L’atome vert – Le thorium, un nucléaire pour le développement durable


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Auteur : De Mestral Jean-Christophe
Ouvrage : L’Atome vert Le thorium, un nucléaire pour le développement durable
Année : 2011

 

 

«Aucune technologie ne doit être idolâtrée ni
diabolisée; toutes les technologies de production
d’énergie sans émission de dioxyde de carbone
doivent être prises en considération. La contribution
potentielle de l’énergie nucléaire en
faveur d’un futur énergétique durable doit être
reconnue. »

Thorium Report Committee,
Norvège, février 2008

Introduction

GÉNÉRALITÉS
«La deuxième ère nucléaire». C’est ainsi qu’Alvin Weinberg,
ancien directeur du Oak Ridge National Laboratory, aux
États-Unis, qualifiait l’espoir qu’il nourrissait pour la société,
avant de décéder en 2006. Cette deuxième ère est si révolutionnaire
que tout ce qui a été fait dans le domaine nucléaire
jusqu’à maintenant ne peut être que classifié sous une première
ère, celle vouée à être remplacée et à disparaître.
Ce livre décrit le chemin emprunté par nombre de scientifiques,
qui, dans une vision à très long terme motivée par des
idées sécuritaires, ont conçu une nouvelle manière de produire
de l’énergie, débarrassée des risques que porte la génération
actuelle de réacteurs.
Il n’est pas question ici d’apologie de l’énergie nucléaire;
toute source énergétique présentant un quelconque danger
potentiel serait certainement écartée si l’humanité trouvait le
moyen d’assurer sa consommation, croissante, uniquement
par une source renouvelable, sans impact sur l’environnement,
sans risque et sans nuisance, en un mot, la source parfaite.
Mais nous n’en sommes pas là, et toutes les sources

d’énergie connues aujourd’hui mettent d’une manière ou
d’une autre en péril des vies humaines, y compris l’énergie
solaire avec 0,44 décès et l’éolien avec 0,15 décès par
térawattheure (TWh) produit. Pour référence, l’hydroélectricité
compte 1,4 décès/TWh (on pense au barrage de Banquio,
170’000 morts), le nucléaire 0,04 décès/TWh, le charbon 161
décès/TWh (problèmes respiratoires, émanations de C02,
dispersion dans l’atmosphère de carbone-14 radioactif) et
la biomasse 12 décès/TWh. Nous en sommes actuellement
réduits à tenter de combiner, avec plus ou moins de bonheur,
divers systèmes énergétiques pour répondre à la demande et
satisfaire les exigences des uns et des autres.
Cet ouvrage se base sur la prémisse (discutable peut-être)
que la consommation mondiale d’électricité ne baissera pas
au cours des cinquante prochaines années, bien au contraire :
elle augmentera certainement. Des experts essaient d’imaginer
une société basée uniquement sur le renouvelable, et
par là il faut entendre des énergies qui ne sont pas fondées sur
le noyau de l’atome, ni celles qui produisent (directement)
du C02• Non seulement c’est mettre toutes les approches
fondées sur la physique du noyau de l’atome dans le même
panier, ce qui est intellectuellement indéfendable, mais c’est
se baser sur des scénarios énergétiques futurs pour le moins
osés. On a pu lire, en juillet 2011, que l’Académie suisse
des sciences techniques estimait possible une production à
85% de l’électricité à partir de renouvelables, à condition
que la société (suisse) divise ses besoins par trois et qu’elle
revienne à l’intensité énergétique de 1960. Ces conditions
semblent largement irréalistes, mais vu à l’horizon 2050,
c’est loin et on peut arguer que c’est une question d’appréciation.
Au niveau mondial, la « U.S. Energy Information
Administration» estime que la consommation d’électricité

devrait augmenter de 87% entre 2007 et 2035, la demande
émanant surtout des pays émergents. D’ici à 2050, la majorité
des études tablent sur un doublement de la demande, à
laquelle répondront surtout les centrales à charbon. L’être
humain n’est malheureusement pas connu pour sa discipline
et son sens de 1′ économie. L’énergie nucléaire propre a indubitablement
un bel avenir.
Il est cependant certain que les incidents et accidents nucléaires
créent une mauvaise image de la physique nucléaire et qu’en
conséquence on constate une diminution de l’intérêt des étudiants
pour cette matière. C’est le manque de compétences,
dans ce domaine qui rend la transition vers des technologies
nouvelles difficile. Par exemple, une raison pour laquelle
les ADS (Accelerator-Driven Systems, voir le chapitre à ce
sujet) ne font pas partie de la liste des réacteurs de génération
IV est l’absence de connaissances suffisantes des ingénieurs
nucléaires dans la technologie des accélérateurs.
L’amortissement des énormes investissements consentis pour
la technologie actuelle constitue également un frein important
à la recherche de solutions novatrices dans ce domaine.
Un article publié en avril 2011 par Behnam Taebi, de l’université
de Delft, Pays-Bas, pose la question du choix de l’option
moralement souhaitable pour la production d’énergie
nucléaire. Il argumente que l’option choisie doit sauvegarder
les intérêts des générations futures, et que nous, génération
actuelle, avons au moins deux obligations envers la postérité :
premièrement, de ne pas négliger ou ignorer les principes de
sécurité en faveur des générations futures et deuxièmement,
de maintenir la qualité de vie future dans la mesure où cela
est possible avec les ressources énergétiques disponibles.

LES ARGUMENTS
Les centrales au thorium seraient-elles candidates au titre
d’option moralement souhaitable? En effet, les diverses
variantes de réacteurs possèdent des caractéristiques tout à
fait extraordinaires :

– Sécurité : les particularités des réacteurs examinés plus
loin dans ce livre démontrent des qualités de sécurité intrinsèques
exceptionnelles, que ce soit par leur forte capacité
autorégulatrice, leurs systèmes de sécurité passive, la facilité
des arrêts d’urgence, l’absence de risque d’explosion et
de fonte du réacteur ainsi que par la possibilité de recourir
à la convection naturelle pour l’extraction de la chaleur.

-Abondance: le thorium est quatre à cinq fois plus abondant
que l’uranium dans la croûte terrestre. En tenant
compte du fait que 100% du thorium extrait du sol est
utilisable dans un réacteur (comparé à 0,5% de l’uranium
dans un réacteur à eau légère), il a une densité énergétique
200 fois supérieure par kilogramme. Nous disposons de
réserves mondiales, réparties sur tous les continents, pour
10’000 ans au moins, de quoi voir venir une troisième ère.
L’uranium, quant à lui, devrait être épuisé dans 80 ans.

– Durée de vie des déchets: elle n’est plus de plusieurs
centaines de milliers d’années, mais de 300 à 500 ans.
La combustion du thorium ne produit qu’une infime
partie des actinides mineurs fabriqués par la combustion
de l’uranium. La radioactivité diminue beaucoup plus
vite. De plus, le volume des déchets issus du thorium est
250 fois moindre que celui issu de la combustion de l’uranium.
Aujourd’hui, on sait très bien construire des petits
dépôts qui peuvent durer 500 ans, mais on ne sait toujours

pas construire des grands dépôts qui doivent abriter des
déchets pendant 100’000 ans.

– Non-prolifération: en se basant sur le combustible ou ce
que l’on peut en extraire d’un réacteur, il est quasiment
impossible de fabriquer une arme atomique. La manipulation
des déchets issus du thorium présente des difficultés
techniques très difficiles à surmonter, aujourd’hui à la
portée d’un petit nombre de nations seulement. En ajoutant
à cela la volonté de construire un nombre très limité
de centrales de retraitement afin de ne pas disséminer la
technique, on réduit considérablement le risque de prolifération
tout en permettant à d’autres nations de bénéficier
de cette source d’énergie.

– Élimination des déchets actuels : on a pu lire qu’il fallait
être pro-nucléaire pour se réjouir du fait que ces centrales
génèrent des déchets qui ne dureront «que» 500 ans. Mais
ce n’est pas vrai. Car ces centrales viennent aussi avec la
capacité de faire disparaître les déchets encombrants et
dangereux actuels en les incinérant, technique applicable
également aux stocks de plutonium issus de la démilitarisation
de l’Est et de l’Ouest. L’incinération permet de
réduire la durée de vie de ces déchets et produit en plus de
l’ électricité. Sans incinérateur, nous sommes condamnés à
vivre avec des déchets longue durée. Avec les centrales au
thorium, nous pouvons répondre au critère moral de préservation
de l’environnement des générations à venir. Les
écologistes devraient voir cela comme du pain bénit.

On peut encore ajouter qu’il est possible d’utiliser du thorium
à la place de l’uranium dans plusieurs types de centrales
actuelles, sans modifications majeures et que le thorium,
contrairement à l’uranium, n’a pas besoin d’être enrichi

avant d’être utilisé dans un réacteur. C’est une installation de
moins, une procédure en moins et des coûts en moins.
Ces affirmations sont abordées plus en détail et expliquées
dans les prochains chapitres. On pourra ainsi constater que
les centrales au thorium sont effectivement des candidates
sérieuses au titre de l’option moralement souhaitable qui doit
prévaloir dans la deuxième ère nucléaire, dans 1′ attente de la
troisième ère, qui peut être celle de la fusion nucléaire.
Le mot «nucléaire» est souvent galvaudé et du coup fait peur
à certains en créant des amalgames. Quand on entend l’expression
«sortir du nucléaire», le terme «nucléaire» n’est
pas précisément défini et souvent mal compris même par son
utilisateur. Seulement, ce terme est à multiples facettes et
comprend la fusion comme la fission, l’uranium comme le
thorium: ce sont des notions différentes. Mais la géothermie
aussi est «nucléaire» : la chaleur provient de la désintégration
des noyaux d’uranium et de thorium naturellement présents
dans le sol. Bien sûr, on dira que ce n’est pas la même chose,
que ce n’est pas dangereux, que c’est la nature. Et c’est précisément
le point: on ne peut pas mettre le nucléaire dans
une seule boîte, pas plus que 1′ on peut simplement ignorer
les avancées technologiques, quelles qu’elles soient. C’est la
raison pour laquelle il est indispensable, intellectuellement et
moralement, d’inclure dans le débat de politique énergétique
toutes les options technologiques, qu’elles portent 1′ étiquette
«nucléaire» ou non.
L’énergie issue du thorium vit un renouveau, après des années
d’éclipse. À la différence de la fusion nucléaire, aucun saut
technologique n’est nécessaire pour sa mise au point.

La bonne nouvelle, c’est que la plupart des problèmes liés à
l’énergie nucléaire telle que nous la connaissons aujourd’hui
peuvent être résolus par les centrales au thorium.

Historique

suite…

L-Atome-vert

Le livre noir du nucléaire militaire


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Auteur : Villain Jacques
Ouvrage : Le livre noir du nucléaire militaire
Année : 2014

AVERTISSEMENT ET REMERCIEMENTS
Dans le monde nucléaire, la transparence de l’information n’est
pas très répandue. Certes, bien d’autres domaines d’activité ne sont
pas plus transparents, surtout s’ils concernent des domaines de
haute technologie ou s’ils sont hautement concurrentiels. Si le
nucléaire répond à ces critères, il est associé, de plus, à des risques
concernant la santé et l’environnement, et engage l’avenir pour des
dizaines d’années, voire des siècles. De la part des acteurs du
nucléaire, la diffusion de l’information sera donc toujours réfléchie
et mesurée quand elle ne sera pas, dans certains cas, dissimulée.
Cette remarque s’applique a fortiori au nucléaire militaire, car il
est très étroitement lié à la défense et à la sécurité des pays
concernés. Il est donc détenteur de secrets. Si la France est l’un des
rares pays, mais à un niveau moindre que les États-Unis, à avoir fait
un effort en matière d’information, ce n’est pas le cas de la Chine,
d’Israël et encore moins de l’ex-Union soviétique. Écrire un livre
sur un tel sujet relevait donc d’une gageure. Et pourtant, faire un
point sur les conséquences de près de soixante-dix années de
nucléaire militaire dans le monde, sujet peu abordé, m’est apparu
comme une nécessité, compte tenu des événements de Tchernobyl et
de Fukushima, mais aussi de la prolifération des armes nucléaires.
Faute de disposer, pour l’ex-URSS, de suffisamment de sources
gouvernementales, il a donc fallu compléter avec d’autres

provenant de différents canaux dont la cohérence a été parfois
difficile à vérifier. Aussi, c’est en toute humilité que je me suis
engagé dans cette aventure.
Sans le soutien et les précieux conseils de mon ami François de
Closets et de Sophie de Closets, ce livre n’aurait sans doute pas vu
le jour. Qu’ils en soient tous les deux bien vivement remerciés. Je
remercie aussi Georges Le Guelte, avec qui j’ai eu des échanges
passionnants, et mon ami Bertrand Barré, qui a bien voulu s’assurer
que sur certains aspects techniques du nucléaire mon propos était
juste. Je remercie également Michel Brière, Jérôme Joly, Jean-Marc
Pérès, ainsi que Philippe Renaud pour son excellent document sur
les essais atmosphériques, tous membres de l’Institut de
radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et qui m’ont apporté
leur précieux savoir. Enfin, Pierre Marhic, président de
l’Association nationale des vétérans victimes des essais nucléaires,
en espérant que le combat que mène son association trouve une juste
solution.

PROLOGUE
4 juillet 1961, dans la mer de Barents, au large de la presqu’île
de Kola.
À bord du sous-marin nucléaire lanceur de missiles balistiques
soviétique K-19, l’un des circuits de refroidissement de l’un des
deux réacteurs vient de tomber en panne alors que le bâtiment est en
plongée. La température monte dans le coeur. Elle atteint rapidement
800 °C. Une explosion peut se produire à tout moment. Le navire est
équipé de trois missiles balistiques à tête nucléaire d’une puissance
de 500 kilotonnes, plus de trente fois celle de la bombe
d’Hiroshima.
Dans le monde, la tension n’a jamais été aussi vive entre l’Ouest
et l’Est. Trois mois plus tôt, à Cuba, les États-Unis ont tenté de
déloger, par la force, le régime castriste. En vain. Les États-Unis
sortent humiliés de la crise dont les gagnants sont Castro et
l’URSS. Deux jours avant l’opération américaine, le 12 avril, le
Soviétique Youri Gagarine est devenu le premier homme à voyager
dans l’espace. Depuis 1957, l’Union soviétique surclasse les États-
Unis dans la conquête spatiale. En août 1961, l’URSS édifiera le
mur séparant Berlin-Ouest et Berlin-Est. Les deux superpuissances
développent avec célérité et sans états d’âme leur arsenal nucléaire
pouvant être utilisé tant pour le combat sur le champ de bataille,
avec une multitude d’armes dites tactiques, que pour la dissuasion,

avec des armes stratégiques. La doctrine nucléaire soviétique vient
d’être édictée et affichée : l’arme nucléaire sera utilisée dès le
début d’un éventuel conflit. Les États-Unis estiment qu’ils sont
dominés par leur adversaire du point de vue du nombre de vecteurs
stratégiques. On craint un second Pearl Harbour tant les villes
américaines sont à portée des missiles soviétiques. Aucune ligne
directe, un « téléphone rouge », n’est en place entre Moscou et
Washington pour éviter une guerre par accident. La paix, ou plutôt
la guerre, est à la merci du moindre incident, et voilà qu’une
explosion risque de se produire à moins de 200 kilomètres de la
Norvège, pays de l’OTAN. Si le sous-marin explosait, les États-
Unis pourraient l’interpréter comme un acte de guerre dirigé contre
les bâtiments de l’US Navy exigeant une réponse immédiate. Le
monde est une poudrière, le drame du K-19 peut devenir l’étincelle
qui va faire tout sauter.
Il faut impérativement refroidir le réacteur dont la température
continue de monter. Pour cela, on doit réaliser une circulation d’eau
froide de secours. Les marins soviétiques savent qu’on n’intervient
qu’au risque de sa vie. Huit hommes d’équipage se portent
volontaires pour effectuer la réparation tout en sachant qu’ils vont
être soumis à des doses de rayonnements élevées – les masques à
gaz ont une efficacité de seulement quarante minutes. Il ne reste que
la vodka pour se prémunir des effets des rayonnements ! Ce remède
est édicté dans les règlements de la marine soviétique. Il n’y a
aucune raison d’en douter. Les sauveteurs pénètrent dans le
compartiment sinistré. Au prix d’efforts inouïs, ils parviennent à
rétablir le refroidissement. La réparation est un succès, l’explosion
n’aura pas lieu, mais les hommes sont dans un triste état : visages
boursouflés, cordes vocales déformées et du sang coule de leurs
yeux… Deux sous-marins soviétiques rejoignent alors le K-19 et
évacuent l’équipage. Huit marins, fortement irradiés, succombent

après une semaine d’hospitalisation. Quatorze autres auront un
sursis de quelques années.
Le monde n’en a rien su pendant vingt-neuf ans. C’est en 1990
que Mikhaïl Gorbatchev rend justice à l’héroïsme de ces hommes.
Révélant que, ce jour-là, en sacrifiant leur vie, ils ont sans doute
permis d’éviter une guerre nucléaire, il propose que le prix Nobel
de la paix soit attribué à l’équipage du K-19. Il ne sera pas entendu.
Un an plus tard, à l’automne 1962, se produit la crise des
missiles de Cuba. Le monde a suivi, haletant, l’affrontement au
sommet entre John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev et la menace
d’un affrontement nucléaire. En apparence, tout s’est joué au plus
haut niveau. Vision rassurante d’un équilibre des terreurs contrôlé ;
en réalité, dans ces tout premiers temps de la dissuasion, on a frôlé
de beaucoup plus près la catastrophe.
Dans cette journée cruciale du 27 octobre 1962, les flottes
américaines et soviétiques jouent au chat et à la souris dans
l’Atlantique autour de Cuba. Le destroyer USS Beale poursuit le
sous-marin soviétique B-59 et tente de lui interdire de franchir la
ligne de blocus. Mais l’équipage du Beale ignore que ce sous-marin
est équipé de torpilles nucléaires. La situation à bord du B-59 est
critique. La tension est extrême et l’oxygène se fait rare. Pour sortir
de cette situation difficile, des officiers proposent au commandant
de tirer une torpille nucléaire contre le bâtiment américain. Cette
éventualité, qui entraînerait immédiatement les représailles
nucléaires américaines, est autorisée par le règlement de la marine
soviétique à condition que les trois plus hauts gradés de l’équipage
soient d’accord. Deux le sont, mais le troisième, un lieutenant,
refuse. Le sous-marin fait surface et s’avoue vaincu. L’irréparable a
été évité. Il s’en est fallu de la lucidité et de la responsabilité d’un
simple lieutenant pour que l’apocalypse ne se déclenche pas. Cet

officier, du nom d’Arkhipov, mériterait, à l’évidence, d’être mieux
connu de l’humanité.
Le lendemain, un accident malencontreux aurait pu changer
l’issue de la crise. Un tir d’essai de missile stratégique Titan II est
effectué à partir de Cap Canaveral en Floride. Un radar de
surveillance du territoire américain observe le tir et le considère
pendant quelques minutes comme une menace jusqu’à ce qu’on
s’aperçoive qu’il s’agit d’un missile américain. Le même jour, sur
la base de missiles Minuteman I de Malmström, dans le Montana,
en raison de la crise, on décide d’accélérer l’installation de ces
missiles en passant outre les procédures normales de sécurité, de
telle sorte que, lorsque le premier missile a été prêt, il était
possible à un simple opérateur de le lancer avec son arme nucléaire
vers une cible en URSS sans avoir à introduire le code de
lancement ! Par bonheur, dans ce contexte tendu, nul responsable
local ne prit une telle initiative.
Des faits comme ceux-là, il s’en est produit bien d’autres, dont le
public, à l’époque, n’eut aucune connaissance. Dès lors que la
guerre était évitée, il n’y avait rien de plus à dire. L’histoire
officielle du nucléaire militaire est donc extraordinairement lisse.
Une histoire stratégiquement correcte, c’est-à-dire faisant l’impasse
sur les drames, les erreurs et les horreurs qui ont accompagné tout
au long de ces années le développement des armes nucléaires aux
États-Unis et en Union soviétique. Il est temps aujourd’hui de faire
la lumière sur cette part d’ombre, non seulement pour la connaître
mais, plus encore, pour en tirer les enseignements et éviter des
catastrophes dans l’avenir.

INTRODUCTION

Tchernobyl et Fukushima,
quand les centrales cachent les bombes

Le nucléaire fait peur. Il est entré dans l’histoire par un acte de
terreur : les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Ces
terribles événements resteront à jamais inscrits dans la mémoire de
l’humanité. Depuis lors, aucune autre frappe n’a rappelé le souvenir
atroce de 1945. Mais le nucléaire civil a pris le relais pour imposer
l’image fantasmatique d’une menace pesant sur l’avenir de
l’humanité.
L’accident de la centrale nucléaire japonaise de Fukushima,
conséquence du tsunami de mars 2011, a soulevé l’émoi et
l’inquiétude dans le monde entier. Même si, au moment de
l’accident et dans les semaines après, il n’y eut aucun mort à
déplorer dû au nucléaire lui-même , un drame humain s’y est
déroulé, celui de dizaines de milliers de riverains de la centrale
obligés de quitter leurs habitations pour fuir les retombées
radioactives et les rayonnements. Un terrible constat fut fait au mois
d’août suivant par le gouvernement japonais : la zone voisine de la

centrale resterait interdite pendant des décennies. Le nuage
radioactif qui s’est échappé des réacteurs et le déversement d’eau
contaminée dans l’océan n’ont pas eu de conséquences immédiates
dramatiques sur la vie humaine, mais qu’en sera-t-il à plus long
terme ? L’accident nucléaire effraie parce qu’il hypothèque l’avenir.
Et pourtant, pour certains aspects, les agences se veulent
rassurantes. En septembre 2013, l’IRSN (Institut de radioprotection
et de sûreté nucléaire) français indique que la « quantité de césium
137 rejeté en mer durant les deux mois ayant suivi l’accident
équivaut à 3 % de celle dispersée par la totalité des essais
nucléaires dans le monde ». Et d’ajouter que l’augmentation de la
radioactivité en haute mer « est tellement négligeable qu’elle n’est
pas mesurable ».
L’accident de Fukushima a porté atteinte à l’environnement, au
moins dans les abords terrestres et maritimes de la centrale. Il
apparaît cependant moins catastrophique que Tchernobyl, dont le
vingt-cinquième anniversaire de la catastrophe a été commémoré
quelques semaines après l’accident japonais. Là s’est produit un
terrible drame humain et écologique. Six cent mille personnes
auraient reçu des doses de rayonnements dépassant les niveaux
admissibles. Parmi celles-ci, les statistiques officielles mentionnent
une cinquantaine de morts survenues dans les premières heures du
drame. D’après le Forum Tchernobyl tenu en 2005, le nombre total
de morts, dans les années à venir, pourrait être plus élevé mais
inférieur à 4 000. Un chiffre important mais, heureusement, loin des
dizaines, voire des centaines de milliers de morts annoncées par les
médias de l’époque . En vérité, rien n’est si difficile à établir que
l’effet différé des rayonnements. Tout de même, des dommages
comme l’augmentation significative des cancers de la thyroïde chez
les enfants ne font pas de doute. Entre 1986 et 2005, quinze enfants
de la région ont succombé à un cancer de la thyroïde. Ces

incertitudes face au risque radioactif ne font qu’amplifier les
craintes. En outre, à Tchernobyl comme à Fukushima, des dizaines
de milliers de personnes ont été déplacées de la zone contaminée
dont certains lieux ne pourront pas être réinvestis par l’homme
avant des décennies, peut-être plus.
Avant ces catastrophes, c’était le nucléaire militaire, épée de
Damoclès au-dessus de l’humanité entière, qui focalisait l’angoisse
atomique. Depuis 1986, le nucléaire civil l’a fait passer au second
plan. C’est pourtant le nucléaire militaire qui a placé l’ère
nucléaire sous le signe de la terreur : fait sans précédent dans
l’histoire, une arme était devenue capable de tuer quasi
instantanément un nombre considérable d’êtres humains,
respectivement 70 000 et 40 000 à Hiroshima et Nagasaki. Dans les
mois qui ont suivi, bien d’autres Japonais ont succombé aux effets
de ces explosions nucléaires. En décembre 1945, le nombre de
morts atteignait déjà 230 000. Les esprits ont été frappés par le
rapport terrifiant entre la taille réduite de l’arme – utilisant
« seulement » 6 kilos de plutonium – et ses effets dévastateurs : la
capacité destructrice de l’humanité avait pris une dimension
nouvelle. C’est pourquoi Hiroshima et Nagasaki marquent beaucoup
plus les esprits que les bombardements alliés la même année sur les
villes japonaises et allemandes avec des armes conventionnelles
qui, au total, ont fait plus de morts.
L’arme nucléaire est aussi inquiétante par ses conséquences que
par ses causes. L’explosif nucléaire met en jeu des forces inconnues
dans notre monde quotidien et ses effets se révèlent beaucoup plus
sournois que ceux des armes conventionnelles. Au Japon, les
bombardements de 1945 ont continué à tuer pendant des années. Ces
maléfiques et imperceptibles radiations, ces morts différées sont
terrifiantes, elles font naître des réactions émotionnelles. Les morts

ne sont pas toutes également ressenties, celles que provoque le
nucléaire frappent les esprits et inspirent une véritable terreur.
À Fukushima, le monde a davantage été impressionné par les
victimes potentielles de l’accident nucléaire que par les
15 881 morts et les 2 668 disparus du tsunami. Comme si ces
derniers relevaient de la fatalité tandis que les premiers étaient à la
charge des hommes. Dans le même ordre d’idée, on pourrait mettre
en parallèle les morts d’Hiroshima, de Nagasaki, de Tchernobyl et
ceux, incomparablement plus nombreux, des accidents sur les routes
de France ou dans les conflits depuis 1945. Pourquoi tant de
résignation dans un cas et tant d’indignation dans l’autre ?
Depuis vingt-cinq ans, les médias ont circonscrit le risque
nucléaire aux centrales civiles en faisant peu de cas des drames
passés liés aux armements de la guerre froide et des risques qu’ils
ont fait et font encore courir. Cette période allant de 1947 à 1991 a
été marquée par la prolifération des armements nucléaires, elle a
surtout vu la mise en place de la dissuasion nucléaire qui a
probablement permis d’éviter une troisième guerre mondiale
inscrite dans la logique géostratégique de la guerre froide. Mais les
peuples ignorent les conflits auxquels ils ont échappé. On a oublié
que l’armement nucléaire a rendu la guerre impossible entre pays
qui la possèdent, mais, en même temps, on a également ignoré les
terribles drames humains et écologiques qu’ont entraînés leur
fabrication et leur stockage, drames dont nous payons encore le prix
aujourd’hui.
Le nucléaire civil n’est donc que la partie émergée et médiatisée
de l’iceberg des catastrophes et des accidents nucléaires qui ont
débuté, non pas avec Tchernobyl, mais, trente ans plus tôt, avec le
nucléaire militaire. En URSS, ils ont entre autres noms Kychtym,
Semipalatinsk, la Nouvelle-Zemble, la mer de Kara, la mer

Blanche, Komsomolets, K-8. Les conséquences de ces catastrophes
et accidents ont été et sont encore des drames aussi terribles que
celui de Tchernobyl. Depuis 1957, la région de Kychtym, près de
Tcheliabinsk dans l’Oural, est toujours interdite au retour des
dizaines de milliers d’habitants naguère évacués. Le nucléaire
militaire soviétique arrive très largement en tête des statistiques des
drames sur toute la période. Drames humains, tout d’abord. Ce sont
en effet des dizaines de milliers de morts et des centaines de
milliers d’irradiés, peut-être même des millions, parmi les
populations civiles, les militaires et les prisonniers des goulags
qu’il faut retenir. Ces drames, pour la plupart, ont été cachés, car ils
cumulaient toutes les formes de secret. Secret propre à la
complexité du nucléaire, domaine difficilement compréhensible ;
secret propre au monde de la défense, qui échappe aux règles de la
transparence démocratique ; secret, enfin, du système soviétique,
qui a érigé la dissimulation et le mensonge en système de
gouvernement. Mais, peu à peu, le voile s’est déchiré au point de
faire apparaître un affligeant tableau aux plans humain et
environnemental. À cela s’ajoute en effet le drame écologique et
sécuritaire des systèmes nucléaires perdus dans les mers au cours la
guerre froide. Ce sont les cinq sous-marins soviétiques qui ont
sombré avec leurs réacteurs, leurs missiles, leurs têtes et leurs
torpilles nucléaires dans l’Atlantique, les Bermudes, le Pacifique et
les mers de Barents et de Kara (voir carte 1). Ce sont les dizaines
de milliers de conteneurs de déchets radioactifs, de réacteurs
nucléaires de sous-marins volontairement coulés pour s’en
débarrasser (voir carte 1).
En définitive, la guerre froide, qui a engendré une intense activité
nucléaire militaire, nous a laissé un terrible héritage. Et, dans ce
funeste paysage, l’Union soviétique apparaît comme le plus grand
pollueur, à la fois parce que la sécurité des populations et la

préservation de l’environnement n’étaient pas des préoccupations
majeures, ni même mineures, en regard de la compétition avec
l’Occident, mais aussi à cause d’erreurs humaines et de
comportements souvent irresponsables à tous les niveaux, y compris
au sommet de l’État. Se pose alors l’angoissante question de savoir
si ces carences de l’État soviétique et les défaillances humaines
de l’époque ont définitivement disparu dans la Russie d’aujourd’hui
et si l’état actuel de ses systèmes nucléaires hérités de l’Union
soviétique est satisfaisant au plan de la sécurité. Les nombreux
accidents et catastrophes survenus depuis la fin de l’URSS ne
peuvent que nous interpeller. Ce problème est important non
seulement pour les Russes, mais aussi pour les pays riverains de la
Russie et même ceux plus lointains. En d’autres termes, sommesnous
à l’abri d’une nouvelle catastrophe nucléaire en Russie, voire
dans d’autres puissances nucléaires ?
Les États-Unis, dont l’arsenal militaire était aussi important que
celui de l’URSS, ont accordé plus d’attention à la sécurité et n’ont
pas eu à faire face à autant de catastrophes. Pourtant, la perte en
mer et sur terre de nombreuses bombes atomiques par des
bombardiers américains est frappante, d’autant que toutes n’ont pas
été récupérées. Et n’oublions pas que deux sous-marins nucléaires
américains gisent toujours au fond de l’Atlantique.
L’équilibre de la terreur a permis de ne connaître qu’une guerre
« froide » et pas un conflit ouvert qui aurait fait des millions de
morts, mais on doit se demander, cinquante ans plus tard, si cette
paix n’a pas été payée à un prix exorbitant, ou si elle n’aurait pas pu
être obtenue à moindre coût. Ces armes nucléaires perdues
constituent-elles une menace pour l’avenir ? Ne risquent-elles pas
d’exploser ou de contaminer les océans et toute la chaîne
alimentaire ? Que dire par ailleurs de la quantité de radioéléments

libérée par plus de 2 400 explosions nucléaires expérimentales
atmosphériques, océaniques ou souterraines, sur plus de quarante
ans, par les cinq grandes puissances nucléaires, qui a été de très
loin supérieure à celle dégagée par la centrale de Fukushima ? La
démesure concerne aussi la constitution des arsenaux nucléaires.
À son plus fort, vers 1985, plus de 70 000 armes nucléaires étaient
déployées aux États-Unis, en URSS et en Europe. Des milliers
de tonnes de plutonium et d’uranium enrichi ont été fabriquées,
transformées en armes nucléaires et stockées. En 1967, les États-
Unis possédaient 32 500 armes nucléaires ; or l’on sait que, pour
faire jouer l’équilibre des terreurs garant de la paix, quelques
centaines, voire quelques milliers, auraient suffi. Le monde s’est
donc lancé dans un fantastique surarmement nucléaire dont il a la
plus grande peine à sortir. Aujourd’hui, plus de 16 000 armes
nucléaires sont toujours opérationnelles ou stockées et neuf pays en
possèdent, États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Israël,
Inde, Pakistan et Corée du Nord, auxquels pourrait venir se joindre
l’Iran dans quelques années (voir annexe 2).
Alors que le risque de guerre nucléaire entre les superpuissances
d’hier a quasiment disparu, c’est la prolifération nucléaire et
balistique dans le monde qui inquiète désormais. D’autant qu’elle
est le fait non pas de grandes puissances stables, pacifiques et
démocratiques, mais de pays souvent en marge de la communauté
internationale et qui peuvent même avoir partie liée avec des
groupes terroristes, Al-Qaida en tête. Dès la chute de l’URSS, on a
signalé la disparition d’un certain nombre d’armes nucléaires et de
matières fissiles de l’arsenal russe. Où sont-elles ? Dans le risque
nucléaire, le militaire et le civil sont bien souvent liés et le
développement des activités pacifiques dans le monde crée un
terrain favorable à la mise au point, le plus souvent clandestine,
d’un armement d’autant plus dangereux que moins sophistiqué. La

liste des pays qui se dotent d’installations nucléaires civiles
s’allonge, celle des industriels fournisseurs de centrales également.
Ces nouveaux acteurs ont-ils une expérience et une culture
suffisantes de la sécurité permettant de ne pas faire courir de
nouveaux risques ?
Le XX siècle a sans doute été le siècle le plus terrible de
l’histoire de l’humanité. Non seulement il a été marqué par deux
guerres mondiales, mais il a vu l’avènement de l’ère nucléaire.
Cette maîtrise de l’énergie de la matière a bien sûr débouché sur
des applications civiles dont il est difficile aujourd’hui de se
passer : production d’électricité, applications médicales et
industrielles notamment, mais aussi sur l’arme nucléaire et
thermonucléaire. Pour la première fois de son histoire, l’homme
s’est donné la capacité de rayer toute vie de la surface de la Terre.
Ce même XX siècle a aussi vu l’homme briser ses chaînes
terrestres. En 1957, il réalisait le premier satellite artificiel et,
douze ans plus tard, il marchait sur la Lune, transformant en réalité
un rêve millénaire. Mais les fusées sont aussi des missiles qui font
planer sur le monde la menace des bombes nucléaires. Ces erreurs
et ces horreurs, ces désordres et ces désastres sont le fruit d’une
histoire qu’il importe de retracer et d’en faire l’inventaire.


1 Toutefois, 1 415 habitants de la région seraient morts des conséquences de la
catastrophe, c’est-à-dire des dégradations de leurs conditions de vie, du stress, de la
fatigue, d’aspects psychologiques. En juillet 2013, Tepco, l’opérateur de la

centrale nucléaire de Fukushima, annonçait que 1 973 salariés avaient été fortement
irradiés après l’accident, c’est-à-dire à des doses supérieures à 100 millisieverts (voir
annexe 1).
2 Toutefois, comme pour Fukushima, plusieurs milliers de personnes seraient
décédées de la fatigue, du stress, et de séquelles psychologiques.


CHAPITRE 1
La guerre froide :
un demi-siècle de folie nucléaire

suite…

Le-livre-noir-du-nucleaire-militaire

ATLAS DE LA FRANCE TOXIQUE


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Auteurs : Bonnemains Jacky – Nithart Charlotte – Bossard Christine
Ouvrage : Atlas de la France toxique
Année : 2016

 

 

 

INTRODUCTION

Robin des Bois est souvent caché, toujours
persistant et influent. Pour se battre, il faut
d’une certaine manière ressembler à ses
ennemis. Ça tombe bien, pour vivre heureux,
les pollueurs vivent cachés et les pollutions
sont toujours persistantes et influentes.
Les armes favorites de Robin des Bois sont
l’indépendance à ne pas confondre avec l’isolement,
la documentation à ne pas confondre
avec la paperasse et la capacité d’être sur
plusieurs fronts à la fois grâce à des antennes
relais et à de fréquents changements d’orbite.
Pour fêter ses trente et un ans, l’organisation
a mis en chantier nuit et jour, six mois
durant, ce bateau d’anniversaire qui aide à
naviguer dans une France pleine de récifs et
de triangles des turpitudes.

PAS D´ARMISTICE POUR
LES DÉCHETS DE GUERRE
C’était à 15 km de Verdun, dans la forêt
de Spincourt. À partir de 1920, plus de
200 000 obus à gaz ont été vidangés et
brûlés par le personnel sacrifié d’un récupérateur
-recycleur de métaux concessionnaire du
ministère de la Guerre. Presque cent ans après,
sur 80 m de long et 40 de large, au lieu-dit
Place à gaz, la forêt est marquée au fer rouge.
Les arbres et les fougères refusent de s’implanter.
Seul un tapis de mousse rase
tolérante à l’arsenic s’aventure sur le sol
dénudé. La Place à gaz est un mémorial
vivant de la guerre de 1914-1918. À 5 km
de là, trois nouveaux sites de destruction
de munitions viennent d’être localisés en
pleins champs. En attendant d’y voir plus
clair, les céréales et le lait sont détruits et
les vaches mises sous séquestre.
La France est une grande mutilée de
guerre. Elle n’est pas sortie indemne de
trois guerres durant lesquelles des armes
de destruction massive ont été testées et
couramment utilisées. Les munitions conventionnelles
ont été conçues pour déchiqueter
les corps et raser le bâti, les munitions
chimiques pour empoisonner, faire vomir
et troubler la vue. L’arsenal caché, soumis à
la corrosion, aux vibrations, aux dilatations
climatiques, à la déformation des horlogeries
internes depuis 75, 100 ou 150 ans pour
la guerre de 1870, pollue et est en capacité
de tuer. Les munitions rouillées libèrent
des composés toxiques persistants, solubles
dans l’eau et par ailleurs utilisés comme
pesticides. Les munitions tirées et non explosées
dorment dans les forêts, à portée des
cueilleurs de champignons. Les sucreries
récoltent chaque année au bout des trieuses
à betteraves des centaines de grenades
et d’obus. Dans des lacs, des grottes, des
gouffres et des terroirs éloignés des
lignes de front subsistent des décharges
d’après-guerres. Les grands chantiers
sont retardés après des découvertes de
bombes par les pelles mécaniques. En
cinq ans, plus de 100 000 personnes
ont été évacuées en attendant que les
démineurs remplissent leur délicate et
impérieuse mission. À ce rythme, les
équipes de déminage auront fini de sécuriser
le sol français dans 700 ans.
C’était sur l’île de Groix, dans la nuit du
7 septembre 2014, dix jeunes gens allument
un feu de camp sur la plage des Sables Rouges.
Vers 2 heures du matin, c’est le drame. Un
homme de 26 ans est tué sur le coup, un autre
est grièvement blessé. Un obus français de
1915 enfoui dans le sable s’était échauffé et
avait fini par exploser. Les citoyens ont droit à
l’information sur les risques majeurs auxquels
ils sont soumis. Groix et le Morbihan sont
marqués par le risque des engins de guerre,
mais ni la mairie ni la préfecture ne délivrent
d’information préventive.

PERCHLORATES :
LES REVENANTS
Dans le Nord et le Pas-de-Calais,
la nouvelle est tombée en 2012
quelques jours avant la commémoration
de la fin de la Première Guerre
mondiale. Finis les biberons avec du lait en
poudre et de l’eau du robinet pour les bébés
jusqu’à 6 mois ! Finis les verres d’eau et la
cuisine avec l’eau du robinet pour les femmes
enceintes et allaitantes ! Les sels de perchlorate
dans l’eau potable dépassent les seuils
fixés par les autorités sanitaires
dans 544 communes de ces deux
départements. La cible favorite
de ces perturbateurs endocriniens
est la glande thyroïde.
Selon les dernières recherches,
ils retardent le développement
intellectuel des enfants.
Un siècle après, 1914-1918 frappe encore.
Les pollutions de la guerre ne font jamais
la trêve. Les restrictions d’accès à l’eau
potable se sont propagées dans dix départements.
Les perchlorates étaient utilisés par
les armées allemandes, françaises et alliées
comme propulseur et comme explosif dans
les bombes et les munitions d’artillerie. Plus
d’un milliard d’obus ont été tirés.
Chacun des deux belligérants croyait en une
guerre éclair. Elle a muté en guerre d’usure.
L’épuisement rapide en Allemagne et en
France des réserves stratégiques de nitrate
importé du Chili a poussé les industries de
poudres et d’explosifs à formuler des produits
de substitution.
La cartographie des communes touchées
par la pollution des eaux se confond avec les
lignes de front et avec les sites de neutralisation
des obus après la guerre. Des
ferrailleurs avaient alors regroupé les munitions
abandonnées en surface et en faible
profondeur et exploité des déchetteries de
plein air où elles étaient triées, démontées,
vidées au péril des travailleurs.
Le cuivre, l’étain, l’acier étaient
recyclés et les poudres explosives
utilisées comme engrais dans
l’agriculture.
L’impact chimique des trois
guerres de 1870, 1914-1918 et
1939-1945 sur les sols, sous-sols
et les eaux souterraines n’a jamais été
méthodiquement étudié. Des anomalies en
cuivre et en zinc avaient bien été repérées
dans les eaux souterraines au sud de Verdun
dès 1975, mais elles avaient été vite reléguées
au rang de curiosités historiques et
occultées.
Le repérage récent des perchlorates dans l’eau
alimentaire préfigure d’autres découvertes
fâcheuses comme l’arsenic et l’antimoine
utilisés comme durcisseurs des balles, ou le
mercure et le plomb utilisés comme amorces
dans les obus, si toutefois les recherches sont
poursuivies.

DÉCHARGES SOUS-MARINES
DE MUNITIONS
Après 1914-1918 et 1939-1945, la mer
a été considérée comme le meilleur
dépotoir pour assurer la sécurité des
générations futures. L’océan a été pris pour un
dessous de paillasson. Après novembre 1918,
des millions de munitions chimiques ou
conventionnelles ont été immergées. Après
septembre 1945, des cargos remplis d’armes
ont été torpillés. Soixante-dix ans plus
tard, les épaves se délabrent. Autour, rien
ne pousse et rien ne bouge ; les
teneurs en arsenic dans les sédiments
approchent 100 mg/kg.
Seuls des filets de pêche fantômes
agrippés aux coques volent au
fil de l’eau. Les pêcheurs sont les
plus exposés lorsque les chaluts
« crochent » ces épaves ou lorsqu’ils
remontent des bombes au
milieu des poissons.
La vitesse moyenne de corrosion des munitions
est de ± 1 mm par an. Entre 100 et
1 000 ans, elles seront mangées par la rouille
et les poisons contamineront sans entrave la
faune et la flore des fonds marins. L’appellation
de bombe à retardement leur convient
parfaitement.
Quant aux dangers immédiats, ils proviennent
des activités de pêche, des dragages et des
chocs susceptibles de réveiller les munitions
dormantes. Dans la Manche, en face des
centrales nucléaires de Penly et de Paluel, un
séisme de 4,4 degrés sur l’échelle de Richter
a semé le trouble. La destruction volontaire
d’une bombe américaine par un chasseur de
mines avait entraîné par contagion l’explosion
d’une épave pleine de munitions. C’était
en 1999. Après les tempêtes, des munitions
roulent et s’échouent sur les plages.
Certes, plusieurs pays européens ainsi que
la Russie s’inquiètent des effets différés de
cette erreur stratégique, mais l’immobilisme
règne. La Convention sur les
armes chimiques signée en 1995
exempte les pays signataires de
toutes obligations pour les munitions
immergées avant 1985.
La France est l’un des pays
qui en fait le moins à ce sujet.
Depuis 2003, le Code de l’environnement
autorise l’immersion
des munitions ne pouvant être éliminées à
terre sans présenter de risques graves pour
l’homme et son environnement. C’est seulement
en 2017 que l’usine SECOIA (Site
d’élimination des chargements d’objets identifiés
anciens), à Mailly-le-Camp dans l’Aube,
devrait réaliser ses premiers essais de destruction
sécurisée des munitions chimiques.
Depuis les deux dernières guerres mondiales,
les décharges sous-marines ont prospéré
et se sont enrichies de munitions périmées
ou invendues, de boues de dragage et dans
certains cas de déchets nucléaires.

BOUES DE DRAGAGE,
LE VICE CACHÉ
a ressemble à un champignon
atomique renversé. C’est une bombe
chimique et bactériologique, une
avalanche qui recouvre en quelques minutes
les peuples du fond de la mer. La catastrophe
se passe en face de chez vous jour et nuit par
10 à 20 mètres de fond. La flore est tuée sur
le coup, la petite faune suffoque. Une drague
vient de faire son travail et recommencera
dans quelques heures. Depuis qu’il y a des
armateurs, des amiraux et des pouvoirs
publics, les dragages sont présentés comme
indispensables à la sécurité de
la navigation. C’est la dictature
du tirant d’eau. Du porte-conteneurs
au voilier de course,
les navires sont gagnés par le
gigantisme. Il faut toujours plus
creuser les ports et les chenaux d’accès.
Chaque année, 60 millions de tonnes de
boues sont extraites dans les fonds des
ports de commerce et militaires, des ports
de pêche et de plaisance, des embouchures
et des estuaires. Les eaux côtières représentent
7 % de l’océan et produisent plus de
matières vivantes que les 93 % restants. C’est
ici, sur les côtes, que les boues de dragage
sont immergées. Moins on va loin, moins ça
coûte cher.
Les boues de dragage ne sont plus les gadoues
que des « maries-salopes » allaient naguère
balancer hors des ports. Aujourd’hui, elles
contiennent des antibiotiques, des pesticides,
du fioul. Les vases des estuaires et des
ports sont la lie de la société de consommation.
Le cocktail est toxique pour le monde
marin. Bon an mal an, la France, par ses
dragages, immerge délibérément dans les
eaux littorales 3 t de mercure industriel, soit
3 millions de grammes. Quelques milliardièmes
de grammes suffisent à nuire aux
planctons, base des chaînes alimentaires
marines.
L’immersion des sédiments portuaires
réveille et disperse les cellules
dormantes phytoplanctoniques,
tel Alexandrium
minutum, ennemi des ostréiculteurs.
De même, des bactéries
E. coli et d’autres pathogènes
attendent des jours meilleurs dans la matrice
des sédiments. Remobilisés par les dragages
et immergés, ils trouvent dans les décharges
sous-marines des nutriments et des conditions
favorables à leur reviviscence. Gare
aux gastros d’été, même si par précaution les
dragages près des stations balnéaires sont
suspendus de mai à septembre.
L’exposition des oeufs de poissons, des larves,
puis des juvéniles aux eaux troubles des
dragages provoque une mortalité excessive
et perturbe la reproduction et la croissance.
Le monde de la mer a besoin de transparence.

COQUILLAGES INSALUBRES
Deux millions et demi de Français
pratiquent la pêche de loisir. Le
pillage est gratuit. Des cars venus
de toute la France débarquent au moment
des grandes marées, y compris sur les
plages interdites pour des raisons sanitaires.
Cratères dans le sable, pierres basculées, la
plage ressemble à un champ de mines au
crépuscule après le départ des « gratteurs ».
En Méditerranée, le ramassage s’effectue
aussi à la nage.
Aux huit millions d’habitants
vivant sur le littoral, s’ajoutent des
millions de touristes en période
estivale. Chacun rejette chaque
jour 180 l d’eaux usées chargées
de germes pathogènes d’origine
fécale, de résidus de médicaments
et de produits d’hygiène corporelle. Ces eaux
usées sont pour la plupart canalisées vers les
stations d’épuration, mais les fonctionnements
dégradés et les débordements y sont
fréquents. Les élus préfèrent courageusement
accuser les fientes de cormoran, les crottins
de cheval et même les bouses des éléphants
de cirque en promenade sur la plage. Il suffit
d’un litre d’eaux usées pour polluer 50 000 l
d’eau de mer.
Avant d’être prélevés, les oursins, les
palourdes, les coques, les praires, les tellines,
les moules et les huîtres ont déjà été victimes
de trois agressions :
• les germes pathogènes, bactéries et virus,
principalement responsables de gastroentérites,
diarrhées, nausées et vomissements.
Une cuisson longue est obligatoire.
• les planctons toxiques dont le développement
est accru par les rejets de dragage et
qui émettent des toxines diarrhéiques, paralysantes
et amnésiantes. Celles-ci résistent
à la cuisson.
• les polluants chimiques et radioactifs venus
de l’industrie, de l’agriculture et des accidents
maritimes. Une consommation
prolongée peut induire des maladies
graves sur le long terme.
Aux interdictions permanentes
s’ajoutent des interdictions temporaires
après des orages, des
inondations, des rejets accidentels
ou des arrivées massives d’algues vertes.
Dans certains cas, les limites d’interdiction
s’arrêtent comme par miracle aux frontières
d’une commune. La vigilance s’impose. Les
mairies sont encore peu communicantes dans
ce domaine. Les préfectures, les directions
interrégionales de la mer et la presse locale
sont les meilleures sources d’information.
Une quarantaine d’épisodes d’intoxications
alimentaires collectives sont recensés chaque
année en France. Les intoxications individuelles
sont innombrables. Le plus prudent est de
s’approvisionner auprès des professionnels
de la conchyliculture.

PCB :
717 SITES TERRESTRES POLLUÉS
Les polychlorobiphényles – PCB – sont
des tueurs en série. Ces hydrocarbures
chlorés étaient, dans les années 1930,
produits aux États-Unis par Monsanto. Ils
se présentent sous la forme d’une huile
visqueuse, odorante et incolore virant vers
le jaunâtre. Ils se sont répandus dans le
monde entier avant d’être bannis à l’aube de
l’année 2000. À leur manière, les PCB sont
des cousins de l’amiante, des bons à tout qui
eux aussi se sont introduits dans
les maisons et les usines. Résistants
au feu, à la rouille, à la pluie,
ils ont reçu plusieurs médailles.
Les électriciens et les assureurs les
ont adorés. Mettre du PCB dans un
transformateur électrique, c’était y mettre un
pompier. Stabilisants, plastifiants et liants,
les PCB ont été très sollicités. Ils ont été associés
à des pesticides, des peintures, des encres,
des textiles, des mastics, des caoutchoucs, des
bitumes, des adhésifs, du linoléum et même
des chewing-gums. Monsanto les commercialisait
sous la marque Asbestol, Westinghouse
sous le nom d’Inerteen. Rhône-Poulenc,
principal producteur français installé à Pontde-
Claix dans l’Isère, avait trouvé le nom
génial et doux de pyralène. Les agences de
communication avaient oeuvré pour effacer les
souvenirs traumatisants du chlore, première
arme chimique du xxe siècle : tentative réussie
d’« édulchloration » !
En réalité, le pyralène est un méchant. Dès
1937, Monsanto savait que les PCB étaient
toxiques et provoquaient en cas de contact ou
d’exposition prolongée des dermatoses spécifiques,
les chloracnés.
Aujourd’hui, les PCB sont classés comme
cancérogènes certains par le Centre international
de recherche sur le cancer et
reconnus par l’ONU, les conventions internationales
et l’Union européenne comme
des polluants majeurs, persistants,
transfrontières et transgenres.
Ils s’accumulent dans les chaînes
alimentaires, retardent la croissance,
abaissent les défenses
immunitaires et les capacités de
reproduction. Seuls ou en bande organisée
avec d’autres polluants, les PCB entravent les
capacités intellectuelles des jeunes enfants.
En prime, pris dans des incendies, ils dégagent
des nuages de dioxines et de furannes qui se
déposent sur les végétaux, les voiries et les
bâtiments et aggravent la contamination
sanitaire, environnementale et urbaine.
Rassemblées en grappes ou disséminées
sur les territoires, des centaines de friches
industrielles continuent de distiller goutte
à goutte les PCB dans les sols et dans les
eaux. Les transformateurs abandonnés sont
vandalisés pour en extraire le cuivre et les
PCB liquides sont alors vidangés dans les
sols et les cours d’eau.

PCB, PAS UN FLEUVE
OU BASSIN ÉPARGNÉ
En 1966, le biologiste Sören Jensen
détecte en Suède dans les viscères
de 200 brochets et dans les plumes
d’un aigle prédateur de poissons une mystérieuse
molécule. Entrée sournoisement dans
les milieux aquatiques, elle a la vie dure et
résiste à un bain de plusieurs heures dans
de l’acide sulfurique en ébullition. Jensen
redoute qu’elle ne soit diffusée partout. Il en
a la preuve en analysant les cheveux de son
épouse et de ses trois enfants. Détail
inquiétant, c’est dans les cheveux de
la petite dernière en cours d’allaitement
que les traces sont les plus
importantes. Après des recherches
fébriles et des échanges avec des
industriels de la chimie allemande,
Jensen découvre l’identité des envahisseurs.
Il s’agit des PCB.
Deux ans plus tard, aux États-Unis et en
Angleterre, les PCB sont repérés dans les foies
et les oeufs des oiseaux de mer. Au début, cette
histoire de « mouettes empoisonnées » est prise
à la légère par l’état-major de Monsanto, mais
la plaisanterie tourne vite court. Deux ans plus
tard, les PCB sont découverts dans les oeufs
des manchots Adélie en Antarctique et dans
les poissons des lacs canadiens en Arctique.
Monsanto comprend vite le danger. Redoutant
des actions en justice aux États-Unis ou
un appel à l’interdiction totale des PCB à l’occasion
de la Conférence des Nations unies sur
l’environnement de 1972, la multinationale
annonce qu’au plus tard en mars 1971, toutes
les livraisons destinées à des usages ouverts
et dispersifs seront définitivement arrêtées.
« Nous voulons rester maîtres de notre destin
plutôt que d’être submergés par un raz de
marée d’émotions populaires. » L’objectif de
la manoeuvre était de sauver 70 % du marché,
celui des équipements électriques qualifiés
de systèmes clos confinant les PCB et les
empêchant de s’introduire dans l’environnement
global.
Monsanto a réussi à imposer sa doctrine
pionnière de « l’usage contrôlé » des
PCB. C’est seulement en 1976 que leur
vente a été totalement interdite aux
États-Unis et en 1987 en France.
Pourtant, dès 1975, des teneurs fortes
en PCB avaient été décelées dans les
vases, les mousses et les algues du Furans,
un petit affluent du Rhône. De la perche au
brochet, tous les poissons étaient contaminés
par deux sources locales, un égout communal
et une usine de charcuterie.
Aujourd’hui, les PCB n’épargnent aucun fleuve
et bassin versant. Les chaînes alimentaires
aquatiques sont imprégnées. Les anguilles qui
vivent préférentiellement dans la vase sont les
plus contaminées. Les excréments des loutres
qui raffolent des anguilles sont pleins d’arêtes
et de PCB. Même les sardines et les crabes de
la baie de Seine sont empoisonnés.

PARIS
Vingt-deux kilomètres de Seine, de
bassins et de canaux pollués par les
PCB. Dans le canal Saint-Martin,
poisons et poissons sont encore plus proches
que dans le dictionnaire.

LES ENFANTS DE PLOMB
Entre 1995 et le premier semestre 2014, l’Institut
de veille sanitaire a dépisté 7 527 cas
de saturnisme dont 2 162 à Paris. Les peintures
au plomb, les écailles, les poussières,
les décapages sans précaution
des logements et des parties
communes sont en cause. Le saturnisme
serait en régression, mais
les experts estiment qu’il est trop
tôt pour baisser la garde. Malgré
une interdiction prononcée
en 1949, l’usage des peintures au
plomb par les professionnels s’est
poursuivi jusqu’en 1974 et par les particuliers
jusqu’en 1983. Le plomb est toxique. Chez
les enfants, il diminue le quotient intellectuel,
induit des troubles du comportement,
de l’humeur et des retards de croissance. Les
signes cliniques de la contamination ne sont
pas spécifiques ou immédiatement perceptibles.
Le saturnisme avance masqué.

PARIS ASSIÉGÉ
Les pollutions agressent le patrimoine.
Notre-Dame, construite en calcaire lutétien
comme le Louvre et l’église Saint-Eustache,
se desquame sous l’action des suies chargées
d’acides sulfurique et nitrique et se
couvre de croûtes noires et grises. L’air
de Paris au xxie siècle ressemble à celui du
xviiie siècle. Airparif rappelle que les particules
dispersées dans l’air sont émises
notamment par le chauffage au bois. Les
statues des rois de Juda au-dessus des trois
portails de la cathédrale ont été décapitées
en 1793. Les têtes ont été retrouvées lors
de travaux souterrains en 1977.
Elles portent sur les visages
des taches sombres provenant
de l’exposition aux suies de la
combustion de bois.
Pour le dioxyde d’azote, pneumogène,
l’objectif de qualité sanitaire
est couramment dépassé sur
600 km de voiries et dans leur
zone d’influence. Deux millions d’habitants
sont touchés. Pour le benzène cancérogène,
l’objectif de qualité est dépassé le long de
90 km de rues et d’axes routiers. Pour les
particules ultrafines, tous les poumons
des mammifères parisiens sont eux aussi
confrontés au dépassement des objectifs de
qualité.
Intramuros où prolifèrent des chantiers sans
gêne, de plus en plus de cobayes ressentent
les particules de bruits, émises par le trafic
ou les activités domestiques, entrer par

effraction dans leurs oreilles et traverser
leurs membranes corporelles. Les bruits sont
des perturbateurs endocriniens. Ils peuvent
rendre dépressif ou agressif. Chaque Parisien
perdrait 7,3 mois de vie en bonne santé
par la faute des mix de décibels terrestres
et aériens.

PÈRE-LACHAISE
Le crématorium est en surchauffe. Malgré
l’installation en 2008 de filtres haute
performance en sortie des cheminées
trop courtes, le Père-Lachaise est dans le
peloton de tête des émetteurs industriels de
mercure de la région parisienne avec l’incinérateur
d’ordures ménagères de Créteil,
dans le Val-de-Marne. Le mercure gazeux
du Père-Lachaise provient en partie de la
fusion des amalgames dentaires. Le crématorium
historique est habitué aux matières
dangereuses. Dans la décennie 1900-1910,
il consommait 50 m par mois de toile
d’amiante qui permettait l’incinération
des corps sans mélanger les cendres et les
combustibles.

SUR LES PAVÉS L´AMIANTE
Les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont
parfois des idées géniales. On connaît les
ronds-points, on connaît moins l’application
principalement sur les chaussées pavées
d’enrobés amiantés entre 1970 et 1995.
L’amiante était censé résister à l’abrasion
du trafic routier et prolonger la durée de vie
des revêtements. Les fibres d’amiante ont
contribué à l’empoussièrement de Paris. Le
cadavre a été sorti du placard en 2013, alors
que les inventaires obligatoires d’amiante
pour les lieux accueillant du public devaient
être achevés fin 2003. En l’état actuel des
connaissances, 836 000 m2 de voiries amiantées
sont identifiés.

ENFANTS SUR TENSION
Cas unique en France, 85 km de lignes très haute tension (THT) de 225 000 volts
se faufilent sous Paris dans des galeries à peine souterraines affleurant les
trottoirs et les rues, à 3 m des rez-de-chaussée, des entresols, des terrasses
de café et autres lieux publics. Elles émettent des champs électromagnétiques
d’extrêmement basse fréquence (EBF) classés depuis 2002 comme
cancérogènes possibles pour l’espèce humaine. Les champs EBF sont en
particulier soupçonnés de favoriser le déclenchement de leucémies infantiles
et pourraient être impliqués dans le développement de pathologies neurodégénératives.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de
l’environnement et du travail recommande de ne pas installer de nouvelles
crèches et écoles primaires à proximité immédiate des lignes THT aériennes
et de ne pas implanter de nouvelles lignes au-dessus de tels établissements
sensibles. L’Agence sanitaire n’a pas pris en compte les lignes THT qui passent
au-dessous et n’a pas de mot pour les familles qui élèvent des enfants du
berceau au vélo à quelques mètres d’une ligne THT enfouie. Son altesse EDF
toute dévouée à l’intérêt général et au renforcement de la capacité électrique
au sein de la Ville lumière écrase les intérêts particuliers. Elle écarte
d’un revers tous les risques sanitaires des lignes THT enfouies ainsi que les
risques acoustiques, vibratoires et chimiques des 38 sous-stations électriques
souvent comprimées sur 300 m2 dans un tissu urbain dense, alors
qu’en milieu rural elles s’étalent sur 2 ha protégés à l’écart des habitations.

LYON

suite…

Atlas-de-la-France-toxique

Les alternatives aux pesticides se développent partout… sauf en France


En France, le développement des alternatives naturelles aux pesticides reste un parcours du combattant. La faute aux règlements européens, affirme le ministère de l’Agriculture. Les préparations à base de composants naturels s’échangent pourtant sans problème dans plusieurs pays européens. Enquête sur ces alternatives aux pesticides.

 

« Vous voyez cette préparation ? Elle est à base d’ortie et de luzerne et vise notamment à stimuler la croissance des végétaux, à renforcer les défenses et à repousser les pucerons. » Nous sommes près d’Estella en Navarre (Espagne), dans la ferme de Cruz García et de son fils Rubén. Ils ont créé une entreprise familiale qui élabore et vend des extraits de plantes, sans aucun type de conservateur ou d’additif. Ils combinent leurs préparations avec de la valériane, de la sauge, de la lavande, de la camomille, du mille-feuille ou de la consoude. Et n’hésitent pas à les goûter. « Il faut se rappeler que nous sommes faits d’eau et de plantes que nous mangeons », lance Cruz, un brin provocateur. Vous l’aurez compris : ici, point d’engrais chimiques et de cocktails de molécules toxiques allègrement produits par Monsanto, BASF, Bayer ou Syngenta.

La grande fierté de l’entreprise familiale est d’être parvenue à soigner par les plantes des vignes abîmées par la grêle, ou à épaissir et rendre plus vigoureux les sarments. Ce jour-là, ils s’apprêtent à expédier plusieurs dizaines de bidons à un grand viticulteur. « 90 % des produits que nous vendons sont à destination d’agriculteurs conventionnels, précise Rubén. Deux de leurs produits sont actuellement commercialisés en Espagne. Ils n’ont rencontré aucune difficulté avec l’administration pour mettre leurs produits sur le marché, assure Ruben. Ils ont simplement rempli un formulaire de demande, et fourni une étude sur l’efficacité de leurs préparations.

EspagneFrance : 1-0

En France, la réglementation est beaucoup plus complexe et coûteuse : la commercialisation de ces préparations requiert l’inscription de leurs substances actives sur une liste communautaire, au même titre que les produits chimiques. 40 000 euros, c’est le coût moyen pour le dépôt d’un dossier. Résultat : aucune « préparation naturelle peu préoccupante », c’est-à-dire à base de composant naturel [1] n’est aujourd’hui reconnue et acceptée officiellement à la vente. « Hormis une recette officielle de purin d’ortie que nous qualifions, nous, de « piquette d’ortie » »,souligne Jean-François Lyphout, « ortieculteur » et membre d’Aspro-PNPP, une association qui promeut ces préparations. « Au lieu de faciliter les procédures, les textes réglementaires français créent un blocage évident, qui va à l’encontre de la demande des français de réduire au plus vite l’usage des pesticides », explique-t-il.

Qu’en disent les autorités gouvernementales espagnoles ? « Il y avait un vide juridique pour les fortifiants de plantes. Nous avons donc pris les dispositions nécessaires en créant un arrêté ministériel en 2007 prévoyant un régime simplifié de commercialisation », relate un fonctionnaire du ministère de l’Environnement. Le fort développement de l’agriculture biologique en Espagne a joué un rôle dans la mise en œuvre d’un cadre juridique spécifique. Mais, six ans après sa création, le registre espagnol compte seulement 19 fortifiants [2]. Car l’administration a des difficultés à traiter l’avalanche de demandes. Rubén et Cruz n’ont toujours pas reçu de numéro de registre pour leurs produits, malgré des demandes remontant à 2007…

Le modèle allemand

Un retard très critiqué par l’AEFA, une association de producteurs industriels de fortifiants. Elle milite pour que l’arrêté ministériel évolue afin d’éviter de se retrouver« avec des produits qui ne sont pas des fortifiants, commercialisés en totale liberté et sans le moindre contrôle », explique José Ignacio Castillo. « Nous avons découvert la loi de protection des végétaux en Allemagne qui distinguait les fortifiants, et avons décidé de la traduire en espagnol. Puis nous nous sommes rendus au ministère en disant que nous avions besoin d’un registre similaire à celui de l’Allemagne. »

Car à Berlin, les choses bougent. Pour se mettre en conformité avec un règlement européen de 2009 [3], l’Allemagne vient de réviser sa réglementation. « Nous sommes très heureux d’avoir pu conserver la catégorie des fortifiants, que nous pouvons utiliser en agriculture pour protéger les plantes », témoigne Stefan Kühne duJKI, un institut en charge de l’évaluation des fortifiants de plantes. La procédure d’inscription reste simple : un formulaire de notification à remettre à l’Office fédéral de la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire, avant la mise sur le marché. « Quant à la procédure d’enregistrement, elle demeurera accessible au plus nombre », assure Stefan. Le coût de l’examen général de la demande devrait avoisiner les 290 euros en Allemagne… contre 40 000 euros en France !

Lobby de l’industrie chimique

Près de 500 produits étaient inscrits dans la catégorie des fortifiants en Allemagne. Avec la nouvelle loi, tous ces produits doivent être réévalués avant d’envisager une réinscription. Mais Stefan reste confiant. « Les préparations de plantes, qui représentaient 46 % des produits inscrits, devraient retrouver leur place ». En revanche, des produits comme la poudre de lait ou le vinaigre blanc pourraient être considérés comme des « phyopharmaceutiques », un qualificatif appliqué aux pesticides chimiques. Leur commercialisation s’avérera donc beaucoup plus coûteuse. Les autorités publiques allemandes pourraient être aussi beaucoup plus strictes avec les produits à base de micro-organismes, auparavant autorisés.

« Prenons l’exemple du compost du jardin qui recèle une grande diversité de micro-organismes. Beaucoup d’entre eux sont bénéfiques aux plantes, d’autres sont des pathogènes, et les autorités vont maintenant nous demander des millions d’euros pour les enregistrer », s’emporte Helmut Junge, responsable d’une petite entreprise allemande de biotechnologie. Depuis quelques années, il commercialise un produit à base de bactéries, qui colonisent les racines des plantes de façon à ce que les pathogènes ne puissent pas se développer. Avec la nouvelle réglementation, ce produit pourrait être exclu de la catégorie des fortifiants. « Cette situation est le résultat du lobby des grosses compagnies pour faire cesser l’activité des plus petites », confie-t-il. Pour le moment, la nouvelle liste allemande de fortifiants ne comprend que 46 produits, contre 500 auparavant.

« Produits naturels alternatifs »

A Oberndorf, une petite ville autrichienne située dans la région de Salzburg, Helmut Rampler développe depuis 25 ans des « produits naturels alternatifs » pour la protection des plantes. Lui-aussi regarde avec attention la situation en Allemagne. Car les autorités autrichiennes suivront sans doute le cadre juridique allemand. L’un de ses produits, qui vise à régénérer les micro-organismes du sol pour revigorer les plantes, et ainsi réduire la consommation d’engrais artificiels et de produits phytosanitaires, est directement concerné. « Pour le moment, c’est surtout en France que les entreprises rencontrent des difficultés pour distribuer nos produits car il n’existe pas de catégorie pour les fortifiants. On doit choisir entre les pesticides et les fertilisants, et entre les deux il n’y a rien. »

Illustration de ces blocages : l’Institut technique de l’agriculture biologique travaille depuis 2008 sur des demandes d’homologation. En janvier 2013, aucun d’entre eux n’avait encore abouti. « Même des produits aussi anodins que le sucre, l’huile de colza ou le vinaigre restent en France bloqués sur une liste d’attente, témoigne Jean-François Lyphout de l’Aspro-PNPP. Les préparations naturelles peu préoccupantes répondent à la demande des agriculteurs, des jardiniers, des collectivités locales et d’un nombre croissant de consommateurs. Leur avenir dépend de la volonté politique de faire aboutir ce dossier ». Face à ce blocage, le commerce des pesticides illégaux s’envole. Au détriment de la santé publique.

 

Notes

[1] Le terme « Préparations naturelles peu préoccupantes » (PNPP) est issu de la Loi sur l’eau et désigne les préparations à base de composant naturel comme la prêle, l’ortie, la fougère, l’argile, le vinaigre blanc ou le petit lait. Utilisées pour renforcer la capacité des plantes, ces préparations prennent la forme d’extrait fermenté, de décoction, d’infusion ou de macération.

[2] Le registre est consultable sur le site du Ministère de l’Environnement (rubrique « Registro de otros medios de defensa fitosanitaria »).

[3] Le règlement européen 1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques amène chaque pays européen à revoir sa réglementation en matière de (phyto)fortifiants, moyens naturels d’aide aux plantes ou préparations naturelles peu préoccupantes.

 

Source(s) : Bastamag /  Par Sophie Chapelle, le 20.03.2014 / Photo : FlickR / Relayé par MetaTV(metatv.org)

La chambre à gaz atomique. Traité de physique sur la contribution des essais nucléaires à la contamination finale de l’atmosphère.


par Scampa Paolo

Année : 2011

Préface
Sous la Dir. de Der Vorstand / VFF
Au commencement était le chaos… puis les physiciens et les mathématiciens
vinrent tout mettre en ordre … munis de modèles parfaits et d’axiomes idéaux
pour décrire la composition de la matière et écrire la table définitive des lois de la
nature … stigmatisant au passage comme « pseudo-science » tout doute
méthodique, toute explication alternative ou toute théorie concurrente qui ose venir
heurter leurs convictions, leurs préjugés.
Nous pourrions débattre des semaines durant sur cet état de fait … si actuel et si
pressant.
Le présent ouvrage sur les « essais atomiques » rédigé avec soin par le professeur
Paolo Scampa expose de manière directe et détaillée certains des effets délétères
des radiations ionisantes sur l’environnement et sur l’homme.
C’est un livre peu commun qui sait aborder une matière aussi ardue que la
« physique nucléaire » dans une langue fluide aisément compréhensible au
profane même. Fruits d’une mûre réflexion capable d’alléger quelque peu la
complexité du thème en question, les nombreux tableaux techniques comme les
développements consacrés aux différents radioéléments qui sont part intégrante de
l’ouvrage sont eux également simples à entendre par la faveur d’une disposition
schématique aussi personnalisée que réussie. La bibliographie, enfin,
particulièrement détaillée et « ciblée » valide les données avancées et couronne
une étude qui nous semble unique en son genre dans le panorama actuel.
Ces dernières années la physique nucléaire est en effet allée de dissertations
aseptisées en soliloques inutiles tenus par les trop nombreux « faussaires de la
science ». De congrès en conférences ceux-ci semble se vouer corps et âme à la
seule recherche d’un écho médiatique momentané qui fournisse un simulacre de
consensus autour de leurs thèses absurdes et de leurs études pseudo-métriques et
rehausse leur crédibilité professionnelle personnelle auprès des autorités dans cette
« Foire quotidienne de la vanité »

Il suffit en outre de participer à l’un de leurs congrès pour comprendre sans coup
férir l’inutilité de telles manifestations qui, dans les faits, ne font que gaspiller
l’argent public sans apporter la moindre solution concrète aux défis majeurs que la
recherche nucléaire appliquée soulève, sans envisager le moindre remède à ses
conséquences catastrophiques sur l’homme et sur l’écologie.
Einstein n’est par bonheur pas que l’auteur de théories controversées qui ont influé
de manière négative sur la recherche (sa théorie de la relativité a été récemment
démentie par un résultat expérimental décisif bien trop tu), il nous a aussi fort
sagement avisés qu’
« il est plus facile de briser un atome que de faire tomber un préjugé. »
La physique nucléaire n’est en définitive pas un sujet de salon ou de dissertations
abstraites et l’ouvrage du Prof. Scampa amène avec délicatesse le lecteur à en
prendre acte tout en l’incitant à conduire ses propres recherches et à apporter ses
propres éclairages sur ce grave sujet aux mille facettes.
Ouvrage d’ouverture c’est aussi un ouvrage didactique traçant une voie autre pour
que ceux qui font preuve d’une certaine aisance en mathématiques puissent aborder
cette science.
Il est par ailleurs important de souligner qu’en divers de ces chapitres l’on
rencontre avec plaisir un certain nombre de considérations mordantes. Insérées
dans le but d’appuyer les réflexions personnelles, elles sont rédigées avec esprit
sans jamais tomber dans le sarcasme facile.
Pour cette raison, il nous semble naturel d’apporter quelques unes de nos
considérations sur les problématiques que cet ouvrage nous encourage à
approfondir, en nous basant sur nos connaissances en la matière :

1) La communauté scientifique internationale toute entière n’est, après des années,
toujours pas parvenue à éclaircir les circonstances qui sont à l’origine du désastre
de Tchernobyl. Ces 20 dernières années des milliers de pages d’inutiles verbiages,
superficielles, fausses … sont le résultat d’une dialectique stérile souvent voulue
par les scientifiques et les experts eux-mêmes afin de dissimuler la réalité des faits,
protéger d’évidents intérêts, et dont le seul objectif est de ne froisser les différents
lobbies industriels et financiers impliqués dans le « Business Nucléaire ».

2) Les pétitions internationales n’ont pas pu contrer l’utilisation aveugle,
inconsciente et totalement inutile des armes à l’uranium appauvri.

3) Les enquêtes « supra partes » sur les trafics internationaux de déchets radioactifs
sont restées lettre morte, en dépit de quelques issues positives qui n’ont d’ailleurs
eu que très peu d’écho dans la presse…
Nous n’avons hélas pas pleine conscience de l’ampleur prise par cette activité
criminelle qui cherche exclusivement et avant tout le profit, méprisant en tout et
pour tout les effets collatéraux que comportent, à long terme, le maniement, le
transport et la dissimulation de tels matériaux nocifs.
Comme si cela ne suffisait pas, depuis plus de soixante ans des tests militaires sont
menés à travers le globe au moyen d’armes nucléaires dont l’emploi est jugé
hypocritement nécessaire par quelques pantins aux uniformes recouverts de
médailles qui sont à la botte de politiciens et hommes de pouvoir intéressés au
maintien de l’équilibre… instable… de l’actuel « status quo ».

4) L’accident nucléaire récent de Fukushima a, grâce aux canaux alternatifs
d’informations et d’images, définitivement démasqué l’inconséquence des secteurs
de la recherche et de l’industrie en matière nucléaire.
Il a dévoilé sans équivoque possible l’inutilité de tous ces organismes
internationaux préposés au contrôle des activités de l’industrie atomique qui ont
jeté en pâture un carrousel de chiffres factices et un certain nombre de données
franchement fausses dans l’unique but de confondre et d’instaurer le chaos
informatif.

Ces messieurs se sont ces derniers temps visiblement beaucoup amusés avec les
dés car dans les mois qui ont suivi l’accident de Fukushima des tableaux de
mesures aux données manifestement fausses ont été tranquillement diffusés.

Ces messieurs qui se targuent d’objectivité et de rigueur n’en sont pas à une
approximation près : emploi aléatoire des différentes unités internationales de
mesure, erreurs parfois grossières dans la conversion des relevés radiométriques,
silence autour des instruments et détecteurs avec lesquels les mesures ont été prises
et manque de documentation claire et détaillée sur les procédures de détection, de
gestion et de transmission des données (opérations de surcroît souvent accomplies
avec des instruments obsolètes et non certifiés !!).

Conclusion
Que les Bien pensants évitent de perdre leur temps et leur souffle en d’inutiles
tentatives de réfutation.
La physique nucléaire est toute entière aux mains de castes de savants qui n’ont
pas la moindre intention de partager ouvertement – et dans le plus élémentaire
respect de la déontologie – leurs découvertes … ou pseudo-découvertes … et qui
préférent se retrancher derrière d’absurdes justifications telles que la protection de
données et d’informations d’intérêt stratégique, industriel et/ou militaire.
Cette science n’est pas au service de l’humanité. Elle ne prospecte pas
d’amélioration décisive de la qualité de vie des êtres humains, sans distinction de
caste …..
Les rares experts qui se sont opposés sans transiger au « sur-pouvoir » de ces
savants et de ces groupes industriels qui œuvrent dans ce très sensible domaine
scientifique ont tous été isolés, dénigrés comme pestiférés ou désignés comme
« comploteurs » et ennemis de la vérité scientifique. Certains d’entre eux ont même
payé de leur vie d’être restés fidèles à leurs idéaux et à leur droiture scientifique.
Le moment est donc venu de nous demandez quelle raison ou quelle loi tacite
donne aujourd’hui le pouvoir à quelques personnes d’agir et de prendre seuls des
décisions sur les différentes applications industrielles de technologies basées sur la
recherche appliquée dans le domaine de la physique nucléaire.
De grâce, que l’on nous épargne l’excuse toute trouvée de la quête de nouvelles
sources d’énergies alternatives et sûres.
Le problème est tout autre…..

Présentation
Comment les hommes se sont concocté une discrète chambre à gaz
radioactive en disséminant dans l’atmosphère plus de 110 tonnes
d’uranium, de plutonium, de produits d’activation et de fission (dont 22,6
tonnes au plus sont retombées au sol) et comment la radioactivité
actuelle de ces 110 tonnes, auxquelles il conviendra d’ajouter au moins
10.000 tonnes d’uranium « appauvri » disséminé par les guerres récentes,
se multipliera inéluctablement par au moins 12 au cours du temps. Le
prof. Paolo Scampa, Président de l’Association Internationale pour la
Protection contre la Rayons Ionisants (AIPRI), a suivi une formation
nucléaire auprès de feu Maurice Eugène André, commandant NBCR à
fonction exclusive, ancien commandant des missiles balistiques de
l’OTAN, découvreur de l’effet de proximité, co-fondateur et ancien
président de l’AIPRI.
Le livre est né dans le souci de suppléer au déficit de données
ponctuelles quant à la masse globale des charges nucléaires employées
durant les essais et quand aux résidus atomiques dispersés durant les
essais atomiques aériens. Les très nombreux ouvrages et études consacrés
au sujet n’avancent, à notre avis, en effet d’inventaire radiologique digne
de ce nom qui contemple notamment la quantification correcte des
masses, très radiotoxiques par contamination interne, d’uranium enrichi
et de plutonium « non consommé » qui ont été libérés dans
l’environnement et qui sont en grande partie encore en circulation
aérienne.
Partant d’une estimation des charges utilisées (kt/kt/kg = masse des
charges) ce pamphlet traite pour autant sans détour aucun des
catastrophiques conséquences pour l’entière humanité et l’entier futur de
la dispersion sous forme de particules ultra-fines inhalables de plus de 100
tonnes d’uranium enrichi et de plutonium advenue au cours des « essais
» atomiques atmosphériques de fission auxquelles s’ajoutent 10.000
tonnes (dix mille, c’est le minimum) d’uranium appauvri dispersé avec les
conflits récents.
A notre plus grande stupéfaction aucun de ces ouvrages ne combine ces
deux données que pourtant pratiquement tous reportent et qui suffisent
à estimer la masse totale moyenne des charges nucléaires: kt réalisés et
kt/kg des engins : kt/kt/kg = masse des charges.

Toute explosion atomique entraîne une contamination
mondiale éternelle
Toute explosion atomique a deux divers impacts
radiologiques mortifères, l’un local, l’autre mondial. Le premier
terrifiant impact est borné dans l’espace et dans le temps.
L’explosion nucléaire tue d’abord toute vie située dans le
périmètre inscrit dans le rayon d’action et dans l’instant de la
détonation. Elle fauche brutalement les hommes et les animaux
atteints, entre autre, par la fulgurante violence externe de
milliards de rayonnements gamma et de neutrons émis lors de la
déflagration. Le second impact radiologique est lui illimité dans
l’espace et dans le temps. Éparpillées lors de la déflagration
infernale, des milliards de milliards de milliards de poussières
fines respirables chargées de radioactivité multi-millénaire se
propagent tel des gaz au niveau mondial1. Peu à peu, à mesure
qu’elles descendent paisiblement de la stratosphère, celles-ci
colonisent l’entier volume atmosphérique et y restent
éternellement suspendues; d’après les chiffres officiels mêmes
les retombées atomiques au sol ne regardant au plus que 20% de
la masse radioactive pulvérisée des bombes et concernant
surtout les produits de fissions eux à 80% déposés. En silence
ces infimes armes atomiques, flottantes à jamais, s’insinuent
dans les organismes à travers la respiration, l’alimentation ou la
peau, se logent à proximité des cellules vivantes les mettant à
portée notamment de leur court mais puissant rayonnement
alpha. Au hasard des migrations physiologiques et des destins,
ces particules fines pour la plupart insolubles viennent parfois à
former des amas ponctuels assez actifs pour induire le cancer en
soumettant l’ADN d’un petit nombre de cellules biologiques à
une agression interne permanente; agression particulièrement
dévastatrice dans le cas des rayonnements alpha tirés par les
atomes d’uranium et de plutonium.

————————————————-

1 Cette caractéristique contaminante par dispersion de nanoparticules
radioactives respirables n’est pas l’exclusive des explosions nucléaires mais vaut
également pour les armements à l’uranium appauvri, pour les effluents des
centrales atomiques, les accidents nucléaires, les fuites des conteneurs de
déchets, les feux de biomasse -fatalement et éternellement contaminée par les
retombées-, la resuspension des particules déposées, etc.

————————————————-

Ces particules insolubles stagnent en outre durant des années
(5 ans pour l’uranium et 200 ans pour le plutonium) avant que la
moitié d’entre elles ne soient expulsées de l’organisme. Partout
sur la planète on assiste désormais impuissants à la croissance
exponentielle de toute sorte de maladies (cancers, diabètes,
leucémies, autisme, stérilité, etc.), à la diminution de
l’espérance de vie2 et à la détérioration du patrimoine génétique
humain3. La décroissance démographique mondiale par
augmentation de la mortalité et diminution de la fertilité est aux
portes.

L’irradieur irradié
Une bombe nucléaire est de la sorte une munition atomique
qui une fois remplie son œuvre explosive « contrôlée » de
destruction locale se démultiplie en une infinité de sous-munitions
atomiques qui sont le vecteur d’une irréversible
contamination radioactive planétaire incontrôlée. Son effet
délétère confiné dans l’espace et le temps se double d’un
empestement diffus de l’air, de la terre et des eaux qui ne
connaît aucune limite spatiale ou temporelle. Une bombe
atomique réunit en somme en son sein macabre deux engins
radiologiques en un seul.
C’est à la fois, à petite échelle, un aveuglant explosif « superpuissant
» et, à grande échelle, un invisible nuage sale « hypercontaminant ».

————————————————-

2 L’espérance de vie a déjà diminué en Europe occidentale de près d’un an en
raison de la pollution atmosphérique. L’environnement en Europe – Quatrième
évaluation, Agence Européenne pour l’Environnement, 2007.
http://www.eea.europa.eu/fr
3 The Disappearing Male, CBC-TV, 2008.
http://www.wideo.fr/video/iLyROoafYOQE.html
Moret, L., UN 2008 report: evidence of global decline in population and fertility,
http://www.scribd.com/doc/23525857/UN-2008-Report-Infertility-092809

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Sa brutale létalité locale instantanée se prolonge
inéluctablement d’une perverse létalité mondiale différée dont
personne ne peut se protéger faute de ne jamais pouvoir s’en
éloigner. Il nous faut respirer et, où qu’on soit, nous ne pouvons
éviter d’en respirer les miasmes radiotoxiques diffus. En
définitive, une bombe nucléaire qui éclate c’est Hiroshima
d’abord et Tchernobyl ensuite. Explosif nucléaire en premier et
brouillard radioactif en second, elle commence à contaminer dès
qu’elle cesse de détoner. Toute explosion nucléaire enfante ainsi
une monstrueuse guerre totale sans fin ni confins qui souffle ses
imperceptibles poussières néfastes sur l’entière population
mondiale pour d’entières générations4. Elle ouvre à des
retombées atomiques sans fin. L’arme atomique est en cela
l’arme par excellence de la victoire à la Pyrrhus. C’est l’arme de
l’irrémédiable défaite humaine dont l’œuvre immonde ne connaît
pas de cessez-le-feu.

Physique oblige
A chaque souffle atomique c’est ainsi l’humanité entière qui
souffre.
Chaque souffle atomique disperse en effet dans l’environnement
aérien un nombre gigantesque de microscopiques mines atomiques
flottantes qui au hasard des rencontres respiratoires viendront
irradier l’homme et l’animal de manière interne avec les
rayonnements bêta et gamma mais surtout alpha qu’elles émettent.

————————————————-

4 Comme les enfants des années 50-70, les enfants suisses nés en 1995 ont
incorporé via la respiration du plutonium des « essais » que l’on retrouve entre autre
dans leurs dents de lait. Plutonium from above-ground nuclear tests in milk
teeth: Investigation of placental transfer in children born between 1951 and
1995 in Switzerland, 2008.
http://www.ehponline.org/members/2008/11358/11358.pdf

————————————————-

Il faut à cet égard bien saisir que l’explosion d’une bombe
atomique ne détruit pas la matière première uranifère ou
plutonigène dont la charge est faite mais la fragmente jusqu’à des
dimensions sous-nanométriques5 et la dissémine à au moins 82%
telle quelle (uranium ou plutonium) et à au plus 18% transmutée en
produits de fission (césium, iode, etc.). Elle fragmente également
l’uranium 238 qui entoure la tête nucléaire en en transformant de
plus une partie en produits d’activation6. Une explosion atomique
n’est pas l’explosion d’un bâton de dynamite qui anéantit la
dynamite dont il est fait. Avec les résidus recompactés d’une
explosion atomique on peut, du moins en théorie, refaire une
bombe atomique. Avec les poussières de l’explosion d’un bâton de
dynamite et le désassemblage des molécules de la nitroglycérine
qui s’en suit on ne refait pas, même en théorie, de bâton de
dynamite.
Il faut également garder à l’esprit qu’une bombe atomique a
impérativement besoin de plus d’explosif qu’elle n’en fait
exploser.

————————————————-

5 A 100 millions de degrés, une portion non négligeable des charges est réduite
en particules nanométriques de quelques milliers d’atomes -voire sousnanométriques
comportant de 1 à 20 atomes-. Ces particules ultra-fines
refroidissant très vite se font rétives à la coagulation avec les autres particules.
Restant ainsi indéfiniment ultra-légères, elles sédimentent peu et, de surcroît, se
re-suspendent aisément du sol. Minuscules, solitaires, innombrables, elles
vogueront dans l’atmosphère pour des temps immémoriaux.

6 Toute fission qu’elle fasse suite à une explosion « militaire » ou une utilisation
« civile » engendre dans des proportions fixes ces deux sous-produits de fission
et d’activation qui sont pour la plupart du temps plus radioactifs et plus
radiotoxiques que l’atome initial d’où ils ont été tirés. Le neutron qui est
l’ingrédient de base des réactions nucléaires agit en effet de deux façons
différentes selon des proportions variables sur le noyau atomique qui le reçoit.
Dans le premier cas de figure il fait office « d’explosif » et brise l’atome qu’il
pénètre en deux ou trois petits fragments radioactifs appelés « produits de
fission » en libérant à la même occasion de deux à trois neutrons et, à son
échelle, beaucoup d’énergie (≈ 200 MeV). (Dans les faits l’atome « neutronisé »
se fragmente ainsi en moyenne de 4 à 6 morceaux, 2 ou 3 produits de fission et
2 ou 3 neutrons.) Dans le second cas de figure il fait office « d’intrant » et
fertilise l’atome qui l’absorbe en le transmutant en un atome radioactif plus
lourd appelé « produit d’activation »

————————————————-

Pour garantir une détonation atomique il faut disposer
pratiquement d’une charge contenant de 5,5 à 35 fois plus
d’explosif nucléaire par kilotonne qu’il n’en est théoriquement
nécessaire7. C’est un peu comme si un artificier pour garantir
l’explosion d’un seul et unique bâton de dynamite devait
obligatoirement en mettre entre 5,5 et 35 selon son degré
d’expertise. A partir de ce rapport entre la charge installée et la
masse fissionnée, rapport dénommé « rendement de fission », il
est possible de déterminer combien de matière fissile
(plutonium 239 ou uranium 235) a été utilisée durant les
« essais » et répandue dans l’atmosphère mondiale. La bombe
d’Hiroshima, par exemple, a eu un rendement de fission de
2,82% (il a fallu 2,032 kg de matière pour obtenir 1 kt) et en
libérant ses 12,5 kt n’a fissionné « que » 0,705 kg d’uranium sur
les 25 kg de sa charge nucléaire. L’explosion de Nagasaki a elle
eu un rendement de fission de 18% (il a suffit ici de 0,320 kg de
matière pour obtenir 1 kt) qui représente d’ailleurs le plus haut
rendement de fission d’une bombe A obtenu par l’Amérique.
La France de son côté fait officiellement valoir un rendement
de fission moyen de 10% de ses explosions atmosphériques en
Polynésie8 (0,573 kg par kt).

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7 La sustentation d’une réaction en chaîne (que les neutrons ne fuient pas en trop grand
nombre de la masse de matière fissile) exige une masse de matière fissile supérieure à la
masse qui sera fissionnée. Par exemple il faudra environ 6 kg de plutonium 239 (une
sphère de 8,3 cm de diamètre) pour faire une bombe. De ces 6 kg, 1,08 kg au plus
fissionnera -18%- pour une puissance explosive maximale de 18,9 kt -1,08/0,057 = 18,9-.
Il faudra par contre au moins 25 kg d’uranium 235 (une sphère de 13,6 cm de diamètre)
pour faire une bombe dont on pourra, en théorie, tirer une puissance explosive maximale
pratique de 79 kt. -18% * 25 kg = 4,5 kg. 4,5/0,057 = 79 kt- N.B Le taux de fission
théorique maximal s’élève à environ 34,2% de la masse. (La différence de poids des
masses critiques de l’uranium 235 -25 kg- et du plutonium 239 -6 kg- provient en partie
du fait que le premier produit en moyenne 2,56 neutrons par atome fissionné alors que le
second en produit en moyenne 3.)
8 La dimension radiologique des essais nucléaires français en Polynésie. A l’épreuve des faits,
http://wwwdam.cea.fr/statique/dossiers/mururoa/img/
La_dimension_radiologique_des_essais_
nucleaires_francais_en_Polynesie.pdf
P.54 « Lors d’une explosion nucléaire, les réactions de fission
consomment de l’ordre de 10 % de la totalité de la matière fissile de
l’engin testé. Aussi, les constituants nucléaires du dispositif, isotopes du
plutonium (239Pu, 240Pu, 241Pu), américium (241Am), isotopes de l’uranium
(235U, 238U, 234U) et tritium (3H) sont-ils libérés dans l’environnement. »

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Il faut en outre retenir que l’uranium 235 et le plutonium 239,
qui d’ailleurs décroît en uranium 235, émettront leur radioactivité
pour une durée pratiquement éternelle à l’échelle humaine. Il
faudra de fait attendre l’écoulement de dix demi-vies de chacun
d’eux pour que 99,9% des atomes radioactifs désintègrent avant
de ne voir leurs rayonnements nocifs et leurs masses respectives
divisés par 1024. La période radioactive de l’uranium 235 est à
ce propos de 704000 ans et celle du plutonium 239 de 24400 ans,
sans évoquer cet autre composant « externe » des bombes qu’est
l’uranium 238 dont la période est de 4,5 milliards d’années. La
nature est donc d’ores et déjà marquée au fer radioactif « made in
man » pour l’éternité.
Il faut enfin se remémorer qu’une bombe atomique, comme
du reste une centrale atomique, démultiplie la radioactivité
initiale de sa « matière première » de manière colossale en raison
des produits de fission et d’activation qu’elle engendre
« spontanément ».
Les bombes et les centrales fabriquent une quantité énorme de
déchets artificiels de fission et d’activation qu’elles lèguent en
héritage barbare au monde.
A titre d’exemple les 25 kg d’uranium enrichi de la bombe
d’Hiroshima « valaient » 0,054 Curie (2 milliards de Becquerel)
avant d’exploser.
A l’instant H0 de la détonation les résidus vaporisés de la
bombe ont « valu » vingt quatre mille milliards de Curie (8,8E23
Bq)9, une semaine après « valaient » 7,5 millions de Curie;
aujourd’hui, 63 ans plus tard, ses débris « valent » 1006 Curie et
dans 1000 ans « vaudront » encore 21 Curie (2 Ci provenant de
produits de fission et 19 Ci des produits d’activation) sans tenir
ici compte de l’accroissement de radioactivité due aux
descendants des produits d’activation et de l’uranium…

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9 Du fait des nombreux radioéléments de très courte « existence » et par
conséquent extrêmement radioactifs, il y a durant la première seconde qui
suit la fission environ 18 milliards de Curie par gramme de matière fissionnée
et environ 1000 milliards de Curie par kt (3,7E21 Bq). A l’instant T0 cette
activité radiologique de 1 kt équivaut à 8,6 milliards de Sieverts par
contamination interne par inhalation, après 24 heures à 460 millions de Sievert,
à 8 jours de l’explosion à 27,5 millions de Sievert et 100 ans après la détonation
à 2 millions de Sievert.

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(La radioactivité des produits de fission diminue d’emblée,
celle de l’uranium et des produits d’activation du fait de leurs
descendants radioactifs augmente environ de 12 fois avant de
chuter…) Au bout de mille ans de décroissance la radioactivité
artificielle résiduelle sera donc encore au bas mot 388 fois
supérieure à la radioactivité de la charge nucléaire avant son
explosion… (21/0,054 = 388). Hiroshima n’a pas fini de tuer. Les
bombes atomiques projettent dans le futur une radioactivité
artificielle démultipliée.
C’est un fait physique indiscutable dont il incombe de se
souvenir.

…du futur faisons table rase…
Durant 35 ans, du 16 juillet 194510 au 16 octobre 198011, le
monde a sombré d’Est en Ouest12 dans la plus absurde et la plus
gigantesque des guerres atomiques sans conflit qui en a ruiné à

jamais la biosphère: « les essais ».13

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10 Explosion dans le désert du Nevada, de la première bombe atomique.
Surnommée Gadget elle contenait environ 6 kg de plutonium enveloppé
dans un déflecteur de 120 kg d’uranium appauvri. -Cf. Radioactivity in
Trinitite six decades later, Pravin & all. Journal of Environmental
Radioactivity, 85, 2006.- La bombe lancée sur Nagasaki en fut la réplique.
11 Dernière explosion atmosphérique survenue en Chine.
12 Pour leur localisation géographique voir http://www.ctbto.org/map/#testing
13 Passé cette date la guerre s’est poursuivie sous terre jusqu’en 1996 (Chine) et
a connu depuis deux épisodes « hors moratoire » en Corée du Nord en 2006 et
en 2009, sans compter les essais furtifs. Bref environ 1500 explosions
souterraines d’une puissance totale située entre 80 et 90 Mt pour autant de
pollutions telluriques et de « remontées » radioactives gazeuses dans
l’atmosphère. (Voir annexe). Que l’eau est bonne à boire et à irriguer. Que l’air
est bon à respirer.

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Durant cette brève période la terre a en effet subi au moins 541
explosions atomiques atmosphériques14 et 2 « vrais »
bombardements nucléaires sur les villes japonaises d’Hiroshima
(25 kg d’uranium 235, 12,5 kt, rendement de fission de 2,82%,
140.000 morts) et de Nagasaki (environ 6 kg de plutonium 239,
18-20 kt, rendement de fission de 18%, 70.000 morts). Ces 543
explosions aériennes ont développé une puissance totale
aujourd’hui ramenée15 à 440.000 kilotonnes d’équivalent de
TNT16 (440 millions de tonnes d’équivalent de TNT). 190.000 kt
ont été obtenus au moyen de la fission du plutonium 239, de
l’uranium 235 ou plus épisodiquement de l’uranium 233 dont
sont pourvues les bombes A, exclusivement à fission, ainsi que
les bombes H qui de fait combinent fission et fusion17.

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14 Known Nuclear Explosions, Summary, Johnston R. Wm., 2006
http://www.johnstonsarchive.net/nuclear/nuctestsum.html
Catalog of worldwide nuclear testing, Mikhailov V.N., 1999.
http://www.iss.niiit.ru/ksenia/catal_nt/index.htm
15 Exposures to the public from man-made sources of radiation, Aiea, 2008
http://www.unscear.org/docs/reports/annexc.pdf En 2008 l’UNSCEAR a revu ses
estimations de puissance à la baisse de presque 100.000 kt et le nombre d’explosions à
la hausse. Exposure resulting from nuclear explosion, UNSCEAR, 1982.
http://www.unscear.org/docs/reports/1982/1982-E_unscear.pdf
16 L’ensemble des explosions atomiques aériennes et souterraines connues ont
développé environ 570.000 kt.
17 Dans les 485 explosions documentées par l’UNSCEAR, 8 desquelles sont des
explosions sous-marines, op.cit (P.195-204) on dénombre 339 bombes A et 147 bombes
H. 59 bombes A ont réalisé moins d’un kt, 66 bombes A entre 1 et 4,9 kt, 71 autres
entre 5 et 11 kt. 9 Bombes H ont réalisé plus de 10.000 kt.

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Ces bombes thermonucléaires qui sont toutes amorcées par
une « sous-bombe » atomique à fission18 de 10 à 30 kt
comptent probablement pour environ 175.000 des 190.000 kt de
fission (92 %) et sont à l’origine des restants 250.000 kt obtenus
par fusion19. Ces dévastatrices bombes H, qui ont disséminé
force carbone radioactif (213E15 Bq, 1291 kg) et hydrogène
radioactif (186E18 Bq, 520 kg)20, sont des engins comportant un
premier étage de fission servant à amorcer un second étage qui
fusionne un mélange d’atomes légers de deutérium et de
tritium21.

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18 Simplified schematic of a multistage thermonuclear weapon, Johnston R. Wm., 2006.
http://www.johnstonsarchive.net/nuclear/diagthermon.html
19 Projection
pour 190 Mt          Fission        Fusion
Bombes A        15.000 kt         0
Bombes H                  175.000 kt       250.000 kt
Total                           190.000 kt        250.000 kt
20 D’après les estimations minimalistes de l’UNSCEAR… Les résidus « non
consommés » de tritium des bombes H sont en fait à compter par dizaines de
tonnes et non par kg… 1 kt « H » est obtenu en fusionnant, en général, 12,5 gr
de tritium (H3, radioactif) et 5 gr de deutérium (H2, stable). 3 tonnes de tritium
ont été probablement consommées pour réaliser les 243 Mt « de fusion » et au
moins autant « non consommées » ont été dispersées dans l’environnement en
supposant ici un extraordinaire « rendement de fusion » de 50% de la charge
(28 kt/kg, 35 gr/kt) -alors que le rendement théorique maximal ne dépasse pas
10,5% de la charge de fusion (6 kt/kg, 166 gr/kt, ce qui implique que 40
tonnes de matière fusionnelle ont été nécessairement employées : 243/6 = 40,5
t. et donc qu’environ 26 t de H3, 25 milliards de Curie !, ont envahi
l’atmosphère.)-. Comme les bombes A, les bombes H, exigent plus de matière
explosive qu’il n’en sera explosée.
21 Le tritium est le plus souvent « produit sur place » dans l’engin
thermonucléaire par fission du lithium stable

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La plupart de ces engins thermonucléaires, particulièrement
« dirty » pour l’abondance de produits de fission relâchés dans
la nature, comportent un troisième étage de fission et tirent
nominalement 50% de leur énergie explosive de cette fission.
Ceci signifie, bien qu’une partie mineure de l’uranium
appauvri qui leur sert d’enveloppe fissionne également,
qu’elles transportent parfois plusieurs centaines de kilos de
plutonium ou d’uranium enrichi…
Certaines en contenaient peut être plus de 2 tonnes…
comme la bombe à 3 étages Castle Bravo qui a explosé le 28
février 1954.
Celle-ci a délivré 14,8 Mt dont, si l’on en croit les données
publiques, 9,9 Mt dus à la fission du troisième étage à savoir
qu’environ 510 kg de matière ont été fissionnés en une seule
explosion, plus que l’ensemble des explosions atmosphériques
françaises n’ont fissionné (6 Mt pour 338 kg fissionnés) !
En supposant un fabuleux rendement de fission du troisième
étage de plus de 32% (0,170 kg par kt; 5,8 kt par kg –
quasiment égal au maximum théorique concevable de 6 kt/kg-;
charge nucléaire égale à 3 fois la masse fissionnée et la charge
non consommée égale à 2 fois la masse fissionnée) au moins
1,5 tonne de plutonium ou d’uranium enrichi ont été là
utilisées et éparpillées.
La Tsar Bomba, la plus puissante bombe thermonucléaire
jamais réalisée, plus ou moins 57.000 kt dont 1500 de fission,
contenait au moins 920 kg d’uranium 235…

suite…

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