Israël est, par définition, une colonie européenne — PALESTINE +


palestineplus.fr

Comment se fait-il que la Palestine, partie intégrante du Moyen-Orient, et morceau de terre habité depuis l’Antiquité par une population orientale ayant adopté, depuis plus d’un millénaire, la culture et la langue arabe, à l’instar de la Syrie, de l’Égypte ou de l’Algérie, soit, en une centaine d’années, devenue un État peuplé de migrants venus […]

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Très Tsahal temps pour le Sionistan… — jbl1960blog


L’empire anglo-américano-christo-sioniste a ouvert les paris au Moyen-Orient PILE = On perd ! Et FACE = Y gagnent ! Comme d’hab, quoi !… Les psychopathes aux manettes perdent les pédales ; Guerre impérialiste au Moyen-Orient : Riposte sur le Golan… Sévère mise en échec de l’entité sioniste (Al Manar) Golan occupé : Israël frappé au cœur […]

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Reese Erlich : «Trump va probablement provoquer une escalade dans diverses guerres» — Algérie Résistance


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Reese Erlich. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Quelle est votre analyse à propos du retrait […]

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L’ hubris de l’éphémère.


mondialisation.ca

Par Chems Eddine Chitour

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«Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils roule en jet, son fils chevauchera un chameau.»  (Proverbe saoudien)

La mue de l’Arabie saoudite de MBS

Pour mettre de l’ordre «son ordre», MBS prince héritier depuis juin 2017, il n’y va pas de main morte: il embastille. «Depuis le 9 septembre 2017, plusieurs dizaines d’arrestations ont eu lieu en Arabie saoudite. Il s’agit pour la plupart de personnalités publiques très différentes dont la caractéristique commune est qu’elles n’ont pas pris position dans la «crise qatarie». La liste comporte aussi plusieurs jeunes intellectuels réformistes qui, après 2011, ont pris une part active à la contestation démocratique en Arabie. Parmi eux, Abdallah Al-Maliki, diplômé de sciences religieuses, qui a créé l’événement en 2012 en publiant un livre dans lequel il cherchait à montrer la primauté de la souveraineté populaire sur la charia et Mustafa Al-Hassan, fondateur d’un forum pour encourager le développement des sociétés civiles.» (1)

«Au-delà des profils des détenus, ce qui frappe est la méthode. (…) Il faut dire qu’après trois mois de blocus, l’Arabie, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn n’ont pas obtenu grand-chose,.(…) Ces nouvelles arrestations ont donc une seconde cause profonde, de nature plus structurelle, liée aux transformations depuis deux ans du régime saoudien. (…) C’est tout ce système qui est mis à bas depuis 2015 avec la montée en puissance d’un unique homme fort, Mohammed Ben Salman, actuel prince héritier et fils du roi, qui concentre aujourd’hui entre ses mains l’essentiel du pouvoir. (…) L’obsession de Mohammed Ben Salman semble être de créer une verticale du pouvoir remontant à sa personne, alors même que le système saoudien était tout entier bâti sur l’idée d’une certaine horizontalité.» (1)

«Mohammed Ben Salman argue de la nécessité de mettre l’État et la société en ordre de bataille pour, d’une part, relever les défis régionaux – notamment ce que Riyadh qualifie d’«expansionnisme iranien» et qui justifie la guerre au Yémen – et, d’autre part, faire appliquer son projet de réforme économique et sociale, présenté de manière tapageuse sous le nom de «Vision 2030» La même transformation s’était produite de manière plus discrète plus d’une décennie plus tôt aux Émirats arabes unis sous la férule de Mohammed Ben Zayid, prince héritier d’Abou Dhabi et mentor de Mohammed Ben Salman. À Riyadh, on murmure ainsi que l’objectif des changements actuels est d’importer en Arabie le «modèle émirien», qui fascine le jeune prince»..(1)

La France au service de Riyadh pour une poignée de dollars

 «Il semble que la politique gaullienne en ce qui concerne les pays arabes appartient au passé. Place aux affaires!!:»Les liens assez étroits des dirigeants français avec certains dirigeants de pays arabes du Golfe ne relèvent pas du secret défense. Ces liens ne cessent de se renforcer au point où le petit Émirat du Qatar parvient sans aucune peine à influer de manière décisive aussi bien en amont qu’en aval du processus de conception et de mise en oeuvre de la politique étrangère de la France au Moyen-Orient et en Afrique. (…) La proximité du prince héritier Mohammed Ben Salman et du président français Emmanuel Macron est un cas d’école à étudier. (…) D’après des sources fiables, le puissant prince saoudien Mohamed Ben Salman ou MBS a mis Emmanuel Macron à son service pour six milliards de dollars US. Dans les faits, Macron reprend mot pour mot les positions officielles de la famille régnante du Royaume d’Arabie saoudite: pas de retrait US de Syrie; contre-offensive politique pour assurer la continuité du conflit au Levant; soutien politique, diplomatique et militaire à la coalition arabe menée par Riyadh au Yémen; déstabilisation de certaines régions du Sahel et, cerise sur un gâteau déjà pourri, servir d’alternative en cas de défaillance de Trump dont les positions réelles suscitent l’extrême méfiance de Riyadh et des grands financiers de Londres et de Frankfurt. Pour les Saoudiens, la vie est belle: on peut s’acheter un président français pour trois fois rien!». (2)

De même, le dernier passage de MBS en France, malgré les salamalecs, a déçu en termes de contrats… Ainsi:

«À l’issue d’une longue tournée internationale, le prince Mohammed Ben Salman (MBS), arrive à Paris le 8 avril 2018 (…) Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, apparaît tout autant comme le réformateur d’une société sclérosée, qu’un piètre diplomate embourbé dans quelques aventures extérieures périlleuses. (…) Ombrageux, frustre et impulsif, il dirige le pays d’une main de fer et se veut être le garant de la stabilité dans le pays Réformateur à l’intérieur (il embastille les corrompus jusqu’à leur faire rendre gorge, il assouplit la condition de la femme, il veut réformer une économie malade de la corruption et du conservatisme rendue visible avec la chute des cours du pétrole à travers sa «vision 2030», il privatise l’eau, il introduit Aramco en Bourse, il entend remettre les rigoristes de l’islam à leur juste place, il veut développer le tourisme, les arts, les loisirs…), il est conservateur à l’extérieur (guerre sans merci contre l’Iran par Yémen interposé brouille avec le Qatar,…) même s’il admet qu’Israël a droit de vivre (vraisemblablement pour sceller l’alliance tripartite États-Unis/Israël/Arabie saoudite contre la peste chiite) (…) MBS vient à Paris, tel un représentant de commerce pour vendre son projet d’ouverture. (…) Pour ce qui est de la diplomatie économique, l’on apprend qu’Emmanuel Macron se rendra à la fin de l’année en Arabie saoudite pour signer des contrats élaborés avec la pétromonarchie du Golfe. On pense surtout aux domaines du tourisme, de la culture, de la musique, du patrimoine historique.» (3)

L’hubris de MBS un grand chéquier et un sabre nain

L’hubris de MBS est sans limite! A l’Iran héritière de Darius à qui il dispute le leadership au Moyen-Orient. Adossé au parapluie américain, il affiche sa capacité de nuisance en croyant que tout s’achète comme en Occident! Clark Kent rapporte que: «Au cours d’un entretien avec Jeffrey Goldberg, rédacteur en chef du magazine américain The Atlantic, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (dit «MBS») a atteint le point Godwin en comparant l’ayatollah Ali Khamenei, le chef du clergé iranien, à Hitler. Peut-être ne connait-il pas la parabole du sermon de la montagne qu’il aurait pu faire sienne: «Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’oeil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton oeil?»L’Iran n’a envahi ni la Pologne ni aucun autre pays depuis 1785. (…) En revanche, en 2015, l’Arabie saoudite et ses alliés ont envahi le Yémen et y mènent une guerre dévastatrice. L’Arabie saoudite est également intervenue en Syrie, en soutenant les djihadistes de l’Armée de l’Islam d’extrême-droite et en commanditant des attentats à la bombe à Damas.» (4)

L’interview de Mohammed Ben Salman dans The Atlantic: un exemple de félonie

Le grand journaliste Abdelbari Atwan tire les conclusions de l’entretien accordé par Mohammed Ben Salman à The Atlantic en énumérant dix points:

«Mohammed Ben Salman ne s’adressait pas au peuple saoudien dans cette interview, mais aux décisionnaires, aux législateurs et à l’Etat profond américains. Il s’est montré à eux, avec sa vision et ses politiques futures, comme un allié stratégique digne de confiance. Il est en quête du «feu vert» soutenant son prochain couronnement au Royaume d’Arabie saoudite, qui se déroulera peut-être quelques jours ou quelques semaines après la fin de cette tournée. (…) Il a présenté ses lettres de créance à son plus grand allié, expliqué ses programmes politiques, sociaux et économiques. Nous pensons qu’il a obtenu un certain succès dans ce domaine, notamment à la Maison-Blanche, auprès du «gouvernement de guerre» dirigé par le Président Trump.» (5)«Dix points principaux dans la rencontre du prince Mohammed Ben Salman avec The Atlantic résument sa future stratégie Premièrement: le prince Ben Salman a reconnu, pour la première fois depuis le début du conflit israélo-arabe, le droit des juifs à établir un Etat sur «la terre de leurs aïeux». Denis Ross, responsable du conflit et des négociations entre les Arabes et les Israéliens dans plusieurs administrations américaines, a déclaré qu’il s’agissait de la première reconnaissance des droits historiques des juifs. Deuxièmement: le prince Ben Salman n’a pas émis une seule critique contre Israël tout au long de l’interview ni en marge de celle-ci, d’après Goldberg lui-même. Il a au contraire fait son éloge de manière indirecte en disant qu’Israël possédait une grande économie pour sa taille géographique.» (5)

«Troisièmement: le prince n’a pas prononcé une seule fois le terme «Etat palestinien» et n’a pas indiqué que Jérusalem occupée était sa capitale. Il s’est contenté de parler du «droit des Palestiniens et des Israéliens à disposer d’une terre». Quatrièmement: le Prince a exprimé son «inquiétude religieuse» au sujet de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem et parlé du droit du peuple palestinien, sans le définir. Il a affirmé qu’il n’avait rien contre les autres religions, notamment le judaïsme et le christianisme. Cinquièmement: il a divisé le Moyen-Orient en deux camps (comme le cheikh Oussama Ben Laden, mais en inversant les camps): le camp du mal, englobant l’Iran, le Hezbollah et les Frères musulmans; le camp des modérés incluant la Jordanie, l’Egypte, les Emirats, le Bahreïn, le Sultanat d’Oman, le Koweït et le Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite. Il faut remarquer qu’il n’a pas parlé du Maroc ainsi que d’autres Etats d’Afrique du Nord.» (5)

«Sixièmement: le prince héritier d’Arabie saoudite a confirmé que son pays avait utilisé les Frères musulmans pour combattre le communisme qui menaçait l’Europe, l’Amérique et l’Arabie saoudite elle-même durant la Guerre froide. Il a d’ailleurs décrit le président Gamal Abdel Nasser comme un «communiste». Septièmement: il a formellement nié l’existence du wahhabisme dans le Royaume et confirmé qu’il n’y avait que quatre écoles sunnites. Huitièmement: il a nié tout soutien financier saoudien aux terroristes et aux organisations extrémistes, mais il a reconnu que certaines personnalités saoudiennes avaient financé certains de ces groupes, sans donner de noms. Neuvièmement: il a catégoriquement refusé de répondre aux questions sur la campagne anti-corruption ou de parler de sa fortune et de l’achat d’un yacht à 500 millions de dollars. Quand la journaliste Nora O’Donnell lui a parlé de ce yacht, il a répondu avec une «nervosité» apparente qu’il voulait garder sa vie privée pour lui, confirmant qu’il était un homme riche et non Mandela ou Gandhi. Dixièmement: il a réservé son attaque la plus cruelle, et peut-être d’ailleurs la seule de cet entretien, à l’imam Ali Khamenei en disant qu’il était plus dangereux qu’Hitler.» (5)

«Pourquoi s’interroge Abdelbari Atwane, n’a-t-il pas critiqué une seule fois les Israéliens et a reconnu leurs droits historiques, sans jamais mentionner l’Etat palestinien? On peut déduire de ces 10 points et des réponses du prince héritier d’Arabie saoudite qu’il envisage une future alliance avec Israël dans le cadre d’un « axe modéré » arabe s’opposant à l’Iran et soutenu par les États-Unis. Il prévoit aussi de faire d’Israël un futur partenaire commercial et de renforcer les intérêts communs entre les deux pays dans le cadre d’une paix juste, sans aborder une seule fois l’initiative de paix arabe, qui est pourtant saoudienne, ni ses conditions. La reconnaissance de l’héritage historique des Juifs et de leur droit à établir un Etat sur une partie de cet héritage, soit la terre de Palestine, est un développement très grave car il signifie que les Juifs ont également des droits sur des territoires arabes à Khaybar, au Yémen, en Egypte, au Maroc et dans la péninsule Arabique. Cette reconnaissance pourrait les pousser non pas à revenir sur ces terres ou les récupérer, mais à demander des dédommagements pour leur exil forcé de 1 500 ans de la péninsule Arabique et exiger leur part des richesses pétrolières Le roi saoudien Salman Ben Abdelaziz s’est certes empressé de réaffirmer que le Royaume soutenait l’établissement d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem comme capitale, mais le mal est fait et c’est le prince Ben Salman qui est le véritable chef à Riyadh.» (5)

Sommet de la Ligue arabe de Dhahran :  La normalisation avec Israël enclenchée ?

C’est par ces mots que le journaliste Zine Cherfaoui s’interroge à propos de la kermesse sans lendemain, une de plus des réunions de la Ligue Arabe , dont on sait que le secrétaire général et d’une façon inamovible un Egyptien et le pourvoyeur l’Arabie Saoudite qui dicte ce faisant la norme en fonction de ses intérêts propres, il n’est pas question de débat. Ainsi :

«  Les travaux du 29e sommet des Etats de la Ligue arabe se sont achevés lundi à Dhahran, en Arabie Saoudite, presque dans l’indifférence générale. Aucune décision susceptible de retenir réellement l’attention n’a été prise lors de ce rendez-vous politique régional, qui intervient pourtant à un moment où le monde arabe est ravagé par les conflits et les dissensions internes.

Signe que les clivages sont importants au sein d’une organisation panarabe souvent  décriée et qualifiée de coquille vide, certains représentants de pays éviteront même d’évoquer le conflit en Syrie, 24 heures après des frappes occidentales contre ce pays ravagé par la guerre depuis 2011 . Le seul fait à signaler est peut-être ce franc soutien réitéré à la cause palestinienne. Le roi Salmane Ben Abdelaziz Al Saoud a d’ailleurs tenu à placer la question d’El Qods en tête des priorités arabes. Dans un discours prononcé à l’ouverture des travaux du sommet, le souverain wahhabite, dont le pays est pourtant un proche allié des Etats-Unis, a une nouvelle fois clairement rejeté la décision de l’administration de Donald Trump de transférer, en principe à la mi-mai, l’ambassade des Etats-Unis de Tel-Aviv à El Qods » (7).

Le deal   que « les  pays arabes moutons »  ne peuvent pas refuser : Israël contre Iran

Le pays à abattre est, on l’aura compris l’Iran accusé d’aider les Houtis du Yemen et voir régenter le Moyen Orient. Avec la doxa saoudienne, les Arabes doivent   normaliser leurs relations avec Israël – exit l’initiative du roi Faycal de 2002– en espérant que l’on fasse – les Etats Unis et Israël- une petite place aux Palestiniens avec une capitale dans les faubourgs de Jérusalem à Abou Dis avec un banthoustan en peau de lapin .

Zine Cherfaoui ajoute :

« Mais le rappel par les Arabes de leur solidarité avec les Palestiniens ne veut pas pour autant dire qu’Israël constitue pour eux un problème. Cela n’est effectivement pas le cas pour beaucoup d’entre eux. Parmi ces pays, il est possible de sérier l’Egypte, la Jordanie, les Emirats arabes unis et le Qatar qui entretiennent des relations quasi normales avec Tel-Aviv. Comme l’atteste une chronique carrément pro-israélienne, parue samedi dans les colonnes du quotidien saoudien public Al Riyadh,un lobby favorable à normalisation rapide des relations entre les Arabes et Israël est actuellement à l’œuvre L’auteur de la chronique en question, Ahmad Al Jamia, justifie cette normalisation par la «nécessité impérieuse» de faire face à l’Iran, pays qu’il présente comme la menace la plus sérieuse et la plus urgente pour le monde arabe.  Dans son écrit intitulé d’ailleurs «Paix avec Israël et confrontation avec l’Iran», le journaliste soutient l’argument selon lequel plus vite sera trouvée une solution au conflit israélo-palestinien et plus vite les Arabes pourront neutraliser la menace iranienne.  Ce n’est évidemment pas un hasard si certains de ces éléments de langage se retrouvent dans le discours du souverain saoudien. (…) Ce discours laisse même l’impression que la feuille de route du processus de normalisation des relations entre les Arabes et Israël a été sortie des tiroirs. Mieux, des médias du Proche-Orient soutiennent  que les Saoudiens ont commencé à en appliquer les principaux éléments ».  (7)

Pourquoi l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda ?

Il vient que le citoyen arabe Lambda  a un gout de cendre dans la bouche, en voyant se déliter inexorablement la cause palestinienne qui est passée à la trappe avec la complicité des potentats arabes ventripotents mal élus, tout ceci sur instruction de l’Empire. Les Occidentaux déroulent le tapis rouge à un jeune prince immature et les médias occidentaux ne tarissent pas d’ éloge de ses prouesses surtout quand il s’agir de la « modernité » et de la mise au pas des  Oulémas – qui il est vrai, ont donné une image désastreuse de l’Islam.

«On sait par ailleurs,  que la lune de miel Israël-Arabie saoudite se prolonge à telle enseigne que des coordinations se font de plus en plus au grand jour/ MBS considère les pays arabes comme quantité négligeable allant jusqu’à renier l’initiative arabe de 2002 qui conditionnait la reconnaissance d’Israël par tous les pays arabes, au retour dans les frontières de 1967, le retour des réfugiés et Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat de Palestine mitoyen d’Israël. Rien de tout cela! MBS fait cavalier seul. Ainsi MBS a rencontré le chef des services de renseignement israéliens L’institution militaire israélienne a soudainement décidé de révéler la rencontre entre le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, et le chef du Conseil de sécurité nationale en Israël, Meir Ben-Shabbat. En fait, cette nouvelle n’est pas une grande surprise car les deux parties, Israël et l’Arabie saoudite, ont préparé progressivement le public concerné. (…) Reste à savoir comment l’assassinat de Palestiniens et la lutte contre leur cause sacrée répond aux intérêts du Royaume d’Arabie saoudite, qui reste le plus grand symbole de l’arabité et de l’Islam aux niveaux géographique et historique?» (6)

«Historiquement, l’image de l’Arabie saoudite était mauvaise en Occident. (…) L’image de l’Arabie saoudite s’est davantage dégradée dans la seconde période, après les attentats terroristes du 11 septembre et l’implication de Saoudiens. (…) Les choses ont changé en 2017: la dégradation de l’image de l’Arabie saoudite s’est accélérée de manière inquiétante. Cela a commencé avec les critiques des défenseurs des droits de l’homme au sujet des nombreuses victimes de la guerre au Yémen, que Riyadh mène au nom de la «coalition arabe» contre les Houthis. Les critiques se sont multipliées sur les réseaux sociaux au sujet du rôle joué par l’Arabie saoudite dans le dossier de Jérusalem/Al Quds, car l’opinion publique arabe ne comprend pas comment un Etat qui se déclare «protecteur des deux Lieux saints» peut jouer avec le troisième: Jérusalem/Al Quds. Ces critiques se sont transformées en slogans dans des manifestations énormes qui ont eu lieu dans plusieurs pays arabes. Trois d’entre eux se sont distingués jusqu’à maintenant: la Jordanie, le Maroc et l’Algérie. (…) Les experts en communication considèrent que Riyadh tente de vendre son image à l’opinion publique et aux médias occidentaux à travers le marketing et des dossiers financiers et politiques dans les annexes des journaux. De leur côté, les ambassadeurs d’Arabie saoudite dans les pays arabes menacent les peuples en leur disant que leurs critiques ne resteront pas sans réponse et qu’il y aura des représailles.» (7)

En fait il est plus juste d’écrire que l’image de l’Arabie saoudite se dégrade pour le citoyen arabe Lambda   et non auprès des dirigeants tous complices et tous sans courage devant ce qui se passe à la fois en Israël et en Arabie saoudite  pays qui dirige un gang  de pieds nickelés appelés pompeusement coalition qui  se fait les dents en tuant du  yéménite  avec les armes françaises américaines anglaises qui , n’ont aucun intérêt à tarir la manne u marché de la mort que constitue le marché des armes qui dépasse 1500 milliards de dollars par an !

Rien de nouveau sous le soleil. Les Yéménites et les Palestiniens peuvent mourir, Les Arabes seront les derniers à les soutenir. Le sabre nain saoudien n’a pas d’avenir en face de l’Iran pays scientifique et technologique. L’Occident est mal placé pour parler de droits de l’homme, lui qui les bafoue et laisse aussi ses protégés saoudiens et israéliens les bafouer sans retenue sûrs de leurs impunités puisque c’est l’Occident qui dicte la norme du bien et du mal…

S’agissant de l’Arabie Saoudite, elle est à des années  lumières du développement technologique endogène de l’Iran. Si le pétrole perd de sa pertinence dans un modèle énergétique futur, les Saoudiens, les Qataris, et tous les roitelets du Golfe , vont renouer avec le Chameau , la tente  car ils n’auront rien créé de pérenne. Il faut se souvenir que dans les années 20 du siècle dernier, quand le pétrole n’était pas encore découvert, le roi Ibn Saoud, s’était plaint auprès de la France du fait qu’elle empêchait les Algériens de contribuer à distance ,  à financer les pauvres de Médine …

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger


Notes

1.Stéphane Lacroix: https://orientxxi.info/ magazine/en-arabie-saoudite-modernisation-de-l-autoritarisme 2014

2.https://strategika51.wordpress.com/2018/04/16/macron-au-service-de-ryad-pour-six-milliards-de-dollars/

3.Guillaume Berlat  http://prochetmoyen-orient.ch/jupiter-baise-la-babouche-de-mbs/

4.Clark Kent https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-poutre-saoudienne-et-la-paille-203084

5.http://actuarabe.com/interview-mohammed-ben-salman-the-atlantic/

6.Zine Cherfaoui : http://www.elwatan.com/international/la-normalisation-avec-israel-enclenchee-18-04-2018-366515_112.php

7.http://actuarabe.com/ou-et-pourquoi-le-prince-heritier-darabie-saoudite-a-t-il-rencontre-le-chef-des-services-de-renseignement-israeliens/

8; http://actuarabe.com/apres-effritement-occident-limage-de-larabie-saoudite-se-degrade-monde-arabe-de-maniere-inquietante-a-cause-de-jerusalem-al-quds/

Article  de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/290912-l-hubris-de-l-ephemere.html


 

Trump le nouveau con(servateur)…


par Dean Henderson via R71 + mon grain de sel et de poivre !

jbl1960blog

Et les nouveaux cons ça osent tout ! C’est même à ça qu’on les reconnait, non ? ~~~~▼~~~~ Guerre impérialiste au Moyen-Orient sous la houlette de Donnie « mains d’enfant », nouveau con dévoilé… A lire : Trump «Donnie mains d’enfant» Trump le nouveau con(servateur) Dean Henderson | 20 décembre 2017 | URL de l’article original ► […]

via Trump le nouveau con(servateur)… par Dean Henderson via R71 + mon grain de sel et de poivre ! — jbl1960blog

Quand le chien n’aboie pas


La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentelmen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres-forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

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Prince Al-Walid bin al-Talal

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le « nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestiaque dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Israël Shamir

Article original en anglais :

The Dog That Didn’t Bark, publié le 30 novembre 2017

Cet article a été publié initialement par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier, Entre la Plume et l’Enclume

Iran – Arabie Saoudite : Deux visions de l’islam


Par Chems Eddine Chitour

«La plus grande industrie des Arabes est la fabrication des croyances. Ce peuple à l’esprit étroitement limité peut laisser en friche son intelligence avec une résignation dépourvue de curiosité. Son imagination est vive; elle n’est pas créatrice. Peuple des beaux départs, peuple aussi instable que l’eau. Mais, précisément, comme l’eau, assuré peut-être, à la fin, de la victoire…»  T.E.Lawrence (Les sept piliers de la sagesse)

Un drame planétaire se déroule pour le moment à bas bruit, le rechapage du Moyen-Orient promis, souvenons-nous, d’abord par George Bush père après avoir laminé une première fois l’Irak. Il annonçait à la face du monde l’avènement d’un nouvel ordre international sous la gouverne américaine. C’était après l’effondrement de l’Union soviétique sous les coups de boutoir directs et indirects des Etats-Unis et aussi du pape Jean-Paul polonais devant l’Eternel qui, avec son «N’ayez pas peur!», appelait les Polonais au soulèvement qui eut lieu sous l’égide d’un électricien Lech Walesa et pour l’occasion, comme il est de coutume, pour l’empire, de récompenser les vassaux, le prix Nobel.

Ce sera le cas aussi pour Gorbatchev, Mgr Belo qui arracha à l’Indonésie l’île de Timor oriental (chrétienne), une obscure bloggeuse yémenite, qui problématisa le Yémen qui est en train de gémir en silence; ce fut ensuite Mallala, une jeune fille pakistanaise pour avoir été blessée par les taliban. Pour rappel, les Anglais s’étaient opposés à l’attribution du prix Nobel à Gandhi, par contre, en leur temps, Hitler et Mussolini ont été pressentis… Bien plus tard, George Walker Bush reprend le flambeau avec son Pnac (Project for New American Century) qu’il a mis en place sans succès probable, si ce n’est le chaos actuel, le reshapage du Moyen-Orient.

Que pèsent les Arabes risée du monde?

Nous sommes en 2017, les peuples arabes du Moyen-Orient commémorent dans la douleur les funestes accords Sykes-Picot de 1917. Le malheur des Arabes vient de leurs dirigeants. Les peuples quelque soient leurs latitudes sont respectables. Ce sont les mauvais bergers qui font de ses peuples la risée des autres. Les Arabes ne retiennent pas les leçons de l’histoire.

Souvenons nous les Anglais avaient fait miroiter au roi Abdallah un royaume s’ils les aidaient  à se débarrasser de l’empire ottoman. Rien ‘y fit les Arabes n’eurent aucun territoire . Le film « Lawrence d’Arabie » de David Lean magistralement interprété par Peter O’ Toole, Omar Sharif et Antony Quinn dans le rôle d’un chef de tribu  véritable  brute épaisse, décrit  comment les Arabes, ces grands naïfs, furent trompés.

Par contre il est une autre promesse tenu par les anglais  celle de promettre une Terre aux Juifs du monde. Cette promesse qui est à des degrés divers responsables du malheur des Palestiniens spoliés de leurs terres.

Les mêmes Etats-Unis qui protestèrent pour ce partage du Moyen-Orient sans eux alors que leur intervention a été décisive pour la victoire. D’autant que les Anglais raflèrent aussi les entreprises du pétrole L’Anglo-Perse Oil Company (1909) devient l’Anglo-Iranian Oil Company (1925) qui deviendra plus tard BP (1954). Il en sera de même de la Turkish Oil Company (1912) qui deviendra après la chute de l’Empire Ottoman, L’Iraq Petroleum Comany (1927), les Américains (Standard Oil), les Anglais (BP). Les Français (Cfpa) participèrent eux aussi. La Cfpa deviendra bien plus tard Total…

A partir de la, les acolytes franco-anglais deviennent des vassaux de l’Empire américain, notamment après avoir été sauvés de la débâcle, encore une fois, pendant la Seconde Guerre mondiale. La livre anglaise disparaît au profit de l’avènement graduel du dollar et l’hégémonie pétrolière consacrée avec le deal Ibn Saoud – Roosevelt sur le croiseur Quincy. La création de l’Aramco (Arabian America Oil Company) avec un concession qui couvrait pratiquement le territoire saoudien fit de ce pays la chasse gardée des Etats Unis. L’Arabie saoudite troquait sa sécurité contre la sécurité des approvisionnements pour les Etats Unis . Graduellement le monde occidental rentra dans le rang et fit bloc derrière contre l’empire américain contre l’empire du mal ( l’Union Soviétique) Le big Stick américain et le soft power de l’american way of life étaient à la manœuvre

Que se passe-t-il actuellement au Moyen-Orient?

Nous sommes en 2017. Le monde bruisse de colère des faibles, de vengeance et de tentation d’Empire d’un Occident sur le déclin qui jette ses dernières forces pour garder à tout prix le leadership mondial, quitte à recourir au chaos planétaire en ouvrant la boite de Pandore la plus décisive pour avoir un chaos durable, celui ,après s’être attaqué aux identités par une mondialatinisionisation-laminoir qui déifie le marché celui de créer une guerre de religion en attisant « le schisme »  sunnite- chiite.   Les potentats arabes   complices de l’Occident  , plus divisés que jamais passent leur temps à ne rien faire ou à se chercher des querelles pour être bien vus de l’Occident. Ils sont les plus armés dans le monde et dirigent leurs armes contre leurs peuples ou d’autres pays musulmans faibles (Yémen et peut-être Qatar). Ne produisant rien, vivant sur une rente imméritée. Ils voient passer la science confortablement installés dans les temps morts.

Bien malin qui pourrait le dire! Une phrase célèbre certainement paternaliste: «On découvre le Moyen-Orient on se trouve pris dans ses querelles.» Le Moyen-Orient est devenu une poudrière avec la déclaration Balfour, la création en 1947 d’Israël qui problématisa depuis de longues décennies l’imaginaire des potentats arabes brandissant la cause palestinienne  comme  condition d’une normalisation avec Israël ( il faut se souvenir de l’initiative saoudienne de 2002 ; la paix avec Israël contre la restitution des territoires. En vain.  Les potentats arabes  légitiment leur pouvoir sur la  nécessité de la cause palestinienne   On l’aura compris la cause palestinienne ne fait plus recette  mais les peuples arabes et assimilés  réagissent à l’émotion – des feux de paille- comme l’écrit Lawrence d’Arabie cité plus haut. La cause palestinienne est sacrifiée sur l’autel de nouvelles ententes qui font d’Israël une nation fréquentable. On est loin  du souhait du roi  Fayçal  de prier à El Qods..Pendant  ce temps  Israël continue à coloniser , à s’implanter sur les terres palestiniennes  mais personne n’en parle plus.

Qu’avons-nous en face des Arabes?

L’Iran c’est d’abord l’héritier d’une civilisation d’une culture et  d’un art de vivre bonifié par l’Islam. L’Islam n’a jamais agressé personne. C’est un pays qui compte sur ses potentialités . C’est un  pays qui décide de se battre en investissant à marche forcée sur la science. L’Iran (ou Perse) digne héritière principal de l’héritage d’un empire qui eut son heure de gloire pendant que l’Europe était encore peuplée de peuplades incultes. C’est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde.

« L’histoire de l’Iran couvre des milliers d’années, ses sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à 6 et 7000 ans dans la vallée de Gorgan, à Tureng Tepe (en), Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk II (près de Kashan). Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes 3000 ans av. J.-C. Le début du IIIe millénaire av. J.-C. voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. La dynastie achéménide construira un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration des droits de l’homme, datant de Cyrus II». (1)

Qu’avons-nous en face des Arabes?

L’Iran c’est d’abord l’héritier d’une civilisation d’une culture, d’un art de vivre bonifié par l’Islam. L’Islam n’a jamais agressé personne. C’est un pays qui compte sur ses potentialités . C’est l’une des civilisations continues les plus anciennes du monde Quand la Perse était à son apogée, l’Europe était peuplée de tribus diverses qui émergeaient difficilement aux temps historiques. « L’histoire de l’Iran couvre des milliers d’années, ses sites néolithiques attestent que la pratique de l’agriculture remonte à 6 et 7000 ans dans la vallée de Gorgan, à Tureng Tepe (en), Yarim Tepe, et au centre du pays à Sialk II (près de Kashan). Des recherches archéologiques commencent à peine à faire connaître des civilisations très anciennes comme la civilisation de Jiroft qui bâtit des villes 3000 ans av. J.-C. Le début du IIIe millénaire av. J.-C. voit apparaître une forme d’écriture, probablement dérivée du système sumérien, à Suse. La dynastie achéménide construira un immense empire s’étendant de l’Inde à l’Égypte. Le cylindre de Cyrus est la première trace écrite d’une déclaration des droits de l’homme, datant de Cyrus II». (1)

«La conquête musulmane de la Perse commence en 637, avec Umar. La conversion à l’islam est progressive jusqu’au IXe siècle. L’Iran a été islamisé, mais n’a jamais été arabisé, les Persans ont même réussi à se distinguer au sein de l’islam, et l’apport culturel, politique et même religieux des Iraniens à cette religion est d’une importance fondamentale. Un groupe turc, les Seldjoukides, arrive dans la région au XIe siècle. L’Iran connaît une renaissance culturelle et scientifique. L’observatoire d’Esfahan est créé. Omar Khayyam met au point un nouveau calendrier encore utilisé aujourd’hui. L’Iran se convertit au chiisme duodécimain au XVIe siècle, sous l’impulsion d’Ismail Ier, premier souverain Safavide. Cette conversion résulte d’une volonté de s’affirmer face à la domination des Ottomans sunnites et de créer une identité iranienne spécifique. Les sunnites représentent 9% de la population iranienne. Trois «religions révélées» autres que l’islam sont considérées comme officiellement reconnues par la Constitution et disposent de leurs représentants au Parlement (Majles): les chrétiens, les juifs et les zoroastriens». (1)

«En 2004, l’Iran comptait plus de 2,2 millions d’étudiants à l’université dont 60% de filles. L’Iran a actuellement 54 universités d’État, et 42 écoles médicales d’État. Il existe également 289 universités privées. L’histoire des sciences en Iran remonte à l’Antiquité, avec des exemples comme l’académie de Gundishapur. Les sciences appliquées et les sciences fondamentales sont assez développées en Iran. Les physiciens et les chimistes sont régulièrement publiés dans des revues à fort facteur d’impact. Des scientifiques iraniens ont aidé à construire le Compact Muon Solenoid, un détecteur destiné au Large Hadron Collider du Cern, mis en opération en 2007. L’Iran est le bon exemple d’un pays qui a fait des avancées considérables en se concentrant sur l’éducation et la formation. Malgré les sanctions subies pendant les décennies passées, les scientifiques iraniens ont tout de même produit des recherches de très bonne qualité.» L’Iran construit ses chars, ses avions, ses sous-marins et ses fusées, c’est une nation de l’espace. Elle maîtrise l’atome et on peut comprendre que les éventuels agresseurs devront regarder à deux fois avant de se lancer à l’assaut (1).

Iran, la véritable cible 

Nous ne saurons probablement jamais ce qui a été vraiment discuté entre Trump, les Saoudiens et les Israéliens, mais il fait peu de doute que le récent geste saoudien contre le Qatar est le résultat direct de ces négociations. S’agissant de la drôle de guerre entre le Qatar et l’Arabie saoudite, il devient tout à fait clair que l’Iran et les Palestiniens sont les cibles qui figurent en bonne place dans la déclaration de guerre. Il est connu que les Israéliens soutiennent l’Arabie saoudite. Malgré le silence assourdissant des médias occidentaux pour étouffer l’information. Parmi les raisons de l’improbabilité d’une guerre Arabie saoudite-Qatar, les conséquences néfastes pour les Saoudiens. Car les États-Unis ont installé la plus grande base de l’US Air Force mondiale à Al Oudeid.

Il fut une époque avant la révolution islamique, l’Iran était le représentant de l’Empire et de l’Occident au Moyen-Orient. On peut penser que la détérioration des rapports entre les Etats-Unis et l’Iran date de la Révolution de 1979. La crise iranienne des otages (occupation et prise d’otages du personnel de l’ambassade des États-Unis à Téhéran du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981) pousse Carter à rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran, puis à imposer des sanctions économiques le 7 avril 1980. Mieux encore il n’est pas interdit de penser que les Américains ont poussé Saddam Hussein à déclarer la guerre à l’Iran, Le 22 septembre 1980 aidé en cela par les roitelets arabes terrorisés par cette révolution à leur porte.

S’agissant des derniers attentats qui ont visé le parlement iranien et le mausolée de l’imam Khomeiny les Iraniens disent   ouvertement que la récente attaque terroriste à Téhéran était ordonnée par l’Arabie saoudite. : « Techniquement parlant lit on sur la contribution suivante, cela signifie que l’Iran est maintenant en guerre. En réalité, évidemment, l’Iran étant la vraie superpuissance locale agit avec calme et retenue. En supposant que personne ne devienne fou, le Qatar l’emportera et que la dernière tentative saoudienne de prouver combien le royaume reste puissant échouera, exactement comme les précédentes. Quant aux Qataris, ils ont déjà clairement indiqué qu’ils ne sont pas disposés à se rendre et qu’ils se battront. Quant à Poutine, il a participé à la dernière réunion de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) qui a accueilli le Pakistan et l’Inde comme membres à part entière. L’OCS représente maintenant plus de la moitié de toute la population vivant sur notre planète et un quart du PIB mondial. Vous pouvez y penser comme à l’«autre G8» ou le «G8 qui compte». (2)

Le prince saoudien n’a pas caché la haine de la Maison des Saoud envers l’Iran chiite, considéré par les wahhabite saoudiens qui pratiquent un sunnisme extrémiste comme un ennemi hérétique. Selon lui, son pays «ne parlera jamais à l’Iran». L’Iran a répondu furieusement. Hossein Dehghan, ministre iranien de la Défense a riposté, disant que si l’Arabie saoudite devait faire quelque chose de «stupide», l’Iran réagirait en «ne laissant intact aucun recoin d’Arabie saoudite à l’exception de La Mecque et de Médine» – deux lieux saints de l’Islam. L’Arabie va perdre énormément car le détroit d’Ormuz est vulnérable et un blocage c’est la ruine de ce pays qui a des difficultés à boucler son budget, mais qui trouve 380 milliards à offrir à Trump pour la vente d’armements américains obsolètes.

A marche forcée l’Iran s’autonomise et sa science est connue et reconnue. On se souvient de l’épisode du drone américain qui espionnait en haute altitude à partir du territoire afghan. Il fut repéré quand il fit une incursion. Miracle de l’informatique, les scientifiques iraniens le « prirent en charge » et neutralisèrent son logiciel. Plus grande prouesse encore quand ils neutralisèrent la commande d’autodestruction, le faisant atterrir sans encombre comme un pigeon qui rejoint son pigeonnier, sans casse. Il livrera une mine d’informations notamment sur sa faible signature radar qui le rend furtif..

« Le potentiel de l’armée iranienne en 1980 n’est absolument pas comparable avec celui d’aujourd’hui… l’Iran a essayé de se fortifier et d’augmenter ses forces militaires afin d’assurer sa défense lui-même, sans oublier les efforts et l’assistance de la Russie,-Chine- et la Corée du Nord…Le résultat de ce travail, la fabrication des avions de chasse! Des missiles à une portée de 3000 km…et des hélicoptères de combat…etc Honnêtement après une attaque de la part de l’Arabie ou l’Amérique, il y aura incidence sur la libre navigation continue, son rythme habituel! Sans incidence! Comment les navires de guerre et même les porte-avions américains oseraient-ils traverser le détroit d’Ormuz? Comment l’Arabie pourra faire transiter son pétrole par cette voie maritime sous contrôle de l’Iran?» (3). 

Trump veut renverser «le régime iranien»

Par contre, si les Etats-Unis s’en mêlent, c’est autre chose. Au-delà du fait qu’il n’y a aucun justificatif, le vrai gagnant sera Israël. Trump ayant pour ambitionner de détricoter tout ce qu’a conclu Obama, notamment l’accord de la COP21, l’Obamacare, il veut revenir aussi sur l’accord sur le nucléaire. Il ne reconnait pas les dernières élections qui se sont déroulées dans de très bonnes conditions même l’opposition n’y a rien trouver à redire. Il n »empêche les Américains vont fabriquer une opposition pour un changement de régime qui sera comme les pays du golfe totalement inféodé à leur bon vouloir et surtout à celui d’Israël qui veut être le gendarme du Moyen Orient pour le compte de l’empire «Notre politique envers l’Iran est de soutenir les éléments à l’intérieur du pays qui aideront au changement pacifique du régime», a déclaré le secrétaire d’État américain Rex Tillerson devant la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants des États-Unis (4).

Une confrontation américano-iranienne est elle alors, inévitable? C’est tout ce que cherche Israël – et il pourrait l’obtenir M.K. Bhadrakumar écrit: «La décision de l’armée américaine de déployer, pour la première fois, des lance-roquettes multiples Himars (High Mobility Artillery Rocket System) en territoire syrien à partir de la Jordanie signifie que le Pentagone a créé un fait nouveau sur le terrain. Selon CNN, le déploiement se fera dans la base militaire à Al-Tanf près de la frontière de la Syrie avec l’Irak dans la région du sud-est, qui est actuellement une zone de contestation entre les groupes rebelles soutenus par les Américains et les forces gouvernementales syriennes ».(5)

«  Une déclaration du ministère russe de la Défense à Moscou a noté jeudi que le déploiement pourrait suggérer une intention américaine d’attaquer les forces du gouvernement syrien soutenu par l’Iran. La déclaration russe disait: «En somme, Israël pourrait obtenir ce qu’il cherche, mais il y a une autre affaire, c’est de savoir si il va aimer le résultat final de la lutte entre les Etats-Unis et l’Iran sur le contrôle de la Syrie du sud près du plateau du Golan. Il est peu probable que l’Iran laisse tomber «l’axe de la résistance», car il s’agit en fin de compte de la propre défense de l’Iran.» (5)

Robert Fisk a raison d’écrire lors des printemps arabes:

«Tous ces cheiks et ces émirs, ces rois doivent sans aucun doute trembler dans leurs bottes,… La vérité est que le Monde arabe est si sclérosé, si corrompu, si humilié et si impitoyable – et si incapable d’accomplir des progrès sociaux et politiques que les chances sont quasi nulles de voir émerger des démocraties viables dans le chaos qui règne dans le Monde arabe. Mais tous les dictateurs savent qu’ils courent de gros dangers quand ils libèrent leurs compatriotes de leurs chaînes. Et les Arabes n’ont pas dérogé à la règle. Non, tout bien considéré, je ne pense pas que le temps des dictateurs arabes soit révolu. Les Occidentaux y veilleront.» (6)

Même si l’Iran connaît des problèmes économique internes, c’est en définitive deux visions de l’Islam qui se télescopent, celle d’un Islam de la science dans un pays fier de son histoire qui ne compte que sur ses propres potentialités et qui va vers le progrès à marche forcée et en face des jouisseurs qui interprètent la religion dans le sens de la fatalité, synonyme de farniente en étant toujours à genoux depuis un siècle. Naturellement je parle des potentats qui ruinent les espérances de ces jeunes astreints, qui volent à la conquête du savoir.

Il est vrai que les gouvernements arabes actuels n’intéressent l’Occident que dans la mesure où ils sont dociles et non pas en tant que valeur ajoutée issue d’un brain- storming, mais en tant que dépositaires d’une rente et prévôts des peuples qu’ils sont chargés de mater, en respectant un vernis de démocratie. Les dirigeants arabes, mal élus, s’accrochent au pouvoir. Ils n’ont pas de plan «B» sauf à suivre les évènements au lieu de les anticiper, engoncés dans leur certitude ayant arrêté la marche vers le progrès, il y a de cela quelques siècles, ils continuent à compter sur le bon vouloir d’un Occident qui les méprise souverainement même, s’ils offrent un yatch de 140 m et une épée d’or et de diamants de 25kg. Tout est dit.

La dernière information quant au changement de l’ordre de succession en mettant comme principe héritier un pyromane de 31 ans. Le prince Mohamed Ben Salman En effet comme rapporté dans le journal le Monde : « Une page s’est brutalement tournée en Arabie saoudite, mercredi 21 juin, avec la décision du roi Salman Ben Abdelaziz Al-Saoud de propulser son fils Mohammed Ben Salman au rang de prince héritier. Pour ce faire, le souverain saoudien a écarté son neveu, Mohammed Ben Nayef, qui occupait, en outre, les fonctions de ministre de l’intérieur. Mohammed Ben Salman, a été propulsé à la tête du ministère de la défense en dépit de son jeune âge ». (7)

« L’un de ses premiers actes a été d’engager l’Arabie saoudite dans une guerre civile au Yémen, transformée depuis en bourbier. Mais le prince ambitieux ne s’est pas limité aux armées, puisqu’il a rapidement pris le contrôle du secteur du pétrole, éminemment stratégique, ouvrant la voie à une privatisation partielle de la puissante compagnie Aramco. En avril 2016, enfin, il a dévoilé un ambitieux programme de modernisation d’un pays resté dépendant de la rente pétrolière, « Vision 2030 ». Il avait œuvré auprès d’un autre « héritier », Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, pour organiser la première visite à l’étranger du président des Etats-Unis, en mai ». (7)

Sombres jours pour le Moyen Orient si le prince Salman atteint d’hubris voudra en découdre à tous prix, avec l’Iran avec le bras armé américain et israélien.  Conseillé par les Américains et les Israéliens, il veut participer au reshapage du Moyen Orient en demandant à être le gendarme des pays musulmans Que reste t-il alors de l’oumma musulmane quand des coreligionnaires s’étripent ? La vision d’un Islam apaisé est de ce fait une utopie. Les médias occidentaux grossissent à l’infini les attentats qui ont lieu sur le sol européen et au passage légitiment l’étranglement des palestiniens et la mort lente de Gaza ( personne n’en parle).

Sans faire dans la concurrence victimaire d’une comptabilité macabre, toutes les vies sont précieuses quelques soient la latitude. D’un côté des unités de l’autre des centaines d’unités. Moins de 2% pour l’Europe par rapport aux pays musulmans. Il n’y a pas équilibre et encre moins compassion A ce propos la mise au point suivante mérite d’être rapportée :

« Trois attentats ont récemment défrayé la chronique médiatique en Europe, occultant d’autres attaques bien plus meurtrières survenues ailleurs dans le monde. Cette focalisation sur ce qui est plus proche de nous ou supposé tel, n’a rien d’anodin. Elle est tout à fait consciente et même conceptualisée par les professionnels de la communication et du journalisme sous le nom de « loi du mort au kilomètre ». Ainsi, l’attentat-suicide perpétré à Manchester le 22 mai dernier (22 morts, une soixantaine de blessés), le massacre organisé sur le London Bridge le 3 juin (7 morts, 48 blessés), et l’attaque d’un policier français près de Notre Dame de Paris, le 6 juin (un policier blessé) ont monopolisé les unes de notre presse et les flots d’images et de paroles de nos chaînes d’information en continu, hiérarchisant de fait l’importance de la vie humaine en éludant rapidement les attentats pourtant plus meurtriers perpétrés au même moment à d’autres endroits du globe » (8).

Il ne s’agit pas ici de céder à la concurrence victimaire en déconsidérant à notre tour les victimes des attentats mentionnés ci-dessus. Mais simplement d’effectuer un rééquilibrage de l’information, tout en observant que l’attitude des professionnels de la presse à l’égard de ces événements les situe très clairement politiquement, de la manière dont en parlait George Orwell dans ses « réflexions sur la guerre d’Espagne  » : « Ce sont les choix politiques qui déterminent exclusivement le crédit qu’on accorde ou non aux atrocités. Chacun croit aux atrocités ennemies et refuse de croire à celles de son camp, même sans prendre la peine d’examiner les faits. » (8)

«  Les réactions politiques des représentants des pays occidentaux et la couverture médiatique de ces événements frappe par le contraste qu’elle génère avec l’indifférence manifeste vis-à-vis des victimes des mêmes organisations meurtrières dans le reste du monde. Ce double standard politique et médiatique de l’expression de la compassion pour certaines victimes, observé à l’échelle d’une période de quelques semaines ou de quelques mois, nous renseigne sur l’étroitesse de la vision du monde qu’on nous donne à voir, et sur les éléments de construction médiatique d’une géopolitique des émotions par laquelle on voudrait influencer les masses. On pourrait parler, pour parodier Dominique Moïsi, d’une géopolitique de la victimisation ». (8)

La création occidentale de Daesch est une calamité surtout pour les musulmans car outre les hécatombes, c’est l’image de l’Islam qui en sort Sali Car l’Occident ne veut surtout pas d’un Islam qui va à la conquête de la science et du savoir mais un islam arriéré de bigot de pyromane qui a arrêté la marche vers le progrès il y a de cela quelques siècles amenant l’Islam des lumières à être prisonnier d’un clotûre dogmatique dont parle si bien et en son temps le professeur Mohamed Arkoum

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.https://fr.wikipedia.org/wiki/Iran

2.http://reseauinternational.net/la-crise-au-qatar-une-nouvelle-tentative-maladroite-des-trois-etats-voyous-daffaiblir-liran/#c0qLRQ2AYzo2rMzH.99

3.http://reseauinternational.net/la-main-des-saoudiens-et-des-etats-unis-dans-les-attentats-de-teheran-pousse-a-une-guerre-totale/#OyzUQ5z1f1jui24b.99

4.http://french.almanar.com.lb/451955

5.http://blogs.rediff.com/mkbhadrakumar/2017/06/18/a-us-iran-confrontation-is-just-what-israel-seeks-and-it-may-get/

6.Robert Fisk. Le temps des dictateurs n’est pas révolu. The Independent
dans Courrier international 29.01.2011

7.http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/06/21/arabie-saoudite-le-roi-salman-propulse-son-fils-au-rang-d-heritier_5148391_3218.html#Ib9sDY0oFcxH3u3V.99

8.http://reseauinternational.net/attentats-depuis-janvier-2017-afghanistan-syrie-pakistan-egypte-le-double-standard-mediatique/#otLtSsFcQ2yrvlpZ.99

 

 

 

« En France, l’atlantisme et le sionisme sont les deux mamelles des néocons »


PAR Michel Raimbaud

mondialisation.ca

À l’occasion de la réédition actualisée de « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » (1), nous avons rencontré Michel Raimbaud. L’ancien diplomate, qui écrit avec des convictions en s’appuyant sur des faits bien documentés, insiste sur le façonnement en cours du Moyen-Orient, et plus vastement du monde, entrepris par les néoconservateurs américains, avec la complicité des élites occidentales.

Propos recueillis par Tigrane Yégavian

Pourquoi crier au « conspirationnisme » lorsque l’on est saisi par la clarté du grand dessein annoncé urbi et orbi par ses propres promoteurs ? Cela fait longtemps que Michel Raimbaud, écrivain habité par la passion de l’État, sincère, engagé et aux accents volontiers gaulliens, ne prête plus d’attention aux chiens de garde de l’establishment qui le snobent. Ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, et bien connu des lecteurs d’Afrique Asie, ce fin connaisseur du monde arabe et de l’Afrique a servi comme diplomate dans de nombreux pays (avec un long passage au Brésil), avant de diriger l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Tout reste d’actualité dans Tempête au Moyen-Orient, ouvrage dans lequel il dénonce les funestes « policides » orchestrés par les néoconservateurs américains et occidentaux ayant débouché sur le démantèlement du Soudan, de la Somalie, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et, aujourd’hui, de la Syrie.

Revenons sur l’affaire des « bombardements chimiques » d’Idlib, en Syrie, en avril dernier. Pourquoi ne criez-vous pas avec les loups sur la responsabilité du régime syrien ?

Nous nous trouvons face à une redite de l’affaire Colin Powell de 2003 en Irak et de la séquence de l’été 2013 en Syrie (attaque de la Ghouta). Je n’entrevois que deux explications possibles : ou bien ce sont les rebelles qui ont utilisé les armes chimiques en appliquant la technique familière du false flag (faux pavillon), maquillant par la suite les photos des enfants. Ces enfants n’auraient-ils pas été tués puis « soignés » par ces escrocs de l’humanitaire que l’on nomme les « casques blancs », autrement dit des associés du Front Al-Nosra, la franchise syrienne d’Al-Qaïda ? Sinon, comment expliquer que les injections, à en croire certaines vidéos, semblent factices, le niveau du liquide demeurant inchangé du début à la fin de la piqûre de « réanimation » ? Si ces cadavres d’enfants morts, soigneusement alignés comme à une parade pour les besoins de la propagande, avaient été gazés, il eût été bien imprudent de s’exposer avec eux sans précaution.

Ou bien, s’il s’agit d’un bombardement de l’armée syrienne sur ce dépôt, cela veut dire que le gaz appartenait aux rebelles. Car on sait qu’en Syrie le démantèlement de l’arsenal des armes chimiques et bactériologiques a eu lieu sous contrôle de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), après les inspections onusiennes.

Un mensonge de plus donc ?

La ficelle est bien grosse. Les mensonges sont légion dans le cas syrien, tellement nombreux qu’il s’avère difficile de les « traiter » tous. C’est une conséquence typique des théories que j’ai étudiées dans mon livre, à savoir les stratégies mises en œuvre par Washington : le chaos innovateur, la théorie du fou et le false flag, autant d’intox dont les mécanismes ont été démontés, notamment par Michel Collon. En définitive, si « complotisme » il y a, ce sont les comploteurs eux-mêmes qui aiment les complots puisqu’ils en sont les auteurs, et non pas ceux qui les dénoncent, systématiquement qualifiés de « complotistes » afin de les discréditer par avance. Dans un ordre d’idées proche, les régimes takfiristes qui financent les « révolutions » chez leurs voisins espèrent ainsi faire oublier leur nature profondément réactionnaire.

Il y avait déjà un certain cynisme de la part des intellectuels américains au temps où l’on pérorait sur le contenu de la fiole qu’avait brandie Colin Powell au Conseil de sécurité de l’Onu en 2003. Ils disaient : « L’Amérique est le plus grand empire qui ait jamais existé sur Terre, discutez et critiquez telle ou telle de nos actions si vous voulez, nous, pendant ce temps, nous créons des réalités nouvelles et nous faisons l’Histoire ! » Effectivement, pendant que tout le monde disserte : les idiots utiles, les médias, les universitaires et la classe politique rivalisant en bêtise tout en maintenant une omerta faramineuse sur les faits, les neocons façonnent effectivement cette Histoire dont nous sommes les témoins. Cela participe à un enfumage qui ne nous donne pas le loisir d’anticiper les mauvais coups que préparent ces néocons.

Que répondez-vous aux accusations de connivence entre Moscou et Washington ?

Il n’y a pas de connivence entre la Russie et les États-Unis. Si les Russes jouent la carte de la diplomatie, c’est pour trouver une solution politique. Je m’étonne également que le communiqué tripartite publié par Damas, Moscou et Téhéran au lendemain de l’attaque américaine du 4 avril sur la base aérienne de Shayrat, en Syrie, n’ait pas été divulgué dans les médias mainstream. Ce communiqué se voulait un cinglant avertissement adressé à l’administration Trump, rappelant les fondamentaux : respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité de la Syrie, et son droit de reprendre le contrôle de l’ensemble de son territoire.
Concernant l’hésitation du président Obama en 2013 qui, finalement n’a pas donné l’ordre d’attaquer, je me souviens avoir été parmi les rares personnes à être persuadées qu’il n’y aurait pas de frappes…

Qu’est-ce qui a freiné Obama ?

Obama n’est pas un personnage limpide. C’était sa façon à lui de s’affirmer en ne bombardant pas. Non pas qu’il soit revenu à de meilleurs sentiments, car il était suffisamment bien informé par ses renseignements pour connaître la vérité, mais parce qu’il voulait marquer son pouvoir présidentiel face au think tank collectif qui l’entourait – c’est ce qu’il affirme dans une interview en forme de testament.

J’évoque souvent « l’État profond néoconservateur » pour « expliquer » ce qui, sinon, pourrait paraître inexplicable. À mes yeux, ce concept est d’une importance fondamentale. Devenu populaire, il est une réalité visible, voire très voyante, depuis la fin de la guerre froide. Il se réfère à la doctrine dominante qui crée une symbiose idéologique entre les décideurs, les acteurs, les faiseurs d’opinions dans tous les secteurs de la vie publique et tous les cercles de pouvoir (politiques, diplomates, hiérarchie judiciaire, élites intellectuelles, journalistes, milieux d’affaires, communautés diverses, lobbies, etc.).

Né dans le camp républicain qui est son berceau et ancré sur le double messianisme religieux du judaïsme et des Églises protestantes dites « Églises d’éveil », l’État profond néoconservateur s’est solidement implanté dans les rangs démocrates, avant de trouver des terreaux favorables dans toutes les terres d’Occident et dans les États les plus improbables. La France est loin d’échapper à la règle, tant est grande l’idolâtrie des élites vis-à-vis de tout ce qui vient d’Amérique et le lien de vassalité que celles-ci ont intériorisé durant les décennies passées.

À Paris, les quartiers généraux et/ou les bastions de cet « État profond » sont divers et variés : non seulement au Quai d’Orsay où sévit la « secte » ou la « meute » néocon, mais aussi à Matignon, à l’Élysée et dans les rouages de la société et les arcanes du pouvoir. Les élites parisiennes sont depuis des années cooptées dans le fameux programme des « Young Leaders » de la fondation franco-américaine. On chercherait en vain un clivage entre droite et gauche « de gouvernement ».

Comment avez-vous observé l’évolution de la trajectoire des néoconservateurs français depuis le Quai d’Orsay ? Comment et quand ont-ils essaimé ?

Historiquement, les origines du néoconservatisme remontent à la création des États-Unis, à l’arrivée des « Pilgrim Fathers », ces Pères fondateurs, pour l’essentiel des protestants fuyant l’Europe pour des raisons religieuses et se référant à la Bible plutôt qu’au Nouveau Testament. En vertu du messianisme qui les inspirait, ils pensaient que Dieu les avait guidés vers l’Amérique afin qu’ils deviennent le nouveau peuple élu. Notez le parallèle avec le sionisme… Du reste, les groupes ou lobbies chrétiens sionistes s’inscrivent dans cette tradition. Les premiers migrants en Amérique se référaient à la pensée de Cromwell, imprégnée de mystique sioniste. Mais il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan dans les années 1980 pour que cette mystique trouve sa traduction politique dans le néoconservatisme, une traduction associée à la promotion du néolibéralisme et à la fin de la détente.

C’est sous le mandat de Reagan que l’on assiste au retour de la confrontation contre l’URSS, encouragé par la Britannique Margareth Thatcher et le pape Jean-Paul II. Si l’équilibre de la terreur les empêche alors d’agir en transgressant les règles du jeu, les neocons (on ne les connaît pas encore sous cette appellation) ont les coudées franches à partir des années 1990-1991, après l’implosion de l’URSS et la disparition du « bloc communiste ». À noter que Donald Trump est le produit plus ou moins inavoué de cet establishment (malgré ses affirmations) puisqu’il semble considérer Reagan comme un père spirituel et se réfère volontiers aux Pères fondateurs de l’Amérique.

Trump a pourtant fondé son discours de campagne en s’opposant aux élites de Wall Street afin d’engranger des soutiens dans l’Amérique profonde…

S’il a été élu par le « petit peuple » et par « l’Amérique profonde » contre l’establishment, il ne pourra pas résister longtemps aux pulsions de l’État profond. Très isolé face aux élites, il en a bien eu besoin sitôt élu. Au passage, le fait qu’il bombarde la Syrie dès son début de mandat fait de lui un « président normal », et cela deux jours à peine après avoir fait une proposition de reprise de contact à Bachar al-Assad par l’intermédiaire d’une congressiste américaine (démocrate) chargée par Trump lui-même de transmettre un message en ce sens au président syrien. Voilà la théorie du chaos remise en application : elle correspond à dire tout et son contraire.

Il n’est pas évident pour les Américains de gérer cette théorie du chaos, qui paraît très anglo-saxonne, en ce sens qu’elle permet d’associer toutes les ambiguïtés, selon une méthode que l’on retrouve dans le langage des ONG, dans les discours du FMI, dans le style des politiques et diplomates américains : mélanger le passé et le présent, les affaires importantes et les détails, la réalité et la fiction. Cela ouvre beaucoup de possibilités aux prestidigitateurs du droit, aux manipulateurs de valeurs, aux magiciens maîtres de l’Univers. C’est également une illustration de la « théorie du fou » inventée par Kissinger au temps de Nixon : les États-Unis ont vocation à être les maîtres du monde et entendent le rester ; pour effrayer leurs ennemis, ils doivent projeter l’impression que l’Amérique est, en partie du moins, gouvernée par des dirigeants cinglés ou imprévisibles.

La ligne Trump représente un archétype de la « théorie du chaos innovateur » mise en œuvre selon les normes de la théorie du fou. Le président « flexible » est un pur produit de l’école néoconservatrice, fondée sur le double messianisme protestant et juif, évoqué précédemment. Dans ce contexte, notons que l’alliance avec les islamistes djihadistes n’est pas circonstancielle, mais naturelle, les islamistes radicaux se réclamant également d’une mission divine, afin d’éradiquer tout ce qui s’écarte de leur conception de l’islam et recréer in fine un califat, un État islamique fondé sur la charia (la loi coranique interprétée à leur façon).

Vous ne m’avez toujours pas dit à quand remonte la pénétration du néoconservatisme dans les arcanes du pouvoir français.

La première manifestation de leur apparition en France remonte, me semble-t-il, au lendemain de la chute de l’URSS et à la signature du traité de Maastricht en 1992. François Mitterrand n’était pas néoconservateur, mais son entourage l’était en bonne partie, ou faisait du néoconservatisme sans le savoir, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir.

La seconde manifestation intervient à mon sens avec la crise affectant les relations franco-africaines en 1994, marquée par la dévaluation inopinée du franc CFA de 50 % sous la pression conjointe de la Banque Mondiale et du FMI. L’héritage gaullien, déjà ébréché, va dès lors être dilapidé de plus en plus ouvertement, la France renonçant de facto – en le niant – aux attributs de sa souveraineté. Dans la foulée du baroud d’honneur du duo Chirac-Villepin en 2003 concernant l’opposition de la France à la guerre en Irak, le président Chirac va s’affoler et multiplier des concessions inutiles, allant au-devant des sollicitations de Washington. Le retour au commandement intégré de l’Otan se fera en douce ; il ne restera plus qu’à l’afficher politiquement, ce qui sera chose faite dès le début du mandat de Sarkozy.

Paris appuiera ainsi les sanctions contre la Syrie promulguées par le Congrès américain par le biais du Syrian Accountability and Lebanese Sovereignty Restoration Act en décembre 2003. La France sera en quelque sorte chargée de « gérer » pour le compte de Washington le dossier de la détérioration programmée des relations avec Damas. Le levier libanais (à la suite à l’assassinat du premier ministre Rafiq Hariri, ami de Chirac) sera utilisé pour convaincre Paris d’assurer cette mission : jusque-là assez bonnes, les relations franco-syriennes vont dès lors se dégrader brutalement. Elles ne s’en remettront pas, malgré une brève embellie sous l’ère Sarkozy.

La pénétration du courant néocon s’accompagne d’une opération de casse menée contre les diplomates du Quai d’Orsay, tenu pour pro-arabe : le cadre d’Orient, les arabisants et les islamisants en premier lieu sont ciblés. Cette offensive qui ne dit pas son nom emprunte deux biais : on disperse les experts de la région dans des zones géographiques éloignées du monde arabe, et on recrute pour les postes clés des énarques et technocrates formatés. À cela s’ajoute les saignées budgétaires consécutives et incessantes, le recours à des contractuels, l’ubérisation, autant d’éléments qui ont définitivement sapé notre action diplomatique et notre rayonnement à l’international. Au vu de l’ampleur des missions d’un « Département » (comme on l’appelle), régalien par excellence, le budget du ministère des Affaires étrangères a toujours été relativement modeste, ne dépassant pas 1 % du PIB. Depuis un quart de siècle, on ne parle plus que d’austérité !

Qu’est-ce qui motive les diplomates néocons de la « secte » du Quai d’Orsay à poursuivre cette politique, selon vous ?

Le suivisme, l’atlantisme et le sionisme, qui sont pour ainsi dire synonymes.

Dans le cas du dossier nucléaire iranien, l’équipe de Laurent Fabius n’était-elle pas motivée par la défense de l’intérêt national en freinant des quatre fers l’acquisition de la bombe par Téhéran qui affaiblirait les positions de la France dans la région ?

Non. Cela faisait partie des rôles délégués à la France et aux Européens par Washington. Le dossier du nucléaire iranien, dont le programme remonte à l’époque du chah, a été fabriqué par les ancêtres des neocons américains dans le cadre du projet « Atome pour la paix ». Il avait toujours fait l’objet de l’unanimité nationale en Iran ; tout le monde trouve ça très bien et personne en Occident n’y a trouvé à redire jusqu’à la révolution islamique. Le dossier a ressurgi dans la foulée de l’occupation de l’Irak. Après la guerre irano-irakienne (politique du double endiguement), puis la première et la seconde guerre d’Irak qui ont mis ce pays à terre, les États-Unis ont délégué à la France, au Royaume-Uni et à l’Allemagne la gestion du dossier. En cela, il me semble que l’ancien président Khatami s’est engouffré dans un piège, d’où la rupture actée par son successeur Ahmadjinehad.

En 2006, le dossier est transféré de l’Agence internationale de l’énergie atomique au Conseil de sécurité des Nations unies, dont les cinq membres permanents sont des « puissances nucléaires légales ». Ce qui va accentuer la pression sur Téhéran et dévoiler les objectifs cachés de la « négociation nucléaire ». La signature de l’accord « historique » en juillet 2014 n’a pas réglé le différend de fond entre l’Iran et ses quatre interlocuteurs occidentaux (États-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne).

Les néoconservateurs sortent-ils fragilisés par l’élection de Donald Trump ?
Non, au contraire, car il est leur meilleur représentant. Trump s’est fait élire sans le soutien des élites. Mais une fois au pouvoir, il ne peut se contenter de l’appui des cowboys ou des mormons. Or, depuis des lustres, les élites américaines, tous partis confondus, sont néoconservatrices. Trump a dû aller puiser dans le même réservoir où aurait pioché Hillary Clinton (État profond, Goldman Sachs…) si elle avait été élue. Trump n’a pas d’autres choix que d’obtempérer aux desiderata de l’État profond américain. Il suffit de voir ses choix en ce qui concerne ses ministres et collaborateurs (au sein de l’establishment) et ses décisions, notamment en politique étrangère. En Syrie et Russie, par exemple.

En France, l’atlantisme et le sionisme sont désormais les deux mamelles des néocons. Cette adhésion a commencé avec Chirac, puis s’est finalisée avec Sarkozy qui parlait de « retour au bercail » pour justifier la réintégration pleine et entière de nos forces au sein du commandement intégré de l’Otan. Pour ce qui est de Hollande, je ne vous apprends rien en vous disant que les socialistes ont un ADN européiste, sioniste et colonialiste qui remonte au minimum à Guy Mollet (sous la IVe République). Ce n’est nullement une légende. Durant son deuxième mandat, Mitterrand aura cette déclaration de fossoyeur : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » Petit à petit, cette idée a gagné du terrain au Quai d’Orsay et dans « l’État profond », y compris à l’Université, sensible aux sirènes de l’Amérique, de l’Europe, de l’Otan, de la globalisation et de ses succursales diverses.

On a bien vu dans la campagne présidentielle française que l’Europe était relayée à un rang subalterne. Un grand nombre de candidats ont rivalisé dans leurs discours prosouverainistes. Cet idéal vend-il encore ?

L’Europe n’est pas une idée populaire, contrairement à ce qu’affirment les illusionnistes du « rêve européen ». Les candidats ont souvent promis de « renégocier » les traités européens, ce qui est un leurre à usage électoral. À toutes les élections, on nous a fait la même promesse. De mon point de vue, l’Europe est la prison de la France. Ce n’est pas nous qui décidons. Allons même plus loin : nous nous indignons que les décisions nous concernant soient prises à Bruxelles, alors qu’en réalité c’est en Amérique que tout se décide. Nos élites du mainstream se satisfont de ce statut de « territoire » à la Massachusetts, auquel la France a été réduite. Mais alors, à quoi bon payer et entretenir cette administration bruxelloise tentaculaire et si onéreuse qui prend ses ordres à Washington ?

La réédition de votre livre connaît un vif succès. Pourtant, vos détracteurs ne vous épargnent pas dans la véhémence de leurs attaques…

Je reprends à mon compte ce proverbe chinois : « Quand le sage montre la Lune, l’imbécile montre le doigt. » J’écris en fonction de mes convictions. La thèse que je développe est bien documentée et rend compte des réalités, de l’enchaînement d’événements qui autrement resteraient incompréhensibles. Elle me semble beaucoup mieux acceptée et comprise en cet an VII de la « tempête sur le Grand Moyen-Orient » qu’il y a deux ans. En effet, rien dans les évolutions constatées n’est venu démentir ce qui était inscrit dans la première édition, au niveau du Moyen-Orient, du Grand Moyen-Orient de George W. Bush, au sein de l’islam et en ce qui concerne l’ordre du monde dont la mutation se dessine sous nos yeux. Autant de sujets qui font l’objet de mon ouvrage.

(1) Tempête sur le Grand Moyen-Orient, Michel Raimbaud, 2e édition enrichie et remise à jour, Éd. Ellipses, 716 p., 28 euros.

Irak, la revanche de l’histoire De l’occupation étrangère à l’État islamique


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Auteur : Benraad Myriam
Ouvrage : Irak, la revanche de l’histoire De l’occupation étrangère à l’Etat islamique
Année : 2015

L’État islamique, ou Da’ech, apparaît aujourd’hui, dans les médias
et les représentations politiques, comme l’adversaire absolu de
I’Occident, celui qui multiplie attentats et actes de barbarie, qui met
le Moyen.Orient à feu et à sang et qu’il faut combattre à tout prix.
À l’origine de cet état de guerre perpétuelle et de ce chaos dans
lequel ont sombré les populations civiles, il y a, bien entendu,
l’intervention américaine du printemps 2003. qui fil des sunnites.
accusés d’avoir soutenu le régime de Saddam Hussein, des parias
dans le jeu politique irakien, et qui a laissé derrière elle un champ
de ruines.
Mais Il y a aussi. et c’est tout l’intérêt de cet ouvrage que de le
démontrer, le partage du Moyen-Orient par les puissances coloniales
britannique et française à la suite de la Première Guerre mondiale et
du démembrement de l’Empire ottoman c’est alors que furent créées
ex nihilo des frontières qui convenaient aux autorités mandataires
mais ne recouvraient aucune réalité historique.
Une fois ce constat dressé, et les responsabilités de chacun établies,
on comprend mieux les enjeux de l’effroyable désastre qui a frappé
la région, et dont aucune analyse, privée de celle perspective de
fond, ne permettrait de rendre compte.

Myriam Benraad est docteur en science politique de l’lnstitut d’éludes
politiques de Paris. spécialiste de l’Irak et du monde arabe. Elle est
chercheuse associée au Cemre d’éludes el de recherches intematio·
nales (CERI-Sciences Po) et à l’Institut de recherches et d’études sur
le monde arabe et musulman (IREMAM-CNRS).

Introduction
suite…

histoireebook.com


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Auteur : Benraad Myriam
Ouvrage : Irak de Babylone à l’état islamique Idées reçues sur une nation complexe
Année : 2015

Babylone, les Mille et Une Nuits, Saladin…

Histoire et légendes se confondent dans la Mésopotamie antique. Ce berceau de l’humanité a connu une série de ruptures violentes : dictature du Baas, guerre contre l’Iran, débâcle au Koweït en 1990, embargo dévastateur, occupation étrangère aussi meurtrière qu’imprévisible et plus récemment la barbarie de l’Etat islamique… Quiconque se penche sur le cas irakien, des spécialistes les plus chevronnés aux simples observateurs, rencontre la plus grande difficulté à comprendre les dynamiques sociales et politiques à l’oeuvre : défaite militaire américaine ? démocratie naissante ? retour à l’autoritarisme ? chaos jihadiste ?… Myriam Benraad, l’une des meilleurs spécialistes de l’Irak, analyse et éclaire les différentes facettes de ce pays que l’on connaît principalement au travers des clichés qui entourent son histoire et du prisme déformant des raccourcis médiatiques sur l’époque récente.

suite…

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L’antisémitisme partout Aujourd’hui en France


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Auteurs : Badiou Alain – Hazan Eric
Ouvrage : L’antisémitisme partout Aujourd’hui en France
Année : 2011

 

 

1. Une année agitée

Au cours de l’année 2002, la guerre se déchaîne contre les forces du Mal au Moyen-
Orient. En Afghanistan, l’armée américaine, qui a envahi le pays six semaines après le
11 septembre, poursuit son entreprise de libération. Une autre libération se profile, celle de
l’Irak : militaires et diplomates préparent ouvertement l’invasion du pays pour y implanter
la démocratie. En Palestine, où s’est déclenchée la deuxième Intifada, l’armée israélienne
réinvestit toute la Cisjordanie et l’opération Rempart balaye ce qui reste de l’autonomie
accordée à Oslo. En avril, la prise du camp de réfugiés de Jénine et sa destruction au
bulldozer font des dizaines de morts civiles.
Pendant ce temps, en France, le premier tour de l’élection présidentielle est marqué par
le succès du Front national. Roger Cukiermann, président du CRIF, déclare à Haaretz
(23 avril 2002) que le résultat de Le Pen « servira à réduire l’antisémitisme musulman et
le comportement anti-israélien, parce que son score est un message aux musulmans leur
indiquant de se tenir tranquilles. »
C’est dans ce contexte que se développe une campagne dénonçant une « vague
d’antisémitisme » en France. « Des synagogues sont incendiées, des rabbins sont molestés,
des cimetières sont profanés, des institutions communautaires mais aussi des universités
doivent faire nettoyer, le jour, leurs murs barbouillés, la nuit, d’inscriptions ordurières. Il
faut du courage pour porter une kippa dans ces lieux féroces qu’on appelle cités sensibles et dans le métro parisien1. »
Pourquoi cette campagne ? Il importe d’allumer un contre-feu, car l’opinion publique et
même les médias sont choqués de la brutalité avec laquelle l’armée israélienne réprime la
deuxième Intifada. Dénoncer la « poussée d’antisémitisme » est un bon moyen pour
détourner l’attention de la sanglante opération Rempart ou mieux encore, pour la présenter
comme une mesure défensive, dans le contexte d’une « montée générale de
l’antisémitisme ».
L’opération se déroule sur un terrain favorable : la détestation montée d’un bout à
l’autre de l’Occident contre les Arabes et les musulmans après le 11 septembre. Car la
vague d’antisémitisme, ce sont eux, naturellement eux qui en sont les agents propagateurs.
« La recrudescence en France et en Europe des agressions antisémites, verbales ou
physiques a, depuis l’éclatement de la “deuxième Intifada” à l’automne 2000,
incontestablement mis en avant de nouveaux acteurs de la haine antijuive, nommément
des agresseurs issus des banlieues ou de l’immigration, des victimes du racisme et de la
discrimination qui s’adonnent, envers les Juifs, aux comportements contre lesquels ils sont
en droit de se voir eux-mêmes protégés2. »
La notion d’une « vague d’antisémitisme » n’était pas entièrement dénuée de
fondements : il est indéniable que dans ces années 2002-2004, il y eut des insultes
proférées contre des juifs, des tags hostiles, des cageots incendiés devant des synagogues,
des bagarres entre jeunes… Même si les actes les plus médiatisés, ceux qui déclenchèrent
le plus de mâles paroles chez les politiques et le plus d’indignation dans les institutions
juives furent le fait d’une mythomane (l’« agression » de Marie L. dans le RER D en
juillet 2004) ou d’un pauvre fou, juif de surcroît (l’incendie d’un centre social juif rue
Popincourt en août de la même année), la réalité de manifestations d’hostilité contre les juifs à cette époque ne fait aucun doute, et nous ne prenons aucune manifestation de ce
genre à la légère. Il ne se passait cependant rien qui puisse paraître d’une gravité
exceptionnelle, rien d’irréparable, et même Simone Veil critiqua vertement le mot de
Finkielkraut faisant de 2002 une « année de cristal »3.
Mais pour les initiateurs et les militants de cette campagne, peu importait l’ampleur
réelle de « la vague » : l’impulsion était donnée. Parallèlement à la presse dénombrant
avec une précision toute policière les « actes à caractère antisémite » dont il s’agissait de
montrer la prolifération, on vit sortir en octobre 2004 le rapport Rufin, commandé par le
ministère de l’Intérieur, qui dénonçait « un antisémitisme d’importation, notamment chez
des jeunes issus de familles originaires de pays où l’antisémitisme est culturellement
banalisé. » Rufin assimilait « l’antisionisme radical » à un antisémitisme « par
procuration », et préconisait une loi qui pénaliserait la critique de l’État d’Israël.
Ce fut d’ailleurs l’époque des premiers procès – contre Daniel Mermet, contre La
Fabrique éditions, puis contre Edgar Morin, Sami Naïr et Danielle Sallenave – procès
intentés pour « incitation à la haine raciale » par une officine nommée Avocats sans
frontières4. On vit également paraître une série d’ouvrages dénonçant l’antisémitisme des
« maghrébins ». Dans Les Territoires perdus de la République, ouvrage collectif dirigé par
Emmanuel Brenner et centré sur la question de l’école, l’idée générale est que
« l’antisémitisme qui se donne libre cours dans les établissements scolaires de certains
quartiers, la peur des adultes responsables devant des propos et des comportements
inacceptables, l’affaiblissement intellectuel devant l’offensive islamiste sont inséparables
de ce gouffre qui, plus que jamais, sépare en France le peuple de ses élites5. » Nicolas
Weill, dans La République et les antisémites, accepte comme « un fait » qu’il y ait « un
antisémitisme arabo-musulman particulièrement virulent, que celui-ci soit à l’occasion
toléré par une certaine extrême gauche souvent passive – ou fascinée – devant son
extrémisme6 ».
On notera au passage le retour insistant du mot « République », déjà fortement mis à
contribution pour soutenir l’interdiction du « foulard islamique » à l’école, comme si, par
un paradoxe singulier, ce mot qu’on croyait nourri, au moins abstraitement, par un certain
universalisme politique, voire orienté vers la défense du droit des « gens d’en bas »,
servait désormais d’emblème à l’hostilité envers les ouvriers arabes et les musulmans des
cités populaires.
Pour sa part, Prêcheurs de haine, de Pierre-André Taguieff, est une longue (968 pages)
dénonciation, une véritable liste de proscription de ces « archéotrotskistes et nouveaux
gauchistes antimondialisation, outrancièrement palestinophiles […] alors même que
l’islamisation de la cause palestinienne s’accentue7 ».
La dénonciation d’une « montée de l’antisémitisme » fut relayée et amplifiée par la
presque totalité des médias et de ce qu’on appelle « le monde politique ». Du côté de la
gauche, les plus bruyants étaient les habituels ennemis des « arabo-musulmans » français :
les dévots de la laïcité et les féministes égarées. (Notons au passage que le syntagme
« arabo-musulmans », complété par celui de même farine « islamo-gauchistes », est
d’origine policière, comme tous les doublets du même genre, « judéo-bolchévique »,
« hitléro-titiste », ou plus récemment « anarcho-autonome ».)

Du côté de la droite au pouvoir, il y avait unanimité dans la « détermination sans faille »
à lutter contre la renaissance de l’antisémitisme. Il peut paraître étrange de voir les juifs
aussi bien « défendus » par un courant idéologique – la droite – qui leur est
traditionnellement hostile. Le phénomène ne peut manquer d’évoquer la blague d’origine
israélienne : « Qu’est-ce qu’un philosémite ? C’est un antisémite qui aime les juifs. » Au
cours de ces années 2002-2003, le nombre et l’activité de ces philosémites-là semblaient
s’accroître dans de considérables proportions.

NOTES
1 Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre, Réflexions sur l’antisémitisme qui vient, Paris, Gallimard, 2003, p. 9.
2 Nicolas Weill, La République et les antisémites, Paris, Grasset, 2004, p. 15.
3 En référence, évidemment, à la Nuit de cristal de 1938, où des centaines de juifs avaient été tués par les nazis.
4 En réalité, ces procès avaient été précédés d’autres actions en justice, menées le plus souvent par la Licra et le Mrap, contre de véritables fascistes/négationnistes (Roger Garaudy, Bernard Antony…) Elles avaient permis
de constituer une jurisprudence, mais dans les années 2000, la cible ayant changé, le Mrap s’était désengagé de ce type d’action.
5 Les Territoires perdus de la République, antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire, Emmanuel Brenner éd., Paris, Mille et une nuits, 2002, p. 17-18.
6 N. Weill, op. cit., p. 33.
7 Pierre-André Taguieff, Prêcheurs de haine, traversée de la judéophobie planétaire, Paris, Mille et une nuits, 2004, p. 192.

2. Qu’en est-il de l’antisémitisme en France ?

Les formes sous lesquelles existe aujourd’hui de l’antisémitisme en France sont très
diverses et n’ont même souvent rien à voir entre elles. Depuis la dernière guerre mondiale,
l’antisémitisme n’est plus soutenu en France par une sorte de consensus abject (auquel
participaient par exemple, encore dans les années trente, de nombreux écrivains connus, et
pas seulement Céline). Il persiste sous la forme de minorités disparates, activistes ou
cachées.
Au plus noir du spectre, on trouve quelques nostalgiques du IIIe Reich, des néonazis qui
taguent des croix gammées sur les synagogues. Il est fort possible qu’ils aient apporté leur
part aux actes réellement antisémites commis en 2002 : la profanation de tombes est bien
dans leur manière. Ils peuvent représenter un danger dans certains pays du Nord ou en
Autriche, mais en France, ce sont quelques douzaines d’excités dont il faut certes
surveiller et interdire les agissements, mais dont on ne voit pas, pour l’instant, qu’ils aient
un avenir politique. Autant, dans la France d’aujourd’hui, dénoncer le « péril islamique »
et vouloir détruire les mosquées peut, hélas, rapporter des suffrages, autant profaner des
cimetières juifs suscite, et c’est encore heureux, une répulsion quasi unanime.
Autre groupuscule, celui des négationnistes. Certains d’entre eux se situent clairement à
l’extrême droite : souvent liés au Front national, ils tentent ici et là de s’implanter dans
l’université, Assas, Lyon III. Mais présenter une pareille marchandise sous un masque
académique, avancer sous les dehors du savoir historique est une tentative toujours fragile
et contestée. Certes, leur force a été de faire parler d’eux : ils ont suscité une réelle
polémique, et il s’est trouvé des historiens qui se sont efforcés de réfuter loyalement leurs
affirmations négationnistes. Or les idéologues antisémites sont tout sauf loyaux et ce qui
les anime n’est certes pas l’esprit critique de la science. La réfutation historienne et
académique revenait sans doute à tomber dans un traquenard : démontrer que les chambres
à gaz ont vraiment existé ne fait qu’entretenir autour des négationnistes ce qu’ils
souhaitent, à savoir répandre la conviction que c’est un « vrai problème ». Ils pourront
toujours dire que si l’on écrit des livres entiers pour démontrer cette existence, c’est
qu’elle est problématique, puisqu’il faut encore aujourd’hui la démontrer. Semer le doute
concernant un fait historique indubitable est la seule chose qui les intéresse et en ce sens,
dans une tradition fasciste bien connue, les négationnistes sont des provocateurs
intellectuels. Mais ils ne sont qu’une poignée, et sans réelle influence. Notons aussi
l’existence de négationnistes « de gauche », dans la lignée de la Vieille Taupe. Ceux-là se
défendent d’être antisémites, mais ils le sont quand même : parfois le masque tombe et
l’on voit alors la haine qui se cache derrière les positions tiers-mondistes de ces
idéologues camouflés. Tous ces groupes, d’extrême droite ou « de gauche », ne
représentent pas grand-chose, mais il est important de reconnaître leur existence, de ne pas
les dédouaner, de ne pas se faire prendre à leurs trucs rusés, comme c’est arrivé par
exemple à Chomsky. Qu’ils soient parvenus à attraper quelqu’un comme Chomsky prouve
bien qu’ils ont plus d’un tour dans leur sac. De même qu’il faut faire attention à des gens
comme Dieudonné et ceux qui le soutiennent – dire clairement qu’il s’agit là d’un
antisémitisme véritable, quel qu’ait été le point de départ de leur position.
Très différent de ces petits groupes d’excités, plus digne et plus hypocrite encore dans sa

façon de se présenter, on trouve le vieux fonds antisémite du « pétainisme
transcendantal ». Il reste un peu fantomatique, car il ne s’organise pas sur la scène
politique avec des déclarations antisémites ou des manifestes. Mais parmi ces gens-là,
certains, Renaud Camus par exemple, sont prêts à déclarer publiquement ce que les autres
pensent silencieusement ou n’avouent penser que dans les repas familiaux, quand on est
« entre soi ». À savoir que dans beaucoup de secteurs d’activité, « il y a trop de juifs ».
Évidemment, en force, en nombre, en influence, cette tendance n’a rien à voir avec ce
qu’elle était avant guerre, où elle était pratiquement dominante. Il y avait à l’époque, dans
tous les grands pays « démocratiques », un antisémitisme d’opinion, capable de
s’exprimer dans certains journaux, y compris par la voix d’intellectuels reconnus. Cet
antisémitisme s’inscrivait dans une disposition plus vaste, une vision du monde chauvine
et raciale sans complexe, où l’on pouvait utiliser la figure du métèque, de l’étranger, mais
aussi le racisme au sens biologique du terme. Dans le dictionnaire Larousse de 1932, le
Noir était encore présenté et dessiné comme un intermédiaire entre le singe et l’homme !
Et dans ces considérations raciales, l’antisémitisme jouait un rôle important.
Aujourd’hui en France, concernant les juifs, il n’existe rien de tel. À cela, il y a une
bonne raison : avant guerre, les juifs étaient pour beaucoup des étrangers qui arrivaient de
Pologne, de Lituanie, de Roumanie, qui parlaient yiddish, qui faisaient partie de la maind’oeuvre
la plus pauvre : ils étaient les arabes et les africains de l’époque. De nos jours, les
juifs sont bien « intégrés » et cet antisémitisme, ce racisme-là s’est déplacé vers d’autres
cibles.
En vérité, l’antisémitisme d’opinion des années trente était une composante du
sentiment antipopulaire qui stigmatise toujours les derniers arrivants : au XIXe siècle les
Auvergnats, les Bretons, les Italiens ou les Savoyards ; après la guerre de 14-18, les
Polonais, les juifs de l’Est, les Espagnols ; après la Seconde Guerre mondiale, les
Portugais et, avec une forte composante raciste supplémentaire, exacerbée par les guerres
coloniales, les Algériens et les Marocains – aujourd’hui les Maliens ou les Congolais. Si
l’on ne saisit pas cette continuité, on ne peut comprendre ni l’antisémitisme d’avantguerre,
ni la situation actuelle. Car cette composante est toujours prête à resurgir, y
compris au niveau de l’État, pour attiser le ressentiment contre une partie de la population
pauvre : c’est une très classique manoeuvre de division intra-populaire, qui frappait une
bonne partie des juifs avant la guerre et qui s’exerce aujourd’hui contre ceux qu’on
nomme « les immigrés », et auxquels on a récemment adjoint les Gitans – les Tziganes,
les « Roms » – qu’on ne semble pas faire moralement bénéficier du souvenir de leur
extermination par les nazis. La pratique de la chose a été exemplaire : à la suite d’un
meurtre commis par la police, on a assisté à la mise en cause collective d’un groupe entier
– un groupe dont la majorité est de nationalité française (comme du reste les terribles
« jeunes des banlieues »), mais dont la provenance et le mode de vie anomique suffisent
aux yeux de l’État pour tenter de réveiller contre lui l’hostilité, supposée latente, d’une
partie de la population.
On peut considérer que l’antisémitisme traditionnel a périclité parce que sa cible – le
juif des caricatures du Sturmer, le juif de Gringoire et de Je suis partout – a disparu. Il
n’existe plus que comme résidu fantomatique dans la partie la plus arriérée et nostalgique
de la bourgeoisie française, qui cumule le souvenir de tous les métèques successifs.

Le sentiment qu’éprouve envers les juifs une grande partie de la jeunesse française noire
et arabe est un tout autre chapitre, qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme historique.
Même Taguieff considère que c’est quelque chose de différent : c’est lui, sauf erreur, qui a
forgé pour en parler le terme de judéophobie. L’hostilité de ces jeunes envers les juifs est
fondamentalement liée à ce qui se passe en Palestine. Ils savent que là-bas, des Israéliens
juifs oppriment les Palestiniens, qu’ils considèrent, pour des raisons historiques évidentes,
comme leurs frères. Face à cela, se présente ce qu’ils peuvent voir comme les juifs d’ici –
d’abord et surtout les organisations qui se prétendent « représentatives » de la
« communauté juive », ce qui veut dire qu’elles parlent à la place des gens et leur coupent
la parole, surtout s’il s’agit de juifs qui ne sont pas d’accord. Le soutien de ces
organisations à tout ce que fait l’État d’Israël est pratiquement absolu. Il y a aussi, parfois,
des juifs de leur quartier qui se présentent comme des soutiens inconditionnels d’Israël.
Les jeunes dont nous parlons font alors l’amalgame entre la répression anti-palestinienne
de l’État d’Israël et cette image tronquée des juifs français, ce qui peut les amener à penser
que tous les juifs du monde, ici et ailleurs, sont leurs ennemis
Dans cette affaire, les mots ont leur importance. Israël se définit comme un État juif, ce
qui produit une sorte de fusion entre le mot « juif » et la pratique gouvernementale
israélienne. Il était moins confus de parler, comme ce fut un moment le cas, de « l’État
hébreu ». La fusion entre le nom que se donnent les membres d’une diaspora historique
présente dans des dizaines de pays et le nom d’un État du Proche-Orient est importante sur
le plan symbolique : les jeunes dont il est question entendent que ce qui se passe là-bas,
c’est l’État juif qui en porte la responsabilité. Et entre État juif et État des juifs, il y a au
moins une ambiguïté, entretenue par le fait que l’État hébreu se proclame l’État des juifs
du monde entier. Il faut une certaine maîtrise des nuances de la situation réelle pour savoir
que de très nombreux juifs ne considèrent pas du tout cet État comme leur État. Pour un(e)
jeune Français(e) arabe ou noir(e), fils ou fille d’un paysan maghrébin ou africain venu en
France comme ouvrier dans les dernières décennies, parqué(e) dans une cité sinistre,
l’opération de dissociation n’est pas facile entre Israël comme État et comme pratique
persécutrice, et puis juif, accolé à ce nom-là avec le consentement quasi universel. Pour
aller chercher le point où il n’y a pas consentement, il faut un oeil attentif et politisé. Il
n’est pas évident de voir que parmi les juifs français, très nombreux sont ceux dont
l’opinion sur la Palestine est en fait celle de Français ne connaissant rien d’autre à la
question que les positions officielles répercutées par les appareils médiatiques. Quant aux
juifs français qui s’opposent à la politique israélienne, ils sont soigneusement maintenus
dans l’invisibilité, comme d’ailleurs l’opposition radicale à l’intérieur même d’Israël –
minoritaire certes, mais pas plus que chez nous l’opposition à la guerre d’Algérie autour
de 1956.
Ce qu’éprouve cette jeunesse populaire n’est pas de l’antisémitisme, mais plutôt une
hostilité « politique mal politisée » à ce qu’elle perçoit comme la position des juifs de
France. S’y ajoutent des séquelles plus ou moins conscientes du temps de la colonisation
en Algérie, où la France avait réussi à scinder les juifs des arabes en donnant aux premiers
la nationalité française – la loi Crémieux de 1870 –, les seconds restant jusqu’au bout,
sous des appellations diverses, des « indigènes ».
Choisir le mot « antisémite » pour qualifier le sentiment politique de cette jeunesse,
prétendre que cet antisémitisme est en « montée » n’est aucunement la description d’une

situation réelle mais une opération de stigmatisation. On choisit à dessein un terme qui
n’est pas le bon. Du reste, on leur attribue bien d’autres maux : pour Finkielkraut par
exemple, non seulement ils sont antisémites, mais c’est à cause d’eux que l’école
républicaine est ruinée, à cause d’eux qu’une sorte de sauvagerie s’est installée à la
périphérie de nos grandes villes, etc. Dans cet ensemble, le mot « antisémite »,
indubitablement le plus violent, est aussi celui qui a le moins de rapports avec la réalité du moment.
Cette opération est un fusil à deux coups : elle vise d’une part la jeunesse noire et arabe
et de l’autre ceux qui la soutiennent – et se trouvent être presque tous hostiles à la
politique des gouvernements israéliens successifs. Il est essentiel d’empêcher ces gens-là
de nuire car ils écrivent parfois des livres et peuvent de temps à autre faire entendre leur
voix. Pour tenter de les réduire au silence, on va les accuser eux aussi d’antisémitisme, et
peu importe si cette accusation est totalement absurde.
Bien entendu, semer la méfiance et l’hostilité envers la jeunesse populaire sont des
procédés de classe assez traditionnels. Aujourd’hui toutefois, l’un de leurs buts particuliers
est d’établir une frontière qui la sépare de la petite bourgeoisie blanche éduquée, de créer
un fossé entre la barbarie des banlieues et nos chères têtes lycéennes et étudiantes – c’est
pourquoi le thème de l’école revient si souvent dans ces questions. C’est une ségrégation
sociale qu’il s’agit d’établir, dès l’enfance, dès l’école, et pour cela, l’accusation
d’antisémitisme est encore une fois bien utile.
Toute cette opération constitue un des cas de croisement, si nombreux dans l’histoire
française, où des questions internes concernant les rapports de classes sont traitées en
utilisant des figures externes de type colonial ou impérial. Ainsi, jusqu’à la dernière guerre
mondiale, sous la IIIe République, l’exaltation des grands coloniaux, notamment les
généraux des « pacifications » successives, allait de pair avec la détestation des métèques.
Depuis la liquidation de la Commune de Paris, il existe une intrication entre l’être colonial
et les affrontements internes – avec de grandes incertitudes, et pour tout dire une tenace
complicité des forces « de gauche » sur ce point. Nous vivons un avatar un peu
crépusculaire de ce genre de combinaison propagandiste. Le but est de convaincre les
esprits qu’il y a une unité de fond entre le soutien apporté au combat des Israéliens contre
la barbarie « intégriste » arabe, et chez nous la lutte contre les jeunes barbares des
banlieues – dont la qualité de barbares est bien prouvée par le double fait qu’eux aussi
sont souvent arabes ou musulmans et qu’ils critiquent la politique gouvernementale
israélienne – ce qui, dit le propagandiste, revient à soutenir la barbarie islamiste planétaire
dans sa lutte contre le raisonnable et démocratique État d’Israël.
Le plus bourbeux de toute cette affaire est que, pour rendre cette combinaison efficace,
il faut faire intervenir une autre histoire, qui n’a rien à voir avec les deux scènes (le
Proche-Orient et les « banlieues » de chez nous) que la propagande tente d’unifier. Cet
ingrédient, dont l’instrumentalisation est proprement honteuse surtout à l’égard des morts,
est celui de l’extermination des juifs d’Europe par les nazis. Le propagandiste s’en sert
comme d’une sorte de brouillard jeté sur les trois axiomes entièrement fallacieux qui sont
les siens, à savoir : juif = État d’Israël, palestinien = intégrisme musulman, jeune des
banlieues = intégrisme musulman. L’accusation d’antisémitisme, et donc de complicité
mentale avec les nazis, est construite à partir du barbouillage de ces trois inepties par le

pathétique génocidaire, pourtant complètement extérieur à tout ce dont il est question.
Cette accusation portée à l’encontre de la jeunesse arabe et noire est construite à partir
d’axiomes faux, mélangés à un point qui n’a de rapport historique réel ni avec l’actuelle
politique des gouvernements israéliens, ni avec l’état d’abandon et de ségrégation où est
laissée cette jeunesse, point qui est quand même l’argument ultime – à savoir la
destruction des juifs d’Europe.

3. Une étrange rhétorique

Dans la polémique réactionnaire contemporaine, on peut identifier plusieurs volets : la
forme violente et vulgaire du fascisme ordinaire, la forme ironique et un peu pointue de la
droite cultivée, et puis, très à part, le discours des pourfendeurs professionnels de ce qu’ils
nomment antisémitisme. Les agents de ce troisième volet sont des intellectuels, souvent
sophistiqués, dont l’argumentation a un trait commun : il s’agit, par des étapes et des
connexions tout à fait singulières, de mettre en lien des choses qui, comme nous l’avons
vu, n’ont aucun rapport entre elles. Intéressons-nous plus particulièrement aux détails
rhétoriques de la construction de ce lien.
L’une des chaînes, très souvent à l’oeuvre, se déplie ainsi : l’anticapitalisme a pour
noyau l’anti-américanisme, l’antiaméricanisme a pour centre l’antidémocratisme, et
l’antidémocratisme – c’est là que se fait le saut ultime – a pour pivot l’antisémitisme. On
trouve cet enchaînement par exemple chez Bernard-Henri Lévy : « L’antiaméricanisme
français, cette passion politique dont on ne rappellera jamais assez qu’elle apparut, chez
nous, dans la mouvance des fascismes français des années 30, ce délire idéologique qui
masque mal des sentiments aussi douteux que la haine de la démocratie tocquevillienne
[…] le fantasme d’un pays cosmopolite vivant sous la loi du lobby juif, l’antiaméricanisme
français, donc, est un attracteur du pire dont les séductions seraient d’autant plus
dangereuses qu’un coup d’arrêt symbolique, venu d’en haut, ne lui serait pas très vite
opposé8. »
Une variante de cette combinatoire est non moins intéressante : il est clair que l’antiimpérialisme,
aujourd’hui, c’est l’antiaméricanisme. L’antiaméricanisme, c’est
évidemment l’anticapitalisme. Et l’anticapitalisme, via le classique phantasme du
« financier juif », c’est l’antisémitisme. Donc l’anti-impérialisme, c’est l’antisémitisme.
L’avantage de cette variante, c’est que ceux qui soutiennent les Palestiniens se réclament
souvent de l’anti-impérialisme : leur antisémitisme ne fait donc plus aucun doute !
Autre exemple, cette fois du côté des images : l’un de nous (AB) avait comparé ceux
qui abandonnaient la gauche en perdition après les dernières présidentielles à des rats
quittant le navire9. Dans son blog, Pierre Assouline écrivit : « La dernière fois dans ce pays
qu’on a ainsi comparé des hommes à des rats, c’était, voyons, en 1942 dans un
documentaire de propagande sur le péril juif10. » Parler de rats équivalait donc à stigmatiser
les juifs. Bernard-Henri Lévy se greffa sur cette querelle, écrivant dans Le Monde
(22 juillet 2007) qu’« Alain Badiou s’autorisait de sa juste lutte contre l’ “immonde” pour
réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques (“les rats”… “l’ homme
aux rats”) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré,
sans appel, qu’elles sont toujours la marque du fascisme ». Comme souvent chez cet
auteur, non seulement l’accusation concernant la « métaphore zoologique » est
inconsistante (l’usage du mot « rat » par AB n’est jamais que celui d’un proverbe
classique sur qui change de camp pour sauver sa peau), mais la référence est falsifiée : il
n’y a rigoureusement rien, dans le texte de Sartre auquel Bernard-Henri Lévy renvoie, qui
ait un quelconque rapport avec ce qu’il lui fait dire. Ajoutons que si quelqu’un a utilisé des
métaphores animales dans l’expression de ses positions politiques, c’est bien Sartre !
« Tout anticommuniste est un chien », c’est lui qui l’a dit, et il y a bien d’autres exemples.

L’enchaînement qui, du rat de AB conduit, via Sartre, à l’antisémitisme fasciste est une
imposture.
Autre enchaînement singulier, le syllogisme imaginé par Nicolas Weill : la critique des
médias porte sur des journalistes (prémisse indiscutable !). Or il y a parmi les journalistes
beaucoup de juifs (étrange convergence entre Nicolas Weill et l’antisémite Renaud
Camus). Donc ceux qui critiquent les médias sont antidémocrates/antisémites. Et de même
que si tout homme est mortel et que Socrate étant un homme, il est mortel, de même si
tout critique des médias est antisémite, tel ou tel critique des médias l’est. De fait, Nicolas
Weill s’en prend nommément à trois d’entre eux : « La plupart de ces offensives [contre
les médias], qu’elles proviennent d’un professionnel en révolte comme Serge Halimi (Les
Nouveaux Chiens de garde), de Pierre Bourdieu (Sur la télévision) ou de Jacques
Bouveresse (Schmock ou le triomphe du journalisme), ont en commun une tendance non
assumée à l’antidémocratisme » – dont on a vu le lien serré avec l’antisémitisme. Nicolas
Weill, conforté à la fois par la logique d’Aristote et par des exemples frappants (Jacques
Bouveresse antisémite, il faut le faire !) peut en venir à une conclusion générale. Citons :
« La critique du journalisme au XIXe et au début du XXe siècle épouse un autre
phénomène : celui de l’antisémitisme, le journalisme étant chez certains considéré comme
la profession par excellence des juifs. » (Le Monde, 2 avril 2004.)
Critiquer les États-Unis, parler d’animaux, s’en prendre aux médias : autant de procédés
tortueux auxquels, selon nos rhétoriciens, recourent les antisémites. Il en est un autre, tout
aussi honteux : la comparaison. Il y a bien longtemps que Claude Lanzmann a expliqué
que la destruction des juifs d’Europe est un fait unique, ineffable, qui ne peut s’expliquer,
et encore moins se comparer à quoi que ce soit. Les contrevenants sont accusés
d’antisémitisme, voire de négationnisme. Par extension, toute référence à la Seconde
Guerre mondiale et à l’Occupation pour parler du temps présent est criminelle. L’un
d’entre nous encore (EH) avait écrit : « Quand un groupe armé détruit un fortin israélien à
Rafah, qualifier cet acte d’attaque terroriste (France 2) ou d’attentat (France 3), c’est
reprendre les termes qu’utilisait contre la Résistance le regretté Philippe Henriot,
secrétaire d’État à l’information du gouvernement de Vichy, abattu par un corps franc en
avril 194411. » Nicolas Weill, toujours aux aguets, s’interroge immédiatement : « On se
demande qui joue dans son univers mental le rôle de l’occupant nazi » (Le Monde, 15 avril
2006). Par l’un de ces sauts périlleux dont les inquisiteurs modernes sont coutumiers,
expliquer que le terroriste de l’un est généralement le résistant de l’autre, c’est assimiler
l’armée israélienne à la Wehrmacht et relève donc clairement de l’antisémitisme.
Tous ces procédés, si tirés par les cheveux qu’ils soient, finissent par former une
rhétorique d’intimidation dont le seul but est de coller sur des adversaires l’étiquette
« antisémite », avec l’idée qu’une fois appliquée, on ne pourra pas plus s’en défaire que le
capitaine Haddock de son célèbre sparadrap.

NOTES
8 Bernard-Henri Lévy, Récidives, Paris, Grasset, 2004, p. 873. Souligné par nous.
9 Alain Badiou, De quoi Sarkozy est-il le nom ? Paris, éditions Lignes, 2006.
10 in « La république des livres », 28 novembre 2007.
11 Eric Hazan, LQR, la propagande du quotidien, Paris, Raisons d’agir, 2006, p. 39.

4. Les nouveaux inquisiteurs

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