« Pauvre Algérie qui, de Mecque des Révolutionnaires, est devenue repaire de forbans. »


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via Ould Kaddour, Ould Abbes, Tahkout, personnages répugnants du règne calamiteux des Bouteflika — Algérie Résistance

LA MARTINGALE ALGÉRIENNE


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Ouvrage : LA MARTINGALE ALGÉRIENNE Réflexions sur une crise

Auteur : Abderrahmane Hadj-Nacer

Année : 2011

 

 

PROLOGUE
J’écris, au seuil de la soixantaine et à vrai dire j’éprouve au quotidien un sentiment d’humiliation permanente. Cette humiliation, je la ressens d’abord en tant que citoyen algérien mais surtout, surtout en tant qu’ancien cadre c’est-à-dire, en tant que partie prenante de ce qui aurait dû, normalement, constituer l’élite de l’Algérie. Pourtant à mon âge, on devrait pouvoir commencer à jouir des fruits de ce que l’on a planté ; être satisfait de son travail, bien vivre dans sa maison et être rassuré sur l’avenir de ses enfants. Seulement, ce qui au premier plan domine, c’est un grand sentiment de frustration. Et je ne suis pas le seul dans ce cas : cette sensation finalement, je la partage avec la majorité je n’ose écrire la totalité — de la population. En cela, réside un aspect paradoxal de notre pays. Ce sentiment est légitimement ressenti par les plus défavorisés, ou même par ceux qui se sentent exclus par le système, mais il est également partagé par ceux que l’on nomme les décideurs et même, plus surprenant encore, par les rentiers. C’est une des singularités de l’Algérie, que les personnes disposant du pouvoir de décision, du moins en apparence, et qui bénéficient du fonctionnement du système, soient sans cesse en train de le critiquer. Une situation absurde !
À mon âge donc, et considérant ma formation et les fonctions que j’ai occupées, je devrais plutôt livrer ici-même un livre d’économie. Non pas un de plus puisque, s’agissant de l’Algérie, ce serait en fait un parfait manuel d’anti-économie. Cet ouvrage listerait de façon exhaustive tout ce qu’un pays pourvu de richesses pétrolières ne doit pas faire, car il est évident que la manne financière générée par les hydrocarbures, et censée accélérer le développement du pays, s’est transformée en frein, encourageant la corruption et les comportements de recherche de rente au détriment de l’entreprenariat et de la création de richesses. Il est clair aussi que si les Algériens ne parviennent pas à tirer profit des ressources exceptionnelles de leur sous-sol — pour ne parler que de cela — c’est parce que les institutions démocratiques de contrôle et de contre-pouvoir qui obligeraient les responsables politiques à rendre des comptes ne fonctionnent pas. Mais refermons rapidement cette parenthèse puisqu’il ne s’agit pas ici d’un livre d’économie.
Et ce n’est pas davantage un essai à vocation philosophique ou anthropologique mais bien l’expression de quelques réflexions libres, hors de toute contrainte théorique ou politique, au personnel, au singulier. Alors, pourra-t-on dire, quelle est l’utilité d’un tel essai ?
Ce que je sais, c’est mon choix d’une prise de parole à la première personne, estimant peu courageux le retranchement derrière la distance formelle qu’imposerait une approche académique classique.
Dans ce livre, je vais aussi revenir sur des notions de base alors que les enjeux de ce XXI »` siècle sont ailleurs. Car si le rythme du progrès technologique continue de s’accélérer, il est probable que le débat sur la singularité connaisse lui aussi une croissance exponentielle. Rares sont ceux qui contestent qu’il s’agit là de l’une des idées les plus marquantes de ce début de XXIème siècle. Elle fait en effet le lien entre des thèmes

essentiels et sujets à controverse : Dieu, la crise énergétique, le génie génétique ; et des concepts de science-fiction particulièrement stimulants pour l’imagination : l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, l’ingénierie moléculaire. Grâce à la singularité, la frontière entre le penseur fantasque et le chercheur scientifique crédible s’estompe. Mais comment nous préparer à participer à ce débat ? Comment être présents au siècle ?
Finalement, ce qui fonde cet ouvrage, et cela bien au-delà de l’intuition, c’est que l’Algérie — ou Maghreb central ou bien encore Thamezgha — est, pour la première fois depuis le néolithique, dans une situation humaine et géographique où elle peut influer sur son propre destin. Cette prise de conscience, éclairée par l’Histoire dans sa longue durée, ne peut pourtant se faire que par la transmission et par l’explication des raisons qui nous ont conduits là où nous en sommes. Et c’est l’un des objectifs de ce livre que de bien cerner les mécanismes socio-historiques qui ont conduit l’Algérie à s’enliser et ses enfants à vivre en permanence avec, dans la bouche, un goût amer.
Je suis d’une génération qui a vécu à cheval entre la fin de la domination française et l’exaltation d’un pays à bâtir. Et, dans mon environnement familial, j’ai été élevé dans l’idée que l’indépendance de l’Algérie n’était qu’une étape avant l’avènement du grand Maghreb.

Je suis né à Soustara, à la Casbah d’Alger, et bien que nous ayons très tôt déménagé au Ruisseau, dans ma tête, je suis resté un enfant de la Casbah, jusqu’à mon entrée à l’école, en 1957. J’ai alors découvert qu’aux yeux des autres, je n’étais pas un Algérois mais un Mozabite. De la même façon j’ai découvert qu’à l’école, il y avait des Français et aussi des Kabyles, des Arabes, des Chaouis,… C’était étrange cette dichotomie entre le discours à la maison et la réalité sociale du moment. Dans mon cas, cela induisait une difficulté de comportement puisque être mozabite signifiait forcément devenir commis d’épicerie alors que pour moi, à cette période, le terme Mozabite n’avait pas une grande signification, même si mon père portait, et porte toujours, le costume musulman ou arabe, qui peu à peu est devenu mozabite, puisque les autres l’ont abandonné ! Tout simplement.
Dans ma famille régnait un grand climat patriotique nourri des débats qui se tenaient dans le salon fréquenté par Ahmed Bouda, Sâad Dahleb, des membres de l’association des Oulemas… Et puis, je suis à la fois l’arrière-petit-fils de Cheikh Tefayech, savant ibadite, et le petit-fils du dernier Cadi ibadite de la ville de Constantine, avant qu’elle ne tombe aux mains des Français. Mon père signait dans « Alger Républicain », mon oncle a écrit un grand nombre d’ouvrages nous laissant en héritage une immense bibliothèque. Tout ce monde, qui configurait mon entourage, était agité par l’idée de Patrie et de liberté. Mon cousin germain Moufdi Zakarya — poète, auteur de l’hymne national Kasamen ; un des fondateurs du PPA dont il a été Secrétaire Général et non Président par décision du BP de l’époque car un lbadite, un minoritaire, ne pouvait l’être —, connaissait la prison. De façon plus en prise avec cette aspiration maghrébine, mon autre cousin Cheikh Salah Benyahia, avec deux autres « Mozabites », fut parmi les cinq membres fondateurs du vieux Destour tunisien. Dans cet environnement, j’étais avec les uns, Algérois, Algérien et Maghrébin alors qu’aux yeux des autres, mes camarades, je devais correspondre à une définition étroite, étriquée, stéréotypée du Mozabite. Le petit voisin kabyle de l’immeuble mitoyen devait certainement vivre une situation similaire.

Je m’y arrête pour dire ce qui m’a construit et me fait prendre la parole aujourd’hui. Et j’en parle tout autant que de cet autre moment de la formation de ma personnalité qu’a été l’adolescence et que je veux évoquer.
En 1964, Alger était une ville internationale. Alger était la fête, l’espoir. Nous étions convaincus que nous allions rapidement devenir un pays leader, développé, moderne où il faisait déjà très bon vivre. Les gens affluaient de toutes parts. Les nouveaux prophètes, nous assurant de ce devenir, venaient d’Orient, d’Occident, du Sud, du Nord. Au lycée, nos professeurs étaient à l’image de ce kaléidoscope. Notre lycée, El ldrissi, était tout ensemble un lycée populaire et pilote. Nous disposions d’enseignants de grande qualité. Certains cours n’étaient pas assurés mais d’autres étaient de très bon niveau. Certains professeurs étaient des stars internationales, bien évidement de gauche. L’un d’entre eux, le professeur de philosophie et de français M.T.M., sur fond de lutte idéologique, lors de la première remise de copies m’attribua un 15 pour ma dissertation sur le sujet « qu’est-ce que la bourgeoisie ? » en insistant sur le fait que je devais transmettre cette note à la personne qui avait fait le travail. Ce qui, à ce moment-là, m’avait semblé être d’un humour douteux s’est reproduit la fois suivante, la fois d’après, et plus choquant encore ce fin aussi le cas avec d’autres enseignants pour qui pourtant, j’avais une admiration illimitée. Il m’a fallu un trimestre pour comprendre qu’il m’était signifié que j’étais le fils de mon père, ce père Président de l’Association des parents d’élèves, qui avec sa tenue vestimentaire ne pouvait qu’incarner la « réaction » contre le progrès. Ce père qui écrivait dans « Alger Républicain » et qui, de son point de vue, était un partisan du progrès. Pour la deuxième fois, je me trouvais assigné à l’identité du petit Mozabite, à présent réactionnaire après avoir été prédestiné à l’épicerie. Cet épisode était pourtant plus grave que celui de l’enfance car mes interlocuteurs étaient des adultes et même des modèles pour l’adolescent que j’étais, en quête de figures positives pour affronter un père doté d’une forte personnalité.
Ces deux exemples, ces deux étapes constituent des moments importants de la formation de l’être adulte que je suis devenu, en quête permanente de réponses à ces questions qui nous taraudent tous et toutes sur l’identité collective et individuelle. Si je ne devais choisir qu’un genre musical pour m’accompagner sur une île déserte, ce serait le chââbi (aujourd’hui je suis toujours Algérois, de Soustara, quartier historique d’Alger dont l’équipe emblématique est l’USMA, même si j’ai un faible pour le Mouloudia, le plus vieux club de football de la ville)… Et pourtant grâce, et à cause, du regard des autres, je me suis réapproprié la part de mozabite qui est en moi. Et j’ai beaucoup appris, et notamment que le M’Zab, à une échelle réduite, est le conservatoire de traditions, de culture, de beaucoup d’éléments de l’identité algérienne. Ce qu’on a souvent moqué a permis la sauvegarde pendant des siècles de formes d’organisation, de modes de vie, de rituels qui ont disparu ailleurs. Ils sont pourtant d’une grande utilité pour comprendre la situation actuelle de l’Algérie et imaginer, en partant de notre histoire, des issues aux impasses actuelles.
Les décideurs algériens se situent autrement.
Leur rapport au politique peut être perçu aujourd’hui comme la quête de « La » martingale.
Je retiens ici deux des sens du mot MARTINGALE:Je m’y arrête pour dire ce qui m’a construit et me fait prendre la parole aujourd’hui. Et j’en parle tout autant que de cet autre moment de la formation de ma personnalité qu’a été l’adolescence et que je veux évoquer.
En 1964, Alger était une ville internationale. Alger était la fête, l’espoir. Nous étions convaincus que nous allions rapidement devenir un pays leader, développé, moderne où il faisait déjà très bon vivre. Les gens affluaient de toutes parts. Les nouveaux prophètes, nous assurant de ce devenir, venaient d’Orient, d’Occident, du Sud, du Nord. Au lycée, nos professeurs étaient à l’image de ce kaléidoscope. Notre lycée, El ldrissi, était tout ensemble un lycée populaire et pilote. Nous disposions d’enseignants de grande qualité. Certains cours n’étaient pas assurés mais d’autres étaient de très bon niveau. Certains professeurs étaient des stars internationales, bien évidement de gauche. L’un d’entre eux, le professeur de philosophie et de français M.T.M., sur fond de lutte idéologique, lors de la première remise de copies m’attribua un 15 pour ma dissertation sur le sujet « qu’est-ce que la bourgeoisie ? » en insistant sur le fait que je devais transmettre cette note à la personne qui avait fait le travail. Ce qui, à ce moment-là, m’avait semblé être d’un humour douteux s’est reproduit la fois suivante, la fois d’après, et plus choquant encore ce fin aussi le cas avec d’autres enseignants pour qui pourtant, j’avais une admiration illimitée. Il m’a fallu un trimestre pour comprendre qu’il m’était signifié que j’étais le fils de mon père, ce père Président de l’Association des parents d’élèves, qui avec sa tenue vestimentaire ne pouvait qu’incarner la « réaction » contre le progrès. Ce père qui écrivait dans « Alger Républicain » et qui, de son point de vue, était un partisan du progrès. Pour la deuxième fois, je me trouvais assigné à l’identité du petit Mozabite, à présent réactionnaire après avoir été prédestiné à l’épicerie. Cet épisode était pourtant plus grave que celui de l’enfance car mes interlocuteurs étaient des adultes et même des modèles pour l’adolescent que j’étais, en quête de figures positives pour affronter un père doté d’une forte personnalité.
Ces deux exemples, ces deux étapes constituent des moments importants de la formation de l’être adulte que je suis devenu, en quête permanente de réponses à ces questions qui nous taraudent tous et toutes sur l’identité collective et individuelle. Si je ne devais choisir qu’un genre musical pour m’accompagner sur une île déserte, ce serait le chââbi (aujourd’hui je suis toujours Algérois, de Soustara, quartier historique d’Alger dont l’équipe emblématique est l’USMA, même si j’ai un faible pour le Mouloudia, le plus vieux club de football de la ville)… Et pourtant grâce, et à cause, du regard des autres, je me suis réapproprié la part de mozabite qui est en moi. Et j’ai beaucoup appris, et notamment que le M’Zab, à une échelle réduite, est le conservatoire de traditions, de culture, de beaucoup d’éléments de l’identité algérienne. Ce qu’on a souvent moqué a permis la sauvegarde pendant des siècles de formes d’organisation, de modes de vie, de rituels qui ont disparu ailleurs. Ils sont pourtant d’une grande utilité pour comprendre la situation actuelle de l’Algérie et imaginer, en partant de notre histoire, des issues aux impasses actuelles.
Les décideurs algériens se situent autrement.
Leur rapport au politique peut être perçu aujourd’hui comme la quête de « La » martingale.
Je retiens ici deux des sens du mot MARTINGALE:

En statistique, c’est-à-dire en calcul stochastique, une martingale désigne un processus aléatoire et dynamique dans lequel le calcul consiste à parvenir à des probabilités plus exactes que celles des bookmakers.
Une martingale est aussi une technique permettant d’augmenter les chances de gain à la roulette, tout en respectant les règles du jeu. Le terme jouit d’un mystère et d’une fascination auprès des joueurs eux-mêmes qui pensent ainsi maîtriser des techniques secrètes mais efficaces pour se jouer du hasard. De nombreux candidats au jeu cherchent « LA » martingale qui permettra de battre la banque à la roulette.
Dans la réalité, les martingales ne sont que le rêve de leurs auteurs. À l’étape actuelle de l’histoire de l’Algérie, les maîtres du jeu ne parviennent plus à respecter des règles qu’ils ont eux-mêmes établies.
Et si, malgré tout, nous décidions d’y voir clair ?
Comment expliquer les contradictions actuelles du système de gestion en Algérie si ce n’est en revenant à ce qui, partout ailleurs et en tout temps, a fait ses preuves. Je pense ici à ce qui m’apparaît, en premier lieu, comme étant la manifestation d’un État mature, c’est-à-dire l’existence d’institutions pérennes qui s’imposent aux individus. Quelle que soit la culture, la religion, la période historique, l’existence de telles institutions n’est pas concevable sans qu’elles soient portées par la dialectique autorité/ discipline.
Je n’insinue nullement une organisation fasciste de la population. Car le fascisme ou l’autoritarisme, sont précisément la négation d’une discipline et d’une autorité car elles ne peuvent s’exercer sur le long terme que lorsqu’elles sont admises et légitimées par les populations. Parvenir en groupe à ce niveau d’organisation suppose la conjonction, la réalisation de ce que j’appelle les 3 « A » : Accumulation, Anticipation, Arbitrage.
Le matheux que j’ai été considère que parvenir à ce triangle gagnant, au sommet duquel je place des institutions qui reposent sur le couple autorité / discipline, n’est possible qu’à condition que soient réunies les trois « A ».
Cet échafaudage repose sur quatre équations qu’il s’agit d’implémenter à la lumière des expériences historiques récentes à travers le monde et dans notre pays :
UN, il n’y a pas de développement durable sans conscience de Soi, sans connaissance de l’anthropologie et de la sociologie d’un pays, mais aussi de son histoire et de sa culture, et sans respect de la nature. DEUX, il n’y a pas de gouvernance, selon les standards d’efficacité, sans l’existence d’une élite nationale.
TROIS, il n’y a pas d’économie performante sans démocratie, c’est-à-dire sans légitimation par la population.
QUATRE, enfin, il n’y a pas de liberté, fut-t-elle économique, sans un État fort.

C’est pour ne pas affronter ces postulats, qui relèvent finalement du bon sens, que les dirigeants algériens courent toujours derrière la martingale gagnante. Ils le font dans le but d’ignorer des règles qui, au demeurant, s’imposent d’elles-mêmes progressivement dans la société, dans une dynamique activée par la généralisation de l’éducation et de l’accès à l’information. Ce refus entêté est la raison centrale expliquant le basculement dans l’informel tant de la vie économique que de la vie politique, donc, en fait, de tout le fonctionnement social. L’émergence en cours d’individus aspirant à l’exercice de la citoyenneté, conduit le pouvoir politique à y répondre en renvoyant en permanence la société à des formes de gestion de la vie sociale obsolètes et opaques, comme le clan, la région, les `arouchs, la tribu, le Saint protecteur… C’est aussi pourquoi le partage de la rente, et son corollaire la soumission à un clan ou à un individu, se substitue au contrat social qui s’exprime notamment dans l’impôt. Aux droits fondamentaux, il est substitué différents droits de passage et de cuissage.
Je veux m’attacher à exposer et défendre la combinaison que l’histoire et la raison opposent à la vaine martingale. J’y tiens car une nation qui ne tolère aucune critique, qui se complaît dans un sentiment de supériorité, une nation qui doit sans cesse être flattée, une nation qui n’affronte pas la vérité et dont les dirigeants croient qu’ils bénéficient d’une forme d’exonération morale et d’une sagesse particulière, une• nation dénuée d’humilité est promise à des calamités sans ho. À ce stade de mes propos, je sens qu’il me faut intégrer cette propension de mes compatriotes à douter qu’une initiative puisse être libre, désintéressée, personnelle sans liens occultes et dimensions de complot. C’est pourtant le cas de cet essai. Il ne répond à aucun agenda politique ni à aucune commande particulière. Il n’est pas un élément, parmi d’autres, d’une quelconque stratégie politique. En un mot, il n’engage que moi. Cependant, si je me décide à exposer des idées qui auraient très bien pu être cantonnées à quelques cercles fermés où l’on est habitué à refaire le monde et, surtout, le pays sans grande prise de risques, c’est bien sûr avec l’espoir d’interpeller tout ce que notre pays compte comme intelligence, et d’inciter à la réflexion et au débat. Dire que le monde évolue et se transforme à une vitesse inimaginable, est un lieu commun. D’énormes recompositions le remodèlent : qu’il s’agisse de l’émergence des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ou des CIVETS (Colombie, Indonésie, Vietnam, Égypte, Turquie et Afrique du Sud), ces futurs géants de demain.
Peut-être sommes-nous d’ores et déjà entrés dans une autre phase, celle où prend fin l’âge des Nations et où commence celui des Cités. Le XXIème siècle ne sera pas forcément dominé par un G.2 USA et Chine, et ne sera pas forcément non plus multipolaire autour d’Inde et autre Brésil émergents. En cette époque où tout semble incontrôlable, les villes plus que les États sont en train de se transformer en îlots de gouvernance qui serviront de base à la mondialisation de demain. L’époque, les découvertes technologiques et l’accroissement de la population ont grandement accéléré l’avènement de cette nouvelle vie urbaine. Et ce qu’ils dessinent, ce n’est pas un « village planétaire » mais un réseau de différents villages. Dans ce contexte, aucune nation ne pourra sans doute espérer survivre sans disposer d’au moins un point d’ancrage urbain florissant. Au stade actuel, la mondialisation permet à certaines métropoles d’être moins dépendantes de l’État. Nombre d’entre elles pourraient un jour défier les pays qui leur ont donné naissance. Le nouveau monde n’aura plus grand-chose de commun avec le système d’équilibre des pouvoirs du XIXème, ou celui des grandes puissances du XXème siècle.

Combien sommes — nous à caresser ce rêve pas si fou d’une Algérie qui compterait enfin, elle aussi, dans la marche et la transformation du monde ? Il ne tient qu’à Elle. Mais l’Histoire n’attend pas, ne nous attendra pas.

PREMIÈRE PARTIE

Les équations de base

suite…

la martingale algerienne

Bricolage, navigation à vue, corruption : consommez algérien !


« Pendant ce temps, les pingouins saoudiens wahhabites, ces chameliers illettrés, véritables barils de pétrole sur pattes… »

Algérie Résistance

Boutef6

Le président Abdelaziz Bouteflika lors de la visite de Laurent Fabius. DR.

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Pas un jour ne se passe en Algérie sans qu’éclate un scandale lié à la mauvaise gestion des affaires de l’Etat, dénonçant la gabegie et l’anarchie érigées en mode de gouvernance. Les simulacres de procès de corruption de l’autoroute Est-Ouest et El Khalifa ont démontré à quel point la Justice est loin d’être indépendante et n’est plus que l’otage d’un pouvoir politique dépourvu d’agenda, uniquement tournée vers la fumée blanche ou noire d’El Mouradia ou, plus précisément, de la résidence présidentielle médicalisée de Zéralda. Ces procès n’ont eu lieu que pour amuser la galerie sans intention de combattre réellement le…

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De la Françafrique à la Mafiafrique


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Auteur : Verschave François-Xavier
Ouvrage : De la Françafrique à la Mafiafrique
Année : 2004

Retranscription par Judith Cypel
de l ‘exposé-débat du 3 décembre 2003
à l’espace Renaudie d’Aubervilliers
(Seine-Saint- Denis) devant 200 éducateurs
spécialisés et moniteurs éducateurs
en session de formation

Je me présente brièvement avant de développer le
thème de cette rencontre. Je milite depuis 1984 dans
une association qui s’appelle «Survie»1 qui a été fondée
à l’appel de 126 Prix Nobel. Ils expliquaient que le
problème de la lutte contre la faim et l’extrême misère
dans le monde ne relevaient pas seulement de la charité
individuelle mais de l’action collective. Et qu’est-ce
que c’est que l’action collective? Ce sont des décisions
politiques. Donc, pendant dix ans, nous nous sommes
battus pour faire en sorte que la générosité collective
des Français, l’aide publique au développement – qui
représentait à l’époque environ quarante milliards de
francs – aille un peu plus à destination, serve véritablement
à sortir les gens de la misère, de la faim, de
l’extrême pauvreté. On a convaincu un à un les trois
quarts des députés, toutes tendances confondues, qui


1. L’association «Survie» édite notamment le mensuel . Billets d’Afrique» et les
<•Dossiers noirs de la politique africaine de la France». Site internet: http:/ / http://www.survie-france.org


ont déposé une loi commune pour changer en profondeur
cette aide publique au développement. Et puis,
cette loi n’a jamais été mise à l ‘ordre du jour, malgré
beaucoup de soutiens, y compris celui de tous les footballeurs
français de première et deuxième divisions
qui voulaient que leurs impôts servent quand même
à quelque chose. Cette loi n’a jamais été inscrite à
l’ordre du jour et on s’est rendu compte peu à peu que
la corruption, dont nous connaissions l’existence dans
ces affaires, n’était pas marginale mais centrale et que,
derrière cette relation franco -africaine, il y avait une
criminalité économique absolument incroyable.
En 1994, avec l’appui de la France à ceux qui commettaient
le génocide au Rwanda – un million de
morts en trois mois dans des conditions épouvantables
– , puis la réhabilitation du dictateur Mobutu au
Zaïre, le soutien au régime soudanais qui massacrait
et affamait en masse au sud du pays, on s’est rendu
compte que cette criminalité économique se doublait
d’une criminalité politique inimaginable. Et à ce
moment-là, on s’est dit, ayant découvert tout ça – il
nous a bien fallu une dizaine d’années-, on ne peut
pas se taire. Car le premier principe de la médecine, du
serment d’Hippocrate, c’est: «D’abord ne pas nuire»,
avant de commencer à soigner. Or, comme vous le
comprendrez, cette politique franco-africaine, que j’ai
appelée la <<Françafrique» et qui est une caricature de
néocolonialisme, est une politique extraordinairement
nocive.
Donc, c’est d’abord de ces relations franco-africaines
depuis les indépendances que je vais vous parler, de
cette Françafrique. Je vais vous en décrire la naissance,
le fonctionnement, en brûlant un certain nombre

d’étapes, parce que sinon ce serait trop long: tout ça
représente des milliers de pages de livres et de documents
que nous avons publiés. Et puis je passerai à
l ‘évolution actuelle de ces relations franco-africaines,
à ce qu’on peut appeler le passage de la Françafrique
à la mafiafrique, c’est-à-dire une sorte de mondialisation
de ces relations criminelles. Je vous parlerai
donc de la mondialisation de la criminalité financière.
Enfin je terminerai sur des considérations beaucoup
plus positives, en vous montrant que dans notre histoire,
nous avons la mémoire d’avoir été capables de
construire des biens publics à une échelle nationale, et
qu’aujourd’hui il n’y a qu’une seule issue, qui n’est pas
aussi utopique qu’on veut bien le dire: la construction
de biens publics à l’échelle mondiale. Je vais montrer
qu’en fait, il y a un antagonisme très clair entre une
criminalité financière qui passe son temps à détruire
les biens publics existants, et la possibilité de construire
des biens publics renouvelés et élargis. Nous
avons déjà fait pareille construction, et nous sommes
capables de le faire. Après quoi vous aurez certainement
un certain nombre de questions à poser.
Donc, je vais commencer par la Françafrique. Avec
deux ou trois précautions oratoires. Un certain nombre
de choses que je vais vous raconter vous paraîtront
incroyables. Elles le sont de fait, puisque nous, on
a mis dix ans à les voir et à les croire. Il y a un
problème de regard. C’est des choses qu’on ne voit
pas, tout simplement parce que la Françafrique est le
domaine réservé de l ‘Élysée: c’est un domaine quasi
militaire où il y a beaucoup de désinformation, ou de
non-information. Quand on commence à regarder ces
choses de près, c’est inouï la différence qu’on peut voir

entre la manière dont les médias vous parlent du rôle
de la France en Afrique et ce qu’elle y fait réellement.
Mais ça a beau être incroyable, ce n’est pas tout à
fait faux. Quand j’ai publié sur ces questions un livre
qui s’appelle Noir silence- six cents pages comportant
environ dix mille faits avec mille cinq cents notes,
décrivant la Françafrique à travers tout le continent-,
j’ai eu droit à un procès pour offense à chef d’État de
la part de trois dictateurs africains : le Tchadien Déby,
le Congolais Sassou Nguesso, et, le Gabonais Bongo.
Le délit pour offense à chef d’Etat, c’est en fait un
vieux reste du crime de lèse- majesté. En principe,
on est condamné d’avance. Jamais personne n’avait
échappé à une condamnation dans un procès pour
offense à chef d ‘Etat. Eh bien nous l’avons gagné,
en première instance et en appel, et les chefs d’Etat
ont renoncé à aller en cassation, tellement la somme
de témoignages qu’ont apportée les victimes de ces
dictatures avait rendu une condamnation impossible.
Et le tribunal a déclaré que ce que j’écrivais était le
résultat d’une enquête sérieuse.
La deuxième précaution oratoire, c’est que dans
la description de ce que j’appelle la Françafrigue, je
vais parler surtout des responsabilités françaises, parce
qu’elles sont moins connues. On dit tellement de bien
du rôle de la France en Afrique … Mais évidemment,
la Françafrique, comme je vais vous l’expliquer, ce
sont des Français et des Africains. C’est une association
entre des Français et des Africains. Donc,
évidemment, il y a des Africains qui jouent un rôle
important dans le système de domination, de pillage
que je vais décrire. Mais on vous dit tellement de mal
des responsabilités africaines que ce n’est pas la peine
que j’en rajoute là-dessus, vous êtes déjà au courant.
Alors, qu’est-ce que c’est que cette histoire de
Françafrique? D’où ça vient? Et comment Je peuple
français a-t-il été roulé dans cette affaire? Je ne
vais pas refaire toute l’histoire de l’Occident et de
la France avec l’Afrique, rappeler l’esclavage depuis
trois ou quatre siècles, et la colonisation depuis le
XIXe siècle, etc. Remontons seulement de soixante
ans. Après la deuxième guerre mondiale, il y a eu
une pression des peuples pour se libérer – un phénomène
qu’on a appelé la décolonisation. Cela s’est fait
de proche en proche, avec des tentatives de résistance
tragiques, comme la guerre d’Indochine ou la guerre
d’Algérie, successivement, puis la guerre du Vietnam,
où les Etats-Unis ont pris le relais de la France. Donc,
le mouvement de l’histoire et d’autres phénomènes
ont acculé De Gaulle, revenant au pouvoir en pleine
guerre d’Algérie en 1958, à décider officiellement
d’accorder l’ indépendance aux anciennes colonies
françaises au sud du Sahara. Ça, c’est la nouvelle
légalité internationale proclamée. En même temps,
De Gaulle charge son bras droit Jacques Foccart, son
homme de l’ombre- responsable du parti gaulliste, de
son financement occulte, des services secrets, etc. – ,
de faire exactement l’inverse, c’est- à- dire de maintenir
la dépendance. C’est ça le point de départ de
la Françafrique: si vous avez une nouvelle légalité
internationale qui est l’ indépendance et que vous
voulez maintenir la dépendance, c’est illégale donc,
vous ne pouvez le faire que de manière cachée, inavouable,
occulte. La Françafrique, c’est comme un

iceberg. Vous avez la face du dessus, la partie émergée
de l’iceberg: la France meilleure amie de l’Afrique,
patrie des droits de l’Homme, etc. Et puis, en fait,
vous avez 90% de la relation qui est immergée : l’ensemble
des mécanismes de maintien de la domination
française en Afrique avec des alliés africains. Je vais le
détailler par la suite.
Pourquoi ce choix de De Gaulle de sacrifier les indépendances
africaines à l’indépendance de la France?
Il y a quatre raisons. La première, c’est le rang de
la France à l’ONU avec un cortège d’Etats clients,
gui votent à sa suite. La deuxième, c’est l’accès aux
matières premières stratégiques (pétrole, uranium) ou
juteuses (le bois, le cacao, etc.). La troisième, c’est un
financement d’une ampleur inouïe de la vie politique
française, du parti gaulliste d ‘abord, et puis de l’ensemble
des partis dits de gouvernement, à travers des
prélèvements sur l’aide publique au développement
ou la vente des matières premières. Et puis il y a une
quatrième raison, que j ‘ai repérée un peu plus tardivement,
mais qui est aussi très présent,e: c’est le rôle de
la France comme sous- traitante des Etats-Unis dans la
guerre froide, pour maintenir l’Afrique francophone
dans la mouvance anticommuniste, contre l ‘Union
soviétique. Donc, pour ces quatre raisons, on met en
place un système qui va nier les indépendances. Et
c’est là que le peuple français a été roulé. Parce que,
après la fin de la guerre d’Algérie, en 1962, quand
on a demandé aux Français par référendum: <(Est-ce
que vous voulez tourner la page de la colonisation,
tourner la page de plusieurs siècles de domination et
de mépris de l’Afrique?», les Français ont voté oui à
80%. Cela voulait dire : «Oui, on a fait des saloperies,
mais il faut en finir; on tourne la page et on veut
traiter avec ces pays comme avec des pays indépendants
». Or, vous allez le voir, on a mis en place non
seulement un système néocolonial mais une caricature
de néocolonialisme.
Comment s’y est-on pris? Comment a-t-on construit
cette face cachée de 1′ iceberg? Premièrement,
Foccart a sélectionné un certain nombre de chefs
d’État <<amis de la France», qui sont en fait des «gouverneurs
à la peau noire». Des gouverneurs à la peau
noire, c’est t!ès pratique, parce qu’on a l’impression
d’avoir des Etats indépendants, mais en fait ils ont
des présidents français , ou tout comme. Un certain
nombre d’entre eux ont la nationalité française, et
plusieurs, même, sont tout simplement des membres
des services secrets français. Omar Bongo le reconnaît:
il appartenait aux services secrets français. La
manip’ est assez formidable: on avait des gouverneurs
à la peau blanche, ce qui est un petit peu gênant pour
faire croire à des indépendances; et puis là, on recrute
des gouverneurs à la peau noire.
Comment fait -on pour recruter ces gouverneurs?
On a commencé par une violence extrême. Il y
avait un mouvement indépendantiste exceptionnel
au Cameroun, l ‘UPC, mené par un personnage de
la dimension de Mandela, qui s’appelait Ruben Um
Nyobé. Ce mouvement, qui avait la confiance des
populations camerounaises, luttait pour l’indépendance.
Il a été écrasé entre 1957 et 1970 dans .un bain de
sang digne de la guerre du Vietnam, gui a fait entre
cent mille et quatre cent mille morts, une centaine
d’Oradour-sur-Glane . .. Cela ne figure dans aucun
manuel d’histoire. Moi-même, je ne l’ai découvert
qu’il y a une dizaine d’années. On a fait l’équivalent
de la guerre d’Algérie au Cameroun; on a écrasé un
peuple, détruit une partie de ce pays.
Et puis ensuite on a eu recours à l ‘assassinat politique.
Il y avait des leaders élus, de vrais représentants
de leur peuple, comme Sylvanus Olympie au Togo.
Eh bien, quatre sergents-chefs franco-togolais revenus
de la guerre d ‘Algérie, après la guerre du Vietnam,
ont fait un coup d ‘Etat avec l’appui de l’officier français
qui était soi-disant chargé de la sécurité d’Olympie:
ils ont assassiné ce président le 13 janvier 1963.
Quarante ans plus tard, un de ces officiers, Étienne
Gnassingbé Eyadéma, est toujours au pouvoir, avec
un règne digne de Ceaucescu et un pays qui a sombré
dans le chaos et la pauvreté. En Centrafrique, vous
aviez un homme d’Etat très prometteur, Barthélémy
Boganda : il est mort dans un accident d’avion extrêmement
curieux.
Pour le reste, on a procédé à la fraude électorale de
manière massive; on retrouvera ça un peu plus tard.
On a écarté des candidats qui représentaient vraiment
l’opinion de ces pays en promouvant des gens tout
à fait dévoués à la cause française. Un seul a résisté,
Sékou Touré en Guinée. Mais il a subi en l’espace de
de~x ou trois ans tellement de tentatives de coups
d’Etat et d’agressions de la part de Foccart qu’il a
fini par imaginer de faux complots et par devenir
paranoïaque. Vers la fin de sa vie, d’ailleurs, il s’est
réconcilié avec Foccart.
Donc, à part la Guinée de Sékou Touré, l’ensemble
des ex-colonies francophones ont été embarquées dans
ce système, avec un certain nombre de chefs d’État
auxquels on disait, en contrepartie de leur soumission:

«Servez-vous dans les caisses publiques, confondez
l’argent public et l’argent privé, bâtissez-vous des
fortunes.» Un certain nombre ont pris ça au mot et
ont constitué des fortunes égales à la dette extérieure
de leur pays: Mobutu, Eyadéma, Moussa Traoré, etc.
Donc, «confondez l’argent public et l’argent privé,
enrichissez-vous, mais laissez votre pays dans l ‘orbite
française, laissez-nous continuer de prélever les matières
premières à des prix défiant toute concurrence et
de détourner une grande partie des flux financiers qui
naissent de là.>>
En plus de ce choix d’un certain nombre de chefs
d’État «amis>>, ou plutôt vassaux, les mécanismes de
la Françafrique ont touché l’ensemble des domaines:
politique, économique, financier policier, militaire …
Par exemple, on a aussitôt recyclé les anciens de
l’OAS, l’Organisation de l’armée secrète (qui avait
mené la guerre contre les accords d’Evian , accordant
l’indépendance algérienne), dans les polices politiques
de ces pays africains. Nombre de ces Etats ont été
dotés de polices tortionnaires. Récemment, vous le
savez, on a révélé que les tortionnaires de la bataille
d’Alger, Aussaresses et ses émules, ont ensuite été
former les tortionnaires latine-américains, tellement
on avait apprécié leur expérience., On a mis en place
auprès de chacun de ces chefs d’Etat un officier des
services secrets chargé de le protéger … sauf lorsqu’il
cessait de plaire. Le jour où le Nigérien Hamani Diori
a voulu vendre son uranium ailleurs qu’en France, il a
été déposé instantanément. Quant aux Comores, il y a
eu deux chefs d’Etat assassinés, et un certain nombre
d ‘autres déposés, par Denard et ses mercenaires.

Les mercenaires, parlons-en. D’un côté, il y a la
présence militaire officielle … mais c’est parfois gênant
d’intervenir trop ouvertement. Alors, il y a un moyen
beaucoup plus commode : ces gens qu’on présente
comme des électrons libres, dont Denard est le prototype,
et qui sont recrutés essentiellement dans les
milieux d’extrême droite- j’y reviendrai. Et donc, on
dit: «Voilà, il y a des coups d’État, des révolutions,
des renversements de présidents qui sont faits par des
gens qu’on ne contrôle pas, ces fameux mercenaires,
et ce Bob Denard qui sévit depuis 40 ans», désormais
transformé en papy gâteau par la grâce du petit écran.
Sauf que, chaque fois que Bob Denard a un procès, le
gratin des services français vient dire à la barre: «Mais
Bob Denard, il est des nôtres! C’est un corsaire de la
République, pas un mercenaire. U a toujours servi le
drapeau français.» Derrière ce fonctionnement opaque
des mercenaires, la réalité, c’est bien un rappel aux
chaînes de la dépendance.
Autre moyen de contrôler ces pays: le franc CFA.
On vous dit: «C’est formidable, on a doté ces pays
d’une monnaie, avec le franc CFA.» (CFA, ça veut
dire: Colonies françaises d ‘Afrique … ). Sauf que ce
franc CFA convertible a permis, pendant des dizaines
d’années, de faire évader les capitaux de ces pays. Au
moment des campagnes électorales en France, on se
mettait à pleurer sur le fait que tel État africain, le
Cameroun ou le Togo, par exemple, n’avait plus de
quoi payer ses fonctionnaires. Donc, on envoyait un
avion avec une aide financière directe, un chargement
de billets CFA, à Yaoundé ou à Lomé . .Et cet avion
repartait aussitôt en Suisse où les francs CFA tout
neufs étaient convertis, pour partagés entre le chef
d’État destinataire et le décideur politique français .
On faisait de même avec certains prêts. Autrement
dit, c’est l ‘un des multiples moyens par lesquels on a
enflé démesurément la dette du tiers monde, avec des
sommes dont les Africains n’ont évidemment jamais
vu la couleur.
Autre moyen de détourner de l’argent et de constituer
des caisses noires: la création d’entreprises faux-nez
des services français. Le Floch- Prigent, ancien
PDG d ‘Elf, a reconnu que Elf avait été créée pour
ça. Dans cette compagnie, il y avait au moins quatre
cents agents secrets. Et l’énorme différence, l’énorme
rente qui peut provenir de l’argent du pétrole- payé
très peu cher et en partie non déclaré -, toute cette
énorme masse d’argent a servi aux services secrets à
entreprendre un certain nombre d’actions parallèles,
comme déclarer la guerre au Nigeria pour lui chiper
son pétrole, ou faire des coups d’État dans un certain
nombre de pays. Mais il y a eu aussi des faux-nez plus
petits: un certain nombre d’entreprises de sécurité
ou de fourniture aux missions de coopération facturaient
deux ou trois fois le coût de leurs prestations
pour détourner de l’argent, par exemple vers un Bob
Denard, qui contrôlait directement certaines de ces
sociétés.
Je pourrais continuer longtemps comme ça. Je vous
en donnerai encore un exemple plus tard. Ce dont il
faut se rendre compte, c’est que dans la Françafrique,
il y a une inversion permanente de ce qu’on vous
déclare. Dans la face émergée de l’iceberg, vous avez
la France qui affiche ses principes, et dans la face
immergée, on voit l’application d’un monde sans
lois, d’un monde sans règles, plein de détournements
financiers, de criminalité politique, de polices tortionnaires,
ou -on le verra tout à l ‘ heure – de soutiens
à des guerres civiles. Ça, c’est la réa lité. C’est au
moins 90% de la réalité. Alors, cette Françafrique,
qui dure encore jusqu’à aujourd’hui, on conçoit bien
qu’elle comporte un certain nombre de risques pour
ces pays, qu’elle a de graves conséquences sur leur
situation économique et politique.
Tout d’abord, quand on dit aux chefs d’État:
«Servez-vous dans la caisse», peu à peu, la corruption
va passer de la tête jusqu’au bas de la société. Et
ce qui restait encore de services publics au moment
de la décolonisation s’est transformé progressivement
en self-service public. Aujourd’hui, les capacités de
santé ou d’éducation dans ces pays sont tout à fait
démontées.
Deuxièmement, on peut comprendre que ces «États»
néocoloniaux, fondés sur ce qu’on appelle une économie
de rente, de pillage, de prélèvement de la richesse
des matières premières ou de détournement de l’aide
publique au développement (au moins 50% de cette
aide), n’ont aucun intérêt au développement économique.
C’est une constante. Parce que, quand vous
avez un développement productif – des usines, des
lieux de fabrication -, des classes d ‘acteurs économiques
apparaissent – des classes de salariés ou d’entrepreneurs-
qui vont se mettre à contester l’usage de
l’argent public. On voit surgir des, gens qui n’ont plus
un besoin absolu de l’argent de l’Etat pour vivre, qui
se mettent à penser librement et à contester le pouvoir.
Donc, si dans ces pays il n’y a pas de développement
économique hors des matières premières, ce
n’est pas un hasard; ce n’est pas du tout parce que ces
pays en seraient incapables. Si on oppose aux entrepreneurs
des obstacles administratifs ubuesques, c’est
tout simplement que le dictateur ne veut pas d’un
développement économique qui contesterait son pouvoir.
À Madagascar, l’un des seuls entrepreneurs qui a
réchappé à cette mise en échec, Marc Ravalomanana,
est devenu président avec un fort soutien de la population,
parce qu’il produisait malgache et que, maire de
la capitale, il avait rompu avec les traditions de pillage
des biens publics. Donc, beaucoup de dictateurs ont
préféré éviter ce danger. Ils ne tolèrent d ‘entrepreneurs
que totalement corrompus et assujettis, vulnérables
à des accusations de détournement.
D’autres phénomènes ont encore aggravé la situation,
comme la poussée démographique. Et puis il y
a eu, à la fin des années 1970, ce qu’on a appelé «la
dette du tiers monde». En fait, il y avait trop d’argent
dans les caisses de l’Occident et des pays pétroliers;
il fallait le recycler. Donc, on a poussé ces pays à
s’endetter. On leur a dit: «Tout ça, c’est cadeau; on
va vous faire une nouvelle forme d’aide publique au
développement, on va vous prêter à 3, 2, voire même
0% et la différence avec le taux d ‘ intérêt normal, on
va compter ça comme de l’aide. Sauf que, quand ces
prêts sont en partie ou totalement détournés, quand
ces prêts vont dans des comptes en Suisse ou dans
des paradis fiscaux, comme c’est le cas le plus souvent,
avec quoi va-t-on rembourser? L’argent a disparu
et on n’a rien produit avec … Le cas du Congo-Brazzaville
est caricatural, c’est une espèce d’alchimie
extraordinaire. Voilà un pays qui avait beaucoup de
pétrole. Ce pétrole, on le pompe, on l’achète presque
pour rien, on n’en déclare pas une partie -un tiers,

 un quart ou la moitié, selon les gisements. Et
donc, peu à peu, ce pays perd son pétrole. Mais en
même temps, la dictature au pouvoir et ses amis de la
Françafrique- les Sirven, Tarallo, Chirac, enfin tous
les réseaux de la Françafrique- ont de gros besoins
d’argent. Donc, au bout d’un certain temps, on ne se
contente plus de la production présente mais, avec
l’aide d’un certain nombre de banques, on va se faire
prêter sur gage: le pétrole qui sera produit dans deux
ans, trois ans, dix ans . .. Résultat, ce pays finit par
avoir une dette qui est égale à trois fois sa production
totale annuelle. Regardez la magie : ce pays a un
plus, le pétrole, et ça se transforme en 3 moins, une
dette égale à trois fois sa production pétrolière (et
même davantage). Et puis, en plus, avec une partie
de cet argent, on achète des armes pour armer les
deux clans de la guerre civile, qui va détruire le pays
au milieu des années 1990. Alors, vous allez dire:
<<Tout ça, c’est un fâcheux concours de circonstances)).
Sauf que je démontre dans un ouvrage, I..:envers de
la dette, que c’est le même personnage, Jack Sigolet,
établi à Genève au coeur des paradis fiscaux, bras droit
d’André Tarallo, le Monsieur Afrique d’Elf, qui à la
fois vend le pétrole, gère la dette et achète les armes.
Alors, dire que c’est une coïncidence, c’est un peu
difficile. Donc, si le Congo-Brazzaville a été détruit
– j ‘y reviendrai -, c’est la responsabilité d ‘Elf, et
comme Elf était nationalisée, c’est la responsabilité de
la France, c’est notre responsabilité à tous, en tant que
citoyens de ce pays qui laisse opérer la Françafrique : à
la fois nous pillons le pétrole, nous montons une dette
totalement artificielle, la moussant comme oeufs en
neige à travers des commissions prélevées dans une
kyrielle de paradis fiscaux, et nous achetons des armes
pour détruire ce pays. C’est un petit raccourci de la
dette du tiers monde. Vous le voyez, en fait de dette,
si on fait les comptes, c’est plutôt nous qui devons de
l’argent à ces pays.
Je continue : donc, à cette époque-là (les années
1980), on commence à enfler la dette. La dette, quand
on y regarde de près, quand on regarde où est passé
l’argent, c’est dans la plupart des cas une escroquerie
absolument gigantesque. Alors, avec tout ça, on arrive
à la fin des années 1980. Il y a une poussée démocratique
après la chute du mur de Berlin. Et à ce moment-là,
les dictateurs ont beaucoup de mal à résister à cette
pression. Ils vont devoir affronter des élections, mais
ils ne peuvent plus tenir comme discours politique:
<J e me représente parce que je fais le bien du peuple,
parce que je vais assurer son développement>>. Ce n’est
plus crédible, et donc ils se mettent à utiliser l ‘arme
ultime du politique, le bouc émissaire, qui malheureusement
marche depuis les débuts de l ‘humanité. Ils
se mettent à expliquer que, s’il y a des malheurs dans
le pays, ce n’est pas leur faute, c’est la faute de l’autre
ethnie, «cette ethnie que vous haïssez, n’est-ce pas, et
qui, si elle vient au pouvoir, va vous ôter le pain de la
bouche, prendre toutes les hautes fonctions, et même,
éventuellement, vous massacrer». C’est ce discours
qui a été tenu au Rwanda, c’est ce qui menace dans
un certain nombre d’autres pays. C’est un scénario
sous-jacent à ce qui se passe en Côte d’ Ivoire. A la
criminalité économique et à des régimes dictatoriaux
souvent tortionnaires, on a rajouté une criminalité
politique de masse en dressant les gens les uns contre
les autres.

Encore un dernier exemple du fonctionnement de
la Françafrique. Rappelons le schéma de l’iceberg
qui représente la Françafrique : en haut, vous avez la
France meilleure amie de l’Afrique, patrie des droits
de l’homme, etc.; sous la ligne de flottaison, vous avez
ces fonctionnements de solidarité entre un certain
nombre de Français et d’Africains qui se sont organisés
pour tenir ces pays politiquement (par la dictature),
militairement (avec les mercenaires), et à travers un
certain nombre de circuits financiers pompant l’argent
des matières premières, l’argent de la dette, l’argent de
l’aide publique au développement. L’un des exemples
les plus récents et les plus achevés de ce fonctionnement
en iceberg, c’est ce qui s’est passé après la poussée
démocratique des années 1990. La Françafrique a
été prise au dépourvu par une révolution démocratique
au Bénin. Aussitôt, elle a organisé un système
qui a marché de manière quasi infaillible pendant
pratiquement dix ans. Il consiste en ceci: avec notre
argent, l’aide publique au développement, on envoie
des urnes transparentes, des bulletins de vote et des
enveloppes dans ces pays; on déclare : «Oui, vraiment,
c’est bien, ils arrivent à la démocratie; donc, on va les
aider»; et en même temps, on envoie dans les capitales
de ces pays des coopérants très spéciaux, des réseaux
Pasqua ou de la mairie de Paris, qui vont installer un
système informatique de centralisation des résultats
un peu spécial: alors que les gens ont veillé jour et
nuit auprès des urnes pour être sûrs que leur suffrage
soit respecté, alors qu’ils ont voté à 70 ou 80% pour
chasser le dictateur, ils se retrouvent à la fin avec un
dictateur réélu avec 80% des voix . .. ou 52% s’il est
modeste. Voilà encore une alchimie extraordinaire.

Nous, avec notre argent, on aide les gens à se doter
d’instruments de démocratie; au même moment, les
réseaux de la Françafrique arrivent à fa ire en sorte
que ces peuples aient encore pire qu’un dictateur, un
dictateur ((légitimé démocratiquement». Et ça ne s’est
pas passé que dans un pays; ça s’est passé cinquante fois
entre 1991 et 2003, avec chaque fois le même système,
chaque fois le même discours, que ce soit au Togo,
au Cameroun, au Congo- Brazzaville, au Gabon, à
Djibouti, en Mauritanie, etc.
Il n’y a eu que trois ou quatre exceptions, dans deux
pays pauvres d ‘abord, parce qu’ils sont trop pauvres
pour intéresser beaucoup la Françafrique : le Mali,
avec le renversement du dictateur Moussa Traoré, et le
Niger, où quelques officiers progressistes ont renversé
le dictateur installé par Foccart, qui s’appelait Ibrahim
Baré Maïnassara. Alors là, quand ils ont renversé le
dictateur, la France a crié à l’interruption du processus
démocratique. Elle a coupé sa coopération. Et
donc les Nigériens ont organisé leurs élections sans et
malgré la France. Et ça a donné les élections les plus
incontestées depuis quarante ans en Afrique. Il n’y a
pratiquement pas eu un bulletin contesté.
Et puis, il y a encore deux exceptions célèbres. Au
Sénégal, où il y avait une fraude instituée depuis très
longtemps, s’est produite une invention démocratique.
La société, qui en avait marre de l’ancien régime
corrompu – ça ne veut pas dire que le nouveau est
parfait, loin de là -, voulait au moins pouvoir changer
de président. Eh bien, ils ont jumelé les téléphones
portables et les radios locales de manière à annoncer
en direct les résultats à chaque dépouillement d’urne,
pour que l’on ne puisse pas truquer la totalisation.
Dans d’autres pays, on a retardé du coup la mise sur le
marché des téléphones portables … Un autre exemple,
extraordinaire, presque unique dans l’histoire de l’humanité,
c’est Madagascar. Jour et nuit, pendant quatre
ou cinq mois, entre cinq cent mille et un million de
personnes ont tenu la rue pour défendre le candidat
élu et obtenir son installation à la place du dictateur
soutenu par l’Élysée et par la Françafrique. Sous la
pluie, des femmes de soixante-dix ans, des mères de
famille, etc., une marée humaine se gardant de toute
violence, a réussi peu à peu, par son courage, à dissuader
l’armée et les milices du régime. Chaque fois
que l’armée voulait attaquer le mouvement populaire,
il y avait toujours une femme ou une fille de général
dans la manifestation qui appelait sur son téléphone
portable le père ou le mari pour dire: «Nous sommes
dans la manifestation>>. Et peu à peu, les généraux, les
officiers ont craqué l’un après l’autre, ils sont passés
dans le camp du président élu. C’est un exemple vraiment
assez exceptionnel, tellement inquiétant pour
les dictateurs en place qu’ ils ont mis un an avant de
reconnaître le nouveau régime.
Donc, tout n’est pas désespéré. Mais disons que
pour ce qui est de notre rôle, du rôle de la France,
on a passé son temps à faire «valider>> par les urnes
l’inverse de la volonté du peuple, quitte à dégoûter
les gens de la démocratie.
Alors, j’avance. Je passe rapidement car je n’ai pas
le temps de faire l’histoire de la Françafrique. Je vais
quand même vous décrire brièvement ses réseaux,
très, très sommairement. Et puis, je vous donnerai un
o u deux exemples récents avant de passer à la mafiafrique.

Ces réseaux, je vais d’abord vous les énumérer tels
qu’ ils nous sont apparus en première lecture, si je puis
dire, et puis ensuite vous les décrire tels que nous les
voyons maintenant, parce que c’est un peu différent,
et à force d’y travailler, on y voit un peu plus clair. Je
vous le dis rapidement, je n’ai pas le temps de détailler
et d ‘ insister – tout ça se trouve dans mes différents
ouvrages. Simplement, je vais d ‘abord vous décrire
un foisonnement.
Il y a ce qu’on appelle les réseaux politico-affairistes.
Le plus important d’entre eux, c’était le réseau
Foccart, créé sous De Gaulle ; disons que c’était le
réseau gaulliste. Et puis il y eut les réseaux néo-gaullistes
– principalement le réseau Pasqua -, le réseau
Giscard, le réseau Mitterrand, le réseau Madelin, le
réseau Rocard, etc.
Ensuite, il y a quelques très grandes entreprises qui
jouent un rôle dominant là où elles se trouvent. ri y a
Elf, bien entendu, qui faisait la politique de la France
au Gabon, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au
Nigeria, en Angola, etc. Il y a Bouygues, qui contrôle
les services publics en Côte d’ Ivoire, qui a hérité
d ‘une grande partie des subventions d’investissement
de l’aide publique au développement. Il y a Bolloré,
qui a le monopole des transports et de la logistique
sur une bonne partie de l’Afrique. Il y a Castel, qui
contrôle les boissons,etc.
Et puis il y a les militaires . La plupart des hauts
dignitaires de l’armée française ont fait leurs classes
en Afrique où ils ont eu des carrières accélérées, deux
ou trois fois plus rapides, avec des soldes faramineux.
L’armée française tient beaucoup à l’Afrique; elle
fait encore la politique de la France au Tchad ou à
Djibouti. La plupart des généraux africains francophones,
y compris les généraux-présidents, sont ses
<<frères d’armes».
Vous avez encore les différents services secrets,
qui se disputent entre eux et qui ont chacun un rôle
dans la Françafrique. Vous avez la DGSE, le principal
service secret vers l’étranger, qui contrôlait de
près chacun des «gouverneurs à la peau noire». Vous
en avez un autre, qu’il est beaucoup plus surprenant
de rencontrer en Afrique, la DST (Direction de la
sécurité du territoire) . En principe, elle ne devrait
s’occuper que de l ‘ intérieur de la France. Mais elle
s’occupe aussi de l’extérieur pour diverses raisons.
D’abord parce qu’il s’agirait de protéger la France des
dangers de l’immigration. Ensuite, la DST, qui est
une police politique, fait de la coopération avec l ‘ensemble
des polices politiques de toutes les dictatures
du monde. Donc, elle devient copine avec toutes les
«sécurités intérieures» des pires dictatures. Et du coup,
la DST se retrouve impliquée dans beaucoup de pays,
comme le Gabon, le l3urkina, l’Algérie, l’Angola, etc.
J’ai oublié de dire que, bien entendu, les réseaux françafricains
sont devenus les mêmes au Maghreb qu’en
Afrique noire, avec exactement les mêmes mécanismes
en Algérie, en Tunisie et au Maroc que ceux que
je vous ai décrits jusqu’à présent. Après la DGSE et la
DST, il y a la Direction du renseignement militaire,
poisson-pilote de l’armée, qui fait la propagande de la
France lors des conflits en Afrique, et puis l ‘ancienne
Sécurité militaire, qu’on appelle maintenant DPSD
-sur laquelle je reviendrai-, qui, entre autres, contrôle
les mercenaires et les trafics d’armes.

Il faut rajouter un certain nombre de réseaux
d’initiés: une obédience franc-maçonne dévoyée,
la Grande Loge Nationale Française (GLNF), fort
à droite, à laquelle appartiennent tous les dictateurs
franco-africains, une forte proportion des responsables
des services secrets, des généraux français et africains,
les dirigeants de grands médias comme T F1 ,
une partie du lobby nucléaire et pétrolier, etc. Vous
avez des sectes, très présentes en Afrique et liées à
la Françafrique, comme les Rose-Croix ou même le
Mandarom …
Il y a encore le Trésor, du ministère des Finances,
l’administration française la plus puissante : elle applique
à l’Afrique les politiques de la Banque mondiale.
Après cette description panoramique un peu éclatée,
je vais revenir à un historique plus unifié, que je
n’ai compris qu’assez tard, au début des années 2000,
en travaillant sur le livre Noir Chirac. La relecture de
la guerre froide m’a fait un peu déplacer les accents,
en considérant notamment que la dépendance de la
France ou des décideurs français vis-à-vis des politiques
américaine et atlantiste était beaucoup plus
importante qu’il n’y paraissait. J’ai compris en particulier
que le discours antiaméricain, qui est la propagande
de base de la Françafrique, et notamment des
réseaux Pasqua, est une propagande à usage subalterne.
Parce qu’en réalité, ceux gui crient le plus fort leur
antiaméricanisme sont les plus liés aux Américains:
vieille astuce!
Selon ma perception d ‘aujourd’hui , l’historique des
réseaux de la Françafrique s’est passé de la manière
suivante. Vous avez au départ le réseau Foccart,
qui agrégeait tous les éléments anticommunistes des
réseaux de la guerre froide, ce qui incluait notamment
un certain nombre d’éléments issus de l ‘extrême droite
ou de la mafia corse – y compris mêlés à des trafics
de drogue. J’ai expliqué dans La Françafrique et dans
Noir silence que Charles Pasqua avait été l’initiateur de
la French connection vers les Etats-Unis. Il m’a attaqué
en diffamation, mais pas sur ce point. Sous couvert
de Pernod-Ricard et au nom des services secrets, il a
couvert un trafic de drogue, mais c’est un grand classique
des services secrets. Et puis, en 1970, Pasqua se
dispute avec Foccart et donc crée un réseau dissident,
un réseau néogaulliste (les néogaullistes se distinguent
des gaullistes en étant beaucoup plus dans la mouvance
américaine). Et Pasqua devient le financier de
la carrière de Chirac, qui est en train de monter en
puissance et qui va devenir Premier ministre en 1974.
À partir de 1974, le tandem Pasqua-Chirac prend les
rênes du futur RPR et de la Françafrique, tandis que
le réseau Foccart est déclinant.
Ensuite, apparaît Mitterrand. O n croit qu’il va
changer les choses, mais pas du tout: Mitterrand suivait
les traces de Foccart depuis 1948. Il se contente
de montrer sa capacité de nuisance en faisant publier
Affaires africaines par son ami Pierre Péan, dénonçant
le système Elf et Je Gabon de Bongo. La Françafrique
comprend, on lui donne une part du gâteau et Jean-Christophe
Mitterrand se branche sur les réseaux
Pasqua: le réseau Mitterrand, c’est en fait une simple
branche des réseaux Pasqua.
En 1986, Chirac se réconcilie avec Foccart, qu’ il
emmène à la cellule Afrique de Matignon. Par conséquent,
à partir de 1986, Chirac détient toutes les clés
de la Françafrique: non seulement Pasqua, mais aussi
Foccart. Et comme toute instance trop dominante
a tendance à se diviser, à partir de 1989 se manifeste
une tension extrême entre Pasqua et Chirac,
avec des alternances de dispute et de réconciliation,
ce que j’appellerai plus tard «le conflit des anciens et
des modernes>>- grâce auquel nous avons appris à peu
près tout ce que nous savons sur la Françafrique. Parce
que tout ce que je vous raconte n’est pas seulement
le fruit d’un travail considérable de dépouillement
d’informations et de recoupements. C’est aussi paru
crûment dans la presse, parce que les deux camps
– Chirac-Juppé contre Pasqua et les anciens- se bombardaient
par presse interposée, exposant les saloperies
de l’autre. Ainsi, ce qu’on a appelé l’Angolagate, c’est
tout simplement la guerre des modernes- (Juppé, de
Villepin) contre les réseaux Pasqua, la guerre aussi
de la DGSE, du côté des modernes, contre la DST
pasquaïenne, du côté des anciens. Je n’ai pas le temps
de vous détailler tout ça, mais ce qui est clair, c’est
quand même que le néogaullisme chiraquien contrôle
la Françafrique depuis 1974, c’est-à-dire pratiquement
depuis trente ans, et qu’ il est l ‘ami des principaux
dictateurs africains .
Pour le fonctionnement de la Françafrique,
les réseaux d’initiés son inéluctables: tous les
Françafricains sont tenus par des mécanismes d’initiation.
Alors, ça peut être des mécanismes d’ initiation
mafieuse ou dans des sec tes, voire dans certaines
excroissances de la franc-maçonnerie. Depuis quelques
années, ceux gui l’ont emporté, c’est la Grande
Loge Nationale Française, comme je vous l’ai dit tout
à l ‘heure: ils ont raflé toute la mise. Il y a eu par
exemple une cérémonie d’initiation au Gabon où,

d’un seul coup, les deux cents principaux décideurs
gabonais ont été affiliés à la GLNF. C’est un peu
comme autrefois quand on baptisait au jet d ‘eau; là,
en fait, on s’est mis à initier en grand à la <<philosophie
françafricaine». Je précise tout de suite que je n’ai rien
contre la franc-maçonnerie, qui a joué un rôle éminent
dans la construction de la démocratie française et
celle des biens publics en France, mais que le danger,
c’est que le secret philosophique ou initiatique soit
dévoyé par des gens qui ont d’autres ambitions, pour
en bit constituer des quasi-mafias- le terme employé
par Pierre Marion, numéro 3 de la GLNF quand il a
démissionné de cette obédience, disant que ce à quoi
il avait cru et appartenu était devenu quelque chose
de tout à fait incontrôlable.
Je passe rapidement sur l ‘actualité de la Françafrigue.
Tout cela, encore une fois, demanderait de longs développements,
mais je veux laisser un peu de temps à
d’autres choses importantes pour comprendre ce qui
se passe aujourd’hui. Je ne développerai pas ce qui s’est
passé au Rwanda où la Françafrique, amie du dictateur
Habyarimana qui développait une sorte d’apartheid au
sein de son pays, a pendant les trois mois du génocide
soutenu militairement (par des livraisons d’armes),
financièrement (par des gros chèques) et diplomatiquement
(à l’ONU) le régime qui massacrait un
million de personnes dans des conditions horribles.
La complicité de la France dans ce génocide d’un million
de personnes est à mon avis le plus grand crime
français du XXe siècle. Et pour ce qui nous concerne à
Survie, nous n’avons pas fini d’en parler. Il y a eu une
mission d’information parlementaire gui s’est terminée
en queue de poisson en disant: «La France a fait

des erreurs, mais elle n’est pas coupable». Nous, avons
tout un ensemble d’éléments qui montrent qu’ en fait,
elle a soutenu pendant toute la durée du génocide, et
au-delà, ceux qui commettaient ce crime abominable
-ces hommes, femmes et enfants, tues pratiquement
jusqu’au dernier, sauf ceux qui ont pu être sauves in
extremis. . .
Je ne m’étendrai pas là-dessus. Je passerai, aussi
sur le meurtre de Sankara, un des grands espoirs de
l’Afrique, en 1987, et sur d’autres crimes, Pour finir
par deux pays: le Congo-Brazzaville et l’Angola.
Au Congo-Brazzaville, on avait depuis le milieu des
années 1970 une pétrodictature dirigée par quelqu’ un
de très lié aux services secrets français, qui s’ appelle
Denis Sassou Nguesso, et qui était non seulement
l’ami de Chirac mais aussi très prisé des pétroliers. En
effet, il ne demandait pour son pays, officiellement,
que 17% de l ‘argent du pétrole- du pétrole déclaré.
Ce monsieur, qui a aussi beaucoup endetté son pays,
a été victime de la poussée démocratique du début
des années 1990: il y a eu une Conférence nationale
souveraine, un peu comme les états généraux
de 1789, qui a voulu fonder un Etat démocratique, a
fait adopter une Constitution et procéder a des élections
présidentielles. Monsieur Sassou Nguesso s’est
présenté à ces élections, et il a obtenu 17% des voix.
C’est vraiment Monsieur 17%: 17% du pétrole, 17%
des voix. . . , . , ,
La Françafrique n’a pas du tout,apprécié cette évolution:
elle a tenté un coup d’Etat, qui a échoué,
mais dont on a retrouvé la preuve -ce qui est rarissime
– dans le coffre-fort d ‘Elf, lors d’une perquisition.
Les documents découverts – montraient que les

réseaux Pasqua et Elf avaient tenté de renverser ce
gouvernement démocratique. Et puis la Françafrique
n’a eu de cesse, depuis la Mairie de Paris et ailleurs,
d’organiser le retour au pouvoir de Monsieur Sassou
Nguesso en lui fournissant des armes, etc. En 1997,
il y a donc eu une guerre civile et, pour renverser
le régime en place, il a fallu – tenez-vous bien, c’est
une liste assez incroyable – non seulement les soldats
demeurés fidèles à Sassou Nguesso, non seulement les
milices recrutées par Sassou Nguesso et armées par les
pays voisins comme le Gabon, mais aussi la Garde présidentielle
de Mobutu qui venait d’être renversé (cette
sinistre cohorte avait donc traversé le fleuve Congo et
se trouvait à Brazzaville), mais aussi ceux qui avaient
commis le génocide au Rwanda et qui, comme par
hasard, s’étaient réfugiés à Brazzaville, mais aussi un
millier de soldats tchadiens transportés par la France
en avion jusqu’à Brazzaville, mais aussi, pour finir,
l’armée angolaise qui est venue emporter la mise et
réinstaller Monsieur Sassou Nguesso, l’ami de Chirac.
Il a fallu tout ça pour installer un nouveau pouvoir
qui, aussitôt, a remis en place des relations pétrolières
plus favorables, plus convenables. Ce Monsieur Sassou
Nguesso est extraordinaire parce qu’il a réussi à s’attirer
la bienveillance de tout l’arc politique français,
de l ‘extrême droite à l’extrême gauche. Je pense que
ses valises sont très nombreuses et volumineuses. Le
revoilà donc au pouvoir et, après tout, cela n’était que
très banal en Françafrique, même si la guerre avait fait
quelque dix mille morts.
Seulement, Monsieur Sassou Nguesso reprend ses
mauvaises habitudes et, fin 1998, un tout petit début
de guerre civile déclenche un rouleau compresseur
avec les mêmes écraseurs: les Angolais, les anciens
génocidaires rwandais, les anciens mobutistes, des
Tchadiens, les miliciens Cobras. Et dans l’année 1999,
ils commettent sous la houlette de Sassou Nguesso
une série de crimes contre l’humanité qui ont fait
pratiquement cent mille morts, avec des dizaines de
villages totalement rasés, brûlés, etc., et plusieurs
dizaines de milliers de viols collectifs par, souvent, des
miliciens ou soldats porteurs du sida. Une situation
horrible, numériquement bien pire à ce qui s’est passé
cette année-là et dont on a tant parlé, en Tchétchénie,
au Kosovo et à Timor-est. Eh bien, en 1999, il y a
eu au Congo-Brazzaville plus de victimes que dans
ces trois pays réunis. Regardez la couverture médiatique
du Kosovo, de Timor-est et de la Tchétchénie
et demandez-vous si vous avez entendu parler du
Congo-Brazzaville en 1999, alors que c’est le berceau
de la France libre et l’un des principaux fournisseurs
de pétrole de la France. Quand vous voyez ça, vous
comprenez qu’en fait vous ne savez rien de ce qui se
passe en Afrique, et en Afrique francophone. Et si on
vous parle de Timor-est – on a raison de le faire -,
c’est peut-être aussi pour ne pas vous parler de ce qui
se passe au Congo-Brazzaville.
Je vous donne encore un autre exemple de désinformation.
Ce régime congolais qui s’est réinstallé par
la terreur a organisé une élection présidentielle début
2003- truquée, comme d’habitude. Elle a eu lieu le
même jour que l ‘élection présidentielle au Zimbabwe
de Monsieur Mugabe. Tous les médias français ont
envoyé un correspondant à Harare- (qui sait qu’Harare
est la capitale du Zimbabwe?) pour vous parler en
long et en large de la dictature zimbabwéenne; vous
vous en souvenez peut-être. Personne n’a envoyé un
correspondant à Brazzaville où se tenait le même jour
la ré-intronisation d’un dictateur encore plus sanguinaire.
C’est ça, l’information dont vous bénéficiez.
Mais je continue encore un peu à propos du
Congo-Brazzaville: j’ai oublié de mentionner, parmi
ceux qui ont remis en place Denis Sassou Nguesso,
les vrais mercenaires et les vrais-faux mercenaires. Les
vrais-faux mercenaires, c’est quelque chose d’inquiétant
pour la démocratie; les vrais mercenaires aussi.
Au début des années 1990, on s’est dit qu’intervenir
militairement ouvertement, c’était de plus en plus
gênant. Donc, la décision a été prise par Mitterrand
de multiplier par trois les forces de commando du
genre <<Service Action» de la DGSE- vous savez, ceux
qui ont fait sauter le Rainbow Warrior en Nouvelle-Zélande
– en recrutant dans l’infanterie de marine,
dans la légion, pour constituer ce qu’on appelle le
«Commandement des opérations spéciales» (COS) :
des forces capables d’intervenir de manière non officielle
et sous des déguisements divers. A partir de là,
ces gens ont été utilisés comme vrais-faux mercenaires.
Et les guerres civiles de Congo-Brazzaville
– on en a eu des témoignages – ont servi de répétition
générale de l’utilisation de ces vrais-faux mercenaires.
Le morceau a été lâché par le ministre de la
Coopération, Charles Josselin. Il a expliqué dans jeune
Afrique qu’il y avait vraiment beaucoup de confusion
au Congo-Brazzaville car trop de mercenaires français
qui avaient <<à peine eu le temps de quitter l’uniforme
qu’ils portaient hier» … ; «et qu’ils porteront demain»,
pourrait-on rajouter. Il s’agit en fait de gens des forces
spéciales qui jouent les intérimaires de mercenariat.

On voit bien le fonctionnement de la Françafrique:
on envoie des soldats très efficaces, tout en les déguisant
en mercenaires pour que la France ne soit pas
responsable de ce qui se passe… . . .
Mais à côté de ces vrais-faux mercenaires, il y avait
aussi au Congo-Brazzaville des vrais mercenaires. Là
aussi, l’histoire n’est pas banale. Pour ça, Il faut que
je vous racontes l’itinéraire de .Bernard Courcelle. Cet
officier de la Sécurité militaire a commencé sa carrière
au début des années 1980 aux côtés de Bruno
Gollnish, qui a suivi une autre voie: dans ces milieux-là
l’ extrême droite est très présente. La Sécurité militaire
(DPSD) contrôle les mercenaires, et les trafics
d’armes. Bernard Courcelle a d’abord crée une société
de mercenaires: le groupe 11 (onze en allemand, ça
se dit <<Elf»). Ensuite, ce monsieur a .été chargé .de la
sécurité de l’entreprise Luchaire qu’il fournissait des
obus à l ‘Irak et à l’Iran pendant leur longue guerre,
puisque la stratégie occidentale, c’était de faire en
sorte que cette guerre dure le plus longtemps possible
pour affaiblir ces deux Etats. En 1989-Je passe quelques
épisodes-, Bernard Courcelle devient .en quelque
sorte le garde du corps. de Madame Mittérrand
bis, Anne Pingeot, qui était alors conservatrice au
musée d’Orsay, dont la sécurité lui est confiée. quand
on sait les dizaines de millions d’euros dépenses par
Mitterrand pour protéger le secret de son intimité, il
est difficile d’imaginer un poste plus proche du coeur
du pouvoir. . ,
En 1993, sans transition, sur recommandation d’un
conseiller de l’Élysée, Monsieur Bernard Courcelle
devient directeur de la garde présidentielle de Jean-Marie
Le Pen, le DPS: l ‘officier du DPSD devient directeur du DPS.

suite page 34

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La Multinationale Américaine des Drogues


  claudia-pacheco-2
Auteur : De Souza Pacheco Cláudia Bernhardt (Cláudia S. Pacheco)
Ouvrage : La Multinationale Américaine des Drogues Comment la CIA et le pouvoir économique exercent un contrôle mental au moyen de la drogue et tout ce que vous avez besoin de savoir pour vous défendre contre ce danger DOSSIER Société de Trilogie Analytique PSYCHANALYSE INTEGRALE France • Angleterre • Suéde • Finlande • Portugal • Brésil
Année : 2001

«Je consacre ce dossier à toutes les personnes qui ont
donné leur vie pour le combat contre la corruption,
ainsi qu’aux enfants qui méritent d’avoir une vie meilleure
que celle que la société leur offre>>.

Clâudla Pacheco

«Les multinationales des drogues sont
comme des fantômes qui ne se montrent pas
à la lumière de la vérité – elles se masquent,
se cachent aux yeux du peuple et agissent dans
l’ombre, par derrière, baillonnant les journalistes
pour qu’ils ne les dénoncent pas.>>

Prologue
Chers Amis:
Nous devons mettre en garde les peuples de France, d’Angleterre, de
Scandinavie, du Portugal et de toutes les régions du globe, au sujet du danger
qui tourne autour de leurs foyers, en ce qui concerne les trafiquants
de drogue.
Ces criminels, d’une très haute dangerosité, s’infiltrent dans les communautés
et organes de gouvernement, dans la justice. la police, les églises,
les écoles, les entreprises et, principalement, dans les postes de pouvoir
économique et pouvoir public. Mettre en garde aussi sur le fait qu’ils sont
beaucoup plus dangereux que les drogues qu’ils distribuent.
Ce sont les psychotiques et les psychopathes décrits dans le livre La Libération
des Peuples – La Pathologie du Pouvoir (de Keppe, Padleco et
autres auteurs) qui agissent comme des démons détruisant la civilisation.
Ils agissent, s’insinuent, mentent, corrompent, menacent, attaquent, tuent,
mutilent des enfants, des jeunes, des adultes intelligents et productifs, des
scientistes et des artistes – ils broient les êtres humains dans la machine
à faire de l’argent appelée – le trafic des drogues.
Ils tuent de plusieurs façons :
a) à travers les drogues qu’ils vendent;
b) par «l’assèchement>> de l’économie des nations; c’est-à-dire. qu’ils sucent
tout l’argent qui se trouve aux mains du peuple, liquidant de la sorte
la production constructive d’une nation, puisqu’ils retirent la richesse
(le capital), pour la retenir dans leurs énormes fortunes privées;
c) assassinant tous ceux qui s’opposent à leur marche effrénée et déterminée
de destruction.
Ces individus ne sont pas seulement un problème pour la police, pour
les juges et les procureurs généraux, ils sont notre problème : ils sont le·
problème du peuple :
a) premièrement, parce que beaucoup de juges, de policiers et de procureurs
sont déjà corrompus et sont entrés dans la machine millionnaire
de mort, favorisant les trafiquants dans leur travail;
b) deuxièmement, parce que s’ils résistent à la tentation de la corruption,
ils retombent dans le problème de la peur. Ils ont peur d’être assassinés
ou de voir leurs familles décimées, dans le cas où ils s’opposeraient aux
criminels;

c) troisièmement, parce que la lutte est disproportionnée :
Il y a beaucoup plus de personnes impliquées dans le trafic des drogues,
avec tout le pouvoir dans leurs mains, ainsi que toute une structure organisée
pour l’attaque (ce sont des forteresses bien armées). Ils sont devenus
de puissants gouvernements marginaux , qui sont en train de
détruire les vrais gouvernements.
2. Il y a beaucoup plus d’individus dépendants de la drogue, qui sont même
capables de tuer pour pouvoir l’acquérir;
3. que le petit groupe d’individus qui, héroïquement donnent leurs vies pour
l’éradication de ce mal.
Pour cette raison Keppe et Pacheco ont été attaqués aux Etats-Unis et
au Brésil, et ont souffert des persécutions et des sabotages de la part de
groupes secrets infiltrés partout dans les pays où il y a des sièges de la So-
ciété Internationale de Trilogie Analytique.
n’est nécessaire que le peuple, l’individu «ignorant>>. le père et la mère
de famille, le (la) frère (soeur), le (la) fils (fille), le (la) petit(e) ami(e),
le(la) mari (femme). qui vit le drame de la toxicomanie, même sans le désirer,
ou qui ne le vit pas encore, mais qui craint d’être à tout moment atteint
par ce problème- aide cette petite armée d’individus courageux et
idéalistes, qui aiment la vie et qui espèrent encore voir naître une humanité
meilleure.
La responsabilité pour l’avenir de l’humanité est dans les mains de tous
les êtres humains – du peuple – et non de leurs gouvernements.
Plusieurs gouvernements sont déjà contaminés par ce problème et il est
nécessaire que les populations se réveillent à cette réalité. La situation est
grave – le mal est déjà allé trop loin et, même les gouvernements honnêtes
qui sont maintenant disposés à mener cette guerre, ne pourront plus
abattre l’ennemi tout seuls.
Y compris- et ce qui est le plus important- c’est justement dans la
structure du pouvoir – public et économique – que les plus grands assassins
des drogues s’infiltrent pour former les maffia millionnaires modernes
: les Multinationales de la Drogue.
Le problème est plus difficile qu’il ne parait il est la pointe d’un «iceberg•
gigantesque, car les multinationales des drogues sont comme des fantômes
qui ne se montrent pas à la lumière de la vérité – elles se masquent, se
cachent aux yeux du peuple et agissent dans l’ombre, par derrière,
baîllonnant les journalistes pour qu’ils ne les dénoncent pas.
Si nous pouvions les désigner par un synonyme, l’idéal serait : ce sont
des démons.

La multinationale américaine des drogues

Un autre point d’une extrême importance est que le monde paraît être
endormi devant le grand dragon des drogues qui agit aux Etats-Unis et à
travers ce pays.

suite…

https://mega.co.nz/#!XU0xAC6C!0l7c-fYcq3DqpZStlXutU_Z98L_rHi68pRn3BAwMAlY

Le Roi prédateur


   

 par Graciet Catherine – Laurent Eric
 

 

 

Avant-propos
Notre livre décrit une prédation royale. Depuis son accession
au trône, en 1999, Mohammed VI a pris le contrôle de l’économie
du Maroc dans l’arbitraire le plus absolu. Une stratégie
d’accaparement marquée par la corruption effrénée de
ses proches.
Au Maroc, en 2012, la monarchie impose toujours le silence
et le secret sur ses agissements, ce qui a rendu notre enquête
souvent délicate à mener.
Pendant plusieurs mois, nous avons rencontré plus de quarante
témoins sur le sol marocain mais aussi à l’étranger, par
souci de prudence.
Afin d’éviter les fuites, nous n’avons parfois révélé à nos interlocuteurs
qu’une partie de notre projet. Ceux qui ont accepté
de nous parler se divisent en trois catégories : des hommes
proches du Palais ou du premier cercle gravitant autour du
roi, capables d’en décrire les moeurs, le fonctionnement et les
intrigues ; des experts, dont les compétences précieuses permettent
de déchiffrer l’opacité des affaires royales dans des
secteurs tels que l’agriculture, la finance, etc. ; et, enfin, des
politiques, qui connaissent certains domaines sensibles que
nous souhaitions aborder.
Ils ont accepté de nous parler mais, à l’exception de cinq
d’entre eux, ils ont tous exigé que nous garantissions leur

anonymat et modifions des détails qui auraient pu permettre
de les identifier.
La monarchie marocaine a instauré parmi les élites dirigeantes
une véritable « culture de la docilité ». Mais, surtout,
elle fait peur : lorsqu’elle s’abat, la disgrâce royale condamne
socialement mais aussi financièrement et professionnellement.
Nous voulons remercier tous ceux qui nous ont aidés et
qui sont conscients que les dérives royales que nous décrivons
exigeaient d’être révélées.
Ils connaissent notre attachement sincère au Maroc et à
son peuple. Nous avons l’un et l’autre travaillé comme journalistes
dans ce pays. L’une de nous, Catherine Graciet, a travaillé
au sein de la rédaction du grand journal d’opposition
Le Journal hebdomadaire, depuis lors fermé par les autorités,
et a notamment passé une année en poste au Maroc, à Casablanca.
Cela lui a permis d’apprendre à connaître les coulisses
politiques et économiques du royaume, ainsi que ses
protagonistes. L’autre, Éric Laurent, a rencontré à de nombreuses
reprises en tête à tête Hassan II, dans ses différents
palais, en vue de réaliser un livre d’entretiens avec lui. Intitulé
La Mémoire d’un roi, cet ouvrage est paru en 1993. Cette expérience
lui a permis d’observer de façon privilégiée les moeurs
du Palais et de la Cour.
Au Maroc, la monarchie demeure le seul pouvoir. Elle
continue de prospérer puisqu’elle a eu la bonne idée de
transformer, depuis des décennies, la vie publique et les
institutions en un théâtre d’ombres. Les excès du roi sont
protégés par une omerta que nous avons décidé de briser avec
ce livre. Nous démontons non seulement les mécanismes d’un
système, mais aussi les ressorts psychologiques internes qui
ont transformé le prétendu « roi des pauvres » en un véritable
« roi prédateur ».

 

CHAPITRE I

Mohammed VI en roi Midas
En juillet 2009, le magazine américain Forbes créa la surprise
en publiant sa liste annuelle des personnalités les plus
riches du monde. Dans le classement spécialement consacré
aux monarques, le roi du Maroc, Mohammed VI, faisait une
surprenante apparition à la septième place, avec une fortune
évaluée à 2,5 milliards de dollars. Il devançait des rivaux
en apparence pourtant plus richement dotés, comme l’émir du
Qatar, au sous-sol regorgeant de gaz et de pétrole, ou celui
du Koweït, dont la fortune, selon Forbes, était six fois inférieure
à celle du souverain marocain.
En 2009, la crise financière mondiale survenue un an plus
tôt avait frappé de plein fouet l’ensemble des revenus, y compris
ceux des plus fortunés. Pourtant, Mohammed VI, dont la
fortune avait doublé en cinq ans, semblait mystérieusement
échapper à ces aléas puisque Forbes le plaçait en tête du classement
des personnalités ayant accru leurs richesses durant
l’année 2008.
Il existait bien entendu entre ce « top ten », où figurait le
monarque marocain, et les profondeurs du classement où stagnait
son pays une distance considérable.
Dans le rapport mondial sur le développement humain
élaboré par le PNUD, l’agence des Nations unies pour le
développement, couvrant la période 2007-2008, le Maroc

est en effet classé au 126e rang (sur 177 États) du point de
vue du « développement humain », et le taux de pauvreté du
pays atteint 18,1 % 1. Mieux encore, plus de cinq millions de
Marocains vivent avec 10 dirhams par jour, soit un peu moins
de 1 euro 2, et le salaire quotidien minimum légal n’excède
pas les 55 dirhams (5 euros). Pour ne rien arranger, en 2008,
la dette publique du Maroc a bondi de 10 % en un an, pour
atteindre 11,9 milliards d’euros, soit 20 % du PIB.
Le classement de Forbes ne faisait que soulever pudiquement
un coin du voile sur l’ampleur d’une fortune royale en vérité
beaucoup plus importante. Surtout, il taisait ou ignorait les
moyens mis en oeuvre pour parvenir à amasser une telle richesse.
Il liait la fortune du roi à l’augmentation du prix des phosphates,
dont le Maroc est l’un des premiers producteurs mondiaux,
et, ce faisant, se trompait d’époque.

Un coup d’État économique

Pendant longtemps, durant le règne d’Hassan II, l’OCP
(Office chérifien des phosphates) avait vu une part importante
de ses bénéfices – jusqu’à 50 %, estimait-on –, soustraite
au budget public pour satisfaire aux dépenses du souverain.
Un arbitraire royal somme toute comparable à celui que pratique
la famille régnante saoudienne, qui accapare une bonne
partie de la manne pétrolière.
« Mon pays m’appartient », estimait Hassan II, qui appliqua

————————————————–

1. Fédoua Tounassi, « Mohammed VI, un roi en or massif », Courrier
international, nº 975, 9 juillet 2009.
2. Le taux de conversion des dirhams en euros étant soumis à des variations,
nous avons opté pour un taux moyen de 1 euro = 10 dirhams.

————————————————–

avec constance ce principe. Son style de vie était particulièrement
dispendieux. Il aimait le luxe, les dépenses somptuaires, et
pourtant jamais il n’apparut dans le classement des plus grandes
fortunes. Si son fils, en moins de dix ans de règne, a accompli
ce bond quantitatif, c’est parce qu’il s’est livré à une sorte de
hold-up à l’encontre de l’économie de son pays. Une prise
de contrôle de tous les secteurs clés, un coup d’État économique
larvé où l’apparence de légalité s’est employée à masquer
l’ampleur de l’arbitraire.
Partout, à travers le monde, des dirigeants autoritaires ou
des dictateurs détournent une partie des richesses nationales
à leur usage personnel. Le plus souvent il s’agit de matières
premières, comme le pétrole. Mais ce pillage revêt un caractère
en quelque sorte illicite, hors la loi.
L’abus de pouvoir au Maroc, tel que nous allons le révéler,
est d’une tout autre nature et relève d’une situation inédite,
sans précédent. Ce pays présente en effet toutes les apparences
d’un système économique normal, et à certains égards sophistiqué
: banques, entreprises, secteur privé. Une réalité dont il
convient de parler au passé. Le secteur économique marocain
ressemble désormais à un village Potemkine qui dissimulerait
les prédations royales.
Un maître des forges français, Wendel, avait énoncé au
début du XXe siècle un principe que Mohammed VI et son
entourage semblent avoir repris à leur compte : « Le bien ne fait
pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien. » Le roi est désormais
le premier banquier, assureur, exportateur, agriculteur de son
pays. Il contrôle également le secteur de l’agroalimentaire,
de la grande distribution et de l’énergie. Une prise de
contrôle feutrée. Pourtant, l’enrichissement effréné du souverain
et de quelques hommes à son service peut avoir des
conséquences politiques incalculables, au moment où la

population est touchée de plein fouet par une crise qui
l’appauvrit et fragilise les classes moyennes. C’est pourquoi
leurs agissements ont partie liée avec le silence et l’ignorance.
La révélation de Forbes fut suivie par un épisode de censure
particulièrement absurde. En juillet 2009, l’hebdomadaire
français Courrier international fut interdit sur le territoire
marocain. Il avait reproduit, sous le titre « Un roi en or massif »,
un article de la journaliste Fédoua Tounassi publié un peu plus
tôt par la publication marocaine Le Journal hebdomadaire. Ce
zèle absolu, et à contretemps, des censeurs traduisait l’extrême
nervosité provoquée par la divulgation d’informations portant
sur la fortune royale. Un tabou jusqu’ici inviolé, comme tout
ce qui a trait à la personne du roi.
En montant sur le trône en 1999, Mohammed VI avait reçu
le qualificatif flatteur de « roi des pauvres ». Dix ans plus tard,
on découvrait qu’il était devenu le « roi des bonnes affaires ».
Plus choquant encore, il aime être présenté comme un « businessman
», terme ici totalement vidé de son sens puisque la
détention d’un pouvoir absolu lui permet de réduire à néant
toute concurrence.
Un rapide parallèle avec d’autres monarchies, fussent-elles
de nature constitutionnelle, permet de comprendre que nous
sommes ici aux antipodes de toute éthique démocratique.
Imaginerait-on la reine d’Angleterre ou le roi d’Espagne à la
tête des plus grands établissements financiers, industriels, agricoles
de leur pays, opérant dans une situation de monopole à
peine dissimulée ?
Les trente-huit années du règne d’Hassan II furent ponctuées
de coups d’État et de crises diverses. Mais l’homme était
un redoutable animal politique, doté d’un instinct de survie
impressionnant. Dans les années 1960 et 1970, au moment

où la plupart des pays nouvellement indépendants choisissaient
la voie socialiste, il se tourna habilement vers l’économie
de marché tout en mettant en oeuvre une stratégie d’accaparement
de la rente.

Le jardin secret du roi

Attentif à ses intérêts, Hassan II a toujours veillé à ce que
la famille royale – et d’abord lui-même – bénéficie de revenus
financiers conséquents. Mais, omniprésent dans le champ politique,
il se désintéressait fondamentalement des questions économiques.
Son successeur, lui, demeure une véritable énigme
politique : inexistant sur la scène internationale, souvent absent
de la scène intérieure, il n’a jamais accepté d’être interviewé
par un journaliste marocain, n’a jamais accordé la moindre
conférence de presse, et il paraît se désintéresser de la politique
comme de son pays. En revanche, hyperactif dans le contrôle
de ses affaires, il semble regarder le Maroc comme un marché
captif soumis à son bon vouloir.
Le goût des bonnes affaires est le jardin secret du roi, un
secret qui fut longtemps soigneusement gardé par ses conseillers-courtisans,
mais un jardin qui s’étend aux frontières du royaume.
Cette prédation autarcique traduit un étrange aveuglement
au moment même où l’Histoire, dans le monde arabe, est en
mouvement. La dénonciation de la corruption était en effet
au coeur des slogans lancés par les peuples qui ont eu raison
des régimes autoritaires en Tunisie, en Égypte et en Libye.
Au Maroc, les manifestations qui se déroulent ces temps-ci à
travers le pays mettent nommément en cause les deux collaborateurs
les plus proches du roi et stratèges de sa mainmise
sur l’économie et la politique du royaume.

Dans un univers aussi soigneusement codé et feutré que
le Maroc, ces attaques visent en réalité la personne même du
souverain, auquel il serait sacrilège de s’attaquer frontalement.
Aussi l’annonce par Forbes en 2009 du montant supposé de
la fortune royale rendit-elle les proches collaborateurs du roi
extrêmement nerveux.
Le 1er août 2009, le Palais, par le biais du ministre de
l’Intérieur, fit saisir et détruire le dernier numéro du magazine
indépendant TelQuel et sa version arabophone, Nichane. Motif :
la publication d’un sondage à l’échelle nationale pour savoir
ce que les Marocains pensaient du souverain. Un cas de censure
odieux, mais surtout absurde : le peuple portait un jugement
positif sur l’homme monté sur le trône dix ans plus tôt. Le
porte-parole du gouvernement et ministre de la Culture usa
alors d’une formule péremptoire : « La monarchie ne peut être
mise en équation. » En équation peut-être pas, mais en chiffres
certainement, d’où l’inquiétude qui s’emparait de ces exécutants
à la manoeuvre.
Principe de base au Maroc, sécrété par le système : tout
homme détenteur d’une parcelle de pouvoir est un courtisan
s’efforçant de toutes ses forces de défendre le roi pour mieux
se protéger lui-même. Le Monde, qui publia les résultats du
sondage, fut interdit deux jours plus tard au Maroc. Les autorités
marocaines récidivèrent ensuite en bloquant l’édition
du quotidien en date du 22 octobre 2009. Sa une exhibait un
dessin de Plantu montrant un personnage coiffé d’une couronne,
tirant la langue avec ce qui ressemblait à un nez de clown.
La légende mentionnait : « Procès au Maroc contre le caricaturiste
Khalid Gueddar qui a osé dessiner la famille royale
marocaine 1. »

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1. Le Monde, 22 octobre 2009.

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Désormais l’opinion se fait entendre dans les pays arabes.
Une irruption fâcheuse, qui perturbe la stratégie et complique
les objectifs des dirigeants en place. Sauf au Maroc, où, impavides,
le roi et ses exécutants continuent de se livrer à la prédation.
Le Makhzen est le mot par lequel on désigne l’appareil
d’État entourant le souverain. Ses caractéristiques : une soumission
aveugle aux ordres du monarque et un désir effréné
de satisfaire des besoins que la position occupée au sein de la
hiérarchie permet d’assouvir. Pour les hommes du Makhzen,
le Maroc n’est qu’une mine à ciel ouvert où l’on est susceptible
de puiser en toute impunité. Un monde où le sens de l’intérêt
général et de l’intérêt national n’existe pas. C’est ainsi que le
souverain marocain et ses proches conseillers pratiquent cette
forme dégradée du pouvoir qu’est l’abus permanent.

 

suite…

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