se borne à affaiblir Carthage par un traité, et
donne à Massinissa tous les États de Syphax(3)
L’an de Rome 608, Scipion Émilien a détruit Carthage,
occupé tout son territoire, et cependant le sénat
romain ne le garde pas tout entier : il détruit toutes les
villes qui avaient aidé les Carthaginois dans la guerre,
agrandit les possessions d’Utique qui l’avait servi
contre eux , fait du surplus la province romaine d’Afrique(4),
et se contente d’occuper les villes maritimes ,
les comptoirs, les colonies militaires ou commerciales,
que Carthage avait établis depuis la petite Syrte jusqu’au
delà d’Oran. Rome, de même que la France jusqu’à
ce jour, prend position sur la côte, et ne s’avance
pas dans l’intérieur.
En 646, Rome, insultée par Jugurtha, est forcée
d’abattre la puissance de ce prince, inquiétante pour les
nouvelles possessions en Afrique. Métellus, Marius et


1 Tit. Liv., XXX, VIII, 111, 44.
2 Malva de d’Anville, Moulouiah actuelle.
3 Voyez le détail des articles dans Polybe, XV, XVIII.
4 Appian, Punic., cap. CXXXV.
5 Scylax, p. 51, ed. Huds. ; Polybe, t. I, p. 458, ed.
Schweigh ; Heeven, Politique et commerce des peuples de
l’antiquité, sect. I, chap. II, t. IV, pag. 58, trad. française.


Sylla viennent à bout de l’habile et rusé Numide; il
est conduit en triomphe, mené au supplice : ses États
semblaient acquis au peuple romain et par le droit de
la guerre, et par droit de réversion; car il ne restait plus
d’héritier direct de Massinissa, à qui Rome, un siècle
auparavant, avait donné ce royaume. Cependant le
hardi Marius n’en propose pas l’adjonction entière à
l’empire. Il réunit quelques cantons limitrophes à la
province d’Afrique(1). On donne à Hiempsal le reste
de la Numidie, moins la partie occidentale dont le
sénat gratifie Bocchus, ce roi maure qui avait livré
Jugurtha(2).
L’an 708, Juba Ier, fi ls d’Hiempsal II, veut relever
le parti de Pompée, abattu par César, à Pharsale.
Juba défait d’abord, près d’Utique, Curion , lieutenant
de César, et se joint ensuite à Scipion pour combattre
le dictateur. La bataille de Thapsus décide du sort
de l’Afrique(3) : Juba vaincu se tue lui-même. César
réduit la Numidie en province romaine, et la fait régir
par Salluste l’historien, qu’il honore du -titre de proconsul(4).
Auguste, en 721, après la mort de Bocchus et de


1 Président de Brosses, Histoire de la république romaine,
t. I, p. 212, note.
2 Salluste, Jug., C. CXIX.
3 Hirt., Bell., Afr., C. LXXXVI.
4 Ibid., C. XCVII.


Bogud, rois des Mauritanien Césarienne et Tingitane,
forme de leurs États une province(1) : mais en 724 il
rend à Juba II, élevé à sa cour et l’un des hommes
les plus instruits de son siècle, une partie de l’ancien
royaume de Massinissa(2) ; il le marie à Cléopâtre
Séléné, fille de M. Antoine et de la fameuse Cléopâtre.
L’an 729, Auguste change ces dispositions : il reprend
à Juba la Numidie, et en compose la nouvelle province
d’Afrique; il lui donne pour compensation quelques
portions de la Gétulie et les deux Mauritanies, déjà
un peu façonnées au joug de la domination romaine(3).
Ptolémée, fils de Juba et de Cléopâtre, devient victime
de la capricieuse jalousie de Caligula(4) en 793, et c’est
en 795 de Rome , l’an 43 de l’ère vulgaire, que Claude
fait de ce royaume, sous le nom de Mauritanies Césarienne
et Tingitane(5), deux provinces qui, avec celles
de Numidie, d’Afrique et de Cyrénaïque, composaient
l’ensemble des possessions romaines dans l’Afrique
septentrionale.
Cet exposé succinct, mais fidèle, montre quelle
prudente circonspection, quelle patience persévérante
la république romaine crut devoir employer dans la


1 Dio., XLIX, XLIII.
2 Ibid., L1, XV ; Reimar., not. 93, et la dissertation de
Sévin, Mém., Acad. des inscr., t. V1, p. 144 sqq.; Plin., V, I,
XVI.
3 Dio., LIII, XXVI.
4 Ibid., LIX, XXV ; Suétone, Caligula, C. XXXV.
5 Dio. LX, IX.


conquête, l’occupation et la colonisation de la Numidie
et de la Mauritanie Césarienne seulement : et ce
fut dans l’apogée de sa puissance, dans les trois siècles
les plus féconds en grands capitaines, en hommes
d’État distingués, quand l’armée avait la confiance que
donnent une instruction supérieure et huit siècles de
victoires ; ce fut enfin dans la période comprise entre
l’époque du premier Scipion et celle de Corbulon,
que des vainqueurs tels que Marius et Sylla, César et
Pompée, Auguste et Agrippa, jugèrent cette lenteur
d’action utile et nécessaire : tant cette Afrique, plus
peuplée, plus agricole, plus civilisée néanmoins que
de nos jours, alors que, grâce à une religion presque
identique, on n’avait point à triompher d’un obstacle
énorme, leur parut périlleuse à conquérir, difficile à
subjuguer.
On voit les Romains marcher pas à pas; maîtres
de la province punique et de la Numidie tout entiers, ils
la rendent, l’une à un ennemi affaibli, l’autre à un roi
allié. Le téméraire Marius semble se glisser en tremblant
dans cette même Numidie que Massinissa, pourtant,
avait laissée si productive et si peuplée(1) ; il n’ose
la garder après l’avoir conquise; il se borne à assurer la
possession des villes maritimes, des colonies militaires,
des positions fortes, héritage des Carthaginois recueilli


1 Polybe, XXXVII, m, 7.


par les victoires de Scipion Émilien. Le grand César
lui-mène, ce génie supérieur, pour qui le temps, l’espace,
le climat, les éléments ne sont point un obstacle,
le grand César recule devant la conquête d’une faible
portion de l’Afrique ; il subjugue la Numidie, et rend à
Bocchus la Mauritanie Césarienne.
Auguste, dans un règne de cinquante-huit ans,
emploie toutes les ressources de sa politique habile et
ruse pour triompher des résistances de l’indépendance
africaine. La Numidie, pillée et vexée par Salluste,
menaçait de se soustraire au joug imposé par César :
Auguste lui rend la liberté, un gouvernement national,
un roi issu du sang de Massinissa. Mais ce roi a été
élevé à Rome; il a pris les goûts, les moeurs, les habitudes
et l’instruction du siècle d’Auguste. L’empereur l’a
formé de ses propres mains au respect, à l’adulation et
à la servitude. C’est le modèle de ces reges inservientes,
ces rois esclaves, si bien peints par Tacite. Juba est
chargé de façonner son peuple à la crainte de Rome et
à la soumission. Quand Bocchus et Bogud sont morts,
laissant leurs États au peuple ou plutôt à l’empire
romain, Auguste reprend à son élève la Numidie romanisée,
si l’on peut hasarder ce mot, par ses soins et par
son exemple; il la réduit en province, et donne à Juba
les Maures farouches, les Gétules indomptés, pour
apprivoiser lentement ces bêtes sauvages des déserts

africains. Ce n’est enfin que lorsque ces rois esclaves
ont rempli leur mission, lorsque deus règnes successifs
de princes mariés à des Romaines, lorsque des
colonies civiles ou militaires, formées de Romains , de
Latins, d’Italiens, ont infiltré de plus en plus dans 1e
pays l’usage de la langue, le désir des lois, le goût des
moeurs, des habitudes, des vertus et même des vices du
peuple conquérant; ce n’est qu’après avoir si bien préparé
les voies, que le sénat décrète la réunion à l’empire,
que les deux Mauritanies sont à jamais réduites
en provinces sujettes et tributaires.
On se tromperait cependant sur le véritable état
des choses, si l’on croyait que Rome n’a tiré aucun
avantage de l’Afrique que lorsqu’elle a eu détruit
entièrement son indépendance.
Les rois qu’elle y avait créés, ceux qu’elle y laissait
végéter à l’ombre de son alliance, étaient, comme
Hiéron, comme Attale, des espèces de vassaux soumis
à ses ordres, prévenant ses désirs, et qui, au moindre
signe du peuple-roi, lui apportaient leurs blés, leur
argent, leurs éléphants, leur excellente cavalerie, pour
l’aider dans les guerres lointaines qui leur étaient tout
à fait étrangères. Massinissa, le plus puissant de tous,
dans le cours d’un règne de cinquante ans, fournit de
nombreux exemples de cette soumission prévenante :
ce fut une loi pour ses successeurs. Le sénat conférait

même à ces rois vassaux une sorte d’investiture en
leur envoyant, d’après un décret en forme, les insignes
du pouvoir, la chaise curule , le sceptre d’ivoire,
la pourpre du manteau royal; et cette marque de servitude
était brimée comme un honneur, comme une
rémunération de services.
Sous l’empire, l’étendue des conquêtes, la nécessité
d’entretenir, pour les conserver, de nombreuses
légions permanentes, contraignirent Auguste à étendre
beaucoup le droit de cité, à se donner une base
plus large pour le recrutement des armées nationales.
Il voulut faire de l’Afrique une seconde Italie : sa
politique , dans tout le cours de son règne, tendit à ce
but. Mais c’était une oeuvre de temps et de patience.
Il fallait changer les moeurs, le langage, déraciner les
habitudes et les préjugés nationaux; il fallait substituer
la civilisation grecque et romaine à celle de Tyr
et de Carthage, et la langue qui était arrivée de l’Inde
dans la Grèce et dans l’Italie, à celle que l’Arabie et
la Palestine avaient portée dans l’Afrique.
Deux cent trente-deux ans avaient été nécessaires
heur opérer la fusion des peuples, pour cimenter
leur union, pour bâtir enfin le durable édifice de la
domination romaine en Afrique. Mais, dans le sicle
suivant, cette fusion était si complète ; mais, cent ans
après Auguste, l’Afrique était devenue tellement

romaine, que, sous le règne de Trajan, la loi qui infligeait
l’exil à un citoyen et qui l’excluait du territoire
de l’Italie lui interdisait aussi le séjour de l’Afrique(1),
où il eût retrouvé, disait-elle, les moeurs, les habitudes,
le langage de Rome, toutes les jouissances du
luxe et tous les agréments de sa patrie.
Les motifs de prudence que j’ai déduits furent
exprimés en 553, après la bataille de Zama, dans
une délibération du sénat qu’Appien seul(2) nous a
conservée. Après avoir rappelé, en citant la marche
suivie à l’égard des Latins, des étrusques, des Samnites
et du reste de l’Italie, que c’est par des conquêtes
lentes et successives que Rome a établi et consolidé
sa puissance, l’orateur pose cette question : «Faut-il
détruire Carthage, s’emparer de la Numidie ? – Mais
Carthage a encore de grandes forces, et Annibal pont
les diriger. Le désespoir peut les doubler. – Donner à
Massinissa Carthage et son territoire? – Mais ce roi,
maintenant notre allié, peut devenir un jour un ennemi
dangereux. – Adjoindre le pays au domaine public ?
– Le revenu sera absorbé par l’entretien des garnisons
: il faudra de, grandes forces pour contenir tant
de peuples barbares. – Établir des colonies au milieu
de cette Numidie si peuplée? – Ou elles seront dé-


1 Tacit., Ann.,II, L; Plin. Jun., II, XI, 19.
2 Punic., lib. VIII, LVII-LXI.


truites par les barbares , ou, si elles parviennent à
les subjuguer, possédant un pays si vaste, supérieur
en tout à l’Italie, elles aspireront à l’indépendance et
deviendront redoutables pour nous. Suivons donc les
sages conseils de Scipion ; « donnons la paix à Carthage.»
Ce parti prévalut.
Que l’expérience des siècles passés nous guide
et nous instruise! Que la France, que la grande nation,
dans la conquête d’Alger, ne se laisse pas décourager
si vite ! Que cette devise, Perseverando vincit, qui
résume tout le prodige de la puissance de Rome et de
l’Angleterre, soit inscrite sur nos drapeaux, sur nos
édifices publics, dans la colonie africaine.
Cette épigraphe serait à la fois un souvenir, un
exemple et une leçon.
Nous avons vu, dans la première partie de cette
introduction , que la Mauritanie fut réunie à l’empire
l’an 43 de l’ère vulgaire, sous le règne de Claude.
Deux ans auparavant , le dernier roi de cette contrée,
Ptolémée, fils de Juba(1), avait été sacrifié aux cruels
caprices de Caligula: ce fat sous son règne qu’eut lieu
la guerre de Tacfarinas, si bien racontée par Tacite. A
la suite de cette catastrophe, tout le littoral de l’Afrique,
depuis le Ras Dellys et Mers-el-Fahm (Saldoe),


1 Sueton., Caligula, cap. XXXV ; Dion. Cassius, lib.
LIX, cap. XXV.


à 25 lieues E. d’Alger, jusqu’à Ceuta, devint province
romaine. Dans le petit nombre d’historiens anciens que
le temps a respectés, nous ne trouvons presque aucun
détail sur cette occupation, effectuée probablement par
des troupes embarquées dans les ports de l’Espagne,
et préparée de longue main sous le règne de Juba le
Jeune, prince instruit mais faible(1), qui ne s’était maintenu
sur son trône chancelant que par une soumission
aveugle aux volontés d’Auguste et de Tibère.
L’indifférence du polythéisme a facilité partout
les conquêtes de Rome; et les villes maritimes de 1a
Mauritanie, craignant peut-être l’interruption de leur
commerce avec l’Espagne, la Gaule et l’Italie, surveillées
par les colonies romaines qui existaient déjà
au milieu d’elles, paraissent avoir reçu sans difficulté
les garnisons de l’empire. Un seul mouvement insurrectionnel
eut lieu, probablement dans la partie occidentale
de la Mauritanie. Sous le prétexte de venger
la mort du roi Ptolémée, un de ses affranchis, nommé
OEdémon, se mit à la tète d’une armée d’indigènes,
grossie sans doute par les tribus nomades de l’Atlas; et,
pour soumettre l’intérieur du pays, l’empereur Claude
fut obligé d’envoyer en Afrique un général distingué,
Caïus Suetonius Pauliens, qui plus tard, sous le


1 « Juba, Ptolemæi pater, qui primus utrique Mauritaniæ
imperavit, studiorum claritate memorabilior etiam quam
regno. » PLIN V, I, 16.


règne de Néron, devint consul en 66(1) . L’issue de la
guerre dont les environs de Fez, de Méquinez et de
Safrou ont dû être le principal théâtre, fut heureuse
pour les armes de l’empire.
Suetonius Paulinus, observateur éclairé non
moins que militaire habile, avait écrit lui-même l’histoire
de ses campagnes; et si son ouvrage nous était
parvenu, nous n’y trouverions peut-être pas l’élégante
simplicité de style qu’on admire dans les récits
de César ; mais, vu la masse des faits et des renseignements
précieux que cet ouvrage devait contenir
sur des pays que nous ne connaissons nous-mêmes
qu’imparfaitement, nous placerions probablement
les commentaires du conquérant de la Mauritanie à
côté de ceux du conquérant de la Gaule.
Aujourd’hui nous savons seulement, par les courts
extraits qui se trouvent dans Pline, qu’après avoir
pacifié les contrées au nord et à l’ouest de l’Atlas, Paulinus
conduisit ses troupes en dix marches jusqu’aux
hautes chaînes de cette montagne, couvertes de neiges
profondes et éternelles; et que, peut-être pour punir
quelques tribus du désert d’avoir soutenu la révolte
d’OEdémon, il s’avança au delà jusqu’au fleuve Ger,


1 Dion Cassius, lib. LX, cap. IX; Pline, V, I, II. « Romana
arma primum Claudio principe in Mauritania bellavere, Ptolemæum
regem à C. Cæsare interemptum ulciscente liberto
OEdemone, refugien tibusque barbaris, ventum constat ad
montem Atlantem. »


que nous croyons être le fleuve Niger(1). Cette expédition,
entreprise avec une armée sans doute peu
nombreuse, mais du moins bien choisie, suffi t pour
inspirer au loin une terreur salutaire, et pour faire
prendre à Rome, en Mauritanie, l’attitude de la
souveraineté. Paulinus rentra dans les limites de sa
nouvelle province, et, d’après l’ancienne maxime du
sénat d’entretenir toujours les forces les plus imposantes
sur les points les plus rapprochés des hostilités
présumables, une occupation militaire habilement
combinée marqua la séparation entre les nomades
indépendants de l’Afrique et l’Europe, ses enfants
actifs et sa civilisation envahissante. Pendant que
Paulinus ou ses premiers successeurs construisaient
dans les hautes vallées de la Moulouia, aux environs
d’Aksabi-Suréfa, cette ligne de forteresses dont les
ruines, avec des inscriptions en caractères inconnus,
excitaient encore au seizième siècle l’attention
des Mogrébins qui y reconnaissaient l’ouvrage des
Roumi(2), pendant ce temps, dis-je, de nouvelles
colonies continuaient à rendre général sur la côte


1 Pline, V, I, XIV. « Verticem altis, etiam æstate, operiri
nivibus. Decumis se eo pervenisse castris, et ultra ad fl uvium
qui Ger voraretur. »
M. Horace Vernet étant en mer par le travers de Bougie,
le 27 mai 1831, a vu et dessiné la chaîne de l’Atlas. « Tous les
points culminants étaient, m’a-t-il dit, couverts de glaciers et
de neiges qui ne fondent jamais. »
2 Léon l’africain, p. 165 sqq.


l’usage de la langue latine, et à propager les perfectionnements
de la vie sociale. Sous le règne de
Claude, il n’est pas impossible qu’on ait vu arriver
avec plaisir sur la côte d’Afrique les citoyens
romains de l’Espagne, de la Gaule et de l’Italie,
qui vinrent avec leurs familles habiter les colonies
de Lixos (Larache), place de commerce sur l’océan
Atlantique(1), et de Tingis (Tanger)(2), dont au surplus
les anciens habitants avaient déjà reçu de l’empereur
Auguste le droit de cité(3).
L’occupation fut consolidée par d’autres colonies,
les unes existant déjà dans le pays depuis le
règne d’Auguste et de Juba, les autres envoyées par
Claude et par ses successeurs.
En résumé, au commencement du règne de vespasien,
la Mauritanie Césarienne renfermait au moins
treize colonies romaines, trois municipes libres, deux
colonies en possession du droit latin, et une jouissant
du droit italique. Toutes les autres villes étaient des
villes libres ou tributaires.
La Numidie, du temps de Pline, avait douze colonies
romaines ou italiques, cinq municipes et trente et
une villes libres: les autres étaient soumises an tribut.


1 Pline, V, I, 3: « Colonia a Claudio Cæsare facta
Lixos. »
2 Pline, V, I, 2 : « Nunc est Tingi quondam ab Antæo
conditum ; postes a Clandio Cæsare, quum coloniam faceret,
appellatum Traducta Julia. »
3 Dion Cassius, XLVIII, XLV


On voit combien de centres de civilisation, d’entrepôts
pour les échanges mutuels, de remparts pour
la défense du territoire, propugnacula imperii, les
Romains s’étaient créés en Afrique par l’établissement
de ces colonies militaires, véritables forteresses
que Cicéron, dans son style poétique, appelle les créneaux
de l’empire, et par la fondation de ces colonies
pacifiques qu’il nomme ailleurs la propagande de la
civilisation romaine.
Au surplus, malgré le système d’une occupation
fortement combinée, malgré le grand nombre des
troupes régulières qui occupaient les villes, malgré
les tribus alliées et indigènes auxquelles on parait
avoir abandonné de préférence la garde des positions
avancées qui ne présentaient pas les conditions de
salubrité désirables pour de jeunes soldats venus de
la Mésie, de la Germanie et de la Gaule (depuis le
premier siècle de notre ère, ces trois provinces formaient
la principale force de l’empire) ; malgré tout
cela, disons-nous, il ne faut pas croire que ces avantages
et ces précautions aient procuré à la Mauritanie
Césarienne une paix perpétuelle et un calme non
interrompu. Déjà en 726, cinq ans après la réduction
en province romaine, Cossus, général d’Auguste,
avait été forcé de réprimer les incursions des Musulmans
et des Gétules(1). Le défaut de matériaux


1 P. Oros., VI, XXI: «ln Africa Musulanos et Gætulos latius
vagantes, Cossus, dux Cæsaris, arctatis fi nibus coercuit, aique

romanis limitibus abstincre metu coegit.» Dio., LV, XXVIII ;
Vellejus, II, CXVI ; Florus, IV, XII, 40. Cossus reçut les ornements
triomphaux et le surnom de Gætulicus. Adi ap. Dion.
Reimari, not. I. c. Vid. Orelli. Inscr. select., n. 559, 560, sur une
Cornélia, fi lle de cossus Gætulicus, et sur Silanus, son petit-fils.


nous empêche de rendre compte de tous les actes
d’hostilité commis par les tribus insoumises du désert
contre les colonies et les possessions romaines; mais
nous savons que, peu d’années après le règne glorieux
de Trajan, Adrien se vit dans la nécessité de réprimer
les tentatives des Maures; qu’il envoya contre eux
Martius Turbo, l’un des meilleur, généraux de Trajan,
à qui on décerna une statue pour honorer ses vertus
civiles et guerrières; et qu’Antonin le Pieux les força
à demander la paix.
C’est de cette guerre d’Antonio contre les
Maures que parle Pausanias(1) : « L’empire, dit-il, fut
attaqué par les Maures, peuplade la plus considérable
des Libyens indépendants. Ces Maures, nomades
comme les Scythes, sont bien plus difficiles à vaincre
que ces peuples, puisqu’ils voyagent à cheval eux et
leurs femmes, et non sur des chariots. Antonio les
ayant chassés de toute la partie de l’Afrique soumise
aux Romains, les repoussa aux extrémités de la
Libye, dans le mont Atlas et sur les peuples voisins
de cette chaîne. »


1 Lib. VIII, Arcadica, chap. XLIII.


Le biographe de Marc-Aurèle nous révèle encore
un fait important et curieux : ni les garnisons romaines
qui occupaient le littoral, ni le détroit de Gadès,
n’empêchèrent les hordes de l’Atlas de prendre l’offensive,
de pénétrer en Europe, et de ravager une
grande partie de l’Espagne. Tel est du moins le sens
qui semble ressortir. des paroles un peu vagues de
Jules Capitolin(1), à moins qu’on ne veuille supposer
que ces hostilités, réprimées enfin par les lieutenants
de l’empereur, s’exerçaient par mer, et qu’il y avait
déjà alors sur les côtes de l’Afrique des corsaires ou
des pirates , comme de nos jours nous en avons vu
sortir des ports d’Alger.
Les inscriptions découvertes en 1829 à Tarquinies,
que l’un de nous a expliquées(2), prouvent qu’il
y eut des mouvements sérieux en Afrique et dans la
Bétique. En effet, dans cette province sénatoriale nous
voyons un P. Tullius Varro, procurateur de la Bétique(
3), c’est-à-dire gouverneur de la province au nom
de l’empereur. Dans ces inscriptions, où l’ordre de
prééminence des titres est très régulier, le mot procurateur
succède à celui de légat propréteur et précède


1 Jul. Capitol., Ant. Philos, C. XXI: « Cum Mauri Hispanias
prope omnes vastarent, res per logatos bene gestæ sunt. »
Institut. arclreolog. Memor., t. IV, p. 165-170.
2 Instit. archéolog. Memor., t IV, p. 165-170.
3 Proc. prov.Bætieæ ulterioris Hispaniæ, leg xnfulminatæ,
prætori. Inscript. II, lign. 9-13, p. 168.


le titre de préteur. Or, Capitolin(1) nous apprend que
Marc-Aurèle fut contraint, par les nécessités de la
guerre, de changer la hiérarchie établie pour les provinces.
De même l’Afrique, province sénatoriale, dont
ce même Varron avait été proconsul, s’était révoltée
plus tard, ou avait été attaquée par les Maures, puisque
Marc-Aurèle y envoya des troupes et la rendit
province impériale, dont le gouverneur Dasumius
n’eut plus des lors que le titre seul de légat, ou celui
de légat propréteur(2).
Nous exposerons ici le résumé de longues méditations
sur cette période obscure de l’histoire romaine.
Trois grandes causes de destruction envahissaient
l’empire : la corruption des moeurs, le décroissement
de la population libre, et, l’établissement du christianisme.
L’un de nous les a développées dans un grand
ouvrage inédit sur l’économie politique des Romains.
Mais l’histoire de la décadence de l’empire (on sent
bien que nous ne parlons pas de la forme et du style)
nous semble encore à retoucher, même après Montesquieu
et Gibbon. Nous fixerions l’origine de cette
décadence au règne d’Adrien, et la cause immédiate à


1 Cap. XXII, Art. Philos : « Provinciasex proconsularibus
consulares, aut ex consularibus proconanlares aut prætorias pro
belli necessitato fecit. » Vide h. I. Casaubon et Salmas, not. 3,
t. I, p. 374, ed. 1671.
2 Inscript. IV, lign. 13. Voy. l’explication, t. IV, p. 163,
165, 168, l70.


l’épuisement produit par les conquêtes excentriques
de Trajan. De là une réaction de tous les peuples voisins
de l’empire (1), comme celle de l’Europe sur
Napoléon de 1812 à 1815 ; de là l’abandon des provinces
au delà du Danube et de l’Euphrate, attribué par
Gibbon et Montesquieu à la pusillanimité d’Adrien,
mais, selon nous, chef-d’oeuvre de politique et de
prudence; de là ses voyages continuels dans toutes
les parties de l’empire; car partout, par les causes
indiquées, troubles, résistances, révoltes ou dangers.
Dès cette époque, la fabrique de l’espèce humaine
s’active chez les barbares; l’instinct de conservation,
la nécessité commandent ; on cultive pour produire
non de l’argent, mais des hommes. Le principe actif
de population se développe dans toute son énergie.
Pour vivre, il faut se défendre Et conquérir. Ces peuples
sont ce qu’était Rome vis-à-vis de l’Italie dans
les cinq premiers siècles de la république : c’est le
même fait, la même histoire en sens inverse, et transportée
du centre aux extrémités. Aussi, vains efforts
d’Adrien pour rétablir la discipline des légions, fortifications
des limites naturelles, grande muraille élevée
en Bretagne, enfin paix achetée, à prix d’or, des barbares.
De plus, on en remplit les armées. Les expéditions
lointaines de Trajan avaient dégoûté du service


1 Spatian. Adrian. ch. V.


militaire les citoyens romains, et créé, pour résister à
la conscription, la force d’inertie qui perdit Napoléon
en 1814. De là les esclaves armés par Marc-Aurèle(1),
et plus tard, mais trop tard, l’édit de Caracalla qui
donne le droit de cité à tous les sujets de l’empire.
Et ce n’est pas seulement par avidité, comme on l’a
écrit, c’est par nécessité d’une pépinière de soldats
pour le recrutement des armées.
Sous Antonio, l’histoire est vide ; les faits
manquent. On nous indique plusieurs révoltes(2).
Juifs, Gètes, Égyptiens, Maures, Daces, Germains,
Alains, attaquent partiellement les extrémités de,
l’empire.
Sous Marc-Aurèle(3), la ligue se forme. Parthes
et barbares de l’Orient, nations slaves, gothiques,
germaniques, bucoles en Égypte, partout et toujours
guerres sur guerres, et guerres obstinées. C’est en
grand l’attaque des Cimbres et des Teutons, moins la
force de résistance. La ligue se porte sur l’Italie; c’est
au coeur de l’empire qu’elle frappe, comme les peuples
unis sur la France en 1814 . Elle trouve, comme
eux, des auxiliaires dans les armées, formées alors non
plus de Romains seuls, mais pour moitié de barbares,


1 Capitolin, XXI.
2 Cf. Appian. præf.; Dio. Capitol. I. c.; Vict. Epitom.;
Pausan. Arcad, I. c.
3 Capitolin., N. Anton. Philos , VIII, IX, et verus, VII, et
M. Anton. Philos., XII, XIII, XIV.


comme chez nous de Français mêlés également
de Polonais, d’Espagnols, de Portugais, d’Italiens.
L’empire romain résiste encore; mais il a donné le
secret de sa faiblesse; et en deux siècles le principe
actif de population d’une part, fabriquant des
hommes libres et des soldats, de l’autre, l’obstacle
privatif, la corruption des moeurs romaines, la chasteté
des moeurs chrétiennes éteignant la population
libre et guerrière, achèvent la ruine et le démembrement
du colosse politique formé de tant de débris,
et appelé pendant tant de siècles l’univers romain,
orbis romanus.
Des chrétiens pouvaient-ils être unis de coeur et
d’intérêt à un empire qui leur ôtait les droits civils et
politiques, qui proscrivait leur culte, leurs masure,
et jusqu’à leur croyance ? Eh bien, les Antonins
sont forcés de les ménager, et d’en remplir leurs
légions.
Des barbares, adorateurs de Teutatès, d’Odin
et de Mithra, étrangers aux Romains de goûts , de
moeurs, de lois et de langages, pouvaient-ils s’incorporer
facilement dans la législation et la civilisation
romaines ? Eh bien, les Antonins sont contraints de
s’appuyer sur eux pour repousser d’autres barbares
plus ignorants, plus féroces, plus dangereux.
En résumé, le détail des faits manque pour ces quatre-vingts
ans de l’histoire : mais les causes sent évidentes,

sont palpables. Il ne faut qu’observer, méditer ce qui
précède et ce qui suit.
A cet exposé concis des effets et des causes,
deux des inscriptions de Tarquinies(1) ajoutent un
témoignage sûr, une autorité imposante. L’histoire
nous dit que sous Antonin le Pieux tous les Maures
se soulèvent. La Mauritanie n’est séparée de l’Espagne
que par un détroit de cinq lieues : on est
obligé d’y porter des forces, de mettre la province
sous le régime militaire. Aussi, dans l’inscription
citée, nous la voyons soustraite à l’autorité du
sénat, et cette province sénatoriale recevoir, non
un proconsul en toge, et ne pouvant, d’après les
lois de l’empire, porter l’épée, mais un procurateur
(procurator provincioe Boeticoe) revêtu, depuis
Claude, de tout le pouvoir civil et militaire affecté
à l’empereur lui-même. Le procurateur alors est un
vice-roi.
Ces marbres mêmes, bien observés, bien étudiés,
donnent des dates ou au moins des époques. On y lit
que la révolte de la Mauritanie précéda celle de la province
d’Afrique ; car ce P. Tullius varro à qui l’inscription
est dédiée, y est nommé proconsul de la province
d’Afrique (procos. prov. Africoe)(2), donc alors province


1 L. c, n° II, lign. 9, 10, et n° IV, lign. 13
2. N° II, ligne 4.


 sénatoriale, et plus bas(1) procurateur de la Bétique
; preuve certaine que cette province sénatoriale
d’Espagne était devenue, à cause du danger, province
impériale.
En comparant le teste du n° II avec celui du n° IV,
on voit que la première inscription a précédé l’autre.
On distingue même clairement que l’insurrection de
la Mauritanie a gagné la province d’Afrique, sa voisine;
car cette même province d’Afrique, sénatoriale
quand Varron en était proconsul, devient impériale
dans le marbre n° IV(2), puisque L. Dasumius Tullius
Tuscus en est nommé légat (leg , prov. Africoe) . Évidemment
le danger était pressant; il fallait concentrer
dans une main habile et fidèle tout le pouvoir civil
et militaire ; aussi Marc-Aurèle y envoie Dasumins,
d’abord le conseiller privé d’Adrien, d’Antonin, le
pontife de son temple, son trésorier, son chancelier,
et qui, de plus, avait fait la guerre, comme légat propréteur,
dans les provinces frontières et importantes
de la Germanie et de la Pannonie supérieure. Pour
mériter de sels emplois de la prudence d’Adrien,
d’Antonio, de Marc-Aurèle , il fallait à coup sûr des
talents remarquables ; et ce Desumius, qui n’est pas
même nommé ni dans les fastes ni dans l’histoire, ne
parait pas un homme ordinaire; du reste, sa famille


1 Ligne 9, 10.
2 Ligne 13.


était riche et dans les honneurs depuis le règne de
Trajan(1) .
L’histoire, depuis Marc-Aurèle jusqu’au règne de
valentinien, fournit bien peu de détails sur cette partie
de l’Afrique. Nous savons seulement que, sous Alexandre
Sévère, Furius Celsus remporta des victoires dans
la Mauritanie Tingitane(2) ; que sous le règne de Gallien
l’Afrique éprouva des tremblements de terre épouvantables(3),
mais qu’elle resta fidèle à l’empire, et que
l’usurpateur Celsus n’eut que sept jours de règne(4).
La vie de Probus, racontée par Vopiscus et par
Aurelius Victor, offre, sur l’Afrique, quelques faits
qu’il ne faut pas négliger de recueillir. Chargé du
commandement de cette contrée probablement par
les empereurs Gallien, Aurélien et Tacite, il déploya
de grands talents, un grand courage personnel dans
la guerre contre les Marmarides, qu’il parvint enfin à
subjuguer(5). Il passa de la Libye à Carthage, dont il ré-


1 Voyez le testament de Dasumius, Inst. archéol., Mém.,
t. III, p. 387, 392, et Tavola d’aggiunta C.
2 Æ. Lamprid., Alex. Sever., c. LVIII : «Actæ sunt res
féliciter et in « Mauritania Tingitana per Furium Celsum.»
3 « Mota est Libya ; hiatus terræ plurimis in locis fuerent,
cum aqua salsa in fossis appareret. Maria etiam multas urbes
occupaverunt. » Trebell, Pollio, Gallien, chap. V.
4 « Septimo imperii die interemptus est (Celsus). Corpus
ejus a canibus consumptum est, Siccensibus qui Gallieno fi dem
servaverant, perurgentibus. » Trebell. Pollio, Triginta Tyranni,
cap. XXVIII.
5 « Pugnavit et contra Marmaridas in Africa fortissimo,

eosque denique vicit. » Flav. Vopisc., Probus, cap. IX. Les
Marmarides habitaient entre l’Égypte et la Pentapole. Cf. Cellarii
t. II, Geogr., Anliq., IV, II p. 838 sqq.


prima les rébellions. Il provoqua et tua en combat singulier
un chef de tribus africaines, nommé Aradion ;
et, pour honorer le courage remarquable et la défense
opiniâtre de ce guerrier, il lui fi t élever par ses soldats
un grand monument funéraire de deux cents pieds de
largeur, qui existe encore, nous dit Vopiscus(1). Il avait
pour principe qu’il ne fallait jamais laisser le soldat
oisif. Il fi t construire à ses troupes des ponts, des temples,
des portiques, des basiliques; il les employa à
désobstruer l’embouchure de plusieurs fleuves et à
dessécher un grand nombre de marais, dont il forma
des champs parés de riches moissons.
Le long règne de Dioclétien, qui ne nous est connu
que par des abrégés secs et décharnés, vit s’allumer en
Afrique une guerre importante, puisque Maximien s’y
rendit en personne. Une ligne d’A. Victor(2) : « Julianus
et les Quinquégentiens agitaient violemment l’Afrique
; » deux lignes d’Eutrope copié par Zoneras :
« Herculius (Maximianus) dompta les. Quinquégentiens(3)
qui avaient occupé l’Afrique, » sont, avec une


1 «Sepulchro ingenti honoravit… per milites, quos otiosos
esse nunquam est passus.» Vopisc., Prebus, cap. IX.
2 De Coesaribus, cap. XXXIX. Eutrop. IX, XV. « Maximianus
bellnm in Africa profl igavit, domitis Quinquegentiania
et ad pacem redactis. »
3 Que Zoneras nomme. Ann., XII, 31, t. I,

p. 641. Voyez pour cette guerre le P. de Rivas, Éclaircissements
sur le martyre de la légion Thébéenne ; un vol. in-8°, 1779.


phrase de panégyrique(1), à peu près tout ce qui nous
reste au sujet de cette expédition.
Ce fut cette même année 297(2) que le nombre
des provinces d’Afrique fut augmenté, et que Maximien,
après avoir dompté les Maures et les avoir
transplantés de leur sol natal dans des contrées qu’il
leur assigna, fixa la délimitation des nouvelles provinces(3).
La Byzacène fut formée d’un démembrement
de la province proconsulaire d’Afrique, et nommée
d’abord Valeria en l’honneur de l’empereur Valerius
Diocletianus(4) : alors la Numidie fut gouvernée par
un consulaire(5), de même que la Byzacène, et prit le
deuxième rang après la province d’Afrique.
La Mauritanie Sitifensis fut composée d’une
portion de la Mauritanie Césarienne. Ces deux provinces
étaient gouvernées chacune par un proeses.
La contrée située entre les deux Syrtes, jusqu’à la
Cyrénaïque, s’appela Tripolitaine, et fut régie par un


1 Panegyr. Vet., VI, XVIII : «Tu ferocissimos Mauritaniæ
populos, inaccessis montium jugis, et naturali munitione fi dentes,
expugnasti, recepisti , transtulisti.»
2 Morcelli, Afr. chr., t. I, p. 23-25 ; t. II, p. 177.
3 Ce morcellement est indiqué par Lactance, de Mort.
Persec c. VII, n° 4.
4 Morcelli, t. I, p. 23.
5 Not. dign. inp., c. XXXIV, XLVI.


proeses, qui était pour le rang et la dignité au-dessous
du consulaire(1).
L’Afrique fut donc alors divisée en six provincdes,
qui étaient, en allant de l’est à l’ouest, la Tripolitaine,
la Byzacéne, la Proconsulaire (Africa), la
Numidie, la Mauritanie Sitifensis, et la Mauritanie
Césarienne.
La Mauritanie Tingitane était attribuée à l’Espace,
don elle formait la septième province(2).
Zosime(3) nous apprend que, l’an 311, Maxence,
déjà maître de Rome, réunit à son domaine l’Afrique,
qui avait d’abord refusé de le reconnaître, et où
s’était fait proclamer empereur un certain Alexandre,
paysan pannonien, qui pendant plus de trois ans régna
sur cette contrée.
Maxence avait arraché l’Afrique à cet Alexandre,
aussi lâche et aussi incapable que Ici-même. Volusianus,
préfet du prétoire, y avait été envoyé par ce tyran
avec quelques cohortes : un léger combat suffi t pour
abattre le pouvoir chancelant, de ce paysan parvenu.
La belle province d’Afrique, dit Aurelius Victor(4),
Carthage, la merveille du monde, terrarum deccus , fut


1 Morcelli, t. I, p. 24.
2 Sext. Rufus, Brev., cap. V ; Isidor., Géogr., C. IV;
Insript., p. 361, n. I, Gruter. PER PROVINCIAS PUOCONSULARES
ET NUMIDIAM, BYZACIUM AC TRIPOLIN, ITENQUE
MAURITAN1AM SITIFENSEM ET CÆSARIENSEM.
3 Lib. II, A. Victor, Epitom., C. XL..
4 De Cæsaribus, cap. XI.


pillée, ravagée, incendiée par les ordres de Maxence,
tyran farouche et inhumain, dont le penchant a la
débauche redoublait la férocité. Il parait certain
que la Numidie avait aussi accepté la domination
d’Alexandre, et même que ce timide usurpateur,
après avoir perdu Carthage presque sans combat,
s’était, comme Adherbal, réfugié sous l’abri de la
position forte de Cirta. Telle est du moins l’induction
très probable qu’on peut tirer de la phrase de
Victor, qui nous dit, avec, sa concision ordinaire(1),
que Constantin, vainqueur de Maxence, fi t relever,
embellir la ville de Cirta qui avait beaucoup souffert
dans le siège d’Alexandre, et qu’il lui donna le nom
de Constantine.
Un fait assez curieux qui nous a cité conservé
par Aurelius Victor(2) et par une inscription, c’est
que Constantin, chrétien fervent, qui, dans sa guerre
contre Maxence, avait fait placer le labarum(3) sur ses
drapeaux, qui, après sa victoire, refusa de monter au
Capitole pour rendre grâce à Jupiter, se fi t élever en
Afrique, plusieurs années après et dans les lieux les
plus fréquentés, un grand nombre de statues d’airain,
d’or ou d’argent; c’est qu’en outre il fi t ériger dans
cette contrée un temple, et instituer un collège de


1 « Cirtaeque oppido, quod ubsidione Alexandri ceciderat,
reposito exornatoque, nomen Constantina inditum. »
2 De Cæsaribus, cap. XL.
3 La croix avec ces mots : In hoc signo vinces.


prêtres en l’honneur de la famille -Flavienne, de la
gens Flavia, dont il se disait descendu(1).
Étrange bizarrerie de l’esprit humain ! Ce
prince, propagateur zélé du christianisme, qui porta
même jusqu’au fanatisme les croyances religieuses;
ce même prince qui, dans la Grèce et l’Asie, fermait
les temples, abattait les idoles, Constantin établissait
dans une partie de son empire, pour lui-même, pour
la sainte Hélène sa mère, pour le pieux Constance
son père, une véritable idolâtrie. Il agissait en Asie
comme un apôtre du Christ, en Afrique comme un
enfant de Vespasien.
Ce culte idolâtre de la gens Flavia subsistait
encore en 340, sous Constance. Cette inscription(2)
le prouve : L. ARADIO VAL. PROCULO V. C.
AUGURI PONTTFICI FLAVIALI. L’Afrique fut
la dernière à recevoir le christianisme. On n’y aperçoit,
dit Gibbon(3), aucune trace sensible de foi et de
persécution, avant le règne des Antonins. Le premier
évêque de Carthage connu est agrippinus, élu en l97;
la sixième année de Septime Sévère(4).


1 « Statuæ (Constantini) locis quam celeberrimis, quarum
plures ex auro, aut argenteæ sunt : tum per Africam sacerdotium
decretum Flaviæ genti. »
2 Grut., p. 361, n° I ; Morcelli, Afr. Chr. t. I, p. 25.
3 Décad. de l’emp. rom., t. III, p. 126.


L’Afrique même, peut-être à cause de cette
adoration si fl atteuse pour les princes, sous quelque
forme qu’elle se présente, fut, pendant le règne de
Constantin, l’une des provinces les plus favorisées de
l’empire. Il y bâtit des forteresses, restaura plusieurs
villes, les décora de monuments; il rétablit le cours
de la justice, institua une police vigilante, établit des
secours pour les pères chargés d’enfants(1), réprima
les exactions du fi sc, diminua les impôts, et affranchit
les Africains de ces dons gratuits de blé et d’huile,
qui, d’abord offerts par la reconnaissance à Septime
Sévère, s’étaient changés, depuis son trogne, en un
impôt annuel et régulier(2).
Sous les règnes de Constantin et de Constance,
l’Afrique ne fut troublée que par le schisme des Donatistes(
3). Cependant la secte des circoncellions, paysans
grossiers et barbares, qui n’entendaient que la langue
punique, et qu’animait un zèle fanatique pour l’hérésie
de Donat, se mit en révolte déclarée contre les lois du
l’empire. Constantin fut obligé d’employer les armes


1 Cod. Theod., I. XI, tit. XXVII, C. II, et not. de Godefroy,
c. f. I. V, tit. VII-VIII.
2 « Remotæ olei frumentique adventitiæ præbitiones
quibus Tripolis ac Nicæa (lege Oea) acerbius angebantur. Quas
res superiores, Severi imperio, gratanies civi obtulerant, verteratque
gratiam muperis in perniciem posterorum dissimulatio.
» Aurel. Vict., De Cæsaribus, cap. XLI.
3 Lebeau , Hist. du Bas-Empire, II, 56 ; III, 12, 13.


contre ces sectaires(1). On en tua un grand nombre,
dont les donatistes fi rent autant de martyrs. L’Afrique
fut jusqu’à sa mort en proie à ces dissensions, qui, en
affaiblissant l’autorité impériale, préparèrent le soulèvement
des tribus indigènes, toujours disposées à
saisir les occasions de recouvrer leur indépendance.
Dès le commencement du règne de Valentinien
Ier, la révolte éclata sur deux points à la fois, vers
Leptis, dans la Tripolitaine, et autour de Césarée,
dans la Mauritanie(2). Les nations africaines, trouvant
des auxiliaires dans une hérésie qui, depuis trentetrois
ans, avait dégénéré en guerre civiles(3), et qui
paralysait ]es forces de l’empire, jugèrent l’occasion
favorable pour secouer le joug des Romains.
Firmus, fi ls de Nubel, un roi maure, vassal de l’empire,
se déclara empereur(4), et fut bientôt maître de la
Mauritanie Césarienne. La révolte éclata d’abord sur
les monts Jurjura, dans le pays des Quinquégentiens,
que Maximien n’avait subjugués qu’avec peine, et dont
il avait transporté quelques tribus au delà de l’Atlas.
Théodose, père de l’empereur du même nom, fut chargé


1 Depuis 316 jusqu’en 337. Lebeau, III, 20; Dupin, Hist.
Donat. ; Vales., De schism. Donat.
2 « Africam, jam inde ab exordio Valentiniani imperii,
exurehat barbarica rabies; per procursus audentiores et crebris
cædibus et rapinis intenta. » Ammian. Marcell., XXVII, IX, t,
XXVIII, VI, t 26.
3 Optatus, De schism. Donat , III, 3 – 9.
4 En 372.


de la réprimer. Un peut inférer du récit détaillé de
cette guerre, qu’Ammien Marcellin nous a transmis
d’après les rapports offi ciels du général(1), que Firmus
sut rallier à ses vues d’ambition privée des intérêts
généraux très puissants. Les donatistes trouvaient en
lui un défenseur contre la persécution; les nations africaines,
un chef pour les conduire à l’indépendance ;
enfi n, les tribus, chassées de leur pays par une rigueur
outrée, aspiraient au plaisir d’une juste vengeance, et
se fl attaient de recouvrer, par sa victoire, leurs héritages
paternels et les tombeaux de leurs ancêtres.
Théodose, habile général, qu’Ammien compare à
Corbulon(2), prévoyait toutes les diffi cultés de cette
guerre. Il fallait conduire, dans un pays brûlé par des
chaleurs excessives, des soldats habitués au climat
humide et froid de la Gaule et de la Pannonie. Avec
des troupes peu nombreuses, il avait à combattre une
nuée de cavaliers infatigables, des troupes légères
excellentes(3). C’était une guerre de postes, d’escarmouches
et de surprises, contre un canerai exercé à


1 XXIX, V, 1-56. Voyez plus bas la section Géographie
ancienne.
2 Amniian, XXIX, V, 4.
3 « Agensque in oppido (Theodosius ) sollicitudine diducebatur
ancipiti, multa cum animo versans, qua via quibusve
commentis per exustas caloribus terras pruinis adsuetum duceret
militem ; vel hostem caperet discursatorem et repentinum,
insidiisque patius clandestinis quam præliorum stabililate confi
sum, etc. » Ammian., XXIX, V. 7.


voltiger sans cesse, aussi redoutable dans la fuite que
dans l’attaque, et qui avait tous les habitants pour
lui.
Dans sa guerre d’Afrique, l’oeil perçant de
César avait reconnu tout d’un coup les obstacles
que lui opposaient ce climat et ce genre d’ennemis.
Il lui fallut toutes les ressources de son génie, toutes
les fautes de ses adversaires, pour en triompher. Ses
légions si fermes, indomptables dans les Gaules et à
Pharsale, ses vétérans exercés par tant de victoires,
s’épouvantèrent devant ces Parthes de l’Afrique, ces
Numides insaisissables, qu’ils dispersaient sans les
vaincre, qui ne leur laissaient pas un seul moment
de relâche, et qui, comme les insectes importuns de
ces contrées, quand ils les avaient chassés loin d’eux,
quand ils les croyaient en déroute, se retrouvaient en
un clin d’oeil sur leur front, sur leur dos, sur leurs
flancs.
Dans la guerre contre Firmus, qui dura trois
années consécutives, avec des alternatives continuelles
de revers et de succès, Théodose eut encore
à combattre les obstacles du terrain. C’était dans la
région la plus âpre et la plus escarpée de l’Afrique
qu’existait le foyer le plus ardent de l’insurrection.
C’est ce réseau de montagnes abruptes ; c’est cet
amas de gorges, de défi lés, de pics, de lacs et de torrents
qui se croisent sans interruption de Sétif à Cherchel,
entre les deux chaînes de l’Atlas ; c’est cette

contrée presque inviable que Firmus avait habilement
choisie pour y amener les Romains, et en faire
le théâtre de la guerre.
Des plans si bien concertés échouèrent. Firmus,
de même que Jugurtha, succomba après une défense
opiniâtre. Si l’histoire de cette époque n’était muette
sur les détails des opérations militaires, Théodose,
comme général, serait placé sans doute a côté de
Metellus et non loin de Marius. D’un caractère dur
et infl exible, il sut maintenir dans son armée la plus
exacte discipline; sa politique habile et rusée sut
désunir ses adversaires, en leur prodiguant à propos
les trésors de l’empire. Sans doute il établit par des
victoires la terreur de ses armes; mais l’inconstance
et la corruptibilité des Maures furent pour lui de puissants
auxiliaires, et l’aidèrent à triompher des efforts
obstinés de l’indépendance africaine.
A Valens succéda Théodose le Grand, fi ls du général
vainqueur de Firmus. Né dans la même contrée,
issu de la même famille qui avait produit Trajan(1), il
fut comme Trajan un empereur belliqueux, nomme lui
redoutable eux nations barbares voisines de l’empire.
Le même fait que j’ai déjà signalé se renouvelle encore
une fois : le génie militaire de Théodose, l’éclat de ses
victoires, l’importance et l’étendue de ses conquêtes


1 « Gencre Hispanus, originem a Trajano principe trahens.
» Aurel. Vict., Epitom., C. XLVIII.


inspirent à ces peuples de vives craintes pour leur
indépendance; l’empire romain, réuni sous la main
ferme de ce grand prince, est partagé après sa mort(1)
entre ses deux fils Arcadius et Honorius, héritiers
du trône et non des vertus de leur père. Alors commence
la réaction des peuples assujettis contre le
peuple dominateur, et le refoulement des nations
pressées par les hordes sauvages de l’Asie. L’Afrique
tout entière se sépare de l’empire d’Occident(2),
et se donne au frère de Firmus , au Maure Gildon,
qui l’avait gouvernée pendant douze ans avec le titre
de comte.
Un autre frère de Firmus et de Gildon, Mascézil,
qui était resté fi dèle aux Romains, fut choisi par
Stilichon pour combattre et réduire l’usurpateur. La
petite armée de Mascézil ne montait qu’à cinq mille
hommes, et ce petit nombre de soldats éprouvés suffit
pour ramener à l’obéissance toute cette vaste contrée.
Gildon, vaincu d’avance par sa vieillesse, par ses
débauches et par ses vices, est trahi par ses troupes,
et s’enfuit sans combattre.
Ces deux ordres de faits, l’accession si prompte de
l’Afrique entière à l’usurpation de Gildon, sa soumission
plus prompte encore à l’empire du faible Honorius,


1 En 395. Lebeau, XXV, LIV.
2 En 397. Voyez Lebeau, XXVI, XLV; Gibbon, Decad, t.
V, p. 412 ; et Claudien, Bello Gild. de laud. Stilic., I, 248 ; in
Eutrop., I, 399 sqq.


 ces deux faits ont une cause générale qu’on a
jusqu’ici négligé de rechercher, mais qui nous semble
évidente et palpable.
Gildon était Maure et païen, mais protecteur
zélé des circoncellions et des donatistes; il était
frère de Firmus, qui était mort en combattant pour
la liberté du pays : il représentait donc deux intérêts
généraux très-puissants, celui de l’indépendance
africaine, et celui d’une secte religieuse fort active
et fort étendue : l’accession du pays fut prompte et
volontaire.
Mais la famille de Gildon était chrétienne et
orthodoxe; sa femme, sa sueur et sa fille furent
des saintes(1). Son règne dégénère en tyrannie. Sa
cruauté, sa lâcheté, son avarice et ses débauches,
plus offensantes dans un vieillard, lui aliènent le
coeur de ses partisans. Mascézil arrive devant lui
avec une poignée de soldats : il représente, aux yeux
des Maures, le sang des rois indigènes, fils de Nubel
; aux yeux des chrétiens, la religion orthodoxe qui,
depuis l’épiscopat de saint Cyprien, avait jeté en
Afrique de profondes racines. Mascézil trouve des
auxiliaires dans la famille même du tyran; il s’appuie
à son tour sur des intérêts généraux tout-puissants
: l’Afrique entière se soumet presque sans
résistance.


1 Lebeau, Hist. du Bas-Empire, I. XXVI, chap. LI.


Aussi, la conquête achevée , Stilichon , politique
à la vue perçante, mais peu délicat sur les moyens, se
débarrasse de Mascézil par un crime, qu’il déguise
sous les apparences d’an accident fortuit(1). Stilichon,
trop instruit des secrets de la faiblesse de l’empire,
eut évidemment pour but, en sacrifi ant Mascézil,
d’ôter un chef redoutable à l’indépendance africaine.
Un seul chiffre démontre quel appui la rébellion
pouvait trouver en Afrique. On compta en 411, au
concile de Carthage, composé de cinq cent soixante,
seize membres, deux cent soixante-dix-neuf évêques
donatistes(2) ; et cette secte, depuis quarante ans,
appuyait toutes les tentatives formées pour se séparer
de l’empire. Aussi tous les efforts du gouvernement,
toute l’énergie des Pères de l’Église, dirigée par saint
Augustin, s’appliquèrent à extirper cette hérésie, qui
menaçait à la fois la religion et l’État.
L’Afrique même profi ta pendant quelque temps
des malheurs de l’Italie et du démembrement de
l’empire; un grand nombre de fidèles s’y réfugia pont
échapper à l’invasion des barbares, et vint accroître les
forces du parti catholique et impérial. Enfi n, depuis la
révolte de Gildon jusqu’à l’arrivée des Vandales(3), cette


1 Lebeau, XXVI, LII ; Gibbon, t. V, p. 424, an 398.
1 Morcelli, Afr. chr., an 411, C. VII. Les évêques catholiques
étaient presque trois cents. Ibid., C. V.
3 Depuis 398 jusqu’en 428.


partie du monde ne fut déchirée par aucune guerre
civile ou étrangère.
Le comte Boniface gouvernait toute l’Afrique.
Habile général, administrateur intègre, ce
grand homme, plus Procope(1) appelle le dernier des
Romains, sut manier les rênes du pouvoir d’une main
douce et ferme à la fois. Il avait réprimé les incursions
des Maures, fait fl eurir le commerce, l’agriculture,
l’industrie(2), et, au milieu des convulsions de l’empire,
fait jouir les vastes pays confi és à sa vigilance
de tous les avantages de la paix. Une intrigue de cour
qui menace sa vie le pousse à la révolte : il s’unit
avec Genséric, et partage l’Afrique avec lui : toute la
nation vandale(3) abandonne l’Espagne, et traverse la
mer avec son roi.
Quoique l’histoire ne spécifi e point quelles provinces
furent abandonnées aux vandales, il paraît que
Boniface leur céda les trois Mauritanies, et que le
fleuve Ampsaga fut la limite de cette concession(4).
Genséric, peu content de ce partage inégal, attaque
Boniface qui s’était réconcilié avec l’empire, détruit
l’armée romaine, s’empare d’Hippône, occupe la Numidie,
l’Afrique proconsulaire et la Byzacène, moins


1 Bell. Vandal., I, III, p. 322, ed. Dindorf.; Bonn., 1833.
2 Victor, Vit. parsec. Vand., I, I.
3 « Vandali omnes eorumque familiæ. » Idat. Chron.
apud Lebeau, XXXI, XVII, n° 3.
4 Lebeau, ibid., chap. XVI.


Carthage et Cirta. Un traité, conclu en 435(1) avec
Valentinien III, lui assure, moyennant un tribut, la
possession de ce qu’il occupait, et rend à l’empire les
trois Mauritanies, déjà probablement abandonnées
par les Vandales, trop peu nombreux(2) pour garder un
si vaste territoire. Genséric livre même son fils Hunéric
en otage, preuve que cet empire qui s’écroule est
encore à craindre aux barbares. Genséric, en 439, se
rend maître de Carthage, et il établit dans les provinces
soumises à sa domination une sorte de système
féodal ou bénéficiaire. Il avait trois fils; il leur abandonna
les terres et la personne même des plus riches
habitants, qui devinrent les esclaves de ces princes. Il
fit deux lots des autres terres : les meilleures et les plus
fertiles furent distribuées aux Vandales, exemptes de
toutes redevances, mais certainement à la charge d’un
service militaire. Ces propriétés étaient concédées à
perpétuité, et, du temps de Procope, portaient encore
le nom d’héritages des Vandales. Ce fut l’Afrique
proconsulaire qu’il partagea ainsi. Par ce moyen,
il retenait ses soldats près de Carthage, où il avait
fixé sa résidence; il s’était réservé la Byzacène, la


1 Le 3 des ides de février, c’est-à-dire le 11 de ce mois.
Morcelli , an 435, C. I.
2 Cinquante mille combattants, selon Procope; quatrevingt
mille hommes de tout âge (senes, juvenes, parvuli, servi
vel domini), selon Victor de Vite, I, I.


Gétulie et une partie de la Numidie(1). Quant aux
fonds d’un moindre rapport, il les laissa aux anciens
possesseurs, et les chargea d’impôts très-considérables.
Je suis étonné qu’on n’ait point encore signalé
cette distribution de la propriété dans une conquête
faite par des peuples teutoniques, comme le premier
germe du système féodal, qui ne s’établit en Europe
que cinq sicles après.
La Tripolitaine et les Mauritanies restèrent soumises
à l’empire d’Occident jusqu’en 45l(2). Elles
en étaient déjà séparées l’an 460. Depuis la mort de
Valentinien III en 455 , Genséric s’était rendu maître
du reste de l’Afrique(3), c’est-à-dire de la Tripolitaine,
de la Numidie entière, et des trois Mauritanies. Ce
fait historique, raconté par un évêque africain, par
un écrivain contemporain peu favorable à Genséric,
nous a paru digne d’être signalé à l’attention du gouvernement.
Il doit engager la France à persévérer,
et démontre même que la conquête du pays n’offre
pas des diffi cultés insurmontables; car les Vandales
n’avaient au plus que cinquante mille combattants. Ils
étaient ariens par conséquent, plus haïs peut-être des


1 « Exercitui Zengitanam vel Proconsularem funiculo
hæreditatis divisit, sibi Byzacenam, Abaritanam atque Gætuliam,
et partem Numidiæ reservavit. » Victor Vit., I, IV.
2 Morcelli, Afr. chr., an. 460, e. I; an. 461, ibid.
3 Idem, I, 4 : « Post cujus mortem totius Africæ ambitum
obtinuit. »


catholiques fervents qui composaient alors presque
toute la population de l’Afrique, que les chrétiens
aujourd’hui ne, le sont des musulmans. Ils avaient
tout le pays contre eux. La seule différence de langue,
de couleur, de lois, de moeurs et d’usages devait
entretenir entre les Africains et les conquérants teutoniques
une division constante et des haines acharnées.
Mais Genséric sut comprendre que le temps et
la persévérance sont des éléments nécessaires pour
la fondation d’un empire. Débarqué en 429, il s’empare
en 431 d’Hippône et d’une portion de la Numidie.
En 435, un traité par lequel il rend à l’empire
les trois Mauritanies, lui donne la possession de la
Byzacène et de l’Afrique proconsulaire. En 439 il
se rend maître de Carthage, et ce n’est qu’en 455,
après s’être affermi dans ses nouvelles conquêtes,
qu’il attaque et soumet les trois Mauritanies. Alors
quatre-vint mille vandales occupaient complètement
la vaste contrée qui s’étend de la Méditerranée jusqu’au
Ger, et depuis l’océan Atlantique jusqu’aux
frontières de Cyrène.
Cette soumission complète se maintint pendant
font le long règne de Genséric. Ce prince, pour se garantir
contre les révoltes des habitants, avait fait démanteler
toutes les villes fortifi ées de l’Afrique, excepté
Carthage. Procope remarque que ce fut une des causes
qui facilitèrent les progrès de l’invasion de Bélisaire.

Mais il nous dit lui-même(1) que les Vandales ne
savaient pas combattre à pied, ni se servir de l’arc et
du javelot; qu’ils étaient tous cavaliers(2), et n’avaient
pour armes offensives que la lance et l’épée. Avec
une armée ainsi composée, la démolition des murs
de toutes les villes était une mesure indispensable
pour maintenir le pays dans l’obéissance. Cependant,
comme les vandales ne pouvaient pas anéantir
les forteresses naturelles, le pays de montagnes fut
le premier qui leur échappa. Déjà, sous le règne de
Hunéric, les Maures s’étaient emparés de toute la
chaîne des monts Aurasius, et ils purent s’y maintenir
pendant toute la durée de la domination des
Vandales(3). Mais enfi n, avec de la cavalerie seule et
quatre-vingt mille combattants au plus, les Vandales
conservèrent pendant quatre-vingt-quinze ans la possession
de presque toute l’Afrique septentrionale.
Bélisaire, en 533, avec une armée de dix mille
fantassins et de cinq ou six mille cavaliers, leur enleva
tout le pays de plaine, et Carthage, siége de leur domination.
Salomon , successeur de cet habile général,
et qui avait appris l’art de la guerre en exécutant les


1 Bell. Vandal., I, VIII, p. 349.
2 Il serait curieux de rechercher si cette prédominance
de l’arme de la cavalerie dans la composition des armées n’est
pas une conséquence immédiate de l’établissement du système
féodal.
3 Procop., I, VIII, p. 345.


savavantes combinaisons de ce grand capitaine,
Salomon reprit aux Maures le pays de montagnes,
la province de Zab, porta les frontières de l’empire
aux limites du désert, et s’avança vers le sud jusqu’à
40lieues au delà du grand Atlas. La conquête si
prompte d’un pays si étendu, avec une armée si peu
nombreuse, aurait droit de nous étonner ; mais les
causes du succès nous semblent palpables et évidentes.
Les Vandales étaient ariens. La population catholique
ne les voyait qu’avec horreur. Ils avaient usurpé
les deux tiers des propriétés foncières de l’Afrique.
Tous les Romains, dépossédés par la violence, avaient
un intérêt puissant à secouer le joug de cette aristocratie
spoliatrice; cet arbre, planté par la conquête ,
qui n’avait pas jeté de racines dans le pays, devait être
renversé au premier souffle. Les vandales, comme
la pospolite de la Pologne, leur ancienne patrie, ne
combattaient qu’à cheval et de près; une seule arme
faisait toute leur force. Bélisaire se présente avec une
armée peu nombreuse, mais complète et régulière. Il
l’avait formée de l’élite des Romains et des nations
barbares. La cavalerie romaine était très exercée à
tirer de l’arc, l’infanterie à se servir des catapultes et
des balistes ; les Goths étaient redoutables l’épée à
la main; les Huns étaient des archers admirables ; les
Suèves bons soldats d’infanterie ; les Alains étaient
pesamment armés, et les Hérules étaient une troupe

légère. Bélisaire prit dans toutes ces nations les divers
corps de troupes qui convenaient à ses desseins, et
combattit contre une seule arme avec les avantages
de toutes les autres.
Salomon avait le même avantage vis-à-vis des
Maures. Ceux-ci ne se servaient que de la fronde et
du javelot. C’étaient, en infanterie, en cavalerie, des
troupes légères excellentes. La rudesse et l’âpreté de
leur pays, les escarpements de l’Aurasius et de l’Atlas,
convenaient merveilleusement à cette manière de
combattre. Ils avaient de plus tous les habitants pour
eux. Cependant la supériorité de l’organisation militaire
l’emporta sur le nombre, sur les difficultés du
terrain, et en moins de trois campagnes ces Maures
indomptables furent vaincus et soumis.
Toutefois les limites de l’empire de Justinien
ne s’étendirent pas à l’ouest au delà de la Mauritanie
Sitifensis. La Césarienne et la Tingitane, moins
Césarée et Ceuta, restèrent au pouvoir des Maures.
En 543, il se forma une ligue des nations maures,
jalouses dû reconquérir leur indépendance. Nous ne
connaissons l’histoire de cette guerre que par quelques
lignes de Procope et par un poème latin de Cresconius
Corippus, récemment découvert et publié à Milan(1).


1 En 1820, par P. Mazuchelli, d’après. un manuscrit
unique du quatorzième siècle, qui existe dans cette ville au
musée Trivulce.


Après quelques alternatives de succès et de revers,
Jean Troglita, qui avait servi sous Bélisaire, et que
Justinien investit du pouvoir suprême sur toute l’Afrique,
défit complètement les Maures dans deux grandes
batailles, et les convainquit si bien de l’infériorité
de leurs forces, qu’à partir de cette époque ils furent
entièrement soumis, et que même, selon Procope(1), ils
semblaient de véritables esclaves. L’Afrique alors jouit
pendant longtemps d’une paix tranquille et assurée, et,
délivrée du ravage de ces Tribus turbulentes, elle vit
refleurir de nouveau son agriculture et son industrie.
Justinien(2) y établit un vice-roi, sous le nom de
préfet du prétoire d’Afrique. Il réforma l’administration
civile, institua une bonne organisation militaire, et
assigna les fonds nécessaires au traitement des divers
employés, qui tous étaient soumis au pouvoir unique
et suprême de son délégué. L’Afrique, séparée par la
mer du reste de l’empire, avait besoin d’un seul chef
et d’une forte centralisation. Il y eut cependant, après
la mort de Justinien(3), quelques soulèvements des
Maures, quoique ces peuples eussent alors embrassé


1 Bell. Goth., IV, XVII
2 Cod. lib. I, tt. XXVII, de Offi cio præfect. proe’orio
Ajrics, et de Offi cio præfect, præ’orio Africæ, et de omni ejusdem
dioecesco statu. CCCXCVI viros per diversa scrinia et
offi cia.
3 En 569. Joann. abb. Biclar. Chron. Lebeau, L, XXIV, n.
4; Morcelli, ann. 569, 570.


volontairement le christianisme. Deux exarques
d’Afrique furent vaincus et massacrés par leur roi
Gasmul, qui, devenu tout-puissant par ses victoires,
donna à ses tribus errantes des établissements
fixes(1), et s’empara peut-être de Césarée, soumise
aux Romains depuis la conquête de Bélisaire.
Ce roi maure semble même avoir été un conquérant
ambitieux et assez entreprenant; car, l’année
suivante, nous le voyons marcher contre les Francs et
tenter l’invasion de la Gaule(2). A la vérité, il échoua
dans cette entreprise; mais cette expédition lointaine
atteste sa puissance, et ce fait curieux pour l’histoire
du Bas-Empire, pour l’histoire de l’Afrique et celle
de notre pays, méritait d’être recueilli par deux écrivains
français très-érudits, Lebeau et Saint-Martin,
qui l’ont entièrement laissé dans l’oubli.
Tibère succède au faible Justin, tombé en
démence ; il choisit pour vice-roi de l’Afrique(3) Gennadius,
habile général et soldat intrépide. Ce guerrier
reproduit dans cette contrée l’exemple des hauts faits
d’armes de Probus. Il défi e en combat singulier le roi
Gasmul, remarquable par sa force, son courage et son
expérience dans les armes; il le tue de sa propre main,


1 Joann. Biclar. Chron. ; Morcelli , an. 574.
2 Marius Aventic., in Chron. ; Morcelli, Afr. chr., an
575.
3 En 579. Morcelli, I. c. II avait alors le titre de decar.
Simocalta, I. VII. C. VI.


remporte une victoire complète sur les Maures, extermine
leur race, et leur reprend toutes les conquêtes
qu’ils avaient faites sur les Romains(1).
A partir de cette époque , pendant les règnes
de Tibère, de Maurice et de Phocas, l’histoire se tait
sur l’Afrique. Ce silence est presque une preuve du
calme et de la tranquillité uniforme dont jouit alors
cette contrée. Les époques stériles pour les historiens
sont généralement heureuses pour les peuples.
Sous l’empire d’Héraclius(2), l’Afrique septentrionale
toute entière, depuis l’océan Atlantique
jusqu’à l’Égypte, était soumise au trône de Byzance
; car ce prince en tire de grandes forces pour sa
guerre contre les Perses. Suinthilas, roi des Goths
espagnols, profi te du moment pour s’emparer de
plusieurs villes situées sur le détroit de Cadix, qui
faisaient partie de l’empire romain. Ce fait, qui nous
a été conservé par Isidore(3), a encore été négligé par
Lebeau, Gibbon et Saint-Martin. Il méritait, à ce
qu’il nous semble, d’être consigné dans leurs écrits,
puisqu’il nous montre l’étendue des limites occidentales
de l’empire à une époque fameuse par la
fondation de l’islamisme, qui devait bientôt ébranler
le trône de Byzance, et lui arracher ses plus belles
provinces.


1 Joann. Biclar., in Chron. ; Morcelli, ann. 579.
2 La douzième année de son règne, en 621.
3 Hist. Gothor. in fi n.; Morcelli, Afr. chr., ann. 621, 622.


En 647, les Arabes s’emparent de la Cyrénaïque
et de la Tripolitaine(1).
En 658, un traité partage l’Afrique entre Constant
et Moawiah, qui se soumet, disent les Grecs, à
payer un faible tribut(2).
En 666 ou 670, ce même Moawiah fonde la ville
de Kairouan, qui devient le siége de la domination
musulmane en Afrique(3).
Enfi n, en 697, Carthage est prise et détruite par
Hassan, et le nom grec et romain effacé de l’Afrique(4).
Ici se termine notre tâche : à partir de l’an 647,
les sources orientales sont presque les seules qui soient
fécondes et abondantes pour cette partie du globe, pour
cette époque de l’histoire. Nous nous sommes bornés
à indiquer les faits principaux. Nous laissons à nos
savants confrères qui ont fait de l’Orient leur domaine,
le soin de développer la série et l’enchaînement des
faits historiques depuis la fin da septième siècle jusqu’à
l’époque du dix-neuvième, qui a vu la domination barbare
de la régence d’Alger s’écrouler en un clin d’oeil
sous l’impétuosité des armes françaises.


1 Elmacin, Hég. 27 ; Fredegar. in Chron., n. 81
2 Theoph., Chron., p. 288.
3 Leo Afr., p. 575, ed. Elzev.; Mariana, lib. VI, C. XI ;
Elmacin, Hégir. 46 ; Otter, Hist. Acad. inscr., t. X, p. 203, éd.
in-12 ; et Theoph. Elmacin, Art de vérifier les dates, t. V, p.
148.
4 Theoph.; Elmacin, ibid., p. 148.


GUERRE DE SCIPION
CONTRE ANNIBAL

suite…

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RÉFLEXIONS SUR LES ENNEMIS ET LA MANOEUVRE


Auteur : Vaquié Jean
Ouvrage : Réflexions sur les ennemis et la manœuvre
Année : 1986

 

 

Avertissement

Il ne s’agit ici que de RÉFLEXIONS, c’est-à-dire de notes,
souvent hâtives, les unes récentes, les autres anciennes, inspirées par les
circonstances, mais toujours destinées aux militants de droite.
Que l’on n’y cherche ni plan serré, ni démonstrations complètes. Il ne s’agit
pas d’un traité. Le raisonnement général est homogène mais il n’est pas
développé d’une manière professorale. Ce sont plutôt des affirmations que l’on
admettra ou que l’on n’admettra pas. Nous les croyons cependant de nature à
éclairer les amis qui luttent aujourd’hui dans une phase défavorable et contre un
ennemi très supérieur en nombre et en moyens d’action.
Jean Vaquié, 1986.

 

LES INIMITIÉS
La nature déchue dans laquelle nous sommes plongés est le lieu d’un combat.
Tel est notre état de nature : nous naissons sur un champ de bataille : « Je mettrai
des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité ». (Gen. III, 15).
C’est Dieu qui parle ainsi au serpent qui vient de renverser nos premiers parents
de leur trône royal.
Le texte latin de la Vulgate doit retenir notre attention : « Inimicitias ponam inter
te et mulierem, et SEMEN tuum et SEMEN illius ». Les deux postérités sont deux
germes, deux semences qui sont séparées dès l’origine et qui n’ont rien de
commun, c’est pourquoi le texte répète deux fois le mot semen.
La postérité par excellence de la femme, c’est Marie et donc aussi son Fils. Et
la postérité par excellence du serpent, c’est l’Antéchrist qui, par l’effet de la
miséricorde divine, apparaîtra seulement à la fin des temps.
Ce qui est annoncé par les prophètes pour la fin des temps, ce n’est pas la
réconciliation des deux postérités, mais c’est la VICTOIRE de la postérité de la
femme, c’est-à-dire la victoire du Christ. Cette victoire fera cesser le régime de
guerre et procurera la paix, l’ennemi ayant été expulsé.
Il nous faut ici préciser que notre attitude à l’égard de nos Premiers Parents ne
doit être ni celle du mépris ni celle du reproche, et cela pour deux raisons. D’abord
il n’est pas un homme qui puisse assurer qu’il aurait fait mieux qu’eux à leur place.
Et ensuite, tandis que ce qui fait la sainteté de l’ange c’est l’innocence, ce qui fait
la sainteté de l’homme c’est la pénitence. Or quelle pénitence que celle d’Adam
et Eve quand ils virent l’éloignement de Dieu, l’éviction du paradis, puis
l’inclémence de la nature, la maladie, la discorde et la mort entrer dans le monde,
surtout pour eux qui avaient connu l’exemption de ces maux. Si la faute d’Adam et
Eve, est au dire des Pères, inconcevable, leur pénitence aussi est
« inconcevable ». Beaucoup de Docteurs penchent pour le salut de nos Premiers
Parents qui furent les premiers délivrés du Schéol par la Descente du Christ.

Aussi conseillons-nous à nos amis traditionalistes d’avoir pour eux la même
déférence que le Christ témoigne certainement à Ses Premiers Parents.
Nous reviendrons souvent sur cet état de belligérance, révélé dès les premiers
versets de la Genèse, entre les deux postérités. Nous reparlerons des deux cités,
des deux étendards, des deux corps mystiques. Écoutons tout de suite saint Paul
nous parler de l’incompatibilité des deux calices : « Vous ne pouvez pas boire à la
fois au calice du Seigneur et au calice du démon ». (I Cor. X, 21).
Saint Paul est un belliqueux, son emblème est l’épée, il a le sens de la guerre
qui est toujours présente à son esprit ; il interdit tout commerce entre la lumière et
les ténèbres : « Ne vous attachez pas à un même joug avec les infidèles. Car
quelle union peut-il y avoir entre la justice et l’iniquité ? Quel commerce entre la
lumière et les ténèbres ? Quel accord entre le Christ et Bélial ? Quelle société
entre le fidèle et l’infidèle ? (Il Cor. 14-15).
L’Eglise de la terre n’est pas conciliante, comme le suggèrent les documents
émanés du récent concile, elle est MILITANTE, comme la saine et antique
doctrine n’a jamais cessé de l’enseigner. Déjà la synagogue des Juifs était
entourée de colosses comme l’Égypte et ASSUR toujours en guerre larvée ou
déclarée contre elle. De même l’Eglise des Gentils, si elle est en paix avec Dieu,
est en guerre avec les colosses du monde. « Non veni pacem mittere in terram sed
gladium ». (Math. X, 34) Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre mais le
glaive.
Saint Louis-Marie Grignon de Montfort passe à juste titre pour celui qui a le
mieux défini le statut d’inimitié qui est le nôtre sur cette terre probatoire. Voici
comment il s’exprime :
 » …le diable, sachant bien qu’il a peu de temps, et beaucoup moins que
jamais, pour perdre les âmes, redouble tous les jours ses efforts et ses
combats : il suscitera bientôt de cruelles persécutions et mettra de terribles
embûches aux serviteurs fidèles et aux vrais enfants de Marie, qu’il a plus de
peine à surmonter que les autres.
« C’est principalement de ces dernières et cruelles persécutions du diable,
qui augmenteront tous les jours jusqu’au règne de l’Antéchrist, que l’on doit
entendre cette première et célèbre prédiction et malédiction de Dieu, portée
dans le paradis terrestre contre le serpent. « Inimicitias ponam… » Jamais
Jésus n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et
augmentera même jusqu’à la fin : c’est entre Marie Sa digne Mère et le diable
; entre les enfants et serviteurs de la Sainte Vierge, et les enfants et
serviteurs de Lucifer ; en sorte que la plus terrible des ennemis que Dieu
ait faite contre le diable est Marie…
« Non seulement Dieu a mis une inimitié, mais des inimitiés, non
seulement entre Marie et le démon, mais entre la race de la Sainte Vierge
et la race du démon ; c’est-à-dire que Dieu a mis des inimitiés, des
antipathies et haines secrètes entre les vrais enfants et serviteurs de la
Sainte Vierge et les enfants et esclaves du diable ; ils ne s’aiment point

mutuellement, ils n’ont point de correspondance intérieure les uns avec les
autres.
« Les enfants de Bélial, les esclaves de Satan, les amis du monde (car
c’est la même chose) ont toujours persécuté jusqu’ici et persécuteront plus
que jamais ceux et celles qui appartiennent à la très Sainte Vierge, comme
autrefois Caïn persécuta son frère Abel, et Esaü son frère Jacob, qui sont les
figures des réprouvés et des prédestinés (Traité de la Vraie Dévotion à la
Sainte Vierge chapitre 1 – Article II).
Nous reviendrons souvent, dans les lignes que l’on va lire, sur le nécessaire
combat des deux cités, sur l’affrontement des deux corps mystiques, celui du
Christ et celui de l’Antéchrist. JÉSUS ET BÉLIAL NE SONT PAS FAITS POUR
S’EMBRASSER MAIS POUR SE COMBATTRE. Nous connaissons la dernière
phase de ce combat plurimillénaire : c’est le foudroiement de l’Antéchrist par le
Christ ressuscité et glorieux. C’est cette image que nous aurons sans cesse à
l’esprit aux cours de ces réflexions. Le serviteur a besoin d’avoir la fierté de son
maître. Nous servons un maître victorieux. Il ne faut pas « prêcher autre chose
que la Croix » (comme dit saint Paul) mais il faut prêcher autre chose avec la
Croix. Notre foi repose sur la Résurrection de Notre Seigneur, vainqueur de la
mort : « Ubi est mors victoria tua ». (I Cor. XV, 55). Mort où est ta victoire ?

LES TROIS ENNEMIS
L’homme a trois ennemis à redouter : le démon, le monde et lui-même. Ils
sont figurés, dans l’Ancien Testament, par les trois ennemis de David : Goliath,
Saül et Absalon.
– GOLIATH, le géant armé, représente le démon ; pour l’affronter, David s’est
muni de cinq pierres qui représentent les cinq Plaies de Jésus-Christ, et il a tué
Goliath avec la première ; il lui a donc fallu une arme surnaturelle.
– SAÜL, le « roi comme en ont les autres nations », représente le monde.
– ABSALON, le propre fils de David, par lequel il fut pourchassé, représente la
chair par laquelle l’homme ne doit pas se laisser dominer.
Nous ne traiterons pas ici des luttes de l’homme contre lui-même, non pas que
nous les considérions comme négligeables, mais parce qu’elles posent un
problème du for interne et que notre travail est plutôt orienté au for externe.
Cependant nous sommes parfaitement conscients que les défaites individuelles
pèsent d’un énorme poids sur le sort des sociétés humaines. Les épreuves que
Dieu envoie aux nations, et qui forment la trame de leur histoire, trouvent leur
origine première dans les transgressions du for interne. Quand on remonte
l’enchaînement des causes de nos malheurs, il ne faut pas oublier de poursuivre
jusqu’à cette cause initiale : les défaites des combats intérieurs.
Notre attention sera plus spécialement attirée, au for externe, par les deux
autres ennemis : le démon et le monde. Il existe entre ces deux ennemis, une
sorte de conjuration puisque le démon est le prince de ce monde. L’une des

révélations les plus importantes de l’Ecriture Sainte, et du Nouveau Testament en
particulier, est la révélation de l’Antéchrist. L’Ecriture nous révèle le Christ, le
Verbe Incarné, mais elle nous révèle aussi l’adversaire du Christ, en précisant
que l’empire du monde lui a été virtuellement remis et que par conséquent il joue
un rôle primordial sur la terre. On ne comprend pas l’histoire de l’humanité si
l’on ne saisit pas que l’empire du monde est l’enjeu de la compétition entre
ces deux personnages majeurs, le Christ et l’Antéchrist.
« Et l’ayant conduit plus haut, il Lui montra tous les royaumes de la terre, en
un rien de temps. Et le diable Lui dit : c’est à Toi que je donnerai cette
puissance universelle (hanc protestatem universam), avec leur gloire. C’est à
moi qu’elle a été remise et à qui je veux je la donne ». (Luc, IV, 5-6)
En parlant ainsi le démon ne dit rien d’autre que la vérité : toute la puissance
des royaumes de la terre lui a en effet été remise, depuis sa victoire sur Adam.
Ayant détrôné le premier homme, il est virtuellement monté sur le trône devenu
vacant, comme cela se pratique dans l’ordre de la nature. Mais comme il est un
ange, donc un être invisible, il ne peut régner sur les hommes. Il faut qu’il délègue
un représentant visible et humain. C’est pourquoi il dit : « A qui je veux je la
donne ». Ce représentant c’est le possédé nommé Antéchrist, lequel exercera
sur l’humanité les droits acquis par Satan grâce au péché originel d’Adam mais
aussi aux innombrables « péchés actuels » des hommes.
Et le démon ajoute : « Toi donc, elles seront toutes à toi, si Te prosternant Tu
m’adores ». (Luc, IV, 7). L’Écrivain sacré distingue la puissance des royaumes et le
culte à rendre au démon. Il faut savoir maintenir cette distinction tout en sachant
que les deux choses sont liées. Le démon nourrit une double ambition : il veut
le pouvoir comme un roi et le culte comme un Dieu. Aussi Jésus, respectant la
distinction, répond en disant qu’Il ne veut ni servir le démon comme un roi, ni
l’adorer comme un Dieu : « Dominum Deum tuum adorabis, et iIli soli servies ». Tu
adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que Lui seul (Luc, IV, 8).

L’UN A SA DROITE L’AUTRE A SA GAUCHE
Nous sommes sans action sur les locutions populaires, elles s’établissent
spontanément et résultent d’une élaboration collective, à laquelle d’ailleurs le
Verbe n’est pas étranger, Lui qui a établi les lois du langage courant. « La gauche »
est le côté des opinions dites « avancées ». « La droite » est le côté de « la réaction ».
Cette schématisation populaire est par trop simpliste, certes, mais elle contient du
vrai.
Dans le symbolisme de notre Religion, la droite est le côté du salut, de la
prédilection, de l’élection et de la puissance.
Le côté de l’élection. C’est le côté des élus de la seconde pêche miraculeuse,
celle qui eut lieu après la Résurrection :
« Enfants, avez-vous du poisson ?
– Non, Lui répondirent-ils.
Il leur dit : Jetez le filet du côté droit de la barque et vous en trouverez…

Simon-Pierre tira à terre le filet, plein de 153 gros poissons et quoiqu’il y en
eut tant, le filet ne se rompit pas ». (Jean XXI, 5-11). Le filet représente l’Église
et les cent cinquante trois gros poissons figurent les élus.
La droite est aussi le côté du salut : « Signale Ta bonté, Toi qui sauves ceux qui
se réfugient dans Ta droite contre leurs ennemis ». (Ps. XVI Vulg. 7).
La droite est encore le côté de la prédilection: « Après être monté au ciel, Il est
maintenant à la droite de Dieu. (I Petr III, 22). On peut encore citer beaucoup
d’autres textes dans le même sens, en particulier celui-ci : « Un agneau était
debout ; il semblait avoir été immolé. Il vint et il reçut le livre de la main droite de
celui qui était assis sur le trône ». (Apoc. V, 7).
La droite est enfin le côté de la puissance du Christ : « Déjà Je sais que
Yahweh a sauvé Son Oingt ; Il L’exaucera des cieux, Sa sainte demeure, par les
exploits victorieux de Sa droite ». (Ps. XIX Vulg. 7).
La droite est le côté du bon larron : « Et avec Lui ils crucifièrent deux larrons,
l’un à Sa droite l’autre à Sa gauche ». (Marc. XV, 27). Une tradition constante
affirme que le bon larron était à la droite du Christ. Lui aussi l’avait d’abord insulté,
comme le faisait son compère de gauche : « …et ils L’insultaient » (Math. XXVII, 44).
Mais saisi tout à coup par l’incomparable majesté du Christ en croix, le bon larron
fit taire son voisin en lui disant : « Tu n’as pas même la crainte de Dieu, toi qui
endures le même supplice ? Et pour nous c’est justice car nos actions ont mérité
le châtiment que nous recevons ; mais Lui n’a rien fait de mal » (Luc. XXIII, 40).
Sur le champ de bataille d’aujourd’hui, il y a des larrons de droite. Certes ils ne
sauraient se poser en modèles car eux aussi ont des oeuvres mauvaises et « ils
L’ont insulté ». Mais ils conservent au moins la crainte de Dieu et ils sont saisis
d’admiration devant la majesté du Christ, et par là ils se sauveront.
Quant à la gauche, depuis la plus haute antiquité, c’est le côté sinistre,
conformément à l’étymologie.

DES COMPLICITÉS MONDIALES
Notre raisonnement sera d’ordre stratégique. Nous ne ferons pas oeuvre
d’érudition et nous supposerons connues et acceptées les analyses historiques et
politiques des écrivains traditionalistes contemporains1. C’est la dynamique et les
lignes de forces de notre société qui nous intéresseront. Mais notre stratégie ne
s’en tiendra pas à l’ordre naturel. Elle inclura des paramètres et même des
postulats d’ordre surnaturel.
Notre point de départ sera la constatation, qui n’est mise en doute par
personne, de l’irrésistible expansion du soviétisme dans le monde entier. La tache
rouge s’étend sur la carte et ne se rétracte jamais ; tôt ou tard elle englobera
l’Europe. Cette avance méthodique n’est ralentie que par sa propre prudence ;
elle ne se heurte qu’à une inertie passive, sans conviction et, somme toute,

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1 Lire en particulier : « Le traité du Saint-Esprit » de Mgr Gaume et « La Conjuration
antichrétienne, Le Temple Maçonnique voulant s’élever sur les ruines de l’Eglise
Catholique » de Mgr Delassus.

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impuissante. Nos réflexions porteront sur la nature des forces en présence et sur
l’évolution prévisible de leur affrontement.
Ceux qui s’opposent à l’expansion communiste mondiale, à quelqu’écheIon
qu’ils appartiennent, ont en face d’eux, des énergies qui sont de deux types .
1. – des forces directement soviétiques ;
2. – tout un ensemble de complicités qui sont extérieures à la discipline
soviétique.
Énumérons rapidement les principales composantes des forces directement
soviétiques :
– Le parti communiste international qui tient la façade et assure le contact avec
ce que l’on est convenu d’appeler « les masses prolétariennes ». Il a ses congrès
mondiaux, ses bureaux permanents (IIIè Internationale – Komintern – Kominform –
selon les époques). Le parti n’est pas outillé pour la préparation technique de
l’insurrection ; sa vocation est surtout électorale ; il est destiné à fournir le « parti
unique » du parlement soviétique futur : le « Soviet Suprême ».
– L’appareil illégal et toutes les filiales culturelles, syndicales et économiques
qui s’y rattachent ; c’est à lui qu’appartiennent les agents que l’on nommait
autrefois les crypto-communistes et auxquels on donne aujourd’hui le nom de
taupes.
– La diplomatie soviétique dont les différents services se livrent à un véritable
espionnage.
– Les finances soviétiques qui attirent de plus en plus de banquiers
« capitalistes » avides de gérer l’argent du collectivisme.
– L’Armée rouge dont le rôle psychologique est de faire peser une menace sur
les pays récalcitrants, en attendant de passer à la « guerre révolutionnaire »
proprement dite.
– Le Service de Renseignement de l’Armée qui porte des noms divers selon les
périodes.
Ces forces obéissent à la direction monolithique de l’intelligentsia communiste
laquelle s’est imposée une mission de mutation planétaire. Elles forment, déjà à
elles seules, un ensemble d’une extraordinaire puissance.
Mais ces forces directement soviétiques sont encore secondées par tout un
réseau de complicités extérieures qui ne dépendent pas de la direction
communiste et qui cependant lui apportent leur appui. Ce réseau de complicités a
pour effet de neutraliser à chaque instant les réactions que l’expansion
soviétique fait naître immanquablement partout où elle menace de s’étendre.
La charpente de ce réseau de complicités c’est la franc-maçonnerie
rationaliste. Déjà la Révolution française fut son oeuvre. Les historiens
républicains ont essayé de contester cette évidence parce qu’elle est incompatible
avec leur thèse de la spontanéité révolutionnaire. Mais incontestablement la
gestation maçonnique de la Révolution de 1789 s’impose. Fidèle à la même
logique, la maçonnerie a aussi enfanté la Commune de 1871 et le communisme
qui en est la suite. Elle l’a couvé d’abord comme doctrine, puis comme parti, enfin
comme État. Ce régime infernal ne se serait jamais, ni installé en Russie, ni

incrusté pendant 70 ans dans ce malheureux pays, ni répandu dans un monde
auquel il fait instinctivement peur, puisque c’est le régime de l’expropriation, sans
l’appui dé puissantes forces secrètes de révolution. L’activité des seuls agents
soviétiques, dont nous venons d’énumérer les organismes, n’explique pas la
neutralité, et dans certains cas la véritable connivence des grandes Puissances,
dites capitalistes, dont le communisme en expansion a toujours bénéficié.
Si la maçonnerie forme la charpente de cette connivence générale, elle n’en
est pas le seul élément. Ne voulant pas nous encombrer d’un volumineux appareil
d’érudition, nous n’énumérerons pas ici tous les points d’appui de la
collectivisation planétaire. Qu’il nous suffise de citer les deux plus connus ; les
érudits n’auront pas de mal à combler les vides de notre énumération.
– Les Sociétés Fabiennes forment un réseau de « société de pensée » qui
s’étend sur l’ensemble du monde anglo-saxon. Elles furent, non pas fondées,
mais animées, dans les dernières années du XIXè siècle, par les époux Sidney et
Béatrice Webb qui y déployèrent une prodigieuse et très intelligente activité. Elles
se sont placées sous l’appellation de Fabius Cunctator (Fabius le temporisateur)
qui symbolise bien la prudence et la lenteur de leurs méthodes. Ces sociétés,
éminemment élitistes, préconisent des microréformes insensibles, indolores,
passant inaperçues, mais toutes dirigées dans le sens d’une plus grande
collectivisation de l’économie et des institutions sociales. Elles ont une
influence prépondérante dans la transformation de la société anglaise, américaine
et australienne. Il est connu aussi qu’elles ont été pour beaucoup dans la
reconnaissance de l’U.R.S.S. par les Puissances occidentales, dans les années
1920-1930. Voilà donc tout un système de cercles politico-financiers qui travaille à
soutenir l’U.R.S.S. et à préparer ses nouvelles extensions, et cela sans dépendre
de la discipline soviétique. Il s’agit donc d’une connivence tout à fait extérieure.
– La Trilatérale est encore plus connue, grâce à d’excellents travaux ; nous
n’en ferons qu’une simple mention. Sous prétexte de promouvoir un
rapprochement entre les deux régimes capitaliste et communiste, en vue d’une
unification pacificatrice, la Trilatérale sert d’abord à renflouer l’économie
soviétique perpétuellement déficitaire du fait de son colossal effort militaire et
prosélytique, mais elle sert aussi à démobiliser mondialement les esprits et à
abolir les méfiances instinctives des milieux d’affaires à l’égard du collectivisme
marxiste. Et elle y parvient très efficacement.
Nous n’avons cité que deux exemples : les sociétés fabiennes et la trilatérale.
Mais il est notoire qu’il existe une quantité d’organismes philocommunistes, ou
soviétophiles, qui n’appartiennent pas au système communiste. Tout un réseau
mondial de soutien psychologique et logistique a été mis en place dont beaucoup
de mailles ne dépendent pas de la discipline moscovite. Ces organismes à la fois
complices et indépendants, constituent un phénomène auquel on ne prend pas
assez garde. Ils supposent l’existence d’une coordination entre d’une part le
soviétisme centré à Moscou et d’autre part ses soutiens bénévoles et
internationaux.

Où faut-il situer le super-état-major qui coordonne l’ensemble de ces deux
forces ? On ne peut évidemment situer à Moscou que l’état-major des forces
moscovites. De lui relèvent les techniques syndicales, parlementaires et
révolutionnaires, le noyautage et la paralysie des pouvoirs bourgeois, la
préparation de la guerre révolutionnaire, tout ce qui règle l’activité des militants du
parti, et des sujets soviétiques.
Mais la chronologie stratégique d’ensemble, les grandes opportunités
générales, par exemple la déstabilisation et le « passage à l’Est » de la République
Sud-Africaine, la collectivisation de l’économie sud-américaine et toutes les
campagnes absolument artificielles qui ne correspondent à aucun besoin réel et
profond, par qui sont-elles décidées et menées à bon terme ? Les travaux publiés
jusqu’à maintenant constituent des approches certes très intéressantes mais ils
ne donnent pas entièrement satisfaction. Il faut reconnaître qu’ils se heurtent à un
problème d’information quasiment insoluble. L’organisme central se loge-t-il dans
quelque synarchie ou quelque maçonnerie ? Les chercheurs finiront bien par le
découvrir.
Tout se passe comme si la Russie Soviétique était le bras séculier d’une
super-église qui se sert de lui pour opérer une certaine besogne. On peut donc,
sur l’organigramme de la révolution mondiale, réserver, en pointillés, une place
pour un super-état-major qui échappe jusqu’à maintenant à l’observation directe
mais qui constitue une nécessité organique. C’est lui qui stimule, ou freine
éventuellement, la guerre des classes, appelée aussi quelquefois la guerre
verticale, qui est devenue universelle et qui se superpose aux guerres
horizontales entre États.

TROIS MINISTRES DE LUCIFER
Mélanie Calvat, la bergère de la Salette, a vécu dans une perpétuelle
contemplation. Elle recevait, par intuition intellectuelle, de constantes lumières sur
l’état de la société contemporaine. Elle révéla un jour, à l’un de ses
correspondants, que Lucifer lui paraissait assisté, dans le gouvernement de ce
monde, par une sorte de ministère composé de trois membres : Mammon,
Asmodée et Belzébub qui sont trois puissants esprits déchus. Cette réflexion de
Mélanie Calvat mérite d’être méditée1.
On n’est pas étonné d’apprendre que, pour mener sa stratégie mondiale,
Lucifer utilise de puissants auxiliaires spirituels qui le déchargent de certains
travaux de fond et qui assouplissent la société humaine afin de faciliter sa
manoeuvre.
Mammon est le dieu de l’argent. Il a fini par faire subir, à l’humanité entière
une imprégnation mercantile qui l’a totalement vénalisée. Il a fait légaliser
l’usure, si sévèrement réprimée par les canons du Moyen Âge. Et il a ainsi fondé
1 Sainte Françoise Romaine, dans l’une de ses visions de l’enfer, fait état elle
aussi de ce « grand conseil » de Lucifer. Elle précise même que Asmodée avait au
ciel le rang de chérubin, Mammon celui de trône et Belzébub celui de domination.

le capitalisme, car sans intérêt pas de capital. Il a donc créé d’énormes masses
monétaires qui circulent de plus en plus vite dans les artères de l’économie et qui
impriment aux échanges un coefficient d’accélération absolument pathologique.
Par le ministère de Mammon, tout est à vendre. Écoutons saint Jean faire
l’inventaire des cargaisons des marchands :
« …Cargaisons d’or, d’argent, de pierres précieuses, de perles, de lin fin, de
pourpre et d’écarlate… de blé, de bestiaux, de brebis et de chevaux, et des
chars, et des corps et des âmes d’hommes » (Apoc. XVIII, 12-13).
On négocie des âmes d’hommes. Ainsi imprégnée de mercantilisme, la société
devient un humus fertile pour les plantes vénéneuses de l’enfer.
Asmodée est le démon de la luxure. Il est mentionné dans le livre de Tobie.
C’est l’esprit infernal qui s’était emparé de Sara (non pas l’épouse d’Abraham,
mais une autre Sara). On lui avait donné successivement sept maris qui, à tour de
rôle, furent tués par le démon Asmodée. Sara fut délivrée de ce démon qui
l’infestait, elle et son entourage, par l’archange Raphaël grâce à la fumée de ce
même foie qui rendit la vue à Tobie, car la luxure produit l’aveuglement de
l’esprit. Dans le secret de la Saiette, la Sainte Vierge dit que certains couvents
deviendront « des pâturages d’Asmodée et des siens ». L’imprégnation érotique
de notre société frappe non pas seulement les moralistes chrétiens mais les
sociologues agnostiques. C’est sans doute de cette imprégnation que provient
l’aveuglement des esprits à l’égard des choses de la Religion.
Belzébub est le dieu qui envoie les mouches sur les troupeaux. Ce nom est la
contraction de « Baal » et de « Zébub » ; il signifie littéralement « le Seigneur des
mouches ». C’est le dieu qui jette des sorts et qui a le pouvoir de chasser les
démons (ou plutôt de les déplacer). Il produit aujourd’hui l’imprégnation
occultiste de la société, y créant une véritable contre-religion, une superstition
autrefois sous-jacente, maintenant envahissante et dominatrice. La superstition
occultiste est omniprésente.
La réflexion de Mélanie Calvat ne manque pas d’intérêt.
1. – Elle explique la profondeur de l’emprise de Satan sur le monde
contemporain, la triple imprégnation procurée par Mammon, Asmodée et
Belzébub fournit au « prince de ce monde » des conditions générales favorables à
sa stratégie compliquée.
2. – Mais elle nous fait comprendre aussi qu’une action simplement humaine
ne suffira pas à détruire cette triple imprégnation puisqu’elle est le fait de
puissances spirituelles mauvaises beaucoup plus fortes que les hommes. Il
faudra que la force de Dieu intervienne.

L’INFRASTRUCTURE
La « Grande Prostituée » de l’Apocalypse, à laquelle saint Jean donne le nom de
« Meretrix magna », nous est montrée tour à tour « assise sur les eaux » et « assise
sur la bête écarlate ». Distinguons ces deux situations.

Parce qu’elle est assise sur les eaux, on peut dire qu’elle personnifie
l’autorité qui vient d’en bas ; elle figure donc la « Souveraineté populaire ». Les
eaux en effet symbolisent les masses populaires : « Les eaux que tu as vues, au
lieu où la prostituée est assise, ce sont les peuples, les nations et les langues ».
(Apoc. XVII, 15). La Meretrix magna représente la démocratie et la république. Et
ici on pense invinciblement à l’expression si usitée, chez les royalistes des années
30, qui donnaient à la république le nom de « gueuse » (« la gueuse on la pendra ») ;
ils faisaient ainsi une excellente traduction de l’apocalypse.
La Meretrix magna est également montrée assise sur la bête écarlate (Apoc.
XVII, 1). Or la Bête, c’est le corps mystique dont l’Antéchrist sera la tête. La
femme démocratique a besoin de se reposer sur cette contre-église qui forme
son infrastructure.
Le dernier verset du chapitre XVII nous donne une image de la Meretrix
magna : « Et la femme que tu as vue, c’est la grande cité qui a la royauté sur les
rois de la terre » (Apoc. XVII, 18). Comment ne pas reconnaître là l’image de la
république universelle. Cette « grande cité » c’est la reconstitution, à la fin des
temps, de la Tour de Babel dont les hommes voulaient faire la capitale du
monde. Ce projet provoqua la colère de Dieu et entraîna la confusion des langues
et la dispersion des nations. Car Dieu ne veut pas, pour régner sur l’humanité
entière, d’autre maître que Son Oingt.
Nous venons de voir que la franc-maçonnerie est la charpente qui soutient le
soviétisme comme elle avait déjà soutenu la république des Jacobins. Elle se
proclame elle-même contre-église et super-église. Elle est vraiment la bête de
l’Apocalypse, l’infrastructure de l’autorité qui vient d’en bas. Il convient d’examiner,
ne serait-ce que succinctement les mécanismes de son fonctionnement
intérieur et de son action extérieure.

INITIATION AUX MYSTÈRES D’EN BAS
Le fonctionnement intérieur de la maçonnerie est commandé par la double
nature de cette association. Elle est, en effet, à la fois une société de pensée et
une congrégation initiatique.
Comment fonctionne une SOCIÉTÉ DE PENSÉE (on dit aussi une « société
philosophique ») ?
Elle élabore une opinion commune et par conséquent aussi une volonté
collective. La pensée et les intentions y sont, en principe du moins, engendrés
par la base. On met en commun des éléments dont on forme un faisceau. Par
exemple, le « comité de lecture » d’une maison d’édition est une petite société de
pensée puisqu’il définit une orientation intellectuelle. De même le « bureau d’étude »
d’une firme industrielle. De même le « conseil directeur » d’un parti politique.
Certaines de ces sociétés sont éphémères et ne constituent que des
combinaisons labiles. D’autres ont une longue durée, par exemple une académie.
Par beaucoup de ses mécanismes, la maçonnerie est une société de pensée.
Il s’y fait un travail d’élaboration d’une certaine philosophie et d’une volonté

collective. Comme telle, elle peut être dite démocratique. Juridiquement c’est ainsi
qu’elle fonctionne. Les loges élisent des députés qui se réunissent en convent.
Les « tenues », c’est-à-dire les séances, sont organisées sur bien des points
comme les assemblées parlementaires, avec un président, un bureau, des
orateurs, un ordre du jour, des motions… L’Assemblée Nationale travaille à la
manière d’une loge.
Une CONGRÉGATION INITIATIQUE (on dit aussi une « confrérie initiatique »)
se caractérise par l’initiation, c’est l’évidence même. Et l’initiation est une
cérémonie à double effet.
1. – D’abord elle incorpore le nouveau venu (ou le nouveau promu) à la
confrérie.
2. – Ensuite elle projette sur lui une INFLUENCE SPIRITUELLE. Et cette
influence spirituelle produit sur l’initié un certain nombre d’effets psychologiques
plus ou moins nettement perçus par lui. Ces effets psychologiques constituent ce
que les maçons eux-mêmes appellent l’illumination initiatique.
Quels sont, plus précisément, les effets psychologiques de cette illumination ?
Les maçons qui ont, dans leurs ouvrages, décrit les mécanismes de l’initiation,
donnent cette « influence spirituelle » comme produisant sur eux une impression
lumineuse et bénéfique. C’est pour cette raison qu’ils parlent d’une « illumination ».
Après l’initiation la pensée de l’initié est changée, sa compréhension des
choses n’est plus la même. Il s’est vraiment passé en lui une mutation spirituelle
; il a définitivement adopté un nouveau point de vue, une nouvelle optique, un
nouvel esprit, pour lui le spectacle du monde n’est plus éclairé par la même
lumière.
Mais alors quelle explication les maçons donnent-ils sur la nature de
l’influence spirituelle qui a opéré en eux un tel changement ?
Il faut reconnaître qu’ils ne se posent pas beaucoup de questions et quand ils
s’en posent c’est pour répondre que l’influence spirituelle initiatique est, soit d’une
nature grégaire, soit d’une nature cosmique, soit les deux simultanément.
Le chrétien, pour juger tous ces phénomènes psychologiques et mystiques, ne
peut rien faire de mieux que de consulter les maîtres de la vie spirituelle, en
particulier saint François de Sales, sainte Thérèse d’Avila et surtout saint Jean de
la Croix qui a reçu le titre de « Docteur Mystique ». Ils ont décrit les conditions de la
vraie mystique divine et, à l’opposé, ils ont décelé l’influence du démon dans les
voies contemplatives qui s’écartent des saines disciplines de l’esprit.
Si donc on compare la mystique chrétienne et la mystique maçonnique, telle
qu’elle se manifeste dans l’initiation, on est bien obligé de constater que l’influence
spirituelle qui s’exerce lors de l’illumination est tout simplement celle du démon.
Certes elle paraît lumineuse et bénéfique parce que le démon opère là, comme il
le fait si souvent, travesti en ange de lumière. Rien d’étonnant dès lors à ce que
l’agglutination à son « corps mystique » produise une impression de lumière et soit
ressentie comme une illumination. Mais il s’agit là d’une fausse lumière dont la
véritable nature est celle des ténèbres.

Bien entendu, le maçon initié, ne conviendra jamais qu’il a été « illuminé » par un
démon, donc « enténébré » et initié aux mystères d’en bas. Mais le chrétien, à qui
sa doctrine permet de « discerner les esprits », reconnaîtra, dans les récits
d’initiation qui sont de plus en plus répandus, la véritable nature de cette
illumination à rebours.
Le maçon, ainsi initié aux mystères d’en bas, va élaborer des idées, des
intentions, une volonté qui seront le fruit de sa collaboration avec l’influence
spirituelle qui l’accompagne désormais. Ses mouvements mentaux vont se
combiner à ceux du démon au corps mystique duquel il a été incorporé. Il se
comportera, le plus naturellement du monde, comme un semi-démon. Il cogitera
spontanément en fonction de sa nouvelle optique et de la mutation spirituelle dont
il a été l’objet.
Il est inutile d’imaginer des diableries dans les loges. Le simple mécanisme de
la fausse mystique initiatique suffit à procurer à tout l’ensemble de l’institution
maçonnique, une imprégnation permanente, diffuse et lente des esprits infernaux.
D’ailleurs le résultat de son action multiséculaire sur la société chrétienne est là
pour prouver qu’elle a été un instrument très efficace de domination de l’Eglise
et de démolition de la chrétienté.
Nous n’avons fait que résumer à grands traits le fonctionnement de la
maçonnerie. D’autres dispositions organiques complètent le système ;
fournissons-en une brève énumération sans rentrer dans les détails : le serment
de secret, l’obéissance à des supérieurs inconnus, le pacte de fraternité, le
symbolisme auto-signifiant qui imprègne toute la philosophie, enfin l’ésotérisme de
la doctrine. Toutes ces dispositions permettent de conduire le maçon à des
opinions et à des décisions qu’il n’aurait jamais acceptées si on les lui avait
proposées avant son entrée à la loge.
L’ensemble de l’institution est parcouru par un double courant :
1. – un courant descendant qui transmet les suggestions des hauts initiés
vers ceux qui n’en sont encore qu’au bas de l’échelle initiatique.
2. – et un courant ascendant qui renvoie vers le haut des motions d’apparence
démocratique. Grâce à ce procédé, les initiés des hauts grades connaissent à
chaque instant la limite d’élasticité de la base des frères ; ils connaissent celles
de leurs suggestions qui « passent » et celles pour lesquelles il faut attendre, avant
de les faire adopter.
« Le démon apparaissait à Marie-Julie sous la forme habituelle, soit sous celle
d’une quelconque bête hideuse, soit sous l’apparence d’un jeune homme d’une
grande beauté, faisant toujours des promesses de guérison et de richesse… » (La
Franquerie : « Marie-Julie Jahenny » p. 14).

LES VERTUS ANTI-THÉOLOGALES
L’institution maçonnique n’a pas élaboré une véritable doctrine puisqu’au
contraire elle s’interdit de dogmatiser. En revanche elle a mis au point une
stratégie anti-chrétienne d’une grande efficacité. Cette stratégie va consister à

neutraliser les combattants de l’Eglise militante. Pour cela elle va tuer en
eux ce qui fait leur force, c’est-à-dire les vertus théologales : la foi,
l’espérance et la charité.
Contre la foi, la maçonnerie a inventé la Tolérance. C’est la « vertu » des gens
qui nient l’existence de la vérité objective. La « Mère Loge » (car la loge exerce une
réelle maternité intellectuelle) se vante de donner à ses fils tous les moyens dont
ils ont besoin pour atteindre « la vérité » ; mais il ne s’agit que d’une vérité relative et
subjective c’est-à-dire d’une simple opinion personnelle qui restera donc
essentiellement discutable.
La « libre pensée » maçonnique refuse d’admettre toute vérité a priori. Elle fait
du doute systématique la base de son système de réflexion ; c’est pourquoi elle
a tant contribué à répandre le cartésianisme, le fameux « doute cartésien ». La
maçonnerie a même réussi à convaincre les Français qu’ils sont cartésiens par
nature, alors qu’au contraire le génie de notre langue, donc de notre pensée, est
un génie déductif et analytique qui part du principe (a priori par conséquent) pour
aboutir aux conséquences. Les Français ont le goût des principes et ils savent
les formuler : là réside une des raisons de leur influence (bonne ou mauvaise)
dans le monde. C’est tout le contraire de l’attitude mentale maçonnique.
La discussion est l’activité principale de la loge. Un adage y est
inlassablement répété : de la discussion jaillit la lumière. C’est encore une fausse
maxime car, de fait, de la discussion jaillit non pas la lumière mais l’obstination :
celui qui a défendu une thèse n’admet plus d’en changer. La vraie lumière vient
du « Père des lumières », donc de la Révélation, et elle descend vers nous qui la
recevons par le Magistère.
En maçonnerie tout l’art du Vénérable est de faire cohabiter des frères
ennemis. Il n’y a pas de dogmes ; la maçonnerie ne dogmatise pas : telle est la
grande formule. Formule qui constitue même un symptôme : quand une
quelconque publication met sa fierté à « ne pas dogmatiser », on peut être certain
qu’elle subit, de près ou de loin, l’influence maçonnique, puisqu’elle en adopte les
locutions.
Si les maçons ont la haine du dogme c’est qu’ils ont la haine de l’Eglise. Ils
sont fils spirituels de Ponce-Pilate, le Docteur sceptique qui est leur « patron ».
« Qu’est-ce que la vérité ? » disait-il. Il l’avait devant lui et, comble de l’aveuglement,
il ne la reconnaissait pas.
Le Progrès. C’est la fausse espérance ; c’est l’espérance projetée sur la terre ;
c’est le mythe de l’épanouissement sans fin de la nature ; c’est l’espoir insensé
d’une félicité naturelle qui ne devrait rien à la Grâce. Ce progrès temporel doit
porter à son achèvement la pyramide tronquée qui forme l’un des emblèmes des
maçons ; c’est le progrès du corps mystique de l’Antéchrist qui attend de la terre
sa plénitude.
Nous savons très bien qu’il existe un véritable progrès. L’Eglise n’est pas
statique ; elle est en progrès sous l’impulsion de la Grâce. Deux exemples :

1. – Le Corps mystique de N.-S J.-C. est en perpétuel progrès ; le nombre des
élus va vers sa perfection ; quand les élus seront au complet, le recrutement des
hommes s’arrêtera.
2. – L’édifice du dogme lui aussi est en progrès, en ce sens qu’il se complète
d’âge en âge ; à la fin des temps il formera une construction spirituelle et
intellectuelle à laquelle il ne manquera rien.
La Solidarité est l’interdépendance naturelle. Les maçons l’élèvent à la
hauteur d’une vertu parce qu’elle ne réclame pas la médiation du Christ. La
solidarité se passe de l’aide de Notre-Seigneur. Elle engendre le socialisme qui
est l’utopie de penser que, par des moyens adéquates, par le simple effet de
l’interdépendance humaine, on triomphera de la pauvreté et de la souffrance.
La solidarité est en opposition avec la charité chrétienne laquelle réclame
l’intermédiaire de N-S. Un verre d’eau donné au nom de Jésus-Christ (« en Mon
Nom » dit le texte évangélique) aura sa récompense dans la vie éternelle. S’il est
donné au nom de la solidarité humaine, il ne recueillera qu’une récompense
temporelle.
La tolérance est en opposition avec la Foi. Le progrès est en opposition avec
l’Espérance. La solidarité est en opposition avec la Charité. Ce sont les trois
« vertus anti-théologales » qui ont cours dans le corps mystique de l’Antéchrist.

LE GOUVERNEMENT PAR LA SUGGESTION
La franc-maçonnerie, société de pensée et congrégation initiatique à la fois,
est très bien outillée pour provoquer, dans la masse du peuple, des changements,
même très profonds, à condition que ce soit à longue échéance. Elle sait
comment s’y prendre pour changer la façon commune de penser, comme
disaient les maçons du XVIIIè siècle, pourvu qu’elle ait du temps devant elle. A
l’extérieur d’elle-même, comme en son intérieur, elle travaille « par influences
personnelles soigneusement couvertes », ce qui demande des délais
prolongés.
Mais elle est inapte au gouvernement direct, précisément à cause de la
lenteur de ses mécanismes. Entre elle et le grand public, elle suscite tout un
réseau d’organismes intermédiaires, d’associations et de PARTIS POLITIQUES,
qu’elle contrôle évidemment, et qui ont des ambitions beaucoup moins vastes et
beaucoup plus immédiates. Les programmes des partis sont faits de parcelles
prélevées sur l’abondante réserve de l’encyclopédie maçonnique. Tous les partis
politiques sont inspirés, à droite comme à gauche, par le grand dessein des
loges.
Et quel est ce « grand dessein » ?
Il est difficile à connaître car il n’est jamais exprimé clairement et simplement. Il
faut l’extraire de toute une phraséologie ronflante. En voici cependant les
principaux éléments

– La République (puis la Royauté) universelle.
– La Religion Universelle, dont la gnose universelle, la mystique universelle et
la Tradition universelle formeront la théologie.
– Le Métissage universel, dont l’eugénisme universel sera le prétexte et
fournira les moyens.
Sur l’ensemble de ce « grand dessein » on va prélever des fragments qui seront
inclus dans les programmes des partis, des sociétés savantes et des diverses
associations qui occupent l’espace entre la maçonnerie et le peuple.
Mais alors on pourrait supposer que la franc-maçonnerie est un grand
laboratoire d’idée, tout à fait olympien, où de puissants philosophes cachés et
spécifiquement maçons élaborent des doctrines réservées d’abord à l’usage
interne et qui diffusent ensuite, du haut en bas de l’échelle initiatique, pour aboutir
finalement aux institutions publiques. En réalité les choses ne se passent pas
ainsi. Il n’y a pas de philosophes cachés strictement maçonniques. Le cas de
Louis-Claude de Saint Martin, que l’on a appelé le « philosophe inconnu », est très
spécial et ne résulte que de son comportement personnel ; ce n’est pas le cas
général.
Les idées que l’on débat en loge sont puisées dans le grand public lui-même ;
elles ont une origine extérieure (on dit « profane »). Le rôle de la maçonnerie est
seulement de choisir, parmi les tendances de fait d’une époque donnée, celles
qu’il faut stimuler et celles dont il importe d’arrêter la propagation. Elle fonctionne
comme une pompe sélective qui puise son fluide dans le public et qui le lui
renvoie après l’avoir expurgé et dynamisé.
La maçonnerie est donc un organe d’enseignement. C’est un magistère, ou
si l’on veut un « gouvernement par la suggestion », sans autorité officielle. Elle est
inapte au gouvernement direct. Elle ne pratique pas une politique unique, mais
seulement une orientation polyvalente. Elle maintient en chantier plusieurs
politiques à la fois. Elle met en oeuvre une stratégie essentiellement pluraliste.
Plusieurs variantes sont mises en marche simultanément. Par exemple le Grand
Orient mène plutôt une politique de gauche et la Grande Loge Nationale
Française, plutôt une politique de droite. Sur la place publique, ces deux
obédiences se disputeront et se conduiront même en adversaires. Mais, dans les
convents, elles communieront dans la méditation du « grand dessein » commun,
dont nous avons donné les grandes lignes.

LA SCIENCE DU BIEN ET DU MAL
Dans ce monde où le bien et le mal sont si proches voisins, nous devons
cultiver la « science du bien et du mal » afin de ne pas les confondre. Et nous
devons la cultiver précisément parce qu’elle ne nous est pas naturelle ; nous
sommes privés de la consommation du fruit qui devait nous la procurer : « Ne
comederes » (Gen. III, 17). Tu n’en mangeras pas.

Cette double science, si nécessaire, c’est Notre-Seigneur qui nous l’apporte. Il
est Lui-même l’arbre de cette science et son « fruit » nous la communique. La
science du bien, c’est la science du Christ et la science du mal c’est la
science de l’Antéchrist. Une grande partie de l’Évangile est consacrée à nous
révéler la personne de l’Adversaire. Si nous ne possédons que l’une des deux
sciences, nous sommes des Docteurs borgnes.
Les docteurs de la Synagogue possédaient plutôt la science du mal. Habitués
à se méfier des « Nations » et de leurs dieux-démons, ils se sont méfiés du Christ :
« C’est par Belzébub que Vous chassez les démons » lui disaient-ils.
Inversement l’Eglise des Gentils, saturée de la science du bien, ne se méfie
pas de l’Antéchrist ; on voit aujourd’hui qu’elle s’apprête à le reconnaître
puisqu’elle accueille déjà ses adeptes. Finalement la Synagogue obstinée et
l’Eglise dévoyée n’auront rien à s’envier l’une à l’autre. La première aura rejeté le
Christ et la seconde aura accueilli l’Antéchrist.
C’est pourquoi il faut une science équilibrée qui conduit à la prudence sans
obscurcir l’esprit : « Voici donc que Je vous envoie comme des brebis au milieu
des loups. Soyez donc prudents comme les serpents et simples comme les
colombes ». (Math. X, 16). Par cette association du serpent et de la colombe, le
texte spécifie de quelle prudence nous devons nous armer. Car il y a deux
prudences : la prudence tortueuse qui fut celle du serpent au jardin d’Eden et la
prudence simple qui fut celle de saint Joseph à Nazareth (Nazareth signifie :
jardin des Fleurs). Le Divin Maître précise ici de quelle prudence il veut parler. Il
veut que nous pratiquions la prudence qui peut s’allier à la simplicité de la
colombe.
Pour garder la simplicité dans la prudence, il faut cultiver simultanément les
deux sciences. Celle de l’Eglise illumine l’intelligence et réchauffe le coeur. Celle
de la contre-église nous fait reconnaître les ténèbres sous la fausse lumière.
Ceux qui ne cultivent que la science de l’Eglise deviennent des naïfs qui ignorent
les chausse-trapes de l’Adversaire. Ceux qui ne cultivent que la science de la
contre-église se laissent souvent fasciner par la prodigieuse astuce des démons
et finissent par se faire enrôler dans les rangs de la contre-église. En effet l’étude
des documents des sectes, qui nous fait connaître l’ennemi, est dangereuse ; il
faut prendre garde à ne pas se complaire dans ces textes car ils contiennent des
subtilités d’apparence logique (le démon est logicien) mais qui enténèbrent
l’esprit et dévient la volonté. Il faut les compenser par la nourriture spirituelle et
par les lumières que l’on trouve dans le Patrimoine de la Religion.

LES SOIXANTE DOUZE NATIONS DE LA GENTILITÉ
L’épisode de la Tour de Babel va retenir un moment notre attention. A notre
époque où l’on parle tant de la république universelle et où l’on assiste aux
premières phases de sa réalisation, il est bon de revoir dans quelles
circonstances Dieu a procédé à la distinction des langues et à la dispersion des
Nations.

Transportons-nous par la pensée dans les temps qui suivirent le déluge. Les
trois grands embranchements ethniques du genre humain étaient déjà distincts. Il
s’était déjà formé trois grandes races qui avaient respectivement pour ancêtre
Sem, Cham et Japheth, les trois fils de Noé. Chacun engendra des fils qui
devinrent les patriarches des nations. Il y eut en tout 72 patriarches, donc 72
familles, souches des 72 futures nations. Ces tribus originelles étaient distinctes
mais elles n’étaient pas dispersées. Elles s’étaient établies ensemble dans la
plaine du pays de Sennaar. La langue de ces tribus était la même : « Toute la terre
avait une seule langue et les mêmes mots » (Gen. XI, 1).
Il devenait de plus en plus évident que, les tribus proliférant, il faudrait qu’elles
se dispersent. C’est même la perspective de cette dispersion inévitable qui
suggéra aux hommes de ce temps l’idée d’élever un monument commémoratif de
leur unité primitive « avant que nous ne soyons dispersés sur toute la terre ».
(antequam dividamur in universas terras Gen. XI, 4). Cette idée d’un monument
pour perpétuer le souvenir de l’unité originelle n’est pas répréhensible, elle est
même louable ; mais elle s’est mêlée avec d’autres conceptions que Dieu n’a pas
approuvées.
Passons sur les modalités et les techniques de constructions de la tour. Les
maçons de Babel utilisèrent des briques à la place de pierres et du bitume à la
place de ciment. Le symbolisme de ces nouveaux matériaux nous entraînerait
trop loin.
L’Ecriture sainte formule les intentions qui sont incluses dans le « grand
dessein » des hommes d’alors, avec la concision qui lui est habituelle. Il faut donc
peser tous les mots :
« Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne le ciel et
célébrons notre nom ». Un trait nous frappe tout de suite Dieu n’est pas mentionné
dans les intentions du projet. Il est dit « construisons-nous ». Le but de l’entreprise
est de « célébrer le nom humain ». Les hommes de Babel avaient
incontestablement l’intention de se rendre un culte à eux-mêmes. Et si la tour
atteignait le ciel, c’était grâce aux seules forces humaines. Ils voulaient célébrer et
sauvegarder leur unité et cela par une ville capitale et par une tour religieuse
qui symboliserait l’aptitude de l’homme à s’élever vers Dieu par ses propres
forces.
La conduite de Dieu, en présence de ce projet, confirme les premières
réflexions que nous venons de nous faire. Le texte dit que Dieu, en la
circonstance, observa « les fils d’Adam » ; il n’écrit pas « les fils de Noé ». Il nous
suggère donc de remonter jusqu’à Adam, qui avait été Roi et Pontife, mais qui
avait perdu ces deux dignités.
Les versets de la Genèse, très condensés, n’expliquent pas la pensée divine. Il
faut que le lecteur découvre lui-même en quoi le projet des hommes de Babel
était mauvais. Dieu dit :
« Ils sont un seul peuple et ils ont une seule langue ; ils ont commencé à
faire cela et ils n’abandonneront pas leur pensée tant qu’ils n’auront pas fini

leur oeuvre… Confondons ici leur langue afin qu’ils ne se comprennent plus ».
(Gen. XI, 6-7).
Il est évident que Dieu juge inadmissible la ville et la tour édifiées dans de
telles intentions, par « les fils d’Adam ». Il y a manifestement une certaine unité du
genre humain dont Dieu ne veut pas : c’est l’unité qui se fait sans Lui.
Il est un second motif de désapprobation : ce qui déplaît à Dieu ce n’est pas
seulement la tour religieuse, c’est aussi la ville capitale du genre humain. Dieu, en
effet, ne considère pas seulement la tour mais la ville elle-même (ut videret
civitatem et turrim). Et l’on comprend très bien pourquoi : depuis la chute d’Adam,
l’autorité unique sur le monde revient, soit à Dieu qui en est le premier titulaire,
soit au démon qui a détrôné Adam et s’est, d’une certaine manière, substitué à lui
dans ses droits. En d’autres termes, l’autorité unique sur la terre revient, soit au
Christ, soit à l’Antéchrist. C’est sans doute pourquoi le texte fait remarquer que les
hommes de Babel étaient « fils d’Adam ». Pour prétendre édifier une capitale
mondiale, il fallait qu’ils aient perdu la notion de la chute originelle et le désir d’un
Sauveur.
Le décret divin de Babel est donc un décret de confusion, ce qui, à première
vue nous étonne. Mais il faut remarquer qu’il s’agit d’une confusion et d’une
dispersion provisoire en attendant que le temps de l’unité soit venu et qu’il y ait
« un seul troupeau et un seul pasteur ». C’est aussi une dispersion de
miséricorde : en effet l’édification d’une capitale mondiale aurait
immanquablement entraîné l’apparition d’un « empereur mondial », qui n’aurait pu
être qu’un antéchrist, sous lequel les hommes auraient vécu depuis lors. Le
« décret de confusion » de Babel leur a épargné un long despotisme.
Un personnage est inséparablement lié à l’épisode de Babel, c’est Nemrod.
L’Ecriture en fait grand cas : seul, parmi les descendants de Cham, il fait l’objet de
plusieurs versets dans la Genèse : « Or Chus engendra Nemrod qui fut le premier
homme puissant sur la terre… Le début de son royaume fut Babylone, et Arach,
et Achad, et Chalanné dans la terre de Sennaar. De ce même pays il alla en
Assyrie et i bâtit Ninive et les rues de cette ville, et Chalé. Il bâtit aussi la grande
ville de Résen, entre Ninive et Chalé ». (Gen. X, 8-12). Nemrod fut donc le
fondateur de la puissance mauvaise de ASSUR1, colosse qui devait faire peser,
sur le peuple élu d’Israël, une perpétuelle menace dont seul Dieu pouvait le
libérer. Nemrod est ainsi la première préfiguration de l’Antéchrist et il est
symptomatique qu’il apparaisse précisément à l’époque de Babel et dans la plaine
de Sennaar.
Il est certain que Dieu a volontairement confondu les langues et dispersé les
nations afin d’entraver la constitution d’un gouvernement mondial. Il a
délibérément voulu une « gentilité » fractionnée. L’empire du monde n’appartient
qu’à deux personnages : le Christ ou l’Antéchrist, bien qu’à des titres
antagonistes. C’est évidemment très mystérieux ; mais la Rédemption est un
mystère. Les X et XIè chapitres de la Genèse énumèrent les 72 ethnarques qui
devaient fonder les 72 nations constitutives de la Gentilité. Or Notre-Seigneur,

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1 Soulignons que dans ASSUR, il y a USA et URSS !

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pendant Sa vie terrestre, à plusieurs millénaires de distance, a précisément
désigné 72 disciples ; ils étaient destinés à seconder saint Paul dans le
surhumain travail d’évangélisation des Gentils. Les 12 Apôtres étaient
réservés aux 12 Tribus d’Israël. Les jalons essentiels du plan de Dieu ne
changent pas.

LES PROMESSES D’HÉGÉMONIE
Dans son travail de destruction des oeuvres divines, Satan utilise une double
méthode : il réunit ce que Dieu sépare et il sépare ce que Dieu unit. Deux
exemples :
1. – Dieu a créé deux archétypes : Jésus-Christ et Marie Sa Mère qui ont été
les modèles selon lesquels Adam et Eve ont été formés. Dans la gnose
luciférienne, il en est différemment : il y a un seul archétype désigné sous le nom
d’androgyne qui est la réunion d’un homme et d’une femme en un seul être
supposé ; Lucifer réunit ce que Dieu sépare.
2. – Le couple humain est inséparable ; il est uni pour la vie par un sacrement.
Le démon, pour sa part, n’a de cesse qu’il n’ait séparé les couples que Dieu a
unis.
C’est à ce double traitement que le démon va soumettre les nations créées par
Dieu pour être l’héritage de Son Oingt : « Je te donnerai les nations pour héritage ».
D’une part, soufflant un vent de discorde, il va couper les nations en tronçons,
multipliant leur nombre bien au-delà des 72 qui étaient à l’origine. Mais d’autre
part et puisqu’il faut aussi qu’il parvienne à l’empire mondial, auquel dans une
certaine mesure il a droit, il va susciter de formidables ambitions hégémoniques ;
il créera des empires contre nature et, entre ces empires, une compétition qui
éliminera les inaptes et laissera surnager les plus robustes ; le vainqueur final de
la compétition dominera le monde.
Telle est schématiquement la double stratégie du démon. Nous la voyons
clairement se développer sous nos yeux. Le régionalisme démantèle les nations
européennes en vue de les faire disparaître en tant quantités nationales ; mais en
même temps les deux grands blocs impériaux qui sont issus des affrontements
précédents se préparent à de nouveaux assauts dont, à la fin, un triomphateur
universel sortira.
Les ambitions hégémoniques sont incontestablement le ferment le plus
efficace de l’unification finale. Le démon promet l’empire du monde à tous les
princes de la terre qui présentent quelque chance. Le type parfait de cette
promesse d’hégémonie est fourni par la Tentation au désert ; il est bon d’en revoir
le mécanisme parce que les cas d’application en sont très fréquents dans l’histoire
politique, si même ils n’en constituent pas le fond.
Le démon transporta Jésus sur une haute montagne et là : il Lui montra tous
les royaumes de la terre, en un rien de temps. Et le diable Lui dit : c’est à Toi que
je donnerai cette puissance tout entière avec leur gloire. Car c’est à moi qu’elle a

été remise. Et à qui je veux, je la donne » (Luc IV, 5-6). Il est important de
remarquer deux particularités :
1. – Ce qui est offert par le démon c’est la suprématie politique universelle,
ce n’est pas seulement une hégémonie régionale.
2. – Celui qui acceptera cette offre tiendra cette puissance du démon et par
conséquent il l’exercera au nom et pour le compte du démon.
Mais pour obtenir cette récompense il y a une condition à remplir. Cette
condition est bien connue : Toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera
toute à toi ». Il faut donc que le candidat à l’empire reconnaisse la suzeraineté du
« Prince de ce monde ». Remarquons que, du point de vue juridique, le marché est
parfaitement régulier. Le démon ne fait que transférer une principauté qui, comme
il le dit, lui a été remise, et dont par conséquent il dispose. Ce marché, Satan l’a
proposé à de nombreux rois, à de nombreux « grands de ce monde », dans les
temps anciens comme dans les temps modernes.
Voyons maintenant en quoi consiste la prosternation demandée. On peut
légitimement penser qu’elle consiste en une adhésion au plan de conquête du
démon ou à une partie de ce plan ; en dernière analyse la prosternation exigée
consiste en une incorporation au corps mystique de l’Antéchrist. La condition
à remplir est toujours quelque chose de diabolique ; c’est toujours une
contribution à l’édification du pouvoir de l’Antéchrist.
Rapprochons-nous du cas présent. L’hégémonie sur l’Europe, et par l’Europe
sur le monde, Satan l’a promise à tous les gouvernants européens. Il la promet
aux Anglais s’ils établissent partout des succursales de la loge de Londres. Il la
promet aux Allemands s’ils mettent sur pied le socialisme industriel d’Etat,
merveilleux instrument de domination. Il la promet aux Russes moyennant la
collectivisation de tous les biens. Il la promet aux Arabes, les poussant à islamiser
« les Roumis ». Il la promet aux Juifs, les plus prédisposés à y souscrire puisque,
selon leurs vieilles traditions, l’empire du monde leur est dû. Il la promet aussi aux
nations extrême-orientales, détentrices de légendes et de prophéties
impérialistes.
C’est encore avec un stimulant analogue, celui de la puissance cachée (dont
rêvent tant d’intellectuels) qu’il va donner l’impulsion, non seulement à la francmaçonnerie,
mais à toutes les confréries initiatiques, chacune s’étudiant à
dominer l’autre secrètement.
Satan ira même jusqu’à proposer le marché hégémonique à l’Eglise
catholique. Il dira au Pape : « Si tu réunis les premières Assises du parlement
religieux universel, je t’en ferai donner la présidence ». Inexplicablement le Pontife
romain a accepté ; il n’aura qu’une présidence éphémère mais les « assises »
resteront ; sur elles on construira un temple à Lucifer.
Pour le démoniaque orchestrateur de cette immense foire à l’hégémonie, le
bénéfice est double :
1. – Chacun des compétiteurs apporte sa pierre à l’édifice du socialisme absolu
et universel qui sera le régime de l’Antéchrist.

2. – Il gagne aussi d’une autre manière : ces luttes éliminatoires désigneront
d’elles-mêmes le plus fort ; il ne restera plus au vainqueur qu’à fédérer des
républiques qui seront déjà socialistes et gnostiques ; il n’y a déjà plus que deux
grands blocs en lice ; il faut maintenant désigner le triomphateur final par une
nouvelle série de conflagrations mondiales, car il est peu vraisemblable qu’une si
grosse affaire se règle en une seule crise.

L’UBIQUITÉ MAÇONNIQUE
Les congrégations initiatiques sont à I’oeuvre, dans l’Europe chrétienne, depuis
l’époque de la Renaissance. Mais il est certain qu’elles avaient été précédées, au
Moyen Âge, par des confréries plus ou moins sporadiques. Sous la forme de
l’actuelle franc-maçonnerie, elles opèrent activement depuis le XVIIIè siècle. On a
coutume de donner les Constitutions d’Anderson (1717), qui forment la charte de
la Grande Loge de Londres, comme leur acte de naissance. Cette loge est la
première de toutes dans l’ordre chronologique et elle est devenue, en droit
comme en fait, « mère et maîtresse » de toutes les loges maçonniques du monde.
Elle représente donc, pour la contre-église, le symétrique inversé de
l’Archibasilique du Saint-Sauveur de Saint Jean de Latran.
La maçonnerie veut être présente partout. Cette ubiquité est la base de sa
méthode d’action extérieure. Elle veut savoir tout ce qui se dit, participer à tout ce
qui se décide, collaborer à tout ce qui se fait. Nous avons déjà remarqué qu’elle
entend se mêler à tous les courants porteurs, même à ceux qui naissent sans
elle, même à ceux qui se forment contre elle. Car tout courant porteur contient
une force utilisable, surtout pour la maçonnerie qui est outillée pour naviguer à
contre-courant. Nous savons aussi, mais répétons-le car c’est important, qu’elle
veut choisir, parmi les tendances qui se manifestent spontanément, celles qu’il
convient de favoriser et celles qu’il faut à tout prix torpiller. Ce noyautage
universel est l’une des activités les plus importantes de la maçonnerie. Il est très
difficile d’y échapper car il se fait, nous l’avons vu, par « influence personnelle
soigneusement couverte ».
TOUS les partis politiques sont des émanations de la franc-maçonnerie,
soit qu’elle ait présidé elle-même à leur formation, soit qu’elle les ait pénétrés par
la suite. Les partis politiques peuvent paraître plus puissants parce qu’ils agissent
sur la place publique, tandis que la maçonnerie reste le plus souvent ignorée dans
l’ombre. Mais en réalité les partis politiques travaillent sous la dépendance de la
grande société secrète sous-jacente dont ils ne sont que les porte-parole pour
une clientèle déterminée. Les programmes des partis politiques ne sont que des
fractions et des adaptations du « Grand Dessein » maçonnique.
Il est bien évident que la maçonnerie ne noyaute pas seulement les partis
politiques mais aussi l’administration, l’armée, la justice, l’université,
l’industrie, la banque.. en un mot tous les organes de la société.

Quel type de symbiose peut-il exister entre elle et les polices de
renseignement ?
En théorie, la police devrait surveiller la franc-maçonnerie puisqu’elle a la
prétention de dominer l’Etat et qu’elle constitue donc un danger pour l’Etat. En fait
c’est le contraire qui se produit. La police avertit la maçonnerie des dangers qui
pourrait la menacer. Bien plus, la maçonnerie utilise la police pour se renseigner
elle-même, en établissant des dérivations à son profit dans la police. Dans la
conscience éclairée d’un policier qui est également maçon, la maçonnerie va
peser d’un plus grand poids que le service d’Etat auquel il appartient parce que la
congrégation initiatique parle au nom d’une influence spirituelle plus élevée que
l’Etat. Cette prépondérance morale de la secte sera particulièrement sensible en
cas de crise de régime car alors le prestige de l’Etat chancelant sera nul dans
l’esprit des policiers maçons.
Grâce aux convents internationaux et aux institutions obédientielles,
également internationales, l’ubiquité maçonnique s’étend au monde entier. La
présence universelle de la maçonnerie est encore accentuée par le phénomène
que voici. Il existe un corps maçonnique : c’est l’ensemble des adeptes réunis
dans des institutions matérielles. Mais il existe aussi un esprit maçonnique. Cet
esprit est évidemment partagé par les membres du corps. Mais il l’est aussi par
toute une foule de sympathisants extérieurs qui ne sont pas initiés, qui
n’appartiennent à aucune des institutions maçonniques mais qui subissent
l’influence intellectuelle de la maçonnerie. Ces sympathisants sont appelés des
francs-maçons sans tablier. Ils ont une sensibilité maçonnique, ils pensent en
maçons, ils se comportent en maçons. Ils augmentent considérablement l’ubiquité
et le rayonnement de la grande secte.

TABLE RASE
Pour comprendre l’utilité stratégique du communisme totalitaire, il faut se
placer, par l’imagination, à l’échelon le plus élevé de la contre-église, c’est-à-dire à
l’échelon luciférien. Le communisme totalitaire est nécessaire parce qu’il est le
seul à pouvoir pratiquer la liquidation physique des élites chrétiennes. Il en a
le pouvoir parce qu’il est totalitaire et il en a le vouloir parce qu’il est le régime des
sans-dieu, fondé sur une philosophie matérialiste militante.
Car il est nécessaire de procéder à la liquidation de ces anciennes élites, dites
« bourgeoises », et cela non seulement au cours de la phase révolutionnaire de
prise du pouvoir, mais aussi pendant toute la longue période gouvernementale qui
suit. Si on ne les extermine pas et si l’on se contente de les écarter des
responsabilités, tout en les laissant subsister sur place, ces élites referont surface
tôt ou tard.
Il faut un régime totalitaire qui aura deux fonctions.
1. – Une fonction à long terme qui sera d’instituer un solide collectivisme, afin
de réaliser une contrainte absolue et universelle (« nul ne pourra ni acheter ni
vendre s’il n’a la marque de la bête sur le front et sur les mains », Apoc. XII, 17).

2. – Une fonction transitoire non moins essentielle : la liquidation physique des
élites chrétiennes, ou plus généralement coutumières.
Or les partis socialistes de type réformiste sont incapables de procéder à la
nécessaire liquidation des anciens cadres parce qu’ils sont temporisateurs et donc
hésitants. C’est pourquoi il faut un parti monolithique dominant un État policier. Il
faut la dictature d’un parti unique, seule capable d’instaurer la délation populaire,
la police prolétarienne et les tribunaux d’opinion.
Une phase de régime totalitaire est nécessaire dans le monde entier pour
établir le collectivisme, mais elle l’est plus particulièrement dans les pays
chrétiens pour réaliser aussi l’extermination des élites religieuses. D’où le
parti communiste international dont les bases mystiques sont lucifériennes,
comme on le sait maintenant et qui est destiné, en grande partie à passer le
rouleau compresseur sur tout le territoire de l’ancienne Chrétienté. Il est chargé de
faire table rase et d’éliminer la Religion de Notre-Seigneur non seulement
dans ses institutions mais dans ses hommes. C’est très précisément ce
qu’annonçait la Reine du Ciel à Fatima : « la Russie répandra ses erreurs par le
monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Eglise, beaucoup de
bons seront martyrisés, le Saint Père aura beaucoup à souffrir ; plusieurs nations
seront anéantie ».
On observera donc une ANTINOMIE entre la maçonnerie, qui est
essentiellement tolérante et pluraliste, et le communisme qui est essentiellement
monolithique et totalitaire. Cette antinomie met la maçonnerie dans une situation
difficile à l’égard du communisme. Dans ses actes, elle le soutient. Les
obédiences de gauche voient en lui un irremplaçable artisan de la cité future. Mais
dans ses paroles elle est obligée de le critiquer parce que le communisme n’est
pas tolérant et n’est pas pluraliste.
La maçonnerie serait beaucoup plus à l’aise pour soutenir le communisme s’il
abandonnait ses moeurs totalitaires et s’il passait au pluralisme, comme l’Église
conciliaire lui en donne l’exemple et l’y encourage. Si, au lieu d’un parti unique, le
régime des Soviets parvenait à mettre sur pied un système d’alternance entre
plusieurs partis communistes, il deviendrait un régime tolérant et la maçonnerie
abandonnerait les réserves verbales auxquelles elle est tenue.
Un certain pluralisme communiste, même s’il était réduit à deux partis, tout les
deux marxistes bien entendu, constituerait un lubrifiant très efficace pour la
pénétration de la charge explosive rouge dans le blindage occidental. (Faisonsnous
là une supposition absolument irréalisable et sans fondement ? l’avenir nous
le dira). Il reste que le soviétisme totalitaire est, pour l’instant, l’instrument
privilégié de l’extirpation du christianisme pour le compte du pouvoir occulte
luciférien.

RÉPUBLIQUE OU ROYAUTÉ UNIVERSELLE
La phase matérialiste n’aura qu’un temps. L’extirpation des anciennes élites
une fois réalisée et le collectivisme économique bien installé, une phase

spiritualiste viendra forcément. Car le démon, qui est le véritable « pouvoir
occulte », ne veut pas seulement gouverner le monde temporellement, il veut aussi
se l’assujettir religieusement. Il fera de l’Antéchrist à la fois le « Roi du Monde »
et le « Pontife » de sa religion. Il faut donc que les fondements .philosophiques de
la cité universelle comportent une composante spirituelle et religieuse, ce qui
n’est pas le cas du matérialisme historique de Marx et Lénine, qui exclut au
contraire toute religion au for externe et même au for interne.
Nous en venons donc tout naturellement à prévoir une nouvelle phase de la
révolution universelle où le socialisme matérialiste, désormais installé, sera
complété par un système religieux universel.
Qui va être chargé d’élaborer ce système religieux ?
Ce ne seront évidemment pas des rationalistes et des matérialistes. Il faut,
pour cela, des « spirituels », des pneumatiques ; tels sont justement les néognostiques.
Ils occupent déjà leur base de départ, avec de subtiles théories aptes
à justifier l’avènement d’un Roi-Pontife.
Ces théories auxquelles on n’a pas encore donné de nom d’ensemble mais
que nous appellerons, pour la commodité, le monarchisme ésotérique, sont
fondées sur une double confusion.
1. – D’abord la confusion entre le gouvernement « selon le Christ », et le
gouvernement « selon l’Antéchrist ». Pour ces doctrinaires néo-gnostiques, il n’y a
pas lieu d’opérer cette distinction. Pour eux tous les rois de l’Histoire relèvent d’un
seul et même pouvoir primordial. Ils confondent, dans un même principe
d’autorité, le pouvoir du Titulaire, qui est le Verbe Incarné, et le pouvoir de
l’Usurpateur, qui est le prince de ce monde. Ils ne distinguent pas le pouvoir du
Pharaon d’avec celui de David, ni le pouvoir de Néron d’avec celui de
Charlemagne, ni en général la « puissance qui vient de Dieu » d’avec la « puissance
de Dieu ». Aux yeux des chrétiens au contraire, la distinction s’impose entre les
Rois qui sont des annonciateurs et des imitateurs du Christ, et les Rois qui sont
les précurseurs, ou pour mieux dire les préfigurations de l’Antéchrist.
2. – A cette première confusion les doctrinaires de la royauté ésotérique en
ajoutent une autre. Ils consolident le pouvoir temporel et l’autorité spirituelle sur la
tête d’un seul et même personnage qui sera à la fois roi et pontife, comme
l’étaient les empereurs de Rome. Ils donnent les Césars romains comme type de
ce qu’ils appellent la royauté sacrée. Et cette royauté sacrée ils la déclarent
traditionnelle, patriarcale, immémoriale, primordiale comme ils le font pour toutes
les composantes de l’ésotérisme.
Une telle consolidation des pouvoirs s’oppose à la théorie chrétienne des deux
glaives, selon laquelle Jésus-Christ a institué sur la terre un VICAIRE de ses
pouvoirs religieux et un LIEUTENANT de ses pouvoirs temporels. Le « vicaire »
c’est le Pape successeur de Pierre et le « lieutenant » c’est le roi sacré à Reims
avec l’huile miraculeuse. Le vicaire et le lieutenant ne dépendent pas l’un de
l’autre. Ce ne sont pas les pontifes qui nomment les rois ; ce ne sont pas les rois
qui nomment les pontifes. Tous les deux dépendent directement du Christ. Ils
reconnaissent leurs pouvoirs réciproques et ils ne les contestent pas.

Pourquoi, dans la doctrine chrétienne, deux autorités et non pas une seule ?
Parce que : « Dieu ne donne pas Sa gloire ». Dans l’état de nature déchue, Dieu
ne confie pas tous Ses pouvoirs à un seul homme. La consolidation des
couronnes royale et pontificale sur une même tête ne convient proprement qu’à
Notre-Seigneur. Elle convenait aussi à Adam tant qu’il restait dans l’innocence
primitive où l’âme commande au corps ; c’est pourquoi Adam pouvait être à la fois
roi de la terre et pontife du Très-Haut.
L’Antéchrist, en tant qu’il est l’ayant droit de celui qui a triomphé d’Adam, fera
valoir cette même consolidation des pouvoirs et se déclarera Roi-Pontife. Les
néo-gnostiques, quand ils enseignent la consolidation des pouvoirs et quand ils
mêlent et confondent la royauté chrétienne avec la royauté païenne, ne font rien
d’autre que de poser les fondements des prétendus droits royaux et sacerdotaux
de l’Antéchrist.
Il est facile de prévoir qu’une phase gnostique est en préparation. Le
socialisme absolu et universel, qui assujettit tous les hommes ensemble par les
liens de l’économie, va être complété par une uniformisation religieuse qui
assujettira toutes les âmes dans la même religiosité luciférienne.

L’HYBRIDATION GÉNÉRALE
Tout le monde parle ouvertement de la future république universelle qui est
l’objectif des sociétés de pensée et des congrégations initiatiques depuis les
utopistes de la Renaissance. Les organes préparatoires de cette république
fonctionnent déjà. Mais il reste encore des particularismes à niveler.
La destruction des nations est en cours. Elle l’est grâce au régionalisme qui
les découpe en tronçons et réalise la phase du solve. Et elle l’est aussi grâce au
travail de fédération qui ressoude les tronçons issus du découpage régionaliste et
réalise la phase du coagula. La république universelle sortira de cette alchimie et
sera une fédération de fédérations comme le sont déjà l’U.R.S.S., qui est une
« Union de Républiques », et les U.S.A. qui sont des « États-Unis ». L’édifice global
sera donc le résultat du broyage des 72 nations, instituées par Dieu pour
devenir l’Héritage du Verbe Incarné : Demande-Moi et Je Te donnerai les nations
pour héritage et pour limites les confins de la terre » (Ps. II, 8).
Mais ce découpage des nations (solve), puis leur restructuration (coagula) ne
suffit encore pas. Il faut une dernière précaution. C’est le métissage universel.
Nous serions véritablement aveugles si nous n’apercevions pas que ce métissage
est délibérément mis en oeuvre depuis de longues années. Le brassage racial a
été décelé et dénoncé par les auteurs traditionalistes, avant la guerre de 14-18 ; il
n’est pas nouveau. C’est un des principaux objectifs des sociétés de pensée.
Le métissage universel nous est présenté d’abord comme spontané et
inévitable, mais en réalité il est parfaitement artificiel et voulu. On nous le
présente aussi comme un des préceptes essentiels de la morale. La distinction
des ethnies constituerait une anomalie insupportable et serait à l’origine de toutes

les guerres ; inversement la constitution d’un bloc hybride devrait amener une
entente générale. En conséquence il serait hautement immoral de militer pour
l’intégrité des races et pour le « chacun chez soi » ; ce serait une régression et une
superstition inacceptables. On n’aurait moralement, pas le droit de contester le
« brassage racial » et son excellence.
Le but donc de cet effort prolongé est d’obtenir une race métissée
universelle. Et il faut reconnaître que le meilleur moyen de neutraliser les
réactions des individus, des familles et des nations, c’est de les abâtardir. Un
gouvernement mondial se trouverait ainsi devant une masse amorphe, sans
tradition ni sensibilité. Il suffirait de pratiquer à son égard la politique du panem et
circences (du pain et des jeux des cirques) chères aux empereurs païens. C’est
une telle masse humaine qui se prêtera le mieux, en effet, au collectivisme absolu
des biens matériels et à le religion gnostique laquelle sera faite de sorcellerie à
la base et de mystique luciférienne pour les élites.
C’est déjà un peu ce que nous observons dans les grandes capitales du
monde. Partout nous y croisons, dans les rues, les mêmes visages et le même
mélange de populations. Rien ne ressemble plus aux foules de Paris que celles
de Tanger, de New-York, de Mexico ou de Santiago… Tout s’universalise, même
la race.
Toutes les races se laisseront-elles englober dans ce même métissage ?
C’est peu probable. Les Juifs résisteront certainement, eux qui trouvent
l’abâtardissement excellent pour les autres mais qui savent très bien s’en
défendre pour eux-mêmes. Et ils ne seront pas les seuls : la résistance à
l’abâtardissement va dégager des forces dont le diable ne manquera pas de tirer
bénéfice. Des théories hyper-eugénistes sont déjà prêtes à être diffusées. Elles
serviront de bases « hautement scientifiques » pour inspirer les inévitables réactions
que le métissage universel provoque déjà. Elles permettront d’enrôler des
miliciens et des technocrates pour l’Antéchrist. Des surhommes commandant à
des métis, voilà ce que l’on nous prépare.

RUSE ET VIOLENCE
La doctrine chrétienne, telle qu’elle était enseignée avant la crise, nous avertit
que le démon est un être double : il est menteur et homicide. Comme menteur
il sera rusé et séduisant, comme homicide il sera violent et terrifiant. Il sera
tour à tour agneau et dragon : « Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui
avait deux cornes semblables à celle d’un agneau, et qui parlait comme un
dragon » (Apoc. XIII, 11).
Cette duplicité essentielle, il va la communiquer, sur la terre, à tous les
organismes qu’il a crées pour faire la guerre au Christ et aux hommes. Il faut que
nous sachions identifier, en ces organismes auxquels nous sommes forcément
confrontés, la ruse et la violence de leur maître.

Nous rencontrons des ministres de sa ruse et des ministres de sa violence.
L’Ecriture sainte nous fournit deux groupes de deux figures qui nous éclairent sur
le double comportement des démons et de leurs ministres humains. Ces deux
figures sont Gog et Magog évoqués surtout au livre d’Ézéchiel et Léviathan et
Béhémoth au livre de Job.
1. – Les ministres humains de la RUSE du démon peuvent être placés sous le
signe de Gog et de Léviathan.
Gog signifie « toiture » et convient à tout ce qui est couvert, dissimulé et
trompeur. Il habite les confins du Septentrion, comme Lucifer dont il est une
figure : « …Tu viendras de ton pays, des confins du septentrion, toi et des peuples
nombreux avec toi » (Ezéch. XXXVIII, 15). Gog est fourbe, il attaque ceux qui ne se
méfient de rien. « Tu diras : je monterai contre un pays ouvert ; je viendrai vers ces
gens tranquilles qui habitent en sécurité, qui ont tous des demeures sans
murailles, et qui n’ont ni verroux ni portes » (11).
Léviathan est une bête maritime qui cache son extraordinaire puissance sous
des charmes captivants : « Je ne veux pas taire ses membres, sa force, l’harmonie
de sa structure … Superbes sont les lignes de ses écailles, comme des sceaux
étroitement serrés .. Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont
comme les paupières de l’aurore… Son coeur est dur comme la pierre, dur comme
la meule inférieure… » (Job. XCL, 25).
Le Léviathan est identique à la « bête de la mer » qui apparaît dans
l’Apocalypse. Tous ces prestiges, dont Léviathan s’entoure, sont mensongers. Ils
sont les vestiges de sa beauté primitive, vestiges qu’il conserve dans son état de
chute car Dieu ne les lui a pas ôté. Ce sont ces restes de beauté qu’il met en
évidence quand il se travestit en ange de lumière. Bien des chefs historiques,
des philosophes, des institutions entières, des nations même, sont des « gogs » et
des « léviathans ». Il faut savoir les reconnaître. La franc-maçonnerie est le type de
ses institutions séduisantes et tolérantes dans lesquelles règnent l’esprit de
Léviathan : elle conduit prudemment ses adeptes à des conceptions qu’ils
auraient rejetés énergiquement si on les leur avaient proposées le jour de leur
entrée en loge.
2. – Les ministres de la VIOLENCE sont dépeints sous les traits de Magog et
de Béhémoth.
Magog signifie « sans toiture », c’est-à-dire sans dissimulation ; c’est le symbole
de la force cynique et brutale.
Béhémoth est une bête terrestre qui fonce comme un taureau :
« Vois Béhémoth que j’ai créé comme toi : il se nourrit d’herbe, comme le
boeuf. Vois donc, sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles
de ses flancs ! Il dresse sa queue comme un cèdre ; les nerfs de ses cuisses
forment un solide faisceau. Ses os sont des tubes d’airain, ses côtes sont des
barres de fer. C’est un chef d’oeuvre de Dieu ; son créateur l’a pourvu d’un
glaive. Les montagnes produisent pour lui du fourrage, autour de lui se jouent

toutes les bêtes des champs… Est-ce en face que l’on pourra le saisir avec
des filets, et lui percer les narines ? » (Job. XL).
Béhémoth n’est autre que la « bête de la terre » que l’on rencontre dans
l’Apocalypse.
Il est bien évident qu’il n’existe pas une spécialisation tranchée entre les
ministres humains de la ruse démoniaque et ceux de la violence. Souvent ce sont
les mêmes hommes et les mêmes nations qui exercent les deux ministères
alternativement et même simultanément. Par exemple la Russie soviétique, qui
est particulièrement semblable à Béhémoth, la force brutale terrestre, est aussi
capable de séduction et de fourberie.
Dans la guerre, il n’est pas possible d’éviter tous les coups. Mais il faut éviter
les imprudences. C’est une imprudence que de s’approcher inutilement de
Léviathan et de Béhémoth, par exemple pour essayer de discuter et de raisonner
avec l’un ou l’autre ; on ne discute pas avec le démon ou avec les siens.
Une religieuse de Poitiers, Josepha Ménendez, Espagnole d’origine, a reçu de
la Sainte Vierge des révélations qui éclairent notre sujet :
Le démon est comme un chien furieux, mais il est enchaîné, c’est-à-dire
qu’il n’a qu’une certaine liberté. Il ne peut donc saisir et dévorer sa proie que si
elle s’approche de lui. Et c’est pour s’en emparer que sa tactique habituelle est
de se transformer en agneau. L’âme qui ne s’en rend pas compte s’approche
peu à peu et ne découvre sa malice que lorsqu’elle se trouve à sa portée » (« Un
Appel à l’Amour », 13 avril 1921).

NEUTRALISER LA RÉACTION
Les forces secrètes de révolution se heurtent à une très puissante et très
constante inertie. Les réformes des utopistes ne se réalisent qu’avec peine et
lenteur. La société humaine leur oppose une sourde mais opiniâtre résistance.
D’où viennent cette inertie, cette lenteur et cette résistance ?
Elles ont d’abord des causes naturelles. La première réside en ceci que
l’homme terrestre aspire à prolonger son état terrestre auquel il est invinciblement
attaché. Aux origines sa tendance spontanée fut de consommer aussi le fruit de
l’arbre de vie qui lui aurait procuré l’éternité dans l’état de nature. C’est pour éviter
cette catastrophe que Dieu éloigna l’homme du paradis : « Maintenant qu’il
n’avance pas les mains, qu’il ne prenne pas aussi de l’arbre de vie, pour en
manger et vivre éternellement. Et Yahweh les fit sortir du jardin d’Eden » (Gen. III,
22-23). La tendance spontanée de l’homme est de prolonger son état présent. Il a
peur des grands changements donc de la révolution.
La seconde raison naturelle est plus subtile et plus difficile à comprendre.
Nonobstant certains droits à l’empire, droits que nous avons précédemment mis
en relief, le Prince de ce monde n’est essentiellement qu’un usurpateur puisqu’il
travaille à supplanter le vrai titulaire du pouvoir absolu qu’est le Christ. De plus il
progresse par la ruse et par la violence qui ne sont aimables ni l’une ni l’autre.
L’homme est donc bien forcé de redouter, ne serait-ce que confusément, cette

usurpation et ces manoeuvres dolosives. Et il y résiste, par peur instinctive de
« celui qui est homicide ».
Mais l’inertie et les lenteurs que doit vaincre le pouvoir révolutionnaire mondial
a aussi des causes surnaturelles. Nous savons que le démon n’est sur la
terre, que le ministre des châtiments de Dieu. Jésus-Christ conserve toujours
le haut-domaine et Il ne donne, à Son adversaire, la permission d’agir qu’aux
temps marqués. L’activité du démon traverse donc parfois de longues périodes
d’impuissance.
Ces raisons expliquent que l’humanité, perpétuellement travaillée par la
fermentation utopique et révolutionnaire, lui oppose perpétuellement ses forces
d’inertie. Quand elle est l’objet de pressions exagérées, quand elle est malmenée,
cette inertie, de passive qu’elle est en général, se transforme en explosion
réactionnaire. Aussi avons-nous déjà fait remarquer que tous les organes de la
révolution (congrégations initiatiques, société de pensée, partis politiques…) sont
très attentifs à respecter la limite de passivité et de malléabilité des masses
populaires qu’ils veulent manoeuvrer. Mais ils ne parviennent pas toujours à éviter
les accidents réactionnaires.
Quelle va être l’attitude des pouvoirs occultes dans ces cas explosifs ? Ils vont
mettre en oeuvre un certain nombre de procédés qui ont fait leurs preuves et sont
même devenus tout à fait classiques.
Si le mouvement réactionnaire naissant s’annonce de faible amplitude, les
forces de révolution se contenteront d’en prendre discrètement la direction et de le
conduire vers une voie de garage où il se disloquera.
Quel est ce procédé ? En voici un exemple. On raconte que, peu de temps
avant l’émeute historique du 6 février 1934, un groupe de cultivateurs du Cantal
était monté à Paris pour manifester devant le ministère de l’agriculture. Ils étaient
venus par le train et s’étaient rassemblés à la sortie de la gare d’Austerlitz. Les
« badauds » étant nombreux le cortège était assez étoffé. On plaça devant ceux qui
connaissaient bien Paris et l’on partit pour conspuer le ministre, la musette en
bandoulière. On marcha interminablement… pour se retrouver Place Balard à
l’autre bout de Paris : un groupe de policier « en bourgeois » avait pris la tête du
cortège pour l’aiguiller en sens opposé.
Transposé à grande échelle, ce procédé a été utilisé très souvent. C’est ainsi,
par exemple, qu’après la guerre de 14-18 les associations d’Anciens
Combattants, qui étaient disposées, lors de leur fondation, à traiter des
« problèmes nationaux » d’ordre général, selon la formule du moment « pour que nos
enfants ne revoient plus jamais ça », furent détournées vers des préoccupations
secondaires de retraites et de décorations, sans danger pour les institutions
républicaines et pour l’orientation maçonnique de l’opinion. On pourrait citer, de ce
procédé de la « Voie de Garage », des exemples en nombre infini. Les maçons, ces
vaillants gardiens des institutions, passent le plus clair de leur temps à torpiller
des mouvements réactionnaires.

Quand l’explosion est inopinée et violente, le temps manque pour la pénétrer à
la base ; il faut alors la « coiffer » rapidement c’est-à-dire lui imposer un chef qui
lui procurera une exaltation apparente mais l’empêchera de nuire
fondamentalement au système. C’est le procédé du Deus ex Machina. Dans les
représentations dramatiques romaines, une divinité, semblant descendre du ciel,
était apportée sur la scène par une machinerie invisible et son intervention
inattendue dénouait une situation inextricable. Ce procédé est incorporé, par nos
tireurs de ficelles, aux techniques du gouvernement occulte. Un des exemples les
plus typiques de Deus ex Machina est l’arrivée au pouvoir de Gaston Doumergue,
que l’on alla chercher dans sa retraite, pour arrêter l’émeute du 6 février 1934
conduite par les ligues nationales. Apaisant et souriant, Doumergue remis la
république parlementaire sur ses rails. C’est à la suite d’une manoeuvre analogue
que le général de Gaulle fut pressenti pour organiser à Londres un comité puis un
gouvernement français, afin de neutraliser le gouvernement du Maréchal Pétain.
Le procédé est d’utilisation si courante que les forces de révolution sont
obligées, en permanence, de tenir prêt un Deus ex Machina pour parer à toute
éventualité. C’est ainsi que l’on tient toujours en réserve des prétendants au
trône pour « coiffer » une réaction devenue trop violente. Les prétendants ainsi
préparés sont endoctrinés pour ne pas nuire aux forces secrètes et même pour
les protéger.
Les élites nationales sincères n’ignorent rien de ces préparatifs. Elles sont à la
fois sans illusion et sans moyens d’action. Quant à la masse populaire, asservie
par les puissants moyens modernes de conditionnement collectif, elle applaudira
dès qu’on lui en donnera le signal.
Telles sont les causes profondes, de nature religieuse on l’a vu, de l’inertie
que la société humaine oppose instinctivement et maladroitement à la
propagation révolutionnaire. Et tels sont quelques-uns des procédés les plus
employés de nos jours par l’adversaire pour vaincre cette inertie et neutraliser les
explosions auxquelles elle donne parfois naissance.

LA CITADELLE DE SION
Parmi les forces de réaction il faudrait pouvoir citer l’Eglise catholique.
Malheureusement elle est aujourd’hui neutralisée par un puissant réseau de
prélats progressistes qui, agissant en liaison avec les loges maçonniques et avec
certains milieux soviétiques, l’a enrôlée dans le camp de la contre-église, la
réduisant au rôle de courroie de transmission. Ils ont pris le pouvoir, à l’occasion
du dernier concile oecuménique grâce à un véritable coup d’Etat ecclésiastique
que les observateurs ont tout de suite comparé à la « révolution d’octobre » en
Russie. Il est bien évident que les forces de révolution installées ainsi au sommet
de l’Eglise ne se laisseront pas déloger. Elles entendent bien, et elles en ont les
moyens, demeurer désormais maîtresses du Siège apostolique.
Sous la dénomination de « Religion Catholique », les sociologues, les
journalistes, les historiens, les philosophes trouvent maintenant deux religions

distinctes : la religion pré-conciliaire qui se perpétue chez les traditionalistes et la
religion post-conciliaire qui modifie ses statuts mais que les pouvoirs publics
reconnaissent comme le seul véritable catholicisme. Ces deux religions se font la
guerre ; elles se déclarent incompatibles et elles s’excommunient l’une l’autre.
Le catholicisme post-conciliaire a abandonné l’ancien esprit, il est devenu un
corps vide d’âme ; il présente toutes les apparences de la mort.
Il s’agit là, cela ne fait aucun doute, de la crise sans précédent dont les
prophéties nous annoncent qu’elle doit s’abattre sur l’Eglise à l’approche de la fin
des temps. Crise que les textes sacrés décrivent comme l’abomination de la
désolation se tenant dans le lieu saint (Math XXIV, 15). Il doit y avoir alors sur la
terre une « grande tribulation », comme il n’y en a pas eu depuis le commencement
du monde (Math XXIV, 21).
Sommes-nous parvenus à cette phase terminale ?
Les prophéties de l’Ecriture sainte ne nous permettent pas de répondre à cette
question parce qu’observant l’Histoire de trop haut et de trop loin elles n’entrent
pas dans le détail de chaque époque. Pour y répondre, il faut recourir aux
prophéties de la révélation privée qui sont de moins grande amplitude mais qui
entrent dans plus de détails. Or elles sont unanimes à affirmer qu’avant les
tribulations dernières, la terre traversera une crise prémonitoire, identique dans
sa nature à la crise finale, mais atténuée quant à son intensité. C’est cette crise
prémonitoire qui secoue aujourd’hui l’Eglise. ll n’est donc pas étonnant qu’elle se
présente comme un corps qui a perdu son âme. Elle se trouve dans un état
semblable à celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ quand Il fut déposé au tombeau
; son corps était à la fois mort et divin ce qui paraît incompatible ; la Rédemption
est un mystère.
Il en est de même aujourd’hui de l’Eglise, qui est le corps mystique de Jésus-
Christ. Elle paraît morte puisqu’elle a perdu l’ancien esprit, mais elle reste divine ;
d’où les égards que nous devons conserver à cette charpente vide, nonobstant
l’indignation que provoque en nous les discours et les actes de ses grands prélats
et même de ses pontifes.
Il ne faut pas que cet état de chose nous scandalise. Les textes sacrés nous
avertissent de ce qui doit se passer précisément pour que nous n’en soyons ni
surpris ni troublés. Il faut que les scandales arrivent, malheur seulement à ceux
par qui ils arrivent. Conservons toute notre sérénité.
Notre-Seigneur a fait à l’Eglise des promesses de pérennité. Si ces
promesses avaient été destinées à mettre l’Eglise à l’abri de toute blessure et de
toute division, on peut dire qu’elles n’auraient pas été tenues car, de fait, l’Eglise a
été bien souvent blessée et divisée ; elle a perdu de grands lambeaux qu’elle n’a
jamais retrouvés (le schisme grec, l’hérésie protestante, la mort apparente
d’aujourd’hui). Les promesses de pérennité assurent seulement à l’Eglise qu’il se
trouvera toujours en elle un noyau vivant pour offrir une résistance à l’ennemi.
Il y aura toujours une citadelle qui ne se rendra pas. Le vaisseau de l’Eglise ne
sombrera jamais ; mais il pourra subir de graves avaries ; son commandant

pourra même être tué. La pérennité réside dans le donjon ; c’est pourquoi la mort
d’aujourd’hui n’est qu’apparente. Un noyau vivant subsiste qui est précisément la
minorité anti-conciliaire. Elle est la place forte de SION, la citadelle de Jérusalem.
La synagogue des Juifs avait déjà subi de semblables éclipses. La perte de
l’Arche d’Alliance, puis la captivité de Babylone étaient aussi des « morts
apparentes ».
Tel est le régime du Corps Mystique. Il n’est pas mieux traité que le Maître.
Les blessures profondes que l’Eglise ne pouvait pas éviter sont figurées, à la
Messe, par la Fraction de l’Hostie. La Messe est une prophétie qui contient en
résumé les phases de la vie de l’Eglise. La Fraction de l’Hostie représente les
déchirures qui l’ont lacérées.
Mais Dieu sauve ce qui va périr et qui ne dispose plus d’aucunes ressources
naturelles. C’est en cela qu’Il est Sauveur. Il étendra Ses mains sur la mer, Il
apaisera la tempête, et Il se fera un grand calme.

LA DYNAMIQUE INTERNE DE L’INFRASTRUCTURE RÉVOLUTIONNAIRE
Nous ne faisons pas ici oeuvre d’érudition. Nous ne cherchons pas à redire ce
que d’autres ont déjà dit bien mieux. Ce qui nous intéresse ce n’est pas la
description historique de la crise, ce sont les rapports de forces, c’est la
dynamique de l’appareil subversif et en particulier celle de son infrastructure
secrète.
Les congrégations initiatiques, entourées des innombrables associations qui
diffusent leur esprit, forment un immense réseau mondial dont le centre est
occupé par un maître d’oeuvre qui n’est autre que Lucifer lui-même. En lui
réside la force centrale et la force principale qui gouverne secrètement le monde.
Notre-Seigneur l’appelait du nom de « Prince de ce monde ». Ce réseau mondial,
du fait de son commandement unique, est animé d’une certaine unité de
manoeuvre, qui se fait sentir à long terme. Mais il présente aussi d’incontestables
discordances, et cela pour deux raisons : d’abord à cause de ses énormes
dimensions et aussi parce que Satan gouverne par la rivalité des membres ; son
royaume est divisé contre lui-même et le « Prince » utilise ces rivalités comme
forces d’émulation (par exemple l’émulation à l’empire mondial).
Ce qui fait l’unité entre ces membres rivaux, c’est la haine commune de
l’ennemi commun. Et l’ennemi commun c’est Notre-Seigneur et Ses oeuvres
terrestres dont la principale est l’Eglise, mais dont les royautés chrétiennes
d’ancien régime faisaient, elles aussi, incontestablement partie. Si graves que
soient, parmi les organisations de la contre-église, les rivalités des membres, elles
prennent fin devant l’ennemi commun. On observe un exemple typique de ce
phénomène dans la vie de Notre Seigneur : « Hérode et Pilate, qui étaient ennemis
auparavant, devinrent amis ce jour-là » (Luc XXIII, 1-2). Ils se sont réconciliés sur le
dos du JUSTE. Des réconciliations de ce type renaissent toujours au sein des
forces de révolution. Il faut s’attendre en permanence, à en faire de nouvelles
expériences.

La dynamique interne de l’infrastructure révolutionnaire présente une autre
particularité : c’est la cohabitation de deux tendances, contradictoires en
apparence, mais qui, en fait, se partagent le travail : la tendance rationaliste et la
tendance spiritualiste. Ce sont les deux jambes sur lesquelles la maçonnerie
progresse ; elle avance tantôt l’une, tantôt l’autre ; elle met en oeuvre et privilégie
alternativement, l’une ou l’autre tendance ; mais il faut bien se souvenir que les
deux étaient présentes en elle dès sa fondation.
Certaines loges se sont spécialisées dans les disciplines scientifiques et
rationnelles, développant en même temps le scepticisme agnostique ; c’est le cas,
par exemple, des loges qui ont abrité les encyclopédistes, puis de celles qui ont
engendré les socialistes, donnant ainsi l’impulsion aux grandes révolutions du
XIXè siècle. Cette tendance s’est concrétisée dans le Grand Orient. Cette
maçonnerie politique travaille dans l’ordre temporel.
Une autre famille de loges travaille dans l’ordre spirituel et religieux. Elles
cultivent l’esprit gnostique et kabbalistique. Après s’être perpétuées en sourdine
pendant la période de l’anticléricalisme militant, les loges « Spiritualistes » ont repris
une grande importance depuis la stimulation que lui ont procuré des hommes
comme R. Guénon. On pense en général que cette tendance religieuse se
concrétise dans la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale
Française. C’est là que s’élaborent les forces de la Nouvelle Droite et de la
nouvelle gnose.
Organisme essentiellement « pluraliste », l’ordre maçonnique mène de front
plusieurs politiques à la fois. Ainsi peut-il s’adapter non seulement aux fluctuations
imprévisibles des événements et de l’opinion publique, mais encore pratiquer l’art
royal, c’est-à-dire l’art du gouvernement secret, et passer d’une phase à l’autre
du Grand OEuvre. Elle passe du « solve » au « coagula » : d’Émile Combes qui
dynamite le catholicisme, à René Guénon qui construit l’ésotérisme transcendant.
On se souvient que ces deux phases correspondent aux deux prétentions
distinctes de Lucifer qui sont de faire de l’Antéchrist non seulement le Roi du
monde mais le Pontife Universel.
La phase politique du travail a été menée à bien par la maçonnerie rationaliste,
jacobine, matérialiste, scientifique, anticléricale, socialiste et athée qui a actionné
le cycle révolutionnaire et ses étapes successives : 1789-1830-1848-1871-
1917. Les monarchies chrétiennes ont été remplacées par des républiques
et la république universelle a reçu les bases qu’il ne reste plus maintenant qu’à
consolider.
Pendant le même temps, la maçonnerie spiritualiste s’est infiltrée dans
l’Eglise où elle a organisé d’abord un réseau moderniste, puis plus
récemment un réseau gnostique. Ce double réseau, orchestré par la même
main, a rongé la hiérarchie ecclésiastique laquelle est maintenant réduite à
l’impuissance. La maçonnerie n’a plus aucune réaction à redouter de la part de
l’Eglise officielle et conciliaire. Elle l’a définitivement enrôlée et elle en a fait son
auxiliaire. Sauf un miracle de résurrection, cette situation est canoniquement

irréversible car il n’y a plus aucune instance ecclésiastique qui échappe au
contrôle de la maçonnerie. Le Concile, le Synode, la Curie, le Conclave et le
Siège apostolique lui-même, tout est entre ses mains.
Bref la République Universelle est constituée et l’Eglise est hors d’état de
nuire. Mais les buts du démon ne sont pas atteints. Il faut d’abord transformer la
République Universelle en Empire Sacral pour que l’Antéchrist puisse ceindre la
couronne, si longtemps convoitée, de « Roi du Monde ». Et il faut ensuite remplacer
la religion catholique par la Religion Universelle dont l’Antéchrist sera le pontife
et dont Lucifer sera le Dieu :
« Je monterai dans les cieux ; j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de
Dieu. Je m’assiérai sur la montagne du testament, dans les profondeurs du
septentrion ;je monterai sur le sommet des nuées, je serai semblable au Très-
Haut » (Isaïe XIV, 13-14).
Le socialisme absolu et universel n’est pas encore complètement mis en place,
le rouleau compresseur du soviétisme athée n’est pas encore passé partout, que
déjà (et depuis longtemps car le démon est prudent) la maçonnerie prépare, sous
l’impulsion de ses spiritualistes, une phase gnostique pour sacraliser le pouvoir
socialiste et pour répandre, par la gnose moderne, une véritable religion
luciférienne.
Il était nécessaire de consacrer un paragraphe à récapituler la dynamique
interne de l’infrastructure révolutionnaire.

LES DEUX CORPS MYSTIQUES
Nous savons tous fort bien que nous appartenons au « Corps mystique du
Christ » et que nous sommes mêlés aux combats qui Lui sont imposés, non
seulement au for interne, c’est-à-dire secrètement et à titre individuel, mais encore
AU FOR EXTERNE, c’est-à-dire publiquement et à titre collectif. Aussi aimeronsnous
comprendre la nature, l’origine et les finalités de l’armée dont le sacrement
de confirmation nous a fait les soldats. Le « miles Christi » (le soldat du Christ)
servira d’autant mieux la cause de son chef qu’il aura une connaissance plus
exacte de la milice dont il fait partie.
Les deux semences originelles, la semence de la femme et la semence du
serpent, ont prodigieusement proliféré. Elles ont donné naissance à deux
immenses « corps mystiques » antagonistes que saint Augustin définit comme deux
Cités, la Cité de Dieu et la Cité de Satan, et que saint Ignace de Loyola place
sous deux étendards opposés. Le Magistère romain a donné une forme définitive
à cette importante doctrine :
« Depuis que, par la jalousie du Démon, le genre humain s’est
misérablement séparé de Dieu, auquel il était redevable de Son appel à
l’existence et des dons surnaturels, il s’est partagé en deux camps ennemis,
lesquels ne cessent pas de combattre, l’un pour la vérité et pour la vertu,
l’autre pour tout ce qui est contraire à la vertu et à la vérité ». (Léon XIII,
Humanum Genus).

Ces deux camps ennemis sont deux « corps » qui se comportent comme DEUX
JUMEAUX INVERSES dont l’humanité est porteuse et dont elle va enfanter : « …
la création tout entière gémit et souffre les douleurs de l’enfantement » (Rom. VIII,
22). Les « chefs » de ces deux corps, c’est-à-dire les têtes de ces deux postérités,
sont le Christ et l’Antéchrist. Le Christ est apparu avant l’Eglise, Il a donc précédé
Son corps mystique, comme c’est le cas pour un enfant qui se présente bien et
qui est destiné à la vie. L’Antéchrist, au contraire, paraîtra après son corps
mystique, il viendra en dernier, à la fin des temps, comme chez un enfant qui se
présente mal et qui meurt après sa naissance. Pendant tout le temps de leur
gestation, ces deux corps auront été inversés. Ils auront été des frères ennemis.
Pourquoi deux corps jumeaux ? Pourquoi ce double enfantement ? On ne peut
en donner qu’un début d’explication car la véritable cause de cette dualité se perd
dans le mystère d’iniquité.
En raison du déséquilibre provoqué par la chute, l’humanité a pullulé outre
mesure. Elle a été le siège d’une prolifération intempestive parce que les forces
de la nature, au lieu d’être domptées par la « discrétion » surnaturelle, se sont
dévergondées : « …Je multiplierai tes grossesses ». (Gen. III, 16). Le nombre final
des hommes venus à l’existence sera, en fait, très supérieur à celui qui était
nécessaire pour recruter le choeur des élus ; tous les hommes ne seront pas élus,
il se sera formé, au cours de l’Histoire terrestre, un déchet humain, autrement dit
un corps de réprouvés. C’est à ce corps que nous avons donné le nom de
« corps mystique de l’Antéchrist », dénomination assez peu utilisée, il faut le
reconnaître, mais qui n’est pas répréhensible et qui est très explicative.
Les deux corps mystiques antagonistes ont été représentés, au calvaire, par
les deux larrons. lis sont deux frères séparés par la Personne de Notre Seigneur.
Celui de gauche représente le vieil homme dont saint Paul nous demande de
nous dépouiller, celui de droite représente l’homme nouveau dont il veut que
nous soyons revêtus.
Si maintenant, au lieu de considérer l’Histoire humaine dans son ensemble,
nous regardons séparément les périodes des deux Testaments, voici ce que nous
observons. Toute l’Histoire du monde antique a été conditionnée par la formation
de la Personne physique de N-S J-C, formation qu’il s’agissait de mener à bon
terme. Tous les événements de cette période, même ceux qui lui paraissent les
plus étrangers, aussi bien chez les Juifs que parmi les nations de la gentilité,
étaient subordonnés à la formation de cette personne physique, qui devait être
d’une importance universelle. C’est ce que l’on exprime quand on dit que l’Ancien
Testament était charnel. Il s’agissait d’aboutir à l’Incarnation. Les prières des
Justes de l’Ancienne Loi ont mérité la venue de la Vierge Marie. Et les prières de
la Vierge Marie, parce qu’elles étaient suffisamment immaculées et intenses,
ont mérité la venue du Verbe Incarné.
Quant au Nouveau Testament, il est spirituel. Sous l’empire de la Nouvelle
Loi, l’Histoire du monde est conditionnée par la constitution du corps spirituel,
c’est-à-dire du « corps mystique » de Notre-Seigneur. Le monde est invisiblement

gouverné par Jésus-Christ de telle sorte que pas un événement ne s’y produit qui
ne soit subordonné à cette constitution. L’action du démon, elle aussi, y concourt
indirectement et finalement, car Jésus-Christ possède le haut domaine sur tout,
même sur le royaume du « Prince de ce monde ».
Nous qui arrivons aux approches de la fin des temps, nous sommes destinés
à combattre pour l’achèvement de l’Église qui est le corps mystique de Notre-
Seigneur. Si Dieu nous fait participer à ce combat, c’est qu’il est difficile. Il ne faut
pas nous étonner qu’aujourd’hui ce soit l’Eglise, sa nature, son existence, sa
survie, qui soient particulièrement remises en question. Tel est le combat de
notre génération. Tel est notre lot. Il n’est pas indifférent pour notre état d’esprit
et pour notre « moral » de combattant de savoir à quelle phase de la bataille nous
sommes réservés : témoigner de la divinité de l’Eglise, corps mystique de
N.S.J.C.

LES FLUCTUATIONS DE LA BATAILLE
Nous avons acquis une double certitude : l’existence sur cette terre des deux
cités antagonistes et de la guerre entre ces deux cités. Il ne s’agit pas d’une
opposition immobile ; il y a bataille. Dans l’affrontement de ces deux armées, on
va constater des fluctuations, c’est-à-dire des alternances d’avances et de reculs.
Quand l’étendard de Bélial progresse, celui du Christ bat en retraite. La chrétienté
a reculé devant les étendards du Prophète Mahomet. Puis la situation s’inversa
et les croisés, reprenant l’offensive, fondèrent le royaume Franc de Jérusalem et
le maintinrent pendant un siècle. Ensuite, de nouveau un grand impie, Luther, fit
subir une grande défaite à la cité de Dieu.
Pourquoi Jésus-Christ accepte-t-Il ces fluctuations et ces reculs périodiques ?
Il semblerait plus logique que Son avance soit constante puisqu’il est
incomparablement plus fort que Son adversaire. Pourquoi modère-t-Il ses forces
jusqu’à leur donner cette équivalence avec celles de Bélial ? Ceux qui sont mêlés
à la bataille chercheront à répondre à cette question qui les concerne de près.
Nous savons que « le Père a remis au Fils le jugement tout entier ». (Jean, V,
22). Mais le Fils est le Juste Juge. Il est juste avec toute créature même avec le
démon. Il lui rend, comme à toute créature, ce qui lui est dû. Or quand le démon
fait trébucher un homme et le conduit à transgresser la loi, il obtient des droits
sur cet homme et il fait de lui son esclave. Le péché nous rend esclave de Satan,
enseigne le petit catéchisme. Le « Juste Juge » respecte les droits que Satan s’est
acquis sur ses esclaves. Et quand il veut les libérer de leur esclavage, le
Sauveur verse une rançon ; il paye le prix du rachat : tel est le sens du mot
rédemption. La rançon des péchés du monde c’est le Précieux Sang. Le
Sang de l’Agneau immolé est dit « précieux » parce qu’il est une monnaie
irremplaçable.
Quand la masse des péchés augmente, la masse des droits acquis par le
démon augmente aussi et le Christ, qui est juste, permet à l’étendard du démon

d’avancer en territoire chrétien. L’actuelle victoire de Satan sur l’Eglise a pour
cause première l’irréligion de l’homme moderne. Mais alors le Sauveur
surenchérit en miséricorde : là où le péché abonde, la Grâce surabonde et de
nouveau Vexilla Régis prodeunt, les étendards du Roi avancent. Les fluctuations
de la bataille proviennent de cette lutte entre les efforts de Satan pour faire chuter
les hommes et les largesses de la miséricorde divine : « mirifica nos misericordias
tuas qui salvos facis sperantes in te ». Émerveillez-nous par Vos miséricordes
Vous qui sauvez ceux qui espèrent en Vous.
Après chaque victoire de Jésus, le diable redouble d’énergie pour se venger.
C’est ainsi qu’il déclara un jour à saint Martin qu’il serait toujours sur ces traces et
qu’il prendrait sa revanche de toutes les défaites que « l’apôtre des Gaules » lui
aurait infligées. Et en effet on peut remarquer que les deux grands impies que
l’enfer a suscités contre l’Eglise, Mahomet et Luther, sont tous les deux des « antimartins ».
Mahomet est né un 11 novembre en la fête de saint Martin. Quant à
Luther, il portait le prénom de Martin. Le diable a signé la vengeance qu’il s’était
promis d’exercer.
Mais s’il en est ainsi, il semblerait que Jésus laisse à Bélial l’initiative des
opérations et qu’il pratique une stratégie de simple riposte. En réalité il n’en est
rien. Pendant la période qui va de la chute à l’Incarnation, on peut dire que Bélial
régnait paisiblement sur le monde. Ce règne paisible était fait pour durer jusqu’à
l’Avènement glorieux de l’Oingt du Seigneur, heure à laquelle il faudrait retourner
à l’abîme. Or voilà que le Christ descend sur la terre humblement et à l’improviste,
comme un bon général qui attaque par surprise : « Tu es venu pour nous
tourmenter avant le temps » disait un possédé à Jésus. Il venait, en effet, en
conquérant, car Il est « Roi par droit de naissance », mais Il l’est aussi par droit de
conquête. Il est bien évident que cette conquête nécessite une bataille. C’est en
cela que J.-C. est signe de contradiction (Luc. II, 34) et qu’Il est venu apporter non
la paix mais le glaive (Math. X, 34).
Après l’Incarnation la bataille va devenir acharnée. Satan, comprenant que la
fin de sa principauté terrestre est proche et qu’il ne lui reste plus que peu de
temps, va décupler son énergie. L’affrontement va s’intensifier. Les reculs et les
avances vont se creuser davantage. Et le monde sera, de plus en plus, ou tout
bon ou tout mauvais jusqu’à la séparation finale des deux corps mystiques, l’un
dans la Jérusalem céleste, l’autre dans l’étang de feu.
Aujourd’hui nous ne pouvons pas nous dissimuler que nous sommes plongés
dans une phase de débâcle des armées du Christ. L’apparition de l’Antéchrist
est-elle donc imminente ? Beaucoup de chrétiens se posent avec raison cette
question. Nous verrons plus loin quelle réponse on peut lui donner.

DEUX MÂCHOIRES INÉGALES
Dès ses premières manifestations, la pensée humaniste s’est divisée en deux
courants : le courant démocratique dont on a longtemps désigné Bodin (l’auteur

du « Contre-Un ») comme le porte-drapeau, et le courant oligarchique qui
reconnaît Machiavel (l’auteur du « Traité du Prince ») comme son chef de file. Ces
deux courants de pensée se sont perpétués jusqu’à nous, chacun restant fidèle à
sa logique initiale, et ils ont donné naissance à deux puissantes forces politiques
qui ont coopéré à l’investissement de l’Église et de la Chrétienté temporelle. Les
forces d’investissement se sont tout naturellement divisées en deux corps
d’armée, le démocratique avançant par la gauche et l’oligarchique occupant la
droite du dispositif. Mais ces deux corps d’armée ont été très inégaux quant à leur
volume et quant à leurs fonctions respectives.
C’est l’aile marchante de gauche qui a été, jusqu’à maintenant tout au moins,
la plus importante et la plus active. Sa manifestation finale est le soviétisme. Le
régime soviétique représente la quintessence de l’humanisme démocratique. Il se
proclame l’humanisme intégral ce qui est exact en ce sens qu’il est dans le droit
fil de l’utopisme de la Renaissance. Les historiens du soviétisme font remarquer
que l’on retrouve ses principes dans la « Cité du Soleil » de Campanella, dans
« l’Utopie » de Thomas More et dans « La Nouvelle Atlantide » de Francis Bacon.
Mais comment est-on parvenu à construire effectivement cette « Cité des
Nuées » et à lui procurer une telle durée ?
L’édification de l’humanisme intégral soviétique est l’aboutissement d’une série
de révolutions qui ont fini par abattre la royauté de droit divin, issue de la
Sainte Ampoule et dans laquelle l’autorité venait d’En-Haut, et qui l’ont remplacé
par le régime de la souveraineté populaire dans lequel l’autorité vient d’En-Bas.
Le démocratisme se présente comme une philosophie optimiste c’est-à-dire
fondée sur l’excellence de la nature humaine et de ses « élans généreux ».
La droite du dispositif d’investissement est occupée par le corps d’armée
oligarchique et machiavélique. Il joue le rôle de dispositif de sécurité. Il
intervient quand la société que l’on soumet au processus traumatisant de la
révolution en arrive à réagir avec trop de violence. Les machiavéliques prennent
alors la tête de la réaction en mettant en avant leurs doctrines oligarchiques (c’est
à dire élitistes) ; ils lui tracent une trajectoire qui ne remonte pas jusqu’aux droits
divins et qui sauvegarde au contraire les principales acquisitions
révolutionnaires. C’est une soupape qui laisse passer, pendant un temps, une
partie du liquide qui refoule, mais qui finit par l’arrêter. Le machiavélisme se
présente comme une doctrine pessimiste aux regards de laquelle l’homme est
foncièrement mauvais et réclame l’intervention d’une élite lucide et ferme pour la
discipliner. C’est une sorte de stoïcisme.
La pince qui a enserré la Cité chrétienne comporte donc deux mâchoires
inégales : une énorme à gauche pour procéder à un mouvement tournant et une
petite à droite pour éviter d’être débordé par la violence de la réaction instinctive.

LA PRISE DU POUVOIR PAR L’INSURRECTION

Les diverses écoles du socialisme sont unanimes quant aux finalités à
atteindre : l’organisation d’une société sans classes et sans État. Mais elles
divergent sur les moyens à employer pour parvenir à ce résultat. Le socialisme
réformiste pense y arriver grâce à une série de « socialisations » progressives ;
cette tendance était déjà celle des mencheviks ou « minimalistes » qui se
contentaient d’objectifs partiels ; elle convient aux tempéraments prudents. Le
socialisme révolutionnaire veut transformer toutes les institutions d’un seul coup
par la prise insurrectionnelle du Pouvoir ; c’était le programme des bolcheviks ou
« maximalistes » qui exigeait la totalité du socialisme tout de suite ; cette tendance
convient aux tempéraments aventureux et pugnaces. Les deux méthodologies,
réformiste et révolutionnaire, ont toujours coexisté ; elles ont toutes les deux été
nécessaires à la progression du socialisme.
L’insurrection est la manifestation majeure de la souveraineté populaire. Elle
constitue un signe sans équivoque de l’autorité qui vient d’En-Bas. Elle reste par
la suite un épisode historique d’un symbolisme puissant. L’insurrection est une
opération politico-militaire qui demande, de la part de ceux qui la dirigent,
beaucoup d’expérience et d’énergie. Les deux maîtres en la matière sont Lénine
et Trotsky ; ils ont réussi, en octobre 1917 à Saint-Pétersbourg, une insurrection
qui demeure le modèle du genre. Voici, d’après Lénine, les grandes lignes de la
tactique insurrectionnelle.
1. – Le prolétariat, dont l’avant-garde est formée par le parti communiste, doit
s’armer. L’acte préparatoire essentiel de l’insurrection est l’armement du
prolétariat. Il doit être réalisé systématiquement : pillage des arsenaux et des
magasins de régiments…
2. – Les facultés combatives du prolétariat ne doivent pas être surestimées. Il
ne passera à l’insurrection que le jour où il n’y aura absolument plus d’autre
issue à la crise. Il faut qu’il ait le dos au mur : ou il succombe à la répression, ou
il tente l’insurrection.
3. – L’appareil politique du parti doit procéder, avant l’insurrection, à la
paralysie du gouvernement bourgeois, de telle sorte que la prise du Pouvoir
par le prolétariat armé ne soit plus qu’un coup de poing à un paralytique.
4. – L’agitation politique et syndicale doit être maintenue pour créer une
situation révolutionnaire ascendante. En particulier il faut s’efforcer de
transformer la guerre étrangère en guerre civile et cela en créant des difficultés
au gouvernement bourgeois déjà empêtré dans la guerre étrangère.
5. – On profitera de cette agitation préparatoire pour faire, sur le terrain et en
vraie grandeur, des répétitions « incognito » de certaines phases partielles de la
manoeuvre insurrectionnelle, par exemple la prise du central téléphonique…
6. – On déclenchera l’insurrection à l’apogée de la révolution ascendante,
c’est-à-dire au moment où la paralysie maxima de l’Etat Bourgeois coïncidera
avec l’échauffement maximum des esprits dans les milices prolétariennes.
7. – Le choix des objectifs insurrectionnels doit être fait avec beaucoup de
réflexion. La tendance d’alors (1917) était de privilégier les grosses installations
d’intérêt public comme par exemple les gares de triage, les centraux

téléphoniques, les usines à gaz… et de négliger, dans un premier temps tout au
moins, les palais gouvernementaux, réputés moins essentiels.
8. – Il vaut mieux obtenir un effet de masse sur un petit nombre de points que
de se disperser. Il ne faut attaquer que sur les points où l’on dispose de la
supériorité numérique.
9. – Il faut conserver la mobilité tactique. Il ne faut pas construire de barricades.
La barricade est la mort de l’insurrection. Une insurrection qui se barricade ne
prend pas le pouvoir.
Tels sont les points principaux de la tactique léniniste de l’insurrection armée.
Lénine avait méticuleusement analysé les causes des échecs passés, ceux de la
Commune de Paris, ceux de la révolution de 1905 en Russie. Il avait pu le faire en
toute tranquillité d’esprit parce qu’il avait su réaliser, avec quelques amis, le
professionnalisme révolutionnaire. Lénine était un révolutionnaire
professionnel. Il avait fait de la révolution son principal métier. Il n’avait pas de
profession si ce n’est celle d’agitateur international.
L’application correcte de la tactique insurrectionnelle ne dépend que du parti
communiste. Elle suffit pour prendre le Pouvoir. Mais il est plus facile de prendre
le Pouvoir que de le conserver. Pour le conserver il faut qu’interviennent deux
circonstances favorables qui ne dépendent pas du parti communiste.
1. – L’aide intérieure apportée par l’action préparatoire des réformistes. La
nécessité de cette action préparatoire était connue de K. Marx qui avait établi les
fameux « Douze Points de Socialisation » destinés à faciliter la mutation du régime
dès le lendemain de la prise du Pouvoir ; il insistait sur la nationalisation des
grandes entreprises.
2. – L’aide extérieure apportée par ce qu’il faut appeler la connivence
internationale. Aucune révolution durable n’est possible sans des appuis
internationaux, lesquels sont nécessaires surtout en matière de financement.
Bref la révolution prolétarienne dans un pays dépend tactiquement du parti
communiste local et stratégiquement de la collaboration des « forces secrètes de
révolution », lesquelles sont internationales.

LA GUERRE RÉVOLUTIONNAIRE ET SES VARIANTES
Les techniques de prise du Pouvoir ont considérablement évolué depuis
Lénine. En 1917, le parti communiste bénéficiait, dans les couches profondes de
la population russe, d’une présomption favorable. On voyait en lui le parti qui
faisait aboutir les revendications des plus défavorisés. Mais depuis l’installation du
régime soviétique, la dictature du prolétariat ne peut plus masquer sa véritable
nature. Dès lors elle fait peur car il est devenu patent qu’elle est organisée pour
l’extirpation des moeurs traditionnelles et pour l’extermination de ceux qui s’en
réclamaient. Et de fait l’historien constate que, dans les pays qui sont
immédiatement menacés par le communisme en expansion, la panique s’empare
de la population qui fuit quand elle le peut encore avant de voir le rideau de
barbelés se refermer sur elle.

Ce processus de répulsion instinctive en face du communisme est l’une des
grandes constantes de la société contemporaine. C’est lui qui a engendré le
fascisme qui est certes une manifestation pseudo-réactionnaire mais qui s’est
montré très efficace, sur certains théâtres d’opération, contre la contagion
communiste. Dans le fascisme, l’Etat bourgeois abandonne la forme libérale et
parlementaire pour prendre une forme autoritaire. Il en résulte qu’il ne se laisse
plus « paralyser » et que par conséquent l’insurrection rouge perd son principal
facteur de réussite.
L’insurrection à la Lénine, est devenue pratiquement impossible de sorte que
l’agent décisif de l’expansion révolutionnaire mondiale reste L’ARMÉE ROUGE.
Pour soviétiser un pays, il faut soit faire peser sur lui une menace d’invasion
militaire immédiate, c’est alors le procédé du Coup de Prague, soit l’envahir
militairement, c’est alors la guerre révolutionnaire. On peut poser comme règle
générale que, sauf circonstances particulières, un pays ne peut désormais passer
au communisme que s’il est occupé militairement.
On connaît les circonstances générales du Coup de Prague. Quelques
semaines avant la capitulation allemande du 8 mai 1945, l’armée américaine
ralentit sa progression vers l’Est afin de laisser aux Russes le temps d’entrer les
premiers à Prague. Les Soviétiques prirent possession de la Tchécoslovaquie que
Roosevelt leur avait attribuée. Ils y installèrent un gouvernement de coalition au
sein duquel l’influence et l’importance de la participation communiste ne cessa de
grandir. Quand, en février 1948, cette participation fut jugée satisfaisante, les
Soviétiques rapprochèrent encore de Prague leurs unités d’occupation. En même
temps ils organisèrent dans la ville une série de manifestations syndicales qui
donnèrent naissance à des « comités d’action locales » pour faire pression sur
Bénès. Le 23 février plusieurs cortèges importants convergent vers le centre de
Prague. Le 24 février les journaux sont censurés par les communistes qui
abolissent en fait la liberté de presse. Le 25 Bénès capitule. Le 26 février 1948 le
nouveau régime, purement communiste, s’installe et les purges commencent.
Ainsi, en quelques jours, sous la menace de l’Armée rouge, Prague est passé à la
« démocratie populaire ». Avec des variantes de détail, c’est le même processus qui
a été employé en Pologne, en Hongrie, en Roumanie, et en Bulgarie.
Quand la menace ne suffit pas, on a recours à la guerre révolutionnaire.
C’est une combinaison de la guerre étrangère avec la guerre civile. Le
principe de cette forme de guerre est le suivant : l’armée communiste avance,
dans le pays qu’elle désire conquérir, non pas en tant qu’armée d’invasion, mais
comme si elle était une véritable armée de libération. Pour rendre vraisemblable
un tel travestissement, le parti communiste du pays qui est envahi procède au
soulèvement de la population (tout au moins de ses éléments prolétariens) contre
son propre gouvernement, et cela surtout dans les zones qui sont proches du
front militaire. L’avance de l’armée communiste d’invasion (soi-disant de
libération) est calculée de telle sorte qu’elle coïncide avec les soulèvements
successifs des éléments prolétariens du pays à soviétiser. L’avance militaire se
propage ainsi de ville insurgée en ville insurgée, apparaissant chaque fois, non

plus comme une force d’invasion qu’elle est réellement, mais comme une force de
libération.
La guerre révolutionnaire la plus typique est celle de Mao-Tse-Toung pour la
conquête politico-militaire de la Chine. Elle n’est possible que dans les pays qui
ont, avec l’U.R.S.S., une frontière commune par où faire passer l’aide logistique,
au moins dans les débuts. Quand le pays à communiser est éloigné de toute base
soviétique, il faut organiser des maquis, qui sont des « ilots » insurgés en territoire
non-insurgés, et mettre en place une armée de guérilla, accompagnée
éventuellement d’un gouvernement provisoire. Mais alors l’aide logistique, faute
d’une frontière commune, est beaucoup plus difficile à acheminer. La tactique du
maquis communiste est actuellement très largement utilisée, dans le monde
entier, sous le nom de Front de Libération. Les cartes tenues à jour font
apparaître un véritable réseau mondial de maquis communistes en fonction ou en
formation.
On distingue deux sortes de guérillas qui n’ont pas les mêmes règlements
militaires : la guérilla urbaine et la guérilla rurale, leur modalité d’action et surtout
leur recrutement ne sont pas les mêmes. Mais, dans les deux cas, le but est de
former une armée de libération nationale dont le processus politico-militaire ne
diffère pas essentiellement de la « guerre révolutionnaire » à la chinoise.
On observe donc, depuis 1917, toute une « famille de révolutions » dans laquelle
on ne sait ce qu’il faut admirer le plus ou la continuité ou l’esprit d’adaptation.
Quelles nouvelles formes peuvent alors revêtir les manifestations communistes
dans leur expansion mondiale ? Quelles surprises nous réserve-t-on, dans la
phase qui vient, quand il va s’agir de soviétiser l’Europe de l’Ouest ? Pour
répondre à cette question, il faut bien comprendre que cette expansion ne dépend
pas uniquement des centres de décisions moscovites. Nous savons que des
complicités mondiales n’ont jamais cessé de patronner les révolutions
communistes. Il existe des forces secrètes de révolution dont la stratégie n’est
pas facile à connaître.

LE PROCHAIN SCÉNARIO
L’investissement soviétique de l’Europe est méthodique mais lent. Le serpent
fait de larges méandres avant d’attaquer. Quand il passera à l’offensive ouverte,
sous quelle forme se manifestera-t-il ? Une insurrection syndicale armée à la
Lénine, un « Coup de Prague » avec menace d’invasion militaire, une « Guerre
révolutionnaire » à la Mao, ou bien encore une combinaison de tout cela ?
Il faut se souvenir qu’il y a plusieurs étages dans les forces de l’humanisme
démocratique, c’est-à-dire dans les forces qui composent la grande mâchoire de
la pince dont nous avons parlé, autrement dit l’aile marchante qui déborde la
Chrétienté par la gauche. A l’étage supérieur sont les éléments visibles du
communisme que tout le monde connaît : les partis communistes locaux, les
syndicats de lutte de classes, la diplomatie et l’armée rouge, les services de
renseignements, les banquiers soviétiques…

A l’étage directement au-dessous, et moins visibles par conséquent viennent
les aides que le soviétisme a suscité lui-même autour de lui. Parmi ces aides,
figurent d’abord le monde crypto-communiste avec ses taupes, monde dans
lequel il faut placer le pacifisme et le terrorisme. Figurent aussi parmi ces aides,
les alliances conclues avec l’Islam, avec l’Eglise et avec le Judaïsme.
Ce n’est un secret pour personne que les organisations pacifistes (les plus
typiques sévissant en Allemagne) sont contrôlées par les communistes. Elles leur
apporteront, en cas de conflit ouvert, une aide considérable, en majorant les effets
psychologiques de la menace militaire et en faisant pénétrer dans le public la
mentalité « plutôt rouge que mort ».
Quant aux réseaux terroristes ils sont tous soumis, en dernière analyse, à
l’impulsion soviétique, à travers des relais trotskistes. Les mystiques
nationalistes invoquées ne sont que des véhicules et des prétextes. Aucun de ces
réseaux n’échappe à la surveillance communiste, que ce soit ceux des « minorités
opprimées » (corses, basques, irlandaises, catalanes) ou ceux du type islamique.
Pour le moment nous assistons seulement à un « terrorisme de déstabilisation ».
Mais, en cas de guerre, il viendrait s’y ajouter un « terrorisme de 5è colonne »,
actionné par l’armée rouge à des fins militaires.
L’U.R.S.S. a depuis longtemps l’habitude des populations musulmanes. Elle a
même réalisé, avec l’Islam, une symbiose, temporaire certes mais fructueuse. Les
républiques démocratiques islamiques sont le résultat de cette alliance. L’ennemi
commun qui fait le lien de cet accord, c’est l’Europe riche et chrétienne. Pour
investir l’Europe, il faut tenir les rivages Sud de la Méditerranée et donc
s’entendre avec les Musulmans, lesquels, et c’est une aubaine inestimable,
fournissent aussi des troupes insurrectionnelles potentielles par leur émigration
massive en direction de la France, émigration qui peut valablement suppléer à
l’embourgeoisement des « masses prolétariennes ». L’alliance soviéto-islamique est
donc soudée au moins pour les premières phases de la soviétisation européenne.
Mais elle deviendra fragile quand le problème de la religion universelle se posera.
L’U.R.S.S. a conclu aussi une alliance avec le Saint-Siège. C’est l’Ost-
Politik de Paul VI, à laquelle Jean-Paul Il a donné suite. L’Eglise pense ainsi
assurer sa survie pour le cas d’une soviétisation universelle qui est de plus en
plus prévisible. Elle se contente de poser comme condition que l’U.R.S.S. atténue
son totalitarisme et entame une évolution vers le pluralisme, évolution qui est
également demandée par la franc-maçonnerie.
Les rapports de l’U.R.S.S. avec le judaïsme sont compliqués parce qu’il y a
deux judaïsmes. Il y a l’Etat d’Israël et il y a la Diaspora. Envers l’Etat d’Israël,
l’U.R.S.S. mène une politique calquée sur celle des Arabes parce qu’elle a besoin
d’eux sur le pourtour méditerranéen. Quant à la Diaspora, elle voit sans déplaisir
se réaliser, grâce en partie au collectivisme marxiste, la concentration
progressive du capital mondial sur lequel elle compte bien un jour mettre la
main.
Ainsi, grâce à ses propres organismes officiels, grâce au cryptocommuniste,
grâce enfin aux forces secrètes de révolution, l’U.R.S.S. bénéficie, dans le monde

entier, d’un appareil de connivence qui rend possible, sinon probable, la dernière
opération de l’humanisme de gauche, c’est-à-dire le passage sur l’Europe du
rouleau compresseur soviétique.

ORTHO, SEMI, PSEUDO
Deux préfixes grecs (ortho et pseudo) et un préfixe latin (semi) vont nous servir
à décrire et à distinguer trois attitudes réactionnaires.
Le soviétisme se donne, par la voix de ses doctrinaires les plus officiels, nous
l’avons vu, comme l’humanisme intégral, c’est-à-dire comme l’humanisme
poussé jusqu’à ses conséquences ultimes. Et il donne les utopies de la
Renaissance comme ses lointains et véritables modèles. Nous ne pouvons que lui
donner raison sur ce point.
Pour trouver de solides assises historiques, doctrinales et juridiques contre le
soviétisme, qui est notre ennemi majeur du moment, nous devons remonter en
amont de l’humanisme. Si nous restons en aval, la logique et la force de gravité
nous feront glisser de nouveau vers une quelconque république utopique.
Mais alors jusqu’où allons-nous devoir remonter pour échapper à cette
glissade ?
Tous les traditionalistes d’aujourd’hui le savent : il faut, si l’on veut trouver
un terrain solide, remonter jusqu’au sacre de Clovis par saint Remy, à
Reims, le jour de Noël 496. C’est là que la race de nos rois a été désignée par
Dieu qui a envoyé une huile céleste pour servir désormais de sacramental pour
le sacre. C’est à ce moment-là que Dieu a fondé une autorité temporelle
chrétienne pour être le rempart et l’épée de la Sainte Eglise. C’est jusque là
qu’il faut remonter pour trouver une base ferme de raisonnement.
On peut remarquer que, par la suite, Dieu est resté fidèle à l’institution dont Il
avait Lui-même établi les fondements. Quand la France a été blessée dans la
bataille de l’Histoire et qu’il y eut lieu de la restaurer, Dieu l’a toujours fait de la
même manière : en restaurant l’institution royale. L’exemple le plus typique de
ces restaurations est celui qui fut donné par Jeanne d’Arc quand, en 1429, elle fit
sacrer Charles VII à Reims. On a observé que le mot « Arc » est formé par les
initiales de l’expression « Auxilium Régis Christianissimi » ; Jeanne d’Arc fut en effet
le « Secours du Roi très chrétien ».
Des historiens traditionalistes de valeur ont donné corps à ces notions à la fois
religieuses et juridiques, de sorte qu’il s’est constitué, à l’opposé de l’esprit
humaniste et révolutionnaire, un courant de pensée, aujourd’hui en pleine
expansion que l’on appelle la légitimité.
Les esprits qui appartiennent à « la légitimité » font remonter les principes du
pouvoir royal à Clovis lequel, d’un seul coup et dès l’origine, a donné ses limites
naturelles au territoire français ; il lui a donné le nom de France, car avant lui il
portait celui de Gaule ; il lui a donné sa Religion sur les pieuses instances de
sainte Clothilde et contre les Wisigoths ariens ; et il lui a mérité son titre de Fille

Aînée de l’Église puisqu’elle a été la première nation baptisée faisant profession
de nation chrétienne avec un roi chrétien à sa tête.
1. – Aujourd’hui le noyau central de la légitimité est constitué par les
providentialistes. On les appelle ainsi parce qu’ils s’en remettent à Dieu du soin
de désigner miraculeusement le roi, « au plus fort de la crise », comme le dit une
mystique. Le légitimisme providentialiste est une position à la fois logique et
mystique. Elle est logique parce qu’elle remonte aux véritables origines de la
France et de sa monarchie. Et elle est mystique parce qu’elle suppose
l’espérance en une résurrection en dehors de tous moyens humains, et donc
strictement providentielle. Cette position n’est tenue que par un très petit nombre
de personnes.
Autour de ce noyau central providentialiste, viennent se placer les légitimistes
qui font eux-mêmes leur choix parmi les prétendants. Car, chose étonnante, les
jacobins de 1793 ont certes abattu l’arbre royal en France, ils en ont coupé le
tronc, mais ils ne l’ont pas déraciné, de sorte qu’il a poussé à ce tronc royal des
rejetons entre lesquels il est maintenant bien difficile de choisir. Bien des
légitimistes donc, ne voulant pas aller jusqu’au providentialisme, jettent leur
dévolu sur le candidat qui leur paraît le plus « légitime ». Malheureusement les
prétendants qui sont aujourd’hui en lice présentent, soit des énigmes historiques,
soit des cas dynastiques fertiles en controverses. De sorte que « la légitimité » est
divisée quant à ses candidats et incertaine quant à ses attendus historiques.
Malgré cela le nombre des légitimistes augmente et leur position de principe est
prise en considération même par nos adversaires maçons.
Il est logique de réunir en un bloc tous ceux qui remontent jusqu’à Clovis et à
la Sainte Ampoule, puisqu’ils professent les mêmes principes et ne divergent que
sur des questions de personnes. Nous donnerons, à « la légitimité » entendue au
sens large, le nom d’ortho-réaction, néologisme qui nous sera commode pour
mieux faire comprendre, par la suite, les opinions que nous allons maintenant
examiner. L’ortho-réaction c’est la réaction droite (ortho), vraie, logique, radicale,
située aux antipodes de l’humanisme intégral des soviétiques.
2. – Autour de ce premier cercle ortho-réactionnaire, prennent place tous ceux
qui, pour une raison ou pour une autre, ne veulent pas reconnaître, dans le sacre
de Reims de 496, la base du droit royal. Dans leur remontée vers les principes, ils
s’arrêtent à Hugues Capet, qui fut proclamé roi à Noyon en 987, c’est-à-dire près
de 500 ans après Clovis. Telle est, en particulier, la position de Charles Maurras.
Il raisonne en positiviste, ne reconnaissant que les causes naturelles :
« L’expérience prouve, dit Maurras, que la monarchie est le meilleur gouvernement
pour la France ». Et il pense ainsi donner à la monarchie des assises plus solides,
plus « positives » que celles du mysticisme mérovingien. Il est monarchiste pour des
raisons d’expériences. Mais alors l’excellence de la monarchie française n’est plus
le fruit de sa fondation divine; elle est le résultat empirique d’une gestion bien
menée, elle prouve sa robustesse par sa réussite ; il faut continuer ce qui a
réussi. Maurras ne reconnaît à la monarchie française que ses droits
historiques. La monarchie maurrassienne n’est pas « de droit divin » mais de droit

naturel. Le sacre de Reims n’est là que pour signifier l’alliance du pouvoir royal et
de l’Eglise.
Cette école justifie sa position en expliquant que le public contemporain est
incapable d’adhérer à la « mystique légitimiste ». Il lui paraît plus raisonnable de se
contenter d’un solide droit coutumier qui a fait ses preuves et qui est plus
compréhensible pour les masses populaires qu’en définitive il faudra bien
convaincre et entraîner un jour. Certes l’itinéraire spirituel personnel du chef de
l’Ecole l’a fait aboutir à une réelle conversion au catholicisme, mais il n’empêche
que sa doctrine royale diffère de la légitimité sur le point essentiel des
origines. Elle ne remonte pas assez haut. Elle s’arrête en chemin, c’est pourquoi
il est logique de lui donner le nom de semi-réaction. La semi-réaction prétend
avec raison posséder une assise populaire plus vaste que la légitimité, laquelle
conserve un recrutement plus sélectif parce qu’elle est plus difficile à assimiler. Il
est de fait que les orateurs d’Action Française ont su réunir des auditoires
beaucoup plus nombreux que les légitimistes.
3. – Un troisième cercle vient entourer les deux premiers. Il va rassembler des
contre-révolutionnaires très décidés mais qui ne sont plus des royalistes. Certes
ils sont violemment anticommunistes mais ils restent des patriotes jacobins, c’est
pourquoi ils se montrent volontiers anticléricaux. Une forme récente et très
étudiée de cet état d’esprit est fourni par la revue Nouvelle École, laquelle s’est
entourée d’une multitude d’organisations qui touchent des publics très divers. Ce
courant de pensée, d’apparence réactionnaire, a été créé par l’action de
certaines loges maçonniques de droite. C’est à ce courant de pensée, dont les
débuts remontent à une trentaine d’années, que l’on a donné le nom de Nouvelle
Droite. Toute une argumentation extrêmement séduisante, a été élaborée,
utilisant et associant habilement des résultats scientifiques et des philosophies
très modernes, pour être opposée aux différents marxismes. C’est un
épanouissement très brillant de la pensée de Machiavel ; c’est authentiquement
un humanisme de droite, donc aristocratique, oligarchique et élitiste.
A ce mouvement réactionnaire non-royaliste, nous donnerons quant à nous le
nom de pseudo-réaction parce qu’il n’est réactionnaire qu’en apparence. La
pseudo-réaction n’a pas donné les résultats qu’en attendaient ses fondateurs,
dans le grand public tout au moins. Nous pensons néanmoins qu’elle est loin
d’être négligeable, étant donné la valeur manoeuvrière des loges de droite qui
forment son infrastructure.
Du fait de ce patronage, clandestin mais efficace, la pseudo-réaction possède,
dans l’Université, l’Administration, l’Armée, les milieux politiques et médiatiques,
de très confortables appuis. C’est elle, dans la phase qui s’ouvre, qui va prendre
la direction de l’ensemble des forces réactionnaires (ortho et semi-réaction
comprises) et cela dans une double intention. D’abord éviter que la réaction ne
suive jusqu’au bout sa propre logique et n’aboutisse à une véritable monarchie. Et
ensuite pour que le remède trouvé à la crise conserve fidèlement les
principales « acquisitions révolutionnaires ». C’est la pseudo-réaction qui va
être la locomotive de la résistance antisoviétique, dans la phase qui vient.

Ainsi les forces anticommunistes peuvent être schématisées sous la forme
d’une sphère dont le centre est occupé par un petit noyau légitimiste ou « orthoréactionnaire »,
lequel noyau est entouré par la couche épaisse de la « semiréaction »,
laquelle est à son tour encerclée par un gros contingent pseudoréactionnaire,
qui est de beaucoup le plus efficace des trois sur le plan de la
politique humaine.
Les trois réactions (ortho, semi et pseudo) ont des buts de guerre différents.
Mais parce qu’elles ont un ennemi commun, elles vont être entraîner à conclure
des alliances momentanées, ce qui est toujours délicat et dangereux, pour les
plus faibles des partenaires.

LA DROITE ET LA LOI DU NOMBRE
Encore une fois celui qui chercherait ici un plan d’opération serait déçu. Notre
but est de remonter jusqu’aux principes essentiels de la grande Cause à la
défense de laquelle nous sommes mêlés, parce que ces principes éclairent l’esprit
et inspirent les actions véritablement efficaces.
Nous avons vu que les forces latentes et patentes de la révolution sont
aujourd’hui au maximum de leur puissance. Jamais, au cours de l’Histoire,
Satan n’avait encore réuni les éléments d’un pareil pouvoir.
Jamais la terre n’a été si semblable à ce qu’elle sera au temps de l’Antéchrist.
Nous verrons plus loin que Notre-Seigneur se dispose à renverser le pouvoir
des impies, par des moyens connus de Lui seul.
Les forces réactionnaires ont été privées de leurs organes d’expression et de
commandement par une série presque ininterrompue d’échecs. Et pourtant Dieu
sait qu’elles se sont bien battues : honneurs à nos valeureux anciens.
Échec des opérations parlementaires et illusions perdues des bonnes
élections auxquelles on a cru pendant tant d’années.
Échec des Ligues Nationales du type « Croix de Feu », qui suscitèrent pourtant
un si grand enthousiasme.
Échec des complots civils du type « Cagoule ».
Échec des réseaux de droite pendant la période de l’occupation et de la
résistance.

Et pourtant on constate la renaissance, de génération en génération, du même
antique dynamisme réactionnaire. La floraison traditionaliste d’aujourd’hui, avec
sa belle jeunesse contrastant au milieu d’une population avachie, est un bel
exemple de cette force incoercible qui renaît sans cesse. Mais les assises
démographiques de cette vague de fond sont de plus en plus étroites, ce qui se
comprend très bien étant donné les épurations par lesquelles se terminent ses
manifestations successives. A force d’être décimée, la population traditionaliste
finira par disparaître.
Non seulement l’appel au nombre serait tout à fait impossible aux
traditionalistes « ortho-réactionnaires », comme nous venons de les nommer, mais
un tel appel serait tout à fait illogique. Ce n’est pas avec le nombre que nous
pouvons faire trembler le démon, car c’est son terrain ; il a beaucoup plus de
troupes que nous. Si nous lui opposons, péniblement une foule de 10.000
personnes, il nous répondra, aisément, par une foule de 100.000 personnes, et
ainsi de suite…
Les appels à des manifestations de masses sont des procédés chers aux
démocrates et aux mouvements humains. C’est plutôt mettre Dieu contre soi
que de faire appel au nombre.
Rappelons-nous que, des 32.000 hommes qui composaient l’armée de
Gédéon, Dieu ne conserva que 300 ; et ce sont ces 300 soldats qui mirent en fuite
l’armée des 120.000 Madianites.
Ceux qui conserveraient la foi dans le nombre, négligeraient la confiance
en Dieu. Or qui nous sauvera de la colossale machination qui se prépare contre
les derniers restes de l’Eglise et de la Chrétienté, si ce n’est le Seigneur
« puissant et miséricordieux », omnipotens et misericors Dominus ?
S’il ne faut pas chercher le « grand nombre », comme pour un référendum, il faut
cependant conserver l’esprit apostolique et prosélytique afin de maintenir le « petit
nombre » requis. Car si Dieu, sur cette terre, fait ses oeuvres avec des riens
(c’est-à-dire avec très peu de chose), Il ne les fait pas avec rien parce qu’il ne
s’agit pas d’une création nouvelle. Ce qu’Il ne veut pas c’est que le grand nombre
puisse s’attribuer les mérites de la victoire : « Non nobis Domine, non nobis, sed
tibi da gloriam ». Donnez la gloire Seigneur non pas à nous, mais à vous (Ps. XXIII, 9).

AIDER LE CIEL
Beaucoup de traditionalistes, parce qu’ils n’ont pas encore bien approfondi la
logique de leur position, raisonnent en disant à peu près ceci : « Formons des
projets, lançons-nous dans l’action, puis demandons ensuite à Dieu, par la prière,
de nous accorder le succès ». Un tel raisonnement est tout à fait courant et
pourtant il est défectueux parce qu’il inverse l’ordre normal et n’aboutit à rien
moins qu’à faire passer le propre esprit avant le Saint-Esprit. Il ne peut donc
pas inspirer une action correcte. En réalité, la Grâce nous précède toujours et
Échec des Putschs militaires du type « algérien ».
Échec de tous les boulangismes et de tous les poujadismes, qui ont été
conduit sur la voie de garage par le consortium maçonnico-policier.
Il faut ajouter qu’à chacun de ces échecs a correspondu une Épuration dont
certaines ont été très sanglantes.
La droite, qui disposait encore, pendant la IIIè République, d’innombrables
publications, de plusieurs journaux quotidiens, de groupes parlementaires fournis,
de généraux, d’évêques et d’un vaste public, se présente aujourd’hui à la bataille
avec des moyens dérisoires, tout juste bons à mener un dernier « baroud
d’honneur » avant l’émigration, comme les Russes Blancs.

nous n’avons le choix qu’entre y correspondre ou la refuser. Revoyons cela en
partant des principes.
Concernant la philosophie de l’Histoire, les non-chrétiens sont partagés en
deux écoles.
Les uns font coïncider le sens de l’Histoire avec celui des révolutions ; on est
dans le sens de l’Histoire quand on a l’esprit révolutionnaire.
Les autres pensent que l’Histoire n’a pas de sens ; pour eux, elle est forgée,
d’âge en âge, par les hommes forts qui marquent les événements grâce à leur
volonté de puissance ; à leur avis, l’Histoire est radicalement imprévisible ; elle
est ce que les hommes la font.
Le Christianisme comporte une tout autre philosophie historique. Revoyons-en
ici les grandes lignes. Pendant le cours de l’Ancien Testament, nous l’avons vu,
tous les événements du monde convergeaient vers l’Incarnation. Pendant le cours
du Nouveau Testament, les événements du monde convergent vers l’Avènement
de Majesté. Tel est le véritable sens de l’Histoire. Le Royaume est préparé pour
le Roi. Tel est le plan providentiel.
Que reste-t-il à faire au chrétien si non apporter son aide à la réalisation de ce
plan providentiel ?
Puisque le plan ne dépend pas de lui, il ne peut que s’y rendre docile. Il faut
correspondre à la Grâce laquelle nous prévient en tout. Nous devons aider le Ciel
et non pas nous faire aider par le Ciel. On voit combien est faux le proverbe
inlassablement répété : « Aide-toi le Ciel t’aidera ». Cette locution n’est pas tirée
de l’Ecriture sainte comme on le croit d’ordinaire. C’est Rabelais, l’homme de la
« dive bouteille », qui l’a introduite dans la littérature française, sous une forme
légèrement différente : « Aide-toi et Dieu t’aidera ».
Il est symptomatique que l’association libérale et maçonnique qui a préparé la
Révolution de 1830, lutté contre le ministère Villèle et finalement détrôné Charles
X, le dernier roi sacré, se soit appelée précisément l’Association Aide-toi le Ciel
t’aidera. Les révolutionnaires ne s’y étaient pas trompés ; ils avaient placé leur
société de pensée sous cette maxime parce qu’elle stimule le propre esprit : elle
justifie la volonté propre, l’activité désordonnée, insubordonnée et révolutionnaire.
La maxime « aide-toi, le Ciel t’aidera » doit être entièrement bannie de
l’argumentation traditionaliste ; elle ne peut qu’entraîner de graves erreurs de
manoeuvre, c’est une maxime révolutionnaire.
Pour remplacer ce mauvais proverbe, notre patrimoine nous en propose deux
autres. Le premier : « Agir comme si tout dépendait de l’homme et prier comme si
tout dépendait de Dieu ». Le second, qui est attribué à Jeanne d’Arc : « EN NOM
DIEU, les hommes d’armes combattront mais c’est Dieu qui donnera la victoire ».
Dans celui-là surtout la hiérarchie entre la volonté divine et la volonté humaine est
bien respectée.
Les militants traditionalistes, précisément parce qu’ils seront un jour ou l’autre
appelés à l’action, doivent se persuader que nous devons suivre la Grâce et non
la précéder. Par cette correspondance nous aidons Dieu à réaliser Ses

desseins sur nous, puisque Dieu ne nous sauve pas sans nous ; Il désire Se faire
aider, faire de nous Ses « serviteurs », c’est-à-dire Ses ministres.
Pour seconder la volonté de Dieu, il faut la connaître. Mais comment la
connaître ? Est-ce vraiment si difficile ? Quand on veut sincèrement faire la
volonté de Dieu, on parvient sans grande peine à la connaître. Pour qu’une action
soit conforme à la volonté de Dieu, il faut qu’elle remplisse deux conditions :
l’une intérieure, l’autre extérieure. La condition intérieure est que nous y soyons
enclins ; il ne faut pas qu’elle nous répugne, qu’elle nous mette mal à l’aise, ni
naturellement ni surnaturellement, il faut qu’elle corresponde à nos compétences
normales ; il ne faut pas qu’elle constitue pour nous une extravagance. La
condition extérieure est que les circonstances ambiantes s’y prêtent également ; il
faut que nous y soyons conduits par les événements ; il faut que l’action
envisagée n’ait rien de forcé, d’artificiel, de compliqué, de machiavélique.
Quand ces deux conditions intérieures et extérieures, sont réunies c’est que le
Saint-Esprit nous guide vers cette entreprise. Mais si elle ne le sont pas, nous
sommes dans l’activisme, l’agitation et le propre esprit. Dans les cas de crise,
quand tout est en effervescence autour de nous, l’activisme nous guette et nous
devons faire très attention de ne pas nous y laisser entraîner. Pour cela recourons
habituellement aux aides dont Dieu nous entoure : nos saints patrons et nos
anges gardiens ; si nous oeuvrons en union constante avec eux, ils nous feront
produire les fruits de leur esprit.

LE RECOURS AUX PROPHÉTIES PRIVÉES
Les institutions qui sont sur le point de disparaître sont les oeuvres de Dieu sur
la terre. L’Eglise est Son oeuvre ; or nous voyons bien qu’elle est sur le point
de disparaître, rongée par le pluralisme, lui-même annonciateur du
syncrétisme universel. La monarchie de droit divin est son oeuvre ; or elle a eu
la tête tranchée. Dieu va-t-il donc laisser détruire toutes ses oeuvres terrestres ?
Sommes-nous donc condamnés à être des combattants sans espoir ?
Certainement pas car nous savons que Dieu « ne fait pas un peuple sans
espérances ». Notre esprit est donc invinciblement conduit à interroger les
prophéties surnaturelles. Il y a deux sortes de prophéties : celles de la Révélation
Publique et celles des révélations privées.
Les prophéties publiques sont destinées à toutes les nations et à tous les
temps ; elles annoncent l’Avènement de Majesté, dont elles nous indiquent les
« signes avant-coureurs ». Mais elles traitent seulement d’un futur à grande
amplitude dans lequel nous distinguons mal le sort de la France d’aujourd’hui.
Nous souhaitons des prophéties plus détaillées et plus actuelles. C’est le cas
précisément des prophéties privées qui nous donnent des espérances plus
proches. Mais elles constituent un volumineux dossier qui a dû faire l’objet d’un
ouvrage spécialisé1.

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1 Jean Vaquié : Bénédictions et Malédictions – Les prophéties de la Révélation
privée, aux Éditions D.M.M. ; à demander à la Diffusion de la Pensée Française,

Chiré-en-Montreuil, 86190 VOUILLÉ.

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Il résulte de l’examen des prophéties que ni le rétablissement de la monarchie
ni celui de l’Eglise ne seront le résultat de nos intrigues politiques ou canoniques.
Ils seront miraculeux l’un et l’autre. Jésus montre la divinité de Ses oeuvres en
les ressuscitant. Il a prouvé Sa propre divinité en se ressuscitant Lui-même. Il
prouvera la divinité des institutions chrétiennes, les temporelles comme les
spirituelles, en les ressuscitant.

LA MANOEUVRE DE PSEUDO-RÉACTION
Nous avons déjà défini la pseudo-réaction. C’est un mouvement politique qui
tient le langage de la réaction, qui en a les apparences et le recrutement mais qui
est, en réalité, suscité pour neutraliser la véritable réaction, pour la détourner de
son but logique et pour la conduire vers l’impuissance, mieux vers la
répression. Le public pseudo-réactionnaire est bien intentionné, sincèrement
contre-révolutionnaire mais politiquement inculte, tandis que les dirigeants sont
d’habiles manoeuvriers. Il existe en permanence un mouvement pseudoréactionnaire
apte à être amplifié en cas de nécessité. C’est une des précautions
élémentaires des républicains et des maçons.
La maçonnerie est essentiellement pluraliste. Pendant que certaines loges
élaborent, ou plutôt impulsionnent, des idéologies de type rationaliste,
scientifique, agnostique et matérialiste, d’autres loges, cultivant les éléments
chevaleresques qui abondent dans les rituels, favorisent, à l’usage des
« profanes », des doctrines politiques réactionnaires dont un certain mysticisme
n’est pas exclu. La maçonnerie de droite fait en ce moment de grands efforts pour
répandre dans le public une doctrine de royauté-sacrée. Cette doctrine est
particulièrement élaborée et consistante chez les disciples de Julius Evola, mais
on la voit aussi apparaître ailleurs.
En voici les grandes lignes. De même qu’il y aurait une tradition universelle et
unique, et qu’il y aurait aussi une mystique universelle et unique, de même il y
aurait une royauté universelle et unique. Et cette royauté est en même temps
sacrée, c’est-à-dire sacerdotale. Tous les rois de l’Histoire humaine ont été
revêtus de cette royauté dont ils ont assuré la charge avec plus ou moins de
fidélité ; d’où les bons rois et les mauvais rois.
Cette théorie ne saurait convenir aux catholiques. On trouve en effet dans
l’Ecriture sainte, concernant la royauté, une double révélation. D’abord
l’affirmation que le Messie est Roi est incontestable. Mais il est une autre
affirmation, également incontestable, c’est que l’Antéchrist lui aussi est roi, il est
« Prince de ce monde ». Il est bien évident que la nature de ces deux royautés
n’est pas la même ; elles sont antagonistes, irréconciliables, exclusives l’une de
l’autre. Et les rois de l’Histoire, loin de relever d’une seule royauté sacrée
universelle, sont des figures, les uns du Christ (comme Cyrus, David ou
Charlemagne), les autres de l’Antéchrist (comme Antiochus… ou Hitler, ou Staline

Si elle est en discordance avec le christianisme, la théorie de la royauté sacrée
universelle convient au contraire admirablement à tous ceux qui, consciemment
ou pas, préparent les attendus mystico-juridiques grâce auxquels l’Antéchrist
réussira à se faire passer pour le Christ-Roi. Cette théorie en effet convient
doublement à l’Antéchrist :
1. – S’il n’y a qu’une seule et même royauté universelle il n’y a pas lieu de
distinguer entre celle du Christ et celle de l’Antéchrist, entre celle du titulaire et
celle de l’usurpateur.
2. – La royauté universelle est également sacrée donc sacerdotale et elle
convient parfaitement à un Antéchrist qui, nous l’avons vu, veut se faire à la fois
roi et pontife du monde entier.
Ce néo-royalisme (que nous n’hésitons pas à qualifier de luciférien) se
répand rapidement dans les milieux pseudo-réactionnaires. Il inspire toute une
théorie de la restauration monarchique. Les maçons préparent tout pour que la
restauration, si elle venait à se produire, ne leur échappe pas. Ils veulent s’y
trouver mêlés le plus intimement possible.
Une autre version pseudo-réactionnaire est encore préparée, c’est la version
néo-nazie. Elle est d’autant plus avantageuse, pour certains joueurs, qu’elle
justifierait une intervention révolutionnaire violente soit interne et insurrectionnelle,
soit extérieure et soviétique.
Éviterons-nous une phase pseudo-réactionnaire ? Elle est impossible à
éviter. Elle s’annonce déjà comme puissamment orchestrée. On la placera sous
le signe de l’Union Sacrée, afin d’attirer à elle de nombreux effectifs. L’union
sacrée, c’est l’union des spiritualistes à quelque religion qu’ils appartiennent,
pour lutter contre la révolution des matérialistes, des athées et des marxistes. On
pensera rendre ainsi un grand service à la cause de l’esprit, sans prendre garde
que rien n’est plus injurieux pour Notre-Seigneur que d’être ravalé au rang d’un
fondateur de secte et placé sur un pied d’égalité avec Bélial. L’union sacrée, qui
fait aussi des ravages dans la religion conciliaire, contriste le Saint-Esprit et
L’éloigne, éloignant en même temps la paix. Il n’y a pas de paix pour les impies :
« Non est pax impiis ». (Isaie LVII, 21).
Le petit nombre des résistants dont parle Notre-Dame de la Saiette (« il est
temps que vous sortiez, vous le petit nombre qui y voyez ») peut-il se rassembler
en un petit bloc compact pour prendre à sa charge une manoeuvre salvatrice enfin
authentique et saine ? Cela aussi est impossible car le petit nombre est
disséminé. Nous connaissons bien la règle évangélique qui s’applique quand
viennent les calamités : « l’un sera pris, l’autre laissé ». Il y aura des élus partout. La
citadelle de Sion est une place forte spirituelle. Ils se rassembleront seulement
quand « le corps » aura paru : « Là où est le corps (corpus) là se rassembleront
les aigles (aquilae) ». (Math. XXIV, 28). Le « corps », c’est le Grand Monarque dont
nous ont parlé les prophéties.

ÔTEZ LA PIERRE

Les prophéties privées nous renseignent sur la stratégie divine, si non dans
ses détails, du moins dans ses grandes lignes. Or cette stratégie nous intéresse
au premier chef puisque nous devons y coopérer, y « correspondre ». On peut
noter deux phases essentielles dans cette stratégie. Il faudra d’abord passer par
une phase d’extrême confusion où « tout semblera perdu ». Puis tout sera sauvé
dès lors qu’un roi sera divinement désigné. Reprenons chacune de ces phases
pour comprendre ce qu’elles exigeront de nous.
1. – « Tout semblera perdu » nous dit-on. Demandons-nous d’abord pour qui tout
semblera perdu. Ce ne sera sûrement pas pour les ennemis de l’Église et de la
France lesquels au contraire triompheront. Tout semblera perdu pour les esprits
fidèles. Ils verront disparaître les espoirs humains en qui ils avaient mis leur
confiance. C’est donc que la situation de désespoir sera précédée par une
période de lutte. On peut penser que ce dernier effort tenté avec les moyens
humains sera I’oeuvre des pseudo-réactionnaires du moment, entraînant derrière
eux tout l’ensemble de la réaction. La plupart étant sincères, il faudra leur donner
le bénéfice du vieil adage militaire : « A la guerre, la seule chose infamante, c’est
l’inaction ». Il n’empêche que leur échec aura été prévisible et prédit.
2. – La désignation divine du Roi sauvera tout. Cette désignation sera-t-elle
précédée d’un miracle éclatant qui mettra le peuple dans des conditions mentales
surnaturelles ? Quelques prophéties y font allusion. Mais ce qui est
stratégiquement important c’est l’arrivée d’un roi pour diriger la phase de
restauration. Il est bien évident que, sans lui, rien n’est possible puisqu’il fera
office de sauveur. Sa désignation sera comme la clef de la portée sur laquelle une
musique nouvelle sera écrite. Faute de ce changement de clef, le pouvoir des
impies resterait ce qu’il est aujourd’hui et rien ne serait changé. Il faut que le
paysage politique soit éclairé par une nouvelle lumière, que la lumière du don de
conseil fasse place à la lumière du don de sagesse. La sagesse vient : les
discussions cesseront. La sagesse subjugue : chacun sera mis à sa place et
l’ordre régnera. Inutile donc d’espérer monter une opération victorieuse avant
cette désignation. C’est pour l’avoir ignoré que les pseudo-réactionnaires en
arriveront au « tout semblera perdu ».
Que pouvons-nous faire pour conjurer cette préalable phase de désespoir ?
Nous pouvons l’atténuer mais nous ne pouvons pas la supprimer. Nous pouvons
l’atténuer car si elle nous est prédite c’est précisément pour que, par la prière et
la pénitence, nous puissions l’écourter et l’alléger. Mais nous ne pouvons pas la
supprimer totalement parce que nous en sommes passibles en toute justice.
Tels sont les deux points forts de la stratégie divine que les prophéties privées
nous révèlent. Ainsi pouvons-nous éliminer l’hypothèse d’une longue période de
catacombes. Nous sommes au contraire placés devant la nécessité d’arracher
un miracle au Ciel. Les prophéties privées nous apprennent, en somme, que le
Ciel ne se contente plus de la défensive et du combat en retraite. Le Ciel contreattaque
et veut nous faire participer à l’opération, dès lors que le signal en sera
donné.

Voici quelles sont les positions réciproques de l’intervention divine et du
« ministère » humain. Puisqu’il s’agit de la résurrection de la monarchie de droit
divin, qui est une institution morte, nous pouvons valablement la comparer à la
résurrection de Lazare. Dans ce miracle de résurrection, comment se répartissent
l’intervention divine et le ministère des hommes ?
Jésus a opéré ce que seul un Dieu peut réaliser : Il a ressuscité celui qui était
mort. Quant aux hommes ils ont eu à exercer deux fois leur activité.
1. – Avant la résurrection du mort, Jésus commanda aux assistants d’ôter la
pierre. L’enlèvement de la pierre est un travail pénible qui représente la levée
d’une lourde hypothèque ; il figure le ministère de supplication sans lequel
aucun redressement ultérieur n’est possible. Il convient à des âmes sérieuses,
aimant la vérité, humbles, ferventes et courageuses. Ce travail ne convient
pas aux ambitieux, aux intrigants, aux activistes lesquels n’ont pas assez de
calme et de constance dans l’esprit.
2. – Après la résurrection, Jésus ordonne aux amis qui sont là de délier le
corps de Lazare car il était entouré de bandelettes. Dans ce travail de déliement
réside à nouveau l’action humaine. Après la résurrection de l’institution morte, les
hommes d’action auront de quoi se satisfaire car il y aura indubitablement bien
des bandelettes à délier.
Aujourd’hui donc alors que l’intervention divine n’a pas eu lieu, nous sommes
dans la situation des vierges sages (ou vierges prudentes Math. XXV, 1-13). Elles
ont pris la précaution de mettre de l’huile dans leurs lampes. Cette huile c’est
l’espérance que donnent les prophéties. C’est pour avoir mis cette huile
d’espérance dans leurs lampes que les vierges sont prudentes et sages. Au
milieu de la nuit, un cri se fait entendre : « Voici l’époux qui vient ». La nuit c’est le
« tout semblera perdu ». Le cri est celui de l’étonnement populaire devant le miracle.
L’époux c’est le roi désigné. Mettons l’huile de l’espérance prophétique dans nos
lampes en attendant le Lazare veni foras, Lazare viens dehors (Jean, XI, 43).

LE DÉSIRÉ DES COLLINES ÉTERNELLES
Soeur Catherine Labouré, au cours de l’Apparition de la Rue du Bac, dans la
nuit du 18 au 19 juillet 1830, remarqua un détail qui lui parut important : parmi les
rayons de lumière qui partaient des mains ouvertes de la Sainte Vierge, les uns
atteignaient le sol sur lequel ils provoquaient une étincelle, les autres terminaient
leur courte trajectoire sans atteindre le sol et sans produire d’étincelle. Elle eut
l’idée de demander à la Sainte Vierge les raisons de cette différence entre les
deux sortes de rayons. « Les rayons courts, répondit la Reine du Ciel, représentent
les grâces que l’on ne me demande pas ».
Telle est l’économie de la Grâce. Les trésors sont amassés et les coffres sont
ouverts ; encore faut-il venir y puiser. Dieu aime Se faire prier . Le Verbe Incarné,
qui est le Désiré des collines éternelles, c’est-à-dire des anges, doit lui-même
désirer l’héritage que le Père brûle de lui donner : « Postula a me et dabo tibi
gentes hereditatem tuam et possessionem tuam terminos terrae » (Ps. II, 8).

Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour héritage et pour limites les
confins de la terre.
La restauration de la monarchie et celle de l’Eglise sont prêtes. Il ne nous reste
plus qu’à les obtenir. La crise mondiale que les futurologues pressentent et que
les prophéties annoncent est faite pour se terminer par une intervention
miraculeuse de Dieu. Mais si nous attendons passivement, le rayon jailli de la
main de Dieu n’atteindra pas la terre et n’y produira pas d’étincelle. Une fois de
plus l’occasion sera perdue comme elle l’a été si souvent (en 1870, en 1918, en
1945). Dieu ne mesure pas le temps comme nous. La maturité qu’Il réclame pour
intervenir, ce n’est pas une maturité politique, c’est une maturité surnaturelle.
Nous voilà donc, à notre rang, responsables de grands événements. Il faut
que nous arrachions un miracle au Ciel, mais un miracle que le Ciel a hâte
de nous accorder. Pour l’obtenir il faut que la somme des désirs ait atteint la
mesure comble. Il faut obtenir, dans l’ordre surnaturel, un miracle de la foi qui
surpasse les prodiges de la science moderne. La religion de la science prétend
aujourd’hui remplacer la religion de la foi. Il faut maintenant que la foi l’emporte
sur la science. C’est par la prière de notre foi que doit être obtenu ce miracle. Il
faut harceler le Saint-Esprit pour qu’il descende à nouveau sur la France comme
aux jours de saint Remy et de Clovis. Il faut le harceler par Marie, Son épouse.
De telles idées provoqueront un tollé parmi les militants des groupements
contre-révolutionnaires. Nous les entendons déjà nous dire : « Pour qui nous
prenez-vous ? Nous sommes dans l’action. Allez raconter ça aux moines ». A ces
hommes d’action, nous répondrons qu’il y a un temps pour tout :
« Il y a un temps fixé pour tout, un temps pour toutes choses sous le ciel :
– un temps pour naître, et un temps pour mourir ;
– un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;
– un temps pour tuer et un temps pour guérir ;
– un temps pour pleurer et un temps pour rire ;
– un temps pour se lamenter et un temps pour danser ;
– un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser ;
– un temps pour embrasser et un temps pour s’abstenir d’embrassements ;
– un temps pour chercher et un temps pour perdre ;
– un temps pour garder et un temps pour jeter ;
– un temps pour déchirer et un temps pour coudre ;
– un temps pour se taire et un temps pour parler ;
– un temps pour aimer et un temps pour haïr ;
– un temps pour la guerre et un temps pour la paix » (Ecclesiaste. III, 1-8).
Quand on est plongé dans l’action temporelle, il faut commencer par
« respecter les temps ». C’est de l’agitation et de l’activisme que de faire les
choses à contre-temps. La proportion parfaite entre le recueillement et l’action est
celle que le Divin Maître a lui-même respectée : 30 ans de vie cachée et 3 ans de
vie publique. Avant d’entreprendre sa randonnée militaire, sainte Jeanne d’Arc
avait écouté ses voix dans le recueillement et la prière. L’action des chevaliers
était précédée par la « veillée d’armes ».

Nous ne sommes encore que dans une phase préparatoire, mais elle est
d’une importance déterminante. Il faut tout faire pour la réussir. Existe-t-il une
spiritualité, c’est-à-dire une forme de piété, correspondant à cette phase ? S’il doit
en exister une, elle s’élaborera par son propre exercice. Nous ne pouvons ici que
conseiller certaines dévotions qui paraissent particulièrement logiques.
Tout d’abord l’Heure Sainte, dans la nuit du premier jeudi au premier vendredi
de chaque mois. C’est une dévotion de « vigilance ». Or l’ange de l’Eglise de
Sardes (dans laquelle nous sommes encore) doit être vigilant : « Sois vigilant… Si
donc tu ne veilles pas, Je viendrai à toi comme un voleur, sans que tu aies su à
quelle heure Je viendrai à toi » (Apoc. III, 2-3). L’Heure Sainte est la méditation des
mystères de l’agonie de Notre-Seigneur et donc, par extension, de l’agonie
présente de l’Eglise, le fruit en est la contrition : Gethsémani veut dire « pressoir ».
Vient ensuite la dévotion au Saint Sacrement exposé. L’Eucharistie est,
dans la Messe, « Sacrifice de Rédemption ». Dans la communion, elle est
« Sacrement de Sanctification ». Mais, dans le Saint Sacrement exposé, elle est
« Révélation de Glorification ». Or, précisément notre âme, aujourd’hui abreuvée de
vexations et d’indignations, plongée pour ainsi dire dans l’ombre de la mort, aspire
à voir le triomphe de Jésus. Le serviteur, répétons-le, a besoin d’avoir la fierté de
son maître. C’est le propre de la vérité que de triompher. Le Saint Sacrement
exposé, entouré de ses rayons d’or, appelle la glorification du Roi. Certes il ne
faut pas prêcher autre chose que la Croix, mais il faut prêcher autre chose avec la
Croix : c’est ce que fait le rosaire. Souvenons-nous aussi de ce merveilleux
passage : « O Oriens splendor, lucis æternæ et sol justiciæ, leva et illumina
sedentes in tenebris et umbra mortis ». O Orient, splendeur de la lumière éternelle
et soleil de justice, venez et illuminez ceux qui sont assis dans les ténèbres, et à
l’ombre de la mort.
La dévotion à la Sainte Face est également très recommandée à ceux qui
sollicitent un miracle éclatant. « Montrez-nous Votre Face et nous serons sauvés ».
Reste l’invocation des intercesseurs. L’aide de la « Médiatrice de toutes
Grâces » est évidemment indispensable. Les grands saints qui ont forgé la France
royale seront priés avec fruit, surtout saint Martin, saint Denis et saint Remy.
Puisqu’il s’agit d’une résurrection, saint Lazare est certainement puissant. Chacun
s’adressera aux intercesseurs vers lesquels ses penchants l’inclinent.
Deux pratiques sont directement en rapport avec le miracle que nous désirons
arracher au Ciel : celle du « Premier Vendredi du Mois », demandée par le Sacré-
Coeur à sainte Marguerite-Marie, et la communion réparatrice des « Cinq
Premiers Samedi du Mois », demandée par Notre-Dame de Fatima.
Et puis un dernier effort, le plus pénible, mais de beaucoup le plus efficace. Il
faut, pour finir, donner des ailes à la prière. Pour que la prière atteigne le Ciel, il
faut l’accompagner de mortifications.
« Exurgat Deus et dissipentur inimici ejus et fugiant qui oderunt eum de facie
ejus. Ecce Crucem Domini fugite partes adversæ. Vicit leo de tribu juda radix
David. Domine salvum fac Regem et exaudi nos in die qua invocaverimus te ».
Que Dieu paraisse et que Ses ennemis soient dispersés et que ceux qui Le

haïssent fuient devant Sa face. Il a vaincu le lion de la tribu de Juda, le rejeton de
David. Seigneur sauvez le Roi et exaucez-nous au jour où nous Vous avons
invoqué. (Ps LXVII, Apoc. V).

 

FIN.

KARL MARX ET SATAN


Auteur : Wurmbrand Richard
Ouvrage : Karl Marx et satan
Année : 1976

 

 

INTRODUCTION
Avant de devenir économiste et communiste de renom, Marx était un humaniste. Aujourd’hui le tiers de la planète est marxiste.
En effet, sous une forme ou une autre, des quantités de gens sont marxistes, même en pays capitaliste. Jusqu’à des chrétiens,
voire des hommes d’Église – certains de haut rang – sont convaincus que, tout comme Jésus a donné la clé sur la manière
d’aller au ciel, Marx a donné la clé sur la manière de venir en aide aux affamés, aux pauvres, aux opprimés de cette terre.
Marx était profondément humain. Une idée le hantait: comment secourir les masses exploitées? Ce qui les achemine vers
l’appauvrissement, affirmait-il, c’est le capitalisme. Selon lui, une fois aboli ce système pourri et après une période de transition
sous dictature prolétarienne, l’État dépérirait et ce serait le paradis pour le travailleur. Dans la société communiste tout le
monde travaillerait, chacun suivant sa compétence, dans des usines ou des fermes appartenant à la collectivité, et chacun serait
rémunéré en fonction de ses besoins. Il n’y aurait plus l’État pour gouverner les individus, plus de guerres, plus de révolutions,
mais seulement une fraternité universelle et perpétuelle.
Cependant pour que les masses accèdent au bonheur, il faut plus que l’abolition pure et simple du capitalisme. Marx écrit:

La destruction de la religion, en tant que bonheur illusoire des
hommes, est indispensable à leur bonheur réel. L’appel à l’abandon de leurs
illusions sur leur condition est un appel à l’abandon d’une condition qui a
besoin d’illusions. La critique de la religion est donc la critique de cette vallée
de larmes dont la religion est le halo (Introduction à la Critique de la
philosophie du Droit, de Hegel).

Marx était anti-religieux parce que, pour lui, la religion fait obstacle à la réalisation de l’idéal communiste qu’il considérait
comme la seule solution aux problèmes du monde.
C’est ainsi que les marxistes expliquent leur position. Certains hommes d’Église la fondent de la même manière. Le Révérend
Osterreicher (Grande-Bretagne) déclarait dans l’un de ses sermons:
La destruction de la religion, en tant que bonheur illusoire des
hommes, est indispensable à leur bonheur réel. L’appel à l’abandon de leurs
illusions sur leur condition est un appel à l’abandon d’une condition qui a
besoin d’illusions. La critique de la religion est donc la critique de cette vallée
de larmes dont la religion est le halo (Introduction à la Critique de la
philosophie du Droit, de Hegel).

Le communisme – quelles que soient actuellement ses diverses formes
d’expression – est à l’origine un mouvement destiné à libérer l’homme de son
exploitation par l’homme. Or du point de vue sociologique l’Église a été et est
encore pour une large part du côté des «exploiteurs». Karl Marx, dont les
théories voilent mal une passion authentique pour la justice et la fraternité
prenant racine chez les prophètes d’Israël, haïssait la religion car elle servait
d’instrument pour le maintien d’un statu quo où des enfants étaient traités en
esclaves et travaillaient à en mourir pour que les autres s’enrichissent. Et cela
se passait ici même, en Grande-Bretagne. Il y a cent ans, quand on disait que
«la religion est l’opium du peuple», ce n’était pas une critique sans
fondement… En tant que membres du Corps Mystique nous devons faire
amende honorable et savoir reconnaître simplement que nous avons une
fameuse dette envers tout communiste (Sermon prononcé à Ste-Marie,
Fontana, Londres 1968).

Quant à moi, je suis chrétien. J’aime l’humanité et je veux son bien. C’est la raison pour laquelle j’accepterais sans scrupule
l’anarchie, le communisme, la démocratie ou le fascisme si cela pouvait apporter aux hommes le bonheur. Pendant longtemps
je me suis penché sur l’oeuvre de Marx pour mieux comprendre son esprit. J’ai découvert au cours de cette étude un certain
nombre de choses surprenantes que j’aimerais maintenant partager avec mes lecteurs.
Le marxisme fait impact surtout à cause des succès qu’il remporte, mais au fond les succès prouvent-ils quelque chose? Les
sorciers-guérisseurs en ont aussi. Le succès confirme l’erreur tout autant que la vérité et d’ailleurs les insuccès nous sont d’un
prix inestimable: ils ouvrent la voie à une vérité plus profonde. Aussi ferons-nous l’analyse de certaines oeuvres de Marx sans
tenir compte du succès qu’elles ont ou n’ont pas eu.

1
À LA CHASSE DE DIEU
Dans sa prime jeunesse, Karl Marx était chrétien. La première de ses oeuvres écrites – du moins de celles qui nous sont
parvenues – s’intitule Union du fidèle au Christ. On y trouve ce beau mot :

Par l’amour dont nous aimons le Christ, nous orientons en même temps nos
coeurs vers nos frères qui nous sont intimement liés et pour lesquels il s’est
donné Lui-même en sacrifice (Marx and Engels, Collected Works, Vol. 1,
International Publishers, N. Y. 1974).

Marx connaissait donc un moyen pour les hommes de devenir frères entre eux : c’est le christianisme.
Il poursuit :

L’union au Christ est capable de procurer l’exaltation intérieure, le réconfort
dans la douleur, une confiance paisible et un coeur susceptible d’aimer
humainement tout ce qui est noble et grand, non par désir d’ambition ou de
gloire, mais à cause du Christ.

À peu près vers la même époque, il écrit dans sa thèse Considérations d’un jeune homme sur le choix d’une carrière :

La religion elle-même nous enseigne que l’Idéal vers lequel tous tendent leur
effort s’est sacrifié Lui-même pour l’humanité. Qui oserait lui opposer un
démenti ? Si donc nous avons choisi la situation où nous pouvons faire pour
Lui le maximum, nous ne pourrons jamais plus être écrasés par le fardeau,
puisque ce dernier ne sera pas autre chose que les sacrifices consentis pour
l’amour de tous.

Il n’est conversion ni apostasie qui puisse transformer son homme à cent pour cent. Il arrive souvent que, par la suite, ses
anciennes croyances ou incroyances remontent au champ de sa conscience, prouvant ainsi qu’elles n’ont pas été totalement
effacées de son esprit, mais seulement refoulées dans le subconscient. L’ancien complexe chrétien apparaît en filigrane dans les
écrits de Marx longtemps après qu’il soit devenu un militant acharné contre la religion.
Même dans ce livre touffu, consacré à l’économie politique, qu’est Le Capital, livre dans lequel des réflexions sur la religion
sont parfaitement déplacées, Marx, le froid adversaire de la religion, écrit, complètement en dehors de son sujet :

Le christianisme avec son culte de l’homme abstrait et plus particulièrement
dans ses formes bourgeoises comme le protestantisme, le déisme, etc., est la
forme de religion la plus parfaite (Chapitre I, section IV).

Il ne faut pas oublier que Marx a été d’abord un chrétien convaincu. À sa sortie du lycée, son certificat porte sous la rubrique «
Instruction religieuse » cette appréciation :

Sa connaissance de la foi et de la morale chrétienne est lucide et bien fondée.
Il possède également dans une certaine mesure l’Histoire de l’Église (Archives
pour l’histoire du Socialisme et le Mouvement des Travailleurs, 1925, en
allemand).

Peu de temps après l’obtention de ce certificat il se passe dans sa vie quelque chose de mystérieux. En effet, bien longtemps
avant que Moses Hess ne l’amène, en 1841, aux convictions socialistes, il était déjà devenu profondément et passionnément
antireligieux.
Au cours de ses années d’études supérieures, un autre Marx avait surgi. Lui-même écrit dans un poème :

Je veux me venger de Celui qui règne au-dessus de nous

Il est donc persuadé que « là-haut Quelqu’un règne » et il a un grief contre lui. Pourtant ce Quelqu’un ne lui a fait aucun
mal. Marx appartient à une famille relativement aisée. Il n’a pas connu la faim dans son enfance, et il est plus favorisé que
beaucoup de ses condisciples. Qu’est-ce qui a donc pu faire naître en lui cette haine implacable contre Dieu ? Ses motifs
personnels nous échappent. Faut-il en conclure que Marx dans cette déclaration est simplement le porte-parole d’un autre ?
À l’âge où tout jeune homme normal nourrit le beau rêve de faire du bien à son prochain et de se préparer à sa carrière, pour
quelle raison écrit-il les vers suivants dans son poème « Invocation d’un désespéré » :

Ainsi un dieu m’a arraché mon tout
Dans les malédictions et dans les coups du sort.
Tous ses mondes se sont évanouis
Sans espoir de retour,
Et il ne me reste plus désormais que la vengeance.
Je veux me bâtir un trône dans les hauteurs,
Son sommet sera glacial et gigantesque,
Il aura pour rempart la terreur de la superstition,
Pour maréchal, la plus sombre douleur.
Quiconque porte vers ce trône un regard sain,
Le détournera, pâle et muet comme la mort,
Tombé entre les griffes d’une mortalité aveugle et frissonnante.
Puisse son bonheur creuser sa tombe !
(Karl Marx, Morceaux choisis, Vol. I – New York, International Publishers,1974)

Les mots « Je veux me bâtir un trône » et l’aveu que de Celui qui y est assis ne peuvent émaner qu’angoisse et terreur
n’évoquent-ils pas Lucifer et son programme:

J’escaladerai les cieux ; plus haut que les étoiles de Dieu, j’érigerai mon trône
(És 14.13) ?

Pourquoi Marx veut-il un tel trône ? La réponse se trouve dans un drame peu connu, composé également pendant ses années
d’études, intitulé « Oulanem ». Pour expliquer ce titre, il nous faut faire une digression.

Il existe une église de Satan. L’un de ses rites est la messe noire, célébrée à minuit par un prêtre du Malin. Les
cierges sont placés sur les chandeliers la tête en bas. Le prêtre est revêtu des ornements, doublures à
l’extérieur. Il dit tout ce qui est prescrit dans le livre de prières, mais à rebours, en commençant par la fin. Les
saints noms de Dieu, de Jésus et de Marie sont lus à l’envers. Une hostie consacrée volée dans une église reçoit
l’inscription « Satan » et sert à une communion dérisoire. Au cours de cette messe noire, une Bible est
consumée par le feu. Tous les assistants jurent de commettre les sept péchés capitaux énumérés dans le
catéchisme catholique. La cérémonie se termine par une orgie.

À dessein « Oulanem » est l’inversion d’un nom sacré ; c’est l’anagramme d’Emmanuel, nom biblique de Jésus qui signifie
en hébreu « Dieu est avec nous ». De tels noms inversés ont leur efficacité en magie noire.
Et maintenant nous ne serons à même de comprendre le drame d’ « Oulanem » que si nous écoutons d’abord l’étrange
confession de Marx dans son poème Le ménestrel :

Les vapeurs infernales me montent au cerveau
Et le remplissent jusqu’à ce que je devienne fou
Et que mon coeur soit complètement changé.
Regarde cette épée :
Le Prince des ténèbres me l’a vendue.

Dans les rites d’initiation supérieure du culte satanique, le candidat reçoit une épée enchantée qui lui assurera le succès. Il
l’achète au prix d’un pacte, signé du sang pris à son poignet, selon lequel son âme après sa mort appartiendra à Satan. Voici un
extrait d’Oulanem :

Il bat la mesure et donne le signal.
De plus en plus hardiment, je joue la danse de la mort.
Et ils sont aussi Oulanem, Oulanem.
Ce nom résonne comme la mort,
Puis se prolonge jusqu’à s’éteindre misérablement.
Arrêtez ! Je le tiens ! Il s’élève maintenant de mon esprit,
Clair comme l’air, aussi consistant que mes propres os.
Mais j’ai le pouvoir, avec mes bras,
De vous écraser et de vous broyer ( « vous » = l’humanité personnifiée)
Avec la force d’un ouragan,
Tandis que pour nous deux l’abîme s’ouvre béant dans les ténèbres.
Vous allez y sombrer jusqu’au fond,
Je vous y suivrai en riant,
Vous susurrant à l’oreille « Descendez, venez avec moi, mon ami !

La Bible que Marx avait étudiée durant ses années de lycée et qu’il n’avait pas oubliée dans sa maturité dit que le diable serait
enchaîné par un ange et précipité dans l’abîme (abyssos, en grec : Ap 20.3). C’est dans cet abîme réservé au diable et à ses
anges que Marx souhaite précipiter l’humanité tout entière.
À qui donc Marx prête-t-il sa voix dans ce drame ? N’est-ce pas dépourvu de bon sens de s’attendre de la part d’un jeune
étudiant à ce qu’il poursuive comme rêve de sa vie une telle vision de l’humanité entraînée dans l’abîme des ténèbres (les
ténèbres extérieures, expression biblique équivalent à l’enfer) tandis que lui-même, secoué d’un rire mauvais, suit ceux
qu’il a conduits à l’incroyance ? On ne trouve nulle part au monde la recherche d’un tel idéal, si ce n’est dans les rites
d’initiation de l’église de Satan, et encore dans les degrés supérieurs.
Mais le moment de la mort est arrivé pour Oulanem. Écoutons ses dernières Paroles :

Perdu. Perdu. Mon heure est venue.
L’horloge du temps s’est arrêtée,
La maison pygmée s’est effondrée.
Bientôt j’embrasserai sur mon sein l’éternité,
Bientôt je proférerai sur l’humanité
D’horribles malédictions.

Marx aimait ce mot de Méphistophélès dans Faust : « Dans l’existence tout mérite la destruction. » « Tout », y
compris le prolétariat et les camarades. Marx, dans Le 18 Brumaire, a cité ces paroles. Staline les a prises à la lettre, allant
jusqu’à détruire sa propre famille.
La secte de Satan n’est pas matérialiste. Elle croit à la vie éternelle. Oulanem, personnage à qui Marx prête sa voix, ne la
conteste pas. Il affirme son existence, mais elle consiste en une vie de haine poussée au paroxysme.
Notons en passant que, pour les diables, éternité est synonyme de tourments. C’est ainsi que Jésus s’entendit reprocher : « Es-

tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » (Mt 8.29)

Marx poursuit :

Ah ! l’éternité, notre tourment éternel,
Une mort indicible et incommensurable,
Abjecte, artificiellement conçue pour nous narguer,
Nous autres, rouages aveuglément mécanisés,
Faits pour être les calendriers absurdes
Du Temps et de l’Espace,
Sans autre objet que de se trouver là
Pour être détruits.

Nous commençons un peu à comprendre ce qui était arrivé au jeune Marx. Il avait eu des convictions chrétiennes, mais il
n’avait pas mené une vie conforme à ces principes. Sa correspondance avec son père fait foi des grosses sommes d’argent
gaspillées dans les plaisirs et de ses perpétuelles disputes avec l’autorité de ses parents pour ce motif et pour d’autres encore.
C’est alors, vraisemblablement, qu’a pu avoir lieu son endoctrinement dans l’église hautement secrète de Satan et qu’il a été
initié à ses rites. Satan parle par la bouche de ses adorateurs qui le voient au cours d’hallucinations orgiaques. Et c’est ainsi que
Marx n’est pas autre chose que son porte-parole lorsqu’il déclare :

Je veux me venger de Celui qui règne là-haut.

Écoutons plutôt la fin d’Oulanem :

S’il y a quelque chose capable de détruire,
Je m’y jetterai à corps perdu,
Quitte à mener le monde à la ruine.
Oui, ce monde qui fait écran entre moi et l’abîme,
Je le fracasserai en mille morceaux
À force de malédictions ;
J’étreindrai dans mes bras sa réalité brutale,
Dans mes embrassements il mourra sans un mot
Et s’effondrera dans un néant total,
Liquidé, sans existence :
Oui, la vie, ce sera vraiment cela !

(Ces citations sont tirées du livre de Robert Payne, The Unknown Karl Marx, – Karl Marx inconnu – New York
University Press, 1971).
Dans Oulanem, Marx fait exactement comme le diable : il livre à la damnation toute la race humaine. C’est sans doute le seul
drame au monde où tous les acteurs soient pleinement conscients de leur propre corruption, qu’ils ne craignent d’ailleurs pas
d’étaler et dont ils font état avec conviction. Pas de noir et blanc. Il n’y a ici ni Claude et Ophélie, ni Iago et Desdémone, tout est
noir et révèle les traits de Méphistophélès. Tous les personnages sont des suppôts de Satan, corrompus, damnés.
À l’époque où il écrit cela, Marx, génie précoce, n’a pas 20 ans. Il a déjà fait le programme de sa vie. Pas un mot sur le service de

l’humanité, le prolétariat ni le socialisme. Il veut mener le monde à sa perte. Il veut se bâtir un trône « qui aura pour
rempart le frisson des hommes ».
De ce temps-là également datent certains passages à mots couverts de la correspondance échangée entre Karl Marx et son père.
Le fils écrit : « Le rideau est tombé. Mon Saint des Saints s’est déchiré et il a fallu installer de nouveaux dieux ».
Ces lignes du 10 novembre 1837 sont d’un jeune homme qui, jusque-là, avait fait profession de christianisme. Il avait déclaré
précédemment que le Christ était dans son coeur. Il n’en est plus ainsi désormais. Qui sont « les nouveaux dieux » installés à
sa place ? Son père lui répond :

Je me suis abstenu d’insister pour avoir une explication sur une question très
mystérieuse, bien qu’elle me paraisse fort douteuse.

Quelle était cette question mystérieuse ? Aucun des biographes de Marx n’a encore donné l’interprétation de ces mots étranges.
Werner Blumeberg, dans son livre Portrait de Marx, cite une lettre du père de Marx à son fils. Elle est datée du 2 mars 1837 :

Ton avancement, l’espoir de voir un jour ton nom hautement réputé et ton
bien-être en ce monde ne sont pas les seuls désirs de mon coeur. Ce sont là, il
est vrai, des rêves longtemps caressés ; je puis cependant t’assurer que leur
réalisation ne m’aurait pas rendu heureux. Mais si ton coeur demeure pur, s’il
bat avec humanité et si nul démon ne réussit à le priver de ses sentiments les
plus nobles, alors seulement je serai parfaitement heureux.

Qu’est-ce qui a soudain poussé le père à exprimer sa crainte d’une influence démoniaque sur son jeune fils bon chrétien jusque-là
? Était-ce les pièces de vers qu’il avait reçues de lui comme cadeau d’anniversaire pour ses 55 ans ?
Voici une autre citation où Marx, dans son poème Sur Hegel, révèle lui-même sa pensée, inspirée de Hegel :

J’enseigne des mots enchevêtrés dans un embrouillamini diabolique, ainsi
chacun peut croire vrai ce qu’il choisit de penser.

Ailleurs, dans le poème La vierge pâle, il avoue :

Ainsi j’ai perdu le ciel,
Je le sais très bien.
Mon âme naguère fidèle à Dieu
A été marqué pour l’enfer

Cela se passe de commentaire.
Au début, Marx avait des ambitions d’artiste. Mais ses poèmes et drames, dépourvus de valeur littéraire, ne connurent aucun
succès ; ils sont cependant utiles pour nous dévoiler l’état de son coeur.

KARL MARX ET SATAN – Richard WURMBRAND | Résistance
http://cmick23r.wordpress.com/2013/04/06/karl-marx-et-satan-richard-wurmbrand/%5B06/04/2013 16:21:46]
L’échec en peinture et en architecture nous a donné un Hitler. L’échec dans le genre dramatique, un Goebbels. L’échec en
philosophie et en peinture nous a valu respectivement deux autres criminels de guerre, Rosenberg et Streicher. Quant à
Marx, obligé de renoncer à la poésie, il entre au nom de Satan dans une carrière révolutionnaire contre une société qui n’avait
pas su apprécier ses oeuvres. Évidemment il ne s’agit là que d’un motif – entre autres – de sa révolte absolue. Une autre cause :
il était méprisé en tant que juif.
Deux ans plus tard, le jeune Marx écrit « La différence entre la philosophie de la nature chez Démocrite et chez
Épicure » où il fait sienne, dans la préface, la déclaration d’Eschyle : « Je nourris de la haine pour tous les dieux». Il
atténue quelque peu cette affirmation en disant qu’il est contre tous les dieux sur terre et dans le ciel qui ne reconnaissent pas
comme déité suprême la conscience de l’homme.
Marx était l’ennemi déclaré de tous les dieux – lui qui avait acheté son épée au Prince des ténèbres. Il s’était fixé comme but
d’entraîner l’humanité tout entière dans l’abîme de perdition et de l’y rejoindre en ricanant.
Marx a-t-il réellement acheté son épée à Satan ?
Dans un livre intitulé « The moor and the general. Remembrances about Marx and Engels » , (Editions Dietz, Berlin
1964) sa fille Eleanor nous dit que lorsqu’elles étaient petites, elle et ses soeurs, leur père se plaisait à leur raconter des histoires.
Il y en avait une surtout qu’elle aimait entre toutes ; il y était question d’un certain Hans Röckle. Mais laissons-lui la parole :

Le récit en durait des mois et des mois, car c’était une histoire très longue et
qui n’en finissait plus. Hans Röckle était un sorcier… il avait un magasin de
jouets… et beaucoup de dettes !… Malgré sa qualité de sorcier, sa caisse était
toujours vide, aussi fut-il contraint de vendre au diable, pièce par pièce,
toutes ces jolies choses qui lui appartenaient… Plusieurs de ces aventures
étaient terrifiantes et nous faisaient dresser les cheveux sur la tête.

Est-ce normal qu’un père de famille parle ainsi à de jeunes enfants de choses horribles ayant trait à la vente au démon de ce
qu’ils ont de plus cher ?
Robert Payne dans Marx (Simon and Schuster, New-York, 1968) fait allusion à cela avec abondance de détails ressemblant à
ceux fournis par Eleanor. Il insiste sur le fait que Röckle, le magicien, était très malheureux et que c’est bien à contrecoeur qu’il
finissait par consentir à céder ses jouets, cherchant jusqu’au dernier moment à les retenir. Mais son pacte avec le diable était
signé et il n’y avait donc pas moyen d’y échapper.
L’auteur ajoute :

Ces histoires interminables étaient, selon toute probabilité, une
autobiographie… Marx avait la vision du monde propre à Satan ; il en avait
aussi la malignité. D’ailleurs il semble bien parfois être conscient de faire
l’oeuvre du Mal.

Quand il terminait Oulanem et les autres écrits de jeunesse où il avoue avoir fait alliance avec le diable, Marx ne pensait pas
du tout au socialisme. Il l’avait même combattu. Il était rédacteur d’une revue allemande, « Rheinische Zeitung »,

qui n’accorde même pas de valeur théorique aux idées communistes sous leur
forme actuelle et qui souhaite encore moins leur réalisation pratique, la

trouvant, de toute façon, impossible… Des tentatives de la part des masses en
vue de promouvoir ces idées communistes sont à accueillir par une canonnade
dès qu’elles deviennent un danger…

Parvenu à ce stade, Marx rencontre Moses Hess, l’homme qui jouera dans sa vie le rôle le plus important, celui qui lui a fait
embrasser l’idée socialiste. Mais ce n’est pas ce que dit Hess à son sujet :

Docteur Marx – mon idole – qui donnera le coup de pied fatal à la religion et à
la politique du Moyen Âge.

« Donner un coup de pied à la religion » est donc bien son but principal. Un autre ami de Marx à cette époque, Georges
Jung, écrit d’une manière encore plus claire en 1841 :

Marx va sûrement chasser Dieu de son ciel et il fera lui-même son procès. Il
prétend que la religion chrétienne est l’une des plus immorales
(Conversations avec Marx et Engels. Insel éditeur, Allemagne, 1973).

Rien d’étonnant puisque Marx croyait que les premiers chrétiens avaient même égorgé des hommes et mangé leur chair.
Telles étaient donc les prévisions de ceux qui avaient initié Marx aux arcanes du satanisme. Il est absolument faux, par
conséquent, qu’il nourrissait le grand idéal social d’aider l’humanité et que, la religion étant à ses yeux un obstacle à la
réalisation de cet idéal, il avait adopté pour cela une attitude antireligieuse. C’est tout le contraire. Marx haïssait tous les dieux
sans exception et jusqu’à la notion même de dieu. Il s’était porté volontaire pour « chasser Dieu à coups de pied».
Le socialisme ne constitue pour lui qu’un appât pour attirer prolétaires et intellectuels à cet idéal diabolique. Lorsque les
Soviets, au début, prirent comme slogan : « Chassons les capitalistes de la terre et Dieu du ciel », ils étaient simplement
fidèles à l’héritage reçu de Marx.
J’ai parlé plus haut de l’inversion des noms comme procédé de la magie noire. Or les inversions sont tellement ancrées dans la
pensée de Marx qu’il en fait usage partout. Au livre de Proudhon « Philosophie de la misère » il répond par un autre qu’il
intitule « La misère de la philosophie ». « Il nous faut employer, dit-il, au lieu de l’arme de la critique, la
critique des armes » etc.
L’aspect hirsute de Marx avec ses cheveux et sa barbe ne vous a-t-il jamais posé question ? Les hommes de son temps portaient
en général la barbe, mais pas comme la sienne ! ni des cheveux aussi longs. L’allure de Marx est typique des adeptes de
Johanna Southcott, prêtresse d’une secte extravagante qui prétendait être en relations avec le démon Shiloh (Conversations
entre Marx et Engels). Il est curieux de constater qu’en 1814, quelque 60 ans après sa mort, « le groupe de Chatham des
Southcottians comptait dans ses rangs un militaire, James White, qui, après son temps de service aux Indes,
revint diriger le groupe local, répandant encore la doctrine de Johanna en lui donnant une coloration
communiste » (James Hastings, Encyclopaedia of Religion and Ethics. N. Y. Charles Scribner’s Sons, 1921, XI, 756).
Karl ne parlait guère métaphysique en public, mais nous pouvons reconstituer sa pensée en nous référant aux hommes à qui il
était associé. Parmi eux Michel Bakounine, membre de la Première Internationale, écrivait :

Satan est le premier libre-penseur et sauveur de ce monde. Il libère Adam et
imprime sur son front le sceau de l’humanité et de la liberté en faisant

désobéir » (Dieu et l’État, citations des Anarchistes, édité par Paul Berman,
Praeger éditeur, N. Y. 1972).

Bakounine ne se contente pas de faire le panégyrique de Lucifer, il a également un programme concret de révolution – mais pas
pour libérer les pauvres de l’exploitation.

Dans cette révolution, écrit-il, il nous faudra réveiller le diable chez le peuple et exciter en lui les
passions les plus viles » (Cité dans Dzerjinski par R. Gul, « Most » Pub. House, New-York, en russe).

C’est précisément avec ce Bakounine dont le programme est si étrange que Karl Marx a créé la Première Internationale. C’est
lui qui nous révèle que Proudhon, autre grand penseur socialiste et à l’époque ami de Karl Marx, « adorait Satan », lui aussi.
Proudhon avait été présenté à Marx par Hess ; il avait également le même style chevelu-barbu typique de la secte satanique de
Johanna Southcott au XIXe siècle (Conversations avec Marx et Engels, Insel Verlag, 1973, Allemagne).
Dans son ouvrage « Sur la justice dans la révolution et dans l’Église », Proudhon déclare que Dieu est le prototype de
l’injustice.

Nous atteignons à la connaissance malgré lui, nous nous procurons le bienêtre
malgré lui, nous arrivons à la société malgré lui encore. Chaque pas en
avant est une victoire où nous l’emportons sur le divin.

Il s’exalte :

Dieu est stupidité et lâcheté, Dieu est hypocrisie et fausseté, Dieu est tyrannie
et pauvreté, Dieu est mauvais. Partout où l’humanité s’incline devant un autel,
esclave des rois et des prêtres, elle sera condamnée… Je jure, ô Dieu, la main
levée vers le ciel, que tu n’es rien d’autre que l’exécuteur de ma raison, le
sceptre de ma conscience… Dieu est essentiellement anticivilisé, antilibéral,
antihumain.

Proudhon déclare que Dieu est mauvais parce que l’homme, sa création, est mauvais. Mais de telles pensées ne sont pas
originales : on les trouve d’ordinaire dans les sermons du culte de Satan.
Quand il se brouilla plus tard avec Proudhon, Marx écrivit un livre pour réfuter sa « Philosophie de la misère » où se
trouvent les citations ci-dessus. Il contredit sa doctrine économique sur des points secondaires, mais il n’a aucune objection sur
sa révolte démoniaque contre Dieu. Il convient ici de souligner avec force que Marx et ses disciples, même s’ils étaient anti-
Dieu, n’étaient pas pour autant des athées comme l’avancent pourtant les communistes d’aujourd’hui. En d’autres termes, ils
prouvaient leur haine pour un Dieu en qui ils croyaient en le dénonçant ouvertement et en l’insultant. Ce n’est pas son
existence qu’ils remettaient en cause, mais sa suprématie.
Lors de l’insurrection de la Commune de Paris en 1871, le communard Flourens déclarait :

Notre ennemi, c’est Dieu. La haine de Dieu est le commencement de la sagesse
(Philosophie du Communisme, Introduction par Charles Boyer, Fordham
University Press, N. Y.)

Marx louait hautement les communards qui proclamaient ouvertement cet objectif. Mais quel rapport cela peut-il bien avoir
avec une distribution équitable des biens ou de meilleures institutions sociales ? Il ne s’agit là que d’un masque pour dissimuler
le but véritable : l’extermination totale de la foi en en Dieu et de son culte. La preuve en sont aujourd’hui des pays comme la
Chine (rouge), l’Albanie et la Corée du Nord où toutes les églises, mosquées et pagodes ont été fermées.
Marx a composé des poèmes très intéressants sur ce thème. De l’avis général ils n’ont aucune valeur littéraire, mais les pensées
exprimées sont révélatrices. Dans « La prière d’un désespéré » et « Orgueil humain », la prière suprême de l’homme est
pour sa propre grandeur. Si l’homme est condamné à périr à cause de sa propre grandeur, ce sera la catastrophe cosmique,
mais il mourra en être divin, pleuré des démons. Dans sa ballade intitulée « Le ménestrel » il célèbre la plainte du chanteur
contre un dieu qui ne connaît ni ne respecte son art, qui émergeant du ténébreux abîme des enfers, « ensorcèle l’esprit et
séduit le coeur – et sa danse est une danse macabre ». Le ménestrel tire son épée et l’enfonce dans le coeur du poète.
« L’art émergeant du ténébreux abîme des enfers ensorcelant l’esprit », cela évoque les paroles du révolutionnaire
américain Jerry Rubin dans « Do it » : « Nous avons associé jeunesse, musique, sexe, drogue, révolution avec
trahison ; c’est là quelque chose de bien difficile à dépasser. »
Dans un autre poème où il avoue que son but n’est pas d’améliorer le monde, pas plus que de le réformer ou de le mettre en
état de révolution, mais bien de le précipiter purement et simplement à sa ruine pour en jouir, Marx déclare notamment :

Dédaigneusement, je jetterai mon gant
À la face du monde
Et verrai s’effondrer ce géant pygmée
Dont la chute n’éteindra pas mon ardeur.
Puis comme un dieu victorieux j’irai au hasard
Parmi les ruines du monde
Et, donnant à mes paroles puissance d’action,
Je me sentirai l’égal du Créateur.»

(de la traduction du D. Mc Lellan de « Marx before marxism », McMiIlan)

Ce n’est pas sans lutte intérieure, en effet, qu’il choisit Satan. Ses poèmes furent achevés lors d’une grave maladie causée par la
violente tempête déchaînée dans son coeur. Il note alors combien il se sent vexé de devoir se faire une idole d’une idée qu’il
déteste. Il en tombe malade (ibidem).
La raison majeure de la conversion de Marx au communisme apparaît clairement dans une lettre de son ami Georges Jung à
Ruge. Il n’est pas question de l’émancipation du prolétariat ni d’un ordre social meilleur. Lisons plutôt :

Si Marx, Bruno Bauer et Feuerbach s’associent pour fonder une revue
politicothéologique, Dieu fera bien de s’entourer de tous ses anges et de se
laisser aller à se plaindre, car ces trois-là réussiront certainement à le chasser
du ciel… » (Cité par Mc Lellan, voir ci-dessus).

 

2
DE LA THÉOLOGIE LIBÉRALE AU COMMUNISME
Tous les adeptes militants de Satan ont des vies privées tourmentées. C’est également le cas de Marx. Arnold Kunzli dans son
livre « Karl Marx A psychogram » (Europa-Verlag, Zurich 1966), raconte sa vie qui mena au suicide deux de ses filles et un

gendre. Trois enfants moururent de malnutrition. Sa fille Laura, épouse du socialiste Lafargue, dut aussi conduire au cimetière
trois de ses enfants après quoi elle se suicida avec son mari. Une autre de ses filles, Eleanor, décida avec son mari d’en faire
autant ; elle mourut, mais lui, à la dernière minute, renonça à son projet. Les familles des adeptes de Satan sont maudites. Marx
ne se sentait aucune obligation de travailler pour gagner le pain de sa famille. Il aurait pu facilement le faire, doué comme il
était pour l’étude des langues, mais il préférait vivre aux crochets d’Engels. Il avait eu de sa domestique un enfant naturel dont
il attribua plus tard la paternité à Engels. Ce dernier accepta de jouer la comédie. Il buvait énormément. David Riazanov,
directeur de l’institut Karl Marx à Moscou, y fait allusion dans son livre : Karl Marx le penseur, l’homme et le lutteur.
(International Publishers, N. Y., 1927).

Puisque nous venons de dire un mot de Engels, nous pouvons ajouter que celui-ci avait été élevé dans une famille pieuse. Dans
sa jeunesse il avait même composé quelques beaux poèmes chrétiens. Nous ignorons en quelles circonstances il perdit la foi,
mais voici ses premières impressions après sa rencontre avec Marx :

Qui entre en chasse avec une sauvage ardeur ? – Un homme sombre de Trèves
(lieu de naissance de Marx), un monstre remarquable. Il ne marche ni ne
court, il pivote sur ses talons pleins de rage et de colère comme s’il voulait
attraper l’immense tente des cieux et la jeter sur la terre. Il bat l’air de ses
bras, les étirant très haut. Ses poings sont serrés, menaçants, et il n’arrête pas
de rager comme si dix mille diables l’avaient saisi par les cheveux (M. Engels,
Morceaux choisis en allemand, tome supplémentaire II, p. 301).

Engels avait commencé à douter de sa foi chrétienne après avoir lu un livre du théologien libéral Bruno Bauer. Son coeur avait
été le théâtre d’un grand combat. Il écrivait à cette époque :

Je prie tous les jours et même à longueur de journée depuis que je me suis mis
à douter, mais je ne peux pourtant pas revenir en arrière. Les larmes me
viennent aux yeux tandis que j’écris (cité dans Karl Marx de Franz Mehring,
G. Allen &amp ; Unwin, Londres, 1936).

De fait Engels ne retrouva pas la voie du retour à la parole de Dieu et il commença à suivre celui qu’il avait nommé « le
monstre possédé par des milliers de diables ». C’était l’expérience d’une contreconversion.
De quelle étoffe était donc ce Bruno Bauer, théologien libéral qui a joué un rôle décisif dans la destruction de la foi chrétienne
chez Engels et qui a également réussi à donner confiance à Marx pour aller de l’avant dans sa voie nouvelle d’antichristianisme
? A-t-il affaire, lui aussi, aux démons ? Écoutons ce qu’il en dit lui-même dans une de ses lettres à Arnold Ruge, un ami
commun de tous les trois, le 6 décembre 1841 :

Je suis en train de donner une série de conférences ici, à l’Université, et il y a
foule. Je ne me reconnais pas moi-même quand je profère des blasphèmes du
haut de ma chaire ! Ils sont si forts que ces jeunes – que nul pourtant ne
devrait scandaliser – en ont les cheveux qui se dressent sur la tête. Tandis que
je les prononce, je ne puis m’empêcher de penser avec quelle piété, à la
maison, je compose une apologie des Saintes Écritures et de la Révélation. En
tout cas, c’est un bien méchant démon qui s’empare de moi chaque fois que je
monte en chaire, et je suis si faible que je suis incapable de faire autrement
que de lui céder… Mon esprit de blasphème ne me laissera de trêve que si
j’obtiens l’autorisation de prêcher ouvertement en tant que professeur du

système athée (Marx-Engels ; Historic critic complete édition – Archiv
Verlags-gesellschaft, Frankfurt a. Main, 1927, vol I, 1).

L’homme qui convainquit Engels de devenir communiste était le même qui avait convaincu Marx auparavant. Hess relate à la
suite de sa rencontre avec Engels à Cologne :

Il me quitta en communiste super militant. Voilà comment j’exerce des
ravages ! (Moses Hess, OEuvres choisies, éd. Joseph Melzer, Cologne 1962).

« J’exerce des ravages », était-ce donc là le but suprême de la vie de Hess ? C’est en tout cas celui de Lucifer.
Les traces du chrétien qu’il avait été ne disparurent jamais de l’esprit d’Engels. En 1865, il exprime son admiration pour
l’hymne de la Réforme :

C’est un rempart que notre Dieu . Il dit que « c’est un hymne triomphal, une
sorte de Marseillaise du XVIe siècle » (Introduction à la dialectique de la nature)

On pourrait trouver d’autres propos analogues de caractère pro-chrétien chez Engels.
Sa tragédie est plus bouleversante et plus poignante encore que celle de Marx. Écoutons ce beau poème de jeunesse,
d’inspiration chrétienne, composé par celui-là même qui deviendrait plus tard le bras droit de Marx dans sa lutte destructrice
contre la religion :

1. Jésus-Christ, Seigneur, Fils Unique de Dieu,
Daigne descendre de Ton trône des cieux
Pour venir sauver mon âme.
Descends avec toutes tes bénédictions,
Toi, Lumière de la Sainteté du Père !
Permets que je Te choisisse.
Oh ! qu’elle est aimable, belle sans ombre de tristesse,
La joie avec laquelle, ô Sauveur,
Nous faisons monter vers Toi notre louange.

2. Quand je rendrai le dernier soupir
Et souffrirai les affres de la mort,
Que je m’accroche ferme à Toi !
Lorsque mes yeux se voileront
Et que mon coeur cessera de battre,
Que mon corps se refroidisse entre Tes bras.
Dans les hauteurs du ciel,
Que mon esprit loue Ton Nom éternellement,

Tandis qu’il reposera en sécurité en Toi.

3. À quand ce temps de joie, proche néanmoins,
Où, né de Ton sein de Tendresse,
Je pourrai me réchauffer d’une vie nouvelle ?
Alors, ô Dieu, tout en Te disant mes actions de grâces,
Je pourrai aussi enlacer de mes bras,
Et pour toujours, ceux qui me sont chers.
Oui, vivant, vivant pour toujours,
Vivant dans Ta contemplation,
Que ma vie se déroule inlassablement, toujours neuve !
… Tu es venu libérer l’humanité
De la mort et du Mal,
Pour qu’il y ait des bénédictions et un sort heureux partout.
Et désormais avec Ton Retour sur la Terre,
Tout sera différent ;
À chaque homme, Tu donneras sa part.

Quand Bruno Bauer eut semé le trouble dans son âme, il trace ces lignes à quelques amis :

Il est écrit : Demandez et vous recevrez. Pour moi, je cherche la vérité partout où j’ai l’espoir d’en
trouver, fût-ce une bribe. Or jusqu’ici je n’ai pas réussi à reconnaître en votre vérité la vérité
éternelle. Oui, c’est écrit : Cherchez et vous trouverez. Et encore : Quel homme donnerait une pierre
à son enfant qui lui demande du pain ? Que dire alors s’il s’agit de votre Père qui est dans les cieux ?
Les larmes me montent aux yeux tandis que j’écris cela ; je suis profondément ému, mais, je le sens,
je ne serai pas perdu. Je viendrai vers mon Dieu après lequel mon âme tout entière soupire. Cela
aussi, c’est un témoignage de l’Esprit Saint. Je vis de ce témoignage, et je mourrai avec la même
conviction… L’Esprit de Dieu témoigne en moi que je suis enfant de Dieu.

Il avait donc parfaitement conscience du danger que constituait Satan…
Dans son livre, Schelling, The philosopher in Christ, nous trouvons ceci sous la plume d’Engels :

Depuis la terrible Révolution française, un esprit diabolique, complètement
nouveau, a pénétré une grande partie de l’humanité et l’athéisme dresse sa
tête menaçante d’une manière subtile et sans pudeur si bien que l’on pourrait
penser que les temps annoncés par les prophéties de l’Écriture sont accomplis.
Voyons, en effet, ce que la Bible nous dit des « sans Dieu » dans les derniers
temps. Et d’abord Jésus dans Matthieu, 24.11-13 : « De faux prophètes
surgiront nombreux et abuseront bien des gens. Par suite de l’iniquité
croissante, l’amour se refroidira chez le grand nombre. Mais celui qui aura
tenu bon jusqu’au bout, celui-là sera sauvé. »

Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier, en
témoignage à la face de toutes les nations. Et alors viendra la fin.
Et, au verset 24 : « Il surgira en effet des faux Christs et des faux prophètes
qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était
possible, même les élus. » Dans la seconde Lettre aux Thessaloniciens 2, 3 et
ss. « . . . Auparavant doit venir l’apostasie et se révéler l’Homme impie, l’Être
perdu, l’Adversaire, celui qui s’élève au-dessus de tout ce qui porte le nom de
Dieu ou reçoit un culte… Sa venue à lui, l’Impie, aura été marquée par

l’influence de Satan, de toute espèce d’oeuvres de puissance, de signes et de
prodiges comme de toutes les tromperies du mal, à l’adresse de ceux qui sont
voués à la perdition pour n’avoir pas accueilli l’amour de la vérité qui leur
aurait valu d’être sauvés. Voilà pourquoi Dieu leur envoie une influence qui
les égare, qui les pousse à croire le mensonge, en sorte que soient condamnés
tous ceux qui auront refusé de croire la vérité et pris parti pour le mal. »

Engels cite des passages de l’Écriture comme le ferait le théologien le plus averti.
Il continue :

Nous ne pouvons plus adopter une attitude de froideur ou d’indifférence visà-
vis du Seigneur. Non, c’est d’une inimitié ouverte et déclarée qu’il s’agit et au
lieu de tant de sectes et partis nous n’avons plus, en définitive, que deux
camps en présence : les chrétiens et les non-chrétiens… Nous voyons les faux
prophètes à l’oeuvre parmi nous… Ils parcourent l’Allemagne et cherchent à
pénétrer partout pour propager leur doctrine satanique sur les places et faire
flotter l’étendard de Satan de ville en ville, séduisant la jeunesse infortunée
pour l’entraîner au plus profond des abîmes de l’enfer et de la mort. » Et il
termine son livre par les paroles de l’Apocalypse « Voici que mon retour est
proche. Veillez sur ce que vous possédez afin que personne ne puisse vous
arracher votre récompense. Amen » (Marx-Engels, Historic critic complete
édition I, cf. plus haut).

Ainsi cet homme qui a écrit de tels poèmes et de tels avertissements contre Satan, l’homme qui a versé des larmes pour
demander à être préservé de ce danger, celui qui a avoué que Marx était « possédé de mille démons », ce même homme est
bien devenu son plus proche collaborateur dans sa lutte diabolique pour abolir jusqu’au dernier vestige de religion et de morale
(Le manifeste communiste de Marx et Engels).
C’est la théologie libérale qui l’a conduit jusque-là, c’est elle qui partage avec Marx et Engels la responsabilité des dizaines de
millions de vies innocentes tuées par le communisme.
Après ce triste intermède, long, mais instructif au sujet d’Engels, revenons-en à Marx.
Rolf Bauer, dans son livre Genie und Reichtum, nous décrit la vie extravagante de Marx sous le rapport des finances :

Quand il était étudiant à Berlin, vrai fils à papa, il recevait 700 thalers par an
comme argent de poche.

C’était une somme considérable, car à l’époque 5% seulement de la population avait un revenu supérieur à 300 thalers. Et au
cours de sa vie Marx reçut de Engels l’équivalent de six millions de francs français (chiffres de l’Institut Marx-Engels).
Il ne cessait de convoiter des héritages. L’un de ses oncles étant à l’agonie, Marx écrit :

Si le chien meurt, cela me tirera bien d’embarras.

Je me félicite pour vous de la maladie de l’obstacle à l’héritage et j’espère que
l’événement fatal ne va pas tarder à se produire.

Enfin « le chien » meurt. Lisons Marx le 8 mars 1855 :

Une excellente nouvelle ! Hier on nous a annoncé la mort à 90 ans du vieil
oncle de ma femme. Cette dernière va toucher 100 livres sterling environ et
même davantage à moins que le vieux chien n’ait laissé une part de son argent
à la dame qui tenait son ménage.

Il n’avait pas des sentiments plus tendres à l’égard de personnes qui lui étaient cependant bien plus proches que cet oncle. Il
était fâché avec sa mère. En décembre 1863 il écrit à Engels :

Voici deux heures, un télégramme m’annonçait que ma mère vient de mourir.
Il fallait que le destin enlève encore un membre de ma famille. J’avais moimême
déjà un pied dans la tombe, mais dans les circonstances présentes ma
santé est plus utile que celle de la vieille femme. Je dois aller à Trèves au sujet
de l’héritage. …

C’est là tout ce qu’il trouve à dire pour la mort de sa mère.
Tout économiste qu’il fût, Marx perdait tout le temps – et de fortes sommes – à la bourse.
Comme la secte de Satan est extrêmement secrète, nous ne connaissons qu’à travers des allusions – souvent à mots couverts –
les rapports supposés de Marx avec elle. Sa vie de désordres n’est-elle pas un anneau de plus dans la chaîne d’éléments que
nous venons d’invoquer en faveur de cette hypothèse ?
C’était un intellectuel de grande classe. Engels aussi. Et pourtant leur correspondance est émaillée de propos obscènes inusités
dans ce rang social. Les grossièretés y abondent, mais nulle part ces idéalistes ne mentionnent leur rêve humaniste ou socialiste.
Tout le comportement et la conversation de Marx étaient de nature satanique. Juif lui-même, il n’hésita pourtant pas à publier
un livre antisémite : La question juive. Et il ne détestait pas que les Juifs. Son ami Weitling relate :

Le sujet de conversation habituel de Marx est l’athéisme, la guillotine, des
histoires sur Hegel, des récits de corde ou de poignard.

Il n’aimait pas non plus les Allemands :

La seule façon de les réveiller, prétendait-il, est de les rouer de coups.

stupide peuple allemand.

Et encore :

Les Allemands, les Chinois et les Juifs peuvent être comparés à des
colporteurs et à de petits marchands.

Il évoquait

la mesquinerie rebutante et nationale des Allemands (Kunzli, Psychogram).

Il considérait les Russes comme des infrahumains (K. Marx sur la Russie, Publishing House Zaria – Canada, en russe).

Les peuples slaves sont des rebuts ethniques (cité dans le New York Times du
25 juin 1963).

Nous venons de passer successivement en revue plusieurs aspects qui pourraient nous amener à conclure que Marx était
vraiment un adepte de Satan, un homme voué au démon. Mais poursuivons.
L’enfant préférée de Marx était Eleanor. Il l’appelait Tussy et disait souvent : « Tussy, c’est tout mon portrait. » Voyons ce
que Tussy de son côté peut nous apprendre.
Avec le consentement de son père, Eleanor épouse Edward Aveling, ami de Mme Besant, un nom dans la théosophie. Edward
faisait des conférences sur des sujets comme la perversité de Dieu (tout à fait la pensée satanique ! on ne nie pas l’existence
de Dieu comme les athées – sauf pour donner volontairement le change. On reconnaît au contraire que Dieu existe, mais en le
qualifiant de pervers et de mauvais). Dans ses conférences, Edward essayait de démontrer que « Dieu est favorable à la
polygamie et qu’il encourage le vol. » Il soutenait le droit au blasphème (The life of Eleanor Marx, par Chushichi Tsuzuki,
Clarendon Press, Oxford, 1967).
Bornons-nous à écouter le poème théosophique suivant en nous rappelant que le gendre préféré de Marx était l’un des
principaux conférenciers du mouvement. Des écrits de ce genre étaient en faveur au foyer et l’on aura ainsi une idée du climat
spirituel que l’on y respirait :

Vers toi mes vers effrénés et audacieux
Monteront, ô Satan, roi du banquet.
Foin de tes aspersions, ô prêtre, et de tes psalmodies,
Car jamais, ô prêtre, Satan ne se tiendra derrière toi.
Ton souffle, ô Satan, inspire mes vers
Quand du tréfonds de moi-même je défie les dieux.
À bas pontifes rois, à bas rois inhumains ;

Tien est l’éclair qui fait trembler les esprits.
O âme qui erres loin de la voie droite,
Satan est miséricordieux. Vois Héloïse.
Telle la trombe qui étend ses ailes,
Il passe, ô peuple, Satan le grand !
Salut, grand défenseur de la raison !
Vers toi monteront l’encens sacré et les voeux :
Tu as détrôné le dieu du prêtre.
cité dans : The Prince of Darkness par F. Tatford – Bible and Advent
Testimony movement).

Le lien entre le marxisme et la théosophie n’est pas accidentel. La théosophie a répandu en Occident la doctrine hindoue de
l’inexistence de l’âme individuelle. Ce que la théosophie réussit par la persuasion, le marxisme le fait à coups de fouet : il
dépersonnalise les hommes et les transforme en robots esclaves de l’État.
Encore un fait intéressant à noter. Jacob Auguste Riis avait été disciple de Marx. Désolé en apprenant sa mort, il se rendit à
Londres pour visiter la maison où avait vécu le maître admiré. La famille avait déménagé. La seule personne qu’il put interroger
était son ancienne femme de chambre. Elle lui dit à son sujet ces paroles étonnantes :

C’était un homme craignant Dieu. Quand il était bien malade, il priait seul
dans sa chambre devant une rangée de cierges allumés – le front ceint d’une
sorte de mètre en ruban.

Cela fait penser aux phylactères, talismans portés par les juifs orthodoxes pour la prière du matin. Or, baptisé dans la religion
chrétienne, Marx n’avait jamais pratiqué le judaïsme. Devenu ennemi acharné de Dieu, il avait écrit des livres contre la religion
et élevé tous ses enfants dans l’athéisme. Quel était au juste ce rite que la servante, dans son ignorance, prenait pour une prière
? Quand les juifs prient, phylactères au front, ils n’ont jamais une rangée de cierges devant eux. S’agirait-il d’une pratique
magique ? (Les manuscrits de M. Rus sont à la Bibliothèque Russel Sage. Voir Jacob Riis revisited, Doubleday, 1968)
On trouve un autre indice en faveur de cette hypothèse dans une lettre écrite à Marx par son fils Edgar le 31 mars 1854 (M. E.
Briefwechsel, II Vol. M. E. Lenin Institute, Moscou p. 18) Elle commence par ces mots renversants : « Mon cher diable » !
A-t-on jamais entendu un fils s’adresser à son père en ces termes ? C’est pourtant bien ainsi qu’un adepte de Satan écrit à un
ami. Le fils aurait-il donc été initié lui aussi ?
Certains biographes de Marx ont bien eu l’intuition des rapports entre le « héros » de leur livre et le culte du diable, mais, mal
préparés spirituellement, ils ne pouvaient comprendre ce dont il s’agissait. Leur témoignage n’est pas pour autant dépourvu
d’intérêt.
Le marxiste Franz Mehring écrit dans son livre : Karl Marx (G. Allen &amp ; Unwin Ltd, Londres 1936) :

Bien que le père de Karl Marx soit mort peu de jours après les vingt ans de son
fils, il paraît avoir décelé avec une secrète appréhension la présence du
démon en son fils préféré… Henri Marx ne prévoyait pas – comment l’aurait-il
pu ? – que le riche bagage de culture bourgeoise dont il avait doté son enfant
comme d’un héritage de prix ne servirait qu’à ouvrir une nouvelle carrière au
démon, dont il avait une crainte profonde.

Marx mourut en désespéré comme d’ailleurs tous les adeptes de Satan. Le 25 mai 1883 il écrit à Engels :

Oh que la vie est donc vaine et vide, mais en même temps combien désirable
aussi !

Il y a derrière le marxisme un secret connu seulement d’un très petit nombre de ses adhérents. Lénine a même pu écrire :

Un demi-siècle après lui, pas un seul marxiste ne peut se vanter d’avoir
vraiment compris Marx (Cité dans Hegel par M. Kaufman, Doubleday 1965).

 

3
SOUS LE MASQUE DE L’ATHÉISME
J’écris tout ceci au hasard de mes découvertes. Les penseurs chrétiens, comme d’ailleurs tout être humain, succombent souvent
à la tentation de prouver mordicus quelque idée préconçue. Ils ne se contentent généralement pas en ce cas de présenter la
vérité qu’ils connaissent ils ont tendance à multiplier à outrance les arguments en faveur de la thèse qu’ils soutiennent.
En ce qui me concerne personnellement, je ne prétends pas apporter la preuve irréfutable de l’appartenance de Marx à une
secte d’adorateurs de Satan, mais je crois qu’il y a suffisamment d’indices pour le laisser supposer. Ou, du moins, pour déceler
une influence certaine du démon sur sa vie et sa doctrine, tout en admettant bien qu’il manque encore des anneaux à la chaîne
d’éléments qui permettraient de vérifier l’hypothèse. J’ai ouvert le feu : à d’autres, maintenant, de poursuivre cette enquête
importante sur la relation entre marxisme et satanisme.
Je ne puis moi-même entreprendre ce travail, en premier lieu surtout parce que mon temps est pris au sein de l’organisation
Action chrétienne pour l’Église du Silence dont le but est de venir en aide aux victimes innocentes de la persécution
satanique sous domination communiste. En second lieu, je ne suis pas le saint qu’il faudrait pour creuser davantage un tel sujet.
Je me suis contenté de pénétrer aussi avant que j’ai pu dans les arcanes du culte diabolique.
Au cours de la cérémonie d’initiation au troisième degré il faut faire le serment suivant :

En tout et pour tout je ne ferai jamais que ce qui me plaît.

C’est là refuser sciemment le commandement de Dieu :

Ne suivez plus les désirs de vos coeurs et de vos yeux qui vous ont conduits à
vous prostituer » (No 15.39).

Le culte de Satan est très ancien, plus vieux que le christianisme. Peut-être le prophète Isaïe y faisait allusion quand il disait :

Tous comme des brebis nous étions errants, chacun suivant son propre
chemin et Yahvé a fait retomber sur Lui (le Sauveur) les crimes de nous tous
» (És 53.6).

Lorsqu’un homme ou une femme sont admis au septième degré, ils jurent que leur ligne de conduite sera :

Rien n’est vrai, tout est permis.

Cela m’a rappelé que Marx, remplissant un questionnaire pour sa fille, répondait à la question « Quel est votre principe
favori ? » par ces mots :

Le doute en toutes choses.

Je me suis également souvenu de ce qu’il écrivait dans le Manifeste communiste, à savoir que son but était d’abolir non
seulement toute religion, mais aussi toute morale, ce qui rendrait tout permis.
Lors des événements de mai 68, j’ai été bouleversé en lisant sur un placard, à l’Université de Paris, le mystère même du
septième degré du satanisme synthétisé dans cette formule lapidaire :

Il est interdit d’interdire

conséquence logique du

rien n’est vrai, tout est permis

Les jeunes n’ont certainement pas réalisé tout le ridicule de cette affirmation ! En effet, s’il est « interdit d’interdire », l’est tout
autant le fait même d’interdire cela ! Si « tout est permis », comment serait-il défendu d’interdire ? Pour ces étudiants,
permissivité et liberté allaient de pair. Mais les marxistes vont plus loin. Pour eux « tout est permis » équivaut à dire qu’il est
interdit d’interdire la vieille et cruelle dictature du modèle Chine Rouge et Union Soviétique.
Je suis moi-même porté par nature à dominer. En étudiant les grands personnages de l’histoire qui ont choisi de se livrer
totalement à l’influence tyrannique de Satan, j’ai senti ces tendances mauvaises se développer en moi. Aussi plutôt que de
mettre en danger le joyau le plus précieux qui m’appartienne, mon âme, j’ai pris la décision de ne pas pousser plus avant mes
investigations, même si leur but, hautement moral, est de mettre en lumière les ressorts du Mal.
Satan est un archange déchu, mais il a gardé son intelligence d’archange. Nous autres, hommes, nous ne pouvons pas nous
mesurer avec lui, et j’ai compris ce conseil de sagesse donné par une Prieure de Carmélites :

Envoyez donc le diable… au diable, au lieu de chercher à pénétrer ses secrets !

J’ai eu véritablement la nausée à la découverte des arcanes immondes du satanisme, et j’ai laissé tomber toute recherche en ce
sens. J’ai pensé aux paroles de Douglas Hunt dans son livre Researches in the sphere of the occult :

Il faut absolument mettre tout le monde en garde contre quelque participation que ce soit à la
magie noire vraie ou fausse. Ne touchez pas à ces choses et évitez comme la peste tous ceux qui y
sont engagés. Même si tout est truqué – comme c’est souvent le cas – ce sont cependant des choses

rebutantes et bestiales, quand bien même le caractère en est parfois puéril. Cela ne mène qu’à la
dégradation et à la décomposition de l’âme. Quand il s’agit de pouvoirs réels (comme, je le note,
pour le marxisme) les conséquences n’en sont pas moins terriblement funestes pour les
participants.

Le communisme est une possession démoniaque collective. Soljenitsyne dans L’Archipel du Goulag nous donne précisément
une idée de ces résultats désastreux pour l’âme et la vie des êtres.
J’ai bien conscience que les arguments que j’apporte ici sont des preuves indirectes. Encore une foi, le problème devra être
étudié plus à fond par quelqu’un d’autre. Mais ce que j’ai écrit suffit à démontrer, me semble-t-il, que ce que les marxistes
disent de Marx n’est qu’un simple mythe. Il n’était pas frappé de la pauvreté du prolétariat pour qui la révolution était la seule
solution, il n’aimait pas les prolétaires qu’il appelait des « cinglés ».
Il n’aimait pas non plus ses camarades de combat pour le communisme. Il appelait Freiligrath « le cochon », Lassalle « le juif
nègre », le camarade Liebknecht « la vache » et Bakounine « un triple zéro ».
Un militant de la Révolution de 1848, le lieutenant Tchechov, qui passait à boire avec Marx des nuits entières, disait que son
ambition personnelle avait fait disparaître en lui jusqu’au dernier vestige de bien.
Et enfin il n’aimait pas davantage l’humanité. Mazzini, qui le connaissait bien, déclarait :

Il a l’esprit destructeur et son coeur déborde plus de haine que d’amour pour
les hommes (Toutes ces citations sont tirées de Karl Marx, par Fritz Raddatz,
édité par la Maison Hoffman &amp ; Campe, Allemagne, 1975).

À ma connaissance, aucun témoignage de la part de ses contemporains ne contredit ce qui précède. « Marx, l’homme plein
d’amour pour l’humanité », n’est qu’un mythe élaboré seulement après sa mort.
Il ne détestait pas la religion parce qu’elle fait obstacle au bonheur des hommes ; il souhaitait au contraire rendre l’humanité
malheureuse pour le temps et pour l’éternité. Il proclamait que c’était là son idéal. Son vrai but était la destruction de la
religion. Le socialisme, le souci du prolétariat, l’humanisme sont autant de prétextes fallacieux.
Venant de lire L’origine des espèces par voie de sélection naturelle de Darwin, il prend la plume pour écrire à
Lassalle une lettre dans laquelle il exulte parce que Dieu – du moins dans les sciences naturelles – avait reçu « le coup de
grâce. » (Charles Darwin and Thomas Huxley, par G. de Beer, Oxford University Press, 1974). Qu’est-ce donc qui en
réalité prédominait dans son esprit ? Le souci de secourir le prolétariat dans la misère ? Comment la théorie de Darwin pouvaitelle
y contribuer en bien ou en mal ? Son but primordial n’était-il pas plutôt de démolir la religion ?
Le bien des travailleurs n’était qu’un prétexte.
Partout où les prolétaires ne luttent pas pour leur idéal socialiste, les marxistes exploiteront les différences raciales ou les
conflits de générations. L’important pour eux, c’est que la religion soit détruite.
Marx croyait à l’enfer et son programme consistait à y acheminer les hommes. Il serait intéressant sur ce point de noter dans sa
biographie que Boukharine – secrétaire général de l’Internationale communiste et l’un des principaux doctrinaires marxistes
du siècle – avait eu, dès l’âge de douze ans, après une lecture de l’Apocalypse, un désir irrésistible de devenir l’Antichrist. Ayant
réalisé que d’après l’Écriture ce dernier devait être le fils de la grande prostituée apocalyptique, il insistait auprès de sa mère
pour qu’elle lui avoue s’être livrée à la prostitution (Georges Katkov, The trial of Bukharin, Stein and Day, N. Y. 1969).
Ce même Boukharine, qui s’y connaissait en la matière, disait de Staline que « ce n’était pas un homme, mais un démon

». Précisément le premier pseudonyme choisi par Staline dans ses écrits était Demonoshvili – ce qui est à peu près
l’équivalent de l’émule du démon en géorgien (Grani N° 90-4) et Besoshvili – le démoniaque (A. Avtorhanov – The
provenience of Partocraty Posev, Allemagne)
Mao déclare :

Dès l’âge de huit ans, j’ai haï Confucius. Il avait son temple dans notre village
et de tout mon coeur je ne désirais qu’une chose, sa destruction de fond en
comble (Mao Tsé Toung par M. Zach, Berchtel édit. Allemagne).

Avez-vous souvent rencontré un enfant de cet âge ne désirant ainsi pas autre chose que l’anéantissement de sa propre religion ?
Des pensées de ce genre ne peuvent venir que d’êtres possédés du démon.
Soljenitsyne, également dans L’Archipel du Goulag, raconte que Yagoda, ministre des Affaires intérieures en Union
Soviétique, avait comme occupation favorite de tirer sur des images de Jésus et des saints. Encore un rite satanique pratiqué
dans les hauts degrés de la hiérarchie communiste. Comment explique-t-on que les hommes représentant le prolétariat aient
pris pour cible l’image de Jésus, un ouvrier, ou celle de la Vierge Marie, une femme du peuple ?
Des Pentecôtistes relatent un cas survenu en Russie au cours de la Seconde Guerre mondiale. Un de leurs prédicateurs avait
exorcisé un démon. Ce dernier, avant de quitter le possédé, menaça de se venger. Or le prédicateur pentecôtiste en question fut
fusillé pour la foi. L’officier qui l’exécuta dit auparavant :

Et maintenant, nous voilà quittes !

… Des agents du communisme sont-ils donc parfois possédés du démon et servent-ils alors d’instruments de vengeance sur les
chrétiens qui, eux, font tout pour renverser Satan de son trône ?
En Russie, le docteur Profirevitch avait une fille qu’il avait élevée dans la foi, mais elle dut fréquenter les écoles communistes. À
12 ans, elle revint chez elle et déclara à ses parents : « La religion est une superstition des capitalistes. C’est complètement
dépassé à notre époque ! Elle abandonna tout à fait le christianisme et s’engagea plus tard dans le Parti communiste où elle
devint agente de la police secrète. Pour les parents, le choc fut terrible.
Dans la suite, on vint arrêter sa mère. C’est que, dans le communisme, personne ne possède rien en propre, pas même ses
enfants, ni sa femme, ni sa liberté. L’État peut les prendre s’il le désire.
À l’arrestation de sa mère, le fils pleura beaucoup. Un an après, il se pendait. Le docteur Profirevitch trouva une lettre à son
adresse :

Père, me condamnerez-vous ? Je suis membre de l’organisation de la
Jeunesse communiste. J’ai dû signer que je rapporterais tout ce qui serait
contre les autorités soviétiques. Un jour j’ai été convoqué par la police et ma
soeur Varia me demanda de signer une dénonciation contre ma mère parce
qu’elle était chrétienne. Elle était considérée comme contre-révolutionnaire.
Je signai… Je suis coupable de son emprisonnement. On m’ordonne
maintenant de vous épier… Cela aboutirait au même résultat. Pardonnez-moi,
Père, mais j’ai pris la décision de me supprimer. » Le suicide du fils eut pour
conséquence l’incarcération du père (Russkaia Misl, Paris, 13 mars 1975).

Au cours d’une grève organisée par les communistes français en 1974, les ouvriers étaient invités à défiler dans les rues de Paris
en scandant ce slogan :

Giscard d’Estaing est foutu,
Les démons sont dans la rue !

Pourquoi nommément « les démons », plutôt que « les travailleurs » ou « le peuple » ? Pourquoi cette évocation des
puissances sataniques ? Qu’ont-elles affaire avec les revendications légitimes de la classe ouvrière pour des salaires plus élevés ?
Je puis comprendre à la rigueur que des communistes aient arrêté des prêtres et des pasteurs sous prétexte qu’ils étaient
contre-révolutionnaires. Mais comment expliquer que des prêtres aient été forcés par des marxistes à dire la messe sur des
excréments et de l’urine dans les prisons roumaines de Piteshti ? Pourquoi des moqueries obscènes sur la religion ? (I Cirja
Retour de l’Enfer et D. Bacu : Piteshti). Pourquoi le prêtre orthodoxe roumain Roman Braga (son adresse actuelle est :
Romanian Orthodox Bishopric, Jacksonville, Michigan, U.S.A), quand il était prisonnier des communistes, s’est-il vu briser les
dents une à une à coups de barre de fer pour l’obliger à blasphémer ? Les communistes avaient expliqué – à lui et aux autres :

Si nous vous tuons, vous autres chrétiens, vous irez au ciel. Mais nous ne
voulons pas que vous receviez la palme du martyre ! Il faut que vous
maudissiez Dieu et que vous alliez en enfer !

Les marxistes sont soi-disant des athées qui ne croient ni en dieu ni au diable. Dans ces cas extrêmes, le marxisme a
simplement ôté son masque d’athéisme pour montrer son vrai visage, celui de Satan.
La persécution de la religion par les communistes peut s’expliquer humainement, mais la fureur dont elle s’accompagne au-delà
de toute raison est, selon toute évidence, d’origine satanique.
Vetchernaia Moskva, journal communiste, a vendu la mèche :

Nous ne combattons pas directement les croyants, ni même les prêtres. Nous
luttons contre Dieu pour lui arracher ses fidèles (Cité par le prêtre Dudko
dans « O nachem oupavaü », YMCA Press, Paris).

Le journal soviétique Sovietskaia Molodioj du 14 février 1976 raconte comment sous le régime du tsar les communistes russes
entraient dans les églises pour se moquer de Dieu. Voici leur « Notre Père » blasphématoire et satanique :

Notre Père qui êtes à Pétersbourg
Que votre nom soit maudit,
Que votre règne s’effondre,
Que votre volonté ne soit pas accomplie, pas même en enfer.
Donnez-nous notre pain que vous nous avez volé,
Et payez nos dettes, comme nous avons payé les vôtres jusqu’à maintenant.
Et ne nous induisez plus en tentation,
Mais délivrez-nous du mal, la police de Plehve (le Premier ministre du tsar),

Et anéantissez son maudit gouvernement.
Mais comme vous êtes faible et pauvre en esprit, en pouvoir et en autorité,
Que c’en soit fini de vous pour l’éternité. Amen.

Si l’on veut en savoir davantage sur les rapports du marxisme et des sciences occultes, on peut se référer à l’ouvrage de Cheila
Ostrander et Lynn Chröder Psychic discoveries behind the Iron Curtain, Englewood Cliffs, N. J., Prentice Hall, 1970. On y
découvrira avec stupéfaction que les pays de l’Est communiste sont beaucoup plus avancés que ceux de l’Occident dans la
recherche de toutes les forces occultes manoeuvrées par Satan.
Le docteur Edouard Naumov, membre de l’Association internationale des parapsychologues, a été arrêté à Moscou.
Le physicien moscovite L. Regelsohn, juif converti au christianisme, qui prit sa défense, nous apprend le motif de son
arrestation : la tentative, de la part de Naumov, de maintenir le domaine de la vie psychique libre de toute domination absolue
par les forces mauvaises qui ne s’intéressaient à cette science, en fin de compte, que parce qu’elles y voyaient un nouvel
instrument d’oppression de la personnalité humaine.
En Tchécoslovaquie, en Bulgarie, etc., le Parti communiste investit des sommes énormes à des recherches secrètes en
métapsychique. Il en existe vingt Instituts en Union Soviétique, mais un rideau de fer hermétique empêche l’Occident d’avoir la
moindre idée de ce qui s’y passe (Novoie Russkoie Slovo, 30 juillet 1975).
Quelle a été, au juste, la contribution de Marx au plan de Satan sur l’humanité ? Une contribution importante, peut-on affirmer.
La Bible nous enseigne que Dieu a créé l’homme à son image (Ge 1.26). Jusqu’à l’apparition de Marx, l’homme avait
toujours été considéré comme l’achèvement, le sommet de la création. Mais Marx a servi d’instrument de choix à Satan en
faisant perdre à l’homme, en même temps que sa propre estime, la conviction qu’il est issu d’un passé glorieux auquel il doit
revenir un jour. Le marxisme est la première philosophie systématique et détaillée qui rabaisse brutalement la notion
d’homme. Selon son auteur, l’homme est essentiellement un ventre affamé qu’il faut satisfaire continuellement. Ses intérêts
suprêmes sont d’ordre économique. Il produit en fonction de ses besoins et pour cela il entre en relation avec d’autres hommes.
Telle est la base de la société que Marx qualifie d’infrastructure. Le mariage, l’amour, l’art, la science, la religion, la philosophie
– tout ce qui n’est pas, précisément, satisfaction du ventre, sont des superstructures déterminées, en dernière analyse, par l’état
du ventre.
Comment s’étonner dès lors que Marx se soit grandement réjoui à la lecture du livre de Darwin qui a été, à sa façon, un coup de
maître pour faire oublier à l’homme son origine et sa fin divines. Il prétend, en effet, que l’homme descend du singe et n’a
d’autre but que sa simple survie.
Le roi de la nature a été ainsi habilement détrôné par ces deux hommes. Ne pouvant directement s’attaquer à Dieu, Satan a
dévalué l’homme à ses propres yeux en le rabaissant à la condition d’esclave de ses instincts et de progéniture d’animaux.
Plus tard, Freud allait compléter le travail de ces deux géants du satanisme en réduisant l’homme fondamentalement à
l’instinct sexuel, instinct parfois sublimé en politique, en art et en religion. Ce fut le psychologue suisse Jung qui revint à la
doctrine de la Bible selon laquelle l’instinct religieux est fondamental chez l’homme.

 

4
LE CATÉCHISME ROUGE
Pour achever le tableau, un mot encore sur Moses Hess, l’homme qui a converti Marx et Engels à l’idée socialiste. Il y a en
Israël une tombe sur laquelle on peut lire :

Moses Hess, fondateur du parti social-démocrate allemand.

Dans son Catéchisme rouge pour le peuple allemand (Catéchismes politiques édités par K. M. Michel, Insel Publ.
Allemagne 1966), il écrivait :

Qu’est-ce qui est noir ? – Noir est le clergé ! … Ces théologiens sont les pires
des aristocrates. Le prêtre, en effet, enseigne premièrement aux princes à
opprimer le peuple au nom de Dieu ; deuxièmement, il apprend au peuple à se
laisser brimer et exploiter au nom de Dieu. Troisièmement enfin, et surtout, il
se procure à lui-même, avec l’idée de Dieu, une vie confortable sur terre, tout
en conseillant au peuple d’attendre le ciel…
Le drapeau rouge est le symbole de la révolution permanente jusqu’à la
victoire définitive des classes laborieuses dans tous les pays civilisés,
autrement dit, la République Rouge… La révolution socialiste est ma religion…
Les travailleurs, quand ils auront conquis un pays, devront aller aider leurs
frères dans le reste du monde.

Telle était la religion de Hess au moment où il publiait son Catéchisme. Mais, dans sa seconde édition, il y ajoute quelques
chapitres cette fois, la même religion – la révolution socialiste – emploie un langage chrétien pour avoir crédit auprès des
croyants. On y trouve, en même temps qu’une propagande en faveur de la révolution, quelques mots aimables en faveur du
christianisme, religion d’amour et d’humanisme. Mais il convient de rendre son message plus clair : son enfer ne doit pas être
sur terre ni son ciel au-delà. La société socialiste sera l’accomplissement véritable du christianisme. C’est ainsi que Satan se
déguise en ange de lumière.
Après avoir convaincu Marx et Engels de l’idéal socialiste en ne cachant pas, dès le départ, que son but était

de donner le coup de grâce à la religion du Moyen Âge

– son ami Jung le dit plutôt clairement :

Marx réussira sûrement à chasser Dieu de son ciel

– il se produisit un événement intéressant dans la vie de Hess. Cet homme qui avait fondé le socialisme moderne devint
également le promoteur d’un mouvement totalement différent une forme particulière de sionisme.
Personnellement, je suis partisan du sionisme. L’État d’Israël appartient aux juifs de droit divin. Dieu, créateur de la terre, a dit
et répété par les prophètes qu’il avait donné la terre de Palestine aux Juifs. Mais cela ne veut pas dire pour autant que je
souscrive indistinctement à tout ce que les sionistes ont pu penser.
De même, je suis chrétien, mais cela ne veut pas non plus dire pour autant que j’approuve tout ce qu’enseignent et font les
chrétiens. Ce serait d’ailleurs impossible, car les chrétiens sont divisés entre eux et professent des choses contradictoires. Il en
va de même en ce qui concerne les sionistes, il en existe plus d’une sorte : il y a un sionisme socialiste, un sionisme judaïque
religieux et un sionisme de chrétiens juifs, un sionisme pacifique et un autre, agressif. Il y a même un sionisme meurtrier et
terroriste – celui du groupe Stern, par exemple, qui a causé la mort de bien des innocents.
Et au sein du christianisme, il y a ce qui vient de Dieu, ce que les hommes y ont ajouté, mais il y a également l’influence du

diable. Jésus lui-même n’a-t-Il pas dit à l’un de ses apôtres qu’il était un démon ?
Le sionisme est, lui aussi, un mélange. Tout en étant l’accomplissement d’un plan divin, c’est en même temps un mouvement
humain – avec tous les risques que comportent faiblesses et péchés. Il y a eu même une tentative d’instaurer un type de
sionisme satanique qui, fort heureusement, a avorté. En effet Herzl a donné au sionisme une tournure raisonnable et dans sa
forme moderne il n’y subsiste aucune trace de satanisme.
Hess, le fondateur du socialisme moderne dont le but, nous venons de le rappeler, est de chasser Dieu de son ciel, a été, à
son heure, promoteur d’un type diabolique de sionisme destiné à démolir le pieux sionisme, celui de l’amour, de l’entente et de
la concorde avec les pays voisins.
Cet homme qui avait appris à Marx l’importance de la lutte des classes, écrivait en 1862 ces mots – qui nous étonnent sous sa
plume :

La lutte des races est prioritaire ; celle des classes ne vient qu’en second (M.
Hess, Rome and Jerusalem, Philosophical Library, New York).

C’est lui qui, pour la lutte des classes, attisa un feu inextinguible au lieu de montrer aux classes sociales comment coopérer au
bien commun.
C’est donc ainsi que ce même Hess devint l’instigateur d’une déviation du sionisme – sionisme à caractère racial, imposant la
lutte contre ceux qui ne sont pas de race juive. De même que nous rejetons le marxisme satanique, de même tout juif ou
chrétien qui se respecte doit-il écarter cette contrefaçon démoniaque du sionisme.
Hess revendique bien Jérusalem pour les Juifs, mais « sans Jésus, le Roi des juifs ». On n’a que faire de Jésus !

Tout Juif, en effet, ne porte-t-il pas en lui l’étoffe d’un messie et toute Juive,
celle d’une Mater Dolorosa ?

Pourquoi, dès lors, n’a-t-il pas fait du Juif qu’était Marx un messie, un oint de Dieu au lieu d’un être entièrement tendu dans
son effort plein de haine pour expulser Dieu du ciel ? Pour Hess, Jésus est un Juif que les païens ont déifié comme leur Sauveur.
Ni lui ni les Juifs ne semblent avoir besoin de Lui comme Sauveur personnel.
Il ne souhaite pas être sauvé et prétend que la recherche individuelle de la sainteté est de nature indo-germanique. L’idéal des
Juifs, selon lui, doit être un « état messianique » pour rendre le monde conforme au plan divin, ce qui équivaut –
comme il le reconnaît d’ailleurs lui-même dans son Catéchisme Rouge – à faire la révolution socialiste en se servant pour
cela de la lutte raciale et de la lutte des classes.
Moses Hess, qui assignait à Marx, son idole, la tâche de mettre un terme à la religion du Moyen Âge et de lui substituer la
religion de la révolution socialiste, écrit ces mots qui de sa part sont assez surprenants :

J’ai toujours été édifié par les prières hébraïques.

Quelles prières disent donc ceux qui considèrent la religion comme l’opium du peuple ? Nous avons déjà vu que le
fondateur de l’athéisme priait devant des cierges allumés et qu’il portait des phylactères. C’est que les prières
juives, à l’instar des prières chrétiennes, peuvent être utilisées à des fins blasphématoires dans le rituel de Satan.

Hess avait inculqué à Marx un socialisme indissolublement lié à l’internationalisme. Et Marx note bien dans son Manifeste
communiste que le prolétariat ne connaît pas de frontières. Quant à Hess, dans son Catéchisme rouge, il ne manque pas de
railler le chauvinisme des Allemands.
Il en aurait d’ailleurs fait autant avec la notion de patrie de n’importe quelle autre nation d’Europe. Il critiquait le programme
d’Erfurt du Parti social-démocrate allemand à cause de sa reconnaissance inconditionnelle du principe national. Mais c’est un
internationaliste d’exception, car pour lui le patriotisme juif doit demeurer. Il écrit :

Celui qui renie le nationalisme juif est un apostat, un renégat – au sens
religieux – c’est aussi un traître à son peuple et à sa famille. S’il devait être
établi que l’émancipation des Juifs est incompatible avec le nationalisme juif,
les Juifs devraient sans la moindre hésitation sacrifier leur émancipation.

… Les Juifs doivent, avant tout, être patriotes.

Pour ma part je suis d’accord avec les idées patriotiques de Hess dans la mesure où elles sont valables pour tous. Je suis
partisan en effet de tout patriotisme, qu’il s’agisse des Juifs, des Arabes, des Allemands, des Français, des Américains. C’est une
vertu s’il implique la préoccupation d’assurer le bonheur d’une nation au niveau économique, politique, spirituel et religieux, à
condition bien entendu que ce soit dans l’amitié et la coopération avec d’autres nations.
En revanche le patriotisme juif du socialiste révolutionnaire qui rejette celui de tous les autres pays me paraît extrêmement
suspect : c’est comme un plan diabolique pour faire haïr les Juifs de tous les autres peuples. Mais fort heureusement aucun Juif
à ma connaissance n’a accepté ce plan de Satan.
La lutte raciale dont Hess s’est fait le protagoniste est aussi erronée que la lutte des classes dont il a été l’instigateur.
Il n’abandonna pas le socialisme pour s’orienter vers cette forme particulière de sionisme, mais, après avoir écrit Rome et
Jérusalem il poursuivit son activité au sein du mouvement socialiste mondial.
Il n’exprime pas clairement ses pensées, aussi est-il malaisé de les comprendre. Qu’il nous suffise de savoir que, d’après lui, « le
monde chrétien voit en Jésus un saint Juif devenu païen. Nous autres aujourd’hui, prétend-il dans ce livre, nous
aspirons à un salut beaucoup plus large que celui que le christianisme a jamais été capable de nous offrir ».
Rappelons que, d’après le Catéchisme Rouge, ce salut beaucoup plus large n’est autre que la révolution socialiste.
Nous pourrions ajouter que Hess n’a pas été seulement la source originelle du marxisme et celui qui a tenté de créer un
sionisme anti-Dieu, mais qu’il a été également le père de la théologie de la Révolution, thème d’actualité pour le Conseil
Mondial des Églises et aussi pour certaines tendances nouvelles du catholicisme selon lesquelles il est question d’un salut dès
aujourd’hui. Par conséquent ce même et unique homme, demeuré presque inconnu, a été le porte-parole de trois mouvements
d’origine satanique : le communisme, un détestable sionisme raciste et une prétendue théologie de la révolution.
Nul ne saurait être chrétien s’il n’aime les Juifs. Jésus était de race juive ; de même la Vierge Marie et tous les apôtres. Notre
Bible est hébraïque et le Seigneur lui-même a déclaré : « Le salut vient des Juifs. » Au contraire Hess exalte les Juifs
exactement comme s’il cherchait à susciter une violente réaction antisémite. Il a affirmé que sa religion n’était que la révolution
socialiste et que le clergé de toutes les « autres » religions était fait d’escrocs. Oui, la révolution est bien l’unique religion pour
laquelle Hess professe un grand respect. Il écrit :

Notre religion (le judaïsme) possède à son point de départ l’enthousiasme d’une race qui, dès son
apparition sur la scène de l’histoire, a prévu l’objectif final de l’humanité et qui pressent les temps

messianiques où l’esprit de cette humanité arrive à son accomplissement, non pas en tel ou tel
individu en particulier, ni en partie seulement, mais dans les Institutions sociales de l’humanité tout
entière.

(Toutes les citations qui précèdent sont tirées des OEuvres choisies de Moses Hess, Berchtel édit., Allemagne). Ce temps que
Hess programme « messianique » est celui de la victoire de la révolution socialiste mondiale. L’idée d’après laquelle la
religion juive avait comme point de départ le concept d’une révolution socialiste athée n’est qu’une vilaine plaisanterie et une
véritable insulte au peuple juif.
Tout en s’exprimant continuellement en termes religieux, Hess ne croit pas en Dieu. Il prétend que

notre dieu n’est autre que notre race humaine unie dans l’amour.

La voie qui mène à une telle union est la révolution socialiste où des dizaines de millions de membres de cette humanité bienaimée
seront torturés et mis à mort. Il ne cache pas, par ailleurs, qu’il n’accepte aucune domination du ciel ni des puissances de
ce monde, car elles ont pour caractère commun l’oppression. Il n’y a de bien dans aucune religion excepté dans la révolution
socialiste.

Il est absolument vain et inefficace d’élever le peuple jusqu’à la liberté
authentique et de le faire participer aux biens de la vie, dit-il, si on ne le libère
pas de l’esclavage spirituel, autrement dit, de la religion.

Dans la même ligne, il fait allusion à

l’absolutisme des tyrans célestes et terrestres sur leurs esclaves.

Ce n’est qu’en comprenant bien Moses Hess – celui, qui influença à la fois Marx, Engels et Bakounine, les trois fondateurs de la
Première Internationale (D. Mc Lellan, Marx before Marxism, Mc Millan), que nous serons à même de découvrir les racines
sataniques du communisme.
Cette longue digression au sujet de Hess s’avérait donc nécessaire, car si on ne le connaît pas, Marx demeure impénétrable
puisqu’il a été entraîné par lui au socialisme.
Répétons ici les paroles de Marx déjà citées plus haut :

J’enseigne des mots enchevêtrés dans un embrouillamini diabolique, ainsi
chacun peut croire vrai ce qu’il choisit de penser.

C’est bien ainsi, effectivement, le style de Marx. Quant aux ouvrages de Hess, c’est un embrouillamini encore plus inextricable et
diabolique, véritable labyrinthe où il est difficile de retrouver son chemin, mais qu’il convient d’analyser pour déceler les liens
possibles de Marx avec le satanisme.
Le premier livre de Hess s’intitule : Histoire sainte de l’humanité. C’était, selon lui, un ouvrage du Saint-Esprit de vérité.
Au jour du lancement, il notait dans son journal (folio 101) :

Le Fils de Dieu a libéré les hommes de leur esclavage personnel, Hess, à son
tour, les libérera de l’asservissement politique.

Et encore :

Je suis appelé comme Jean-Baptiste à témoigner de la lumière.

À cette époque, Marx, encore opposé au socialisme, ne connaissait pas Hess personnellement et il commença même un livre
pour le réfuter. Mais, pour des raisons qui nous échappent, ce livre ne fut jamais achevé (MARX-ENGELS, Oeuvres
complètes, Moscou, 1927-1935, Vol. 1). Il devint par la suite disciple de Hess.
Qui donc est ce Hess, ce soi-disant messager de l’Esprit Saint ? Nous avons déjà vu que son but avoué était de donner le coup
de grâce à la religion et de causer des ravages. Dans l’introduction à son ouvrage Jugement dernier, il ne cache pas sa
satisfaction de ce que le philosophe allemand Kant ait, prétend-il,

décapité le vieux Père Jéhovah ainsi que toute la sainte famille.

Hess fait passer ses propres idées sous le couvert du grand philosophe. Mais Kant n’avait pas de telles intentions ! Il a écrit, au
contraire :

Je dois limiter ma connaissance pour laisser du terrain à ma foi.

Hess affirme que la religion juive est morte ainsi que la religion chrétienne (La Revue n° 1, p. 288), ce qui d’ailleurs ne
l’empêche pas dans Rome et Jérusalem d’évoquer nos Saintes Écritures, le saint langage de nos pères, notre culte et la
loi divine, les voies de la Providence et la vie de sainteté…
Ce n’est pas qu’il ait changé d’opinion aux divers stades de sa vie. Il a déclaré lui-même en écrivant son livre pseudosioniste
qu’il ne désavoue en rien ses essais athées antérieurs (Nieder-rheinische Volks-Zeitung du 15-7-1862). Il s’agit là d’un
embrouillamini diabolique volontaire.
Hess était juif et précurseur du sionisme. Et c’est précisément parce qu’avec Marx et d’autres, il était de race juive que certains
pensent que le communisme est tramé par les Juifs. Mais ceux-là semblent oublier que Marx a écrit un livre antisémite, en
disciple de son maître Hess même sur ce point. Ce sioniste qui élève le judaïsme jusqu’aux nues a dit dans son ouvrage sur le
système monétaire (Rheinische Jarbücher, Vol. 1, 18-45) :

Les Juifs qui, dans l’histoire naturelle et dans le monde de la société animale,
avaient mission de développer l’humanité pour en faire un animal sauvage, se
sont bien acquittés de cette tâche professionnelle. Le mystère du judaïsme et
du christianisme a été révélé dans le judéo-chrétien moderne : le mystère du
sang du Christ tel celui de l’antique culte juif du sang – apparaît ainsi dévoilé,
et c’est le mystère de l’animal de proie.

Peu importe si le sens de ces paroles demeure obscur pour vous : elles ont été « enchevêtrées dans un embrouillamini

diabolique », mais toute la haine qu’elles renferment n’est que trop évidente. Pour les besoins de la cause Hess est tour à tour
juif ou antisémite, selon l’esprit qu’il qualifie de saint et qui est l’inspirateur de ses écrits.
Il est possible que Hitler ait puisé son racisme chez Hess qui avait appris à Marx que l’appartenance à une classe sociale est le
facteur décisif et qui affirmait aussi tout le contraire :

La vie est le produit immédiat de la race (Rome et Jérusalem). Les
institutions et conceptions tant sociales que religieuses sont des créations
spécifiques et originales de la race.
Le problème racial est en filigrane dans tous les problèmes de nationalités et
de liberté. Toute l’histoire du passé a été une lutte entre classes et races. La
lutte raciale vient en premier lieu, celle des classes, en second (ibidem).

Comment Hess réussira-t-il à faire triompher toutes ses idées nombreuses et contradictoires ?

Je passerai au fil de l’épée tous les citoyens qui opposeront résistance aux
efforts du prolétariat » (Lettre à Lassalle, Correspondance de Moses Hess, éd.
Gravenhage, 1959).

Marx nous dit la même chose en d’autres termes :

La violence est la sage-femme qui aide la nouvelle société à naître des
entrailles de l’ancienne » (Le Capital).

Le tout premier maître de Marx fut le philosophe Hegel qui ne fit que frayer la route à Hess. Marx avait aussi pris de la graine
chez Hegel. Pour ce penseur, le christianisme était pitoyable comparé au glorieux hellénisme.

Les chrétiens ont accumulé un tel monceau de bonnes raisons pour se
réconforter dans le malheur qu’en définitive nous devrions être navrés de ne
pas avoir la possibilité de perdre père ou mère une fois par semaine, alors que
pour les Grecs le malheur était vraiment malheur et la douleur, douleur
(Citations de Mc Lellan, cf. ci-dessus).

Le christianisme n’avait pas attendu Hegel pour être raillé en Allemagne, mais Hegel a été le premier à se moquer de la
Personne même de Jésus.
Nous sommes ce que la nourriture que nous prenons nous fait devenir. Marx, nourri d’idées sataniques, n’a pu que fabriquer
une doctrine satanique.

 

5
DE MARX AU MARXISTE DE LA BASE
D’ordinaire les communistes fondent des organisations déguisées. Tous les indices précités montrent que, selon toute

probabilité, les mouvements communistes eux-mêmes sont des organisations déguisées d’un satanisme occulte. Cela
expliquerait aussi que toutes les armes politiques, économiques, culturelles et militaires employées pour réduire le
communisme se soient jusqu’ici avérées inefficaces. Les moyens de combattre le satanisme sont spirituels et non d’ordre
matériel. Autrement, en écrasant une organisation comme le nazisme par exemple, on contribue du même coup à la plus grande
victoire d’une autre organisation de choc de cette même famille occulte de Satan !
Himmler, ministre de l’Intérieur de l’Allemagne nazie, pensait qu’il était une réincarnation du Roi Henri l’Oiseleur. Il croyait
possible de mettre les puissances occultes au service de l’armée nazie. Plusieurs des chefs nazis, en effet, trempaient dans la
magie noire.
Des fondateurs aussi bien du communisme que du nazisme moderne ont été en relation avec des créatures surnaturelles douées
d’intelligence, avec des anges déchus dépourvus de tout principe moral. Marx a reçu de leur part la mission avouée « de
mettre par terre toute religion et toute morale ».
Toutefois le simple marxiste de la base est loin d’être animé du même esprit que Marx. Il aime l’humanité et croit s’être enrôlé
dans une armée qui combat pour le bien de cette dernière. Il n’a nullement l’intention d’être le jouet d’une étrange secte
satanique. Pour un tel marxiste ces lignes pourraient être éclairantes…
Quant au marxisme satanique, il a une philosophie matérialiste qui rend ses adeptes aveugles aux réalités spirituelles. Il y a
cependant plus que la matière. Il existe tout un monde de l’esprit de vérité, de beauté et des idéaux de justice… Il existe
également un monde d’esprits mauvais dont le chef est Satan. Il est tombé du ciel à cause de son orgueil et il a entraîné avec lui
d’abord une multitude d’anges puis le premier couple humain. Depuis la chute, son message s’est perpétué et s’est accru au
moyen de tous les artifices possibles. C’est ainsi que nous voyons la somptueuse création de Dieu ravagée par des guerres
mondiales, des révolutions et contre-révolutions sanglantes, des dictatures, par l’exploitation de l’homme, les racismes de toutes
sortes, les fausses religions, l’agnosticisme et l’athéisme, par les crimes et les escroqueries, les infidélités dans l’amour et
l’amitié, les divorces, les enfants rebelles.
L’humanité a perdu la vision de Dieu.
Et qu’est-ce qui a remplacé cette vision ? Quelque chose de supérieur ? Une Commission anglicane d’enquête sur les Sciences
occultes réunie en Australie a déposé son rapport le 13 août 1975. Il en ressort que la moitié des lycéens de Sydney ont trempé
dans l’occultisme et le satanisme. Dans d’autres villes d’Australie, même constatation. La moitié de la jeunesse participe à la
sorcellerie et aux messes noires. La situation n’est peut-être pas aussi tragique dans d’autres pays du monde libre ; mais de
toute façon l’intrusion du marxisme chez les jeunes va de pair avec celle du satanisme, même si les liens entre les deux ne sont
pas toujours apparents.
Les créatures ont pu abandonner Dieu. Dieu, Lui, n’abandonne jamais ses créatures. Il a envoyé dans le monde Son Fils unique
Jésus-Christ. Amour incarné et tout de compassion, Jésus a vécu sur terre comme enfant juif pauvre, comme un modeste
charpentier, et enfin comme un maître de vie. Un homme foulé aux pieds, c’est bien évident, ne peut se relever tout seul, pas
plus qu’un homme en train de se noyer ne peut sortir de l’eau sans aide. C’est pourquoi Jésus, pleinement compréhensif de nos
conflits intérieurs, a pris sur Lui tous nos péchés – même ceux de Marx et de ses disciples – et Il a souffert la punition du mal
que nous avons fait. Il a expié nos péchés en mourant sur la croix au Golgotha après avoir subi les pires humiliations.
Il nous a dit et promis : celui qui met sa foi en Lui est pardonné et vivra éternellement avec Lui dans le paradis.
Même des marxistes notoires peuvent recevoir le salut ! Il est intéressant de signaler que deux prix Nobel soviétiques –
Pasternak et Soljenitsyne – après avoir consigné dans leurs écrits les extrémités criminelles auxquelles conduit le marxisme,
ont confessé leur foi au Christ.
N’oublions pas que l’idéal de Marx était de descendre en personne aux abîmes de l’enfer et d’y entraîner avec lui l’humanité
entière. Puissions-nous ne pas le suivre sur cette voie de perdition, mais bien plutôt mettre nos pas dans ceux du Christ, pour

atteindre avec notre Sauveur des sommets de lumière, de sagesse, d’amour, et le ciel d’une gloire ineffable.

 

CONCLUSION
Ma brochure en américain en est à sa deuxième édition, revue et augmentée. La première a donné lieu à des réactions
intéressantes. Beaucoup l’ont appréciée comme un pas en avant dans la connaissance de Marx et m’ont donné des pistes
valables où je pourrai trouver d’autres matériaux de travail.
Plusieurs colonnes d’une revue hollandaise de théologie ont cherché à minimiser l’importance de cette recherche.

Bien dit l’auteur, il est fort possible que Marx ait trempé dans la magie noire,
mais ceci, en définitive, importe peu. Tous les hommes, en effet, sont
pécheurs ; tous les hommes ont de mauvaises pensées. Ne nous alarmons pas
pour si peu.

Oui, certes, tous les hommes sont pécheurs, mais tous ne sont pas pour autant criminels ! Oui, tous les hommes sont pécheurs,
mais parmi ces derniers, les uns sont criminels et les autres sont les juges rigides qui les font paraître en jugement. Les crimes
du Communisme sont sans précédent. Quel autre système politique pourrait se vanter d’avoir mis à mort 60 millions d’hommes
en un demi-siècle, comme c’est le cas pour les Soviets ? (Soljenitsyne, L’Archipel du Goulag, Seuil). 60 autres millions ont été
tués en Chine Rouge. Il y a des degrés dans le péché et la criminalité. Le comble du crime vient du comble d’influence satanique
sur le fondateur du Communisme moderne. Les péchés du marxisme, comme ceux du nazisme, dépassent la mesure ordinaire.
Ils sont démoniaques !
J’ai reçu des lettres d’adeptes de Satan faisant l’apologie de leur religion. L’un d’eux écrit :

Pour défendre ses positions, le satanisme peut se contenter de la Bible
comme évidence documentaire. Pensez à ces milliers de gens de ce monde
créés à l’image de Dieu et détruits, rappelez-vous, par le feu et le soufre
(Sodome et Gomorrhe) ; à la série de plaies affreuses et, pour couronner le
tout, à la noyade de toute la population de la terre, à l’exception de la famille
de Noé. Toutes ces dévastations n’ont elles pas été causées par un Dieu «
miséricordieux », le Seigneur Jéhovah ? Qu’est ce que cela aurait été s’il se
fût agi d’un Dieu sans pitié ?
D’autre part, dans toute la Bible, on ne voit nulle part une seule mort causée
par Satan ! ! ! Donc, retenons cela en faveur de Satan !

Cet émule de Satan n’a probablement pas étudié la Bible de près. La mort, en effet, est venue dans le monde à cause de la
tromperie de Satan qui a entraîné Ève au péché. Cet émule de Satan tire peut-être aussi trop vite ses conclusions, car Dieu n’a
pas encore dit son dernier mot avec sa création…
Quand on le commence, tout tableau ressemble à un affreux mélange de points et de lignes de différentes couleurs et qui n’a
aucun sens. Il a fallu vingt ans à Léonard de Vinci pour en faire jaillir son chef-d’oeuvre, la Joconde. Dieu aussi prend son temps
pour créer. Au moment voulu, il façonne les êtres, au moment voulu il les détruit pour leur donner une nouvelle forme. La
graine qui n’a ni beauté ni parfum doit d’abord mourir à son état de graine pour devenir une fleur merveilleuse et embaumée.
Les chenilles doivent disparaître pour que de la chrysalide sortent des papillons aux couleurs chatoyantes. De même Dieu
permet-Il que les hommes passent par le feu purifiant de la souffrance et de la mort. Les cieux nouveaux et la terre
nouvelle où la justice triomphera seront l’apothéose de la création.

Alors, ceux qui auront suivi Satan souffriront pendant une éternité de regrets. On se trompe lourdement en choisissant Satan !
Jésus a passé par la flagellation et la crucifixion. Mais qui désire connaître Dieu doit regarder au-delà de la tombe de Jésus sa
résurrection et son ascension. Au contraire, les ennemis de Jésus qui ont comploté sa mort n’ont fait qu’apporter à leur peuple
et à leur temple la destruction, et ils ont perdu leur âme.
Notre contestataire désirait saisir Dieu par sa raison, mais ce n’est pas le bon moyen pour une créature. On ne peut pas
comprendre Dieu, mais seulement l’accueillir par le coeur dans la foi.
Un Jamaïquain me demande si l’Amérique, en train d’exploiter son pays, n’est pas adepte de Satan au même titre que Marx !
Non, elle ne l’est pas. Les Américains sont pécheurs comme tout le reste des mortels, il est vrai, mais le nom d’adeptes de Satan
ne peut être donné qu’à ceux qui, consciemment, rendent au diable un culte d’adoration. Or, si l’Amérique compte un petit
groupe de tels adeptes, la nation tout entière est loin d’avoir choisi Satan pour Dieu !
J’ai reçu en outre des lettres de marxistes. La plus remarquable de la plume d’un Nigérien, leader pendant vingt ans de l’union
travailliste. Mes écrits l’ont aidé à voir qu’il avait été trompé par Satan. Il est devenu chrétien.
Je lance cette édition française de ma brochure avec l’espoir qu’elle pourra éclairer adeptes de Satan et marxistes dans leur
recherche de Jésus.
Évidemment, il est impossible d’établir une comparaison entre Jésus et Marx. Jésus n’est pas plus grand ni meilleur : Il
appartient à une catégorie totalement différente.
Marx était un homme et, vraisemblablement, un adorateur du Mauvais. Jésus, Lui, est un Dieu qui s’est anéanti jusqu’à la
condition d’homme pour sauver l’humanité.
Marx a proposé un paradis terrestre. Mais quand les Soviets ont essayé de le rendre effectif, le résultat a été un véritable enfer.
Le Royaume de Jésus n’est pas de ce monde. C’est un Royaume d’amour, de justice et de vérité. Il appelle tous les hommes sans
exception, y compris par conséquent les marxistes et partisans de Satan :

Venez à Moi, vous tous qui êtes chargés et fatigués et Moi je vous soulagerai
» (Mt 11.28).

Croyez en Lui et vous aurez la vie éternelle dans le Paradis de son ciel.
Aucun compromis possible, par conséquent, entre le christianisme et le marxisme, de même qu’entre Dieu et le diable. Jésus est
venu pour détruire les oeuvres du Mauvais (1Jn 3.8). En se mettant à Sa suite, les chrétiens essaient donc de détruire le
marxisme, tout en gardant tout leur amour aux marxistes individuellement et en désirant les gagner au Christ.
Certains prétendent être des chrétiens marxistes. Ils font erreur ou ils veulent tromper les autres exprès. On ne peut pas
davantage être un chrétien marxiste qu’un chrétien adorateur du diable.
Il y a un abîme entre christianisme et communisme. Un pont peut être jeté entre les deux à cette seule condition que les
marxistes abandonnent leur maître inspiré de Satan, qu’ils se repentent de leurs péchés et qu’ils se mettent à la suite de Jésus.
Le présent ouvrage n’a d’autre intention que de les y acheminer.
Les marxistes sont concernés par les problèmes sociaux et politiques. Il leur faut chercher des solutions en dehors des principes

marxistes. D’ailleurs pour Marx le socialisme était uniquement un prétexte. Son véritable objectif était le plan diabolique
d’anéantir l’humanité pour toujours. Mais le Christ veut notre bonheur éternel.

 

FIN.

 

 

 

ISLAM DES SULTANS DEVANT L’ORTHODOXIE DES TCZARS.


Auteur : Vaillant Jean Alexandre

Ouvrage : Islam des sultans devant l’orthodoxie des Tczars

Année : 1855

 

 

 

Aujourd’hui que les deux plus puissantes nations
de l’Europe, l’Angleterre et la France, l’une protestante
et l’autre catholique , mues par un même
sentiment de justice, prêtent une main amie à la
plus puissante des nations musulmanes et font avec
elle alliance de leur politique et de leurs intérêts
contre l’orthodoxie exclusive et conquérante des
tczars , peut-être n’est-il pas inopportun de faire
connaître au public , par un exposé vrai de l’oeuvre
de MOHAMED, des préceptes du Coran et de
la morale de I’Islam, les principes fondamentaux
sur lesquels sont basées les institutions politiques

des musulmans. Ce sera, nous le pensons, disposer
les esprils à reconnaître la nécessité de celte alliance,
le mérite du devoir que se sont imposé, en
l’offrant, la France et l’Angleterre, le droit que le
mérite de la Turkie lui faisait de la solliciter, et
enfin la justice qui en a serré le noeud. Dans tous
les cas, ce sera faciliter au temps les moyens d’effacer
bien des préjugés funestes et de préparer l’avènement
prochain d’une alliance plus importante
encore, celle de tous les peuples de l’EVANGILE avec
tous les peuples du Coran.
Pour les pousser à celte alliance, nous n’opposerons
pas l’EVANGILE au Coran, puisque le Coran
confirme l’Evangile; nous n’opposerons pas non
plus l’ISLAM à ceux dont elle est la loi, puisque les
faits disent assez en quoi les musulmans l’ont transgressée;
nous nous contenterons d’opposer le Coran
et l’ISLAM à l’état civil et religieux de l’orthodoxie
des tczars, afin de montrer, d’une part, que
cet état est une transgression aussi évidente que
funeste de la lettre et de l’esprit de I’Evangile, où
la philosophie peut seule ramener les peuples que
l’idolâtrie en a éloignés; d’autre part, que le Coran
n’est pas plus la cause de la décadence musulmane
que ne l’est I’Evangile de l’anomalie chrétienne ;
que l’ISLAM, doctrine équilibrée de la mesure et du
poids, renferme en elle-même ses propres correctifs,
tandis que l’orthodoxie des tczars n’a d’autre

correctif que la philosophie; et que, conséquemment,
il y a tout à espérer, pour le progrès, d’une
doctrine qui n’a fait la gloire des Arabes que parce
qu’elle contient en elle le germe de toutes ces institutions
libérales, fraternelles et égalitaires, auxquelles
la démocratie aspire.
Si, à l’aspect qu’offre la turkie, surtout depuis la
paix de Carlovitz, il est peu d’optimistes croyant au
sérieux des réformes qui s’y élaborent, en revanche,
il est beaucoup de pessimistes qui nient la
possibilité de les mettre à exécution. Les uns et
les autres, oublieux de l’histoire, doutent que la
race turke soit apte à la civilisation et nient à l’Islam
 la vertu de pouvoir l’y conduire. Ils oublient
tous que le Coran, venu six cents ans après I’Evangile,
 a pourtant fait la glorieuse civilisation musulmane
six cents ans avant que I’Evangile ne fasse
celle des chrétiens; ils oublient que c’est au contact
de celte civilisation que, partis ignorants, bardés
de brutalité et cuirassés de rudesse, nos croisés
durent de revenir plus polis entre eux , plus courtois
envers les femmes, plus humains envers leurs
vassaux; ils oublient que les Turks sont de même
race que les Hongrois; que ceux-ci furent les premiers
Turks connus en Europe (1); et quand à chaque
pas ils rencontrent chez les uns des monuments

—————————————————

(1) Const. Porphyrogenet.

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 de l’art musulman , chefs-d’oeuvre de leur
génie; quand, au contraire, ils chercheraient en
vain chez les autres un seul monument qui attestât
à la fois le génie de leur doctrine et le leur
propre, ils ne s’en obstinent pas moins à affirmer
la supériorité de l’influence de l’orthodoxie des
Tczars et à attribuer à ce christianisme de faux aloi
la vertu exclusive de civiliser les peuples.
Assurément, si les exactions des pachas en province,
si la mauvaise répartition de l’impôt, si les
corvées injustement exigées, si les tripotages de la
douane, si les dénis de justice, si les violences
isolées de magistrats fanatiques, si le fanatisme de
la plèbe, si le gaspillage des fonds publics, si la déprédation
de la propriété, si le péché de Sodôme.
si le polyconcubinage , si toutes ces iniquités
étaient les conséquences du Coran, assurément,
leur dirais-je, vous avez raison; mais quand elles
n’en sont que les transgressions criminelles; quand
le Coran exige le contraire; quand il fait une obligation
de la science, une fête de rentrée des enfants
à l’école ; quand il a pour conséquence des
bains, des lavoirs publics, des fontaines sur les
grands chemins, des gîtes gratuits pour les voyageurs
pauvres ou attardés, des bazars que nos docks
veulent perfectionner, des latrines publiques épargnant
aux rues de la ville et aux regards des passants
l’infection et l’indécence des ordures humaines ;

quand il est toute science, toute charité ; quand
il lient tous les hommes pour frères et qu’il les fait
tous égaux ; quand il est toute prévoyance pour le
petit, faible et pauvre, et toute chasteté pour le
grand, puissant et riche, assurément, leur dis-je,
vous avez tort; vous ne jugez les Turks que d’après
ce que vous êtes; jugez-les d’après ce que
vous avez été ou ce qu’ont été vos pères, et vous
comprendrez qu’ils ont été trop grands, comme
vous, dans la guerre, pour ne pas être aussi, comme
vous, grands dans la paix; vous comprendrez que,
lorsqu’ils s’appliquent déjà à employer l’imprimerie
comme ils ont employé la poudre , à publier des
livres comme ils ont lancé des boulets, à relever
leurs fabriques comme ils ont réorganisé leur armée,
ils ne peuvent tarder à remonter au rang
que la civilisation assigne à tout peuple qui progresse
activement et avec intelligence dans la voie
du bien, seule voie de salut (selam), dont I’Islam
est la lumière et dont le Coran est le phare.
L’Islam est de toutes les religions l’une des plus
répandues. Elle relie à une partie de l’Europe la
moitié de l’Asie et de l’Afrique. Son fondateur est
Ahmed, dit Mohamed, ses croyants sont les musulmans.
Jamais hommes n’ont été attachés plus absolument
qu’eux à l’unité de Dieu; jamais hommes
ne se sont gardés plus absolument qu’eux de l’idolâtrie,
du culte des images, idoles de l’imagination et

du culte des idoles, images de l’idée; jamais hommes
n’ont témoigné à un autre homme plus de vénération
qu’ils n’en vouent au fondateur de leur religion.
Qui ne connaît les uns et ne juge de l’autre
que par la malheureuse tragédie de Voltaire ne sait
rien et juge mal. Presque tout ce qu’on dit de leur
religion et de leur jurisprudence est faux, et les
conclusions qu’on en tire tous les jours contre eux
sont trop peu fondées (1). Qui, désireux de savoir
et de bien juger, consentira à lire ce livret, demeurera
convaincu que I’Islam est réellement la lumière,
que le Coran ne le cède en rien à l’Evangile,
que le déiste musulman est positivement voué
à l’amour du prochain, amour qui renferme en soi la
loi et les prophètes, et que, législateur comme
Moïse, moraliste comme Jésus, poète comme David,
et conquérant comme Alexandre, Mohamed ne
fut ni moins grand réformateur qu’Auguste César,
ni moins grand organisateur que Charlemagne.
Si, jusqu’ici, les deux lois de Jésus et de Moamed,
l’Evangile, et le Coran, semblent être ennemies
et ne pouvoir se regarder sans rugir (2), c’est que
ceux dont ils sont les livres, on ne les lisant qu’en
aveugles, ou lisant l’un sans lire l’autre, sont incapables
d’apprécier ce qu’ils ont d’analogue dans
leur cause, leurs moyens et leur but : si, jusqu’aujourd’hui,

—————————————————

(1) Voltaire.
(2) De Maistre.

—————————————————

leurs adeptes des deux sexes ne peuvent se
regarder que comme des êtres d’une nature essentiellement
ennemie et séparée pour jamais (1), c’est qu’ils
se font un mérite vertueux du fanatisme criminel qui
les illumine et les brûle d’une satisfaction honorable
de la haine honteuse qui les aveugle et les tue. Mais
voici le jour où seul le vrai chrétien sera musulman,
où seul le vrai musulman sera chrétien, car la
loi morale est de la nature, et la loi sociale est de
l’art; car la loi sociale est l’art d’adapter à l’humanité
la loi morale de la nature ; car il n’est qu’une
morale comme il n’est qu’une harmonie; car il
n’est qu’une science comme il n’est qu’une vérité;
car la morale est l’harmonie des esprits et des
coeurs, des intelligences et des sentiments, comme
l’harmonie est la morale des voix et des sons, des
corps et des espaces; car le jour est venu qui
doit confondre tous les bons esprits, tous les
bons coeurs, tous les justes, dans la Socionomie,
résultat de là lumière du monde et de l’intelligence
de l’homme, vérité du Coran et de l’EvANGiLE, Evangile
et Coran de vérité, loi sociale enfin, dont la
loi morale est le type et qui, par l’harmonie de l’unité
et de la pluralité, de la multitude et de l’individu,
doit relier a jamais la terre au ciel et
l’homme à Dieu.

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(1) De Maistre.

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« Un jour nous susciterons un témoin pour
chaque nation.—Alors les infidèles seront sans
excuse; alors les méchants verront leur supplice;
alors les idolâtres se soumettront à
Dieu. » « Un jour nous ferons venir les peuples,
leurs chefs en tête ; on donnera a chaque
homme, dans sa main droite, son livre; chacun
lira ce livre et nul ne sera lésé d’un brin.»
« Car le mensonge est destiné à s’évanouir,
quand apparaît la vérité ; et ce jour-là la terre
sera nivelée comme une plaine. »
(Coran, ch. 46, v. 85, 86, 87; — ch. M,
V.78, 83; — chap. 18, v. 45.)

 

Ahmed, fils d’Abdala et d’Amina de la tribu des
Coréis, naquit à Mekkè le 1er avril 569. Coréis d’Arabie,
comme on était Corite de Judée, Curète de

Colchide, de Phrygie et de Crète, Curite ou Quirite
du Latium, c’est-à-dire de la tribu astrale; il
était de cette tribu sacerdotale arabe issue des Curu
indiens, de ces fils du soleil, ou raïput, dont la
lance et la science, emblèmes et reflets de la force
rayonnante et de l’évidence lumineuse des astres
{cores’) et du soleil (corsid) étaient sur terre comme
au ciel le cur ou pourquoi et le curateur ou gardien
des choses et des hommes. Pauvre, n’ayant hérité
de son père que cinq chameaux et une esclave
éthiopienne, il cultivait lui-même son jardin et raccommodait
lui-même ses vêtements. A vingt-cinq
ans, il épousa Hadija, qui en avait quarante. Il avait
la tête forte, la barbe épaisse, les pieds et les mains
rudes, la charpente osseuse et vigoureuse, les yeux
noirs, les cheveux plats, le nez aquilin, les joues
colorées et les dents écartées. Il était de taille
moyenne.
La Câba, cabane cubique ou maison carrée de
Mekkè, ayant brûlé, il participa, en sa qualité de
Coréis, à sa réédification. Cette Câba, à la fois
image du temps, temple de la lumière du monde
et image du monde, temple de la lumière du temps,
était le temple de la lumière de Cybèle, c’est-àdire
de la science de la terre dont le cube carré
ou le carré cubique exprime à la fois et la solidité
de la matière et la solidité de l’esprit. Elle avait été,
dit-on, bâtie par Abrah-am avec les matériaux d’Ismaël,

comme le temps est bâti par l’atmo-sphère
avec les mesures de la lune. C’est pourquoi elle
était entourée de trois cent soixante statues égales
en nombre aux 360 degrés du méridien. Succursale
de la cabale indienne et médique de Cabul et
de Bale, elle était le temple de la vérité astrale, le
sanctuaire de l’évidence de Dieu, la raison de la
science de l’homme.
Au milieu de cette Câba était une grosse pierre;
cette pierre, Opa, symbole égyptien de l’opacité
terrestre, avait été déposée là, dit-on, par Abrah-am,
de même que la terre ops semble être elle-même
déposée au centre du monde par son atmosphère.
Comme au sujet de cette pierre noire, symbole d’Ops
ou de la terre, chacune des douze tribus briguait
l’honneur de la reposer à sa place; Ahmed, pour
les concilier, la fit mettre sur un manteau dont un
membre de chaque tribu. tint un pan et la posa lui-même.
Cet esprit de conciliation lui mérita le titre
d’Emin loyal et fidèle.
Son mariage avec Hadidja ayant relevé ses affaires,
il entreprit le commerce et se mit en rapport
avec l’Occident. Ce qu’il y vit, l’anarchie des idées,
la haine des controverses, l’abus de la force et de
la puissance, l’intolérance excessive de tous les
partis, la complète dissolution des moeurs, le bavardage
inutile de grands docteurs qui ne pouvaient
s’entendre, un sacerdoce aussi stérile pour le peuple

que dangereux pour le pouvoir, toutes ces hontes
en étaient plus qu’il ne fallait pour l’éloigner
du christianisme qui, malgré la bonne morale de
son Evangile, n’avait encore rien produit depuis
six cents ans que les maux de la guerre, résultat de
la guerre des mots.
En effet, parvenus au pouvoir, les chrétiens dégénérés
n’avaient pas tardé à tourner les violences
et les cruautés, dont ils avaient été victimes, contre
les peuples qui se refusaient à accepter leurs fables
pour des réalités et leurs dogmes de foi pour des
axiomes de certitude. Aussi n’y eut-il jamais un état
aussi déplorable, une situation aussi désespérante,
un abaissement aussi profond, un asservissement
aussi dur, une soumission aussi abjecte, une domination
aussi immorale, une aussi vaste ruine de tout
sentiment du beau que du commencement du troisième
à la fin du septième siècle (1). Pendant ces
quatre cents ans, le monde de l’empire romain n’était
que ce que l’avait fait l’orthodoxie des tczars,
une immense vallée de larmes, un véritable enfer
pour la multitude, et pour les prêtres un Olympe
d’allégresse, un paradis de voluptés où ils se gorgeaient
de toutes les délices de la sensualité et de
 toutes les jouissances de la chair.
Déjà, sous Décius, « les évêques se faisaient les

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(1) V. Ramey.

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 agents des affaires du monde ; abandonnant leurs
 frères mourant de faim, ils ne travaillaient plus
 qu’à amasser par la fraude et l’usure, et oubliaient
 leur mission dans les soupers et les banquets dont
 ils exhalaient le lendemain l’indigeste débauche (1).
Depuis longtemps les saintes agapes n’étaient
plus que de sales orgies où l’amour se mitonnait
 dans la marmite, où la foi se réchauffait
 au feu de la cuisine, où l’espérance se reposait
 tout entière dans les bons plats, où les chrétiens
 n’avaient plus pour Dieu que leur ventre, pour
 temple leurs poumons, pour autel leurs intestins,
pour prêtre leur cuisinier, pour esprit saint le parfum
 des ahments, pour onction les sauces, et pour
 prophètes les rôts; et leurs agapes préférées étaient
celles où les frères couchaient avec les soeurs (1 ). »
Chaque frère, en effet, s’il n’était marié comme
saint Pierre, avait, comme saint Paul, une concubine
qu’il appelait sa soeur, et en cela il imitait les
apôtres (2) qui, tous, « avaient des soeurs qu’ils
 menaient partout avec eux (3). »
Cela devait être. Pour accomplir leur mission qui
était de mettre un terme à l’oeuvre de la femme,
ces esséniens, dédaigneux du mariage, avaient dû
instituer le concubinage, et leurs descendants l’avaient

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(1)Saint Cyprien, Epist.6A ad Epict., page3,deLapsis,
(2) Tertullien, de Jejunio, ch. 16-17, p. 713,
(3) Saint Jean Chrysostôme.

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mis en tel honneur qu’il n’était pas rare de
voir les riches chrétiens d’Orient vivre maritalement
avec quinze et vingt concubines. Enfin, pour comble
d’abomination, le fils de l’homme, Aïsa ou Jésus,
ayant été reconnu pour fils de Dieu et déifié au concile
de Nicée, en 322, par 318 évêques contre 1730
(2048 évêques y ayant été convoqués); non-seulemenl
celte orthodoxie des tczars avait détruit l’unité
de Dieu qu’avait annoncée l’Évangile de Jésus et
restauré sous une autre forme l’antique trinité
païenne qu’il était venu détruire, mais « l’empereur
« Constantin étant allé jusqu’à imposer aux chrétiens
 leurs évêques pour être leurs dieux sur la terre,
 empereurs et rois, docteurs et prêtres, clercs et
a laïques, le monde entier courbait ignominieusement
la tête sous le joug de l’épiscopat (1). »
Alors (2) l’Europe, l’Asie, l’Afrique, tout le
monde chrétien était déchiré par des soldats et
égaré par des sophistes ; alors tous les fleuves roulaient
du sang, toutes les écoles roulaient des hérésies
; alors une dissolution épouvantable passait
sur la chrétienté et ajoutait un fléau de plus à tous
les fléaux déjà connus ; si bien que, pour retrouver
de pareils jours, il fallait remonter à ces époques

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(1) Saint Cyprien.
(2) Saint Clément, Gonstit. apost. apud Coteler, t. 1,
p. 222. Rufin, Hist. ecclés., 1. 10, ch. 2.

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maudites où le patriarche cherchait dix justes dans
la Pentapole menacée du feu du ciel (l).
Tel était l’état des chrétiens d’Orient, lorsqu’Ahmed
entra en contact avec eux. Quant aux chrétiens
d’Occident, ils étaient encore peu nombreux. D’ailleurs
Visigots et Ostrogots, Vandales et Gépides,
Bourguignons et Lombards, Suèves et Francs, ils
éiaient tous plus ariens que catholiques selon l’orthodoxie
des tczars, plus évangéliques que canoniques,
plus chrétiens que jésuites, c’est-à-dire
qu’ils croyaient plus à l’humanité du Christ qu’ils
ne croyaient à la divinité de Jésus. Il était certain,
pour les premiers Francs, que Jésus n’était pas même
de la race des dieux; c’est pourquoi, en 584,
alors qu’AHMED n’avait encore que quinze ans,
« Chilpérie, leur roi et homme de sens, ne pouvant
souffrir que l’on fît de Dieu une, deux et trois
 personnes, soutenait que père, fils et esprit ne
 sont qu’un même Dieu, » et ce précurseur d’Ahmed,
ce Mohamed des Gaules « ordonnait de ne
« plus nommer, dorénavant, que Dieu sans trinité
«de personnes, sans personnes trinitaires (2). *
Ainsi tombe de lui-même l’argument fallacieux de
Bayle, qui fait « du prompt établissement de
l’Evangile sur toute la terre, une preuve qu’il est

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(1) Méry, Constantinople ancienne et moderne.
(2) Grégoire de Tours, liv. 5, p. 43; hv. 2, ch. 29.

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« l’ouvrage de Dieu (1), » car si à ce qui précède
on ajoute qu’en 177 de notre ère il n’y avait
encore dans les Gaules qu’une seule communauté
chrétienne établie à Lyon et à Vienne en Dauphiné
(2); qu’en 314 il n’y en avait encore que deux
de plus, l’une à Bordeaux, l’autre à Rouen ; que les
Bavarois ne se firent chrétiens qu’au septième siècle,
les Frisons, les Thuringes et les Hessois au
huitième, les Saxons au neuvième, les Russes au
dixième, et les Hongrois au onzième, on conviendra
qu’une telle promptitude n’a rien de miraculeux, que
s’en targuer est absurde; et que si une doctrine,
qui met trois cent vingt-deux ans à se faire accepter
par le pouvoir et mille ans à s’universaliser
dans ce coin de la terre que l’on appelle Europe,
peut s’en prévaloir pour conclure à la divinité de son
origine, I’Islam, qui, en moins de trois cents ans,
s’étend, à l’ Est, jusqu’au delà de l’ Indus, et àl’Ouest,
jusqu’aux colonnes d’Hercule, n’est pas moins qu’elle
en droit de s’en prévaloir pour conclure à son origine
divine, à la divinité du Coran.
 Il était donc juste, juifs et chrétiens se reprochant
mutuellement de ne s’appuyer sur rien, qu’Ahmed
en conclût qu’ils lisaient sans comprendre, et que
ni les uns ni les autres n’entendaient rien aux écritures.

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(1) Dict. hist. et crit., art. Mahomet.
(2) Eusèbe, Hist. de l’Eglise.

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Il était donc juste, juifs et chrétiens disant :
Dieu a un fils; les juifs disant aux chrétiens : Ozaïr
est fils de Dieu, et les chrétiens disant aux juifs :
Le fils de Dieu est Jésus, qu’Ahmed leur répondît ;
« Par sa gloire, non, mais tout ce qui est dans les
cieux et sur la terre est sa création, et les uns et
les autres, vous n’êtes que des menteurs, comme
 les infidèles d’autrefois. » Il était donc juste, les
chrétiens affirmant qu’il y a trinité, qu’AHMED leur
répondît : « Dieu est un; loin de sa gloire ce que
 vous lui associez, loin de sa gloire qu’il ait un
 fils! Comment aurait-il un fils, celui qui n’a point
a de compagne? Si Dieu avait un fils, je serais le
 premier à l’adorer; mais il n’y a pas d’autre Dieu
 que Dieu ; il est mon témoin contre vous qui ne
 suivez que des opinions ou n’êtes que des men-
 teurs. » Il était donc juste, juifs et chrétiens n’approuvant
que ceux de leur doctrine et ne s’en rapportant
chacun qu’à leurs livres, qu’AHMED leur dît :
« Je crois aux livres donnés à Moïse et à Jésus,
 au Pentateuque et à l’Évangile, ne mettant entre
 eux aucune différence. » Il était donc juste, juifs
et chrétiens disant à tout homme : Suis-nous, et tu
seras dans le droit chemin, qu’AHMED leur répondît :
« La direction qui vient de Dieu est la seule véritable ;
  je suis plutôt de la religion d’Abraham, vrai
 croyant. » Il était donc juste, juifs et chrétiens se
disputant le litre de fils préférés de Dieu, titre

qu’avaient pris avant eux les Gentous indiens, qu’Ahmed
leur dît : « Vous n’êtes qu’une portion des
 hommes qu’il a créés. » Il était donc juste, les
prêtres chrétiens s’interposant de droit entre Dieu
et les hommes, qu’il leur dît : « Il n’est point
d’intercesseur auprès de Dieu. Il n’est point de sacerdoce
en islam. » Il était donc juste, les chrétiens
ayant pris leurs docteurs et leurs moines, leurs
évêques et leur messie plutôt que Dieu pour leurs
seigneurs, qu’Ahmed leur dît : « Il vous a été
 ordonné de n’adorer que le seul Dieu, hormis lequel
 il n’en est point d’autre (1). »
Oui, tout ceci était justice; et, quand il parlait
ainsi, il était d’accord avec l’un des plus grands
docteurs de l’Eglise, Arnobe, qui avait détruit la
divinité de Jupiter par cet argument:
« Jupiter a eu un père, une mère; il est né, il a
 reçu la vie et la lumière; or un dieu ne saurait
 naître. D’ailleurs, les dieux n’ont point d’enfants ;
 ils ne viennent pas au monde; ils ne multiplient
 ni ne croissent (2). »
Oui, tout ceci était justice; et, quand il parlait
ainsi, il était d’accord avec l’un des plus grands
pères de l’Eglise, Origène, qui, pour disculper les

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(1) Coran, ch. 2, v. 407, iU, 129 — ch. 5, v.2l ; — ch.
6, V. 30, 111;— ch. 4, v. 469.
(2) Arnobe, Advers. Gent.,\, 1, p. 49; 1. 3, p. 10 i; 1. 7,
p. 249.

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chrétiens de l’accusation de s’être fait un Dieu à la
façon des Giliciens et des Gètes, répond à Celse :
« Nous n’adorons pas Jésus, nous l’admirons ; —
« nous n’adorons pas la croix, nous ne devons pas
même en avoir de représentation (1). »
Oui, tout ceci était justice ; car il savait que Jupiter
est Sabésius, que Sab-àius est fils de Jovis
comme Jésus-Christ et fils de Jehova, que l’un est
l’unité de la lumière des astres et de l’intelligence
des hommes, et l’autre l’unité de la lumière du
soleil, chef des astres et du savant, soleil des
hommes.
Oui, tout ceci était justice, et quand, pour y
mettre le sceau, il disait . « Hors de Dieu point de
 refuge, » il se montrait alors aussi infiniment
juste que l’orthodoxie des tczars se montra plus tard
infiniment inique en disant : « Hors de l’Eglise
 point de salut ! »
Quoi qu’il en soit, dédaigneux des sophismes qui
divisent chrétiens et juifs, et les uns et les autres
entre eux, touché de pitié pour les malheurs qu’ils
enfantent, ému de compassion à l’aspect de l’immoralité
profonde dans laquelle le monde est plongé,
révolté contre l’idolâtrie sous laquelle les Arabes,
ses frères, courbent leur intelligence et que les
chrétiens s’efforcent de renouveler sous une autre

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(1) Origène, De principio, l. 1, ch. 1, n’8, p. 33

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forme , plus versé qu’on ne le croit dans les
légendes mythiques de l’Orient, doué de cet esprit
qui, de tant de fables, a composé la menteuse histoire
des hommes, assez près des traditions pour
savoir que les religions ne sont que l’allégorie de
la science, le voile sur l’évidence, la fable sur la
vérité ; que, dans l’origine, il n’était qu’une religion
comme il n’était non plus qu’une lèvre, une
parole, une langue scientifique; convaincu avec
saint Paul (1) que les sages qui l’ont révélée ou revoilée
par l’allégorie, ne sont que des fous, et, comme
lui, mettant loin de la gloire de Dieu les mensonges
qu’ils ont inventés (2), il se sent inspiré de
ce sublime amour qui, à des temps donnés, temps
d’esclavage et d’abjection, embrasse et resserre
l’humanité tout entière dans la tête et dans le coeur
d’un seul homme et conçoit le projet de l’empêcher
de choir en mettant un frein à l’excès des jeux
de mots de l’esprit et un mors à la licence des abus
du coeur. Il a visité le pays de Saba et le golfe
Persique; il a passé bien des nuits de sa jeunesse
sous le ciel étoile des Chaldéens ; il a vu le Gange
et le pays des Cinq Fleuves, les cinq fleuves du
pays de la Racine, les Panc’ab du Multan ; il a étudié

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(1) Chap. 40′, V. 3 ; —ch. 42, v. 81 ; — ch. 59; — ch. 76,
V.23.
(2) Coran, chap. 23, v. 93.

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les religions de Kon-fu-tzée et de Brahma, de
Budda et de Zoroastre. Il a approfondi les croyances
universelles du sanscrit des Vedda et de l’hébreu
de Davîd, dont le moine Sergius lui a expliqué les
paroles émouvantes sous les palmiers des déserts, à
Surate et à Ofir; il a compris les civilisations a la
fois graves et sensuelles de la Chine et de l’Inde,
du Thibet el de la Syrie; il a résolu, l’Evangile lui
paraissant suranné par insuffisance, de donner aux
hommes un nouveau livre propre à régénérer le
monde que l’Evangile n’a pas réussi à rendre meilleur
(1), et pour n’être ni un éclair, ni un météore,
ni un volcan, mais pour devenir le soleil d’une nouvelle
lumière et d’un jour nouveau, il fondera une
religion où le bon sens se substituera à l’imagination,
la réalité à l’image, la vue à l’idée, le type à l’idole
; il détruira le culte des grands et des doctes
dont les petits et les ignorants ont fait leurs dieux;
il renversera le culte des images de l’idée, dont
l’imagination des doctes a composé les idoles des
simples; il abolira l’idolâtrie, honte des siècles, et
frappera de mort toute tyrannie, celle de la ruse
sur l’esprit, celle de la force sur la matière, celle
du prêtre sur la conscience, celle du despote sur
le corps. Enfin il accomplira sur l’humanité ce que
le Christ avait mission d’accomplir ; il abolira l’abus,

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(1) Méry, Histoire de Constantinople.

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l’excès, l’intempérance que les chrétiens n’ont fait
qu’universaliser ; il établira pour tous l’us, la modération,
la jouissance; il pèsera et mesurera tout au
juste; il équilibrera tout dans la balance de la justice;
il fondera l’égalité.
Plein de cette pensée, et pour la réaliser un instant
plus vite, et pour marcher plus convenablement
à son but et l’atteindre en toute assurance,
il quitte le monde, se retire dans une caverne près
de Mekkè, entre les collines Safa et Merva, et là,
comme saint Jean dans l’antre de Palhmos, il médite
sur les choses du ciel qui font les affaires de
la terre, et de là lance comme lui au monde l’horoscope
qui annonce aux hommes sa mission.
Cet horoscope, ou apocalypse, n’est autre chose
que la vision de son ascension au Mérah; et cette
ascension n’est elle-même, comme on va le voir,
que l’élévation de sa vue d’astronome et de sa pensée
philosophique dans les hautes régions des
cieux où il étudie l’harmonie morale des astres.
C’est dans cette enceinte de lumière, c’est dans
cette mer des soleils, où il médite sur cette harmonie
des constellations du monde, qu’il voit et
puise la morale harmonique que Dieu a naturellement
inculquée a toutes les sociétés de la terre.
Pour se convaincre que cette vision d’AHMED
n’est que l’allégorie de sa voyance, que cette ascension
n’est que l’allégorie de son élévation mentale,

il suffit de l’y suivre et de s’en rapporter à
l’évidence de la parole. En effet, il était couché
entre les collines Safa et Merva et il dormait, quand
soudain le soleil d’Orient, le Verbe de Dieu, le Dieu
des Guèbres, Gabri-el, lui amena la jument alborak
et l’éveilla en le saluant du titre d’apôtre.
Cette Pégase arabe est d’un gris argenlé comme la
lumière de l’aube; sa tête de femme, type de la
beauté, est le symbole du soleil qui perce à l’Orient
les blanches vapeurs du malin, et sa queue de paon
est l’expression des astres de la nuit, qui, en tout
temps, font queue derrière le soleil à mesure que,
sous son nom de Gabri-el, il s’avance d’Orient en
Occident. C’est pourquoi Gabri-el, qui, lui-même,
est la lumière de ce Pégase des Arabes, est encore
pour eux le paon du paradis des cieux; car les astres
sont les yeux du ciel de la nuit, car Hén-och
est l’oc-éan nocturne des astres, car les astres
d’Hén-och, yeux du ciel que le Paon d’Hén-ochia,
qui est Junon, reflète sur les plumes de sa queue,
sont les lettres célestes, les signes évidents, l’écriture
sacrée, la sainte écriture dont la lune est la
thèse et le thème, le mythe et le mystère, l’énigme
et le Sphinx, et dont le soleil d’Orient, la bouche
de l’aurore, le Dieu des Guèbres, Gabri-el, est l’évidence
et la vérité, la lumière et l’intelligence, le
verbe et la parole, la solution et le Phénix. Et c’est
de cet Hen-och dont elle fait sa science que tire

son nom la classe des cho-en, prêtres ou curés hébreux.
Cependant Ahmed se réveille, et montant Alborak,
il arrive à Jérusalem. Il s’y rencontre naturellement
avec Abrah-am, père de l’élévation, et avec
Moïse et Jésus,comme, en suivant le soleil d’Orient
en Occident, tout astronomme, arrivé à la fin de l’année
sacrée, s’est rencontré avec l’atmo-sphère, type
de la hauteur, et avec la lune et le soleil. Arrivé
au premier paradis, qui est d’argent pur, et de la
voûte duquel pendent les étoiles dont chacune renferme
un ange qui la garde, un vieillard l’embrasse
en l’appelant son fils. Ce vieillard est Adam qui,
comme le soleil, homme du ciel, et comme l’homme,
soleil de la terre, est environné d’anges, astres ou
hommes, de rayons de toutes couleurs, d’objets et
d’êtres de toutes formes. Parmi ceux-ci brille un
coq blanc comme la neige, dont la fonction est d’égayer
l’Eternel par des chants qui annoncent aux
hommes les différentes heures du temps hébraïque
(Galil) dont cet oiseau Gaulois fait son nom latin
Gallus. — Au deuxième ciel, il trouve Noé qui le
reçoit dans ses bras, comme l’espace, carène du
vaisseau du monde, reçoit dans son arche Sem,
Cham et Japhet, comme le lis inférieur, l’Hypo-crène,
vase ou coupe de l’Antipode, reçoit dans son calice
la lune, le soleil et la terre.-—Au troisièrpe ciel, il
voit un ange d’une hauteur démesurée, ayant sous

ses ordres cent mille anges plus forts que cent
mille bataillons, et si grands, que de son oeil droit
à son oeil gauche, il y a soixante-dix mille lieues de
chemin, c’est-à-dire en retranchant les zéros de la
sagesse, juste la distance de lieues et de temps que
franchissent les soixante-dix éléments temporels de
l’année. Aussi cet ange, comme le temps aveugle
dont il est l’expression, est-il occupé à calculer les
jours des hommes. — Au quatrième ciel, ciel d’argent
fin et transparent comme le verre, Hen-och,
océan astral qui, comme Atlas, porte sur son dos le
jour du monde, est ravi de te voir, comme la nuit
sidérale semble ravie de fixer les regards de ses
yeux, les yeux de ses astres sur la terre de l’homme,
et comme l’homme de la terre est réellement ravi
de fixer le regard de ses yeux sur les étoiles du
Ciel, sur le paon d’Héno-chia. — Au cinquième
ciel, qui est d’or pur comme le disque du soleil,
Aaron l’embrasse et le présente à Moïse dont il est
le bras droit, comme Arjun est aux Indes le bras
droit de Chris’ten, comme en Grèce, Patrocle est
récuyer d’Achille, comme l’orient du jour, comme
le soleil d’Ares ou de mars, équinoxe du printemps
et orient de l’année, est le bras droit et l’écuyer du
soleil de juin, Ach-iMeus, lion du solstice et de la canicule,
midi de l’année. — Au sixième ciel, Moïse
pleure avec lui à l’idée qu’il amènera plus d’Arabes
au paradis qu’il n’y a fait entrer d’Hébreux,

comme le moins savant pleure à l’idée que plus savant
que lui a fait entrer plus d’ignorants dans la
lumière de la science ; il eût voulu l’embrasser, mais
il est emporté soudain au septième ciel.
Ce septième ciel, merah ou harem, sanctuaire ou
chambre d’Allah, n’est autre chose que le meru
des Indes, le meros de la Grèce , cette partie du
monde, cu-meru indien et ca-maras grec, qui exprime
le nord, cette partie du jour qui exprime la
nuit, cette partie du mois que l’on appelle sevennight
ou semaine , c’est-à-dire le temps des sept
nuits de l’aphanisme lunaire au temps des solstices,
vaste et morne océan, morose et vaste mer
océan et mer infinis, dont on a fait la cuisse ou meros
d’Ekummesa et de Jupiter, d^Ahrah^am et de Jak-ob,
parce qu’il est cette partie ou meros infiniment
haute et cachée du ciel, où tout murmure s’éteint,
où la discorde et la confusion se confondent, d’où
sortent Bacchus et Jason, splendeur et lumière du
soleil, et où s’enferme son signe, son semblable,
Sémélée, la lune. C’est pourquoi, tant ce ciel, merah
ou harem, est plein, comme une mer, de la lumière
dont il est formé, Ahmed n’en peut décrire
ni la richesse, ni la splendeur.
Le premier habitant qui y frappe ses regards a
soixante-dix mille tètes, chaque tête soixante-dix
mille bouches, chaque bouche soixante-dix mille
langues parlant chacune clairement et à la fois

soixante-dix mille idiomes différents à la louange
de Dieu, car celui-là est l’année qui vient de s’accomplir,
et dont les soixante-dix éléments temporels
sont les vingt-quatre heures du jour, les deux
temps de jour et de nuit des quatre saisons, qui
font les vingt-huit jours du mois et les douze
mois de l’année lunaire , thèse-prôtie ou thèse
première de l’Epire et de la Palestine, des Eubéiens
de Salamine et des Ebusiens de Salomon.
C’est pourquoi, arrivé au pied du cédrat immortel,
il voit brûler quatorze cierges, comme dans le
ciel brûlent et les sept lunes des nuits et les sept
soleils des jours de la semaine , principes des
soixante-dix éléments temporels de l’année, et les
feuilles de cet arbre de la science, douées de vertus
analogues à celles du satara indien, du minki chinois,
de Yoman des Perses, du persée d’Egypte, du
pommier de l’Eden hébraïque et de l’arbre aux
douze fruits de l’Apocalypse de saint Jean, suffisent,
comme celles-ci, à nourrir pendant un jour
toutes les créatures du monde; car elles sont les
jours du temps, dont les douze fruits sont les douze
mois qui font l’anneau des années et des siècles.
Aussi est-ce du pied de cet arbre , comme du pied
de l’arbre de Budda, que sortent quatre fleuves,
deux pour le paradis (le nord et le sud) et deux pour
la terre (l’est et l’ouest) dont la croix, en coupant
l’année en quatre saisons, fait cette lumière des

quatre temps du monde, que le soleil porte éternellement
sur son dos autour de la terre.
Ici, Gabri-el le quitte, car le soleil s’est couché,
et Rapha-ël, soleil d’occident, l’a remplacé
dans sa course anti-opique. Il le conduit à la maison
divine, où se rassemblent chaque jour les soixante-dix
mille anges ou soixante-dix éléments temporels
de l’année. Cette maison ressemble au temple
de Mekke , et si elle tombait directement du ciel,
elle poserait sur la Caba , comme le zodiaque ,
manse des mois que mesure la lune, poserait infailliblement
sur la terre cubique, sur le cube carré
de Cybèle, s’il y tombait en ligne droite; car, selon
les idées antiques de l’Orient, la terre, aria ou ard,
artz ou aretz et cherso ou herlh-um, était le lieu
élevé, l’autel, alt-ar ou ara alla, pode ou pied de
la lumière; et l’intérieur de la Caba, cabane carrée
ou maison cubique de Cybèle, était le haram
ou harem, le sanctuaire ou la chambre obscure,
profonde, mystérieuse, où le sage cachait la
cabale indo-médique que les Arabes, comme les Hébreux,
avaient reçue de Bale et de Cabûl par tradition.
Arrivé là, l’ange lui présenta trois coupes, l’une
de vin, l’autre de lait, la troisième de miel. Ces
trois coupes , images des trois zones du ciel, dont
Yamas ou l’ensemble fait l’ama-zône de la Grèce, la
iré-zène de l’Attique et de la Thessalie, la troï-tza

des Slaves, la tri-murti des Indes, l’utchu-san des
Chinois, le tris-mégiste de l’Egypte et la trinitédes
chrétiens, c’est-à-dire le très-haut ou trois fois haut
de tous les temps et de tous les peuples, ces trois
coupes, dis-je, sont ces trois parties, Moirai ou Maria,
célestes, ces trois parques, Moirai, de l’univers,
que se partagent les trois grands dieux d’Homère,
Siva, Brahraa, Visnu, inconnus des Grecs. L’une
est cette mer de lumière diurne ou solaire, dont le
soleil, Siva ou Bélus, Bacchus ou Pan, mûrit le blé
et le raisin et change en pain le blé de Bélus et en
vin la sève de Siva, l’eau de la vigne, le sang de la
grappe ; l’autre est cette mer de lumière nocturne ou
lunaire, dont la vache et la lune, io et iseth, donne
l’une le lait et l’autre sème le blé {sitos) ; la troisième
est cette mer de lumière sidérale ou astrale dont
les étoiles, abeilles des cieux, font la science,
miel des hommes. Or, comme , pour fonder l’égalité,
Ahmed doit mettre un mors à la licence
de l’esprit et du coeur, c’est la coupe de lait qu’il
choisit , parce que c’est en elle que la lune
satwa , type indien de toute perfection et de la
suffisance de soi-même, établit l’égalité de temps
chez les astres et l’égalité d’àme chez les hommes.
Ce sont ces trois coupes, vases ou calices des cieux,
ce sont ces trois cieux, mers ou Maria, de la lumière
du monde, dont deux sont de lumière pure
et une noire comme la nuit, qu’il doit traverser

pour arriver jusqu’à Dieu et en dévoiler l’unité aux
hommes; comme c’est sa mère Éthra, la mer éthérée,
que Jason, lumière solsticiale de décembre,
doit pénétrer, grossir et percer pour arriver à l’équinoxe
du bélier de mars et montrer aux hommes
leur égalité; comme c’est Marie, mer céleste, que
JÉSUS, ce lion dit l’agneau, doit pénétrer, enceindre
et éclairer le 25 décembre au solstice d’hiver,
pour être Noël et Léon, pour naître nouveau Dieu,
ce nouveau soleil (no-vus El-ios) qui, par l’agneau
pascal de l’équinoxe arrivé au lion du solstice d’été,
doit dévoiler aux hommes qu’il n’est qu’un Dieu et
qu’il ne faut adorer que lui seul. «C’est pourquoi,
dit-il, « quand la nuit eut environné l’atmo-sphère
 de ses ombres, Abrah-am, voyant une étoile, s’é-
 cria : Voilà mon Dieu! Mais l’étoile ayant disparu,
 il dit alors : Je n’aime pas ceux qui disparaissent ;
 puis, voyant la lune se lever, il dit : Voilà mon
 Dieu I Mais lorsqu’elle se coucha, il s’écria : Si mon
 Seigneur ne m’avait dirigé, je me serais égaré.
 Enfin, voyant le soleil se lever, il dit : Celui-ci
 est mon Dieu, celui-ci est bien plus grand; mais
 lorsque le soleil se coucha, il s’écria : O mon peuple!
 je suis innocent de cette idolâtrie que tu professes (1).»
 Et c’est ainsi que par cette allégorie
des trois coupes ou zones du ciel sidéral, lunaire
et solaire, Mohamed détruit toute trinité et conclut à

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(1) Coran, ch. 4, y. 36, 77, 78.

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l’unité de Dieu, un et unique comme l’univers des
deux vers ou côtés du monde, un et unique comme
l’ama-zône, ensemble ou amas des trois zones de
l’univers.
 A la vue de ce Dieu un et unique, éternel et infini,
il s’effraie et tremble; mais une voix lui criant :
« Avance! » il avance; et alors, comme saint Jean
avait entendu l’ange qu’il voulait adorer lui dire :
« Lève-toi et n’adore que Dieu, » il entend, lui
aussi, une voix qui aussi lui dit :

« Il n’est pas d’autre Dieu que Dieu, et Mohamed est son prophète. »
 Alors, après avoir parlé mentalement à Dieu,
comme Dieu parle lui-même spirituellement aux
hommes, car il sait « qu’il n’est point donné à
a l’homme que Dieu lui adresse la parole; que, s’il
 le fait, c’est par inspiration et à travers un voile,»
par l’inspiration qui naît de la contemplation de ses
oeuvres et à travers le voile du silence que pénètre
l’entendement de l’esprit, alors, dis-je, Ahmed
rejoint Gabriel, descend avec lui les sept cieux et
arrive avec lui à Jérusalem ; quand il a ainsi établi
son année sacrée, l’échelle de la lumière se repliant
dans la voûte des cieux et la nuit tombant
sur la terre, il regagne sa monture, qui le ramène
où elle l’avait pris; car l’année est un anneau, un
cercle où celui qui le décrit doit infailliblement revenir
au point d’où il est parti.

Et chacun a compris que cette ascension n’est
pas plus un songe que l’Apocalypse n’est un rêve,
mais que l’une et l’autre ils sont la voyance d’astronomes
qui, après avoir observé les astres pour
en déduire la régularité du temps, donnent à leurs
observations les couleurs de la poésie, les revêtent
du manteau de l’allégorie et en font une vision pour
en faire un horoscope qui annonce aux hommes
la nécessité de rentrer dans la régularité de la vie.
C’est ainsi qu’après avoir mesuré et pesé, calculé
et réglé le temps avec le mekias de Médée, c’est-à-dire
avec la mesure de la lune, avec la règle, verge
ou baguette de cette antique Made-leine, de cette
magicienne de Médie, dont les villes saintes en ces
contrées sont Mekke et Médine, Ahmed prit le nom
que l’ange lui avait donné, que son bon sens lui
avait composé du nom syncopé de ces deux villes,
et s’intitula MOHAMED le Glorifié, ou, pour l’hébreu,
Mo-amèd le Juste, parce qu’au fond de sa solitude
il avait parfaitement établi l’année sur la justesse
du poids et de la mesure des astres et la société
sur la justice du poids et de la mesure des hommes.
En effet, Ahmed le Glorieux, ce periclytos annoncé
par saint Jean, ce Mo-amed, glorifié ou juste,
ce prophète illettré (4), cet homme instruit (5i) était

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(1) Coran, ch. 7, v. 156.
(2) Coran, ch. 16, v. 105.

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réellement Mus-tafa, c’est-à-dire l’élu des mystérieux
destins (mys-fata), qui devait établir la justesse
et la justice du poids et de la mesure, du
concubinage et du mariage, de la polygamie et de
la monogamie, de l’esclavage et de la maîtrise, de
la fatalité et de la providence, de la tempérance et
de l’excès, de l’eau et du vin, de la miséricorde et
du châtiment, du salut et de la mort. « C’est pourquoi
  dit-il, Dieu a élevé le ciel et y a établi la
 balance, afin que vous ne fraudiez point dans le
 poids (1). Remplissez la mesure et pesez au poids
 juste ; pesez juste et ne faites pas perdre la
 balance (2). »
Lors donc que le soleil d’Orient, le dieu des Guèbres,
Gabri-el, verbe de Dieu, lui eut annoncé la
mission que lui imposaient son intelligence et son
coeur en le saluant du titre d’apôtre de l’Eternel,
de même qu’il avait annoncé à Marie qu’elle enfanterait
le Sauveur, et lorsque encore il eut reconnu
dans cette voix , qui l’appelait prophète , celle-là
môme qui avait dit à Jean : Prophétise! l’élu glorieux
des mystérieux destins , Ahmed-Mustafa-
MOHAMED, sort de sa solitude, rentre dans Mekke,
visite la Câba, et, pour détruire l’idolâtrie, anéantir
le mensonge et fonder I’Islam, fait briser les
trois cent soixante statues qui l’entourent, sans en

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(1) Coran, ch. 55, v. 6, 7,153,
(2) Coran, ch. 26, v. 220.

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épargner aucune, pas même celle d’Abraham et
d’Ismaël, car l’ Islam rejette tout symbole, tout emblème,
toute figure, toute image pouvant conduire
à l’idolâtrie, « et le musulman doit se mettre en
 garde contre l’allégorie des poètes, qui, la plupart,
  mentent aux hommes qu’ils égarent, qui
 suivent toutes les routes comme des insensés et
 disent ce qu’ils ne font pas. »

Si, par religion, on entend un ensemble de dogmes
et de mystères que l’imagination de la ruse impose
à la faible raison des simples pour les asservir,
l’ISLAM n’est point une religion; mais si, par religion,
l’on entend un ensemble de préceptes moraux
et politiques que le bon sens delà raison impose à
la force des passions pour établir, équilibrer et maintenir
l’harmonie sociale, non-seulement l’islam est
une religion , mais, fondée sur le poids et la mesure
des choses, sur la fraternité et l’égalité des
hommes, sans idole comme sans prêtre, sans autre
maître ou césar que Dieu, elle est la philosophie la
plus religieuse, la religion la plus philosophique,
le lien moral et politique le plus également fait et
le plus fraternellement serré qu’aient eu jamais les
hommes, et assurément le plus capable de les pousser
dans la voie du progrès, sans: crainte de s’y voir

arrêtés indéfiniment par la superstition et les préjugés
 du sacerdoce; car non-seulement son Coran,
livre ou bible, confirme l’Evangile et le Pentateuque,
mais il renferme en lui-même ses propres correctifs,
tous ceux que le progrès de l’esprit a droit
d’exiger des progrès du temps.
C’est parce qu’il le sait que Mohamed se présente
aux hommes avec sincérité et franchise, et que,
pour leur parler, il n’a besoin ni de s’envelopper
d’un voile, ni de se couvrir d’un mythe. Inspiré de
Dieu, il le dit aux hommes, mais il leur dit aussi :
« Ne vous nommez pas d’après moi, comme les
 chrétiens se nomment d’après le fils de Marie ; je
 ne suis qu’un homme, et cependant j’ai reçu la
 dévoilation qu’il n’y a qu’un Dieu. Ma parole n’est
 ni celle du poëte, ni celle du sage (1), révélant
 ou revoilant ce qui leur a été dévélé ou dévoilé ;
 elle est la dévoilaiion du maître de l’univers (2);
 et ceux-là n’apprécient pas Dieu, comme il le mérite,
  qui disent : Il n’a rien dévoilé à l’homme (3).
 Quoi donc ! ne fait-il pas poindre l’aurore, n’établit-il
 pas le jour pour le travail, la nuit pour le
 repos, le soleil et la lune pour le comput du
 temps (4). » Puis, pour donner suffisamment à

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(1) Coran, ch. 59, v. 42, 43.
(2)Coran, ch. 6, Y. 91,96.
(3) Coran, ch. 3, v. 487.
(4) Coran, ch. 10, v. 46.

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entendre que Dieu ne révèle ou revoile et ne dévèle
ou dévoile que le jour par la nuit, la nuit par le
jour, et que, par l’étude du jour et de la nuit, l’intelligence
de l’homme lui dévèle ou dévoile les vérités
du ciel dont il fait la science de la terre. « Dans
 la création des cieux et de la terre, dit-il, dans
l’alternation des jours et des nuits, il y a sans
 doute des signes pour les hommes doués d’intelligence (1).
  Dieu a établi au ciel les signes
 zodiacaux et les a divisés par ordre pour ceux qui
a regardent (2) ; il a dressé au-dessus de nos têtes
 le mont Sinaï ( la voûte des signes, le dôme des astres, signes
 du mois) -comme un ombrage (3). Il y a placé les signes zodiacaux; il y a
 suspendu le soleil et la lune qui éclairent; il y a
 établi des stations pour la lune, au point qu’elle
 devient semblable à une vieille branche de palmier,
(produisant, comme l’arbre de l’Apocalypse, douze
 fruits par an, un par mois, c’est-à-dire l’année); il
 a déterminé les phases de la lune, afin de compter
  le nombre des années et leur comput; il a fait
 du ciel une voûte solidement construite, et
 cependant les hommes se détournent des miracles,

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(1) Coran, ch. 2, v.7, 60,70.
(2) Coran, ch. ^0, v. 39.
(3) Coran, ch. 22, t. 33.

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(disques célestes) qu’elle renferme (1). Il n’a
point établi tout cela en vain, mais dans un but
 précieux; il explique les signes à ceux qui les
 comprennent (1) (aux astronomes). Le nombre des
 mois est de douze devant Dieu ; tel il est dans le
 (monde du temps, dans le temps du monde) livre
 de Dieu depuis le jour où il créa les cieux et la
 terre ; quatre de ces mois sont sacrés (les deux
 des solstices et les deux des équinoxes), telle est
 la croyance constante. Dieu a donné le soleil
 pour la lumière et la lune pour la lucidité (1). »
Or, Dieu est la lumière et la lucidité, Allah, qui
fait de I’islam, la grande lumière, la lumière unique
et égale du ciel et de la terre, du jour et de la nuit,
des astres et des hommes. Cette lucidité lumineuse,
cette lumière lucide est comme un flambeau placé
dans du cristal , semblable à une étoile brillante ;
c’est lumière sur lumière (2). C’est pourquoi
l’ISLAM est la lumière grande, unique et égale des années
du temps que mesure Isma-el dans Abrah-am,
la lune dans l’atmo-sphère; et le cycle de soixante
ans, dont les soixante Soliman ou Salomon sont les
génies annuels, fait le selam ou salut de ceux qui,
y croyant parce qu’ils la voient et la sachant parce
qu’ils la comprennent, se remettent avec résignation
entre les mains de Dieu, et, par ce fait, deviennent

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(1) Coran, ch. 38, v. 45.
(2) Coran, ch. 40, v. i.

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musulmans. Ainsi est musulman celui-là
qui , résigné à cette lumière égale et unique du
temps, résultat de la lucidité harmonique des astres,
l’est également à cet esprit égalitaire et fraternel
de l’humanité, résultat de l’intelligence morale
des hommes. Est musulman celui-là qui se fait
un principe absolu de l’unité des hommes et de l’unité
de Dieu, l’humanité étant toute la raison spirituelle
et intellectuelle de la terre, comme Dieu est
toute la raison lumineuse et lucide du monde. C’est
pourquoi la lumière et la lucidité composent le nom
d’Allah, car Dieu, Théos ou Thevs, Devas ou Divus,
Deus ou Dies, est le jour ou le tour de la lumière
et de la lucidité éternelles des trois coupes
du ciel, des trois zones de l’ama-zône, des deux
vers de l’univers, ce que l’orthodoxie des tczars exprime
par ce signe cabalistique a afin de faire comprendre
aux intelligents, le triangle étant un delta
et le delta grec un D latin, que le signe du saint
nom de Jésus n’est réellement autre que celui du
jour, DiES.
« C’est ainsi que Dieu a fait de Jésus et de Marie
 un signe pour les hommes; il leur a donné à tous
deux pour demeure un lieu élevé, sûr et abondant
 en sources d’eau (1). » Ce lieu élevé est la mer
infinie du ciel nocturne, qui conçoit ou enceint, qui

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(1) Coran, ch. 22, v. 52.

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met au jour ou enfante la lumière dont elle est
grosse, et d’où, à l’aube, orient du matin, et au
solstice d’hiver, aube de l’année, sort et naît, pour
arriver jusqu’à nous, la lumière Aïsa ou Jésus l’illustre
en ce monde et dans l’autre, c’est-à-dire sur
le pode et sur l’antipode. Oui , c’est parce qu’il
sait que le christianisme n’est qu’un mythe, c’est
parce qu’il sait que le monde est le temple de Dieu
que l’orient est la bouche de l’aurore et la porte du
jour, que le ciel est le mur ou l’enceinle azurée, la
mer ou l’océan céruleux, d’où naît la lumière du
jour, que Mohamed dit de Marie ; « Comme elle se
 retira de sa famille et alla du côté de l’est du
 temple, elle se couvrit d’un voile qui la déroba
 aux regards, et Dieu lui ayant promis un fils,
 elle devint grosse de l’enfant , et, pour parler le
langage de la vérité, c’était Jésus, fils de Marie (1),

comme, aux Indes, Isa est fils de Maha Maria;
 et la céleste vierge Thasile est sa thèse, au 24
 décembre, comme l’Erigone des Grecs, la céleste
  vierge Thasi, était en Thessalie la thèse de
 Jason. »
Il n’est donc pas étonnant, les Grecs accusant les
Juifs d’avoir crucifié Jésus, et les Juifs en rejetant
la honte sur les Romains, qu’il cherche à les concilier,
disant : « Jésus n’a pas été crucifié, un homme
 a été mis à sa place. »

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(1) Coran, chap. 4, v. 156.

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En effet, venu six cents ans après l’établissement
de ce mythe indien en Occident, et conséquemment
trop tard pour oser se permettre de révoquer en
doute la réalité humaine de Jésus, s’il l’accepte au
contraire, parce que sous ce nom se cache celui
de cet aïsa, c’est-à-dire de cet homme, de ce juste,
dont l’Evangile est l’oeuvre et qui a dit : « Je suis
 venu au milieu de vous, et vous ne m’avez pas
connu, » c’est afin de pouvoir nier avec plus de
raison sa réalité divine, car il sait que Jésus n’est
ni homme-Dieu, ni Dieu-homme, mais seulement
la lumière, la lumière vraie et vraie lumière qui
éclaire tout homme venant en ce monde , la lumière
du monde et l’intelligence de la terre, la
lumière des astres et l’intelligence de l’humanité
, la lumière du soleil et l’intelligence de
l’homme; et il a la lumière de vie, car il sait que
celte lumière ne naît et ne meurt que de la naissance
et de la mort apparentes du soleil, au solstice
d’hiver, quand le jour grandit ou naît; à l’équinoxe
du printemps, quand meurt le jour d’Ahriman
et que ressuscite le jour d’Ormuzd; car il
sait que cette intelligence ne naît et ne meurt que
de la mort réelle de l’homme, et que déifier Jésius-
Christ, c’est déifier à la fois et la lumière du soleil
et l’intelligence de Jules César
C’est pourquoi, rejetant toute idolâtrie, celle des
doctes et des puissants, qui font leurs dieux des

astres, et celle des simples et des faibles, qui font
leurs astres et leurs dieux des puissants et des doctes,
il fait appel à la sincérité des hommes et leur
dit : « Il est des hommes qui disent : Nous croyons
 en Dieu, et cependant ils ne sont pas croyants;
ce sont ceux qui ont acheté l’erreur avec la monnaie
 de la vérité; ne revêtez donc point la robe
 du mensonge, ne cachez point la vérité quand
 vous la connaissez; qui donc est plus coupable
 que celui qui cache la vérité, dont Dieu l’a fait
dépositaire; ceux qui ont reçu les Ecritures
connaissent l’apôtre, mais la plupart cachent la vérité
 qu’ils connaissent (1). »
Ceux-là sont les sages, sorciers ou devins, « qui,
a selon Salomon, cachent ce qu’ils savent » en couvrant
l’évidence de la saie de la sagesse, la science
de la sagacité de l’allégorie, la vérité de la sague
du mensonge, et qui, selon Paul, « ont changé la
 vérité de Dieu en chose fausse et la gloire de Dieu
 (Hercule) en images d’hommes , de bêtes et de
 serpents » en zodiaque. C’est à tous ceux-là que
MOHAMED s’adresse en ces termes pour les ramener
à la vérité : « Ovous qui avez reçu les Ecritures,
« pourquoi revêtez-vous la vérité de là robe du
mensonge, pourquoi la cachez-vous? Vous qui la con-
naissez, vous qui avez reçu les Ecritures, ne dites

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(1) Coran, ch. 2, v 8, 15, 39, 134, 441.

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que ce qui est vrai : « Le Messie, Jésus, fils de
 Marie , est l’apôtre de Dieu , son esprit et son
 verbe; croyez donc en Dieu et en son apôtre,
mais ne dites pas : Il y a Trinité ; Dieu est mon
 témoin contre vous; il m’a donné le Coran afin
 que je vous avertisse, et je suis innocent de ce
 que vous lui associez. » Enfin, ne trouvant pas
de meilleures armes contre ces faux chrétiens que
les paroles mêmes de Jésus, il leur dit : « Le jour
 où il rassemblera ses apôtres, il demandera à Jésus,
  fils de Marie : As-tu jamais dit aux hommes :
« Prenez pour Dieux moi et ma mère plutôt que le
Dieu unique? et Jésus répondra : Par ta gloire,
 non! Comment aurais-je pu dire ce qui est faux ;
 je ne leur ai dit que ce que tu m’as ordonné :
« Adorez Dieu, mon seigneur et le vôtre (1),» et en
cela il était d’accord avec les plus grands docteurs
de l’Eglise chrétienne.
En effet, dit Lactance (2), il n’y a pas de doute
 que toute religion pèche là où le culte admet les
 images. Il est expressément défendu aux chrétiens
  de faire aucune représentation de ce qui est
 sur terre, au ciel et dans son sein (3) ; il leur est
 expressément défendu d’avoir des peintures

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(1) Coran, ch. 3, v. 64; — ch. 4, v. 169; — ch. 6, v. 19;
— ch. 5, V. H6.
(2) Div. Inst., liv. 2, ch. \9, p. 185.
(3) Saint Clément.

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 dans les lieux de prière et d’assemblée (1).» D’ailleurs,
les premiers chrétiens disaient hautement :
« Nous n’adorons pas Jésus, nous l’admirons (2);
« nous n’adorons pas la croix, nous ne devons pas
 même en avoir de représentation (3), car Jésus
 enseigne qu’il n’est qu’un Dieu, qu’il ne faut adorer
 que lui, et jamais il ne s’est appelé Dieu lui-même. »

C’est qu’effectivement Jésus est le chef des anges,
comme le soleil est le chef des astres; c’est
que Jésus est la lumière dont Christ est la personnification,
comme la lumière est Jésus, dont le soleil
est l’image ; comme l’intelligence est l’homme,
dont l’image est le soleil et dont la déification est
Christ; c’est pourquoi Epiphane brisait les images
de Jésus et des saints qu’il trouvait exposées aux
murailles des églises, et c’est aussi pourquoi, au
temps du pape Léon, les chrétiens adoraient le soleil,
c’est-à-dire se tournaient « ad Horum, » vers
Horus, « ad orientem, » vers l’orient, avant d’entrer
dans le temple, ce à quoi Tertullien ne voyait
rien que de fort raisonnable (4).
Après avoir ainsi battu ces faux chrétiens avec

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(1) Concile d’Elvire.
(2) Lactance.’
(3) Origène, de Principio, liv. <, ch. 4, n » 8, p. 53.
(4) Saint Léon, serm. 33, ch. 4, p. 87.

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leurs propres armes, aussi plein d’estime pour ceux
qui, croyant à l’humanité réelle de Jésus, ne le considèrent
que comme apôtre, afin de rester fidèles à
sa doctrine, que plein de mépris pour ceux qui
,
affirmant sa divinité, le tiennent pour fils de Dieu,
il s’écriait : « Infidèle est celui qui dit : Dieu c’est
 le Messie, Jésus, fils de Marie ; infidèle est celui
 qui dit : Dieu est un troisième de la Trinité, car
 il n’est pas d’autre Dieu que Dieu, car Dieu seul
 est Dieu , il est le seul Dieu, le Dieu unique. »
Et, s’adressant aux gens des Ecritures, chrétiens
et juifs :« Convenons donc, leur disait-il, que nous
 n’adorerons qu’un seul Dieu et que nous ne lui
 associerons personne, et le repentir entrera dans
 le coeur de ceux qui lui ant associé des divinités
 personnelles, des personnes divines (1). »
D’ailleurs, prophète illettré, mais homme instruit,
c’est-à-dire s’en rapportant plus à l’esprit
qu’à la lettre, voici en quels termes de bienveillance
il répondait à l’intolérance de l’orthodoxie
des tczars (2) : « Si tu entres en discussion avec
 les infidèles, fais-le de la manière la plus honnête,
 car ton Seigneur connaît le mieux ceux qui
 dévient de son sentier de ceux qui suivent le droit

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(1) Coran, ch. 2, v. i9, 76, 77, 78, 256; — ch, 4, v. 57,114.
(2) Coran, ch. 46, v. 424; — ch. 33, v. 47; — ch. 5,
V. 73; — ch. 2, V. 65; —ch. 14, V. 33.

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 chemin. N’écoute ni les infidèles, ni les hypocrites,
  mais ne les opprime pas ; car quiconque,
 juif, sabéen, chrétien, croit en Dieu et pratique
 la vertu, sera exempt de toute affliction; quiconque
  observe les vérités du Pentateuque, de
 l’Evangile et du Coran jouira des biens semés sous
 ses pas et au-dessus de sa tête; quiconque croit
 en Dieu et pratique les bonnes oeuvres recevra
 la récompense de son Seigneur. Aussi ne dis-je
pas de ceux que vos yeux regardent avec mépris :
 Dieu ne leur accordera aucun bienfait
,
« Dieu sait le mieux ce qui est au fond de leur
nature; si je disais cela, je serais au nombre des
 méchants; mais je suis venu pour commander le
 bien aux hommes, leur interdire le mal et les
appeler dans le sentier de Dieu par la sincérité de
 douces admonitions. C’est pourquoi je leur dis :
« Ne faites point de contorsions avec votre bouche
 par dédain pour les hommes, que votre démarche
  ne soit point orgueilleuse; car Dieu n’aime
 ni les présomptueux, ni les vaniteux. Si quelqu’un
 vous salue, rendez lui le salut plus honnête
  encore, ou du moins rendez-lui le salut; n’affectez
 pas le luxe des temps de l’ignorance, soyez
impartiaux entre croyants ; car tous les croyants
 sont frères, et aucun de vous n’a la foi tant qu’il
n’aime pas ses frères. Faire du bien aux orphelins
 est une belle action; si vous vivez avec eux,

 regardez-les comme vos frères. Tenez une belle
 conduite avec vos pères, vos mères, vos proches,
 les orphelins et les pauvres. N’ayez que des
 conseils de bonté pour tous les hommes, une parole
 honnête; l’oubli des offenses vaut mieux qu’une
 aumône suivie d’un mauvais procédé. Ne dissipez
 pas vos richesses en dépenses inutiles; ne les
 portez pas non plus aux juges, dans le but de
conserver injustement le bien d’autrui. N’entrez
 pas dans une maison étrangère, sans en demander
 la permission et sans saluer ceux qui l’habitent.
 S’il n’y a personne, n’entrez pas, et si l’on
 vous dit : Retirez-vous! partez, et vous en serez
 plus purs. D’ailleurs , sachez-le, quiconque aura
 volontairement tué un homme sera regardé
comme le meurtrier du genre humain, et de même

quiconque aura spontanément rendu la vie à un
 homme sera regardé comme le sauveur du genre
 humain (1). »
C’est ainsi qu’en reliant les hommes entre eux par
le sentiment profond de la bienveillance, de la modestie,
de la fraternité, de la grâce , dans le don de
charité, il établit sa religion; c’est ainsi qu’il fonde
cette politesse exquise dont l’Occident a puisé le

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(1) Coran, ch. 16, v. 156; — ch. 31, v. 17; — ch. 14,
v. 83; — ch. 33, v. 33; —ch. 49, v. 9, 10; — ch. 2, v. 18,
65; — ch. 24, v. 27, 28 ; — ch. 5, v. 35.

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premier sentiment dans les croisades, que les Arabes
ont importée avec eux en Espagne, et qui, par
l’Espagne, où longtemps elle a régné, est venue
s’intrôner en France, pour de là rayonner sur l’Europe
entière; c’est ainsi qu’il sanctifie ce haut sentiment
de la liberté individuelle qui rappelle celui
de l’ancien citoyen romain, ce haut sentiment de la
valeur de l’homme, de la dignité humaine, dont
étaient si pleins les Romains et dont, à l’exception
des Anglais, tous les peuples de l’Europe sont à
peu près si vides aujourd’hui; enfin, c’est ainsi qu’il
consacre l’inviolabilité du domicile, de ce premier
asile, de ce dernier refuge, droit absolu de l’homme,
dont nos lois font si peu de cas et que notre arbitraire
se fait si souvent un jeu de violer.
D’ailleurs, rencontrait-il trop d’opiniâtreté chez
les chrétiens, avec lesquels il entrait en discussion
au sujet de Dieu, leur Seigneur et le sien ; il les
congédiait ou en prenait congé en leur disant :
« Nous avons nos oeuvres, vous avez les vôtres;
nous sommes sincères dans notre culte (1). » Et
comme si ce n’était pas assez de tant de bienveillance,
il y mettait le sceau par ces paroles , qui
font honte à notre intolérance : « Point de con-
 trainte en religion : la vraie route se distingue
 assez de la voie de régarement; » car, pour lui,

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(1) Coran, ch. 2, v. 133, 237.

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la vertu ne consiste pas à tourner son visage vers
l’orient ou vers l’occident; vertueux sont ceux qui,
croyant en Dieu, donnent, pour l’amour de Dieu,
des secours à leurs prochains, aux orphelins, aux
pauvres, aux voyageurs, à ceux qui rachètent les
captifs, observent la prière, font l’aumône, remplissent
leurs engagements et se montrent patients
dans l’adversité (1).
Afin de porter les hommes à cette vertu et la leur
rendre facile : « Certainement, leur dit-il, l’aumôrie
 approche de Dieu. — Donnez donc à chacun ce
 qui lui est dû, — mais ne distribuez pas en
largesse que la partie la plus vile de vos biens ; —
« donnez l’aumône des biens que Dieu vous a
départis avant que ne vienne le jour où il ne sera
 plus ni vente, ni rachat, ni amitié, ni intercession. »
 Ce jour de la vengeance de Dieu, ce jour
de la vengeance du peuple, ce jour où le peuple
venge Dieu, où Dieu venge le peuple en un instant
et avec toute la rapidité de la foudre, de la misère
et de l’iniquilé des siècles. « Sachez-le donc, les
 aumônes sont destinées aux indigents, aux pauvres,
 à ceux qui les recueillent, à ceux dont les
 coeurs ont été gagnés à I’Islam, au rachat des
 esclaves, aux insolvables, aux voyageurs et à la
 cause de Dieu, » c’est-à-dire à la lumière et à la

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(1) Coran, ch. 10, v. 100

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vérité qui font la science de l’homme, « et ceci est
 obligatoire de par Dieu (1). »
Dociles à ces avis, fidèles à ces préceptes, mus
par la bonté naturelle du coeur et stimulés par l’espoir
de jouissances éternelles, les musulmans exercent
abondamment l’aumône avec simplicité et
droiture, fuient l’agiotage et font généralement leur
commerce sans engagements écrits, sans billets,
sans signatures, leur parole suffit. Chez eux, l’aumône
n’est pas moins grande au moral qu’au matériel;
elle est telle, et chacun en sent si bien le
devoir, qu’en aucun pays le gouvernement ne saurait
trouver plus de facilité a fonder des écoles pour
l’enfance et la jeunesse, des maisons de retraite
pour les infirmes et les vieillards, et effacer à jamais
la lèpre honteuse de la misère du corps et de
l’ignorance de l’esprit. Car I’Islam leur a profondément
gravé au fond du coeur cette maxime : Tous
pour chacun, chacun pour tous.
C’est pour qu’ils puissent la pratiquer que, non
content de leur recommander l’aumône, Mohamed
les détourne en ces termes de l’usure et de l’avarice
: « L’argent que vous donnerez à usure pour le
 grossir avec le bien des autres, ne grossira pas
 auprès de Dieu ; mais toute aumône que vous
 ferez pour obtenir ses regards bienveillants vous

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(1) Coran, ch. 30, v. 37 ; ch. 2, v. 269, 255.

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sera doublée. Heureux donc qui se tient en garde
contre l’avarice ! Faites donc l’aumône dans votre
 propre intérêt ; car si l’enfer doit saisir par le
 crâne quiconque aura thésaurisé et se sera montré
avare, il n’en sera pas de même des hommes pieux

 dans les biens desquels il y aura toujours eu
 une quote-part pour les nécessiteux et les
 indigents ; ceux-là qui, quoique soupirant eux-mêmes
 après le repos, auront donné au voyageur, à
 l’orphelin, au pauvre, au captif, disant : Nous vous
donnons ceci pour être agréable à Dieu et ne
 vous en demandons nul remerciement; ceux-là,
 les justes, Dieu les a préservés du malheur au
 jour terrible et leur a réservé les jardins et les
 vignes, les vierges et les coupes pleines du paradis,
 de ce séjour de bonheur et de délices où ils
 n’entendront ni discours frivoles ni mensonges.
De ce que Mohamed pose toujours comme récompense
de l’accomplissement des devoirs moraux et
hygiéniques la jouissance calme et paisible des biens
de la terre et du ciel, de ce qu’il prescrit ces devoirs
comme religieux, parce que la pureté du coeur
et la propreté du corps sont les liens qui réunissent
ses adeptes, les hommes frivoles en ont conclu qu’il

n’a pas prescrit le travail comme un devoir. Mais
ou il a voulu universaliser sa loi, et dans cette pensée
le travail étant à la fois un devoir et un droit,
il n’a pas eu besoin de le prescrire autrement qu’il
l’a fait: ou il n’a pas voulu l’universaliser, et il n’aurait
dû consacrer l’esclavage que pour procurer à
ses croyants des bras et des mains qui travaillent
pour eux. Or, on le verra, il n’a consacré l’esclavage
que pour le rendre aussi doux qu’il était barbare,
que pour faire d’un infidèle un croyant. Il a
donc voulu universaliser sa loi ; et encore qu’en
turk le même mot « quoul » exprime en effet à la fois
et le bras et le serviteur, il ne s’ensuit pas que si
le serviteur doit obéir au commandement du maître,
comme le bras à la volonté de l’homme, l’esclave
soit un bras qui doive exempter de tout travail le
bras du maître ; loin de là, cette expression unique
de deux choses différentes par un seul et même
mot indique au contraire que tout homme est à soi-même
son serviteur. D’ailleurs, c’est parce qu’il
considère le travail non-seulement comme une des
conditions d’existence de sa loi, mais même comme
la prière la plus active, que Mohamed a dit : « Dieu
 a donné la nuit et le jour, tantôt pour le repos,
 tantôt pour demander à sa bonté la richesse par le
 travail, l’homme n’ayant rien à attendre que de
 son travail. » Aussi, pour lui, « le commerçant
 droit et juste est-il au rang des hommes les plus

 éclairés et l’agriculteur est-il récompensé par son
Dieu (1). »
On le voit donc pour le musulman, le travail ne
déroge pas, et les plus grands hommes de leur
doctrine l’ont au contraire mis en honneur. Mohamed
raccommodait lui-même ses vêtements, et aujourd’hui
même grand nombre de musulmans, parvenus
à de hautes fonctions, prennent encore volontiers
pour nom la profession qu’ils ont d’abord exercée,
ou celle de leur père, ou celle par laquelle leurs
ancêtres se sont distingués dans le monde. Arrivé
au faîte des grandeurs, tel homme d’Etat ne rougit
pas de s’appeler : Soliman atari Salomon le droguiste,
Ibraïm yowam, Abraham le joailler, Acub
iaqoulî, Jacob le bijoutier ; car, dit Chardin, la considération
ne naît précisément chez eux que du savoir
et de l’industrie.
Ainsi, pour Mohamed, non-seulement le travail est
un devoir, mais il est le seul droit sur lequel se
fonde la légitimité de la richesse; non-seulement il
est un devoir et un droit, mais il est la prière active;
et, pour lui, travailler c’est prier. Cependant
si, pour lui, le travail est la prière, il n’oublie pas
qu’outre cette prière active, il en est une autre
toute de contemplation et de sentiment, celle de
l’esprit et du coeur : celle de l’esprit, qui glorifie,
célèbre et magnifie Dieu dans sa nature; celle du

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(1) Coran, ch. 28, v. 73. — Tradition.

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coeur, qui le remercie pour ses dons, lui rend hommage
pour ses faveurs et s’épanche en reconnaissance.
 C’est pourquoi il recommande expressément
 de s’acquitter de la prière, de l’accomplir exactement
 et de craindre Dieu, vu que c’est devant
 lui que nous serons tous assemblés (1). » C’est
pourquoi la prière n’est nulle part plus exactement
accomplie qu’en Islam. Elle y est à la fois privée et
publique, elle y affecte des formes à la fois simples
et grandioses; elle y est plutôt une magnificalion
qu’une supplique, une glorification qu’une demande,
et l’on peut dire que si le chrétien prie Dieu par
intérêt, pour en obtenir l’accomplissement de ses
désirs, la satisfaction de ses besoins, le musulman
ne le prie que par reconnaissance, pour le remercier
de ses bienfaits. Absorbé par la contemplation
d’une doctrine qui l’entretient sans cesse avec la nature,
il y puise l’uniformité de moeurs, un sentiment
de dignité aussi haut contre les infidèles
qu’humble envers Dieu et modeste envers ses frères,
et cette heureuse égalité d’âme qui l’empêche
de trop espérer et de désespérer jamais, qui jamais
ne le laisse , pas même en ses plus beaux jours de
fête, exhaler les douceurs de sa joie en bruyants
transports d’allégresse.
Il faut donc en convenir, Mohamed a plus fait pour

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(1) Coran, ch. 2, v. 104; — ch. 6, v. 71.

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les Arabes que n’ont fait pour les Grecs Socrate,
Platon et Aristote. Non-seulement il a parlé, il a
écrit, mais il a agi, il a fondé ; il a fait pour les
Arabes ce qu’a fait Moïse pour les Hébreux, ce qu’a
fait pour les vrais chrétiens celui qui est venu au
milieu des hommes et que les hommes n’ont point
connu; il a soutenu, quand il l’a jugé nécessaire, sa
plume de son épée. Non-seulement il a élevé les
esprits à l’intelligence du Verbe, en leur en manifestant
la pile et la face et en les mettant ainsi à même
de distinguer le droit du faux, la mesure de l’excès,
le mieux du bien; il a rendu son oeuvre aussi immortelle
que l’humanité dont elle reflète les contrastes.
Ceux qui ne la comprennent point n’y
voient que des contradictions; ceux qui la comprennent
ne voient dans ces prétendues contradictions
que des contre-poids.
En effet, on le verra, hommes et femmes vivant
alors dans l’obscénité d’un polyconcubinage fatal
aux orphelins qui en naissent, il le restreint à la chasteté
de la polygamie, et, par amour pour les orphelins,
la réduit a la pureté de la monogamie; hommes
et femmes se livrant alors à toute l’intempérance
des orgies que le vin alimente, s’il le proscrit
comme usage habituel par crainte de l’excès, il le
tolère comme hygiène; l’esclavage, déjà barbare de
sa nature, étant devenu dur et cruel, éternel et sans
but, s’il le conserve, ne pouvant l’anéantir, il en

adoucit les rigueurs en prescrivant au maître ses
devoirs, et il lui en fait un si méritoire de l’affranchissement
qu’il le met en voie de l’abolir.
Hâtons-nous donc de le dire, pour qui se reporte
aux jours néfastes où il parut, Mohamed a servi la
civilisation au lieu de lui nuire, et, au lieu de la
faire rétrograder, il l’a mise en voie de progrès.
Partout la perversité régnait autour de lui; à l’orient
et au septentrion, les docrines symboliques
de la Perse et de l’Inde avaient divisé et abruti
les hommes; au sud, le fétichisme africain les retenait
dans les langes de la barbarie; à l’occident,
les superstitions syriaques et égyptiennes avaient
plongé les chrétiens dans l’anarchie des idées, dans
l’avilissement du caractère, dans la corruption du
coeur, dans la dégradation la plus honteuse; près
de lui, les Arabes, ses frères, pliaient servilement
la tête devant les idoles (1); partout les doctes, les
forts, les riches étaient des dieux; partout les ignorants,
les faibles, les pauvres étaient des diables
dont les dieux faisaient leur bétail. Pour enlever
tout prétexte à cette domination que les forts d’intelligence,
les rusés d’esprit, dont pourtant le
royaume n’est pas de ce monde, faisaient peser sur
les faibles et les simples, en leur promettant le
royaume des cieux en échange de celui de la terre

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(1) Fortin d’Ivry, Revue d’Orient.

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dont ils s’adjugeaient les jouissances et les voluptés,
ce n’est ni sur un mythe, ni sur un dogme qu’il
se base, c’est sur une réalité, un axiome; c’est sur
l’axiome réel du monde et de Dieu qu’il fonde la
réalité axiomatique de la fraternité et de l’égalilé
des hommes.
Fort de cette vérité de l’unité divine et de l’égalité
humaine, il s’en sert pour maîtriser les ignorants
et les simples qu’il éclaire et les exciter a
travailler avec lui au rachat de l’humanité. C’est
pourquoi il leur crie : Malheur aux infidèles
aux incrédules! c’est-à-dire malheur à ceux qui
n’ont pas la lumière ou qui, l’ayant, n’en font pas
usage ; et il les condamne, comme en effet ils le
sont, à l’infériorité, à la bassesse, à la soumission,
à l’obéissance; bonheur, au contraire, aux fidèles,
aux croyants ! c’est-à-dire à ceux qui regardent
pour voir et qui, voyant, croient à ce qu’ils voient
parce qu’ils le savent; et il les destine, comme en
effet ils le sont, au commandement, à la direction,
au gouvernement auxquels les appelle leur savoir,
dans l’intérêt même de ceux qui ignorent, par cette
loi de nature qui veut que le voyant guide l’aveugle,
que l’intelligent guide le simple , comme le
soleil guide tous les hommes, comme Dieu guide
tous les soleils.
Quand, malgré la sincérité de ses avertissements
et la douceur de ses admonitions, il ne trouve encore

 que trop de coeurs endurcis et récalcitrants, il
comprend qu’il ne lui a point suffi d’avoir dit : « Le
 Coran m’a été dévoilé pour que je vous avertisse. »
Et alors prenant en main son épée, il ajoute : « J’ai
 été envoyé pour annoncer et pour menacer. Ne
 combattrez-vous donc pas contre un peuple qui a
 violé ses serments, qui s’efforce de chasser votre
 prophète. Il est l’agresseur, le craindrez-vous? »
Et c’est ainsi qu’en accomplissant chez les idolâtres
l’anathème de Jésus sur Corozaïm et Bethsaïda,
anathème que les chrétiens n’accomplissent jamais
que sur eux-mêmes, les uns sur les autres, et par
représailles, il semble dire aux hommes : Si donc
vous ne voulez être ni menacés, ni dirigés, ni guidés,
ni gouvernés, ni commandés, éclairez l’un par
l’autre votre esprit et votre coeur de la lumière du
devoir et du droit, afin que doctes en science morale
et politique, vous puissiez vous être à vousmêmes
votre seul chef ou votre seul guide, votre
seul paire ou votre seul prêtre, votre seul roi ou
votre seul régulateur, votre seul suzerain, votre
seul souverain, votre seul maître enfin sur la terre,
car vous n’en avez qu’un qui est Dieu, le Dieu unique,
le seul Dieu, suzerain et souverain maître des
hommes et des astres, de la terre et du ciel.
C’est pour les mener là et y mener avec eux le

reste des hommes qu’il dit aux siens : « Nous vous
 appellerons à marcher contre des nations puissantes,
 et vous les combattrez jusqu’à ce qu’elles
embrassent I’Islam. » Et bientôt le fait suivit la
parole, et bientôt aussi des nations puissantes, mais
barbares, ouvrirent les yeux à la lumière et leurs
coeurs à I’Islam. A ce sujet, les chrétiens accusent
les musulmans d’avoir fait eux-mêmes la
guerre en barbares, d’avoir détruit les chefs-d’oeuvre
de l’antiquité païenne ; mais les chefs-d’oeuvre
de cette antiquité avaient été détruits par les chrétiens
eux-mêmes, par ceux-là qui en avaient fait leurs
noms d’iconoclastes, de briseurs d’images, et il n’en
restait que des débris; d’ailleurs, dans le culte du
Dieu unique, l’idolâtrie est le comble de l’iniquité;
et ces chefs-d’oeuvre étaient pour eux des idoles
dont ils n’avaient pas même le sens. Il n’y avait
donc pas plus de barbarie de leur part à renverser
les idoles de l’orthodoxie des tzars qu’il n’y en avait
eu aux chrétiens de renverser les idoles de l’orlhodoxie
des païens (1). Quant à l’accusation qui pèse
sur eux d’avoir brûlé la bibliothèque d’Alexandrie,
elle n’est pas moins une absurdité qu’une calomnie.
Cette ville n’en possédait que deux dont l’Europe
ait gardé souvenir, celle du palais Bruchium celle
du temple de Sérapis. La première fut incendiée,

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(1) V. Abel de Rémusat, Préface sur les langues tartares.

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l’an 46 avant notre ère, par les soldats de César,
dans la guerre contre Pompée, et celle du Sérapion
fut brûlée, l’an 389 de notre ère, par une bande de
fanatiques, a l’instigation de l’évêque Théophile,
agissant au nom de l’empereur Théodose. Si ces
deux bibliothèques ont été brûlées, l’une par les
soldats de César, l’autre par l’orthodoxie des tzars,
quelle peut donc être celle dont on attribue la perte
aux musulmans du calife Omar? Assurément il y a
ici un mensonge à la façon de Ktésias, dont tout le
monde est dupe. Ce qui est plus vrai, c’est que la
bibliothèque de Pergame, cédée par Attale III aux
Romains, l’an 620 de la République, a complètement
disparu de Rome. Si Antoine en a donné à Cléopâtre
une partie, et si cette partie a péri à Alexandrie
dans l’incendie du palais Bruchium,, où cette reine
l’avait déposée, qu’est devenu le reste? Ce que sont
devenus tous les écrits de l’art et de la science antiques,
la proie de l’ignorance fanatique et du fanatisme
incendiaire des faux chrétiens de l’orthodoxie
des tzars qui, redoutant la lumière, ont brûlé tous
les livres antérieurs dont ils redoutaient la science
et jusqu’aux plus beaux chefs-d’oeuvre de leurs ancêtres(1).
Sans doute la guerre est un mauvais moyen de
persuasion ; mais n’y a-t-il pas mauvaise grâce à

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(1) V. Ramey.

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l’orthodoxie des tzars d’en faire un reproche à
MOHAMED, quand eux-mêmes ils n’ont Jamais combattu
entre eux avec moins d’acharnement que les
musulmans n’en ont mis à les combattre? Tout
homme impartial, qui voudra bien remonter aux
premiers temps de cette orthodoxie, ne conviendrait-il
 pas au contraire que la cruauté des faux chrétiens,
cette cruauté dont parle Pline, ne le cède en
rien à celle dont ils font un reproche aux musulmans?
Et, sans remonter si haut et sans aller si
loin en chercher des preuves, n’est-il pas certain
que cette cruauté ne se manifesta jamais nulle part
avec plus de fureur que dans la conversion des
Saxons, sous Charlemagne, et dans celle des Bretons
de l’Armorique, sous Pépin, son petit-fils. Que si la
guerre que fit Charlemagne aux Saxons trouve sa
justification dans son ambition de domination universelle,
il faut avouer qu’elle est un cruel non-sens
au point de vue de la fraternité du doux Evangile;
car si c’est la charité et l’amour sur les lèvres,
c’est aussi l’orgueil au front et la cupidité dans le
coeur qu’il tue sans pitié quiconque refuse de se
soumettre au joug de son orthodoxie; et c’est avec
toute la férocité des Machabées, qui défendaient
leur patrie, que les clercs chrétiens, dont la patrie
n’est qu’au Ciel, le poussent à guerroyer trente-deux
ans contre les Saxons, à les convertir par le fer et
le feu, à faire manger avec ses chiens ceux qui refusent

d’abjurer leur antique croyance et à massacrer
d’un coup, sans pitié, quatre mille cinq cents
de leurs guerriers pour intimider le reste. En sorte
que tout Saxon fût en droit de dire alors des chrétiens
francs ce qu’avait dit des Romains païens le
Breton Galgacus : « Piller, tuer, voler, s’appelle
 régner dans leur langage, et là où ils ont fait la
 solitude, ils disent qu’ils ont établi la paix (1)!
Ils l’avaient établi en effet, comme tout tyran là où
il domine; comme Timour à Samarkand, lorsqu’il
eut massacré les Djaï, comme Charles IX et
Louis XIV, lorsqu’ils eurent fait la Saint-Barthélémy
et les dragonnades,comme le tzar à Varsovie,
lorsqu’il eut massacré les Polonais.
Pour peu que l’on considère la différence des
temps, le progrès accompli pendant les deux cents
ans écoulés de Mohamed à Charlemagne, si l’on est
impartial, on est d’autant plus porté à trouver une
excuse pour l’inspiré de Dieu et de l’humanilé,
combattant non pour agrandir ses Etats et s’élever
un trône, mais pour étendre sa doctrine égalitaire,
dans la nécessité qu’il était de la défendre contre
l’intolérance de l’orthodoxie des tzars, qu’on l’est
moins â en trouver une pour l’inspiré du pape, qui,
n’ayant rien à craindre de l’intolérance des Saxons,
n’avait aucune raison de les combattre, et qui ne

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(1) Tacite’ vie d’Agricola, ch. 30.

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les combattit et ne les fit abjurer que pour étendre
ses Etats, fonder son trône et affermir son despotisme.
D’ailleurs, la façon dont Mohamed réglemente la
guerre prouve assez qu’il ne la regrette pas moins
que ceux qui, le plus, l’en désapprouvent. En effet,
 dit-il, « vous combattrez dans la voie de Dieu
 ceux qui vous font la guerre, mais vous ne commettrez
  point l’injustice de les attaquer les premiers.
« —Vous les tuerez partout où vous les trouverez,
 et les chasserez de partout où ils vous auront
 chassés. — Vous les combattrez jusqu’à ce que
 vous n’ayez plus à craindre la tentation et que
 tout culte ne soit plus que celui du Dieu unique ;
 mais s’ils mettent un terme à leurs attaques, alors
plus d’hostilités, si ce n’est contre les méchants (1). »
 
Peut-être le gouvernement turk s’est-il écarté
quelquefois de ces préceptes, mais ce n’est assurément
ni en 1821, dans sa guerre avec les Grecs,
ni en 1828, dans sa guerre avec la Russie, ni en
1854, dans la guerre qu’il poursuit avec nous contre
cette puissance toujours agressive. Enfin l’histoire
est là pour attester qu’en effet il a moins souvent
attaqué qu’il ne s’est défendu. Il est vrai qu’il
n’a pas moins été terrible pour les ennemis de sa

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(1), Coran, ch. 2, v. 83, 187, 189.

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foi que ne l’ont été ceux-ci pour leurs dissidents ;
il est vrai qu’il a couvert le sol de sa domination
comme d’une lave, mais il ne l’en a couvert que
pour conserver. En effet, si violente et irrésistible
qu’ait été cette domination, Jamais elle n’a été ni
constante, ni systématique; elle a souvent opprimé,
mais jamais elle n’a dégénéré en persécution; elle
a terrassé, mais jamais elle n’a anéanti, et toujours,
après le châtiment de la guerre, elle a accordé la
miséricorde de la paix; parce que, comme il n’est
en Islam ni classes, ni intérêts privilégiés, ni intercesseurs
auprès de Dieu, ni sacerdoce, ni pouvoir
spirituel, chacun, après la guerre, rentre dans sa
liberté de conscience et rend à son Dieu le culte
qu’il lui plaît; parce qu’il est écrit : « Dieu a effacé
 les péchés de ceux qui auront émigré et auront
 été chassés de leur pays, qui auront souffert dans
 son sentier, qui auront combattu ou succombé. »
Lorsqu’à cette miséricorde de I’Islam après la
guerre, les peuples d’Orient, vaincus et dominés,
doivent d’avoir conservé jusqu’aujourd’hui leur foi,
leur langue, leur nationalité, comment ne pas la
trouver supérieure à celle dont se sont inspirés les
dominateurs chrétiens, chevaliers francs et teutons,
qui n’ont cessé de combattre leurs ennemis qu’après
avoir violenté leur conscience et noyé leur croyance
dans le sang. Visigoths, Ostrogoths, Suèves, Alains,
Hérules, Lombards, où êtes-vous aujourd’hui ? Le

quel d’entre vous qui, comme l’Arménien, le Servien,
le Bulgare, l’Albanais et le Roumain, peut
s’écrier : Me voici I Pas un ; car il ne reste tout au
plus de vous que le nom ; foi, langue, tradition,
éléments trinitaires de toute nationalité, en les perdant,
vous avez tout perdu, vous vous êtes perdus
vous-mêmes.
Convenons donc, une fois pour toutes, que la
guerre prêchée par le Coran, guerre défensive plutôt
qu’offensive, quoique aussi meurtrière que celle
prêchée par les bulles du pape, n’a jamais été, autant
que celle-ci, exterminatrice de ce moi collectif
qui fait d’un peuple une nation, de cette nationalité
qui fait d’une nation une famille. Convenons encore
que la guerre n’est pas la seule éloquence de I’Islam,
et que la parole de Mohamed était d’ailleurs trop persuasive
pour que son épée, qui lui vint en aide, ne
fût pas aussi magnanime. C’est du moins ce qui
semble ressortir de ces sublimes préceptes sur lesquels
sont assis les gouvernements de I’Islam : « La
 tyrannie est comme un ouragan qui dévaste le
 monde; le puissant ne doit donc pas tyranniser
 le faible, s’il ne veut que la lumière de l’empire
 ne décline. Le riche ne doit pas tyranniser le pauvre,
 s’il ne veut faire de l’enfer sa demeure éternelle;
 et l’ardeur du soupir brûlant que l’opprimé
pousse vers le ciel enflammerait la terre et l’eau,
 s’il était l’objet du mépris et des outrages des heureux

du monde. » Convenons enfin qu’en détruisant
des chefs-d’oeuvre qui n’étaient pas les leurs,
les Arabes et les Turks se seraient montrés, en
tous cas, moins barbares que les Grecs et les Latins
qui détruisaient leurs propres ouvrages, ceux du
moins de leurs ancêtres.
Il est vrai que, naturellement indifférent à l’art
de l’orthodoxie des tzars, les Turks, au lieu d’en
rien restaurer, ont au coniraire laissé tout dépérir;
mais encore une fois, cette indifférence n’est pas du
vandalisme ; et ce vandalisme, dont on les accuse
depuis la restauration des arts et des lettres en Occident,
est réellement moins leur fait que le nôtre.
En effet, les monuments de Constantinople ont été
démolis par les Génois et les Vénitiens, par les
Français de Godefroy de Bouillon et de Beaudouin de
Flandre, et par les Grecs eux-mêmes, pour en
construire des tours, des palais, des forteresses, des
églises, pour étendre ou élever leurs murailles; si
bien que, quelle qu’elle soit aujourd’hui, Constantinople
est certainement plus belle que ne l’a trouvée
Mahomet II le 29 mai 1453 (1).
Si, suffisamment éclairé sur ce point, l’esprit des
justes demande à l’être également sur l’esclavage,

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(1) Méry, Constantinople ancienne et moderne.

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que les faux esprits ont considéré jusqu’à présent
comme un principe fondamental de l’islam, il n’a
qu’à s’assurer par lui-même de ce qui est vrai, savoir
: qu’en islam, l’esclavage ayant pour principe le
devoir du croyant envers le païen, de l’intelligent
envers la brute, de l’esprit envers la matière, diffère
essentiellement de l’esclavage consacré par l’orthodoxie
des tzars, où il est le droit de la force brutale,
de la matière sur la faible simplicité de l’esprit. En le
conservant, Mohamed le réglemente de manière à en
faire un bienfait pour le sauvage, qui, esclave des
éléments de la nature, s’en trouve affranchi par un
stage dans la servitude aux volontés d’un homme,
qui le rend apte à la vie sociale. En l’adoptant,
l’orthodoxie des tzars le réglemente de façon à en
faire le pire état de tous, le seul enfer réel auquel
n’a rien de comparable l’état de nature dans lequel
le sauvage est esclave des éléments. L’esclavage de
l’Islam a pour but de faire du bétail humain des
hommes; l’esclavage de l’orthodoxie des tzars a
pour but de faire des hommes un bétail humain ;
en ISLAM, où tous les musulmans sont frères et
égaux, l’esclavage n’est admis que pour amener à
l’égalité ceux qui n’y sont pas; en orthodoxie, où
tous les hommes sont féodalement inégaux, l’esclavage
ne s’est introduit et ne se perpétue que dans
le plus lâche intérêt, au mépris de la fraternité et
de l’égalité prêchées par l’Evangile de liberté.

L’homme né musulman ne peut être esclave d’un
musulman, et l’idolâtre devenu musulman et le fils
né musulman d’un père idolâtre ne peuvent demeurer
à jamais esclaves ; tandis que l’homme né chrétien
est l’esclave d’un chrétien, et que l’enfant, né
chrétien d’un père chrétien ou idolâtre, n’en continue
pas moins d’être esclave.
Ainsi, tandis qu’en islam l’esclavage est une nécessité
morale, un devoir philanthropique du docte
envers l’ignorant, du civilisé envers le barbare, jusqu’à
ce que le barbare ignorant devienne à son
tour docte et civilisé ; dans l’orthodoxie, l’esclavage
est une nécessité, immorale comme la prostitution,
un droit matériel du blanc sur le noir, une domination
tyrannique de la force sur la faiblesse, de la
ruse sur la simplicité, de l’oisiveté sur le travail.
Tandis que les musulmans, économes des destinées
de l’esclavage, en épargnent au moins les gens de
lois écrites, les juifs et les chrétiens, à la condition,
toutefois d’un vasselage dur et humiliant, les chrétiens,
indifférents du sort de l’esclave, ont voué à
perpétuité toute la race noire a l’esclavage, que
ceux de cette race soient et deviennent ou non
chrétiens ou musulmans , protestants ou catholiques.
D’ailleurs, en conservant l’esclavage, Mohamed
l’a établi sur des principes humains; il a mis l’esclave
sous la sauvegarde de l’humanité; il lui a fait

une position exempte d’humiliation, inférieure sans
doute, mais nullement abjecte. En sorte que si le
commandement du maître est ordinairement imposant
et parfois sévère, il est ordinairement humain
et souvent même affectueux. Oui,-dans I’islam, l’esclavage
a des formes douces et un fond plus humain
que partout ailleurs- L’esclave n’y est pas un paria
comme aux Indes , un ilote comme autrefois à
Sparte, un sigan comme chez les Roumains, un bétail
comme chez les chrétiens d’Amérique, une
chose comme tous ces serfs des chrétiens d’Europe;
il fait partie de la famille, il en peut devenir
membre. Si le maître ne doute pas plus de la soumission
de son esclave que de l’obéissance de son
fils, l’esclave, à son tour, doute moins des soins de
son maître que de la sollicitude de son père. D’ailleurs,
ni la race, ni la couleur n’a d’empire sur le
musulman; pour lui, rouges ou cuivrés, blancs ou
noirs, tous sont hommes, et tous les musulmans
sont frères et égaux, parce qu’ils sont tous dans la
lumière.
C’est pour mener tous les hommes à cette lumière
de la fraternité et de l’égalité que Mohamed a réduit
l’esclavage à une domesticité temporaire, à un apprivoisement
du barbare par le civilisé. La loi musulmane
voit un homme dans l’esclave et lui reconnaît
certains droits imprescriptibles; elle intervient
à chaque instant pour le conserver et le

défendre; elle lui reconnaît la faculté de retourner
par plusieurs voies à la liberté, soit en lui procurant
les moyens de se racheter, soit en suggérant
au patron tous les moyens de l’affranchir. Le droit
du maître sur l’esclave n’est point absolu; l’esclave
lui appartient comme homme et non comme chose;
il peut en disposer, le donner, le vendre, mais il ne
peut ni lui refuser la nourriture et le vêtement, ni
en exiger un travail au-dessus de ses forces, ni le
frapper injustement, ni moins encore le faire mourir.
La déposition de l’esclave contre son maître est
reçue en justice. L’enfant né d’une esclave et du
maître de cette esclave est libre, et la mère le devient
de droit à la mort du maître. L’affranchissement
d’une esclave enceinte entraîne naturellement
celui de l’enfant qu’elle porte dans son sein. En
fait, l’esclave est assimilé en tous points aux autres
domestiques. Plus que ceux-ci même il est
de la famille du maître, qui lui dit : mon fils,
ne l’humilie jamais à plaisir, le fait instruire
dans la loi, et qui, s’il ne lui donne point de
gages fixes, y supplée ordinairement par des largesses
qui lui permeitent d’amasser un petit pécule
et de se racheter. Est-il malade? il est soigné dans
la maison. Vieillit-il dans la maison, dédaigneux
de la liberté qui lui a été offerte? alors il est tout à
fait considéré comme de ia famille; il n’a pas
d’autre occupation que de dorloter les enfants ; il les

appelle ses deux yeux, et ceux-ci lui disent tendrement
: Papa. D’ailleurs, après un ceriain temps
de service, le maître affranchit l’esclave, le marie
et le dote pour obéir à ces paroles de Mohamed :
« Mariez les plus sages d’entre vos domestiques et
 vos esclaves ; accordez à ceux d’entre eux qui sont
 fidèles récrit qui assure leur liberté, et donnez-
 leur une portion de vos biens. » Ce temps de
service étant chez les Turks de sept ans et de seize
ans chez les Persans, on peut affirmer que les premiers,
plus prévenants envers les désirs du prophète,
plus fidèles au Coran, plus pieux en vers Dieu,
sont conséquemment d’une humanité plus égalitaire
et plus fraternelle. C’est que, mieux que les
Persans, ils ont compris ces paroles : « Dieu a
 favorisé les uns plus que les autres dans la
 distribution de ses dons, mais ceux qu’il a
 favorisés font-ils participer à ces biens leurs esclaves
 au point qu’ils y ont tous une part égale (1)? »
Ainsi, comme on le voit, l’esclavage en Islam
n’est réellement au fond qu’une adoption assez
semblable à celle de nos jeunes détenus, et qui,
pour coûter davantage, puisque l’esclave s’achète,
n’en a pas moins son côté pieux et méritoire; il n’a
rien de ce qui fait frémir d’horreur et d’indignation
dans l’esclavage des nègres, tel que l’a conçu l’orthodoxie
des tzars ; il n’est ni viager ni héréditaire;

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(1) Coran, ch. 73.

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il est affranchissable et rachetable ; on peut le détruire
et il le sera, parce qu’il est dans l’esprit du
Coran qu’il le soit ; il le sera dès qu’on en aura
prohibé le trafic aux Circassiens et aux Géorgiens,
dès qu’on aura mis fin à la guerre impie qui l’alimente,
dès qu’il ne sera plus permis au pacha d’Egypte
de chasser aux esclaves dans les contrées
méridionales qui avoisinent ses États.
Quant à la castration qui fait l’eunuque, si les musulmans
en font usage, ce n’est qu’à l’imitation de
l’orthodoxie des tzars; elle peut donc être abolie
instantanément comme contraire à la nature de l’ISLAM,
à la lettre et à l’esprit du Coran; car, chose
remarquable, tandis que les apôtres de l’orthodoxie
des tzars en recommandent l’institution dans le
sens mystique du mot et donnent ainsi naissance
aux castrats de la chapelle Sixtine et aux scoptsi de
Russie, plus humain et plus moral que Paul et Mathieu,
MOHAMED a du moins eu la pudeur de n’en
pas parler (1).
Si de tout ceci l’on peut conclure, contrairement
à l’opinion de Montesquieu, que l’esclavage, qui
corrompt le maître et l’esclave, au lieu d’étouffer
dans l’esclave musulman tout sentiment de la dignité
humaine, relève au contraire, dans le maître,
le sentiment de la miséricorde, et dans l’esclave,
celui de la reconnaissance, on concluera de même

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(1) Act. 29. Évangile 49, v. 12.

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contre lui que, pour y être soumis à un autre régime
qu’en Occident, le droit de propriété et de succession
n’en existe pas moins en Turkie qu’en
France, et dans I’Islam que dans l’orthodoxie des
tzars; car, pour peu que l’on y fasse attention, on
se convaincra, d’un côté, que la concentration des
propriétés et l’interdiction aux étrangers de posséder
le sol, si injustes qu’elles soient, sont cependant
si loin d’être la négation du droit de propriété,
et, comme aucuns l’alfirment, la cause unique de la
décadence de l’empire turk, que ces deux institutions
ont élé au contraire jusqu’aujourd’hui les deux
principales causes de la puissance anglaise; de
l’autre, que non-seulement la polygamie n’y a pas
détruit Ia famille, mais qu’au contraire, il n’existe
peut-être pas dans toute l’orthodoxie des tzars un
peuple chez lequel le sentiment de la famille soit
plus développé que chez les musulmans, la société
organisée sur une base plus fraternelle, sur un fond
plus égalilaire, et la dignité humaine plus fortement
empreinte dans les moeurs. C’est dans cette conviction
que tout esprit juste conviendra qu’il y a plus
à espérer qu’a désespérer de I’Islam pour le progrès
de la civilisaiion et l’avenir démocratique de
l’Europe ; car il aura reconnu que la fraternité et
l’égalilé en sont le poids et la mesure, .que la liberté
n’y a d autres entraves qua la licence et l’excès,
l’abus et l’usure, et que l’homme y est entièrement

libre de faire tout ce qui est égal et fraternel, la loi
ne lui défendant que ce qui n’est ni fraternel, ni égal.

 

suite…

http://www.freepdf.info/index.php?post/Vaillant-Jean-Alexandre-Islam-des-sultans-devant-l-orthodoxie-des-Tczars