L’UTOPIE


wikisource.org

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bf/More_-_L%E2%80%99Utopie%2C_trad._Stouvenel%2C_1842.djvu/page3-160px-More_-_L%E2%80%99Utopie%2C_trad._Stouvenel%2C_1842.djvu.jpg  https://i0.wp.com/www.les-lettres-francaises.fr/wp-content/uploads/2017/03/thomas-more_lg.gif

Ouvrage: L’Utopie

Auteur: Morus Thomas

Année: 1842

Traduction par Victor Stouvenel

 

 

INTRODUCTION.

L’Utopie de Thomas Morus est un renseignement précieux pour les économistes qui étudient les diverses phases de la science sociale ; pour les hommes d’état attentifs aux développements de la politique anglaise.

Du reste, cette publication n’est pas l’œuvre de l’esprit de parti. Il y a loin de la société vraiment évangélique de Thomas Morus au communisme sensuel et athée de nos jours.

Une autre différence essentielle sépare l’Utopie de la plupart des systèmes de nos réformateurs modernes.

Ceux-ci brisent d’un seul coup les nationalités. La nationalité d’un peuple n’est pas, à leurs yeux, la ceinture de sa force et de son indépendance, mais la chaîne qui le retient esclave et affaibli. Ils font des plans immédiats pour le genre humain ; ils prennent tous les peuples à la fois, sans distinction d’âge ni de mœurs ; puis les jettent pêle-mêle dans le moule où doit se fondre la grande famille homogène, une, indissoluble.

Thomas Morus ne procède pas ainsi. Son livre n’est pas précisément le code du genre humain, ni le programme de la paix universelle. C’est plutôt une formule d’organisation intérieure et de politique extérieure, à l’usage d’une nation distincte qui, pour un Anglais, ne pouvait être que l’Angleterre. Cette nation, au point de vue de l’auteur, a sur les pays voisins la supériorité d’intelligence, de richesse, d’activité et d’influence. Peu à peu elle les absorbe dans sa propre substance ; elle les assimile à sa vie sociale par le commerce, la colonisation, la conquête. Cette assimilation progressive de plusieurs peuples en un seul n’est-elle pas la marche naturelle des choses ? Du moins, l’histoire tend à prouver que, jusqu’à présent ; telle a été la loi des destinées humaines.

La rédaction de l’Utopie est rapide, concise et méthodique ; on voit que l’auteur n’avait pas de temps à perdre, et qu’il se pressait d’enfermer une foule d’idées sous le plus petit volume. La forme de l’ouvrage est très simple ; c’est une conversation intime où Thomas Morus aborde ex abrupto les questions les plus neuves et les plus difficiles. Sa parole est tantôt satirique et enjouée, tantôt d’une sensibilité touchante, souvent d’une énergie sublime. Chez cet homme de bien, le cœur parlait aussi fort que la tête.

L’Utopie se divise en deux livres : l’un critique et l’autre dogmatique.

Le premier livre est le miroir fidèle des injustices et des misères de la société féodale ; il est, en particulier, le martyrologe du peuple anglais sous le règne de Henri VII. Ce prince, qu’une insurrection avait fait roi, eut à combattre plus d’une insurrection pour se maintenir. Il versa donc le sang de ses sujets ; mais sa préoccupation dominante fut de prendre leur argent, par tous les moyens qu’un pouvoir à peu près sans limite fournissait à la cupidité la plus effrénée. Il entassa impôts sur impôts, couvrit l’Angleterre d’un vaste réseau de prohibitions, de délits et d’amendes, et fit de la justice un vrai crible, par où il tamisait toutes les fortunes privées. Le Parlement, au lieu de résister aux ignobles instincts du monarque, lui servait absolument de machine à battre monnaie[1].

Le peuple d’Angleterre n’était pas seulement la victime de l’avarice de son roi, d’autres causes d’oppression et de souffrance le tourmentaient encore. La noblesse possédait, de commun avec le clergé, la majeure partie du sol et de la richesse publique ; et ces biens immenses, placés dans des mains paresseuses ou égoïstes, demeuraient stériles pour la masse des travailleurs. De plus, à cette époque d’anarchie, les grands seigneurs entretenaient à leurs gages une multitude de valets armés, soit par amour du faste, soit pour s’assurer l’impunité, soit pour en faire des instruments en toute occasion de violence ou de débauche. Cette valetaille était le fléau et la terreur du paysan et de l’ouvrier. D’un autre côté, le commerce et l’industrie de la Grande-Bretagne ne pouvaient avoir qu’une existence chétive et bornée, avant les voyages de Colomb et de Gama. L’activité infatigable de ce peuple, qui menace aujourd’hui d’envahir tout le globe, se consumait dans les guerres civiles, ne trouvant pas d’issue au dehors. Ainsi, les générations s’accumulaient sans but, sans travail et sans pain. L’agriculture tombait en ruine, parce que la culture proprement dite était délaissée pour l’élève des bêtes à laine, opération qui donnait alors de brillants bénéfices. En conséquence, les gros capitalistes accaparaient le sol outre mesure, changeaient les terres labourables en prairies ; ce qui réduisait une foule de gens de la campagne à la plus affreuse disette.

Ce triste état de choses multipliait nécessairement dans une progression effrayante la mendicité, le vagabondage, le vol et l’assassinat. Au lieu de guérir tant de maux par une administration habile et bienfaisante, les politiques du temps ne savaient leur appliquer d’autres remèdes que la prison et le bourreau. La loi anglaise était même sévère jusqu’à l’absurdité et la barbarie ; elle tuait indistinctement le voleur et l’assassin, pressée, pour ainsi dire, de noyer la misère publique dans le sang.

On concevra maintenant l’amertume des critiques et la violence des colères de Thomas Morus contre une société aussi profondément désorganisée. Sa malédiction est impitoyable pour le privilégié oisif et corrompu ; sa compassion, pleine d’amour et de larmes pour le malheureux qui travaille et qui souffre. Depuis l’Utopie, rien n’a été écrit de plus hardi, de plus neuf, de plus révolutionnaire et de plus démocratique en fait de démolition et de réforme. À lire ces pages toutes brûlantes de la passion de la justice, on croit entendre le jugement dernier des iniquités sociales, et comme une prophétie des terribles représailles exercées par Cromwell, et chez nous par 93.

Si l’auteur de l’Utopie est dans la vérité quand il attaque la législation et l’administration de son pays, il n’a pas le même droit d’accuser la politique de la France. Louis XII et François Ier étaient des types d’honneur et de loyauté auprès de souverains tels que Ferdinand le Catholique, Maximilien Ier, Jules II, Léon X et Henri VIII. Mais l’année où l’Utopie fut écrite (1516), le cardinal Wolsey, violant les traités d’avril 1515, payait secrètement l’invasion du duché de Milan par l’empereur, préparait une coalition contre François Ier, et cherchait à détacher le peu d’alliés fidèles à ce prince. Thomas Morus, que le cardinal avait récemment chargé d’une mission diplomatique en Flandre, devait subir l’influence de ces événements, sans parler de l’influence éternelle de l’antagonisme national. Voilà pourquoi il épouvante ses lecteurs du fantôme de l’ambition de la France ; rappelle à l’archiduc Charles ses mariages manqués avec les princesses Claude et Renée ; rappelle aux Vénitiens le traité de Blois et la ligue de Cambrai, qui leur reprit Crémone et la Ghiarra d’Adda ; pourquoi il justifie, par l’énumération de prétendus griefs, la violation flagrante des traités que la cour de Londres commettait alors.

Le plus singulier de ces griefs est dans le reproche adressé au ministère français de se méfier de la stabilité de l’alliance anglaise. Certes, il y avait de bonnes raisons pour cela ; et, au commencement du seizième siècle, cette alliance se manifestait déjà extrêmement inconstante et mobile. Depuis le 23 mars 1510 jusqu’en avril 1515, l’Angleterre avait fait avec la France trois traités d’amitié et de paix, et signé contre elle trois ligues de guerre offensive. À l’heure même où l’auteur de l’Utopie se plaint de la méfiance des ministres français, Wolsey continuait à ourdir cette suite d’intrigues d’où sortit la ligue défensive de Londres, du 29 octobre 1516[2].

Ainsi, l’on voit que Thomas Morus s’égare d’une façon étrange dans ses récriminations. En cette occasion et en plusieurs autres, il parle comme un véritable Anglais, toujours armé de ce patriotisme exclusif et partial, qui est le fond du caractère de cette nation, et constitue peut-être un des premiers éléments de sa force.

Néanmoins, il faut le reconnaître, cet homme, dont l’honnêteté était en exemple à son siècle, traversa le monde diplomatique avec dégoût. Sa conscience se trouvait mal à l’aise dans ces négociations, où l’ambition, le mensonge et la perfidie s’agitaient sous une enveloppe fastueuse de religion, de morale et d’honneur. Lui-même l’écrivait à son ami Érasme en ces termes : « Vous ne croirez pas avec quelle répugnance je me trouve mêlé à ces affaires de princes ; il n’est rien au monde de plus odieux que cette ambassade. » In negociis istis principum haud credas quàm invitus verser ; neque potest esse quicquàm odiosiùs mihi quàm est ista legatio. (Epistola ad Erasmum.)

Après avoir abattu, Thomas Morus se met en œuvre d’édifier. Il a convaincu de déraison et de vanité la plupart des institutions établies, flétri leurs turpitudes et leurs abus ; il a jeté par terre la vieille société. Il va dérouler, au second livre de son ouvrage, le plan d’une vie sociale toute nouvelle, que Platon avait rêvée, et que les premiers chrétiens pratiquaient volontairement, selon ces paroles des Actes :

« Tous ceux qui croyaient étaient égaux et avaient toutes choses communes. — Ils vendaient leurs possessions et leurs biens et les distribuaient à tous, selon les besoins de chacun[3]. »

L’exposition du système utopien est facile à résumer.

L’Utopie est une île dont les habitants se divisent en cités égales pour la population et le territoire. — La cité se divise elle-même en familles égales pour le nombre des membres, mais qui professent chacune un métier, une industrie à part. — La propriété individuelle et les valeurs monétaires sont abolies ; tout appartient à la communauté.

Le gouvernement est électif et se compose d’un prince nommé à vie, mais révocable ; d’un sénat et de magistrats populaires.

Le sénat dresse annuellement la statistique générale de l’île. — Il vérifie l’état de la population, les besoins de l’année courante, la somme existante des produits de l’agriculture, du commerce et de l’industrie. D’après ces données, la richesse nationale est distribuée, par portions égales, à chaque cité, où elle se ramifie entre les familles, jusqu’aux individus. — Des lois particulières déterminent la durée journalière du travail habituel, règlent l’exécution des travaux extraordinaires et d’utilité publique, maintiennent l’équilibre de la population.

Les familles se perpétuent au moyen du mariage, tempéré par le divorce.

L’éducation est publique. Elle comprend un enseignement élémentaire, uniforme et commun à tous. Ensuite, elle devient professionnelle et spéciale, et se continue dans les cours publics, ouverts à tous les citoyens, pendant les heures libres.

Les peines des grands crimes sont l’esclavage et les travaux forcés, très rarement la mort, jamais la réclusion permanente et isolée.

Il y a une religion publique tellement simple et générale dans ses dogmes et les cérémonies de son culte, qu’elle ne peut heurter aucune conscience. Toutes les croyances sont protégées et respectées, à l’exception de l’athéisme et du matérialisme. La manifestation des doctrines de cette dernière espèce est prohibée ; on les regarde comme une dépravation attentatoire à l’existence sociale.

Finalement, les institutions utopiennes sont calquées sur la nature humaine, et n’ont en vue que son entier perfectionnement. Elles assurent d’abord à chacun la satisfaction des besoins légitimes du corps ; mais la vie de la chair n’étant que la moitié de l’homme, elles développent aussi soigneusement, chez tous les citoyens, l’exercice des facultés de l’esprit. En sorte que la science, la philosophie, la morale, l’industrie, les arts et la culture font en ce pays de merveilleux progrès.

Les mœurs du peuple utopien sont en harmonie parfaite avec ses institutions. L’on n’y connaît pas les vices qui dégradent, les passions qui troublent les individus, les familles et les états. La fraternité, l’amour de l’ordre et du travail, le respect des magistrats, le dévouement à la patrie, la foi religieuse, la modération dans le plaisir, le mépris du luxe et des distinctions frivoles y sont des vertus communes et ordinaires.

Thomas Morus omet souvent des détails nécessaires à l’intelligence complète et à l’application de son plan. Souvent il se contente de poser des principes et des faits généraux, de combiner les termes les plus simples du problème. Cependant, la solution qu’il donne est encore le produit d’un beau génie, et laisse en arrière bien des choses écrites ou innovées depuis trois siècles, en fait d’administration civile, de système pénitentiaire et d’éducation publique. Mais le mérite essentiel, le mérite principal de l’Utopie est d’avoir tenté une œuvre, dont la réalisation doit être sans doute la tendance caractéristique des progrès ultérieurs de l’humanité. Nous voulons parler de l’accord à établir entre les droits et les devoirs, la liberté et la loi, l’égalité et la hiérarchie, la science et la religion, le bonheur terrestre et la morale chrétienne.

Il a été dit, au début de cette introduction, que l’Utopie n’était pas précisément le code du genre humain, ni le programme de la paix universelle. Cela se confirme par la lecture du second livre, et la conduite de la république utopienne à l’égard de l’étranger. — La politique de ce peuple-modèle s’éloigne absolument des principes d’égalité et de justice, qui président à son organisation intérieure. Elle porte l’empreinte de ces temps de machiavélisme raffiné, où Thomas Morus composa son livre ; elle sent l’impure école de César Borgia.

L’Utopien, modeste dans la vie privée, est insolemment fier de la supériorité de son pays ; il méprise les autres nations, et prendrait de droit toute la terre, s’il en avait besoin, pour s’y loger et vivre. Ce peuple ne reconnaît pour alliés que ceux qui lui demandent des lois et des chefs, acceptent sa protection, son commerce et son empire. Non content de posséder au loin d’immenses territoires, il veut encore être l’arbitre des continents qui l’avoisinent. Quand l’honneur ou l’intérêt lui commandent une guerre, il commence par inonder le pays ennemi de proclamations, d’or et d’agents secrets, afin de soulever les révoltes et les déchirements ; de soudoyer la guerre civile et l’anarchie ; de pousser à la trahison les généraux et les ministres ; de provoquer à l’assassinat du chef de l’État et des hommes les plus dangereux. Si tous ces moyens de décomposition intérieure ne suffisent pas, il organise une coalition, et fait entrer en campagne les armées étrangères. Enfin il marche en dernière ligne avec ses auxiliaires ; le sang utopien est trop précieux, il ne faut le verser qu’après que le sang des alliés a fini de couler.

Ici la pensée se reporte, malgré soi, sur la conduite constamment suivie par les conseillers d’un état voisin ; et ces luttes systématiques, monstrueuses, que soutint la France pendant la révolution et l’empire.

Quoi que l’on fasse de cette observation, il est clair que le peuple utopien, souverainement juste, et humain chez lui et pour lui, se montre dans ses relations extérieures, souverainement despote, cruel et perfide.

D’où vient une contradiction aussi tranchée, de la part d’un écrivain dont la probité est devenue proverbiale ? On peut l’attribuer premièrement à une exagération patriotique mal entendue, mais surtout aux déceptions répétées que l’Angleterre avait subies, de 1511 à 1515.

Durant cette courte période, le cabinet de Londres s’était maladroitement mêlé des affaires d’Italie. Croyant enlever à la France deux ou trois provinces, il avait prodigué ses soldats et ses trésors au seul profit du roi d’Aragon, du pape et de l’empereur[4]. Ces mystifications ruineuses lui ouvrirent les yeux. Il comprit qu’il était la dupe de ses alliés, et qu’en définitive la ruse et la fourberie leur avaient servi, beaucoup plus qu’à lui l’audace et la victoire. Sans doute les diplomates anglais, et Thomas Morus avec eux, trouvèrent-ils convenable et utile d’adopter, en principe, cette politique inqualifiable, justifiée à leurs yeux par le succès, et dont la politique utopienne est la traduction[5].

Maintenant, quelques mots sur la communauté des biens, base essentielle des théories de Thomas Morus. Terminer ces prolégomènes, sans toucher de notre opinion personnelle à cette question célèbre, serait une discrétion vraiment inexplicable. Toutefois le cadre de cette publication ne se prête pas à une discussion approfondie, il ne peut admettre que des réflexions simples et brèves.

La communauté sociale est une idée ancienne, et les premières législations en offrent des applications remarquables. Dans nos sociétés modernes, les institutions les plus utiles, les plus conservatrices, les plus vigoureuses sont établies sur le principe de la vie commune. Ainsi, les armées, les maisons d’éducation publique, les hôpitaux, les prisons, les ordres religieux, etc. En général, partout où il faut une autorité robuste et absolue, pour soumettre une multitude à la même fonction, au même état, c’est le régime communautaire qu’il convient d’adopter. Il est certain que ce régime, mieux que tout autre, économise et recueille les forces, en diminuant les résistances.

Mais il y a plusieurs observations à faire.

Les communautés établies ne vivent pas d’une vie sociale, indépendante et complète. Elles sont organes d’un corps principal, qui leur communique le mouvement et la sève ;

Elles séparent les sexes et rejettent la famille. Cette mutilation simplifie admirablement leur mécanisme et leurs conditions d’harmonie ; mais elle suppose une société enveloppante qui les nourrit et les perpétue ;

Elles suppriment, à peu de chose près, la valeur et la liberté de l’individu, son droit d’initiative et de spontanéité. Ce qui peut éteindre l’émulation et le génie chez l’individu, et par suite comprimer le développement progressif de la masse ;

La rigidité de leur constitution despotique résiste naturellement à toute innovation qui ne vient pas d’en haut.

Enfin, elles se conservent par une violente contrainte ; et les 99/100 des hommes leur préfèrent les chances de la liberté la plus aventureuse.

Tout cela ne prouve pas que l’établissement de la communauté, sur une grande échelle, soit impossible. Cela prouve seulement qu’entre un système complet et les plans infiniment réduits des communautés existantes, il y a un abîme.

En fait, une communauté nationale et volontaire exigerait, pour subsister, le dévouement le plus héroïque, ou la plus haute raison. Cette forme, qui est le dernier terme de la perfectibilité sociale, ne paraît guère possible et sa durée concevable, qu’avec des fanatiques religieux, des chrétiens purs ; ou bien chez un peuple de Socrates et de philosophes presque divins[6].

Dans le premier cas, le principe social est l’immolation du moi humain, le crucifiement de la chair et de ses convoitises, le mépris de tout ce qui ne mène pas au salut éternel. Le riche se fait pauvre, à l’exemple de Jésus-Christ, par dévouement pour ses frères qui lui sont égaux en origine, en rédemption et en destinée. Il se débarrasse de sa richesse comme d’une chaîne qui l’attache à la terre, et l’empêche de s’élever à cette angélique union de l’âme avec la vérité, qui est Dieu. Des hommes spiritualisés à ce point sont très aptes et très disposés à mettre toutes choses en commun ; puis, à exécuter le peu de travail nécessaire à la conservation d’une existence aussi mortifiée. Les chrétiens de la primitive église en donnèrent une magnifique preuve.

Dans le second cas, la passion n’est ni tuée, ni maudite, ni émancipée ou développée indéfiniment ; elle est réglée par une raison et une morale. L’égoïsme, l’Orgueil et les avidités infinies du moi se soumettent à la justice. La vertu pour l’homme consiste à vivre suivant les lois de sa nature, à observer les rapports qui l’unissent à tous les êtres. Les sciences qui font connaître ces lois et ces rapports doivent être cultivées et perfectionnées. Il en est de même des arts, de l’industrie, de l’agriculture et du commerce, qui appliquent les données scientifiques à nos besoins, à nos usages ou à nos plaisirs. La religion sanctionne la morale, glorifie la science, et s’identifie avec elle ; cette alliance explique la foi et divinise l’intelligence humaine. Chacun est actionnaire social au même titre, parce que chacun travaille librement et de corps et d’esprit avec une égale perfection, ou du moins avec une égale ardeur.

Malheureusement ces deux hypothèses ne sont que brillantes ; et la réalité les brise comme verre.

Un peuple de Socrates est encore une chimère.

La philosophie, la raison pure n’ont rien produit, à part des livres, qui puisse faire espérer l’avènement prochain de la communauté. La philosophie a été plus stérile que le christianisme ; elle a manqué jusqu’à présent de vigueur créatrice, d’unité de principes, et d’une certaine discipline des intelligences.

D’un autre côté la vie ascétique des premiers chrétiens, cette vie suprêmement contemplative et sacrifiée, a bien pu réunir le petit nombre d’apôtres et d’adeptes d’une foi nouvelle ; mais, elle ne pouvait constituer un état normal et constant ; car elle appauvrit l’organisme, paralyse le développement de la nature sensuelle, débilite et immobilise la société politique, et compromet les destinées terrestres de l’humanité. Aussi, à mesure que le christianisme grandit, la faveur primitive diminue d’intensité en s’éloignant du foyer d’origine ; elle se refroidit au contact de la civilisation romaine, au milieu des affections et des soins de famille ; elle fléchit sous le poids des réactions passionnelles, et de mille servitudes de l’existence positive. Néanmoins, l’esprit de communauté ne fut pas perdu ; il éleva cette foule d’institutions religieuses et monastiques, véritables abstractions vivantes, qui ne sauraient servir de modèles, puisqu’elles sont édifiées sur la pauvreté, la continence et l’obéissance passive.

Que dire des doctrines matérialistes, qui prêchent la communauté en exaltant l’égoïsme et la fureur des jouissances ? Ces doctrines, considérées froidement, ont une tendance éminemment anticommunautaire. Elles détruisent le devoir, le dévouement, la morale et toute inspiration généreuse. Leur effet naturel, logique, est la dissolution des grandes masses sociales, le fractionnement des peuples en petites tribus. Aussi les matérialistes conséquents arrivent-ils à l’état sauvage ou à l’extrême tyrannie. Car, en l’absence de toute foi, de toute obligation divine ou de conscience, il n’y a qu’une tyrannie formidable qui puisse donner la cohésion et la forme à la poussière des individualités ; qui puisse brider l’insatiabilité des appétits, forcer au travail et à la ration, et protéger la parfaite égalité de tous contre les séditieuses attaques de la liberté de chacun. Mais alors quelle garantie assez terrible exiger de ceux qui tiennent la manivelle du pouvoir, qui sont les dépositaires et les distributeurs de la fortune publique ? Quelques uns pensent tourner la difficulté et faciliter la besogne en bestialisant la nature humaine. D’après cette théorie, l’homme n’est qu’une matière organisée pour la nutrition et la reproduction. Le libre arbitre, le génie, le progrès sont des superfétations dangereuses, autant que la science, les arts, l’industrie et le commerce. Chaque terre nourrit ses habitants, et deux ou trois métiers indispensables suffisent à leur entretien. La société prospère et multiplie comme un bétail précieux ; elle se gouverne comme un essaim d’abeilles. Supposons que ces dégradantes absurdités se réalisent aujourd’hui sur un peuple, il faudrait l’enfermer hermétiquement, afin qu’il ne fût pas troublé et envahi par l’activité et la civilisation du dehors. Outre cette cause de décomposition, il y aurait encore les ambitions de conquête soulevées à l’étranger par le singulier spectacle d’une nation descendue à l’état de ruche, ou convertie en parc d’animaux à l’engrais.

Notre conclusion, c’est que la communauté chrétienne, philosophique ou matérialiste, n’est ni dans les mœurs, ni dans les aptitudes, ni dans les intérêts de ce siècle. On peut dire avec T. Morus, lorsqu’il parlait de l’établissement du système utopien :

Je le souhaite plus que je ne l’espère.

Cependant, il serait téméraire d’affirmer que la communauté sociale est une idée absurde, et que sa réalisation est à jamais impossible. Cette loi divine et inviolable, par laquelle toutes les choses du monde sont gouvernées, nous est inconnue, aussi bien que la série des transformations séculaires qui affectent la nature humaine, et la conduisent lentement à ses mystérieuses destinées.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE.


Thomas Morus écrivit l’Utopie en latin, depuis le commencement jusque vers la fin de l’année 1516. Il revenait alors de Flandre, où il avait exercé une mission diplomatique, en compagnie de Cuthbert Tunstall, chef de l’ambassade.

À cette époque de sa vie, Thomas Morus, âgé de 34 ans, était syndic (vicecomes) de la cité de Londres. Cette magistrature consistait à rendre la justice dans les causes civiles, à régler ou à défendre les privilèges de la cité.

Les bibliographes ne sont pas d’accord sur la date précise de la rédaction de l’Utopie. La date que nous adoptons ici est la même que Stapleton assigne (Vita Thomæ Mori.). En outre, elle est clairement vérifiée par la lecture des premières lignes de l’ouvrage, et par la correspondance qui s’établit entre les savants au moment de son apparition.

Mais les Actes de Rymer ne laissent aucun doute à cet égard. Cette collection renferme, sous le titre Pro intercursu Mercium, des lettres-patentes données à Westminster, le 7 mai 1515, qui nomment Cuthbert Tunstall, Thomas Morus, écuyer, et trois autres Anglais, ambassadeurs en Flandre, avec plein pouvoir de conclure un traité de commerce entre Henri VIII, roi d’Angleterre, et Charles, prince de Castille.

Cuthbert Tunstall et Knyght, qui, plus tard, fut adjoint à cette ambassade, avaient en même temps mission spéciale de négocier la confirmation de la paix.

Il paraît que la députation anglaise fut très froidement reçue par le cabinet de Bruxelles, et qu’elle éprouva même certaine difficulté à entamer les négociations.

Quoi qu’il en soit, les conférences s’ouvrirent à Bruges, et furent interrompues presque aussitôt. Thomas Morus profita du loisir que lui laissait la suspension du congrès pour aller à Anvers.

C’est là probablement qu’il conçut l’idée et le plan de l’Utopie, en confia le secret à un petit nombre d’amis intimes, leur promettant de développer par écrit, à son retour en Angleterre, ce qu’il leur communiquait de vive voix, dans des conversations improvisées et fugitives. Du moins, il est naturel d’interpréter ainsi la fiction par laquelle Thomas Morus suppose que son livre est le simple récit d’un entretien qu’il eut à Anvers avec Raphaël Hythlodée, personnage entièrement imaginaire.

Les conférences diplomatiques furent enfin renouées, et le traité de commerce fut signé le 24 janvier 1516 à Bruxelles par les commissaires anglais.

C’est donc vers cette époque que Thomas Morus commença la rédaction de son Utopie, qui ne fut terminée que peu de temps avant le mois de novembre de la même année. Cela résulte suffisamment d’une lettre, datée du 1er novembre 1516, dans laquelle Pierre Gilles annonce à Jérôme Busleiden qu’il vient de recevoir le manuscrit de l’Utopie.

Les détails qui précèdent n’étaient pas inutiles ; ils avaient pour but de déterminer un point douteux, quoique intéressant de bibliographie. Mais une considération d’une autre espèce en justifiait encore l’opportunité.

L’on sait que la moralité personnelle d’un homme, la trempe particulière de son génie, ne sont pas les seules causes qui modifient la nature et la forme de ses productions littéraires. La position de l’écrivain, son entourage, et divers autres agents externes, projettent sur ses œuvres des lueurs ou des ombres bien marquées.

En sorte qu’un livre est la résultante visible de toutes les forces individuelles et sociales qui sollicitent habituellement l’âme de l’écrivain.

Il n’était donc pas indifférent de rechercher avec exactitude les événements au milieu desquels l’Utopie fut composée, et la part que Thomas Morus prit à ces événements. Car il est possible de trouver dans cette connaissance, et l’origine même de l’ouvrage, et l’explication des sentiments et des principes que l’auteur y a déposés.

L’Utopie, n’étant encore que manuscrit, fut communiquée à plusieurs savants, qui la reçurent avec bonheur, comme une primeur littéraire de haute qualité. Pierre Gilles, ami de l’auteur, l’avait reçue directement de lui, quelque temps avant le 1er novembre 1516 ; il s’occupa bientôt après de la faire imprimer à Louvain, en ajoutant au texte original l’alphabet utopien, un fragment de la langue utopienne et des notes en marge. Cette édition, qui est certainement la première, parut vers la fin de décembre 1516, suivant Panzer et Brunet.

Henri Hallam, dans son histoire littéraire de l’Europe (XVe, XVIe et XVIIe siècles), affirme qu’une édition de l’Utopie avait paru à la fin de l’année 1515. Cette assertion nous semble inconciliable, soit avec les faits, soit avec les épîtres qui accompagnèrent l’apparition de cet ouvrage.

La deuxième édition est celle de Bâle, imprimée par Jean Froben, l’an 1518, 1 vol. in-4°. L’on y trouve les deux livres de l’Utopie, six épîtres latines, les exercices (progymnasmata) de Thomas Morus et de William Lelly, une pièce de vers grecs de Melanchton, adressée à Érasme, les épigrammes de Thomas Morus et d’Érasme, et des gravures en bois dont deux ont été faites sur les dessins d’Holbein. La bibliothèque de la ville de Bordeaux possède un exemplaire de cette édition, exemplaire qui a servi à rédiger cette traduction nouvelle.

L’Utopie, dès qu’elle fut publiée, obtint un succès prodigieux ; elle excita comme un tumulte d’enthousiasme dans le monde des philosophes et des savants. Alors, le moyen âge tombait déjà en poussière ; une aspiration immense se faisait de toutes parts vers un nouvel avenir ; des géants d’érudition et de travail entassaient volumes sur volumes pour combler l’abîme de dix siècles de ténèbres et frayer un chemin à la marche si longtemps arrêtée de l’antique civilisation. Tous ces hommes laborieux s’émurent et s’inclinèrent devant le génie, presque divin, qui leur avait révélé la république utopienne. Les uns admiraient la hardiesse, l’originalité et la profondeur de la conception, les autres louaient particulièrement la verve, la pureté et la spirituelle aisance du style.

Guillaume Budé, le patriarche de la science en France, trouvait dans l’Utopie la trace d’un esprit supérieur, une grâce infinie, un savoir large et consommé ; il n’hésite pas à placer l’auteur de ce livre au nombre des premières gloires littéraires de son temps et à lui consacrer un autel dans le temple des muses. L’Allemagne paya aussi son tribut ; et une lettre de l’helléniste B. Rhénanus, à Bilibalb Pirckhémer témoigne assez que le talent et le nom de Thomas Morus y étaient en grande estime.

Il devait en être ainsi à une époque où l’éloge récompensait, sans exception, toute espèce de travail d’intelligence ; où la critique eût été absurde, parce qu’il fallait sortir au plus vite de la barbarie du passé, et que, pour cela, tous les efforts, tous les ouvriers étaient bons. Néanmoins, ces louanges, qui nous semblent aujourd’hui ridicules, n’étaient pas déplacée, en s’adressant à l’Utopie ; car ce livre, au commencement du XVIe siècle, était une œuvre de génie et même de bon goût. Érasme, il est vrai, avait publié ses Adages, et Budé son traité de Asse, ouvrages étonnants qui éclairaient enfin la nuit de l’antiquité, et qui déployaient la plus vaste connaissance des littératures grecque et romaine. Mais il n’avait pas encore paru de création plus originale, plus brillante que celle de l’Utopie ; l’on ne pouvait rien lire, ni de plus fortement pensé, ni de plus facilement écrit.

Thomas Morus était déjà connu des gens de lettres par de petites comédies, des dialogues, des épigrammes en latin et en grec, qui ne sont pas sans mérite. Son latin, plus vif et plus coulant que celui de Budé, ne le cède qu’à celui d’Érasme ; sa phrase est parfois obscure et embarrassée ; mais elle crépite çà et là de traits étincelants qui frappent l’attention et la réveillent.

Les principes exposés dans l’Utopie ne causèrent aucun ombrage aux pouvoirs politiques d’alors ; il paraît, au contraire, que ce livre fut très bien accueilli du cardinal Wolsey et du roi Henri VIII, puisque le crédit et la fortune de son auteur ne firent qu’aller croissant. Au reste, Henri VIII ne pouvait guère s’offenser de l’accusation d’avarice appliquée au roi son père, ni de la satire du gouvernement français. Si Thomas Morus détruisait le clergé, la noblesse, la monarchie héréditaire et absolue, tout cela n’était aux yeux de ce prince qu’une ingénieuse hypothèse impossible à réaliser ; d’ailleurs, le péril était trop éloigné pour avoir peur. Et puis, les questions théologiques absorbaient exclusivement les esprits ; Luther était là, qui s’apprêtait à secouer l’Europe ; or, la réforme religieuse était, en ce temps, plus à la portée des masses que la réforme sociale.

Le texte latin de l’Utopie fut réimprimé à Glascow (1750), 1 vol. in-8°. Raphe Robinson la traduisit en anglais, l’an 1551. L’évêque Burnet publia une nouvelle traduction anglaise, en 1682. Hallam donne la préférence à cette dernière : « On peut, dit-il, se croire dans Brobdingnag, en lisant l’Utopie dans la traduction de Burnet, tant il y a de ressemblance dans la veine de gaieté satirique et dans la facilité du style. »

En France, il y a eu jusqu’à présent trois traductions de l’Utopie ; d’abord, celle de Jehan le Blond (Paris, 1550, 1 vol. in-8°) ; en second lieu, celle de Gueudeville, ci-devant bénédictin, et depuis calviniste (Leyde, 1715, et Amsterdam, 1730) ; enfin, celle de Th. Rousseau (Paris, 1789). Brunet, dans sa bibliographie, dit de Gueudeville, que sa traduction n’est ni élégante ni exacte, et que celle de Rousseau, si elle n’est pas mieux écrite, est au moins plus littérale. Gueudeville fait lui-même bon marché de sa traduction dans sa préface ; voici ses paroles :

« On ne doit pas s’attendre ici à une traduction exacte, et qui ne fasse que rendre précisément le sens de l’auteur. J’avertis d’avance que je ne me suis point arrêté à ce scrupule-là ; j’ai souvent étendu l’idée ; je lui ai donné le peu d’enjouement dont je suis capable…

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Je suis obligé d’avouer naturellement que l’Utopie française m’a coûté beaucoup de peine et de travail. Soit l’affectation du latin qui, selon moi, n’est rien moins que cicéronien, soit mon ignorance, j’ai trouvé dans, mon chemin des endroits qui m’ont tenu longtemps. Je me suis débarrassé de ces broussailles le mieux que j’ai pu ; mais je n’oserais répondre que j’ai attrapé partout la pensée de mon auteur, je crains d’avoir quelquefois deviné. »

L’Utopie a été aussi traduite en italien et en allemand.

Malheureusement, les traductions françaises de cet ouvrage sont extrêmement rares ; elles n’existent que dans un petit nombre de bibliothèques privées, en sorte que le public ne connaît l’Utopie que de nom, ou par de courts extraits. Il est donc permis de croire qu’une traduction nouvelle n’est pas une superfluité.

Aussi bien, l’Utopie, trois cents ans après son apparition, n’est pas un livre usé ; c’est un livre encore tout neuf au sein de notre civilisation. Envisagée comme système d’organisation sociale, c’est une mine féconde où semblent avoir puisé tous les réformateurs modernes.

DISCOURS

du très excellent homme RAPHAEL HYTHLODÉE sur la meilleure
constitution d’une république,
par
l’illustre THOMAS MORUS, vicomte et citoyen de londres,
noble ville d’angleterre.


LIVRE PREMIER.

suite… PDF

Une démocratie mondiale de façade. La fin programmée des états.


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

«Le monde se divise en trois catégories de gens: un très petit nombre qui fait se produire les événements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s’accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s’est produit en réalité.» Nicholas Murray Butler, président de la Pilgrim Society

Le monde va mal! Cela devient lancinant de toujours le proclamer! Il est même possible que ceux qui interdisent de porter ce jugement sont ceux-là même qui mènent le monde dans la direction qu’ils veulent, à savoir à l’échelle planétaire l’avènement inexorable d’une oligarchie mondiale qui se veut œcuménique tant qu’on obéisse au money-théisme. Le catéchisme est connu, il faut s’enrichir aux dépens des plus faibles en les exploitant dans un esclavage déguisé, hard, des multinationales qui font travailler des enfants comme au bon vieux temps décrit par Zola dans Germinal ou encore un esclavage d’un autre type qui consiste à dresser les faibles les uns contre les autres au nom de la compétitivité. Ce sera les délocalisations sauvages qui consistent à repérer les pays vulnérables, ce qui permet au capital d’extraire de la valeur.

Barnevick ancien P-DG de ABB avait en son temps décrit la mondialisation:

«Je définirais dit-il la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matière de droit du travail et de conventions sociales.» En clair, c’est la liberté du renard dans le poulailler. Cette mise au pas du monde ne peut pas se faire sans un bréviaire, les accords de Bretton Woods et un clergé, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC avec naturellement un bras armé, l’Otan et la CPI pour les récalcitrants. «Des recherches de l’université de Carnegie Mellon estiment que les Etats-Unis ont été impliqués d’une manière ou d’une autre dans 81 élections différentes depuis la Seconde Guerre mondiale. La Russie l’a fait 36 fois.». (1)

L’illusion lors de l’élection de Donald Trump

On a cru un moment qu’à l’instar du Christ, Donald Trump allait renverser les tables des marchands du Temple de la mondialisation qu’Alain Minc, économiste tout terrain, toute tendance, nous avait fait la promesse heureuse. Il n’en sera rien! Trump sera rapidement pris en charge et on constate une veillée d’armes pluri- dimensionnelle avec un monde plus chaotique que jamais avec des feux illuminant la Terre çà et là comme dans le texte atemporelle de Leo Ferré «un jour le diable vint sur Terre pour surveiller ses intérêts». La publication suivante est édifiante elle nous explique que de fait, le président est sous contrôle:

«Suivre l’argent est toujours l’élément clé et crucial pour déterminer ‘la cause probable / le modus operandi » des actions des globalistes. Bien qu’il y en a beaucoup qui croient que le président Trump est la panacée à tous nos problèmes, il y a beaucoup de choses que le président ignore. C’est intentionnel de la part des intérêts monétaires qui contrôlent le tissu même de notre société. Les intérêts sont des entreprises, des politiques et des religieux: un niveau de contrôle à trois niveaux sur toutes les facettes de la société humaine. (…) » (2)

« Le problème réside dans le fait que derrière ces intérêts, il y a des élites qui croient en l’imposition forcée de leurs philosophies aux masses. Ils croient également pouvoir «abattre sélectivement le troupeau» et maintenir une population servile à des niveaux minimaux pour mener à bien le travail domestique et la production industrielle (les Delta et les Epsilon du livre Le meilleur des mondes de Huxley) sous leur direction. Patiemment, ces élitistes attendaient le jour où leur société «1984» sera une réalité, travaillant à ce projet et l’élaborant depuis des décennies. Le poids de l’humanité pose un problème, car ils ne peuvent pas éradiquer efficacement tout ce qui est en trop sans une épidémie ou une guerre à grande échelle, mais après un tel événement, la planète elle-même pourrait être invivable». (2)

La fin programmée de la démocratie

Une publication savoureuse résume en quelques pages la condition humaine actuelle et permet d’expliquer des incohérences constatées par le profane alors que tout est sous contrôle de personnes non élues, mais qui dirigent des hommes politiques élus pour diriger les pays selon leur directive. On se souvient des propos de Danièle Mitterrand qui reprochait à son mari le président français François Mitterrand de ne pas appliquer ses promesses de campagne. Réponse de l’intéressé, je ne contrôle rien et je ne peux rien contre les banques…Nous le voyons avec la condition des citoyens européens qui sont sous les fourches caudines des oligarques de Bruxelles non élus par les peuples européens, mais qui assassinent le quotidien des citoyens à coups de directives supranationales.

Nous lisons dans cette contribution:

«Les véritables maîtres du monde ne sont plus les gouvernements, mais les dirigeants de groupes multinationaux financiers ou industriels, et d’institutions internationales opaques (FMI, Banque mondiale, OCDE, OMC, banques centrales). Or ces dirigeants ne sont pas élus, malgré l’impact de leurs décisions sur la vie des populations. Le pouvoir de ces organisations s’exerce sur une dimension planétaire, alors que le pouvoir des Etats est limité à une dimension nationale. Par ailleurs, le poids des sociétés multinationales dans les flux financiers a depuis longtemps dépassé celui des Etats. A dimension transnationale, plus riches que les Etats, mais aussi principales sources de financement des partis politiques de toutes tendances et dans la plupart des pays, ces organisations sont de fait au-dessus des lois et du pouvoir politique, au-dessus de la démocratie. La démocratie a déjà cessé d’être une réalité. Les responsables des organisations qui exercent le pouvoir réel ne sont pas élus, et le public n’est pas informé de leurs décisions. La marge d’action des Etats est de plus en plus réduite par des accords économiques internationaux pour lesquels les citoyens n’ont été ni consultés, ni informés. Tous ces traités élaborés ces cinq dernières années (Gatt, OMC, AMI, NTM, Nafta) visent un but unique: le transfert du pouvoir des Etats vers des organisations non-élues, au moyen d’un processus appelé ‘mondialisation »» (3)

L’auteur nous apprend qu’il n’est pas question de créer des révolutions, il faut y aller en douceur:

«Une suspension proclamée de la démocratie n’aurait pas manqué de provoquer une révolution. C’est pourquoi il a été décidé de maintenir ‘une démocratie de façade », et de déplacer le pouvoir réel vers de nouveaux centres. Les citoyens continuent à voter, mais leur vote a été vidé de tout contenu. Ils votent pour des responsables qui n’ont plus de pouvoir réel. Depuis le début des années 1990, l’information a progressivement disparu des médias destinés au grand-public. Les responsables du pouvoir économique sont quasiment tous issus du même monde, des mêmes milieux sociaux. Ils partagent donc tout naturellement la même vision de ce que devrait être le monde idéal futur.» (3)

L’objectif étant de réduire le rôle d’un Etat stratège et protecteur des plus faibles. C’était d’ailleurs la doctrine de Ronald Reagan pour qui ‘l’Etat était le problème et pas la solution ». Il eut un excellent disciple en la personne de Margaret Thatcher qui elle, déclarait sans ambages:

«Je ne connais pas de citoyens, je connais le consommateur.» «Il est dès lors naturel poursuit l’auteur de la contribution parlant des «dirigeants du monde» qu’ils s’accordent sur une stratégie et synchronisent leurs actions respectives vers des objectifs communs, en induisant des situations économiques favorables à la réalisation de leurs objectifs, à savoir: «Affaiblissement des Etats et du pouvoir politique. Déréglementation. Privatisation des services publics. Désengagement total des Etats de l’économie, y compris des secteurs de l’éducation, de la recherche, et à terme, de la police et de l’armée, destinés à devenir des secteurs exploitables par des entreprises privées. Endettement des Etats au moyen de la corruption. Plus un gouvernement est sous le contrôle des «Maîtres du monde», et plus il fait augmenter la dette de son pays. Précarisation des emplois et maintien d’un niveau de chômage élevé, entretenu grâce aux délocalisations et à la mondialisation du marché du travail. Réduction des aides sociales, pour accroître la motivation du chômeur à accepter n’importe quel travail. Empêcher la montée des revendications salariales dans le tiers-monde, en y maintenant des régimes totalitaires ou corrompus.» (3)

«Les organisations multinationales privées se dotent progressivement de tous les attributs de la puissance des Etats: réseaux de communication, satellites, services de renseignements, fichiers sur les individus, institutions judiciaires (établies par l’OMC et l’AMI, accord grâce auquel une multinationale pourra traîner un Etat devant une cour de justice internationale privée). L’étape suivante -et ultime- pour ces organisations sera d’obtenir la part de pouvoir militaire et policier qui correspond à leur nouvelle puissance, en créant leurs propres forces armées, car les armées et polices nationales ne sont pas adaptées à la défense de leurs intérêts dans le monde. Mais à l’étape ultime du plan, ces armées privées serviront les intérêts des grandes multinationales, et attaqueront les Etats qui ne se plieront pas aux règles du nouvel ordre économique. (…) La majeure partie du commerce mondial a lieu sans monnaie-papier, et seulement 10% des transactions financières quotidiennes correspondent à des échanges économiques dans le «monde réel». Les marchés financiers eux-mêmes constituent un système de création d’argent virtuel, de profit non-basé sur une création de richesses réelles. Cette création d’argent sans création de richesses économiques correspondantes est la définition même de la création artificielle de monnaie.» (3)

La dimension environnementale pourrait gripper la machine

L’auteur nous apprend qu’il n’y a que l’environnement qui pourrait freiner cette machine du diable non par une quelconque empathie envers la nature mais par l’atteinte des limites que l’overshoot day ( le jour du dépassement) nous alerte chaque année sur l’impossibilité d’assurer une production pour contenir la gabegie des puissants en terme d’énergie, d’eau et naturellement cela se paye par les convulsions climatiques qui font que les pays vulnérables sont en première ligne pour l‘ardoise à payer en terme économique mais aussi humain.

«Un système économique libéral, dont le but est la recherche du profit à court-terme pour des intérêts particuliers, ne peut prendre en compte les coûts à long terme tels que la dégradation de l’environnement. Si nos modèles économiques intégraient le coût réel de la destruction de la nature, de la pollution, des modifications climatiques, cela changerait radicalement notre estimation de ce qui est «rentable» et de ce qui ne l’est pas. La production de la nature a été évaluée à 55 000 milliards de dollars par an par un groupe de scientifiques de l’Institute for Ecological Economics de l’université du Maryland en 1997. La disparition de la nature est inévitable, car elle est voulue par le nouveau pouvoir économique. Pourquoi? pour trois raisons: La disparition de la nature et l’augmentation de la pollution vont rendre les individus encore plus dépendants du système économique pour leur survie (…). La contemplation de la beauté et de la perfection de cet ordre est subversive: elle amène l’individu à rejeter la laideur des environnements urbanisés, et à douter de l’ordre social qui doit demeurer la seule référence. L’urbanisation de l’environnement permet de placer les populations dans un espace totalement contrôlé, surveillé, et où l’individu est totalement immergé dans une projection de l’ordre social. Enfin, la contemplation de la nature incite au rêve et intensifie la vie intérieure des individus, développant leur sensibilité propre, et donc leur libre-arbitre. Ils cessent dès lors d’être fascinés par les marchandises. Délivrés de leurs chaînes, ils commencent à imaginer une autre société possible, fondée sur d’autres valeurs que le profit et l’argent. Tout ce qui peut amener les individus à penser et à vivre par eux-mêmes est potentiellement subversif. Le plus grand danger pour l’ordre social est la spiritualité car elle amène l’individu à bouleverser son système de valeurs et donc son comportement, au détriment des valeurs et comportements précédemment implantés par le conditionnement social. Pour la stabilité du «nouvel ordre social», tout ce qui peut stimuler l’éveil spirituel doit être éliminé.» (3)

Tout est dit, nous allons vers la robotisation du monde avec les promesses prévues par Orwell dans son fameux roman 1984. Il laissa pour la postérité cette fameuse phrase qui n’a pas pris une ride:  « A une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. »

Les contre-pouvoirs pour résister

En son temps le forum brésilien de Porto Alegre avait apporté un vent d’espoir vite dissipé. Ce fut ensuite un peu partout les Indignés de Stéphane Hessel qui nous incitait à «nous indigner» en vain! Ce sera en France «Nuit Debout». Tous ces mouvements comme Podemos en Espagne qui se veulent une alternative au tout-marchand n’ont pas tenu la route. On voit comment Syriza est rentré dans le rang et les citoyens grecs n’en finissent pas de payer des dettes pour un argent qu’ils n’ont pas dépensé. Même en France le mouvement «la France insoumise» avec Jean-Luc Melenchon et qui a récolté près de 20% aux élections en France risque aussi de s’évanouir. L’auteur appelle à une coordination mondiale, une de plus dirions-nous:

«Pour ne pas être définitivement exclus du jeu, les contre-pouvoirs au pouvoir économique (syndicats, associations de consommateurs, mouvements écologistes) doivent répondre en se plaçant sur le même niveau d’organisation, au niveau mondial et non plus national, en unifiant et en synchronisant leurs actions, à l’échelle de groupes d’Etats pesant un poids suffisant dans les flux économiques mondiaux.» (3)

De fait, en Occident les citoyens se croient libres de dire et de faire ce qu’ils veulent. Rien n’est plus faux. Ils sont des esclaves consentants à qui «le divin marché» selon la belle expression du philosophe Dany Robert Dufour on donne l’illusion qu’il est en démocratie. Le regretté Coluche avait l’habitude de dire: «Dans les pays où les libertés sont réduites c’est: « Ferme ta gueule! », dans les pays dits démocrates, c’est « cause toujours ». Nous le voyons tous les jours avec cette mondialisation-laminoir qui flatte leurs ego en leur donnant le sentiment factice d’une hyper-puissance alors qu’en fait, ils sont des marionnettes conditionnées à dépenser, mais pas à penser. En toute logique, les combats ne sont pas entre faibles dans chaque pays, mais entre les faibles du monde et l’oligarchie qui le gouverne.

Dans cet ordre, l’essai de Thierry Meyssan Le monde tel qu’il est dépeint loin de l’idéal de la naïveté de chacun, loin de l’éthique tous les coups sont permis, même les plus bas. Comme l’écrit le chercheur canadien Marshall McLuhan: «Seuls les plus petits secrets ont besoin d’être protégés. Les plus gros sont gardés par l’incrédulité publique.»

«Il décortique, nous dit François Xavier, les Printemps arabes vus de Paris, vécus par les Frères musulmans, et organisés depuis Washington. Révélateur de la duperie dans laquelle nous vivons, ce livre apportera surtout à ceux qui veulent prendre leur destin en main, les données indispensables pour comprendre ce qui se passe. Car il n’est pas joli-joli le mandat Sarkozy, et l’ombre du reniement face au peuple lors du référendum sur l’Europe n’est rien comparé à ce qu’il orchestra en Libye. Le témoignage de Walter E. Fauntroy, ancien membre du Congrès des États-Unis et ancien assistant de Martin Luther King Jr est glaçant: il a vu des soldats réguliers français et danois, aux côtés d’Al-Qaïda, décapiter des Libyens… Puis, le 5 septembre 2011, le président Sarkozy recevra le patriarche maronite, S. B. Béchara Raï, et lui expliquera sans détour que l’Empire va placer les Frères musulmans au pouvoir à Damas et qu’il faut songer à rapatrier les chrétiens d’Orient en France. Après la Libye, la Syrie… Ainsi il en va du monde moderne où les forces spéciales françaises (sous l’autorité du général Puga) aident les djihadistes à attaquer Maâloula, puis encadrent les takfiristes à Baba où ils proclament un Émirat islamique (…)».(4)

Cela a commencé comme documenté avec les révolutions brutales des pays pétroliers comme l’Iran – le premier ministre Mossagegh qui voulait contrôler les richesses nationales de l’Iran fit face à un coup d’état en bonne et due forme. Le Chah le démit et mit à sa place le général Zahedi plus conciliant avec l’Angleterre et les Etats Unis . Bien plus tard, Margareth Albright reconnaissait que c’était la CIA qui a été à la manœuvre. Ce sera ensuite, le Chili  qui vit un coup d’état fomenté par les Américains, car Allende voulait récupérer les richesses de son pays. Il en mourut.  C’était partout la démocratie aéroportée jusqu’en 2003, qui vit l’occupation de l’Irak, l’installation d’un vice roi  (administrateur général) en  la personne de Paul Bremer suivi de  la pendaison de  Saddam Hussein. Les Irakiens se déchirent encore et toujours, mais le pétrole coule à flot, direction les Etats Unis  d’Amérique.

Par la suite, le soft power a permit l’émergence des révolutions arabes qui emportèrent la Libye, son guide fut lynché, l’Egypte ; la Syrie que l’on veut à tout prix et comme le recommande  Kissinger la reshaper pour le plus grand bien d’Israël . Ce sera la Tunisie et sa révolution dite de jasmin . Ce sera la seule révolution mise en œuvre pour créer un chaos de plus chez les Arabes, et qui risque  contre toute attente des architectes du chaos ,de réussir du fait de la résilience du peuple tunisien.

En  fait la théorie du  chaos organisateur Ordo ab chaos   qui avait les préférences de Candy Rice en son temps, a été  mise en œuvre auprès des pays faibles . Le néo-libéralisme à la manœuvre  continue encore son travail destructeur des nations, notamment en créant la zizanie inter-pays  et bloc, comme c’est le cas de l’Alliance au vu et au su de tout le monde , de l’Arabie Saoudite et d’Israël –  Une ambassade saoudienne et en  construction en Israël – Cette alliance est notamment  en œuvre pour détruire le Yemen qui fait face en prime à une terrible épidémie de choléra.

En fait ce qui a été fait pour les pays faibles est en train de gagner les  faibles des pays  développés .A  partir des années 2005  apparurent les révolutions de couleur, en Géorgie, en Ukraine… Le chaos s’y est installé.  Cela ne suffit pas au néo-libéralisme  car après avoir laminé les peuples faibles  il s’occupe des démocraties des pays dits développés, l’objectif et d’arriver à terme à supprimer les Etats  en tant que tels pour n’avoir en face que des peuples consommateurs consentants avec des ersatz de liberté en fait   c’est un asservissement au marché. C’en est fini des solidarités et du rôle d’un Etat stratège de tous ses citoyens pauvres ou riches, qui assure un smic de dignité aux citoyens.

D’où viendrait le sursaut salvateur d’une prise de conscience de tous les hommes sous toutes sous toutes latitudes ? Suffit il de s’indigner ? Suffit -il de passer de veiller et de refaire le monde auprès d’un brasier , pour qu’il change  ?, En leur temps des hommes illustres ont payé de leurs vies cette utopie d’un monde plus juste ; d’un monde où le travail est un motif de fierté qui donne de la dignité. Je veux citer tous les Lumumba, Che Guevara, les Sankara Nous savons que tous les mouvements altermondialistes de Porto Allegre et d’ailleurs ont tenté en vain d’influer sur le cours des choses . Nous l’avons vu avec la loi El Khomry qui détricote les solidarités et marginalise les mouvements syndicaux, livrant le citoyen au bon vouloir des patrons. Ainsi Nuit Debout à Paris, Indignés, Occupy Wall Street… les mouvements spontanés qui se multiplient depuis l’an 2000 mais n’ont pas encore trouvé de vrai débouché politique. A bien des égards ce qui va se passer en France est d’une certaine façon un laboratoire des confrontations de ce qui reste de la contestation avec un pouvoir acquis qui annonce la couleur.

Les certitudes des architectes du Nouvel ont toujours étaient clairs . Elle sont plus que jamais d’une brûlante réalité  Déjà en 1920 Paul Warburg Grand banquier, premier président du CFR en 1920 écrivait : « Nous aurons un gouvernement mondial, que cela plaise ou non. La seule question sera de savoir si il sera créé par conquête ou par consentement » David Rockefeller le bien nommé parlait carrément de Nouvel Ordre inéluctable : « Nous sommes à la veille d’une transformation globale. Tout ce dont nous avons besoin est la bonne crise majeure, et les nations vont accepter le Nouvel Ordre Mondial » Sombres jours pour les sans dents du monde…

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

1. http://fr.whatsupic.com/nouvelles-politiques-monde/1494415152.html

2.http://lesakerfrancophone.fr/une-catastrophe-mondiale-est-orchestree-par-les-elites-il-y-a-beaucoup-de-choses-que-le-president-ne-sait-pas

3.http://www.syti.net/Topics2.html

4.http://reseauinternational.net/thierry-meyssan-le-monde-tel-quil-est/#rTgLj9HGBTZPmx5t.99

 

 

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/266810-la-fin-programmee-des-etats.html

Charles Péguy sur la modernité et le règne de l’argent


lelibrepenseur.org

 


Note conjointe sur M. Descartes (1914)


« Je l’ai dit depuis longtemps. Il y a le monde moderne. Le monde moderne a fait à l’humanité des conditions telles, si entièrement et si absolument nouvelles, que tout ce que nous savons par l’histoire, tout ce que nous avons appris des humanités précédentes ne peut aucunement nous servir, ne peut pas nous faire avancer dans la connaissance du monde où nous vivons. Il n’y a pas de précédents. Pour la première fois dans l’histoire du monde les puissances spirituelles ont été toutes ensemble refoulées non point par les puissances matérielles mais par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Et pour être juste, il faut même dire : Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et du même mouvement et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un même mouvement qui est le même ont été refoulées par une seule puissance matérielle qui est la puissance de l’argent. Pour la première fois dans l’histoire du monde toutes les puissances spirituelles ensemble et toutes les autres puissances matérielles ensemble et d’un seul mouvement et d’un même mouvement ont reculé sur la face de la terre. Et comme une immense ligne elles ont reculé sur toute la ligne. Et pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.)

Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est seul devant Dieu.

Il a ramassé en lui tout ce qu’il y avait de vénéneux dans le temporel, et à présent c’est fait. Par on ne sait quelle effrayante aventure, par on ne sait quelle aberration de mécanisme, par un décalage, par un dérèglement, par un monstrueux affolement de la mécanique ce qui ne devait servir qu’à l’échange a complètement envahi la valeur à échanger.

Il ne faut donc pas dire seulement que dans le monde moderne l’échelle des valeurs a été bouleversée. Il faut dire qu’elle a été anéantie, puisque l’appareil de mesure et d’échange et d’évaluation a envahi toute la valeur qu’il devait servir à mesurer, échanger, évaluer. L’instrument est devenu la matière et l’objet et le monde.

C’est un cataclysme aussi nouveau, c’est un événement aussi monstrueux, c’est un phénomène aussi frauduleux que si le calendrier se mettait à être l’année elle-même, l’année réelle, (et c’est bien un peu ce qui arrive dans l’histoire); et si l’horloge se mettait à être le temps; et si le mètre avec ses centimètres se mettait à être le monde mesuré; et si le nombre avec son arithmétique se mettait à être le monde compté.

De là est venue cette immense prostitution du monde moderne. Elle ne vient pas de la luxure. Elle n’en est pas digne. Elle vient de l’argent. Elle vient de cette universelle interchangeabilité.

Et notamment de cette avarice et de cette vénalité que nous avons vu qui étaient deux cas particuliers, (et peut-être et souvent le même), de cette universelle interchangeabilité.

Le monde moderne n’est pas universellement prostitutionnel par luxure. Il en est bien incapable. Il est universellement prostitutionnel parce qu’il est universellement interchangeable.

Il ne s’est pas procuré de la bassesse et de la turpitude avec son argent. Mais parce qu’il avait tout réduit en argent, il s’est trouvé que tout était bassesse et turpitude.

Je parlerai un langage grossier. Je dirai : Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est le maître du curé comme il est le maître du philosophe. Il est le maître du pasteur comme il est le maître du rabbin. Et il est le maître du poète comme il est le maître du statuaire et du peintre.

Le monde moderne a créé une situation nouvelle, nova ab integro. L’argent est le maître de l’homme d’Etat comme il est le maître de l’homme d’affaires. Et il est le maître du magistrat comme il est le maître du simple citoyen. Et il est le maître de l’Etat comme il est le maître de l’école. Et il est le maître du public comme il est le maître du privé.

Et il est le maître de la justice plus profondément qu’il n’était le maître de l’iniquité. Et il est le maître de la vertu plus profondément qu’il n’était le maître du vice.

Il est le maître de la morale plus profondément qu’il n’était le maître des immoralités. »


(Éd. Gallimard, coll. La Pléiade, Œuvres en prose complètes, tome III, pp. 1455-1457).

La France dans la terreur rwandaise


 
Auteur : Onana Charles
Ouvrage : La France dans la terreur rwandaise
Année : 2014

Introduction
« S’il se révélait que c’est le FPR qui a abattu l’avion,
l’histoire du génocide devra être réécrite ». Voilà ce que déclarait
la procureure du Tribunal Pénal International pour le Rwanda
(TPIR), Caria del Ponte, dans une interview à la presse danoise’.
Caria del Ponte était-elle « révisionniste » au sens où l’entendent
les membres de la rébellion tutsi, leur chef Paul Kagame et leurs
soutiens en Occident ?
Le moins que l’on puisse dire est qu’elle avait de bonnes
raisons de supposer que l’histoire officielle risquerait d’être
entièrement révisée si la recherche de la vérité sur l’attentat du 6
avril 1994 venait à démontrer la responsabilité du Front
Patriotique Rwandais (FPR) et de sa branche militaire, l’Armée
Patriotique Rwandaise (APR), dirigés par Paul Kagame, actuel
président du Rwanda. Serait-ce pour cela que la vérité sur
l’attentat peine à être reconnue et défendue ? Est-ce pour cette
raison que ce dossier a été, très tôt, écarté des investigations du
TPIR ? Est-ce aussi pour cela que la justice française subit toutes
sortes d’influences afin que les auteurs de cet attentat ne soient
pas reconnus et que se maintienne la version officielle du
« génocide tutsi » ?
Tout porte à croire que, depuis vingt ans, certains membres
du Conseil de Sécurité refusent obstinément que les enquêtes
aboutissent et désignent enfin ceux qui ont abattu l’avion du
président rwandais. Dans le rapport des Nations Unies du 28 juin
1994, il est pourtant écrit : « L’attaque de l’avion survenue le 6
avril 1994 et qui a coûté la vie au président de la République
rwandaise, Juvénal Habyarimana, au président de la République
burundaise, Cyprien Ntaryamira, à plusieurs personnes de leur
entourage, ainsi qu’à l’équipage, semble bien être la cause
immédiate des événements douloureux et dramatiques que
connaît actuellement ce pays »2.
Dans ce même rapport, le contexte de la tragédie est ainsi
présenté : « Au moment où l’avion présidentiel s’écrasait, la
situation intérieure rwandaise était tendue et explosive pour
plusieurs raisons : frustrations dues aux retards accusés dans
l’application des accords de paix d’Arusha en date du 4 août
1993, terreur semée par les milices, assassinats des leaders de
l’opposition et de militants des droits de l’Homme, rumeurs
persistantes selon lesquelles chacune des deux parties, le
gouvernement et le FPR, se préparaient à la guerre. La mort du
président Habyarimana sera l’étincelle qui mettra le feu aux
poudres, déclenchant les massacres de civils »3.
Qu’est-ce qui justifie donc que l’on tarde à faire connaître
toute la vérité sur l’attentat qui a mis « le feu aux poudres » ?
Comment expliquer que, 20 ans après les faits, l’on assène des
certitudes sur « le génocide » et que l’on continue d’évoquer
uniquement des « hypothèses » ou des « thèses » s ’agissant de
l’attentat ? Qu’est-ce qui a finalement permis de commencer
d’abord par juger puis par condamner exclusivement des Hutu
pour leur participation présumée au « génocide » avant
d’incriminer les auteurs de l’attentat ?
Même dans le cas où l’on s’en tiendrait à la version qui
prétend que ce sont les Hutu qui ont abattu l’avion, avec l’aide
de la France, parce qu’ils auraient planifié le « génocide » contre
les Tutsi avec la complicité de François Mitterrand – alors
président de la République – pourquoi ne pas avoir
immédiatement commencé par juger les auteurs de l’attentat ?
Peut-être que les procès auraient montré comment les Hutu et les

Français s’y sont pris pour préparer l’attentat et le « génocide ».
On aurait, dans le même temps, coupé court aux spéculations et
aux polémiques de toutes sortes. La justice aurait clairement pu
établir les responsabilités des uns et autres et tous les coupables
présumés (Hutu et Français) auraient été jugés sans la moindre
contestation.
Si le régime de Kigali et ses soutiens sont réellement
convaincus que les Hutu et les Français ont abattu le Falcon 50
au soir du 6 avril 1994, pourquoi ne s’acharnent-ils pas à les faire
juger sur cet acte et pourquoi ne produisent-ils toujours pas de
preuves de leur responsabilité ? Cela est non seulement dans leur
intérêt mais Paul Kagame et ses hommes, ayant pris possession
de la ville de Kigali et du Rwanda peu de temps après l’attentat,
ont eu, depuis lors, toute latitude nécessaire pour rassembler des
indices, des preuves matérielles et des témoignages probants, y
compris au sein de l’ONU où ils ont toujours bénéficié de bons
contacts voire même de sympathisants, parmi lesquels le
commandant de la force armée onusienne en personne : le
général Roméo Dallaire4.
Cette remarque est aussi valable pour les États-Unis,
principal soutien du régime de Paul Kagame, qui ont pu produire
des images satellites sur les massacres et qui ont tout autant
intérêt à fournir des images satellites sur l’attentat et sur la guerre
pour disculper le nouvel homme fort de Kigali et les rebelles
tutsi. Pourquoi cela n ’a-t-il pas été fait depuis 1994 ?
Comment comprendre que le TPIR, au demeurant compétent
sur ce dossier, refuse obstinément de poursuivre des
investigations sur ce crime et de chercher à arrêter les coupables
près de vingt ans après les faits ? Pourquoi y a-t-il aujourd’hui
tant d’agitation autour de l ’enquête judiciaire sur l’attentat en
France alors qu’au moment de notre procès en 2002, le principal

suspect que nous avions identifié, à savoir Paul Kagame, n’avait
manifestement rien à nous opposer ? Avait-il été surpris par
l’enquête ou manquait-il déjà d’éléments pour prouver son
innocence et celle de ses hommes ?
Aujourd’hui, qui se sent réellement inquiété par les
investigations sur cet acte criminel et pourquoi la « communauté
internationale », si prompte à parler des « génocidaires », est-elle
subitement muette dès qu’il s’agit de l’attentat commis contre
deux chefs d’État africains, leurs collaborateurs et trois Français,
survenu dans des circonstances obscures à Kigali ?
En observant d’abord le silence puis le malaise et enfin les
manoeuvres diverses et variées autour de cette affaire, nous
pouvons affirmer que les vrais coupables sont fortement protégés
par « la communauté internationale », ou du moins une partie
puissante de celle-ci, qui se dresse contre la reconnaissance de la
vérité. Nous allons le démontrer tout au long de cet ouvrage.
Voici plus de dix années maintenant que nous enquêtons sur
ce dossier et ne pouvons que fortement déplorer la brutalité des
forces qui cherchent à empêcher toute manifestation de la vérité
sur cet événement majeur. Soulignons que ces forces sont
constamment en éveil et réactives chaque fois que la curiosité de
la justice ou des experts indépendants les pousse à enquêter sur
les crimes perpétrés par des rebelles tutsi. Le procureur du TPIR,
Caria del Ponte, a largement fait les frais de cette omerta,
puisqu’elle a été évincée de son poste dès qu’elle a exprimé la
volonté de poursuivre les rebelles tutsi, responsables, comme les
miliciens hutu, de crimes de guerre et de crimes contre
l’Humanité au Rwanda5. Pourtant, ces poursuites relevaient à la
fois de ses attributions et de ses compétences au sein du TPIR.
Sans appréhender toutes les conséquences de sa démarche, elle a
mécontenté les États-Unis, la Grande-Bretagne et leur protégé,

Paul Kagame, le chef de la rébellion tutsi à Kigali.
Mettre les « saints rebelles » en cause pour leurs actes
criminels fut considéré comme un véritable crime de lèse-majesté
de la part de ce procureur un peu trop soucieux d’exercer
intégralement son mandat et comme un intolérable défi lancé à la
« communauté internationale », particulièrement aux États-Unis.
Nous aurons l’occasion de revenir sur ce volet à travers les
confidences qu’elle nous a faites en 2005.
Depuis plusieurs années, nous avons remarqué qu’à chaque
fois que les familles des victimes voient la justice enfin
s’approcher des auteurs de l’attentat du 6 avril 1994, des
tentatives de diversion téléguidées par le gouvernement rwandais
et ses soutiens apparaissent. Tantôt ce sont des accusations contre
l’armée française qui ressortent dans la presse, tantôt ce sont des
polémiques sur les missiles ou encore le rôle supposé de la
« France dans le génocide » qui envahissent les médias. Peu
d’auteurs se risquent à parler du rôle des États-Unis et de leurs
relations avec les rebelles tutsi, une alliance pourtant
déterminante si l’on veut comprendre les enjeux qui prévalent
dans la région de Grands Lacs depuis le début des années 90.
Aucune place n’est accordée non plus aux victimes de
l’attentat, y compris françaises. Toutes ces initiatives médiatiques
et ces manoeuvres ont pour unique but d’orienter notre façon de
penser ou d’analyser, en tentant de faire croire qu’il existe de
« nouvelles pistes françaises » non explorées ou que la justice
doit se cantonner à d’autres pistes que celle conduisant aux
rebelles tutsi. En un mot, le régime tutsi, qui monopolise le
pouvoir au Rwanda depuis deux décennies et qui compte de
nombreux relais dans les médias occidentaux, s’arrange pour que
les soupçons et les accusations se portent régulièrement et
uniquement sur les Hutu et les militaires français, de façon à ce

que personne n’examine, de façon impartiale, ce qui s’est
réellement passé à Kigali le soir du 6 avril 1994, et dans la
période qui a précédé l’attentat. Il faut surtout empêcher que des
investigations sérieuses mettent enfin à jour la nature des actes
posés par la rébellion tutsi à ce moment-là.
Une telle attitude devient d’autant plus suspecte que ce
régime compte désormais dans ses propres rangs de nombreux
accusateurs. En effet, les dissidents rwandais (officiers de
renseignement, ministres, hauts cadres et diplomates) qui
accusent Paul Kagame, avec ses hommes, d’être les
organisateurs de l’attentat du 6 avril 1994 et des massacres de
civils au Rwanda se multiplient. Tous ont publiquement exprimé
leur souhait de fournir des preuves à la justice6. S’agit-il
simplement de la manifestation de quelques aigris du régime
rwandais ou d’heureuses coïncidences ? Remarquons toutefois
que la majorité des dissidents ayant des informations sur
l’attentat du 6 avril ont été assassinés tandis que d’autres
échappent encore à des tentatives d’assassinat. Leurs accusations
sont effectivement dignes d’intérêt car, venant de l’intérieur de
l’ex-mouvement rebelle, elles sont toutes précises et étayées.
Pourtant, très peu de journalistes, d’enquêteurs ou de chercheurs
se risquent à les prendre en compte pour approfondir leurs
analyses car elles vont à l’encontre du discours convenu depuis
1994. Seules les accusations mettant constamment en avant le
rôle ou la responsabilité des Hutu et de la France dans le
« génocide » sont retenues et considérées comme « sérieuses ».
Face à de tels procédés, il est tout à fait fondé de se
demander si certains ne cherchent pas à dresser un écran de
fumée sur ce drame qui a tout déclenché de façon à en absoudre
définitivement les auteurs. Ne nous sentant pas prisonnier de
contraintes idéologiques ni politiques, n’étant soumis à aucune

chapelle d’aucune sorte, nous avons décidé d’enquêter à la fois
sur l’attentat et sur le rôle de la France au Rwanda à cette même
période ainsi que sur l’action des États-Unis qui ont pris une part
très active dans les événements aux côtés ou derrière les rebelles
tutsi.
Cette démarche permettra nécessairement d’évaluer le
rapport de force qui a prévalu avant et pendant les événements
qui ont secoué le Rwanda. Quelques auteurs tels Pierre Péan ou
Bernard Lugan ont, dans leurs ouvrages respectifs7, commencé
ce travail de recherche sur le rôle de la France dans la tragédie du
Rwanda. Si leurs travaux peuvent être soumis à la critique,
comme toute oeuvre intellectuelle, les attaques hystériques
dirigées contre eux ont prouvé, une fois de plus, qu’une forme de
panique ou d’agacement s’empare généralement des idéologues
du « génocide tutsi » dès lors qu’il s’agit d’enquêter
minutieusement sur les faits. Mal à l’aise et quelque peu
déstabilisés devant tout argument contraire à leur vision des
événements, ces gardiens du discours dominant n’hésitent pas à
comparer Pierre Péan à Faurisson8, ni à traiter Bernard Lugan de
militant d’extrême droite9.
Ce type de procédé, loin d’être intellectuellement
convaincant, vise d’abord à discréditer et à disqualifier tous ceux
qui osent remettre en cause la vision idéologique, dogmatique et
communément admise des événements de 1994 au Rwanda.
Ensuite, user et abuser de l’invective, de l’intimidation et de la
menace vise à réduire au silence tous ceux qui incitent au
questionnement ou à la conduite d’analyses approfondies et
impartiales sur la tragédie rwandaise. C’est bien cet objectif que
poursuivent leurs détracteurs.
Certains journalistes et quelques chercheurs, réfractaires au
questionnement et à la remise en cause de la version officielle,

s ’érigent partout en chiens de garde du « génocide tutsi ». Ils
sont prêts, pour cela, à violer toutes les règles élémentaires de
déontologie professionnelle et à marcher, sans aucune
précaution, sur tous les principes qui fondent une démarche
intellectuelle et scientifique rigoureuse ; tenus par le seul dessein
de défendre le dogme du « génocide » au Rwanda, ils éprouvent
toutes les difficultés à affronter et à surmonter leurs propres
erreurs d’appréciation ou d’analyse et se bornent à traiter les
enquêteurs ou les chercheurs indépendants de
« négationnistes »I0. Ces attaques tendent d’ailleurs à se
banaliser dans le milieu journalistique et même scientifique et
apparaissent comme un moyen simple et relativement efficace
d’empêcher toute contradiction rigoureuse et de maintenir
comme incontestable une version pourtant douteuse de la
tragédie rwandaise.
Attaché à la culture du questionnement et élève assidu du
doute méthodique, nous ne pouvons souscrire à l’exigence d’un
alignement servile sur le discours préfabriqué du « génocide
tutsi ». Nous ne pouvons nous résoudre à valider et à cautionner,
comme certains le souhaitent, une histoire falsifiée, jonchée de
données imprécises et bâtie sur une argumentation défaillante.
Notre travail vise avant tout à identifier et à clarifier les faits.
Nous ne privilégions aucune victime ni aucun « camp » et
n’avons de contentieux personnel avec personne. Notre position
n’est pas morale. Elle est d’abord celle d’un enquêteur qui
s’applique à cheminer vers la vérité, quelle qu’elle soit, en
passant au crible le rôle et les actions de toutes les parties
impliquées dans ce drame et en pointant les zones d’ombre de
l’histoire officielle. Notre méthode est donc aux antipodes de
l’invective et s’oppose à la posture superficielle qui s’en tient à
rejeter l’examen serré des faits et à fuir la contradiction

rigoureuse. Face à l’injure, au harcèlement et au dénigrement des
idéologues du « génocide », nous opposons l’investigation et
proposons la confrontation intellectuelle fondée sur des faits, des
documents, des preuves et des témoignages recoupés et vérifiés.
Ceci nous paraît le procédé le plus indiqué pour établir une
discussion saine, exigeante et démocratique sur les événements
du Rwanda. Une telle discussion a le mérite d ’autoriser un
échange contradictoire et de qualité où la compassion, voire la
passion, pour les victimes, ne constituent pas les seuls éléments
du débat.
En analysant tous les points essentiels du dossier rwandais,
nous ne voyons pas en quoi le fait d’incriminer
systématiquement la France disculperait les auteurs de l’attentat
ou relativiserait la terreur qu’ils ont semée dans tout le pays suite
à l’attaque contre le Falcon 50, sauf si certains sont convaincus
que c ’est la France qui a commis l’attentat et qui a donc
provoqué la guerre et les massacres à Kigali11. Nous sommes
d’ailleurs tout à fait disposé à examiner cette hypothèse et à en
débattre rigoureusement avec ceux qui la jugent crédible,
preuves et documents à l’appui.
Il est à cet égard surprenant et consternant d’observer que,
malgré l’ampleur des crimes contre l’Humanité commis par les
rebelles tutsi à la fois au Rwanda puis en République
Démocratique du Congo depuis presque 20 ans12, crimes
fortement documentés par les rapports de l’ONU13, certains
continuent néanmoins de porter un regard complaisant sur ces
mêmes rebelles et leur guerre de conquête conduite entre 1990 et
1994 au Rwanda. Pourtant, cette guerre fut le point de départ de
leur bataille pour la prise du pouvoir total à Kigali, préalable
indispensable à l’invasion puis la déstabilisation du Congo-Zaïre.
Nous aurons l’occasion de fournir des éléments précis à ce sujet.

Plus grave, dans certains milieux journalistique et
universitaire, il existe encore, près de vingt ans après les faits,
une forte réticence à reconsidérer le discours mythique construit
autour des rebelles tutsi pendant toute cette période. Ce discours,
qui les présente indiscutablement comme les « héros » qui
auraient stoppé le « génocide », est pourtant battu en brèche par
les révélations des dissidents tutsi et les procès du TPIR. Sur la
base des données aujourd’hui disponibles sur le plan
humanitaire, militaire, politique, géopolitique et diplomatique,
rien ne permet d’entretenir un discours caricatural, simpliste et
erroné sur les événements du Rwanda.
Pourtant, depuis deux décennies, en dépit des témoignages
d’acteurs de premier plan, de la somme de documents officiels et
confidentiels réunie, en dépit même du résultat des procès du
TPIR, certains s’obstinent à conserver une lecture erronée et
binaire des événements où l’on séparerait arbitrairement les
victimes tutsi d’un côté des méchants hutu de l’autre. C’est en
outre à partir de cette vision binaire du conflit rwandais que
certains ont brodé les accusations d’un soutien de la France aux
« forces génocidaires », c’est-à-dire aux Hutu proches du
président Habyarimana, les Tutsi étant exclusivement considérés
comme des victimes (rebelles ou non).
Le principal défaut de cette présentation des choses est
qu’elle écarte d’emblée toute possibilité d’aller vers la vérité,
c’est-à-dire d’identifier clairement non seulement les vraies
victimes du côté des Hutu et des Tutsi mais aussi tous les
responsables du drame rwandais, à commencer par les auteurs de
l ’attentat.
Jusqu’à présent, le discours dominant s’oppose à toute
analyse démontrant qu’il existe dans les deux groupes de
population, des personnes qui ont commis des crimes contre

l’Humanité et des crimes de guerre au Rwanda. Ce discours fait
croire qu’il n’y a de victimes que tutsi et de bourreaux que hutu.
Ce qui est à la fois faux, réducteur et improuvable. De plus,
préférer certaines victimes à d’autres, quelque soit le dossier, est
intellectuellement injustifiable. Tous les pans de la société
rwandaise ont été violemment touchés et chaque groupe déplore
des victimes en son sein. Toutes les victimes (Hutu, Tutsi et Twa)
méritent donc d’être traitées avec équité et impartialité. Chacun
de ces groupes a subi et continue de subir des atrocités du fait de
l’idéologie et du particularisme ethno-raciste du pouvoir actuel
au Rwanda. S’opposer farouchement à l’impartialité et à l’équité
dans le drame rwandais, c’est commettre un déni de vérité et
tourner le dos à la paix et à la réconciliation entre Hutu et Tutsi,
si tant est que cette réconciliation soit encore possible.
En outre, si Ton occulte l’action d’autres acteurs extérieurs
essentiels tels les États-Unis et la Grande-Bretagne aux côtés des
rebelles tutsi, vouloir parler du rôle de la France au Rwanda perd
toute signification. Par paresse, par couardise, par connivence,
par ignorance ou par incompétence, de nombreux auteurs et
défenseurs du discours officiel ont renoncé à évoquer l’action des
États-Unis dans la crise du Rwanda pour ne s’intéresser qu’à la
France. En agissant de la sorte, ils trahissent et affaiblissent leur
propre démonstration puisqu’ils ne traitent que partiellement et
partialement leur sujet.
La présence de la France au Rwanda ne se comprend qu’à
travers celle, bien plus forte mais discrète, des États-Unis, de la
Grande-Bretagne et d’autres alliés de la rébellion tutsi. La lutte
d’influence de ces pays et la poursuite de leurs intérêts
économique, géopolitique et géostratégique dans la région des
Grands Lacs exigent cependant de porter un regard et une
analyse plus larges sur les événements du Rwanda. Certains

auteurs ont cru qu’en se focalisant uniquement sur les victimes
tutsi et qu’en accablant seulement la France et en particulier
François Mitterrand et l’armée française, ils offraient une lecture
et une compréhension fines de la criminalité au Rwanda. En
réalité, ils ont plutôt servi et soutenu un point de vue partial et
impropre à rendre compte de la réalité. Nous comprenons aussi
qu’ils éprouvent une profonde angoisse à dénoncer ou ne serait-ce
qu’à examiner l’action de la première puissance militaire du
monde dans cette crise africaine car il est difficile de dénoncer
les égarements de l’oncle Sam sans être taxé
« d’antiaméricanisme primaire ». Cette expression, qui ne
signifie d’ailleurs rien, sert plutôt à disqualifier ou à discréditer
toute critique solidement articulée.
Depuis plusieurs années maintenant, nous attendons de voir
les preuves sur le rôle qu’auraient joué le président François
Mitterrand ou le gouvernement français dans le « génocide du
Rwanda ». Des articles de presse, des reportages et des ouvrages
ont été publiés à profusion sur ce sujet mais la majorité d’entre
eux excellent surtout dans les allusions, les insinuations et des
déductions approximatives. Il est très difficile de trouver dans
toute cette littérature des éléments précis, vérifiables,
convaincants et susceptibles d’emporter l’adhésion. En dehors de
l’agitation médiatique autour de ces accusations, aucun élément
de preuve n ’a, à ce jour, été produit ou versé dans les procès du
TPIR sur la responsabilité de François Mitterrand ou d’un autre
haut responsable politique français dans le « génocide ». Il est
tout aussi surprenant que les autorités rwandaises n ’aient jamais
engagé des poursuites devant cette juridiction internationale ou
même en France sur le rôle présumé de François Mitterrand dans
le « génocide ». Le moins qu’on puisse dire est qu’un tel
comportement est incohérent.

Il est également incohérent que les mêmes autorités
rwandaises ne se soient jamais activées pour que le TPIR
retrouve et juge les auteurs de l’attentat. Cette enquête a été
abandonnée à la justice française alors qu’elle est d’abord du
ressort du TPIR.
Pourquoi le Rwanda du président Kagame n ’a-t-il jamais’
saisi le TPIR sur cet attentat, soit pour confondre les Hutu, soit
pour embarrasser la France ? Il aurait pu emprunter cette voie et
encourager une telle démarche plutôt que de circonscrire les
accusations de « génocide » contre la France au seul espace
médiatique et associatif.
Vu les difficultés à faire éclater la vérité sur cet attentat, les
juges français, Marc Trévidic et Nathalie Poux, en charge de
l’enquête auront-ils le courage d’aller jusqu’au bout afin de
démasquer et de poursuivre les auteurs de cet acte terroriste ?
Une chose est au moins certaine, les diverses manoeuvres
utilisées pour détourner l ’attention de l’opinion sur l’attentat du 6
avril 1994 ne suffiront plus à occulter ce crime. Son élucidation
sur le plan judiciaire est devenue indispensable si le discours sur
« le génocide tutsi » veut rester crédible. L’attentat du 6 avril
1994 contre le Falcon 50 a bien eu lieu et il a des auteurs, des
commanditaires et des motivations précises. Ce sont-là des faits
irréfutables qui résistent à l’épreuve du temps.
Nous sommes aujourd’hui quelques-uns, certes peu
nombreux, en France, en Espagne, en Belgique et aux États-
Unis, à insister sur ce dossier fondamental car le flou entretenu
autour de cet acte terroriste est un signe de profond malaise de la
« communauté internationale ».
Depuis 2002, année de publication de notre premier livre sur
cet attentat, nous avons rencontré différents témoins et acteurs de
cette affaire. Nous avons aussi accumulé de nouveaux éléments

sur ce qui s ’est réellement produit à Kigali dans la journée du 6
avril et après. Dans ce nouvel ouvrage, nous rapportons des
informations peu connues et surtout d’autres preuves sur la façon
dont certains acteurs de l’ombre essaient de maquiller la vérité.
L’attentat du 6 avril 1994 est la clé de voûte de la tragédie
rwandaise. Dissimuler, égarer ou ignorer cette clé, c’est refuser
l’accès à la vérité. C’est aussi vouloir maintenir artificiellement
et par la terreur une version truquée de l’histoire tragique du
Rwanda.
Si nous essayons de braquer les projecteurs sur cet attentat
en exhumant certains pans rapidement enterrés tels le jeu trouble
des États-Unis, l’action de la CIA et de l’administration Clinton
dans le conflit du Rwanda, c’est aussi pour montrer qu’il est plus
facile de se contenter d’une caricature que d’étudier la
complexité. Ce volet, que le silence médiatique a éclipsé, mérite
aujourd’hui d’être versé au débat.
Notre enquête met également en lumière l’irruption de la
Shoah dans le dossier rwandais. Cette apparition brutale et
inattendue rend de plus en plus inconfortable la position de la
France sur le plan médiatique et politique chaque fois qu’il est
question du « génocide tutsi » et de la crise des Grands Lacs.
Ceux qui ont conclu un « mariage forcé » entre la Shoah et le
drame rwandais étaient parfaitement conscients que leurs
objectifs ne cadraient ni avec la vérité historique ni avec le droit
international.
En revenant donc sur l’attentat qui a tout déclenché, dix ans
après notre première enquête, nous cherchons à vérifier le lien
que certains ont voulu établir entre l’attentat, la « planification
du génocide » et l’action du président François Mitterrand ou
plus généralement de la France au Rwanda.
Bien des auteurs avaient soutenu très tôt la thèse selon

laquelle Mitterrand aurait commis « un génocide contre des
Tutsi » et qu’il méritait pour cela d’être jugé14. Cette version a
été reprise dans divers ouvrages par d’autres auteurs et militants
mais sans être suffisamment étayée pour convaincre les
chercheurs les plus indépendants et les plus critiques. Dans le
même temps, les médias ont tu le rôle pourtant primordial des
États-Unis et du président Bill Clinton et de leur soutien appuyé
aux rebelles tutsi dans leur conquête du pouvoir entre 1990 et
1994 au Rwanda. C’est aussi avec d’infinies précautions que les
parlementaires français ont brièvement évoqué, dans leur rapport
sur le Rwanda, « l’obstruction des États-Unis »15. Ils se sont
aussitôt empressés de clore le sujet en quelques paragraphes sans
jamais s’étendre sur la nature ou l’ampleur de cette
« obstruction ».
Le rôle des États-Unis est pourtant crucial si l’on veut
comprendre l’implication de la France dans le jeu régional et
international et les raisons de son soutien au président Juvénal
Habyarimana dès le début de l’année 1990.
C’est bien à cette époque que la bataille géopolitique entre
les États-Unis et la France prend un tournant « conflictuel » en
Afrique francophone et Centrale. Cette bataille explique
également le changement de régime survenu en 1994 à la tête du
Rwanda et le rejet de la langue française initié par les nouvelles
autorités de ce pays. Ne pas aborder ce volet entretient
l’ignorance, la confusion et de vaines polémiques sur des faits
établis qui peuvent être expliqués, analysés et documentés.
Dans un souci de transparence, nous nous sommes interrogé
sur les raisons qui ont poussé les médias et les parlementaires
français à taire ostensiblement le rôle joué par les États-Unis
pour n’évoquer que celui de la France dans le « génocide ». Nous
avons donc examiné les arguments avancés à cet effet, mais pas

seulement. En approfondissant nos recherches sur ce dossier et
surtout après avoir consulté une partie des archives de l’Élysée,
du Département d’État américain et divers documents
confidentiels de l’ONU, du TPIR et du ministère français de la
Défense sur cette période, nous avons constaté qu’il existe
désormais un mouvement d’ensemble s’articulant autour de
réseaux d’influence dont le but principal est de relayer des
affirmations et des déclarations qui ne reposent ni sur des faits
précis et concordants ni sur des preuves irréfutables. Ces groupes
prétendent notamment que l’armée française et les autorités
françaises, François Mitterrand en tête, en collaboration avec le
régime hutu, ont préparé puis exécuté un « génocide contre les
tutsi » en 1994 au Rwanda16. Certains militants pro-tutsi vont
jusqu’à désigner nommément le chef de l’État français comme
étant « celui qui a préparé le génocide »17.
Devant des accusations d’une telle gravité qui n’ont jamais
suscité de réaction forte de la classe politique française en
général ni même des dirigeants socialistes en particulier, que
fallait-il faire ? Les prendre pour paroles d’évangile ou céder à la
tentation d’enquêter ? Vingt ans après la tragédie du Rwanda,
notre choix d ’enquêter a été immédiat. Nous avons pensé que le
moment était venu de passer sereinement ces accusations au
crible de l’analyse critique. Une fois le temps de l’émotion
largement passé, il est devenu indispensable de céder la place à
l’investigation.
C’est d’ailleurs sur la base des faits, de témoignages de
premier plan et de divers documents en notre possession que
nous nous permettons ici de remettre rigoureusement en cause
l’histoire officielle telle qu’elle est racontée depuis 1994 par
certains médias devenus le creuset du discours militant et
propagandiste sur le « génocide ». Doutant du bien-fondé de

certaines affirmations depuis plusieurs années et refusant de
participer à une campagne, en apparence pétrie de sympathie,
auprès des Africains et des militants de gauche ou de la droite
anti-mitterrandienne en France, nous avons préféré mener nos
propres enquêtes en essayant de nous en tenir uniquement aux
faits. Ce que nous avons découvert nous conforte dans l’idée de
continuer à douter du discours consensuel sur le « génocide » et
sur le rôle de la France dans le « génocide tutsi » au Rwanda.
Dans la même logique, nous réfutons également les théories
des chercheurs accrédités auprès du régime rwandais actuel qui
veulent faire globalement des Tutsi des victimes exclusives et
historiques de la tragédie rwandaise. Cette approche est
handicapante pour les jeunes chercheurs qui pensent, à tort, que
ce qui est largement répandu est nécessairement fondé, voire
incontestable sur le plan scientifique. Si, en plus, des
personnalités publiques ou médiatiques apportent leur caution au
discours dominant, on comprend qu’un jeune chercheur
inexpérimenté soit plutôt tenté de mettre son sens critique en
sommeil. C’est cette tentation qu’il faut absolument combattre !
Il est préférable de prendre ses distances avec l’unanimité
médiatique pour se donner le temps de questionner, de rechercher
et de confronter différentes sources et de multiples données,
même si cela peut prendre beaucoup de temps. Il arrive en effet
souvent que la réalité soit très éloignée du consensus médiatique.
Cela ne signifie pas que le consensus est dénué de tout intérêt ni
même d’une part de vérité. Dans le cas d’espèce, il y a
évidemment eu des milliers de victimes tutsi lors de la guerre et
des massacres de 1994. Mais le drame rwandais ne se résume pas
à cela. Y a-t-il eu un « génocide tutsi » ? Au vu des éléments
d’informations désormais disponibles, la question se pose et nous
ne voyons pas en quoi il faudrait l’écarter pour demeurer

« politiquement correct ». Il est plutôt nécessaire de l’examiner,
sans parti pris ni complaisance. C’est précisément ce type de
propos qui gêne ceux qui ont déjà conclu au « génocide » avant
de soumettre les faits à un examen rigoureux. Dès lors où l’on
avance l’idée du « génocide », les Hutu, qui ont été chassés du
Rwanda et exterminés systématiquement jusque dans les forêts et
les camps de réfugiés du Congo-Zaïre, sont tout aussi fondés de
dire qu’ils ont été, eux aussi, victimes d’un « génocide ». Ce qui
aboutit logiquement à la théorie du double « génocide » et
finalement à la polémique.
N ’étant obsédé ni par le « génocide tutsi », ni par le
« génocide Hutu» mais par ce qui s ’est réellement passé pour
aboutir à une telle tragédie humaine, nous donnons la priorité à
l’examen de tous les faits pertinents et nous restons attaché au
sort de toutes les victimes tutsi, hutu, burundaises, françaises,
belges, espagnoles, canadiennes et congolaises du drame
rwandais. Nous considérons que ce qui est dangereux, c’est le tri
arbitraire et à priori que certains font des victimes et qui exclut
toutes les autres victimes « non sympathiques » du débat
historique et judiciaire. Le silence par lequel on enfouit toutes les
victimes non tutsi du Rwanda, celles du Burundi, du Congo, de
la France, de la Belgique, du Canada et de l’Espagne, reste
illogique et irrationnel.
Et vouloir s’intéresser avec la même logique, la même
rigueur, la même approche à toutes les victimes ne mérite pas de
se faire taxer de « négationniste » ou de « révisionniste ». Ces
qualificatifs ont d’ailleurs peu de sens et ne contribuent en rien à
faire progresser l’analyse, la connaissance et la compréhension
des faits et des événements de 1994 au Rwanda.
A l’appui de notre raisonnement, nous montrerons comment
le TPIR, censé prouver l’existence d’un « génocide tutsi », peine

et s’embourbe dans des contradictions et au gré de manoeuvres
politiciennes de toutes sortes depuis sa création.
Si nous nous attachons ici à la situation de toutes les
victimes, sans prendre en considération leur origine culturelle,
ethnique ou religieuse, c’est d’abord pour éviter de donner libre
cours à nos préjugés conscients ou inconscients, à nos sentiments’
et à toutes nos considérations personnelles. C’est également
parce qu’il est logique et fondamental qu’un travail intellectuel
indépendant soit débarrassé de tout à priori pour pouvoir
contribuer à une saine connaissance du monde, des situations ou
des faits. En cela, nous avons donc commencé par examiner
l’attentat du 6 avril 1994, événement déclencheur de la tragédie
du Rwanda.
Pendant longtemps, cet événement est pourtant resté
anecdotique dans le récit du drame rwandais. Il semblait surtout
déranger les défenseurs d’une lecture binaire et simpliste de cette
tragédie. Depuis deux décennies, ces derniers ne manifestent
aucun intérêt pour les Français, les Burundais, les Belges, les
Espagnols ou les Canadiens tués sur le territoire rwandais
pendant la guerre et les massacres. Seuls les Tutsi et
accessoirement ceux désignés idéologiquement comme des
« Hutu modérés » constituent leur principal centre d’intérêt.
En accusant seulement Habyarimana et son clan ou les
dirigeants et les militaires français d’être responsables du
« génocide tutsi », les militants pro-génocide et pro-Tutsi ont
développé toutes sortes de théories fumeuses et an-historiques
sur la persécution dont auraient été victimes les Tutsi depuis des
temps immémoriaux. En raison de cette vision partisane,
l’histoire du Rwanda n ’a cessé de subir de graves distorsions et
de nombreuses amputations.
En réalité, le Rwanda a historiquement été dominé par une

monarchie tutsi dont la cruauté a marqué plusieurs générations
de Hutu. Las de cette longue période de domination politique et
des abus qui l’accompagnaient, les Hutu se sont révoltés contre
le système monarchique, ce qui, avec le soutien du système
colonial belge, leur a permis de renverser le régime tutsi et
d’instaurer une République. Ce fut la révolution de 1959. Ces
faits, abondamment relatés dans les archives coloniales belges,
sont nécessaires pour comprendre la revanche des rebelles tutsi
dans leur bataille pour la reconquête du pouvoir au Rwanda dès
1990. Ceci a d’ailleurs poussé certains auteurs à parler de contrerévolution
lors de la prise de pouvoir des rebelles tutsi en 1994 18.
Dans leur acharnement à gommer des parties essentielles de
l’histoire du Rwanda et à falsifier celle de 1994, certains
idéologues aux motivations douteuses ont d’abord commencé par
écarter l ’attentat de leur champ d’investigation pour ne
s’appesantir que sur le « génocide ». Emportés par la volonté
d’ériger une seule catégorie de la population rwandaise en
victime absolue, ils ont trié et amassé tout ce qui pouvait
contribuer à donner du relief à leur position partisane. De ce seul
fait, leurs travaux, y compris « scientifiques », méritent d’être
reconsidérés et réévalués19.
Soulignons en outre qu’en usant de procédés déloyaux et de
manoeuvres de toutes sortes, ils empêchent un large public
d’accéder aisément à la connaissance en se posant régulièrement
en référant unique ou en spécialiste incontestable des événements
du Rwanda dans les grands médias. Il est même coutume, sur les
chaînes de radio et de télévision publiques françaises, de ne
donner la parole qu’aux partisans du discours convenu. Cette
attitude ne semble pas choquer outre mesure la plupart des élus
français ni le Conseil supérieur de l’audiovisuel en France. La
prépondérance du discours dominant sur le « génocide tutsi » est

très facile à vérifier en consultant scrupuleusement les archives
sonores de Radio France et de France Télévisions.
Toute analyse froide et non partisane sur le Rwanda est bien
l’objet d’une censure ouverte ou déguisée dans les médias
français et même dans les universités françaises. Il suffit de
consulter les mémoires et les thèses soutenus jusqu’ici sur le
Rwanda pour s’en convaincre.
En lieu et place de cette politique d’hostilité déclarée aux
positions non conventionnelles sur la tragédie du Rwanda, nous
suggérons plutôt aux lecteurs curieux et ouverts à la critique
constructive de lire les ouvrages des idéologues présentés comme
des travaux importants sur l’implication de la France dans « le
génocide tutsi » au Rwanda. Ces ouvrages sont les plus
médiatiques et constituent la majorité des publications
disponibles en librairie et dans les bibliothèques, ce qui ne
signifie pas pour autant qu’ils sont représentatifs de la vérité
scientifique, ni qu’ils rendent compte honnêtement de la réalité.
Il n’en demeure pas moins qu’ils bénéficient d’un traitement de
faveur et d’une complaisance sans retenue dans les médias et
dans les universités. Faut-il s’en plaindre ? Certains observateurs
pensent qu’on a, à ce stade, largement dépassé l’étape de
l’endoctrinement sur le sujet du Rwanda.
Pour se faire une opinion juste, nous recommandons donc
également aux mêmes lecteurs de lire sans modération les livres
très documentés (peu nombreux il est vrai) qui remettent en
question les idées répandues sur le Rwanda et le rôle présumé de
la France dans le « génocide tutsi ». Ces ouvrages et leurs
auteurs ayant été particulièrement maltraités, indexés et
vilipendés dans les grands médias et sur les réseaux sociaux, il
serait utile de confronter leurs écrits avec ceux des idéologues du
« génocide ». Cela nécessite des efforts parfois soutenus mais

c’est cela le prix à payer pour échapper à la manipulation des
esprits. C’est aussi pour atténuer les effets nocifs du discours
propagandiste sur le « génocide » dans les milieux intellectuels
que nous avons décidé de conduire cette enquête. Elle est un
modeste droit de réponse à une véritable industrie du mensonge
sur le plan international.
Aucun esprit libre et indépendant ne peut regarder le
spectacle impudent de la distorsion et de l’altération des faits
sans réagir de façon rationnelle, c ’est-à-dire, sans questionner,
disséquer, analyser, recouper et vérifier les données aujourd’hui
disponibles sur la guerre, les massacres et l’attentat de 1994 au
Rwanda. Nous avons adopté cette démarche dès 1999 lorsque
nous avons décidé, pour la première fois, d ’enquêter sur cet acte
terroriste. Nous avons repris en 2005 la méthode du
questionnement en enquêtant, cette fois, sur le travail du TPIR
contre les accusés.
En observant que seuls des Hutu (étant entendu que certains
parmi eux ont bel et bien commis des crimes) étaient poursuivis
par cette juridiction alors qu’il semblait établi, par des
témoignages de hauts fonctionnaires et d’experts de l’ONU et
même par le bureau du procureur du TPIR, que les rebelles tutsi
avaient, eux aussi, commis des crimes de guerre et surtout des
crimes contre l’Humanité en 1994 au Rwanda, nous avons pensé
que la démarche du TPIR était plutôt suspecte du fait qu’elle ne
poursuivait qu’une seule partie au conflit. C’est pour cela que
nous avons rejeté toutes les demandes d’intervention en tant
qu’expert de ce dossier devant ce tribunal qui nous ont été
proposées.
Notre appréciation était qu’il fallait, de façon impartiale et
équitable, à la fois poursuivre les Hutu et les Tutsi qui étaient
responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité

sans quoi toute avancée vers la vérité et la justice était
impossible. Cette approche nous paraissait davantage
correspondre à la mission confiée par le Conseil de sécurité au
TPIR. En d’autres termes, il était explicitement demandé à cette
juridiction de parvenir, au terme des procès sur tous les crimes
commis en 1994, à la réconciliation entre Hutu et Tutsi-:
« Convaincu que, dans les circonstances particulières qui régnent
au Rwanda, des poursuites contre les personnes présumées
responsables d’actes de génocide ou d’autres violations graves
du droit international humanitaire(…) contribueraient au
processus de réconciliation nationale ainsi qu’au rétablissement
et au maintien de la paix »20.
Cette mission de réconciliation est, à notre avis, pour le
moins mal engagée, voire définitivement compromise, dès lors
où seuls les Hutu restent poursuivis et condamnés.
A l’époque où nous menions ces enquêtes, très peu de
journalistes ou de chercheurs se sont risqués à critiquer ou à
remettre en cause la partialité du TPIR21. Bien après, c’est la
porte-parole du procureur du TPIR en personne, madame
Florence Hartman, qui nous avait accueilli à La Haye lors de
notre entrevue avec Caria del Ponte, qui publiait un livre
expliquant les pressions exercées contre le procureur Caria Del
Ponte22. Il faut d’ailleurs rendre ici un hommage appuyé au
remarquable travail des avocats de la défense qui ont, pour
certains, réussi à faire innocenter des personnes injustement
accusées et emprisonnées préventivement pendant dix ou quinze
ans pour une prétendue « complicité de génocide » ou une
participation voire une « entente en vue de commettre un
génocide ».
Le grand public a été soigneusement tenu à l’écart de
l’information sur ces acquittements. Les médias et les

associations françaises pro-génocide, qui avaient publiquement
lynché ces acquittés en les présentant comme des « cerveaux du
génocide », renâclent aujourd’hui à rendre objectivement compte
de leur acquittement et des injustices dont ils font encore l’objet.
Quelle institution pourrait réparer le lourd préjudice subi par ces
innocents du fait de la propagande menée contre eux ? Le TPIR
n’a d’ailleurs prévu aucun système d’indemnisation ou de
réparation pour les innocents du « génocide » après qu’ils ont
passé plusieurs années en prison pour rien. Il s’est même
constitué en France une association de délateurs zélés dite
« association des parties civiles » qui désigne arbitrairement des
« génocidaires » ici et là et s’acharne à faire arrêter leurs cibles
rendant la vie impossible à des familles entières.
Nul ne sait d’ailleurs qui a donné à ce groupe d’imposteurs
le statut de « parties civiles », ni qui les autorise à harceler des
Rwandais ou même des Français non mis en cause par le TPIR.
L’influence de ce groupe sur les décisions administratives
françaises portant sur le séjour des personnes acquittées et
voulant rejoindre leur famille titulaire de la nationalité française
est même devenue prépondérante au sein de l’Office français de
protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) ou du ministère de
l’Intérieur.
A ce jour, la plupart des personnes acquittées ne peuvent
toujours pas, du fait des pressions exercées par ce réseau de
délateurs et leurs amis, bénéficier du droit élémentaire de
rejoindre leur famille en France, en Belgique ou ailleurs. Qu’ils
soient finalement innocents ou coupables, cela ne préoccupe pas
les suppôts du régime de Kigali dont la mission semble bien de
faire considérer chaque Hutu, à tort ou à raison, comme un
étemel « génocidaire ». D’ailleurs, ces groupuscules de militants
du régime rwandais actuel persécutent également dans l’espace

européen tous les Hutu du fait qu’ils sont marquées au fer rouge
par les accusations de leur participation présumée au « génocide
tutsi ».
Restant fidèle à notre méthode d ’investigation et face à ce
qui relève plus de la propagande que de l’information, nous
essayons dans ce livre de questionner à nouveau le récit
largement accusatoire de l’opération Turquoise menée par la
France en pleine guerre et réexaminons l’origine des missiles qui
ont abattu l’avion ainsi que les manoeuvres visant à faire
disparaître la boîte noire du Falcon 50 à l’ONU.
Dans ce livre, nos interrogations portent aussi sur les
disparitions en cascade des témoins de l’attentat dont la majorité
est issue des rangs de la rébellion tutsi. Nous voulions
notamment identifier la cause principale des menaces et des
tentatives d’assassinats perpétrées contre les collaborateurs de
Paul Kagame chaque fois qu’ils évoquent l’attentat du 6 avril
1994. Nous cherchons aussi à comprendre pourquoi les
accusations contre la France réapparaissent et se multiplient
chaque fois qu’il est question de l’attentat et de ses conséquences
sur les populations civiles en 1994 au Rwanda. Pour finir, notre
enquête nous a conduit à questionner le silence de la Belgique
sur le rôle de ses Casques bleus aux côtés des rebelles tutsi
pendant toute la journée du 6 avril 1994, c’est-à-dire juste avant
l’attentat contre le Falcon 50.
Nous comprenons bien que certains s’insurgent ou s’agacent
déjà à la seule idée que nous interrogeons ces points considérés
comme des « évidences » ou des « vérités » autour desquelles
toute curiosité serait proscrite. Que les défenseurs du discours
convenu souffrent d’entendre Gaston Bachelard prétendre, en
son temps : « il n’y a pas de vérités premières. Il n’y a que des
erreurs premières »23.

C’est donc en traquant minutieusement les « erreurs
premières » et les contre-vérités sur les événements du Rwanda
que nous pouvons apporter ici de nouvelles révélations sur
l’action de la CIA et sur le rôle majeur mais discret du président
Clinton et des États-Unis dans ce dossier. Il s’agit simplement de
clarifier ici des points essentiels en l’absence desquels toute
réelle compréhension des événements du Rwanda est impossible.
Rappelons qu’après plusieurs années d’enquêtes et quelques
publications sur ce sujet, nous ne défendons plus une thèse, nous
ne formulons plus d’hypothèses, nous rapportons des faits précis
et des éléments nouveaux à l’appui de nos investigations et de
nos conclusions. Nous espérons ainsi pousser les tenants du
discours convenu à la confrontation intellectuelle la plus pointue
possible et au débat contradictoire qu’ils évitent lâchement
depuis vingt ans.
Notre prétention est donc de pouvoir dire sans agressivité ni
arrogance particulière que l’histoire du « génocide » telle qu’elle
est racontée aujourd’hui par le régime rwandais et ses multiples
porte-voix en France, en Europe et en Amérique du Nord est
inexacte, voire totalement erronée. Le régime rwandais actuel
étant une émanation directe de la rébellion, il est à la fois juge et
partie dans ce dossier et son point de vue ne peut pas être au-dessus
de tout soupçon. Il inonde cependant l’espace politique,
médiatique et intellectuel français d’une propagande macabre où
l ’on expose sans relâche des ossements humains dans le dessein
de culpabiliser la terne entière, sans la moindre préoccupation de
justice ni de vérité.
Nous appelons donc les citoyens français, épris de vérité et
de justice, à résister à cette entreprise de conditionnement des
esprits qui dure depuis deux décennies maintenant. Les
affirmations invérifiables et les déclarations péremptoires sur la

responsabilité de la France dans le « génocide tutsi » sont
largement sujettes à caution. Nous les examinerons ici point par
point.
Parler d ’un « génocide » qui aurait été planifié, tantôt par le
président Habyarimana qui a été tué dans l’attentat et est donc
mort avant même le déclenchement du « génocide », tantôt par
un Premier ministre qui est arrivé au pouvoir après l’attentat,
c’est-à-dire pendant les massacres ou après le déclenchement du
« génocide », est totalement incohérent. Sur ce point précis, les
documents découverts dans les archives de l’ONU en 2005 et le
résultat des procès du TPIR – qui ne peut être soupçonné de parti
pris en faveur des Hutu ou de la France – confirment nos
recherches. De plus, ayant en notre possession des documents
confidentiels du TPIR qui prouvent que le Premier ministre
rwandais, Jean Kabanda, a été contraint d’avouer, sous les
menaces et la torture, que son gouvernement a planifié le
« génocide », nous sommes encore plus fondé à questionner la
version officielle du « génocide tutsi ». N ’en déplaise aux
idéologues et à leurs sympathisants.
Que le lecteur comprenne bien notre démarche. Nous
n’essayons pas ici de dédouaner la France de ses responsabilités
politiques, ni de l’absoudre de ses « erreurs d’appréciation » au
Rwanda24. Nous ne démentons certainement pas le fait que des
Tutsi ont été horriblement assassinés en 1994. Nous disons qu’ils
ne sont pas les seuls et qu’en les choisissant comme uniques
victimes, on valide un mensonge et on travestit les faits. Pis, en
utilisant vite le mot « génocide » pour supplanter ceux de
« guerre » et de « massacres », on a pris le parti de conclure
avant d’enquêter. Et ce n ’est pas « la communauté
internationale » qui nous empêchera de le dire et de le prouver.
De plus, ceux qui se sont autoproclamés porte-paroles des

victimes tutsi ne sont autres que les rebelles tutsi qui ont été
identifiés comme des criminels de guerre et des criminels contre
l’Humanité.
A ce jour, le TPIR, étant incapable de prouver le
« génocide », est obligé de fabriquer de faux témoignages et de
faux documents, de faire torturer les accusés, d’en condamner
certains par principe et d’en libérer d’autres faute de preuves. La
principale démarche du TPIR, qui a toujours été de faire
triompher l’idée d’un « génocide tutsi » en dépit des éléments
venant démentir cette idée, est plus que jamais mise à rude
épreuve. Dans ce dossier, nous sommes face à un scandale
judiciaire international majeur et à une atteinte grave à la dignité
humaine. Le silence de la « communauté internationale » à
propos de l’attentat et du travail du TPIR en dit long sur son
malaise et sa forfaiture.
Si l’attentat est reconnu par les Nations Unies comme
l’événement déclencheur de la guerre et des massacres au
Rwanda, il faut d’abord identifier ses auteurs et les raisons qui
président à son exécution. Si les Français, en plus d’être victimes
dans cet attentat, en sont les organisateurs, découvrons les
raisons et les preuves qui ont justifié une telle initiative pour
qu’enfin la vérité soit mise en avant. Si ces preuves sont
suffisamment éloquentes pour soutenir les accusations directes
ou indirectes portées contre François Mitterrand dans la
« planification du génocide », pourquoi ne pas les avoir versées
dans les dossiers judiciaires du TPIR ? Il faudrait que les
autorités rwandaises s ’expliquent sur ce manquement qui porte
préjudice d’abord à elles-mêmes.
Ceux qui souhaitent que l’on parle du « génocide », sans
examiner les faits, sans en chercher les preuves et sans pousser
très loin des investigations indépendantes, veulent peut-être que

nous réagissions tous comme des adeptes d’une secte : ou bien
l’on est un membre de la secte et l’on mérite d’être célébré, ou
bien l’on dénonce ses dérives et on est alors exclu et persécuté.
C’est ce que vivent tous ceux qui tiennent un discours contraire à
celui des « adeptes du génocide tutsi ».
C’est aussi pour cette raison que les gourous de cette secte
n’hésitent pas à recourir à l’intimidation, au harcèlement et au
terrorisme de la pensée unique chaque fois qu’ils sont en
difficulté de prouver ou de défendre ce qu’ils affirment. Nous
avons fait l’objet de ce traitement pendant plus de dix ans et
savons précisément ce qu’il en est.
En agissant ainsi, ils cherchent à obtenir, par la force et non
par la preuve et le débat contradictoire, la soumission de la
majorité de l’opinion à la version dominante mais inexacte de
l’histoire du drame rwandais. Ils comptent également sur
l’ignorance de beaucoup pour faire triompher un mensonge
d’État, notamment en jouant constamment sur des facteurs
émotionnels. « La France est complice », voire « coupable de
génocide », comment pouvez-vous encore vous permettre de
douter de ce que l’on vous dit ?! C’est le moyen qu’ils ont trouvé
pour éviter toute confrontation intellectuelle structurée et
documentée, qui leur est au demeurant parfaitement
insupportable. Pourquoi ? Essayent-ils, en fuyant le débat, de
protéger les vrais coupables en espérant que seules les
impressions provoquées par la redondance du discours
médiatique sur le « génocide » serviront de preuves pour
l’éternité ?
Face à cette machine infernale de propagande macabre, nous
défendons le droit à la contradiction. L’enjeu est important car
les auteurs présumés de l’attentat du 6 avril, de la guerre et d’une
partie des massacres tentent, depuis plus de vingt ans, de se

dérober devant la justice en se faisant passer tantôt pour des
« victimes » tantôt pour les représentants officiels des « victimes
du génocide ». Las de ne pouvoir faire taire les esprits libres et
indépendants, ils se sont emparés de la Shoah comme arme de
dissuasion massive. Ils espéraient ainsi tenir en joue tous ceux
qui oseraient questionner les faits.
Nous expliquerons comment ils ont pris en otage l’histoire
de Seconde guerre mondiale et se sont alliés aux victimes de
l’Holocauste pour obtenir une reconnaissance internationale et
ternir la réputation du chef de l’Etat français, François
Mitterrand.
Contrairement à l’idée qu’ils répandent dans les milieux
universitaires français où des mémoires de master et des thèses
de doctorat leurs sont largement favorables25, nous allons
démontrer qu’ils ont délibérément déclenché l’apocalypse dans
tous le pays en commençant par assassiner deux présidents
africains, sous le regard impuissant ou complaisant des Nations
Unies qui étaient, en 1994, en charge de la sécurité de l’aéroport
de Kigali.
En reconstituant les temps forts de cet événement majeur,
nous contribuons à éclairer un coup d’État aux conséquences
désastreuses dans toute la région des Grands Lacs africains.
Cette analyse ne peut faire l’économie d’une enquête sur les
accusations récurrentes contre François Mitterrand et son rôle
présumé dans le « génocide tutsi ». Rappelons que la France était
en pleine cohabitation en 1994 : le Premier ministre Edouard
Balladur était-il au courant que François Mitterrand préparait un
« génocide » au Rwanda ? Monsieur Balladur lui-même ou les
membres de son gouvernement étaient-ils impliqués dans ce
crime majeur ou l’ont-ils couvert ? En clair, Mitterrand a-t-il
réellement organisé un « génocide contre les Tutsi » comme

l’affirment certains « intellectuels » français ? Quel intérêt avait-il
à pousser des Rwandais à s’entre-tuer ? Quel avantage
politique une telle entreprise devait-elle lui procurer ? Quel
bénéfice personnel en a-t-il retiré ? La France avait-elle quelque
chose à gagner en organisant de tels massacres en Afrique
Centrale ? Le moment est, semble-t-il, venu pour que tous les
experts et responsables politiques sérieux se prononcent
clairement !
En tant qu’enquêteur et observateur de la crise rwandaise, il
nous paraît anormal de rester silencieux devant toutes les
déclarations avancées de manière autoritaire et répétitive depuis
des années par des journalistes comme par le régime de Kigali
sur l’action de la France ou celle du président François
Mitterrand au Rwanda. Ouvrons donc sereinement ce dossier et
débattons-en !
Notre enquête exhume quelques pièces essentielles de cette
affaire ainsi que des documents de première main pour alimenter
un débat de fond. Notre travail, s ’il doit être critiqué, doit l’être
sur les faits et non sur des impressions ou sur des sentiments
comme certains seraient tentés de le faire, faute d’arguments
consistants et convaincants.
Nous espérons être contredit à chaque étape de cette enquête
par des preuves et des documents contraires si ce que nous
avançons ici est inexact. Nous sommes évidemment prêts à
reconnaître nos erreurs si elles étaient objectivement soulevées et
démontrées. Nous espérons aussi que le Tribunal Pénal
International pour le Rwanda sera enfin disposé à ouvrir une
enquête et un procès sur l’attentat comme le prévoit son mandat
car il n’est ni honorable ni acceptable pour ce tribunal de laisser
ce dossier criminel ballotté dans de vaines polémiques en France,
à la marge des procès sur le « génocide ».

L’attentat relève-il des compétences du TPIR ? Oui ! Méritait-il
d’être arbitrairement écarté des procès ? Non ! Pourquoi se
bat-on alors avec acharnement pour l’écarter depuis vingt ans des
débats au TPIR ?
Les familles de victimes, le public intéressé, et même les
prisonniers du TPIR, dont certains mis en cause ou suspectés
dans cet attentat, attendent en vain que l’on daigne enquêter
sérieusement sur ce crime pour qu’enfin chacun comprenne
pourquoi deux chefs d’État, leurs collaborateurs et trois français
ont été tués le 6 avril 1994 au Rwanda. Serait-ce trop demander ?
Est-ce incongru de vouloir savoir quel dessein poursuivaient les
auteurs de l’attentat, qui sont ceux qui ont pris l’initiative de
mettre le pays à feu et à sang et qui ont été les principaux
bénéficiaires de ce drame : la France, les Hutu, les rebelles tutsi,
la Belgique, les États-Unis ou l’ONU ?
En attendant que la justice permette, ou pas, d’identifier et
de confondre les coupables, nous allons scruter l’attitude des
suspects et celle de ceux qui entravent le travail judiciaire et la
vérité sur l’attentat. Cela est largement à notre portée.

Charles Onana


NOTES

1 Cf.Aktuelt, édition du 17 avril 2000.
2 Cf. E/CN.4/1995/7 28 juin 1994, Rapport sur la situation des droits de l ’homme au
Rwanda, soumis par M. R. Degni-Ségui, Rapporteur spécial de la Commission des droits de
l’homme, en application de la résolution 1994 S-3/1,20, du 25 mai 1994, p. 5
3 Ibid.
4 Le commandant des casques bleus de l’ONU n’a jamais caché son penchant pour les
rebelles tutsi notamment dans son livre « J ’ai serré la main du diable » publié en 2004.
5 Cf. Onana, Charles, Les secrets de la justice internationale, Paris, Duboiris, 2005, 480p.
6 Cf. Interview de Patrick Karegeya, ancien chef des services de renseignement extérieurs
du Rwanda, exilé en Afrique du Sud, « Nous savons d’où les missiles sont partis », RFI, 9
juillet 2013. Patrick Karegeya a été retrouvé assassiné 6 mois plus tard, le 1er janvier 2014.
7 Cf. Péan, P., Noires fureurs, Blancs menteurs, Paris, Mille et une nuits, 2005, 544p., et
Lugan, Bernard, Mitterrand, l ’armée française et le Rwanda, Paris, le Rocher, 2005, 288p.
8 Cf. Dépêche AFP du 24 septembre 2008.
9 Cf. Le Monde du 27 janvier 2012.
10 Cf. Ayad, Christophe, « A charge contre Kagame, à décharge pour la France » in
Libération du 29 novembre 2005. Voir également une interview incendiaire d’Elie Wiesel
contre Pierre Péan sur le site du Nouvel observateur du 21 septembre 2009.
11 II existe un noyau de militants pro-tutsi autour de la journaliste Colette Braeckman et de
l’association Survie-France qui répandent cette idée dans le dessein de faire douter les
ignorants et d’entretenir la confusion dans les esprits. Ils veulent faire admettre au plus
grand nombre qu’il y a plusieurs thèses qui se valent et s’affrontent.
12 Cf. Onana, C., Ces tueurs tutsi au coeur de la tragédie congolaise, Paris, Duboiris, 2009.
13 Cf. Rapport Mapping de l’ONU sur les violations des droits de l’Homme en RDC de
mars 1993 à juin 2003, août 2010.
14 Cf. Rrop, Pascal, Le génocide franco-africain : faut-il juger les Mitterrand ?, Paris,
Lattès, 1994,161p.
15 Cf. Assemblée nationale française, Rapport d’information n°1271, par la mission
d’information de la commission de la défense nationale et des forces armées et de la
commission des affaires étrangères sur les opérations militaires menées par la France,
d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994,15 décembre 1998.

16 Cf. Encel, Frédéric, « François Mitterrand et le génocide tutsi », in Controverses, n°6,
novembre 2007.
17 Cf. Abtan Benjamin, Rwanda pour un dialogue des mémoires, Paris, Albin Michel,
2007, 201p., p.46
18 Cf. Gakusi, Enéas et Mouzer, Frédérique, De la révolution rwandaise à la contrerévolution,
Paris, L’Harmattan, 2003, 152p.
19 Cf. Onana, Charles, « Les amis français des criminels contre l’Humanité manipulent
l’opinion », in Les secrets de la justice internationale, Paris, Duboiris, 2005, pp.330-361.
20 Cf. Résolution 955 du 8 novembre 1994.
21 A l’époque, les avocats de la défense éprouvaient toutes les difficultés à faire entendre
leur voix comme celle de leur client face aux faux témoignages, aux manoeuvres incessantes
du gouvernement rwandais pour orienter les procès et à la prolifération des témoins
anonymes payés pour mentir devant les juges.
22 Cf. Hartmann, Florence, Paix et châtiment, Paris, Flammarion, 2007, 319p.
23 Cf. Bachelard, Gaston, La formation de l ’esprit scientifique, 1938.
24 A la différence de François Mitterrand et de Jacques Chirac, le président Sarkozy est le
seul chef d’État français à s’être rendu à Kigali après les événements de 1994 et à avoir
parlé, le 25 février 2010, de « graves erreurs d’appréciation » de la France au Rwanda.
Rappelons qu’en 1994, le même Nicolas Sarkozy était porte-parole du gouvernement
Balladur. Au cours d’une intervention sur Antenne 2, il disait plutôt tout autre chose :
« C’est une opération humanitaire, conduite dans un temps limité, avec l’objectif de sauver
tous ceux que nous pourrons sauver des massacres. Mais nous avons bien conscience que
l’opération est difficile, complexe et risquée. Mais c’est tout à l’honneur de la France
d’engager une opération humanitaire ».
25 II est dangereux pour la connaissance scientifique de pousser des étudiants à soutenir des
mémoires qui reposent essentiellement sur l’idéologie des vainqueurs d’un conflit armé au
détriment d’une recherche rigoureuse privilégiant le questionnement et l’exercice de la
réflexion critique. Il est effrayant de constater que plusieurs travaux universitaires en
France, validés comme scientifiques, sont en réalité des chef d ’oeuvre de l’idéologie de la
rébellion tutsi. Une commission indépendante devrait se charger d’examiner cette situation
pour ne pas affaiblir et appauvrir la recherche française sur le Rwanda et les Grands Lacs.


1. L’action de Mitterrand au Rwanda

suite…

http://www.histoireebook.com/index.php?post/Onana-Charles-La-France-dans-la-terreur-rwandaise

dévoilement du complot relatif au plan du chaos et du marquage de l’humanité


 
Auteur : Monast Serge
Ouvrage : Dévoilement du complot relatif au plan de marquage de l’humanité
Année : 199*

Le 15 décembre 1993, à Montréal, Serge Monast, de l’Agence Internationale de la Presse Libre, dont les activités étaient uniquement axées sur le journalisme d’enquête internationale aux niveaux économique, politique, militaire et médical, dévoilait des informations si stupéfiantes qu’elles lui coûtèrent la vie. Neuf ans après, ses informations se confirment les unes après les autres. Il est vrai qu’il était informé par des politiciens repentis, des agents des services secrets écoeurés ; il recevait également des documents classifiés, ultra confidentiels, souvent anonymement ou transmis par des confrères situés aux quatre coins du monde.

Disciple de l’essayiste québécois René Bergeron et de l’ancien commandant de la marine canadienne William Guy Carr, Monast fut également proche des défenseurs du crédit social.
Au début des années 1990, il se consacre à la rédaction d’ouvrages complotistes sur le thème du Nouvel Ordre Mondial et de conspirations ourdies par des sociétés secrètes, en particulier par les Illuminati.
Il fonde l’Agence Internationale de Presse libre (A I P L) où il publie la plupart de ses « enquêtes ». Durant cette période, il s’était fait remarquer au Québec lors d’une entrevue avec l’ésotériste et ufologiste Richard Glenn dans le cadre de son émission « Ésotérisme expérimental ». Cet entretien révèle un homme obsédé par l’idée d’un Gouvernement Mondial à propos duquel il met en garde ses auditeurs et les incite à la méfiance. En 1995, il fait paraître un document intitulé les « Protocoles de Toronto », un livre fait selon le modèle des Protocoles des sages de Sion où il dévoile l’activité secrète d’un groupe maçonnique, les « 666 », rassemblant tous les vingt ans les puissants de ce monde en vue de l’établissement du Nouvel Ordre Mondial et du contrôle mental des individus.
Se disant traqué par les hautes instances policières pour avoir trempé dans des « réseaux d’informations interdites », Monast meurt d’une crise cardiaque le 5 décembre 1996.
Les thèses de Monast circulent beaucoup clandestinement sur Internet grâce à l’artisan de la reprise de livres rares et introuvables Lenculus ; pour la simple et bonne raison qu’elles sont censurées. Elles ont influencé notamment le pasteur protestant intégriste américain Texe Marrs. Certaines de ses enquêtes ont été réédités par l’éditeur français Jacques Delacroix (Châteauneuf, Éditions Delacroix), lui-même disciple de Monast.

introduction
Depuis plusieurs années il existe des projets sérieux visant le marquage des individus par laser, sur le front ou sur le poignet.
Mais aujourd’hui les tireurs de ficelles du Nouvel Ordre Mondial sont allés plus loin : ils sont à même de réaliser leur rêve de contrôle complet du cheptel humain. Comment ? Par l’injection d’une puce électronique à chaque être vivant. Tout est quasiment au point ! Ce sera l’objet de la première partie de ce document. Ensuite, nous verrons pourquoi nos écoles ont produit une jeunesse qui, dans sa grande majorité, est — malgré elle — : pourrie, viciée, sans Foi, sans valeurs morales, sans esprit de discernement, sans vie intérieure, ayant pour unique perspective celle de servir le Système selon une morale antichrétienne et humaniste.
Nous nous pencherons ainsi sur les formes policières et militaires constituées par les cadres du Gouvernement Mondial. Cadres choisis parmi les brillants promus des écoles sans Dieu. Des jeunes formés selon une idéologie particulière. Ce Gouvernement Mondial au service de l’Enfer doit asseoir le fils de perdition — l’Antéchrist. Il a besoin d’une force d’action multinationale omniprésente. Elle ne peut se constituer qu’à partir d’éléments nationaux !

Concept de monnaie électronique avant le marquage de l’humanité. Une condition préliminaire : l’instauration de la monnaie unique.

Depuis une trentaine d’années les dirigeants des banques américaines et mondiales commencent à envisager un autre échange monétaire que celui du chèque. Le premier vice-président de la F E D déclarait en 1975 : « Il faut absolument développer un nouveau système électronique d’échange sous peine de voir le système bancaire des Etats-Unis s’étouffer sous une avalanche de chèques ».
On mit alors en route un transfert électronique de fonds au niveau international, la S W I F T — Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications, — établit à Bruxelles et comptant, en janvier 1975 déjà 246 banques pourvues d’un système privé de communications pour la transmission de paiements et d’autres messages associés aux transactions bancaires internationales.
Une femme d’affaires américaine a fait paraître en 1981 et en 1983 deux livres fort bien documentés sur le système monétaire 666 en cours d’élaboration. Elle écrivait :
« Quand le système monétaire tombera… ce sera le 666 System… Bruxelles, le quartier général de l’économie européenne, est le lieu où se trouve le centre principal de branchement

du réseau international S W I F T. Ce centre a l’ambition d’étendre ce transfert de fonds au niveau international, c’est-à-dire pour tous et dans tous les pays. Ce centre de contrôle monétaire occupe trois étages de l’immeuble de treize étages du quartier général de la C E E. C’est dans cet immeuble que Mr. Elderman est en train de diriger rapidement les efforts en vue d’attribuer à chaque personne sur la terre un numéro de 18 chiffres composé de trois séries de six chiffres. »
Cet article indique que les informaticiens travaillaient sur un plan qui visait à attribuer des numéros à chaque individu sur la terre. Ces derniers ont suggéré qu’un nombre chiffré pourrait être inscrit par tatouage au laser sur le front ou sur le dos de la main.
Selon eux, cette « marque internationale » pourrait en finir avec toutes les monnaies. Aucun individu ne pourrait acheter ou vendre sans avoir l’attribution d’une marque chiffrée…
Les capacités des ordinateurs du réseau S W I F T centralisés à Bruxelles sont telles que les initiés l’ont appelé « The Beast » (la Bête)… Ce gigantesque ordinateur à Bruxelles appelé la Bête existe depuis la fin des années 80.
Grâce aux cartes de crédit, il a été facile de mettre presque toutes les populations des nations industrielles et commerciales dans les mémoires des banques. Nous sommes liés à cette machine électronique par une ou plusieurs clés qui peuvent être notre numéro de sécurité sociale, notre permis de conduire, notre extrait de naissance, notre numéro de passeport. Chaque mouvement d’argent que nous avons fait et chaque penny que nous avons payé au service des impôts annuellement est enregistré.
La capacité de cette gigantesque machine de Bruxelles était préalablement établie pour 2 milliards de personnes en 1989. Chaque individu, membre d’une des nations industrielles est déjà dans cet ordinateur. Sont connus : chaque déplacement d’argent effectué, tous les changements d’adresses réalisés, les emplois suivis, les revenus et le taux d’imposition.
Dans ce programme, tout achat et toute vente doit se faire par ordinateur. Pas de devises, ni de monnaie ni de chèques. Les entreprises bancaires et commerciales se sont d’ailleurs toutes converties au niveau système de transfert électronique de fonds, entraînant dans leur sillage la grande masse des salariés et employés divers. L’idée initiale était d’établir cette gigantesque unification et planification monétaire par le moyen des cartes de crédit.
Dans les années 80 on pensait que chaque personne recevrait un numéro tatoué sur son poignet ou sur le front. Ce numéro fourni par Bruxelles serait imprimé par un rayon laser sans qu’on ne le sente. Le numéro sur le corps serait invisible à l’oeil nu et serait aussi durable que les empreintes digitales. Tous les articles commerciaux sont pourvus d’une marque à l’ordinateur. L’apparition il y a quelques années du code-barres informatique s’est étendue rapidement sur la quasi totalité des biens de consommation. Ce fut la première conséquence concrète, perceptible, du plan d’asservissement monétaire en cours. Tout ceci s’est fait sans publicité, dans le grand silence. Nous y reviendrons.
La caisse ordinatrice du magasin qui enregistre le numéro des articles, enregistrerait également le nombre sur le corps de la personne, ferait automatiquement le total de ses achats et déduirait le montant de son compte spécial de droit de retrait. A l’époque, la marque sur la main ou sur le front devait s’effectuer selon la technique du laser. On devait imprimer par brûlure microscopique, indolore, inaltérable et très

précise, le code informatique des données bancaires.
On trouve des explications aux Etats-Unis :
— Dans les grands centres de loisirs où l’on pratique perfidement cette parole de Jésus : « Laissez venir à moi les petits-enfants »…
A l’entrée du parc Disneyland, les parents règlent afin que leurs enfants puissent aller à telle ou telle aire de jeux. Rendu sur le lieu désiré, l’enfant met sa main dans une machine. Elle lit que l’enfant a payé. Elle le laisse entrer dans l’aire de jeux.
— Dans les grands centres de distribution…
Les clients n’ont plus à faire de longues queues devant les caisses. Plus besoin de passer leurs achats sur le tapis roulant. Pour emprunter un chariot, le client insère sa carte de crédit dans un logement spécial, qui s’y trouve incorporé. A l’intérieur se trouve un lecteur laser de code-barres robuste, à l’épreuve des chocs. Ainsi, chaque fois que le client introduit un article dans le chariot, sont prix est enregistré. Le paiement s’opère automatiquement par connexion du chariot à la caisse-sas de sortie, qui lit la carte bancaire et vérifie la validité de son code. Le client n’a plus qu’à signer la facture établie par le lecteur code-barres de son propre chariot.
Le premier supermarché sans caissières a été ouvert à Caen en 1994…
Voici ce qui est peaufiné : pour emprunter le chariot le consommateur devra apposer sa main dans un logement spécial incorporé — comme les enfants le font déjà à Disneyland. Le lecteur optique lira le code-barres de la main, gravé au laser.
Si le client potentiel est dûment marqué, si son compte en banque est suffisamment provisionné ou s’il n’est pas classé parmi les exclus économiques pour raison religieuse ou politique, le chariot se libère et le client peut rentrer dans le magasin. Même système et passage à la caisse-sas enregistreuse afin que celle-ci puisse établir l’identité de la facture, ainsi que le numéro du compte. Il signe cette facture et c’est fini.
Seuls les esclaves de la Bête pourront manger et boire…
Mais les mondialistes ont été peu à peu obligés de se rendre à l’évidence : la carte de crédit par exemple n’était pas à la hauteur du plan monétaire d’asservissement universel ! Il fallait chercher autre chose.
Dans ce contexte déjà bien avancé, il suffisait d’un pas de plus pour réaliser parfaitement la domination économique et monétaire du Gouvernement Mondial antichristique.

Plusieurs individus travaillant en solitaire pour la divulgation de la vérité sur des sujets variés, inconnus du public, dangereux, ont décidé de se réunir et d’organiser à l’échelle nationale et internationale un réseau parallèle d’informations et d’échanges de tout ordre. Ce, afin de freiner l’anéantissement des valeurs occidentales et de témoigner du complot qui s’abat contre notre monde chrétien.
Dangereux, parce que les informations vérifiables à l’Agence Internationale de la Presse libre, démontrent la perspective pas très lointaine de notre condamnation et d’une volonté des ennemis de Jésus-Christ Fils de Dieu, de nous pourchasser pour notre foi, notre refus de la société antéchristique actuelle, et finalement du désir de marquer du signe de la Bête tous les individus de la planète comme vous le verrez par la suite.

Les activités de l’Agence Internationale de la Presse libre au Canada sont accès uniquement sur le journalisme d’enquête internationale au niveau économique, politique, militaire, médical, et vérifiables. Leurs dirigeants ne peuvent pour l’instant pas être contactés pour des raisons que chacun devine. D’où la décision prise de diffuser ce que vous allez connaître. Même les informations qui seront portées à votre connaissance ont été obtenues avec beaucoup de difficultés de la part de certains journalistes. Plusieurs ont risqué leur emploi, leur sécurité et pour quelques-uns, leur vie.

Partie I
marquage de l’humanité

Le Micro Chip biologique d’identification internationale

suite…

https://mega.co.nz/#!WRlzVa6Z!e9-YVXNA65Q1Yix22SF-2J0IzM-yy5basB3ozCjc-dE

Après l’empire Essai sur la décomposition du système américain


 
Auteur : Todd Emmanuel
Ouvrage : Après l’empire Essai sur la décomposition du système américain
Année : 2002

Ouverture
Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde
un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux
une solution. Garants de la liberté politique et de l’ordre
économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de
plus en plus comme un facteur de désordre international,
entretenant, là où ils le peuvent, l’incertitude et le conflit
Ils exigent de la planète entière qu’elle reconnaisse que
certains États d’importance secondaire constituent un
« axe du mal », qui doit être combattu et annihilé : l’Irak
de Saddam Hussein, verbeux mais insignifiant en tant
que puissance militaire, la Corée du Nord de Kim Jong-il,
premier (et dernier) communisme à avoir institué une
succession par primogéniture, résidu d’un autre âge voué
il disparaître en l’absence de toute intervention extérieure.
L’Iran, autre cible obsessionnelle, est un pays stratégiquement
important mais clairement engagé dans un processus
d’apaisement intérieur et extérieur. Le gouvernement américain
cependant le stigmatise comme membre de plein
droit de cet axe du mal. Les États-Unis ont provoqué la
Chine en bombardant son ambassade à Belgrade durant
la guerre du Kosovo, en truffant de micros facilement repérables
un Boeing destiné à ses dirigeants. Entre trois
embrassades publiques et deux accords de désarmement

nucléaire, ils ont même provoqué la Russie en patronnant
par l’intermédiaire de Radio Free Europe des émissions
en langue tchétchène, en expédiant en Géorgie des conseillers
militaires, en établissant des bases permanentes dans
l’ex-Asie centrale soviétique, face à l’armée russe. Enfin,
sommet théorique de cette fébrilité militariste : le Pentagone
laisse filtrer des documents envisageant des frappes
nucléaires sur des pays non nucléaires. Le gouvernement de
Washington applique ainsi un modèle stratégique classique
mais inadapté à une nation d’échelle continentale, la « stratégie
du fou », qui recommande d’apparaître à d’éventuels
adversaires comme irresponsable pour mieux les intimider.
Quant à la mise en place d’un bouclier spatial, qui brise
l’équilibre nucléaire et dont le développement ultime permettrait
aux États-Unis de régner sur l’ensemble du monde
par la terreur, elle nous force à nous projeter dans un univers
digne de la science-fiction. Comment s’étonner de l’attitude
nouvelle de méfiance et de peur qui saisit, les uns
après les autres, tous ceux qui établissaient leur politique
extérieure à partir d’un axiome rassurant : l’unique superpuissance
est avant tout responsable ?
Les alliés et clients traditionnels des États-Unis sont
d’autant plus inquiets qu’ils se trouvent proches des zones
désignées par leur leader comme sensibles. La Corée du Sud
rappelle, en toute occasion, qu’elle ne se sent pas menacée
par son voisin archéocommuniste du nord; le Koweït
affirme qu’il n’a plus de contentieux avec l’Irak.
La Russie, la Chine et l’Iran, trois nations dont la priorité
absolue est le développement économique, n’ont plus
qu’une préoccupation stratégique : résister aux provocations
de l’Amérique, ne rien faire ; mieux, en un renversement
qui aurait paru inconcevable il y a dix ans, militer pour
la stabilité et l’ordre du monde.
Les grands alliés des États-Unis sont quant à eux de

plus en plus perplexes, de plus en plus gênés. En Europe,
où seule la France se piquait d’indépendance, nous observons
avec une certaine surprise une Allemagne irritée et
un Royaume-Uni, fidèle des fidèles, carrément inquiet. De
l’autre côté de l’Eurasie, le silence du Japon exprime un
malaise grandissant plutôt qu’une adhésion sans faille.
Les Européens ne comprennent pas pourquoi l’Amérique
se refuse à régler la question israélo-palestinienne,
alors qu’elle en a le pouvoir absolu. Ils commencent à se
demander si Washington n’est pas au fond satisfait qu’un
foyer de tension se perpétue au Proche-Orient et que les
peuples arabes manifestent une hostilité grandissante au
monde occidental.
L’organisation Al Qaida, bande de terroristes malades
et géniaux, a émergé d’une région définie et limitée de
la planète, l’Arabie Saoudite, même si Ben Laden et ses
lieutenants ont recruté quelques transfuges égyptiens et
une poignée de paumés venus des banlieues d’Europe occidentale.
L’Amérique s’efforce pourtant de transformer
Al Qaida en une puissance aussi stable que maléfique, le
« terrorisme », omniprésent — de la Bosnie aux Philippines,
de la Tchétchénie au Pakistan, du Liban au Yémen —, légitimant
ainsi n’importe quelle action punitive n’importe où
et n’importe quand. L’élévation du terrorisme au statut de
force universelle institutionnalise un état de guerre permanent
à l’échelle de la planète : une quatrième guerre mondiale,
selon certains auteurs américains qui n’ont déjà pas
peur du ridicule en considérant la guerre froide comme la
troisième1. Tout se passe comme si les États-Unis recherchaient,
pour une raison obscure, le maintien d’un certain
niveau de tension internationale, une situation de guerre
limitée mais endémique,


1. Norman Podhoretz, « How to win world war IV », Commentary, février
2002, p. 19-28.


Un an seulement après le 11 septembre, une telle perception
de l’Amérique est paradoxale. Car dans les heures
qui avaient suivi l’attentat sur le World Trade Center, nous
avions eu la révélation de la dimension la plus profonde et
la plus sympathique de l’hégémonie américaine : un pouvoir
accepté, dans un monde qui admettait, en très grande majorité,
qu’une organisation capitaliste de la vie économique et
démocratique de la vie politique étaient seules raisonnables
et possibles. On avait alors vu clairement que la force principale
de l’Amérique était sa légitimité. La solidarité des
nations du monde avait été immédiate; toutes avaient
condamné l’attentat. Des alliés européens était venu un
désir actif de solidarité, s’exprimant dans l’engagement de
l’Otan. La Russie avait quant à elle saisi l’occasion de montrer
qu’elle désirait par-dessus tout de bonnes relations avec
l’Ouest. C’est elle qui a fourni à l’Alliance du Nord afghane
les armements dont elle avait besoin et ouvert aux forces
armées des États-Unis l’espace stratégique indispensable
en Asie centrale. Sans la participation active de la Russie,
l’offensive américaine en Afghanistan aurait été impossible.
L’attentat du 11 septembre a fasciné les psychiatres : la
révélation d’une fragilité de l’Amérique avait un peu partout
déstabilisé, non seulement les adultes, mais aussi leurs
enfants. Une véritable crise psychique avait alors mis à nu
l’architecture mentale de la planète, dont l’Amérique,
unique mais légitime superpuissance, constituait comme
une clef de voûte inconsciente. Pro- et antiaméricains
étaient comme des enfants, privés de l’autorité dont ils
avaient besoin, soit pour s’y soumettre, soit pour la combattre.
Bref, l’attentat du 11 septembre avait révélé le caractère
volontaire de notre servitude. La théorie du soft power
de Joseph Nye était magnifiquement vérifiée : l’Amérique
ne régnait pas seulement ou même principalement par les

armes mais par le prestige de ses valeurs, de ses institutions
et de sa culture.
Trois mois plus tard, le monde semblait revenu à son
équilibre normal. L’Amérique avait vaincu, redevenue,
par la force de quelques bombardements, toute-puissante.
Les vassaux croyaient pouvoir retourner à leurs affaires,
pour l’essentiel économiques et intérieures. Les contestataires
s’apprêtaient à reprendre, là où ils l’avaient laissée,
leur dénonciation éternelle et incantatoire de l’empire
américain.
On s’attendait quand même à ce que la blessure du
11 septembre — assez relative si l’on pense à ce que furent
les expériences européenne, russe, japonaise, chinoise ou
palestinienne de la guerre — rapproche l’Amérique du lot
commun de l’humanité, la rende plus sensible aux problèmes
des pauvres et des faibles. Le monde fit un rêve : la
reconnaissance par toutes les nations, ou presque toutes,
de la légitimité du pouvoir des États-Unis allait conduire à
l’émergence d’un véritable empire du bien, les dominés
planétaires acceptant un pouvoir central, les dominants
américains se soumettant à l’idée de justice.
C’est alors que le comportement international des États-
Unis commença d’entraîner un changement de perception.
On vit réémerger, tout au long de l’année 2002, la tendance
à l’unilatéralisme déjà manifeste dans la deuxième moitié
des années 90, avec les refus par Washington, en décembre
1997, du traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel,
en juillet 1998, de l’accord instituant une Cour pénale
internationale. L’histoire sembla reprendre son cours antérieur
avec le refus par les États-Unis du protocole de Kyoto
sur les émissions de gaz carbonique.
La lutte contre Al Qaida, qui aurait pu institutionnaliser
la légitimité des États-Unis si elle avait été menée modestement
et raisonnablement, a mis en évidence une irresponsabilité

démultipliée. L’image d’une Amérique narcissique,
agitée et agressive a remplacé, en quelques mois, celle de
la nation blessée, sympathique et indispensable à notre
équilibre. Nous en sommes là. Mais où en sommes-nous
vraiment ?
Car le plus inquiétant dans la situation actuelle est au
fond l’absence d’un modèle explicatif satisfaisant du comportement
américain. Pourquoi la « superpuissance solitaire
» n’est-elle plus, conformément à la tradition établie au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fondamentalement
débonnaire et raisonnable ? Pourquoi est-elle si active
et déstabilisatrice? Parce qu’elle est toute-puissante? Ou
au contraire, parce qu’elle sent lui échapper le monde qui
est en train de naître ?
Avant de procéder à l’élaboration d’un modèle explicatif
rigoureux du comportement international des États-Unis,
nous devons nous débarrasser de l’image standardisée d’une
Amérique dont le seul problème serait l’excès de puissance.
Les antiaméricains professionnels ne nous seront donc
d’aucune utilité, mais les penseurs de l’establishment seront
des guides très sûrs.

Retour à la problématique du déclin

Les antiaméricains structurels proposent leur réponse
habituelle : l’Amérique est mauvaise par nature, incarnation
étatique de la malfaisance du système capitaliste. C’est
aujourd’hui un grand moment pour ces antiaméricains de
toujours, qu’ils soient ou non admirateurs de petits despotes
locaux comme Fidel Castro, qu’ils aient ou non compris
l’échec sans appel de l’économie dirigée. Car ils peuvent
enfin évoquer sans sourire une contribution négative des
États-Unis à l’équilibre et au bonheur de la planète. Ne

nous y trompons pas, le rapport au réel et au temps de
ces antiaméricains structurels est celui des horloges arrêtées
qui sont quand même à l’heure deux fois par jour. Les
plus typiques d’entre eux sont d’ailleurs américains. Lisez
les textes de Noam Chomsky : vous n’y trouverez aucune
conscience de l’évolution du monde. Après comme avant
l’effondrement de la menace soviétique, l’Amérique est la
même, militariste, oppressive, faussement libérale, en Irak
aujourd’hui comme au Vietnam il y a un quart de siècle1.
Mais l’Amérique selon Chomsky n’est pas seulement mauvaise,
elle est toute-puissante.
Dans un genre plus culturel et plus moderne, nous pouvons
évoquer le Jihad vs. Mc World de Benjamin Barber,
qui nous trace le tableau d’un monde ravagé par l’affrontement
entre une méprisable infraculture américaine et de
non moins insupportables tribalismes résiduels2. Mais la victoire
annoncée de l’américanisation suggère que Benjamin
Barber demeure, au-delà de sa posture critique, et sans en
être pleinement conscient, un nationaliste américain. Lui
aussi surestime la puissance de son pays.
Dans le même registre de la surestimation nous trouvons
la notion d’hyperpuissance américaine. Quel que soit le respect
que peut inspirer la politique extérieure menée par
Hubert Védrine lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères,
nous devons admettre que ce concept, qu’il affectionne,
aveugle les analystes plus qu’il ne les éclaire.
Ces représentations ne nous aident pas à comprendre la
situation actuelle. Elles présupposent une Amérique exagérée,
dans la dimension du mal parfois, dans celle de la puissance
toujours. Elles nous interdisent de percer le mystère


1. Par exemple, Noam Chomsky, Rogue States. The Rule of Force in World
A f f a i r s , Pluto Press, Londres, 2000.
2. Benjamin R. Barber, Jihad vs. Mc World. How Globalism and Tribalism
are reshaping the World, Ballantine Books, New York, 1995,


de la politique étrangère américaine parce que la solution
doit être recherchée du côté de la faiblesse et non de la puissance.
Une trajectoire stratégique erratique et agressive,
bref la démarche d’ivrogne de la « superpuissance solitaire
», ne peut être expliquée de façon satisfaisante que par
la mise à nu de contradictions non résolues ou insolubles, et
des sentiments d’insuffisance et de peur qui en découlent.
La lecture des analyses produites par l’establishment
américain est plus éclairante. Au-delà de toutes leurs divergences,
nous trouvons, chez Paul Kennedy, Samuel Huntington,
Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger ou Robert
Gilpin, la même vision mesurée d’une Amérique qui, loin
d’être invincible, doit gérer l’Inexorable réduction de sa
puissance relative dans un monde de plus en plus peuplé et
développé. Les analyses de la puissance américaine sont
diverses : économique chez Kennedy ou Gilpin, culturelle
et religieuse chez Huntington, diplomatique et militaire
chez Brzezinski ou Kissinger. Mais toujours nous sommes
confrontés à une représentation inquiète de la force des
États-Unis, dont le pouvoir sur le monde apparaît fragile et
menacé.
Kissinger, au-delà de sa fidélité aux principes du réalisme
stratégique et de l’admiration qu’il porte à sa propre intelligence,
manque ces jours-ci d’une vision d’ensemble. Son
dernier ouvrage, Does America need a Foreign Policy ?,
n’est guère qu’un catalogue de difficultés locales1. Mais
nous trouvons dans The Rise and Fall of Great Powers, de
Paul Kennedy, ouvrage déjà ancien puisqu’il date de 1988,
la représentation très utile d’un système américain menacé
d’impérial overstretch, dont la surextension diplomatique et
militaire découle classiquement d’une chute de puissance


1. Henry Kissinger, Does America need a Foreign Policy? Toward a
Diplomacy for the 21 st Century, Simon artd Schuster, New York, 2001.


économique relative1. Samuel Huntington a fait paraître, en
1996, The Clash of Civilizations and the Remaking of World
Order, version longue d’un article publié en 1993 dans la
revue Foreign Affairs, dont la tonalité est franchement
dépressive2. On a souvent l’impression en lisant son livre de
parcourir un pastiche stratégique du Déclin de l’Occident de
Spengler. Huntington va jusqu’à contester l’universalisation
de la langue anglaise et recommande un repli modeste des
États-Unis sur l’alliance ouest-européenne, bloc catholico-protestant,
rejetant les « orthodoxes » est-européens et
abandonnant à leur destin ces deux autres piliers du système
stratégique américain que sont le Japon et Israël,
frappés du sceau de l’altérité culturelle.
La vision de Robert Gilpin combine considérations économiques
et culturelles; elle est très universitaire, très
prudente, très intelligente. Parce qu’il croit en la persistance
de l’Etat-nation Gilpin perçoit, dans sa Global Political
Economy, les faiblesses virtuelles du système économique
et financier américain, avec cette menace fondamentale
d’une « régionalisation » de la planète : si l’Europe et le
Japon organisent chacun de leur côté leurs zones d’influence,
ils rendront inutiles l’existence d’un centre américain
du monde, avec toutes les difficultés qu’impliquerait,
dans une telle configuration, la redéfinition du rôle économique
des États-Unis3.
Mais c’est Brzezinski qui, en 1997, dans The Grand
Chessboard, s’est montré le plus clairvoyant, malgré son


1. Paul Kennedy, The Rise and Fall of Great Powers, Economie Change
mut Military Conflict frorn 1500 to 2000, Fontana Press, Londres, 1989; première
édition 1988.
2. Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of
World Order,Touchstone Books, Londres, 1998; première édition américaine
1996.
3. Robert Gilpin, Global Political Economy. Understanding the International
Economic Order, Princeton University Press, 2001.


manque d’intérêt pour les questions économiques1. Pour
bien saisir sa représentation des choses, il faut faire tourner
devant soi un globe terrestre et prendre conscience de l’extraordinaire
isolement géographique des États-Unis : le
centre politique du monde est en réalité loin du monde.
On accuse souvent Brzezinski d’être un impérialiste simplet,
arrogant et brutal. Ses recommandations stratégiques
peuvent certes faire sourire, et en particulier lorsqu’il
désigne l’Ukraine et l’Ouzbékistan comme objets nécessaires
des attentions de l’Amérique. Mais sa représentation
d’une population et d’une économie mondiales concentrées
en Eurasie, une Eurasie réunifiée par l’effondrement du
communisme et oubliant les États-Unis, isolés dans leur
nouveau monde, est quelque chose de fondamental, une
intuition fulgurante de la véritable menace qui plane sur le
système américain.

Le paradoxe de Fukuyama :
du triomphe à l’inutilité de l’Amérique

Si nous voulons comprendre l’inquiétude qui ronge
l’establishment américain, nous devons aussi réfléchir
sérieusement aux implications stratégiques pour les États-
Unis eux-mêmes de l’hypothèse d’une fin de l’histoire proposée
par Francis Fukuyama. Datant des années 1989-1992,
cette théorie a amusé les intellectuels parisiens, étonnés
par l’usage simplifié mais hautement consommable que
Fukuyama fait de Hegel. L’histoire aurait un sens et son
point d’aboutissement serait l’universalisation de la démocratie


1. Zbigniew Brzezinski, The Grand Chessboard. American Primacy and its
Geostrategic Imperatives, Basic Books, New York, 1997.
2. Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, Penguin
Books, Londres, 1992 (traduction française : La fin de l’histoire et le dernier
homme, Flammarion, 1992).


libérale. L’effondrement du communisme ne serait
qu’une étape dans cette marche de la liberté humaine, succédant
à cette autre étape importante que fut la chute des
dictatures de l’Europe du Sud : au Portugal, en Espagne ou
en Grèce. L’émergence de la démocratie en Turquie s’inscrit
dans ce mouvement, ainsi que la consolidation des démocraties
latino-américaines. Proposé au moment même de
l’effondrement du système soviétique, ce modèle de l’histoire
humaine a dans l’ensemble été reçu en France comme
un exemple typique de naïveté et d’optimisme américains.
Pour qui se souvient du Hegel réel, soumis à la Prusse, respectueux
de l’autoritarisme luthérien, vénérant l’État, cette
représentation en démocrate individualiste peut égayer.
C’est bien un Hegel adouci par les studios Disney que nous
a proposé Fukuyama. Et puis, Hegel s’intéressait à la
marche de l’esprit dans l’histoire mais Fukuyama, lui, même
quand il évoque l’éducation, privilégie toujours le facteur
économique et semble souvent plus proche de Marx,
annonciateur d’une tout autre fin de l’histoire1. Le caractère
secondaire du développement éducatif et culturel dans son
modèle font de Fukuyama un hégélien bien étrange, certainement
contaminé par l’économisme délirant de la vie
intellectuelle américaine.
Ces réserves faites, on doit cependant reconnaître à
Fukuyama un coup d’oeil empirique très vif et pertinent sur
l’histoire qui se fait. Observer, dès 1989, que l’universalisation
de la démocratie libérale devenait une possibilité
méritant examen était en soi une belle performance. Les
intellectuels européens, moins sensibles au mouvement
de l’histoire, allaient quant à eux concentrer leurs facultés
d’analyse sur le procès du communisme, c’est-à-dire sur le
passé. Fukuyama a eu le mérite de spéculer sur l’avenir :


1. Ibid., p. 116 :l’éducation apparaît comme une conséquence de la société
industrielle,


c’est plus difficile mais plus utile. Je pense pour ma part que
la vision de Fukuyama contient une part importante de
vérité mais qu’elle ne perçoit pas dans toute son ampleur
éducative et démographique la stabilisation de la planète.
Laissons pour l’instant de côté le problème de la validité
de l’hypothèse de Fukuyama sur la démocratisation du
monde, et concentrons-nous sur ses implications à moyen
terme pour les États-Unis.
Fukuyama intègre à son modèle la loi de Michael Doyle
concluant à l’impossibilité de la guerre entre démocraties
libérales, qui date du début des années 80, inspirée de Kant
plutôt que de Hegel ‘. Avec Doyle nous sommes confrontés
à un deuxième cas d’empirisme anglo-saxon, naïf en apparence
mais productif en pratique. Que la guerre soit impossible
entre démocraties se vérifie par l’examen de l’histoire
concrète qui prouve que, si les démocraties libérales
n’échappent pas à la guerre avec des systèmes adverses,
elles ne se combattent jamais entre elles,
La démocratie libérale moderne penche vers la paix en
toutes circonstances. On ne peut guère reprocher aux
démocraties française et britannique des années 1933-1939
leur bellicisme ; on ne peut que constater, avec regret,
l’isolationnisme de la démocratie américaine jusqu’à Pearl
Harbor, Sans nier une poussée nationaliste en France et
en Grande-Bretagne avant 1914, on doit admettre que ce
sont l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, où le gouvernement
n’était, en pratique, pas responsable devant le Parlement,
qui ont entraîné l’Europe dans la Première Guerre
mondiale.
Le simple bon sens suggère qu’un peuple de niveau
d’éducation élevé et de niveau de vie satisfaisant aura du


1. Michael Doyle, « Kant, libéral legacies and foreign policy », Philosophy
and Public Affairs, I et II, 1983 (12), p. 205-235 et 323-353.


mal à produire une majorité parlementaire élue capable de
déclarer une guerre majeure. Deux peuples semblablement
organisés trouveront inévitablement une solution pacifique
à leur différend. Mais la clique incontrôlée qui dirige, par
définition, un système non démocratique et non libéral, a
beaucoup plus de latitude d’action pour décider d’ouvrir
des hostilités, contre le désir de paix qui habite généralement
la majorité des hommes ordinaires.
Si nous ajoutons à l’universalisation de la démocratie
libérale (Fukuyama) l’impossibilité de la guerre entre les
démocraties (Doyle), nous obtenons une planète installée
dans la paix perpétuelle.
Un cynique de la vieille tradition européenne sourira,
évoquant l’immuable et éternelle capacité de l’homme à
faire le mal et la guerre. Mais, sans nous arrêter à cette
objection, continuons le raisonnement : cherchons les implications
d’un tel modèle pour l’Amérique. Sa spécialisation
planétaire est devenue, par le jeu de l’histoire, la défense
d’un principe démocratique perçu comme menacé : par le
nazisme allemand, par le militarisme japonais, par les communismes
russe ou chinois. La Seconde Guerre mondiale
puis la guerre froide ont, pour ainsi dire, institutionnalisé
cette fonction historique de l’Amérique. Mais si la démocratie
triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe
terminal que les États-Unis deviennent, en tant que puissance
militaire, inutiles au monde et vont devoir se résigner
à n’être qu’une démocratie parmi les autres.
Cette inutilité de l’Amérique est l’une des deux angoisses
fondamentales de Washington, et l’une des clefs qui permettent
de comprendre la politique étrangère des États-
Unis. La formalisation de cette peur nouvelle par les chefs
de la diplomatie américaine a pris le plus souvent, comme il
est fréquent, la forme d’une affirmation inverse : en février

1998, Madeleine Albright, secrétaire d’État de Clinton,
alors qu’elle tentait de justifier un tir de missiles sur l’Irak,
a défini les États-Unis comme la nation indispensable1. Ainsi
que l’avait bien vu Sacha Guitry, le contraire de la vérité est
déjà très près de la vérité. Si l’on affirme officiellement que
les États-Unis sont indispensables, c’est bien que la question
de leur utilité pour la planète est posée. Les dirigeants
laissent ainsi filtrer, par des quasi-lapsus, l’inquiétude des
analystes stratégiques. Madeleine Albright exprimait sous
forme de dénégation la doctrine Brzezinski qui perçoit la
situation excentrée, isolée, des États-Unis, loin de cette
Eurasie si peuplée, si industrieuse où risque de se concentrer
l’histoire d’un monde apaisé.
Au fond, Brzezinski accepte la menace implicite du paradoxe
de Fukuyama et propose une technique diplomatique
et militaire pour garder le contrôle de l’Ancien Monde.
Huntington est moins beau joueur : il n’accepte pas l’uni –
versalisme sympathique du modèle de Fukuyama et refuse
d’envisager l’éventualité que les valeurs démocratiques et
libérales s’étendent à toute la planète. Il se réfugie dans une
catégorisation religieuse et ethnique des peuples, dont la
plupart seraient inaptes, par nature, à l’idéal « occidental ».
A ce stade de la réflexion nous n’avons pas à choisir entre
les diverses possibilités historiques : la démocratie libérale
est-elle généralisable? Si oui, apporte-t-elle la paix? Mais
nous devons comprendre que Brzezinski et Huntington
répondent à Fukuyama, et que l’éventualité d’une marginalisation
des États-Unis, paradoxale alors que le monde
entier s’inquiète de leur omnipotence, hante les élites américaines.
Bien loin d’être tentée par un retour à l’isolationnisme,
l’Amérique a peur de l’isolement, de se retrouver
seule dans un monde qui n’aurait plus besoin d’elle. Mais


1. «If wehave to use force, it is because we are America. We are the indispensable
nation. We stand tall. We see farther into the future. »


pourquoi a-t-elle maintenant peur d’une distance au monde
qui fut sa raison d’être, de la Déclaration d’indépendance
en 1776 à Pearl Harbor en 1941 ?

De l’autonomie à la dépendance économique

Cette peur de devenir inutiles, et de l’isolement qui pourrait
en résulter, est pour les États-Unis plus qu’un phénomène
nouveau : une véritable inversion de leur posture historique.
La séparation d’avec un Ancien Monde corrompu
fut l’un des mythes fondateurs de l’Amérique, peut-être
le principal. Terre de liberté, d’abondance et de perfectionnement
moral, les États-Unis d’Amérique choisirent de se
développer indépendamment de l’Europe, sans se mêler
aux conflits dégradants des nations cyniques du Vieux
Continent.
L’isolement du XIXe siècle n’était en réalité que diplomatique
et militaire, puisque la croissance économique des
États-Unis put se nourrir de deux flux continus et indispensables
venus d’Europe, l’un en capital, l’autre en travail.
Investissements européens et immigration d’une maind’oeuvre
à taux d’alphabétisation élevé ont été les véritables
ressorts économiques de l’expérience américaine. Reste
qu’à la fin du XIXc siècle, l’Amérique disposait de l’économie
non seulement la plus puissante de la planète, mais
aussi la plus autosuffisante, massivement productrice de
matières premières et largement excédentaire sur le plan
commercial.
Au début du XXe siècle, les États-Unis n’ont plus besoin
du monde. Si l’on tient compte de leur puissance effective,
leurs premières interventions en Asie et en Amérique latine
restèrent alors bien modestes. Mais, ainsi qu’il apparut dès

1» Première Guerre mondiale, la planète avait besoin d’eux.

Les États-Unis résistèrent peu à l’appel, jusqu’en 1917 très
exactement. Puis ils optèrent à nouveau pour l’isolement en
refusant de ratifier le traité de Versailles. Il fallut attendre
Pearl Harbor et la déclaration de guerre de l’Allemagne
à l’Amérique pour que les États-Unis prennent enfin dans
le monde, à l’initiative, si l’on peut dire, du Japon et de
l’Allemagne, la place qui correspondait à leur puissance
économique.
En 1945, le produit national brut américain représentait
plus de la moitié du produit brut mondial et l’effet de domination
fut mécanique, immédiat. Certes, le communisme
couvrait, vers 1950, le coeur de l’Eurasie, de l’Allemagne de
l’Est à la Corée du Nord. Mais l’Amérique, puissance navale
et aérienne, contrôlait stratégiquement le reste de la planète
avec la bénédiction d’une multitude d’alliés et de clients
dont la priorité était la lutte contre le système soviétique.
C’est avec l’accord d’une bonne partie du monde que s’installa
l’hégémonie américaine, malgré le soutien apporté au
communisme par de nombreux intellectuels, ouvriers et
paysans ici ou là.
Nous devons admettre, si nous voulons comprendre la
suite des événements, que cette hégémonie fut durant plusieurs
décennies bénéfique. Sans cette reconnaissance du
caractère généralement bienfaisant de la domination américaine
des années 1950-1990, nous ne pouvons pas saisir
l’importance du basculement ultérieur des États-Unis de
l’utilité dans l’inutilité ; et les difficultés qui découlent, pour
eux comme pour nous, d’une telle inversion.
L’hégémonie des années 1950-1990 sur la partie non
communisée de fa planète a presque mérité le nom d’empire.
Ses ressources économiques, militaires et idéologiques
ont alors donné, un temps, à l’Amérique toutes les dimensions
de la puissance impériale. La prédominance des principes
économiques libéraux dans la sphère politiquement et

militairement dirigée de Washington a fini par transformer
le monde — c’est ce que l’on appelle la globalisation. Elle
a aussi affecté dans la durée, mais en profondeur, la structure
interne de la nation dominante, affaiblissant son économie
et déformant sa société. Le processus a d’abord
été lent, progressif. Sans que les acteurs de l’histoire s’en
soient bien rendu compte, une relation de dépendance
s’est établie entre les Etats-Unis et leur sphère de prééminence.
Un déficit commercial américain est apparu,
dès le début des années 70, élément structurel de l’économie
mondiale.
L’effondrement du communisme a entraîné une dramatique
accélération du processus de mise en dépendance.
Entre 1990 et 2000, le déficit commercial américain est
passé de 100 à 450 milliards de dollars. Pour équilibrer ses
comptes extérieurs, l’Amérique a besoin d’un flux de capitaux
extérieurs de volume équivalent. En ce début de troisième
millénaire, les États-Unis ne peuvent plus vivre de
leur seule production. Au moment même où le monde, en
cours de stabilisation éducative, démographique et démocratique,
est sur le point de découvrir qu’il peut se passer de
l’Amérique, l’Amérique s’aperçoit qu’elle ne peut plus se
passer du monde.
Le débat sur la « mondialisation » est partiellement
déconnecté de la réalité parce qu’on accepte trop souvent
la représentation orthodoxe d’échanges commerciaux et
financiers symétrisés, homogènes, dans lesquels aucune
nation n’occupe de place particulière. Les notions abstraites
de travail, de profit, de liberté de circulation du capital masquent
un élément fondamental : le rôle spécifique de la plus
importante des nations dans la nouvelle organisation du
monde économique. Si l’Amérique a beaucoup décliné sous
le rapport de la puissance économique relative, elle a réussi
à augmenter massivement sa capacité de prélèvement sur

l’économie mondiale : elle est devenue objectivement prédatrice.
Une telle situation doit-elle être interprétée comme
un signe de puissance ou de faiblesse? Ce qui est sûr, c’est
que l’Amérique va devoir lutter, politiquement, militairement,
pour maintenir une hégémonie désormais indispensable
à son niveau de vie.
Cette inversion du rapport de dépendance économique
est le deuxième facteur lourd, qui, combiné au premier, la
multiplication des démocraties, permet d’expliquer l’étrangeté
de la situation mondiale, le comportement bizarre des
États-Unis et le désarroi de la planète. Comment gérer une
superpuissance économiquement dépendante mais politiquement
inutile ?
Nous pourrions arrêter ici l’élaboration de ce modèle
inquiétant, et nous rassurer en nous rappelant qu’après tout
l’Amérique est une démocratie, que les démocraties ne se
font pas la guerre, et que, par conséquent, les États-Unis ne
peuvent devenir dangereux pour le monde, agressifs et fauteurs
de guerre. À travers essais et erreurs, le gouvernement
de Washington trouvera finalement les voies de la réadaptation
économique et politique à ce monde nouveau.
Pourquoi pas? Mais nous devons aussi être conscients que
la crise des démocraties avancées, de plus en plus visible, de
plus en plus préoccupante, surtout en Amérique, ne nous
permet plus de considérer les États-Unis comme pacifiques
par nature.
L’histoire ne s’arrête pas : l’émergence planétaire de la
démocratie ne doit pas en effet nous faire oublier que les
démocraties les plus anciennes — les États-Unis, la Grande-
Bretagne, la France notamment — continuent d’évoluer.
Tout indique, actuellement, qu’elles se transforment progressivement
en systèmes oligarchiques. Le concept d’inversion,
utile pour comprendre le rapport économique des
États-Unis à la planète, l’est également pour analyser le

dynamisme démocratique dans le monde. La démocratie
progresse là où elle était faible, mais régresse là où elle était
forte.

La dégénérescence de la démocratie américaine
et la guerre comme possible

La force de Fukuyama est d’avoir très vite identifié un
processus de stabilisation du monde non occidental. Mais sa
perception des sociétés, on l’a vu, reste influencée par l’économisme
; il ne fait pas du facteur éducatif le moteur central
de l’histoire et s’intéresse peu à la démographie. Fukuyama
ne voit pas que l’alphabétisation de masse est la variable
indépendante, explicative, au coeur de la poussée démocratique
et individualiste qu’il décèle. De là vient son erreur
majeure : déduire une fin de l’histoire de la généralisation
de la démocratie libérale. Une telle conclusion présuppose
que cette forme politique est stable sinon parfaite, et que
son histoire s’arrête une fois qu’elle est réalisée. Mais si la
démocratie n’est que la superstructure politique d’une
étape culturelle, l’instruction primaire, la continuation de la
poussée éducative, avec le développement des enseignements
secondaire et supérieur, ne peut que la déstabiliser là
où elle était apparue en premier, au moment même où elle
s’affirme dans les pays qui atteignent seulement le stade
de l’alphabétisation de masse1.
Éducation secondaire et surtout supérieure réintroduisent
dans l’organisation mentale et idéologique des
sociétés développées la notion d’inégalité. Les « éduqués
supérieurs », après un temps d’hésitation et de fausse


I. Sur le détail de ce mécanisme voir mon livre, L’illusion économique,
Gallimard, 1998, nouvelle édition « Folio », chap. 5.


conscience, finissent par se croire réellement supérieurs.
Dans les pays avancés émerge une nouvelle classe, pesant,
en simplifiant, 20 % de la structure sociale sur le plan numérique,
et 50 % sur le plan monétaire. Cette nouvelle classe a
de plus en plus de mal à supporter la contrainte du suffrage
universel.
La poussée de l’alphabétisation nous avait fait vivre
dans le monde de Tocqueville, pour qui la marche de la
démocratie était « providentielle », presque l’effet d’une
volonté divine. La poussée de l’éducation supérieure nous
fait aujourd’hui vivre une autre marche « providentielle »,
et calamiteuse : vers l’oligarchie. C’est un surprenant retour
au monde d’Aristote, dans lequel l’oligarchie pouvait succéder
à la démocratie.
Au moment même où la démocratie commence de s’implanter
en Eurasie, elle s’étiole donc en son heu de naissance
: la société américaine se transforme en un système de
domination fondamentalement inégalitaire, phénomène
parfaitement conceptualisé par Michael Lind dans The Next
American Nation1. On trouve en particulier dans ce livre la
première description systématique de la nouvelle classe
dirigeante américaine postdémocratique, the overclass.
Ne soyons pas jaloux. La France est presque aussi avancée
que les États-Unis dans cette voie. Curieuses « démocraties
» que ces systèmes politiques au sein desquels s’affrontent
élitisme et populisme, où subsiste le suffrage
universel, mais dans lequel les élites de droite et de gauche
sont d’accord pour interdire toute réorientation de la politique
économique qui conduirait à une réduction des inégalités.
Univers de plus en plus loufoque dans lequel le jeu
électoral doit aboutir, au terme d’un titanesque affrontement


1. Michael Lind, The Next American Nation. The New Nationalism and the
Fourth American Revolution, The Free Press, New York,


 médiatique, au statu quo. La bonne entente au sein
des élites, reflet de l’existence d’une vulgate supérieure,
interdit que le système politique apparent se désintègre,
même lorsque le suffrage universel suggérerait la possibilité
d’une crise. George W. Bush est choisi comme président des
États-Unis, au terme d’un processus opaque qui ne permet
pas d’affirmer qu’il l’a emporté au sens arithmétique. Mais
l’autre grande république « historique », la France, s’offre,
peu de temps après, le cas contraire, et donc fort proche
dans la logique de Sacha Guitry, d’un président élu avec
82 % des suffrages. Le presque unanimisme français résulte
d’un autre mécanisme sociologique et politique de verrouillage
des aspirations venues des 20 % d’en bas par les 20 %
d’en haut, qui pour l’instant contrôlent idéologiquement les
60 % du milieu. Mais le résultat est le même : le processus
électoral n’a aucune importance pratique ; et le taux d’abstention
s’élève irrésistiblement,
En Grande-Bretagne, les mêmes processus de restratification
culturelle sont à l’oeuvre. Ils furent précocement analysés,
par Michael Young dans The Rise of the Meritocracy,
court essai réellement prophétique puisqu’il date de 19581.
Mais la phase démocratique de l’Angleterre a été tardive et
modérée : le passé aristocratique si proche, toujours incarné
dans la persistance d’accents de classes d’une netteté
extrême, facilite une transition en douceur vers le monde
nouveau de l’oligarchie occidentale. La nouvelle classe
américaine est d’ailleurs vaguement envieuse, ce qu’elle
manifeste par une posture anglophile, nostalgique d’un
passé victorien qui n’est pas le sien2.
Il serait donc inexact et injuste de restreindre la crise de
la démocratie aux seuls États-Unis. La Grande-Bretagne et


1. Michael Young, The Rise of the Meritocracy, Penguin, Harmondsworth,
1961; première édition 1958.
2. Michael Lind,op, cit.,., 145.


la France, les deux vieilles nations libérales associées par
l’histoire à la démocratie américaine, sont engagées dans
des processus de dépérissement oligarchique parallèles.
Mais elles sont, dans le système politique et économique
mondial globalisé, des dominés. Elles doivent donc tenir
compte de l’équilibre de leurs échanges commerciaux.
Leurs trajectoires sociales doivent, à un moment donné,
se séparer de celle des États-Unis. Et je ne pense pas que
l’on pourra parler un jour des « oligarchies occidentales »
comme on parlait autrefois des « démocraties occidentales
».
Mais telle est la deuxième grande inversion qui explique
la difficulté des rapports entre l’Amérique et le monde.
Les progrès planétaires de la démocratie masquent l’affaiblissement
de la démocratie en son lieu de naissance. L’inversion
est mal perçue par les participants au jeu planétaire.
L’Amérique manie toujours fort bien, par habitude
plus que par cynisme, le langage de la liberté et de l’égalité.
Et bien sûr, la démocratisation de la planète est loin d’être
achevée.
Mais ce passage à un stade nouveau, oligarchique, annule
l’application aux États-Unis de la loi de Doyle sur les conséquences
inévitablement apaisantes de la démocratie libérale.
Nous pouvons postuler des comportements agressifs
de la part d’une caste dirigeante ma] contrôlée, et une politique
militaire plus aventureuse. En vérité, si l’hypothèse
d’une Amérique devenue oligarchique nous autorise à restreindre
le domaine de validité de la loi de Doyle, elle
nous permet surtout d’accepter la réalité empirique d’une
Amérique agressive. Nous ne pouvons même plus exclure
a priori l’hypothèse stratégique d’une Amérique agressant
des démocraties, récentes ou anciennes. Avec un tel schéma
nous réconcilions — non sans une certaine malice il est
vrai — les « idéalistes » anglo-saxons qui attendent de la

démocratie libérale la fin des conflits militaires et les « réalistes
» de même culture qui perçoivent le champ des relations
internationales comme un espace anarchique peuplé
d’États agressifs dans l’éternité des siècles. Admettant que
la démocratie libérale mène à la paix, nous admettons aussi
que son dépérissement peut ramener la guerre. Même si la
loi de Doyle est vraie, il n’y aura pas de paix perpétuelle
d’esprit kantien.

Un modèle explicatif

Je vais développer dans cet essai un modèle explicatif
formellement paradoxal, mais dont le coeur se résume assez
simplement : au moment môme où le monde découvre la
démocratie et apprend à se passer politiquement de l’Amérique,
celle-ci tend à perdre ses caractéristiques démocratiques
et découvre qu’elle ne peut se passer économiquement
du monde.
La planète est donc confrontée à une double inversion :
inversion du rapport de dépendance économique entre le
monde et les États-Unis; inversion de la dynamique démocratique,
désormais positive en Eurasie et négative en
Amérique.
Ces processus socio-historiques lourds étant posés, on
peut comprendre l’étrangeté apparente des actions américaines.
L’objectif des États-Unis n’est plus de défendre un
ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa
substance en Amérique même. L’approvisionnement en
biens divers et en capitaux devient primordial : le but stratégique
fondamental des États-Unis est désormais le contrôle
politique des ressources mondiales.
Cependant, la puissance économique, militaire et idéologique
déclinante des États-Unis ne leur permet pas de

maîtriser effectivement un monde devenu trop vaste, trop
peuplé, trop alphabétisé, trop démocratique. La mise au
pas des obstacles réels à l’hégémonie américaine, les vrais
acteurs stratégiques que sont la Russie, l’Europe et le
Japon, est un objectif inaccessible parce que démesuré.
Avec ceux-là, l’Amérique doit négocier, et le plus souvent
plier. Mais elle doit trouver une solution, réelle ou fantasmatique,
à son angoissante dépendance économique ; elle
doit rester au moins symboliquement au centre du monde,
et pour cela mettre en scène sa « puissance », pardon, sa
« toute-puissance ». Nous assistons donc au développement
d’un militarisme théâtral, comprenant trois éléments
essentiels :
— Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour
justifier l’action militaire indéfinie de l’« unique superpuissance
» à l’échelle planétaire.
— Se fixer sur des micropuissances — Irak, Iran, Corée
du Nord, Cuba, etc. La seule façon de rester politiquement
au coeur du monde est d’« affronter » des acteurs mineurs,
valorisant pour la puissance américaine, afin d’empêcher,
ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances
majeures appelées à partager avec les États-Unis le
contrôle de la planète : l’Europe, le Japon et la Russie à
moyen terme, la Chine à plus long terme.
— Développer des armes nouvelles supposées mettre les
Etats-Unis « loin devant », dans une course aux armements
qui ne doit jamais cesser.
Cette stratégie fait certes de l’Amérique un obstacle nouveau
et inattendu à la paix du monde, mais elle n’est pas
d’une ampleur menaçante. La liste et la taille des pays cibles
définit objectivement la puissance de l’Amérique, capable
au plus d’affronter l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord ou Cuba.
Il n’y a aucune raison de s’affoler et de dénoncer l’émergence

 d’un empire américain qui est en réalité en cours de
décomposition, une décennie après l’empire soviétique.
Une telle représentation des rapports de force planétaires
conduira naturellement à quelques propositions
d’ordre stratégique, dont le but ne sera pas d’accroître les
gains de telle ou telle nation, mais de gérer au mieux pour
toutes le déclin de l’Amérique.

CHAPITRE 1
Le mythe du terrorisme universel

suite…

https://mega.co.nz/#!aZMy0QjY!Bv2tT9QcpRaZcpirlt12-oQvaUdeRpkhAnMHHURyHFg

L’IMPÉRATRICE NUE OU La grande fraude médicale


 
Auteur : Ruesch Hans
Ouvrage : L’Impératrice nue ou La grande fraude médicale
Année : 1982

«Nous sommes des apprentis sorciers. Surtout
dans le domaine scientifique. Nous nous glorifions
de découvertes qui, en même temps,
nous empoisonnent. Je crois qu’il faudra
beaucoup de temps et de courage aux générations
qui nous suivent pour se débarrasser des
conséquences désastreuses des recherches.»
(Professeur Lépine, chef du services des virus de
l’Institut Pasteur, membre de l’Académie des
sciences et de l’Académie nationale de médecine)

Avant-propos de l’éditeur
Un dossier impressionnant qui a nécessité de la part de son réalisateur
des années d’observations strictes sur ce qui trompe le monde
dans le secteur de la santé par l’expérimentation de «médications» chimiques
sur les animaux et… sur les humains. Il fallait un auteur incorruptible
et courageux pour oser pénétrer de front dans le monde de
cette pseudo-recherche et, parfaitement documenté, il s’agit maintenant
d’ouvrir les yeux du consommateur de santé endormi.
Il met en évidence le fait que les médecins et leurs professeurs sont
trompés dans leurs formations, alors que les uns et les autres, mus par
des sentiments honnêtes, sont convaincus de la validité de leur
«savoir» qui devrait, logiquement, avoir un impact sur le bien-être
sanitaire de l’humanité.
Tel un serpent — comme celui du caducée, emblème des professions
médicales — une super-puissance s’est infiltrée insidieusement dans le
monde de la santé pour déformer la doctrine hippocratique à des fins
de… spéculation monétaire. L’industrie pharmaceutique est, notamment,
sous sa dépendance. Pour cette dernière, le malade est une
aubaine. C’est une opportunité à exploiter par ceux qui ont des $ à la
place des yeux. Le mot d’ordre transmis aux médias devenus complices,
est de rester discret sur ce qui se passe réellement dans les
«laboratoires de recherches» et comment convaincre le malade qu’on
va tout faire pour l’en sortir…
Le Consortium de la chimie, de la médecine et de la vivisection, occupe
aujourd’hui une place beaucoup trop considérable. Ce dernier secteur
est tellement important qu’il ne peut que provoquer un malaise
moral et une sérieuse remise en question chez les chercheurs intègres
qui sont parvenus à pénétrer dans les coulisses de ce type de
«recherche». Et cela provoque un schisme dans le monde médical avec
quatre tendances :
1. Ceux qui choisissent la collaboration, parce qu’il faut bien vivre…
Pour ces derniers, quelle aubaine de «gagner sa vie» en laissant libre
cours à ses bas instincts en torturant des êtres démunis, et ce, sous une
étiquette de «chercheurs».

2. Ceux qui préfèrent rester dans l’ignorance et, de la sorte, continuent
à avoir, comme dans les religions, une confiance aveugle en
leurs «maîtres».
3. Ceux qui, témoins de la perdition de la médecine officielle par le
manque de respect des grandes lois de la Nature enseignées par
Hippocrate, ne font plus confiance en l’éthique médicale. La plupart de
ces derniers — et ils sont de plus en plus nombreux — s’orientent vers
une médecine digne de porter ce nom avec encore la crainte — comme
au temps de l’Inquisition — de se voir attirés au ban des accusés sous
l’inculpation d’«hérésie médicale». Mais heureusement, les temps
changent ! Les mentalités aussi !
4. Ceux qui ne savent pas encore.
Ce n’est pas seulement à ces derniers, mais surtout au grand public,
que ce livre s’adresse.
Hans RUESCH explique pourquoi cette recherche fallacieuse, qui n’a
évidemment rien à son actif dans les progrès de la santé, fonctionne
encore. Ses oeuvres courageuses ne peuvent être ignorées ! (voir
quelques-unes en pages 282 à 284).
Le lecteur comprendra rapidement pourquoi la recherche médicale
vraie ne peut s’investir davantage dans le domaine de la prévention.
C’est là que l’on trouve des causes telles «environnementales», «nutritionnelles»,
«iatrogènes»,… ! Les chercheurs qui s’efforcent de trouver
les causes de déséquilibres de santé (recherches peu coûteuses), comme
tous ceux qui sont en recherche de «vrai», participent au déshabillage
de cette «Impératrice» dont il est question dans les pages qui vont
suivre. Godefroid

… Spéculant sur l’ignorance et sur les souffrances
d’innombrables personnes, sur leur peur
constante de la douleur et de la maladie soutenue
par les mass medias, cette pseudoscience a créé
l’illusion qu’elle détiendrait des pouvoirs mystérieux
et illimités dont le salut de l’humanité
dépendrait. C’est ainsi que les peuples de l’hémisphère
occidental se sont prosternés avec crainte
et servilité à ses pieds, s’en faisant l’image d’une
déesse omnipuissante d’une beauté insurpassable,
vêtue d’or et de brocart, ne pouvant être
contemplée par le commun des mortels sous
peine d’aveuglement. Mais s’ils avaient le courage
de le faire, ils découvriraient que leur impératrice
est toute nue et horrible à voir.
De «Expérimentation animale : Honte et échecs
de la médecine»

Préface
Les circonstances familiales et un penchant pour les lettres
avaient fait de moi un lecteur et écrivain multilingue. A part la
publication de romans parus chez les principaux éditeurs
d’Europe et d’outre-mer, je m’étais intéressé activement à l’étude de la
médecine, entre autres en dirigeant pour une maison d’édition italienne
une longue série de livres médicaux.
Mes expériences avec la médecine avaient malheureusement commencé
au cours de ma toute première enfance à Naples. Déjà comme
bébé, je fus opéré pour une otalgie infectée qui exigeait des nettoyages
très douloureux de l’oreille moyenne encore un ou deux ans après. Et
j’en garde toujours le souvenir. Des photos d’enfance me montrent avec
la joue prodigieusement enflée et la tête toute bandagée.
Pour des raisons d’études, mon père devait passer près d’un an à
Zurich et, ne voulant pas se séparer de la famille, il y loua une petite
maison qui pouvait tous nous accueillir : mon père et ma mère, ma
soeur, moi et le dernier arrivé, mon frère bébé, Konrad dont la vivacité
débordante faisait la joie de toute la famille. Et là, inattendue, la tragédie
: bébé Konrad tué brusquement à l’âge de onze mois par une prescription
risquée et superflue d’un pédiatre de Zurich. J’avais quatre ans.
Je m’en souviens trop bien. C’était terrible. Cet événement m’a profondément
marqué.
Puis, pendant mon adolescence, j’assistai au décès de mon père au
bout d’une longue maladie, terrassé lui aussi par des diagnostics erronés
de la part de grandes coryphées de l’art médical de notre époque. Il
n’avait que 47 ans. Il avait toujours pris soin de lui et ne commettait
aucun excès. Il avait un seul grand défaut : une foi inébranlable en la
«Médecine Moderne». Pour lui, les médecins étaient des oracles.
Par la suite, le résultat de mes études et recherches faites en Europe
et en Amérique me convainquit que la Médecine Moderne tellement
vantée est devenue elle aussi une victime de la révolution industrielle
qui lui a fait oublier le savoir et les idéaux d’Hippocrate dans sa chasse
effrénée au pouvoir et à la richesse. Ni mon petit frère, ni mon père,
n’ont jamais su ce que je n’appris que plus tard : que leur fin prématurée
était due à des médicaments dont l’utilité et la sûreté avaient été
«garanties» par un grand nombre de preuves faites sur des animaux,
qui ne peuvent pas donner d’informations fiables et sont employées
juste pour cette raison.

Ma soeur, qui avait commencé à fumer trois paquets de cigarettes par
jour depuis ses études universitaires, finit par en mourir elle aussi au
bout de plusieurs années, d’un cancer aux poumons, bien avant la
découverte officielle du danger mortel du tabagisme. Cette découverte a
été retardée de près d’un siècle par les soi-disant chercheurs médicaux
chargés par les fabricants de cigarettes de «prouver» à l’humanité l’innocuité
absolue de leurs produits. Ils y réussirent en les testant sur des
millions de chiens et de singes qui, au contraire des êtres humains, n’en
meurent pas…
Mais comment s’explique que, malgré sa flagrante cruauté et la série
de faillites dont quelques unes de proportion désastreuse qui ont
accompagné toute l’histoire de la vivisection, celle-ci n’ait pas encore
été abolie ? La raison fondamentale est que tant qu’on considère légalement
valide cette expérimentation avec le but d’en extrapoler les résultats
sur l’homme, l’industrie pharmaceutique se trouve fournie d’une
irremplaçable courroie d’accélération pour la commercialisation de ses
médicaments. Qu’ils soient dangereux ou non, voire mortels, est secondaire.
Le commerce avant tout ! Comme méthode de recherche médicale,
la vivisection (on comprend par ce terme toutes les preuves létales ou
stressantes faites sur l’animal, même si elles ne sont pas cruentées) est
irremplaçable parce qu’elle donne d’habitude des réponses ambigües ou
vagues qui, de la sorte, peuvent être interprétées comme on veut, ce qui
est contraire à une méthode qui se veut scientifique. Somme toute, il
s’agit d’une affirmation autoritaire dont les seuls interprètes accrédités
sont les représentants de l’industrie pharmaceutique. C’est un fait très
grave en considérant que, dernièrement encore, un important fonctionnaire
de l’Organisation Mondiale de la Santé, Jonathan Quick, a déclaré
que Les multinationales de la Pharmaceutique sont la majeure force
politique et économique de notre société.
En fait ce sont elles, en collusion avec la politique, qui empêchent que
la vérité sur la prétendue recherche médicale soit généralement connue.
Cependant, une fois j’eus la grande chance d’y réussir lorsqu’en janvier
1976 parut en Italie chez l’empire éditorial Rizzoli (quotidiens, livres,
hebdomadaires, cinéma), mon premier livre qui n’était pas un roman
mais un essai, un exposé dans lequel je dévoilais les secrets défendus de
l’actuelle recherche médicale industrialisée qui, peut-être sans le vouloir
mais par incapacité et l’anxiété du gain, fabrique les nouvelles maladies
et empêche la guérison des anciennes : IMPERATRICE NUDA. Ce
fut une sensation éditoriale sans précédent qui retentit jusqu’à la presse

 étrangère et au Parlement italien, où il causa des interpellations en
pleine période électorale.
Mon coup de chance fut que, comme tous les hommes d’affaire
importants, le jeune Angelo Rizzoli qui venait de prendre en main les
rênes de la grande entreprise héritée de son grand-père, n’avait pas le
temps de lire des livres, étant trop occupé à étudier des chiffres. Mes
romans avaient du succès. L’un avait même été porté à l’écran avec Kirk
Douglas, un autre avec Anthony Quinn et Peter O’Toole. Il n’en fallait
pas plus pour établir la réputation d’un écrivain. Lorsque je proposai à
la Maison Rizzoli une nouveauté, IMPERATRICE NUDA, que je venais
d’écrire directement en italien, ma langue maternelle, la Maison accepta.
N’ayant pas lu le livre, Rizzoli ne se doutait pas — moi non plus
d’ailleurs — qu’en le publiant, il casserait les pieds de la multinationale
Montedison, une force politique en Italie, qui était sa principale créancière
et maintenait à flot sa vaste entreprise depuis qu’elle était en difficulté
financière.
Rizzoli dû faire amende immédiate. De ce fait, mon nouveau succès
ne fut qu’un feu de paille. Les volumes disparurent presque du jour au
lendemain de toutes les librairies, avec l’explication aux clients que
l’édition était épuisée et que la nouvelle viendrait de suite. Ce ne fut pas
le cas. J’habitais Rome à ce temps-là et je visitais tous les jours la grande
librairie Rizzoli du centre, un endroit mondain, et j’étais devenu ami
du directeur et des vendeurs. L’un d’eux me conduisit au sous-sol et me
montra les cartons d’Imperatrice nuda qui y avaient été relégués.
Finalement, je dû prendre un avocat pour rentrer dans les droits de
pouvoir republier moi-même le livre que j’avais écrit.
Ma version allemande du livre, publiée par l’éditeur Franz
Hirthammer de Munich (aucun éditeur suisse y aurait touché !), servit
de base à mon compatriote Franz Weber, fameux écologiste, pour lancer
avec moi un référendum pour l’abolition totale de la vivisection en
Suisse. Il y avait eu d’autres référendums contre la vivisection en Suisse,
qui est la citadelle de cette aberration, mais en en demandant seulement
la réduction pour des raisons de piétisme. Le nôtre, par contre, était le
premier référendum au monde qui demandait l’abolition totale pour
des raisons scientifiques et médicales, avalisées par des docteurs internationaux
de renom que j’avais collectionné au cours des années,
comme le chirurgien allemand le Dr Hartinger, le professeur italien
Croce, le professeur américain Mendelsohn. Aucun Suisse ! Ils auraient
risqué leur licence !

Ce fut Franz Weber lui-même qui me trouva un éditeur ami pour la
version française du livre, sans laquelle il ne pouvait lancer le référendum
: les excellentes Éditions Pierre Favre de Lausanne, fameuses pour
avoir édité entre autres grands titres aussi Terre des Hommes
d’Edmond Kaiser. Craignant que les Suisses ne comprennent pas
l’Impératrice nue, Favre la retitra Ces bêtes qu’on torture inutilement.
Le 8 juin 1980, dès que l’édition française fut enfin prête, Franz Weber
organisa une grande conférence de presse à Berne dans laquelle il
annonça sa nouvelle initiative.
Pendant cinq ans et demi, ce référendum fut âprement combattu par
la coalition des institutions helvétiques au grand complet : Parlement,
banques, corps médical, médias, journaux, partis politiques, tous, sans
exception. Quant à l’industrie chimique, la principale intéressée au
maintien du statu quo, elle paya dans le cours des cinq années des
dizaines de millions de francs suisses à une entreprise de relations
publiques pour nous combattre de toutes les manières et même
convaincre la population que la réussite du référendum obligerait la
plus grande industrie du pays à se transférer au Tiers Monde avec la
plupart de ses dépendants.
Puisque pour la première fois la controverse ne touchait pas les animaux
et la compassion mais la science et la médecine, ce fut aussi la
première fois que dans les débats publics on vit l’inanité des porte-paroles
de l’industrie chimique lorsqu’ils venaient confrontés par des
hommes de médecine non inféodés à la chimie ; des hommes libres,
venus de l’étranger. Pendant la dernière quinzaine précédant le vote, en
dépensant fleuves d’argent — qui à nous faisait défaut — nos ennemis
créèrent une véritable atmosphère terroriste en Suisse, tapissant les
journaux et les endroits stratégiques de certaines villes avec des affiches
criant par exemple : «Voulez-vous que vos fils tombent malades de
polio ? Alors votez OUI au référendum !»
Cela se passait au mois de novembre 1985, quand les auteurs de ce
dernier bonbon n’avaient pas encore été ridiculisés par Science, la prestigieuse
revue américaine qui, dans le numéro d’avril 1986, communiquait
dans un article de Daniel Jack Chasan intitulé «Le Paradoxe de la
Polio» : Un des deux vaccins anti-polio a été pour la plupart abandonné
aux Etats-Unis, l’autre est la cause principale de la maladie. Le vaccin
«vivant» (celui de Sabin) est actuellement le «vaccin de choix» aux
Etats-Unis. Il est aussi la cause principale de la polio. En 1982 et 1983,
d’après le Morbility and Mortality Weekly Record du Centre Fédéral
du contrôle de la maladie, il en était la seule cause.

Pour la disparité des moyens à disposition de nos nombreux ennemis
institutionnalisés (Parlement, banques, médias, journaux, partis politiques)
et le chantage économique exercé sans pudeur par notre industrie
chimique (menace d’expatrier) notre défaite était prévue comme
tout aussi écrasante que lors des référendums précédents. Mais le
monde entier fut surpris par le nombre de «OUI» obtenus dans notre
petit pays : presque la moitié de ce qu’avait su obtenir le mastodonte
pharmaceutique avec son armée de puissants.
Un petit titre dans un journal américain annonça ainsi l’issue du référendum
: «Le peuple suisse choisit de protéger ses emplois plutôt que
ses animaux».
Si le rédacteur en charge avait été mieux informé, il aurait dit : «Le
peuple suisse choisit de protéger les profits de la chimie plutôt que sa
propre santé».
En 1991, les Nouvelles Presses Internationales de Toulouse republièrent
la version française, la retitrant Expérimentation Animale : Honte
et échecs de la Médecine. C’est sous ce titre qu’elle existe en France
aujourd’hui.
En même temps qu’en Allemagne, IMPERATRICE NUDA sortait
aussi aux Etats-Unis au printemps 1978. Sa préparation a été tout un
programme, une odyssée qui dura un an et demi. En plus de 20 ans
d’engagement comme écrivain, je n’avais jamais encore reçu de tels
compliments et encouragements de la part d’un éditeur. Et c’était la
plus grande maison de livres de poche d’Amérique, Bantam Books. Le
23 novembre 1976, Roger F. Cooper, un des principaux rédacteurs de la
Maison, m’écrivait : Je suis ravi de prendre en charge la mise au point
de votre livre. Puisque c’est un livre controversé, nous vous prions
d’envisager la possibilité de venir nous voir à New York pour clarifier
certains points ou substancier certains passages avec notre avocat. Ci-joint
notre rapport légal avec une liste de questions. Jusqu’alors, je
veux simplement réitérer l’enthousiasme de nous tous ici chez Bantam
pour ce livre et notre confiance quant à la résolution facile des questions
légales.
Je séjournai trois semaines à New York comme invité de Bantam
Books dans un hôtel de Manhattan, le quartier où j’avais passé presque
huit ans de ma vie. Là se trouvent Rockefeller Center et réunies sur un
mouchoir la plupart des agences littéraires des Etats-Unis, la douzaine
des principaux éditeurs et la rédaction des organes nationaux majeurs
comme NewsWeek, Time & Life, New York Times.

Le premier problème à résoudre fut inattendu. Apparemment, assez
de vestiges du puritanisme d’antan subsistaient encore aux Etats-Unis
pour faire craindre au Conseil que le public pourrait objecter à la nudité
promise par le titre, surtout s’agissant d’une impératrice. On décida
de le retitrer Le Massacre des Innocents, auquel personne ne pouvait
objecter puisqu’il évoquait la Bible.
Tout le reste fut plus facile à résoudre. Deux après-midis passées
dans le bureau de l’avocat Florence Heather, qui était aussi membre du
Conseil de Bantam Books, et quelques visites aux rédactions dont l’avocat
voulait consulter les archives éditoriales, suffirent. Nous signâmes le
contrat fixant la date de publication au 2 avril 1978 en un premier tirage
de 200.000 exemplaires, ce qui est normal dans un pays où tout est
en grand, et je rentrai en Europe, anxieux de commencer mon nouvel
exposé qui est celui que vous êtes en train de lire à présent.
Je serai bref. Bantam Books n’avait pas écouté mon conseil de maintenir
la sortie du livre secrète jusqu’au dernier jour, au contraire.
Croyant bien faire, ils avaient distribué 3600 exemplaires à recenser
avec trois semaines d’avance sur la date de publication à autant de
science writers (rédacteurs scientifiques), pour lesquelles le sujet de
l’expérimentation animale est bien connu comme le plus strict tabou
éditorial. Résultat : encore pire qu’à Rome. Non seulement pas de
volumes dans les librairies, mais pas même une seule recension dans la
presse générale, qui pourtant n’avaient jamais ignoré tous mes autres
livres sortis en Amérique.
Une industrie peut-elle avoir un tel pouvoir sur les moyens d’information
? Deux vétérans des lettres et de la politique n’en doutent pas.
L’un est l’ex-agent secret anglais John Le Carré qui, avec L’espion qui
venait du froid a créé un genre littéraire. Dans son dernier roman, que
le Times de Londres anticipa à ses lecteurs en livraisons, c’est une multinationale
pharmaceutique, emblématique de toutes les autres, qui
cette fois joue le rôle du méchant.
Le Carré dit : «Ils mentent sur tout, sur n’importe quoi. C’est
incroyable comme les moyens d’information ne s’opposent pas aux
corporations. Même s’il y a un motif. Les directeurs risquent leur poste
et les éditeurs risquent de se faire des ennemis». Évidemment, c’est un
risque que Le Carré, tout en ayant atteint l’âge de 72 ans, la célébrité et
la richesse, ne veut pas courir. Il écrit : «Je ne puis révéler les noms des
compagnies, autrement nous finirions tous au tribunal».

L’autre vétéran des lettres et de la politique est le non moins célèbre
Jean Ziegler (La Suisse au dessus de tous les soupçons), Professeur de
sociologie à l’Université de Genève et enfant terrible du Parlement suisse.
Le titre de son nouveau livre dit presque tout : Les Seigneurs du
Crime. Selon lui, depuis une vingtaine d’années, les sociétés démocratiques
qui vivent sur notre continent sont menacées par de nouvelles et
redoutables mafias qui tirent parti de l’effondrement du communisme,
de la déréliction de certains États, de la globalisation financière et de la
mondialisation du libéralisme. Ces nouveaux parrains avancent masqués,
vivent dans l’ombre, nul ne connaît leurs visages ou leurs noms
véritables.
Sortant de cultures profondément diverses, Le Carré et Ziegler semblent
partager avec un nombre croissant d’individus pensants la même
préoccupation, que le crime organisé soit en train de s’emparer des institutions
et que dans certains pays il y soit déjà parvenu. La globalisation
dont on parle tant, inclurait-elle la globalisation du crime ? Ce qui
confirmerait l’ancien dicton selon lequel «pour que le Mal triomphe, il
suffit que les Bons ne fassent rien». Évidemment, le monde est trop
plein de Bons.
Me rendant compte qu’il ne serait facile dans aucun pays de trouver
un éditeur pour un livre comme IMPERATRICE NUDA, je le proposai
avant tout à ceux qui avaient publié avec succès mes romans. Ils étaient
parmi les plus importants du pays. En Allemagne, c’était Rowohlt,
Ullstein, Tauchnitz, Fischer. En Angleterre, Collins, Hutchinson, New
English Library. En France, Albin Michel, Laffont, Calman-Lévy. Tous,
je dis bien tous, le rejetèrent sans aucune considération (…). De même
que les éditeurs moins importants auxquels je le proposai par la suite.
C’est pourquoi mes lecteurs français ont dû attendre une vingtaine
d’années pour pouvoir lire ce nouvel ouvrage.

PREMIÈRE PARTIE

LE DOGME FALLACIEUX

«LE LEGISLATEUR»

suite…

https://mega.co.nz/#!qdVAyT7Y!zCEWXH9ucpxtZ3vsLTo37sB_lCwGSfTyln9AXhmH2F4

Diplomatie


 
Auteur : Kissinger Henry
Ouvrage : Diplomatie
Année : 1994

traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-France de Paloméra

Le nouvel ordre mondial
Il semblerait qu’à chaque siècle surgisse, avec une régularité qui ferait croire
à une loi de la nature, un pays ayant la puissance, la volonté et l’élan intellectuel
et moral nécessaires pour modeler le système international conformément
à ses valeurs propres. Au XVIIe siècle, la France de Richelieu introduisit la
conception moderne des relations internationales, fondée sur l’État-nation
et déterminée par la recherche de l’intérêt national comme but ultime. Au
XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne définit la notion d’équilibre des forces qui
domina la diplomatie européenne pendant les deux siècles suivants. Au
XIXe siècle, l’Autriche de Metternich reconstruisit le Concert européen et
l’Allemagne de Bismarck le démantela, transformant la diplomatie européenne
en un jeu impitoyable de politique de puissance.
Au Xxe siècle, aucun pays n’a exercé d’influence aussi décisive et, en
même temps, aussi ambivalente que les États-Unis. Aucune société n’a
dénoncé avec plus de vigueur le caractère inadmissible de l’ingérence dans
les affaires intérieures des États, ni affirmé avec plus de passion la nature
universelle de ses valeurs. Aucune nation n’a montré plus de pragmatisme
dans la conduite ordinaire de sa diplomatie ni plus d’idéologie dans la poursuite
de ses convictions morales historiques. Aucun pays n’a jamais autant
hésité à se lancer dans des entreprises lointaines, alors même qu’il nouait des

alliances et prenait des engagements d’une portée et d’une ampleur sans précédent.
Les particularismes que l’Amérique s’est assignés tout au long de son histoire
ont déterminé chez elle deux attitudes contradictoires en matière de politique
étrangère. Elle sert au mieux ses valeurs en perfectionnant la démocratie
sur son territoire, se posant ainsi en phare pour le reste de l’humanité; mais
ses valeurs lui imposent l’obligation de mener des croisades dans le monde
entier. Prise entre la nostalgie d’un passé marqué par l’innocence et le désir
d’un futur parfait, la pensée américaine a oscillé entre l’isolationnisme et l’engagement,
encore que les réalités de l’interdépendance aient joué un rôle prédominant
depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Les deux écoles de pensée – l’Amérique phare du monde et l’Amérique
menant croisade – aspirent à un ordre international fondé sur la démocratie, la
liberté du commerce et le droit international. Comme aucun système de cette
nature n’a encore existé, les autres sociétés voient dans cette aspiration sinon
de la naïveté, du moins une utopie. Pourtant, le scepticisme de l’étranger n’a
jamais terni l’idéalisme de Woodrow Wilson, de Franklin Roosevelt ou de
Ronald Reagan, ni à vrai dire d’aucun président américain du XXe siècle. Il
aura tout au plus renforcé le credo américain: on peut triompher de l’histoire,
et le monde, s’il veut vraiment la paix, doit appliquer les prescriptions morales
de l’Amérique.
Les deux écoles de pensée résultent de l’expérience américaine. Bien
d’autres républiques ont existé, mais aucune n’a été instituée en vue de réaliser
l’idée de liberté. La population d’aucun autre pays n’a décidé de partir à la
conquête d’un nouveau continent et d’en dompter les espaces inexplorés au
nom de la liberté et de la prospérité pour tous. C’est ainsi que les deux
approches, isolationniste et missionnaire, si contradictoires en surface, reposent
sur une même conviction: les États-Unis possèdent le meilleur système de
gouvernement au monde, et le reste de l’humanité peut parvenir à la paix et à
la prospérité en renonçant à la diplomatie traditionnelle et en vénérant,
comme l’Amérique, le droit international et la démocratie.
L’odyssée américaine dans les eaux de la politique internationale aura marqué
le triomphe de la foi sur les réalités de l’expérience. Depuis le jour où elle
est entrée dans l’arène de la politique mondiale en 1917, l’Amérique a exercé
une influence si prépondérante et a été si convaincue du bien-fondé de ses
idéaux que les grands accords internationaux du siècle ont incarné ses valeurs de
la Société des Nations et du pacte Briand-Kellogg à la charte des Nations
unies et à l’acte final d’Helsinki. L’effondrement du communisme soviétique a
ensuite pleinement justifié la pertinence des idéaux américains sur le plan
intellectuel et contraint paradoxalement l’Amérique à se confronter à un
monde qu’elle avait tenté de fuir tout au long de son histoire. Dans l’ordre
international qui se met en place, le nationalisme a pleinement droit de cité.
Dans l’histoire, les nations ont recherché la satisfaction de leur intérêt égoïste
plus souvent que l’application de leurs nobles principes, et se sont posées en
rivales plus souvent qu’elles n’ont coopéré. Rien n’indique que ce comportement

séculaire ait changé, aucun indice n’annonce sur ce point de transformation
notable dans les prochaines décennies.
Ce qui est nouveau, en revanche, dans ce nouvel ordre planétaire, c’est que,
pour la première fois, les États-Unis ne peuvent ni prendre leurs distances avec
le monde ni le dominer. L’Amérique ne peut modifier l’idée qu’elle s’est forgée
de son rôle au cours de son histoire, et ne doit pas davantage le souhaiter.
Lorsqu’elle est entrée dans l’arène internationale, elle était jeune et robuste,
elle avait le pouvoir de conformer l’univers à sa vision des relations internationales.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, les États-Unis étaient
si puissants (il y eut une période où près de 35 % de la production économique
mondiale était américaine) qu’ils semblaient appelés à modeler le monde selon
leur goût.
John F. Kennedy affirmait avec confiance en 1961 que l’Amérique était
assez forte pour «payer n’importe quel prix, assumer n’importe quel fardeau»
afin d’assurer le triomphe de la liberté. Trente ans plus tard, les États-Unis ne
se trouvent guère en position d’exiger la réalisation immédiate de tous leurs
désirs. D’autres pays ont acquis le statut de «grande puissance ». Les États-Unis
doivent tenter aujourd’hui d’atteindre leurs buts par paliers successifs,
chacun d’entre eux constituant une sorte d’amalgame des valeurs américaines
et des nécessités géopolitiques. Une de ces nécessités nouvelles est qu’un
monde comprenant plusieurs États de force comparable doit fonder son ordre
sur une notion quelconque d’équilibre – une idée avec laquelle les États-Unis
ont toujours été en délicatesse.
Lorsque la réflexion américaine sur la politique étrangère et les traditions de
la diplomatie européenne se sont retrouvées face à face à la conférence de la
paix de Paris en 1919, la différence de leurs histoires est apparue en pleine
lumière. Les dirigeants européens voulaient conforter le système existant en
recourant aux méthodes habituelles; les conciliateurs américains estimaient que
la Grande Guerre était le résultat non pas de conflits géopolitiques insolubles,
mais de pratiques européennes imparfaites. Dans ses célèbres «quatorze
points», Woodrow Wilson déclara aux Européens que l’ordre international
devait se fonder désormais non plus sur l’équilibre des forces, mais sur le droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes, que leur sécurité devait dépendre non plus
d’alliances militaires, mais de la sécurité collective, et que leur diplomatie ne
devait plus être conduite en secret par des spécialistes, mais sur la base
d’« accords ouverts, conclus ouvertement ». De toute évidence, Wilson venait
moins débattre de la fin de la guerre ou restaurer l’ancien ordre international
que refondre la diplomatie qui se pratiquait depuis près de trois siècles.
Depuis qu’ils réfléchissent à la politique étrangère, les Américains imputent
en effet les douleurs de l’Europe à l’équilibre des forces. Et depuis le jour où
l’Europe s’est intéressée pour la première fois à la politique américaine, ses
dirigeants ont vu d’un mauvais oeil la mission réformatrice dont s’investissait
l’Amérique. Chaque camp s’est comporté comme si l’autre avait eu le libre
choix de sa façon de conduire la diplomatie et aurait pu opter, en se montrant
plus avisé ou moins belliqueux, pour une autre méthode, plus agréable.

En réalité, les deux approches, américaine et européenne, en matière de
politique étrangère résultaient de leurs situations respectives, complètement
différentes. Les Américains habitaient un continent presque vide, protégé des
puissances prédatrices par deux océans, et avec des pays faibles pour voisins.
N’ayant en face d’elle aucune puissance à laquelle faire contrepoids, l’Amérique
aurait difficilement pu se soucier de problèmes d’équilibre, même si ses
dirigeants avaient été pris du curieux désir de reproduire le modèle européen
au milieu d’une population qui avait tourné le dos à l’Europe.
Les dilemmes de sécurité angoissants dans lesquels se débattaient les
nations européennes épargnèrent l’Amérique pendant près d’un siècle et demi.
Lorsqu’elle en fit l’expérience, elle participa à deux reprises à des guerres
mondiales que les nations européennes avaient elles-mêmes déclenchées.
Chaque fois qu’elle entra dans le conflit, l’équilibre des forces ne fonctionnait
déjà plus, d’où ce paradoxe: cet équilibre, que la plupart des Américains traitaient
avec mépris, garantissait la sécurité américaine tant qu’il fonctionnait
sous sa forme initiale; et c’est sa rupture qui attirait l’Amérique dans la politique
internationale.
Ce n’est pas en raison d’une tendance innée à se quereller ou par amour de
l’intrigue que les nations européennes choisirent l’équilibre des forces pour
régler leurs relations. Si la place faite en Amérique à la démocratie et au droit
international découlait d’un sentiment de sécurité exceptionnel, la diplomatie
européenne s’était forgée à l’école des coups durs.
L’Europe fut jetée dans la politique d’équilibre des forces quand sa première
option, le rêve médiéval d’un empire universel, s’effondra et qu’une
quantité d’États plus ou moins forts naquit des cendres de cette aspiration
séculaire. Lorsque des États ainsi constitués sont obligés de traiter ensemble, il
n’y a que deux possibilités: ou bien l’un d’entre eux devient si fort qu’il
domine tous les autres et crée un empire, ou bien aucun n’est suffisamment
puissant pour y parvenir. Dans ce dernier cas, les prétentions du membre le
plus agressif de la communauté internationale sont tenues en échec par l’action
conjuguée des autres; autrement dit, par un équilibre des forces.
Ce système ne prétendait pas éviter les crises ni même les guerres. Dans de
bonnes conditions de fonctionnement, il servait à limiter et la capacité des
États à dominer les autres et l’ampleur des conflits. Il visait moins à la paix
qu’à la stabilité et à la modération. Par définition, un tel mécanisme ne peut
satisfaire entièrement tous les membres du système international; il fonctionne
avec le maximum d’efficacité lorsqu’il maintient ce degré d’insatisfaction en
deçà du seuil où la partie chagrinée voudra renverser l’ordre international.
Les théoriciens de l’équilibre des forces donnent souvent à penser que
ce système est la forme naturelle des relations internationales. En réalité,
ce mécanisme a rarement été mis en place dans l’histoire des hommes. Le
continent américain n’en a jamais fait l’expérience, pas plus que le territoire
de la Chine contemporaine depuis la fin de la période des Royaumes combattants,
il y a plus de deux mille ans. Pour la majeure partie de l’humanité, et
durant les plus longues périodes de l’histoire, l’empire a été le modèle type de

gouvernement. Les empires n’ont aucun intérêt à opérer au sein d’un système
international : ils aspirent à être eux-mêmes le système international. Les
empires n’ont que faire d’un équilibre des forces. C’est ainsi que les États-Unis
ont mené leur politique étrangère dans les Amériques, et la Chine pendant la
plus grande partie de son histoire en Asie.
En Occident, les cités-États de la Grèce antique et de l’Italie de la Renaissance,
ainsi que le système étatique européen qui sortit de la paix de Westphalie
en 1648, constituent les seuls exemples de systèmes d’équilibre des forces
actifs. La caractéristique de ces systèmes fut de transformer une réalité de fait –
l’existence de plusieurs États de force essentiellement égale – en principe
directeur de l’ordre mondial.
Sur le plan intellectuel, le principe d’équilibre des forces exprimait les
convictions profondes de tous les grands penseurs politiques du siècle des
Lumières. Pour eux, l’univers, y compris la sphère politique, était réglé par des
principes rationnels qui s’équilibraient. Les actions apparemment aléatoires
d’individus dotés de raison tendaient, prises ensemble, vers le bien de tous,
bien qu’il fût difficile de vérifier cette proposition au cours du siècle traversé
de conflits presque continuels qui suivit la guerre de Trente Ans.
Adam Smith affirmait dans La Richesse des nations qu’une «main invisible
» distillait le bien-être économique général à partir d’actions économiques
égoïstes. Dans Le Fédéraliste, Madison soutenait que, dans une
république suffisamment importante, les diverses «factions» politiques poursuivant
égoïstement leurs propres intérêts mettaient en place, par une sorte
de mécanisme automatique, une harmonie intérieure adéquate. La notion de
séparation des pouvoirs et de «freins et contrepoids», formulée par Montesquieu
et incarnée par la Constitution américaine, traduisait la même opinion.
La séparation des pouvoirs ne visait pas à instaurer un gouvernement harmonieux,
mais à éviter le despotisme; chaque branche de l’État, en quête de son
propre intérêt, refrénait les excès et servait, ce faisant, le bien commun. Les
mêmes principes s’appliquaient à la politique internationale. En poursuivant
ses intérêts égoïstes, chaque État contribuait au progrès, comme si quelque
main invisible assurait que la liberté de choix de chacun garantissait le bienêtre
pour tous.
Pendant plus d’un siècle, les résultats parurent répondre à ces attentes.
Après les bouleversements causés par la Révolution française et les guerres
napoléoniennes, les dirigeants européens rétablirent l’équilibre des forces au
congrès de Vienne en 1815 et cherchèrent dans la morale et le droit des éléments
susceptibles de tempérer l’exercice brutal de la force. À la fin du
XIXe siècle, toutefois, les mécanismes de l’équilibre des forces européen revinrent
aux principes de la politique de puissance, et dans un contexte infiniment
plus implacable. L’intimidation de l’adversaire devint la règle en diplomatie,
entraînant une succession d’épreuves de force. Finalement, une crise surgit en
1914 face à laquelle personne ne voulut faire marche arrière. L’Europe ne
retrouva jamais pleinement son leadership mondial après la catastrophe de la
Première Guerre mondiale. Les États-Unis apparurent alors comme les

maîtres du jeu, mais Woodrow Wilson fit rapidement comprendre que son
pays refuserait d’appliquer les règles européennes.
À aucun moment de son histoire l’Amérique n’a été partie prenante d’un
système d’équilibre des forces. Avant les deux guerres mondiales, elle bénéficiait
de son fonctionnement sans être impliquée dans ses manoeuvres et en
s’offrant le luxe de le sanctionner à volonté. Pendant la guerre froide, elle se
trouva impliquée dans une lutte idéologique, politique et stratégique avec
l’Union soviétique, le monde bipolaire d’alors étant régi par des principes
tout à fait différents de ceux de l’équilibre des forces. Dans un monde ainsi
partagé, il est impossible de prétendre que le conflit conduit au bien commun ;
tout gain pour un camp est une perte pour l’autre. La prouesse de l’Amérique
consista en fait à remporter la victoire sans guerre, une victoire qui l’oblige
aujourd’hui à affronter le dilemme que George Bernard Shaw évoquait en ces
termes : «Il y a deux tragédies dans la vie. L’une est de perdre le désir.
L’autre est de l’acquérir.»
Les dirigeants américains ont toujours considéré leurs valeurs comme allant
de soi, au point de rarement comprendre ce qu’elles peuvent avoir de révolutionnaire
et de perturbant pour autrui. Aucune autre société n’a affirmé que
les principes de l’éthique s’appliquaient à la conduite internationale comme ils
réglaient la conduite individuelle – notion diamétralement opposée à la raison
d’État de Richelieu. L’Amérique a soutenu que la prévention de la guerre
représentait un enjeu tant juridique que diplomatique, et qu’elle s’opposait
non pas au changement en soi mais à la méthode qui produirait ce changement,
en particulier l’emploi de la force. Un Bismarck ou un Disraeli auraient
tourné en ridicule l’idée que la politique étrangère traitait moins du fond que
de la méthode, à supposer qu’ils l’aient comprise. Aucune nation ne s’est
jamais imposé les exigences morales que l’Amérique s’est assignées. Et aucun
pays ne s’est autant torturé en songeant au décalage entre ses valeurs morales,
absolues par définition, et l’imperfection inhérente aux situations concrètes
auxquelles elles doivent s’appliquer.
Pendant la guerre froide, l’approche américaine en matière de politique
étrangère, unique en son genre, se révéla remarquablement appropriée au défi
qu’il fallait relever. Le conflit idéologique était très profond, et un seul pays, les
États-Unis, détenait l’arsenal complet des moyens – politiques, économiques et
militaires – permettant d’organiser la défense du monde non communiste. Une
nation placée dans une telle position est en mesure d’imposer son point de vue
et peut souvent tourner la difficulté à laquelle se heurtent les hommes d’État
des sociétés moins favorisées. Les moyens dont ceux-ci disposent les contraignent
en effet à poursuivre des buts moins ambitieux que leurs espoirs, et le
contexte dans lequel ils oeuvrent les oblige à progresser par étapes.
Dans le monde de la guerre froide, les composantes traditionnelles de la
puissance se sont différenciées. L’ex-Union soviétique était ainsi une superpuissance
militaire en même temps qu’un nain économique. Inversement, un
pays comme le Japon était un géant économique mais une puissance militaire
absolument négligeable.

Dans le monde de l’après-guerre froide, les diverses composantes – militaires,
politiques, économiques – vont vraisemblablement être mieux proportionnées
et plus symétriques. La puissance militaire relative des États-Unis
diminuera progressivement. L’absence d’adversaire clairement identifié
engendrera une pression intérieure qui incitera à affecter les ressources de la
défense à d’autres priorités -le mouvement s’est déjà amorcé. Lorsque chaque
pays aura sa propre perception des menaces, autrement dit lorsque toute idée
d’adversaire unique aura disparu, les sociétés qui s’étaient réfugiées sous l’aile
protectrice de l’Amérique se sentiront tenues d’assumer une plus grande part
de leur sécurité. Ainsi, le fonctionnement du nouveau système international
s’orientera vers un point d’équilibre, y compris dans le domaine militaire, bien
qu’il faille peut-être plusieurs décennies avant d’en arriver là. Ces tendances
deviendront encore plus prononcées en économie, où la prépondérance américaine
a déjà amorcé son déclin et où il est moins dangereux désormais de
défier les États-Unis.
Une contradiction apparente marquera l’ordre international du XXle siècle,
avec d’une part la fragmentation, de l’autre une mondialisation croissante. Au
niveau des relations entre États, le nouvel ordre ressemblera davantage au système
étatique des XVIIIe et XIXe siècles qu’aux schémas rigides de la guerre
froide. Il comprendra au moins six grandes puissances – les États-Unis, l’Europe,
la Chine, le Japon, la Russie et probablement l’Inde – et une multiplicité
de pays de petite et moyenne dimension. En même temps, les relations internationales
affichent pour la première fois de l’histoire un caractère vraiment mondial.
Les communications sont instantanées, l’économie opère simultanément
sur tous les continents. On a vu surgir toute une série de questions qui ne peuvent
être traitées qu’à l’échelle de la planète, comme la prolifération nucléaire,
l’environnement, l’explosion démographique et l’interdépendance économique.
L’Amérique, en cherchant à concilier les valeurs dissemblables et les expériences
historiques fort diversifiées des pays d’importance comparable à la
sienne, s’engagera sur des terres inexplorées et définira une politique qui se
démarquera fondamentalement de l’isolement du siècle dernier ou de l’hégémonie
de facto qu’elle a exercée pendant la guerre froide – une démarche que
cet ouvrage se propose d’éclairer. Les autres grands protagonistes se heurteront
eux aussi à des difficultés pour s’adapter à l’ordre mondial qui s’ébauche.
L’Europe, la seule partie du monde moderne à n’avoir jamais connu de
structure politique unifiée, inventa les concepts d’État-nation, de souveraineté
et d’équilibre des forces. Ces idées ont dominé les affaires internationales pendant
près de trois siècles. Mais aucun de ceux qui pratiquaient la raison d’État
naguère n’est assez fort aujourd’hui pour être le maître d’oeuvre de l’ordre
international en voie d’édification. Ces États tentent de compenser cette faiblesse
relative en créant une Europe unifiée, et cette tâche absorbe beaucoup
de leur énergie. Mais même s’ils devaient réussir, ils ne disposeraient pas pour
autant d’un principe directeur susceptible de régler le comportement d’une
Europe unifiée sur la scène mondiale, pour la bonne raison qu’une telle entité
politique, on l’a dit, n’a encore jamais existé.

Tout au long de son histoire, la Russie a représenté un cas particulier. Elle
est arrivée tard sur la scène européenne – bien après que la France et la
Grande-Bretagne se furent unifiées – et aucun des principes classiques de la
diplomatie européenne ne semblait s’appliquer à elle. Limitrophe de trois
sphères culturelles différentes – l’Europe, l’Asie et le monde musulman -, la
Russie comprenait des populations relevant des unes et des autres, et ne fut
donc jamais un État national au sens européen. Changeant constamment de
forme à mesure que ses dirigeants annexaient des territoires contigus, la Russie
constituait un empire d’une taille sans équivalent en Europe. De plus, à chaque
nouvelle conquête, l’État changeait de caractère en incorporant un autre
groupe ethnique non russe, neuf et turbulent. Ce qui explique, entre autres,
que la Russie se soit sentie obligée d’entretenir d’énormes armées, d’une
importance disproportionnée par rapport aux menaces réelles.
Partagée entre un sentiment d’insécurité obsessionnel et un prosélytisme
actif, entre les exigences de l’Europe et les tentations de l’Asie, l’Empire russe
joua toujours un rôle dans l’équilibre européen, mais n’en fit jamais partie du
point de vue psychologique. Les exigences de la conquête et celles de la sécurité
finirent par se confondre dans l’esprit de ses dirigeants. Depuis le congrès de
Vienne, l’Empire russe a déployé ses forces militaires sur un sol étranger plus
souvent qu’aucune autre grande puissance. Les analystes attribuent volontiers
l’expansionnisme russe à un sentiment d’insécurité. Mais les auteurs russes ont
beaucoup plus souvent justifié cet irrésistible mouvement vers l’avant par une
sorte de vocation messianique. La Russie en marche montrait rarement qu’elle
avait le sens des limites; contrariée dans ses projets, elle se repliait sur elle-même,
ruminant sa vengeance tout en boudant le monde. Pendant presque
toute son histoire, la Russie a été une cause en quête d’opportunité.
La Russie postcommuniste occupe aujourd’hui des frontières inédites.
Comme l’Europe, elle va devoir consacrer une grande part de son énergie à
redéfinir son identité. Voudra-t-elle rétablir l’empire perdu? Déplacera-t-elle
son centre de gravité vers l’est pour participer plus activement à la diplomatie
asiatique? Quels principes et méthodes guideront ses réactions aux bouleversements
survenant à ses frontières, en particulier dans l’imprévisible Moyen-Orient?
La Russie restera toujours une composante essentielle de l’ordre
mondial, mais aussi, dans l’effervescence qui accompagnera inévitablement la
réponse à ces interrogations, une menace en puissance pour cet ordre.
La Chine se voit, elle aussi, confrontée à un ordre mondial nouveau pour
elle. Pendant deux millénaires, l’Empire chinois a unifié son propre univers
sous un gouvernement impérial unique. Cette autorité a parfois vacillé, certes.
La Chine n’a pas connu moins de guerres que l’Europe. Mais comme elles
opposaient en général des prétendants au pouvoir impérial, il s’agissait plus
souvent de guerres civiles que de conflits internationaux, qui, tôt ou tard,
conduisaient invariablement à l’apparition d’un nouveau pouvoir central.
Avant le XIXe siècle, la Chine n’avait jamais eu de voisin capable de contester
sa prépondérance, ni jamais imaginé qu’un État puisse se constituer. Des
conquérants venus de l’étranger renversaient ses dynasties, pour être ensuite

absorbés dans sa culture, au point qu’ils perpétuaient les traditions de l’empire
du Milieu. Le concept d’égalité souveraine des États n’existait pas en
Chine; les étrangers étaient considérés comme des barbares dont on n’attendait
que l’hommage – c’est à ce titre que le premier envoyé britannique à
Pékin fut reçu au XVIIIe siècle. Le pays ne s’abaissait pas à dépêcher des ambassadeurs
à l’étranger, mais consentait à utiliser les barbares des contrées lointaines
pour assujettir ceux qui étaient plus proches d’elle. Toutefois, il
s’agissait d’une stratégie de crise, non d’un système permanent comme l’équilibre
des forces européen, et il ne produisit pas ce personnel diplomatique qui
caractérisa l’Europe. Après avoir été assujettie au colonialisme européen
humiliant du XIXe siècle, la Chine n’est reparue que depuis la Seconde Guerre
mondiale dans le concert des nations, un monde multipolaire sans précédent
dans ses annales.
Le Japon s’était coupé lui aussi de tout contact avec le monde extérieur.
Pendant cinq siècles, avant d’être ouvert de force par le commodore Matthew
Perry en 1854, le Japon ne daignait même pas dresser les barbares les uns
contre les autres ni imposer la déférence comme les Chinois. Hermétiquement
clos au monde extérieur, il tirait fierté de l’originalité de ses moeurs, souscrivait
à sa tradition militaire par la guerre civile et fondait sa structure interne sur la
conviction que sa culture inégalée resterait imperméable aux influences de
l’étranger, supérieure à ces influences, et que, loin de les absorber, elle finirait
par en triompher.
Pendant la guerre froide, tandis que l’Union soviétique représentait la principale
menace pour sa sécurité, le Japon fut en mesure de calquer sa politique
étrangère sur celle de l’Amérique, dont plusieurs milliers de kilomètres le
séparaient. Le nouvel ordre mondial contraindra sans nul doute un pays si fier
de son passé à revoir sa politique d’allié unique. Le Japon deviendra nécessairement
plus sensible à l’équilibre des forces asiatiques que ne peut l’être
l’Amérique, dans une autre partie du monde, regardant dans trois directions outre-
Atlantique, outre-Pacifique, et vers l’Amérique du Sud. La Chine, la
Corée et l’Asie du Sud-Est prendront pour le Japon une tout autre importance
que pour l’Amérique et l’inciteront à mener une politique étrangère plus autonome
et autosuffisante.
Quant à l’Inde, qui apparaît aujourd’hui comme la grande puissance de
l’Asie du Sud, sa politique étrangère reste à de nombreux égards l’ultime vestige
de l’impérialisme européen à son apogée, étoffé par les traditions d’une
culture ancienne. Avant l’arrivée des Britanniques, le sous-continent n’avait
plus été gouverné sous la forme d’une entité politique unique depuis des millénaires.
Le colonisateur opéra avec des forces militaires peu nombreuses, car la
population locale le considéra au début comme un nouveau conquérant, autrement
dit vit dans la colonisation le simple remplacement d’un groupe par un
autre. Mais après avoir établi son gouvernement unifié, l’Empire britannique
fut sapé par les valeurs mêmes qu’il avait importées en Inde: le gouvernement
populaire et le nationalisme culturel. Or, en tant qu’État-nation, l’Inde est une
nouvelle venue. Absorbé par ses difficultés à nourrir sa vaste population, le

pays s’est rangé superficiellement dans le camp des non-alignés pendant la
guerre froide. Mais il lui reste encore à assumer un rôle à la mesure de sa
dimension sur la scène politique internationale.
Ainsi donc, aucun des pays les plus importants appelés à construire un nouvel
ordre mondial n’a l’expérience de l’organisation multi-étatique qu’on voit
s’ébaucher. Jamais encore un ordre mondial n’a dû s’instaurer à partir de tant
de perspectives différentes, ni sur une telle échelle. Aucun ordre antérieur n’a
eu à agir sous les yeux d’une opinion démocratique mondiale et dans un
contexte caractérisé par une explosion technologique de cette ampleur.
Avec le recul du temps, tous les systèmes internationaux semblent voués à
la symétrie. Une fois qu’ils sont en place, on imagine mal que d’autres choix
aient pu exister. Lorsqu’il s’instaure, l’ordre international dispose parfois de
toute une palette d’options. Mais chacune restreint le champ des possibles. La
complexité empêchant la souplesse, les choix initiaux se révèlent particulièrement
cruciaux. La stabilité relative d’un ordre international, par exemple de
celui qui sortit du congrès de Vienne, ou sa grande versatilité, celle par
exemple de ceux qui découlèrent de la paix de Westphalie et du traité de Versailles,
dépendent de la mesure dans laquelle ils concilient les éléments donnant
aux sociétés-parties un sentiment de sécurité et ce qu’elles estiment juste.
Les deux ordres internationaux qui connurent la plus grande stabilité – celui
du congrès de Vienne et celui que les États-Unis dominèrent après la Seconde
Guerre mondiale – disposaient d’un atout : une certaine manière de voir les
choses. Les hommes d’État réunis à Vienne étaient des aristocrates qui considéraient
les mêmes éléments comme intangibles et s’accordaient sur les principes
de base; les dirigeants américains qui donnèrent sa forme au monde de
l’après-guerre étaient issus d’une tradition intellectuelle d’une extraordinaire
cohésion et vitalité.
L’ordre qui se dessine aujourd’hui devra être édifié par des hommes d’État
issus de cultures infiniment différentes. Ils dirigent d’énormes bureaucraties,
d’une telle complexité que ces mêmes hommes d’État usent souvent plus
d’énergie à servir la machine administrative qu’à définir un objectif. Ils parviennent
aux plus hauts échelons de l’État par des qualités propres qui ne sont
pas nécessairement celles qu’il faut pour gouverner. Et le seul modèle disponible
de système multi-étatique est celui qui a été construit par les sociétés occidentales,
que beaucoup de participants sont susceptibles de rejeter.
Or la grandeur et la décadence des ordres antérieurs fondés sur un grand
nombre d’États – de la paix de Westphalie à notre époque – sont les seuls précédents
auxquels on puisse se référer pour tenter de comprendre les défis que
doivent relever les hommes d’État contemporains. L’étude de l’histoire ne
fournit aucun principe d’action automatiquement applicable; l’histoire instruit
par analogie, éclairant les conséquences probables de situations comparables.
Mais chaque génération doit discerner à son tour ce qui est comparable et ce
qui ne l’est pas.
Les intellectuels analysent le fonctionnement des ordres internationaux,
les hommes d’État les bâtissent. Et il existe une grande différence entre la

perspective d’un analyste et celle d’un homme d’État. L’analyste peut choisir
le problème qu’il souhaite étudier, alors que les problèmes que doit résoudre
l’homme d’État lui sont imposés. L’analyste est maître du temps qu’il lui faut
pour parvenir à une conclusion nette; l’homme d’État est soumis en permanence
à une course contre la montre. L’analyste ne court aucun risque. Si ses
conclusions se révèlent fausses, il aura toujours la possibilité d’écrire un autre
traité. L’homme d’État n’a droit qu’à une seule réponse, ses erreurs sont irrattrapables.
L’analyste a tous les éléments en main, on le jugera sur sa puissance
intellectuelle. L’homme d’État doit agir à partir d’estimations impossibles à
vérifier au moment où il les formule; l’histoire le jugera sur la perspicacité avec
laquelle il aura géré le changement inévitable et, surtout, réussi à préserver la
paix. Aussi l’examen des solutions inventées par les hommes d’État pour
régler l’ordre international- ce qui a marché ou échoué, et pourquoi – n’est-il
pas un point final, mais peut-être le début de la compréhension de la diplomatie
contemporaine.

La charnière .
Theodore Roosevelt ou Woodrow Wilson

suite…

https://mega.co.nz/#!3NtSma6B!U8y21__4EXSCCHlLHBwwo3aHlPH8sfyNOrbDvggijfY

L’ORIGINE DU PEUPLE BERBERE ET DE SA LANGUE


Introduction

La langue berbère est l’une des plus anciennes langues de l’humanité. Elle est, actuellement, parlée par les autochtones de ‘Afrique du Nord. M. Henn thole, diplômé de l’institut d’Ethnologie et de l’Ecole d’Anthropologie de l’université de Paris, écrit dans Son livre Les Touaregs du Hoqgar:

Malgré les invasions puniques, romaines, vandales, byzantines (ajoutons arabes), la langue libyenne ne semble pas avoir été altérée par las influences étrangères et n’a fait que retenir de chacune quelques termes qu’elle a adoptés. Dans Sa forme moderne. c’est-à-dire berbère. elle est encore parlée dans les oasis égyptiennes de Siouah et d’Augilia. à Sokna dans le Djebel Nefouza, à Djerba, dans l’Aurès, en Petite Kabylie, aux environs de Lalla Marnia. dans de nombreuses tribus au Maroc, en particulier chez les Chleuhs, dans certaines villes sahariennes comme Ghadamès. Glot, Ouargla, au MZab, dans quelques oasis de la Saoura et, enfin, chez les Touaregs.

Les habitants de toutes ces contrées citées par M Henri Lhote, sont les descendants de ce peuple berbère qui, dès l’époque de la formation des premières sociétés humaines, occupa la partie du Nord de l’Afrique qui s’étend de la Mer Rouge aux îles Atlantiques et du Niger à la Méditerranée.

De récentes découvertes anthropologiques nous permettent maintenant de mieux expliquer l’origine et la provenance du peuple berbère. A la lumière de ces découvertes, il semble que ce peuple pourrait être considéré comme la souche d’où se seraient détachés les rameaux humains qui forment, actuellement, les diverses races blanches du Globe. Des anthropologistes éminents s’accordent, en effet, pour placer le berceau de humanité an Afrique. C’est ce qui ressort des travaux, notamment du Professeur Leakey au Kenya et au Tanganyika

M. Eugène Guernier, Professeur à l’institut d’Etude Politiques de l’université de Paris rapporte dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine les renseignements, qu’il a recueillis du Professeur Leakey lui-même, sur les conditions dans lesquelles il fit la découverte qui l’amena à considérer que l’Afrique a été le continent de l’apparition des premiers hommes. C’est, écrit-il, dans l’île Kusimu, prés de la rive orientale du lac Victoria, non loin de la ville de Kisamu, au bord d’une fracture de mille mètres de hauteur, que le Professeur Leakey a découvert la mâchoire inférieure d’un hominien, remontant à vingt millions d’années. L ‘être reconstitué, en fonction de cette mâchoire, a reçu le nom de Proconsul Africanus. Ce fossile représenterait le passage le plus typique d’un être non hominien à l’homme.

Par ailleurs, Rober et Marianne Cornevin écrivent dans leur Histoire de l’Afrique: ….que les plus récentes et spectaculaires découvertes de fossiles humains aient eu lieu en Afrique, n’a donc rien d’étonnant. L’Afrique représente vraiment, dans l’histoire de l’humanité, l’ancien continent par excellence, celui où ont vécu et lentement évolué les plus lointains ancêtres de l’homme. Toujours dans le même livre ils déclarent : Si l’intérêt de l’étude du Pleistocéne africain dépasse de beaucoup le cadre du continent lui-même, la période appelée Holocêne, qui débute autour de dix mille ans avant Jésus-Christ, présente également une valeur universelle du fait qu’elle aboutit au développement d’une civilisation raffinée dans la région géographiquement privilégiée de la vallée du NiL.

L’Histoire Egyptienne, en continuité directe avec la préhistoire, débute aux environs de 3200. Cette date marque aussi le commencement de l’histoire du monde. Poursuivant leur étude de l’évolution humaine, Robert et Marianne Cornevin ajoutent: C’est seulement à la fin du troisième Pluvial Gamblien qu’apparaît de façon certaine l’homo sapiens ou néanthropien, dernier maillon de la longue chaîne qui a conduit des australopithécidès aux néanderthaliens, en passant par les pithécan-thropidés.

EVOLUTION DES ESPECES: L’AFRICAIN CONFIRME DARWIN

Il faut souligner le trait que l’Afrique est le seul continent où tous les fossiles, correspondant aux divers stades d’évolution de l’humanité, ont été découverts et où la doctrine transformiste de Darwin, demeurée très longtemps très théorique pour l’espèce humaine, a pu être démontrée « sur pièces ». Elle occupe donc une situation privilégiée dans la connaissance des premiers âges du monde, Partant de ces données, il est permis de penser que la diversité raciale s’est produite au cours des siècles de la période Glaciaire. Au cours de leurs migrations à travers le monde, certains groupements humains, influencés par les conditions climatiques, par les modes de nutrition et d’activité, par l’angle de rayonnement solaire, se sont différenciés en race noire au coeur de l’Afrique, en race rouge dans les Amériques, en race jaune en Extrême-Orient et en race blanche dans l’hémisphère australe et en Afrique du Nord, régions assez tempérées pour ne pas avoir influencé la pigmentation de la peau. Les rameaux de race blanche de ces contrées semblent être à l’origine des diverses lignées blanches du Globe. Ceux de l’Hémisphère australe se seraient dispersés dans les contrées de l’Océan Indien et de l’Australie, alors que ceux du Nord de l’Afrique se seraient dirigés, les uns vers le Nord-Est jusqu’au Népal, les autres au Nord-Ouest jusqu’aux pays scandinaves. Au cours des millénaires, des brassages se seraient produits entre ces tronçons primaires les métissages entre Noirs et Blancs auraient produit la famille sémitique. Le rameau du Nord-Est, Indo-Iranien, par métissage avec la race jaune, aurait été à l’origine de la famille mongolique.

Il est donc possible d’affirmer que l’Afrique fut non seulement le centre de l’apparition de l’homme, mais aussi son centre d’évolution et de dispersion. Citons à ce sujet une communication que le Professeur Sud-Africain C.Van Riet Lowe, directeur de l’Archeological Survey à (‘Université du Witwatersrand à Johannesburg, a adressée, le 3 juillet 1950, à « l’Association Sud-Africaine pour l’Avancement des Sciences », tenant ce jour-là séance à Salisbury, Rhodésie du Sud M. Van Riet Lowe s’exprime en ces termes :

Comme préhistorien, je vois l’homme se développant lentement depuis son origine, un climat uniforme recouvrant l’Afrique, jusqu’à ce que, après un grand nombre de millénaires et beaucoup de vicissitudes, il gagne l’Europe du Nord, l’Asie à l’Est et le Cap au Sud, voici plus d’un million d’années. (..) Pendant des centaines de milliers d’années qui s’écoulaient entre l’apparition de l’homme en Afrique et son occupation d’une partie de l’Europe du Nord et de l’Asie de l’Est, l’Afrique se maintint comme le plus grand et le plus important théâtre sur lequel se jouait le drame de l’évolution humaine. J’avance cette prétention sans hésitation.

Précisons que cette communication du Professeur C, Van Riet Lawe a été rapportée par M. Eugêne Guernier dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine, qui affirme lui-même dans ce même livre:

Les doutes ne sont plus permis. L ‘Afrique, en l’état actuel de la science, peut être considérée, non seulement comme le berceau de l’homme et de sa conscience, mais encore comme l’atelier où » l’homo Faber» a fait les premiers outils dont il a diffusé l’usage à travers l’Europe et l’Eurasie, C’est aussi en Afrique que devaient naître plus tard « l’homo artifex » et « l’homo sapiens’.

Ces affirmations de savants anthropologistes, dont on ne peut nier l’autorité en ce domaine, nous permettent de déduire, en toute logique, que les premières formations sociales se sont constituées au Nord de l’Afrique, ainsi que les premiers moyens d’expression.

LES BERBERES A L’ORIGINE DES RACES BLANCHES?

M. Eugène Guernier, toujours dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine, parlant de cette expression de la pensée, écrit :

Peut étre l’Africain, ayant vécu pendant des millénaires dans la béatitude d’une conscience naissant au cœur d’une société encore dans l’enfance de son grégarisme, s’est-il contenté de formes d’expression plus archaïques, mais schématiques jusqu’au jour, beaucoup plus près de nous, où il utilisera, comme parfois en Afrique du Sud, des signes vocatifs, tandis que, plus tard, l’Egyptien usera de signes idéographiques comme les hiéroglyphes et que le Berbère inventera, lui aussi un certain nombre de signes vocatifs dits « Tifinar ».

Il apparaît donc, en s’appuyant sur toutes ces données, scientifiquement établies, que. le groupement humain, établi en priorité au Nord de l’Afrique, est bien le tronc, Si l’on peut s’exprimer ainsi, de la généalogie humaine, d’où se seraient détachées les lignées blanches de l’Europe et de l’Asie.

LA PREMIERE LANGUE: LE BERBERE ?

La langue de ce groupement de base, parlée depuis les premiers balbutiements de ces peuples primitifs et grégaires, encore en usage actuellement chez les habitants des oasis égyptiennes et sahariennes, chez les Kabyles de l’Algérie, chez les montagnards du Maroc et chez les insulaires des îles Canaries, est la langue berbère. Il est indéniable que les plus anciens documents d’expression du langage, retrouvés dans le Nord de l’Afrique, qu’ils soient idéographiques comme les hiéroglyphes, ou consonantiques comme les « Tifinar », expriment des mots berbères. Citons en exemple certains hiéroglyphes, exprimant des mots berbères. compris de nos jours:

Ce mot signifie boire : il se prononce «swi», du verbe berbère «swa » de même signification.

Ce mot signifie femme et se prononce « ta metouTe », mot berbêre actuel pour désigner la femme. <extraits de la Grammaire élémentaire de Moyenne Egypte, par le Dr A. Du Buck>.

LA PREMIERE ECRITURE: LE TIFINAR?

De même, les tifinar expriment des mots berbères. M. Henri Lhote, dans son livre Les Touaregs du Hoggar, pariant des inscriptions de ti-finar, s’exprime en ces termes: Les plus anciennes comprennent des signes qui ne sont plus en usage et sont incompréhensibles pour les Touaregs. Elles commencent ordinairement par trois ou quatre points en ligne, suivis d’un rond, lequel est suivi de trois traits parallèles tracés longitudinalement par rapport au sens de l’inscription :

Elles l’ont localisées au « Tassili; au Ahaggar. dans l’Adrar des Iforas…

Il poursuit un peu plus loin : Les inscriptions d’époque moyenne ou intermédiaires comprennent des signes initiaux qui sont ordinairement un trait suivi de trois points en triangle:

et dont la signification est encore comprise des Touaregs. Ils veulent dire: « nek » ou ‘ouannek’; c’est-dire ‘ moi’…, il ajoute un peu plus loin: Les plus récentes inscriptions sont matérialisées par le début: ; forme évoluée de:

et qui a la même signification, suivi ordinairement d’un nom propre et de caractères:

« tenet »‘ = ayant dit, la dis – et exprimant ultérieurement une pensée ou un vœu. Il paraît donc hors de doute que les ‘tifinar’ sont bien un des moyens d’expression de la langue berbère et qu’ils doivent être vraisemblablement les premiers caractères humains exprimant par écrit la pensée de l’homme. Ces caractères très rudimentaires, sont tellement élémentaires et archaïques qu’ils ne peuvent dériver d’aucune autre forme d’écriture. Ils sont représentés par des signes géométriques :

qui ne rappellent aucun alphabet connu. Ils accompagnent bien souvent les gravures rupestres des temps les plus reculés. Ils se retrouvent, de nos jours, dans les poteries berbères et dans les tatouages. (Soulignons que le tatouage est une pratique spécifiquement berbère). Ces ti-finar, formés au cours des premiers âges de l’humanité consciente, datent certainement des mêmes époques que celles de la formation des hiéroglyphes que nous pouvons considérer comme les moyens d’expression pictographiques et idéographiques antérieurs à tous les autres.

Les plus anciens hiéroglyphes semblent remonter à quatre mille ans avant l’ère chrétienne, alors que l’écriture chinoise n’apparaît que vers trois mille ans avant Jésus-Christ et que les écritures pictographiques des Amériques (Mayas et Aztèques) datent du VIII siècle avant Jésus-Christ.

Les ti-finar apparaissent, associés aux hiéroglyphes dans des inscriptions de monuments et de statues égyptiennes les plus anciennes. Le plus suggestif à ce sujet est un groupe statuaire en schiste, découvert à Gizeh, actuellement au Musée du Caire, présentant le Mycerinus (IV eme dynastie) entre la déesse Hathor et la personnification du 17 eme nome de Haute Egypte (photo Oropeza) parue dans l’Histoire de l’Egypte ancienne par Jacques Pirenne.

Le texte gravé à la partie inférieure de cette statuette est constitué de signes hiéroglyphiques et de caractères, ressemblant aux ti-linar :

Il est donc permis de penser que ces premiers signes géométriques que sont les ti-finar ont servi de prototypes dans la formation ultérieure des alphabets qui se sont succédés (Egéens, Akkadien, Summérien, Phéniciens, Grec).
LE PREMIER ALPHABET:LE TIFINAR?
Le centre le plus ancien est celui de Crête où a régné le roi-prêtre Minos (d’où la dénomination « minoens »). Les villes datent d’avant -3000 d’après les données archéologiques. On y a retrouvé, gravés sur des blocs de pierre ou des vases en pierre, des sceaux, des écrits hiéroglyphiques qu’on date en deux stocks) l’un environ de -2900 à 2000, l’autre de -2000 à 1600. Parlant ensuite de l’alphabet consonantique des Sémites occidentaux, il déclare: Il est vraisemblable que l’origine du tracé des alphabets linéaires est pictographique ; des arguments sont donnés ci-après : pour le système, il apparaît partout alphabétique, c’est-à-dire que les caractères sont des lettres, représentant des sons simples et, par conséquence immédiate, étant en plus petit nombre (22 en phénicien) que les caractères égéens. Le stade phonographique intégral paraît avoir été réalisé sans passage par le stade idéographique ni par le stade syllabique du type décrit sous F (11 s’agit des écritures minoennes de Crête). Il faut indiquer que cette invention remarquable ne s’est produite qu’à une époque relativement tardive, où, du moins d’une manière générale, une progression intellectuelle notable s’était réalisée.

Elle se situe dans une région où l’on ne pouvait pas ignorer les éléments phonographiques des écritures incommodes égyptiennes et mésopotamienne et l’usage plus étendu de ces éléments dans les écritures égéennes.

A L’ORIGINE DU PIIENICIEN ET DU GREC : LE TIFINAR?

Cette innovation, qui a conduit à la formation des alphabets phénicien et grec, est tout simplement une évolution du prototype que sont les ti-finar. On ne peut s’empêcher, en examinant attentivement les lettres de ces deux alphabets, de constater qu’aussi bien les lettres phéniciennes que les lettres grecques ne sont que la transformation linéaire des ti-finar. Ces derniers, ainsi que les hiéroglyphes, s’ils formaient une écriture claire et détachée sur les monuments et inscriptions, donnaient dans l’usage courant une écriture compliquée de signes enchevêtrés les uns dans les autres au point de rendre le texte illisible. Cette écriture, dénommée démotique, fit place, dès le premier millénaire, dans les écrits sur papyrus, à une écriture en caractère grecs, permettant une lecture plus aisée.

LA PIERRE DE ROSETTE

Il n’est pas rare de rencontrer des inscriptions, portant les trois genres d’écri­ture. Ainsi, cette inscription faite sur la fameuse « Pierre de Rosette » dont parle Adolphe Erman, Professeur a l’université de Berlin, dans son livre L’Egypte des Pharaons: Cette pierre, écrit-il, porte une triple inscription en haut figurent quatorze lignes d’hiéroglyphes (et ti-finar), au milieu trente-deux lignes de signes curieux et en bas cinquante quatre lignes en langue grecque. Cette inscription grecque permet de reconnaître de quoi il s’agissait. En l’an 196 avant j-C, les prêtres de toute l’Egypte avaient tenu un concile a Memphis et avaient délibéré au sujet des honneurs que l’on devait porter au jeune roi Ptolémée Epiphane, en récompense de tout le bien qu’il avait fait au peuple aux temples, au clergé. On élèverait dans chaque temple une statue du roi à côté de laquelle serait placée une table, rapportant cette décision au clergé. Cette tablette, d’ailleurs, porterait le décret sous trois formes : la première en hiéroglyphes, comme il se devait pour les temples, une autre en langue vulgaire, appelée démotique, et la troisième dans la langue de la cour le grec.

ROSETTE

Rosette Rachid en arabe. Ville de Basse Egypte sur la branche occidentale du Nil. Elle fur fondée par les Arabes vers 870, prés de l’emplacement de l’ancienne Boblbitine.

Fragment de stète en basalte noir découvert

An 1799 pendant l’occupation française par le commandant d’artillerie Boussard, actuellement au Brtish Museum. Il est couvert de trois inscriptions : la première en caractères hiéroglyphiques, la seconde on caractères démotiques et la troisième en grec et datée de 193 av J-C. L’inscription hiéroglyphlque est tronquée. les deux autres

sont a peu prés intactes ; les trois ne sont que le texte, on trois écritures et en deux langues, d’un unique décret rendu par les pretres égyptiens en l’honneur de Ptolemée Epiphane. C’est grâce à la Pierre de Rosette que tes hiéroglyphes purent être déchiffres par Champollion (1831). L’inscription de Rosette a été publiée par Chabas (1867)

pour ta partie hiéroglyphique, et pour la partie demotique par Bruysch et par Révilloit. (Dictionnake laroussel

Cette évolution de l’écriture, depuis les hiéroglyphes, les ti-finar, jusqu’aux alphabets phénicien et grec, nous permet de constater que l’écriture berbère est une écriture antérieure aux autres. M. Eugêne Guernier, toujours dans son livre L’apport de l’Afrique à la pensée humaine, écrit: Nous nous trouvons en présence d’une telle continuité dans l’art dans l’espace et dans le temps, qu’on est on droit de se demander Si l’humanité ne possède pas là tous les éléments écrits, gravés, peints sur et dans la pierre d’une ou plusieurs civilisations artistiques, dont les effets se lisent dans l’art égyptien de l’Ancien Empire qui lui-même a évolué vers celui du Moyen et du Nouvel Empire, on donnant naissance à l’art grec, comme aussi dans l’art préhistorique des cavernes libyennes, espagnoles et françaises, dont on retrouve des traits dans notre propre Renaissance.

M. Marcel Cohen, Directeur d’Etudes à l’école des Hautes Etudes, dans son livre L’écriture, parlant de l’écriture idéographique et syllabique en Mésopotamie, écrit: Il n’est pas sûr que cette écriture soit née sur place ; elle a pu être apportée d’ailleurs, soit dans une migration, soit par emprunt à une civilisation encore antérieure et externe à la Mésopotamie. Cet apport extérieur ne pouvait être que berbère, car il ajoute un peu plus loin: On a retrouvé à Syblos plusieurs stèles et plaques de métal avec des inscriptions on caractères hiéroglyphiques rangés on lignes horizontales d’après les données archéologiques, elles pourraient remonter au moins au deuxième millénaire avant Jésus-Christ.

Le même auteur, dans le même livre, parlant de l’écriture hiéroglyphique et syllabique du bassin oriental de la Méditerranée et régions voisines, écrit: Dans le bassin oriental de la Méditerranée se sont développés des centres de civilisation restreinte. sensiblement contemporaine des centres égyptiens et mésopotamiens et au moins aussi avancés. La navigation et le commerce maritime ont dû y développer tôt les besoins d’écriture pour les messages, comptes et contrats.

DES RACINES BERBERES DANS LE GREC, LE LATIN ET LES LANGUES SEMITIQUES

Tous ces documents, dont l’authenticité est vérifiée, nous incitent à penser que la langue berbère, par son antériorité, est une langue mère. Ceci est confirmé par la présence simultanée de nombreux vocables de base berbère, dans des langues aussi diverses que les langues grecques, sémitiques et latines. Ainsi, sans citer des mots aussi répandus que: «ma»: mère – ou «mouTe » : mort , nous trouvons des vocables comme: 1-semme ce mot signifie en langue berbère le nom. Nous le trouvons avec le même sens dans la langue grecque sous le mot « semma » (qui a donné le mot sémantique en français) et, sous le vocable de «A-semmou » ou « achemou », dans les langues sémitiques. Louya : ce mot signifie en berbère paroles, discours. Il se retrouve avec le même sens dans le mot grec « logos » et dans le terme arabe « lougha ».

A-seguemme signifie en berbère le nombre, ou partie de…, ou fraction de… Ce mot se retrouve, dans la langue latine, sous le vocable « segma », signifiant segment et, en langue arabe, sous le mot « mesegueme » qui veut dire ‘ordonné’.

Ces quelques exemples, qu’il est possible de multiplier, suffisent à démontrer que la langue berbère n’est pas étrangère à la formation des langues du Moyen-Orient, et du Bassin Méditerranéen d’où sont issues les plus belles civilisations humaines.

Cette langue-mère se serait diluée peu à peu, au cours des siècles, jusqu’à disparaître des langues modernes. Elle est restée à peu près intacte chez les divers peuples berbères du Nord de l’Afrique, dont elle constitue l’ethnie.

REPARTITION DES BERBERES SELON HERODOTE

Les groupements berbères se sont diversifiés, dès les premiers temps, et ont pris la forme de vie, imposée par la nature des régions qu’ils ont occupées. Le grand historien grec Hérodote (qui a vécu entre 480 et 423 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire mille ans avant la naissance du Prophète Mohammed) parlant des Berbères, qu’il appelle Libyens, écrit : La Libye renferme beaucoup de nations différentes… Voici l’ordre dans lequel on trouve les peuples de la Libye:

A commencer depuis l’Egypte : les premiers qu’on rencontre sont les Adyrma­chides… Les Giligames touchent aux Adyrmachides… Immédiatement après Les Giligames, on trouve les Asbytes, du côté du couchant ; ils habitent le pays au dessus de Cyrène, mais ils ne s’etendent pas jusqu’à la mer… Les côtes maritimes sont occupées par les Cyrénéens… Les Auschises sont à l’occident des Asbytes, auxquels ils confinent ; ils habitent au dessus de Barce et s’étendent jusqu’à la mer près des Evesperides. Les Cabales (d’où vient le mot Kabyles) demeurent vers le milieu du pays des Auschises. Le pays des Auschises est borné à l’ouest par celui des Nasamons. Au-dessus de ces peuples, vers le midi, dans un pays rempli de bêtes féroces, sont les Garamantes. Ils ont pour voisins les Macés… Ceux-ci sont à l’ouest et le long de la mer … Les Gindanes touchent aux Macés… Les Lotophages habitent le rivage de la mer qui est devant le pays des Gindames… ; ils confinent le long de la mer aux Machyles… Immédiatement après les Machyles, on trouve les Auséens…. ; au-dessus, en avançant dans le milieu des terres, on rencontre la Libye sauvage au-delà de laquelle est une élévation sablonneuse qui s’étend, depuis Thèbes en Egypte, jusqu’aux Colonnes d’Hercule (Gibraltar). On trouve dans ce pays sablonneux… les Ammoniens… , après les Ammoniens… on rencontre une colline de sel avec de l’eau et des habitants aux environs… Le mont Atlas touche à cette colline… Les habitants de ce pays… se nomment Atlantes… à l’est du fleuve Triton. Les Libyens laboureurs touchent aux Auséens, ils ont des maisons et se nomment Maxyes3 . Les Libyens maxyes touchent aux Libyens Zauèces4 – les Gyzantes habitent immédiatement après les Zauèces… Tels sont les peuples de Libye.

Toutes ces nations berbères seront appelées plus tard, par les Romains, Numides et Mauritaniciens. Leurs descendants actuels sont les Kabyles de l’Algérie et les Berbères marocains.

Seuls de tous ces peuples berbères, les Egyptiens, favorisés par la vallée du Nil, ont pu former une unité nationale. Les autres groupements ont conservé jalousement leur liberté et sont restés indépendants les uns des autres. Ce manque de cohésion sera plus tard la cause de leur perte et de leur ruine.

EMPRUNTS GRECS AUX BERBERES

Quoi qu’il en soit, ces premiers groupements berbères ont vécu en société bien organisée et policée, suivant de près l’évolution égyptienne. Il ne reste aucun vestige de ces temps anciens. Un jour, peut-être, des fouilles très profondes ramèneront des documents qui nous éclaireront sur la vie de ces groupements. Il est pourtant des faits qui peuvent nous fixer sur l’état d’esprit et le mode de vie de ces populations. Hérodote, parlant de la société grecque, écrit :

Les Grecs ont emprunté des Libyennes l’habillement et l’égide <bouclier> des statues de Minerve, excepté que l’habit des Libyennes est de peau et que les franges de leurs égides ne sont pas des serpents, mais des bandes de cuir. Le reste de l’habillement est le même. Le nom de ce vêtement prouve que l’habit des statues de Minerve vient de Libye. Les femmes de ce pays portent, en effet, par dessus leurs habits, des peaux de chèvre, sans poils, garnies de franges et teintes en rouge. Les Grecs ont pris leurs égides de ces vêtements de peau de chèvre. Je crois aussi que les cris perçants qu’on entend dans les temples de cette déesse tirent leur origine de ce pays. C’est, en effet, un usage constant parmi les Libyennes et elles sont acquittent avec grâce. C ‘est aussi des Libyens que les Grecs ont appris à atteler quatre chevaux à leurs chars.

Dans un autre chapitre, parlant des Libyens nomades, il déclare :

Tout le pays, qui s’étend depuis l’Egypte jusqu’au lac Tritones, est habité par des Libyens nomades qui vivent de chair et de lait. Ils ne mangent point de vache, pas plus que les Egyptiens et ne se nourrissent point de porc. Les femmes de Cyrène ne se croient pas permises non plus de manger de la vache, par respect pour la déesse Isis, qu’on adore en Egypte. Elles jeûnent même et célèbrent des fêtes solennelles on son honneur. Les femmes de Barcé, non seulement ne mangent point de vache, mais elles s’abstiennent encore de manger de la chair de porc.

Ces groupements berbères étaient organisés en petits états, parfois des Cités-états ou des petits-royaumes indépendants. Il est à peu près certain que les royaumes maritimes berbères ont eu une civilisation et une activité sociale, économique et politique très grandes, contemporaines des civilisations « minoenne » et « mycénienne ». Plus tard, ils entretinrent des contacts et des relations commerciales suivis avec les Phéniciens (auxquels ils ont concédé des comptoirs pour favoriser leurs échanges : Lixus, Utique, Carthage), de même avec les Grecs et les Romains.

LES ROMAINS DETRUISENT LES BERRERES

Les malheurs de ces peuples berbères commencèrent après la destruction de Carthage par les Romains. Ces derniers, par la suite occupèrent l’Egypte, puis, après la prise du roi Jugurtha (ils eurent ce roi berbère par trahison) s’emparèrent de l’Afrique du Nord. Les Romains incendièrent, pillèrent, détruisirent et rasèrent les villes des Berbères. En Egypte, ils brûlèrent la bibliothèque d’Alexandrie qui renfermait des trésors intellectuels.

Une partie du peuple berbère se retira dans les montagnes, se replia sur elle-même, s’enkysta. C’est ainsi que disparut leur écriture et que, jusqu’à nos jours, elle est demeurée inexistante. Ceux qui ont succédé aux Romains n’ont rien fait pour le restaurer.

Les Vandales, qui remplacèrent les Romains au Ve siècle après J-C, n’ont pas favorisé la culture berbère. Bien au contraire, comme l’écrit le général Bremond dans son livre Berbères et Arabes : Les Vandales condamnaient à mort tout indigène convaincu de savoir lire et écrire, fût-ce simplement de savoir signer de son nom.
DES BERBERES DE GENIE…
Ce peuple dont les ancêtres ont bâti les pyramides et qui, tout au long des siècles, à travers toutes les civilisations qui se sont manifestées au Nord de l’Afrique. a donné à l’humanité des chefs militaires de génie, comme Hannibal, Juqurtha, Tarik ; des philosophes éminents comme Tertullien, Plotin, Saint Augustin, Iben Khaldoun, et, de nos jours, des techniciens de la valeur de Bou-Akouir des poètes comme Mohand O’Mehind ; des écrivains tels que Jean Amrouche, Ferahoun, Sahili, Amar Naroun, Lamek, Boussaoub ; des compositeurs comme Taweus Amrouche, Azzam, Mouloudji ; ce peuple ne peut demeurer un peuple mineur. Il faut qu’il reprenne ses destinées culturelles, développe sa civilisation et reconstitue sa grammaire. Pour cela, il doit sortir de sa stagnation, retrouver son écriture moyen d’expression indispensable, car, comme l’écrit M. Eugêne Guernier :

Tout peuple qui ne possède pas de langue écrite ne peut participer que de très loin à la course universelle de l’esprit humain.

GRAMMAIRES BERBERES
De nombreuses publications et essais grammaticaux ont été élaborés par des berbèrologues éminents. Ils ont accompli un travail considérable, de recherche et de synthèse, qui force l’admiration. Ces diverses grammaires se sont avérées trop compliquées, très difficilement intelligibles et manquent de clarté. Ces travaux ont abouti à donner le visage d’une langue berbère faussement apparentée à la langue arabe.

RACINES COMMUNES AU GREC ET AU BERBERE

La langue berbère est une langue originale : elle ne peut s’apparenter qu’à la langue grecque. Elles sont de même souche. Ce sont les deux seules langues possédant des articles analogues: O – A – To – Ta – communes. Ainsi « lumière », en langue grecque se dit « phaus » ; en berbère : « phate » (ta). De même, le mot « thalasso », en langue grecque, signifie « océan » en langue berbère, le mot « tala » signifie « source ». Le mot « amokrane », qui signifie « long », « grand », a la même racine que « makros » En grec de même signification. Nous pouvons ainsi multiplier les exemples.

Il n’est tout de même pas inutile de rappeler que la négation (ne… pas) est la même dans les deux langues (ou … ara). Pour toutes ces raisons, la grammaire que nous présentons est différente de toutes celles qui ont paru à ce jour.

Il était possible d’utiliser, comme caractère d’écriture, les lettres de l’alphabet grec ou de prendre un alphabet en « ti finar » que M. Khelifati, ce savant berbériste, a constitué d’une façon complète. Cependant, il nous a semblé que, tenant compte de l’époque où nous vivons, il nous fallait une écriture simple, pratique et moderne.

UN CHOIX : LA TRANSCRIPTION LATINE

Nous avons donc choisi les lettres de l’alphabet latin. En effet, actuellement, les langues (les sémitiques et les chinoises exceptées) de tous les peuples évolués du globe s’écrivent an caractères latins. Nous avons tout de même ajouté certaines lettres grecques pour exprimer certains phonèmes inexistants dans la langue latine. Nous avons également modifié la phonétique de certaines lettres latines.

Dans un but de simplification, nous n’avons pas cru nécessaire d’utiliser des signes d’accentuation. Dans le cas où les voyelles doivent être prononcées sur un ton particulier, nous le précisons par l’emploi d’une diphtongue. Ainsi : euleine pour eulène. Nous n’avons pas voulu attacher d’importance à la différence de prononciation d’une lettre par les Berbères de régions diverses. Ainsi, prononcer le mot porte : ta pourte ou : ta bourte ou : ta gourte ou : ta wourte, ne sont que des différences d’accentuation qui ne modifient nullement le sens du mot.

Enfin, dans un but de compréhension et de divulgation, chaque page écrite en berbère est traduite simultanément en langue française sur la page concomitante.

Cette grammaire n’est évidemment pas parfaite, mais il faut espérer qu’elle sera un point de départ et qu’elle contribuera à l’épanouissement de la culture berbère. C’est mon vœu le plus cher

LE ROYAUME BERBERE DE DJEDAR

En 534 après J-C. les Byzantins chassèrent les Vandales et les remplacèrent. Les Berbères étaient sur le point de reprendre leur culture. Rober et Marianne Cornevin, dans leur Histoire de l’Afrique nous apprennent : à la même époque (V et VII siècles), les Berbères de l’actuelle Oranie avaient fondé un royaume, malheureusement très mal connu, appelé « royaume des Djedar », du nom de la région de la Haute Mina au sud-ouest de Tiaret, où se dressent treize monuments funéraires en forme de pyramides dont l’un atteint quarante cinq mètres de haut. La dynastie des Djedar était berbère et chrétienne, et étendait, semble t-il, sa souveraineté depuis la Moulouya jusqu’ à l’Aurès.

Malheureusement, cela ne durera pas, car en 840 après J-C, les Arabes déferlèrent sur l’Afrique pour imposer leur religion. A ce sujet, ouvrons une parenthèse pour parler des religions en Afrique du Nord.

LES RELIGIONS BERBERES
Depuis les temps les plus reculés, les peuples berbères vouaient un culte aux forces de la nature. Ils avaient divinisé le ciel, le soleil, la lune, les plantes et les animaux. Cette croyance en plusieurs dieux (polythéiste) était soutenue par une morale, d’une extrême sagesse, dite « Doctrine de Ptahotep ».

Vers 2700 avant J-C et 370 avant Mohammed, apparut, pour la première fois, une croyance en un Dieu unique, fondée par l’Hébreu Abraham. Cette religion fut adoptée en Egypte par les familles juives qui étaient groupées en tribus, Au moment de « l’Exode », certaines de ces tribus, au lieu de se rendre en Palestine, allèrent vers la partie occidentale de l’Afrique du Nord et gagnèrent à leur croyance de nombreuses populations berbères.

L’avènement de Jésus-Christ (Aissa) fit connaître une nouvelle croyance en un Dieu unique. Cette religion fit de nombreux adeptes parmi les populations berbères du Nord Occidental de l’Afrique. (De nombreux martyrs chrétiens berbères périrent dans les arènes de Rome). Le Christianisme se développa rapidement parmi les populations berbères, prit un grand essor et dura jusqu’à l’arrivée des Arabes en 640 après J-C.

Les Arabes, après s’être emparés facilement de l’Egypte, déferlèrent vers l’ouest. Mais là, ils se heurtèrent à une opposition farouche. La résistance de Koceilah et celle de la Kahena restent célèbres et dignes d’admiration.

Le pays aux mains des Arabes, les Berbères durent s’islamiser et adopter la langue des envahisseurs. La culture berbère disparut et fut complètement oubliée par les générations qui suivirent, même quand elles formèrent des dynasties : les Almoravides et les Almahades.

LA LANGUE ARABO-BERBERE
De nos jours, les Egyptiens, les Cyrénéens et les Tunisiens sont presque complètement arabisés. Il n’en est pas de même pour les Algériens et les Marocains. En Algérie et au Maroc, la population musulmane est composée de Berbères purs et d’Arabo-Berbères. Ces derniers habitent généralement les villes. Ils parlent une langue, « l’arabe parlé », constituée par un mélange de mots arabes berbérisés et de mots berbères arabisés. Un très petit nombre de ces Arabo-Berbères comprennent et écrivent la véritable langue arabe.

La langue berbère est encore bien vivante. Elle est le langage de ce vieux peuple berbère qui s’est cantonné dans ses montagnes, en conservant sa langue, ses coutumes millénaires et son folklore.

2715086944_small_1.jpg

OGM : diversité des semences pour la sécurité alimentaire


http://www.lelibrepenseur.org/2014/04/06/ogm-diversite-des-semences-pour-la-securite-alimentaire-2/

 

L’étude russe qui prouve que les OGM stériliseront l’humanité au bout de 3 Générations

On soupçonnait déjà que la perte de la fertilité était au nombre des graves dégâts occasionnés, une étude récente va dans ce sens. Une étude qui, si elle n’est pas étouffée, pourrait avoir un grand impact sur les décisions à prendre à l’avenir! 

ogm-russie-actumagEn 2009, près de 3% des terres agricoles étaient couvertes d’OGM avec 134 millions d’hectares, selon l’ISAAA, qui, chaque année, fait état des cultures des plantes transgéniques dans le monde. Et le dossier des OGM alimentaires – dont de très nombreuses pages restent encore floues à ce jour – pourrait bien s’alourdir prochainement alors qu’une nouvelle pièce en provenance de Russie est sur le point d’y être ajoutée.

Celle-ci prend la forme d’une étude, dont les résultats les plus frappants viennent d’être présentés à la presse en Russie dans le cadre de l’ouverture dans ce pays des Journées de Défense contre les Risques Environnementaux. Elle est même évoquée par Jeffrey Smith, fondateur de l’Institute for Responsible Technology aux États-Unis et auteur de référence dans le monde des OGM avec notamment son ouvrage Seeds of Deception (littéralement «les semences de la tromperie») publié en 2003. Menée conjointement par l’Association Nationale pour la Sécurité Génétique et l’Institut de l’Écologie et de l’Évolution, cette étude russe a duré deux ans, avec pour cobayes des hamsters de race Campbell, une race qui possède un taux de reproduction élevé. Ainsi, le Dr Alexey Surov et son équipe ont nourri pendant deux ans et d’une manière classique les petits mammifères, à l’exception près que certains d’entre eux ont été plus ou moins nourris avec du soja OGM (importé régulièrement en Europe) résistant à un herbicide.Au départ, quatre groupes de cinq paires (mâles / femelles) ont été constitués: le premier a été nourri avec des aliments qui ne contenaient pas de soja, le second a, quant à lui, suivi un régime alimentaire qui comportait du soja conventionnel, le troisième a été alimenté avec en complément du soja OGM et enfin le quatrième groupe a eu des plateaux repas dans lesquels la part de soja transgénique était encore plus élevée que dans ceux du troisième.

A la fin de cette première phase, l’ensemble des quatre groupes a eu en tout 140 petits. L’étude s’est poursuivie dans une deuxième phase par la sélection de nouvelles paires issues de chacun de ces premiers groupes. Et, dans la logique du déroulement, les nouvelles paires de la deuxième génération ont, elles aussi, eux des petits, créant de fait la troisième et dernière génération de cobayes. Ainsi, il y a eu au final 52 naissances parmi les spécimens de troisième génération qui n’ont pas consommé du tout de soja, 78 parmi ceux qui ont consommé du soja conventionnel.

Mais le troisième groupe, celui qui a été nourri avec du soja OGM, n’a eu que 40 petits, dont 25% sont morts. Et, pire, dans le groupe qui a mangé le plus de soja génétiquement modifié, une seule femelle a réussi à donner naissance, soit 16 petits au total, dont 20% sont finalement morts.

Ainsi, à la troisième génération, les hamsters qui, pour les besoins de l’étude, ont eu, dans leur menu, une part importante de soja OGM, n’étaient plus capables de se reproduire…

Mais une autre surprise de taille a été observée: certains de ces hamsters issus de la troisième génération se sont retrouvés avec des poils … dans la bouche, un phénomène d’une extrême rareté.

Selon Jeffrey Smith, l’étude du Dr Surov et de son équipe pourrait bien «déraciner» une industrie qui vaut plusieurs milliards de dollars. L’affaire est donc à suivre, mais, quoi qu’il en soit, depuis l’introduction en 1996 dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire de produits agricoles transgéniques (issus de semences dans lesquelles y sont ajoutées un ou plusieurs gênes étrangers afin de conférer à la plante une propriété spécifique), les risques qui y sont liés restent encore très largement inconnus car très peu observés, faute d’études suffisamment longues et indépendantes, mais aussi à cause du refus des semenciers de publier leurs propres études (sauf sous la contrainte juridique) pour des raisons de stratégies industrielles et commerciales.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le principe de précaution, dans ce domaine, semble effectivement illusoire, alors que les incertitudes scientifiques qui demeurent devraient justement le mettre au cœur du processus d’évaluation. Et, d’ailleurs, l’on peut même supposer que cette absence de précaution large et de manque de transparence vis-à-vis du public nuisent par la même occasion aux OGM agricoles expérimentaux (de seconde génération) qui ne peuvent pas être évalués dans les meilleures conditions puisque ceux qui sont actuellement sur le marché ne l’ont été que partiellement (voir le proverbe de la «charrue avant les bœufs»…).

Car l’ennui, au fond, c’est que nous tous, les consommateurs, sommes au bout de cette chaîne alimentaire: alors finalement dans l’histoire, qui sont réellement les cobayes ?