L’État marocain: cheval de Troie de l’impérialisme israélo-occidental


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«Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir.»(1)

Le politicide : une étape vers la servitude volontaire?

«Croyez- vous que des solutions efficaces puissent émerger d’une analyse judicieuse de la réalité observable?»

Cette question fut  posée, en 2002, par le journaliste  Ron suskin au conseiller du président  W.Bush, Karl Rove. La réponse de ce dernier a été publié par le  Wall street journal.En voici la teneur:

«En  Vérité, le monde ne marche plus réellement de cette manière. Nous Américains , nous sommes maintenant un Empire et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez studieusement cette réalité, nous ne perdons pas de temps, nous agissons  et nous créons d’autres réalités nouvelles qu’il vous est loisible d’analyser… C’est ainsi que les choses se passent, pas autrement . Nous sommes les acteurs et les producteurs de l’Histoire. A vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous créons.» (2)

Réponse on ne peut plus claire! Nul besoin d’explication sur les intentions de l’Empire, le  »monde arabe » en offre un tableau, grandeur nature. Chaotique certes mais  en parfaite harmonie avec les intentions de l’Empire. Un chaos qui s’intègre dans le tableau peint en 1982 par Oded Yollin, haut fonctionnaire, à l’époque, du ministère des Affaires étrangères israélien et intitulé «Stratégie de l’Etat d’Israël dans les années 80».(3)

Le but étant le morcellement et le démantèlement des Etats arabes que décrit l’ancien ambassadeur M.Rimbaud avec perspicacité en ces termes :

«C’est ainsi que l’empire du Bien a inscrit à son palmarès plusieurs politicides, étapes d’un politicide global à l’échelle du Monde arabo-musulman. Il n’est nullement besoin d’être un amateur inavoué de conspirations pour constater que toutes guerres menées par l’Occident en Orient depuis 1990 forment un tout, chacune s’inspirant des précédentes et servant de répétition aux suivantes.» (4)

Sous  prétexte de  »droits de l’homme »,   »droit de protéger », de la lutte contre le terrorisme et, bien sûr, au nom de la démocratie, des destructions matérielles et humaines d’une grande ampleur ont été commises dans le monde arabe. Irak, Liban, Syrie, Libye, Yémen…

Exception faite du  »niet français » à la deuxième destruction de l’Irak en 2003, il faut bien reconnaître que l’Axe du  »Bien » israélo-occidental pour terrasser l’Axe du  »Mal » s’est comporté et se comporte comme un être se situant au-dessus de la loi internationale. Et le  »service après vente » qu’assurent certaines organisations humanitaires et légitimé par l’idéologie des frères musulmans ne sert, en définitif, qu’à doter l’Axe du  »Bien », d’une morale dont il est dépourvu !

Si hier la mouvance des frères musulmans et le wahhabisme (5) agissaient tel un cheval de Troie pour l’accomplissement de ce politicide, aujourd’hui, la collaboration n’est plus secrète. Mais si, sur le plan des destructions matérielles et humaines en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen,  la  »réussite » est là, les puissances occidentales, l’Etat d’Israël et les monarchies du Golfe ne peuvent que constater l’échec du deuxième volet du politicide, à savoir le démantèlement  des Etats. Ce qui ne signifie nullement qu’ils abandonnent la partie, entre autres, au Liban qu’en Syrie.

Cependant, il faut insister sur le fait que cet échec est dû à la résistance de l’armée de l’Etat syrien et à la résistance arabe du Moyen-Orient dont le Hezbollah est le fer de lance. Evidemment, le rôle politique et militaire de l’Iran dont la souveraineté est en ligne de mire est capitale dans cet échec. Sans omettre la Russie dont le  »niet » est une bonne nouvelle pour tout Etat et peuple qui refusent la servitude volontaire.Quant au peuple palestinien, à moins d’un changement de direction et politique et stratégique, il est victime d’un politicide sans passer par la case Etat. En revanche, le politicide est un fait en Somalie, en Libye  et au  Soudan.

Quant à l’Egypte, l’une des cibles principales dans « Stratégie d’Israël pour les années 80», elle ne vit une stabilité, toute relative par ailleurs, qu’une fois les frères musulmans mis hors d’état de nuire.

Mais qu’en est-il de la partie ouest du monde arabe, c’est à dire le Magrheb?

«Un front ouest qui, à première vue, semble poser plus de problèmes, est en fait plus simple que le front est… »(3)

Un Maghreb dans la tempête néo-libérale

Dans sa grande majorité, la population maghrébine subit les mêmes méfaits de l’idéologie néo-libérale qui se traduisent par un chômage de masse, une pauvreté criante. Pauvreté dont les conséquences se traduisent en exode rurale et immigration. Et elle porte le même fardeau, l’absence d’espoir. 

Quant aux  bourgeoisies et classes dirigeantes maghrébines qui souvent se confondent, ayant comme seule boussole l’accumulation des richesses, elles partagent une même tare: la corruption.

Une corruption matérielle et mentale, légitimée par des imams obscurantistes et des experts  psalmodiant des théories économiques tels des versets du Coran, sous la surveillance du FMI et de la Banque Mondiale. 

Une bourgeoisie enfermée dans -je cite  J.Rancière en supprimant les points d’interrogations- «le penser-petit des individus enfermés dans la mesquinerie, dans l’idiotie des intérêts privés. …L’impuissance de ceux qui ont perdu le ressort de l’action collective.» (6)

Une bourgeoisie qui théorise sa servitude volontaire envers le neo-libéralisme sous le label islamique pour faire souverain. En servant le maître, elle se sert tout en donnant l’illusion qu’elle  sert la plèbe. 

Sur ce point, écoutant  le conseiller  du roi du Maroc, Abbas Jirari, «le roi a déclaré que le pays avait besoin d’un nouveau modèle de développement . Mais qui  a répondu à l’appel? Où sont nos experts en développement? Où sont les responsables qui doivent lui soumettre des projets et de nouvelles alternatives?» .(7)

Trois points d’interrogations qui signifient que  »le pays  vogue tel un bateau ivre » !

Pourtant une armée d’experts locaux est déployée, sous le regard inquisiteur du FMI et de la Banque mondiale, pour singer leurs maîtres occidentaux. Mais le conseiller semble ignorer que, quel que soit le talent d’un acteur singeant un singe, il ne sera jamais un singe! 

Et ce constat peut être élargi, à quelques nuances près, aussi bien à l’Algérie qu’à la Tunisie …

Quant à la masse populaire maghrébine, désarmée face aux politiques, aux imams et aux experts, elle est prête à toutes les aventures politiques. Sauf une seule dont elle n’ose même pas rêver parce que combattue sans mesure par des dirigeants et des experts munis de cerveaux colonisés à qui, le discours religieux donne une apparence de souveraineté. Dans un tel climat politico-religieux, la marchandise et la richesse incarne le seul horizon à atteindre tout en reléguant l’espoir dans l’au-delà. 

C’est ce qui m’amène à affirmer que les  »pressentiments » de M. Ferraoun exprimées dans son Journal, le 12 janvier 1957 s’avèrent être, aujourd’hui, une vérité que subit la jeunesse populaire maghrébine. En effet, ce 12 janvier, il écrivassa du fond de la Kabylie,  «pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier.» (8)

Mais encore faut-il en avoir conscience!

Bref… La dite aventure s’appelle la construction d’un nous solidaire au delà des frontières léguées par le colonialisme dont une porte bien son nom, la frontière des deux mulets (9). Depuis, les deux mulets ne sont plus attachés mais sont-ils  libres pour autant? 

Une aventure politique qui exige une vision à long terme dont dirigeants et experts maghrébins sont dépourvus. Une aventure synonyme de probité et d’honnêteté  nécessaires  pour mener un combat philosophique et politique d’une grande ampleur. Qualités qui ne peuvent naître dans une terre où ne prospèrent que les mots propices à l’effacement de l’être devant le paraître. Et « l’histoire n’est pas le seul terrain où se joue l’effacement. Il y a aussi l’usage des mots.» (10)

Comment est-ce possible?

« En assassinant l’Ecole, nos gouvernants ont réussi ce pari: bâillonner ferme sans recourir au bâillon…Ils ont adopté la politique de la matière grise brûlée», répond Mohamed Ennaji, dans le Maroc en mouvement. Chroniques sans concessions. Et quand on écoute les autres dirigeants maghrébins, on peut , sans peur de se tromper, généraliser ce constat à l’ensemble du Maghreb.

Pourtant les conditions  géographiques, les ressources naturelles, culturelles et  humaines ne demandent qu’à être investies pour donner corps à un nous solidaire, synonyme de l’espoir. De même, l’ histoire ne demande qu’ à être une source d’inspiration pour entrevoir cet horizon.Comme par exemple, le combat historique de Abdelkrim Khattabi que certains  »tribalisent » par opportunisme ou ignorance. Ce dernier, exilé au Caire, abandonna la présidence du Comité de libération du Maghreb parce que le tunisien Bourguiba, l’algérien Messali Hadj et le marocain Allal El Fassi, membres du Comité, ont exigé,chacun, son petit drapeau. Presque un siècle plus tard, plus de trois drapeaux  flottent sur le Maghreb.

Bni Tadjite: une base américaine où flottent deux drapeaux 

Pour le nouvel ambassadeur étasunien D.T.Fisher, «le Maroc se positionne en tant que passerelle vers l’Afrique, le Moyen-orient et le monde musulman…» (Journal Le Matin 26 août 2018)

Propos tenus au moment où le chef du parti travailliste israélien visite le Maroc (médias israéliens). Pays qui abrite quelques bases américaines et qui est susceptible d’accueillir le siège de l’OTAN africain, l’Africom. 

Officiellement, ses bases militaires comme celles existantes dans d’autres pays africains ont pour mission la lutte contre le terrorisme, incarné principalement par l’intégrisme musulman. Passons sur l’incapacité de l’Unité africaine (U.A) de conceptualiser et d’organiser la défense de ses propres membres mais on ne peut taire le côté pathétique de la situation. En effet, pour lutter contre les organisations terroristes, faire appel à l’aide, les créateurs, monarchie wahhabite comprise, de ces dites créatures, fait penser à un condamné à mort fabriquant sa propre guillotine. Bref… Près du village de Bni Tadjite d’une population d’à peu près 16200 habitants, appartenant à la province de Figuig, situé dans le Sahara oriental marocain, proche de la frontière algéro-marocaine existe une base militaire où flottent deux drapeaux. L’un étasunien, l’autre israélien. 

Une présence israélienne que  l’Observatoire marocain  contre  la normalisation avec l’Etat d’Israël a révélé dans un autre domaine.

«Un institut israélien s’est installé au Maroc pour « la formation de groupes militaires et paramilitaires dans plusieurs régions marocaines. Ils sont encadrés idéologiquement et intellectuellement via un ensemble d’outils, de symboles et de positions qui visent à adhérer aux thèses sionistes et à s’apprêter à les servir matériellement. »(11)

Dans tous les cas, l’existence de liens politiques et sécuritaires officieux et, voire plus, entre le Maroc et l’Etat d’Israël n’est nullement une hypothèse d’école mais une réalité, comme d’ailleurs l’implantation israélienne en Afrique de plus en plus visible dans le champ politique et économique. Aussi ne pas croire à la présence de ce drapeau près de Bni Tadjite n’exclut en rien le fait que l’Etat d’Israël a une vision stratégique sur le futur du Maghreb. Et le Maroc en est la plaque tournante ou si on préfère la «passerelle».

Le Sahara occidental:simple pomme discorde ou bombe à retardement

Sans rentrer dans les détails historiques sur la question du Sahara occidental (12), le rappel de la Résolution de l’ONU et les prises de position récentes des belligérants, à savoir, le Front de libération du Sahara occidental (Front Polisario) et le Maroc,  est utile pour comprendre pourquoi le différent peut embraser la région. 

1°)L’ONU reconnaît, sous forme d’une résolution, l’organisation de l’autodétermination de la population sahraouie sous son égide. 

2°) Pour le Front Polisario,l’indépendance du Sahara occidental est un préalable. Ainsi pour ce dernier, à travers l’autodétermination reconnue par l’ONU, c’est une reconnaissance de fait que le Sahara occidental  n’est pas à priori marocain.

3°) En ne rejetant pas la Résolution de l’ONU, l’Etat marocain tout en développant l’autonomie d’une partie du Sahara occidental, mise sur l’appui des puissances occidentales, des monarchies du Golfe et de l’Etat d’Israël pour pérenniser cette autonomie. Mais  autodétermination et autonomie ne veulent pas dire la même chose. 

Quant à l’Etat algérien, sa position exprimée sans ambiguïté par une source du ministère de Affaires étrangères est la suivante: «le soutien de l’Algérie au peuple sahraoui et à son représentant légitime le Front Polisario ne signifie aucunement qu’elle devrait être impliquée dans les négociations.» (13)

Enfin, lors de sa visite au Maroc fin avril, le Sous-secrétaire d’Etat américain, Jhon Sullivan affime, d’une part, que « le plus important est notre dialogue avec le gouvernement marocain et notre soutien à ce que nous considérons comme un plan sérieux et réaliste.» – le dit plan sérieux étant l’autonomie telle développée dans la cadre de l’Etat marocain-  tout en invitant l’Etat algérien à s’impliquer davantage dans le processus de résolution du conflit. Et d’autre part, le Sous-secrétaire d’Etat souligne que «nous soutenons le processus diplomatique de l’ONU et les efforts pour trouver une solution politique mutuellement  acceptable au conflit qui apporte l’autodétermination au peuple du Sahara occidental.» (14)

Comment traduire ce double langage, partagé par d’autres pays occidentaux? 

a) Donner l’illusion aux responsables marocains que les Etats occidentaux soutiennent l’autonomie  sous autorité marocaine.

b) Défendre «…l’autodétermination au peuple du Sahara occidental». 

c) Sous-entendre que l’Etat algérien empêche l’émergence d’une solution.

D’une pierre trois coups! Moyen peu coûteux pour entretenir la tension dans la région tout en ayant sous la main un acteur régional à des fins stratégiques. 

Lesquels?

En écoutant, d’une part, l’actuel  Premier ministre marocain, Salah Eddine  El Othmani qui affirme que «le Maroc n’accepte pas et n’acceptera jamais le changement de données existantes sur le terrain » (15) et d’autre part, le coordinateur du Front Polisario avec la Minurso, Mhammed  Kheddad qui souligne que «l’armée de libération sahraouie est disposée à répondre avec force à toute tentative marocaine portant atteinte aux territoires libérés» (16), propos auxquels il faut ajouter la pression faite sur l’Etat algérien, à un tournant décisif de son histoire, on en déduit que la tension régionale, déjà existante, tendra vers une exaspération. Et si on ajoute le terrorisme qui sévit dans la région, le marasme économique et social gangrené par des  aspirations ethniques, on en conclut qu’il manque peu de choses pour allumer le feu dans la région… Et créer une nouvelle réalité…  

Mohamed El Bachir

Le 27 octobre 2018

Notes

(1) Frantz Fanon :Oeuvres (Les damnés de la terre).Edition :La découverte 2011.( p. 589)

2)Christian salmon:

 http://www.lemonde.fr/idees/article/2008/09/05/le-retour-de-karl-rove-le-scenariste-par-christian-salmon_1091916_3232.html

(3)René Naba:http://www.renenaba.com/revue-detude-palestiniennes-n-14-fevrier-1982/

(4)Michel Raimbaud: Tempête sur le Grand Moyen-Orient. Edition, ellipses 2015.

(5)https://www.mondialisation.ca/wahhabisme-et-sionisme-une-sainte-alliance-contre-liran/5619778

(6)Jacques Rancière. Aux bords du politique. Edition de La Fabrique 1998 (p.46) 

(7) Tel Quel (hebdomadaire marocain) N°:820 ,13-19 juillet 2018.

(8)Mouloud Feraoun. Journal 1955-1957.Collection Méditerrannée.Edition Seuil. (p.187).

(9)http://www.jeuneafrique.com/55395/archives-thematique/la-l-gende-de-zouj-beghal/

(10)Mohammed Ennaji : Le Maroc en mouvement. Chroniques sans concessions, (page 115). Actuel

(11 )https://french.almanar.com.lb/860781

  1. (12) https://www.persee.fr/doc/outre_0399-1385_1958_num_45_158_1290
  2. (13)https://www.algeriepatriotique.com/2018/04/07/sahara-occidental-mise-point-dalger-a-nasser-bourita/

(14)https://french.almanar.comIB/955187

(15)http://www.leseco.ma/maroc/65085-le-maroc-n-acceptera-jamais-le-changement-des-donnees-dans-la-zone-tampon.html

(16)www.aps.dz/monde/72072-sahara-occidental-l-occupant-marocain-n-a-d-autre-choix-que-de-se-conformer-a-la-legalite-internationale-et-au-droit-international

Abdelkrim Chitour


Par Chems Eddine Chitour

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Un moudjahid de la plume s’en est allé sans bruit.

 

«Alif Lam Mim, la connaissance de l’Heure est auprès d’Allah; et c’est Lui qui fait tomber la pluie salvatrice; et Il sait ce qu’il y a dans les matrices. Et personne ne sait ce qu’il acquerra demain, et personne ne sait dans quelle terre il mourra. Certes, Allah est Omniscient et Parfaitement Connaisseur»  

Coran Sourate Loqman Verset 34

Abdelkrim Chitour s’est éteint à un âge respectable de 92 ans.  De son vrai nom  Ahmed Abdelkrim Chitour, le prénom de  Abdelkrim lui fut ajouté  en hommage à  Abdelkrim le héros de la bataille d’Anoual en 1921 qui vit la défaite d’une coalition hispano-française   avec 500.000 hommes 60  généraux.en vain ce fut un désastre, on parle de 16.000 morts  ; Pour les Algériens d’alors, Abdelkrim el Khattabi était  celui qui a battu les pays coloniaux et vengeait par procuration l’honneur des Algériens encore sous le  joug colonial du  code de l’Indigénat.

C’était d’ailleurs  une singularité des peuples de s’identifier à un personnage qui sort de l’ordinaire, on raconte que dans les années quatre  vingt  du XIXe siècle, aux Etats unis, Omar Kheyamm  était à l’honneur, beaucoup de familles américaines appelèrent leurs enfants Omar. C’est ainsi que l’un des généraux  américain vainqueurs du nazisme s’appellera  Omar  Bradley…

Il  nous a paru utile de retracer  le  parcours  singulier de Abdelkrim porteur d’un nom et d’un prénom illustres à travers trois haltes pour tenter de cerner la personnalité de ce patriote au long cours qui, au final, laissera, je l’espère, une trace qui servira de repère au même titre que les géants d’une révolution qui fut dure avec ses enfants, mais qui fut épique par le souvenir qu’elle a laissé au monde.

Chitour Abdelkrim (au centre deuxième accroupi après Omar Boudaoud) et les élèves de l’Ecole des cadres de la Fédération de France du FLN

Abdelkrim Chitour, nom de guerre Kimi, est avant tout un intellectuel, bachelier en philosophie, venu à la révolution avec tout ce que cela comporte d’abandon de situation sociale. Il s’engagea dans la lutte de libération. Comme tous les Algériens intellectuels Abdelkrim a adhéré jeune au PPA. Il fut un témoin des massacres de Sétif de 1945, étant élève au lycée Eugène Albertini, (qui deviendra Lycée Mohamed Kerouani). Son caractère se forgea et il en garda une marque indélébile qui lui fit naturellement s’inscrire au PPA. Quittant l’Algérie il alla à Paris et réussit dans ses années cinquante à entrer à la radio, au point d’animer chaque matin, une émission en berbère en s’adressant avec un retentissant «Svah el khir à Yama» «Bonjour maman» Cette maman de l’Algérie profonde qui gardait à l’instar de toutes les mamans le contact  permanent avec son fils..  Ce sera tout naturellement qu’il s’engagea dans la révolution au sein de la Fédération de France et y apporta sa conviction au service de la libération du pays.

L’engagement dans la Fédération de France

 L’histoire de la Fédération de France, reste à écrire, certes il y eut les deux ouvrages les plus connus,d’abord celui de Omar Boudaoud Du PPA au FLN, mémoires d’un combat paru aux Editions Casbah, il y eut aussi l’ouvrage exhaustif de Maître Ali Haroun numéro deux de la Fédération de France: La septième wilaya. Ces deux ouvrages de référence décrivent toutes les actions de la Fédération de France, à la fois en termes d’encadrement, de mobilisation des Algériens en terrain hostile (France), la collecte de l’argent le nerf de la guerre, grâce notamment à la mise en place et la coordination des différents réseaux, notamment ceux bien connus, le réseau Jeanson et le réseau Curiel, avec les hommes et les femmes européennes qui ont cru en la révolution.

Omar Boudaoud et Ali Haroun rapportent que 80% du financement de la révolution se fera à partir de la Fédération FLN de France, niant de ce fait les propos de Ben Bella minimisant l’apport de la 7e Wilayahistorique à la marche de la révolution.La Fédération de France, c’est aussi le soutien aux détenus et l’octroi de subsides à leurs familles, ce sera l’encadrement, la mise en place d’un collectif d’avocats algériens, français, belges, dirigés par plusieurs militants dont Aboubekr Belkaid, ces réseaux étant coordonnés par Ali Haroun.

La Fédération c’est aussi la lutte contre le MNA, mais aussi le ciblage des intérêts économiques en France: le CCE dont dépendait la Fédération de France arrêta la date du 25 août 1958, 242 attaques avec 181 objectifs parmi les plus médiatisés comme les raffineries et dépôts d’essence. Omar Boudaoud raconte que les leaders Nasser et Bourguiba après avoir refusé de recevoir les dirigeants algériens comprirent après les actions d’éclat du FLN en France que la révolution était irréversible et changèrent d’avis et reçurent les dirigeants avec considération. Il écrit:

«(…) le colonel Saout el Arab commandant de la wilaya II devait nous dire plus tard: L’ALN se trouvait alors au creux de la vague. Les actions du 25 août l’ont revigorée » (…) Quelques semaines plus tard à Tunis, Ben Tobbal me déclara: «Vous nous avez fait honneur «Hammartouna wajhna». (1)

Ali Haroun interviewé raconte comment ces révolutionnaires de la 7e Wilaya historique prirent contact avec les sympathisants allemands pour donner à la révolution une aura européenne à proximité de la France:

«Ils étaient six, Ali Haroun, Abdelkrim Chitour, Benyahia Belcacem, Aziz Ben Miloud et Kaddour La RFA écrit Nassima Bougherara dans une magistrale étude sur les rapports franço-allemands à l’épreuve de la question algérienne, était certes soucieuse de ne pas les laisser à l’endoctrinement communiste, et pour cela il fallait ménager, aussi, un contre-feu occidental épargnant relativement le FLN en Allemagne. Mais la RFA navigua à la godille: d’un côté, elle accepta la présence, chez elle, du FLN -notamment sous couvertures officielles tunisiennes. Elle laissa faire l’organisation de la logistique, du financement, et du trafic d’armes pour le même FLN. Et elle eut à subir, contre lui, les attaques des services français contre les nationalistes algériens, et l’arraisonnement de navires allemands transportant des armes pour le FLN. D’un autre côté, elle se crut tenue de sévir ponctuellement en arrêtant et expulsant tels responsables du front.» (2)

«Nos premiers contacts rapporte Ali Haroun, très utiles, furent ceux établis en 1958 au Congrès du SPD sous la présidence d’Eric Hollenhauer. Nous avions été invités comme observateurs par Hans Jurgen Wischnewsky qui était jeune député à l’époque. Nous avions des cartes d’accès et nous étions en haut dans les tribunes allemandes. Ali Haroun, Abdelkrim Chitour, Benyahia Belcacem, Aziz Ben Miloud et Kaddour Ladlani. H. J. Wischewnevsky a pris la parole et à parlé des rapports franco-allemands. A la fin de son discours il a remercié les représentants de la Résistance algérienne et du FLN présents dans la salle, les membres français de la SFIO ont protesté. Ils lui ont demandé de retirer ses propos; il les a maintenus, ils sont alors sortis de la salle.» (2)

Une action de taille à l’actif de la Fédération sera la formation intensive des cadres. Ces cadres seront après l’indépendance des dirigeants d’envergure. L’Ecole fut créée début 1959, son siège nous fut gracieusement fourni par nos amis des Jeunesses socialistes allemandes «Die Falken» à Hagen (Rhénanie Wesphalie)». Abdelkim Chitour (kimi) sera l’un des professeurs. Omar Boudaoud écrit:

«Les cours étaient assurés par la Commission presse et information; Ali Haroun, Aziz Benmiloud, Abdelkrim Chitour, Belkacem Benyahia, Zine El Abidine Moundji et Salim (Houcine Bouzaher). Chacun d’eux avait rédigé un cours sur un sujet donné et l’ensemble relié constituait une somme de connaissances que le cadre était censé avoir acquis durant le stage (…)» (3)

Après l’Allemagne, Abdelkrim Chitour rejoint la Tunisie où il fut directeur de cabinet de Larbi Ben Tobbal, ministre de l’Intérieur du GPRA. Il sera au plus prêt de la direction de la révolution Après l’indépendance il rentre au pays et se consacre aux affaires étrangères.

Les affaires étranges comme il se plaisait à le dire sans aller plus loin, par pudeur et par respect pour tous ceux qui croyaient en l’Algérie malgré les logiques personnelles

Au service d’une diplomatie lumineuse

 Un troisième volet d’une carrière riche est celui de participer à une diplomatie active, héritière de l’aura de la Révolution qui faisait que la voix de l’Algérie portait aux quatre coins du monde et naturellement en Afrique. Abdelkrim Chitour a durant sa longue carrière dans la diplomatie, occupé tous les postes prestigieux. L’Algérie devait ne pas se tromper dans le choix de l’ambassadeur d’Algérie en France. Abdallatif Rahal professeur de mathématiques, diplomate « révolutionnaire » qui n’est pas à présenter sera le premier ambassadeur de l’Algérie indépendante après 132 ans de colonisation abjecte. Il sera secondé par Abdelkrim Chitour numéro deux à Paris dans l’ordre protocolaire. Une photo le montre avec De Gaulle et Rahal lors de la présentation des lettres de créance.

Une anecdote rapportée est que De Gaulle s’est fait répéter deux fois le nom de Chitour le prenant pour un Français, il faut dire que Abdelkrim portait beau, des cheveux blonds, et des yeux bleus… une prestance qui fera de lui un diplomate lumineux.Cette photo est unique à plus d’un titre celle d’imposer à l’ancienne puissance coloniale le respect au point de s’afficher ensemble dans l’égale dignité des Etats et des Hommes.

Cette photo donna aussi des motifs de fierté dans la famille, où on ne tarissait pas d’éloges à l’égard de ce fils de la Kabylie profonde (Ighil Ali) qui, après avoir été pourchassé, – la Main rouge a plastiqué la voiture dans laquelle il se trouvait avec un responsable important de la Fédération de France – s’imposait à eux. Il rendait justice quelque part à ses arrière-grands-parents chassés dans les montagnes pendant la période du talon de fer des années 70 du XVIIIe siècle.

Abdelkrim Chitour eut à occuper pendant de longues années le poste prestigieux de directeur de la division Europe Amérique, à une époque où l’Algérie récemment indépendante devait soigner sa visibilité dans le concert des nations. Ce fut l’époque des grandes mutations, notamment celles des décolonisations de l’Afrique, de l’émergence du Mouvement des non-alignés et notamment du Nouvel Ordre international plaidé par Boumediene à la tribu des Nations unies, mais aussi celle de l’ascension de l’Opep.

Il a fallu attendre le début des années quatre vingt, pour que Abdelkrim Chitour entame une nouvelle carrière à l’étranger en tant d’abord numéro deux avec Lakhdar Brahimi à Londres puis en tant qu’ambassadeur au Portugal, en Argentine et en Suède. Il y laissa un souvenir d’un homme pétri de culture qui força le respect des ambassadeurs accrédités dans ces différents pays Abdelkrim Chitour s’est retiré sans bruit sans s’accrocher à une quelconque bouée. Il partit dignement cultiver son jardin auprès de sa femme et de ses enfants en ayant la conviction d’avoir fait son devoir, d’avoir servi dignement son pays avant et après l’indépendance en y apportant à la fois courage pendant la guerre- il portait les stigmates de l’explosion de l’attentat à la voiture- il apporta aussi son savoir de professeur pour former les cohortes de cadres dont le FLN avait besoin en France pour structurer la lutte et lui donner un contenu idéologique. Il eut à travailler en étroite amitié avec les responsables de la Fédération de France, notamment Omar Boudaoud, Ali Haroun.

Une photo le montre avec une promotion de cadres formés Durant sa carrière aux affaires étrangères, il laissa un souvenir impérissable à la fois chez les anciens qui l’appréciaient pour ses convictions sans concession, et son humour décapant celui d’un homme qui a vécu et qui fait des paroles de sagesse et des bons mots du terroir son vade-mecum. Il fut un modèle pour les jeunes fonctionnaires qui devinrent par la suite des ambassadeurs, comme celui d’un personnage éclectique qui ne se prenait pas au sérieux, mais qui inspirait le respect, la considération A bien des égards, nous sommes tous autant que «nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants».

Abdelkrim (Hmmidouche pour la famille) était une personne simple, toujours le mot pour rire, et qui avait une adoration pour sa mère, une de ces héroïnes de l’Algérie profonde qui faisait ployer les hommes par un caractère trempé. Jeune étudiant il m’est arrivé de «l’interroger» sur la révolution, il me répondait avec un sourire désarmant: «J’a vécu» c’est à la fois un point final élégant à une non-réponse, mais aussi une récapitulation d’une révolution avec ses heurs et malheurs, qui dévora beaucoup de ses enfants parmi les plus braves.

Le  parcours atypique de Abdelkrim Chitour  fait d’humilité, de retrait face à ceux qui se bousculent pour une visibilité sociale,  me rappelle ces vers de l’immense Victor Hugo  dans les Misérablesà l’endroit d’un humble parmi les humbles Jean Valgean , attendant sereinement la mort :

«Il dort. Quoique le sort fut pour lui bien étrange,

Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange.

La chose simplement d’elle-même arriva.

Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va».

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique  Alger

Notes

1.Omar Boudaoud: Du PPA au FLN, Mémoires d’un Combattant. P 173 Editions Casbah 2007

2.Nassima Bougherara Les rapports franco-allemands à l’épreuve de la question algérienne (1955-1963) Editeurs Peter Lang, Berne, 2006,

3.Omar Boudaoud. Ibid p120

Article de référence : http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/291348-un-moudjahid-de-la-plume-s-en-est-alle-sans-bruit.html

L’ hubris de l’éphémère.


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

https://www.mondialisation.ca/wp-content/uploads/2018/04/Mohamed-Ben-Salman.jpg

«Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils roule en jet, son fils chevauchera un chameau.»  (Proverbe saoudien)

La mue de l’Arabie saoudite de MBS

Pour mettre de l’ordre «son ordre», MBS prince héritier depuis juin 2017, il n’y va pas de main morte: il embastille. «Depuis le 9 septembre 2017, plusieurs dizaines d’arrestations ont eu lieu en Arabie saoudite. Il s’agit pour la plupart de personnalités publiques très différentes dont la caractéristique commune est qu’elles n’ont pas pris position dans la «crise qatarie». La liste comporte aussi plusieurs jeunes intellectuels réformistes qui, après 2011, ont pris une part active à la contestation démocratique en Arabie. Parmi eux, Abdallah Al-Maliki, diplômé de sciences religieuses, qui a créé l’événement en 2012 en publiant un livre dans lequel il cherchait à montrer la primauté de la souveraineté populaire sur la charia et Mustafa Al-Hassan, fondateur d’un forum pour encourager le développement des sociétés civiles.» (1)

«Au-delà des profils des détenus, ce qui frappe est la méthode. (…) Il faut dire qu’après trois mois de blocus, l’Arabie, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn n’ont pas obtenu grand-chose,.(…) Ces nouvelles arrestations ont donc une seconde cause profonde, de nature plus structurelle, liée aux transformations depuis deux ans du régime saoudien. (…) C’est tout ce système qui est mis à bas depuis 2015 avec la montée en puissance d’un unique homme fort, Mohammed Ben Salman, actuel prince héritier et fils du roi, qui concentre aujourd’hui entre ses mains l’essentiel du pouvoir. (…) L’obsession de Mohammed Ben Salman semble être de créer une verticale du pouvoir remontant à sa personne, alors même que le système saoudien était tout entier bâti sur l’idée d’une certaine horizontalité.» (1)

«Mohammed Ben Salman argue de la nécessité de mettre l’État et la société en ordre de bataille pour, d’une part, relever les défis régionaux – notamment ce que Riyadh qualifie d’«expansionnisme iranien» et qui justifie la guerre au Yémen – et, d’autre part, faire appliquer son projet de réforme économique et sociale, présenté de manière tapageuse sous le nom de «Vision 2030» La même transformation s’était produite de manière plus discrète plus d’une décennie plus tôt aux Émirats arabes unis sous la férule de Mohammed Ben Zayid, prince héritier d’Abou Dhabi et mentor de Mohammed Ben Salman. À Riyadh, on murmure ainsi que l’objectif des changements actuels est d’importer en Arabie le «modèle émirien», qui fascine le jeune prince»..(1)

La France au service de Riyadh pour une poignée de dollars

 «Il semble que la politique gaullienne en ce qui concerne les pays arabes appartient au passé. Place aux affaires!!:»Les liens assez étroits des dirigeants français avec certains dirigeants de pays arabes du Golfe ne relèvent pas du secret défense. Ces liens ne cessent de se renforcer au point où le petit Émirat du Qatar parvient sans aucune peine à influer de manière décisive aussi bien en amont qu’en aval du processus de conception et de mise en oeuvre de la politique étrangère de la France au Moyen-Orient et en Afrique. (…) La proximité du prince héritier Mohammed Ben Salman et du président français Emmanuel Macron est un cas d’école à étudier. (…) D’après des sources fiables, le puissant prince saoudien Mohamed Ben Salman ou MBS a mis Emmanuel Macron à son service pour six milliards de dollars US. Dans les faits, Macron reprend mot pour mot les positions officielles de la famille régnante du Royaume d’Arabie saoudite: pas de retrait US de Syrie; contre-offensive politique pour assurer la continuité du conflit au Levant; soutien politique, diplomatique et militaire à la coalition arabe menée par Riyadh au Yémen; déstabilisation de certaines régions du Sahel et, cerise sur un gâteau déjà pourri, servir d’alternative en cas de défaillance de Trump dont les positions réelles suscitent l’extrême méfiance de Riyadh et des grands financiers de Londres et de Frankfurt. Pour les Saoudiens, la vie est belle: on peut s’acheter un président français pour trois fois rien!». (2)

De même, le dernier passage de MBS en France, malgré les salamalecs, a déçu en termes de contrats… Ainsi:

«À l’issue d’une longue tournée internationale, le prince Mohammed Ben Salman (MBS), arrive à Paris le 8 avril 2018 (…) Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, apparaît tout autant comme le réformateur d’une société sclérosée, qu’un piètre diplomate embourbé dans quelques aventures extérieures périlleuses. (…) Ombrageux, frustre et impulsif, il dirige le pays d’une main de fer et se veut être le garant de la stabilité dans le pays Réformateur à l’intérieur (il embastille les corrompus jusqu’à leur faire rendre gorge, il assouplit la condition de la femme, il veut réformer une économie malade de la corruption et du conservatisme rendue visible avec la chute des cours du pétrole à travers sa «vision 2030», il privatise l’eau, il introduit Aramco en Bourse, il entend remettre les rigoristes de l’islam à leur juste place, il veut développer le tourisme, les arts, les loisirs…), il est conservateur à l’extérieur (guerre sans merci contre l’Iran par Yémen interposé brouille avec le Qatar,…) même s’il admet qu’Israël a droit de vivre (vraisemblablement pour sceller l’alliance tripartite États-Unis/Israël/Arabie saoudite contre la peste chiite) (…) MBS vient à Paris, tel un représentant de commerce pour vendre son projet d’ouverture. (…) Pour ce qui est de la diplomatie économique, l’on apprend qu’Emmanuel Macron se rendra à la fin de l’année en Arabie saoudite pour signer des contrats élaborés avec la pétromonarchie du Golfe. On pense surtout aux domaines du tourisme, de la culture, de la musique, du patrimoine historique.» (3)

L’hubris de MBS un grand chéquier et un sabre nain

L’hubris de MBS est sans limite! A l’Iran héritière de Darius à qui il dispute le leadership au Moyen-Orient. Adossé au parapluie américain, il affiche sa capacité de nuisance en croyant que tout s’achète comme en Occident! Clark Kent rapporte que: «Au cours d’un entretien avec Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine américain The Atlantic, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (dit «MBS») a atteint le point Godwin en comparant l’ayatollah Ali Khamenei, le chef du clergé iranien, à Hitler. Peut-être ne connait-il pas la parabole du sermon de la montagne qu’il aurait pu faire sienne: «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil?»L’Iran n’a envahi ni la Pologne ni aucun autre pays depuis 1785. (…) En revanche, en 2015, l’Arabie saoudite et ses alliés ont envahi le Yémen et y mènent une guerre dévastatrice. L’Arabie saoudite est également intervenue en Syrie, en soutenant les djihadistes de l’Armée de l’Islam d’extrême-droite et en commanditant des attentats à la bombe à Damas.» (4)

L’interview de Mohammed Ben Salman dans The Atlantic: un exemple de félonie

Le grand journaliste Abdelbari Atwan tire les conclusions de l’entretien accordé par Mohammed Ben Salman à The Atlantic en énumérant dix points:

«Mohammed Ben Salman ne s’adressait pas au peuple saoudien dans cette interview, mais aux décisionnaires, aux législateurs et à l’Etat profond américains. Il s’est montré à eux, avec sa vision et ses politiques futures, comme un allié stratégique digne de confiance. Il est en quête du «feu vert» soutenant son prochain couronnement au Royaume d’Arabie saoudite, qui se déroulera peut-être quelques jours ou quelques semaines après la fin de cette tournée. (…) Il a présenté ses lettres de créance à son plus grand allié, expliqué ses programmes politiques, sociaux et économiques. Nous pensons qu’il a obtenu un certain succès dans ce domaine, notamment à la Maison-Blanche, auprès du «gouvernement de guerre» dirigé par le Président Trump.» (5)«Dix points principaux dans la rencontre du prince Mohammed Ben Salman avec The Atlantic résument sa future stratégie Premièrement: le prince Ben Salman a reconnu, pour la première fois depuis le début du conflit israélo-arabe, le droit des juifs à établir un Etat sur «la terre de leurs aïeux». Denis Ross, responsable du conflit et des négociations entre les Arabes et les Israéliens dans plusieurs administrations américaines, a déclaré qu’il s’agissait de la première reconnaissance des droits historiques des juifs. Deuxièmement: le prince Ben Salman n’a pas émis une seule critique contre Israël tout au long de l’interview ni en marge de celle-ci, d’après Goldberg lui-même. Il a au contraire fait son éloge de manière indirecte en disant qu’Israël possédait une grande économie pour sa taille géographique.» (5)

«Troisièmement: le prince n’a pas prononcé une seule fois le terme «Etat palestinien» et n’a pas indiqué que Jérusalem occupée était sa capitale. Il s’est contenté de parler du «droit des Palestiniens et des Israéliens à disposer d’une terre». Quatrièmement: le Prince a exprimé son «inquiétude religieuse» au sujet de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem et parlé du droit du peuple palestinien, sans le définir. Il a affirmé qu’il n’avait rien contre les autres religions, notamment le judaïsme et le christianisme. Cinquièmement: il a divisé le Moyen-Orient en deux camps (comme le cheikh Oussama Ben Laden, mais en inversant les camps): le camp du mal, englobant l’Iran, le Hezbollah et les Frères musulmans; le camp des modérés incluant la Jordanie, l’Egypte, les Emirats, le Bahreïn, le Sultanat d’Oman, le Koweït et le Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite. Il faut remarquer qu’il n’a pas parlé du Maroc ainsi que d’autres Etats d’Afrique du Nord.» (5)

«Sixièmement: le prince héritier d’Arabie saoudite a confirmé que son pays avait utilisé les Frères musulmans pour combattre le communisme qui menaçait l’Europe, l’Amérique et l’Arabie saoudite elle-même durant la Guerre froide. Il a d’ailleurs décrit le président Gamal Abdel Nasser comme un «communiste». Septièmement: il a formellement nié l’existence du wahhabisme dans le Royaume et confirmé qu’il n’y avait que quatre écoles sunnites. Huitièmement: il a nié tout soutien financier saoudien aux terroristes et aux organisations extrémistes, mais il a reconnu que certaines personnalités saoudiennes avaient financé certains de ces groupes, sans donner de noms. Neuvièmement: il a catégoriquement refusé de répondre aux questions sur la campagne anti-corruption ou de parler de sa fortune et de l’achat d’un yacht à 500 millions de dollars. Quand la journaliste Nora O’Donnell lui a parlé de ce yacht, il a répondu avec une «nervosité» apparente qu’il voulait garder sa vie privée pour lui, confirmant qu’il était un homme riche et non Mandela ou Gandhi. Dixièmement: il a réservé son attaque la plus cruelle, et peut-être d’ailleurs la seule de cet entretien, à l’imam Ali Khamenei en disant qu’il était plus dangereux qu’Hitler.» (5)

«Pourquoi s’interroge Abdelbari Atwane, n’a-t-il pas critiqué une seule fois les Israéliens et a reconnu leurs droits historiques, sans jamais mentionner l’Etat palestinien? On peut déduire de ces 10 points et des réponses du prince héritier d’Arabie saoudite qu’il envisage une future alliance avec Israël dans le cadre d’un « axe modéré » arabe s’opposant à l’Iran et soutenu par les États-Unis. Il prévoit aussi de faire d’Israël un futur partenaire commercial et de renforcer les intérêts communs entre les deux pays dans le cadre d’une paix juste, sans aborder une seule fois l’initiative de paix arabe, qui est pourtant saoudienne, ni ses conditions. La reconnaissance de l’héritage historique des Juifs et de leur droit à établir un Etat sur une partie de cet héritage, soit la terre de Palestine, est un développement très grave car il signifie que les Juifs ont également des droits sur des territoires arabes à Khaybar, au Yémen, en Egypte, au Maroc et dans la péninsule Arabique. Cette reconnaissance pourrait les pousser non pas à revenir sur ces terres ou les récupérer, mais à demander des dédommagements pour leur exil forcé de 1 500 ans de la péninsule Arabique et exiger leur part des richesses pétrolières Le roi saoudien Salman Ben Abdelaziz s’est certes empressé de réaffirmer que le Royaume soutenait l’établissement d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem comme capitale, mais le mal est fait et c’est le prince Ben Salman qui est le véritable chef à Riyadh.» (5)

Sommet de la Ligue arabe de Dhahran :  La normalisation avec Israël enclenchée ?

C’est par ces mots que le journaliste Zine Cherfaoui s’interroge à propos de la kermesse sans lendemain, une de plus des réunions de la Ligue Arabe , dont on sait que le secrétaire général et d’une façon inamovible un Egyptien et le pourvoyeur l’Arabie Saoudite qui dicte ce faisant la norme en fonction de ses intérêts propres, il n’est pas question de débat. Ainsi :

«  Les travaux du 29e sommet des Etats de la Ligue arabe se sont achevés lundi à Dhahran, en Arabie Saoudite, presque dans l’indifférence générale. Aucune décision susceptible de retenir réellement l’attention n’a été prise lors de ce rendez-vous politique régional, qui intervient pourtant à un moment où le monde arabe est ravagé par les conflits et les dissensions internes.

Signe que les clivages sont importants au sein d’une organisation panarabe souvent  décriée et qualifiée de coquille vide, certains représentants de pays éviteront même d’évoquer le conflit en Syrie, 24 heures après des frappes occidentales contre ce pays ravagé par la guerre depuis 2011 . Le seul fait à signaler est peut-être ce franc soutien réitéré à la cause palestinienne. Le roi Salmane Ben Abdelaziz Al Saoud a d’ailleurs tenu à placer la question d’El Qods en tête des priorités arabes. Dans un discours prononcé à l’ouverture des travaux du sommet, le souverain wahhabite, dont le pays est pourtant un proche allié des Etats-Unis, a une nouvelle fois clairement rejeté la décision de l’administration de Donald Trump de transférer, en principe à la mi-mai, l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à El Qods » (7).

Le deal   que « les  pays arabes moutons »  ne peuvent pas refuser : Israël contre Iran

Le pays à abattre est, on l’aura compris l’Iran accusé d’aider les Houtis du Yemen et voir régenter le Moyen Orient. Avec la doxa saoudienne, les Arabes doivent   normaliser leurs relations avec Israël – exit l’initiative du roi Faycal de 2002– en espérant que l’on fasse – les Etats Unis et Israël- une petite place aux Palestiniens avec une capitale dans les faubourgs de Jérusalem à Abou Dis avec un banthoustan en peau de lapin .

Zine Cherfaoui ajoute :

« Mais le rappel par les Arabes de leur solidarité avec les Palestiniens ne veut pas pour autant dire qu’Israël constitue pour eux un problème. Cela n’est effectivement pas le cas pour beaucoup d’entre eux. Parmi ces pays, il est possible de sérier l’Egypte, la Jordanie, les Emirats arabes unis et le Qatar qui entretiennent des relations quasi normales avec Tel-Aviv. Comme l’atteste une chronique carrément pro-israélienne, parue samedi dans les colonnes du quotidien saoudien public Al Riyadh,un lobby favorable à normalisation rapide des relations entre les Arabes et Israël est actuellement à l’œuvre L’auteur de la chronique en question, Ahmad Al Jamia, justifie cette normalisation par la «nécessité impérieuse» de faire face à l’Iran, pays qu’il présente comme la menace la plus sérieuse et la plus urgente pour le monde arabe.  Dans son écrit intitulé d’ailleurs «Paix avec Israël et confrontation avec l’Iran», le journaliste soutient l’argument selon lequel plus vite sera trouvée une solution au conflit israélo-palestinien et plus vite les Arabes pourront neutraliser la menace iranienne.  Ce n’est évidemment pas un hasard si certains de ces éléments de langage se retrouvent dans le discours du souverain saoudien. (…) Ce discours laisse même l’impression que la feuille de route du processus de normalisation des relations entre les Arabes et Israël a été sortie des tiroirs. Mieux, des médias du Proche-Orient soutiennent  que les Saoudiens ont commencé à en appliquer les principaux éléments ».  (7)

Pourquoi l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda ?

Il vient que le citoyen arabe Lambda  a un gout de cendre dans la bouche, en voyant se déliter inexorablement la cause palestinienne qui est passée à la trappe avec la complicité des potentats arabes ventripotents mal élus, tout ceci sur instruction de l’Empire. Les Occidentaux déroulent le tapis rouge à un jeune prince immature et les médias occidentaux ne tarissent pas d’ éloge de ses prouesses surtout quand il s’agir de la « modernité » et de la mise au pas des  Oulémas – qui il est vrai, ont donné une image désastreuse de l’Islam.

«On sait par ailleurs,  que la lune de miel Israël-Arabie saoudite se prolonge à telle enseigne que des coordinations se font de plus en plus au grand jour/ MBS considère les pays arabes comme quantité négligeable allant jusqu’à renier l’initiative arabe de 2002 qui conditionnait la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes, au retour dans les frontières de 1967, le retour des réfugiés et Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat de Palestine mitoyen d’Israël. Rien de tout cela! MBS fait cavalier seul. Ainsi MBS a rencontré le chef des services de renseignement israéliens L’institution militaire israélienne a soudainement décidé de révéler la rencontre entre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, et le chef du Conseil de sécurité nationale en Israël, Meir Ben-Shabbat. En fait, cette nouvelle n’est pas une grande surprise car les deux parties, Israël et l’Arabie saoudite, ont préparé progressivement le public concerné. (…) Reste à savoir comment l’assassinat de Palestiniens et la lutte contre leur cause sacrée répond aux intérêts du Royaume d’Arabie saoudite, qui reste le plus grand symbole de l’arabité et de l’Islam aux niveaux géographique et historique?» (6)

«Historiquement, l’image de l’Arabie saoudite était mauvaise en Occident. (…) L’image de l’Arabie saoudite s’est davantage dégradée dans la seconde période, après les attentats terroristes du 11 septembre et l’implication de Saoudiens. (…) Les choses ont changé en 2017: la dégradation de l’image de l’Arabie saoudite s’est accélérée de manière inquiétante. Cela a commencé avec les critiques des défenseurs des droits de l’homme au sujet des nombreuses victimes de la guerre au Yémen, que Riyadh mène au nom de la «coalition arabe» contre les Houthis. Les critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux au sujet du rôle joué par l’Arabie saoudite dans le dossier de Jérusalem/Al Quds, car l’opinion publique arabe ne comprend pas comment un Etat qui se déclare «protecteur des deux Lieux saints» peut jouer avec le troisième: Jérusalem/Al Quds. Ces critiques se sont transformées en slogans dans des manifestations énormes qui ont eu lieu dans plusieurs pays arabes. Trois d’entre eux se sont distingués jusqu’à maintenant: la Jordanie, le Maroc et l’Algérie. (…) Les experts en communication considèrent que Riyadh tente de vendre son image à l’opinion publique et aux médias occidentaux à travers le marketing et des dossiers financiers et politiques dans les annexes des journaux. De leur côté, les ambassadeurs d’Arabie saoudite dans les pays arabes menacent les peuples en leur disant que leurs critiques ne resteront pas sans réponse et qu’il y aura des représailles.» (7)

En fait il est plus juste d’écrire que l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda   et non auprès des dirigeants tous complices et tous sans courage devant ce qui se passe à la fois en Israël et en Arabie saoudite  pays qui dirige un gang  de pieds nickelés appelés pompeusement coalition qui  se fait les dents en tuant du  yéménite  avec les armes françaises américaines anglaises qui , n’ont aucun intérêt à tarir la manne u marché de la mort que constitue le marché des armes qui dépasse 1500 milliards de dollars par an !

Rien de nouveau sous le soleil. Les Yéménites et les Palestiniens peuvent mourir, Les Arabes seront les derniers à les soutenir. Le sabre nain saoudien n’a pas d’avenir en face de l’Iran pays scientifique et technologique. L’Occident est mal placé pour parler de droits de l’homme, lui qui les bafoue et laisse aussi ses protégés saoudiens et israéliens les bafouer sans retenue sûrs de leurs impunités puisque c’est l’Occident qui dicte la norme du bien et du mal…

S’agissant de l’Arabie Saoudite, elle est à des années  lumières du développement technologique endogène de l’Iran. Si le pétrole perd de sa pertinence dans un modèle énergétique futur, les Saoudiens, les Qataris, et tous les roitelets du Golfe , vont renouer avec le Chameau , la tente  car ils n’auront rien créé de pérenne. Il faut se souvenir que dans les années 20 du siècle dernier, quand le pétrole n’était pas encore découvert, le roi Ibn Saoud, s’était plaint auprès de la France du fait qu’elle empêchait les Algériens de contribuer à distance ,  à financer les pauvres de Médine …

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger


Notes

1.Stéphane Lacroix: https://orientxxi.info/ magazine/en-arabie-saoudite-modernisation-de-l-autoritarisme 2014

2.https://strategika51.wordpress.com/2018/04/16/macron-au-service-de-ryad-pour-six-milliards-de-dollars/

3.Guillaume Berlat  http://prochetmoyen-orient.ch/jupiter-baise-la-babouche-de-mbs/

4.Clark Kent https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-poutre-saoudienne-et-la-paille-203084

5.http://actuarabe.com/interview-mohammed-ben-salman-the-atlantic/

6.Zine Cherfaoui : http://www.elwatan.com/international/la-normalisation-avec-israel-enclenchee-18-04-2018-366515_112.php

7.http://actuarabe.com/ou-et-pourquoi-le-prince-heritier-darabie-saoudite-a-t-il-rencontre-le-chef-des-services-de-renseignement-israeliens/

8; http://actuarabe.com/apres-effritement-occident-limage-de-larabie-saoudite-se-degrade-monde-arabe-de-maniere-inquietante-a-cause-de-jerusalem-al-quds/

Article  de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/290912-l-hubris-de-l-ephemere.html


 

L’ « œuvre positive » de la colonisation Que du bonheur!


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

«Notre système de colonisation consistant à ruiner l’Arabe, à le dépouiller sans repos, à le poursuivre sans merci et à le faire crever de misère, nous verrons encore d’autres insurrections.»  Guy de Maupassant Au Soleil (1884)

Mon attention a été attirée par une contribution d’un auteur français qui sévit depuis quelque temps et s’est fait une réputation de négationniste s’agissant des horreurs de la colonisation. Pour lui et pour ceux qui sont encore nostalgériques dans leur fuite en avant, la colonisation y a bon. Ce qui m’a fait bondir outre mesure c’est le nouveau concept de la colonisation, outre sa «positivité», celui du bonheur, l’auteur parle de colonisation heureuse!! Par honnêteté intellectuelle je rapporte les propos essentiels d’une contribution de Bernard Lugan colonialiste engagé.

« Les bienfaits des invasions » et l’encouragement à   ne pas en rougir

Lisons cette logorrhée: «Lorsque, à la fin du XIXe siècle, l’Europe entreprend la colonisation de l’Afrique noire, la situation de ce continent est catastrophique. (…) Or, en quelques années, administrateurs, officiers et missionnaires apportent aux Africains la notion jusque-là inconnue de sécurité quotidienne. Comment ils ont apporté, et pourquoi sont-ils venus Médecins et infirmiers font reculer le paludisme, la tuberculose, la bilharziose, la maladie du sommeil, le trachome et les diverses parasitoses qui achevaient de tuer des millions de malheureux sous-alimentés. Outre les soins, les Africains mangent alors partout à leur faim et l’essor démographique devient considérable (…).» (1)

«Pourtant, l’Europe a appris à avoir honte de cette oeuvre humanitaire, tant les esprits ont été imprégnés par les slogans culpabilisateurs. (…) Durant trente années au moins, l’idée sans cesse répétée, pour ne pas dire martelée, selon laquelle le Nord s’était enrichi en exploitant le Sud a acquis force de loi.» (1)

«De la boucle du Niger à la mer Rouge et du Soudan au Mozambique, les musulmans esclavagistes s’employaient à vider l’Afrique de ses habitants quand la colonisation y mit un terme. Ne perdons jamais de vue – contrairement à ce que veulent faire croire les culpabilisateurs – que l’Europe n’a pas eu l’initiative de la traite des Noirs, puisque, du VIIIe au XXe siècle, les Arabes n’ont cessé de la pratiquer. Si durant trois siècles, les Européens transplantèrent environ 8 millions d’hommes d’Afrique en Amérique, en 12 siècles, les Musulmans en puisèrent environ 15 millions dans le véritable vivier humain qu’était pour eux l’Afrique noire (…)» (1)

Parlant de l’esclavage arabe pour minimiser celui des Blancs il écrit:

«En 1890, il y a encore 78 marchands d’esclaves au Caire et 73 à Alexandrie, qui reçoivent des captifs clandestinement, puisque la traite est officiellement interdite. En Afrique orientale, les musulmans de Zanzibar sont les organisateurs d’un vaste trafic dont ils tirent d’énormes bénéfices(…) Une fois encore, l’Europe intervient et il faudra un demi-siècle d’efforts aux pères du Saint-Esprit, aux Pères blancs, aux pasteurs de la Church Missionary Society pour combattre les esclavagistes sur leur propre terrain. Mais leurs efforts seraient demeurés vains sans l’implantation militaire de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France, du Portugal et de la Belgique»(1)

Ensuite l’auteur fait appel à un autre auteur aussi « convaincu que lui des bienfaits de la colonisation en l’occurrence l’universitaire Jacques Marseille et qui part du principe que les Européens ne se sont pas enrichis Il compare des pays entre eux . Nous lions : « Et pourtant, déclare-t-il parmi les pays du Nord, les plus riches ne sont ni l’Espagne, ni le Portugal, ni la France, ni la Grande-Bretagne, qui furent les principales puissances impériales, mais la Suisse, la Suède, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon.»

«Le cas français étudié par Jacques Marseille constitue la seule analyse scientifique de la question. Ses conclusions permettent d’affirmer que, depuis 1930 environ, l’empire entravait plus qu’il ne stimulait la croissance économique de la France et que la décolonisation fut un délestage voulu par une certaine fraction du patronat français pour stimuler la croissance de ses activités ». Mais il y a plus important encore. Non seulement les productions coloniales coûtent très cher à l’économie française, puisqu’elles sont achetées largement au-dessus de leur cours mondial, mais encore, en entrant en concurrence directe avec des productions métropolitaines (…) Après la décolonisation, dégagée des subventions indirectes et allégée des secteurs moribonds, l’économie française a pu se lancer dans la bataille de la compétitivité.» (1)

La colonisation heureuse : nouveau concept

Bernard Lugan conclut: «La colonisation fut une parenthèse brève mais positive – et pourquoi pas heureuse? – pour les populations d’Afrique: le gendarme assurait la paix; le médecin soignait les corps; l’instituteur transmettait son savoir; le colon fournissait du travail; le juge protégeait de l’arbitraire.». «Certains penseront peut-être que ce tableau est trop résolument favorable à la colonisation. Qu’ils lui opposent alors la situation qui prévaut actuellement dans des pays comme l’Ethiopie, l’Angola, le Mozambique, le Zimbabwe, l’Uganda, l Tanzanie, le Nigéria, le Ghana, le Tchad, Madagascar, etc., où famines, épidémies, massacres inter-ethniques, gabegie, concussion, arbitraire sont le lot quotidien des malheureuses populations.» (1)

Après la lecture de ce plaidoyer pro-colonisation, nous allons répondre à monsieur Bernard Lugan point par point. D’abord, l’auteur tente de nous expliquer pédagogiquement – en fait il s’adresse à ses concitoyens – qu’il ne faut pas rougir, qu’il ne faut pas culpabiliser que c’était çà la civilisation, il n’apporte aucun argument sauf que c’est la méthode Coué, croyez que vous êtes irréprochables et vous serez irréprochables à force d’incanter cela.

Les races supérieures et le devoir de civilisation

Son postulat de base est que les races blanches ont reçu d’une façon immanente le droit de civiliser les races inférieures et tout doit être fait pour les présenter aux concitoyens comme des peuplades préhistoriques s’exterminant les unes les autres; sans unité – oubliant à titre d’exemple que quand l’Europe était « gouvernée- le mot est fort, de «rois fainéants», de « seigneurs, en fait d’Astérix plus frustes les uns que les autres il y avait à titre d’exemple un empire au Mali et même une charte des droits de l’homme vers 1200 bien avant l’Habéas corpus anglais, qui fut copiée par les révolutionnaires en France et par la suite l’Occident qui les codifie sous le vocable de déclaration des droits de l’homme que naturellement la France s’attribue au point de vouloir, d’une façon incantatoire en se souvenant que pour Jules Ferry déjà, la fin du XIXe siècle les droits de l’homme ne sont pas valables dans les colonies.

Pire encore il martèle il y a un devoir pour les races supérieures de civiliser les races inférieures. Ce concept de droit sera mis au gout du jour un siècle par Bernard Kouchner avec son fameux et triste devoir d’ingérence, avec des conséquences qui sont passées à la trappe, à savoir le million de morts au Burundi,, et quelques années plus tard, ce même devoir d’ingérence sera invoqué par Bush en Afghanistan en Irak en Libye et en Syrie, se permettant même en commandeur de tracer des lignes rouges que les peuples barbares ne doivent pas dépasser….

L’esclavage arabe en première ligne

Là où on sent la jouissance de l’auteur c’est d’avoir trouvé le maillon faible, à savoir celui de l’esclavage des Arabes qui, certes, avait lieu mais n’avait rien à voir quantitativement avec le commerce triangulaire et la règle des trois C: Christianisation commerce, colonisation. «Naturellement, les chiffres qu’il donne ne reposent sur aucune donnée. Il va jusqu’à repérer des marchands d’esclaves à l’unité oubliant d’une façon pudique désintéressée pour tout simplement, par crainte de représailles, le commerce non moins tragique des juifs esclavagistes.» Ensuite, il nous dit que la métropole n’a rien pris, elle n’a fait que donner. Il n’est que de voir comment les Suds épuisés ont vu leurs matières premières partir de ces pays africains qui n’avaient pas de développement endogène, les matières premières servaient l’industrie française.

Nous conseillons à M. Lugan apparemment ignare en ce qui concerne par exemple l’oeuvre positive au Congo de lire un excellent texte d’Aimé Césaire, sur le chemin de fer Congo Océan. Et sur le verdict sans concession d’André Gide : « Le chemin de fer Congo-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines »

S’agissant de ce qu’a « donné » l’Algérie à la France, C’est un fait, que la « Métropole » a aspiré tout ce qui pouvait l’être en terme de métaux ( fer, Nickel, cuivre, plomb, mercure…) de charbon et bien plus tard de pétrole   Un document nous apprend, à titre d’exemple, que toute la métallurgie française de qualité doit beaucoup à l’acier algérien; On peut dire sans se tromper que l’essentiel de la fabrication de qualité est du au fer algérien. On avance que la tour Eiffel a été construite avec le fer algérien. La contribution suivante en témoigne :

«Les Algériens visitant ce monument, ne se doutent certainement pas que cette dame de fer » symbole et fierté des Français, est en fait du minerai extrait de la terre algérienne. Et pour cause, tout le fer utilisé pour sa construction, 8000 tonnes pour la charpente métallique, a été extrait des mines algériennes, de Rouina (Aïn Defla) et de Zaccar (Miliana). «D’ailleurs, en guise de reconnaissance, Gustave Eiffel avait remercié les mineurs de Rouina, en offrant une horloge (montée sur une tour métallique) à l’école du village de Carnot (l’actuel El Abadia, wilaya de Aïn Defla). Il faut souligner que Rouina était l’une des premières mines exploitées en Algérie par les Français. Gustave Eiffel fut ébloui par la pureté de son fer qui est un minerai à haute valeur ajoutée, ayant des propriétés mécaniques idéales et convenables à ses projets, titrant une teneur moyenne de 56-60%, ce qui permettait l’obtention de fer «puddlé» (brassé), très indiqué pour ce genre de structure, contrairement au minerai de fer extrait des «minettes de Lorraine» et autres mines européennes, pauvre et inadapté aux structures nécessitant une résistance et une flexibilité mécanique aux aléas naturels »

« Le journal français l’Echo des mines avait rapporté en 1896 que «le fer qui a servi à la construction de la tour n’est pas n’importe lequel. Il a fait l’objet d’un choix minutieux. Il vient de mines algériennes et a été fabriqué dans les forges et usines de Pompey Fould-Dupont’ en Lorraine, Gustave Eiffel l’a choisi notamment en raison de ses propriétés mécaniques. Pour illustrer l’intensité de l’activité minière, à cette époque, il y a lieu de noter que la production du minerais de fer a enregistré en Algérie une moyenne de 400 000 tonnes par an depuis 1875 pour culminer en 1928 à 2 006 092 tonnes, Le prix de la tour Eiffel, avec l’ornementation et les nécessités architecturales, a atteint les 5 millions de francs, tandis que la tour métallique a coûté à elle seule 3,405 millions de francs de l’époque. Le minerai provenant d’Algérie représente plus de 68% du prix de la tour! (…)» (2)

Un autre site confirme s’il en était besoin la pureté et la provenance du fer nécessaire à la construction de la Tour Eiffel. Nous lisons :

« Le fer qui a servi à la construction de la tour n’est pas n’importe lequel, bien sûr. Il a fait l’objet d’un choix minutieux. Il a été acheté à une usine de Meurthe-et-Moselle et vient de mines algériennes. La question de l’origine du fer de la tour Eiffel nous amène donc en voyage… Lorsque Gustave Eiffel passe commande pour 8 000 tonnes de fer puddlé, ce dernier se tourne vers des fournisseurs de minerai. La qualité demandée par Eiffel est à récupérer en Algérie, dans les mines de Zaccar et de Rouïna, deux sites distincts. Les mines du Zaccar sont en Algérie, à Miliana. La mine est surprenante, son entrée n’est qu’un simple trou de deux mètres de diamètre, à flanc de coteaux de la montagne. L’étaiement laisse à désirer, la galerie finit par arriver à un puits de plus de 10m de profondeur. C’est au fond de ce puits que commencent les galeries d’extraction. Ces galeries sont équipées de chemin de fer et de wagonnets dans lesquels sont versées les roches. Tirés à main d’hommes, ils sont ensuite vidés dans une fosse qui tombe sur des terrasses à ciel ouverts. C’est de ces terrasses que l’on récupérait les pierres avant chargement et envoi en Lorraine. Il faut signaler que ce site n’est pas un site industriel, c’est la raison pour laquelle il n’y a aucun équipement comme des hauts-fourneaux. C’est juste un site d’extraction. Rouïna est une ville d’Algérie, assez proche de Miliana. Durant l’occupation française la mine de Rouïna était équipée d’infrastructure sidérurgique de pointe, avec entre autre un haut-fourneau à moyenne température. Le minerai qui en était extrait était broyé et acheminé dans ces fonderies d’Algérie ou de France » (3).

L’auteur nous explique ensuite que la civilisation a pacifié (trois pages) les escarmouches intertribales (en prenant un cas sur la multitude) c’est comme si on rapportait les escarmouches de lorrains de Bretons entre eux comme connaissent tous les peuples, à l’instar des guerres dites de trente ans, de cent ans en Europe où les serfs en nombre veillaient au confort des nobles

Pour lui, Dieu fait alors appel aux Européens pour sauver les Africains. Ce qu’il firent avec un sabre dans un main et un goupillon de l’autre si on en réchappe pour donner l’extrême onction ou être converti en étant   sauvé par l’église Pour lui c’est une bénédiction qu’il y ait eu ce sabre et ce goupillon et la guerre d’épouvante pour sauver ceux qui restent des génocides européens pour les faire rentrer à tout prix dans le giron de la vraie religion tout en faisant des sous –hommes taillables et corvéables

La colonisation n’est donc apparemment pas plus à l’origine de la puissance industrielle de l’Occident qu’elle n’est la cause du sous-développement de l’Afrique. En clair, malgré toute la rapine les pays européens du Sud, l’auteur avoue que les pays du Nord sont plus développés. Naturellement, il n’attribue pas ce retard économique à une déficience scientifique économique, la cause – fausse au demeurant- est le boulet colonial.

L’auteur martèle à la suite de son renfort Jacques Marseille, que les colonies était un poids mort pour la métropole – chiffres discutables à l’appui- et que quand elle s’en est débarrassée la France s’est développée La question que nous lui posons est la suivante : Pourquoi la France est restée dans un pays qui lui coutait cher ? Pourquoi fallait il ensuite une guerre -évènements d’Algérie pendant longtemps- qui a duré huit ans, une guerre qui a laissé des cicatrices dans l’imaginaire algérien qui ne s’est pas remis d’un tsunami qui a eu lieu un matin de juillet 1830,qui s’est perpétué pendant 132 ans de malheur et de désolation et terminé avec l’extermination d’un million des meilleurs enfants Pourquoi a-t-il fallu huit ans de guerre pour qu’il y ait délestage, qu’il y ait 30000 soldats français morts pour une cause perdue d’avance malgré toutes les tentatives de « troisième force du MNA, des Bellounis, .. » , de Sahara mer intérieure »…

On est en droit de s’interroger pourquoi la propagande coloniale a-t-elle donné l’illusion aux Français nés en Algérie, qu’ils étaient là pour l’éternité en tant que colons ne faisant rien pour considérer les Algériens comme des citoyens à part entière qui avaient droit à la dignité au lieu et place du Code de l’indigénat qui leur a été infligé ?

La détresse réelle des rapatriés européens et des harkis – considérés bien plus tard comme des sous hommes par un ténor du parti socialiste n’avaient pas vocation à rester en France parce que pour de Gaulle ,ce n’était pas la patrie de leur père » , cette détresse , ils la doivent au pouvoir colonial et pour certains à leur certitude qu’ils appartenaient à une race supérieure, ne pouvant concevoir d’avoir des concitoyens algériens comme eux dans une République algérienne libre et équidistantes des espérances religieuses. L’OAS n’a fait qu’ élargir le fossé entre les communautés, et les 200.000 Français d’Algérie qui sont restés, en définitive, sur le million ont compris qu’ils n’avaient à craindre que leur avenir était en Algérie. Certains même reviennent d’une façon discrète et sont étonnés de voir comment les Algériens sont avenants dans leur accueil au point que certains regrettent d’être partis..

Certains parmi ces français d’Algérie eux se sont battus côte à côte avec les autres Algériens pour la liberté et l’indépendance de l’Algérie. Il eut été plus sage pour la France de n’être jamais venue en Algérie ou au mieux partir à partir du moment où les dépenses de la colonie étaient insupportables pour la colonie et l’empêchaient d’avoir le niveau de la Suède si elle n’avait pas perdu 132 ans à supporter une colonie qui n’a fait que prendre!!

 Ce que fut « l’œuvre positive » de l’Algérie pour la France

Sans rentrer dans le détail de tout ce qu’a fait l’Algérie pour la France durant un compagnonnage de 132 ans , nous en avons rendu compte dans plusieurs de nos écrits il nous plait de nos ressouvenir de quelques « moments’ » par exemple ce que l’auteur « oublie pieusement » d’écrire que -la France fut accompagnée dans toutes les querelles qu’elle a faites au monde- par les Algériens qui payèrent le prix du sang en vain. Non content de prendre les matières premières, le pouvoir colonial «s’empare de la force vive pour guerroyer de par le monde et offrir de la chair à canon algérienne. Mieux encore, en période de paix ce sont les tirailleurs béton qui ont participé à la reconstruction de la France, les trente glorieuses, les constructions des autoroutes, des bâtiments, des usines et tous les métiers indignes des Français ont été le lot des émigrés sans reconnaissance aucune. Dans son texte, l’auteur va jusqu’à s’apitoyer sur le sort des peuples africains, il oublie que c’est grâce à la colonisation que ces peuples sont clochardisés pour reprendre l’expression de Germaine Tillon. Qui sait s’ils n’auraient pas évolué différemment s’ils n’avaient pas été tenus soigneusement en marge du progrès et de la connaissance? Quand on pense qu’en 132 ans la colonisation a formé en Algérie moins d’un millier de personnes aucune pratiquement dans les sciences et la technologie. (4)

Le président Ferhat Abbas a déclaré lors d’une réunion avec les cadres formés alors que la guerre d’épouvante battait son plein, «nous avons formé en cinq ans plus que le système éducatif colonial en 132 ans en cadres techniques et scientifiques».

La reconnaisse des Algériens pour les « Justes »

 Cependant, le peuple algérien de par sa culture, son identité et son espérance religieuse n’est pas ingrat, il n’oublie pas les  » Justes »,  toutes celles et ceux qui l’on accompagné pendant ces 132 ans d’épreuve. Dans ce cadre, si l’éducation ne fut permise aux Algériens qu’à dose homéopathique,-nous fûmes des voleurs de feu pour reprendre l’élégante formule de Jean El Mouhouv Amrouche nous ne pouvons pas être reconnaissants à nos maîtres, ces hussards de la République qui prirent beaucoup de risques pour venir devant nous et nous éduquer. Je veux associer dans le même hommage le dévouement de beaucoup de médecins qui comprirent leur mission en soignant la détresse des Algériennes et des Algériens. Je veux enfin ajouter le dévouement de tous les Européens d’Algérie qui ont cru en la nécessité de l’indépendance de l’Algérie qu’ils considèrent à juste titre comme leur pays pour s’y être battus, je pense notamment à Claudine et Pierre Chaulet, à Daniel Timsit, à Fernand Yveton, à Maurice Audin, à Henri Maillot à Maurice Leban, l’abbé Berenguer et tant d’autres qui se dévouèrent à en mourir pour l’Algérie.

Pour ma part, je n’oublie pas d’ajouter que dans ce long et douloureux compagnonnage il y eut des Français qui défendirent la cause algérienne, je veux citer là aussi Frantz Fanon, Francis Jeanson, Jean-Paul Sartre. Ils se dévouèrent sans retenue. Notre pays grandirait en affirmant qu’à côté de Saint Arnaud qui avait «les états de service d’un chacal» à en croire Victor Hugo,, des Berthezène, des Bugeaud, il y eut des justes à qui nous témoigneront de notre reconnaissance. La nostalgérie  n’a pas d’avenir devant la réalité de la colonisation qui fut globalement négative et malheureuse pour les indigènes que nous étions.

En terminant cette analyse, je retiens le nouveau concept de colonisation heureuse voilà qui nous perturbe quant à la définition du bonheur! Les 6 millions d’Algériens qui sont passés de vie à trépas, victimes de l’oeuvre d’épouvante, de l’évangélisation forcée d’un autre enragé, le cardinal Lavigerie, des famines organisées et par-dessus tout de la torture tout au long de ces cent trente deux ans témoignent de cette colonisation heureuse; Non, la réconciliation n’est pas pour demain avec ces envahisseurs imbus de la certitude d’appartenir à la race des élus qui veulent notre bonheur à tout prix, même à celui de nous exterminer…

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.Bernard Lugan: Le vrai bilan de la colonisation en Afrique (L’Occident sans complexes) https://henrydelesquen.fr/2016/03/15/le-bilan-positif-de-la-colonisation-en-afrique/

2.https://salimsellami.wordpress.com/2017/10/03/en-fait-saviez-vous-que-la-tour-eiffel-est-algerienne.

3.https://www.merveilles-du-monde.com/Tour-Eiffel/Fer-de-la-tour-Eiffel.php

4.Chems Eddine Chitour : https://www.legrandsoir.info/ce-que-fut-la-colonisation-l-oeuvre-positive-de-l-algerie-envers-la-france.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/286569-que-du-bonheur.html

Centenaire de la naissance de Mostefa Lacheraf: Un géant de la pensée oublié


par Chems Eddine Chitour

mondialisation.ca

 

https://www.mondialisation.ca/wp-content/uploads/2017/11/Mostefa-Lacheraf.jpg

« L’enseignement : apprendre à savoir, à savoir faire, à faire savoir. L’éducation : apprendre à savoir être.” Louis Pauwels 

 

Il y a un siècle et quelques mois naissait Mostefa Lacheraf écrivain éclectique , historien, sociologue et home politique qui a marqué son époque. Curieusement il ne fut pas apprécié à sa juste dimension durant son engagement pour la révolution. Même dans l’avion qui fut détourné, les médias mais aussi par la suite les politiques algériens ont minoré sa présence dans l’avion et pourtant il donna le meilleur de lui-même pour la révolution ! C’est autant de dimension qui se conjugue dans cet homme qui laissera la culture algérienne orpheline de son génie. Au-delà du militant de la première heure, Mostefa Lacheraf est, aussi, connu par ses essais d´histoire sur le mouvement nationaliste algérien et la notion du nationalisme dans la Révolution algérienne, qu´il a reproduit dans son livre phare Algérie, nation et société, en réponse à la thèse émise par Maurice Thorez, «l’Algérie comme les autres pays colonisés par la France, est une nation en formation».

Cette contribution se veut une modeste piqure de rappel d’une amnésie gratuite, tant il serait juste et opportun de faire connaitre et de faire lire les textes de Mostefa Lacheraf et donner une visibilité méritée à cet artisan d’une Algérie apaisée ouverte sur l’universel au lieu et place des logorrhées littéraires porteuses de toutes les régressions Dans l’anomie actuelle, il est alors naturel de signaler des repères de l’intellect ; On peut regretter qu’un hommage solennel ne lui soit pas rendu lors du dernier Salon Sila.

Sans doute Mostefa Lacheraf n’a pas d’avocat à même d’imposer cela, lui qui était œcuménique et qui évitait les débats clivants s’agissant du vivre ensemble. Je me souviens que le jour de son enterrement une universitaire a fait cette réflexion sans appel en rappelant un proverbe du terroir : «  De son vivant, il quémandait seulement une datte, après sa mot, on lui « accroche un régime de dattes » C’est dire même sur le plan officiel, il était invisible. Doit il pour autant l’être sur le plan des idées et de son apport à un Algérie œcuménique fascinée par l’avenir

Cette contribution se veut justement un petit hommage d’un profane qui a eut à approcher ce géant de la pensée une seule fois lors d’une discussion assez longue et brassant globalement son parcours avec une halte sur les problèmes et les chausse –trappes qu’il a eu à subir de la part des tenants du FLN baassites . J´en suis sorti troublé et…ragaillardi avec la conviction profonde que l´Algérie ne pouvait que sortir victorieuse des épreuves qu´elle a traversées et qu´elle traverse depuis les temps tumultueux de son histoire plusieurs fois millénaire pour peu que son école ne soit pas la caisse de résonnance tant il est vrai que une belle éducation de l’enfant devrait être la prunelle de nos yeux.

 Qui est Mostefa Lacheraf ?

Dans la biographie donnée par l’encyclopédie Wikipédia nous lisons Mostefa Lacheraf naît le 7 mars 1917 à El Kerma des Ouled Bouziane près de Chellalat El Adhaoura, où son père est magistrat de la justice musulmane. Après des études secondaires à Alger, des études supérieures à la Thaâlibiyya d’Alger puis à la Sorbonne à Paris, il enseigne au lycée de Mostaganem et au lycée Louis-le-Grand à Paris. et est traducteur et interprète à l’institut des langues orientales à Paris. Dès 1939, il milite au Parti du peuple algérien (PPA), au Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD), écrivant dans la presse clandestine. Il devient en 1946 secrétaire du groupe parlementaire de ce parti puis quitte ces fonctions et le comité exécutif de la Fédération de France du MTLD-PPA pour diriger l’un de ses journaux, L’Étoile algérienne ».(1)

« Mostefa Lacheraf rejoint ensuite le FLN. Renonçant à l’enseignement durant la guerre d’Algérie, il quitte Paris en novembre 1954 pour l’Espagne où il prend contact avec Mohamed Khider. Il fait partie de la délégation des dirigeants de la « révolution algérienne », composée notamment par Ahmed Ben BellaHocine Aït AhmedMohamed Boudiaf et Mohamed Khider, dont l’avion civil marocain est détourné, entre Rabat et Tunis, par l’armée coloniale en Algérie le 22 octobre 1956. Emprisonné aux Baumettes, à Fresnes, à La Santé, au Fort Liédot, il est libéré en 1961 pour raisons de santé et placé en résidence surveillée. Il quitte alors clandestinement la France pour Le Caire et Tunis. Membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), il participe en mai 1962 à l’élaboration du « Programme de Tripoli » qu’il est chargé de lire devant les congressistes » (1).

« Rédacteur en chef d’El Moudjahid après l’Indépendance jusqu’en septembre 1962, ambassadeur à partir d’octobre 1965 en Argentine puis au Mexique, conseiller à la Présidence pour les problèmes éducatifs et culturels de 1970 à 1974, ambassadeur en Amérique latine, Mostefa Lacheraf participe à la rédaction de la « Charte nationale » de 1976 puis est nommé d’avril 1977 à 1979 ministre de l’éducation du gouvernement Houari Boumédienne . Il doit cependant donner sa démission à la suite de l’opposition du parti unique de cette époque à son programme éducatif, qui favorise le bilinguisme, l’enseignement de la langue française et la formation des enseignants en langue arabe pour parvenir a un niveau supérieur de formation nationale. À nouveau diplomate en poste au Mexique (septembre 1979), délégué permanent de l’Algérie auprès de l’UNESCO (septembre 1982), chef de mission à l’ambassade algérienne à Lima, au Pérou (de janvier 1984 à septembre 1986), adversaire du président Chadli, opposé à l’intégrisme, il est nommé en 1992 par le président Boudiaf, président du Conseil Consultatif National  Mostefa Lacheraf meurt le 13 janvier 2007 » (1)

Les chemins de l’érudition : La dimension éclectique

Dans les différents éloges lors de sa mort, l’hommage de Mouny Berrah me parait le plus complet et nous invite à connaitre ce géant de la pensée mais aussi de l’action, quand il fallait s’engager pendant que d’autres intellectuels de son époque trouvaient mille et une raisons de ne pas couper le lien ombilical en faisant – et sans leur faire aucun procès d’intention- le minimum syndical pour passer à travers les gouttes de pluie de la chape de la terreur coloniale

Mouny Berrah nous invite à à revisiter toutes les facettes fécondes de Mostefa Lacheraf :

« «  Pays de longue peine », pays du « flanc de la dune où glissent les fennecs », pays « des parfums des riadh algérois, des patios fleuris de Blida où poussent l’oranger, le jasmin et la menthe vivaces ».  Le pays de Lacheraf, celui qui de l’Algérie, nation et société à des noms et des lieux n’en finit pas d’être dit, s’est d’abord esquissé en poésie. Petits Poèmes d’Alger (1947) et Poèmes d’ailleurs, de la prison de Fresnes par exemple… Poèmes de femmes qu’il ramène au patrimoine avec sa traduction : des Chansons des jeunes filles arabes (1953). Poésie des contes, qu’il restitue à la culture avec une autre traduction : Le chasseur, la femme et les fauves. Poésie mystique de la tradition soufie qu’il offre au lecteur algérien dans sa traduction d’Ibn AI Farid. Que l’on aborde l’Algérie par sa littérature, on y rencontrera Mostefa Lacheraf, dans le texte ; c’est là que tout a commencé… A moins qu’on ne l’y croise dans ses invitations à fréquenter d’autres poètes, Jean Sénac ou Anna Greki, dont il a préfacé des recueils. Kateb Yacine auquel il rend hommage en ces temps troubles où la culture officielle le maintient en clandestinité. Que l’on aborde l’Algérie par le cinéma, on y rencontrera Mostefa Lacheraf. L’homme et le critique. Lui, si peu enclin à parler de lui-même, le voilà, enfant, recevant, à neuf ans « le baptême du cinéma ». « Dans ce petit village reculé des Hauts-Plateaux algériens, dans le sud-est du Titteri et aux abords du Hodna, j’ai reçu le fameux et désormais classique baptême du cinéma, à savoir L’Entrée en gare d’un train ». (2)

« Quand il arrive que Lacheraf parle de lui, il s’agit toujours d’une mise en contexte, d’une re-territorialisation, d’une mise en perspective, telle celle d’un film colonial vu par les yeux d’un enfant de neuf ans. C’est cela Mostefa Lacheraf, cette faculté unique de vous entraîner, à partir d’un souvenir d’enfance, sur les pentes escarpées de l’érudition, les chemins difficiles des remises en question, les moments de l’élaboration théorique, sans pour autant vous donner le vertige. S’il fallait, à travers son œuvre, résumer l’homme, c’est en cette faculté unique de prendre son lecteur par la main, de ne jamais l’abandonner en route, surtout quand la route va d’Alger à Damas, de Versailles à Londres, de Sidi Aïssa au Caire, d’une bibliothèque à l’autre, de l’hôtel Aletti à l’Istanbul d’Attaturk, avec des haltes chez Mohamed Abdelwahab, les conteurs du bord du Nil, Chahine et Pontecorvo ». (2)

Mouny Berrah nous rappelle aussi son passé politique  et son combat comme guerrier de la plume :

«  Que l’on aborde l’Algérie par son histoire, on y rencontrera Mostefa Lacheraf. Au PPA puis au MTLD, dans tout ce que compte la presse clandestine de l’époque, dans les instances dirigeantes du mouvement national puis à la base pour cause de désaccord sur les principes. A la base, c’est-à-dire, encore et toujours, sur le front de l’écriture, de la polémique, de la restauration du droit dans Les Temps Modernes, Esprit, Présence Africaine. Polémiste et propagandiste dans un témoignage posthume, toute la noblesse des termes. Le 22 octobre 1956, l’histoire, qui ne s’y trompe jamais, le récupère pour la postérité et tous les manuels : l’avion qui le transportait avec Khider, Ben Bella, Boudiaf et Aït Ahmed est, dans le premier détournement médiatique, arraisonné par la France. Il fait le tour des prisons coloniales, Fresnes, La Santé, Les Baumettes… Placé en résidence surveillée, il échappe à ses geôliers, rejoint le FLN (…) il aura participé à la rédaction du Programme de Tripoli » (1).

L’hommage de Lacheraf à la dimension première amazighe de l’Algérie.

On a souvent reproché à Lacheraf d’avoir mal apprécié à sa juste valeur l’ouvrage de Mouloud Mammeri :

«  la colline oubliée » sortant quelques phrases dans leur contexte.  Mais rien à voir cependant dans son argumentaire, avec les écrits infamants d’un écrivain déniant à l’auteur de l’Opium et le bâton, son algérianité ! Il s’agit d’un échange d’idées certes rugueux mais qui n’enlève rien à l’apport de ces écrivains hors du commun ,qui hasard de l’histoire sont nés la même année et à ce titre ,nous devons commémorer pieusement le centenaire de leur naissance.

Dans sa défense et illustration élégante de l’identité première amazighe Mostefa Lacheraf déroule un argumentaire convaincu qui ne peut qu’avoir le consensus du plus grand nombre, tant il est vrai qu’il est argumenté Cet Algérien de l’Algérie profonde ( sidi Aissa dans le Hodna) parle avec affection de ses repères (ce qu’il appelle Rkaïz ,el Hodna, les piliers du Hodna) . Ecrivain éclectique ne maitrisant pas le berbère mais maitrisant aussi bien le bel usage de l’arabe que du français, C´est un monument de la mémoire intellectuelle nationale sans équivalent que l´Algérie a perdu à travers la disparition de Mostefa Lacheraf ».(3)

Justement, il faut relire et relire « Des noms et des lieux » !

« Que l’on aborde l’Algérie par son identité et on y rencontrera Mostefa Lacheraf, d’abord dans l’intégralité de l’œuvre mais en particulier dans ce joyau que constitue Des Noms et des Lieux. Mémoires d’une Algérie oubliée. Justement de son amour et de sa connaissance du terroir, Mostefa Lacheraf a déduit quelques évidences sur la toponymie qui nous rappelle chaque fois d’où nous venons. Pour témoigner de la présence des parles berbères dans l’histoire de l’Algérie depuis près de trente siècles, nous allons rapporter le témoignage, celui du regretté professeur Mostefa Lacheraf parle avec autorité et respect du gisement ancien en langue amazighe: «Des noms et des lieux: revenons-y alors que l’ignorance chez nous bat son plein au sujet de ce pays, de ses noms et pas seulement au niveau d’un état civil désastreux mais aussi à travers le choix des parents saisis par des mimétismes orientaux, occidentaux et rarement maghrébins. Noms berbères anciens et berbères punicisés par l’attrait culturel de Carthage. Noms berbères arabes berbérisés ou greffés d’amazigh.(…) Mais l’un des prénoms, les plus significatifs de l’osmose qui a opéré au plan sémantique des usages et d’une certaine propriété des termes entre le berbère et l’arabe dialectal au point de constituer des algérianismes est certainement le «décalque» à propos d’un nom célèbre, rencontré dans l’une ou l’autre des langues. (…) Ainsi Massinissa (Massiissen) nom propre berbère qui signifie: le plus grand des hommes, le plus élevé par le rang, le Seigneur des hommes, etc, a trouvé dans l’onosmatique arabe algérienne dans le passé et jusqu’à ce jour, son juste équivalent et ses variantes sous les formes suivantes: ‘Alannàs, Sidhoum,’Aliennàs, ‘Alàhoum; et dans le genre le nom très connu de Lallàhoum «Leur dame», celle qui est supérieure aux autres, hommes et femmes».(4)

«  (…) Dans l’épigraphie nord-africaine à laquelle se réfère Gustave Mercier à propos de ce qu’il appelait en 1924 «La langue libyenne (c’est-à-dire tamazight) et la toponymie antique de l’Afrique du Nord», des noms propres d’hommes et de femmes surgissent et parmi eux, il en est de moins reconnaissables comme ce Tascure, découvert gravé en latin et dont les doublets linguistiques actuels sont Tassekkurt et Sekkoura signifiant «perdrix» en kabyle ».  «Les topiques ou toponymes et lieudits à travers toute l’Afrique du Nord constituent, quant à eux, un véritable festival de la langue berbère, et l’on bute sur ses noms devenus familiers aux vieilles générations d’Algériens connaissant leurs pays dans les moindres recoins du sous-continent maghrébin avec ses montagnes, ses coteaux, ses cols, défilés et autres. (…) Bref, un inventaire grandiose ou infinitésimal, un espace géographique modelé par les millénaires et s’exprimant en tamazight, la nature et les hommes confondus! » (4)

Lacheraf et la coexistence religieuse

On sait que les Juifs ont toujours trouvé en terre musulmane la sécurité et la paix notamment dans les périodes récurrentes des pogroms pratiquement dans tous les pays européens, de l’Inquisition. Pendant 2000 ans, l’Eglise les a considérés comme les responsables de la mort du Christ ( déicides) et à ce titre ils n’eurent jamais la paix qu’ils trouvèrent en terre musulmane, notamment dans l’Espagne des Ommeyades où leur épanouissement était connu. On sait que Maïmonide, le grand écrivain juif, a écrit son livre «Dalil al Ha’irine», «Le livre des égarés», en langue arabe » (5).

Plus près de nous, les Juifs et les Musulmans ont vécu en Algérie depuis 2000 ans en bonne intelligence comme l’atteste ce beau texte de Mostefa Lacheraf: «Et puis, l’école officielle du village de Sidi Aïssa était une école dite ‘indigène » où il n’y avait pas un seul élève européen mais une grande majorité d’élèves musulmans en même temps qu’une douzaine de petits israélites parlant l’arabe comme leur langue maternelle et fortement arabisés dans leurs genres de vie. Eux et leurs familles appartenaient à la communauté juive du Sud algérien et portaient cinq ou six noms parmi ceux de l’ancienne diaspora andalouse judaïque réfugiée au Maghreb entre les XIVe et XVIIe siècles. (…)» (6)

« Peut-être que la mode religieuse n’était pas, à l’époque, pour le «m’as-tu vu» et le côté spectaculaire de la simple pratique, de l’observance rituelle exagérée comme aujourd’hui, car, dans ce centre villageois pourtant bien situé et peuplé d’habitants à la spiritualité mystique ou monothéiste affirmée, il n’existait ni mosquée officielle, ni église, ni synagogue connue édifiée en tant que telle. Femmes juives et femmes musulmanes se rendaient visite pendant les fêtes religieuses de l’une ou l’autre communauté, et leurs familles partageaient parfois l’usage de la même cour dans la grande maison où elles habitaient côte à côte (…). Je me rappelle encore ce que chantaient quelques femmes israélites venues offrir à ma mère du pain azym de la Pâque juive en entonnant sur le pas de la porte, en partant, un air célèbre d’origine andalouse, le chant nostalgique de ‘l’Au revoir ». (…)» (6)

Le sacerdoce de Lacheraf concernant l’éducation

 Le plus important est aussi pour la fin. La contribution de Mostefa Lacheraf pour une école de l’avenir, à l’abri des luttes idéologiques est connue. Ainsi l’une des facettes de Lacheraf est qu’il n’y a pas de demie mesure concernant la mise en place d’un système éducatif qui sans renier ses repères à la fois identitaires et religieux doit être en phase avec le mouvement du monde.   Mouny Berrah a raison d’écrire « Quant à la légitime réfutation, elle va s’exercer dans la critique à la fois visionnaire et solitaire d’une « arabisation » forcenée de l’enseignement. L’épisode lui vaudra son poste de ministre de l’Education et, incontestablement, la reconnaissance des générations à venir pour ce que sa vision portait de futur face à la chape démagogique du « bréviaire baâthiste »

Lacheraf qui ne fait pas les choses à moitié, ,a , comme il le rapporte dans son ouvrage : «  Des noms et des lieux », fait d’abord un tour d’Algérie pédagogique pour s’enquérir de l’état réel de l’éducation, il fut comme il le dit atterré par la façon d’enseigner d’un maître qui au lieu de laisser s’épanouir l’enfant dans toute sa splendeur a étouffé toute velléité de création en lui imposant une norme pourrait on dire stalinienne de l’éducation , une scolastique sclérosante qui n’a plus cours depuis bien longtemps dans les pays avancés.

Par ailleurs   Mostefa Lacheraf est de ceux qui rejettent toute chapelle voire tutelle notamment moyen-orientale au profit de notre génie propre notre vécu  :

« Ne serait- ce que pour cela (qui est déjà énorme) cette langue devrait être enseignée à tous les enfants algériens afin de leur permettre de redécouvrir leur pays dans le détail et non par le biais de l’abstraction idéologique imposée au nom de la qawmiyya baâtiste et faisant de l’école une institution étrangère, sinon à notre identité proclamée en surface du moins, à notre être national véridique, fruit intime de la géographie et de l’histoire toutes deux conçues charnellement à partir du terrain et assumées comme telles sans détour ni mensonge. Et il y en a qui veulent nous ajouter d’autres tutelles sous formes d’influences inesthétiques et d’autres n’ayant rien de maghrébin, parfois manifestement anti-algériennes, oublieuses de nos épreuves, de nos acquis, de notre culture écrite et populaire de double expression berbère et arabe!»(4)

Justement s’agissant d’un chantier qui lui tenait à cœur et qu’il n’a pas pu concrétiser devant une kabbale qui a fait pencher le balancier du pouvoir de Boumedienne en leur faveur. Avec sa lucidité coutumière, Mostefa Lacheraf définit les bases d´une vraie arabisation, Il s’en explique :«L´arabisation improvisée et sentimentale ne parvenant pas à maîtriser l´enseignement et à faire corps avec lui risquera, tôt ou tard, d´être l´objet d´une injuste désaffection de la part des siens

Il prône par ailleurs une école ouverte sur la modernité, le progrès qui assume son passé et le bonifie.

« Ce qui est en jeu, ce n´est pas seulement le fait de récupérer un patrimoine aussi vénérable soit-il, c´est en même temps celui de rendre à l´héritage perdu et retrouvé sa fonction pédagogique, sa fonction socioculturelle la plus conforme aux besoins d´un peuple engagé dans la voix du progrès, soucieux de donner à ses enfants un enseignement concret, substantiel, solide, anti-obscurantiste, capable d´exprimer notre univers algérien, arabe et africain et le monde tout court, avec ses conquêtes techniques, ses découvertes, ses expériences, ensemble de valeurs auxquelles nous avons nous-mêmes participé par le travail créateur dans un lointain passé…».(5)

Ces lignes décapantes sont plus que jamais d´actualité et ce n´est pas l´agitation culturelle actuelle et sans cap qui feront illusion. Il nous faut une école du futur qui ne soit pas otage d’une vision moyenâgeuse alors que l’occident invente le futur. La langue arabe et la langue amazighe devraient coexister d’une façon apaisée. Armée sur le plan identitaire, et se référant à son islam millénaire, le jeune algérien pourra aller à la conquête du monde la tête dans les étoiles, investissant sans complexe les savoirs les plus complexes les langues du futur le français mais aussi l’anglais le chinois bref un regard une ouverture sur l’universel sans complexe sur la modernité. C’est tout cela le sacerdoce de Lacheraf Paix à son âme.

Professeur Chems eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.https://fr.wikipedia.org/wiki/Mostefa_Lacheraf

2.Mouny Berrah   Mostefa Lacheraf : les chemins de l’érudition El Watan le 18 – 01 – 2007 https://www.djazairess.com/fr/elwatan/58780

3.Chems Eddine Chitour   http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_ professeur_chitour/39600-l%E2%80%99homme-%C3%A0-plusieurs-dimensions.html

4.Chems Eddine Chitour http://www.alterinfo.net/L-apport-de-la-culture-amazighe-a-l-identite-des-Algeriens_a26176.html#JQbPBQeQ6lqQvir0.99

5.http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Chems-Eddine_Chitour.031211.htm

6.Mostefa Lacheraf: Des noms et des lieux, éditions Casbah, pages 19 à 30 (1998)

7.Mostefa Lacheraf: Ecrits didactiques pages 131-132 Editions Enap.1988.

Collusion wahhabo-sioniste en vue !


mondialisation.ca

Mine de rien, une députée israélienne vient de découvrir le pot aux roses. Avec ingénuité, cette élue du parti de gauche « Meretz » a révélé que 122 militaires israéliens et américains étaient en activité sur une base aérienne saoudienne. Cette situation l’horrifie, dit-elle, car ces militaires sont inutilement exposés au « terrorisme saoudien » ! On ne sait s’il faut attribuer cette indignation à la candeur des sionistes de gauche ou à leur duplicité coutumière. Mais l’affaire a le mérite de lever le voile sur la collaboration militaire israélo-saoudienne au moment où l’Arabie saoudite est engagée dans une partie de bras de fer avec l’Iran.

Selon des sources citées par cette parlementaire, l’opération viserait à déployer un système antiaérien extrêmement performant sur le sol saoudien tout en consolidant le système antimissile israélien « Dôme de fer ». Un accord en ce sens aurait même été paraphé au cours de la visite de Barack Obama à Riyad en avril 2016. Ainsi, la Maison blanche ferait coup double. Les Saoudiens nourrissant à l’égard des missiles iraniens la même hantise que les Israéliens à l’égard de ceux du Hezbollah, l’Oncle Sam réunit ses deux alliés régionaux en les gratifiant des derniers joujoux du complexe militaro-industriel.

D’étranges conciliabules laissaient supposer que Riyad et Tel Aviv nouaient clandestinement un partenariat militaire malgré l’absence de relations officielles entre les deux pays. On se doutait bien que la non-reconnaissance d’Israël par la pétromonarchie préférée des Occidentaux n’était plus qu’un héritage suranné, lié à la grande époque de la « solidarité arabe » et voué par l’esprit du temps à finir aux oubliettes. De nombreux indices nourrissaient le soupçon d’une telle connivence, avivé par des convergences d’intérêt qui n’échappent à personne. Désormais, c’est fait. Un pas été franchi. La coopération entre Israël et les Saoud s’étale au grand jour avec la bénédiction américaine. Il faut d’ailleurs reconnaître que certains Saoudiens avaient anticipé ce rapprochement. Il suffit de rappeler les déclarations prémonitoires du prince Walid Ben Talal en octobre 2015.

Selon le quotidien koweïtien « Al Qabas », il déclara : « Je me rangerai du côté de la nation juive et de ses aspirations démocratiques dans le cas du déclenchement d’une Intifada palestinienne, et j’userai de toute mon influence pour briser les initiatives arabes sinistres visant à condamner Tel-Aviv, parce que je considère l’entente israélo-arabe et une future amitié comme nécessaire pour empêcher l’extension dangereuse de l’Iran ». On n’entendit guère les amis occidentaux d’Israël, à l’époque, se scandaliser de cette déclaration d’amour d’un coupeur de tête esclavagiste pour la « seule démocratie du Moyen-Orient » (si vous êtes un laïque européen) ou la « lumière des nations » (si vous êtes un puritain américain).

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Le prince Al-Walid BenTalal – DR.

Mais continuons avec le prince Walid. « Par conséquent, dit-il, l’Arabie Saoudite et Israël doivent renforcer leurs relations et former un front uni pour contrecarrer le programme ambitieux de Téhéran ». Fort logiquement, la République islamique d’Iran est en ligne de mire. Mais il y a plus. Le quotidien koweïtien « Al Qabas » précise que le prince Al-Walid BenTalal s’est exprimé lors d’une tournée régionale visant à obtenir un soutien pour les rebelles saoudiens présents en Syrie ». Cette ultime précision dévoile le fond de l’affaire. Car Washington, Riyad et Tel Aviv ont le même désir de provoquer la chute du président syrien. Les Saoudiens sont les sponsors officiels de ces hordes de mercenaires décérébrés dont raffolent les droit-de-l’hommistes. Mais Israël et les USA sont les bénéficiaires ultimes de cette tentative de destruction d’un Etat syrien qui a trois fâcheuses manies : il défend sa souveraineté, il soutient le Hezbollah et réclame la restitution du Golan.

suite…

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