Dr. Melvin Goodman : « Nous n’avons évidemment rien appris de la défaite au Vietnam il y a quarante ans » — Algérie Résistance


Dr. Melvin Goodman. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre incontournable “Whistleblower at the CIA: […]

via Dr. Melvin Goodman : « Nous n’avons évidemment rien appris de la défaite au Vietnam il y a quarante ans » — Algérie Résistance

Jamal Zougam, bouc émissaire des attentats de Madrid ?


Comment être consterné sans être étonné …

Tous ces médias sont à vomir !

Contre pouvoir ?

Mon Q sur la commode ! comme dirait l’autre…

Que des esclaves de leurs vies de petits bourgeois.

lelibrepenseur.org

C’est véritablement le petit frère du 11/9 US. Documentaire très bien réalisé qui commence avec les preuves de l’accusation que les médias vont diffuser et répéter les jours suivant les attentats, puis il démontera point par point ces informations qui s’avèrent toutes fausses, inventées et créées de toutes pièces : pas d’autopsies, explosif non identifié, fausses traductions, sac inconnu, témoignages bidons, trains détruits 3 jours après les attentats…

Lorsque des attentats sont commis par des islamistes djihadistes on ne comprend pas du tout pourquoi les autorités policières ont besoin d’inventer un responsable. En réalité, cette affaire ressemble beaucoup aux attentats de type Gladio que l’Italie a connus dans les années noires, attentats commis par les agents de l’OTAN qui vont très vite essayer de trouver un bouc émissaire pour lui faire porter la responsabilité du massacre ; hier c’était les communistes en Italie, aujourd’hui ce sont les musulmans…


Le site du film : http://nouveaudreyfus.net Vous pouvez aussi le voir sur le site des MUTINS DE PANGEE, parmi d’autres films documentaires passionnants (N’hésitez pas à louer certains films et ainsi soutenir la production indépendante) : http://lesmutins.org/un-nouveau-dreyfus (Cliquez sur l’icone à droite « Louer – VOD », puis « ajouter au panier », vous devrez juste créer un compte, le film est gratuit)

« Aujourd’hui l’OTAN est totalement obsolète »


Noam Chomsky et Jean Bricmont. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Quelle est votre analyse de […]

via Dr. Jean Bricmont : « Aujourd’hui l’OTAN est totalement obsolète » — Algérie Résistance

Après l’empire Essai sur la décomposition du système américain


 
Auteur : Todd Emmanuel
Ouvrage : Après l’empire Essai sur la décomposition du système américain
Année : 2002

Ouverture
Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde
un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux
une solution. Garants de la liberté politique et de l’ordre
économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de
plus en plus comme un facteur de désordre international,
entretenant, là où ils le peuvent, l’incertitude et le conflit
Ils exigent de la planète entière qu’elle reconnaisse que
certains États d’importance secondaire constituent un
« axe du mal », qui doit être combattu et annihilé : l’Irak
de Saddam Hussein, verbeux mais insignifiant en tant
que puissance militaire, la Corée du Nord de Kim Jong-il,
premier (et dernier) communisme à avoir institué une
succession par primogéniture, résidu d’un autre âge voué
il disparaître en l’absence de toute intervention extérieure.
L’Iran, autre cible obsessionnelle, est un pays stratégiquement
important mais clairement engagé dans un processus
d’apaisement intérieur et extérieur. Le gouvernement américain
cependant le stigmatise comme membre de plein
droit de cet axe du mal. Les États-Unis ont provoqué la
Chine en bombardant son ambassade à Belgrade durant
la guerre du Kosovo, en truffant de micros facilement repérables
un Boeing destiné à ses dirigeants. Entre trois
embrassades publiques et deux accords de désarmement

nucléaire, ils ont même provoqué la Russie en patronnant
par l’intermédiaire de Radio Free Europe des émissions
en langue tchétchène, en expédiant en Géorgie des conseillers
militaires, en établissant des bases permanentes dans
l’ex-Asie centrale soviétique, face à l’armée russe. Enfin,
sommet théorique de cette fébrilité militariste : le Pentagone
laisse filtrer des documents envisageant des frappes
nucléaires sur des pays non nucléaires. Le gouvernement de
Washington applique ainsi un modèle stratégique classique
mais inadapté à une nation d’échelle continentale, la « stratégie
du fou », qui recommande d’apparaître à d’éventuels
adversaires comme irresponsable pour mieux les intimider.
Quant à la mise en place d’un bouclier spatial, qui brise
l’équilibre nucléaire et dont le développement ultime permettrait
aux États-Unis de régner sur l’ensemble du monde
par la terreur, elle nous force à nous projeter dans un univers
digne de la science-fiction. Comment s’étonner de l’attitude
nouvelle de méfiance et de peur qui saisit, les uns
après les autres, tous ceux qui établissaient leur politique
extérieure à partir d’un axiome rassurant : l’unique superpuissance
est avant tout responsable ?
Les alliés et clients traditionnels des États-Unis sont
d’autant plus inquiets qu’ils se trouvent proches des zones
désignées par leur leader comme sensibles. La Corée du Sud
rappelle, en toute occasion, qu’elle ne se sent pas menacée
par son voisin archéocommuniste du nord; le Koweït
affirme qu’il n’a plus de contentieux avec l’Irak.
La Russie, la Chine et l’Iran, trois nations dont la priorité
absolue est le développement économique, n’ont plus
qu’une préoccupation stratégique : résister aux provocations
de l’Amérique, ne rien faire ; mieux, en un renversement
qui aurait paru inconcevable il y a dix ans, militer pour
la stabilité et l’ordre du monde.
Les grands alliés des États-Unis sont quant à eux de

plus en plus perplexes, de plus en plus gênés. En Europe,
où seule la France se piquait d’indépendance, nous observons
avec une certaine surprise une Allemagne irritée et
un Royaume-Uni, fidèle des fidèles, carrément inquiet. De
l’autre côté de l’Eurasie, le silence du Japon exprime un
malaise grandissant plutôt qu’une adhésion sans faille.
Les Européens ne comprennent pas pourquoi l’Amérique
se refuse à régler la question israélo-palestinienne,
alors qu’elle en a le pouvoir absolu. Ils commencent à se
demander si Washington n’est pas au fond satisfait qu’un
foyer de tension se perpétue au Proche-Orient et que les
peuples arabes manifestent une hostilité grandissante au
monde occidental.
L’organisation Al Qaida, bande de terroristes malades
et géniaux, a émergé d’une région définie et limitée de
la planète, l’Arabie Saoudite, même si Ben Laden et ses
lieutenants ont recruté quelques transfuges égyptiens et
une poignée de paumés venus des banlieues d’Europe occidentale.
L’Amérique s’efforce pourtant de transformer
Al Qaida en une puissance aussi stable que maléfique, le
« terrorisme », omniprésent — de la Bosnie aux Philippines,
de la Tchétchénie au Pakistan, du Liban au Yémen —, légitimant
ainsi n’importe quelle action punitive n’importe où
et n’importe quand. L’élévation du terrorisme au statut de
force universelle institutionnalise un état de guerre permanent
à l’échelle de la planète : une quatrième guerre mondiale,
selon certains auteurs américains qui n’ont déjà pas
peur du ridicule en considérant la guerre froide comme la
troisième1. Tout se passe comme si les États-Unis recherchaient,
pour une raison obscure, le maintien d’un certain
niveau de tension internationale, une situation de guerre
limitée mais endémique,


1. Norman Podhoretz, « How to win world war IV », Commentary, février
2002, p. 19-28.


Un an seulement après le 11 septembre, une telle perception
de l’Amérique est paradoxale. Car dans les heures
qui avaient suivi l’attentat sur le World Trade Center, nous
avions eu la révélation de la dimension la plus profonde et
la plus sympathique de l’hégémonie américaine : un pouvoir
accepté, dans un monde qui admettait, en très grande majorité,
qu’une organisation capitaliste de la vie économique et
démocratique de la vie politique étaient seules raisonnables
et possibles. On avait alors vu clairement que la force principale
de l’Amérique était sa légitimité. La solidarité des
nations du monde avait été immédiate; toutes avaient
condamné l’attentat. Des alliés européens était venu un
désir actif de solidarité, s’exprimant dans l’engagement de
l’Otan. La Russie avait quant à elle saisi l’occasion de montrer
qu’elle désirait par-dessus tout de bonnes relations avec
l’Ouest. C’est elle qui a fourni à l’Alliance du Nord afghane
les armements dont elle avait besoin et ouvert aux forces
armées des États-Unis l’espace stratégique indispensable
en Asie centrale. Sans la participation active de la Russie,
l’offensive américaine en Afghanistan aurait été impossible.
L’attentat du 11 septembre a fasciné les psychiatres : la
révélation d’une fragilité de l’Amérique avait un peu partout
déstabilisé, non seulement les adultes, mais aussi leurs
enfants. Une véritable crise psychique avait alors mis à nu
l’architecture mentale de la planète, dont l’Amérique,
unique mais légitime superpuissance, constituait comme
une clef de voûte inconsciente. Pro- et antiaméricains
étaient comme des enfants, privés de l’autorité dont ils
avaient besoin, soit pour s’y soumettre, soit pour la combattre.
Bref, l’attentat du 11 septembre avait révélé le caractère
volontaire de notre servitude. La théorie du soft power
de Joseph Nye était magnifiquement vérifiée : l’Amérique
ne régnait pas seulement ou même principalement par les

armes mais par le prestige de ses valeurs, de ses institutions
et de sa culture.
Trois mois plus tard, le monde semblait revenu à son
équilibre normal. L’Amérique avait vaincu, redevenue,
par la force de quelques bombardements, toute-puissante.
Les vassaux croyaient pouvoir retourner à leurs affaires,
pour l’essentiel économiques et intérieures. Les contestataires
s’apprêtaient à reprendre, là où ils l’avaient laissée,
leur dénonciation éternelle et incantatoire de l’empire
américain.
On s’attendait quand même à ce que la blessure du
11 septembre — assez relative si l’on pense à ce que furent
les expériences européenne, russe, japonaise, chinoise ou
palestinienne de la guerre — rapproche l’Amérique du lot
commun de l’humanité, la rende plus sensible aux problèmes
des pauvres et des faibles. Le monde fit un rêve : la
reconnaissance par toutes les nations, ou presque toutes,
de la légitimité du pouvoir des États-Unis allait conduire à
l’émergence d’un véritable empire du bien, les dominés
planétaires acceptant un pouvoir central, les dominants
américains se soumettant à l’idée de justice.
C’est alors que le comportement international des États-
Unis commença d’entraîner un changement de perception.
On vit réémerger, tout au long de l’année 2002, la tendance
à l’unilatéralisme déjà manifeste dans la deuxième moitié
des années 90, avec les refus par Washington, en décembre
1997, du traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel,
en juillet 1998, de l’accord instituant une Cour pénale
internationale. L’histoire sembla reprendre son cours antérieur
avec le refus par les États-Unis du protocole de Kyoto
sur les émissions de gaz carbonique.
La lutte contre Al Qaida, qui aurait pu institutionnaliser
la légitimité des États-Unis si elle avait été menée modestement
et raisonnablement, a mis en évidence une irresponsabilité

démultipliée. L’image d’une Amérique narcissique,
agitée et agressive a remplacé, en quelques mois, celle de
la nation blessée, sympathique et indispensable à notre
équilibre. Nous en sommes là. Mais où en sommes-nous
vraiment ?
Car le plus inquiétant dans la situation actuelle est au
fond l’absence d’un modèle explicatif satisfaisant du comportement
américain. Pourquoi la « superpuissance solitaire
» n’est-elle plus, conformément à la tradition établie au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fondamentalement
débonnaire et raisonnable ? Pourquoi est-elle si active
et déstabilisatrice? Parce qu’elle est toute-puissante? Ou
au contraire, parce qu’elle sent lui échapper le monde qui
est en train de naître ?
Avant de procéder à l’élaboration d’un modèle explicatif
rigoureux du comportement international des États-Unis,
nous devons nous débarrasser de l’image standardisée d’une
Amérique dont le seul problème serait l’excès de puissance.
Les antiaméricains professionnels ne nous seront donc
d’aucune utilité, mais les penseurs de l’establishment seront
des guides très sûrs.

Retour à la problématique du déclin

Les antiaméricains structurels proposent leur réponse
habituelle : l’Amérique est mauvaise par nature, incarnation
étatique de la malfaisance du système capitaliste. C’est
aujourd’hui un grand moment pour ces antiaméricains de
toujours, qu’ils soient ou non admirateurs de petits despotes
locaux comme Fidel Castro, qu’ils aient ou non compris
l’échec sans appel de l’économie dirigée. Car ils peuvent
enfin évoquer sans sourire une contribution négative des
États-Unis à l’équilibre et au bonheur de la planète. Ne

nous y trompons pas, le rapport au réel et au temps de
ces antiaméricains structurels est celui des horloges arrêtées
qui sont quand même à l’heure deux fois par jour. Les
plus typiques d’entre eux sont d’ailleurs américains. Lisez
les textes de Noam Chomsky : vous n’y trouverez aucune
conscience de l’évolution du monde. Après comme avant
l’effondrement de la menace soviétique, l’Amérique est la
même, militariste, oppressive, faussement libérale, en Irak
aujourd’hui comme au Vietnam il y a un quart de siècle1.
Mais l’Amérique selon Chomsky n’est pas seulement mauvaise,
elle est toute-puissante.
Dans un genre plus culturel et plus moderne, nous pouvons
évoquer le Jihad vs. Mc World de Benjamin Barber,
qui nous trace le tableau d’un monde ravagé par l’affrontement
entre une méprisable infraculture américaine et de
non moins insupportables tribalismes résiduels2. Mais la victoire
annoncée de l’américanisation suggère que Benjamin
Barber demeure, au-delà de sa posture critique, et sans en
être pleinement conscient, un nationaliste américain. Lui
aussi surestime la puissance de son pays.
Dans le même registre de la surestimation nous trouvons
la notion d’hyperpuissance américaine. Quel que soit le respect
que peut inspirer la politique extérieure menée par
Hubert Védrine lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères,
nous devons admettre que ce concept, qu’il affectionne,
aveugle les analystes plus qu’il ne les éclaire.
Ces représentations ne nous aident pas à comprendre la
situation actuelle. Elles présupposent une Amérique exagérée,
dans la dimension du mal parfois, dans celle de la puissance
toujours. Elles nous interdisent de percer le mystère


1. Par exemple, Noam Chomsky, Rogue States. The Rule of Force in World
A f f a i r s , Pluto Press, Londres, 2000.
2. Benjamin R. Barber, Jihad vs. Mc World. How Globalism and Tribalism
are reshaping the World, Ballantine Books, New York, 1995,


de la politique étrangère américaine parce que la solution
doit être recherchée du côté de la faiblesse et non de la puissance.
Une trajectoire stratégique erratique et agressive,
bref la démarche d’ivrogne de la « superpuissance solitaire
», ne peut être expliquée de façon satisfaisante que par
la mise à nu de contradictions non résolues ou insolubles, et
des sentiments d’insuffisance et de peur qui en découlent.
La lecture des analyses produites par l’establishment
américain est plus éclairante. Au-delà de toutes leurs divergences,
nous trouvons, chez Paul Kennedy, Samuel Huntington,
Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger ou Robert
Gilpin, la même vision mesurée d’une Amérique qui, loin
d’être invincible, doit gérer l’Inexorable réduction de sa
puissance relative dans un monde de plus en plus peuplé et
développé. Les analyses de la puissance américaine sont
diverses : économique chez Kennedy ou Gilpin, culturelle
et religieuse chez Huntington, diplomatique et militaire
chez Brzezinski ou Kissinger. Mais toujours nous sommes
confrontés à une représentation inquiète de la force des
États-Unis, dont le pouvoir sur le monde apparaît fragile et
menacé.
Kissinger, au-delà de sa fidélité aux principes du réalisme
stratégique et de l’admiration qu’il porte à sa propre intelligence,
manque ces jours-ci d’une vision d’ensemble. Son
dernier ouvrage, Does America need a Foreign Policy ?,
n’est guère qu’un catalogue de difficultés locales1. Mais
nous trouvons dans The Rise and Fall of Great Powers, de
Paul Kennedy, ouvrage déjà ancien puisqu’il date de 1988,
la représentation très utile d’un système américain menacé
d’impérial overstretch, dont la surextension diplomatique et
militaire découle classiquement d’une chute de puissance


1. Henry Kissinger, Does America need a Foreign Policy? Toward a
Diplomacy for the 21 st Century, Simon artd Schuster, New York, 2001.


économique relative1. Samuel Huntington a fait paraître, en
1996, The Clash of Civilizations and the Remaking of World
Order, version longue d’un article publié en 1993 dans la
revue Foreign Affairs, dont la tonalité est franchement
dépressive2. On a souvent l’impression en lisant son livre de
parcourir un pastiche stratégique du Déclin de l’Occident de
Spengler. Huntington va jusqu’à contester l’universalisation
de la langue anglaise et recommande un repli modeste des
États-Unis sur l’alliance ouest-européenne, bloc catholico-protestant,
rejetant les « orthodoxes » est-européens et
abandonnant à leur destin ces deux autres piliers du système
stratégique américain que sont le Japon et Israël,
frappés du sceau de l’altérité culturelle.
La vision de Robert Gilpin combine considérations économiques
et culturelles; elle est très universitaire, très
prudente, très intelligente. Parce qu’il croit en la persistance
de l’Etat-nation Gilpin perçoit, dans sa Global Political
Economy, les faiblesses virtuelles du système économique
et financier américain, avec cette menace fondamentale
d’une « régionalisation » de la planète : si l’Europe et le
Japon organisent chacun de leur côté leurs zones d’influence,
ils rendront inutiles l’existence d’un centre américain
du monde, avec toutes les difficultés qu’impliquerait,
dans une telle configuration, la redéfinition du rôle économique
des États-Unis3.
Mais c’est Brzezinski qui, en 1997, dans The Grand
Chessboard, s’est montré le plus clairvoyant, malgré son


1. Paul Kennedy, The Rise and Fall of Great Powers, Economie Change
mut Military Conflict frorn 1500 to 2000, Fontana Press, Londres, 1989; première
édition 1988.
2. Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of
World Order,Touchstone Books, Londres, 1998; première édition américaine
1996.
3. Robert Gilpin, Global Political Economy. Understanding the International
Economic Order, Princeton University Press, 2001.


manque d’intérêt pour les questions économiques1. Pour
bien saisir sa représentation des choses, il faut faire tourner
devant soi un globe terrestre et prendre conscience de l’extraordinaire
isolement géographique des États-Unis : le
centre politique du monde est en réalité loin du monde.
On accuse souvent Brzezinski d’être un impérialiste simplet,
arrogant et brutal. Ses recommandations stratégiques
peuvent certes faire sourire, et en particulier lorsqu’il
désigne l’Ukraine et l’Ouzbékistan comme objets nécessaires
des attentions de l’Amérique. Mais sa représentation
d’une population et d’une économie mondiales concentrées
en Eurasie, une Eurasie réunifiée par l’effondrement du
communisme et oubliant les États-Unis, isolés dans leur
nouveau monde, est quelque chose de fondamental, une
intuition fulgurante de la véritable menace qui plane sur le
système américain.

Le paradoxe de Fukuyama :
du triomphe à l’inutilité de l’Amérique

Si nous voulons comprendre l’inquiétude qui ronge
l’establishment américain, nous devons aussi réfléchir
sérieusement aux implications stratégiques pour les États-
Unis eux-mêmes de l’hypothèse d’une fin de l’histoire proposée
par Francis Fukuyama. Datant des années 1989-1992,
cette théorie a amusé les intellectuels parisiens, étonnés
par l’usage simplifié mais hautement consommable que
Fukuyama fait de Hegel. L’histoire aurait un sens et son
point d’aboutissement serait l’universalisation de la démocratie


1. Zbigniew Brzezinski, The Grand Chessboard. American Primacy and its
Geostrategic Imperatives, Basic Books, New York, 1997.
2. Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, Penguin
Books, Londres, 1992 (traduction française : La fin de l’histoire et le dernier
homme, Flammarion, 1992).


libérale. L’effondrement du communisme ne serait
qu’une étape dans cette marche de la liberté humaine, succédant
à cette autre étape importante que fut la chute des
dictatures de l’Europe du Sud : au Portugal, en Espagne ou
en Grèce. L’émergence de la démocratie en Turquie s’inscrit
dans ce mouvement, ainsi que la consolidation des démocraties
latino-américaines. Proposé au moment même de
l’effondrement du système soviétique, ce modèle de l’histoire
humaine a dans l’ensemble été reçu en France comme
un exemple typique de naïveté et d’optimisme américains.
Pour qui se souvient du Hegel réel, soumis à la Prusse, respectueux
de l’autoritarisme luthérien, vénérant l’État, cette
représentation en démocrate individualiste peut égayer.
C’est bien un Hegel adouci par les studios Disney que nous
a proposé Fukuyama. Et puis, Hegel s’intéressait à la
marche de l’esprit dans l’histoire mais Fukuyama, lui, même
quand il évoque l’éducation, privilégie toujours le facteur
économique et semble souvent plus proche de Marx,
annonciateur d’une tout autre fin de l’histoire1. Le caractère
secondaire du développement éducatif et culturel dans son
modèle font de Fukuyama un hégélien bien étrange, certainement
contaminé par l’économisme délirant de la vie
intellectuelle américaine.
Ces réserves faites, on doit cependant reconnaître à
Fukuyama un coup d’oeil empirique très vif et pertinent sur
l’histoire qui se fait. Observer, dès 1989, que l’universalisation
de la démocratie libérale devenait une possibilité
méritant examen était en soi une belle performance. Les
intellectuels européens, moins sensibles au mouvement
de l’histoire, allaient quant à eux concentrer leurs facultés
d’analyse sur le procès du communisme, c’est-à-dire sur le
passé. Fukuyama a eu le mérite de spéculer sur l’avenir :


1. Ibid., p. 116 :l’éducation apparaît comme une conséquence de la société
industrielle,


c’est plus difficile mais plus utile. Je pense pour ma part que
la vision de Fukuyama contient une part importante de
vérité mais qu’elle ne perçoit pas dans toute son ampleur
éducative et démographique la stabilisation de la planète.
Laissons pour l’instant de côté le problème de la validité
de l’hypothèse de Fukuyama sur la démocratisation du
monde, et concentrons-nous sur ses implications à moyen
terme pour les États-Unis.
Fukuyama intègre à son modèle la loi de Michael Doyle
concluant à l’impossibilité de la guerre entre démocraties
libérales, qui date du début des années 80, inspirée de Kant
plutôt que de Hegel ‘. Avec Doyle nous sommes confrontés
à un deuxième cas d’empirisme anglo-saxon, naïf en apparence
mais productif en pratique. Que la guerre soit impossible
entre démocraties se vérifie par l’examen de l’histoire
concrète qui prouve que, si les démocraties libérales
n’échappent pas à la guerre avec des systèmes adverses,
elles ne se combattent jamais entre elles,
La démocratie libérale moderne penche vers la paix en
toutes circonstances. On ne peut guère reprocher aux
démocraties française et britannique des années 1933-1939
leur bellicisme ; on ne peut que constater, avec regret,
l’isolationnisme de la démocratie américaine jusqu’à Pearl
Harbor, Sans nier une poussée nationaliste en France et
en Grande-Bretagne avant 1914, on doit admettre que ce
sont l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, où le gouvernement
n’était, en pratique, pas responsable devant le Parlement,
qui ont entraîné l’Europe dans la Première Guerre
mondiale.
Le simple bon sens suggère qu’un peuple de niveau
d’éducation élevé et de niveau de vie satisfaisant aura du


1. Michael Doyle, « Kant, libéral legacies and foreign policy », Philosophy
and Public Affairs, I et II, 1983 (12), p. 205-235 et 323-353.


mal à produire une majorité parlementaire élue capable de
déclarer une guerre majeure. Deux peuples semblablement
organisés trouveront inévitablement une solution pacifique
à leur différend. Mais la clique incontrôlée qui dirige, par
définition, un système non démocratique et non libéral, a
beaucoup plus de latitude d’action pour décider d’ouvrir
des hostilités, contre le désir de paix qui habite généralement
la majorité des hommes ordinaires.
Si nous ajoutons à l’universalisation de la démocratie
libérale (Fukuyama) l’impossibilité de la guerre entre les
démocraties (Doyle), nous obtenons une planète installée
dans la paix perpétuelle.
Un cynique de la vieille tradition européenne sourira,
évoquant l’immuable et éternelle capacité de l’homme à
faire le mal et la guerre. Mais, sans nous arrêter à cette
objection, continuons le raisonnement : cherchons les implications
d’un tel modèle pour l’Amérique. Sa spécialisation
planétaire est devenue, par le jeu de l’histoire, la défense
d’un principe démocratique perçu comme menacé : par le
nazisme allemand, par le militarisme japonais, par les communismes
russe ou chinois. La Seconde Guerre mondiale
puis la guerre froide ont, pour ainsi dire, institutionnalisé
cette fonction historique de l’Amérique. Mais si la démocratie
triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe
terminal que les États-Unis deviennent, en tant que puissance
militaire, inutiles au monde et vont devoir se résigner
à n’être qu’une démocratie parmi les autres.
Cette inutilité de l’Amérique est l’une des deux angoisses
fondamentales de Washington, et l’une des clefs qui permettent
de comprendre la politique étrangère des États-
Unis. La formalisation de cette peur nouvelle par les chefs
de la diplomatie américaine a pris le plus souvent, comme il
est fréquent, la forme d’une affirmation inverse : en février

1998, Madeleine Albright, secrétaire d’État de Clinton,
alors qu’elle tentait de justifier un tir de missiles sur l’Irak,
a défini les États-Unis comme la nation indispensable1. Ainsi
que l’avait bien vu Sacha Guitry, le contraire de la vérité est
déjà très près de la vérité. Si l’on affirme officiellement que
les États-Unis sont indispensables, c’est bien que la question
de leur utilité pour la planète est posée. Les dirigeants
laissent ainsi filtrer, par des quasi-lapsus, l’inquiétude des
analystes stratégiques. Madeleine Albright exprimait sous
forme de dénégation la doctrine Brzezinski qui perçoit la
situation excentrée, isolée, des États-Unis, loin de cette
Eurasie si peuplée, si industrieuse où risque de se concentrer
l’histoire d’un monde apaisé.
Au fond, Brzezinski accepte la menace implicite du paradoxe
de Fukuyama et propose une technique diplomatique
et militaire pour garder le contrôle de l’Ancien Monde.
Huntington est moins beau joueur : il n’accepte pas l’uni –
versalisme sympathique du modèle de Fukuyama et refuse
d’envisager l’éventualité que les valeurs démocratiques et
libérales s’étendent à toute la planète. Il se réfugie dans une
catégorisation religieuse et ethnique des peuples, dont la
plupart seraient inaptes, par nature, à l’idéal « occidental ».
A ce stade de la réflexion nous n’avons pas à choisir entre
les diverses possibilités historiques : la démocratie libérale
est-elle généralisable? Si oui, apporte-t-elle la paix? Mais
nous devons comprendre que Brzezinski et Huntington
répondent à Fukuyama, et que l’éventualité d’une marginalisation
des États-Unis, paradoxale alors que le monde
entier s’inquiète de leur omnipotence, hante les élites américaines.
Bien loin d’être tentée par un retour à l’isolationnisme,
l’Amérique a peur de l’isolement, de se retrouver
seule dans un monde qui n’aurait plus besoin d’elle. Mais


1. «If wehave to use force, it is because we are America. We are the indispensable
nation. We stand tall. We see farther into the future. »


pourquoi a-t-elle maintenant peur d’une distance au monde
qui fut sa raison d’être, de la Déclaration d’indépendance
en 1776 à Pearl Harbor en 1941 ?

De l’autonomie à la dépendance économique

Cette peur de devenir inutiles, et de l’isolement qui pourrait
en résulter, est pour les États-Unis plus qu’un phénomène
nouveau : une véritable inversion de leur posture historique.
La séparation d’avec un Ancien Monde corrompu
fut l’un des mythes fondateurs de l’Amérique, peut-être
le principal. Terre de liberté, d’abondance et de perfectionnement
moral, les États-Unis d’Amérique choisirent de se
développer indépendamment de l’Europe, sans se mêler
aux conflits dégradants des nations cyniques du Vieux
Continent.
L’isolement du XIXe siècle n’était en réalité que diplomatique
et militaire, puisque la croissance économique des
États-Unis put se nourrir de deux flux continus et indispensables
venus d’Europe, l’un en capital, l’autre en travail.
Investissements européens et immigration d’une maind’oeuvre
à taux d’alphabétisation élevé ont été les véritables
ressorts économiques de l’expérience américaine. Reste
qu’à la fin du XIXc siècle, l’Amérique disposait de l’économie
non seulement la plus puissante de la planète, mais
aussi la plus autosuffisante, massivement productrice de
matières premières et largement excédentaire sur le plan
commercial.
Au début du XXe siècle, les États-Unis n’ont plus besoin
du monde. Si l’on tient compte de leur puissance effective,
leurs premières interventions en Asie et en Amérique latine
restèrent alors bien modestes. Mais, ainsi qu’il apparut dès

1» Première Guerre mondiale, la planète avait besoin d’eux.

Les États-Unis résistèrent peu à l’appel, jusqu’en 1917 très
exactement. Puis ils optèrent à nouveau pour l’isolement en
refusant de ratifier le traité de Versailles. Il fallut attendre
Pearl Harbor et la déclaration de guerre de l’Allemagne
à l’Amérique pour que les États-Unis prennent enfin dans
le monde, à l’initiative, si l’on peut dire, du Japon et de
l’Allemagne, la place qui correspondait à leur puissance
économique.
En 1945, le produit national brut américain représentait
plus de la moitié du produit brut mondial et l’effet de domination
fut mécanique, immédiat. Certes, le communisme
couvrait, vers 1950, le coeur de l’Eurasie, de l’Allemagne de
l’Est à la Corée du Nord. Mais l’Amérique, puissance navale
et aérienne, contrôlait stratégiquement le reste de la planète
avec la bénédiction d’une multitude d’alliés et de clients
dont la priorité était la lutte contre le système soviétique.
C’est avec l’accord d’une bonne partie du monde que s’installa
l’hégémonie américaine, malgré le soutien apporté au
communisme par de nombreux intellectuels, ouvriers et
paysans ici ou là.
Nous devons admettre, si nous voulons comprendre la
suite des événements, que cette hégémonie fut durant plusieurs
décennies bénéfique. Sans cette reconnaissance du
caractère généralement bienfaisant de la domination américaine
des années 1950-1990, nous ne pouvons pas saisir
l’importance du basculement ultérieur des États-Unis de
l’utilité dans l’inutilité ; et les difficultés qui découlent, pour
eux comme pour nous, d’une telle inversion.
L’hégémonie des années 1950-1990 sur la partie non
communisée de fa planète a presque mérité le nom d’empire.
Ses ressources économiques, militaires et idéologiques
ont alors donné, un temps, à l’Amérique toutes les dimensions
de la puissance impériale. La prédominance des principes
économiques libéraux dans la sphère politiquement et

militairement dirigée de Washington a fini par transformer
le monde — c’est ce que l’on appelle la globalisation. Elle
a aussi affecté dans la durée, mais en profondeur, la structure
interne de la nation dominante, affaiblissant son économie
et déformant sa société. Le processus a d’abord
été lent, progressif. Sans que les acteurs de l’histoire s’en
soient bien rendu compte, une relation de dépendance
s’est établie entre les Etats-Unis et leur sphère de prééminence.
Un déficit commercial américain est apparu,
dès le début des années 70, élément structurel de l’économie
mondiale.
L’effondrement du communisme a entraîné une dramatique
accélération du processus de mise en dépendance.
Entre 1990 et 2000, le déficit commercial américain est
passé de 100 à 450 milliards de dollars. Pour équilibrer ses
comptes extérieurs, l’Amérique a besoin d’un flux de capitaux
extérieurs de volume équivalent. En ce début de troisième
millénaire, les États-Unis ne peuvent plus vivre de
leur seule production. Au moment même où le monde, en
cours de stabilisation éducative, démographique et démocratique,
est sur le point de découvrir qu’il peut se passer de
l’Amérique, l’Amérique s’aperçoit qu’elle ne peut plus se
passer du monde.
Le débat sur la « mondialisation » est partiellement
déconnecté de la réalité parce qu’on accepte trop souvent
la représentation orthodoxe d’échanges commerciaux et
financiers symétrisés, homogènes, dans lesquels aucune
nation n’occupe de place particulière. Les notions abstraites
de travail, de profit, de liberté de circulation du capital masquent
un élément fondamental : le rôle spécifique de la plus
importante des nations dans la nouvelle organisation du
monde économique. Si l’Amérique a beaucoup décliné sous
le rapport de la puissance économique relative, elle a réussi
à augmenter massivement sa capacité de prélèvement sur

l’économie mondiale : elle est devenue objectivement prédatrice.
Une telle situation doit-elle être interprétée comme
un signe de puissance ou de faiblesse? Ce qui est sûr, c’est
que l’Amérique va devoir lutter, politiquement, militairement,
pour maintenir une hégémonie désormais indispensable
à son niveau de vie.
Cette inversion du rapport de dépendance économique
est le deuxième facteur lourd, qui, combiné au premier, la
multiplication des démocraties, permet d’expliquer l’étrangeté
de la situation mondiale, le comportement bizarre des
États-Unis et le désarroi de la planète. Comment gérer une
superpuissance économiquement dépendante mais politiquement
inutile ?
Nous pourrions arrêter ici l’élaboration de ce modèle
inquiétant, et nous rassurer en nous rappelant qu’après tout
l’Amérique est une démocratie, que les démocraties ne se
font pas la guerre, et que, par conséquent, les États-Unis ne
peuvent devenir dangereux pour le monde, agressifs et fauteurs
de guerre. À travers essais et erreurs, le gouvernement
de Washington trouvera finalement les voies de la réadaptation
économique et politique à ce monde nouveau.
Pourquoi pas? Mais nous devons aussi être conscients que
la crise des démocraties avancées, de plus en plus visible, de
plus en plus préoccupante, surtout en Amérique, ne nous
permet plus de considérer les États-Unis comme pacifiques
par nature.
L’histoire ne s’arrête pas : l’émergence planétaire de la
démocratie ne doit pas en effet nous faire oublier que les
démocraties les plus anciennes — les États-Unis, la Grande-
Bretagne, la France notamment — continuent d’évoluer.
Tout indique, actuellement, qu’elles se transforment progressivement
en systèmes oligarchiques. Le concept d’inversion,
utile pour comprendre le rapport économique des
États-Unis à la planète, l’est également pour analyser le

dynamisme démocratique dans le monde. La démocratie
progresse là où elle était faible, mais régresse là où elle était
forte.

La dégénérescence de la démocratie américaine
et la guerre comme possible

La force de Fukuyama est d’avoir très vite identifié un
processus de stabilisation du monde non occidental. Mais sa
perception des sociétés, on l’a vu, reste influencée par l’économisme
; il ne fait pas du facteur éducatif le moteur central
de l’histoire et s’intéresse peu à la démographie. Fukuyama
ne voit pas que l’alphabétisation de masse est la variable
indépendante, explicative, au coeur de la poussée démocratique
et individualiste qu’il décèle. De là vient son erreur
majeure : déduire une fin de l’histoire de la généralisation
de la démocratie libérale. Une telle conclusion présuppose
que cette forme politique est stable sinon parfaite, et que
son histoire s’arrête une fois qu’elle est réalisée. Mais si la
démocratie n’est que la superstructure politique d’une
étape culturelle, l’instruction primaire, la continuation de la
poussée éducative, avec le développement des enseignements
secondaire et supérieur, ne peut que la déstabiliser là
où elle était apparue en premier, au moment même où elle
s’affirme dans les pays qui atteignent seulement le stade
de l’alphabétisation de masse1.
Éducation secondaire et surtout supérieure réintroduisent
dans l’organisation mentale et idéologique des
sociétés développées la notion d’inégalité. Les « éduqués
supérieurs », après un temps d’hésitation et de fausse


I. Sur le détail de ce mécanisme voir mon livre, L’illusion économique,
Gallimard, 1998, nouvelle édition « Folio », chap. 5.


conscience, finissent par se croire réellement supérieurs.
Dans les pays avancés émerge une nouvelle classe, pesant,
en simplifiant, 20 % de la structure sociale sur le plan numérique,
et 50 % sur le plan monétaire. Cette nouvelle classe a
de plus en plus de mal à supporter la contrainte du suffrage
universel.
La poussée de l’alphabétisation nous avait fait vivre
dans le monde de Tocqueville, pour qui la marche de la
démocratie était « providentielle », presque l’effet d’une
volonté divine. La poussée de l’éducation supérieure nous
fait aujourd’hui vivre une autre marche « providentielle »,
et calamiteuse : vers l’oligarchie. C’est un surprenant retour
au monde d’Aristote, dans lequel l’oligarchie pouvait succéder
à la démocratie.
Au moment même où la démocratie commence de s’implanter
en Eurasie, elle s’étiole donc en son heu de naissance
: la société américaine se transforme en un système de
domination fondamentalement inégalitaire, phénomène
parfaitement conceptualisé par Michael Lind dans The Next
American Nation1. On trouve en particulier dans ce livre la
première description systématique de la nouvelle classe
dirigeante américaine postdémocratique, the overclass.
Ne soyons pas jaloux. La France est presque aussi avancée
que les États-Unis dans cette voie. Curieuses « démocraties
» que ces systèmes politiques au sein desquels s’affrontent
élitisme et populisme, où subsiste le suffrage
universel, mais dans lequel les élites de droite et de gauche
sont d’accord pour interdire toute réorientation de la politique
économique qui conduirait à une réduction des inégalités.
Univers de plus en plus loufoque dans lequel le jeu
électoral doit aboutir, au terme d’un titanesque affrontement


1. Michael Lind, The Next American Nation. The New Nationalism and the
Fourth American Revolution, The Free Press, New York,


 médiatique, au statu quo. La bonne entente au sein
des élites, reflet de l’existence d’une vulgate supérieure,
interdit que le système politique apparent se désintègre,
même lorsque le suffrage universel suggérerait la possibilité
d’une crise. George W. Bush est choisi comme président des
États-Unis, au terme d’un processus opaque qui ne permet
pas d’affirmer qu’il l’a emporté au sens arithmétique. Mais
l’autre grande république « historique », la France, s’offre,
peu de temps après, le cas contraire, et donc fort proche
dans la logique de Sacha Guitry, d’un président élu avec
82 % des suffrages. Le presque unanimisme français résulte
d’un autre mécanisme sociologique et politique de verrouillage
des aspirations venues des 20 % d’en bas par les 20 %
d’en haut, qui pour l’instant contrôlent idéologiquement les
60 % du milieu. Mais le résultat est le même : le processus
électoral n’a aucune importance pratique ; et le taux d’abstention
s’élève irrésistiblement,
En Grande-Bretagne, les mêmes processus de restratification
culturelle sont à l’oeuvre. Ils furent précocement analysés,
par Michael Young dans The Rise of the Meritocracy,
court essai réellement prophétique puisqu’il date de 19581.
Mais la phase démocratique de l’Angleterre a été tardive et
modérée : le passé aristocratique si proche, toujours incarné
dans la persistance d’accents de classes d’une netteté
extrême, facilite une transition en douceur vers le monde
nouveau de l’oligarchie occidentale. La nouvelle classe
américaine est d’ailleurs vaguement envieuse, ce qu’elle
manifeste par une posture anglophile, nostalgique d’un
passé victorien qui n’est pas le sien2.
Il serait donc inexact et injuste de restreindre la crise de
la démocratie aux seuls États-Unis. La Grande-Bretagne et


1. Michael Young, The Rise of the Meritocracy, Penguin, Harmondsworth,
1961; première édition 1958.
2. Michael Lind,op, cit.,., 145.


la France, les deux vieilles nations libérales associées par
l’histoire à la démocratie américaine, sont engagées dans
des processus de dépérissement oligarchique parallèles.
Mais elles sont, dans le système politique et économique
mondial globalisé, des dominés. Elles doivent donc tenir
compte de l’équilibre de leurs échanges commerciaux.
Leurs trajectoires sociales doivent, à un moment donné,
se séparer de celle des États-Unis. Et je ne pense pas que
l’on pourra parler un jour des « oligarchies occidentales »
comme on parlait autrefois des « démocraties occidentales
».
Mais telle est la deuxième grande inversion qui explique
la difficulté des rapports entre l’Amérique et le monde.
Les progrès planétaires de la démocratie masquent l’affaiblissement
de la démocratie en son lieu de naissance. L’inversion
est mal perçue par les participants au jeu planétaire.
L’Amérique manie toujours fort bien, par habitude
plus que par cynisme, le langage de la liberté et de l’égalité.
Et bien sûr, la démocratisation de la planète est loin d’être
achevée.
Mais ce passage à un stade nouveau, oligarchique, annule
l’application aux États-Unis de la loi de Doyle sur les conséquences
inévitablement apaisantes de la démocratie libérale.
Nous pouvons postuler des comportements agressifs
de la part d’une caste dirigeante ma] contrôlée, et une politique
militaire plus aventureuse. En vérité, si l’hypothèse
d’une Amérique devenue oligarchique nous autorise à restreindre
le domaine de validité de la loi de Doyle, elle
nous permet surtout d’accepter la réalité empirique d’une
Amérique agressive. Nous ne pouvons même plus exclure
a priori l’hypothèse stratégique d’une Amérique agressant
des démocraties, récentes ou anciennes. Avec un tel schéma
nous réconcilions — non sans une certaine malice il est
vrai — les « idéalistes » anglo-saxons qui attendent de la

démocratie libérale la fin des conflits militaires et les « réalistes
» de même culture qui perçoivent le champ des relations
internationales comme un espace anarchique peuplé
d’États agressifs dans l’éternité des siècles. Admettant que
la démocratie libérale mène à la paix, nous admettons aussi
que son dépérissement peut ramener la guerre. Même si la
loi de Doyle est vraie, il n’y aura pas de paix perpétuelle
d’esprit kantien.

Un modèle explicatif

Je vais développer dans cet essai un modèle explicatif
formellement paradoxal, mais dont le coeur se résume assez
simplement : au moment môme où le monde découvre la
démocratie et apprend à se passer politiquement de l’Amérique,
celle-ci tend à perdre ses caractéristiques démocratiques
et découvre qu’elle ne peut se passer économiquement
du monde.
La planète est donc confrontée à une double inversion :
inversion du rapport de dépendance économique entre le
monde et les États-Unis; inversion de la dynamique démocratique,
désormais positive en Eurasie et négative en
Amérique.
Ces processus socio-historiques lourds étant posés, on
peut comprendre l’étrangeté apparente des actions américaines.
L’objectif des États-Unis n’est plus de défendre un
ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa
substance en Amérique même. L’approvisionnement en
biens divers et en capitaux devient primordial : le but stratégique
fondamental des États-Unis est désormais le contrôle
politique des ressources mondiales.
Cependant, la puissance économique, militaire et idéologique
déclinante des États-Unis ne leur permet pas de

maîtriser effectivement un monde devenu trop vaste, trop
peuplé, trop alphabétisé, trop démocratique. La mise au
pas des obstacles réels à l’hégémonie américaine, les vrais
acteurs stratégiques que sont la Russie, l’Europe et le
Japon, est un objectif inaccessible parce que démesuré.
Avec ceux-là, l’Amérique doit négocier, et le plus souvent
plier. Mais elle doit trouver une solution, réelle ou fantasmatique,
à son angoissante dépendance économique ; elle
doit rester au moins symboliquement au centre du monde,
et pour cela mettre en scène sa « puissance », pardon, sa
« toute-puissance ». Nous assistons donc au développement
d’un militarisme théâtral, comprenant trois éléments
essentiels :
— Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour
justifier l’action militaire indéfinie de l’« unique superpuissance
» à l’échelle planétaire.
— Se fixer sur des micropuissances — Irak, Iran, Corée
du Nord, Cuba, etc. La seule façon de rester politiquement
au coeur du monde est d’« affronter » des acteurs mineurs,
valorisant pour la puissance américaine, afin d’empêcher,
ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances
majeures appelées à partager avec les États-Unis le
contrôle de la planète : l’Europe, le Japon et la Russie à
moyen terme, la Chine à plus long terme.
— Développer des armes nouvelles supposées mettre les
Etats-Unis « loin devant », dans une course aux armements
qui ne doit jamais cesser.
Cette stratégie fait certes de l’Amérique un obstacle nouveau
et inattendu à la paix du monde, mais elle n’est pas
d’une ampleur menaçante. La liste et la taille des pays cibles
définit objectivement la puissance de l’Amérique, capable
au plus d’affronter l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord ou Cuba.
Il n’y a aucune raison de s’affoler et de dénoncer l’émergence

 d’un empire américain qui est en réalité en cours de
décomposition, une décennie après l’empire soviétique.
Une telle représentation des rapports de force planétaires
conduira naturellement à quelques propositions
d’ordre stratégique, dont le but ne sera pas d’accroître les
gains de telle ou telle nation, mais de gérer au mieux pour
toutes le déclin de l’Amérique.

CHAPITRE 1
Le mythe du terrorisme universel

suite…

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La Syrie, l’Ukraine et le monde nouveau


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Vladimir Poutine

http://www.voltairenet.org/article182434.html

La Syrie, l’Ukraine et le monde nouveau

Par Ghaleb Kandil

Ce qui s’est passé en Ukraine est le résultat d’une décision américano-européenne, prise depuis un certain temps, d’asséner un coup dur à la Russie au cœur de sa sphère d’influence stratégique [1]. L’Ukraine est d’une grande importance sur les plans économique et militaire pour la Russie. Située entre l’Asie et l’Europe de l’Est, elle constitue un de ses rares accès aux eaux chaudes, avec la flotte de la Mer noire, basée en Crimée. C’est par l’Ukraine, aussi, que passe les gazoducs, qui alimentent l’Europe en gaz russe.
Il va sans dire que le coup d’Etat américano-européen en Ukraine est totalement anticonstitutionnel et n’a rien de démocratique, ni de pacifique. Il constitue une violation flagrante de l’accord conclu sous l’égide des ministres européens des Affaires étrangères entre le président Viktor Ianoukovitch et l’opposition. Les empreintes des services de renseignement états-uniens et européens apparaissent clairement dans les événements qui ont conduit à l’éviction de Ianoukovitch, lequel a trouvé refuge en Russie.
Cette escalade occidentale face à la Russie a pour but d’imposer à Moscou les règles du nouveau partenariat international, dirigé par les États-Unis, conformément au concept de Richard Haas, président du Council of Foreign Relations [2].
Ces développements placent la Russie devant le défi de défendre sa sécurité nationale et ses intérêts supérieurs, ainsi que sa conception du partenariat international entre elle et les États-Unis.
Il faut reconnaitre que la Russie a fait preuve d’un laisser-aller à la veille de la conférence de Genève II sur la Syrie, ce qui a encouragé Washington et l’Occident à tester la possibilité de forcer le bras du commandement russe et de consacrer des précédents et des faits accomplis supplémentaires.
En acceptant que l’Iran ne soit pas invité à la conférence de Genève II, et que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, continue à recevoir des ordres des États-Unis, la Russie a donné des signaux de soumission au concept du partenariat conduit par les États-uniens, au détriment de la logique de l’équilibre et de l’égalité des responsabilités. Cela a naturellement poussé les États-uniens et les Occidentaux à faire preuve d’arrogance et d’actes provocateurs, qui se sont manifestés à la conférence de Munich au sujet de l’Ukraine et du bouclier anti-missile.
L’État syrien est parvenu, à travers sa fermeté dans la gestion de la confrontation, à faire échec à l’agression et à préserver son alliance avec la Russie. La solidité, la rationalité et l’esprit de résistance, avec lesquels la délégation gouvernementale syrienne a négocié à Genève, ont permis de faire échouer le plan US d’exploiter les lacunes apparues à cause de la mollesse relative de la Russie. Aujourd’hui, après ce qui s’est passé en Ukraine, toute réévaluation de la part de la Russie doit aboutir à une plus grande fermeté dans la lutte contre le terrorisme et à un isolement de tous les États impliqués dans le soutien au terrorisme. Elle doit s’activer au Conseil de sécurité pour agir contre les sponsors du terrorisme, conformément à la vision défendue par la Syrie et l’Iran. Ces deux pays ont déployé des efforts sérieux pour préserver et renforcer leur alliance avec la Russie, tout en prenant soin de ménager les calculs de Moscou, même lorsqu’ils n’étaient pas totalement convaincus de la lecture et de l’analyse russe de la position états-unienne au sujet de la lutte contre le terrorisme. Un terrorisme soutenu, financé, armé et entrainé par des États satellites des États-Unis, notamment la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite.
Quelle que soit la nature de la riposte de la Russie en Ukraine, elle sera en harmonie avec une politique russe plus ferme dans le dossier syrien. Pendant ce temps, l’État syrien et ses alliés enregistrent des succès politiques et militaires et le leadership syrien jouit d’un soutien populaire grandissant. Les États-Unis s’apprêtent à couvrir un projet israélien d’établir une « zone de sécurité » en territoire syrien, placée sous le contrôle d’une milice syrienne auxiliaire d’Israël.
Quelques mois nous séparent de l’heure de vérité en Afghanistan, où l’administration Obama sera contrainte d’ouvrir des canaux de négociations avec l’Iran et la Russie. Ces mois vont connaitre l’apparition de nouvelles équations, permettant d’instaurer un nouveau partenariat international, qui doit commencer par le changement de la structure et des rapports de force aux Nations unies, pour libérer cette organisation de l’hégémonie US.
La victoire de la Syrie, qui se profile à l’horizon, sera couronnée par la réélection du président Bachar al-Assad, comme le reconnaissent des rapports de renseignement états-uniens présentés au Congrès US.
On assistera alors à la naissance du monde nouveau.

Déclarations et prises de positions

Michel Sleiman, président de la République libanaise
« Ceux qui s’opposent aujourd’hui à la Déclaration de Baabda sont ceux-là même qui revendiqueront sa mise en œuvre plus tard. En effet, la Déclaration a été adoptée lorsque des combattants du Nord du Liban ont commencé à se rendre en Syrie. L’ordre a alors été donné au commandement de l’armée, devant le Conseil des ministres, d’intercepter tout trafic d’armes, d’arrêter tous les combattants, par la force s’il le faut et de perquisitionner tout endroit susceptible d’abriter des armes. Tout le monde était d’accord. Cependant, certaines parties ont déclaré plus tard ne pas approuver la Déclaration et ont même prétendu ne pas en avoir discuté au sein du comité de dialogue. Les séances du comité de dialogue sont intégralement enregistrées, gardant donc une trace de toutes les interventions des participants, des corrections formulées et des suggestions. Certains avaient apporté des corrections linguistiques, d’autres des amendements politiques. C’est ainsi qu’après quatre heures et demie de réunion, le président de la Chambre, Nabih Berry, a lu la version finale et que la Déclaration a pu être adoptée et soumise aux instances internationales. Malgré tout cela, on ose prétendre que la Déclaration n’a pas été discutée et que le papier a été distribué aux participants. La stratégie nationale de défense a été mise en place pour traiter la question des armes. Elle table sur le fait que l’armée devra assumer toutes les missions lorsqu’elle aura la capacité de défendre le Liban. Ensuite, durant une deuxième étape, l’armée pourra profiter des armes de la Résistance par le biais d’un mécanisme réglementé et conformément à une décision politique. La présidence de la République a toujours existé et existera toujours, indépendamment de moi. Je refuse de considérer l’absence de quorum comme un acte démocratique. J’espère pouvoir prononcer mon discours de départ – que j’ai déjà donné l’ordre de préparer – au palais de Baabda lors de la cérémonie de passation du nouveau président. Si, à Dieu ne plaise, les élections n’ont pas lieu, je prononcerais quand même un discours de départ. Ce serait le pire des scénarios. »

Michel Aoun, chef du Courant patriotique libre
« L’élection d’un président consensuel signifie l’élection d’un président faible facile à contrôler. Un président fort devrait avoir une importante assise populaire, être capable de discuter avec toutes les parties et de renforcer l’application de la Constitution. S’ils veulent vraiment un État fort, j’ai mes chances. Sinon, qu’ils élisent quelqu’un d’autre. Il existe une volonté internationale de préserver la stabilité au Liban et d’organiser les élections dans les délais. Je suis l’allié du Hezbollah en ce qui concerne la question de la résistance, et je crois que chaque peuple dont la terre est occupée a le droit d’essayer de la libérer par tous les moyens, mais je ne suis pas en conflit avec le Courant du futur. Je n’ai, par contre, aucun contact avec Samir Geagea, qui a refusé toute communication avec nous quand nos députés ont tenté d’arranger une rencontre. L’existence de kamikazes libanais confirme le fait que le Liban constitue un terrain propice à la prolifération du terrorisme. »

Walid Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste
« Il est très possible d’aboutir à une déclaration ministérielle acceptable qui puisse mentionner la résistance, puisque la langue arabe est assez riche et permet de nombreuses nuances. Il est important de prendre en considération le fait que le Liban est occupé par Israël et que l’État et le peuple libanais ont le droit de résister. Je suis favorable à l’élection d’un président consensuel, ce qui nécessite une coordination entre le président de la Chambre Nabih Berry et Saad Hariri. C’est par le dialogue et l’élection d’un président consensuel que les répercussions des crises régionales peuvent être atténuées, surtout que la Syrie est sujette à une guerre dure et peut-être à la division. »

Nawaf Moussaoui, député du Hezbollah
« La résistance et ses acquis sont partie intégrante de l’histoire nationale libanaise. S’agissant d’une constante du pacte national et d’un fondement de la coexistence, il est normal que ce gouvernement, tout comme ses prédécesseurs et ses successeurs, exprime dans sa déclaration ministérielle son engagement fixe à l’égard du droit des Libanais à la résistance contre l’occupation, l’agression et les menaces israéliennes. »

Alain Aoun, député du Courant patriotique libre
« Le président Michel Sleiman avait informé le CPL qu’il ne serait pas intransigeant pour ce qui est de l’inclusion de la déclaration de Baabda dans la déclaration ministérielle et que ses ministres exprimeraient des réserves au cas où. Nous espérons que les autres parties ne seront pas plus royalistes que le roi. »

Samy Gemayel, député Kataëb du Metn
« Il n’existe aucun consensus au sujet de la résistance. Qui va faire de la résistance ? La formule relative au droit des Libanais à la résistance est étrange. Que veut-elle dire ? Que nous devons vivre dans une jungle et que nous devons distribuer des armes à tous les Libanais ? Seul le Hezbollah exprime des réserves au sujet de la déclaration de Baabda. »

Ahmad Hariri, secrétaire général du Courant du futur
« Notre seule arme reste la modération. Les rancunes n’édifient pas des nations et seules les armes légales peuvent régler le problème que posent les armes illégales. Mais soyons réalistes, la stabilité ne peut pas être instaurée au Liban tant que le Hezbollah combat en Syrie, et avant que le régime de Bachar el-Assad ne tombe, parce qu’il est la principale cause du chaos au Liban. »

Événements

• Le ministère libanais de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, a ordonné samedi la fermeture dès lundi de deux centres de distribution de gaz domestique à Bir Hassan, dans la banlieue sud de Beyrouth, en raison de menaces terroristes, rapporte l’Agence nationale d’information (ANI, officielle). Les deux centres seront fermés pour une période déterminée, le temps de vider les réservoirs de gaz. Le ministère de l’Intérieur a indiqué dans un communiqué que l’enquête menée avec des suspects ont montré que des attentats suicide étaient en préparation contre ces centres de stockage du gaz. Des mesures de sécurité seront prévues autour des centres.

• L’Armée libanaise a arrêté mercredi dans la Békaa un commandant du Front al-Nosra, la branche d’Al-Qaëda en Syrie qui combat le régime aux côtés des rebelles, a affirmé à l’AFP un responsable des services de sécurité. « Les renseignements de l’armée ont arrêté un des commandants d’al-Nosra dans la région de Macharih el-Qaa » frontalière de la Syrie, a indiqué cette source. Un porte-parole de l’Armée libanaise a affirmé de son côté à l’AFP qu’« une personne soupçonnée d’être un commandant d’al-Nosra a été arrêtée par l’armée dans l’est du pays ». « Le prévenu est interrogé », a-t-il précisé.

• Le quotidien Al-Akhbar a rapporté que des services de sécurité libanais ont demandé au député Talal Arslan de renforcer les mesures de sécurité qui l’entourent et de prendre des précautions dans ses déplacements, après qu’ils aient reçu des informations sur un plan visant à l’assassinat.

• Citant des sources de sécurité, le quotidien An-Nahar a rapporté, mercredi, que deux jeunes gens étaient postés dans la matinée de mardi sur le toit d’un immeuble dans la région de l’Unesco (Beyrouth) surplombant le siège de l’ambassade de Russie, et utilisaient des jumelles et des caméras. Une dame qui les a aperçus a averti les services de sécurité. Mais lorsqu’une patrouille est arrivée sur les lieux, les deux hommes avaient déjà quitté vers une destination inconnue.

• Le Front extrémiste al-Nosra a exécuté deux Syriens pro-régimes au Liban, ont rapporté vendredi plusieurs médias. Les corps du Syrien Ali et Mohammad Kouz ont été retrouvés à Wadi Hmeid près de Ersal, après un communiqué d’al-Nosra menaçant 12 Syriens qu’il accuse d’être un partisan du régime syrien.

• Au moins 175 rebelles islamistes, des étrangers pour la plupart, ont été tués dans une embuscade tendue dans les environs de Damas, près de Otaïba, dans la Ghouta orientale, par d’armée syrienne, rapporte l’agence de presse officielle SANA et des sources de l’opposition. L’agence Sana a précisé que les rebelles tués étaient de nationalité saoudienne, qatarie ou russe de Tchétchénie et qu’ils appartenaient au Front al-Nosra, ainsi qu’au groupe salafiste Liwa’ el-islam. Les télévisions ont montré des images de dizaines de corps entassés sur un sentier dans une région quasi-désertique. La télévision du Hezbollah, al-Manar, a diffusé une vidéos prise la nuit, de l’embuscade. Cette embuscade représente un succès important pour les forces de Bachar el-Assad dans leur tentative de renforcer leurs positions dans la capitale et à proximité. L’armée gouvernementale est parvenue à reprendre la main ces derniers mois, notamment grâce à l’intervention du Hezbollah.

Revue de presse

As-Safir (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
(28 février 2014)
Le détenu Mahmoud Abou Aalfa, membre des Brigades Abdallah Azzam, a avoué qu’il était en train, avant son arrestation, de planifier l’assassinat du président de la Chambre Nabih Berry. Il a indiqué aux enquêteurs des services de renseignement des FSI que certains individus étaient chargés de la surveillance de toutes les entrées du quartier d’Aïn al-Tiné à Beyrouth et de certains endroits sensibles que fréquentait Berry. Un attentat-suicide à la voiture piégée aurait été envisagé pour assassiner le président de la Chambre. Une source officielle a précisé que les Brigades Abdallah Azzam, affiliées à Al-Qaïda, étaient à deux doigts de fixer l’heure H de cet attentat. Le chef des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI), le général Imad Osman, en a informé l’un des proches collaborateurs de Nabih Berry, lui conseillant de renforcer les mesures de sécurité et de limiter ses déplacements autant que possible.
Abou Aalfa a été chargé par un haut responsables des Brigades Azzam, cheikh Sirajeddine Zoureikat, de mettre au point ce plan visant. Il a avoué avoir exploré la région à plusieurs reprises et avoir inspecté les entrées du palais, pour évaluer la capacité de résistance des portails en fer face à d’éventuelles attaques à l’explosif. Il a communiqué ses observations à Zoureikat, en estimant que l’importance des mesures de sécurité entourant la résidence de M. Berry rendait pratiquement impossible tout attentat. Cela ne les a pas empêché de poursuivre leur projet et ils sont parvenus à la conclusion que plusieurs attaques suicides étaient nécessaires.
La déposition d’Abou Aalfa correspond à des informations en possession depuis un certain temps des services de sécurité libanais et des agences de renseignement européennes, indiquant que M. Berry figurait sur la liste des cibles des groupes extrémistes. Les services connaissaient même les noms des individus impliqués dans les préparatifs de cet attentat, liés à Al-Qaïda et actifs dans le camp palestinien d’Aïn el-Héloué, près de Saïda.
As-Safir ajoute que le plan consistait en une double attaque suicide, la première contre l’entrée sud de la résidence de M. Berry, près des magasins Exotica, et la seconde visant l’entrée nord, du côté de Verdun.
Un des rapports des agences de renseignement précise que le groupe envisageait d’assassiner M. Berry à l’aide d’un fusil de haute précision.

As-Safir (28 février 2014)
À ceux qui refusent de faire mention de la résistance dans la déclaration ministérielle, Nabih Berry a demandé : « Qu’avez-vous fait après le raid israélien, et quelle fut votre réaction ? » M. Berry a assuré qu’il tenait fermement à ce que le droit du Liban et des Libanais à la résistance contre l’occupation soit inclus dans la déclaration ministérielle. Il répliquait ainsi aux membres du comité de rédaction qui prônaient de substituer au terme « résistance » une expression évoquant le droit de « faire face aux agressions israéliennes ». « R-É-S-I-S-T-A-N-C-E… Je ne renoncerai à aucune de ces lettres et refuserai toute compromission », a martelé le président de la Chambre. Tout en ne niant pas le rôle qu’il avait joué pour faire paraître la déclaration de Baabda, N. Berry a ajouté : « Citez-moi comme ayant appelé à inclure la déclaration de Baabda et la trilogie armée-peuple-résistance dans la déclaration ministérielle. Sinon, œuvrons pour un compromis portant sur les deux en même temps ». Dénonçant le retard pris par l’adoption de la déclaration ministérielle, il a lancé : « Je pourrais dès à présent convoquer une séance de la Chambre pour élire un président de la République si l’on continuait à perdre du temps en discutant de ce qui devrait être une évidence dans la déclaration ministérielle. Vous verriez alors comment le vent tournerait. » Appelant à mettre fin à toute attitude dilatoire, il a considéré qu’il était temps que la déclaration ministérielle soit mise au point pour que le cabinet se mette à l’œuvre.

As-Safir (28 février 2014)
Daoud Rammal
Avec la tenue de la deuxième réunion du groupe international de soutien au Liban à Paris, et en attendant que le gouvernement Salam obtienne la confiance du Parlement, la mobilisation occidentale et arabe se tourne vers l’élection présidentielle pour qu’elle puisse avoir lieu à la date prévue par la Constitution.
Une personnalité libanaise ayant rencontré des ambassadeurs occidentaux en poste au Liban les cite comme s’étant opposés à tout vide à la présidence. L’Occident est intervenu pour aplanir les obstacles extérieurs à la naissance du gouvernement. Les États-Unis et l’Onu auprès de l’Arabie, la France et la Suisse auprès de l’Iran. Ces ambassadeurs affirment que si les Libanais ne se décident pas à empêcher un vide à la présidence, l’Occident interviendra par souci de préserver la stabilité, en exerçant des pressions positives en vue du respect de l’échéance. Les grandes puissances sont en effet convaincues que la trêve actuelle entre le Hezbollah et le Courant du futur pourrait y contribuer, d’autant que Saad Hariri n’a cessé de répéter récemment être opposé au vide à la tête de l’État, alors que Hassan Nasrallah a ouvertement déclaré : « Finissons-en avec le dossier du gouvernement et élisons un président de la République ».

As-Safir (27 février 2014)
Le Hezbollah a attendu, avant de publier un communiqué au sujet du raid aérien israélien, de collecter toutes les données sur le terrain et d’analyser la portée de cette attaque ainsi que la manière d’y faire face. Surtout que le parti prend soin, dans de telles situations, de ne pas réagir impulsivement ou avec précipitation. Généralement, il prend tout le temps nécessaire pour adopter la position adéquate.
Voilà pour la forme. Pour le fond, des milieux proches du Hezbollah assurent que le raid a eu des résultats insignifiants sur le plan militaire, mais il est grave dans la mesure où il constitue une tentative de changer les règles d’engagement sur le territoire libanais. Et cela, le Hezbollah ne le permettra pas. Il n’acceptera pas la consécration d’une nouvelle équation israélienne qui consiste à exploiter le conflit en Syrie, et la participation du parti dans cette guerre, pour asséner des coups à la Résistance sans attendre de réaction de sa part.
Des milieux informés du climat des délibérations au sein du commandement après le raid font état d’une « décision ferme et décisive d’empêcher une modification des règles d’engagement consacrées par la Résistance lors des différentes étapes du conflit avec l’ennemi. » « Le parti est très sérieux lorsqu’il assure qu’il ripostera au moment et à l’endroit opportun, même s’il a eu lieu près de la frontière syrienne et n’a pas occasionné de pertes humaines », poursuivent les mêmes milieux.
Le Hezbollah considère que ce raid s’inscrit dans le cadre du « compte ouvert » entre lui et Israël, lequel ne cache pas son inquiétude que le parti soit en possession de capacités susceptibles de briser l’équilibre militaire. Aussi, le Hezbollah ne place pas cette attaque dans le cadre des développements de la guerre en Syrie, d’autant qu’elle s’est produite en territoire libanais, même si certains milieux de l’opposition syrienne ont laissé attendre que le raid pourrait pour servir ses calculs militaires.

As-Safir (25 février 2014)
Un haut responsable officiel libanais a reçu dernièrement un rapport sur les principales figures de « l’État islamique de la prison de Roumié ». Il s’agit du yéménite Ali Abdel Karim Saleh, surnommé Abou Tourab ; le Russe Serguei Vladimir Fichoski, surnommé Serguei le Russe ; le Syrien Taha Sleiman ; le Palestinien Hamzé Amine Kassem ; les Libanais Osman Mohammad Ibrahim et Bilal Khodr Ibrahim ; le Jordanien Youssef Osman Abdel Salam (responsable du Front al-Nosra), le Palestinien Mohammad Sleiman Khalaf ; le Saoudien Khaled Soueid, membre du Conseil de la Choura de la branche d’Al-Qaïda en Tchétchénie ; le Syrien Mohammad Saleh Zawawi, surnommé Abou Salim Taha (ancien responsable de Fatah al-Islam et membre actuel d’al-Nosra) ; le Saoudien Fahd al-Moughames (responsable d’Al-Qaïda).
Le rapport souligne que la plupart des détenus ont prêté serment d’allégeance au chef du Front al-Nosra, Abou Mohammad al-Joulani. Ils dirigent un réseau qui possède des ramifications dans d’autres prisons au Liban et le contact est établi grâce à Internet. En effet, des dizaines de smartphones, dont certains offrent le service Skype (son et image), ont été introduits dans la prison. Ils permettent de fournir aux détenus des données et des informations ou de donner des ordres, dont des attaques contre des cibles bien déterminées. Il suffit de se connecter à certaines adresses Internet à travers le système sans fils (Wireless) pour que le contact soit établi, jusqu’avec des forums au fin fond du monde.
Le rapport indique que plusieurs tentatives visant à déconnecter les smartphones du réseau ont eu lieu, à travers notamment un pylône de télécommunications installé près de la prison de Roumié. Mais le contact était rétabli très rapidement et les choses rentraient dans l’ordre. Début février, du matériel sophistiqué non pas de brouillage mais d’interruption des connections a été installé, mais personne n’a osé jusqu’à présent l’actionner, les ministères de l’Intérieur et de la Justice se dérobant à leurs responsabilités.
Le Front al-Nosra et consorts ont inscrit à leur ordre du jour la préparation d’une opération militaire et sécuritaire pour une évasion collective d’un grand nombre de détenus ; soit à travers une mutinerie à l’intérieur de la prison, à la faveur de laquelle des ouvertures seraient faites dans les murs d’enceinte, à l’aide de charges piégées à base de carbone ; soit à partir de l’extérieur du pénitencier, selon plusieurs scénarios. L’un d’eux prévoit une attaque par des assaillants portant l’uniforme des Forces de sécurité intérieure (FSI) ; un autre plusieurs attaques suicide à divers endroits, qui provoqueraient une situation chaotique. Des attaques préventives contre d’autres prisons ne sont pas exclues, notamment à Zahlé ou à Jezzine, où la plupart des partisans du cheikh Ahmad al-Assir sont détenus dans un site qui n’est pas entouré des mesures de sécurité et de protection nécessaires.
Le rapport conclut que les détenus islamistes de Roumié sont en contact quotidien avec des forums proches d’Al-Qaïda en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au Pakistan, en Tchétchénie et dans des pays du Golfe. Ils ont lancé des campagnes de solidarité avec eux et ont demandé à Abou Mohammad al-Joulani et à l’émir de « Daech » (L’État islamique en Irak et au Levant), Abou Bakr al-Baghdadi, de les faire libérer par la force. Ils sont également en contact quotidien avec des personnalités islamistes libanaises et des tribunes médiatiques, sous l’œil des autorités libanaises qui regardent en spectateur.

An-Nahar (Quotidien libanais proche du 14-Mars)
(28 février 2014)
Des sources diplomatiques informées affirment que le conflit syrien demeure à son apogée et réserve au Liban, à la région et au monde de nouvelles surprises, notamment à la lumière des derniers développements de la bataille de Yabroud et des préparatifs pour une avancée de l’opposition vers Damas. Ces batailles contribueront certainement à briser l’équilibre en place.
En formant un nouveau gouvernement et en planchant sur la déclaration ministérielle, le Liban a franchi une étape importante qu’il s’agit de sauvegarder. Les sources affirment à cet égard que le timing du gouvernement ainsi que l’intensification des efforts pour la tenue de la conférence de Paris en mars, puis de celle de Rome, traduisent une volonté internationale claire de protéger le Liban durant une phase cruciale où se jouent la crise syrienne, les négociations sur le nucléaire iranien et le compromis israélo-palestinien.
Cependant, les sources diplomatiques affirment que les factions libanaises réalisent bien que le soutien international demeure très restreint par rapport aux trois défis principaux que le Liban doit relever :
- épargner au Liban les répercussions de la crise syrienne, au moment où se côtoient les parties opposées à l’implication en Syrie et les parties impliquées ;
- mettre un terme aux attentats terroristes ;
- traduire les paroles en actions, notamment en ce qui concerne l’échéance présidentielle.

Al-Akhbar (Quotidien libanais proche du 8-Mars)
(28 février 2014)
Bien que le 8 et le 14-Mars assurent qu’une ambiance positive règne lors du débat sur l’avant-projet de la déclaration, les divergences persistent au sujet de la clause relative à la résistance, en attendant de trouver une tournure linguistique acceptée de tous. sinon, le gouvernement n’obtiendra pas la confiance du Parlement.
Selon des personnalités l’ayant rencontré, le président Nabih Berry, tout comme le Hezbollah, tient à ce que le terme « résistance » figure dans la déclaration ministérielle. Des sources liées au 8-Mars, assurent donc que ce camp politique ne renoncera pas à la formulation qu’il avait proposée en ce qui concerne la résistance : « Vu la responsabilité de l’État en matière de préservation de la souveraineté et du sol libanais, le gouvernement confirme le droit des Libanais à la résistance contre toute agression et à la libération du territoire occupé par tous les moyens légitimes et disponibles ». Il serait toutefois possible de modifier cette clause en y ajoutant la mention suivante : « Le gouvernement confirme le devoir du Liban et le droit des Libanais à la résistance. » L’ambiance n’est pas négative. Mais si le 14-Mars demeure attaché à ce que la clause relative à la résistance soit entièrement rayée de la déclaration ministérielle, le gouvernement sera assuré de ne pas obtenir la confiance du Parlement. Les mêmes sources ont indiqué que le débat se poursuivrait et qu’il n’est pas impossible de parvenir à une entente. Des sources proches du 14-Mars ont prédit, quant à elles, un accord imminent sur la déclaration ministérielle.
Si la déclaration ministérielle n’est pas mise au point aujourd’hui (vendredi), il sera improbable que le vote de confiance ait lieu d’ici le début de la semaine prochaine. Ce qui revient à dire que le président Michel Sleiman participera à la conférence de Paris en appui au Liban, le 5 mars prochain, avant que le nouveau gouvernement n’ait obtenu la confiance de la Chambre, alors qu’il aurait préféré se rendre à Paris après ce vote.

Al-Akhbar (26 février 2014)
Jour après jour, des détails supplémentaires apparaissent dans les aveux de Naïm Abbas. Beaucoup d’informations recueillies par les enquêteurs des services de renseignement de l’armée sont jugées « très importantes ». Abbas était le sous-traitant des opérations du Front al-Nosra et de Daech à Beyrouth. Il est totalement ou partiellement responsable de la plupart des attaques terroristes contre la banlieue sud, à commencer par les tirs de roquettes sur Chiyah, au milieu de l’année 2013, en passant par l’attentat de Bir al-Abed et les deux attaques suicide de Haret Hreik.
Dans ses aveux, Naïm Abbas reconnait qu’il était en contact avec le dénommé Abou Khaled al-Souri, le compagnon de route d’Oussama Ben laden et de Abdallah Azzam et le représentant d’Ayman al-Zawahiri en Syrie, chargé de l’arbitrage entre al-Nosra et Daech. Abou Khaled, qui est aussi l’un des fondateurs de « Harakat Ahrar al-Cham », a été assassiné il y a trois jours à Alep.
Tout ce qu’il y a dans la déposition de Abbas est dangereux : les opérations qu’il a menées et celles qui n’ont pas réussi, le nom de l’un de ceux qui lui fournissait l’argent en provenance de Daech, cheikh Omar Jouaniyé, membre de l’Association al-Takwa à Beyrouth, qui lui a un jour remis 20 000 dollars.
En marge de ces aveux, il existe d’autres informations, non moins importantes, fournies par deux candidats kamikazes appréhendés par l’armée dans le sillage de l’arrestation de Abbas. Il s’agit de Bakr Mohammad al-Mahmoud (né en 1996 à Wadi Khaled) et Omar Moumtaz Khodr (né en 1991 à Berqayel). Le premier a été arrêté dans la Békaa et a reconnu qu’il avait accepté de commettre un attentat suicide préparé par Naïm Abbas pour le compte de Daech. Il a nommé dans son interrogatoire cheikh Imad Malis, qui l’a recruté pour aller combattre en Syrie et pour mener une attaque suicide contre les « rawafed » (le nom donné aux chiites par les extrémistes sunnites, ndlr). Le second a été arrêté alors qu’il revenait de Syrie pour aller rencontrer cheikh Houssam Sabbagh, au Liban-Nord, pour lui remettre une somme d’argent à être utilisée dans la préparation de voitures piégées.
Sabbagh est l’un des plus éminents dignitaires religieux de Tripoli et a un ascendant sur la plupart des hommes armés de la ville, et entretient des relations étroites avec les chefs des groupes armées au Nord et en Syrie, ainsi qu’avec l’ancien chef du Rassemblement des ulémas musulmans, Salem al-Raféï. Certains milieux sécuritaires disposent d’informations selon lesquelles il serait l’un des représentants d’Al-Qaïda au Liban et serait membre du Conseil de la choura, chargé en 2006 de préparer le terrain pour l’implantation de l’organisation au Liban et le recrutement de combattants pour les envoyer en Irak.
Sabbagh est aujourd’hui un homme libre. Il participe, de temps à autre, à des réunions avec des responsables sécuritaires et des officiels à Tripoli.
En bref, il est l’une des « lignes rouges » que l’État libanais n’ose pas toucher. Il l’est toujours bien que son nom ait apparu dans la déposition d’un kamikaze qui préparait des attentats à l’explosif au Liban.

Al-Raï (Quotidien koweitien, 28 février 2014)
Le quotidien koweitien Al-Raï rapporte, vendredi, que des commandants de la salle d’opération commune entre l’armée syrienne et le Hezbollah ont indiqué que la grande colonne de rebelle syriens, tombée cette semaine dans une embuscade dans la Ghouta orientale (175 morts), se dirigeait vers le Sud de la Syrie, plus précisément vers la Jordanie. Ce sont les rescapés qui ont fourni cette information lors de leur interrogatoire. Les mêmes sources ajoutent que « l’embuscade est l’une des réponses aux attaques lâches qui visent des civils et des entreprises au Liban ». « Ce type d’opérations est organisé dans des passages empruntés par le Front al-Nosra lors de ses tentatives visant à reprendre le contrôle de la Ghouta », ont déclaré ces sources. Les commandants de la salle d’opération ont indiqué que neuf embuscades du même type ont déjà été tendues contre le Front al-Nosra et ont fait 623 morts étrangers et plusieurs centaines de morts syriens, sans aucune bataille. « Il s’agit d’un message à l’ennemi israélien pour lui montrer ce qui l’attend s’il décide de se lancer dans une aventure militaire contre le Liban », ont affirmé les mêmes sources.

L’Orient-Le Jour (Quotidien francophone libanais proche du 14-Mars)
Scarlett Haddad, (1er mars 2014)
Il a suffi que le Hezbollah annonce dans un communiqué évasif son intention de riposter au double raid israélien dans la région de Janta, en précisant qu’il a eu lieu à l’intérieur du territoire libanais, pour qu’Israël déclare l’état d’alerte dans certaines zones à la frontière du Liban. Plus même, le village de Ghajar a été totalement évacué et décrété zone militaire, tant est grande la crainte des israéliens d’une réédition de l’enlèvement de leurs soldats, dans la région de Adaïssé en 2006, qui a été officiellement à l’origine de la guerre de juillet de la même année. Depuis deux jours, les médias israéliens multiplient les analyses et les supputations sur la forme et le timing de la riposte du Hezbollah. Surtout après le piège de Outaïba, dans la Ghouta orientale, au cours duquel les soldats syriens et les moujahidine du Hezbollah ont réussi à tuer plus de 170 combattants de l’opposition, en route pour préparer une grande offensive contre les forces du régime dans le rif de Damas. Les experts militaires estiment que ce piège rappelle par sa précision et son audace la fameuse opération d’Ansariyé en septembre 1997 réalisée par les combattants du Hezbollah contre des soldats israéliens. Dans cette opération, le Hezbollah avait réussi à obtenir des informations sur un débarquement israélien dans ce village du Sud, et ses hommes avaient tendu un piège aux assaillants qui leur a permis de tuer les douze soldats israéliens qui ont participé à cette opération, dont le chef de l’unité Yossi Korkin. À cette époque, l’armée israélienne avait affirmé que le Hezbollah avait réussi son coup par hasard, ayant installé des défenses dans la région par simple précaution. Il a fallu attendre de nombreuses années pour connaître le fin mot de l’opération, lorsque, dans une conférence de presse donnée en 2010, le secrétaire général du Hezbollah a révélé comment son parti avait réussi à infiltrer les codes de transmission et de communication des unités israéliennes avec leurs bases au nord de la Galilée. Ce qui lui avait permis de connaître à l’avance les détails et le timing de l’opération qui se préparait. Le piège de Outaïba ressemblerait donc à celui d’Ansariyé. Ce qui serait le signe de la qualité des informations captées par les forces du régime syrien et leurs alliés libanais, ainsi que leur niveau de préparation et leur vigilance.
Les médias israéliens ont donc pris les menaces de riposte du Hezbollah au sérieux, d’autant que le parti aurait pu garder le silence ou arguer du fait que les raids ont eu lieu dans une zone frontalière imprécise, plutôt du côté syrien, se dégageant ainsi de la responsabilité de riposter. Mais en affirmant qu’ils ont visé le territoire libanais, le Hezbollah montre clairement, selon les médias israéliens, qu’il ne veut pas étouffer l’affaire et est au contraire prêt à rendre coup pour coup. L’inquiétude reflétée par les médias israéliens et l’état d’alerte déclaré le long de la frontière avec le Liban montrent que l’attitude du Hezbollah a déjà porté ses fruits. Depuis la publication du communiqué du Hezbollah, les analystes militaires israéliens ont multiplié les commentaires sur les failles du système de défense antimissiles installé dans le pays avec l’aide des États-Unis. Selon ces analystes, ce système permet de défendre des régions précises bombardées par des missiles précis. Il n’assure donc pas la protection de l’ensemble du pays et n’est pas efficace contre tous les types de missiles. Il n’est pas non plus efficace en cas de bombardement intensif, dans le sens qu’il peut intercepter un nombre déterminé de missiles seulement. Et, enfin, il est très coûteux.
Toutes ces données montrent que les Israéliens ont cru pouvoir adresser un message musclé au Hezbollah, pensant que ce dernier l’aurait reçu et en aurait tenu compte, et l’affaire en serait restée là. Mais la réaction du Hezbollah a surpris les Israéliens, et les milieux diplomatiques occidentaux affirment depuis deux jours que ni Israël, ni les États-Unis, ne veulent d’une nouvelle guerre entre le Hezbollah et l’armée israélienne, ni d’ailleurs de la moindre escalade le long de la frontière entre le Liban et Israël. De plus, ces développements sont intervenus au moment où se tenait une réunion à l’ONU demandée par l’Arabie saoudite pour « examiner la situation humanitaire » en Syrie. Cette réunion avait été l’occasion d’un débat véhément entre le représentant de la Syrie Bachar Jaafari et celui du royaume wahhabite, en présence du délégué israélien et de ceux d’autres pays de la région. Jaafari en a profité pour dénoncer ce qu’il a considéré comme « la collusion entre l’Arabie, Israël et des factions de l’opposition syrienne ». Ce qui lui a valu les violents démentis du délégué saoudien et ses accusations au « régime syrien qui tue sauvagement son peuple ». Mais la surprise est venue du représentant de l’Égypte qui n’a prononcé qu’une seule phrase pourtant significative, puisqu’il a dit : « Il ne faut pas oublier que le Golan syrien est occupé par Israël. » Le régime égyptien, actuel et en gestation, n’est donc pas acquis aux thèses saoudiennes et… israéliennes au sujet de la Syrie et de la guerre régionale qui s’y déroule. La situation en Égypte a donc beau être confuse, ce pays n’en reste pas moins à la recherche d’une certaine distance entre lui, les Israéliens, les Américains et les Saoudiens. Les efforts pour neutraliser le pays des pharaons n’ont pas encore abouti, et le moment où Israël pourra faire ce qu’il veut dans la région n’est pas encore arrivé. La réaction des médias israéliens au communiqué du Hezbollah en est la meilleure preuve…

Lebanonfiles (Site d’information indépendant, 27 février 2014)
Des figures médiatiques proches du Courant du futur, ou évoluant dans son orbite, n’ont pas caché leur mécontentement de ce qu’elles ont entendu de la bouche de l’ancien Premier ministre, Saad Hariri. Ces journalistes se sont jetés des regards étonnés en entendant M. Hariri, qui les recevait à Riyad, leur parler de sa coordination permanente avec le général Michel Aoun, surtout lorsqu’il a dit : « J’apprécie cet homme ».
Ces journalistes travaillent dans des médias appartenant à Saad Hariri ou proches de lui. Ils ont en commun leur soutien à l’ancien Premier ministre et leur haine du général Michel Aoun.
Le chef du Courant du futur a été très clair, en affirmant qu’il était en contact téléphonique quasi-quotidien avec le général Aoun, précisant que la coordination porte sur des questions diverses. À la question de savoir si ce contact est un indice sur un accord pour l’élection du général Aoun à la présidence, M. Hariri a déclaré : « Jusqu’à présent, nous n’avons pas abordé la question de l’élection présidentielle ».
La visite de ces journalistes à Riyad a eu lieu il y a une semaine. Et depuis, certains participants à cette rencontre ont la mine sombre.

AFP (Agence France-Presse, 27 mars 2014)
Le groupe jihadiste l’État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL) a annoncé avoir imposé une série de règles aux habitants chrétiens de la ville syrienne de Raqqa qu’il contrôle. Le groupe a annoncé lui-même cet « accord » contenant 12 règles censées garantir la « protection » des chrétiens. Ceux qui ne le respecteront pas seront traités comme des ennemis, a-t-il menacé. Quelque 300 000 personnes habitaient cette ville avant le début des violences en Syrie en mars 2011, et moins de 1 % étaient chrétiens. Nombre d’entre eux ont quitté la ville quand l’ÉIIL a commencé à attaquer et à brûler des églises. Le texte, publié sur des forums jihadistes et portant le cachet de Daech, stipule que les chrétiens doivent verser une taxe, qui était imposée aux premiers temps de l’islam aux non-musulmans. Les chrétiens fortunés doivent payer jusqu’à l’équivalent de 13 grammes d’or pur, ceux de la classe moyenne devront verser la moitié de cette somme, et les défavorisés le quart. L’« accord » exige également que les chrétiens s’abstiennent de montrer « une croix ou toute chose de leur Livre dans les marchés ou les endroits où il y a des musulmans » et d’« utiliser des haut-parleurs pour faire entendre leurs prières ». Les chrétiens doivent également s’abstenir de « célébrer leurs rituels (…) hors de l’église ». Selon cet « accord », ils doivent également obéir aux « règles imposées par l’ÉIIL, comme celles liées à la discrétion dans la manière de s’habiller ». Le groupe jihadiste a également indiqué que les chrétiens « ne devaient pas restaurer les monastères ou les églises (…) dans leur ville ou les environs ». Les chrétiens ne doivent pas porter d’armes, a aussi précisé l’ÉIIL, en avertissant que ceux qui ne respecteraient pas ces règles feront face au même « destin » que celui subi par la rébellion.

 

Source
New Orient News

 

[1] Lire notre dossier sur le coup d’État ukrainien de 2014, notamment :
- « Le printemps arabe frappe à la porte de l’Europe », par Andrew Korybko, Traduction Gérard Jeannesson, Oriental Review, Réseau Voltaire, 3 février 2014.
- « Après la Yougoslavie, l’Ukraine ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 février 2014.
- « Conversation entre l’assistante du secrétaire d’État et l’ambassadeur US en Ukraine », Oriental Review, Réseau Voltaire, 7 février 2014.
- « Washington peut-il renverser trois gouvernements à la fois ? », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 23 février 2014.
- « Moscou inverse les rôles à Kiev », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 2 mars 2014.

[2] « Comment le Conseil des relations étrangères détermine la diplomatie US », Réseau Voltaire, 25 juin 2004.

Doc. 1950-1990 – Le scandale des armées secrètes de l’OTAN


Documentaire très clair sur la réalité du complot politico-militaire des occultistes de la CIA (Bush et le Skull & Bones…) ! Les faits sont là, des juges et procureurs, des journalistes… affirment la réalité de ce complot, des massacres nombreux réalisés par les états européens contre leurs propres peuples ! Affaire des tueurs du Brabant en Belgique ou ceux des nombreux attentats de Licio Gelli se faisant passer pour les Brigades Rouges… Écoutez attentivement le témoignage de Licio Gelli justement sur son pouvoir de commander le patron des services secrets italiens, alors qu’il ne représentait absolument rien sinon le grand maître de la loge P2 affiliée au GODF. C’est ici même que réside le réel pouvoir, celui qui change l’avenir des peuples.
Ce doc est passé hier sur France 5 vers minuit, mais il est plus ancien. À voir et partager avec le plus grand nombre. Rappelons ici la version turque de ce complot, le scandale Ergenekon.
Ce reportage exceptionnel va fermer le clapet de bien des imbéciles ignorants, comme un certain scatophile dégénéré, qui nient la réalité du complot et son influence sur nos politiques économiques ou autres.

source : http://www.lelibrepenseur.org/2014/02/06/otanciagladiostay-behind-la-realite-du-complot-criminel/