L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons


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par

un kit de survie dans le labyrinthe religieux du Monde musulman

Pour un candidat au voyage au sein de la planète Islam, dans les dédales du Moyen orient, berceau des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, chrétienté, Islam), des circonvolutions des religions qui se mêlent, s’entremêlent et se démêlent, se choquent et s’entrechoquent, se synthétise et se syncrétisent, «L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons» de Jean Marc Aractingi se présente comme un kit de survie dans le labyrinthe religieux du Monde musulman.

Spécialiste de l’Islam ésotérique, hyper capé de la méritocratie française, ce grand ponte de la Franc-maçonnerie est un récidiviste en la matière. Sa connaissance encyclopédique s’est déjà concrétisée par sa remarquable contribution à la connaissance de l’univers de la Franc maçonnerie dans le Monde arabe et musulman.

Pour aller plus loin sur son ouvrage en deux tomes sur la Franc-maconnerie dans le Monde arabe et musulman, les liens suivants:

ainsi que Dictionnaire des Grands-Maçons Arabes et Musulmans 1ère édition 2018 Editions Amazon Isbn 9 781 985 235 090

L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons

Le titre l’annonce: Son ouvrage se décompose en 7 chapitres en autant de leçons dont certaines peuvent surprendre le lecteur, tel le chapitre 3 et son titre singulier qui peut faire sursauter plus d’un:

A – «Les Druzes les Francs Maçons de l’Orient, une autre lecture de la religion druze.

Les Druzes, population du Proche Orient professent une religion musulmane hétérodoxe. Ils sont principalement établis dans le Chouf, la partie centrale du Mont Liban et le sud du Liban (300.000 personnes) , dans le sud de la Syrie où ils occupent notamment la zone montagneuse du Houran, connue sous le nom de Djebel Druze et sur le plateau du Golan syrien occupé par Israël (700.000 personnes) et en Galilée.

Leur religion, le druzisme, est une doctrine philosophique fondée sur l’initiation et centrée sur la seule recherche du côté ésotérique de la religion musulmane. Elle est aussi considérée comme ayant été initialement une école de la branche ismaélienne du courant musulman du chiisme. Leur interprétation de l’islam est secrète et n’est révélée aux fidèles qu’après divers degrés d’initiation, elle s’appuie sur la croyance en la réincarnation. En effet, certains versets du Coran sont parfois interprétés comme allant dans le sens de la métempsycose.

Extraits page 123 «De l’analogie existante entre Druzes et Francs-maçons»

«Chez les Druzes celui qui souhaite entrer en religion doit commencer par adopter une allure extérieure appropriée, par laquelle il signale le changement intervenu dans sa vie. En se rendant à la Khalwa (Loge) aux réunions qui se tiennent le jeudi et dimanche soir, il se présente comme «demandeur de religion», une demande qui s’adresse d’abord à la congrégation des cheikhs (vénérables maîtres ) de son village, mais aussi à Dieu. Le candidat est soumis à une période probatoire de plusieurs mois au cours de laquelle les cheikhs observent son comportement général et décident s’il est digne d’entrer en religion ce qui fait dire aux druzes: «Notre religion est difficile, parce que la religion chez nous, c’est le comportement». La décision du cheikh prend en compte le passé du candidat, ce que l’on raconte à son sujet dans le village, mais également sa situation présente et ses activités. Demander l’initiation religieuse, cet finalement pour un Druze un moment crucial où il se trouve face au jugements de sa société. Pour cela les cheikhs organisent une Da’wa (tenue) interne à la communauté. Le candidat doit s’engager solennellement avant d’entrer dans un cycle d’initiations. Cet engagement fait de chaque druze le dépositaire d’une vérité qui ne doit aps être divulguée (Kitmam Al Dine-La loi du silence)».

B – les Alaouites

Autre gros sujet d’actualité qui donne lieu à d’interminables supputations chez les éditocrates occidentaux sur «le pouvoir alaouite» du fait de la guerre de Syrie, les Alaouites, détenteurs du pouvoir central à Damas que l’auteur traite en son chapitre 4 sous le titre «Les Nosairis (Les Alaouites) et la Trinité Ain Mim SIN (AMS) Ali, Mohamad, Salman.

En résumé, les Alaouites également appelés noussayris, principalement par les groupements islamistes en Syrie, sont un groupe ethnique et religieux issu du Djebel Ansariya au nord de la Syrie. Ils représentent près de 12 pour cent de la population syrienne, dont la très grande majorité vit dans le secteur du port de Lattaquieh, sur la rive syrienne de la Méditerranée. Le reste étant réparti entre le Liban et la Turquie, principalement à proximité de la frontière syrienne (dans l’ancien Sandjak d’Alexandrette.

Le fondateur du noussayrisme est Mohamad Ibn Noussayr Al Namiri Al Abdi mort en 884. D’après la tradition rapportée par les Alaouites, le onzième Iman Hassan Al Askari (mort en 874) lui confia une révélation nouvelle qui est le noyau de la nouvelle doctrine alaouite.

Les deux derniers présidents de la République syrienne Hafez Al Assad (1970-2000) et son fils Bachar qui lui a succédé le 17 juillet 2000, sont alaouites, mais néanmoins dirigeants du Parti Baas, un parti à l’idéologie laïque et panarabe.

C- Al Ahmadiya: Messianisme et Humanitarisme

Dans ce panorama, l’Ahmadisme ou Ahmadiyyia (أحمدية en arabe) se distingue par son particularisme: Fondé par Mirza Ghulam Ahmad à la fin du XIX me siècle au Pejnab alors sous domination britannique, l’Ahmadisme est un mouvement réformiste musulman messianiste.

Mirza Ghulam Ahmad (1835-1908), un musulman né à Qâdiyân au Penjab, fait la paix avec les Anglais et met fin à tout prosélytisme en se présentant comme une réapparition du Messie (Jésus pour les Chrétiens), Avatar de Vishnou pour les Hindous. Se proclamant investi d’une mission divine, il se propose de restaurer l’Islam dans sa pureté et se déclare Moudjahid. Vivement combattu par les courants majoritaires de l’islam pour lesquels Mahomet est le dernier prophète, l’Ahmadisme a été déclaré «non-musulman» par le parlement pakistanais.

Très dynamiques, les Ahmadis sont présents dans 190 pays, la moitié au Pakistan et le reste en Inde, au Nigéria, au Suriname et aux Etats-Unis. Afghanistan, et en Arabie Saoudite. Ils ont été déclarés non musulmans et persécutés au Pakistan, en Afghanistan et en Arabie saoudite. Le mouvement est très actif dans le domaine de l’humanitaire, surtout en Afrique, en construisant des hôpitaux, cliniques et dispensaires gratuits, mais aussi des écoles et des centres de formation ouverts à tous et gratuits.

D- Les Ismaéliens, les Frères de la pureté (chapitre 2)

L’Ismaélisme est une mouvance chiite, ses adeptes tirent leur nom du fondateur de cette communauté spirituelle Ismaïl Ben Jaafar. L’ismaélisme n’est pas spécifiquement persan, ni arabe, ni indien. Il a une longue histoire qui est complexe et, loin d’être unifié, l’ismaélisme se subdivise en plusieurs rameaux:

Moubarakiyya, Khattabiya, Qarmates, Druzes, Mustaliens, Nizarites, et Septimain. Les adeptes de l’ismaélisme sont appelés «Ismaélien» qu’il convient de ne pas confondre avec les «Ismaélites» descendants d’Ismaël, prophète de l’Islam et patriarche biblique.

E – Le Bahaïsme

Le Bahaïsme est une religion abrahamique et monothéiste, proclamant l’unité spirituelle de l’humanité. Les membres de cette communauté religieuse internationale se décrivent comme les adhérents d’une «religion mondiale indépendante». Elle a été fondée en 1863 par le Persan Mirza Hussein Ali Nouri

Le Bahaïsme est dérivé du surnom donné à son fondateur: Bahāʾ-Allāh (en arabe, «Splendeur de Dieu»). Les Baha’is s’organisent autour de plus de 100.000 centres (répertoriés par le centre mondial de Haïfa) à travers le monde, dont les membres sont estimés à 7 millions de personnes appartenant à plus de 2.100 groupes ethniques, répartis dans plus de 189 pays. Son centre spirituel (lieu de pèlerinage —ziyarat) et administratif est situé à Haifa et à Saint Jean d’Acre.

F- Les Soufis, l’initiation Ibn Arabi: Les afrâds, l’aspsiration spirituelle (Chapitre 5) .

Le soufisme (en arabe: تصوف) désigne en Islam le cœur spirituel de la tradition islamique. En français, le terme soufi regroupe plusieurs voies de l’islam hétérodoxe, comme l’alévisme. Il s’agit d’une voie d’élévation spirituelle par le biais d’une initiation dit tassawuf, un terme qui se traduit par «initiation».
Le soufisme est présent, depuis les origines de la révélation prophétique de l’islam, à la fois dans les branches sunnite et chiite, bien qu’il ait pris des formes différentes dans les deux cas.

Le Taçawwuf comprend non seulement la haqîqah mais aussi l’ensemble des moyens destinés à y parvenir, appelé tarîqah- « voie » – conduisant de la shariyah vers la haqîqah, c’est-à-dire de l’«écorce» (el-qishr) vers le «noyau» (el-lobb) par l’intermédiaire du «rayon» allant de la circonférence vers le centre.
En 2016, un concile, inauguré par le grand imam de l’Université Islamique d’Al Azhar (Egypte), Ahmad Al Tayeb, rassemblant 200 personnalités sunnites du monde entier, s’est réuni dans le but de définir l’identité de ceux qui se font connaître comme «les gens du sunnisme» par opposition aux différents groupes considérés égarés. Les dignitaires sunnites sont convenus qu’au niveau de la gnose, des manières et de la purification spirituelle, les soufis de l’imam Junaid Al Baghdadi sont des gens du sunnisme.

G – Le Wahhabisme exclu de la famille sunnite.

En revanche, l’Arabie saoudite, l’incubateur et bailleur de fonds de tous les groupements djihadistes à travers le Monde, objet d’une vénération des «grandes démocraties occidentales» en crise économie systémique, a été néanmoins ostracisé par un collège d’Oulémas sunnites à Grozny en septembre 2016.
Symbole de l’exacerbation croissante que suscite le bellicisme omnidirectionnel du wahhabisme saoudien de même que sa rigidité dogmatique, la secte wahhabite salafiste a été purement et simplement exclue de la famille sunnite lors du congrès de Grozny (Tchétchénie) qui s’est tenu du 3 au 5 septembre 2016. Une décision qui donne la mesure du degré de virulence du conflit pour le leadership du Monde musulman.

Fait sans précédent, cette décision aux effets dévastateurs d’un tomahawk sur le plan théologique et diplomatique sur le primat saoudien dans la sphère musulmane a été prise lors d’un congrès qui a rassemblé près de 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs islamiques d’Égypte, de Syrie, de Jordanie, d’Algérie, du Maroc, du Soudan et d’Europe. Bravant les foudres saoudiennes, la conférence de Grozny a non seulement exclu le wahhabisme salafiste de la définition du sunnisme, voire du cadre de la communauté sunnite, mais elle a en outre clairement condamné les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l’Université islamique de Médine.

La raison est à rechercher sans doute dans le rôle de la dynastie wahhabite dans le bradage de la Palestine, sur ce lien:

Au delà de ce foisonnement prosélyte, cette mosaïque religieuse témoigne à tout le moins de l’immense besoin de spiritualité de la zone, du soif d’absolu de leur fidèles respectifs, comparable en intensité à celle qui s’est emparée des Etats-Unis avec leurs déclinaisons des églises protestantes, méthodistes, pentecotistes, évangélistes, tant il est vrai qui si la prophétie est d’essence divine son interprétation est humaine. Et ceci pourrait expliquer cela.

Référence

L’Islam ésotérique et spirituel en 7 leçons de Jean Marc Aractingi
Editions Amazon ISBN 978 197 655 7897 Prix 10,55 euros

Liban : Mémoires de guerre 1/3


madaniya.info

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Note de la rédaction

http://www.madaniya.info publie un dossier spécial en trois volets intitulé «Liban-Mémoires de guerre», réalisé par René Naba directeur du site, qui a assuré une adaptation condensée, en version française, de l’ouvrage d’un diplomate américain James R. Stocker intitulé: «Spheres of intervention: US foreign policy and the collapse of Lebanon 1967-1976», James R. Stocker, Cornell University Press.

Sommaire

  • Liban-Mémoires de guerre 1/3: Les racines américaines de la guerre civile au Liban (1975 -2000)
  • Liban-Mémoires de guerre 2/3: Le Pacte national, un mensonge dont la composante musulmane de la population libanaise en a été la victime.
  • Liban-Mémoires de guerre 3/3: Serge Soghanalian (1929-2011), parfait représentant du monde interlope des marchands de mort

avec en Additif

1- Liban: Le 17 Mai 1983, «A Day Of Infamy», Un jour d’infamie, «Yom Al A’Ar, Ya Lil A’AR».
Papier publié à l’occasion du 35 me anniversaire de la conclusion du traité de paix israélo-libanais. Un récit de la face cachée de ce jour d’infamie. Un traité abrogé pr la volonté du peuple, rare cas de l’abolition d’un traité international du fait d’un soulèvement populaire.

2- De l’utilité de certaines rumeurs en temps de guerre
Par Roger Naba’a*

La rumeur est une continuation de la guerre (civile/confessionnelle), par d’autres moyens.

L’auteur, James Stocker a appris l’arabe à l’Université de Damas. En prévision de la rédaction de son ouvrage, il a effectué un séjour d’un an au Liban pour sa documentation.

L’auteur se fonde sur les archives du Département d’état, du Conseil National de Sécurité, des services de renseignements américains, ainsi que sur les archives des bibliothèques des présidents Lyndon Johnson, Richard Nixon et Gerald Ford, de même que sur les notes personnelles de Joseph Sisco, ancien sous secrétaire d’état pour les affaires du Moyen orient.

La version arabe de cet ouvrage a été assurée par l’universitaire américain d’origine libanaise, Assaad Abou Khalil, animateur du blog http://angryarab.blogspot.fr/ par ailleurs contributeur du journal Libanais «Al Akhbar», qui en a assuré la publication des principaux passages dans une série d’articles en dix volets.

Le compte rendu de l’ouvrage en version anglaise se trouve sur ce lien du même auteur:

Fait significatif: Dans sa relation des faits, l’auteur de l’ouvrage s’abstient de mentionner les interventions israéliennes contre la population libanaise, notamment les raids réguliers de l’aviation israélienne et le pilonnage de l’artillerie contre les villages du sud Liban, de même qu’il s’abstient de mentionner l’ampleur de la terreur infligée par l’armée israélienne à la population civile libanaise.

L’adaptation en version française a été réalisée par René Naba, directeur du site http://www.madaniya.info

Fin de la note de la Rédaction.

Les principaux points de cet ouvrage

I – Prélude: L’élection du président Camille Chamoun.

Les États Unis ont «littéralement acheté» l’élection du pro-occidental Camille Chamoun à la présidence de la République libanaise (1952-1958), autrement dit soudoyé les députés libanais pour faire triompher leur candidat contre son rival, le dirigeant nationaliste Hamid Frangieh, ancien ministre des Affaires étrangères.

Pourquoi un tel engouement pour le 2eme président de la République libanaise, vraisemblablement parce que Camille Chamoun, grand ami du chah d’Iran et des monarchies hachémites pro britanniques d’Irak et de Jordanie, était un grand ponte de la franc-maçonnerie arabe, à l’instar de bon nombre de dirigeants arabes.

A propos de Camille Chamoun

M. Chamoun a été élu en 1952 à une date où les États Unis, émergeant comme les grands vainqueurs de la II me guerre mondiale, commençaient à se positionner sur l’échiquier mondial, en substitution aux deux anciennes puissances coloniales européennes: La Grande Bretagne et la France. Une période marquée au Moyen-Orient par le lancement du Point Four d’un programme de coopération entre les États Unis et le Monde arabe, sur le modèle du Plan Marshall pour l’Europe; par le coup d’état de la CIA contre le premier ministre nationaliste iranien Mohamad Mossadegh (1953), coupable d’avoir nationalisé les installations pétrolières iraniennes; enfin la constitution du Pacte de Bagdad (1955), regroupant des pays musulmans sunnites Pakistan et Turquie, autour de la dynastie hachémite d’Irak. Ce pacte devait servir de maillon intermédiaire entre l’Otan (Europe / États Unis) et l’OTASE (Asie du Sud Est).

Camille Chamoun, poulain des Américains par excellence, au même titre que le premier ministre irakien de l’époque monarchique, Noury Said, refusera de rompre les relations diplomatiques du Liban avec la France et la Grande Bretagne, en signe de solidarité avec l’Égypte, victime d’une agression tripartite à la suite de la nationalisation du Canal de Suez (1956), une agression menée par les deux anciennes puissances coloniales de la zone (France et Grande Bretagne) et leur créature Israël, signe indiscutable d’un alignement aveugle aux objectifs atlantistes.

Camille Chamoun achèvera son mandat dans la première guerre civile libanaise. La guerre a éclaté en Mai 1958 avec l’assassinat d’un journaliste libanais Toufic Al Matni, mettant le feu au poudre, alors que l’Égypte et la Syrie, sous l’égide de Gamal Abdel Nasser, auréolé de la nationalisation du Canal de Suez (1956), procédait à l’Union des deux Républiques arabes.

Les États Unis débarqueront des troupes au Liban en juillet 1958, parallèlement au parachutage de commandos britanniques en Jordanie, afin de contrebalancer les effets du coup d’état anti monarchique en Irak et la proclamation de la République par le général nationaliste Abdel Karim Kassem.

Au delà des grands principes hautement proclamés et régulièrement brandis contre leurs détracteurs, il en ressort que les États Unis n’hésitent pas à recourir à la corruption pour s’assurer une clientèle docile visant à imposer leur hégémonie.

II – A propos de la 2eme guerre civile libanaise (1975-1990)

Le leadership maronite, responsable du feu initial.

1- Le leadership maronite est responsable du déclenchement de la guerre. Les États Unis et les principaux dirigeants chrétiens (aussi bien les anciens présidents Camille Chamoun, Charles Hélou et Soleimane Frangieh que Pierre Gemayel (phalangistes) et Raymond Eddé, de même que la hiérarchie militaire chrétienne plaidaient ouvertement en faveur du maintien du système de répartition confessionnelle du pouvoir assurant une prépondérance de la communauté maronite au sein du système politique libanais.

2- L’Alliance tripartite des trois principaux dirigeants maronites (Camille Chamoun, Pierre Gemayel, Raymond Eddé), scellée à l’occasion des élections législatives de 1968 dans la foulée de la défaite arabe de juin 1967, constituait en fait un pacte de confrontation tant contre l’OLP, massivement implantée à Beyrouth après le massacre palestinien du «Septembre Noir» jordanien (1970) que contre la gauche libanaise en vue de museler les forces contestataires à l’hégémonie occidentale au Moyen orient. Raymond Eddé, le chef de file ses chrétiens modérés, se dégagera de ce pacte au déclenchement de la guerre civile libanaise en 1975 et ne prendra pas les armes ni contre les Libanais, ni contre les Palestiniens.

Pour aller plus loin

III- L’Armée libanaise et sa passivité face à Israël.

A- Les pourparlers d’armistice israélo libanais de Nakoura, un leurre, un «paravent» à une coordination militaire entre les deux pays.

Ces pourparlers, aménagés par l’accord d’armistice de 1948 signé entre Israël et les pays arabes du champ de bataille, se sont poursuivis au delà du délai raisonnable à ce genre de négociations.

Ces pourparlers servaient en fait de «paravent à une coordination politique entre les deux pays», avec les encouragements des États Unis. Se tenant au poste frontière libanais de Nakoura (sud-Liban), ils n’ont jamais bridé Israël dans ses agressions répétées contre le Liban, pas plus à empêcher la violation de l’espace aérien libanais par l’aviation israélienne, de même que les tirs de saturation de l’artillerie israélienne contre les villages du Sud Liban, en vue de forcer à l’exode la population de cette zone à majorité chiite et la refouler vers Beyrouth.

Un exode forcé destiné à constituer à Chyah (sud Beyrouth), -la fameuse Dayeh des journalistes occidentaux-, une ceinture de misère autour de la capitale libanaise, à proximité des camps palestiniens de Sabra Chatila, sur la route de l’aéroport.

Dans le prolongement de cette connivence, Israël n’hésitera pas à instrumentaliser les officiers félons de l’armée libanaise (Saad Haddad et Antoine Lahad) pour constituer une armée de supplétifs faisant office de garde frontières de l’État Hébreu, sous le vocable d’«Armée du Sud Liban» (ASL), au plus fort de la guerre civile libanaise.

B- Le comportement singulier des deux anciens commandants en chef de l’armée, le général Émile Boustany et son successeur, le général Iskandar Ghanem.

L’autonomie du commandement de l’armée à l’égard du pouvoir politique était telle que lors de la guerre de juin 1967, le commandant en chef (chrétien) de l’armée, le général Émile Boustany, refusera d’obtempérer aux ordres du premier ministre sunnite Rachid Karamé d’engager les hostilités contre Israël par solidarité avec les pays arabes du champ de bataille (Égypte, Syrie).

Le général Emile Boustany passera à la postérité pour sa passivité lors du raid israélien contre la flotte aérienne civile libanaise et l’aéroport international de Beyrouth-Khaldé, en décembre 1968, ainsi que dans son implication dans une affaire de rétrocommissions consécutive à l’achat de missiles CROTALE à l’armée française. En toute impunité.

Terme ultime d’une carrière affairiste, le général Boustany boiera néanmoins la coupe jusqu’à la lie de ses forfaitures, en représentant le Liban à la signature de l’accord palestino libanais du Caire, en novembre 1969, légalisant la présence armée palestinienne au Liban, sous l’égide de Nasser, signant par là même sa défaite symbolique face à ses adversaires.

Son successeur, le général Iskandar Ghanem, auparavant commandant miliaire de la place de Beyrouth, s’est distingué, lui, par sa désinvolture lors du raid israélien contre le centre de la capitale libanaise, en avril 1973, décapitant certains des principaux dirigeants de l’OLP, Abou Youssef An Najjar, ministre de l’intérieur de l’OLP, Kamal Nasser, porte parole de la centrale, ainsi que Kamal Adwane, responsable de la jeune garde palestinienne.

Le Général Ghanem sera promu commandant en chef de l’armée en dépit de sa forfaiture, malgré les demandes répétées du premier ministre de l’époque Saéb Salam réclamant sa démission en guise de sanction.

C- Le commandant Johny Abdo, désigné par les Israéliens pour succéder à Bachir Gemayel: membre du Conseil de Guerre des Forces Libanaises.

La passivité de l’armée à l’égard des raids successifs israéliens tant contre Beyrouth que contre le sud Liban, sur trente ans, de même que les visées israéliennes sur les fleuves du sud Liban (Litani et Zahrani) ont conduit à l’émergence d’un corps d’auto-défense chiite, se substituant à la vacance du pouvoir d’état, pour la protection de la zone frontalière israélo libanaise.

L’histoire de l’armée libanaise face à Israël n’est pas une succession de glorieux faits d’armes mais un long récit de connivence et de forfaitures en ce que depuis l’indépendance du Liban en 1943, il y a 73 ans, tous les commandants en chef qui se sont succédé à la tête de l’armée, –tous à la notable exception du Général Émile Lahoud–, ont considéré l’État Hébreu comme le gros bâton avec lequel il importait de mater la contestation populaire libanaise et par la suite la Résistance palestinienne.

Durant la 2eme guerre civile libanaise, le commandement de l’armée libanaise disposait de sa propre organisation crypto terroriste «At tanzim», qu’elle activait en sous main durant les période de trêve pour relancer les hostilités.

La symbiose entre le haut commandement de l’armée et les milices chrétiennes était telle qu’un des responsables du 2me bureau libanais (le service des renseignements), le commandant Johnny Abdo, siégeait au Conseil de guerre du Front Libanais, coalition des milices chrétiennes. Homme de l’ombre par excellence, Johnny Abdo avait été désigné par les Israéliens pour succéder à Bachir Gemayel, à la suite de l’assassinat du chef phalangiste à la veille de sa prise de fonction comme Président de la République, en septembre 1982.

Diplômé des académies militaires anglo saxonnes, contrairement à tous ses prédécesseurs et ses successeurs de formation française, Emile Lahoud Chef d’État-major des Armées (1989-1998), puis Président de la République (1988-2007) sera le théoricien de la «doctrine de la riposte» face aux agressions répétées israéliennes particulièrement contre le sud Liban, initiant une réplique à double détente contre les empiétements de l’État Hébreu, combinant une action conjuguée de l’armée en soutien à la guérilla du Hezbollah Libanais.

Aux mépris du Droit International, contrairement à tous les usages internationaux, Émile Lahoud, unique chef d’état chrétien du Monde arabe, sera néanmoins mis en quarantaine à l’instigation du président français Jacques Chirac à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri, l’ancien premier ministre libanais dont il était le partenaire affairiste et son pensionnaire posthume.

Pour aller plus loin sur cette séquence

Johnny Abdo le candidat des Israéliens à la succession du chef phalangiste Bachir Gemayel

Johnny Abdo l’homme de l’ombre par excellence

De rebondissements en rebondissements, d’escalades en escalades, une telle passivité conduira à la constitution du Hezbollah et à sa redoutable riposte asymétrique balistique, faisant de la formation politico militaire chiite l’artisan du retrait israélien du Liban, sans traité de paix, ni négociation, cas unique dans les annales de la guerre contemporaine.

Sur le Hezbollah

Hassan Nasrallah, premier dirigeant depuis Nasser à avoir su développer une capacité d’influence sur l’opinion publique israélienne.

Le Hezbollah, sentinelle de l’indépendance libanaise

IV- L’exode des Chrétiens du Liban, la plus grosse intoxication de la première phase de la guerre.

L’information selon laquelle les Américains envisageaient la déportation des chrétiens libanais hors du Liban constitue un «grand mensonge». La rumeur a été forgée par le leadership chrétien afin de «forcer à la solidarité la population chrétienne du Liban» consternée par l’ampleur des dégâts, la tournure des combats et de les conduire à rallier les rangs des milices combattantes.

La rumeur a été amplifiée au moment de la visite de l’émissaire américain au Liban Dean Brown, envoyé du président Gerald Ford, «venu précisément réaffirmer l’engagement des États Unis à soutenir l’effort de guerre des milices chrétiennes» que le leadership maronite voulait impressionner par l’importance de l’adhésion chrétienne à la cause milicienne.

Les encouragements de Dean Brown ont conduit le leadership maronite à refuser toute concession à leurs adversaires palestino progressistes, prolongeant d’autant les hostilités, la destruction du Liban, la souffrance de sa population et l’affaiblissement du Liban. Comme quoi les conseillers ne sont jamais les payeurs.

L’accord de Taëf (Arabie saoudite), qui mit fin en 1989 à la guerre du Liban, a consacré le déclassement des prérogatives constitutionnelles des Maronites, sanction inéluctable de leur cécité politique et de leur bellicisme à tout crin.

V- Les États Unis: La transparence pour les autres.

Les États Unis prônent la transparence pour les autres. Au Liban, ils étaient soucieux de disposer d’un canal direct de communication avec le Président de la République en «court-circuitant le ministère des Affaires étrangères afin que ces pourparlers «TOP SECRET» ne soient pas consignés dans les archives du ministère».

Sous Charles Hélou (1964-1970), l’émissaire libanais a été Michel El Khoury, fils de l’ancien président de la République, dont l’activité secrète était camouflée par la fonction de Président du Conseil National du tourisme. M. Michel El Khoury sera gratifié de son rôle souterrain par sa nomination ultérieure au poste de Gouverneur de la Banque du Liban. Sous Soleimane Frangieh (1970-1976), la fonction était dévolue à son gendre Lucien Dahdah.

VI- La responsabilité directe des États-Unis dans la guerre du Liban.

Les États-Unis n’appréhendait pas la guerre du Liban comme un conflit entre chrétiens et Musulmans, mais bien comme un conflit idéologique entre la droite et la gauche, quand bien même le leadership maronite incitait l’administration américaine à intervenir militairement au Liban pour museler la gauche libanaise, au plus fort du flux nassérien (1960-1967), puis la résistance palestinienne.

Deux dirigeants druzes alliés de Camille Chamoun, l’Émir Majid Arslane, ancien ministre de la Défense et le député Fadlallah Talhouq, plaidaient en ce sens auprès de leurs interlocuteurs américains, davantage soucieux, eux, de combattre leur rival électoral Kamal Joumblatt, chef druze du Parti socialiste progressiste (PSP) et futur chef de la coalition palestino progressiste.

Les États Unis ont favorisé l’amplification des hostilités comme dérivatif aux pourparlers de paix égypto israéliens, dans la foulée de la guerre d’Octobre 1973, afin d’embourber la Syrie au Liban et de fixer l’OLP dans cette guerre infractionnelle.

A ce titre l’administration américaine a facilité le transfert des armes via la Jordanie et Israël. L’aide militaire américaine n’était pas tant destinée à renforcer l’armée libanaise mais de la doter des moyens de lutte contre les organisations palestiniennes et les mouvements de la gauche libanaise. De les «frapper», dans l’intérêt de la sécurité d’Israël.

Sous le mandat du président Charles Hélou, l’aide économique américaine était, elle aussi, conditionnée par l’engagement du pouvoir libanais à durcir la répression contre les forces progressistes libanaises.

Pour aller plus loin sur Beyrouth et sa fonction traumatique à l’encontre des Israéliens

Et sa fonction critique à l’égard des Arabes

VII -La relation Syrie/ États-Unis

La relation de la Syrie avec les États Unis lors de la présence syrienne au Liban (1976-2005) était infiniment plus étroite que la relation entre la Syrie et l’URSS. Damas se plaignait auprès de Washington des contraintes imposées par Moscou au Liban, visant à ménager ses alliés du camp palestino progressiste. Mais le président Hafez al Assad s’est abstenu d’opérer un changement d’alliance comme cela a été le cas avec le président égyptien Anouar Al Sadate, conscient des dégâts qu’un tel revirement allait produire sur la scène régionale et de la grande dépendance vis à vis des États Unis et des pétromonarchies dans laquelle se placerait la Syrie du fait de ce virage.

Pour aller plus loin sur ce thème

(NDA: Sadate, artisan du traité de paix avec Israël, a été assassiné le 6 octobre 1981, par des islamistes, poulains des Américains dans la guerre anti soviétique d’Afghanistan, alors que la Syrie, en pleine tourmente djihadiste dans la séquence dite du «printemps arabe», bénéficiera du soutien militaire résolu de la Russie au point de renverser le cours de la guerre, à titre de «prime à la fidélité» de la Syrie vis à vis de la Russie, après l’effondrement du bloc soviétique. L’Égypte, pour sa part, au terme d’une séquence de quarante ans d’alignement sur les États Unis, sous la double présidence d’Anouar El Sadate et de Hosni Moubarak, a opéré n 2015 un recentrage en direction de la Russie sous la présidence du Maréchal Abdel Fattah Al Sissi)).

Sur ce lien la version arabe de cette tranche

 


Liban : 2/3

 

Le Pacte national

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Le Pacte national, un mensonge dont la composante musulmane de la population libanaise en a été la victime.

Le discours souverainiste du leadership maronite masque en fait une posture d’allégeance vis à vis des pays occidentaux et de connivence vis à vis d’Israël et cela bien avant la proclamation unilatérale d’indépendance de l’État Hébreu avec la conclusion d’un pacte secret entre l’Église maronite et l’entité juive.

…«Le Pacte National, arrangement tacite conclu en 1943, entre les dirigeants chrétiens et musulmans pour une répartition confessionnelle du pouvoir, a constitué un «mensonge» dont la composante musulmane de la population en a été la victime».

…«Tous les Présidents de la République Libanaise (maronite) qui sont succédé au pouvoir depuis l’indépendance, en 1943, ont collaboré dans le plus grand secret avec Israël, incitant régulièrement les États-Unis, la France voire Israël même à une intervention militaire directe au Liban en leur faveur.

La guerre du Liban n’a fait que confirmer cette lourde tendance comme le révèle l’équipée suicidaire des milices chrétiennes et leur alliance contre-nature avec un état le plus antinomique à la composition du système politique libanais, fondé sur le pluralisme et la diversité, quand bien même les chrétiens arabes auront le plus pâti des menées occidentales contre le Monde arabe.

En 1969, le président Charles Hélou adressait un message secret aux dirigeants israéliens les assurant en ces termes à propos de la présence des Fedayine sur le sol libanais: «Je comprends parfaitement les problèmes que posent pour Israël les Fedayine, mais le gouvernement libanais n’est pas en mesure de stopper leurs infiltrations vers l’État hébreu.

Dans un deuxième message, Charles Hélou consentait aux raids israéliens contre les Palestiniens au Liban sous réserve que les Israéliens observent certaines règles. Une attitude identique a été observée lors de la guerre destructrice israélienne contre le Liban, en 2006, où le ministre de la défense Elias El Murr, recommandait aux Israéliens d’épargner les zones chrétiennes afin de ne pas dresser la population contre eux et de les contraindre à rallier par solidarité le Hezbollah.

Pour prix de sa forfaiture, M. El Murr sera propulsé au poste de Président d’Interpol. Pour aller plus loin sur Elias El Murr

2- Les Phalanges Libanaises (Hizb Al Kataeb): Bachir Gemayel, un «voyou».

Les Phalanges libanaises symbolisent mieux que tout cette tendance. Si ce parti a réussi à propulser deux de ses membres, les deux fils du fondateur, Bachir et Amine Gemayel, à la Présidence de la République, il a eu à déplorer l’assassinat de deux membres du clan Gemayel.

L’alliance contrainte avec Israël, un «gros mensonge» de la guerre.

«Le parti phalangiste entretenait avec les États Unis des liens extrêmement étroits. L’idée que le parti a été contraint de s’allier avec le diable, Israël, du fait de son isolement politique constitue une fable, un des gros mensonges de la guerre du Liban».

…«Les phalangistes bénéficiaient du soutien collectif de la Jordanie, des États Unis et des pétro monarchies du golfe.

…«Le leadership maronite (Camille Chamoun, Pierre Gemayel, Raymond Eddé) ont fait pression sur le Président de la République Charles Hélou afin qu’il ne rompt pas les relations diplomatiques du Liban avec les pays occidentaux, en signe de solidarité avec les pays arabes, à la suite de la défaite de juin 1967

…«Grand vainqueur des élections législatives de 1968, au lendemain de la défaite arabe, le trio maronite a bénéficié de l’aide financière directe américaine.

…«Dans la foulée du triomphe électoral du trio, toute une littérature politique prônant la neutralité du Liban et sa garantie par une protection internationale a fleuri dans le discours politique des dirigeants chrétiens», ajoute James Sotcker dans son ouvrage. Une rengaine reprise au cours de la guerre à chaque fois que le camp chrétien était en difficulté.

Dans un excès de zèle, destiné à s’attirer les bonnes grâces américaines, les dirigeants phalangistes ont proposé à l’ambassade américaine d’assurer sa protection par les miliciens du parti, de même que le quartier juif de Wadi Abou Jamil, où le parti faisait le plein des voix des libanais de confession juive à chaque élection législative. La proposition de déployer la milice phalangiste autour du quartier juif du centre de Beyrouth a été faite alors qu’aucun incident anti sémite n’avait été déploré.

Les dirigeants phalangistes ont fait valoir à leurs interlocuteurs américains qu’ils disposaient à l’époque d’une milice de 5.000 membres, doublée d’une troupe de choc de 50 à 70 membres.

Refusant d’armer directement le Parti Phalangiste, Henry Kissinger, secrétaire d’état de Richard Nixon a préconisé de renforcer l’équipement militaire de l’armée libanaise: «L’équipement de l’armée libanaise équivaut à l’armement de la milice phalangiste, car les officiers de l’armée libanaise sont des sympathisants des phalangistes», a-il fait valoir.

Parti politique essentiellement chrétien fondé en 1936 par Pierre Gemayel, Georges Naccache, fondateur du journal l’Orient, et Charles Hélou, futur Président de la République, les phalanges libanaises est un parti fortement nationaliste et militarisé depuis 1975.

Longtemps opposées à d’autres courants chrétiens, notamment au Parti National Libéral du Président maronite Camille Chamoun, ils concluront néanmoins des alliances ponctuelles avec leurs rivaux, notamment au sein des Forces Libanaises, lors de la guerre civile.

Les Phalanges ont été impliquées dans de très nombreux actes de guerre et massacres pendant cette période, notamment les massacre les camps palestiniens de la Quarantaine, janvier 1976, et celui des camps palestiniens de Sabra-Chatila, Août 1976. Le parti a connu des dissensions internes sur le rôle à accorder à la Syrie (rivalités entre Elias Hobeika et Samir Geagea, les deux lieutenant de Bachir Gémayal). Il en est sorti affaibli.

Richard Murphy, ambassadeur des Etats Unis en Syrie, en poste dans la zone à la fin de la décennie 1970 jugeait Bachir Gemayel, chef militaire des phalangistes et fondateur des «Forces Libanaises», comme un «voyou».

Le tropisme pro-israélien n’est pas l’apanage du leadership maronite. Le clan Hariri a témoigné de la même sollicitude à l’égard de l’«ennemi officiel du Monde arabe». Ainsi le ministre sunnite de l’intérieur Ahmad Fatfat ordonnera à la caserne de gendarmerie de Marjeyoun (Sud-Liban) d’offrir l’hospitalité à des soldats israéliens pourchassés par le Hezbollah, lors de la guerre de destruction du Liban, en 2006 et le ministre druze des télécommunications, Marwane Hamadé, dévoilera au ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner, un philo sioniste avéré, le réseau de télécommunications du Hezbollah afin qu’il soit procédé à son démantèlement au cours de cette offensive.

Version arabe sur ce lien

3 – La stratégie de la tension

A – Les milices chrétiennes ont reçu des armes des Etats Unis, d’Israël, de la Jordanie, et de l’Iran du Chah d’Iran. Le leadership maronite était déterminé à précipiter le pays dans une confrontation généralisée avec ses adversaires, alors que la gauche libanaise et les Palestiniens temporisaient, faisant de leur mieux pour éviter de projet et le Liban dans le précipice.

B- La France et la Jordanie ont plaidé tant auprès des Etats Unis que d’Israël en faveur d’une intervention militaire syrienne au Liban en vue de stabiliser la situation.

C- L’OLP a assuré la protection de l’ambassade des États-Unis durant cette période via l’Armée Arabe du Liban, commandée alors par le lieutenant Ahmad Al Khatib et veillera à assurer l’évacuation des ressortissants américains. La centrale palestinienne n’engagera véritablement ses troupes dans la guerre qu’en septembre 1976, après la chute du camp palestinien de Tall Al Zaatar, soit 17 mois après le début de la guerre.

D – Pour emporter l’adhésion de leurs interlocuteurs à leur cause, les dirigeants maronites ont initié une stratégie de la tension, multipliant les embuscades contre les palestiniens, dont l’une des plus sanglantes, aura été l’embuscade de Dekouaneh, dans la banlieue industrielle de Beyrouth, l’été 1974, suivie en Février 1975, de l’assassinat de Maarouf Saad, député nationaliste pro nassérien de Saida (Sud- Liban), qui se trouvait à la tête d’une manifestation de pêcheurs protestant contre la gestion de la firme «protéine», chargée de recycler les produits de la pêche, dont le président du Conseil d’administration n’était autre que Camille Chamoun, le chef du Parti National Libéral et de la milice des «tigres».

1- L’incendie du Centre ville

L’incendie du centre ville (juin 1975) a résulté d’une «épreuve de force» entre Camille Chamoun, à l’époque ministre de l’intérieur, et ses rivaux au sein du leadership maronite. En élargissant délibérément le conflit au centre ville qui abritait les fameux souks, à l’intersection des zones chrétienne et musulmane de la capitale, M. Chamoun voulait «forcer l’armée à intervenir et à prendre position dans la guerre».

2- La bataille des Hôtels

En portant la bataille dans le quartier des grands hôtels (Hôtel Saint Georges, Holliday Inn) notamment, en Septembre 1975, les Phalangistes visaient en fait à s’emparer de la Banque Centrale, le nerf de la guerre.

Sur l’importance stratégique et la fonction de l’Hôtel Saint Georges, sur ce lien

Version arabe de cette séquence sur ce lien

Pour aller plus loin sur la problématique des chrétiens arabes, leur équipée suicidaire durant la guerre, l’instrumentalisation du martyrologe, sur ces liens

Le martyrologe libanais entre culte de la mémoire et rente de situation ½

La famille Gemayel, Samir Geagea, Nayla Mouawad

Walid Joumblatt et le Clan Hariri

L’équipée suicidaire des phalangistes et de leurs alliés

La version arabe de ces extraits sur ces liens

Illustration

suite…

madaniya.info 3/3

Pour une poignée de pétrodollars, l’Europe a vendu son âme


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Témoignage : Moi, intellectuel algérien, et l’ALN-ANP


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Illustration:  Des indépendantistes algériens faits prisonniers par l’armée française en juin 1957, près de Tebessa. STF / INTERCONTINENTALE / AFP

Par Abdel’alim Medjaoui, moudjahid, écrivain.

Sous le titre « Les intellectuels et l’ANP », B. Mili a traité de la question du malaise des intellectuels vis-à-vis de l’armée et il a tenté d’en expliquer, à partir de son expérience, les ressorts historiques.
Intervention stimulante qui me pousse à prolonger l’exercice en donnant mon point de vue sur le sujet…

Automne 1954

Je m’inscris en propédeutique médicale (PCB) à Alger. Mon but : devenir médecin, pour bien gagner ma vie et m’assurer un peu de dignité dans le monde colonial.
Au même moment, d’autres s’affairaient aux derniers préparatifs de la lutte armée…
J’avais fait la connaissance du Dr Nekkache. Un homme profondément moderne, mais tout aussi profondément enraciné dans ce petit peuple d’employés, d’ouvriers, de lettrés, d’artistes, etc., en particulier de M’dina J’dida, où son cabinet était situé…
Il y réunissait chaque week-end des jeunes (scouts, lycéens,…) pour des activités culturelles et scientifiques. C’est là que j’ai appris, entre autres, comment prendre en charge un blessé, un malade en cas d’urgence…

Ma rencontre avec l’ALN

Nekkache me préparait aussi à ma 1ère année universitaire. Je réussis au PCB et m’inscrivis en 1ère année de médecine.
Entretemps je faisais plus attention à ce qui passait autour de moi, ma préoccupation n’étant plus centrée sur mon seul but, même si en début d’année universitaire, je m’étais juré, avec mon ami Youcef – le futur colonel Hassan – de forcer la porte de la médecine hospitalière, disputée entre seuls mandarins juifs et chrétiens et leurs rejetons (1).

De plus, j’avais compris que Nekkache était de ce mouvement enclenché le 1er novembre, qui commençait à m’intéresser, fin 1955, parce qu’entre autre le pouvoir colonial n’arrivait pas à l’étouffer.
Dans La Nuit coloniale (2), Ferhat Abbas expliquera pourquoi l’intellectuel qu’il était, s’est finalement rangé du côté des « nationalistes algériens emprisonnés » : Ils « cessent d’être considérés par l’opinion musulmane comme de jeunes irresponsables. Ils deviennent des martyrs et des précurseurs de la seule émancipation possible. L’instinct populaire, que rien ne vient distraire, est plus puissant que les meilleures constructions juridiques et les plus belles spéculations de l’esprit.»

Je me convainquis que ces hommes me montraient le chemin de la dignité réelle et décidai de les rejoindre. Youcef était partant lui aussi… J’en informai le Dr Nekkache… qui nous ouvrit directement la voie vers l’ALN. Alors que Youcef la rejoignait, je devais, avant d’y aller moi-même, faire profiter des jeunes qui s’y engageaient de mon petit savoir-faire sur les soins d’urgence. Avec la grève, nombre d’étudiants et de lycéens, en route pour le maquis, devaient passer par l’« école » que j’animais sous l’égide de la grande Nefissa Hamoud.

C’est seulement en août que je deviens maquisard. Là encore, je prends en charge, avec les amis étudiants qui m’avaient devancé, l’organisation du service de santé de la région. L’ALN, dans cette zone 1 de la wilaya 3, était fière de nous, de même que la population de la région pour qui nous concrétisions cet « état démocratique et social » que la Révolution s’était engagé à établir. Et l’ennemi, s’acharnant à nous poursuivre, spécialement, et à nous remplacer par l’offre sanitaire de ses SAS auprès de la population, montrait l’importance du rôle que nous jouions dans le système de l’ALN.

C’est un autre lieu d’expression du FLN que je vais rejoindre après mon arrestation en février 1957. À travers camps et prisons où l’on m’a trimbalé, je défendais, avec mes frères d’infortune, l’honneur de détenus FLN.
Dans ces espaces – et en particulier à Lambèse qui arborait férocement son appellation « Maison de force et de correction » sur le monumental portail d’entrée – on devait, dans des conditions épouvantables où la mort était toujours en maraude, imposer, petit à petit, notre droit à la dignité d’Algériens.

Je suis fier d’avoir participé à l’œuvre de salubrité humaine, grâce à quoi s’est imposé patiemment, à une France raciste et inhumaine, sous les oripeaux de 1789, un régime de droit presqu’humain jamais connu dans ses prisons…
Cette œuvre salutaire s’est déployée y compris dans l’univers concentrationnaire sans droit : « camps [dits] de regroupement », où les femmes ont inscrit des pages somptueuses de résistance qui ont à peine ému quelque Michel Rocard impuissant à changer quoi que ce fût, ou quelque photographe utilisé pour des portraits d’état-civil ; et « camps spéciaux », où se sont distingués un Moustapha Khalef, un Abdelhamid Benzine ou un Yacine Isaad, n’hésitant pas à risquer leur vie pour porter à la connaissance du monde les horreurs qu’une France sans scrupules lui cachait. Pour cela, Moustapha tombera au champ d’honneur !

Ces incarcérations de masse ont réuni des miniatures d’Algérie où étaient représentées toutes les régions du pays et toutes les couches sociales. Je me suis enrichi à avoir été de cette humanité bariolée, chaleureuse et solidaire dans l’adversité… J’y rencontrai même des gens de ma région, de ceux qui, hier, subjugués par l’oppression coloniale, me traitaient de « balisi » (satanique), parce que j’étais « badisi » (adepte de Ben Badis). La Révolution les avait rendus à leur humanité nationale…

Ma rencontre avec l’UGEMA et le FLN

Septembre 1961 : libéré… me voici, le 1er novembre, à Bruxelles où je vais refaire ma 1ère année de médecine. J’y retrouve, président de la section de l’UGEMA, un ancien condisciple qui m’a assuré d’une bourse UGEMA… Je retrouve également un autre ami de médecine d’Alger, responsable, lui, de la section des « étudiants du parti »; lui aussi me promet l’aide du « parti ». Il m’a parlé de frictions entre les deux structures, et je lui ai promis d’agir pour ramener l’harmonie entre militants.
En m’informant de l’objet du litige, je découvrais l’UGEMA, d’un côté, et le FLN, de l’autre.

L’UGEMA, d’abord

J’apprends que, pour le renouvellement du bureau prévu en ce début d’année universitaire, le « parti » exige que l’on désigne comme président, le chef de la section des « étudiants du parti ». C’est contraire aux règles de fonctionnement de l’Union : le bureau de section est élu en assemblée générale par les étudiants de la section, sans quoi la direction ne le valide pas. Et rien ne s’oppose à ce que ce chef tente sa chance en se présentant au vote de la base.

La vie démocratique de l’UGEMA, à tous les échelons de l’Union, est un acquis de modernité novembriste qui lui vaut une reconnaissance internationale, et assure à la cause de l’indépendance qu’elle défend, le soutien des organisations d’étudiants des pays occidentaux et des pays socialistes sans qu’elle ait à épouser leurs querelles idéologiques…

Elle doit cette orientation à son congrès constitutif en juillet 1955 marqué par le large débat autour du « M » (musulmans).
Le « M » lui a donné, dans le cadre de la loi coloniale (de 1901), le statut d’institution nationale de l’Algérie non française. L’orientation a été renforcée ouvertement, dans le sens de l’adhésion au FLN-ALN, par le 2e Congrès tenu à Paris un an après, en présence de représentants d’associations étudiantes étrangères. On heurtait de front la loi coloniale, d’où l’interdiction immédiate de l’UGEMA et un procès à ses dirigeants. Moment important du combat politique contre le colonialisme au cours duquel l’UGEMA a reçu le soutien de l’opinion étudiante internationale.(3)

Fort de ces renseignements, je pense pouvoir trouver un terrain d’entente avec mon ami, chef des « étudiants militants ». Qu’il tente sa chance devant la base !
– J’étais naïf. Car là, je découvrais le « FLN »… de Bruxelles, un « FLN » qui ne pouvait être celui qui m’avait chaleureusement accueilli dans l’ALN… Ce « FLN »-ci se montrait décidé à sacrifier le profit politique qualitatif que notre Union apportait à la cause nationale…

Par ma seule présence à l’Université libre de Bruxelles (ULB), j’enrichissais ce profit.
Les étudiants et enseignants belges qui m’avaient reçu parmi eux, voyaient en moi un homme « civilisé » (« tu es comme nous », me disaient certains étonnés). Mon image jurait avec celle de notre ALN-FLN fabriquée par la propagande française. J’informais mes hôtes, dans des tribunes organisées pour m’écouter, que j’avais rejoint l’ALN et assuré un service public de santé jamais tenu par la France là où j’ai officié ; que j’avais été arrêté, et vécu des tourments dont je ne pensais pas sortir vivant ; mais que ces tourments n’étaient rien par rapport aux terribles souffrances matérielles et morales infligées à mon peuple par une France infidèle à ses valeurs de 1789…

J’allais d’ailleurs vivre, lors des examens de fin d’année, un moment exaltant avec mon examinateur en physique, un grand patron en la matière : il me félicitait, non pour le succès à mon examen – cela allait dans dire –, mais pour l’indépendance de mon pays. Mon professeur me dit sa fierté d’avoir un peu contribué à notre victoire en nous recevant à l’ULB. Il m’a assuré que notre révolution nationale pouvait compter, pour la construction du pays, sur l’apport des nombreux amis que notre lutte nous avait gagnés à travers le monde… Je sortais de là rayonnant. J’étais réconcilié avec la vie et convaincu de la justesse de notre défense de notre section UGEMA.

Devant notre résistance, ce « FLN » inventa une nouvelle tâche à notre intention : il nous fallait militer en cellule avec les ouvriers ! Invention d’intellectuels dont le sens populiste échappait à ses auteurs : en utilisant les ouvriers pour nous sanctionner, pensant nous rabaisser, ils trahissaient leur mépris des ouvriers. N’ont-ils pas compris qu’un militant du FLN, du moins celui de Novembre, est celui qui apporte à la lutte de libération nationale son savoir-faire irremplaçable que son parcours dans la vie lui a permis d’acquérir ?

Ainsi, au maquis, j’apportais ma contribution spécifique à la lutte armée, comme le manieur du pistolet mitrailleur la sienne.
Je n’ai pas eu les mêmes aptitudes que mon ami Youcef (ou le chahid Lotfi, ou les regrettés Kafi et Boumédiène), tous intellectuels comme moi ; sinon, j’aurais pu avoir l’honneur de diriger une région ou une wilaya ou même le pays, comme me l’offrait la Révolution !

Moi l’ex djoundi et détenu ALN devenu UGEMA

Étudiant à l’extérieur du pays, je me trouvais devant deux structures, la section de l’UGEMA et celle des « étudiants du parti ». La première, une institution, avait une histoire marquée au sceau de Novembre, et des résultats probants en faveur de l’indépendance. Et la seconde ? Une structure adventice qui veut caporaliser, phagocyter l’autre, et pourquoi ?

Nous avons « milité » dans les « cellules ouvrières » sans céder sur la préservation de l’UGEMA. Nous n’avons pas été désarçonnés par une lettre du Vice-Président du GPRA nommant, de Tunis, le chef des « étudiants militants » à la tête de notre section. Nous avons refusé cette mesure arbitraire, accusant nos vis-à-vis d’avoir désinformé Tunis !
On nous marginalisa alors et on nous exclut… de la fête du 5 Juillet 1962, devenue fête du GPRA !

Le coup d’État « soft » contre la Révolution

Nous vivions une dérive locale, mais sentions confusément que la direction de la Révolution était en crise ; d’autant que des bruits nous parvenaient de Tunis qui n’étaient pas réconfortants. Et, personnellement, je mettais mon espoir en cet État-major de l’ALN – quoi qu’on en ait dit – qui semblait s’opposer à ce GPRA soutenu, disait-on, par Bourguiba.
Et, la crise se confirma, dramatique, en 1962…

Plus tard, L’indépendance confisquée de Ferhat Abbas (Flammarion, Paris, 1984), me signalera un point important d’histoire : le changement qui a prévalu au GPRA. Pour mieux faire face aux négociations, a-t-on avancé, on a mis un président dit « révolutionnaire », à la place du président prétendu « réformiste ».
C’était un coup d’État contre Novembre, ourdi sur la base de symboles (4) que ce dernier avait rendus inopérants, mais que le « centralisme » a remis à l’honneur pour dire sa volonté « révolutionnaire » de prendre en main l’indépendance !

– Par ce coup d’État, les chefs ex « centralistes » ont rétréci, à leur ex mouvance organique, le large champ national d’action unie et solidaire des différentes couches sociales ouvert par la Révolution du 1er Novembre.
L’histoire avait pourtant jugé : ils avaient en effet bloqué les cadres et la base militante qui était sous leur coupe pour qu’ils ne participent pas à « l’aventureuse » lutte armée ; mais celle-ci s’est victorieusement lancée malgré ce blocage. Ils n’ont pas compris la chance que leur a donnée Abbane en les « réhabilitant » pour les recycler dans le mouvement : ils s’y sont alors considérés comme s’il était une simple continuité du PPA-MTLD ; ils n’ont eu de cesse alors que d’y conquérir, en tant que « politiques », une place dirigeante par rapport aux « militaires » de la lutte armée…

– Ils ont, surtout, désuni ces forces que la Révolution avait entraînées, qui se sont alors opposées les unes aux autres. Ils ont introduit le putschisme dans la révolution et éclaboussé ainsi l’image de l’Algérie révolutionnaire, qualifiée depuis d’autoritaire, dirigée par un pouvoir militaire. Mais le coup ne venait pas des « militaires », mais d’un pouvoir civil, et il n’a pas été dirigé contre les « militaires » et l’ALN, sinon il n’aurait pas commencé par viser F. Abbas et ses amis, notre UGEMA, …, c’est-à-dire de nombreuses forces « civiles » qui s’étaient reconnues en Novembre.

Reste à comprendre le sens de l’intégration des « 3B » à ce néo- « Comité central ». Ces « 3B » avaient représenté le « militaire », face au (ou à côté du) « politique », figuré par les ex-« centralistes », dans cette simplification organique de Novembre qui a prévalu à partir d’un certain moment de la guerre de libération. La fermeture des frontières par Challe avait-elle rendu les « 3B » à leur plus simple expression ? Ou s’étaient-ils accrochés au char du GPRA « révolutionnaire » par solidarité gouvernementale ? Seule une recherche sérieuse et objective permettrait de répondre à de telles questions et à d’autres…
Le résultat de ce coup d’État « soft » est éloquent. Qu’on en juge !

Un oukase du GPRA 3

C’est avec un état d’esprit respectueux envers tous mes aînés du mouvement national que j’apporte ce témoignage. Et je suis conscient de la difficulté de l’exercice :
difficulté à dire ma peine de ce qu’avec mes amis UGEMA, nous ayons été traités d’ennemis de la
Révolution… – et en même temps, difficulté à analyser les tenants de ces souvenirs pénibles, de prendre la posture de l’historien, non pour juger mais, pour trouver une explication au geste dont nous ne vivions qu’un aspect local, mais qui a abouti à la dissolution de l’UGEMA.
Un oukase du GPRA 3 a présidé en effet à cette mise à mort.
Ayant imposé une « section des étudiants du Parti » organiquement dépendante de lui, il réduit ainsi une UGEMA pouvant – sait-on jamais, du fait de sa relative indépendance institutionnalisée par Novembre ? – poser problème à ses projets élitaires exclusifs.

Le GPRA 3 a même pensé, renouvelant ce traitement de l’UGEMA, s’appuyer sur l’ALN de l’intérieur, contre l’É.-M. G. qu’il ne maîtrisait pas. Il a envoyé des sortes d’« officiers militants du « Parti »», « sûrs », pour prendre en main les wilayas ALN par-dessus la tête de leurs chefs ! Mon ami Youcef en sait quelque chose, de même que le commandant M. Bennoui qui a dénoncé la manœuvre dans ses Mémoires…

Immenses dégâts ! Des décombres fumants de l’UGEMA surgissent des groupes d’étudiants en plein désarroi, qui se regardent en ennemis et se disputent les restes du mouvement. L’échec de la tentative de congrès tenu en été 1962 signe la fin de l’influence majoritaire du nationalisme militant chez les étudiants.

Naissance d’une UGEMA étriquée, L’UNEA

Les forces du nationalisme, désunies, cherchaient à régler la question du pouvoir. Et j’osais moi, le moudjahid qui avais pris le train en marche, porter un jugement dévalorisant sur d’autres moudjahidine au parcours étincelant, et dont certains ont été parmi les « précurseurs de la seule émancipation possible » qui m’ont donné conscience que je pouvais sortir de la soumission. J’osais me réjouir que le GPRA ait été « débouté », pour au moins ce traitement qu’il a fait subir aux étudiants… Cependant le pouvoir installé aux dépens du GPRA, au lieu de réhabiliter l’UGEMA, s’est dépêché de créer sa propre « section des étudiants du parti », reproduisant la tare générique d’étroitesse du GPRA 3…

Et c’est contre la volonté du « Parti » au pouvoir et malgré SES « étudiants » qu’est née l’UNEA, à la place de la défunte UGEMA. Les étudiants communistes ont su rallier assez de voix pour, démocratiquement, rompre le lien organique entre l’UNEA et le « Parti », et supprimer le M pour lui substituer le N… De mon exil intérieur, j’applaudis ce rapport imposé au « Parti ». Je ne tardais pas à rejoindre les rangs de l’Union, puis à en être un dirigeant…

Entretemps, le champ politique national « s’enrichit » d’une nouvelle charte, et c’est au nom de cette charte d’Alger que nous commettons l’innommable : nous excluons de l’UNEA sa section de Paris dont les dirigeants ont marqué des distances avec la Charte ! Je participe à reproduire, à mon tour, la tare d’étroitesse générée par le GPRA 3.
Le N se découvre beaucoup moins national que le M de l’UGEMA !

Et qu’en est-il de l’ANP ?

Nous la regardions avec méfiance, ce que confirmera, pour nous, le 19 juin 1965. J’avais rejoint le PCA et entrai avec lui en opposition, entrainant avec nous l’UNEA. Nous aggravions la tare d’étroitesse… en nous accaparant l’organisation des étudiants au profit de nos intérêts de parti…

Boumédiène, lui, déclare l’ANP digne héritière de l’ALN ce qu’il traduit par un gros effort de modernisation et de formation, en appui sur les DAF et les écoles de cadets de la Révolution, et par la réduction du FLN à un « appareil du parti »; par-là, il s’attaque à la source de la tare d’étroitesse…

Il entreprend de s’appuyer sur « les cadres de la nation », structure informelle avec laquelle il initie un débat autour de la politique de développement, désignée comme le Grand jihad et appuyée sur la valorisation des hydrocarbures. Ce débat se concrétise par la Charte nationale. Tout en se montrant attentif aux besoins des couches populaires, il déploie une audacieuse politique étrangère de neutralité active, et une politique de soutien aux mouvements de libération. Ce qui lui a coûté certainement la vie.

Sa disparition a été vécue comme un drame majeur par le peuple : qui montrait son inquiétude pour les lendemains d’une politique qu’il a sentie marquée par le souffle du FLN du 1er Novembre. Devant la profondeur de ce deuil populaire, le grand Boudiaf reconnaissait son tort de s’être opposé à Boumédiène et décidait de quitter la scène politique. Et notre « Saout-echaab », dont l’opposition s’était assouplie sans disparaître après le Qarrarna du 24 février 1971, a dû s’incliner devant la perte d’un « camarade de combat »…

Le coup de pied de mule des DAF

Mais l’inquiétude populaire n’était pas vaine : Le « parti FLN » est ré-intronisé en grande pompe, et les DAF sont inclus dans sa direction. Libérés de leur « employeur », ils s’enhardissent à s’imposer au politique : la tare d’étroitesse… est ici le fait d’un démembrement de l’ANP. Ils chargent le « parti » de maîtriser les cadres avec « l’article 120 » et patronnent une politique économique et étrangère détricotant celle de Boumédiène… et rapetissant donc l’Algérie à qui il avait redonné les couleurs de Novembre. Ils mènent alors le pays droit à la crise…

Et moi, dans tout cela ? Avec mon parti clandestin, nous continuons à soutenir certaines positions du pouvoir « dafiste » tout en nous opposant à d’autres…
Novembre 1986, les émules des DAF, les « capitaines de Boumédiène », frappent à la porte, en « redresseurs », pour exiger une sorte d’alternance. Le pouvoir tergiverse alors, sacrifie l’antidémocratique « Parti FLN », se constitue un « FLN » plus « clean », dans la cadre d’une ouverture démocratique qu’il leste de l’islamisme.
Nous n’avons pas saisi alors la gravité de cette mesure où nous n’avons vu que l’occasion de légaliser enfin notre parti.

Mais les « redresseurs » ont diagnostiqué, dans ce jeu irresponsable avec le feu islamiste, l’introduction mortelle dans le corps de notre société d’un « virus », d’autant plus dangereux qu’il s’introduit sous le couvert de l’Islam. Ils ont alors exigé la démission des responsables de cette grave dérive. Le premier responsable abdique mais emporte avec lui l’institution présidentielle. Ils réinitialisent la Révolution en la personne du grand Boudiaf… qui revient en disant sa confiance dans l’ANP !

L’islamisme saisit le danger, qu’il veut conjurer en le supprimant.
Attentat inexpiable ! Il vise à assassiner l’État national. Il est, sans doute, facilité par une certaine désinvolture (« dafiste »?) des services présidentiels de protection.
Mais c’est trop tard ! En rejoignant ses frères du 1er Novembre tombés au champ d’honneur, Boudiaf bouclait la boucle, éclairant de nouveau la voie qu’il avait ouverte avec eux… Les jeunes et le peuple, rendus à la confiance unitaire, plébiscitent à la présidence de la République un des dignes héritiers de l’ALN pour faire barrage à l’islamisme ravageur… L’ANP marquait là un point essentiel. On sentait cependant qu’il lui faudrait mener un effort sérieux pour limer ses excroissances « dafistes »…
Mais bientôt, elle nous remplira de fierté par le combat intelligent – où s’illustreront ses services ! – qu’elle mènera avec succès contre le « sida » islamiste, en appui sur les moudjahidine et le peuple qu’elle encouragera à se mobiliser…

Notes

  1. Cf. les Mémoires du regretté Pr Chaulet.
  2. Seuil, 1962 ; réédité par l’ANEP dont, en 2005, avec une présentation que j’ai signée.
  3. Le représentant de l’USNSA, C.-M. Henry a témoigné, à ce procès, du soutien des étudiants des USA aux étudiants algériens en lutte, à leur aspiration à l’indépendance. Il a été d’ailleurs expulsé aussitôt de France où il étudiait  Cet universitaire est l’auteur de la seule recherche sur l’UGEMA, du seul livre qui en a consigné les résultats sous le titre UGEMA (1955-1962) Témoignages. Casbah, 2010, 2012. Il y dit dans un texte qui introduit et éclaire sa thèse, que « L’UGEMA était […] l’incarnation vivante de la Révolution algérienne, pas uniquement pour les étudiants algériens […], mais aussi pour tous les étudiants admiratifs et solidaires de par le monde »!
  4. C’est Pierre. Bourdieu qui disait, sans aucun jugement de valeur, que « dès le moment où la révolution symbolique est en marche [et Novembre en est une], il y a place pour l’imposture de la révolution, le faire-semblant de la révolution. […] On voit apparaître des imposteurs qui, ayant compris avant les autres la révolution en cours, opèrent une conversion au moins apparente et cumulent, pendant un certain temps, les profits de la conservation et ceux de la conversion.» In « L’Effet Manet », Le Monde diplomatique, Nov. 2013, pp. 13-14.
A propos de l’auteur

Originaire de la région de Tlemcen, moujahed en Kabylie, parlant couramment l’Amazigh. Medjaoui ‘Abdel’alim, né en juillet 1935, détient une licence en sciences économiques de l’université d’Alger et un DEA en histoire soutenu à Paris VIII. Il a interrompu des études médicales en 1956, date à laquelle il a rejoint l’Armée de libération nationale (ALN). Arrêté, il a été condamné à 5 ans d’emprisonnement… À l’indépendance il a rejoint le parti communiste et a été un des dirigeants de l’Union nationale des étudiants algériens et du parti de l’Avant-garde socialiste.

 

L’élimination d’Abou Bakr Al Baghdadi signe l’éradication complète du Cercle de Tall Affar, le noyau turkmène fondateur de Daech


madaniya.info

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L’élimination d’Abou Bakr Al Baghdadi par un raid russe sur Raqqa, Nord de la Syrie, le 25 Mai 2017, si elle était confirmée, signerait l’éradication complète du cercle de Tall ‘Affar, le noyau turkmène fondateur de l’État Islamique.

Pivot de Daech, ultime survivant du Cercle de Tall’Affar et du camp de Bucca, sud de l’Irak, la disparition du Calife Ibrahim revêtirait certes une lourde signification par sa portée symbolique. Mais ce désastre ne saurait remettre en cause le projet de restauration du Califat islamique, en dépit des défaites majeures subies par l’organisation djihadiste, ni de ses lourdes pertes en vies humaines, en dépit de sa politique suicidaire menée à l’encontre des minorités sous son emprise, les Chrétiens et les Yazédis qu’il s’est aliéné par les persécutions qu’il leur a fait subir, plutôt que de les amadouer.

La chute probable de Mossoul, selon toute vraisemblance, va relancer les tensions inter communautaires, exacerbées par une hyper fragmentation de la société irakienne du fait de quinze ans de guerres intestines. Elle pourrait inciter Daech à compenser la perte territoriale de son califat en terre arabe par un plus fort ciblage européen. Une «branche européenne» de Daech aurait d’ailleurs été créée à cet effet, constituée de près de 5.000 volontaires auparavant engagés dans les combats en Syrie et en Irak.

1 – Le cercle de Tall’Affar

Le cercle de Tall’Afar, noyau dur de Daech, était dirigé par Abou Ali Al Anbari, de son vrai nom Ala’ Qodrache, Turkmène originaire de Tell’Afar.
Le «cercle de Tall’Afar» tire son nom de la ville du Nord-Ouest de l’Irak, qui abritait durant l’embargo international contre l’Irak (1990-2003), un des sites d’où étaient déployés les batteries de la défense anti aérienne pour la neutralisation des avions des forces de coalition de l’Opération «Northern Watch 1», chargée de faire respecter les zones d’exclusion aérienne faisant suite à l’embargo décidé par l’ONU.

Située à 45 km à l’Ouest de Mossoul, dans la province de Ninive et à 60 km de la frontière syrienne, elle est peuplée d’environ 170.000 habitants, arabes sunnites, kurdes, turkmènes et chiites. L’édifice était chapeauté par les Turkmènes du «Cercle de Tell’Afar», sous la direction d’Abou Ali Al Anbari, qui en verrouillait les principales articulations.

Les cadres irakiens ont joué un rôle déterminant dans la définition de cette idéologie, résultant d’un double impératif: Disposer d’un gisement humain sunnite apte au combat tout en maintenant la cohésion d’un groupe hétéroclite traversé par des courants contradictoires.

A – Les principaux membres du cercle

SAMIR Al KHALFAOUI (Hajji Bakr), de même que ses camarades du parti Baas, étaient des laïcs, mais ont souhaité tirer leur légitimité de Dieu. «La domination des peuples doit être exercée par une élite ultra-minoritaire, car son objectif est de servir les intérêts supérieurs… «Pour ce faire, elle doit tirer sa légitimité de Dieu ou de la grandeur de l’Histoire». Dixit cet ancien cadre supérieur baasiste.

Partant du principe que les croyances religieuses extrémistes ne suffisaient pas à elles seules à forger la victoire, la synthèse doctrinale a visé à concilier les tendances contradictoires du groupement, débouchant sur la formulation de la théorie de l’«État Islamique».

L’empressement à proclamer le Califat répondait au souci de couper la voie à tout retour en arrière. Durant leur incarcération, pendant trois ans (2005-2008), les conciliabules se sont déroulées d’une manière intensive entre prisonniers irakiens des camps américains et ont visé à faire connaissance d’abord, à se jauger ensuite, à se faire confiance et à réduire leurs divergences, enfin.
Parmi les participants à ce cénacle carcéral insolite figuraient deux généraux, huit colonels, deux commandants, ainsi que Cheikh Ibrahim Awad Al Badri, le futur calife.

Deux généraux Adnane Al Bibaloui et Ibrahim Al Habbani. Huit Colonels (Samir Ben Hamad Al Khalfaoui, Adnane Najm, Fahd Al Afari, Assi Al Obeidi, Fadel Al Ayssawi, Mohannad Al Latif Al Soueidy, Nabil Al Mouayin). Deux commandants (Mayssara Al Joubouri et Adnane Al Hayali) ainsi que Cheikh Ibrahim Awad Al Badr.

Au terme de trois ans de conciliabules, les participants sont convenus de se retrouver à leur sortie de prison pour la poursuite de leur action d’une manière concertée.

2 – Le camp de Bucca

Le camp de Bucca, sud de l’Irak, était un centre de détention aménagé par les Américains pour y incarcérer leurs adversaires et ennemis durant leur occupation de l’Irak. Il comprenait 24 baraquements, chaque baraquement contenait 1.000 prisonniers, soit au total 24.000 prisonniers.
Dix sept des vingt cinq dirigeants de Da’ech, en charge des opérations en Irak et en Syrie, ont séjourné à la prison de Bucca entre 2004 et 2011. Ibrahim Awad Al Badri, alias Abou Bakr Al Baghdadi, a été détenu de 2006 à 2008.

Situé près du port d’Oum Qasr, dans le sud de l’Irak, le camp de Bucca avait été aménagé par les américains lors de la 1 ère Guerre d’Irak (1990-1991). Il sera employé également comme camp de prisonniers dès 2003 par les forces britanniques en Irak.

Après le scandale de la prison d’Abou Ghraib, en 2004, les conditions de détention se sont améliorées. Abandonnée en 2009, elle devrait être transformée en pôle de développement économique avec l’implantation d’hôtels, et de dépôts logistiques pour l’industrie pétrolière.

Samir Al Khalfaoui, alias Hajji Bakr, prisonnier de 2006 à 2008 au camp de Bucca, puis transféré à la prison d’Abou Ghraib, a été tué à Tall Rifaat à Alep en Janvier 2014. Il a transposé au djihad son expérience acquise sous le régime de Saddam Hussein, clonant l’EI sur le modèle de l’appareil sécuritaire baasiste, hérité de la STASI, la police allemande de l’ex RDA.

Les documents manuscrits découverts au domicile de Samir Al Khalfaoui, à son décès, révèlent que dans sa conception, l’EI n’était pas un groupement religieux mais sécuritaire. Nationaliste, selon le qualificatif du journaliste irakien Hachem Al Hachem, Samir AL Khalfaoui était un ancien officier de la base aérienne irakienne de Habbaniyah, expert en logistique.

Le général Adnane Biblaoui est l’initiateur du plan de conquête de Mossoul. Tué lors de l’assaut, la conquête de Mossoul lui a été dédiée et la bataille porte son nom, en sa mémoire.

La biographie des principaux dirigeants de l’état Islamique (Abou Mouss’ab Al Zarkaoui, Abou Omar Al Baghdadi, Abou Bakr Al Baghdadi, Adnane Biblaoui, Hajji Bakr.) Sur ce lien: http://www.madaniya.info/2014/09/15/daech-des-hijras-illusoires-aux

Propos d’un dirigeant de Da’ech: «Nous étions convenus de nous retrouver à notre sortie de prison. Notre mode de liaison était simple. Nos CV étaient inscrits sur l’élastique retenant nos sous-vêtements. Tout y figurait, le numéro du portable, le lieu d’habitation. Tout le monde est revenu de détention en 2009. Nous avons repris alors nos conciliabules». Fin de citation (Cf. «Les conditions d’allégeance et de gouvernance». Centre d’Études des mouvements islamiques (Al Harakate Al Islamiyah lil Dirassate).

Les Arabes avaient la haute main sur l’Information, notamment les syrien tel Taha Sobhi Falaha (Abou Mohamad Al Adanani), en sa qualité de porte-parole de l’EI. Malgré la fusion opérée entre arabes et étrangers, l’élément irakien est demeuré toutefois prédominant dans les postes les plus élevés et les plus sensibles.

Ibrahim Al Badri, alias Abou Bakr Al Baghdadi, a réussi à moderniser son groupement en s’appuyant, sur le plan militaire, sur le bloc des anciens officiers de l’armée irakienne, notamment Samir Al Khalfaoui et Abdel Rahman Al-Biblaoui. La branche militaire est ainsi devenue une forte armée régulière cohérente et professionnelle.

Le chef de l’EI a réussi en outre à tirer profit des expertises des Arabes et des étrangers, notamment les personnes originaires du Golfe à l’exemple des saoudiens Omar Al Qahtani et Osmane Nasser Al Assiry, du bahreini Turki ben Moubarak, alias Turki Al Benghali et le tchétchène Abou Omar Al Shishani ainsi qu’Abou Hammam Al Atrabi.

En dépit de cette infrastructure et de l’organigramme dont il s’est doté, le groupement n’a cessé de se comporter en organisation de type milicienne où règnent le désordre et le clientélisme.

L’EI est subdivisé en 18 circonscriptions administratives réparties entre la Syrie et l’Irak, mais l’aménagement du territoire n’a pas pour autant mis un terme aux dysfonctionnements tant les provinces de même que les administrations souffraient de désorganisation.

Le chef de Da’ech réussira néanmoins à compenser ces insuffisances en confiant les postes clés à des hommes de confiance qui réussiront à maintenir la cohérence du groupe, en l’occurrence le bloc des anciens officiers de l’armée irakienne, qui seront placés à tous les niveaux de responsabilité, dans tous les domaines (sécurité, militaire, organisation, élaboration de nouvelles méthodes de combat et la planification des nouveaux raids).

3- Ibrahim Awad Al Bakri: Abou Bakr Al Baghdadi, une usurpation d’identité

suite…

Centenaire des accords Sykes-Picot: Du renouvellement de la question d’Orient


madaniya.info

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mai 20, 2016

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Du renouvellement de la Question d’Orient

«Il n’y a rien au monde de plus difficile à exécuter, ni de moins assuré de succès, ni de plus dangereux à administrer que le fait (…) d’introduire un nouveau système de choses (…).» Machiavel, Le Prince, Livre VII.

Le Proche/Moyen-Orient est coutumier des crises, certes, mais il vit depuis le tournant des années 1970/1980 une crise d’un genre nouveau dans la mesure où elle s’inscrit dans une reconfiguration, l’un dans l’autre, régionale et mondiale qualitativement différente de celle qui avait configuré la région et le monde aux lendemains des deux Guerres mondiales et l’exécution de l’Empire ottoman.

La crise ne date évidemment pas des révoltes arabes de 2011 qui n’en ont donné qu’une des plus spectaculaires «mise en évènement». On peut en déceler les premières traces au tournant de la décennie 1970, me semble-il. C’est en 1973 qu’on pourrait en repérer le premier indice -bien que resté longtemps méconnu-, lorsque les régimes arabes de l’époque, tous sunnites (ou d’«idéologie sunnite» comme la Syrie baathiste des Assad), signaient avec la Guerre d’octobre 1973 la dernière de leur guerre contre Israël et, dans la foulée, la faillite de leur hégémonie régionale, clef de voûte du système sykespicotien.

On peut en collationner les traces essaimées depuis les années 75 par les crises d’État à répétition qui ont emporté, avec les révoltes arabes de 2011, les États-Nations (sic) sykespicotiens de la post-colonisation (Libye, Syrie, Irak, Yémen), pendant que les autres (Bahreïn, Egypte, Tunisie, Jordanie, Liban) représentent des lieux de trouble où se manifeste l’impuissance de l’État-Nation à exercer sa souveraineté.

Les chiites et les Kurdes, les grands absents des accords Sykes-Picot.

En filigrane de cette faillite, on pourrait repérer un autre de ces indices, lorsque, en 1979, la révolution khomeyniste triomphante, lança la montée en puissance de l’Iran chiite à l’assaut de l’Orient sykespicotien et qu’il y émergea, comme acteur chiite qui en avait été exclu ab origine; Indice souligné en abyme par une autre émergence, celle des Kurdes, l’autre occulté du Grand partage sykespicotien.

Dans les interstices de cette dynamique nouvelle, on pourrait repérer un autre de ces indices: la proclamation califale de l’État islamique (2014) marquant ainsi la tentative des sunnites d’y faire retour, mais en ordre dispersé et antagonique puisque sous le sceau d’une profonde crise qui décime, dans son intimité, la pensée sunnite et plus particulièrement ses franges radicales, de tradition hanbalite (1).

Et enfin, dans l’écheveau de ces dynamiques multiples et contradictoires, le «facteur des facteurs», l’invasion étatsunienne de l’Irak en 2003, laquelle invasion devait saisir l’entièreté de la géopolitique du Pouvoir au Proche/Moyen-Orient, sa distribution et sa reconfiguration, et précipiter cette multitude de crises orientales dans une seule et même Crise.

La prolifération des indices en un laps de temps si court, même pas un demi-siècle, en indiquerait l’amplitude sans indiquer pourtant la trame qui les tisse. Car, de caractère systémique, la Crise s’est mutée en manière d’être caractéristique d’un système entré en régime de crise dans cet entre-deux qui va du «déjà mort» sykespicotien -mort, certes, mais toujours pas de sa belle mort- à «ce nouveau qui n’arrive toujours pas à advenir», ce qui pourrait expliquer de façon plausible ce chambardement – ou cette transfiguration aux dires de certains – qui échoit à la région. C’est bien pour cela d’ailleurs, que le titre de mon propos, s’intitule «le renouvellement» de la Question d’Orient plutôt que «recommencement»; dans «recommencement» on aura reconnu la répétition -comme ce fut le cas des crises régionales entre l’exécution de l’Empire et les années 1970/80- pendant que c’est l’idée de remplacement qui préside à «renouvellement» comme je pense être le cas de la Crise dont je parle.

Or donc, un Orient chasse l’autre. Et c’est comme si le ciel, le soleil, les éléments, les hommes avaient changé de mouvements, d’ordre et de puissance par rapport à ce qu’ils étaient.

Tout a changé, car «l’ordre… qui assigne aux choses différentes la place qui leur convient»(2) s’est effondré. Tout a changé! L’un dans l’autre, simultanément ou tout à la fois, le destin gépolitico-stratégique de la région; son centre de gravité qui s’est déplacé du Bassin Palestinien vers le Bassin du Golfe; la reconfiguration des «amis/ennemis» si brouillé que même Dieu ne reconnaitrait pas les siens; ses acteurs qui d’étatiques se trouvent désormais bousculés et submergés par une prolifération d’acteurs non-étatiques qui ont fait irruption sur les scènes et locales et régionale; la fluidité et la porosité des frontières remis en question, les règles du jeu et la nature des guerres et des conflits qui s’y déroulent. Tout! Vraiment tout. Comme il faudrait tout un ouvrage, et volumineux, pour venir à bout de ce «Tout» évoqué tout juste, je me contenterai, dans ce propos, de parler de la Crise elle-même, celle du système, qui me semble être l’indice des indices, c’est-à-dire celui de par lequel les autres indices font sens.

Le système Sykes-Picot en crise

Mais déchiffrer les mutations qui travaillent cet Orient second, prendre la mesure de ce qui s’y effondre ou advient, ne peut se faire, me semble-t-il, sans s’interroger sur ce que fut l’Orient ancien, sykespicotien, pour mieux s’interroger sur cet Orient second qui cherche à prendre sa place, dans un univers brouillé, d’autant qu’à la différence de la crise qui emporta l’Empire ottoman, celle qui se décline aujourd’hui, se décline dans un vide stratégique, pendant que le sort de la crise de l’Empire fut scellé par les Grandes puissances coloniales de l’époque (Royaume-Uni et France à l’issue de la Première Guerre mondiale), le nouvel Orient qui se fraie ne dispose d’aucune hégémonie extérieure susceptible de le contraindre à se stabiliser, ni d’aucune régionale pour l’heure capable de le faire.

Si donc c’est le tout du système sykespicotien qui est en crise, il est mis en crise cette fois-ci, non plus sur ses propres bases comme avant (exécution de l’Empire-1970/1980), quand il pouvait rebondir de ses crises pour se retrouver dans le système; mais sur des bases nouvelles, qui restent à définir et qui ne le seront qu’au terme de la démesurée lutte de pouvoir régionale/mondiale, faisant de sa reconfiguration l’un par excellence des champs de bataille directe ou par procuration des prochaines décennies.

La balkanisation du Monde arabe selon une vision britannique, un vague arabisme madré de hahémisme à la sauce sunnite

Pendant qu’elles exécutaient l’Empire ottoman, les Grandes puissances de l’époque, le Royaume-Uni surtout, se saisirent de ses Provinces arabes et les balkanisèrent.

Cela ne se fit pas à l’aveuglette mais selon une vue d’ensemble ordonnée, en maitre d’œuvre, par le Royaume-Uni: en externe, cette «vue britannique» fut ordonnée par la sécurité de la Route des Indes qui longeait, non loin, la Côte des Pirates; et en interne par un vague «arabisme» madré de hachémisme à la sauce sunnite. Car pour sécuriser la Côte des Pirates sur la Route des Indes, le Royaume-Uni a dû, dès le XVIIIe siècle, tisser des rapports assidus, continus et amicaux avec l’Empire ottoman et les roitelets de la Côte – tous sunnites et hachémites-arabistes- sécurisant sa Route en parfaite entente avec l’Empire comme maitre des lieux.

Aussi hérita-t-il tout naturellement des relais sunnites du Pouvoir de la Sublime Porte au moment de son exécution, les détournant à son profit et les réaménageant selon ses intérêts et la conjoncture c’est-à-dire des alliances et contre-alliances, des rapports de forces et de tous les ingrédients qui font une conjoncture.

Toujours est-il que le Royaume-Uni se retrouva à la tête d’un pouvoir sunnite qui s’étendait de l’Afrique (Egypte, Soudan) au Levant (au Liban où le Royaume-Uni a toujours joué, in fine, la carte sunnite), et évidemment au reste (Jordanie, Irak, Golfe), mais qui constituaient un «Arc britannique» plutôt qu’un «Arc sunnite». De tous les facteurs qui ont régi la «vue anglaise», le Grand partage et la transformation des Provinces arabes en États-Nations (sic), je retiendrai trois pour les besoins de mon propos:

  • La formation d’un ensemble flou (3) d’États-Nations arabes, qui n’avaient ni le pouvoir ni les moyens de l’être quand bien même dans un avenir lointain, car leur formation par les Grandes puissances, en faisaient, ab origine, des États géopolitiques (4) plutôt que des États nationaux. Quant à l’arabisme à la sauce britannique, il se trouva à «s’incarner» dans une Ligue des États arabes mort-née d’impuissance mais qui sacrifia quand même aux vœux unitaires des Arabes, mais surtout à la volonté franco-britannique de les fragmenter en États «indépendants» (sic), leur «indépendance» des uns des autres étant, à leurs yeux, plus précieuse que les États ainsi formés.
  • Le second trait retenu, c’est la domination sunnite sur l’Orient dès lors que tous ces États, du fait du bon vouloir britannique, étaient tenus par les Sunnites quand bien même ils seraient minoritaires comme en Irak ou au Bahreïn.

À ces facteurs endogènes s’est greffé en 1948 un facteur exogène, la création ex-nihilo de l’État d’Israël. Prenant la figure de l’«ennemi absolu» -du fait qu’il advenait aux autochtones de l’«ailleurs» du Monde d’ici-, il devait à ce titre reconfigurer la géopolitique guerrière de l’Orient de naguère, autour du foyer Palestinien, qui devint pour lors le centre de gravité de la politique régionale jusqu’au tournant des années 1970/1980 très précisément, avec pour conséquence de confiner le Bassin pétrolier du Golfe dans un rôle mineur.

Si cet Orient-là dans toute sa durée fut marqué par la montée en puissance de la qawmiyya ‘arabiyya, c’est bien, entre autres raisons, parce que la lutte contre Israël, surtout au sein du Bassin Palestinien, engendra une masse militante qui réussit à imaginairement subsumer, «l’espace d’un matin», ses particularismes en un sens identitaire partagé, une fraternité militante, la communion dans une même idéologie (quoique avec des distinguo) mais dont la finalité serait partout et toujours de renouer avec l’unité perdue.

Le tout coulé dans la rhétorique d’un discours qui trouvait auprès des Arabes une forte résonance. Aussi le conflit israélo-arabe occupa-t-il sans partage toute la scène de l’Orient ancien.

Non seulement la création de l’État d’Israël au cœur du Proche-Orient fut un puissant catalyseur du qawmi, non seulement en ennemi absolu il configura la géopolitique du Bassin Palestinien, mais cette configuration elle-même recoupait pour finir par s’y couler la géostratégie mondiale de l’époque qu’on pourrait faire aller de l’irruption orientale de l’URSS (~ 1955: Conférence de Bandoeng) à l’implosion de l’Empire soviétique (1990/91); géopolitique orientale et géostratégie mondiale toutes deux modelées selon une parfaite homologie qui désignaient, aux deux plans, les mêmes amis et les mêmes ennemis.

Les États du Bassin Palestinien (Egypte, Syrie, Irak, OLP/Liban) désignaient Israël comme ennemi géopolitique, les États-Unis comme ennemi géostratégique et l’URSS comme ami géostratégique; pendant que les États du Bassin du Golfe, s’ils désignaient Israël comme ennemi, c’était une simple désignation «verbale», du bout des lèvres, pendant qu’ils désignaient les États-Unis comme ami et comme ennemi l’URSS; ceux-là avaient tous, tous niveaux confondus, les mêmes amis et les mêmes ennemis que ceux-ci qui avaient tous, tous niveaux confondus, les mêmes amis et les mêmes ennemis. Heureuse époque où les choses étaient claires et les amis et les ennemis facilement reconnaissables!

Elle prit fin, mais pas encore de sa belle fin, lors de la Guerre d’Octobre 1973 qui marqua durablement la région. Deux traits remarquables de la fin de cette «époque heureuse» -qui continuent de toujours façonner la reconfiguration régionale- me semblent dignes d’intérêt.

D’une part la qawmiyya ‘arabiyya, comme «discours politique» des Sunnites -comme on le comprendra après-coup-, et discours sous couvert duquel les Sunnites (y compris les Alaouites de Damas qui, à l’époque dont je parle, «parlaient sunnite», c’est-à-dire qawmi), prirent le Pouvoir partout dans le Bassin Palestinien et alentour; la qawmiyya ‘arabiyya donc arrivait à son terme laissant derrière elle un vide que n’arriva pas à combler le wahhabisme pour le moins dans le Bassin Palestinien; l’autre trait retenu, c’est la Guerre du Pétrole qui, lancée dans la foulée de la Guerre d’Octobre 1973, déplaça le centre de gravité de l’Orient, du Bassin Palestinien vers le Bassin pétrolier du Golfe.

Ce changement de théâtre d’opérations qui se déplaçait des frontières de l’État d’Israël vers ses confins transforma également la nature de la guerre: le changement de théâtre d’opération, qui bascula du côté du Basin pétrolier du Golfe, eut pour effet de fluidifier l’ennemi de naguère, l’estompant sans l’annuler.

Que faire contre un ennemi lointain, aux confins de l’Orient: la guerre est irréaliste et irréalisable; il ne resta plus aux Arabes que de l’inscrire, désormais, dans les termes d’une stratégie déclarative et seulement. Aussi, de «guerre dénotative» qu’elle était jusqu’en 1973, certes est-elle toujours «guerre», mais «métaphorique», comme le fut, par exemple, la guerre économico-pétrolière conduite en 1973 par l’Arabie saoudite.

Conséquence géopolitique: la mort du discours qawmi et le déplacement du centre régional de gravité vers le Bassin pétrolier du Golfe sonnèrent le glas de la régionale hégémonie politique, idéologique et populaire du Bassin Palestinien qui orienta jusque-là la politique au Proche-Orient et idéologiquement tout l’Orient d’alors, les ordonnant à la Question palestinienne et à l’Unité arabe.

C’est la fin de toute une époque et le commencement d’une autre ou l’ennemi commun des Arabes, Israël, sans encore susciter des vocations de reconnaissance comme par la suite, n’occupera plus cette place unique d’ennemi qu’au plan discursif, voire politique et diplomatique mais plus jamais au plan militaire, sauf pour ceux qui refusaient de l’entendre ainsi et, refusant la métaphore, voulaient une guerre réelle, ceux-là même qui donneront naissance, par la suite, aux fameux acteurs non-étatiques (la Résistance palestinienne dès 1969, puis les Chiites: le Hezbollah du Liban, les milices chiites d’Irak et alentour, les Hûthis que les nouvelles lignes de fracture ont rapproché de l’Iran; tous bizarrement qualifiés de «terroristes».)

Mais rien ne fit pour refaire flamboyer le drapeau du Bassin Palestinien sur la région, l’épopée nassérienne était bien morte enterrant avec elle et la guerre conventionnelle des États arabes (sunnites) contre Israël et leur hégémonie.

Sykes-Picot subissait là, sa première forte secousse, dès lors que la ruine de la capacité hégémonique des Sunnites fit d l’Orient un espace vide de puissance. Et l’appel du vide, comme chacun sait, est une vieille habitude de l’Histoire et des Etats.

L’année 1979 initia une suite, à l’origine déréglée, de bouleversements systémiques de la scène orientale qui ont chambardé la stratégie des relations régionalo-internationales sans qu’elles trouvent à se stabiliser jusqu’à aujourd’hui; suite dérèglée certes, qui trouvera néanmoins à s’ordonner dans les dynamiques qui entamèrent toute la scène orientale selon des lignes de fracture – qui sont toujours aux fondements de la Crise.

L’Iran, à l’assaut du ciel oriental, seule puissance régionale dotée d’une «force de projection»

La première séquence de ces évènements systémiques fut la Révolution islamique de 1979, laquelle permit à une Puissance persane et chiite à tradition impériale et, pour le moins, à vocation de Grande puissance régionale, voire, unus inter pares, la seule, de se lancer à l’assaut du ciel oriental.

Passons sur les vicissitudes de sa politique étrangère, anecdotiques au regard de notre propos, il se trouve néanmoins que de 1979 à nos jours, l’Iran chiite, sacrifiant intelligemment à sa politique, a été la seule Puissance à avoir réussi à se doter des moyens de sa politique de Puissance -ce qui n’est le cas d’aucun État sunnite, sauf de la Turquie, dans l’absolu certes, mais il ne le semble pas en Orient-, moyens dont les plus importants me semblent au nombre de deux: la Wilâyat al-Faqîh5 et les acteurs non-étatiques (les Milices chiites armées), implantées dans toute sa zone d’influence.

Si le premier de ces moyens disposait l’Iran à se doter d’un Pouvoir central qui s’étend à/et s’exerce sur la majorité des Chiites disséminés à travers l’Orient -où il se présente et est largement perçu comme leur défenseur, entendre le défenseur des Chiites minoritaires dans les États sunnites, persécutés ici et là, marginalisés et laissés pour compte ailleurs.

Le second de ces moyens, l’irruption des acteurs non-étatiques, les Milices chiites, fit de l’Iran la seule puissance régionale dotée d’une «force de projection» à distance qui lui permet d’intervenir sur toutes les scènes régionales en crise de Pouvoir d’État (Liban, Syrie, Irak, Yémen Bahreïn), sans qu’il lui en coute en termes d’engagement militaire ou en rapports diplomatiques.

Aussi a-t-il réussi à faire entendre la voix chiite au travers de sa voix; l’un dans l’autre, c’est bien dans cette volonté de représenter les Chiites disséminés et la volonté de les réunir, pour ne pas dire les unifier, par-delà leurs différences (nationales, ethniques,…), que se justifie, au plan politique, la mise en place d’un Pouvoir centralisateur, la Wilâyet al-faqîh6 tombant juste à point?

Mais pour dure que fût son irruption sur la scène orientale, l’Iran ne comptait pas, je crois, chambouler l’architecture des États-Nationaux tel que léguée par le système sykespicotien; il voulait, comme pourraient le prouver ses discours mais aussi ses politiques au Liban, en Syrie avant les révoltes de 2011, en Irak ou au Yémen;

Il voulait alors «se glisser» dans ces États, s’y «faufiler», y créer des sphères d’influence, au prorata de la représentativité des Chiites qui y sont, voire un peu plus mais cette fois au prorata de la puissance régionale de l’Iran.

L’Iran un État pertubateur et non pourfendeur de l’ordre régional

Comme aurait pu dire l’amiral Castex, en termes de stratégie, l’Iran, serait «un perturbateur»(7) de ce système mourant plutôt que son pourfendeur; un perturbateur parce qu’il ne joue pas le jeu des Sunnites, dont le cadre de jeu a été établi par Sykes-Picot, lequel occulta les Chiites. Refusant de jouer son Grand Jeu oriental selon les règles jusque-là admises, l’Iran joua sa partition selon deux visées complémentaires: maintenir Sykes-Picot en l’état, et y prendre la part de pouvoir qui lui est dévolu (= dévolu aux Chiites).

Les choses changèrent après les «révoltes arabes» de 2011, quand la scène de l’Orient ancien fut irrémédiablement abolie, mais n’anticipons pas.

Cette première séquence non seulement confirma le déplacement du centre régional de gravité, mais en y introduisant l’acteur «chiite» en tant qu’acteur régional, elle y introduisait, de force, comme un retour du refoulé, un acteur non prévu à l’appel. Et ce qui devait arriver arriva: un bouleversement géopolitique de la scène orientale dans son entièreté. Un autre coin, de taille celui-là, s’enfonça dans l’ordre sykespicotien. Egalement bouleversé sera désormais la désignation de l’ennemi, lequel glisse du seul Israël vers un flou de désignation qui empêche de le révéler encore explicitement.

Car l’Iran, chiite et persane, en raison de son irruption sur une scène qui lui était jusque-là interdite, fut d’emblée perçu par son environnement géopolitique immédiat comme une menace tout à la fois diffuse, une épée de Damoclès en quelque sorte: menace-t-il leur existence par la subversion chiite de leur population qui oscille entre 10 et 30 dans toute la Péninsule mais ailleurs qu’au Bahreïn où ils constituent une forte majorité, ou encore en Irak, au Liban, au Yémen?

Menace diffuse, certes, mais explicite aussi par la poussée milicienne des acteurs non-étatiques (à cette époque, tous chiites) dans les terres du Proche-Orient (Syrie, Liban, Irak), chasse-gardée des Sunnites depuis les Omeyyades, aux commencements de l’Empire islamique.

Rejet et méfiance mutuels tracèrent les premiers pas d’un «état de guerre» comme dit Hobbes (8), fait de peur et de cette insécurité généralisée qu’induit la volonté réciproque d’en découdre, c’est une «intention de guerre» plutôt que la guerre proprement dite, certes, mais dès cette époque les signes avant-coureurs d’une guerre ouverte pour l’hégémonie de la région se dessinaient silencieusement.

La suite des évènements systémiques de cette première séquence (1980-88/Guerre Irak-Iran qui mit un terme provisoire à la montée en puissance de l’Iran; 1990/Invasion du Koweït par l’Irak et 1991/Contre-offensive étatsunienne de libération (sic) du Koweït; dans la foulée, irruption des Kurdes sur une large plage de la scène orientale; 1993-95/Accords d’Oslo et rétrécissement comme peau de chagrin de la question palestinienne qui de question systémique et politiquement centrale se retrouva réduite aux dimensions d’une des scènes du système, l’israélo-palestinienne, aux effets circonscrits à cette scène.

D’ailleurs, pour signifier la «disgrâce» de la Question palestinienne, on est passé du conflit «israélo-arabe» au conflit «israélo-palestinien»); or donc cette suite d’évènements systémiques qui a eu, pour l’essentiel, le Bassin du Golfe pour théâtre, n’a fait que confirmer, et tendanciellement et conjoncturellement, le déclassement du Bassin Palestinien et, par glissement métonymique, du conflit israélo-palestinien lui-même.

La seconde séquence commença en 2001-2003, lors de l’attaque «terroriste» du siècle (2001/Ben Laden) et les invasions par les États-Unis, sous prétexte de «Guerre contre le terrorisme», de l’Afghanistan et de l’Irak entre 2001 et 2003. Aux effets dévastateurs de la première séquence s’ajoutèrent, les amplifiant à leur paroxysme, les effets encore plus dévastateurs de cette seconde qui abîma le système qui ne s’en est plus remis.

Si l’Iran ne fut de ce système qu’un «perturbateur», il reviendra aux États-Unis, dans l’Irak conquis, d’en être le pourfendeur, si on l’entend dans son sens vieilli et littéraire, de ce qui contient l’idée d’abattre sans quartier, de «celui qui fend complètement, qui tue».

Avec l’invasion de l’Irak, Les États-Unis s’emparaient d’une forte sunnite de la région, à l’épicentre du Proche et du Moyen orient

En envahissant l’Irak, les États-Unis non seulement prenaient une place forte sunnite de la région, mais s’installaient à l’épicentre et de l’Orient. C’est que l’Irak a/avait ce privilège unique et singulier d’être à la charnière des deux Orients, et le seul de simultanément appartenir aux deux. Politiquement, de par son idéologie baathiste, son engagement qawmi, son socialisme, sa laïcité, du fait enfin qu’il se rangeait dans le camp des ennemis Israël qui était le camp mondial de l’URSS, il relevait du Proche-Orient, c’est-à-dire du Bassin Palestinien; mais en raison de son pétrole il relevait du Moyen-Orient, c’est-à-dire du Bassin pétrolier du Golfe. D’où son importance stratégique.

En le conquérant, les États-Unis conquéraient une pièce maitresse pour leur Grand Moyen-Orient, pensant qu’à l’occasion de ce désastre provoqué, ils pourraient se régionaliser sans s’orientaliser: s’impliquer directement dans les affaires de l’Irak en faire un allié sûr et obligé et l’intégrer dans un système impérial d’alliance mondiale et de domination régionale.

En fait ce fut une «stratégie de désastre»! C’est au cours de leur traversée sanglante que commença la descente aux enfers de l’Irak qui se retrouva converti en champ de ruines:

En interne, un pays pétrolier exsangue, sans État, sans les Appareils d’État (notamment sécuritaire: armée, services de sécurité,… tous dissolus par décret Bremer/ien) et pourtant nécessaires au maintien de l’ordre, de la stabilité et de la sécurité dans un pays en proie à un chaos généralisé, au pillage à grande échelle et où ses sociétés vivent soit en «état de guerre» soit se livrent carrément la guerre.

Toujours en interne mais cette fois-ci d’un interne qui déborde sur l’externe puisque le changement d’identité de l’Irak (d’État sunnite à État chiite) changeait l’ordre et les règles du Grand jeu sykespicotien lui-même, au détriment des Sunnites qui prirent la chose comme une défaite. Kaput l’ordre sykespicotien qui n’a pas sombré du fait de la proclamation de l’État califal (sic) et transfrontalier d’al-Baghdâdi, mais bel et bien par l’invasion étatsunienne: les bouleversements qu’elle entraina entamèrent définitivement l’ancien ordre géopolitique, de bout en bout de l’Orient.

Enchâssée comme une poupée russe dans le désastre étatsunien, la troisième séquence prit fin selon deux modes antagoniques: le premier, selon un mode géopolitique dès lors que l’élimination, par les États-Unis, des deux leaders sunnites (l’afghan et l’irakien) capables de tenir tête à l’Iran chiite créa comme un appel de vide auquel l’Iran, déjà prête, s’empressa de répondre. Se saisissant de cette opportunité que lui offrait l’Histoire à travers la politique étatsunienne, elle se lança dans sa seconde montée en puissance régionale; montée facilitée par le fait que l’Irak, désormais État chiite, lui ouvrait une voie royale d’accès à l’Orient, mais cette fois étatique et non plus seulement milicienne.

Le Sunnisme au Pouvoir dans la Péninsule ressentit ce renversement de l’ordre étatique comme une perte irréparable qui ne fit qu’alimenter son ressentiment (séculaire, voire millénaire, notamment de la part des salafistes) à l’encontre des Chiites, et tout particulièrement de l’Iran chiite et persan; le second selon le mode du djihâd qui connut sous l’occupation et de son fait, un essor remarquable, mais surtout, les jihadistes s’aguerrissant, s’émancipèrent, tuèrent le «Père» (Ben Laden) et formèrent la seconde génération de jihadistes… qui donnera les milices sunnites de l’organisation de l’État islamique quelque dix ans plus tard (2003… -2013/14).

Ainsi, la contre-offensive sunnite pour faire revenir le refoulé en refoulant l’ennemi, ne vint pas, dans un premier temps, des États sunnites de la Péninsule qui ne surent, durant toute une période, comment réagir et réagissaient en cacophonie; pendant que cette riposte vint de la part des jihadistes de la seconde génération, qui lui donnèrent un tour milicien, sanglant et sauvage.

La riposte sunnite avec le Roi salmane

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