Grenouille ou crapaud ?


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Étonnamment, il y en a qui ne font pas de différence entre les grenouilles et les crapauds. Bien que se ressemblant d’aspect, puisqu’appartenant tous deux à cette même famille de batraciens, il n’est pourtant pas compliqué de les distinguer : Autant la grenouille est mignonne, active et fringante, autant le crapaud est laid, paresseux et lourdingue. Et lourdingue, c’est justement le mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ceux qui fourrent délibérément tous les Musulmans dans le même sac – qu’ils soient pratiquants ou pas – en se foutant du « pas d’amalgame » comme de leur première chemise.
Rassurez-vous, je ne vais pas m’y mettre moi-aussi à m’insurger contre les agressions anti-islamiques croissantes et à m’adonner aux pleurnicheries de circonstance à l’instar des amateurs du genre. Je me contenterai uniquement ici de recadrer ceux qui incriminent ma religion, qui est malencontreusement aussi celle des aïeux de certains « malfaisants ». Pas question non plus de contredire quiconque sur les nuisances occasionnées par les « racailles islamisées » comme ils les qualifient. Je les rejoindrai même, avec retenue néanmoins, pour déplorer et condamner tout agissement néfaste. Bien que rejoignant leurs conclusions sur certains points, je préciserai, sait-on jamais, que je ne partage pas le moins du monde les idées d’exclusion exprimées par les nationalistes et l’extrême droite.
En ce qui concerne les Musulmans, il y a ceux qui sont dignes de ce nom et les contrefaçons. Une contrefaçon, même lorsqu’elle ressemble fortement à l’authentique, reste irrémédiablement une contrefaçon ; si elle parvient à abuser les gens du commun, les connaisseurs ne s’y trompent pas. Alors quand un Musulman pratiquant (le connaisseur, donc) affirme que ses convictions sont contraires à celles des contrefaçons, pourquoi d’aucuns (les gens du commun) mettent-ils systématiquement sa parole en doute en le qualifiant implicitement voire ouvertement de menteur ou d’hypocrite ? Pourquoi s’acharnent-ils à interpréter négativement des versets du Coran et des Hadiths du Prophète (ص) équivoques – quand ils ne les forgent pas carrément – alors que la majorité des Textes Saints de l’Islam sont positifs, et alors que la majorité des Musulmans les expriment d’une tout autre façon ?
Force est de constater que, la plupart du temps, les indignations des détracteurs de l’Islam et des Musulmans sont plus à caractère ségrégationniste que philanthropique. La défense des droits de l’homme, de la femme ou des animaux est de plus en plus souvent prétexte à des règlements de comptes idéologiques. Comme les lois locales condamnent les outrages aux races et aux communautés religieuses, tout en permettant le blasphème, il reste possible d’offenser indirectement celles-ci en dénigrant leur religion. D’où les caricatures provocatrices, les attaques contre le Prophète de l’Islam (ص) et ses enseignements (volontairement déformés) et le dessein de faire proclamer caducs par les Autorités Musulmanes certains versets du Coran et certaines Traditions prophétiques. En vérité, en les tronquant ou en les citant hors contexte, les dénigreurs font dire aux Saintes Ecritures Islamiques le contraire de ce que son message global enseigne.
En réalité, il en est qui ne digèrent pas d’avoir dû quitter précipitamment des bleds dont ils s’étaient rendus maîtres – comme les « pieds noirs » –, d’autres qui n’admettent pas qu’on désapprouve leur mode de vie y compris leurs déviances, et enfin ceux qui ne souffrent pas qu’on critique la politique (militaire) de l’intouchable Etat d’Israël. Résultat : au moindre méfait commis par un nom à consonance musulmane, « grand remplacement », « racisme anti-blanc » et « antisémitisme » sont de sortie, à tort et à travers. Les complotistes iront jusqu’à qualifier la « terrorislamisation » de certains faits divers de diversions, destinées à relativiser les frasques des ex-victimes de pogroms, qu’elles soient juives, coptes, arméniennes ou rapatriées des colonies. Faut-il préciser qu’en exprimant impudemment et imprudemment de telles opinions, ils ne peuvent non seulement bénéficier des complaisances de la liberté d’expression mais s’exposent aux condamnations pénales prévues par les lois mémorielles.
On ne peut blâmer les peuples qui ont été injustement traités, voire massacrés, de susciter et d’entretenir à satiété des rancunes et autres « devoirs de mémoire » censés les prémunir contre toute récidive. On ne peut que s’associer à leurs légitimes indignations pour condamner les actes antisémites et anti-occidentaux, mais il est néanmoins des récriminations et des exigences qui sont exagérées. Les Musulmans accepteront sans problème de condamner l’interprétation erronée d’un Texte Sacré incitant à la discrimination ou au meurtre, en l’annotant en marge si nécessaire, mais estiment qu’aucune créature, fût-elle humaine, n’aura jamais autorité pour abroger la parole du Créateur de toutes choses. Alors, il ne faudrait pas se tromper d’ennemi en traitant les gentilles « grenouilles » et leur habitus comme de vulgaires « crapauds ».

MARABOUTS & KHOUAN ÉTUDE SUR L’ISLAM EN ALGÉRIE


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Ouvrage: Marabouts et Khouan Étude sur l’Islam en Algérie

Auteur: Rinn Louis

Année: 1884

 

 

PRÉFACE
Depuis une cinquantaine d’années, les puissances
occidentales de l’Europe ont fait de grands efforts pour
entraîner le Vieil Orient dans le courant de la civilisation
moderne. Les résultats obtenus ne sont pas considérables
; et cependant, les quelques progrès réalisés ont suffi pour
émouvoir profondément les chefs religieux de l’Islam, qui,
par conviction comme par intérêt, sont, opposés à ces tendances
et à ces réformes.
Pour combattre ce qu’ils regardent comme un danger,
ils ont, non sans succès, cherché à exalter le sentiment religieux
et à resserrer les liens spirituels qui unissent tous
les disciples du Prophète. Leur résistance, d’abord timide
et maladroite, s’est peu à peu organisée et développée, dans
tous les pays musulmans. Aujourd’hui, elle a réussi à déterminer
un mouvement panislamique qui, s’étendant des îles
de la Sonde à l’Atlantique, constitue un véritable danger
pour tous les peuples européens ayant des intérêts en Afrique
ou en Asie.
Ce panislamisme a surtout, comme force et comme
moyens d’action, les nombreuses congrégations et associations

religieuses qui, depuis le commencement du siècle,
ont pris partout un énorme développement et exercent une
grande infl uence sur les masses.
Sous prétexte d’apostolat, de charité, de pèlerinages
et de discipline monacale, les innombrables agents de ces
congrégations parcourent ce monde de l’Islam, qui n’a ni
frontières ni patrie, et ils mettent en relations permanentes
La Mecque, Djerboub, Stamboul ou Bar’dad avec Fez,
Tinbouktou, Alger, Le Caire, Khartoum, Zanzibar, Calcutta
ou Java. Protées aux mille formes, tour à tour négociants,
prédicateurs, étudiants, médecins, ouvriers, mendiants,
charmeurs, saltimbanques, fous simulés ou illuminés inconscients
de leur mission, ces voyageurs sont, toujours et
partout, bien accueillis par les Fidèles et effi cacement protégés,
par eux, contre les investigations soupçonneuses des
gouvernements réguliers.
Comme nation souveraine, suzeraine et limitrophe de
peuples musulmans, la France a un intérêt politique considérable
à être bien fi xée sur le nombre de ces Ordres religieux,
sur leurs doctrines, leurs tendances, leurs foyers de
propagande, leurs rayons d’action, leurs modes de recrutement,
leurs organisations, etc.
Tous ces renseignements ne sont pas faciles à se procurer.
Si les statuts des Ordres religieux ne sont pas absolument
tenus secrets, ils sont, du moins, mis, le plus possible,
à l’abri des regards des Européens. On ne nous en montre
guère que la partie connue de la masse des Khouan ou consignée
dans des livres de doctrines, tombés, en quelque
sorte, dans le domaine public des lettrés musulmans ; et
c’est encore une chose délicate et diffi cile que d’en avoir de
bonnes copies !
Aussi, même en Algérie, cette question des Ordres religieux

n’est pas connue comme il serait nécessaire qu’elle
le fût pour la bonne surveillance du pays. Les quelques publications,
qui ont été faites, en français, sur cette matière,
sont très rares, déjà anciennes, ou perdues dans des recueils
volumineux; la plupart ne se trouvent plus en librairie(1).
Nous pensons donc avoir fait oeuvre utile en offrant
aux lecteurs un exposé aussi impartial et aussi explicite que
possible de la situation de l’Islam en Algérie. Sans doute, il
est regrettable que cet exposé se borne à notre France transméditerranéenne,
alors que dans l’islam tout se tient, tout
est connexe, sans distinction de pays. Mais, tel qu’il est, et
malgré ses lacunes forcées ou ses imperfections involontaires,
ce livre facilitera toujours, dans une certaine mesure,
les recherches et études des travailleurs, comme aussi il
fournira des indications précieuses à tous les agents français
qui, à un titre quelconque, en Algérie ou a l’Étranger,
ont la délicate et diffi cile mission de surveiller les agissements
religieux ou politiques des Musulmans.
____________________
(l) Les meilleurs sont : Les Khouan, par le capitaine De Neveu, Paris,
1846. — Les Khouan, par M. BROSSELARD, Alger, 1862. — Ces deux
ouvrages n’existent plus en librairie. — Citons aussi les chapitres XXI,
XXII, XXIII du tome 2 de La Kabylie et les coutumes kabyles, par HANOTEAU
et LETOURNEUX, Paris, 1973.


Grâce à la haute bienveillance de M. le Gouverneur
général TIRMAN, à qui nous sommes heureux d’offrir ici
l’expression de notre respectueuse gratitude, nous avons eu
toutes les facilités désirables pour puiser nos informations
aux sources les plus autorisées ; nos relations personnelles
avec quelques notabilités religieuses, telles que SI AHMED
TEDJINI, CHEIKH EL-MISSOUM, ALI BEN OTSMAN,
nous ont permis de vérifi er et de compléter ces informations.
Plusieurs de nos camarades du Service des Affaires indigènes
et du Corps des Interprètes militaires ont bien voulu
nous prêter leur concours empressé ; parmi eux, nous avons
tout particulièrement à remercier M. le capitaine BISSUEL,
qui a été chargé d’établir la carte jointe à ce volume, et MM.
les interprètes ARNAUD et COLAS, qui ont consacré de
longues heures à des traductions ardues et hérissées de difficultés.

 

 

CHAPITRE PREMIER
DOCTRINE POLITIQUE DE L’ISLAM

Lorsque, sans parti pris ni passion, on regarde autour de
soi en pays musulman, qu’on interroge l’histoire ou qu’on
étudie les livres des docteurs de l’Islam, on s’aperçoit bien
vite que le caractère dominant de la religion musulmane n’est
ni l’intolérance, ni le fanatisme.
Ce qui domine et déborde dans l’oeuvre de Mohammed,
c’est l’idée théocratique, et ce qui frappe chez ses adeptes,
c’est l’ardeur des convictions religieuses. Tous les Musulmans,
sans exception, ont cette foi robuste qui n’admet ni
compromis ni raisonnement, et qui, naïvement, se complaît
dans son « credo quia absurdum. »

Dans ses origines, comme dans son essence, la société
musulmane a toujours été et est restée foncièrement théocratique.
Ses premiers souverains n’étaient ni princes, ni rois, ni
chefs, ni juges, ils étaient prêtres, et eux-mêmes se nommaient
« pontifes et vicaires du Prophète. »
Les guerres qui, après la mort de Mohammed, divisèrent
et ensanglantèrent l’Islam pendant plusieurs siècles, curent
surtout pour objectif l’Imamat, c’est-à-dire le sacerdoce universel.
La plupart des fondateurs des dynasties musulmanes
du Mar’reb furent des personnages religieux avant d’être des
personnages politiques ; et, devenus souverains, ils se donnèrent
comme pontifes et successeurs du Prophète. Car Mohammed
lui-même n’avait fondé sa puissance temporelle qu’en
raison de la mission, qu’il disait avoir reçue du ciel, de ramener
les hommes au culte des anciens patriarches et à l’unité de
Dieu.
A travers les siècles, planant au-dessus de toutes les révolutions
politiques et de tous les progrès de la science ou de
la civilisation, l’idée théocratique est restée la clef de voûte de
l’édifice de l’Islam. Et, telle cette idée s’affirmait, en 681, lors
de l’assassinat d’Ali, chez les premiers puritains Ouahbites(1),
telle elle s’affirme encore aujourd’ hui, en plein XIXe siècle,
non seulement dans les doctrines mystiques des Senoussya et
autres ordres religieux, mais même dans tout l’enseignement
officiel, normal et orthodoxe des écoles publiques musulmanes.
Dans un livre, classique en Orient, et l’un des catéchismes
les plus autorisés et les plus en faveur chez les professeurs des
établissements où se donne l’instruction islamique, le « très
vénéré » imam Nedjem Ed-Din-Nassafi (mort à Bar’dad en
537-1142) résume, en 58 articles, les dogmes fondamentaux
____________________
(1) Voir chapitre XI.


de l’Islam, et s’exprime ainsi(1) :
« Les Musulmans doivent être gouvernés par un imam
qui ait le droit et l’autorité : de veiller à l’observation » des
préceptes de la loi, de faire exécuter les peines légales, de défendre
les frontières, de lever les armées, de percevoir les dîmes
fiscales, de réprimer les rebelles et les brigands, de célébrer
la prière publique du vendredi et les fêtes de Beyram, de
juger les citoyens, de vider les différends qui s’élèvent entre
les » sujets, d’admettre les preuves juridiques dans les causes
litigieuses, de marier les enfants mineurs de l’un et l’autre
sexe qui manquent de tuteurs naturels, de procéder enfin au
partage du butin légal. »
Tout l’Islamisme est renfermé dans ces quelques lignes,
qu’un des commentateurs les plus autorisés et les plus connus,
Sad-Ed-Din-Teftazani (mort à Boukhara en 808-1405)
précise et complète en ces termes :
« L’établissement d’un imam est un point canonique arrêté
et statué par les Fidèles du premier siècle de l’Islam. Ce
point, qui fait partie des règles apostoliques et qui intéresse,
d’une manière absolue, la loi et la doctrine, est basé sur cette
parole du Prophète : Celui qui meurt sans reconnaître l’autorité
et l’imam de l’époque, est censé mort dans l’ignorance,
c’est-à-dire dans l’Infidélité… Le peuple musulman doit donc
être gouverné par un imam. Cet imam doit être seul, unique;
son autorité doit être absolue; elle doit tout embrasser ;
tous doivent s’y soumettre et la respecter ; nulle ville, nulle
contrée ne peut en reconnaître aucun autre, parce qu’il en
____________________
(1) C’est l’article ou le chapitre 33. Voir, dans l’excellent ouvrage du
chevalier de Mouradja d’Ohssou, Tableau de lempire ottoman, l’exposé et le
développement de ces 58 dogmes fondamentaux.


résulterait des troubles qui compromettraient et la religion et
l’État ; et, quand même une autre autorité indépendante serait
à l’avantage temporel de cette ville, de cette contrée, elle
n’en serait pas moins illégitime et contraire à l’esprit et au
bien de la religion, qui est le point le plus essentiel et le plus
important de l’administration des imams. »
A quelques variantes près, dans les détails, tous les anciens
docteurs musulmans reconnaissent et professent ces doctrines.
Le Coran n’a-t-il pas dit :(1) Soyez soumis à Dieu, au
Prophète et à celui d’entre vous qui exerce l’autorité suprême.
Portez vos différends devant Dieu et devant l’Apôtre, si « vous
croyez en Dieu et au jugement dernier. Ceci est le mieux. »
Et Mohammed a précisé dans ses hadits, en disant : « Celui
qui meurt sans reconnaître l’autorité de l’imam de son temps
meurt dans l’ignorance, c’est-à-dire dans l’Infidélité. »
Le Coran reste donc, en réalité, la seule loi légitime aux
yeux des Musulmans ; il renferme la loi politique, la loi civile
et la loi criminelle; il est l’enseignement par excellence ; il
suffit à tout, et dirige tout.
On comprend facilement les difficultés qu’un pareil
état de choses peut opposer à notre action gouvernementale
en Algérie. On s’explique aussi comment, avec la meilleure
volonté de ne pas heurter les sentiments religieux des Musulmans,
nous ne pouvons pas réaliser un progrès ni inaugurer
une réforme, sans nous attirer les malédictions des vrais
Croyants assez instruits pour connaître l’esprit et les dogmes
de leur religion.
Heureusement pour nous, les gens réellement instruits,
même en matière religieuse, sont rares en Algérie ; la masse
des Musulmans ne connaît guère que les pratiques d’une dévotion
étroite, limitée aux prières quotidiennes et à l’observance
___________________
(1) Chapitre IV, verset 62.


d’usages traditionnels que nos réformes n’atteignent pas directement.
Puis, la masse de la population est plutôt berbère
qu’arabe ; elle n’est pas insensible à la satisfaction de ses intérêts
matériels, et elle a déjà répudié une partie de la loi islamique,
pour la remplacer par des kanoun ou coutumes, qui se
rapprochent plus ou moins des nôtres.
Nous avons donc pu, sans user de procédés violents, et
sans nous créer des difficultés trop grandes, séparer, en Algérie,
trois choses ordinairement confondues dans tous les pays
musulmans : la justice, la religion et l’instruction.
La substitution de notre système pénal français aux répressions
prescrites par le Coran s’est faite, presque au lendemain
de la conquête (vers 1842), sans soulever d’objection
: c’était un progrès réel et un grand adoucissement à ce que
subissaient les Algériens sous le joug des Turcs. Quant à la
juridiction civile, elle a été laissée à des magistrats musulmans,
appliquant la loi islamique, sous certaines réserves qui
ne sont pas toujours subies sans froissement par les lettrés
musulmans, et qui sont sourdement exploitées, contre nous,
par les personnalités religieuses.
En matière d’instruction, tous nos efforts, depuis 1830,
ont eu pour objet de réduire l’enseignement coranique et d’y
substituer, progressivement, un enseignement plus rationnel,
plus pratique et, surtout, plus français. Bien que ces efforts
n’aient pas toujours obtenu les résultats que nous espérions, ils
ont suffi pour nous aliéner la grande masse des lettrés et marabouts
musulmans qui avaient, avant notre arrivée, la direction
exclusive des établissements d’instruction, et qui ont préféré
s’abstenir, ou s’éloigner, plutôt que de subir notre contrôle et
de modifi er leur enseignement dans un sens libéral et laïque.
Quoi qu’il en soit, d’ailleurs, la séparation que nous
avons cherché à réaliser, est aujourd’hui assez marquée, pour
que la question de l’instruction publique musulmane soit

tout à fait distincte de la question religieuse proprement dite,
la seule que nous ayons ici l’intention d’examiner.
Laissant donc de côté ces deux questions, malgré leur
connexité trop réelle, nous pouvons dire qu’en Algérie, l’action
religieuse musulmane est exercée par trois catégories
d’individus qu’il est important de ne pas confondre.

La première catégorie comprend le clergé musulman,
investi et salarié au même titre que celui des autres cultes reconnus
par les lois françaises.

La seconde catégorie se compose des marabouts locaux,
religieux libres, exerçant les devoirs du sacerdoce ou de l’enseignement
islamique, sans attaches offi cielles ni salaire, et
dans des édifi ces leur appartenant, ou construits et entretenus
par la piété des fi dèles (zaouïa, mammera, djamâ, mesdjed,
kobba, etc.).

La troisième et dernière catégorie comprend les ordres
religieux congréganistes (ou khouan).
Ces trois catégories sont presque toujours absolument
distinctes et séparées. Cependant, on rencontre quelquefois,
parmi les membres du clergé investi et parmi les religieux libres,
des individus et même des groupes affi liés à des sociétés.
religieuses, exactement comme on voit chez nous, soit dans
les clergés paroissiaux, soit dans la société laïque, des membres
isolés de certains ordres religieux ou confréries laïques,
subissant la direction spirituelle de congrégations appartenant
au clergé régulier.

CHAPITRE II
CLERGÉ INVESTI ET SALARIÉ
(MOFTI ET IMAM)

suite… PDF

Complètement marteau !


par integritydyl

Ça devient complètement délirant ces attentats que d’aucuns s’obstinent à qualifier d’islamistes. Après les mini-agressions à la ceinture de pétards mouillés, à l’arme blanche ou à la voiture bélier perpétrés au sein des pays de la coalition anti-DAECH, les bricoleurs étiquetés terroristes en sont maintenant réduits à recourir à leurs boites à outils. Depuis qu’un frappadingue en est venu à utiliser un marteau pour agresser des militaires en faction devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, on s’attend à ce que de futurs attentats s’opèrent au « tourne-vice » ou à la « scie à mytho ».
Et que dire des revendications « terroristes » de ces forfaits, tirées par les poils de barbe puisque récupérées à postériori voire posthume sur ces « soldats déchus » dont l’enrôlement chez DAECH ou ses semblables est loin d’être établi. Les attaques suicidaires exécutées en Occident, accomplies de façon rudimentaire par des délinquants primaires ou des détraqués qui se sont téléguidés tous seuls sur Internet, sont loin d’avoir l’envergure des attentats de masse commis continuellement dans les pays dits musulmans, dont tout le monde se fout royalement tant que les compatriotes ne sont pas touchés. Alors quitte à tout islamiser à tort et à travers, pourquoi pas aussi les accidents de circulation et les crimes passionnels, et jusqu’aux attaques de requins, en particulier celles des requins-marteaux !
Néanmoins, le comique de répétition a des limites. A force de se sentir menacé par des drames réitérés, le petit peuple va finir par se fâcher tout rouge. Et avec le peu de discernement qui qualifie les gens ordinaires, il faut s’attendre à ce que les bons payent pour les mauvais. À croire que c’est le but recherché puisqu’il y en a de moins en moins pour distinguer entre les agressions improvisées de déséquilibrés « musulmans » – qui ne sont pas moins dramatiques, déplorons-le – et les attentats suicides soigneusement préparés par des soldats aguerris. S’il n’est pas mis un terme rapide et définitif à cette succession d’actes inconséquents, par du renseignement approprié et non à l’aveuglette comme c’est le cas actuellement, ceux-ci vont immanquablement déclencher des haines et des vendettas incurables. Tout le monde a donc intérêt à y mettre du sien pour empêcher que la méfiance et l’animosité réciproques se banalisent et deviennent irréversibles. Le raisonnement est simpliste et assez égoïste mais, assez logiquement, qui raffole des problèmes ? Et qui déteste qu’on le laisse tranquille ?
Les Musulmans en ont marre d’être suspectés et ostracisés rien que parce qu’ils sont Musulmans. Ils passent de plus en plus de temps à se justifier, à « marteler » qu’ils se démarquent des exaltés qui surgissent périodiquement et à condamner les sauvageries qu’on leur impute injustement à eux, mais rien n’y fait. A tel point que, pour démontrer leur bonne foi, de nombreux Imams ont décidé de refuser d’accomplir les offices religieux préalables aux inhumations pour les auteurs d’actes criminels. Est-ce que ça contribuera à dissuader les forcenés de pourrir l’actualité et améliorera la réputation de leurs coreligionnaires ? Rien n’est moins sûr tant « les préjugés ont la vie dure ». En attendant, en cette période d’élections, les plus démagos ne se gênent pas pour exploiter l’animosité antimusulmane grandissante en faisant de l’islamophobie larvée leur argument électoral principal.
La violence criminelle de la part de soi-disant Musulmans est totalement incompréhensible puisque l’Islam, comme n’importe quelle religion et n’importe quelle loi humaine, considère que les meurtres sont injustifiables.[1] Pour accomplir de telles atrocités, inhumaines et injustifiables religieusement parlant, et encourir de ce fait les châtiments de ce monde et de l’au-delà, ces énergumènes prétendument croyants doivent donc être soit complètement ignorants soit complètement cinglés. On ne sait même plus comment leur faire comprendre à ceux-là et on se demande si, en définitive, il ne faut pas leur enfoncer de force la gentillesse dans le crâne, et à coups de marteau peut-être bien !
[1] « Et, sauf en droit, ne tuez personne que DIEU ait interdit. Quiconque est tué injustement, alors nous donnons autorité à son représentant ; – que celui-ci ne commette donc pas d’excès dans le meurtre ! – Oui, il sera secouru. » (Coran 17 :33). « Celui qui frappera un homme mortellement sera puni de mort. » (Deutéronome 19 :6,12 – 21 :12 – Nombres 35 :12-19 et Josué 20 :3). « C’est pourquoi Nous avons prescrit sur les Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne, -à moins qu’en échange d’une autre ou à cause d’un désordre commis sur la terre -… rien d’autre, alors : c’est comme s’il avait tué tous les gens ensemble. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les gens ensemble. » (Coran 5 :32). Quiconque intentionnellement tue un croyant, sa récompense alors est la Géhenne, d’y demeurer éternellement. Et sur lui la colère de DIEU, ainsi que Sa malédiction, tandis qu’IL lui a préparé un énorme châtiment. » (Coran 4 :93).

Ils vont nous pourrir le Ramadan !


par integritydyl

À croire que cette année ils se sont donnés le mot pour nous pourrir le Ramadan. Cinq jours avant de commencer à jeûner le mois sacré, au Royaume-Uni cette fois, un « terroriste musulman » a eu le mauvais goût de se faire exploser publiquement au sortir du concert d’une « idole » contemporaine de pop music. Ses malheureux coreligionnaires, et moi, et moi, et moi, se seraient bien passés d’être rappelés au bon souvenir de ceux qui ne peuvent déjà pas les blairer épidermiquement en vertu du « tous les Musulmans ne sont pas des terroristes mais tous les terroristes sont musulmans ». Comme tous ceux qui l’ont précédé dans ce type de délire  – et qui, martelons-le, ne pratiquaient l’Islam que le trente-deux du mois ou la semaine des quatre vendredis – il est passé à l’acte de façon autant inconséquente qu’ inutile. Mais peut-être que celui-là s’est pulvérisé parce qu’il ne pouvait tout simplement pas supporter l’idée d’avoir à se priver de bouffer pendant un mois. Sait-on jamais !
Plus sérieusement et inévitablement, c’est la Communauté musulmane, dont la bombe humaine est supposée être issue, qui va à nouveau subir le contrecoup de son geste insensé. À commencer par les réactions haineuses des anti-Islam et consorts, dont le nombre croît de façon exponentielle après de tels actes, lesquelles s’expriment désormais ouvertement sur les biens et les personnes. Et sans oublier les mesures démagogiques du Pouvoir, censées rassurer les concitoyens, à plus fortes raisons en période électorale, qui se doivent d’être à la hauteur des espérances de la vindicte populaire envers tous les adeptes de l’Islam sans exception : Prolongation et mutation de l’état d’urgence en extrême urgence, renforcement de la loi antiterroriste, multiplication des fichages « S », (ex)actions policières spectaculaires, fermetures de lieux de culte salafisto-compatibles et assignations ou incarcérations des boucs émissaires les plus récalcitrants. Et tout ce pataquès sans obligation ni garantie de résultat puisque, tout le monde en convient, le risque zéro n’existe pas.
La coercition et la pression sociale n’engendrant que de l’hypocrisie, durant le mois de Ramadan les Croyants doivent rechercher volontairement les avantages physiques et spirituels du jeûne par un contrôle accentué du comportement,[1] par une augmentation des bonnes actions et un abandon total des mauvaises, par une maîtrise des pulsions et par une prise de conscience de la condition des plus défavorisés. Il est déplorable que certains Musulmans flemmardent la journée pour mieux supporter la privation et s’adonnent le soir à des ripailles et des réjouissances retentissantes[2], d’autant plus que leurs détracteurs examinent minutieusement leurs actions et ne voient dans les allègements de tâches et les aménagements de temps de travail « ramadaniques » que baisse de productivité si ce n’est danger. N’étant pas à une contradiction près, d’un côté ils minimisent la pénibilité d’un jeûne diurne qu’ils estiment  – sans jamais l’avoir expérimenté – largement compensé par des festins nocturnes, et de l’autre, ils dénoncent les graves conséquences de la privation de nourriture sur la santé, sur l’absentéisme ou la productivité, voire sur les accidents du travail et de de la circulation.
Néanmoins, n’éludons pas hypocritement les petites bisbilles annuelles de détermination de début et de fin de Ramadan où tout un chacun expose son argumentation pour prouver qu’il a la plus grosse. Les plus fondamentalistes (par conviction ou par esprit de contrariété pour certains) donneront leur préférence à une vision claire de la lune[3] (comme mon ami Pierrot[4]) et ne la calculeront pas outre mesure. Par opposition, pour les plus progressistes (par modernisme voire par mimétisme occidental), la définition mathématique doit théoriquement prévaloir sur la détermination physique. Mais, en réalité, immanquablement, l’incompétence et la paresse prennent chaque année le pas sur les affrontements juridiques et les beaux discours ; en effet,  les « décisionnaires » de la nuit du doute ne font que calquer leur décision sur celle du pays musulman de leur choix ayant déclaré officiellement sa vision du croissant de la nouvelle lune. Je n’en dirais pas plus, pour ne pas vous pourrir le Ramadan.
[1] « Celui qui ne renonce pas à dire des mensonges, ni à pratiquer des faussetés, DIEU n’a nul besoin qu’il s’abstienne de boire ou de manger. » (Boukhary 30/8/1 – 78/51/1) « Le jeûne est un refuge (contre l’Enfer). Aussi, lorsque l’un de vous est en état de jeûne, qu’il s’abstienne de se comporter avec grossièreté et ignorance, et si quelqu’un l’agresse ou l’insulte, qu’il dise :  » Je suis en état de jeûne « , en répétant cela deux fois.» (Boukhary 30/2,9/1 – 97/35/2 – 97/50/3). «Et mangez et buvez; mais pas d’excès ! IL (Allah) n’ aime pas les excessifs. » (Coran 7 :31).
[2] D’où l’expression populaire « faire du ramdam ».
[3] « Ne jeûnez pas avant d’avoir vu le croissant de lune et ne rompez pas avant de l’avoir vu. S’il y a des nuages faites une supputation. Le mois a vingt-neuf nuits. Ne rompez pas le jeûne avant d’avoir vu le croissant de la lune. S’il y a des nuages, achevez le nombre de trente (jours). » (Boukhary 30/5/3, 30/11/1-4).
[4] https://lc.cx/iuNE

La Mecque aujourd’hui, à part la Kaâba, est une copie de Houston


lelibrepenseur.org

Pour l’islamologue Ziauddin Sardar, la maladie de l’islam a un nom : Arabie Saoudite. Dans un éblouissant ouvrage sur La Mecque, il raconte comment les Saoudiens ont détruit la ville sainte pour la transformer en un temple de la consommation pour une clientèle riche jusqu’à l’obscénité.

– Ecrire sur La Mecque, c’est facile ?

Non ! C’était un processus très complexe. Il me fallait fournir un récit juste, distancié et le plus objectif possible, d’autant plus parce que je suis musulman. Il fallait être aussi sceptique, critique. Il me fallait surtout dissocier l’image de La Mecque, cité des hommes, ville banale, et celle de La Mecque du hadj, le pèlerinage, l’un des rituels les plus sacrés de l’islam. Résultat : j’ai passé des années sur ce livre. C’est l’œuvre d’une vie.
– Sur quelles sources vous êtes-vous appuyé ?
Elles ont constitué mon plus gros problème, car il n’existe quasiment pas d’archives, très peu de documents. La seule littérature se concentre en quelques livres sur le rituel du hadj, des récits poétiques et des bouquins sur la nature environnante. Les ouvrages sur son histoire et son développement sont extrêmement rares.
– Comment avez-vous fait ?
J’ai fait une enquête de terrain, mené des recherches pendant plusieurs années. J’ai récolté des données, tenu un carnet de notes lors de mes voyages. J’ai été à la fois observateur et participant.
– Vous rappelez que La Mecque n’a pas toujours été cette ville si importante pour les musulmans…
La plupart des musulmans croient qu’elle a été depuis toujours un lieu déterminant dans l’histoire de l’islam. En fait, elle n’a jamais été un élément central de l’histoire de la civilisation musulmane ni le centre du pouvoir d’aucune société musulmane, pas même celui du Prophète Mohamed. Le Califat omeyyade (661-750) a établi sa capitale à Damas, le Califat abbasside (749-1258), lui, a choisi Baghdad, avant que le centre de gravité ne se déplace vers Istanbul à l’ère de l’Empire ottoman (1299-1922). D’autres villes majeures de la civilisation musulmane comme Samarcande, Le Caire, Fès, Cordoue ou Tombouctou ont, elles, connu grandeur et décadence.
– Comment La Mecque a-t-elle pris cette place à part ?
Elle est idéalisée, presque idolâtrée en raison de la présence de la Kaâba, cette construction cubique que les musulmans considèrent littéralement comme la maison de Dieu. Sa force est symbolique. En plus, les musulmans romancent son histoire.
– Dans quel sens ?
La Mecque est une ville où le rituel est roi, mais où l’éthique est absente. Rien n’y est plus commun que le racisme, la bigoterie et la maltraitance. J’ai pu constater à maintes reprises que les services de renseignement et la Garde saoudienne se montraient volontiers agressifs et hostiles envers les musulmans. Si un visiteur ou un travailleur étranger est arrêté pour une raison ou une autre, il sera torturé, et ce, qu’il soit coupable ou innocent. L’un des spectacles les plus prisés de la ville ce sont les exécutions du vendredi, (au moins 153 en 2015, selon Amnesty International, ndlr) encore entourées d’un voile de mystère, où sont majoritairement décapités des travailleurs pauvres et marginalisés d’Asie ou d’Afrique
– Vous rappelez que beaucoup de sang a coulé dans ces lieux…
Son histoire est marquée par la violence et l’injustice, par les guerres des tribus et des clans. Plus la ville spirituelle s’est hissée au-dessus des contingences terrestres, plus elle s’est retrouvée déconnectée des difficultés et des réalités de l’existence humaine. Il y a autant de voleurs, de menteurs et d’escrocs à La Mecque qu’ailleurs dans le monde.
– Les Saoudiens, écrivez-vous, ont effacé l’histoire de La Mecque, rasé la cité…
Imaginez que le pape remplace la fresque de la chapelle Sixtine par une pub géante Gucci. Eh bien, si vous allez à La Mecque aujourd’hui, à part la Kaâba, vous verrez une copie de la ville américaine de Houston. D’ailleurs, les habitants appellent leur ville « Saoudi-Las Vegas ». N’y cherchez pas les traces de la naissance de l’islam, de son développement, les plus anciennes mosquées, les vieilles habitations… Elles n’existent tout simplement plus. Tout a été offert aux bulldozers, tout a été détruit. Même le Haram, la mosquée sacrée, a été défigurée par des travaux d’élargissement qui ont englouti l’histoire. Le passé des Omeyyades, des Abbassides, des Ottomans a été rasé pour laisser la place à des tonnes de béton armé.
– Rien n’a été déplacé pour être préservé ?
Non. Absolument rien. La maison de Khadidja, la femme du Prophète, a été rasée. Les demeures de la famille du Prophète et de ses premiers fidèles ont également été rasées. Même les collines ont été creusées pour ériger des tours en béton. Le plus fou, c’est que le Coran décrit la ville de La Mecque comme la cité des vallons. Mais aujourd’hui, cette description ne correspond pas à la réalité. Il n’y a plus aucune colline, les bulldozers ont tout aplati.
– Selon les Saoudiens, c’est pour éviter de tomber dans l’adoration du Prophète et de ses proches qu’ils interdisent toute image ou objet du passé…
C’est un argument stupide. Les musulmans savent très bien faire la différence entre le respect du patrimoine et de la culture, d’une part, et l’adoration de Dieu de l’autre. Ils prient pour leur dieu, pas pour autre chose. Les Saoudiens se moquent des musulmans. Pourquoi effacer les traces du Prophète alors que les portraits à l’effigie du roi et des princes sont partout ? Ça, c’est un culte de la personnalité digne d’inquiétude. Les princes construisent des palaces extravagants, d’un kitsch ahurissant, alors que la maison d’Aïcha, l’épouse favorite de Mohamed, a longtemps servi de toilettes publiques !
– Vous décrivez La Mecque comme un supermarché géant. Est-ce que vous n’exagérez pas ?
Pas du tout ! La nouvelle religion des Saoudiens, c’est le shopping, et leurs nouvelles idoles, les marques de luxe. De Louis Vuitton à Rolex, tout est à vendre et à n’importe quelle heure. La ville s’est embourgeoisée, c’est une ville de riches, parfois plus chère que Londres ou New York. Le pèlerinage est une poule aux œufs d’or. Savez-vous qu’il coûte entre 5500 et 9000 euros par personne ? Avec la chute des prix du pétrole, les autorités comptent beaucoup sur son développement, comme une machine à fric qui pourra sauver le royaume de la banqueroute.
– Il y a aussi cette impresionnante tour, la Makkah Clock Royal Tower…
Une horreur ! Cette tour (de 601 mètres de haut, elle est la quatrième plus haute au monde. Elle fait partie d’un titanesque projet de construction de gratte-ciel incluant des centres commerciaux de luxe et des palaces, ndlr) fait paraître la Kaâba minuscule à ses côtés et se dresse bien au-dessus de la Mosquée sacrée. Mais il y a aussi le Raffles Makkah Palace ou encore le Makkah Hilton, érigé à l’endroit où se tenait la maison d’Abu Bakr, premier calife et plus proche compagnon du Prophète. D’ici dix ans, une muraille de 130 gratte-ciel viendra toiser la Mosquée sacrée. En Arabie Saoudite, le dieu c’est le béton. Une chose me trouble tout particulièrement : que si peu de musulmans semblent disposés à s’insurger envers cette politique du bulldozer. Ils ne devraient pas s’en prendre à ceux qui dessinent Mohamed et en font des caricatures, mais plutôt à ceux qui ont détruit et effacé la mémoire de leur religion.
– Comment ont-ils réagi à votre livre ?
Le royaume saoudien, très mal. Il a d’ailleurs tenté de stopper sa diffusion en Occident. Pour ma part, je suis interdit de séjour en Arabie Saoudite et je ne pourrai jamais remettre les pieds à La Mecque, moi qui y ai travaillé pendant cinq ans. Les autres pays du Golfe ont également banni le livre. Quant aux autres musulmans, ils préfèrent l’ignorer.
– Pourquoi ?
La crise que traverse actuellement le monde musulman, Daech, Al Qaîda, la guerre fratricide entre sunnites et chiites, les révoltes, le salafisme (courant sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines, ndlr), le djihad… Beaucoup de ces crises sont dues à l’influence des Saoudiens et à leur lecture intégriste, littéraliste de l’islam, par le biais du wahhabisme qui rejette toute divergence ou esprit critique. Ils ont réussi à en faire la vision dominante. Cette doctrine rigoriste, financée à coups de pétrodollars, estime qu’elle est la gardienne de la vérité, du vrai islam. Les Saoudiens sont persuadés que les autres musulmans sont perdus et les Occidentaux des mécréants. C’est, je le répète, une vision radicale, sectaire et violente, qui est celle de l’organisation de l’Etat islamique (EI).
– Vous comparez l’Arabie saoudite à l’Etat islamique ?
Les monstres de Daech ont été biberonnés aux idées wahhabites et salafistes saoudiennes. Ils partagent la même conception de l’histoire et de l’islam contemporain. Les Arabes nés dans la Péninsule arabique sont des « purs », les autres sont des soumis, à l’image des travailleurs immigrés, les Noirs des « esclaves », les Asiatiques des « serviteurs », et les Occidentaux de « méchants mécréants ». Voilà un discours aussi dangereux que le djihad déclaré de l’Etat islamique. L’EI est une version plus extrême du régime saoudien. Ce sont les deux faces d’une même pièce de monnaie, sauf que l’EI n’est pas reconnu par la communauté internationale.
– Quelle est la solution à ce malaise ?
Le remède est d’ouvrir les esprits, de remonter l’histoire de cette religion et surtout de se mettre à lire le Coran avec la raison et non pas avec la passion. Nous devons nous permettre d’être critiques. Nous interroger sur l’identité musulmane en refusant de réduire cette religion à un ensemble de rituels sacrés et d’interdits.

UNE MOSQUÉE EN FRANCE DEPUIS LE XIIe SIÈCLE :


histoireislamique.wordpress.com

File:Mosquée Buzancy.jpg
La Mosquée de Buzancy  Ardennes France 12e siècle.

Buzancy est une commune française, située dans le département des Ardennes en région Champagne-Ardenne.

« UNE MOSQUÉE EN FRANCE DEPUIS LE XIIe SIÈCLE »

LETTRE DE M JOUFFROY D’ESCHAVANNES A M.HECTOR HOREAU :

« Mon cher Horeau Lorsque vous fîtes paraître il ya peu de temps votre projet d’élever une mosquée à Paris projet que la Société Orientale a si bien accueilli je vous préviens qu’une mosquée existait déjà en France depuis le XII siècle et si vous parûtes désireux d’en connaître les détails ainsi que l’histoire de sa fondation. C’est pour répondre à votre désir que je vous adresse cette lettre en vous prévenant d’abord que le monument en question n’est guère connu aujourd’hui que des archéologues et que dans le pays même bien des gens ignorent sa première destination. On raconte qu’un seigneur de haut lignage Pierre d’Anglure originaire de Champagne ayant comme tant d’autres résolu d’aller défendre la croix en Terre Sainte parvint en Palestine et s’y fit un grand renom par ses nombreuses prouesses. Un jour étant tombé blessé dans une rencontre avec l’ennemi les Sarrazins (Musulmans)  l’emmenèrent prisonnier. Notre chevalier fut conduit devant le fameux Saladin (Salahudin al-Ayyoubi) sultan d’Egypte qui fit panser ses blessures et le traita avec des égards auxquels était loin de s’attendre un croisé qui se voyait entre les mains du Turk. Sa captivité fut longue mais enfin le sire d’Anglure qui s était fait bien venir du Sultan et lui avait donné maintes preuves de sa loyauté obtint sur sa parole de gentilhomme d’aller quérir sa rançon lui même Saladin qu’on avait surnommé Malek al Nasir c est à dire le Prince victorieux avait appris des nombreux prisonniers qu’il retenait auprès de lui les lois de la chevalerie française et bien fait pour les apprécier ce grand homme voulait les répandre dans ses Etats.

Doué d’une âme ardente et chevaleresque il donnait l’exemple de vertus inconnues jusqu’alors à ses sujets et les étonnait par une urbanité que les Orientaux eussent appelé de la faiblesse s’ils n’eussent connu le courage de leur sultan. Il ne quittait d’ailleurs le luxe et les plaisirs de sa cour que pour marcher à de nouveaux combats toujours couronnés de la victoire. Cette fois encore Saladin avait voulu montrer aux Francs que sa confiance à la parole donnée était sans bornes et il était curieux de s’assurer si les chevaliers chrétiens observaient scrupuleusement ces maximes de bonne foi et de délicatesse dont ils se targuaient si fort D’Anglure fut à peine arrivé dans ses foyers qu’il vendit une partie de son patrimoine après quoi il reprit le chemin de la résidence du Sultan suivi de son écuyer et de deux mulets qui portaient l’argent de son rachat.

Or il advint qu’en route plusieurs accidents faillirent priver le chevalier des richesses qu’il portait et ce ne fut qu à force de courage et de persévérance qu’il parvint au terme de son voyage non toutefois sans encombre car il y perdit un œil dans un combat qu’il dut livrer aux mécréants. Enfin il arriva à la cour du Sultan et s’empressa de déposer à ses pieds la rançon promise. A cette vue Saladin admirant la loyauté de ce vieux guerrier lui fit grand accueil. Puis il lui rendit sa rançon le combla de présents et le renvoya dans sa patrie.

Il y mit cependant des conditions c’est que rentré dans ses foyers il donnerait le nom de Saladin à tous ses descendants mâles remplacerait ses anciennes armoiries qui étaient d’or à la croix de sable par des grelots et des croissants et enfin construirait sur ses terres un temple en l’honneur (d’Allah et Son prophète)  Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui).

Les armes de Anglure se blasonnent ainsi : d’or semé de grelots d’argent soutenus chacun d’un croissant de gueules27.
Les armes de Anglure se blasonnent ainsi : « d’or semé de grelots d’argent soutenus chacun d’un croissant de gueules. »

Ces conditions furent religieusement exécutées et le sire d’Anglure rentré dans ses foyers éleva une mosquée qui probablement n’a jamais vu l’exercice du culte auquel elle était destinée.

Voilà mon cher Horeau l’histoire de ce monument maintenant je vous en dois une description.  Ne vous attendez pas à voir une merveille des Mille et une nuits le bon chevalier malgré la générosité du Sultan était pauvre et c’est tout au plus s’il eut de quoi tenir sa promesse.

Le bourg de Buzancy est situé dans le département des Ardennes sur la route de Vouziers à Stenay et à peu près à égale distance de ces deux localités. Au nord et sur la partie haute du bourg se trouve un bâtiment que les habitants du pays nomment le Mohammed c’est notre mosquée . Cet édifice construit en grosses pierres de taille est de forme carrée et maintenu par de larges éperons peu saillants On y voit encore sous le cordon de l’entablement un grand nombre de figures antiques ainsi que plusieurs caractères symboliques la porte tournée du côté de l’Orient est cintrée et ornée de colonnettes quant aux autres ouvertures elles sont certainement postérieures à la construction de l’édifice et consistent en trois baies irrégulières pratiquées sur chaque face dans les deux tiers de la hauteur. La couverture du monument est en forme de pyramide surbaissée et composée de dalles superposées les unes aux autres Jusqu à ces derniers temps la mosquée avait toujours été entretenue soit par les divers propriétaires qui se sont succédé jusqu’à la révolution soit par l édilité locale. Hélas il était réservé à des magistrats peu soucieux de l’histoire de toucher les premiers au monument élevé par la reconnaissance d’un chevalier français. L autorité locale a obtenu depuis quelques années l’autorisation d y faire les changements nécessaires pour y établir une école de l’un et l’autre sexe et vous pourrez voir de jeunes Giaours en sabots fouler les dalles du Mohammed.

Signé d’Eschavannes. » 

Voilà ce que dit  » Louis Paris »  dans « La Chronique de Champagne, Volume 4, p408-409 » :

« Puis arrivèrent les Croisades et des champenois qui y étaient allés soit avec le champenois Villehardoin historien de la cinquième Croisade soit avec le champenois Joinville historien de la dernière revinrent en Champagne tout teints des mœurs orientales convertis ou peu s’en fallait a l’Islam. Reconnaissants envers les Sarrasins qui les avaient bien traités ou même libérés de l’esclavage et sauvés de la mort ces champenois s’appelaient du nom de leur bienfaiteur comme ce Saladin d’Anglure près de Sézannes ou comme cet autre qui fit construire une mosquée célèbre aujourd’hui encore quoique ruinée près de Buzancy. Puis c’est l’histoire de Notre Dame de Liesse près de Laon histoire pleine de charmes un vrai conte oriental » ..

Adaptation Histoire Islamique

Bibliographie :

UNE MOSQUÉE EN FRANCE DEPUIS LE XIIe SIÈCLE  Lettre de M.Jouffroy d’Eschavannes à M.Hector Horeau

Depuis huit siècles ces chevaliers français s’appellent…Saladin : Extrait du journal Actuel/-Paris : Actuel, 1991.-p.175-180. – (Actuel ; 7/8, 1991)

http://www.al-kanz.org/2013/09/05/rue-mahomet/

Nouveau dictionnaire complet: géographique, statistique, topographique … Par Briand (de Verzé.),Warin-Thierr

Guide pittoresque du voyageur en France: contenant la statistique et la … Par Eusèbe Girault de Saint-Fargeau

La Chronique de Champagne, Volume 4  Par Louis Paris

L’Islam et les musulmans en France: une histoire de mosquées Par Mohammed Telhine

08240 Buzancy, France

Le Dr N. Allaham décrit l’invasion de Palestine par les Juifs


lelibrepenseur

Vidéo très intéressante qui rappelle quelques faits historiques reconnus par tous, mais ignorés par la multitude des dégénérés produits par l’école de la république. Dire qu’ils font passer les musulmans pour antisémites est le comble de la chutzpah la plus obscène de l’histoire récente.

Arabie Saoudite : Un royaume en plein désarroi, en pleine convulsion


René Naba

par René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIme siècle (Golias).

Photo: D.R.

Samedi 24 janvier 2015

Sur fond de désarroi et de désespérance, en pleine convulsion

Sixième Roi d’Arabie, Abdallah Ben Abdel Aziz, décédé jeudi à 90 ans des suites d’une lourde pathologie, laisse un Royaume en plein désarroi, en pleine convulsion, sur fond d’une guerre de succession entre les deux principaux clans de la dynastie wahhabite (le clan Sideiry et le clan Al shammar), sur fond d’une désespérance de sa jeunesse face aux taux élevé d’un  chômage persistant, à l’arrière plan d’un bras de fer énergétique avec les États Unis visant à assécher les petits producteurs de pétrole de schiste, alors que les deux pays qui ont longtemps fait office de sas de sécurité du royaume, le Yémen, dans la décennie 1960 contre Nasser et l’Irak, dans la décennie 1980 contre Saddam Hussein, échappe désormais au contrôle sunnite au bénéfice des chiites, les rivaux historiques des sunnites dont la dynastie se veut le fer de lance au niveau du Monde arabo-musulman.

Sans doute l’effet du hasard,  qui n’en est pas moins révélateur, l’annonce du décès du Roi a été annoncée, alors que le Yémen plongeait dans le chaos à la suite de la démission collective du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi de son gouvernement, sous les coups de butoir de la milice chiite Ansar Allah et que Riyad se hâtait de dresser un mur de 900 kilomètres à sa frontière avec l’Irak pour se protéger d’une invasion par les djihadistes de l’état islamique autoproclamé.

Abdallah est le monarque qui aura exercé le plus long règne au sein de la dynastie, d’abord en tant que prince héritier et chef de la garde nationale, régentant le royaume en suppléance de son frère Fahd atteint d’une lourde pathologie, (1995-12005), puis en tant que souverain (2005-2015), soit vingt ans. A l’instar de son prédécesseur, l’homme aura présidé aux destinées du Royaume, lourdement handicapé par la maladie (une double pontage coronarien, doublé de troubles dorsaux et d’un cancer au larynx), à une période charnière de l’histoire du Moyen Orient, marquée notamment par l’invasion américaine de l’Irak (2003) et la guerre de Syrie (2011), dix ans plus tard, deux pays se réclamant de l’idéologie laïque baasiste, dont la destruction, le premier l’Irak, a servi de matrice à  l’ossature militaire de l’état islamique et le second, la Syrie, à la prolifération du djihadisme dégénératif erratique.

La construction de la «Grande Muraille» saoudienne a été décidée pour se prémunir précisément du chaos que le Royaume, en partenariat avec les autres pétromonarchies et leurs alliés occidentaux du pacte atlantiste ont infligé aux deux pays se réclamant de l’idéologie laïque baasiste. Le mur se composerait d’un mur et d’un fossé destinés à protéger le royaume wahhabite des rebelles de l’organisation État islamique qui contrôlent «une grande partie de la zone du côté irakien de la frontière» et lorgnent «la conquête ultime de l’Arabie Saoudite, qui renferme les deux mosquées saintes de La Mecque et Médine, leur objectif essentiel.

Salman, nouveau représentant du clan Sideiry au sein du pouvoir

En application des prescriptions du Roi, Salman, représentant du clan Sideiry, lui a succédé à la tête du Royaume. Agé de 79 ans, prince héritier qu’il cumulait avec celui de ministre de la Défense, cet ancien gouverneur de la province de Riyad pendant 48 ans, un faucon dans la pure tradition wahhabite passe pour avoir supervisé la ventilation des «dons» privés versés tant aux moudjahidines afghans lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan, dans la décennie 1980, qu’aux prédicateurs salafistes lors de la guerre de Syrie, dans la décennie 2010.

Souffrant de déficience mémorielle, le terme d’Alzheimer a été prononcé, Salman sera secondé par le prince Moqren, ancien gouverneur de la province de Médine.

Ancien chef du renseignement saoudien et proche d’Abdallah, Moqren, le nouveau prince héritier, semble avoir pour tâche de déblayer la voie à la venue au pouvoir du premier roi de la troisième génération en la personne de Mout’eab Ibn Abdallah, 62 ans, le propre fils du roi défunt, déjà en place en sa qualité de chef de la garde nationale saoudienne, la garde prétorienne du régime composée de guerriers recrutés dans les tribus du Royaume.

Acteur-clé au Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut, le Roi Abdallah, prudent et prévoyant, a ainsi placé son fils aîné, Mout’eb au poste stratégique de deuxième vice-président du conseil, scellant l’ordre de succession au bénéfice de son fils, sans possibilité d’en modifier l‘ordre de succession. Son deuxième fils, Mecha’al, a été nommé gouverneur de la région de la Mecque, la capitale religieuse du royaume et son 3eme fils, Turki, gouverneur de Riyad, sa capitale politique et financière. La fratrie Abdallah conserve dans son giron la «Garde Nationale», traditionnelle contrepoids aux forces régulières.

Ultime cadeau d’un roi octogénaire en phase crépusculaire de son règne, le Roi Abdallah (88 ans) a couplé cette démarche en impulsant une refonte de l’archaïque système éducatif saoudien, si préjudiciable à l’image du Royaume, à l’image de l’Islam et à la stratégie de ses alliés du bloc atlantiste. Fait sans précédent dans les annales du Royaume, une dame, Haya Al Sahmary, a été nommée à une fonction d’autorité au sein de la haute administration saoudienne, à la direction de la formation, en tandem avec le Prince Khaled Ben Fayçal, le fils du défunt Roi Fayçal, au poste de ministre de l’éducation, avec à la clé un budget de plusieurs milliards de dollars pour mener à bien cette opération.

Dans la foulée, Abdallah a discrètement évacué de la scène publique, le Mufti As Cheikh, un authentique représentant de la fratrie de Mohamad Abdel Wahhab, le fondateur du Wahhabisme, au profit d’un dignitaire moins rigide.

Sous couvert de guerre contre le terrorisme, l’Arabie saoudite a par ailleurs opéré un rapprochement tangible avec Israël, criminalisant la confrérie des Frères Musulmans, renouant avec Mahmoud Abbas, dans une tentative de renflouement de la question palestinienne, la grande oubliée du «printemps arabe», en vue d’accompagner le règlement du conflit israélo-arabe selon un schéma américain conférant un statut minoré au futur état palestinien.

Au-delà des rivalités de voisinage et des conflits de préséance, la diabolisation des Frères Musulmans, la matrice originelle d’Al Qaida et de ses organisations dérivées, apparaît ainsi comme une grande opération de blanchissement des turpitudes saoudiennes et de dédouanement de la dynastie à son soutien à la nébuleuse du djihadisme erratique depuis son apparition dans la décennie 1980 lors de la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Un parrainage qui a valu à l’Irak d’assumer, par substitution, la fonction de victime sacrificielle d’un jeu de billard à trois bandes, en 2003, en compensation au châtiment de l’Arabe saoudite pour sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine.

Soldant sans état d’âme l’ère Bandar, l’ancien patron de la nébuleuse islamiste, la dynastie wahhabite pense avoir signifier aux rivaux du Royaume, dans l’ordre subliminal, sur fond de  négociations irano américaines sur le nucléaire iranien, la permanence et la solidité du Pacte de Quincy, en dépit des fritures dans les relations entre le meilleur allié des États Unis dans le Monde arabe et le protecteur d’Israël; en dépit des tentatives de rapprochement des États-Unis avec l’Iran, l’ancien super gendarme du Golfe du temps de Chah et désormais la bête noire de la dynastie wahhabite.

L’Arabie saoudite, le grand vaincu de la guerre de Syrie, au même titre que la France

Au delà des propos postmortem de circonstance vantant les qualités du défunt roi, «défenseur de la paix » Stephen Harper-Canada), «grand homme d’état dont l’action a profondément marqué l’histoire de son pays (François Hollande-France), «dirigeant sincère et courageux» (Barack Obama- Etats Unis), l’Arabie saoudite passera dans les annales de la décennie 2010 comme le grand vaincu de la guerre de Syrie, au même titre que la France, dont les dérapages se sont répercutés sur son national par  de sanglants attentats terroristes (Mohamad Merah 2012, Mehdi Nemmouche 2014, les frères Kouachi (contre Charlie Hebdo en 2015).

Le Gardien des Lieux Saints de l’Islam a certes financé la promotion de l’Islam à travers le monde, mais son prosélytisme religieux tous azimut s’est souvent confondu avec une instrumentalisation politique de la religion comme arme de combat contre les ennemis de l’Amérique, notamment l’athéisme communiste, au détriment des intérêts stratégiques du Monde arabe.

Le chef de file de l’Islam sunnite a porté le fer aux quatre coins de la planète pour le compte de son protecteur américain, mais le bailleur de fonds des équipées militaires américaines dans le tiers monde -de l’Afghanistan au Nicaragua, à l’Irak et à la Syrie- n’est jamais parvenu à libérer l’unique Haut Lieu Saint de l’islam sous occupation étrangère, la Mosquée d’al Aqsa de Jérusalem, au point que son leadership est désormais concurrencé par le nouveau venu sur la scène diplomatique régionale la Turquie et sa posture néo ottomane.

Le protégé de l’Amérique, auteur de deux plans de paix pour le proche orient, n’a jamais réussi à faire entériner par son protecteur américain et son partenaire israélien les propositions visant à régler le conflit israélo palestinien, ni à prévenir l’annexion rampante de Jérusalem, ni la judaïsation de la 3eme ville sainte de l’Islam, pas plus qu’il n’a pu éviter le basculement des grandes capitales arabes hors de la sphère sunnite, dans le giron adverse: Jérusalem sous occupation israélienne, Damas sous contrôle alaouite et Bagdad enfin sous partage kurdo Chiite.

Le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songé à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre américain.

La dynastie wahhabite, détournant les Arabes et les Musulmans de leur principal champ de bataille, la Palestine, dans de furieux combats en Afghanistan, n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël, au point que le meilleur allié arabe des Etats Unis apparaît, rétrospectivement, comme le principal bénéficiaire des coups de butoir israélien contre le noyau dur du monde arabe, et Israël, comme le meilleur allié objectif de la monarchie saoudienne.

Ce royaume quasi centenaire est par excellence un pays de passe droit, gouverné par six monarques (Abdel Aziz, Saoud, Faysal, Khaled, Fahd, Abdallah). Mais, à une période charnière de l’histoire du monde arabe, à l’ère de l’optronique, de la balistique, du combat disséminé et de la furtivité de basse tension, aucun des six monarques n’était détenteur d’un diplôme universitaire, tous formatés dans le même moule de la formation bédouine et de l’école coranique, à l’instar des autres pétromonarchies gérontocratiques du Golfe, soit le tiers des membres de la Ligue arabe et les deux tiers de la richesse nationale arabe, alors que la théocratie voisine iranienne a, d’ores et déjà, accédé au statut de puissance du seuil nucléaire.

Malgré les turbulences, la famille Al Saoud a réussi à sauvegarder son trône, mais plongé la zone dans une sinistrose quand Israël sinistrait la zone.

Une illustration caricaturale de la réalité paralytique arabe.

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http://www.madaniya.info/2015/01/23/arabie-saoudite-un-royaume-en-plein-desarroi-en-pleine-convulsion/