Reese Erlich : «Trump va probablement provoquer une escalade dans diverses guerres» — Algérie Résistance


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via Reese Erlich : «Trump va probablement provoquer une escalade dans diverses guerres» — Algérie Résistance

Irak, la revanche de l’histoire De l’occupation étrangère à l’État islamique


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Auteur : Benraad Myriam
Ouvrage : Irak, la revanche de l’histoire De l’occupation étrangère à l’Etat islamique
Année : 2015

L’État islamique, ou Da’ech, apparaît aujourd’hui, dans les médias
et les représentations politiques, comme l’adversaire absolu de
I’Occident, celui qui multiplie attentats et actes de barbarie, qui met
le Moyen.Orient à feu et à sang et qu’il faut combattre à tout prix.
À l’origine de cet état de guerre perpétuelle et de ce chaos dans
lequel ont sombré les populations civiles, il y a, bien entendu,
l’intervention américaine du printemps 2003. qui fil des sunnites.
accusés d’avoir soutenu le régime de Saddam Hussein, des parias
dans le jeu politique irakien, et qui a laissé derrière elle un champ
de ruines.
Mais Il y a aussi. et c’est tout l’intérêt de cet ouvrage que de le
démontrer, le partage du Moyen-Orient par les puissances coloniales
britannique et française à la suite de la Première Guerre mondiale et
du démembrement de l’Empire ottoman c’est alors que furent créées
ex nihilo des frontières qui convenaient aux autorités mandataires
mais ne recouvraient aucune réalité historique.
Une fois ce constat dressé, et les responsabilités de chacun établies,
on comprend mieux les enjeux de l’effroyable désastre qui a frappé
la région, et dont aucune analyse, privée de celle perspective de
fond, ne permettrait de rendre compte.

Myriam Benraad est docteur en science politique de l’lnstitut d’éludes
politiques de Paris. spécialiste de l’Irak et du monde arabe. Elle est
chercheuse associée au Cemre d’éludes el de recherches intematio·
nales (CERI-Sciences Po) et à l’Institut de recherches et d’études sur
le monde arabe et musulman (IREMAM-CNRS).

Introduction
suite…

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Auteur : Benraad Myriam
Ouvrage : Irak de Babylone à l’état islamique Idées reçues sur une nation complexe
Année : 2015

Babylone, les Mille et Une Nuits, Saladin…

Histoire et légendes se confondent dans la Mésopotamie antique. Ce berceau de l’humanité a connu une série de ruptures violentes : dictature du Baas, guerre contre l’Iran, débâcle au Koweït en 1990, embargo dévastateur, occupation étrangère aussi meurtrière qu’imprévisible et plus récemment la barbarie de l’Etat islamique… Quiconque se penche sur le cas irakien, des spécialistes les plus chevronnés aux simples observateurs, rencontre la plus grande difficulté à comprendre les dynamiques sociales et politiques à l’oeuvre : défaite militaire américaine ? démocratie naissante ? retour à l’autoritarisme ? chaos jihadiste ?… Myriam Benraad, l’une des meilleurs spécialistes de l’Irak, analyse et éclaire les différentes facettes de ce pays que l’on connaît principalement au travers des clichés qui entourent son histoire et du prisme déformant des raccourcis médiatiques sur l’époque récente.

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“Oncle Sam a intensifié ses opérations en Afrique depuis un certain temps”


Vincent Emanuele. DR. English version here: Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Vous êtes un vétéran de la […]

via Vincent Emanuele : “Oncle Sam a intensifié ses opérations en Afrique depuis un certain temps” — Algérie Résistance

Centenaire des accords Sykes-Picot: Du renouvellement de la question d’Orient


madaniya.info

par

mai 20, 2016

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Du renouvellement de la Question d’Orient

«Il n’y a rien au monde de plus difficile à exécuter, ni de moins assuré de succès, ni de plus dangereux à administrer que le fait (…) d’introduire un nouveau système de choses (…).» Machiavel, Le Prince, Livre VII.

Le Proche/Moyen-Orient est coutumier des crises, certes, mais il vit depuis le tournant des années 1970/1980 une crise d’un genre nouveau dans la mesure où elle s’inscrit dans une reconfiguration, l’un dans l’autre, régionale et mondiale qualitativement différente de celle qui avait configuré la région et le monde aux lendemains des deux Guerres mondiales et l’exécution de l’Empire ottoman.

La crise ne date évidemment pas des révoltes arabes de 2011 qui n’en ont donné qu’une des plus spectaculaires «mise en évènement». On peut en déceler les premières traces au tournant de la décennie 1970, me semble-il. C’est en 1973 qu’on pourrait en repérer le premier indice -bien que resté longtemps méconnu-, lorsque les régimes arabes de l’époque, tous sunnites (ou d’«idéologie sunnite» comme la Syrie baathiste des Assad), signaient avec la Guerre d’octobre 1973 la dernière de leur guerre contre Israël et, dans la foulée, la faillite de leur hégémonie régionale, clef de voûte du système sykespicotien.

On peut en collationner les traces essaimées depuis les années 75 par les crises d’État à répétition qui ont emporté, avec les révoltes arabes de 2011, les États-Nations (sic) sykespicotiens de la post-colonisation (Libye, Syrie, Irak, Yémen), pendant que les autres (Bahreïn, Egypte, Tunisie, Jordanie, Liban) représentent des lieux de trouble où se manifeste l’impuissance de l’État-Nation à exercer sa souveraineté.

Les chiites et les Kurdes, les grands absents des accords Sykes-Picot.

En filigrane de cette faillite, on pourrait repérer un autre de ces indices, lorsque, en 1979, la révolution khomeyniste triomphante, lança la montée en puissance de l’Iran chiite à l’assaut de l’Orient sykespicotien et qu’il y émergea, comme acteur chiite qui en avait été exclu ab origine; Indice souligné en abyme par une autre émergence, celle des Kurdes, l’autre occulté du Grand partage sykespicotien.

Dans les interstices de cette dynamique nouvelle, on pourrait repérer un autre de ces indices: la proclamation califale de l’État islamique (2014) marquant ainsi la tentative des sunnites d’y faire retour, mais en ordre dispersé et antagonique puisque sous le sceau d’une profonde crise qui décime, dans son intimité, la pensée sunnite et plus particulièrement ses franges radicales, de tradition hanbalite (1).

Et enfin, dans l’écheveau de ces dynamiques multiples et contradictoires, le «facteur des facteurs», l’invasion étatsunienne de l’Irak en 2003, laquelle invasion devait saisir l’entièreté de la géopolitique du Pouvoir au Proche/Moyen-Orient, sa distribution et sa reconfiguration, et précipiter cette multitude de crises orientales dans une seule et même Crise.

La prolifération des indices en un laps de temps si court, même pas un demi-siècle, en indiquerait l’amplitude sans indiquer pourtant la trame qui les tisse. Car, de caractère systémique, la Crise s’est mutée en manière d’être caractéristique d’un système entré en régime de crise dans cet entre-deux qui va du «déjà mort» sykespicotien -mort, certes, mais toujours pas de sa belle mort- à «ce nouveau qui n’arrive toujours pas à advenir», ce qui pourrait expliquer de façon plausible ce chambardement – ou cette transfiguration aux dires de certains – qui échoit à la région. C’est bien pour cela d’ailleurs, que le titre de mon propos, s’intitule «le renouvellement» de la Question d’Orient plutôt que «recommencement»; dans «recommencement» on aura reconnu la répétition -comme ce fut le cas des crises régionales entre l’exécution de l’Empire et les années 1970/80- pendant que c’est l’idée de remplacement qui préside à «renouvellement» comme je pense être le cas de la Crise dont je parle.

Or donc, un Orient chasse l’autre. Et c’est comme si le ciel, le soleil, les éléments, les hommes avaient changé de mouvements, d’ordre et de puissance par rapport à ce qu’ils étaient.

Tout a changé, car «l’ordre… qui assigne aux choses différentes la place qui leur convient»(2) s’est effondré. Tout a changé! L’un dans l’autre, simultanément ou tout à la fois, le destin gépolitico-stratégique de la région; son centre de gravité qui s’est déplacé du Bassin Palestinien vers le Bassin du Golfe; la reconfiguration des «amis/ennemis» si brouillé que même Dieu ne reconnaitrait pas les siens; ses acteurs qui d’étatiques se trouvent désormais bousculés et submergés par une prolifération d’acteurs non-étatiques qui ont fait irruption sur les scènes et locales et régionale; la fluidité et la porosité des frontières remis en question, les règles du jeu et la nature des guerres et des conflits qui s’y déroulent. Tout! Vraiment tout. Comme il faudrait tout un ouvrage, et volumineux, pour venir à bout de ce «Tout» évoqué tout juste, je me contenterai, dans ce propos, de parler de la Crise elle-même, celle du système, qui me semble être l’indice des indices, c’est-à-dire celui de par lequel les autres indices font sens.

Le système Sykes-Picot en crise

Mais déchiffrer les mutations qui travaillent cet Orient second, prendre la mesure de ce qui s’y effondre ou advient, ne peut se faire, me semble-t-il, sans s’interroger sur ce que fut l’Orient ancien, sykespicotien, pour mieux s’interroger sur cet Orient second qui cherche à prendre sa place, dans un univers brouillé, d’autant qu’à la différence de la crise qui emporta l’Empire ottoman, celle qui se décline aujourd’hui, se décline dans un vide stratégique, pendant que le sort de la crise de l’Empire fut scellé par les Grandes puissances coloniales de l’époque (Royaume-Uni et France à l’issue de la Première Guerre mondiale), le nouvel Orient qui se fraie ne dispose d’aucune hégémonie extérieure susceptible de le contraindre à se stabiliser, ni d’aucune régionale pour l’heure capable de le faire.

Si donc c’est le tout du système sykespicotien qui est en crise, il est mis en crise cette fois-ci, non plus sur ses propres bases comme avant (exécution de l’Empire-1970/1980), quand il pouvait rebondir de ses crises pour se retrouver dans le système; mais sur des bases nouvelles, qui restent à définir et qui ne le seront qu’au terme de la démesurée lutte de pouvoir régionale/mondiale, faisant de sa reconfiguration l’un par excellence des champs de bataille directe ou par procuration des prochaines décennies.

La balkanisation du Monde arabe selon une vision britannique, un vague arabisme madré de hahémisme à la sauce sunnite

Pendant qu’elles exécutaient l’Empire ottoman, les Grandes puissances de l’époque, le Royaume-Uni surtout, se saisirent de ses Provinces arabes et les balkanisèrent.

Cela ne se fit pas à l’aveuglette mais selon une vue d’ensemble ordonnée, en maitre d’œuvre, par le Royaume-Uni: en externe, cette «vue britannique» fut ordonnée par la sécurité de la Route des Indes qui longeait, non loin, la Côte des Pirates; et en interne par un vague «arabisme» madré de hachémisme à la sauce sunnite. Car pour sécuriser la Côte des Pirates sur la Route des Indes, le Royaume-Uni a dû, dès le XVIIIe siècle, tisser des rapports assidus, continus et amicaux avec l’Empire ottoman et les roitelets de la Côte – tous sunnites et hachémites-arabistes- sécurisant sa Route en parfaite entente avec l’Empire comme maitre des lieux.

Aussi hérita-t-il tout naturellement des relais sunnites du Pouvoir de la Sublime Porte au moment de son exécution, les détournant à son profit et les réaménageant selon ses intérêts et la conjoncture c’est-à-dire des alliances et contre-alliances, des rapports de forces et de tous les ingrédients qui font une conjoncture.

Toujours est-il que le Royaume-Uni se retrouva à la tête d’un pouvoir sunnite qui s’étendait de l’Afrique (Egypte, Soudan) au Levant (au Liban où le Royaume-Uni a toujours joué, in fine, la carte sunnite), et évidemment au reste (Jordanie, Irak, Golfe), mais qui constituaient un «Arc britannique» plutôt qu’un «Arc sunnite». De tous les facteurs qui ont régi la «vue anglaise», le Grand partage et la transformation des Provinces arabes en États-Nations (sic), je retiendrai trois pour les besoins de mon propos:

  • La formation d’un ensemble flou (3) d’États-Nations arabes, qui n’avaient ni le pouvoir ni les moyens de l’être quand bien même dans un avenir lointain, car leur formation par les Grandes puissances, en faisaient, ab origine, des États géopolitiques (4) plutôt que des États nationaux. Quant à l’arabisme à la sauce britannique, il se trouva à «s’incarner» dans une Ligue des États arabes mort-née d’impuissance mais qui sacrifia quand même aux vœux unitaires des Arabes, mais surtout à la volonté franco-britannique de les fragmenter en États «indépendants» (sic), leur «indépendance» des uns des autres étant, à leurs yeux, plus précieuse que les États ainsi formés.
  • Le second trait retenu, c’est la domination sunnite sur l’Orient dès lors que tous ces États, du fait du bon vouloir britannique, étaient tenus par les Sunnites quand bien même ils seraient minoritaires comme en Irak ou au Bahreïn.

À ces facteurs endogènes s’est greffé en 1948 un facteur exogène, la création ex-nihilo de l’État d’Israël. Prenant la figure de l’«ennemi absolu» -du fait qu’il advenait aux autochtones de l’«ailleurs» du Monde d’ici-, il devait à ce titre reconfigurer la géopolitique guerrière de l’Orient de naguère, autour du foyer Palestinien, qui devint pour lors le centre de gravité de la politique régionale jusqu’au tournant des années 1970/1980 très précisément, avec pour conséquence de confiner le Bassin pétrolier du Golfe dans un rôle mineur.

Si cet Orient-là dans toute sa durée fut marqué par la montée en puissance de la qawmiyya ‘arabiyya, c’est bien, entre autres raisons, parce que la lutte contre Israël, surtout au sein du Bassin Palestinien, engendra une masse militante qui réussit à imaginairement subsumer, «l’espace d’un matin», ses particularismes en un sens identitaire partagé, une fraternité militante, la communion dans une même idéologie (quoique avec des distinguo) mais dont la finalité serait partout et toujours de renouer avec l’unité perdue.

Le tout coulé dans la rhétorique d’un discours qui trouvait auprès des Arabes une forte résonance. Aussi le conflit israélo-arabe occupa-t-il sans partage toute la scène de l’Orient ancien.

Non seulement la création de l’État d’Israël au cœur du Proche-Orient fut un puissant catalyseur du qawmi, non seulement en ennemi absolu il configura la géopolitique du Bassin Palestinien, mais cette configuration elle-même recoupait pour finir par s’y couler la géostratégie mondiale de l’époque qu’on pourrait faire aller de l’irruption orientale de l’URSS (~ 1955: Conférence de Bandoeng) à l’implosion de l’Empire soviétique (1990/91); géopolitique orientale et géostratégie mondiale toutes deux modelées selon une parfaite homologie qui désignaient, aux deux plans, les mêmes amis et les mêmes ennemis.

Les États du Bassin Palestinien (Egypte, Syrie, Irak, OLP/Liban) désignaient Israël comme ennemi géopolitique, les États-Unis comme ennemi géostratégique et l’URSS comme ami géostratégique; pendant que les États du Bassin du Golfe, s’ils désignaient Israël comme ennemi, c’était une simple désignation «verbale», du bout des lèvres, pendant qu’ils désignaient les États-Unis comme ami et comme ennemi l’URSS; ceux-là avaient tous, tous niveaux confondus, les mêmes amis et les mêmes ennemis que ceux-ci qui avaient tous, tous niveaux confondus, les mêmes amis et les mêmes ennemis. Heureuse époque où les choses étaient claires et les amis et les ennemis facilement reconnaissables!

Elle prit fin, mais pas encore de sa belle fin, lors de la Guerre d’Octobre 1973 qui marqua durablement la région. Deux traits remarquables de la fin de cette «époque heureuse» -qui continuent de toujours façonner la reconfiguration régionale- me semblent dignes d’intérêt.

D’une part la qawmiyya ‘arabiyya, comme «discours politique» des Sunnites -comme on le comprendra après-coup-, et discours sous couvert duquel les Sunnites (y compris les Alaouites de Damas qui, à l’époque dont je parle, «parlaient sunnite», c’est-à-dire qawmi), prirent le Pouvoir partout dans le Bassin Palestinien et alentour; la qawmiyya ‘arabiyya donc arrivait à son terme laissant derrière elle un vide que n’arriva pas à combler le wahhabisme pour le moins dans le Bassin Palestinien; l’autre trait retenu, c’est la Guerre du Pétrole qui, lancée dans la foulée de la Guerre d’Octobre 1973, déplaça le centre de gravité de l’Orient, du Bassin Palestinien vers le Bassin pétrolier du Golfe.

Ce changement de théâtre d’opérations qui se déplaçait des frontières de l’État d’Israël vers ses confins transforma également la nature de la guerre: le changement de théâtre d’opération, qui bascula du côté du Basin pétrolier du Golfe, eut pour effet de fluidifier l’ennemi de naguère, l’estompant sans l’annuler.

Que faire contre un ennemi lointain, aux confins de l’Orient: la guerre est irréaliste et irréalisable; il ne resta plus aux Arabes que de l’inscrire, désormais, dans les termes d’une stratégie déclarative et seulement. Aussi, de «guerre dénotative» qu’elle était jusqu’en 1973, certes est-elle toujours «guerre», mais «métaphorique», comme le fut, par exemple, la guerre économico-pétrolière conduite en 1973 par l’Arabie saoudite.

Conséquence géopolitique: la mort du discours qawmi et le déplacement du centre régional de gravité vers le Bassin pétrolier du Golfe sonnèrent le glas de la régionale hégémonie politique, idéologique et populaire du Bassin Palestinien qui orienta jusque-là la politique au Proche-Orient et idéologiquement tout l’Orient d’alors, les ordonnant à la Question palestinienne et à l’Unité arabe.

C’est la fin de toute une époque et le commencement d’une autre ou l’ennemi commun des Arabes, Israël, sans encore susciter des vocations de reconnaissance comme par la suite, n’occupera plus cette place unique d’ennemi qu’au plan discursif, voire politique et diplomatique mais plus jamais au plan militaire, sauf pour ceux qui refusaient de l’entendre ainsi et, refusant la métaphore, voulaient une guerre réelle, ceux-là même qui donneront naissance, par la suite, aux fameux acteurs non-étatiques (la Résistance palestinienne dès 1969, puis les Chiites: le Hezbollah du Liban, les milices chiites d’Irak et alentour, les Hûthis que les nouvelles lignes de fracture ont rapproché de l’Iran; tous bizarrement qualifiés de «terroristes».)

Mais rien ne fit pour refaire flamboyer le drapeau du Bassin Palestinien sur la région, l’épopée nassérienne était bien morte enterrant avec elle et la guerre conventionnelle des États arabes (sunnites) contre Israël et leur hégémonie.

Sykes-Picot subissait là, sa première forte secousse, dès lors que la ruine de la capacité hégémonique des Sunnites fit d l’Orient un espace vide de puissance. Et l’appel du vide, comme chacun sait, est une vieille habitude de l’Histoire et des Etats.

L’année 1979 initia une suite, à l’origine déréglée, de bouleversements systémiques de la scène orientale qui ont chambardé la stratégie des relations régionalo-internationales sans qu’elles trouvent à se stabiliser jusqu’à aujourd’hui; suite dérèglée certes, qui trouvera néanmoins à s’ordonner dans les dynamiques qui entamèrent toute la scène orientale selon des lignes de fracture – qui sont toujours aux fondements de la Crise.

L’Iran, à l’assaut du ciel oriental, seule puissance régionale dotée d’une «force de projection»

La première séquence de ces évènements systémiques fut la Révolution islamique de 1979, laquelle permit à une Puissance persane et chiite à tradition impériale et, pour le moins, à vocation de Grande puissance régionale, voire, unus inter pares, la seule, de se lancer à l’assaut du ciel oriental.

Passons sur les vicissitudes de sa politique étrangère, anecdotiques au regard de notre propos, il se trouve néanmoins que de 1979 à nos jours, l’Iran chiite, sacrifiant intelligemment à sa politique, a été la seule Puissance à avoir réussi à se doter des moyens de sa politique de Puissance -ce qui n’est le cas d’aucun État sunnite, sauf de la Turquie, dans l’absolu certes, mais il ne le semble pas en Orient-, moyens dont les plus importants me semblent au nombre de deux: la Wilâyat al-Faqîh5 et les acteurs non-étatiques (les Milices chiites armées), implantées dans toute sa zone d’influence.

Si le premier de ces moyens disposait l’Iran à se doter d’un Pouvoir central qui s’étend à/et s’exerce sur la majorité des Chiites disséminés à travers l’Orient -où il se présente et est largement perçu comme leur défenseur, entendre le défenseur des Chiites minoritaires dans les États sunnites, persécutés ici et là, marginalisés et laissés pour compte ailleurs.

Le second de ces moyens, l’irruption des acteurs non-étatiques, les Milices chiites, fit de l’Iran la seule puissance régionale dotée d’une «force de projection» à distance qui lui permet d’intervenir sur toutes les scènes régionales en crise de Pouvoir d’État (Liban, Syrie, Irak, Yémen Bahreïn), sans qu’il lui en coute en termes d’engagement militaire ou en rapports diplomatiques.

Aussi a-t-il réussi à faire entendre la voix chiite au travers de sa voix; l’un dans l’autre, c’est bien dans cette volonté de représenter les Chiites disséminés et la volonté de les réunir, pour ne pas dire les unifier, par-delà leurs différences (nationales, ethniques,…), que se justifie, au plan politique, la mise en place d’un Pouvoir centralisateur, la Wilâyet al-faqîh6 tombant juste à point?

Mais pour dure que fût son irruption sur la scène orientale, l’Iran ne comptait pas, je crois, chambouler l’architecture des États-Nationaux tel que léguée par le système sykespicotien; il voulait, comme pourraient le prouver ses discours mais aussi ses politiques au Liban, en Syrie avant les révoltes de 2011, en Irak ou au Yémen;

Il voulait alors «se glisser» dans ces États, s’y «faufiler», y créer des sphères d’influence, au prorata de la représentativité des Chiites qui y sont, voire un peu plus mais cette fois au prorata de la puissance régionale de l’Iran.

L’Iran un État pertubateur et non pourfendeur de l’ordre régional

Comme aurait pu dire l’amiral Castex, en termes de stratégie, l’Iran, serait «un perturbateur»(7) de ce système mourant plutôt que son pourfendeur; un perturbateur parce qu’il ne joue pas le jeu des Sunnites, dont le cadre de jeu a été établi par Sykes-Picot, lequel occulta les Chiites. Refusant de jouer son Grand Jeu oriental selon les règles jusque-là admises, l’Iran joua sa partition selon deux visées complémentaires: maintenir Sykes-Picot en l’état, et y prendre la part de pouvoir qui lui est dévolu (= dévolu aux Chiites).

Les choses changèrent après les «révoltes arabes» de 2011, quand la scène de l’Orient ancien fut irrémédiablement abolie, mais n’anticipons pas.

Cette première séquence non seulement confirma le déplacement du centre régional de gravité, mais en y introduisant l’acteur «chiite» en tant qu’acteur régional, elle y introduisait, de force, comme un retour du refoulé, un acteur non prévu à l’appel. Et ce qui devait arriver arriva: un bouleversement géopolitique de la scène orientale dans son entièreté. Un autre coin, de taille celui-là, s’enfonça dans l’ordre sykespicotien. Egalement bouleversé sera désormais la désignation de l’ennemi, lequel glisse du seul Israël vers un flou de désignation qui empêche de le révéler encore explicitement.

Car l’Iran, chiite et persane, en raison de son irruption sur une scène qui lui était jusque-là interdite, fut d’emblée perçu par son environnement géopolitique immédiat comme une menace tout à la fois diffuse, une épée de Damoclès en quelque sorte: menace-t-il leur existence par la subversion chiite de leur population qui oscille entre 10 et 30 dans toute la Péninsule mais ailleurs qu’au Bahreïn où ils constituent une forte majorité, ou encore en Irak, au Liban, au Yémen?

Menace diffuse, certes, mais explicite aussi par la poussée milicienne des acteurs non-étatiques (à cette époque, tous chiites) dans les terres du Proche-Orient (Syrie, Liban, Irak), chasse-gardée des Sunnites depuis les Omeyyades, aux commencements de l’Empire islamique.

Rejet et méfiance mutuels tracèrent les premiers pas d’un «état de guerre» comme dit Hobbes (8), fait de peur et de cette insécurité généralisée qu’induit la volonté réciproque d’en découdre, c’est une «intention de guerre» plutôt que la guerre proprement dite, certes, mais dès cette époque les signes avant-coureurs d’une guerre ouverte pour l’hégémonie de la région se dessinaient silencieusement.

La suite des évènements systémiques de cette première séquence (1980-88/Guerre Irak-Iran qui mit un terme provisoire à la montée en puissance de l’Iran; 1990/Invasion du Koweït par l’Irak et 1991/Contre-offensive étatsunienne de libération (sic) du Koweït; dans la foulée, irruption des Kurdes sur une large plage de la scène orientale; 1993-95/Accords d’Oslo et rétrécissement comme peau de chagrin de la question palestinienne qui de question systémique et politiquement centrale se retrouva réduite aux dimensions d’une des scènes du système, l’israélo-palestinienne, aux effets circonscrits à cette scène.

D’ailleurs, pour signifier la «disgrâce» de la Question palestinienne, on est passé du conflit «israélo-arabe» au conflit «israélo-palestinien»); or donc cette suite d’évènements systémiques qui a eu, pour l’essentiel, le Bassin du Golfe pour théâtre, n’a fait que confirmer, et tendanciellement et conjoncturellement, le déclassement du Bassin Palestinien et, par glissement métonymique, du conflit israélo-palestinien lui-même.

La seconde séquence commença en 2001-2003, lors de l’attaque «terroriste» du siècle (2001/Ben Laden) et les invasions par les États-Unis, sous prétexte de «Guerre contre le terrorisme», de l’Afghanistan et de l’Irak entre 2001 et 2003. Aux effets dévastateurs de la première séquence s’ajoutèrent, les amplifiant à leur paroxysme, les effets encore plus dévastateurs de cette seconde qui abîma le système qui ne s’en est plus remis.

Si l’Iran ne fut de ce système qu’un «perturbateur», il reviendra aux États-Unis, dans l’Irak conquis, d’en être le pourfendeur, si on l’entend dans son sens vieilli et littéraire, de ce qui contient l’idée d’abattre sans quartier, de «celui qui fend complètement, qui tue».

Avec l’invasion de l’Irak, Les États-Unis s’emparaient d’une forte sunnite de la région, à l’épicentre du Proche et du Moyen orient

En envahissant l’Irak, les États-Unis non seulement prenaient une place forte sunnite de la région, mais s’installaient à l’épicentre et de l’Orient. C’est que l’Irak a/avait ce privilège unique et singulier d’être à la charnière des deux Orients, et le seul de simultanément appartenir aux deux. Politiquement, de par son idéologie baathiste, son engagement qawmi, son socialisme, sa laïcité, du fait enfin qu’il se rangeait dans le camp des ennemis Israël qui était le camp mondial de l’URSS, il relevait du Proche-Orient, c’est-à-dire du Bassin Palestinien; mais en raison de son pétrole il relevait du Moyen-Orient, c’est-à-dire du Bassin pétrolier du Golfe. D’où son importance stratégique.

En le conquérant, les États-Unis conquéraient une pièce maitresse pour leur Grand Moyen-Orient, pensant qu’à l’occasion de ce désastre provoqué, ils pourraient se régionaliser sans s’orientaliser: s’impliquer directement dans les affaires de l’Irak en faire un allié sûr et obligé et l’intégrer dans un système impérial d’alliance mondiale et de domination régionale.

En fait ce fut une «stratégie de désastre»! C’est au cours de leur traversée sanglante que commença la descente aux enfers de l’Irak qui se retrouva converti en champ de ruines:

En interne, un pays pétrolier exsangue, sans État, sans les Appareils d’État (notamment sécuritaire: armée, services de sécurité,… tous dissolus par décret Bremer/ien) et pourtant nécessaires au maintien de l’ordre, de la stabilité et de la sécurité dans un pays en proie à un chaos généralisé, au pillage à grande échelle et où ses sociétés vivent soit en «état de guerre» soit se livrent carrément la guerre.

Toujours en interne mais cette fois-ci d’un interne qui déborde sur l’externe puisque le changement d’identité de l’Irak (d’État sunnite à État chiite) changeait l’ordre et les règles du Grand jeu sykespicotien lui-même, au détriment des Sunnites qui prirent la chose comme une défaite. Kaput l’ordre sykespicotien qui n’a pas sombré du fait de la proclamation de l’État califal (sic) et transfrontalier d’al-Baghdâdi, mais bel et bien par l’invasion étatsunienne: les bouleversements qu’elle entraina entamèrent définitivement l’ancien ordre géopolitique, de bout en bout de l’Orient.

Enchâssée comme une poupée russe dans le désastre étatsunien, la troisième séquence prit fin selon deux modes antagoniques: le premier, selon un mode géopolitique dès lors que l’élimination, par les États-Unis, des deux leaders sunnites (l’afghan et l’irakien) capables de tenir tête à l’Iran chiite créa comme un appel de vide auquel l’Iran, déjà prête, s’empressa de répondre. Se saisissant de cette opportunité que lui offrait l’Histoire à travers la politique étatsunienne, elle se lança dans sa seconde montée en puissance régionale; montée facilitée par le fait que l’Irak, désormais État chiite, lui ouvrait une voie royale d’accès à l’Orient, mais cette fois étatique et non plus seulement milicienne.

Le Sunnisme au Pouvoir dans la Péninsule ressentit ce renversement de l’ordre étatique comme une perte irréparable qui ne fit qu’alimenter son ressentiment (séculaire, voire millénaire, notamment de la part des salafistes) à l’encontre des Chiites, et tout particulièrement de l’Iran chiite et persan; le second selon le mode du djihâd qui connut sous l’occupation et de son fait, un essor remarquable, mais surtout, les jihadistes s’aguerrissant, s’émancipèrent, tuèrent le «Père» (Ben Laden) et formèrent la seconde génération de jihadistes… qui donnera les milices sunnites de l’organisation de l’État islamique quelque dix ans plus tard (2003… -2013/14).

Ainsi, la contre-offensive sunnite pour faire revenir le refoulé en refoulant l’ennemi, ne vint pas, dans un premier temps, des États sunnites de la Péninsule qui ne surent, durant toute une période, comment réagir et réagissaient en cacophonie; pendant que cette riposte vint de la part des jihadistes de la seconde génération, qui lui donnèrent un tour milicien, sanglant et sauvage.

La riposte sunnite avec le Roi salmane

suite… centenaire-des-accords-sykes-picot-du-renouvellement-de-la-question-d-orient

 

L’hégémonisme américain


 
Auteur : De Benoist Alain
Ouvrage : L’hégémonisme américain ou le sens réel de la guerre contre l’Irak
Année : 2003

Il ne fait plus de doute aujourd’hui que les Américains étaient décidés à faire la
guerre à l’Irak bien avant les attentats du 11 septembre 2001. « Même sans le 11
septembre, il y aurait eu tôt ou tard une confrontation avec l’Irak », reconnaissait
récemment l’idéologue néoconservateur Robert Kagan, directeur de la Fondation
Carnegie, qui ajoutait que « personne parmi les responsables de l’administration
Bush n’a jamais cru pouvoir résoudre le problème de l’Irak par le seul
désarmement » (Libération, 8-9 mars 2003).
L’arrière-plan pétrolier du conflit est par ailleurs évident. Cependant, la guerre en
Irak n’est pas seulement une carte dans le grand jeu pétrolier de Washington (un
grand jeu qui vise, non seulement, à sécuriser et diversifier ses propres
approvisionnements, mais aussi à contrôler l’approvisionnement énergétique de ses
rivaux potentiels). Comme l’a écrit Philippe Colombani, chargé de recherche à
l’Institut français des relations internationales (IFRI), ce qui se joue au travers de
cette guerre, « c’est l’ordre international des années, voire des décennies à venir,
c’est-à-dire la question de savoir qui dirigera le monde, de quelle façon et selon
quels principes ». C’est en effet de cela qu’il s’agit.
Nous sommes aujourd’hui sortis de l’après-guerre, c’est-à-dire de ce système,
issu des accords de Yalta, qui reposait sur la compétition de deux modèles
idéologiques à vocation universelle, la dissuasion nucléaire et un modèle de sécurité
collective incarné par l’ONU. L’effondrement du bloc soviétique n’a pas seulement
permis la globalisation néolibérale. Il a consacré un monde unipolaire, où les Etats-
Unis s’opposent au « reste du monde » — un monde extraordinairement chaotique,
imprévisible et incontrôlable, caractérisé par la globalisation des problématiques, la
multiplication des « réseaux » et l’intervention accrue des acteurs non étatiques.
Dans les relations internationales, les rapports de forces peuvent être gérés de
trois manières différentes : par la simple hégémonie, par l’équilibre des puissances
ou par la sécurité collective. Les Etats-Unis ont visiblement choisi la première voie
contre la deuxième, qui est celle de l’équilibre multipolaire, et la troisième, qui
correspond à l’action des Nations-Unies.
Robert Kagan l’a lui-même déclaré de façon tout à fait explicite : « La politique
des Etats-Unis vise depuis longtemps à préserver leur hégémonie dans le monde ».
C’est pour cette raison que les Américains, qui sont convaincus de n’avoir plus plus
besoin de personne, s’exemptent eux-mêmes de toutes les contraintes du
partenariat, et cherchent à rompre une fois pour toutes avec la vision européenne,
russe ou chinoise, d’un monde multipolaire.
Cette dérive unilatéraliste des Etats-Unis, déjà largement entamée sous le second
mandat de Bill Clinton, a été brutalement accélérée par l’arrivée au pouvoir de
George W. Bush et des « faucons » interventionnistes et néo-impérialistes dont il est

le porte-parole. Ces derniers savent que le temps joue contre eux, et qu’il leur reste
peu d’années pour créer les conditions propres à pérenniser leur hégémonie
mondiale. Or, pour l’heure, ils s’estiment à la fois vulnérables (depuis les attentats du
11 septembre) et invincibles (en raison de leurs moyens de puissance). Ils ont choisi
de s’engager dans une fuite en avant à la fois technologique et militaire.
Richard Perle, ancien président du Defence Policy Board du Pentagone, n’a pas
caché qu’une victoire américaine en Irak permettrait aux Etats-Unis d’en finir une fois
pour toutes avec un système multipolaire, que les Américains regardent comme à la
fois « instable » et « immoral ».
Depuis septembre 2002, date à laquelle ils ont adopté une nouvelle doctrine
stratégique, les Etats-Unis se réservent donc le droit de juger unilatéralement de ce
qui est « menaçant » et d’en tirer les conséquences. Paul Wolfowitz, second du
Pentagone, a ainsi pu faire triompher le principe de la « guerre préventive », dont il
s’était fait le théoricien depuis bientôt dix ans. Or, la guerre préventive a toujours été
assimilée à la guerre d’agression par le droit international. La nouvelle orientation
américaine implique donc le primat de la force pure sur le droit. C’est ce qu’a
reconnu Robert Kagan, en déclarant textuellement : « Dans le monde où nous
entrons, la puissance militaire et la logique de la force seront des facteurs
déterminants […] L’Amérique n’est qu’au début d’une longue ère d’hégémonie » (Le
Nouvel Observateur, 13 mars 2003).
Dans le même temps, la lutte contre le terrorisme sert de prétexte aux Etats-Unis
pour se poser en leader du « monde civilisé », tout comme ils se posaient en chef de
file du « monde libre » à l’époque de la supposée menace soviétique. On notera au
passage que Washington refuse obstinément de voir que la situation néocoloniale
dans laquelle se trouve le peuple palestinien reste la cause essentielle du terrorisme
islamiste dans le monde.
Ce qui est le plus frappant dans cette montée de l’hégémonisme américain, c’est
la façon dont il se nourrit à la fois d’une exaltation cynique de la force brutale au
nom du « réalisme » et de la « puissance », et d’un messianisme moralisant dont la
dénonciation de l’« axe du Mal » par George W. Bush n’est qu’un exemple parmi
d’autres. Ce messianisme nationaliste n’est pas nouveau. Remontant à la vieille
doctrine de la « destinée manifeste » (Manifest Destiny) énoncée en 1839 par John
L. O’Sullivan, sinon à l’inspiration biblique des Pères fondateurs, elle n’a jamais
cessé outre-Atlantique de nourrir la croyance selon laquelle il revient aux Américains
de diriger le monde. Le résultat s’observe sous nos yeux : l’administration Bush croit
que le Bien s’exporte à coups de canon.
*
L’Amérique, disait récemment le député chiraquien Pierre Lellouche, est « à la
recherche d’un mode d’emploi pour le gouvernement du monde ». Il ne fait pas de
doute en effet qu’au-delà de leurs objectifs immédiats (faire s’effondrer le régime de
Saddam Hussein et prendre le contrôle de ses ressources énergétiques), les Etats-
Unis entendent faire de la guerre contre l’Irak le point de départ d’une « grande
politique » à portée planétaire. Ils veulent, en d’autres termes, poser en Irak la
première pierre d’un édifice géopolitique qui s’imposerait ensuite dans le reste du
monde.

Cette grande politique, dont le but final est de rendre irréversible l’hégémonie
mondiale de Washington, vise dans un premier temps à « remodeler » le Proche-
Orient dans un sens plus conforme aux intérêts américains, en prenant ouvertement
le risque de provoquer une déstabilisation générale de la région. Dans l’esprit de
ceux qui entourent George W. Bush, l’Irak n’est qu’un début. Michael Ledeen, l’un
des principaux stratèges néoconservateurs américains, a lui-même déclaré que
l’intervention en Irak n’est que la « première étape » d’une vaste « guerre régionale »
qui est appelée à viser d’abord la Syrie, l’Iran et l’Arabie séoudite, puis le Liban et
l’Autorité palestinienne, et enfin le Soudan, la Libye, le Yémen et la Somalie.
Dans une telle perspective, la guerre actuelle est d’abord un message clair
envoyé à la Syrie, à l’Iran et à l’Arabie séoudite. Parmi ces trois pays, le plus gros
morceau est évidemment l’Iran, que les Américains craignent de voir accéder à
l’arme nucléaire, et dont la position géopolitique et géostratégique est la plus
importante de la région. Or, dans un proche avenir, l’Iran risque de se retrouver pris
en tenailles entre deux protectorats américains : l’Irak et l’Afghanistan. L’Irak va en
effet devenir un protectorat américain pour au moins deux ans (et probablement
beaucoup plus). Les néoconservateurs du Pentagone espèrent pouvoir en finir avec
l’Iran durant cette période.
Un plan plus général a déjà été élaboré à Washington. Il prévoit que l’Irak, né il y
a quatre-vingts ans de la réunion des trois anciennes provinces ottomanes de
Mossoul, Bagdad et Bassorah, soit à nouveau divisé entre un royaume central
hachémite, un Etat chiite au sud et — malgré l’opposition de la Turquie — une entité
kurde indépendante au nord. Les Etats-Unis demanderaient ensuite au prince
Hassan de Jordanie de réinstaller la dynastie hachémite à Bagdad, ainsi que l’ont
proposé Michael Rubin, membre important du département de la Défense, et David
Wurmser, l’un des adjoints de Richard Perle. Après quoi, il n’y aurait plus qu’à faire
procéder par Israël à la déportation de la totalité des Palestiniens à l’intérieur des
frontières actuelles de la Jordanie.
Parallèlement, l’Arabie séoudite, dont les relations avec Washington n’ont cessé
de se détériorer depuis deux ans, serait elle aussi démantelée en trois morceaux.
C’est ce qu’a suggéré Max Singer, cofondateur du Hudson Institute, qui pense
possible et nécessaire d’encourager la sécession des provinces orientale de Shia et
occidentale de Hijaz.
Ce plan reprend les grandes lignes d’un rapport intitulé intitulé A Clean Break. A
New Strategy for Securing the Realm, qui avait été présenté en 1996 par Richard
Perle, alors conseiller de Benjamin Nétanyahou, dans le cadre des activités d’un
« think tank » israélien, l’Institute for Advanced Strategic and Political Studies
(IASPS).
Si les Etats-Unis arrivent à leurs fins en Irak, ils chercheront également à engager,
grâce à la production pétrolière passée sous leur contrôle, une politique de pétrole à
bas prix (moins de 20 dollars le barril) qui, tout en déstabilisant l’Arabie séoudite et
l’Iran, menacera directement les efforts de rétablissement de la puissance russe et
ne manquera pas d’accélérer le démantèlement des filières d’énergie nucléaire non
encore contrôlées par les groupes anglo-américains de l’énergie.
Bien entendu, rien ne dit que ce plan pourra être exécuté ainsi qu’on le souhaite à
Washington. De nombreuses inconnues subsistent et, au-delà même du résultat

immédiat de la guerre, il faut d’ores et déjà compter avec bien des aléas.
On sait déjà que la guerre actuelle coûtera plus cher que prévu — entre 100 et
200 milliards de dollars — et que, contrairement à ce qui s’était passé après la
guerre du Golfe de 1991, les Américains devront assumer eux-mêmes l’essentiel de
son coût. Une occupation américaine de l’Irak s’étendant sur plusieurs années
nécessitera d’autre part des dépenses supplémentaires, mobilisera l’opinion
internationale contre les Etats-Unis et alimentera donc le terrorisme. Quant à la
production pétrolière irakienne, il est peu probable qu’elle puisse être utilisée pour
des projets de développement du pays, car elle suffira à peine à faire face à la
réparation des destructions provoquées par la guerre.
Le démographe et sociologue Emmanuel Todd estime pour sa part que la guerre
d’Irak, loin de confirmer l’hégémonie américaine, va au contraire accélérer le déclin
d’une Amérique dont la part dans la production industrielle mondiale ne cesse de
diminuer depuis 1945, dont le déficit commercial est passé de 100 à près 500
milliards de dollars depuis 1993, dont la dette globale a aujourd’hui largement
dépassé les 30 000 milliards de dollars, et qui doit sans cesse attirer vers elle de
nouveaux capitaux en raison de son invincible propension à consommer plus qu’elle
ne produit.
Déjà en 1919, le président Wilson avait tenté d’enterrer le système d’équilibre des
puissances qui gouvernait les relations internationales depuis le traité de Westphalie
(1648). Les résultats furent catastrophiques, et une nouvelle guerre mondiale s’était
ensuivie. On ne saurait exclure la répétition d’un tel scénario. Plus la guerre en Irak
sera difficile pour les troupes américaines et britanniques, plus la période
d’occupation de l’Irak sera longue, plus les risques de déstabilisation générale seront
grands.
Au cours des vingt dernières années, les Etats-Unis ont successivement
bombardé la Grenade, la Libye, le Salvador, le Nicaragua, le Panama, l’Irak, le
Soudan, la Serbie et l’Afghanistan. Dans aucun de ces pays, les bombes n’a
réellement fait éclore de façon durable la démocratie. Outre le problème palestinien,
deux grands foyers de tension sont déjà présents dans le monde : Formose, que la
Chine a plus que jamais l’intention de faire revenir en son sein, au besoin en utilisant
la force, et surtout le conflit du Cachemire, qui peut à tout moment déboucher sur un
affrontement nucléaire indo-pakistanais (surtout si le président Pervez Moucharraf
était renversé par les islamistes).
Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller du président Jimmy Carter pour les affaires
de sécurité, déclarait ces jours-ci : « Si la politique des néoconservateurs devait être
menée à son terme logique, elle aboutirait à un monde où l’Amérique deviendrait
comme Israël, complètement isolée, un objet d’hostilité et un Etat-garnison ». Il reste
une forte possibilité qu’après avoir gagné la guerre, les Etats-Unis perdent la paix.
A. B.

https://mega.co.nz/#!bNMi0CBS!C7cMsaN9WMxUCDPRZ6xSTJBfGRkyPdmwgUj064toRrE

L’or ukrainien : disparu et retrouvé en Irak – par Laurent Glauzy


gold-reserves-bundesbank

http://www.lelibrepenseur.org/2014/04/09/lor-ukrainien-disparu-et-retrouve-en-irak-par-laurent-glauzy/

Nuit du 7 mars 2014 : à Borispol, aéroport de Kiev, quarante caisses de lingots d’or sont chargées en secret dans un avion non immatriculé, entouré d’une impressionnante escorte.

Tous les médias occidentaux ont observé le plus grand silence sur cette affaire. Seule la presse russe a évoqué l’évènement. Les journaux moscovites supposent que l’Oncle Sam aurait pris livraison des caisses de lingots d’or de l’Ukraine, par crainte d’une improbable invasion russe.

Ainsi, quarante caisses de lingots, constituant peut-être la quasi-totalité de la réserve d’or de l’Ukraine, ont quitté le pays en une seule nuit ! Le World Gold Council estime à 42,3 tonnes les réserves d’or de l’Ukraine. D’après les experts, une caisse de lingots portés par une palette standard contient 900 kg. Quarante caisses représentent donc environ 36 tonnes d’or.Par ailleurs, le 27 mars 2014, selon l’organe économique Les Échos, « l’Irak double ses réserves d’or ». L’Irak, qui possédait déjà 29,8 tonnes d’or, a acheté 36 tonnes d’or, au prix de 1,5 milliard de dollars. Par conséquent, ce pays possède à présent 65,8 tonnes d’or qui, d’après les déclarations officielles de Bagdad, servent à stabiliser la monnaie nationale, le dinar. Les Échos affirment qu’aucun gouvernement n’avait acheté autant d’or depuis trois ans.

Les experts se demandent comment une acquisition aussi importante n’a pas altéré les cours du métal jaune. En effet, en 2013, lorsque Chypre avait été contrainte de mettre en vente une grande partie de ses réserves, soit 13,9 tonnes d’or, les valeurs avaient chuté et le marché avait été saisi d’un vent de panique inédit depuis trente ans.

Curieusement, à présent, la banque centrale de Bagdad achète une quantité trois fois plus importante, sans que le marché n’enregistre aucune baisse. Sachant que l’Ukraine est presque devenue un satellite des États-Unis, et que Bagdad est sous « libération » américaine, cette transaction demeure bien suspecte.

Celle-ci aurait pu servir de paiement anticipé à une future livraison de pétrole, car Moscou a doublé ses prix à Kiev.

Et, pendant que les Ukrainiens sont dépossédés de leurs réserves (bienvenu en Occident, mes frères !), l’Amérique poursuit ses provocations en envoyant un navire de guerre en mer Noire « en réponse à la situation ukrainienne », mais aussi en déployant des F-15 et des F-16 en Pologne et dans la Baltique pour patrouiller dans l’espace aérien. Washington offre aussi de protéger militairement l’Arménie et l’Azerbaïdjan, terres d’exercices militaires pour la Russie. Les États-Unis agissent comme si l’Ukraine était déjà membre de l’OTAN. En fait, Washington, qui veut toujours sa guerre, entend y parvenir par des provocations.

De plus, les vingt-huit ministres des Affaires étrangères de l’OTAN ont choisi (pour satisfaire l’oncle Sam) de suspendre toute forme concrète de coopération civile et militaire avec la Russie. L’Alliance atlantique est en train de renforcer les dispositifs militaires dans tous les pays limitrophes de la Russie, proposant de les défendre contre l’envahisseur. Enfin, via la banque JP Morgan, ils ont bloqué un virement émanant de l’ambassade russe à Astana en faveur de la compagnie d’assurance russe Sogaz. Cette manière de procéder constitue bien un acte contraire à la civilité diplomatique.Toutes ces provocations ont un but évident : obliger Moscou à réagir en maintenant les tensions. En outre, la disparition de l’or ukrainien constitue surtout le vol d’un État.   »

Laurent Glauzy