Aphorismes misogynes ?


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par Pierre-Yves Lenoble

« Une bonne affaire :

acheter toutes les femmes au prix qu’elles valent et les revendre au prix qu’elles s’estiment », Jules Renard (1864-1910).

 

-Avertissement : nous confessons de tout notre être (H) que nous aimons les Femmes (F) pour ce qu’elles sont.

-Les révolutions ne sont jamais populaires, elles sont bourgeoises ; idem pour les mouvements féministes.

-Les grosses féministes dégueulasses (cotées en moyenne à 2,5/10 sur le marché du sexe, avec tatouages, piercings, cheveux bleus et voix stridentes) mériteraient le camp de rééducation. Fessées, ménage, cuisine, éducation sexuelle rigoriste, sport et lectures traditionnelles sont au programme.

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Il y a quatre types de femmes en chaque femme : la Mère, la Courtisane, la Prostituée et la Sorcière.

-H pense, F dépense, H est de Droite, F est de Gauche, H est individualiste, F est collectiviste, H produit, F reproduit, H est Forme, F est matière, H est différencié, F est indifférenciée, H est dominant, F est soumise, H est verticalité, F est horizontalité, H est raison, F est sentiment, H est synthèse, F est analyse, H est plein, F est vide, H est XY, F est XX, H est un Ciel fécondant, F est une Terre absorbante, H est essence, F est substance… etc.

-Dans notre société dépourvue de rites matrimoniaux stricts, on peut dire que la majorité des femmes laides (généralement baisées du cerveau par le féminisme et toutes les sortes de gauchiasseries, les pauvres !) ne sont seulement que de la viande à hommes saouls.

-L’amitié homme/femme n’existe pas, sauf en cas d’utilisation d’une ceinture de chasteté.

-H crée des civilisations pour séduire F.

-La femme s’ennuie (“en-nuit”) lorsqu’elle n’est plus éclairée par un homme ; H est un soleil, F est une lune, l’un illumine, l’autre est allumée. Bref, F est déterminée par ce qu’est H.

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-F est soit une bigote, soit une dévergondée. H est soit un coq, soit un chapon.

-Une femme mûre sans enfant est comme un papillon sans aile.

-Plus F est belle, plus elle est exigeante avec H. Plus F est laide, plus elle est gentille avec H. « Manquerait plus qu’elle morde celle-là ! », résume admirablement le dicton populaire.

-La loi de Briffault stipule que 80% des femelles désirent se reproduire avec 20% des mâles (l’hypergamie féminine est tout à fait naturelle et primordiale afin de prévenir les processus dysgéniques), d’où le dicton bien connu : « La femme donne son cœur au vaincu et son cul au vainqueur »…

-Conseil pour avoir du succès avec les femmes : ignorez-les ou devenez un mâle Alpha.

-Lorsque les êtres humains ne maîtrisent ou n’évacuent pas leur énergie sexuelle, H devient violent et F devient folle.

-Quand H est « en chien » il ne tombe amoureux (oui, il tombe) que de chiennes et devient leur toutou, fermement tenu en laisse.

-Soit H comprend F, soit il est amoureux d’elle, dans l’illusion de l’amour terrestre : « L’amour rend aveugle », c’est bien connu…

-Dans les sociétés traditionnelles, H est prêtre, guerrier ou constructeur en vue de protéger et de préserver le ventre de F : « Les femmes et les enfants d’abord » !

-En 2018, les plus belles, les plus saines, les plus droites et les plus épanouies des femmes appartiennent à la communauté Amish.

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-En regardant l’histoire universelle d’une façon objective, on s’aperçoit vite que les sociétés patriarcales furent florissantes ou conquérantes, et que les sociétés matriarcales furent stagnantes ou décadentes.

-La plèbe se prosterne devant la Déesse-Mère, l’élite incarne le Ciel/Père.

-A l’image d’une foule, F marche à la suggestion, elle est continuellement dans l’attente hâtive du père rassurant ou dans l’attente anxieuse du père fouettard. En clair, H est pour F ce qu’un dictateur est pour une foule.

-Il est tout à fait significatif que les deux femmes qui ont le plus compté pour Jésus furent une vierge et une prostituée.

-L’étude scientifique rigoureuse de l’ovule et des spermatozoïdes en dit long sur les rapports homme/femme.

-H doit conquérir sa « Dame » intérieure, F son « chevalier » extérieur.

-Symboliquement, H est l’âme divine anthropomorphisée, F est la nature anthropomorphisée. H est le plus stupide des anges, F le plus intelligent des animaux. H et F sont ainsi parfaitement complémentaires.

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-Lorsque H et F se connaîtront eux-mêmes, lorsqu’ils vivront selon leur propre idée platonicienne, alors ils retourneront dans le jardin d’Éden ; en revanche, lorsqu’ils n’assumeront plus du tout leur nature respective, ce sera la fin du monde… et apparemment c’est pour bientôt.

-Une société composée de 99 femmes et d’un seul homme peut être viable, alors que l’inverse est impossible : F a donc plus d’importance que H au niveau sociétal.

-Sans une Tradition qui élève H et F au-dessus d’eux-mêmes, les sociétés humaines tombent dans le darwinisme social bête et méchant (d’un niveau plus bas qu’une cour de récréation à la Maternelle). Dans ce contexte déspiritualisé et matérialiste, F est plus courageuse et malheureuse que H.

Aphorismes bien profonds


Le passage rougie par honte de vérité…


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par Pierre-Yves Lenoble

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– Le seul libre-arbitre accordé à l’homme est de connaître ses déterminismes physiques et psychiques.

– Les seules choses vivantes et intéressantes à notre époque sont paradoxalement les ruines.

– Les seuls hommes politiques dignes d’intérêt au XXe siècle furent Corneliu Zelea Cordreanu, José Antonio Primo de Rivera et Léon Degrelle.

– Le dernier événement historique qui a une réelle valeur à nos yeux est la prise de la Bastille du 27 avril 1413 par nos glorieux ancêtres les Cabochiens, le reste ne nous concerne pas.

Pour bien comprendre la rapidité de la dégénérescence actuelle, regardez de plus près nos propres travaux : au début nous avons fait de longs livres avec de nombreuses notes, puis des petits livres, puis des articles, puis des aphorismes, puis des vidéos Youtube… l’année prochaine, ce sera des grognements, et finalement le grand silence.

– Pour trouver le sommeil, rien de mieux que les médiocres conférences crypto-maçonniques du gros boomer Asselineau ; blablabla… Vercingétorix…. blablabla… Jeanne d’Arc… blablabla… 1789… blablabla… république… blablabla… proverbe chinois… blablabla… article 50… ZZZZZZ.

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– « Ma personne est sacrée » ! : hahahaha, non Merluchon, tu as une individualité mais tu n’es plus une personne car tu as donné ton Moi véritable à l’égrégore maçonnique lors de ton serment d’admission, tu es seulement un futur fantôme, effacé du Livre de Vie depuis le pacte qui a lié ton âme supérieure… à moins que tu te repentisses et que tu te fasses exorciser.

– « Montrez-moi une femme parfaitement éduquée, qui décide d’avoir 7, 8, 9 enfants » : hahahaha, eh Micron, montre-moi une femme bien éduquée de 40 balais qui détourne un mineur de 15 ans…

– La loi islamique autorisant le mariage avec quatre femmes fut une idée géniale afin de lutter contre l’hypergamie féminine et le dysgénisme, car la majorité des femmes pouvaient alors se reproduire avec les meilleurs des hommes, tandis que les plus mauvais étaient exclus de la reproduction (en effet, pour avoir les moyens d’entretenir quatre femmes au VIIe siècle en Arabie, il fallait être un sacré mâle alpha). Le christianisme médiéval avait également bien compris cela (de façon hypocrite certes) en fermant par exemple les yeux devant la multitude des bâtards royaux.

– De même que les nationalismes européens ont tué la Chrétienté, de même les nationalismes arabes ont tué le Califat ; bref, politique et tradition ne font pas bon ménage.

– A l’âge de trois ans, en rentrant à la maternelle, nous avions déjà compris inconsciemment que le vivre-ensemble, le multiculturalisme, la bien-pensance, le gauchisme, l’antiracisme, la féminisation et l’immigration de masse étaient de graves erreurs.

– A tous les professeurs de l’Éducation Nationale qui pendant vingt ans nous ont “instruit” et nous ont fait perdre un temps précieux (plus de la moitié de notre vie!!!), nous leur disons le plus calmement du monde : allez tous cramer en Enfer !

– En fin observateur des changements sociétaux survenus lors des années 6O en Italie, Julius Evola écrivait ces mots féroces (qui nous font quand même bien rigoler) : « On a eu également une mode typique entre toutes, et qui n’a pas encore complètement disparu, celle des blue-jeans pour les femmes et même pour les hommes, les blue-jeans n’étant, on le sait, que des pantalons de travail. La passivité et la tolérance du sexe masculin ont, à ce sujet, quelque chose de stupéfiant. Ces jeunes femmes, on aurait dû les mettre dans des camps de concentration et de travail ; tels auraient été, plutôt que des appartements luxueux et existentialistes, les lieux appropriés à leur tenue, et qui auraient mieux pu leur servir de rééducation salutaire » (L’arc et la massue, Pardès, 1984, p.88-89). Qu’aurait écrit le grand penseur italien s’il avait vu les rues de nos jours ?

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– La génération des baby-boomers, jouisseurs/consommateurs dépressifs qui osent donner des leçons, est la pire que la terre ait jamais porté. La devise de ces souillons est : « Après nous le déluge ».

– Celui qui a compris la loi d’analogie entre le haut et le bas, la loi de régression des castes, la loi des degrés de sexualisation et la loi de Briffault, a compris les grands ressorts de l’histoire universelle et des rapports humains.

– Nous savons que le pérennialisme est la seule idéologie véridique car les athées nous traitent d’illuminés, les intégristes religieux d’hérétique, les gauchiasses de fasciste, les droitards de baboucholâtre, les new-age d’obscurantiste, les zombies de passéiste… etc. : cela intéresse tout le monde mais ne plaît à personne… D’ailleurs, les seuls qui nous comprennent sont toujours des êtres droits et intelligents.

– Repose en paix Robert…

L’hiver d’un monde


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par Pierre-Yves Lenoble

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-En langage guénonien, on peut avancer que la Gauche est comparable à l’ « Anti-Tradition », alors que la Droite équivaut à la « Pseudo-Tradition ».

-Qu’est-ce exactement qu’avoir une « bonne mort » ? : c’est parvenir à dématérialiser sa partie matérielle et à matérialiser sa partie immatérielle.

-A bien des égards, il n’est pas impossible que l’humanité est en train de vivre une période post-apocalyptique : en effet, toutes les eschatologies traditionnelles affirment qu’à la fin des temps les hommes seront gourmands et pleins d’envies, en revanche aucune n’a prédit la surconsommation et l’obésité ; elles déclarent que la luxure et la dépravation des mœurs se répandront en masse mais aucune ne parle d’industrie du porno, de millions et de millions d’IVG ou de drag-queens éduquant les enfants ; elles évoquent les dissensions familiales et la division sociale, aucune n’avait prévu le féminisme, le transgenre ou la GPA/PMA ; toutes annoncent des calamités naturelles en tout genre, aucune n’a prédit la géo-ingénierie et les chemtrails ; toutes nous disent qu’il y aura des guerres destructrices partout sur terre, aucune ne fait mention d’attentats sous faux drapeaux ou de soft-power…

-Corruption généralisée à tous les échelons de l’appareil étatique, hommes politiques soumis à des intérêts étrangers, conflits inter-ethniques, décadence culturelle et intellectuelle, flicage des populations, paupérisme et formation de bidonvilles, développement d’églises évangélistes et du wahhabisme, réseaux pédocriminels, attrait croissant pour le foot et la télé-poubelle, influence grandissante des ONG, bref, à la vue de tous ces signes des temps, il apparaît clair que la France va bientôt devenir un pays du Tiers-monde.

-Les petits soldats de la sacro-sainte « liberté d’expression » autoriseraient-ils Voltaire à écrire cela en 2018 ? : « Vous prétendez que vos mères n’ont pas couché avec des boucs, ni vos pères avec des chèvres. Mais dites-moi, messieurs, pourquoi vous êtes le seul peuple de la terre à qui les lois aient jamais fait une pareille défense (Lévitique 17, 7 et 20, 15) ? Un législateur se serait-il jamais avisé de promulguer cette loi bizarre, si le délit n’avait pas été commun ? » (Dictionnaire Philosophique, Edition du journal Le Siècle, 1867, p. 497).

-Chaque découverte scientifique chasse l’autre dans l’oubli et chacune est un coup de grâce à la pensée matérialiste et progressiste : il n’y a qu’une seule vérité, immuable car de nature toute spirituelle, il n’y en a pas trente-six.

-Aucune civilisation n’a survécu à la perte de sa sacralité révélée. Notre société mondialisée n’est qu’une parodie de civilisation, un amas humain acculturé se cherchant en vain des sacralités artificielles.

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-L’homme inférieur préfère avoir tort avec la masse qu’avoir raison avec la minorité. L’homme supérieur préfère la liberté de penser et la quête de vérité à toute représentation sociale… et même à sa propre mort.

-Les formes externes que revêtent les êtres sont transitoires, seules les formes internes qui les soutiennent sont éternelles.

-Le destin des civilisations ressemble par analogie au déroulement annuel des quatre saisons : 1) Printemps : la civilisation bourgeonne à partir d’une sacralité collective révélée et autour d’une autorité spirituelle légitime, porteuse d’une vision du monde unicitaire, qui organise pas à pas l’ensemble du corps social ; 2) Été : le groupe, notamment et surtout les élites temporelles, est totalement soumis aux représentants du Sacré, toute la société est ordonnée, hiérarchisée et atteint un apex civilisationnel (cela se concrétise par de grandioses productions intellectuelles, architecturales et artistiques en tant que fruits culturels) ; 3) Automne : les élites profanes (noblesse et bourgeoisie) se révoltent contre l’autorité sacrale de leur cléricature, s’auto-divinisent illégitimement, remettent en cause les anciens piliers traditionnels et changent toute la tournure d’esprit générale (arrivée de nouveaux cultes, les pensées et les croyances se rationalisent, fractures diverses au sein de la société) : la décadence s’enclenche inexorablement ; 4) Hiver : c’est l’ère terminale des foules et des masses indistinctes (mélangées spirituellement, culturellement et ethniquement) voyant la profanation, la solidification et la mort lente de tous les aspects de la société, c’est le « règne de la quantité », la « fin de l’histoire »…

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L’île mystérieuse


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par Pierre-Yves Lenoble

« Parmi les îles de l’Inde qui sont situées sous l’équateur, l’une d’elles serait l’île où l’homme naît sans père ni mère : voilà ce que rapportent nos glorieux ancêtres – Dieu en soit comblé ! Cette île jouirait, selon eux, de la température la plus égale et la plus parfaite qui soit à la surface de la terre parce qu’elle reçoit sa lumière de la plus haute région du ciel », Ibn Tufayl (1105-1185), Le roman de Havy ben Yaqzân (I, 1).

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Les traditions humaines ont universellement fait état, dans leurs croyances, leurs récits mythologiques et leurs écrits sacrés, de l’archétype de l’île imaginaire. Cette île qui ne se trouve pas sur nos planisphères a été affublées d’attributs symboliques tout à fait typiques et isosémantiques que l’on rencontre un peu partout sur terre et à toutes époques.

Ainsi il convient de remarquer que l’île mythique se présente à la fois sous les traits d’un Paradis originel ou d’une Pangée primitive (ou plutôt intemporelle), d’un endroit idyllique où règnent le bonheur et l’abondance, d’un séjour post-mortem et eschatologique réservé aux héros et aux grands ancêtres, d’un lieu des possibles situé dans le mundus imaginalis ― une sorte de point au milieu d’une page blanche ― où poètes, romanciers et utopistes ont localisé leurs diverses aventures, ou encore d’un lieu mystérieux, difficile d’accès, propice à l’initiation et aux actes héroïques car c’est là que se quête la fontaine d’immortalité ou l’arbre de vie.

Plus généralement, notons aussi que l’imaginaire collectif a toujours considéré l’archétype de l’île comme une figuration de l’ « Autre Monde », de l’au-delà, c’est une terra incognita, un endroit isolé de notre état actuel d’existence et épargné de ses souffrances : l’île symbolise l’ordre au milieu du chaos, un havre de paix inviolable, elle incarne la fixité et la pérennité du centre spirituel en face de l’agitation mondaine et de l’entropie de la matérialité.

Dans sa signification supérieure, c’est-à-dire du point de vue ontologique, l’insularité évoque la fermeté spirituelle et la solidité intérieure de l’être qui se connaît lui-même et a atteint la maîtrise de soi, c’est-à-dire l’élu ou l’initié qui a entrepris la navigation périlleuse par-dessus les eaux agitées de son psychisme inférieur pour s’établir définitivement sur « l’autre rive », dans la stabilité-refuge du Soi divin : l’île est donc une fidèle image de l’état d’être suprême de celui qui a réussi « le passage des eaux », qui « est sauvé des eaux » ou qui « marche sur les eaux ».

S’appuyant sur les traditions orientales, J. Evola explique bien ce concept initiatique de la navigation victorieuse du héros vers l’île des bienheureux : « De même que l’ascète bouddhiste fut souvent comparé à celui qui affronte, traverse et vainc la rivière, la passe à gué, navigue glorieusement contre le courant, car les eaux représentent tout ce qui procède d’une soif de vie animale et de plaisir, des liens de l’égoïsme et de l’attachement des hommes, de même en Extrême-Orient on trouve le thème hellénique de la « traversée » et de l’abordage aux « îles » où la vie n’est plus sujette à la mort comme l’Avallon ou le Mag Mell atlantique des légendes irlandaises ou celtes » (Symboles et mythes de la Tradition occidentale, Archè, 1980, p. 155).

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De ce qui précède, une idée principale se dégage : l’île des mythes et des légendes que tout héros digne de ce nom doit découvrir n’est pas un véritable lieu géographique, elle se trouve en puissance en lui-même, elle correspond avant-tout à un état d’être et de conscience sublimé.

Réussir à accoster sain et sauf sur ses rivages équivaut au terme d’une voie initiatique véritable ou au sauvetage de l’âme après la mort, c’est enfin parvenir, durant la vie sur terre ― que l’on peut comparer à une difficile traversée des eaux ou à une navigation mouvementée ― à la connaissance totale de soi-même et donc revenir à la condition paradisiaque originelle. Sur cette île, ne se trouvent que les héros, les bienheureux, les saints et les « amis de Dieu ».

D’ailleurs, notons que derrière leurs habillages symboliques et leurs décors imaginaires, toutes les mythologies et autres récits sacrés faisant état de l’île mystérieuse ont clairement insisté sur son immatérialité et sur le fait que son accès n’était rendu possible que dans un état d’extase extra-corporelle, qu’à partir d’une élévation du niveau de conscience en direction de l’Autre-monde.

Cinq siècles avant notre ère, le poète grec Pindare indiquait déjà dans sa dixième Ode Pythique que la fabuleuse île septentrionale d’Hyperborée n’était localisable sur aucune carte : « Ni par bateaux ni par terre vous ne pourrez trouver la merveilleuse route qui vous mènerait chez les Hyperboréens ».

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On retrouve la même idée dans le De Imagine Mundi du clerc médiéval Honorius d’Autun (au début du XIIe siècle) qui évoque une mystérieuse insula perdita (« l’île perdue »), cachée à l’extrémité du monde connu, dans un cadre spatial plus imaginal que physique ; il écrivait ainsi qu’ « elle se cache à la vue des hommes et devient introuvable dès qu’on la cherche », ce qui en passant correspond à la doctrine extrême-orientale du « non-agir » visant à obtenir un état d’être intégralement détaché des désirs et des passions, et dès lors agir impersonnellement dans le monde sans se soucier du fruit de ses actes (la gratuité du geste en somme).

L’ancestrale tradition chinoise parle également de diverses îles mirifiques situées aux confins de la terre où règnent l’abondance, la longévité et la paix. Par exemple, dans le Lie-Tseu (chap V), de longs passages décrivent le « séjour d’immortalité » comme une île immatérielle située dans le Grand Nord symbolique (souvent assimilé à la Grande Ourse, le pôle cosmique par excellence) ; on apprend ainsi que sur cette île éthérée « habitent des hommes pourvus d’une âme aimable et d’un corps souple, (…) sans orgueil ni envie », et plus loin, il est bien signifié qu’ « on ne va dans ces régions merveilleuses, ni par terre ni par mer, mais seul le vol de l’esprit permet de les atteindre »…

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Nous pourrions multiplier indéfiniment les exemples d’îles supra-terrestres et autres continents paradisiaques présents en abondance dans les sacralités et les mythologies de toutes les sociétés humaines (comme les îles Fortunées de l’Antiquité ou l’Ogygie homérique, le Mag Mell celtique, l’Avallon arthurienne, l’île verte des soufis d’Arabie et des moines rhénans, l’Aztlan des Toltèques, l’île Blanche originelle ou l’île aux fleurs de l’Hindouisme, les multiples utopies de la Renaissance telles l’Utopia, la Nouvelle Atlantide ou la Cité du Soleil, les continents perdus de Mu ou la Lémurie, l’île de saint Brendan.. etc., sans compter toutes les îles aux trésors des contes et des romans, et bien d’autres encore), mais l’idée principale que nous voulons dégager est celle-ci : réussir à atteindre le rivage enchanteur de cette île magico-symbolique, après moult épreuves et aventures sur les eaux sentimentalo-passionnelles de l’âme égotique, équivaut à atteindre l’état ontologique suprême après une auto-discipline et un don de soi quasi-sacrificiels, celui de l’homme ayant fait le vide en lui parvenu à l’état d’unification et de maîtrise de son véritable moi, intégré à tout jamais en Dieu.

Pour booster l’auteur:

Réflexions estivales


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par Pierre-Yves Lenoble

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– Les pseudo-catholiques traditionalistes qui dénoncent la gnose n’ont pas honte d’afficher les ténèbres de leur ignorance et de leur agnosticisme (suivant l’étymologie stricte de ces mots) ; s’ils avaient lu le Nouveau-Testament en grec, et non pas celui écrit en langue vernaculaire, ils auraient constaté que le terme gnosis (traduit en français par « sagesse » mais qui signifie simplement « savoir » ; en revanche, l’epignosis est la « connaissance transcendante » ou « science parfaite » ; voir Épître aux Colossiens III, 10) y est présent 29 fois… il est sûrement plus facile de croire à la légende occultiste de l’anneau magique de Jeanne d’Arc (l’androgyne qui passe par le feu) inventée de toutes pièces par les sociétés secrètes de Charbonniers (les « Bons Cousins ») du parti français que de s’intéresser aux Saintes Écritures dont pourtant on se réclame.

En fait, ils confondent diaboliquement la « gnose » chrétienne et le « gnosticisme » hérétique des premiers siècles ; ainsi, tous les Pères de l’Église ont condamné le gnosticisme tout en professant eux-mêmes de pures doctrines gnostiques, mais pour comprendre cela il faut avoir lu les Pères de l’Église…

– Définition de la gnose véritable : tenter par soi-même d’appréhender Dieu, en usant tant de l’Amour que de l’Intellect, et surtout, en devenant petit à petit un pur néant pour s’amalgamer à son non-Être ; « vacare Deo » enseignent les théologiens : « se rendre vide pour accueillir Dieu en soi ».

– Hormis la saleté et le bruit, toute ville se présente comme une fidèle anticipation du cimetière, avec ses rues rectilignes, sa concentration de cubes de pierre et sa promiscuité grégaire.

– Il n’y aura pas de guerre civile en France — peut-être un bain de sang général — car il n’y a plus rien qui mérite d’y être défendu ; les gens, quel que fût leur camp ou leur parti, seront seulement prêts à sacrifier leur vie pour continuer à se vautrer grossièrement dans le spectacle, la grosse bouffe, le porno, la drogue et les allocs à gogo.

– L’être dépourvu de qualité qui a peur de se retrouver seul face à lui-même ne peut s’octroyer une réalité existentielle éphémère que fondu et confondu au sein d’une foule. Les tribunes des stades, les concerts, les supermarchés ou les quais de métro ressemblent à ces organismes unicellulaires de type microbien : se frotter les uns sur les autres, sentir la sueur de son voisin, se dissoudre dans une promiscuité pansexualiste, pour au final former une tumeur collective sans but, grouillante et beuglante.

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Notre époque ressemble à s’y méprendre à une vaste pièce de spectacle de mauvais goût : ne parle-t-on pas dans le jargon médiateux des acteurs sociaux, du grand public, du jeu politique, des coulisses du pouvoir, de scène internationale, de théâtre des opérations, de décors urbains, de rôles stratégiques ou encore de scénarios économiques ?…


– L’histoire des sociétés humaines nous montre partout et toujours 95% de parasites survivant sur le dos de 5% de créateurs. Tout le monde sait très bien qu’il est plus facile de détruire que de construire.

– La pollution visuelle est la pire de toute car elle imprègne en profondeur notre conscience et nous suit jusque dans la tombe.

– Définition de la civilisation : un groupe humain qui réussit à canaliser l’énergie sexuelle et la violence de ses membres grâce à l’apport d’un projet collectif supra-humain, seul apte à transcender toutes les individualités en concurrence.

– Le plus grand ennemi du genre humain est le confort.

– Dans une société traditionnelle, l’homme est sujet de son mythe et regarde le monde avec objectivité ; dans une société moderne, l’homme est objet des forces historiques et regarde le monde avec subjectivité.

– Dans la vaste décharge à ciel ouvert qui nous servira de pourrissoir mondial futur, tout sera permis exceptés la discipline, le sérieux et la volonté de progresser : amusement obligatoire pour tout le monde !


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– Avant d’avoir des contacts avec des personnes de pays étrangers, nous n’avions pas pris conscience que la France était actuellement la risée de la planète…

– Le créateur de ce monde ne tient aucun compte du bonheur ou du malheur de ses créatures : tout être humain reçoit un jour ou l’autre la récompense de ses actes et de ses pensées, il est mangé avec la sauce qu’il s’est lui-même préparée. Quoi de plus juste ?

– Notre époque ressemble à s’y méprendre à une vaste pièce de spectacle de mauvais goût : ne parle-t-on pas dans le jargon médiateux des acteurs sociaux, du grand public, du jeu politique, des coulisses du pouvoir, de scène internationale, de théâtre des opérations, de décors urbains, de rôles stratégiques ou encore de scénarios économiques ? Sachant bien sûr qu’ici les loges sont maçonniques, les souffleurs sont les journalopes, les metteurs en scène sont les politicards, les producteurs/scénaristes sont les banksters et que le propriétaire de la salle est Satan.

– L’homme qui prie le saint-je n’est qu’un vulgaire singe qui se fabrique un malsain jeu…

Les deux portes


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 par Pierre-Yves Lenoble

 

« C’est ainsi qu’il y a des lieux qui sont plus particulièrement aptes à servir de « support » à l’action des « influences spirituelles », et c’est là-dessus qu’a toujours reposé l’établissement de certains « centres » traditionnels principaux ou secondaires, dont les « oracles » de l’antiquité et les lieux de pèlerinage fournissent les exemples les plus apparents extérieurement ; il y a aussi d’autres lieux qui sont non moins particulièrement favorables à la manifestation d’ « influences » d’un caractère tout opposé, appartenant aux plus basses régions du domaine subtil ; mais que peut bien faire à un Occidental moderne qu’il y ait par exemple en tel lieu une « porte des Cieux » ou en tel autre une « bouche des Enfers », puisque l’ « épaisseur » de sa constitution « psycho-physiologique » est telle que, ni dans l’un ni dans l’autre, il ne peut éprouver absolument rien de spécial ? », René Guénon (Le Règne de la Quantité, Gallimard, 1972, p. 133).

 The Last Judgment (central panel of the Triptych of the Last Judgment)

Chez l’ensemble des peuples traditionnels, on retrouve l’idée générale que l’accès au séjour post-mortem s’effectue suite à un choix fatidique entre deux portes symboliques, l’une ouvrant vers le monde d’en-haut, le Ciel paradisiaque réservé aux élus et aux justes, l’autre précipitant les damnés vers les profondeurs de l’abîme infernal.

Comme le veut le paradigme traditionnel, ces deux portails symboliques ont été intégrés dans différents niveaux de compréhension et facettes de l’existence humaine. Ainsi on les retrouve dans un nombre considérable de récits mythiques, d’enseignements théologiques et autres textes religieux jouant un rôle important à la fois de discriminateurs des âmes d’outre-tombe, de modèles cosmologiques et calendaires, mais aussi de principes architecturaux et de lieux-saints intégrés dans une géographie sacrée.

Tout d’abord, intéressons-nous à l’aspect essentiel des deux portes imaginales, à savoir leur fonction ontologique, lors de la mort (clinique ou initiatique). En effet, les enseignements traditionnels affirment tous en substance qu’au moment du décès, l’âme humaine se voit soumise à un choix douloureux entre deux voies, à un jugement implacable (telle la « pesée de l’âme ») ou à une épreuve décisive (passage des rochers qui s’entrechoquent ou du pont périlleux, combat contre un monstre, quête d’un objet magique perdu… etc.) dont l’issue déterminera définitivement sa destinée d’outre-tombe : soit la réintégration au paradis via la « porte du ciel » (janua coeli), soit la punition éternelle des flammes de l’Hadès via la « porte des enfers » (janua inferni).

En d’autres termes, franchir la porte céleste équivaut au salut de l’âme, à un retour à l’état primordial d’avant la « Chute », c’est parvenir à ce que le moi supérieur (notre personnalité éternelle, notre conscience pure) se dépouille du moi inférieur (notre individualité passagère, notre mental changeant) enfermé dans les limites du monde conditionné, en vue de s’extraire subtilement de la pesanteur de la matérialité et s’élever d’un degré supplémentaire sur l’échelle universelle des états multiples de l’Être : c’est pourquoi la porte paradisiaque est toujours décrite comme étroite, c’est le « trou de l’aiguille » qui ne laisse pas passer les êtres à l’ego trop « riche » et qui s’ouvre seulement pour quelques rares élus.

Notons qu’au niveau de la physiologie subtile, la « porte du ciel » a été comparée à un minuscule orifice situé au sommet du crâne, à un point secret où aboutit l’artère coronale et par lequel s’extirpe l’esprit humain ; cet organe subtil a été fréquemment assimilé à la glande pinéale (ou épiphyse), c’est également Kether (la « couronne »), la plus haute des Sephiroth de l’arbre kabbalistique, ainsi que la tête de serpent présente sur le front des Pharaons, ou encore le « troisième œil » des doctrines orientales. Cela explique aussi l’ancestral rite de trépanation des crânes pratiqué aux quatre coins du globe (songeons dans la même veine à la tonsure des moines), en tant que matérialisation symbolique sur le cadavre du trou par lequel l’âme s’échappe du corps…

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En revanche, la porte infernale — nommée également « Bouche des Enfers », « Trou du Diable » ou « Mâchoires de la Mort » — est réservée à la grande majorité des hommes (n’oublions pas qu’il y a « beaucoup d’appelés mais peu d’élus »), qui ont perdu leur conscience qualitative propre durant leur existence terrestre en développant et en renforçant leur âme basse liée aux besoins du sexe et du ventre, soit la partie psychique qui reste attachée à la dépouille corporelle et qui se dissout petit à petit dans les puissances infra-terrestres ; en ce sens, l’Enfer n’est pas un châtiment divin mais le résultat d’un choix personnel, une auto-punition réservée aux âmes qui s’aiment trop, une issue fatale destinée à ceux qui n’ont pas réussi à sortir d’eux-mêmes…

Pour appuyer nos propos, nous tenons à reproduire cet important rappel émis par Julius Evola : « Le destin de l’âme dans l’outre-tombe comporte donc deux voies opposées. L’une est le « sentier des dieux », appelé aussi la « voie solaire », ou de « Zeus », qui conduit au séjour lumineux des immortels, représenté comme sommets, cieux ou îles, du Walhalla et de l’Asgard nordiques jusqu’à la « Maison du Soleil » aztéco-péruvienne réservée également aux rois, aux héros et aux nobles. L’autre est la voie de ceux qui ne survivent pas réellement, qui se redissolvent peu à peu dans les souches d’origine, dans les totems qui, seuls, ne meurent pas : c’est la voie de l’Hadès, des « Enfers », du Niflheim, et des divinités chthoniennes. (…) L’idée de tourments, de terreurs et de punitions dans l’au-delà — l’idée chrétienne de l’ « enfer » — est récente et étrangère aux formes pures et originaires de la Tradition où se trouve seulement affirmée l’alternative entre la survivance aristocratique, héroïque, solaire, olympienne pour les uns, et le destin de dissolution, de perte de la conscience personnelle, de vie larvaire ou de retour au cycle des générations pour les autres » (Révolte contre le monde moderne, Les éditions de l’Homme, 1972, p. 92).

L’accès victorieux au séjour des immortels est donc particulièrement ardu et périlleux pour l’être aspirant à une plus-que-vie : il suppose la réussite de l’épreuve ultime — le « grand passage », le « franchissement du seuil » — imposée au proprium humain lors de la mort, à savoir la douloureuse scission entre la part physio-psychique contingente et la part spirituelle transmigrante. Passer à travers la porte céleste équivaut à ce que le véritable Moi renie en toute conscience le moi animal (« séparer le subtil de l’épais » suivant l’adage alchimique) ; pour reprendre le symbolisme biblique, c’est parvenir à terrasser les Chérubins armés de glaives de feu, postés par Dieu devant l’entrée du Paradis suite à l’expulsion du proto-couple humain (Genèse III, 24).

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Au demeurant, nous rappellerons que toutes les sacralités anciennes ont fait état de ces deux portes supra-terrestres, l’une anagogique, l’autre catagogique, dans leurs différents corpus mythologico-religieux et, en conformité avec le paradigme traditionnel faisant du domaine matériel un reflet du domaine spirituel, elles ont toutes mis en correspondance symbolique et analogique la destinée post-mortem du moi désincarné avec les phénomènes observables dans la nature (comme la course des astres ou l’enchaînement des saisons).

Comment ne pas évoquer ici l’antique dieu latin Janus, généralement figuré avec deux visages opposés (on parle alors de Janus Bifrons), dont le riche symbolisme recouvre une multitude de significations ontologiques et cosmologiques.

Ainsi, Janus (dont le nom dérive de janua : « porte ») est typiquement une divinité ouranienne et solaire (son parèdre féminin est la déesse Jana ou Diana, la lune), il incarne le portier célestiel et le discriminateur des âmes, il représente le pivot du cosmos et l’initiateur par excellence.

L’un de ses visages regarde l’avenir et le levant, il symbolise la « porte du ciel » (janua coeli) ouvrant la « voie des dieux » réservée aux héros et aux élus, c’est également tout autant l’aube journalière que le solstice d’hiver, marquant la naissance et le début de la phase croissante du soleil annuel (le mois de Janvier qui ouvre l’année lui est consacré), l’autre regarde le passé et le couchant, c’est la « porte de l’enfer » (janua inferni) ouvrant la voie simplement humaine (le « chemin de perdition »), le crépuscule, le solstice d’été marquant l’enclenchement de la phase descendante du soleil, mais aussi, par analogie, la précipitation des âmes damnées dans les profondeurs du monde des ténèbres.

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Notons que dans le cadre de l’évangélisation de l’Europe dans les premiers siècles de notre ère, ce florissant symbolisme cosmique du dieu Janus a été christianisé, comme du reste moult traditions païennes, ses deux faces devenant les deux saints Jean fêtés aux solstices (le folklore paysan parle ainsi de « Jean qui pleure » et « Jean qui rit » pour qualifier les portes solsticiales) ; dans le même registre, le Christ a reçu les attributs cosmo-symboliques du Sol Invictus romain (le « soleil invaincu ») et du dieu céleste Mithra dont la naissance était célébrée le 25 Décembre…

Jésus en personne ne déclare-t-il pas : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage » (Jean X, 9)? Il est à ce titre intéressant de constater que le même sens symbolique est appliqué à Agni, l’ancestral dieu solaire des indo-européens ; on peut lire par exemple dans le Aitereya Brâhmana (III, 42) cet hymne explicite : « Agni s’éleva jusqu’à toucher le ciel : il ouvrit la porte céleste. (…) il laisse passer quiconque comprend cela »…

Dans une perspective concordante, nous signalerons que l’architecture traditionnelle, notamment la disposition des bâtiments sacrés, a partout et toujours matérialisé cette « porte étroite » permettant à l’être en voie de libération de s’extraire hors de l’espace/temps intra-cosmique, de sortir à l’extérieur de la « caverne du monde » (songeons par exemple à l’ « œil du dôme » sachant que le dôme symbolise la voûte du ciel, à la croisée d’ogives ou à la clé de voûte, sans parler des ouvertures au sommet des tentes traditionnelles afin de laisser s’échapper la fumée, des différents types d’ « arcs de triomphe » ou de certains monuments explicites telle la fameuse « porte du Soleil » à Tiwanaku en Bolivie).

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Nous terminerons cet aperçu en évoquant la géographie et la topographie sacralisées des Anciens, qui savaient reconnaître dans le paysage naturel les endroits particulièrement chargés d’influences subtiles, tant positives que négatives : il y avait donc des lieux assimilés à des « portes du ciel », mais aussi à des « portes des enfers ». Suivant cette vision qualitative et différenciatrice de l’espace, il existait deux types de lieux sacrés éparpillés sur la surface terrestre, certains, bénéfiques, porteurs de forces tellurico-spirituelles ascendantes, d’autres, maléfiques, porteurs de malédiction et de forces infra-terrestres corrosives.

Cicéron (De Diuinatione I, 36) délivrait à cet égard de précieuses indications quant à cette connaissance ancienne des différentes qualifications du sol et du sous-sol : « Mais quoi ? Nous ne voyons donc pas combien les territoires sont variés ! Certains sont meurtriers, comme Ampsancte en Hirpinie et, en Asie, les Plutonia, que j’ai vus ; d’autres sont insalubres, d’autres encore, sains ; il en est qui produisent des intelligences aiguës, d’autres qui les font obtuses : tout cela résulte de la variété du climat et des différentes exhalaisons de la terre ».

De même, certaines cités saintes comme Babylone (de l’akkadien Bâb-ilim : « porte de dieu »), Jérusalem et La Mecque ont reçu le titre de « porte du ciel » en tant que centres cérémoniels et haut-lieux où pouvait s’établir la communication directe terre/ciel ; les traditions juives et musulmanes affirment que les prières des fidèles disséminés aux quatre coins du globe sont toutes captées en un unique point central (respectivement le sanctuaire de Jérusalem et de La Mecque), puis sont envoyées d’une seule voix au royaume des Cieux situé à l’exact vertical.

Observons également que ces sites sacrés, situés idéalement sur l’axis mundi, étaient en relation avec le monde inférieur des morts et se présentaient comme des « portes des enfers ». Les légendes disent par exemple que la cité de Babylone avait été construite sur Bâb-apsî (« porte d’Apsu », Apsu désignant les régions inférieures du chaos pré-formel), et il est dit que le Temple de Jérusalem est situé au-dessus du monde souterrain et qu’il renferme la « bouche du tehôm » (tehôm étant les eaux chaotiques inférieures).

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Tout cela concorde bien avec la définition du « temple » (templum) donnée par le savant romain Varron (De la langue latine VII, 6) qui expliquait que tout temple digne de ce nom est d’une nature triple et se trouve toujours intégré aux trois plans d’existence du cosmos (Enfers, Terre, Ciel) : chaque temple est donc à la fois un temple céleste (templum a natura in caelo), un espace consacré au sol (templum ab auspiciis in terra) et un templum sub terra (souterrain)…

On peut constater par ce qui précède que toute forme de manifestation dans l’univers, et à plus forte raison tout être humain, se voit nécessairement confrontée au choix fatidique entre ces deux portes. Du point de vue métaphysique, on peut déclarer plus laconiquement que rien n’est immobile et inchangeant excepté l’Un, ainsi toute chose manifestée est soumise au mouvement respiratoire continu d’expansion puis de résorption : dès lors, l’âme humaine ne peut jamais être complètement apaisée, elle est perpétuellement condamnée à l’alternance, à progresser ou à régresser… sachant que le retour final à Dieu, la fonte dans l’Être unique, nécessite purement et simplement l’extinction intégrale de tout état transitoire de manifestation, car comme l’enseignait Maître Eckhart : « Le royaume des Cieux est pour nul autre que ceux qui sont totalement morts. Ceux-ci sont morts bienheureux, morts et enterrés dans la Divinité »…

La sacralisation du pouvoir


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par Pierre-Yves Lenoble

« Ce mot de roi est un talisman, une puissance magique qui donne à toutes les forces et à tous les talents une direction centrale », Joseph de Maistre (Étude sur la souveraineté, livre II, chap. 2).

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Le pouvoir réel dans toutes les sociétés traditionnelles, des simples tribus aux grandes civilisations, a toujours été attribué à un seul homme (roi, empereur, pharaon, calife, raja…), littéralement un monarque, dont la fonction revêtait avant-tout une dimension transcendante et un caractère sacré : ainsi représentait-il bien plus qu’un simple chef temporel, il était l’incarnation vivante d’un principe spirituel, supérieur et fédérateur, c’était « l’Axe » humain autour duquel la sphère sociétale s’organisait.

Dés lors, tout chef traditionnel pourrait légitimement déclarer : « Mon principe est tout, ma personne n’est rien », comme le dit l’expression bien connue du Comte de Chambord ; de même, la phrase proclamée à chaque avènement d’un nouveau monarque français : « Le roi est mort, vive le roi », montre clairement que l’homme fait de chair et d’os qui se trouve sous la couronne est sans importance au regard de la fonction royale et du principe supra-humain dont il est le dépositaire passager.

Contrairement aux modes de gouvernance modernes usurpateurs, basés sur la domination brutale, la force économique ou le vote démocrateux, les dirigeants traditionnels recevaient la dignité, la légitimité et l’autorité aux yeux du groupe en raison de leur origine divine ou de leur descendance directe des grands ancêtres fondateurs. En clair, on peut donc avancer que dans le cadre du monde traditionnel, c’est directement Dieu qui « fait » les rois…

Cette aura surnaturelle attachée au représentant du pouvoir temporel était officialisée par une cérémonie religieuse — le sacre — lors de laquelle la caste sacerdotale donnait solennellement au souverain les attributs symboliques du pouvoir (sceptre, couronne, main de justice, épée, pourpre… etc.), mais surtout, lui conférait le « droit divin » (ou ce que les chinois nomment le « mandat du Ciel »), soit l’onction offrant un influx sacré indélébile, à l’image du célèbre sacre du Roi de France à Reims qui faisait de ce dernier le « lieutenant du Christ » et le dotait de pouvoirs thaumaturgiques (les rois français étaient censés guérir la maladie des écrouelles par le toucher, en prononçant cette phrase explicite : « Le Roi te touche, Dieu te guérit »).

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Selon nous, un très bel exemple de cette sacralisation du pouvoir effectuée par le sacerdoce nous vient de l’Inde brahmanique avec le Rajasûya, qui était une véritable cérémonie rituelle usant d’un riche symbolisme à la portée cosmologique, et qui intronisait de façon quasi-théatrale le roi indien devant la société, faisant de lui une sorte de principe directeur central de l’ensemble de l’univers.

Voici comment Mircea Eliade décrit ce sacre rituel du roi indien : « La cérémonie centrale comprend plusieurs actes. Le roi lève ses bras, et ce geste a une signification cosmogonique : il symbolise l’élévation de l’axis mundi. Lorsqu’il reçoit l’onction, le roi reste debout sur le trône, les bras levés : il incarne l’axe cosmique fixé dans l’ombilic de la Terre — c’est-à-dire le trône, le Centre du Monde — et touchant le Ciel. (…) Ensuite, le roi fait un pas vers les quatre points cardinaux et monte symboliquement au zénith. A la suite de ces rites, le roi acquiert la souveraineté sur les quatre directions de l’espace et sur les saisons ; autrement dit, il maîtrise l’ensemble de l’Univers spatio-temporel » (Méphistophélès et l’androgyne, Gallimard, 1962, p. 224-225).

L’idée que la monarchie traditionnelle provient d’une origine supra-humaine se retrouve sur tous les continents : le souverain, une fois consacré par son clergé, incarne la figure de la divinité ici-bas, il est la tête de proue (le « chef » au sens premier du terme) de la communauté humaine, le centre unificateur fondant la bonne entente entre tous ses sujets, il maintient l’ordre et la justice internes, assure la protection des frontières extérieures face aux ennemis, et représente idéalement le principe vivifiant du cosmos, garant de la vitalité de la nature, de la fertilité de la terre et des bonnes récoltes.

En bref, on peut dire que tout roi sacré fait office d’intermédiaire entre le plan terrestre et le plan céleste, il constitue à la fois le rejeton des dieux et le père du peuple, à la fois le « maître de la terre » et le « Roi du Monde »…

Donnons quelques illustrations caractéristiques de cette déification intégrale du pouvoir temporel propre au monde de la Tradition.

Nous mentionnerons ainsi l’antique civilisation chinoise où l’Empereur (Wang : terme que l’on peut traduire par « Roi-Pontife ») était assimilé au « Fils du Ciel » et à l’archétype de « l’Homme universel » ; en tant qu’intermédiaire humain entre le Ciel divin et le domaine terrestre, sa vie entière était ritualisée et symbolique, il jouissait d’un pouvoir absolu, toutes les affaires mondaines, petites ou grandes, étaient donc de son ressort. Le vieux sage Tchoang-Tseu (chap. XII) enseignait à cet égard : « Le pouvoir du Souverain dérive de celui du Principe ; sa personne est choisie par le Ciel ». Enfin, citons ces quelques phrases de l’historien des religions Albert Reville qui montrent bien l’aspect supra-humain attaché à la fonction impériale : « Les Chinois distinguent nettement la fonction impériale de la personne même de l’empereur. C’est la fonction qui est divine, qui transfigure et divinise la personne, tant que celle-ci en a l’investiture. (…) L’Empereur, en Chine, est moins une personne qu’un élément, une des grandes forces de la nature, quelque chose comme le soleil ou l’étoile polaire » (La religion chinoise, Fischbacher, 1889, p. 58-60).

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En réalité, on retrouve chez l’ensemble des sociétés traditionnelles l’idée que la royauté est d’origine divine et le fait que le souverain représente sur terre la personnification humaine de la Divinité suprême ; par exemple, au Japon, le pouvoir impérial était directement issu de la grande déesse solaire Amaterasu Omikami, de même, Jules César faisait descendre sa lignée familiale (la gens Julia) de la déesse Vénus, ou encore, songeons à l’Antiquité grecque qui attribuait l’origine des rois au dieu des dieux, Zeus.

Julius Evola évoque bien d’autres traditions faisant de leur roi un sur-homme, issu d’une généalogie divine et incarnant ici-bas le Principe suprême : « D’après la conception indo-aryenne, par exemple, le souverain n’est pas un « simple mortel », mais bien « une grande divinité sous une forme humaine ». Dans le roi égyptien, on voyait, à l’origine, une manifestation de Râ ou d’Horus. Les rois d’Albe et de Rome personnifiaient Jupiter ; les rois assyriens Baal ; les rois iraniens le Dieu de lumière ; les princes germains et du Nord étaient de la même race que Tiuz, Odin et les Ases ; (…) Au-delà de la grande diversité des formulations mythiques et sacrées le principe constamment affirmé est celui de la royauté, en tant que « transcendance immanente », c’est-à-dire présente et agissante dans le monde » (Révolte contre le monde moderne, Ed. de l’Homme, 1972, p. 28).

Aux quatre coins du globe, les sociétés dites primitives ont elles-aussi fait de leur grand chef un personnage hautement sacré et ont enrobé leurs divers modes de gouvernance d’une qualification mytho-religieuse. En effet, dans les groupes tribaux, le roi était considéré comme un personnage à-part, une sorte de dieu vivant et de père symbolique, qui était le référant absolu, garant de la protection militaire, du respect de la justice, de la bonne conduite des rites, de la sécurité alimentaire et de la fécondité du clan.

L’ethnologue Raymond Firth (Primitive Polynesian Economy, 1939, p. 191) nous apprend ainsi que dans les tribus d’Océanie, « le chef a un rôle important parce qu’il est l’intermédiaire des dieux protecteurs du clan. Il a l’initiative et le contrôle de l’utilisation des ressources naturelles. Les cérémonies qu’il accomplit sont les points cruciaux du cycle saisonnier et économique » ; dans le même registre, Jean Servier (L’Homme et l’Invisible, R. Laffont, 1964, p. 326) fait observer qu’ « En Afrique, la royauté est directement issue du sacré, elle est la conséquence de la descendance de l’ancêtre fondateur qui donne une capacité particulière à remplir certaines fonctions rituelles déterminées. Il en est de même des rois agraires dans les civilisations méditerranéennes depuis l’Antiquité »…

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De tout ce qui précède nous pouvons dégager quelques idées principales : tout d’abord, on s’aperçoit que traditionnellement tout Pouvoir temporel nécessite l’apport d’une bénédiction spirituelle et d’une coloration religieuse afin d’assurer sa légitimité devant le reste du groupe ; une fois sacralisé, le chef assure les fonctions symboliques de centre, d’intermédiaire et de lien entre la Terre et le Ciel ; partout et toujours, le roi personnifie physiquement et symboliquement la Divinité suprême ici-bas, il incarne la figure humaine du Principe divin qui seul peut unifier et vivifier l’ensemble des composantes de la société, il devient aux yeux de tous le garant principal de la paix, de l’ordre, de la justice et de la sécurité alimentaire.

Sans ce surplus de Sacré, sans l’addition d’une aura surnaturelle et sans cette soumission à des prescriptions de nature religieuse, le Pouvoir ne peut qu’être usurpateur, il ne constitue qu’une force brute dépourvue de sagesse, et finalement le groupe social ne peut que se voir livré à l’entropie du tous contre tous, à l’image d’un aveugle qui ne prendrait pas sur ses épaules le paralytique voyant…

Afin d’appuyer nos propos, nous tenons ici à citer cette phrase éclairante émise par René Guénon dans son indispensable ouvrage, Autorité spirituelle et Pouvoir temporel (Trédaniel, 1984, p.112) : « Le pouvoir temporel, avons-nous dit, concerne le monde de l’action et du changement ; or le changement, n’ayant pas à en lui-même sa raison suffisante, doit recevoir d’un principe supérieur sa loi, par laquelle seule il s’intègre à l’ordre universel ; si au contraire il se prétend indépendant de tout principe supérieur, il n’est plus, par là-même, que désordre pur et simple ».

A notre époque où tout lien sacral a été rompu, où tous les aspects de la vie ont été désacralisés et horizontalisés, où toutes les religions ont été profanées, où toutes les formes transcendantes de gouvernement ont été annihilées, les rois de droit divin ont tous été décapités depuis plusieurs siècles et la création des états laïcs, les nouveaux types de pouvoir sont donc tous illégitimes car seulement basés sur le pseudo-prestige d’une classe économique parasitaire : on a beau se faire surnommer « Jupiter » on en reste pas moins un métrosexuel gérontophile dégénéré…

Du héros à l’anti-héros


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par Pierre-Yves Lenoble

« Étant réel et sacré, le mythe devient exemplaire et par conséquent répétable, car il sert de modèle, et conjointement de justification, à tous les actes humains. (…) tandis que le langage courant confond le mythe avec les « fables », l’homme des sociétés traditionnelles y découvre, au contraire, la seule révélation valable de la réalité », Mircea Eliade (Mythes, rêves et mystères, Gallimard, 1957, p. 21-22).

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Dans les sociétés pré-modernes, tous les comportements humains, tant collectifs qu’individuels, s’apparentaient à des hiérophanies, et étaient vécus charnellement en analogie sympathique avec un archétype supra-humain inscrit dans un mythe.

Dans tous les actes de l’existence (travail, guerre, vie de famille, sexualité, fêtes…), l’homme traditionnel participait de tout son être à la hiéro-histoire de sa communauté, aspirait ardemment à une sacralisation de la vie et se devait d’imiter le plus fidèlement possible les faits et gestes exemplaires de ses héros tutélaires.

Il est donc important de comprendre que les principaux protagonistes des mythes et autres récits sacrés — les dieux, les héros, les prophètes et les êtres surnaturels — ne furent pas seulement des idéalisations des processus cosmologiques (comme la course des astres ou l’enchaînement des saisons), des allégories des forces de la nature ou des lointains souvenirs de personnages illustres ayant réellement existé, mais avant-tout des modèles existentiels à suivre, des exemples ontologiques à atteindre, des figures typiques (des Noms divins pourrait-on dire) permettant à tout individu, selon sa nature propre, de s’identifier ici-bas à l’une des multiples faces de la perfection divine.

En effet, comme l’écrivait laconiquement Julius Evola, « les dieux apparaissent non comme des fictions poétiques ou comme des abstractions de théologiens se mettant à philosopher, mais comme des symboles et des projections d’états transcendants de la conscience » (Explorations, Pardès, 1989, p. 202).

Ainsi, on peut dire que les divinités et les héros mythologiques ne sont pas extérieurs à l’homme, ils représentent tous, chacun à leur manière, des archétypes intemporels du véritable Soi universel que tout être particulier porte en lui-même et dont il faut à tout prix se ressouvenir individuellement, ils symbolisent des facettes particulières de l’unique Homme avec un grand H, présent en chaque homme, qu’il convient de retrouver coûte que coûte par ses propres moyens.

A cet égard, un célèbre adage antique affirme très clairement cette farouche volonté de réalisation spirituelle : « Pour connaître les Dieux, il faut se rendre semblable à eux ». Dès lors, les hommes traditionnels menaient leur existence entière ― faite bien entendu de difficultés, d’épreuves, de défaites, de victoires, de joies et de douleurs ― en constante référence analogique avec les pérégrinations, les épopées et les aventures héroïques contées dans les mythes, qui façonnaient l’ensemble de leur paysage mental.

Dans un monde où le temps profane n’existe pas, chaque fonction sociale occupée au sein du groupe devenait de fait une sorte de sacerdoce et chaque acte était réalisée en participation consciente selon un modèle supra-humain dévoilé dans le mythe, le tout, encadré et orchestré par une autorité spirituelle légitime, gardienne et vectrice de la Tradition.

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Même chez les sociétés dites « primitives » ou « sauvages », on retrouve l’omniprésence de cet exemplarisme mythique, ce qui faisait dire à l’ethnologue G. Gusdorf que « La participation sociale constitutive de la vie personnelle équivaut à l’adoption d’un personnage mythique. Le fonctionnement social tout entier peut être considéré comme une vaste distribution de rôles pour le grand jeu du mythe » (Mythe et métaphysique, Flammarion, 1984, p. 142).

Courage, sagesse, droiture, don de soi, abnégation, ascétisme, inébranlabilité, auto-sacrifice, maîtrise des gestes et techniques, intrépidité, force physique mise au service d’un idéal, générosité, confiance, honneur… etc., telles étaient les grandes qualités humaines et les hautes valeurs ontologiques incarnés par les dieux qui justifiaient tous les comportements de l’homme traditionnel : celui-ci était donc constamment tiré vers le haut et invité à se parfaire malgré ses imperfections et ses faiblesses inhérentes à sa condition terrestre.

De nos jours, l’homme des sociétés modernes désacralisées n’a pas changé : même s’il en est parfaitement inconscient, il reste, qu’il le veuille ou non, un homo religiosus nécessitant des mythes et des modèles héroïques afin de structurer son psychisme et de donner un sens à sa triste existence.

Cependant, à notre époque apostate, tous les aspects de la vie qui autrefois revêtaient une qualité supra-humaine ont été subvertis voire intégralement inversés : les mythes ne sont plus portés par les membres d’une autorité spirituelle visant à élever ses ouailles, mais bien par l’industrie du spectacle (livres d’histoire, actualité médiatique, cinéma, musique, littérature, sport de masse, jeux vidéo, internet…), en tant que gigantesque machine à pervertir et à abrutir.

Ainsi, les héros — ou plutôt les idoles — d’aujourd’hui (politicards, starlettes, dieux du stade, actrices/courtisanes, chanteurs dégénérés, super-héros robotisés, horribles créatures animées…) sont de véritables contre-exemples, littéralement des anti-héros, ils n’incarnent plus des modèles de perfection anthropologique mais au contraire sont des figures humanoïdes sans valeur, quasi-diaboliques, lâches, tordues, égocentriques, brutales, imbéciles, hypersexualisées, dépourvues de moralité, hystériques, dévergondées, torturées, nihilistes, intérieurement tiraillées… etc.

Pour terminer ce court article sur une note positive, nous conseillerons à nos lecteurs d’ignorer et de mépriser tous ces faux héros qui ne sont, au final, que des fantômes — au sens propre comme au sens figuré — qui resteront dans les poubelles de la mémoire collective ; en revanche, les grands mythes et les textes sacrés des quatre coins du monde sont toujours bien là pour nous donner des clés de compréhension fort utiles à nos propres vies, les héros et les dieux n’ont jamais cessé de représenter des exemples d’identification individuelle, des bons modèles à suivre, et ce, afin de conférer une signification profonde à tous nos actes, de nous améliorer de jour en jour et de ré-enchanter nos existences tourmentées…

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Le symbolisme des géants


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« Les géants, à ce qu’on assure, voulurent conquérir le royaume des cieux et entassèrent, pour s’élever jusqu’aux astres, montagnes sur montagnes.(…) Mais cette race méprisa les dieux ; elle fut, entre toutes, avide des horreurs du carnage et ne respira que la violence », Ovide (Métamorphoses I, 150).

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Nous souhaitons ici dresser en quelques points les principaux caractères symboliques attachés au personnage mytho-légendaire du « Géant » (ou à ses variantes comme l’ogre, le titan ou le cyclope), figure que l’on retrouve dans un nombre incalculable de récits traditionnels à travers le monde entier.

Comme à notre habitude nous nous pencherons dans cet article sur les significations profondes et les aspects ésotériques liés à la thématique des géants en laissant de coté la question de leur réalité historique, que nous ne réfutons pas entièrement mais qui selon nous est bien trop nébuleuse et sujette à des controverses sans fin.

Tout d’abord, il convient de constater que le symbole du géant a pour de nombreuses traditions (Bible, Islam, Antiquité gréco-latine, contes orientaux, légendes caucasiennes et amérindiennes… etc.) joué prioritairement un rôle négatif et figuré généralement un type d’humanité antédiluvien en rébellion contre la volonté divine, ou plus précisément, il se présente comme l’archétype de l’homme prométhéen arrivé en fin de cycle historique, qui est marqué par l’impiété, la volonté démesurée de puissance, l’appétit de luxe et la corruption des mœurs (songeons à l’archétype bien connu de l’ogre mangeur de petits enfants), et, au final, qui amène sur lui un terrible châtiment divin de type cataclysmique à cause de son esprit de révolte (que l’on peut légitimement qualifier de « titanique » ou de « nemrodien ») et de sa dégradation ontologique exacerbés.

Au chapitre VI (1-7) de la Genèse, on apprend ainsi que la race des géants (Nephilim), issue de l’accouplement contre-nature des « fils de Dieu » avec les « filles des hommes », était implantée sur toute la surface de la terre et qu’elle provoqua la colère divine du déluge planétaire du fait de son irréligion et de son matérialisme grossier.

Voici également ce qu’on peut lire de ces géants antédiluviens au chapitre III de l’apocryphe biblique intitulé le Livre de Baruch (16-28) : « Où sont-ils, les chefs des nations, ceux qui domptent les bêtes de la terre, qui se jouent des oiseaux du ciel, et qui entassent l’argent et l’or, — ces biens auxquels les hommes accordent leur confiance — mais dont les possessions n’ont pas de fin ? Où sont-ils, ceux qui travaillent l’argent avec soin, mais dont les œuvres ne laissent pas de traces ? Ils ont disparu, ils sont descendus dans le séjour des morts, et d’autres se sont levés à leur place. (…) C’est là que furent engendrés les fameux géants, ceux du commencement (ab initio), de haute stature et versés dans l’art de la guerre. Ce n’est pas eux que Dieu a choisis, ni à eux qu’il a indiqué le chemin de la vraie science ; et ils périrent, car ils n’avaient pas de discernement; ils périrent à cause de leur folie ».

Le Livre d’Hénoch (chap. VII et VIII) nous fournit aussi des indications très révélatrices sur cette humanité antédiluvienne en rupture totale avec tout l’héritage mytho-sacral des origines, en révolte consciente face à tout ordre supra-humain, et cherchant le moyen d’occulter toute vie spirituelle au profit d’une divinisation de la matière et de tout ce qui n’est qu’humain.

L’apocryphe incorporé dans la Bible éthiopienne parle ainsi de la corruption générale du monde, inaugurée par l’action malveillante des anges déchus (dont le prince est Azaziel) qui copulèrent avec les filles des hommes, engendrèrent les géants et initièrent l’humanité à toutes sortes de sciences occultes (divination, astrologie, sorcellerie, métallurgie… etc.) et de transgressions morales, leur apportèrent des sciences et des technologies nouvelles, leur apprirent les charmes corporels, l’art du paraître et autres pratiques diaboliques en tout genre ; nous lisons : « Et ils se choisirent chacun une femme, et ils s’en approchèrent, et ils cohabitèrent avec elles ; et ils leur enseignèrent la sorcellerie, les enchantements, et les propriétés des racines et des arbres. Et ces femmes concurrent et elles enfantèrent des géants, dont la taille avait trois cent coudées. (…) Et alors la terre réprouva les méchants. Azaziel enseigna encore aux hommes à faire des épées, des couteaux, des boucliers, des cuirasses et des miroirs ; il leur apprit la fabrication des bracelets et des ornements, l’usage de la peinture, l’art de se peindre les sourcils, d’employer les pierres précieuses, et toutes espèces de teintures, de sorte que le monde fut corrompu. L’impiété s’accrut ; la fornication se multiplia, les créatures transgressèrent et corrompirent toutes leurs voies ».

Bien d’autres traditions humaines connaissent elles-aussi, dans leurs légendes et leurs cosmogonies, la figure mythologique inquiétante du géant, toujours présenté comme un être démesuré, brutal, à la force colossale et en conflit permanent avec les dieux.

Songeons par exemple aux horribles géants de la mythologie grecque, dépeints comme des êtres chaotiques, pré-humains, en lutte acharnée contre l’ordre olympien ; les géants (littéralement « nés de la terre » selon le grec ancien), issus du sang d’Ouranos reçu par la Terre-mère Gaïa, représentent tant les puissances telluriques et chthoniennes non-canalisées (ils incarnent « l’Autre », le « monstrueux ») que le lointain souvenir de populations conquérantes dévoyées qui seront finalement vaincues par les dieux suite à la Gigantomachie (« le combat contre les géants »).

Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historique (Livre V, 71), nous donne une description classique de cet épisode : « Jupiter châtia les Géants pour les injures qu’ils faisaient souffrir aux hommes ; car, confiants dans la grandeur démesurée de leur taille et dans leur force corporelle, ils réduisaient en esclavage leurs voisins, désobéissaient aux lois de la justice, et déclaraient la guerre à ceux qui par leurs bienfaits avaient été placés au rang des dieux. Jupiter ne fit pas seulement disparaître les impies et les méchants, il distribua encore des honneurs mérités aux meilleurs des dieux, des héros, et des hommes ».

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Les mêmes idées se rencontrent également dans la tradition germano-scandinave, selon laquelle l’univers entier et les êtres vivants qui le peuplent sont les produits de la dépouille du géant primordial Ymir (la légende dit que « la mer est le sang du géant Ymir, les montagnes ses os, le ciel sa calotte crânienne »). Du reste, les géants (Jötunn) sont décrits comme des créatures ténébreuses d’un ancien cycle historique, surpuissantes (à tel point qu’on en a fait des anthropomorphisations des forces brutes de la nature), détentrices de savoirs magiques et métallurgiques. Depuis leur royaume inaccessible de Jötunheimr, situé à la périphérie du monde des hommes, ils sont en guerre constante contre les dieux et menacent perpétuellement l’équilibre général du monde.

Dans le même esprit, les contes populaires lituaniens et finlandais contiennent des récits diluviens ayant pour protagonistes principaux ces mêmes géants révoltés ; par exemple, un célèbre mythe raconte que le déluge a été envoyé par le dieu Perkùnas (le Zeus/Jupiter balte) afin d’exterminer la race maléfique de géants qui peuplait alors la surface de la terre. Pris de pitié pour le dernier couple de vieux géants qui se noyaient, Perkùnas leur jette une coquille de noix en guise de barque salvatrice afin qu’ils repeuplent la terre.

On pourrait multiplier indéfiniment les exemples de croyances et de récits sacrés ayant trait à la figure sinistre du géant, présenté comme un type d’homme dégénéré, insoumis aux préceptes divins, appartenant à une époque fort reculée, puni de ses péchés à répétition par la justice divine via un cataclysme diluvien.

Pour donner quelques illustrations, pensons à la mythologie chinoise qui évoque l’action sacrilège du géant Kong-Kong, coupable d’avoir brisé le lien terre/ciel de l’Axe du monde et provoqué en conséquence le déséquilibre des pôles terrestres ; dans un même registre, on lit également dans le manuscrit du dominicain Pedro de los Rios que les Aztèques et les Incas enseignaient que la terre, lors du cycle historique précédant le nôtre, était habitée et dominée par des êtres gigantesques hautement civilisés (les Tzocuillixeo), qui furent tous anéantis dans un cataclysme final de type diluvien. Enfin, chez les Ossètes, une légende raconte comment une race antédiluvienne de géants — qui avait usurpé la Connaissance sacrée, qui avait construit une haute citadelle sous l’égide d’un roi borgne et qui tyrannisait les peuples voisins — fut exterminée suite à la colère divine.

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On peut facilement le constater, tous ces récits anciens dressent un portrait concordant de ce peuple impie des géants, toujours présenté comme une humanité progressiste, matérialiste, tyrannique, en opposition farouche aux lois divines, et détentrice de hauts savoirs occultes et scientifiques (la rendant capable notamment d’élever de gigantesques monuments).

Il n’est pas étonnant que de nombreux commentateurs bibliques ont assimilé les géants à la lignée maudite issue de Caïn qui est présentée dans la Bible comme l’instigatrice de toutes sortes de sciences antitraditionnelles (métallurgie, construction de villes, art de la parure, sorcellerie… etc.).

A ce titre, nous citerons ici les visions mystiques de la Bienheureuse Anna Katharina Emmerick au début du XIXe siècle : « Je vis les descendants de Caïn devenir toujours plus impies et sensuels. (…) Leurs enfants étaient très grands, avaient toutes sortes de dons et d’aptitudes, et se rendirent complètement les instruments des mauvais esprit. (…) J’ai vu beaucoup de choses sur ce peuple des géants : comment ils traînaient très facilement d’énormes rochers jusqu’au sommet de la montagne, comment ils montaient de plus en plus haut, comment ils accomplissaient les choses les plus étonnantes. (…) Ils pouvaient faire toutes sortes de choses, et les plus étonnantes, mais uniquement des simulacres et des artifices, qui se produisent avec l’aide du diable. (…) Ils pouvaient faire toutes sortes de figure de pierre et de métal ; mais de la science de Dieu, ils n’avaient plus aucun vestige et cherchaient n’importe quoi à adorer » (Les mystères de l’ancienne Alliance, Téqui, 1977, p. 61-62).

Du reste, il nous faut rappeler qu’aux quatre coins du monde les populations contemporaines attribuent généralement l’érection des énigmatiques constructions mégalithiques à des antiques peuples de géants (n’utilise-t-on pas à cet égard l’adjectif de « cyclopéen »?) ; à ce sujet, l’historien médiéviste H. Bresc, dans un petit article richement documenté, intitulé Le temps des géants, montre bien cette tradition fort répandue de l’archétype du géant-bâtisseur dans les chroniques, la littérature de cours et les traditions populaires de l’Europe médiévale, et écrit ainsi que : « L’attribution aux géants des constructions démesurées ou mystérieuses apparaît comme un trait commun des cultures médiévales : les ruines romaines dans la Bretagne conquise par les Anglo-saxons, mais aussi en Provence où la Turbie est la « tourre dou gigant », les forteresses byzantines et franques de Syrie, attribuées à Nemrod ou au héros préislamique Antar. (…) Un peu partout, les dolmens et les tombes préhistoriques et protohistoriques sont associés aux Géants par les dénominations courantes et on note avec intérêt des dédoublements phonétiques qui montrent la concurrence et la synthèse entre les Géants et les populations primitives bien connues et nommées. Ainsi, en Allemagne, les Hünengrabe, « tombes des géants », renvoient à Hüne, synonyme de Riese (géant), mais qui a pour origine un doublon de Hunne, « Hun » » (cit. dans Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, vol. 13, 1982, p. 247).

Pour conclure cet article, nous pouvons constater que le symbole mythologique du géant (ou ogre, titan, cyclope, brute, homme feuillu, monstre, bête féroce… etc.) a universellement incarné le « tout autre », « l’anomal », le « monstrueux », la « démesure », la « nature sauvage », les « civilisations disparues »  et les « temps obscurs » : il constitue sans doute un souvenir d’êtres humains de forte stature ― qui ont peut-être existé corporellement sur terre dans un ancien cycle ― dont l’espèce s’est éteinte ou fut exterminée de haute lutte, et, en règle générale, se présente surtout comme une anthropomorphisation symbolique des forces élémentaires déchaînées et des restes fantomatiques du passé.

La figure mythique du géant a partout et toujours représenté l’image-type des puissances telluriques ou chthoniennes, il est une personnification des entités des basses régions du monde subtil, des influences errantes provenant du sous-sol, des pesanteurs animiques latentes, des résidus spectraux attachés aux ruines, des souvenirs lointains d’une crypto-histoire ou d’une humanité révolue, et des mystérieuses traces laissées par les anciennes civilisations ou les peuples autochtones depuis longtemps disparus.

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Du point de vue ontologique, l’archétype universel du géant se présente comme l’homme rebelle à Dieu et à son ordre cosmique, exclusivement tourné vers la domination violente, la possession matérielle et les plaisirs de la chair. Le géant incarne donc symboliquement la part animale de l’être humain, il correspond à « l’homme extérieur » (l’ego individuel périssable) opposé à « l’homme intérieur » (le Soi universel immortel) pour parler comme saint Paul ; en jouant phonétiquement sur les mots le géant est l’antithèse de l’ange, c’est le « je-en » en conflit permanent avec le « en-je »…

Bref, pas besoin du don de prophétie pour comprendre que les hommes qui peupleront la terre lors du prochain cycle historique se souviendront de notre humanité actuelle — caractérisée par son hybris et son oubli du divin, gangrenée par le scientisme technologique, la domination brutale de la nature, le matérialisme pratique, l’occultisme et la débauche sexuelle, et seulement préoccupée par des projets prométhéens (transhumanisme, conquête spatiale, construction de mégalopoles et de gratte-ciels… etc.) — comme un peuple de géants révoltés, justement anéanti par un gigantesque cataclysme à cause de ses méfaits répétés.

 Aidé l’auteur via Tipeee

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Les mondes engloutis


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Par Pierre-Yves Lenoble

« Alors le dieu des dieux, Zeus, qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages », Platon (Critias, 120c).

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 Les légendes des continents disparus ou des cités englouties sont bien connues dans le monde entier, et n’ont jamais cessé de tourmenter ou d’émerveiller l’imagination fertile de l’esprit humain.

Ces traditions catastrophistes, toujours tenaces et vivaces, s’articulent à quelques détails près autour de ce scénario général : à la suite d’actes sacrilèges répétés, de laisser-aller dans les mœurs publics ou d’hybris généralisée, une civilisation arrivée au summum de sa puissance (ou une ville florissante) se voit subitement rayée de la carte par un terrible cataclysme (déluge, tsunami, glissement de terrain, pluie de feu… etc.) provoqué par la colère divine.

Nous donnerons dans cet article quelques exemples de ces anciens mondes ensevelis et tenterons de mettre en lumière la signification et le symbolisme profond de toutes ces légendes en laissant de coté la question de leur historicité qui ne nous intéresse pas.

L’archétype le plus célèbre est bien entendu celui du mythe platonicien (dans le Timée et le Critias) concernant l’île de l’Atlantide, le grand empire thalassocratique mondial anéanti sous les eaux diluviennes suite au décret de Zeus, courroucé par l’orgueil et l’irréligion des Atlantes.

Voici ce que dit Platon au sujet de la grandeur, de la décadence et de la disparition de la civilisation atlantéenne : « Pendant de nombreuses générations, tant que la nature du dieu (Poséidon) se fit sentir suffisamment en eux, ils obéirent aux lois et restèrent attachés au principe divin auquel ils étaient apparentés. (…) Mais quand la portion divine qui était en eux s’altéra par son fréquent mélange avec un élément mortel considérable et que le caractère humain prédomina, incapables dès lors de supporter la prospérité, ils se conduisent indécemment, (…) tout infectés qu’ils étaient d’injustes convoitises et de l’orgueil de dominer » (Critias, 120a).

On voit par là que la cause principale de la déchéance de l’Atlantide est de nature avant-tout spirituelle et ontologique : c’est l’oubli progressif de sa tradition tutélaire et le reniement général de sa verticalité première qui ont amené le châtiment divin. En perdant leurs principes fondateurs, leurs vertus, leurs valeurs éthiques et leur unité interne au profit de la recherche des richesses matérielles, de la volonté de domination brutale et des passions seulement humaines, les Atlantes se sont mélangés ethniquement et culturellement, se sont divisés contre eux-mêmes et ont finalement accéléré leur propre perte.

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L’histoire du désastre atlantéen est à mettre en parallèle avec le récit biblique de la chute de la Tour de Babel (Genèse XI, 1-9) qui nous parle également d’un immense empire globalisé, uniformisé (il est dit que les hommes, formant un seul peuple, parlaient le même langage) et dirigé d’une main de fer par le monarque dévoyé Nemrod.

En effet, dans une optique prométhéenne, les hommes entreprennent la construction d’une ville (vraisemblablement la maudite Babylone) et d’une tour de briques aussi haute que le ciel pour se faire un nom ; alors Dieu, s’apercevant de cette entreprise démesurée, décide d’abattre sa colère sur la terre, provoquant la dispersion des hommes sur toute la surface du globe et la confusion des langues.

Dans un registre similaire, comment ne pas évoquer un autre passage de la Genèse (chap. XVIII et XIX) racontant la destruction totale, par le soufre et le feu tombés du ciel, des villes pécheresses de Sodome et Gomorrhe (excepté le prophète Loth), en guise de punition divine ; il est bien dit dans le Livre d’Ézéchiel (XVI, 49) que les deux cités « étaient devenues orgueilleuses parce qu’elles vivaient dans l’abondance et dans une tranquille insouciance. Elles n’ont pas secouru les pauvres et les malheureux ».

La tradition islamique évoque quant à elle la cité perdue de Iram (« la ville aux mille piliers »), ensevelie sous les sables après une tempête déclenchée sur ordre divin. La légende affirme que cette cité, « dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes » (Coran LXXXIX, 8), a été anéantie du fait de la décadence de ses mœurs, notamment son appétit de luxe, son polythéisme et la pratique de sciences occultes, et ce malgré les avertissements du prophète Houd (la cité est ainsi surnommée « l’Atlantis des sables »). Du reste, on peut lire dans le Coran (III, 137) cette sentence explicite : « Avant vous, certes, beaucoup d’événements se sont passés. Or, parcourez donc la terre, et voyez ce qu’il est advenu de ceux qui traitaient les prophètes de menteurs »…

En France, on retrouve pareillement des légendes locales faisant état de villes englouties dont la plus fameuse est celle de la ville bretonne d’Ys (ou Kêr-Is en breton) — que l’on situe vers la pointe du Raz ou au large de la baie de Douarnenez — détruite par un raz-de-marée décrété par Dieu à cause du désordre et des péchés de ses habitants (ceux-ci du reste refusèrent de suivre les recommandations de saint Guénolé qui leur avait pourtant prédit la catastrophe). En outre, une mystérieuse prophétie issue d’un vieux proverbe breton nous apprend que « Quand Paris sera englouti, resurgira la ville d’Ys ».

Dans son instructif Livre des superstitions (R. Laffont, 1995, p. 1791), E. Mozzani donne de nombreux exemples de cités légendaires croupissant sous les eaux : « Dans le sud de la France, on dit qu’il y a une ville engloutie en face de Saint-Raphaël (…) Des cités sont également englouties dans des lacs et des étangs : sous le lac de Grandlieu (Boudaye, Loire-Atlantique) se trouve la ville païenne d’Herbauge (ou Herbadilla), bâtie par les plus riches citoyens de Nantes qui y amenèrent leurs richesses. Le luxe de la cité, la débauche de ses habitants provoquèrent la colère du ciel : ce cataclysme fut annoncé par saint Martin de Verton qui sauva le seul « juste » du pays (…) A la suite d’une malédiction prononcée par les prêtres, l’océan détruisit la cité de Belesbat en Vendée avant de la laisser ensevelie sous des dunes de sable. Les légendes des cités englouties existent dans toute l’Europe et même dans le monde entier : par exemple, en Inde, la légende veut qu’à l’endroit où se trouve le temple de Naldéra existait autrefois une ville. Ses habitants s’étaient si mal comportés qu’elle fut engloutie ; seul le temple échappa à la catastrophe ».

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Cette liste de villes mythiques (voire de continents entiers) détruites par quelque cataclysme pourrait se prolonger indéfiniment ; mentionnons entre autres les continents perdus de Mu dans le Pacifique ou la Lémurie dans l’océan Indien, la cité de Vineta en mer Baltique, Tartessos en Espagne, Kitej en Russie ou encore Shangri-La au Tibet, sans parler des fameuses cités d’or en Amérique du sud ou de la cité perdue du Kalahari en Afrique.

De tout ce qui précède, une idée principale s’impose à nous, à savoir que toute société humaine, indépendamment de sa taille et de son rayonnement, est vouée à l’anéantissement dès lors que celle-ci renie sa tradition fondatrice et ne se soumet plus aux lois supra-humaines contenues dans sa sacralité, qui lui avait pourtant conféré son unité et sa continuité collectives.

Lorsque les hommes délaissent leurs principes sacrés, leurs valeurs religieuses et leurs codes éthiques, quand ils coupent leur lien transcendant, qu’ils perdent petit à petit leur âme, alors l’irréparable est commis, les « eaux inférieures » (c’est-à-dire les préoccupations bassement égoïstes, les visées matérialistes, la volonté de domination, la débauche sexuelle, les passions vulgaires, le divertissement spectaculaire.. etc.) montent dangereusement, la colère divine gronde sourdement et la catastrophe terminale ne peut que s’abattre fatalement.

Notre monde déspiritualisé et décadent ferait bien de méditer toutes ces tristes leçons du passé avant qu’il ne soit trop tard…