Quand le chien n’aboie pas


La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentelmen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres-forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

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Prince Al-Walid bin al-Talal

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le « nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestiaque dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Israël Shamir

Article original en anglais :

The Dog That Didn’t Bark, publié le 30 novembre 2017

Cet article a été publié initialement par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier, Entre la Plume et l’Enclume

L’histoire de Joseph est un ancien conte populaire arabe – Vidéo d’A. Ezzat traduit en français par JBL1960 — jbl1960blog


FAISONS TOMBER LES DOGMES, LES DOCTRINES & LES MYTHES ; Tous les écrits, publications et livre du Dr. Ashraf Ezzat, qui ne dit jamais que l’histoire de la bible est une invention. Mais prouve juste que la location GÉOGRAPHIQUE de cette histoire n’est pas la bonne. Et qu’il ne faut pas chercher en Égypte ou […]

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Le livre perdu du dieu Enki


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Auteur : Sitchin Zecharia
Ouvrage : Le livre perdu du dieu Enki Mémoires et prophéties d’un dieu extraterrestre
Année : 2002

 

Introduction
Il y a près de 445 000 ans, des astronautes venus d’une autre planète sont arrivés sur Terre à la recherche d’or.
S’écrasant dans l’une des mers de la Terre, ils regagnèrent la rive à pied et fondèrent Eridu, la «Maison construite au lointain ». Le camp initial se développa rapidement pour devenir une véritable
Mission Terre, avec un centre de contrôle, un Spatioport, des exploitations minières et jusqu’à une station étape sur Mars.
Confrontés à un manque de main-d’oeuvre, les astronautes eurent recours à des manipulations génétiques pour créer des Travailleurs Primitifs: l’Homo sapiens. Le déluge avait balayé la surface de la Terre, il leur fallait prendre un nouveau départ. Les astronautes devinrent des dieux, apportant à
l’Humanité la civilisation, leur apprenant à prier.
Puis, il y a environ quatre mille ans, tous ces progrès furent engloutis dans une catastrophe nucléaire provoquée par les rivalités et les guerres entre les visiteurs.
Ce qui s’est produit sur Terre, et en particulier les événements qui ont suivi l’apparition de l’être humain, a été relaté par Zecharia Sitchin dans la série des Chroniques de la Terre. L’auteur s’appuie sur la Bible, les tablettes d’argiles, les mythes anciens et les découvertes archéologiques. Mais ce qui a précédé les événements qui se sont déroulés sur Terre, ce qui s’est déroulé sur Nibiru, la planète des astronautes, et a motivé leur voyage interstellaire, le besoin d’or, la création de l’homme?
Quelles émotions, rivalités, croyances, moralité (ou manque de moralité) ont motivé les principaux acteurs de cette saga céleste et spatiale? Quelles relations ont généré des tensions grandissantes sur Nibiru et sur Terre? Quelles tensions sont apparues entre anciens et plus jeunes, entre ceux qui sont venus de Nibiru et ceux qui sont nés sur Terre? Et dans quelle mesure ce qui s’est produit était écrit
par la Destinée, un destin dont le passé renferme les clés du futur?
Ne serait-il pas prometteur que l’un des principaux acteurs, un témoin visuel capable de faire la différence entre le Sort et le Destin, ait écrit pour la postérité le Comment du Pourquoi et le Où du
Quand, les Débuts et peut-être la Fin?
C’est précisément ce que certains d’entre eux ont fait, à commencer par le meneur du premier groupe d’astronautes lui-même.
Spécialistes et théologiens admettent maintenant que les récits bibliques de la Création, d’Adam et Ève, du Déluge et de la Tour de Babel se sont inspirés de textes écrits des milliers d’années plus tôt en Mésopotamie, en particulier par les Sumériens. Ces écrits affirmaient à leur tour tirer leur connaissance d’événements passés (dont certains avaient eu lieu avant l’apparition de la civilisation) et des écrits des Anunnakis (« Ceux qui des cieux vinrent sur Terre »): les « dieux » de l’Antiquité.
Un siècle et demi de découvertes archéologiques dans les ruines des civilisations de l’Antiquité a permis de mettre au jour un grand nombre de ces textes, en particulier au Proche-Orient. Les découvertes ont également permis de mesurer l’étendue des textes manquants (les « écrits perdus »), qu’ils soient cités ou suggérés dans les textes trouvés, ou que leur existence passée ait été cataloguée dans les bibliothèques royales ou sacrées.
Les « secrets des dieux » étaient parfois révélés en partie dans les épopées. C’est le cas de l’Épopée de Gilgamesh, qui révèle le débat entre les dieux ayant mené à la décision de laisser périr l’Humanité dans le déluge, ou d’un texte intitulé Atra Hasis, qui relate comment la mutinerie des Anunnakis qui
peinaient dans les mines mena à la création des travailleurs primitifs, c’est-à-dire les Terriens. De temps à autre, les meneurs des astronautes eux-mêmes rédigèrent des textes, les dictant parfois à un scribe élu. C’est le cas du texte connu sous le nom d’Erra Epos, dans lequel l’un des deux dieux à
l’origine de la catastrophe nucléaire essaie de rejeter la responsabilité sur son adversaire. Parfois, c’est le dieu lui-même qui tient le stylet, comme dans le Livre des secrets de Thot (dieu égyptien de la sagesse), que le dieu a rédigé dans le secret d’une chambre souterraine.
Lorsque le seigneur-dieu Yahvé, selon la Bible, offre les Dix Commandements à Son peuple élu, Il grave de Sa propre main deux tablettes de pierre qu’Il confie à Moïse sur le mont Sinaï. Moïse détruit le premier jeu de tablettes en réaction à l’incident du veau d’or, puis grave lui-même de nouvelles tablettes recto verso pour les remplacer. Il passe quarante jours et de quarante nuits sur le mont Sinaï à graver les mots du Seigneur.
Sans un récit sur le Livre des secrets de Thot, écrit sur un papyrus datant du règne du roi égyptien Khufu (Chéops), l’existence de ce livre serait restée inconnue. Sans les récits bibliques de l’Exode et du Deutéronome, nous n’aurions jamais entendu parler des tablettes divines et de leur contenu. Tout cela aurait été relégué au rang des énigmatiques « écrits perdus » dont l’existence même ne nous
aurait jamais été connue. Il arrive que nous sachions que certains textes ont existé sans pour autant connaître leur contenu, ce qui n’est pas moins frustrant. C’est le cas du Livre des guerres de Yahvé et du Livre de Jasher (« Livre de la justice »), qui sont spécifiquement mentionnés dans la Bible.
L’existence de deux livres anciens (textes antérieurs connus du narrateur biblique) peut être déduite
dans au moins deux cas. Le chapitre cinq de la Genèse commence par l’affirmation suivante: « Voici le livret du Toledoth d’Adam. » Le terme Toledoth est en général traduit par « descendance », mais pour être plus précis, il signifie en réalité « compte rendu historique ou généalogique ». L’autre cas est celui du chapitre six de la Genèse, lorsque le récit concernant Noé et le Déluge commence par les mots « Voici le Toledoth de Noé ». Il s’avère que des fragments d’un ouvrage connu sous le nom de
Livre d’Adam et Ève ont traversé les millénaires sous leur version arménienne, slavonique, syriaque ou éthiopique. Le Livre d’Enoch (l’un des apocryphes qui n’ont pas été inclus dans la Bible canonisée)
contient des passages qui, selon les chercheurs, seraient des fragments tirés d’un Livre de Noé bien plus ancien.
L’exemple de la célèbre bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte, est souvent cité pour illustrer
l’ampleur des livres perdus. Fondée par le général Ptolémée après la mort d’Alexandre en 323 av. J.C., elle est réputée avoir contenu plus de cinq cent mille « volumes » écrits sur toutes sortes de supports (argile, pierre, papyrus, parchemin). La grande bibliothèque où les érudits se rassemblaient
pour étudier les connaissances accumulées a brûlé et fut détruite au cours des guerres qui ont fait rage entre 48 av. J.-C. et la conquête par les Arabes, en 642 apr. J.-C. De ses trésors, il ne nous reste qu’une
traduction des cinq premiers livres de la Bible hébraïque en grec et quelques fragments qui ont survécu dans les écrits de certains chercheurs attitrés de la bibliothèque.
C’est seulement ainsi que nous savons que le second roi Ptolémée confia vers 270 av. J.-C. la rédaction de l’histoire et de la préhistoire de l’Égypte à un prêtre égyptien que les Grecs connaissaient sous le nom de Manéthon. Au début, écrit Manéthon, seuls étaient les dieux. Puis apparurent les demi-dieux et enfin, vers 3100 av. J.-C., les dynasties pharaoniques. Le règne des dieux, écrit-il, commença
dix mille ans avant le Déluge et se poursuivit pendant des milliers d’années après lui, cette seconde période étant marquée par des combats et des guerres intestines.
Dans les contrées asiatiques soumises à Alexandre, dont le pouvoir tomba aux mains du général Séleucos et de ses successeurs, on essaya de même d’offrir aux savants grecs un compte rendu des événements passés.

Bérose, un prêtre du dieu babylonien Mardouk qui avait accès aux librairies de
tablettes d’argile dont le coeur était la librairie d’Harran (sud de l’actuelle Turquie), rédigea une histoire des dieux et des hommes en trois volumes qui commence avec la venue de dieux sur Terre 432 000 ans avant le Déluge. Bérose dresse une liste des dix premiers chefs, donnant leur nom et la durée de leur règne. Il rapporte que le premier meneur, habillé en poisson, est sorti de la mer en marchant. C’est lui qui apporta la civilisation à l’humanité. Son nom, transcrit en grec, était Oannes.
Ces deux prêtres rapportèrent donc la venue de dieux célestes sur Terre, évoquant une époque où seuls les dieux régnaient sur Terre et décrivant la catastrophe du Déluge. Leurs récits concordent sur de nombreux points. Dans les quelques fragments de ces trois volumes ayant survécu (à travers des écrits de la même époque), Bérose mentionne l’existence d’écrits datant d’avant le Déluge. Il s’agit de tablettes de pierres qui furent dissimulées dans une ancienne ville appelée Sippar, l’une des cités originelles fondées par les anciens dieux.
Bien que Sippar, comme les autres villes antédiluviennes des dieux, fût submergée et rayée de la carte par le déluge, une référence aux écrits antédiluviens a refait surface dans les annales du roi assyrien Assurbanipal (668-633 av. J.-C.). Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’ancienne capitale de Ninive n’était connue que dans l’Ancien Testament. Lorsque les archéologues la découvrirent, ils mirent au jour dans les ruines du palais d’Assurbanipal une bibliothèque contenant les restes de quelque 25 000 tablettes couvertes d’inscription. Collectionneur assidu de « textes anciens »,
Assurbanipal se vante dans ses annales: « Le dieu des scribes m’a accordé le don de la connaissance de son art, j’ai été initié aux secrets de l’écriture. Je suis capable de lire les tablettes sumériennes, pourtant si compliquées. Je comprends les mots énigmatiques gravés dans la pierre avant le Déluge. »
Nous savons maintenant que la civilisation shumérienne (ou sumérienne) s’est épanouie dans la région qui est ensuite devenue l’Irak presque un millénaire avant le début de l’ère des pharaons en Égypte, et que ces deux civilisations ont été suivies par celle de la vallée de l’Indus, dans le sous-continent
indien. Nous savons également que les Sumériens furent les premiers à rédiger annales et autres récits sur les dieux et les hommes, à partir desquels les autres peuples, dont les Hébreux, ont tiré les textes de la Création, d’Adam et Ève, d’Abel et Caïn, du Déluge, de la Tour de Babel, des guerres et des amours des dieux, comme on peut le voir dans les écrits des Grecs, Hittites, Cananéens, Perses et Indo-européens. Ces écrits anciens prouvent que leurs sources étaient des textes plus anciens encore, certains retrouvés, d’autres perdus.
Le volume de ces anciens écrits est prodigieux. Ce ne sont pas des milliers mais des dizaines de milliers de tablettes d’argiles qui ont été découvertes dans les ruines du Proche-Orient de l’Antiquité.
Nombre de ces écrits décrivent certains aspects de la vie quotidienne, dont le commerce, le salaire des travailleurs et les contrats nuptiaux. D’autres, mis au jour principalement dans les bibliothèques des palais, forment les annales royales. D’autres encore, découverts dans les ruines des bibliothèques des
temples ou des écoles où l’on formait les scribes, forment un corpus de textes canonisés, une littérature secrète. Ils furent écrits en langue sumérienne puis traduits en akkadien (la première langue sémitique) et autres langues anciennes. Même ces écrits, qui ont plus de six mille ans, font référence à des « livres » perdus (textes inscrits sur des tablettes de pierre).
Le mot « chance » ne suffit pas à qualifier la découverte miraculeuse, dans les ruines des villes et bibliothèques de l’Antiquité, de prismes d’argile recouverts d’informations sur les dirigeants antédiluviens et leurs 432 000 ans de règne combiné auxquels faisait allusion Bérose. Connues sous le nom de Listes des rois sumériens (et exposées au musée Ashmolean à Oxford, Angleterre), les différentes versions ne laissent aucun doute sur le fait que leurs compilateurs sumériens devaient avoir accès à une référence textuelle publique ou canonisée antérieure. Associées à des textes aussi
anciens plus ou moins bien conservés, elles suggèrent fortement que la première personne à avoir rapporté l’Arrivée, mais aussi les événements qui l’ont précédée et suivie, devait être l’un de ces meneurs, un participant clé, un témoin visuel.
Parmi ceux qui avaient assisté à ces événements (et qui y avaient en fait participé activement) se trouvait le chef qui s’était écrasé dans l’eau avec le premier groupe d’astronautes. À cette époque, son épithète était E.A. « Celui qui demeure dans l’eau ». Il avait connu la déception de voir le commandement de la Mission Terre confié à son demi-frère et rival EN.LIL (« Seigneur de l’Autorité »), une humiliation atténuée par le fait qu’on lui avait accordé le titre d’EN.KI (« Seigneur de la Terre
»). Relégué dans l’E.DIN (« Éden »), loin des villes des dieux et de leur spatioport, le grand
scientifique Ea/Enki supervisait l’extraction de l’or dans l’AB. ZU (Afrique du sud-est). C’est lui qui rencontra par hasard les hominidés qui peuplaient ces régions. Lorsque les Anunnakis qui peinaient dans les mines se rebellèrent contre leur sort, c’est lui qui réalisa que la main-d’oeuvre nécessaire pouvait être obtenue en faisant un bond dans l’évolution grâce à la manipulation génétique, et c’est
ainsi que naquit l’Adam (littéralement, « Celui qui vient de la Terre », le Terrien). Hybride, l’Adam ne pouvait procréer. Les événements repris dans le récit biblique d’Adam et Ève relatent la seconde
modification génétique à laquelle Enki eut recours pour ajouter les chromosomes sexuels nécessaires à la procréation. Et lorsqu’il apparut que l’Humanité avait évolué dans une direction inattendue, ce fut lui, Enki, qui défia le plan de son frère Enlil de la laisser périr dans le Déluge. Le héros de ces
événements a été appelé Noé dans la Bible et Ziusudra dans le texte sumérien antérieur.
Premier fils d’Anu, le dirigeant de Nibiru, Ea/Enki connaissait parfaitement le passé de sa planète (Nibiru) et de ses habitants. Scientifique accompli, il transmit les plus importants aspects des connaissances avancées des Anunnakis à ses deux fils Mardouk et Ningishzidda, dieux qui étaient connus par les Égyptiens sous les noms de Ra et Thot. Il joua également un rôle prépondérant dans le
partage avec l’Humanité de certains aspects de ces connaissances avancées, en enseignant « les secrets des dieux » à des individus choisis. À deux occasions au moins, ces initiés compilèrent ces enseignements divins en tant qu’héritage de l’humanité, comme il le leur avait été demandé. L’un deux, Adapa, est connu pour avoir écrit l’un des premiers ouvrages perdus, intitulé Écrits sur le temps.
Adapa était probablement le fils d’Enki et d’une Terrienne. L’autre, Enmeduranki, a selon toute probabilité inspiré le personnage d’Hénoch dans la Bible, celui qui fut emporté aux cieux après avoir confié à ses fils le livre des secrets divins.
Il est possible qu’une version de cet ouvrage ait survécu dans le livre apocryphe d’Hénoch.
Bien qu’il soit le premier-né d’Anu, il n’était pas destiné à succéder à son père sur le trône de Nibiru. Des règles de succession complexes à l’image de l’histoire torturée des Nibiriens accordaient ce privilège au demi-frère d’Enki, Enlil. Dans une tentative de résoudre ce conflit profond, Enki et Enlil furent envoyés en mission sur une planète étrangère, la Terre, dont l’or était nécessaire pour préserver l’atmosphère mourante de Nibiru. C’est dans ce contexte, rendu encore plus complexe par la
présence sur Terre de leur demi-soeur Ninharsag (officier médical en chef des Anunnakis), qu’Enki décida de contrer le projet d’Enlil visant à faire périr l’humanité dans le déluge.
Le conflit se poursuivit entre les fils des demi-frères, et même entre leurs petits-enfants. Tous, et en particulier ceux nés sur Terre, étaient confrontés à la perte de la longévité que la lente période orbitale de Nibiru leur aurait procurée, ce qui générait de l’angoisse et exacerbait les ambitions. La tension atteignit son paroxysme au cours du dernier siècle du troisième millénaire av. J.-C., lorsque Mardouk, le premier fils d’Enki et de son épouse officielle, affirma que c’était lui qui devrait hériter de la Terre,
et non le premier fils d’Enlil, Ninurta. Ce terrible conflit ponctué d’une série de guerres conduit à l’usage des armes nucléaires, qui entraîna la malencontreuse disparition de la civilisation sumérienne.
L’initiation d’individus choisis aux « secrets des dieux » avait marqué l’avènement du clergé, les lignées de médiateurs entre les dieux et le peuple, ceux qui transmettaient la Parole divine aux Terriens mortels. Les oracles, interprétations de la parole divine, allaient de pair avec l’observation des cieux à la recherche de présages. Alors que l’humanité était de plus en plus encline à prendre un parti dans les conflits entre les dieux, les prophéties commencèrent à jouer un rôle. En fait, le terme
qui désigne ces porte-parole des dieux qui proclamaient ce qui allait se produire, Nabih, était l’épithète du premier fils de Mardouk, Nabu, qui avait essayé au nom de son père de convaincre l’humanité que les signes divins annonçaient la suprématie future de Mardouk.
Ces changements soulignèrent la nécessité de distinguer le Sort et le Destin. Les proclamations d’Enlil et celles d’Anu n’avaient jusqu’alors jamais été remises en question.
Désormais, on examinait la différence entre NAM (le destin dont la course, comme les orbites planétaires, était prédéterminée et ne pouvait être modifiée) et NAM.TAR (littéralement, un destin que l’on pouvait influencer, briser, changer: le Sort). En se remémorant et en réexaminant la série d’événements et l’apparent parallélisme entre ce qui s’était passé sur Nibiru et ce qui s’était produit sur Terre, Enki et Enlil entamèrent une réflexion philosophique sur ce qui était écrit et ne pouvait être évité, et ce qui n’était qu’une conséquence de bonnes ou mauvaises décisions et du libre arbitre. Le
second ne pouvait être prédit, mais le premier pouvait être prévu, en particulier si tout, comme les orbites des planètes, était cyclique, si ce qui s’était produit devait se produire à nouveau, si les Premiers allaient être les Derniers.
La catastrophe nucléaire est un événement crucial qui a exacerbé la réflexion intense des chefs anunnakis et a provoqué le besoin d’expliquer ses causes aux innombrables victimes humaines. Était-ce le Destin, était-ce le résultat du Sort forgé par les Anunnakis? Pouvait-on désigner un responsable, pouvait-on blâmer quelqu’un?
Au cours des conseils anunnakis qui précédèrent la catastrophe, ce fut Enki qui se dressa seul contre l’usage des armes interdites. Il était donc important pour Enki d’expliquer aux survivants blessés comment les extraterrestres avaient fini par tout détruire malgré leurs bonnes intentions. Qui d’autre qu’Ea/Enki, qui avait été le premier arrivé et avait été témoin de tout, était le mieux qualifié pour raconter le passé afin de deviner le futur? La meilleure façon de tout raconter était un rapport d’Enki lui-même écrit à la première personne.
Il ne fait aucun doute qu’il a rédigé son autobiographie. Un long texte (s’étendant sur au moins douze tablettes) découvert dans la bibliothèque de Nippur cite ces paroles d’Enki:

Bientôt la Terre, largement inondée.
J’approche ses prairies verdoyantes,
Je demande à ce que des monts soient érigés.
Dans un lieu pur je construis ma maison,
et je lui donne le nom qui lui sied

Ce long texte se poursuit par une description des tâches assignées par Ea/Enki à ses lieutenants pour mettre en marche la Mission Terre.
De nombreux autres textes portant sur divers aspects du rôle d’Enki dans les événements qui vont suivre permettent de compléter son récit. Ils comprennent notamment une cosmogonie, une Épopée de la Création qui repose sur le récit d’Enki lui-même et que les spécialistes appellent la Genèse d’Eridu.
Ils comprennent des descriptions détaillées de la création de l’Adam. Ils décrivent la façon dont d’autres Anunnakis et Anunnakies vinrent à Enki dans sa ville d’Eridu pour obtenir de lui le ME, une sorte de disquette où tous les aspects de la civilisation étaient codés. Ils comprennent des textes sur la vie privée d’Enki et ses problèmes personnels, comme le récit de sa tentative de concevoir un fils avec
sa demi-soeur Ninharsag, ses aventures avec déesses et filles de l’homme, et leurs conséquences imprévues. Le texte de l’Atra Hasis montre comment Anu s’est efforcé d’éviter que les rivalités entre Enki et Enlil s’intensifient, en partageant les domaines terrestres entre eux. D’autre part, les textes qui
décrivent les événements ayant précédé le déluge rapportent pour ainsi dire mot pour mot les débats qui ont eu lieu lors du Conseil des dieux au sujet du sort de l’Humanité, mais aussi le subterfuge d’Enki, l’arche de Noé. Ce récit n’était connu qu’à travers la Bible, jusqu’à ce que l’une de ses versions originales mésopotamiennes soit découverte dans les tablettes de l’Épopée de Gilgamesh.
Tablettes d’argile sumériennes et akkadiennes, librairies des temples babyloniens et assyriens, « mythes » égyptiens, hittites et cananéens, mais aussi récits bibliques sont la principale source écrite relatant les affaires des dieux et des hommes. Pour la toute première fois, ces documents dispersés et fragmentés ont été rassemblés par Zecharia Sitchin pour recréer le récit d’Enki en tant que témoin: les mémoires autobiographiques et les prophéties d’un dieu extraterrestre.
Présenté sous la forme d’un texte dicté par Enki à un scribe élu, ce Livre témoin destiné à être révélé le moment venu évoque les instructions données par Yahvé au prophète Isaïe (VIIe siècle av. J.-C.):

Maintenant va,
écris-le sur une tablette,
grave-le dans un livre,
que ce soit un témoignage pour toujours
et à jamais

En étudiant le passé, Enki lui-même avait entrevu le futur. La notion que les Anunnakis, faisant usage de leur libre arbitre, étaient maîtres de leur propre sort (ainsi que du sort de l’Humanité) a finalement cédé la place à la prise de conscience du fait que c’était la Destinée qui déterminait le cours des événements, et non les paroles ou les actions des Anunnakis. Ainsi, comme l’ont annoncé les prophètes hébreux, les Premiers seront les Derniers.
Les événements décrits par Enki peuvent donc donner naissance à des prophéties. Le Passé sera le Futur.

Attestation

Paroles d’Endubsar, fils de la ville d’Eridu,
serviteur du grand dieu
le seigneur Enki.

suite…

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La science de l’ADN et le sang de la lignée juive


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Auteur : Marrs Texe
Ouvrage : La science de l’ADN et le sang de la lignée juive
Année : 2013

Traduction française de Roch Richer

 

 

 

Martin Luther parlant des Juifs :

« Personne ne peut leur enlever leur fierté concernant leur sang et leur descendance
d’Israël …   Tous les prophètes les ont censurés pour cela, car elle trahit une
présomption arrogante et charnelle dénuée d’esprit et de foi. Notre Seigneur les a
aussi appelés  « race de vipères » ; en outre, dans Jean 8:39, 44, Il déclare : « Si vous
étiez enfants d’Abraham, vous feriez les œuvres d’Abraham … Le père dont vous êtes
issus c’est le démon. » Il leur fut intolérable d’entendre qu’ ils n’étaient pas les
enfants d’Abraham, mais du diable, et ils ne peuvent pas plus supporter de l’entendre
aujourd’hui. S’ils pouvaient délaisser leur vantardise et leurs arguments, tout le
système qu’ ils ont bâti dessus basculerait et changerait. »

INTRODUCTION

« Et si vous êtes de Christ, vous êtes la
semence d’Abraham »

On a maintenant effectué des études d’ADN faisant autorité et les résultats en sont
clairs et indiscutables. Les gens qui se nomment aujourd’hui « les Juifs » et qui
résident à la fois au Proche-Orient et autour du monde ne sont pas descendants des
anciens Israélites. Ils ne sont pas la semence d’Abraham et n’ont aucun lien sanguin
avec les prophètes de l’ancien Israël. L’ADN démontre plutôt que ce peuple est
descendant du Royaume de Khazarie, pays ayant jadis existé dans le Caucase, au sud
de la Russie.
L’histoire raconte qu’au 8e siècle, le roi de Khazarie choisit le judaïsme comme
religion de prédilection pour son peuple qui, à l’époque, était païen et hostile aux
immigrants. Il ordonna que des rabbins juifs soient amenés de Babylone en Khazarie
pour enseigner à son peuple cette nouvelle religion.
Lors des deux siècles suivants, le peuple khazar fut conquis par des envahisseurs
russes. Bon nombre s’enfuirent en Europe de l’Est, principalement en Pologne où ils
conservèrent leur religion judaïque. À partir de là, ils émigrèrent par toute l’Europe et
aux Etats-Unis, puis, en 1948, les Juifs khazars établirent la nouvelle nation d’Israël.
Ce peuple répandu partout dans le monde et qui s’attribue le nom de « Juif » est en
réalité khazar et, en plus, de souche turco-mongoloïde. Ils croient erronément qu’ils
sont des anciens Israélites, mais, en fait, ce sont des Gentils. Beaucoup pratiquent la
religion du judaïsme et leur Talmud babylonien proclame que les Juifs sont une race
supérieure et divine. Ironiquement, le Talmud déclare que les Gentils sont inférieurs,
n’étant rien de plus que du bétail (les goyim). Le Talmud parle aussi d’Israël comme
du foyer éternel des Juifs et d’un Messie juif à venir qui régnera sur le monde.
La persistance des Khazars à soutenir qu’ils sont Juifs et les doctrines de leur
Talmud ont eu pour conséquence des conflits et de la division partout où ils ont

résidé. Cela est particulièrement vrai en Israël, pays où les natifs palestiniens, dont la
plupart sont musulmans, réclament aussi le territoire.
Dans le Nouveau Testament, Paul a dit de faire attention à ceux qui mettent
l’emphase sur la race et l’origine nationale. Il parla des « fables et des généalogies ».
Toutefois, les enfants de Dieu sont nés de nouveau en esprit et en vérité (Jean 3:3).
Dieu confond assurément ceux qui sont « enfants de l’orgueil » et soutiennent que
leur race et leur sang sont supérieurs à ceux de leurs semblables humains. Voilà
clairement pourquoi Il nous a surpris grâce à Sa certitude mathématique qui, par le
biais de la science de l’ADN, montre qu’en fait presque tous les « Juifs »
d’aujourd’hui dans le monde sont des Khazars. Ils ne sont pas la semence d’Abraham
ni ses héritiers physiques. Ils ne possèdent pas de lien physique ou familial avec
Abraham et les prophètes.
À première vue, cela semble une tragédie pour les Juifs, dont la fierté est
endommagée par la révélation qu’ils ne sont pas les « Élus de Dieu » et donc pas si
spéciaux, après tout. Cela envoie aussi un message clair au monde entier que la terre
d’Israël n’appartient pas aux « Juifs », car ce sont des Khazars et que leur foyer
national n’est pas Israël, mais la Khazarie, dans le Caucase.
Or, ce qui semble à prime abord de mauvaises nouvelles, voire un désastre pour les
Juifs khazars, devient, en fait, une opportunité merveilleuse. Maintenant, le « Juif »
est libéré du fardeau de créer un foyer israélien. Il peut dire adieu à son exclusion du
reste de l’humanité et de ce fait rejoindre la race humaine.
La Parole de Dieu montre le chemin vers la vie par la foi en Jésus-Christ. Je prie
pour que les chrétiens saisissent l’occasion de bénir les Khazars et de leur rendre
témoignage de l’amour de Jésus. Car ce n’est que de cette façon que les Khazars
connaîtront la liberté. Comme le démontrent les Écritures, dans Galates 3:26-29 :
« …parce que vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Car vous
tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ ; où il n’y a ni Juif ni
Grec ; où il n’y a ni esclave ni libre ; où il n’y a ni mâle ni femelle ; car vous êtes
tous un en Jésus-Christ. Or si vous êtes de Christ, vous êtes donc la semence
d’Abraham, et héritiers selon la promesse. »
Texe Marrs
Austin, Texas

CHAPITRE 1

La science de l’ADN et la lignée juive
« Et l’Eternel apparut à Abram, et lui dit : Je donnerai ce pays à ta postérité… »
Genèse 12:7
Il n’y a absolument aucun doute que Dieu fit une alliance avec Abraham. Sous
cette alliance, Il promit à Abraham et à sa semence une grosse portion de territoire au
sein des nations actuelles du Liban, de la Syrie, de l’Égypte et de l’Irak. On pourrait
appeler ce territoire « le Grand Israël ».
Cette alliance fut confirmée par Dieu quand Il fit sortir les Juifs du pays d’Égypte.
Là, Il leur promit à nouveau la terre d’Israël et Il tint Sa Parole.
Cependant, la grande controverse soulève la question à savoir si cette alliance est
encore en opération aujourd’hui. J’ai pour point de vue qu’elle ne l’est pas. Dieu a
sûrement fait cette alliance et a tenu Sa part du marché. Malheureusement, Israël n’a
pas tenu la sienne. Ils abrogèrent, mirent un terme, à l’alliance par leur péché et leur
mauvaise conduite.
Une alliance nouvelle et meilleure
L’annulation de l’ancienne alliance est enregistrée dans le livre aux Hébreux du
Nouveau Testament dans lequel l’apôtre Paul explique que Jésus est le Médiateur
d’une nouvelle et meilleure alliance :
« Mais maintenant notre souverain Sacrificateur a obtenu un ministère d’autant
plus excellent, qu’il est Médiateur d’une plus excellente alliance, qui est établie
sous de meilleures promesses. Parce que s’il n’y eût eu rien à redire dans la
première, il n’eût jamais été cherché de lieu à une seconde … En disant une
nouvelle alliance, il envieillit la première : or, ce qui devient vieux et ancien, est
près d’être aboli ! » (Hébreux 8:6-7, 13).
La nouvelle et meilleure alliance est déposée et animée par Jésus-Christ et elle est
offerte à toutes les nations par la foi (voir Hébreux 11). Par conséquent, le peuple de
la foi, Juif comme Grec, ne recherche pas une Sainte Cité ici sur terre, mais une
céleste. Voilà la promesse merveilleuse de Dieu faite à Son peuple élu, les chrétiens
ayant la foi :
« Mais ils en désiraient un meilleur [un pays, v. 14], c’est-à-dire, le céleste ; c’est
pourquoi Dieu ne prend point à honte d’être appelé leur Dieu, parce qu’il leur
avait préparé une Cité » (Hébreux 11:16).
Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, tous les patriarches, les prophètes et les saints ayant
été sauvés, non par la loi, mais par leur foi en Dieu et en Son Fils, sont maintenant au
ciel (Hébreux 12:22-24). Voilà la gloire promise, la cité céleste de Jérusalem qui
attend tous les gens de la foi.

« Portant les yeux sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, lequel au lieu de
la joie dont il jouissait, a souffert la croix, ayant méprisé la honte, et s’est assis à
la droite du trône de Dieu » (Hébreux 12:2).
Les Juifs et les Gentils dans la Nouvelle Alliance
Donc, un reste des Juifs sera sauvé, nous dit-on, et ils deviendront un avec les
saints de Dieu, car la semence d’Abraham est une, soit Jésus-Christ (Galates 3:16), et
non pas plusieurs, comme l’état d’Israël physique.
« Or si vous êtes de Christ, vous êtes donc la semence d’Abraham, et héritiers
selon la promesse » (Galates 3:29).
La bonne nouvelle, c’est que votre origine nationale ou votre race n’ont aucune
espèce d’importance. La foi est inclusive, tous peuvent venir par la foi : « Parce que
vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus-Christ. Car vous tous qui avez été
baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ ; où il n’y a ni Juif ni Grec ; où il n’y a ni
esclave ni libre ; où il n’y a ni mâle ni femelle ; car vous êtes tous un en Jésus-
Christ » (Galates 3:26-28).
Par conséquent, le Royaume de Dieu est composé de toutes les races et de toutes
les origines nationales. C’est un Dieu d’amour. Il n’est pas raciste, mais Il aime plutôt
tout le monde et veut que les gens de partout croient en Son fils et soient sauvés.
Les chrétiens sionistes continuent à professer l’Ancienne Alliance
Or, il y a encore un contingent du christianisme qui rejette ces principes pourtant si
clairs. Ils séparent un peuple, une nation du reste et déclarent que cette nation, et
seulement elle, est le « Peuple élu » de Dieu. Oui, ce contingent proclame que Dieu
n’a jamais abrogé l’ancienne alliance. Ils disent que les Juifs demeurent le « peuple
éternel » de Dieu.
Or, dans ce contingent, il y en a beaucoup qui poussent leur point de vue à un
extrême tel que les Juifs deviennent de « petits dieux ». L’ancienne alliance, disentils,
s’applique toujours et les Juifs, soutiennent-ils, n’ont pas besoin de Jésus pour leur
salut. Ils n’ont qu’à obéir aux 613 lois du judaïsme (la halacha).
Cette croyance en « deux alliances » se répand aujourd’hui comme une traînée de
poudre, particulièrement chez ceux qui se déclarent « chrétiens sionistes ».
Quelque soit la vision qu’emprunte le chrétien sioniste en regard d’Israël, il est
certain que tous les chrétiens sionistes croient essentiellement que : (1) Dieu a séparé
les Juifs et les chrétiens ; (2) Dieu a un plan séparé pour les Juifs ; et (3) Dieu désire
que tous les Juifs retournent en Israël.
Certains chrétiens sionistes – les messianiques – ont en fait des synagogues. Il y a
des hommes appelés « rabbins » qui dirigent leurs assemblées ; ils observent les fêtes
du judaïsme ; et ils obéissent à de nombreuses lois du judaïsme.

Seuls les Juifs possèdent le pays ?
Le principe constant et majeur des chrétiens sionistes (la Bible les appelle les
« judaïsants »), c’est leur insistance à croire que la terre d’Israël du Proche-Orient
n’appartient qu’aux Juifs. Puisque, selon leur point de vue, l’alliance abrahamique est
toujours en vigueur, alors la semence d’Abraham possède « les droits » sur le pays.
Ce « principe de la terre » constitue une partie vitale du système de croyance du
chrétien sioniste et son pouvoir politique s’assure que les « Juifs » en Israël
aujourd’hui, non seulement possèdent la plus grande part de la terre, mais qu’on leur
donne annuellement des milliards de dollars d’aide étrangère américaine. Au fil des
ans, quelques 2 trillions de dollars ont été donnés à la nation d’Israël, plus des
milliards de dollars en armement militaire.
D’après les chrétiens sionistes, ce soutien à Israël et aux Juifs est une obligation
exigée de Dieu. Ceux qui bénissent Israël seront bénis, ceux qui ne le font pas seront
maudits. Par leur soutien ferme, même fanatique, d’Israël, les sionistes croient faire la
volonté de Dieu.

Ce dont traite ce livre
Dans ce livre, nous examinons d’abord la science de l’ADN qui révèle maintenant
à tous qui sont les Juifs d’Israël et dans le monde. Seuls les descendants d’Abraham –
la lignée juive, disent les chrétiens sionistes – ont droit au statut « d’Élus » et au pays
promis en premier lieu à Abraham, leur ancêtre paternel, il y a quelques 5 000 ans.
Les Juifs des temps modernes sont-ils les descendants d’Abraham ? Sont-ils sa
semence ? La science de l’ADN nous donne la réponse, et l’histoire et l’archéologie
fournissent un support solide.
Nous allons aussi examiner la base scripturale du contingent des chrétiens sionistes
et allons déterminer l’authenticité de leurs déclarations. Il est vrai que l’Ancienne
Alliance a promis le pays à Abraham et à sa semence. Mais que dit le Nouveau
Testament ? La promesse de Dieu s’est-elle réellement accomplie ?
Finalement, nous allons jeter un coup d’oeil sur la Khazarie, cette nation
mystérieuse, mais pas moins réelle, du Caucase (au sud de la Russie). Est-ce que cette
grande nation de jadis est à l’origine des « Juifs » d’aujourd’hui ? Les Juifs d’Israël et
de la diaspora sont-ils des Juifs de la race pure et authentique de la lignée de leurs
ancêtres israélites ? Ou sont-ils des imposteurs ?

CHAPITRE 2

Les preuves sont claires :

Les Juifs d’aujourd’hui sont des
Khazars

« Cette nouvelle étude (Elhaik, The Missing Link of Jewish European Ancestry :

Contrasting the Rhineland and Khazarian Hypotheses,1 Genome Biology and
Evolution, décembre 2012) soutient la théorie voulant que les Juifs soient descendants
de différents peuples qui se convertirent au judaïsme … L’élément dominant de la
composition génétique sont les Khazars. »
« The Jewish People’s Ultimate Treasure Hunt ».
Journal Haaretz, pp. 1-15

suite…

freepdf.info

 

 

DESTINÉES DE LA BIBLIOTHÈQUE D’ALEXANDRIE[1]


Biblio_Alexandrie

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par E. Chastel

Il semblait que dès longtemps tout eût été dit sur la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, lorsque récemment une discussion solennelle à l’Assemblée nationale a remis, d’une manière assez inattendue, la question sur le tapis.

Dans la séance du 15 juin dernier, Mgr l’évêque d’Orléans, plaidant à la tribune de Versailles pour la liberté de l’enseignement supérieur catholique, s’attacha surtout à incriminer, au point de vue religieux, l’enseignement qui se donne à l’Université. Entre autres citations dont il appuya sa censure se trouvèrent quelques passages d’un discours sur l’histoire de la chirurgie, prononcé par M. le docteur Le Fort, à l’École de Médecine, et dans lesquels il s’exprimait ainsi : Sans les Arabes il est probable que les œuvres médicales de l’antiquité auraient été à jamais ensevelies dans le néant. Le fanatisme religieux des premiers chrétiens n’avait pas même fait grâce aux couvres de l’antiquité, et là destruction des bibliothèques avait mis le comble aux malheurs de la science. Il me faut ici rectifier une calomnie imaginée et propagée, pour des raisons faciles à comprendre, par les moines du moyen âge. Ce ne fut pas au vie siècle par Omar, mais au IVe et à l’instigation de l’évêque Théophile, que fut brûlée la bibliothèque d’Alexandrie placée dans le temple de Sérapis, en même temps que la populace excitée contre eux massacrait les savants qui y avaient cherché asile. — Et ailleurs : On ne peut nier que l’influence de la première période du christianisme n’ait eu comme résultat de plonger la science dans les ténèbres les plus profondes.

Quelque soin que l’honorable professeur eût pris au début de son discours, de distinguer dans le christianisme l’œuvre divine du fondateur de celle des hommes qui l’ont altérée, on ne peut nier que l’extrême généralité des termes dont il s’était servi en parlant des rapports du christianisme et de la science ne prêtât le flanc à la critique.

Mais il s’agissait là avant tout d’un point d’histoire ; et le professeur se crut autorisé à répondre dans sa lettre du 21 juin, que l’opinion publique, à qui Mgr Dupanloup l’avait dénoncé, n’avait que faire en pareille matière ; et au surplus, pour prouver la vérité de son assertion concernant la bibliothèque d’Alexandrie, il cita un passage d’Orose, prêtre latin du Ve siècle, qu’un ecclésiastique, disait-il, ne pouvait ignorer ni récuser. Quant à l’influence du christianisme sur les sciences médicales en particulier, il la caractérisait par la citation de certains procédés curatifs absurdes conseillés par Aétius d’Amida, médecin chrétien du VIe siècle (p. 9-10).

L’évêque d’Orléans ne répliqua point ; mais à sa place, un écrivain, qui se désignait simplement par la lettre X, releva le gant et mit le professeur au défi de justifies le sens et la portée qu’il attribuait aux passages en question. L’Univers, oubliant sa vieille querelle avec Mgr Dupanloup, ouvrit avec empressement ses colonnes au contradicteur anonyme, tandis que le Dr Le Fort recourut à l’hospitalité du Temps. La controverse, plus piquante que courtoise, s’échauffa peu à peu, sans en devenir à notre gré plus concluante[2]. C’est toujours un malheur pour les questions d’histoire de se trouver mêlées à des débats actuels, politiques ou religieux. Chacun des partis, moins préoccupé de la vraie physionomie des faits que de l’avantage qu’il en peut retirer pour les besoins de sa cause, oublie aisément le rôle d’historien pour celui d’avocat, en sorte que rarement après eux la question se trouve résolue.

Essayons donc, dans des conditions peut-être plus favorables, de poursuivre la discussion ; et, laissant de côté tout ce qui se rapporte à la question médicale, sur laquelle nous nous déclarons incompétent, recherchons l’influence que le christianisme d’une part, de l’autre l’islamisme, exercèrent sur les destinées de la bibliothèque d’Alexandrie. Pour cela reprenons succinctement dès son origine l’histoire de cet établissement, et à chacun des, principaux incidents qu’elle présente, discutons à notre tour les témoignages des historiens, et les conclusions qu’en ont tirées nos deux critiques.

 

— I —

Chacun sait que les premiers Ptolémées, comprenant l’admirable situation de leur capitale comme trait d’union entre l’Orient et l’Occident, avaient entrepris d’en faire, pour l’ancien monde, un foyer de civilisation et de lumières. Sur le conseil de Démétrius de Phalère, ils y appelèrent de toutes parts les savants, les poètes, les philosophes les plus illustres et fondèrent en leur faveur le célèbre musée et les non moins célèbres bibliothèques d’Alexandrie[3]. La première et la plus considérable des deux était située dans le quartier de Bruchium près du port. La seconde, destinée à lui servir de succursale, fret établie par Ptolémée Philadelphe dans l’enceinte du temple de Sérapis[4] qu’il venait d’élever somptueusement sur une éminence dominant le quartier de Rakhotis. Des sommes énormes furent, sous son règne et celui de ses successeurs, consacrées à enrichir ces deux collections. Déjà. du temps de Philadelphe, Démétrius évaluait, selon Épiphane, à 54.800, selon Josèphe à 200.000 le nombre des volumes déjà acquis, et se faisait fort de le porter à 300.000. Un peu plus tard, en effet, un nouveau compte-rendu évaluait la Bibliothèque du Bruchium à 490.000, et celle du Serapeum à 42.800 volumes ; Aulu-Gelle et d’après lui Ammien Marcellin en estimaient le total à 700.000[5]. Si ces chiffres paraissaient exorbitants (comme ils l’ont paru au correspondant de l’Univers qui, sans s’inquiéter du texte d’Orose, y lit à deux reprises quadraginta au lieu de quadringenta – p. 20), il faut se rappeler d’une part avec Ritschl[6] qu’on y comprenait les doublets et les copies, ce qui réduisait la collection du Bruchium à 400.000 ouvrages, et d’autre part que maint écrit, même de peu d’étendue, formait souvent à lui seul plusieurs rouleaux[7].

Tel était l’accroissement prodigieux qu’avaient acquis ces deux dépôts lorsque, après la bataille de Pharsale, Jules César, à la poursuite de Pompée, vint débarquer à Alexandrie, où son rival s’était réfugié et à son arrivée avait trouvé la mort. Mais César lui-même, que sa passion pour Cléopâtre retint dans cette ville, s’y vit assiégé par la flotte d’Achillas, meurtrier de Pompée. Pendant le, combat qui s’ensuivit, la flotte fut brûlée dans le port, le feu se communiqua aux édifices voisins et atteignit la Bibliothèque du Bruchium avec les 100.000 volumes qu’elle renfermait[8].

 

— II —

Mais Alexandrie ne tarda pas à se voir richement dédommagée de cette perte. Après le meurtre de César, Marc-Antoine, épris à son tour des charmes de Cléopâtre, qui était remontée sur le trône d’Égypte, lui fit présent des 200.000 volumes sur parchemin qu’il avait enlevés à la Bibliothèque de Pergame lors de la prise de cette ville[9] et qui furent placés au Serapeum que l’incendie n’avait point atteint.

Le dépôt de ces livres au Serapeum n’avait fait jusqu’ici l’objet d’aucun doute. Renaudot l’affirme positivement sur la foi des anciens auteurs : Restitutam, dit-il, fuisse à Cleopatrâ, translatâ Pergamenâ, et in Serapeo collocatam antiqui autores tradunt (Hist. patriarch. Alex., 1743, p. 70). C’est donc arbitrairement que, sur un faible indice, le correspondant de l’Univers préfère adjuger cette collection au Sebastium (p. 43). Ce temple, élevé en l’honneur de l’empereur Auguste, ne put évidemment recevoir ce dépôt du vivant d’Antoine, et il eût été bizarre d’y transporter plus tard 200.000 volumes déjà si honorablement logés ailleurs. Il est vrai que Philon, faisant l’énumération des cours, des portiques, des salles, etc., qui décoraient le Sebastium, mentionne aussi des bibliothèques. Mais M. X. lui-même nous apprend qu’il y avait des livres dans la plupart des temples, et assurément le simple mot de bibliotheca, vaguement ajouté à tant d’autres détails, ne saurait convenir à une collection de l’importance de celle dont il s’agit ici (Philon, de Virt. ad Caïum, éd. 1691, p. 1013). Écartons donc cette hypothèse toute nouvelle, et laissons au Serapeum ce que tous les auteurs s’accordent à lui attribuer.

Grâce à cette nouvelle ressource, le musée recommença à fleurir. Devenu déjà, du temps de Philon, le siège du judaïsme alexandrin, il devint, sous Ammonius et Plotin, le siège de la philosophie néo-platonicienne qui, depuis Constantin, pour résister au christianisme triomphant, se fit, sous Jamblique, l’alliée intéressée du paganisme. On vit des philosophes, non contents de pallier par d’ingénieuses allégories les absurdités du polythéisme vulgaire, hanter eux-mêmes les temples des dieux, se prosterner devant leurs images, participer aux sacrifices, consulter les entrailles des victimes.

L’irritation des chrétiens d’Alexandrie fut portée à son comble. Leur patriarche Théophile demanda avec instances à Théodose un édit général pour la destruction des temples. En attendant que cette mesure pût s’effectuer, on lui accorda, pour l’usage de son troupeau, un vieux temple de Bacchus ou de Mithra, dont les rites honteux, trahis par les emblèmes qu’on y trouva, furent livrés à la risée publique. Les païens indignés se jetèrent sur les profanateurs, puis, attaqués à leur tour, se retranchèrent sous la conduite de quelques sophistes dans le temple de Sérapis d’où ils firent des sorties redoutables et allèrent jusqu’à contraindre, par des tortures, leurs prisonniers à abjurer[10]. L’empereur, sollicité de nouveau, donna l’ordre d’abattre les temples. La foule chrétienne, aussitôt excitée par Théophile et conduite par le préfet de la ville et le commandant de l’armée, se rua sur l’édifice, pilla les offrandes et les objets précieux qu’il renfermait, détruisit le sanctuaire et la statue de Sérapis, puis l’édifice entier fut démoli et rasé, autant du moins que le permit l’extrême solidité des matériaux[11].

Dans ce désastre, que devint la bibliothèque du Serapeum ?

Ici se place le récit d’Orose sur lequel le Dr Le Fort avait principalement appuyé son assertion.

Orose, prêtre espagnol, attiré en Afrique par la renommée de saint Augustin, en était parti l’an 415 pour la Palestine dans le dessein de consulter saint Jérôme sur quelques points de dogme. Dans ce voyage, il eut l’occasion de visiter la capitale de l’Égypte, et à son retour, en d46, il écrivit à la demande d’Augustin son Historia adversus paganos, abrégé d’histoire universelle destiné à la réfutation des païens. C’est là qu’en racontant les campagnes de Jules César et le sinistre accident qui avait détruit alors la première bibliothèque d’Alexandrie, il rappelle en quelques mots l’autre ravage qu’elle avait eu à subir de son temps, et dont il avait vu lui-même les traces[12].

Ce passage ayant fourni la principale matière du débat entre nos deux critiques, il importe de le citer et de l’analyser en entier d’après l’édition d’Havercamp, généralement reconnue pour la plus correcte.

Après avoir raconté l’incendie de la flotte égyptienne, Orose continue en ces termes :

Ea flamma, cum partem quoque urbis invasisset, quadringenta millia librorum proximis forte ædibus condita exussit ; singulare profecto monimentum studii curacque majorum, qui tot tantaque illustrium ingeniorum opera congesserant. Unde, quamlibet hodieque in templis exstent quæ et nos vidimus armaria librorum, quibus direptis exinanita ea a nostris hominibus, nostris temporibus memorent, quod quidem verum est[13] ; tamen honestiùs creditur alios libros fuisse quæsitos qui pristinorum curas æmularentur, quàm aliam ullam fuisse bibliothecam, quæ extra quadringenta millia librorum fuisse, ac per hoc evasisse credatur.

Observons que dans ce passage il n’est point question, à la vérité, de livres brûlés, mais de livres pillés (direptis) et d’armoires ou cases vidées (exinanita armaria), celles-là mêmes qu’Orose avait vues (ea quæ vidimus).

Et quand, et par qui ces cases avaient-elles été vidées, et ces livres pillés ? Par nos coreligionnaires, dit Orose, à ce qu’on rapporte, et de notre temps (a nostris hominibus nostris temporibus memorent). Un des quatre manuscrits d’Orose que possède la bibliothèque de Leyde supprime a nostris hominibus. Mais comme les trois autres le maintiennent, Havercamp déclare cette suppression non seulement suspecte ; mais inadmissible. En revanche, il est disposé à supprimer le : quod quidem verum est qui suit, et à, voir dans cette affirmation une note marginale d’un copiste, insérée plus tard dans le texte, ce qui est possible ; mais ce dont il ne donne aucune preuve ; du reste le memorent qui vient ensuite atteste au moins que telle était du temps d’Orose l’opinion accréditée en Égypte.

Jusque-là tout est assez clair. Il n’en est pas de même de la dernière partie du passage qui a embarrassé Havercamp lui-même. Pour la comprendre il faut se souvenir que la phrase qui précède, depuis quamlibet jusqu’à tamen, n’est qu’une incidente, une sorte de parenthèse, où Orose rappelle un de ses souvenirs de voyage, et après laquelle il cherche à s’expliquer comment, 400.000 volumes ayant été brûlés du temps de César, il a pu s’en trouver un si grand nombre à piller du temps de Théodose. Il faut, dit-il, admettre, ou qu’il y avait à Alexandrie une autre bibliothèque qui échappa au désastre, — ou plutôt honestius creditur qu’après ce désastre on fit de nouvelles acquisitions de livres pour le réparer. Orose, qui n’avait vu Alexandrie qu’en passant, quatre siècles après l’incendie du Bruchium, dont il ne restait sans aucun doute aucun vestige, put aisément ignorer qu’il eût existé dans cette ville deux bibliothèques distinctes, l’une brûlée du temps de César, l’autre épargnée par le feu et bientôt enrichie par Antoine. En effet dans l’histoire de ce triumvir et de ses rapports avec Cléopâtre, Orose ne fait nulle mention de ce magnifique présent. Il suppose en conséquence qu’après le premier désastre, il ne restait plus de collection littéraire à Alexandrie et que les livres pillés du temps de Théodose provenaient tous de nouvelles acquisitions. Telle est bien l’opinion que les historiens lui attribuent (Acad. des insc., IX, 40). Nous n’hésitons pas à regarder ici la version du Dr Le Fort (p. 37), quoique non correcte de tout point, comme bien plus fidèle que celle de son adversaire. Ce dernier (p. 50), contre les règles de la syntaxe latine, fait de quam un pronom relatif qui, dans la phrase, ne se rapporte à rien, au lieu d’une conjonction (quàm) répondant au comparatif honestius creditur, et c’est ainsi qu’il se croit autorisé à voir dans ces deux derniers mots l’expression d’un doute sur le pillage des livres par les chrétiens, au lieu d’un doute, mal fondé à la vérité, mais, nous le répétons, fort compréhensible chez Orose, sur l’existence primitive des deux bibliothèques.

Voici donc comment nous pensons que doit se traduire le passage en question :

Le feu de la flotte, s’étant communique à une partie de la ville, consuma 400.000 livres qui se trouvaient dans les édifices voisins, monument remarquable du zèle des anciens qui y avaient rassemblé, les œuvres de tant d’illustres génies. De là, vient que, quoique aujourd’hui il existe dans les temples des cases de livres que nous avons vues, et qui, par le pillage de ces livres, furent, à ce qu’on rapporte, vidées de notre temps par nos coreligionnaires (ce qui est vrai en effet), — cependant il est plus raisonnable de croire que, pour rivaliser avec le zèle des anciens, on fit l’acquisition d’autres livres, que de croire qu’indépendamment de ces 400.000 volumes, il y eût alors une autre bibliothèque qui échappa au désastre.

Mais, objecte encore l’anonyme (p. 42-3, 46), dans ce passage d’Orose, non plus que dans le plaidoyer de Libanius en faveur des temples, le Serapeum n’est point nommé. Non, sans doute ; Orose, dans cette unique phrase de son récit, n’avait pas à désigner tel temple en particulier au milieu. de tant d’autres déjà dévastés de son temps, et quant à, Libanius, son silence s’explique mieux encore puisque son discours pro templis, où il protestait contre les dévastations illégales commises par des moines, précéda d’un an au moins l’édit impérial qui ordonnait la destruction du Serapeum[14].

Mais pourquoi s’en tenir au seul témoignage d’Orose, quand nous avons pour le compléter celui d’auteurs mieux informés que lui ? Écoutons Rufin, qui dans ce, même temps avait vécu six ans en Égypte, avait étudié sous Didyme à Alexandrie et qui raconte presque en témoin oculaire les principaux détails de l’événement[15] ; écoutons un autre contemporain, le philosophe Eunape,qui, en décrivant ces scènes, a pu en charger le tableau, mais non l’inventer ; écoutons enfin Socrate et Théodoret, historiens du Ve siècle, mais tous deux également dignes de foi. Tous nous montrent de concert l’évêque Théophile sollicitant de l’empereur la destruction des temples, présidant en personne et excitant le peuple à celle du Serapeum. Sur les instances de Théophile, dit Socrate, l’empereur avait ordonné la destruction des temples et cet ordre fut exécuté par les soins de Théophile… Il purifia le temple de Mithra et renversa celui de Sérapis[16]. — Le récit d’Eunape, dont voici la substance, est encore plus complet :

Après la, mort d’Ædesius, le culte et le sanctuaire du dieu Sérapis furent détruits à Alexandrie ; non seulement le culte fut anéanti, mais les bâtiments eux-mêmes. Tout se passa comme lors de la victoire des géants de la fable et le même sort atteignit aussi les temples de Canope. Sous le règne de Théodose, Théophile, sorte d’Eurymédon, chef des Titans, conduisit la troupe sacrilège. Evetius, préfet de la ville, et Romanus, commandant de l’armée, réunirent leurs efforts aux siens contre les murailles du Serapeum qu’ils détruisirent en entier tout en faisant la guerre aux offrandes. Ils ne purent cependant, à cause de la pesanteur des matériaux, arracher le pavé du temple, mais ils bouleversèrent tout le reste, se vantant de la victoire qu’ils venaient de remporter sur les dieux, etc.[17]

Devant une telle réunion de témoignages, nous ne comprenons pas qu’on persiste à nier la destruction du Serapeum par les chrétiens d’Alexandrie[18], et la part qu’y prit leur patriarche Théophile. Il est vrai que, dans la traduction trop abrégée qu’il donne de ce dernier passage, l’anonyme, à notre grande surprise, oublie de mentionner le nom de Théophile, cependant si important dans ce débat, et dont le rôle est si vivement caractérisé par Eunape, et remplace par le simple terme de magistrats l’action commune du préfet, du général et du pontife.

Quant à la Bibliothèque, n’oublions pas à notre tour qu’elle faisait partie de ces bâtiments (οίxοδομήματα) qui, selon Eunape, furent détruits en même temps que le sanctuaire. Or, si aucun des auteurs susnommés ne nous dit que Théophile eût commandé le pillage des livres qu’elle renfermait, aucun non plus rie nous parle du moindre effort de sa part pour l’empêcher. Et de fait, ce prélat dont Socrate et Sozomène dépeignent le caractère empreint de lâcheté autant que de violence, qui, pour apaiser les moines anti-origénistes censurés dans un de ses mandements, reniait devant eux ses précédentes convictions, se faisait le persécuteur de leurs adversaires, faisait flétrir par un concile la mémoire et les écrits d’Origène, s’acharnait enfin à la ruine du grand Chrysostome[19] — n’était pas homme à arrêter dans ses déprédations une multitude furieuse qu’il avait lui-même déchaînée, à faire respecter d’elle le sanctuaire et les instruments d’une science profane, à sauver de ses mains les volumes qu’elle se faisait sans doute un jeu de mettre en pièces et de jeter au vent. La destruction du temple et de ses annexes dut entraîner inévitablement la dévastation de la bibliothèque et la mettre dans l’état où Orose la trouva vingt-cinq ans après[20].

A la vérité encore, les mêmes auteurs ne nous parlent point du massacre de savants que M. Le Fort prétend avoir été commis à ce moment-là.

Dès la publication de l’ordre impérial, acclamé par la foule, ils s’étaient enfuis et dispersés, et pendant l’émeute qui avait précédé, les violences avaient été réciproques, si ce n’est même plus meurtrières du côté des païens[21]. Mais ce fut pour la science que les suites de cet événement furent surtout regrettables. Privée par la destruction de la Bibliothèque d’une ressource si précieuse, elle le fut encore de ses principaux représentants. Devant l’exaspération populaire et les menaces de l’autorité, la plupart des professeurs du musée se virent forcés de quitter Alexandrie. L’enseignement demeura suspendu. Le philosophe Hiéroclès fut battu de verges pour quelques traits de satire lancés contre le christianisme. Bientôt, sous le pontificat de Cyrille, digne neveu et successeur de Théophile, la noble Hypatie, dont la science et les vertus illustraient l’école d’Alexandrie, fut, sur d’injustes soupçons, massacrée par des chrétiens. Ses disciples se dispersèrent ; l’école n’eut plus dès lors à sa tête que des maîtres obscurs, et vers la fin du Ve siècle on se plaignait de ce que ses auditoires demeuraient déserts, tandis que les cirques et les théâtres regorgeaient de spectateurs[22]. Opprimée à Alexandrie, la philosophie néoplatonienne se réfugia dans Athènes ; depuis Proclus elle y répandit encore quelque lustre, jusqu’au jour où Justinien, résolu d’en finir avec le paganisme, ne laissa aux docteurs qui en étaient suspects d’autre alternative que la conversion et l’infamie ou la mort[23].

En tout cela il nous est impossible de voir les marques du moindre respect pour la science. Nous ne voyons pas non plus ce qu’avait à faire dans un plaidoyer pour la liberté de l’enseignement l’apologie d’un évêque qui avait ouvert la carrière à de pareils exploits. Elle nous eût paru mieux placée dans un plaidoyer précédent contre la liberté religieuse.

Mais d’un autre côté, sachons distinguer les hommes et les temps. Pour juger de l’influence que le christianisme exerça : jadis sur la science, ne nous bornons pas à l’époque où l’Église, soutenue par le bras séculier, commençait à user despotiquement de ce privilège. Rappelons-nous plutôt les temps antérieurs où, ne comptant encore que sur elle-même, luttant par la persuasion seule, quand ce n’était pas par le martyre, elle se munissait au besoin des armes de l’intelligence et ne dédaignait rien de ce qui était propre à porter la lumière dans les esprits ; les temps où Justin martyr, Théophile d’Antioche, Athénagore employaient à la conversion des païens la philosophie qui les avait conduits eux-mêmes jusqu’au seuil de l’église ; où Pantænus, Clément, Origène, tous profondément versés dans la science de leur temps, fondaient avec son aide la célèbre école catéchétique d’Alexandrie, appelaient l’érudition classique à l’appui de l’instruction chrétienne, et attiraient de tous côtés les philosophes eux-mêmes par la supériorité de leur enseignement. Rappelons-nous le temps encore où Eusèbe, pour composer ses savants écrits, puisait largement dans la bibliothèque de son ami Pamphile, où Grégoire de Nazianze allait s’instruire dans les écoles d’Athènes et d’Alexandrie, où Basile de Césarée fréquentait celle de, Libanius, correspondait familièrement avec ce rhéteur, recommandait à la jeunesse chrétienne la lecture des écrits des anciens. Enfin, pour citer aussi l’église latine, les Cyprien, les Lactance, les Ambroise, les Butin, les Jérôme, Tertullien lui-même, malgré ses boutades montanistes, peuvent-ils passer pour des contempteurs ou des ennemis de, la science ? Augustin, déjà converti à l’évangile et sur le point de se, vouer au ministère sacré, considérait-il comme une profanation ou seulement comme un hors-d’œuvre ses études et ses entretiens philosophiques ?

Ne faisons clone pas peser sur le christianisme, en particulier sur le christianisme des premiers siècles, les reproches trop souvent, il est vrai, mérités dans la suite par ceux qui s’intitulaient ses défenseurs.

 

— III —

Mais revenons à la bibliothèque d’Alexandrie, à celle du moins que, depuis la ruine de celles du Bruchium et du Serapeum, on avait travaillé à reconstituer. Du cinquième au septième siècle, en effet, de nouveaux efforts avaient été faits pour y réussir, et ces efforts n’avaient pas été complètement infructueux[24]. Indépendamment des exemplaires et des versions de la Bible, des commentaires des théologiens[25] et des volumineux écrits des controversistes, des ouvrages d’un autre genre y avaient également trouvé place. Ce qui restait de savants à Alexandrie, grammairiens ; mathématiciens, médecins surtout, et même philosophes, non contents de relever autant que possible par leurs travaux la, réputation du musée, employaient de nombreux calligraphes à copier les ouvrages de leurs prédécesseurs. Ou ne peut donc admettre avec M. le docteur Le Fort qu’il n’y eût plus alors de bibliothèque à Alexandrie[26].

Tout à coup, en 644, les Sarrasins, sous la conduite d’Amrou, envahissent l’Égypte, et après deux sièges se rendent maîtres d’Alexandrie. Dans ce péril, le grammairien Philoponus s’adresse au général donc il avait su, par son caractère et son esprit ; capter la bienveillance, le supplie de laisser à la ville tout ce qui ne serait d’aucune utilité pour les vainqueurs. Que désirerais-tu donc ? lui demande le général. — Les livres de philosophie conservés dans les bibliothèques royales. — Je ne puis te les accorder sans l’aveu du calife. Si nous en croyons Abulfarage[27], la réponse d’Omar fut que, si ces livres ne renfermaient que la doctrine du Coran, ils étaient inutiles, que dans l’autre cas, ils étaient pernicieux ; qu’ainsi, en tout état de cause il fallait les détruire. Sur quoi, ajoute-t-il, Amrou exécuta l’ordre du calife, et le contenu de la bibliothèque, distribué dans les quatre mille bains publics d’Alexandrie, servit à les chauffer durant six mois.

Mais l’historien arabe de qui nous tenons ce récit écrivait cinq ou six siècles après Omar et la conquête de l’Égypte ; tandis qu’Eutychius, nommé patriarche d’Alexandrie trois siècles après seulement, n’en fait aucune mention. Dans ses Annales de l’Égypte[28], ouvrage fort estimé des savants, il parle de divers actes de l’administration d’Amrou, de la capitulation de la ville, du convoi de blé que sur l’ordre d’Omar il rit partir pour Médine, pressée par la famine, du canal qu’il lit creuser pour le transport, d’une mosquée qu’il fit bâtir à Fostat, et ne dit pas un mot de la destruction de la bibliothèque. Comment admettre que ce patriarche, cet annaliste, ignorât un fait aussi mémorable qui se serait passé dans le chef-lieu de son diocèse, ou que, le sachant, il ne déplorai pas amèrement l’acte barbare qui eût anéanti d’un seul coup, avec les chefs-d’œuvre de l’antiquité, les trésors de la littérature chrétienne ?

Aussi ce fait, auquel, selon Mgr Dupanloup, on a jusqu’ici toujours ajouté foi, a-t-il trouvé, au contraire, dès longtemps de nombreux et savants contradicteurs. Renaudot[29], d’Ansse de Villoison, Gibbon[30], Sismondi[31], Ampère, et parmi les Allemands Reinhard, Heine, Sprengel, etc.[32], ont émis à cet égard plus que des doutes. Outre le silence significatif des écrivains les plus rapprochés du temps d’Omar[33], ils font ressortir l’exagération manifeste ou plutôt l’absolue invraisemblance du récit d’Abulfarage ; ils rappellent le respect des musulmans pour la Bible, et la tolérance des califes pour les ouvrages où le nom du vrai Dieu était invoqué.

A notre avis le sort de la troisième bibliothèque d’Alexandrie fut probablement celui de tant d’autres établissements de ce genre qui, dans les temps anciens et modernes, mais surtout au moyen âge, ont péri, ou de mort lente par l’oubli et le délaissement, ou bien se sont trouvés enveloppés dans les désastres publics. En Orient,, les Turcs détruisirent volontiers ce que les Arabes avaient épargné. En 868, ils conquirent l’Égypte et saccagèrent Alexandrie dont la dévastation entraîna sans doute celle de sa dernière bibliothèque[34].

Du reste M. le docteur Le Fort (p. 7) convient lui-même que la religion de Mahomet ne pouvait permettre le retour de l’esprit scientifique, que même en Espagne le fanatisme musulman reparut quand le pouvoir des califes commença à décroître et qu’ainsi l’histoire de la médecine arabe finit au douzième siècle avec Averrhoès.

Pour ce qui concerne la science musulmane en général, l’histoire des quatre ou cinq derniers siècles nous en apprend bien davantage sur sa profonde décadence, et nous permet moins que jamais de mettre l’ignorance et l’intolérance chrétienne en contraste avec le libéralisme et l’érudition des musulmans (p. 7).

Ceci nous ramène au point de départ de la présente discussion et nous porte à conclure que si l’adversaire de M. Le Fort, avec ses licences de traducteur et ses objections souvent mal fondées, y prend mal à propos un ton de vainqueur, il est de nouveau à regretter que M. Le Fort lui-même, par la légèreté de certaines affirmations et la témérité de certains jugements, ait fourni des armes aux ennemis de l’Université.

 

E. CHASTEL.

 

[1] Lettres à M. le docteur Le Fort, professeur à l’École de Médecine, en réponse à quelques-unes de ses assertions touchant l’influence anti-scientifique du christianisme et l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie au IVe siècle, broch. in-8°, Paris, 1875.

[2] La correspondance qui s’y rapporte a été publiée par l’auteur anonyme sous le titre inscrit en tête de cet article. C’est à sa brochure que nous renverrons nos lecteurs pour nos citations de l’un et de l’autre correspondant.

[3] Bonamy (Mémoires de l’Acad. des Inscr., t. IX, p. 397 et suiv.). Ersch u. Gruber Allgem. Encycl., t. III, p. 49, ss. Frid. Ritschclii Opusc. philolog., t. I, Lpz., 1867, Die Alex. Bibliotheken.

[4] Epiphan., De mensur. et ponder., II, 166. Ammien Marcellin, XXII, p. 252.

[5] Ritschl. Opusc. phil., l. c., p. 19, 28-9.

[6] Ibid., p. 29.

[7] Ainsi les Métamorphoses d’Ovide en formaient 15 ; les œuvres de Didyme en formaient selon les uns 3000, selon d’autres 6000. La bibliothèque particulière d’un Grec nommé Épaphrodite comprenait, dit-on, 30.000 volumes rares et choisis (Bonamy, l. c. p. 409. Ritschl, l. c. p. 19, 29).

[8] Plutarque, Vie de César, c. 64.

[9] Plutarque, Vie d’Antoine, c. 76.

[10] Rufin, Hist. ecclés., XI, 22, suiv.

[11] Eunape, Vita Ædes., Éd. Boissonad. p. 44.

[12] Orose, Hist. adv. Pag., VI, c. 15, éd. Havercamp.

[13] Dans la traduction que le correspondant anonyme donne de cette partie du passage, trois erreurs me semblent à relever : 1° Undè quamlibet exstent, n’a jamais pu signifier : (p. 21) en outre il existe ; 2° quibus direptis ne peut se rapporter à templis qui en est beaucoup trop éloigné (p. 13), mais à librorum, qui le précède immédiatement ; 3° armaria librorum quæ vidimus ne signifie point qu’Orose eût vu des armoires avec des livres, encore moins des armoires pleines de livres (p. 21, 22), mais des armoires ou plutôt des cases qui avaient servi à placer des livres et qui maintenant étaient vides (exinanita), et néanmoins faciles encore à reconnaître dans un édifice non complètement ruiné.

[14] Le discours de Libanius fut présenté à Théodose entre 389 et 390 ; l’édit de Théodose fut publié en 391.

[15] Hist. eccl., XI, 22. Voyez ci-dessus.

[16] Socrate, Hist. eccl., V, 16. Théodoret, V, 22.

[17] Eunape, Vit. Ædes. Éd. Boissonad. I, p. 43, 45, cum notis, p. 274.

[18] C’est en vain que l’anonyme s’appuie d’un passage d’Evagrius pour soutenir que le Serapeum subsistait encore sous le règne de Marcien. Evagrius (Hist. eccl., II, 5), parlant des soldats de l’empereur poursuivis par les monophysites insurgés, ne dit point qu’ils se réfugièrent dans le temple de Sérapis, mais sur l’esplanade qu’il occupait autrefois (άνά τό ίερόν τό πάλαι Σεράπιδος).

[19] Socrate, Hist. ecclés., VI, 7, 16, Sozomène, id. VIII, 11-20.

[20] Allgem. Encyclop., III, p, 53. — Acad. des Inscr., l. c., p. 412, — Ampère, Voyage en Égypte, p. 72.

[21] Socrate, V, 16.

[22] Voyez notre Histoire de la destruction du paganisme dans l’empire d’Orient. Paris, 1850, p. 246-9.

[23] Ibid., p. 280-8.

[24] Bonamy, l. c., p. 414. Sprengel (Allegm. Encycl., III, p. 54).

[25] Renaudot, Hist. patr. Al., 170.

[26] Ampère, l. c. p. 71.

[27] Abulfarage, Hist. dynast., p. 114.

[28] Eutychius, Annal., II, 320.

[29] Renaudot, l. c., p., 170.

[30] Gibbon, id., Chute de l’empire rom., c. 51.

[31] Sismondi, id., c. 14.

[32] Allgem. Encycl., III, p. 54.

[33] Gibbon se prévaut également du silence d’Elmacin, d’Abulfeda, de Murtadi et d’autres musulmans (ibid.).

[34] Allg. Enc., l. c. p. 54.

Centenaire des accords Sykes-Picot: Du renouvellement de la question d’Orient


madaniya.info

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mai 20, 2016

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Du renouvellement de la Question d’Orient

«Il n’y a rien au monde de plus difficile à exécuter, ni de moins assuré de succès, ni de plus dangereux à administrer que le fait (…) d’introduire un nouveau système de choses (…).» Machiavel, Le Prince, Livre VII.

Le Proche/Moyen-Orient est coutumier des crises, certes, mais il vit depuis le tournant des années 1970/1980 une crise d’un genre nouveau dans la mesure où elle s’inscrit dans une reconfiguration, l’un dans l’autre, régionale et mondiale qualitativement différente de celle qui avait configuré la région et le monde aux lendemains des deux Guerres mondiales et l’exécution de l’Empire ottoman.

La crise ne date évidemment pas des révoltes arabes de 2011 qui n’en ont donné qu’une des plus spectaculaires «mise en évènement». On peut en déceler les premières traces au tournant de la décennie 1970, me semble-il. C’est en 1973 qu’on pourrait en repérer le premier indice -bien que resté longtemps méconnu-, lorsque les régimes arabes de l’époque, tous sunnites (ou d’«idéologie sunnite» comme la Syrie baathiste des Assad), signaient avec la Guerre d’octobre 1973 la dernière de leur guerre contre Israël et, dans la foulée, la faillite de leur hégémonie régionale, clef de voûte du système sykespicotien.

On peut en collationner les traces essaimées depuis les années 75 par les crises d’État à répétition qui ont emporté, avec les révoltes arabes de 2011, les États-Nations (sic) sykespicotiens de la post-colonisation (Libye, Syrie, Irak, Yémen), pendant que les autres (Bahreïn, Egypte, Tunisie, Jordanie, Liban) représentent des lieux de trouble où se manifeste l’impuissance de l’État-Nation à exercer sa souveraineté.

Les chiites et les Kurdes, les grands absents des accords Sykes-Picot.

En filigrane de cette faillite, on pourrait repérer un autre de ces indices, lorsque, en 1979, la révolution khomeyniste triomphante, lança la montée en puissance de l’Iran chiite à l’assaut de l’Orient sykespicotien et qu’il y émergea, comme acteur chiite qui en avait été exclu ab origine; Indice souligné en abyme par une autre émergence, celle des Kurdes, l’autre occulté du Grand partage sykespicotien.

Dans les interstices de cette dynamique nouvelle, on pourrait repérer un autre de ces indices: la proclamation califale de l’État islamique (2014) marquant ainsi la tentative des sunnites d’y faire retour, mais en ordre dispersé et antagonique puisque sous le sceau d’une profonde crise qui décime, dans son intimité, la pensée sunnite et plus particulièrement ses franges radicales, de tradition hanbalite (1).

Et enfin, dans l’écheveau de ces dynamiques multiples et contradictoires, le «facteur des facteurs», l’invasion étatsunienne de l’Irak en 2003, laquelle invasion devait saisir l’entièreté de la géopolitique du Pouvoir au Proche/Moyen-Orient, sa distribution et sa reconfiguration, et précipiter cette multitude de crises orientales dans une seule et même Crise.

La prolifération des indices en un laps de temps si court, même pas un demi-siècle, en indiquerait l’amplitude sans indiquer pourtant la trame qui les tisse. Car, de caractère systémique, la Crise s’est mutée en manière d’être caractéristique d’un système entré en régime de crise dans cet entre-deux qui va du «déjà mort» sykespicotien -mort, certes, mais toujours pas de sa belle mort- à «ce nouveau qui n’arrive toujours pas à advenir», ce qui pourrait expliquer de façon plausible ce chambardement – ou cette transfiguration aux dires de certains – qui échoit à la région. C’est bien pour cela d’ailleurs, que le titre de mon propos, s’intitule «le renouvellement» de la Question d’Orient plutôt que «recommencement»; dans «recommencement» on aura reconnu la répétition -comme ce fut le cas des crises régionales entre l’exécution de l’Empire et les années 1970/80- pendant que c’est l’idée de remplacement qui préside à «renouvellement» comme je pense être le cas de la Crise dont je parle.

Or donc, un Orient chasse l’autre. Et c’est comme si le ciel, le soleil, les éléments, les hommes avaient changé de mouvements, d’ordre et de puissance par rapport à ce qu’ils étaient.

Tout a changé, car «l’ordre… qui assigne aux choses différentes la place qui leur convient»(2) s’est effondré. Tout a changé! L’un dans l’autre, simultanément ou tout à la fois, le destin gépolitico-stratégique de la région; son centre de gravité qui s’est déplacé du Bassin Palestinien vers le Bassin du Golfe; la reconfiguration des «amis/ennemis» si brouillé que même Dieu ne reconnaitrait pas les siens; ses acteurs qui d’étatiques se trouvent désormais bousculés et submergés par une prolifération d’acteurs non-étatiques qui ont fait irruption sur les scènes et locales et régionale; la fluidité et la porosité des frontières remis en question, les règles du jeu et la nature des guerres et des conflits qui s’y déroulent. Tout! Vraiment tout. Comme il faudrait tout un ouvrage, et volumineux, pour venir à bout de ce «Tout» évoqué tout juste, je me contenterai, dans ce propos, de parler de la Crise elle-même, celle du système, qui me semble être l’indice des indices, c’est-à-dire celui de par lequel les autres indices font sens.

Le système Sykes-Picot en crise

Mais déchiffrer les mutations qui travaillent cet Orient second, prendre la mesure de ce qui s’y effondre ou advient, ne peut se faire, me semble-t-il, sans s’interroger sur ce que fut l’Orient ancien, sykespicotien, pour mieux s’interroger sur cet Orient second qui cherche à prendre sa place, dans un univers brouillé, d’autant qu’à la différence de la crise qui emporta l’Empire ottoman, celle qui se décline aujourd’hui, se décline dans un vide stratégique, pendant que le sort de la crise de l’Empire fut scellé par les Grandes puissances coloniales de l’époque (Royaume-Uni et France à l’issue de la Première Guerre mondiale), le nouvel Orient qui se fraie ne dispose d’aucune hégémonie extérieure susceptible de le contraindre à se stabiliser, ni d’aucune régionale pour l’heure capable de le faire.

Si donc c’est le tout du système sykespicotien qui est en crise, il est mis en crise cette fois-ci, non plus sur ses propres bases comme avant (exécution de l’Empire-1970/1980), quand il pouvait rebondir de ses crises pour se retrouver dans le système; mais sur des bases nouvelles, qui restent à définir et qui ne le seront qu’au terme de la démesurée lutte de pouvoir régionale/mondiale, faisant de sa reconfiguration l’un par excellence des champs de bataille directe ou par procuration des prochaines décennies.

La balkanisation du Monde arabe selon une vision britannique, un vague arabisme madré de hahémisme à la sauce sunnite

Pendant qu’elles exécutaient l’Empire ottoman, les Grandes puissances de l’époque, le Royaume-Uni surtout, se saisirent de ses Provinces arabes et les balkanisèrent.

Cela ne se fit pas à l’aveuglette mais selon une vue d’ensemble ordonnée, en maitre d’œuvre, par le Royaume-Uni: en externe, cette «vue britannique» fut ordonnée par la sécurité de la Route des Indes qui longeait, non loin, la Côte des Pirates; et en interne par un vague «arabisme» madré de hachémisme à la sauce sunnite. Car pour sécuriser la Côte des Pirates sur la Route des Indes, le Royaume-Uni a dû, dès le XVIIIe siècle, tisser des rapports assidus, continus et amicaux avec l’Empire ottoman et les roitelets de la Côte – tous sunnites et hachémites-arabistes- sécurisant sa Route en parfaite entente avec l’Empire comme maitre des lieux.

Aussi hérita-t-il tout naturellement des relais sunnites du Pouvoir de la Sublime Porte au moment de son exécution, les détournant à son profit et les réaménageant selon ses intérêts et la conjoncture c’est-à-dire des alliances et contre-alliances, des rapports de forces et de tous les ingrédients qui font une conjoncture.

Toujours est-il que le Royaume-Uni se retrouva à la tête d’un pouvoir sunnite qui s’étendait de l’Afrique (Egypte, Soudan) au Levant (au Liban où le Royaume-Uni a toujours joué, in fine, la carte sunnite), et évidemment au reste (Jordanie, Irak, Golfe), mais qui constituaient un «Arc britannique» plutôt qu’un «Arc sunnite». De tous les facteurs qui ont régi la «vue anglaise», le Grand partage et la transformation des Provinces arabes en États-Nations (sic), je retiendrai trois pour les besoins de mon propos:

  • La formation d’un ensemble flou (3) d’États-Nations arabes, qui n’avaient ni le pouvoir ni les moyens de l’être quand bien même dans un avenir lointain, car leur formation par les Grandes puissances, en faisaient, ab origine, des États géopolitiques (4) plutôt que des États nationaux. Quant à l’arabisme à la sauce britannique, il se trouva à «s’incarner» dans une Ligue des États arabes mort-née d’impuissance mais qui sacrifia quand même aux vœux unitaires des Arabes, mais surtout à la volonté franco-britannique de les fragmenter en États «indépendants» (sic), leur «indépendance» des uns des autres étant, à leurs yeux, plus précieuse que les États ainsi formés.
  • Le second trait retenu, c’est la domination sunnite sur l’Orient dès lors que tous ces États, du fait du bon vouloir britannique, étaient tenus par les Sunnites quand bien même ils seraient minoritaires comme en Irak ou au Bahreïn.

À ces facteurs endogènes s’est greffé en 1948 un facteur exogène, la création ex-nihilo de l’État d’Israël. Prenant la figure de l’«ennemi absolu» -du fait qu’il advenait aux autochtones de l’«ailleurs» du Monde d’ici-, il devait à ce titre reconfigurer la géopolitique guerrière de l’Orient de naguère, autour du foyer Palestinien, qui devint pour lors le centre de gravité de la politique régionale jusqu’au tournant des années 1970/1980 très précisément, avec pour conséquence de confiner le Bassin pétrolier du Golfe dans un rôle mineur.

Si cet Orient-là dans toute sa durée fut marqué par la montée en puissance de la qawmiyya ‘arabiyya, c’est bien, entre autres raisons, parce que la lutte contre Israël, surtout au sein du Bassin Palestinien, engendra une masse militante qui réussit à imaginairement subsumer, «l’espace d’un matin», ses particularismes en un sens identitaire partagé, une fraternité militante, la communion dans une même idéologie (quoique avec des distinguo) mais dont la finalité serait partout et toujours de renouer avec l’unité perdue.

Le tout coulé dans la rhétorique d’un discours qui trouvait auprès des Arabes une forte résonance. Aussi le conflit israélo-arabe occupa-t-il sans partage toute la scène de l’Orient ancien.

Non seulement la création de l’État d’Israël au cœur du Proche-Orient fut un puissant catalyseur du qawmi, non seulement en ennemi absolu il configura la géopolitique du Bassin Palestinien, mais cette configuration elle-même recoupait pour finir par s’y couler la géostratégie mondiale de l’époque qu’on pourrait faire aller de l’irruption orientale de l’URSS (~ 1955: Conférence de Bandoeng) à l’implosion de l’Empire soviétique (1990/91); géopolitique orientale et géostratégie mondiale toutes deux modelées selon une parfaite homologie qui désignaient, aux deux plans, les mêmes amis et les mêmes ennemis.

Les États du Bassin Palestinien (Egypte, Syrie, Irak, OLP/Liban) désignaient Israël comme ennemi géopolitique, les États-Unis comme ennemi géostratégique et l’URSS comme ami géostratégique; pendant que les États du Bassin du Golfe, s’ils désignaient Israël comme ennemi, c’était une simple désignation «verbale», du bout des lèvres, pendant qu’ils désignaient les États-Unis comme ami et comme ennemi l’URSS; ceux-là avaient tous, tous niveaux confondus, les mêmes amis et les mêmes ennemis que ceux-ci qui avaient tous, tous niveaux confondus, les mêmes amis et les mêmes ennemis. Heureuse époque où les choses étaient claires et les amis et les ennemis facilement reconnaissables!

Elle prit fin, mais pas encore de sa belle fin, lors de la Guerre d’Octobre 1973 qui marqua durablement la région. Deux traits remarquables de la fin de cette «époque heureuse» -qui continuent de toujours façonner la reconfiguration régionale- me semblent dignes d’intérêt.

D’une part la qawmiyya ‘arabiyya, comme «discours politique» des Sunnites -comme on le comprendra après-coup-, et discours sous couvert duquel les Sunnites (y compris les Alaouites de Damas qui, à l’époque dont je parle, «parlaient sunnite», c’est-à-dire qawmi), prirent le Pouvoir partout dans le Bassin Palestinien et alentour; la qawmiyya ‘arabiyya donc arrivait à son terme laissant derrière elle un vide que n’arriva pas à combler le wahhabisme pour le moins dans le Bassin Palestinien; l’autre trait retenu, c’est la Guerre du Pétrole qui, lancée dans la foulée de la Guerre d’Octobre 1973, déplaça le centre de gravité de l’Orient, du Bassin Palestinien vers le Bassin pétrolier du Golfe.

Ce changement de théâtre d’opérations qui se déplaçait des frontières de l’État d’Israël vers ses confins transforma également la nature de la guerre: le changement de théâtre d’opération, qui bascula du côté du Basin pétrolier du Golfe, eut pour effet de fluidifier l’ennemi de naguère, l’estompant sans l’annuler.

Que faire contre un ennemi lointain, aux confins de l’Orient: la guerre est irréaliste et irréalisable; il ne resta plus aux Arabes que de l’inscrire, désormais, dans les termes d’une stratégie déclarative et seulement. Aussi, de «guerre dénotative» qu’elle était jusqu’en 1973, certes est-elle toujours «guerre», mais «métaphorique», comme le fut, par exemple, la guerre économico-pétrolière conduite en 1973 par l’Arabie saoudite.

Conséquence géopolitique: la mort du discours qawmi et le déplacement du centre régional de gravité vers le Bassin pétrolier du Golfe sonnèrent le glas de la régionale hégémonie politique, idéologique et populaire du Bassin Palestinien qui orienta jusque-là la politique au Proche-Orient et idéologiquement tout l’Orient d’alors, les ordonnant à la Question palestinienne et à l’Unité arabe.

C’est la fin de toute une époque et le commencement d’une autre ou l’ennemi commun des Arabes, Israël, sans encore susciter des vocations de reconnaissance comme par la suite, n’occupera plus cette place unique d’ennemi qu’au plan discursif, voire politique et diplomatique mais plus jamais au plan militaire, sauf pour ceux qui refusaient de l’entendre ainsi et, refusant la métaphore, voulaient une guerre réelle, ceux-là même qui donneront naissance, par la suite, aux fameux acteurs non-étatiques (la Résistance palestinienne dès 1969, puis les Chiites: le Hezbollah du Liban, les milices chiites d’Irak et alentour, les Hûthis que les nouvelles lignes de fracture ont rapproché de l’Iran; tous bizarrement qualifiés de «terroristes».)

Mais rien ne fit pour refaire flamboyer le drapeau du Bassin Palestinien sur la région, l’épopée nassérienne était bien morte enterrant avec elle et la guerre conventionnelle des États arabes (sunnites) contre Israël et leur hégémonie.

Sykes-Picot subissait là, sa première forte secousse, dès lors que la ruine de la capacité hégémonique des Sunnites fit d l’Orient un espace vide de puissance. Et l’appel du vide, comme chacun sait, est une vieille habitude de l’Histoire et des Etats.

L’année 1979 initia une suite, à l’origine déréglée, de bouleversements systémiques de la scène orientale qui ont chambardé la stratégie des relations régionalo-internationales sans qu’elles trouvent à se stabiliser jusqu’à aujourd’hui; suite dérèglée certes, qui trouvera néanmoins à s’ordonner dans les dynamiques qui entamèrent toute la scène orientale selon des lignes de fracture – qui sont toujours aux fondements de la Crise.

L’Iran, à l’assaut du ciel oriental, seule puissance régionale dotée d’une «force de projection»

La première séquence de ces évènements systémiques fut la Révolution islamique de 1979, laquelle permit à une Puissance persane et chiite à tradition impériale et, pour le moins, à vocation de Grande puissance régionale, voire, unus inter pares, la seule, de se lancer à l’assaut du ciel oriental.

Passons sur les vicissitudes de sa politique étrangère, anecdotiques au regard de notre propos, il se trouve néanmoins que de 1979 à nos jours, l’Iran chiite, sacrifiant intelligemment à sa politique, a été la seule Puissance à avoir réussi à se doter des moyens de sa politique de Puissance -ce qui n’est le cas d’aucun État sunnite, sauf de la Turquie, dans l’absolu certes, mais il ne le semble pas en Orient-, moyens dont les plus importants me semblent au nombre de deux: la Wilâyat al-Faqîh5 et les acteurs non-étatiques (les Milices chiites armées), implantées dans toute sa zone d’influence.

Si le premier de ces moyens disposait l’Iran à se doter d’un Pouvoir central qui s’étend à/et s’exerce sur la majorité des Chiites disséminés à travers l’Orient -où il se présente et est largement perçu comme leur défenseur, entendre le défenseur des Chiites minoritaires dans les États sunnites, persécutés ici et là, marginalisés et laissés pour compte ailleurs.

Le second de ces moyens, l’irruption des acteurs non-étatiques, les Milices chiites, fit de l’Iran la seule puissance régionale dotée d’une «force de projection» à distance qui lui permet d’intervenir sur toutes les scènes régionales en crise de Pouvoir d’État (Liban, Syrie, Irak, Yémen Bahreïn), sans qu’il lui en coute en termes d’engagement militaire ou en rapports diplomatiques.

Aussi a-t-il réussi à faire entendre la voix chiite au travers de sa voix; l’un dans l’autre, c’est bien dans cette volonté de représenter les Chiites disséminés et la volonté de les réunir, pour ne pas dire les unifier, par-delà leurs différences (nationales, ethniques,…), que se justifie, au plan politique, la mise en place d’un Pouvoir centralisateur, la Wilâyet al-faqîh6 tombant juste à point?

Mais pour dure que fût son irruption sur la scène orientale, l’Iran ne comptait pas, je crois, chambouler l’architecture des États-Nationaux tel que léguée par le système sykespicotien; il voulait, comme pourraient le prouver ses discours mais aussi ses politiques au Liban, en Syrie avant les révoltes de 2011, en Irak ou au Yémen;

Il voulait alors «se glisser» dans ces États, s’y «faufiler», y créer des sphères d’influence, au prorata de la représentativité des Chiites qui y sont, voire un peu plus mais cette fois au prorata de la puissance régionale de l’Iran.

L’Iran un État pertubateur et non pourfendeur de l’ordre régional

Comme aurait pu dire l’amiral Castex, en termes de stratégie, l’Iran, serait «un perturbateur»(7) de ce système mourant plutôt que son pourfendeur; un perturbateur parce qu’il ne joue pas le jeu des Sunnites, dont le cadre de jeu a été établi par Sykes-Picot, lequel occulta les Chiites. Refusant de jouer son Grand Jeu oriental selon les règles jusque-là admises, l’Iran joua sa partition selon deux visées complémentaires: maintenir Sykes-Picot en l’état, et y prendre la part de pouvoir qui lui est dévolu (= dévolu aux Chiites).

Les choses changèrent après les «révoltes arabes» de 2011, quand la scène de l’Orient ancien fut irrémédiablement abolie, mais n’anticipons pas.

Cette première séquence non seulement confirma le déplacement du centre régional de gravité, mais en y introduisant l’acteur «chiite» en tant qu’acteur régional, elle y introduisait, de force, comme un retour du refoulé, un acteur non prévu à l’appel. Et ce qui devait arriver arriva: un bouleversement géopolitique de la scène orientale dans son entièreté. Un autre coin, de taille celui-là, s’enfonça dans l’ordre sykespicotien. Egalement bouleversé sera désormais la désignation de l’ennemi, lequel glisse du seul Israël vers un flou de désignation qui empêche de le révéler encore explicitement.

Car l’Iran, chiite et persane, en raison de son irruption sur une scène qui lui était jusque-là interdite, fut d’emblée perçu par son environnement géopolitique immédiat comme une menace tout à la fois diffuse, une épée de Damoclès en quelque sorte: menace-t-il leur existence par la subversion chiite de leur population qui oscille entre 10 et 30 dans toute la Péninsule mais ailleurs qu’au Bahreïn où ils constituent une forte majorité, ou encore en Irak, au Liban, au Yémen?

Menace diffuse, certes, mais explicite aussi par la poussée milicienne des acteurs non-étatiques (à cette époque, tous chiites) dans les terres du Proche-Orient (Syrie, Liban, Irak), chasse-gardée des Sunnites depuis les Omeyyades, aux commencements de l’Empire islamique.

Rejet et méfiance mutuels tracèrent les premiers pas d’un «état de guerre» comme dit Hobbes (8), fait de peur et de cette insécurité généralisée qu’induit la volonté réciproque d’en découdre, c’est une «intention de guerre» plutôt que la guerre proprement dite, certes, mais dès cette époque les signes avant-coureurs d’une guerre ouverte pour l’hégémonie de la région se dessinaient silencieusement.

La suite des évènements systémiques de cette première séquence (1980-88/Guerre Irak-Iran qui mit un terme provisoire à la montée en puissance de l’Iran; 1990/Invasion du Koweït par l’Irak et 1991/Contre-offensive étatsunienne de libération (sic) du Koweït; dans la foulée, irruption des Kurdes sur une large plage de la scène orientale; 1993-95/Accords d’Oslo et rétrécissement comme peau de chagrin de la question palestinienne qui de question systémique et politiquement centrale se retrouva réduite aux dimensions d’une des scènes du système, l’israélo-palestinienne, aux effets circonscrits à cette scène.

D’ailleurs, pour signifier la «disgrâce» de la Question palestinienne, on est passé du conflit «israélo-arabe» au conflit «israélo-palestinien»); or donc cette suite d’évènements systémiques qui a eu, pour l’essentiel, le Bassin du Golfe pour théâtre, n’a fait que confirmer, et tendanciellement et conjoncturellement, le déclassement du Bassin Palestinien et, par glissement métonymique, du conflit israélo-palestinien lui-même.

La seconde séquence commença en 2001-2003, lors de l’attaque «terroriste» du siècle (2001/Ben Laden) et les invasions par les États-Unis, sous prétexte de «Guerre contre le terrorisme», de l’Afghanistan et de l’Irak entre 2001 et 2003. Aux effets dévastateurs de la première séquence s’ajoutèrent, les amplifiant à leur paroxysme, les effets encore plus dévastateurs de cette seconde qui abîma le système qui ne s’en est plus remis.

Si l’Iran ne fut de ce système qu’un «perturbateur», il reviendra aux États-Unis, dans l’Irak conquis, d’en être le pourfendeur, si on l’entend dans son sens vieilli et littéraire, de ce qui contient l’idée d’abattre sans quartier, de «celui qui fend complètement, qui tue».

Avec l’invasion de l’Irak, Les États-Unis s’emparaient d’une forte sunnite de la région, à l’épicentre du Proche et du Moyen orient

En envahissant l’Irak, les États-Unis non seulement prenaient une place forte sunnite de la région, mais s’installaient à l’épicentre et de l’Orient. C’est que l’Irak a/avait ce privilège unique et singulier d’être à la charnière des deux Orients, et le seul de simultanément appartenir aux deux. Politiquement, de par son idéologie baathiste, son engagement qawmi, son socialisme, sa laïcité, du fait enfin qu’il se rangeait dans le camp des ennemis Israël qui était le camp mondial de l’URSS, il relevait du Proche-Orient, c’est-à-dire du Bassin Palestinien; mais en raison de son pétrole il relevait du Moyen-Orient, c’est-à-dire du Bassin pétrolier du Golfe. D’où son importance stratégique.

En le conquérant, les États-Unis conquéraient une pièce maitresse pour leur Grand Moyen-Orient, pensant qu’à l’occasion de ce désastre provoqué, ils pourraient se régionaliser sans s’orientaliser: s’impliquer directement dans les affaires de l’Irak en faire un allié sûr et obligé et l’intégrer dans un système impérial d’alliance mondiale et de domination régionale.

En fait ce fut une «stratégie de désastre»! C’est au cours de leur traversée sanglante que commença la descente aux enfers de l’Irak qui se retrouva converti en champ de ruines:

En interne, un pays pétrolier exsangue, sans État, sans les Appareils d’État (notamment sécuritaire: armée, services de sécurité,… tous dissolus par décret Bremer/ien) et pourtant nécessaires au maintien de l’ordre, de la stabilité et de la sécurité dans un pays en proie à un chaos généralisé, au pillage à grande échelle et où ses sociétés vivent soit en «état de guerre» soit se livrent carrément la guerre.

Toujours en interne mais cette fois-ci d’un interne qui déborde sur l’externe puisque le changement d’identité de l’Irak (d’État sunnite à État chiite) changeait l’ordre et les règles du Grand jeu sykespicotien lui-même, au détriment des Sunnites qui prirent la chose comme une défaite. Kaput l’ordre sykespicotien qui n’a pas sombré du fait de la proclamation de l’État califal (sic) et transfrontalier d’al-Baghdâdi, mais bel et bien par l’invasion étatsunienne: les bouleversements qu’elle entraina entamèrent définitivement l’ancien ordre géopolitique, de bout en bout de l’Orient.

Enchâssée comme une poupée russe dans le désastre étatsunien, la troisième séquence prit fin selon deux modes antagoniques: le premier, selon un mode géopolitique dès lors que l’élimination, par les États-Unis, des deux leaders sunnites (l’afghan et l’irakien) capables de tenir tête à l’Iran chiite créa comme un appel de vide auquel l’Iran, déjà prête, s’empressa de répondre. Se saisissant de cette opportunité que lui offrait l’Histoire à travers la politique étatsunienne, elle se lança dans sa seconde montée en puissance régionale; montée facilitée par le fait que l’Irak, désormais État chiite, lui ouvrait une voie royale d’accès à l’Orient, mais cette fois étatique et non plus seulement milicienne.

Le Sunnisme au Pouvoir dans la Péninsule ressentit ce renversement de l’ordre étatique comme une perte irréparable qui ne fit qu’alimenter son ressentiment (séculaire, voire millénaire, notamment de la part des salafistes) à l’encontre des Chiites, et tout particulièrement de l’Iran chiite et persan; le second selon le mode du djihâd qui connut sous l’occupation et de son fait, un essor remarquable, mais surtout, les jihadistes s’aguerrissant, s’émancipèrent, tuèrent le «Père» (Ben Laden) et formèrent la seconde génération de jihadistes… qui donnera les milices sunnites de l’organisation de l’État islamique quelque dix ans plus tard (2003… -2013/14).

Ainsi, la contre-offensive sunnite pour faire revenir le refoulé en refoulant l’ennemi, ne vint pas, dans un premier temps, des États sunnites de la Péninsule qui ne surent, durant toute une période, comment réagir et réagissaient en cacophonie; pendant que cette riposte vint de la part des jihadistes de la seconde génération, qui lui donnèrent un tour milicien, sanglant et sauvage.

La riposte sunnite avec le Roi salmane

suite… centenaire-des-accords-sykes-picot-du-renouvellement-de-la-question-d-orient

 

La Syrie et la Palestine


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Auteur : De Saulcy Félicien (De Saulcy Louis Félicien Joseph Caignart)
Ouvrage : La Syrie et la Palestine
Année : 1855

 

 

 

Avant d’entamer l’examen du livre de M. le chevalier Van de Velde, il ne sera pas hors de propos, je pense, de mettre, le plus brièvement possible, le lecteur au courant des relations qui ont existé jusqu’à ce jour entre M. Van de Velde et moi. C’est la seule vengeance que je veuille tirer des inqualifiables procédés de ce jeune voyageur. Qu’on ne s’attende donc pas de ma part à des commentaires passionnés, à des récriminations, à des attaques personnelles ; tout cela constitue un arsenal dont je ne veux faire usage contre personne. Autant naguère j’ai pu me montrer vif dans la polémique, autant je suis inébranlablement résolu à me montrer désormais froid et sérieux. Tant pis pour qui a tout à craindre de l’exposé sincère et loyal des faits. A la fin du mois d’avril 1851, je rentrais à Paris, après avoir accompli un voyage pénible et dangereux en Syrie, en Judée et en Arabie-Petrée. Heureux d’avoir recueilli, chemin faisant, une assez ample moisson de faits nouveaux, d’avoir, grâce à la protection marquée de la Providence, échappé à tous les périls, à toutes les fatigues, je m’empressai de mettre en ordre les petits trésors de toute nature, que j’avais péniblement conquis. Quelques mois plus tard je lisais, devant l’Académie des inscriptions et belles-lettres, un mémoire sur le monument connu de tout temps à Jérusalem sous le nom de Tombeau des rois. Ce fut le signal d’une guerre ardente qui me fut déclarée, et dont le but évident était, d’une part, de réduire à néant les résultats de mon voyage, de l’autre , de me faire passer aux yeux du monde savant pour un homme d’imagination, dont les érudits n’avaient pas à s’occuper, et qui, par sa légèreté et son ignorance, ne méritait pas qu’on prît au sérieux ce qu’il ne publiait qu’au prix de tant de peines de toute nature. Un étranger assistait à l’une des séances académiques dans lesquelles ma lecture fut répartie, c’était M. Van de Velde, qui, bien que fort jeune encore, avait déjà renoncé depuis plusieurs années à son grade de lieutenant de marine, afin d’embrasser avec ardeur la carrière de prédicateur missionnaire. M. Van de Velde, qui, depuis très-peu de temps, avait conçu le louable projet de parcourir la Terre- Sainte, afin de s’y livrer à des recherches relatives à la géographie biblique, pria mou confrère, M. Jomard, de le mettre en relation avec moi. M. Van de Velde me fut présenté séance tenante, et dès le lendemain, je crois, il prenait place à ma table. Heureux de rencontrer un homme d’intelligence, prêt à partir pour le pays que je venais de parcourir, et capable, du moins je le pensais, de constater les faits dont on me niait obstinément la possibilité, j’accueillis M. Van de Velde comme on accueille un ami ; je fus assez heureux pour le recevoir plusieurs jours de suite, pour mettre à sa disposition des cartes et des papiers qu’il n’eût pu se procurer autrement, et enfin pour lui offrir de prendre le calque de la grande carte rédigée par moi et offrant le tracé de toute la côte occidentale, de la côte sud et de la plus forte moitié de la côte orientale de la mer Morte, avec tout le plateau de la Moabitide. Evidemment la communication de cette carte à qui partait pour la contrôler, était la preuve la plus forte que je pusse donner de ma sincérité, et de la bonne foi avec laquelle les matériaux de cette carte avaient été recueillis par moi. Je déclare avec plaisir que M. Van de Velde se montra profondément reconnaissant de la manière toute fraternelle dont j’agissais envers lui. Peu de jours après il quittait Paris et se dirigeait vers l’Orient.

suite…

De-Saulcy-Felicien-La-Syrie-et-la-Palestine

LE MOYEN-ORIENT ANTIQUE


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Auteur : Garbini Giovanni
Ouvrage : Le Moyen-Orient antique
Année : 1969

Professeur à l ’Institut
d ’études proche-orientales, Université de Rome.

Traduit de l’anglais par
MARIE-LAURE LE GAL

 

Introduction
La longue histoire de l’homme tel que nous le connaissons aujourd’hui,
commence il y a entre un million et un demi-million d ’années.
Pendant très longtemps l ’homme vécut d ’une façon simple et primitive,
dominé par le climat et la géographie, luttant pour survivre,
errant en quête d ’abri et de nourriture. Des groupes entiers pouvaient
périr à la suite d ’une erreur de jugement, ou si instinct et intuition
leur manquaient. Puis, après des milliers d ’années, dans certaines
régions favorables, l ’homme apprit à vivre en communautés. Il put
élever une famille dans une sécurité relative, faire des récoltes, élever
des animaux, se bâtir des abris. C ’est alors que l’organisation plus
stable et plus complexe d ’une civilisation évoluée devint possible.
Ignorant les origines du monde et cependant conscient d ’un ordre
naturel, l’homme s ’interrogea, et les premières formes de religion
furent le fruit de cette réflexion. Le besoin d ’ordre et de responsabilité
sociale, à l’intérieur du groupe, suscita l’apparition du droit et de
la royauté. L ’homme était passé d ’une culture primitive à une culture
évoluée.
Ce livre étudie l’évolution historique et sociale de certaines civilisations
évoluées et leurs formes d ’expression artistique. On trouve
les plus anciennes réalisations artistiques, politiques et religieuses de
ces cultures, dans la région connue aujourd’hui sous le nom de
Moyen-Orient antique. Cette région s ’étend depuis l’Égypte et l’Anatolie
à l’ouest, jusqu ’au plateau iranien à l’est et se prolonge vers le
sud, englobant l’Arabie. Les traits géographiques de cette vaste
contrée sont extrêmement variés. De grandes artères fluviales coupent
cette zone désertique, la vallée du Nil en Égypte et celle du Tigre et
de l’Euphrate en Mésopotamie.
Cette dernière, d ’après la tradition biblique, n ’est autre que l’Éden
ou Paradis terrestre. Entre le Tigre et l’Euphrate, au pied des collines
qui bordent les chaînes montagneuses du nord, se trouve le « Croissant
fertile ». Il décrit un arc depuis le nord de la Mésopotamie jusqu ’à
la Palestine, en passant par le nord de la Syrie et la région côtière
méditerranéenne (Phénicie). Au-dessous de ce croissant s ’étend le
désert syro-arabique, et au-delà, les plateaux d ’Iran traversés, d ’est
en ouest, par des chaînes de montagnes.
C ’est là que se développèrent les plus anciennes civilisations.
Ayant pris naissance dans les vallées des fleuves — d ’abord en Mésopotamie,
puis en Égypte et aux Indes (dans la vallée de l’Indus), les
cultures présentèrent certaines ressemblances dans leurs phases pré-dynastiques.
Ainsi, au début de l’histoire du Moyen-Orient, les
fleuves étaient les grands centres d ’attraction. Les peuples nomades
qui amenaient leurs troupeaux dans les vallées, apprenaient à canaliser
les eaux du fleuve et à irriguer les terres. La culture, puis le
commerce du blé s ’ensuivirent. La stabilité économique dépendait
de l’excédent de blé, et le commerce avec les régions les plus pauvres
se développa.
Cependant, les mouvements ethniques et culturels n ’étaient pas
limités aux plaines. Les communications entre l ’est et l’ouest étaient
possibles par les vallées du nord; ce n ’est que récemment que l’on a
insisté sur ce fait. C ’est ainsi que des relations lièrent l ’Iran, l ’Anatolie
et le Caucase, relations dont les effets devaient se faire sentir plus
tard, lorsque les Kassites et les Hittites descendirent du nord. Ces
peuples « montagnards », qui parlaient en général l’indo-européen,
devaient changer le cours de l’histoire ancienne en Orient.
Néanmoins, les impulsions créatrices les plus fortes des civilisations
antiques au Moyen-Orient, naquirent dans les vallées du Nil,
de l’Euphrate et du Tigre. Les Égyptiens et les Sumériens furent les
premiers à élaborer des structures politiques complexes et puissantes.
Mais s ’il est vrai de dire que les conditions étaient les mêmes
pour tout le monde — les grands fleuves devaient être mis en valeur
afin de procurer subsistance et pouvoir — il n ’en reste pas moins
que l’évolution politique et culturelle des deux races fut totalement
différente.
L ’Égypte a toujours eu une double nature, le nord et le sud, respectivement
appelés Basse et Haute Égypte, qui recherchaient leur
indépendance. Ce dualisme fut toujours tenu en échec p ar un pouvoir
central très fort qui maintint plus ou moins l’unité de l’ Égypte sous
l’autorité du pharaon qui était investi de pouvoirs divins. En Mésopotamie,
d ’autre part, l ’unité politique fut rarement maintenue, à
cause de la puissance individuelle des cités. Chez les Sumériens, le
gouvernement était théocratique, et en Mésopotamie, il était décentralisé.
Les dirigeants sumériens n ’accédèrent jamais à la dignité
divine. Ils représentaient le dieu sur terre et intercédaient auprès de
lui au nom du peuple.
Dans les régions voisines, Iran, Syrie-Palestine, Anatolie, les
structures politiques étaient fortes parfois, comme chez les Hittites
en Anatolie et les Élamites en Iran. Cependant, dans l ’ensemble,
leurs pouvoirs étaient faibles, car leurs royaumes occupaient
d ’immenses territoires et constituaient des proies faciles pour leurs
puissants voisins, l’Égypte et la Mésopotamie.
La civilisation du Moyen-Orient antique nous paraît très uniforme
car nous la voyons avec un recul considérable. En fait, elle varie
beaucoup d ’une région à l’au tre ; la civilisation sumérienne diffère
non seulement de celle de l’Égypte, mais aussi de celle de Babylone,
qui en découle pourtant directement. Cependant les réalisations de
ces civilisations furent parallèles et elles firent quelques échanges.
C ’est à peu près à la même époque q u ’apparut l’écriture avec des
caractères similaires : hiéroglyphes en Égypte, caractères cunéiformes
en Mésopotamie et écriture proto-élamite en Iran. Les caractères
égyptiens révèlent un sens artistique plus grand et les arts graphiques
changeaient d ’une région à l’autre, même si les sources d ’inspiration
étaient identiques. Il ne faut pas oublier, en règle générale, que
l’Égypte, du fait de sa position géographique, est toujours restée
fidèle à elle-même dans le domaine de la langue aussi bien que dans
ceux de l’art, de la religion et de la politique. Par contre, dans les
régions asiatiques, les races se succédaient continuellement, entraînant
des bouleversements linguistiques, politiques et culturels. Pendant
trois millénaires, l’art égyptien montra une continuité unique.
(Les oeuvres de C. Aldred, en Angleterre, et de S. Donadoni en Italie,
sont capitales pour comprendre l’âme de l’art égyptien.) En Asie,
au contraire, les a rts s’influencèrent d ’une région à l’autre et leur
niveau de perfection resta plus bas, dans l’ensemble, q u ’en Égypte.
Lorsque nous examinons les oeuvres d’art d e n ’importe quelle société
primitive, nous ne devons pas oublier que ceux qui les ont faites
avaient des critères d ’appréciation différents des nôtres. A côté des
considérations sociales, politiques et religieuses, nous fondons nos
jugements sur l’esthétique. De nos jours, nous voulons à tout prix
de la « beauté ». Nous recherchons cette qualité indéfinissable aussi
bien dans l’art contemporain que dans l’art d ’autrefois. Nous considérons,
par exemple, la sculpture égyptienne et nous essayons de
l’évaluer en tant q u ’ « oeuvre d ’art ». Mais nous oublions que les
sociétés primitives ne se préoccupaient pas d ’esthétique. Ainsi, en
Grèce, le mot « art » n ’existait pas. Pour les Égyptiens ou les Sumériens,
la sculpture servait à vénérer les dieux, à célébrer des victoires,
à décorer un palais ou une sépulture. Le concept de beauté aurait
semblé déplacé, si ce n ’est incompréhensible. Si nous voulons considérer
l’art du Moyen-Orient antique d ’un point de vue esthétique —
et il est difficile de faire autrement — nous devons prendre garde à
ne pas appliquer notre propre échelle de valeurs à des oeuvres exécutées
il y a tant de siècles.

La Mésopotamie

suite…

Garbini Giovanni-Le Moyen Orient antique

La baisse des prix du pétrole renverse l’échiquier géopolitique


 

 

La baisse des prix du pétrole a démenti la théorie du « pic de Hubbert ». Il ne devrait pas y avoir de pénurie énergétique dans le siècle à venir. La baisse des prix a probablement aussi commencé le démantèlement de la théorie de « l’origine humaine du réchauffement climatique ». Elle a privé de toute rentabilité les sources d’énergie alternatives et les investissements dans les hydrocarbures de schistes et les forages en eaux profondes. Renversant l’échiquier géo-politique, elle est susceptible de rappeler les militaires US au Proche-Orient et de contraindre le Pentagone à abandonner définitivement la théorie du « chaos constructeur ».

 

En deux ans, le marché mondial des sources d’énergie a été bouleversé. D’abord, l’offre et la demande ont considérablement changé, puis les flux commerciaux, enfin les prix qui se sont écroulés. Ces changements radicaux remettent en cause tous les principes de la géo-politique du pétrole.

 

Le mythe de la pénurie

Le ralentissement de l’économie des pays occidentaux et celui de certains pays émergents s’est traduit par une baisse de la demande, tandis que la croissance continue en Asie l’a, au contraire, augmentée. En définitive, la demande globale poursuit son lent développement. Côté offre, non seulement aucun État producteur n’a vu ses capacités s’effondrer, mais certains ont pu l’augmenter comme la Chine, qui amasse désormais d’importantes réserves stratégiques. De sorte qu’au total, le marché est très excédentaire.

Ce premier constat contredit ce qui était la doxa des milieux scientifiques et professionnels durant les années 2000 : la production mondiale s’approchait de son pic, le monde allait connaître une période de pénurie au cours de laquelle certains États allaient s’effondrer et des guerres de ressources éclater. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2001, le vice-président Dick Cheney avait formé un groupe de travail sur le développement de la politique nationale de l’énergie (National Energy Policy Development – NEPD), qualifié de « société secrète » par le Washington Post [1]. Dans une ambiance ultra-sécurisée, les conseillers de la présidence auditionnèrent les patrons des grandes entreprises du secteur, les scientifiques les plus reconnus, et les patrons des services de Renseignement. Ils arrivèrent à la conclusion que le temps pressait et que le Pentagone devait garantir la survie de l’économie états-unienne en s’emparant sans attendre des ressources du « Moyen-Orient élargi ». On ignore qui participa exactement à ce groupe de travail, sur quelles données il travailla, et les étapes de sa réflexion. Tous ses documents internes ont été détruits afin que nul ne connaisse les statistiques auxquelles il avait eu accès.

C’est ce groupe qui conseilla de mener des guerres contre l’Afghanistan, l’Iran l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie et le Soudan ; un programme qui fut officiellement adopté par le président George W. Bush lors d’une réunion, le 15 septembre 2001, à Camp David.

Je me souviens d’avoir rencontré à Lisbonne, lors d’un congrès de l’AFPO, le secrétaire général du groupe de travail de la Maison-Blanche. Il avait présenté un exposé sur l’étude des réserves annoncées, l’imminence du « pic de Hubbert » et les mesures à prendre pour limiter la consommation d’énergie aux USA. J’avais alors été convaincu – à tort – par son raisonnement et son assurance.

Nous avons constaté avec le temps que cette analyse est complétement fausse et que les cinq premières guerres (contre l’Afghanistan, l’Irak, le Liban, la Libye et la Syrie) ont été de ce point de vue inutiles, même si ce programme se poursuit aujourd’hui. Cette énorme erreur de prospective ne doit pas nous surprendre. Elle est la conséquence de la « pensée de groupe ». Progressivement une idée s’impose au sein d’un groupe que nul n’ose remettre en question au risque de se voir exclure du « cercle de la raison ». C’est la « pensée unique ». Dans ce cas, les conseillers de la Maison-Blanche sont partis et sont restés dans la théorie malthusienne qui domina la culture anglicane du XIXe siècle. Selon elle, la population augmente à un rythme exponentiel, tandis que les ressources ne le font qu’à un rythme arithmétique. À terme, il ne peut pas y avoir de ressources pour tous.

Thomas Malthus entendait s’opposer à la théorie d’Adam Smith selon laquelle, lorsqu’il est libre de toute réglementation, le marché se régule de lui-même. En réalité, le pasteur Malthus trouvait dans sa théorie – non démontrée – la justification de son refus de subvenir aux besoins des innombrables pauvres de sa paroisse. À quoi bon nourrir ces gens si, demain, leurs nombreux enfants mourront de faim ? Le gouvernement de George W. Bush était alors largement WASP et comprenait de nombreuses personnes issues de l’industrie pétrolière, à commencer par le vice-président Cheney, ancien patron de l’équipementier Halliburton.

Si le pétrole est une ressource non renouvelable et qu’il aura donc une fin, rien ne permet de penser que celle-ci est proche. En 2001, on raisonnait en fonction du pétrole de type saoudien que l’on savait raffiner. On ne pensait pas exploitables les réserves du Venezuela par exemple, dont on admet aujourd’hui qu’elles suffisent à pourvoir à l’ensemble des besoins mondiaux pour au moins un siècle.

On observera que la théorie de l’« origine humaine du réchauffement climatique » n’est probablement pas plus sérieuse que celle du pic pétrolier. Elle procède de la même origine malthusienne et a en outre l’avantage d’enrichir ses promoteurs à travers la Bourse des droits d’émission de Chicago [2]. Elle a été popularisée dans le but d’apprendre aux Occidentaux à diminuer leur consommation d’énergie d’origine fossile, donc de se préparer à un monde où le pétrole serait devenu rare et cher.

 

La fin des prix artificiels

La hausse du prix du baril à 110 dollars a semblé conforter la théorie de l’équipe de Dick Cheney, mais sa chute brutale à 35 dollars montre qu’il n’en est rien. Comme en 2008, cette chute a débuté avec les sanctions européennes contre la Russie qui ont désorganisé les échanges mondiaux, déplacé les capitaux et en définitive crevé la bulle spéculative du pétrole. Cette fois, les prix bas ont été encouragés par les États-Unis qui y ont vu un moyen supplémentaire de couler l’économie russe.

La chute s’est aggravée lorsque l’Arabie saoudite y a trouvé son intérêt. En inondant le marché de ses produits, Riyad maintenait le cours du baril d’Arabian light entre 20 et 30 dollars. De la sorte, il détruisait la rentabilité des investissements dans les sources alternatives d’énergie et garantissait son pouvoir et ses revenus à long terme. Il est parvenu à convaincre ses partenaires de l’OPEC de soutenir cette politique. Les membres du cartel ont pris la décision de sauver leur autorité à long terme quitte à gagner beaucoup moins d’argent durant quelques années.

Par conséquent, la baisse des prix, encouragée par Washington contre Moscou, a fini par l’atteindre lui aussi. Si plus de 250 000 emplois ont été détruits dans les industries de l’énergie en deux ans dans le monde, environ la moitié l’ont été aux États-Unis. 78 % des plateformes pétrolières US ont été fermées. Même si le recul de la production n’est pas aussi spectaculaire, il n’en reste pas moins que les États-Unis ne sont probablement plus indépendants énergétiquement ou ne vont pas tarder à le devenir.

Et ce ne sont pas que les États-Unis : tout le système capitaliste occidental est impacté. En 2015, Total a perdu 2,3 milliards de dollars, ConocoPhillips 4,4 milliards, BP 5,2 milliards, Shell 13 milliards, Exxon 16,2 miliards, Chevron près de 23 milliards.

Cette situation nous renvoie à la « Doctrine Carter » de 1980. À l’époque, Washington s’était donné le droit d’intervenir militairement au Proche-Orient pour garantir son accès au pétrole. Par la suite, le président Reagan avait créé le CentCom pour appliquer cette doctrine. Aujourd’hui on exploite du pétrole un peu partout dans le monde et sous des formes assez différentes. Le fantasme du « pic de Hubbert » s’est dissipé. De sorte que le président Obama a pu ordonner de déplacer les troupes du CentCom vers le PaCom (théorie du « pivot vers l’Asie »). On a pu observer que ce plan a été modifié avec l’accumulation de forces en Europe orientale (EuCom), mais il devra l’être encore si les prix stagnent entre 20 et 30 dollars le baril. Dans ce cas, on cessera d’exploiter certaines formes de pétrole et l’on reviendra vers l’Arabian light. La question du repositionnement des forces au Proche-Orient se pose donc dès à présent.

Si Washington s’engage dans cette voie, il devra probablement également modifier les méthodes du Pentagone. La théorie straussienne du « chaos constructeur », si elle permet de gouverner des territoires immenses avec très peu d’hommes sur le terrain, exige beaucoup de temps pour permettre l’exploitation de vastes ressources, comme on le voit en Afghanistan, en Irak et en Libye. Peut-être faudra-t-il revenir à une politique plus sage, cesser d’organiser le terrorisme, admettre la paix, pour pouvoir commercer avec les États ou ce qu’il en reste.

Thierry Meyssan

Notes

[1] “Energy Task Force Works in Secret”, Dana Milbank & Eric Pianin, Washington Post, April 16th, 2001.

[2] « 1997-2010 : L’écologie financière », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 26 avril 2010.

L’Arabie saoudite contre l’Iran : la plaque tectonique du pétrole de Qatif par Alfredo Jalife-Rahme


Il est d’usage dans la presse occidentale de prendre un air savant et d’expliquer la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran sur la base de rivalités religieuses (sunnites contre chiites) ou ethniques (arabes contre perses). Pourtant l’Histoire contredit cette interprétation, tandis qu’un coup d’œil sur la carte des hydrocarbures rend ce conflit limpide.

| Mexico (Mexique) | 4 février 2016

 
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L’escalade entre l’Arabie saoudite (première puissance pétrolière mondiale, 27,7 millions d’habitants, dont 80 % de sunnites et 20 % de chiites concentrés à Qatif et dans la province orientale) et l’Iran (81,1 millions d’habitants dans un pays indo-européen à grande majorité chiite et puissance gazière mondiale) découle d’une rivalité géo-politique bien plus que d’un conflit religieux ou ethnique, n’en déplaise à ceux qui s’en tiennent au prisme israélo-anglosaxon, qui déforme pour balkaniser.

À l’époque où régnait le Shah Reza Pahlevi, l’Arabie saoudite était le grand allié de l’Iran, sous la férule US. L’escalade actuelle, complexe, est un reflet de la fracture globale, comportant la mise à feu du « Moyen-Orient élargi », la rivalité pour le pouvoir sur le monde islamique et celle sur l’OPEP.

La fracture géostratégique entre les USA d’un côté, et la Russie et la Chine de l’autre, a pour fond le piège démographique ourdi par Zbigniew Brzeziński/Stratfor avec leur « carte islamique » [1] destinée à déstabiliser en profondeur le bloc RIC (Russie, Inde, Chine).

La Russie compte 20 % de Tatars sunnites ; quant à l’Inde, puissance nucléaire, elle est la première puissance islamique au monde en nombre, avec 20 % de musulmans ; et la Chine à son tour compte 10 millions d’Ouigours et de Mongols sunnites, et une part de peuplement turc dans la province autonome du Xinjiang, éminemment stratégique, car riche en gaz et en uranium.

L’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon avait dessiné le Moyen-Orient selon une ligne horizontale allant du Maroc jusqu’au Cachemire (les protestations contre l’Arabie saoudite ont atteint ces deux extrêmes) et une ligne verticale depuis le Caucase, le bas-ventre de la Russie, jusqu’à la corne de l’Afrique.

L’Organisation de coopération islamique (57 États) comprend 1,6 milliard de fidèles, soit 22 % du genre humain, dont 80 % de sunnites —un univers qui est loin d’être homogène, les écoles juridiques d’interprétation du Coran étant diverses— et presque 20 % de chiites, eux aussi divisés par la présence de multiples sectes (Alaouites de Syrie, Houthis/Zéyidies au Yémen, Alévis en Turquie, Ismaélites en Inde, etc).

Les minorités chiites se distinguent en Inde, au Pakistan et en Afghanistan, pays déstabilisé par le grand jeu géostratégique US contre les RIC. En Irak, les chiites sont majoritaires (85 %), au Bahreïn également (85 %) ; au Liban ils sont 50 %, et les minorités chiites en Inde, au Pakistan et en Afghanistan sont pléthoriques. Enfin, les 400 millions de chiites environ sont répartis dans une centaine de pays, mais 80 % sont concentrés en Iran (81,8 millions), en Inde (45,4 millions), au Pakistan (42,5 millions), en Irak (24,5 millions) et en Turquie (20 milllions).

Au-delà de la rivalité pour la direction religieuse du monde musulman, entre l’Iran et l’Arabie saoudite, avec l’enjeu de la garde des lieux saints de La Mecque et de Médine, Riyad a perdu deux alliés privilégiés parmi les sunnites : Saddam Hussein, qui gouvernait la majorité chiite en Irak (situation symétrique de la Syrie, où Bachar el-Assad est issu des 15 % de population alaouite face aux 80 % de sunnites) et Hosni Moubarak en Égypte, balayé par le « printemps arabe » artificiel, à l’instigation des US et du Royaume-Uni ; au même moment, l’Iran étendait son influence au Liban avec le Hezbollah, et en Syrie avec les Alaouites en guerre contre l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ; au Yémen, l’Arabie saoudite livre une guerre contre les Houthis ; au Bahreïn, Riyad est intervenu militairement pour étouffer la rébellion de la majorité chiite [2].

L’escalade a atteint un paroxysme avec la mort en masse de pèlerins iraniens à La Mecque, un simple accident, selon Riyad, l’assassinat délibéré de 500 personnes pour l’Iran, parmi lesquels l’ex-ambassadeur de l’Iran au Liban [3].

Outre les plans de multi-balkanisation de l’Iran et de l’Arabie saoudite annoncés par le Pentagone [4] et le New York Times  [5], il convient de signaler trois pistes éminemment radioactives :
- les réserves en devises des six pétromonarchies arabes du Golfe persique : ces pays ont envisagé de lancer la monnaie unique du golfe [6] ;
- la parité fixe du rial, divise saoudienne, avec le dollar [7],
- et le pétrole de Qatif.

L’Arabie saoudite et l’Iran n’ont pas intérêt à poursuivre l’escalade, tandis que Riyad en est à consolider la succession du roi Salmane, et l’Iran retient son souffle en attendant l’imminente levée des sanctions, qui lui permettra de récupérer ses 150 milliards de dollars séquestrés par Washington, en échange de la désactivation de son projet nucléaire. Rappelons que l’Iran n’a que 109 milliards de dollars de réserve, face aux 650 milliards de dollars de l’Arabie saoudite.

47 exécutions, pour 43 sunnites terroristes et djihadistes, se réclamant d’Al Qaïda, qui cherchaient à renverser la maison royale des Saoud, plus 4 chiites, dont le cheikh Nimr al-Nimr, originaire de Qatif, vénéré par la jeunesse, et qui menaçait de faire sécession, et trois autres membres du clergé : cela a déclenché la fureur du chiisme universel, lorsque le Hezbollah a accusé les USA d’être derrière ces décapitations.

Stratfor, le centre israélo-texan qui se fait connaître comme la main de la CIA dans l’ombre, estime que la controverse sur le prélat al-Nimr bouillonne depuis des années [8] en effet, il avait été arrêté en juillet 2012 pour avoir incité les militants chiites de la région pétrolière qui constitue la province orientale, alors que durant le « printemps arabe », Riyad était déjà intervenu au Bahreïn, son petit voisin à majorité chiite, pour renforcer l’ordre sunnite dans toute la péninsule arabe.

Comme lors de la guerre Irak/Iran visant à épuiser tant Saddam Hussein que la révolution islamique chiite de l’ayatollah Khomeiny, les USA ont vendu des armes aux deux parties pour les saigner. S’agit-il à nouveau pour Washington d’appliquer son programme hémorragique, cette fois-ci tant à l’Arabie saoudite qu’à l’Iran ?

Ambrose Evans-Pritchard, le féroce porte-parole de la maison royale britannique, estime pour sa part que la collision entre les deux pays se rapproche dangereusement du cœur du marché pétrolier mondial. Il affirme que la minorité chiite offensée, soit 15 % de la population saoudienne d’après lui, « réside sur les gigantesques champs pétroliers saoudiens, en particulier dans la ville de Qatif » [9].

Il cite Ali al-Ahmed, directeur de l’Institut des Affaires du Golfe, dont le siège est à Washington, d’après lequel Qatif est le centre névralgique de l’industrie pétrolière saoudienne, la grande station centrale où débouchent 12 oléoducs, pour fournir les immenses terminaux pétroliers de Ras Tanura et Dharan, fort vulnérables au demeurant, en cas d’attaque surprise.

Evans-Pritchard insiste : la plus grosse part des 10,3 millions de barils journaliers produits par l’Arabie saoudite, surveillée par 30 000 gardes, traverse le cœur du chiisme, en pleine ébullition ; une interruption de quelques jours peut provoquer un pic pétrolier, atteignant 200 dollars ou plus le baril, et nourrir une crise économique globale. C’est la manne géopolitique dont rêvent les spéculateurs des fonds spéculatifs de Wall Street et de la City de Londres…

Il convient de suivre au microscope électronique les positions turques (la seule puissance sunnite de l’Otan), et celles du Pakistan (la seule puissance nucléaire musulmane), qui a jusqu’à présent adopté une prudente attitude neutre, mais cela surtout pour les liens tissés récemment avec la Russie et la Chine, et par répulsion pour les Frères musulmans (qu’encouragent la Turquie et le Qatar), et certainement pas par amour de l’Iran.

Traduction
Maria Poumier

Source
La Jornada (Mexique)


[1] « Otra trampa de Brzezinski y Stratfor contra Rusia : « guerra demográfica » con Turquía », Alfredo Jalife Rhame, La Jordana, 3 de enero de año 2016.

[2] « Why the King’s Sunni Supporters are Moving Abroad », Justin Gengler, Foreign Affairs, January 6, 2016.

[3] « L’Arabie saoudite a bien enlevé des collaborateurs de l’ayatollah Khamenei », Réseau Voltaire, 13 novembre 2015.

[4] “We’re going to take out 7 countries in 5 years : Iraq, Syria, Lebanon, Libya, Somalia, Sudan & Iran..”, Video Interview with General Wesley Clark, Democracy Now, March 2, 2007.

[5] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[6] « Hacia el nuevo orden geofinanciero : yuan chino entra al FMI y Rusia prepara su « rublo-oro » », Alfredo Jalife-Rahme, La Jornada, 13 de de diciembre de 2015.

[7] “Saudi riyal in danger as oil war escalates”, Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, December 28, 2015.

[8] “The Saudi-Iranian Spat Is Emblematic of the Region’s Power Struggle”, Stratfor, January 4, 2016.

[9] “Saudi showdown with Iran nears danger point for world oil markets”, Ambrose Evans-Pritchard, The Telegraph, January 4, 2016.