SUBVERSION IDEOLOGIQUE


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Auteur : Bezmenov Yuri Alexandrovich (Schuman Tomas David)
Ouvrage : Subversion idéologique – Manipulation de l’opinion – Guerre psychologique
Année : 1985

Yuri Alexandrovitch Bezmenoz (Tomas
Schuman). Né en 1939 dans la banlieue de
Moscou. Il est le fils d’un officier de haut rang de
l’armée soviétique. Il est issu des écoles de l’élite
du système soviétique, il est devenu un expert de
la culture et des langues de l’Inde. Il a fait une
carrière exceptionnelle au sein de Novosti, qui
était, et est encore, l’agence de presse du régime
soviétique, agence qui servait également de
paravent pour le KGB. Il est passé à l’Ouest en
1970 après avoir été totalement dégouté du
système soviétique, et il l’a fait au péril de sa vie.
C’est certainement l’un des plus grands experts
mondiaux, en matière de propagande soviétique,
de désinformation et de manipulation.

 

Le danger de l’« Etat providence », du système « Big Brother »

« Toutes vos libertés disparaîtront. Elles seront carbonisées
en quelques secondes, et vos précieuses vies avec ».

INTERVIEW DE 1985 – SOUS-TITRES FRANÇAIS – YURI BEZMENOV, EX-AGENT DU KGB PASSE A L’OUEST DANS LES
ANNEES 1970 RACONTE LES TECHNIQUES DE DÉSTABILISATION ET DE MANIPULATION DE L’OPINION.
dailymotion.com

 

 

La subversion idéologique, c’est un processus qui n’a rien d’illégal ou de
caché. C’est une action menée au grand jour. Il suffit de s’en rendre compte, de se
déboucher les oreilles, d’ouvrir les yeux, et cela devient évident. Il n’y aucun
mystère. Cela n’a rien à voir avec l’espionnage. Je sais que travailler dans le
renseignement, cela fait plus romantique, c’est plus vendeur auprès du public.
C’est sûrement pour ça que les producteurs d’Hollywood aiment tant les films du
genre James Bond.
Mais en réalité, l’action principale du KGB n’est pas du tout de faire du
renseignement. Selon moi, et selon l’avis de beaucoup de transfuges qui ont le
même profil que moi, seuls 15% du temps, de l’argent et des effectifs sont
consacrés à l’espionnage en tant que tel. Les 85% restants sont consacrés à un à
processus très lent, que l’on appelle soit « subversion idéologique » ou
manipulation de l’opinion, – « xxxxxxxxxx» dans le langage du KGB – ou « guerre
psychologique ». Cela signifie essentiellement : changer la perception de la
réalité de tous les américains, au point que malgré la profusion d’information,
plus personne n’est plus capable de tenir un raisonnement correct afin de
défendre ses propres intérêts, ceux de sa famille, de sa communauté, ou de son
pays.
C’est un processus de lavage de cerveau généralisé, qui va très lentement, et qui
comprend quatre phases.
La première phase est celle de la « démoralisation ». Cela prend entre 15 et
20 ans pour « démoraliser » un pays. Pourquoi tant d’années ? Parce que c’est le
nombre d’années minimum requis pour éduquer une génération d’étudiants du
pays visé, pour l’exposer à l’idéologie adverse. En d’autres termes, l’idéologie
marxiste-léniniste est actuellement injectée dans les esprits malléables d’au moins
trois générations de jeunes américains, sans rencontrer de résistance, sans être
contrebalancée par les valeurs de base de l’Amérique ou par un patriotisme
américain.
L’essentiel de l’activité du département était de compiler d’énormes quantités
d’informations sur des personnes qui étaient ensuite instrumentalisées pour
influencer l’opinion publique. Editeurs, écrivains, journalistes, acteurs, éducateurs,
professeurs de sciences politiques, députés, hommes d’affaires …
La plupart de ces gens étaient divisées en deux groupes :

        · Ceux qui soutenaient la politique du régime soviétique étaient promus à
des postes de pouvoir grâce à la manipulation de l’opinion et des médias.
· Ceux qui refusaient l’influence du communisme dans leur pays, leur
réputation étaient ruinée ou ils étaient exécutés. Physiquement. Révolution
oblige.
Ainsi, dans une petite ville du Sud-Vietnam, plusieurs milliers de Vietnamiens ont
été exécutés en une seule nuit, après que la ville ait été prise par les Viêt-Cong, au
bout de seulement deux jours. Et la C.I.A n’a jamais compris comment les
communistes avaient pu aller si vite, pour repérer chacun d’entre eux, connaître
leurs domiciles, là où les trouver, les arrêter, tout cela en une seule nuit, en à
peine quelques heures, avant le lever du jour, et les embarquer dans des camions,
les conduire hors de la ville et les exécuter.
La réponse est très simple : bien avant que les communistes occupent la ville, il
existait un réseau complet d’informateurs, des vietnamiens habitant la région, qui
savaient absolument tout des personnes en mesure d’influencer l’opinion
publique, jusqu’aux simples barbiers ou aux chauffeurs de taxi. Tous ceux qui
étaient favorables aux Etats-Unis ont été exécutés.
Même chose à Hanoï [Vietnam], pilotée par l’ambassade soviétique. Et je faisais la
même chose à New-Dehli.
A ma grande horreur, j’ai découvert, dans les dossiers des personnes qui allaient
être exécutées, le nom de journalistes pro-soviétiques qui étaient mes amis
personnels.
– Pro-soviétiques !?
Oui, absolument !
Ils défendaient un idéal communiste, ils avaient fait plusieurs voyages en URSS, et
pourtant le KGB avait décidé que, révolution oblige, pour mener à bien les
changements politiques drastiques de l’Inde, qu’il fallait les éliminer.
– Pourquoi cela ?
Parce qu’ils en savaient trop. Simplement parce que les idiots utiles, les gens de
gauche qui sont idéalistes, qui croient en la beauté du système soviétique,
communiste, socialiste … quand ils ouvrent les yeux sur la réalité, ils deviennent les pires ennemis du système. C’est pourquoi mes instructeurs, au KGB, insistaient
tout particulièrement sur ce point : « Ne vous préoccupez jamais des gauchistes. »
« Oubliez ces prostitués politiques. Visez plus haut. » Telles étaient mes
instructions.
Essayez de pénétrer les médias conservateurs bien établis, essayez d’atteindre les
producteurs de films riches à millions, les intellectuels, les milieux soi-disant
académiques, entrez en contact avec les cyniques, les égocentriques qui peuvent
vous mentir d’un air angélique en vous regardant droit dans les yeux.
Voilà les gens qu’il fallait recruter : ceux qui n’avaient plus aucuns principes
moraux, les gens avides de pouvoir, ceux qui se prennent pour quelqu’un, ou qui
se croient très importants.
Voilà les profils que le KGB cherchait à « recruter ».
– Mais pour éliminer les autres, ne sont-ils pas utiles ?
Non, ils ne sont utiles que dans la phase de déstabilisation du pays.
Par exemple, tous les gens de gauche ici, tous ces professeurs et ces magnifiques
défenseurs des droits à l’égalité, sont instrumentalisés dans ce processus de
subversion, et ce uniquement pour déstabiliser le pays.
Quand cette étape sera achevée, ils ne seront plus nécessaires. Ils en savent trop.
Quand leurs illusions tomberont, une fois un pouvoir marxiste en place, ils seront
bien évidemment scandalisés, car ils s’imaginent que ce sont eux qui vont prendre
le pouvoir.
Cela n’arrivera jamais bien sûr. Ils seront alignés contre un mur et exécutés. Ils
seraient les adversaires les plus acharnés d’un régime marxiste-léniniste.
Ce qui s’est passé au Nicaragua, vous vous souvenez quand la plupart des
anciens communistes ont été jetés en prison, ou quand l’un d’entre eux a
changé de camp pour s’opposer aux sandinistes.
C’est aussi arrivé à Grenade, quand Maurice Bishop, du parti marxiste, a été
exécuté par un autre, « plus marxiste » que lui.

Même chose en Afghanistan quand Taraki a été assassiné par Amin, lui-même
assassiné par Karmal avec l’aide du KGB.
Même chose au Bangladesh, avec Mujibur Rahman, un leader de gauche très
pro-soviétique, assassiné par ses propres amis communistes de l’armée.
Le mécanisme se répète chaque fois à l’identique.
Une fois qu’ils ont servi, les idiots utiles sont soit exécutés jusqu’au dernier – je
parle des idéalistes marxistes – ou exilés, ou jetés en prison, comme à Cuba ou
beaucoup d’anciens marxistes sont en prison.
Fondamentalement, l’Amérique est coincée par cette « démoralisation ».
Si vous commenciez maintenant, à la minute même, à former une nouvelle
génération d’américains, cela prendra quand même de 15 à 20 ans pour inverser
la tendance, pour inverser cette perception idéologique de la réalité, et revenir à
la normale et aux idées patriotiques.
Le résultat ? Vous pouvez observer le résultat. La plupart de ceux qui ont fait leurs
études dans les années 60, de ceux qui ont quitté l’école et la plupart des pseudo-intellectuels,
occupent à l’heure actuelle des postes de pouvoir au gouvernement,
dans l’administration, dans les affaires, les médias, ou dans le système éducatif.
Vous êtes coincés avec eux. Vous ne pouvez plus vous en débarrasser. Ils sont
contaminés. Ils sont programmés pour penser et réagir à certains stimuli d’une
façon déterminée. Vous ne pouvez pas changer leur façon de voir, même si vous
leur présentez des informations véridiques.
Même si vous leur démontrez que blanc c’est blanc, et noir c’est noir, vous ne
pouvez pas modifier leur perception de base et leur logique de comportement.
En d’autres termes, chez ces gens, le processus de « démoralisation » est total et
irréversible. Pour débarrasser la société de ces personnes, il faut de nouveau
attendre 15 à 20 ans, pour éduquer une nouvelle génération d’étudiants, leur
inculquer des idéaux patriotiques et en faire des gens de bon sens, qui agissent
dans l’intérêt de la société américaine.
– Et ces personnes qui ont été « programmées » et qui sont en place,
favorables aux idéaux communistes, ce sont ces mêmes personnes qui
seraient voués à être massacrées dans un tel système.

La plupart d’entre eux, oui. Simplement parce que, avec le choc psychologique
qu’ils éprouveraient en découvrant ce qu’est VRAIMENT leur magnifique société
« d’égalité et de justice », se révolteraient, c’est bien évident. Ils seraient
extrêmement mécontents, frustrés. Et un régime marxiste-léniniste ne peut
tolérer ce genre de personnes, ils rejoindraient à coup sûr le camp des dissidents
et des opposants.
Et à la différence des Etats-Unis actuels, il n’y a pas de place pour les dissidents
dans un régime marxiste-léniniste.
Ici, vous pouvez devenir très célèbre, comme Daniel Ellsberg, ou démesurément
riche comme Jane Fonda, en répandant des opinions « dissidentes » ou en
critiquant la politique du Pentagone.
Dans un système marxiste, ces gens seraient simplement « pfft », écrasés comme
des cafards. Ils n’obtiendraient rien en retour de leurs belles et nobles idées
d’égalité.
Ça, ils ne le comprennent pas. Ce serait un choc terrible pour eux.
Aux Etats-Unis, le processus de démoralisation est en fait terminé. Et cela depuis
25 ans. Il dépasse même toutes les espérances : la démoralisation atteint
désormais une telle ampleur que même Andropov et tous ses experts n’auraient
jamais rêvé d’un tel succès.
Pour la plupart, elle est maintenant effectuée par les américains eux-mêmes sur
d’autres américains, grâce à la disparition des repères moraux.
Comme je l’ai dit auparavant, dire la vérité [sur les régimes marxiste] n’a plus
aucune importance.
Une personne « démoralisée » n’est plus en mesure de prendre en compte la
réalité des faits. Les faits, le réel, cela ne l’atteint plus.
Même si je la bombardais d’informations, de preuves authentiques, de
documents, de photos, même si je l’emmenai de force en URSS pour lui montrer
les camps de concentration, elle refuserait de le croire, jusqu’à ce qu’elle reçoive
un bon coup de pied au derrière.
C’est seulement quand la botte militaire s’abattra, qu’alors elle comprendra. Mais
pas avant. C’est ça le tragique de la démoralisation.

L’étape suivante est la déstabilisation.
Dans ce cas, les révolutionnaires ne se soucient plus de vos idées où de votre
façon de vivre. Tout ça ne compte plus.
Cela prend seulement 2 à 5 ans pour déstabiliser un pays, et ce qui compte, ce
sont les fondamentaux : économie, relations étrangères, défense. Et l’on peut voir
clairement que, dans certains domaines, dans les domaines aussi sensibles que la
défense ou l’économie, l’influence des idées marxistes-léninistes est absolument
prodigieuse.
Je n’en croyais pas mes yeux, il y a 14 ans, quand je suis arrivé ici, je ne pensais pas
que le processus irait aussi vite.
L’étape suivante est l’insurrection. Cela prend environ 6 semaines pour amener
un pays au bord de la crise, comme vous pouvez le voir en Amérique Centrale
actuellement. (1985)
Après la crise, à la suite des violents changements de régime, de structure et
d’économie, arrive ce qu’on appelle la phase de normalisation, qui peut durer
indéfiniment.
La normalisation est une expression d’un grand cynisme, issue de la
propagande soviétique. Quand les chars ont envahi la Tchécoslovaquie en 1968,
Brejnev a déclaré : « Maintenant la situation en Tchécoslovaquie est normalisée ».
Et c’est ce qui arrivera aux Etats-Unis si vous laissez tous ces abrutis amener le
pays à la crise, si vous les laissez promettre aux gens monts-et-merveilles et le
« paradis sur Terre », si vous les laissez déstabiliser votre économie, éliminer
l’économie de libre-échange, et mettre un gouvernement « Big-Brother » à
Washington, avec des dictateurs bienveillants du genre Walter Mondale qui vous
promettront tout ce que vous voulez, peu importe que ces promesses soient
tenues ou non.
Il ira ensuite à Moscou baiser les pieds de la nouvelle génération de criminels
communistes.
Il donnera l’illusion d’avoir les choses bien en main et qu’il contrôle la situation.
Mais la situation n’est pas sous contrôle. Elle est même épouvantablement hors
de tout contrôle.

La plupart des politiciens américains, la plupart des médias et le système éducatif
forment une génération de gens qui croient vivre une période de paix.
C’est faux ! Les Etats-Unis sont en guerre. Une guerre non déclarée et totale,
contre les principes et les fondements même de ce système. Et l’initiateur de cette
guerre, ce n’est pas Andropov, bien sûr, c’est une guerre contre le système
communiste mondial, aussi ridicule que cela paraisse – ou contre la conspiration
communiste mondiale, que cela fasse peur aux gens, je m’en fiche. Et si vous
n’avez pas peur maintenant, rien ne vous fera peur…
Il ne faut pas devenir paranoïaque à ce sujet.
A vrai dire, ce qui se passe actuellement, c’est que contrairement à moi, vous avez
encore plusieurs années à vivre – à moins que l’Amérique ne se réveille – avec
cette bombe à retardement. Et le désastre approche chaque seconde un peu plus.
Et contrairement à moi, vous n’aurez nulle part où vous réfugier, à moins d’aller
en Antarctique avec les pingouins.
Ici, c’est le dernier pays de libertés, où tout reste possible.
– Et que faire alors ? Que recommandez-vous aux Américains ?
La première chose qui me vient à l’esprit, c’est qu’il faut un effort national de
grande ampleur pour éduquer les gens dans le sens des valeurs patriotiques, et
ensuite, expliquer le réel danger du système socialiste, communiste, quel que soit
son nom.

Le danger de l’ « Etat providence », du système « Big-Brother ».
Si les gens ne réussissent pas saisir l’imminence de ce danger et de cette
évolution, rien n’aidera les Etats-Unis. Vous pouvez dire au revoir à vos libertés, à
la liberté des homosexuels, aux droits des détenus etc …
Toutes vos libertés disparaîtront, elles seront carbonisées en quelques secondes,
et vos précieuses vies avec.
Deuxièmement, au moins une partie de la population est convaincue que le
danger est réel. Ils doivent FORCER le gouvernement – et je ne parle pas
d’envoyer des lettres, des pétitions ou d’autres nobles et belles activités de ce
genre – Je parle bien de forcer le gouvernement à arrêter d’aider le communisme.

PDF

Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)


https://www.legrandsoir.info/local/cache-vignettes/L350xH184/arton31520-7c2e4.jpg

 

(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ».

Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le marché, vous ne trouverez pas ici une liste (qui se voudrait impressionnante) de 600 médias… Pour deux raisons :

1) Un peu de sérieux, quand même… vous croyez réellement que quelqu’un a passé le temps nécessaire et indispensable pour analyser, un par un, 600 médias ?
2) En ce qui concerne les médias mainstream, ils sont tous détenus par une poignée de groupes aux idéologies et intérêts convergents et interchangeables. L’analyse des uns vaut donc largement pour les autres. Qu’on se le dise.

Le Grand Soir

PS : Les lecteurs et responsables de sites dits alternatifs sont invités à compléter le tableau.

LE DECODEX ALTERNATIF


Le Monde


Détenu par une poignée de membres du 1% (Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse) qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Pseudo-quotidien de référence, le Monde est souvenu qualifié dans les milieux des spécialistes de la solidarité internationale de « torchon » (Le Général De Gaulle l’avait surnommé « L’Immonde »). Sous couvert de « sérieux », les journalistes du Monde sont connus pour publier régulièrement des articles de propagande (cf Bertrand de la Grange) et même des articles inventés de toutes pièces (cf. Paulo Paranagua).

Souffre d’un « syndrome du larbin Atlantiste » qui l’amène à publier des articles aux titres volontairement trompeurs tels que « Des soldats américains déployés en Pologne en réponse à l’activité militaire russe dans la « région » (sic) » (13 janvier 2017).

Connu comme le quotidien de « ceux qui savent déjà tout »
Anti-progressiste lorsqu’il s’agit de régimes qui déplaisent à Washington.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Atlantisme : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes enseignant ou parce que vous portez un Loden), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Libération


Détenu par une poignée de membres du 1% (Bruno Ledoux, Patrick Drahi) qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Pseudo-quotidien de gauche, Libération est souvenu qualifié dans les milieux des spécialistes de la solidarité internationale de « torchon », voire de L’Aberration ou (mais nous désapprouvons) de « Libérachion ». Sous couvert d’ « informer », les journalistes de Libération sont connus pour publier régulièrement des articles de propagande et/ou mensongers (Armengaud/Haski).

Connu comme le quotidien de la « gauche réactionnaire ».
Anti-progressiste lorsqu’il s’agit de régimes qui déplaisent à Washington.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Bars Gays : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes artiste ou parce que vous portez un jean déchiré), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

TF1


Détenue par un membre du 1% (Bouygues) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Ancienne chaîne du service public, privatisée en 86 par le gouvernement Chirac avec un cahier de charges très strict en matière de services culturels.

Son journal de 20h a longtemps été présenté par Patrick Poivre d’Arvor, connu pour sa fausse interview de Fidel Castro, l’affaire du bébé irakien qu’il a tenté de sortir du pays, l’affaire de l’interview du faux « garde du corps de Saddam Hussein » et plusieurs fois cité dans des affaires de plagiat.

Connu comme une « télé de merde » dont la patron confessa que les programmes abêtissants avaient pour fonction de libérer de l’espace dans les cerveaux pour qu’ils s’imprègnent mieux des pubs pour Coca-Cola.
Anti-progressiste en tous lieux et en toutes circonstances.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Poids des cartables aux rentrées scolaires : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous avez beaucoup de temps de cerveau disponible), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

BFMTV


Détenue par une poignée de membres du 1% qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Proche de l’extrême-droite.

Connue comme la « télé du CAC40 ».

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 6/5
Rubrique Marine Le Pen : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes un peu raciste sur les bords), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Paris Match


Détenu par un membre du 1% (Arnaud Lagardère) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Dévoué depuis quelques mois à un ancien banquier de chez Rothschild (candidat à la présidence de la République) auquel il a consacré 4 couvertures et des articles dont se seraient satisfaits Amin Dada et Bokassa.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Macron : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous allez souvent chez le dentiste et que sa lecture y est gratuite) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui ont une bonne dentition et par ceux qui savent de quoi ils parlent.

i-Télé


Détenue par un membre du 1% (Vincent Bolloré) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

L’image de marque est un ou une journaliste debout dans la rue avec un micro et qui vous explique ce qui se passe derrière le mur auquel il ou elle tourne le dos, tandis que défile en bas de l’écran un texte sans aucun rapport avec le sujet et fâché avec l’orthographe.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Morandini : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous êtes adepte du décervelage et des castings masturbatoires), n’hésitez pas à faire recouper leurs informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

L’Express


Détenu par un membre du 1% (Patrick Drahi) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Après avoir connu les plumes d’Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Malraux, Françoise Sagan, François Mauriac, ses lecteurs doivent se contenter de l’écharpe rouge de Christophe Barbier.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Virage à droite sans le dire : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous allez souvent chez le médecin et que sa lecture y est gratuite) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui sont en bonne santé et par ceux qui savent de quoi ils parlent.

L’Obs (Nouvel-Observateur)


Détenu par des membres du 1% (cf. Le Monde : Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse) qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Contraint plusieurs fois de changer de nom afin de masquer sa dégringolade à droite, cet hebdomadaire s’appelait France Observateur quand il était de gauche, puis Le Nouvel Observateur, puis l’Obs.

Lu par les bobos qui auraient honte de lire l’Express ou le Point, il s’est rendu indispensable par sa page immobilière bidon qui propose de vastes demeures et des manoirs aux prix d’un 2 pièces à Paris.

Son plus récent coup d’éclat a été la publication d’un article où sa correspondante en Chine (Ursula Gauthier) soutenait que les attentats des groupes islamistes ouïghours qui ont massacré des touristes, des passants, des voyageurs dans une gare, des mineurs, des policiers, n’avaient rien de terroristes, mais exprimaient une colère compréhensible (« probablement pour venger un abus, une injustice, une expropriation « ) Voir : https://www.legrandsoir.info/pourquoi-ursula-gauthier-de-l-obs-a-du-qu…

Son Directeur de la publication (Jean Daniel) est connu pour avoir palpé un chèque de 10.000 euros offert par l’ambassade du Qatar (en compagnie d’une soixantaine de personnalités des médias et du show-biz). Publia peu après une tribune appelant à armer les « rebelles » syriens (armés par le Qatar, justement).

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Le Prix de l’Immobilier : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous avez l’intention d’acheter un pied-à-terre à Paris, parce que vous aimez les pages de publicité de luxe pour des bijoux ou des voitures que vous ne pourrez jamais vous payer), n’hésitez pas à découper ces pages, celles des programmes télé, à jeter le reste et à faire recouper ses informations par ceux qui refusent les paiements par chèque et par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Charlie Hebdo


Détenu à 70 % par Riss, directeur de la publication qui n’hésite pas à investir le pactole d’une dizaine de millions d’euros tombés dans l’escarcelle du journal par la grâce de l’émotion après la tuerie, dans l’unique but de défendre le droit de rire de tout, y compris des enfants noyés.Depuis des décennies déjà, Charlie hebdo s’est positionné discrètement dans le camp impérialiste, soutenant toutes les guerres de l’OTAN, fustigeant les Arabes sous couvert d’une religion, dénonçant à coups de mensonges les pays d’Amérique latine qui se libèrent de l’emprise des EU.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Néoconservatisme : 5/5
Rubrique Prout-prout-graffitis de WC publics : 6/5.
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous aimez les dessins avec de grosses bites ou parce que vous vous appelez Caroline Fourest) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Le Point


Détenu par un membre du 1% (François Pinault) qui n’hésite pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Fixations sur l’immigration, les services publics, les syndicats (pas tous), l’islam, les salaires des cadres.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Salaire des Cadres : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous pensez que les syndicats contrôlent la France) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

Courrier international


Détenu par une poignée de membres du 1% qui n’hésitent pas à investir des millions d’euros dans l’unique but de défendre le droit à l’information des 99%.

Ramasse et publie, sans vérification des faits, les articles de la presse droitière et extrême-droitière étrangère. Son rédacteur en chef est Jean-Hébert Armengaud qui s’illustra dans Libération en tronquant une phrase du président du Venezuela afin de justifier un article bidonné intitulé : « Le credo antisemite d’Hugo Chavez » (voir https://www.legrandsoir.info/Chavez-antisemitisme-et-campagne-de-desin… et http://www.acrimed.org/Chavez-antisemite-Liberation-persiste-et-signe )

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 1/5
Rubrique Probité du rédac’chef : 0/5
Rubrique « A beau mentir qui vient de loin » : 6/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Si vous ne pouvez pas (parce que vous avez honte de lire directement en V.O les tracts de la droite, fascistes et putschistes étrangers) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui voyagent et qui savent de quoi ils parlent.

France-Inter


Radio du service public. Appelée aussi « La Voix de Son Maître », France-Inter a connu une profonde purge de voix discordantes depuis l’arrivée de certains néo-conservateurs (Ph. Val). Ecoutée principalement pour prendre le pouls des pouvoirs en place et aussi pour échapper aux publicités et présentateurs hystériques des autres radios. La tranche matinale est un modèle de la pensée « Il n’y a pas d’alternative » et les commentateurs qui se succèdent sont présentés comme des « journalistes » (une vieille tradition sans doute).

Après une campagne anti-russe féroce lors du siège d’Alep-est (Syrie), la rédaction a soudainement décidé de parler d’autre chose. Dernier îlot où les journalistes croient encore que Daech finance son armée par la vente de poteries volées sur les sites archéologiques et de subventions du gouvernement syrien.

Crédibilité
Rubrique Internationale : 1/5
Rubrique France : 2/5
Rubrique Economie (libérale) : 5/5
Rubrique Politiquement Correct : 5/5
Notre jugement
A éviter si vous pouvez. Faites-vous réveiller par un réveil classique. Si vous ne pouvez pas (parce que vous ne savez pas ce qu’est « un réveil » ou parce qu’écouter Bernard Guetta est plus épuisant qu’un bon quart d’heure de gym) n’hésitez pas à faire recouper ses informations par ceux qui savent de quoi ils parlent.

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L’art de manipuler


 
Auteur : Raynaud Pierre
Ouvrage : L’art de manipuler ou comment ne plus être manipulé
Année : 1996

PRÉFACE
En 1972, par un beau soir de printemps je fus pris d’une
soudaine inspiration, comme on dit : si les règles qui
régissent les relations humaines pouvaient être connues
d’un servomécanisme extérieur, alors celui-ci pourrait, de
l’extérieur, prendre les commandes de toute personne. Une
nouvelle science était née que j’appelais provisoirement
« cybernétique des relations humaines ». Enthousiaste, je
m’attaquais avec vigueur à la recherche de ces règles.
En 1974, je rencontrais Palo Alto, ou plutôt le premier livre
de Paul WATZLAWICK, traduit en français sous le titre : Une
Logique de la communication ; déception et enthousiasme :
ils avaient déjà trouvé ce que je cherchais. Ma voie fut
depuis lors toute tracée : j’appliquerai les principes de Palo
Alto au management d’entreprise, à la vie quotidienne et
aux différents groupes de problèmes que l’on désigne
habituellement sous le nom générique de « problèmes de
société ».
En 1978 parut le premier Art de manipuler. Il ne parlait
guère de manipulation (là résidait d’ailleurs la vraie
manip’), mais évoquait une conception de la réalité basée
sur les principes de la sémantique générale, de Palo Alto et
du zen.
Le livre étant depuis longtemps épuisé, on m’a demandé de
récidiver, je récidive ; mais différemment. Je pense qu’il est
temps aujourd’hui d’engager d’authentiques changements,
aussi bien en nous-mêmes que chez ceux que l’on aime ou
dans les systèmes sociaux. Pour cela les Orientaux, dans
leurs textes anciens, comme dans leurs entreprises
actuelles, nous montrent une certaine voie. Il ne s’agit pas
de copier, il s’agit de procéder à une synthèse de deux
philosophies considérées jusqu’ici comme inconciliables.
Cette tentative de synthèse, je l’avais appelé en 1972 :
« Communication directive » ; « communication » dans le sens

de « séquences de communication interindividuelle » et
« directive » car toute communication poursuit un objectif,
va vers une direction : obtenir quelque chose d’autrui.
« Directif » a mauvaise presse chez nous, alors que « diriger »
semble rester un acte honorable. Aussi quand nous voulons
jouer les hypocrites qui se cachent pour exercer leurs
talents, nous nommons l’art de manipuler du nom plus
doux de « techniques de communication directive ».
Ce livre n’est qu’un développement d’une seule phrase, que
vous pouvez lire dans les titres des principaux chapitres :
« Nous ne pouvons pas ne pas manipuler ; or, nous sommes
déjà manipulés ; donc, apprenons à manipuler ».
Notre thèse est simple : « Tout est communication » ; cela,
c’est Palo Alto qui nous l’a appris. « Toute communication
est en même temps une manipulation ». Donc, la
manipulation est partout, et il ne sert à rien de vouloir
l’interdire, l’éradiquer, au nom de valeureux principes
toujours bafoués dans les faits.
Que se passe-t-il si nous acceptons ce fait ? Voilà le sujet
de ce livre, véritable résumé et précurseur des autres livres
qui traiteront chacun d’un sujet plus précis. La
manipulation dans l’Éducation nationale, en politique, dans
le couple, dans les entreprises, le « problème » du racisme, la
démocratie… Pour chaque sujet que nous traiterons
ultérieurement, nous apporterons un début de solution, sous
la forme d’une nouvelle « façon de fonctionner », et non pas
sous la forme de nouveaux concepts. N’importe quel
énarque peut inventer de nouveaux concepts, alors qu’il
faut une méthode rigoureuse pour « faire marcher » un
système, même s’il ne s’agit parfois que d’un modèle
réduit.


NOTE : ce n’est pas par nombrilisme que l’auteur se cite souvent dans
ce petit livre, ni même par paresse, quoique… Mais à quoi bon
s’efforcer de dire, peut-être de façon maladroite, ce qui fut bien dit en
1978. D’où le nombre imposant de citations de L’Art de manipuler,
1978, sous le signe AM 78.


Chapitre premier :
ON NE PEUT PAS NE PAS MANIPULER

I. Les définitions de la manipulation

suite…

http://www.histoireebook.com/index.php?post/Raynaud-Pierre-L-art-de-manipuler

Tuer des bougnoules pour Jésus (Chris Hedges)


americanspsycho

http://partage-le.com/2015/02/tuer-des-bougnoules-pour-jesus-chris-hedges/

chris_hedgesArticle original publié en anglais sur le site de truthdig.com
Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur américain. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation américaine, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il est éditorialiste du lundi pour le site Truthdig.com.

25 janvier 2015


« American Sniper » célèbre le plus répugnant des aspects de la société US – la culture du flingue, l’adoration aveugle de l’armée, la croyance que l’on a un droit inné en tant que nation « chrétienne » à exterminer les « races inférieures » de la Terre, une hypermasculinité grotesque qui bannit toute compassion et pitié, un déni des faits qui dérangent et des vérités historiques, et un dénigrement de la pensée critique et de l’expression artistique. Beaucoup d’Américains, surtout les blancs prisonniers d’une économie au point mort et d’un système politique dysfonctionnel, sont galvanisés par le supposé renouveau moral et le contrôle militarisé rigide que ce film célèbre. Ces passions, si elles se réalisent, feront disparaitre le peu qu’il reste de notre société ouverte désormais anémique.

Le film s’ouvre sur un père et son fils chassant le daim. Le garçon tire sur l’animal, lâche son fusil et court vers sa proie.

« Reviens ici », hurle son père. « On ne laisse jamais son fusil par terre ».

« Oui, monsieur », répond le garçon.

« C’était un sacré tir, fils », dit le père. « Tu as un don. Tu feras un excellent chasseur un jour. »

La caméra montre ensuite l’intérieur d’une église où une congrégation de chrétiens blancs — les noirs apparaissent aussi peu dans ce film que dans ceux de Woody Allen — écoute un sermon à propos du plan de Dieu pour les chrétiens d’Amérique. Le personnage correspondant au titre du film, basé sur Chris Kyle, qui deviendra le sniper le plus meurtrier de l’histoire de l’armée US, va, c’est ce que laisse entendre le sermon, être appelé par Dieu à utiliser son « don » afin de tuer les méchants. La scène suivante nous montre la famille Kyle dans la salle à manger alors que le père entonne avec l’accent texan: « Il y a trois types de gens dans ce monde: les moutons, les loups, et les chiens de berger. Certains préfèrent penser que le mal n’existe pas dans le monde. Et si un jour ils étaient directement menacés, ils ne sauraient pas comment se protéger. Ce sont les moutons. Et puis tu as les prédateurs ».

Puis la caméra passe dans une cour d’école où une brute frappe un plus petit garçon.

« Ils utilisent la violence pour intimider les autres », continue le père. « Ce sont les loups. Et puis il y a ceux qui sont bénis par le don de l’agression et un besoin écrasant de protéger le troupeau. Ils sont une race rare qui vit pour se confronter avec les loups. Ce sont les chiens de berger. Et dans cette famille, on n’élève pas de mouton « .

Le père fait claquer sa ceinture contre la table de la salle à manger.

« Je vous ferai la peau si vous devenez des loups », dit-il à ses deux fils. « On protège les nôtres. Si quelqu’un essaie de te frapper, d’emmerder ton petit frère, tu as ma permission pour le terminer ».

Les benêts dont les esprits sont englués dans ce système de croyances ne manquent pas. Nous en avons élu un — George W Bush — président. Ils peuplent les forces armées et la droite chrétienne. Ils regardent Fox News et croient ce qu’ils y voient. Ils ne comprennent ni ne s’intéressent que très peu au monde au-delà de leurs propres communautés. Ils sont fiers de leur ignorance et de leur anti-intellectualisme. Ils préfèrent boire des bières et regarder le foot plutôt que lire un livre. Et quand ils sont au pouvoir — ils contrôlent déjà le Congrès, le monde des entreprises, la plupart des médias et le complexe militaire — leur vision binaire du bien et du mal et leur arrogante myopie causent de graves troubles à leur pays. « American Sniper », à l’instar des films à gros budget qui virent le jour dans l’Allemagne nazie afin d’exalter les valeurs du militarisme, de l’autoglorification raciale et de la violence d’Etat, est un tissu de propagande, une publicité sordide pour les crimes de l’empire. Qu’il ait engrangé des recettes record de 105.3 millions de dollars sur la période du week-end de la journée Martin Luther King Jr. est un symptôme du sombre malaise US.

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« Le film ne pose jamais la question cruciale relative à la raison pour laquelle les Irakiens se défendent contre nous pour commencer », explique Mikey Weinstein, que j’ai eu au téléphone depuis le Nouveau Mexique. Weinstein, un ancien officier de l’Air Force qui a travaillé à la Maison blanche sous Reagan, est à la tête de la Fondation pour la liberté religieuse dans les forces armées, qui s’oppose à l’expansion du fondamentalisme chrétien au sein de l’armée US. « Le film m’a rendu physiquement malade avec ses distorsions  totalement unilatérales de l’éthique de combat et de la justice en temps de guerre,  enveloppées dans le mantra personnel de Chris Kyle du « Dieu-Patrie-Famille ». Ça n’est rien de moins qu’un hommage odieux, une hagiographie littéralement atroce du massacre de masse ».

Weinstein souligne que la glorification du chauvinisme chrétien d’extrême-droite, ou dominionisme, qui en appelle à la création d’une Amérique « chrétienne » théocratique, est particulièrement présente au sein des unités d’élites comme les forces spéciales de la marine de guerre (SEALS) et de l’Armée de terre.

Les méchants font rapidement leur apparition dans le film. Cela se passe alors que la télévision — la seule source d’information des personnages du film  — annonce les attentats aux camions piégés de 1998 contre l’ambassade US à Dar Es Salaam et à Nairobi lors desquels des centaines de personnes sont mortes. Chris, maintenant adulte, et son frère, aspirants cavaliers de rodéo, regardent les reportages télévisés, outrés. Ted Koppel parle à l’écran d’une « guerre » contre les USA.

« Regarde ce qu’ils nous ont fait », murmure Chris.

Il se rend alors au bureau de recrutement pour s’engager en tant que Navy SEAL. Nous avons droit aux scènes habituelles de recrutement de nouvelles recrues, qui subissent des épreuves qui en feront des vrais hommes. Dans une scène qui se passe dans un bar, un aspirant SEAL a peint une cible sur son dos et ses camarades lui lancent des fléchettes dessus. Le peu de personnalité qu’ils ont — et ils ne semblent pas en avoir beaucoup — est aspiré jusqu’à ce qu’ils fassent partie de la masse militaire. Ils sont absolument respectueux de l’autorité, ce qui signifie, bien sûr, qu’ils sont des moutons.

On a aussi droit à une histoire d’amour. Chris rencontre Taya dans un bar. Ils boivent quelques coups. Le film tombe alors, comme il le fait souvent, dans le dialogue cliché.

Elle lui dit que les Navy SEALs sont « des abrutis arrogants, égocentriques qui pensent pouvoir mentir et tromper et faire tout ce qu’ils veulent. Je ne sortirais jamais avec un SEAL. »

« Pourquoi dis-tu que je suis égocentrique? » demande Kyle. « Je donnerais ma vie pour mon pays ».

« Pourquoi? »

« Parce que c’est le meilleur pays sur Terre et que je ferai tout mon possible pour le protéger », dit-il alors.

Elle boit trop. Elle vomit. Il est galant. Il l’aide à rentrer chez elle. Ils tombent amoureux. Puis on montre Taya qui regarde la télévision. Elle hurle, appelant Chris qui est dans la pièce d’à côté.

« Oh mon dieu, Chris », dit-elle.

« Qu’y a-t-il? » Demande-t-il.

« Non! » Hurle-t-elle.

Puis on entend le présentateur télé annoncer: « Vous voyez le premier avion qui rentre par ce qui semble être la façade Est… »

Chris et Taya regardent, horrifiés. Une musique inquiétante sert de bande-son au film. Les méchants l’ont bien cherché. Kyle ira en Irak chercher la vengeance. Il ira se battre dans un pays qui n’a aucun lien avec le 11 septembre, un pays dont le rédacteur Thomas Friedman avait dit qu’on l’avait attaqué « parce que c’était possible ». Ce fait historique et la réalité du Moyen-Orient importent peu. Les musulmans, c’est des musulmans. Et les musulmans sont des méchants, ou comme dit Kyle, des « sauvages ». Les méchants doivent être éradiqués.

Chris et Taya se marient. Il porte son insigne doré, le trident des Navy SEAL, sur son T-shirt blanc sous son smoking, lors de son mariage. Ses camarades SEAL sont présents à la cérémonie.

« Je viens de recevoir l’appel, les gars — c’est parti », dit un officier lors de la cérémonie de mariage.

Les Navy SEALs jubilent. Ils boivent. Et on se retrouve à Fallujah. Premier service. Kyle, désormais sniper, apprend que Fallujah c’est « le nouveau Far West ». C’est peut-être la seule analogie correcte du film, vu le génocide que nous avons fait subir aux Amérindiens. Il entend parler d’un sniper ennemi qui « peut mettre dans le mille  à 500 mètres de distance. On l’appelle Mustafa. Il était aux Jeux olympiques. »

La première victime de Kyle est un garçon auquel une jeune femme en tchador tend une grenade antitanks. La femme, qui n’exprime pas la moindre émotion à la mort du garçon, ramasse la grenade après que le garçon ait été tué et s’avance en direction de Marines US en patrouille. Kyle la tue aussi. Nous avons là l’archétype du film et du best-seller autobiographique de Kyle « American Sniper ». Les mères et les sœurs en Irak n’aiment pas leurs fils et leurs frères. Les femmes irakiennes enfantent afin de mettre au monde des petits kamikazes. Les enfants sont des Oussama ben Laden miniatures. On ne peut faire confiance à aucun de ces méchants musulmans — homme, femme ou enfant. Ce sont des bêtes. On les montre dans le film en train de communiquer les positions US aux rebelles par téléphone, cachant des armes sous des trappes dans le sol, posant des bombes artisanales sur les routes ou s’attachant des ceintures d’explosifs afin de faire des attaques-suicides. Ils sont déshumanisés.

« Il y avait un enfant qui avait à peine quelques poils sur les couilles », dit Kyle, nonchalamment, après avoir tué l’enfant et la femme. Il se repose sur son lit de camp avec un grand drapeau texan derrière lui sur le mur. « Sa mère lui donne une grenade et l’envoie ici tuer des Marines ».

Le Boucher  — un personnage fictif créé pour le film- entre alors en scène. Le plus méchant des méchants. Il est habillé d’une longue veste noire en cuir et attaque ses ennemis à la perceuse électrique. Il mutile les enfants — on voit le bras d’un enfant qu’il a amputé. Un cheikh local propose de trahir le Boucher pour 100 000$. Le Boucher tue le cheikh. Il tue le petit enfant du cheikh devant sa mère à l’aide de sa perceuse. Le boucher crie alors: « Vous parlez avec eux, vous mourrez avec eux ».

Kyle passe à son deuxième service, après avoir passé quelques temps chez lui avec Taya, dont le rôle dans le film consiste à se plaindre à coups de larmes et de jurons du fait que son mari soit loin. Avant de partir Kyle dit: « Ce sont des sauvages. Bébé, ce sont des putains de sauvages ».

Ses camarades de peloton et lui peignent le crâne blanc du Punisher tiré des BD Marvel Comics, sur leur véhicule, sur leurs armures, sur leurs armes et leurs casques. La devise qu’ils peignent dans un cercle autour du crâne dit: « Malgré ce que ta maman t’as raconté… la violence résout les problèmes ».

« Et nous avons peint ça sur tous les bâtiments où on pouvait », écrit Kyle dans ses mémoires, « American Sniper ». « On voulait que les gens sachent qu’on était là et qu’on en avait après eux… Vous nous voyez? On est ceux qui vous foutent une raclée. Crains-nous parce qu’on va te tuer, fils de pute. »

Le livre est encore plus dérangeant que le film. Dans le film Kyle est un guerrier réticent, obligé de faire son devoir. Dans le livre il se délecte des meurtres et de la guerre. Il est consumé par la haine des Irakiens. Intoxiqué par la violence. On lui attribue 160 meurtres confirmés, mais il fait remarquer que pour être comptabilisé un meurtre doit être vu, « donc si je tire sur quelqu’un au niveau de l’estomac et qu’il parvient à ramper jusqu’à ce qu’on ne puisse plus le voir, et qu’il meurt ensuite, ça n’est pas comptabilisé. »

Kyle insiste sur le fait que chaque personne qu’il a tuée méritait de mourir. Son incapacité à l’auto-analyse lui a permis de nier le fait que durant l’occupation US de nombreux Irakiens innocents ont été tués, dont quelques-uns par des snipers. Les snipers sont principalement utilisés pour semer la terreur et la peur chez les combattants ennemis. Et dans son déni de réalité, chose que les anciens propriétaires d’esclaves et les anciens nazis avaient élevée au rang d’art après avoir supervisé leurs propres atrocités, Kyle était capable de s’accrocher à des mythes enfantins afin de ne pas examiner la noirceur de son âme et sa contribution aux crimes de guerres perpétrés en Irak. Il justifiait ses meurtres par sentimentalisme écœurant envers sa famille, sa foi chrétienne, ses camarades SEAL et son pays. Mais la sentimentalité n’est pas l’amour. Ce n’est pas l’empathie. Il s’agit fondamentalement d’apitoiement sur soi-même et d’auto-adulation. Que le film, comme le livre, oscille entre cruauté et sentimentalisme n’est pas accidentel.

Propagandenazi« La sentimentalité, l’exhibition ostentatoire excessive et fallacieuse d’émotion, est un signe de malhonnêteté, d’incapacité à ressentir », nous rappelle James Baldwin. « Les yeux humides du sentimentaliste trahissent son aversion envers l’expérience, sa peur de la vie, son cœur aride; et c’est toujours, par conséquent, le signe d’une inhumanité secrète et violente, le masque de la cruauté ».

« Sauvages, démons méprisables », écrit Kyle à propos de ceux qu’il tue depuis toits et fenêtres. « Voilà ce qu’on combat en Irak. C’est pourquoi beaucoup de gens, dont moi-même, les appelons « sauvages »… je regrette simplement de ne pas en avoir tué plus ». Il écrit autre part: « J’aime tuer les méchants… j’ai aimé ce que j’ai fait. J’aime toujours… c’était drôle. Je me suis éclaté comme jamais en tant que SEAL. » Il colle l’étiquette « fanatiques » sur les Irakiens et écrit : « ils nous détestaient parce que nous n’étions pas musulmans ». Il prétend que « les fanatiques qu’on a combattus n’appréciaient rien d’autre que leur interprétation tordue de la religion ».

« Je ne me suis jamais battu pour les Irakiens », écrit-il de nos alliés irakiens. « J’en avais rien à foutre d’eux ».

Il a tué un adolescent irakien, un insurgé selon lui. Il a regardé la mère trouver le corps de l’enfant, déchirer ses vêtements, et pleurer. Indifférent.

Il écrit: « Si vous les aimiez [les fils], vous auriez dû les garder loin de la guerre. Vous auriez dû les empêcher de rejoindre les insurgés. Vous les laissez essayer de nous tuer — que pensiez-vous qu’il leur arriverait? »

« Les gens à la maison [aux USA], les gens qui ne connaissent pas la guerre, ou pas cette guerre, parfois, semblent ne pas comprendre les agissements des troupes en Irak », continue-t-il. « Ils sont surpris choquésde découvrir qu’on plaisantait souvent sur la mort, sur les choses qu’on voyait. »

Il fut mis en examen par l’armée pour avoir tué un civil désarmé. Selon ses mémoires, Kyle, qui voyait tous les Irakiens comme ennemis, aurait dit à un colonel de l’armée: « Je ne tire pas sur ceux qui ont un Coran. J’aimerais bien, mais je ne le fais pas ». L’enquête n’aboutit à rien.

Kyle fut surnommé « La Légende ». Il se fit faire un tatouage de la croix des Templiers sur son bras. « Je voulais que tout le monde sache que j’étais chrétien. Je l’ai faite faire en rouge, pour le sang. Je détestais les sauvages que je combattais », écrit-il. « Je les détesterai toujours ». Après une journée de sniper, après avoir tué peut-être 6 personnes, il retournait à son baraquement et passait son temps à fumer des cigares cubains Romeo y Julieta N° 3 et à « jouer aux jeux vidéo, regarder du porno et faire de l’exercice ». En permission, et ce fut omis dans le film, il fut fréquemment arrêté pour s’être battu saoul dans des bars. Il rejetait les politiciens, détestait la presse et méprisait ses supérieurs, n’exaltant que la camaraderie des guerriers. Ses mémoires glorifient la suprématie blanche « chrétienne » et la guerre. C’est une diatribe colérique dirigée contre quiconque mettrait en cause l’élite militaire, les tueurs professionnels.

« Pour quelque raison, beaucoup de gens à la maison pas tous n’acceptaient pas que nous soyons en guerre », écrit-il. « Ils n’acceptaient pas que la guerre signifie la mort, la mort violente, la plupart du temps. Beaucoup de gens, et pas juste des politiciens, voulaient nous imposer des fantaisies ridicules, nous obliger à adopter des normes comportementales qu’aucun humain ne pouvait maintenir ».

Le sniper ennemi Mustafa, décrit dans le film comme un serial killer, blesse fatalement Ryan « Biggles » Job, le camarade de Kyle. Dans le film Kyle retourne en Irak un quatrième service — pour venger la mort de Biggles. Son dernier service, dans le film en tout cas, se concentre sur les meurtres du Boucher et du sniper ennemi, un autre personnage fictif. Alors qu’il se concentre sur le duel dramatique entre Kyle le héros et le vilain Mustafa le film devient ridiculement caricatural.

Kyle tient Mustafa en joue et appuie sur la gâchette. On voit la balle quitter le fusil au ralenti. « Fais-le pour Biggles », dit quelqu’un. La tête du sniper ennemi se transforme en flaque de sang.

« Biggles serait fier de toi », dit un soldat. « Tu l’as fait, man ».

Son dernier service terminé, Kyle quitte la Navy. En tant que civil il lutte avec les démons de guerre et devient, dans le film, un père et mari modèle et travaille avec des vétérans mutilés d’Irak et d’Afghanistan. Il échange ses bottes de combat contre des bottes de cowboy.

Le vrai Kyle, alors que le film était en production, fut abattu à bout portant près de Dallas le 2 février 2013, avec un de ses amis, Chad Littlefield. Un ancien marine, Eddie Ray Routh, qui souffrait de stress post-traumatique et de graves troubles psychiques, aurait tué les deux hommes et aurait ensuite volé le pickup de Kyle. Routh sera jugé le mois prochain. Le film finit avec des scènes des funérailles de Kyle — avec des milliers de gens agitant leurs drapeaux le long des routes — et de la commémoration au stade des Dallas Cowboys. On y voit des camarades SEAL enfoncer leur insigne du trident dans le haut du cercueil, une coutume pour les camarades décédés. Kyle fut abattu par derrière, et dans la tête. Comme beaucoup de ceux qu’il a tués, il n’aura pas vu son assassin lors du tir fatal.

La culture de la guerre bannit la capacité d’éprouver de la pitié. Elle glorifie le sacrifice de soi et la mort. Elle considère la douleur, l’humiliation rituelle et la violence comme faisant partie de l’initiation de l’adulte. Le harcèlement brutal, comme le note Kyle dans son livre, est partie intégrante du bizutage des Navy SEALs. Les nouveaux SEALs étaient maintenus au sol et étranglés par les seniors de l’unité jusqu’à ce qu’ils s’évanouissent. La culture de guerre n’idéalise que le guerrier. Elle dénigre ceux qui ne font pas exhibition des vertus « viriles » du guerrier. Elle place le prestige dans la loyauté et l’obéissance. Elle punit ceux qui s’engagent dans la pensée indépendante et exige une conformité totale. Elle élève la cruauté et le meurtre au rang de vertu. Cette culture, une fois la société infectée dans son ensemble, détruit tout ce qui fait la grandeur de la civilisation humaine et de la démocratie. La capacité d’empathie, la culture de la sagesse et de la compréhension, la tolérance et le respect de la différence, et même l’amour, sont implacablement écrasés. La barbarie innée qu’engendrent la guerre et la violence est justifiée par un sentimentalisme national édulcoré, par le drapeau et un christianisme perverti qui bénit ses templiers armés. Ce sentimentalisme, comme l’écrit Baldwin, masque une insensibilité terrifiante. Il encourage un narcissisme effréné. Les faits et les vérités historiques, quand ils ne collent pas à la vision mythique de la nation et de la tribu, sont rejetés. La dissidence devient trahison. Tous les opposants sont impies et dénaturés. « American Sniper » est l’écho d’une maladie profonde qui infecte notre société. Il brandit cette croyance dangereuse selon laquelle nous pouvons retrouver notre équilibre et notre gloire perdue en adoptant un fascisme américain.

Chris Hedges


Traduction: Nicolas CASAUX

édité par: Fausto Giudice

Vers une dictature antiterroriste ?


http://www.egaliteetreconciliation.fr/

Le vendredi 9 janvier 2015, à 18h47, près d’une heure trente après que les frères Kouachi, soupçonnés de l’attentat du mercredi précédent à Charlie Hebdo, sont tombés dans une scène digne de Butch Cassidy et le Kid, Othman Dahouk, 16 ans, fait figurer sur son compte Facebook l’image « Je suis Kouachi ».

Mauvaise idée. Le mardi 13, il est entendu par un officier de police judiciaire. À ce dernier, qui l’invite à parler et qui lui dit qu’il est dans un pays libre où il peut s’exprimer, il répond :

« Je mets un truc sur Facebook, et je suis en garde à vue. Vous trouvez que je suis libre ? »

Le lendemain il est conduit, menotté et sous escorte, devant un juge des enfants, dans la perspective de sa mise en examen du chef d’apologie de terrorisme [1].

Il garde le silence. Son avocat prend la parole. Il en appelle à la raison, il rappelle au magistrat que dans le contexte de démence collective qui saisit une bonne partie de la population en France, démence dont sont saisies les plus hautes autorités de l’État, il est de son devoir, à lui, magistrat, dernier rempart des libertés, de rester serein et de prononcer ce qui naturellement s’impose devant pareil cas : une ordonnance de non-lieu.

Comment peut-on, dans le contexte malsain d’une idéologie hostile à l’islam, alors que gouvernement et médias nourrissent une psychose collective, « inculper » (comme jadis l’on disait) un gamin de 16 ans pour une pancarte « Je suis Kouachi » ? Alors que dans le même temps on prétend défendre la liberté d’expression, et en particulier le droit de moquer, de railler et de tourner en ridicule ? N’encourage-t-on pas, au contraire, à dire « Je suis Kouachi » ? N’a-t-on pas le droit de tourner en ridicule ce mouvement de foule et son slogan « Je suis Charlie » ?

Il semblerait que non.

Othman Dahouk, 16 ans, a été mis en examen pour apologie de terrorisme. Il encourt cinq ans d’emprisonnement pour une pancarte sur son Facebook (sept ans, même, si l’on tient compte de la circonstance aggravante). Et le magistrat l’a astreint à se soumettre, lui, à une obligation de soins psychologiques !

Sur quoi il convient de faire d’abord remarquer que si la loi doit être claire et précise de manière à ce que l’on puisse prévoir si ce que l’on s’apprête à faire est ou non punissable, cette loi qui incrimine « l’apologie de terrorisme » ne l’est guère, tout simplement parce qu’un élément de cette formule ne l’est pas.

« Apologie »

Le mot apologie, selon le dictionnaire Bloch et Warturg, est emprunté au latin ecclésiastique apologia et provient du grec apologia, qui signifie « défense », dérivé du mot apologos, qui au sens propre signifie « récit », « narration ». Il est vrai que toute défense, en droit pénal, commence par raconter ce qui s’est passé. Le Robert parle de « discours écrit visant à défendre, à justifier », c’est un plaidoyer.

Même si on pressent qu’il y a quelque abus à voir dans trois mots l’expression d’un plaidoyer (la plaidoirie la plus brève qu’il m’ait été donné de tenir jusqu’à présent en comportait quatre), le sens du terme est suffisamment précis pour répondre au principe de légalité.

« Terrorisme »

Il en va autrement avec le mot « terrorisme ». Notons d’abord que la même réalité peut recevoir des termes synonymes : partisan, résistant, guérillero, franc-tireur, rebelle, insurgé, membre d’un corps franc, milicien ou… terroriste. Tout dépend de l’endroit et du moment d’où l’on perçoit le phénomène. Le « terrorisme » n’est pas une infraction en soi, mais englobe de nombreuses choses qui peuvent être des infractions, lorsqu’elles ne sont pas légitimées par le pouvoir en place, ou même n’en être pas (comme de simplement parler, écrire, dessiner faire un geste, etc.).

Par exemple, on va prochainement (mai 2015) faire entrer au Panthéon, pour les donner en exemple à la Nation, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay, quatre « résistants » qui par leurs actes et mêmes leurs pensées étaient perçus comme des terroristes par les autorités et par la population de 1942 à 1944.

Et le Président Sarkozy n’avait-il pas ordonné que l’on lise à la jeunesse des écoles la lettre « d’adieu à ma petite maman », de Guy Môquet ? Et dans un autre registre, n’a-t-on pas fait de Che Guevarra une icône marketing ?

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, n’a-t-il pas dit que le Front Al-Nosra faisait « du bon boulot » ? Il s’agit pourtant d’une organisation terroriste, qui opère en Syrie et qui s’y livre à des horreurs autrement plus graves que ce qui est arrivé à Paris le 7 janvier 2015. Le tribunal administratif de Paris a même reconnu que de tels propos relevaient de la politique internationale de la France.

Le phénomène est donc extrêmement difficile à appréhender. Combattant glorieux pour les uns, criminel odieux pour les autres, le terroriste n’est vraisemblablement ni l’un ni l’autre. Seulement il se trouve que le cadre juridique ne comprend que deux catégories, et qu’il faut bien l’y faire rentrer.

Sans faire de la sociologie juridique d’avant-garde à l’américaine, il est évident que la décision du juge va dépendre du pouvoir en place. Selon que vous êtes appréhendé sous un régime libéral et libertaire du genre de n’importe quel État occidental, ou que vous êtes arrêté pour les mêmes faits sous un califat dans le style État islamique, votre sort ne sera pas le même. Pour les uns vous êtes un criminel impardonnable ou un fou, tandis que pour les autres vous êtes le saint et le héros qui a exécuté la fatwa.

Tout dépend aussi de l’endroit où vous opérez. Sur sol syrien ou irakien vous pouvez décapiter, violer, torturer à loisir (à condition toutefois de ne pas toucher aux journalistes occidentaux). En France en revanche, c’est « tolérance zéro » : le voile pour les femmes, la barbe pour les hommes, suffisent à vous rendre suspects.

Et même sous un régime libéral et libertaire, tout va dépendre, à quelques jours, parfois à quelques heures près, des degrés de pression politique, de propagande et de mobilisation de l’opinion publique. En période de calme relatif il ne vous arrivera rien. Mais gare si vous n’avez pas senti le vent tourner, même si le vent tourne après, bien après que vous ayez dit ce que vous avez dit.

Par conséquent, il est extrêmement dangereux de faire figurer dans la loi pénale ce terme obscur et vague de « terrorisme ». C’est laisser à l’arbitraire du magistrat le choix de condamner ou de relaxer, sans que l’on puisse prévoir à l’avance sa réaction. Cela crée une atmosphère extrêmement malsaine. L’emploi du mot, en réalité, est le signal de la guerre civile. Il n’a pas à figurer dans la loi.

Damien Viguier
Avocat – Docteur en Droit

Notes

[1] La loi n° 2014-1353 du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme a introduit dans le Code pénal un article 421-2-5 : « Le fait, publiquement, par quelque moyen que ce soit, de provoquer directement à des actes de terrorisme, ou de faire l’apologie de ces actes est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 € d’amende. Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et 100.000 € d’amende lorsque les faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne. » Auparavant l’alinéa 6 de l’article 24 de la loi de 1881 sur la presse prévoyait quelque chose d’approchant.

La fabrication du Président Nicolas sarkozy


Description de l'image  Thierry Meyssan Axis for Peace 2005-11-18 n1.jpg.

Auteur : Réseau Voltaire
Ouvrage : La fabrication du Président Nicolas sarkozy
Année : 2008

 

 

OPÉRATION SARKOZY : LES RELATIONS ANCIENNES ET INTIMES DE NICOLAS SARKOZY
AVEC LA CIA… ET AVEC LA MAFIA CORSE

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Note de L&I : cette version est celle récupérée sur le site du Réseau Voltaire. Elle est donc l’unique véritable. Toutes celles circulant
sur les sites d’extrème droite comme TOUT SAUF SARKOZY, VOX NR ou sur les sites d’extrème gauche comme INDYMEDIA,
OPERATIONSARKOZY etc. sont fausses et trafiquées pour nuire à Thierry Meyssan.
[Thierry Meyssan – Voltaire – 10/07/2008]

NOTE DU RÉSEAU VOLTAIRE : Les informations contenues dans cet article ont été présentées par Thierry Meyssan lors de la table
ronde de clôture de l’Eurasian Media Forum (Kazakhstan, 25 avril 2008 ) consacrée à la peopolisation et au glamour en politique.
L’intérêt suscite par ces informations a conduit l’auteur à rédiger le présent article qui a été publié par Profile, le principal
news magazine russe actuel.
Plusieurs versions et traductions non autorisées de cet article ont été diffusées alors que le site du Réseau Voltaire était
hors service. Nous vous prions de considérer le présent article comme le seul valide.
—————-

 

Nicolas Sarkozy doit être jugé à son action et non pas d’après sa personnalité. Mais lorsque son action surprend jusqu’à ses
propres électeurs, il est légitime de se pencher en détail sur sa biographie et de s’interroger sur les alliances qui l’ont conduit
au pouvoir. Thierry Meyssan a décidé d’écrire la vérité sur les origines du président de la République française. Toutes les
informations contenues dans cet article sont vérifiables, à l’exception de deux imputations, signalées par l’auteur qui en
assume seul la responsabilité.
Les Français, lassés des trop longues présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac, ont élu Nicolas Sarkozy en comptant
sur son énergie pour revitaliser leur pays. Ils espéraient une rupture avec des années d’immobilisme et des idéologies surannées. Ils
ont eu une rupture avec les principes qui fondent la nation française. Ils ont été stupéfaits par cet « hyper-président », se saisissant
chaque jour d’un nouveau dossier, aspirant à lui la droite et la gauche, bousculant tous les repères jusqu’à créer une complète
confusion.
Comme des enfants qui viennent de faire une grosse bêtise, les Français sont trop occupés à se trouver des excuses pour admettre
l’ampleur des dégâts et leur naïveté. Ils refusent d’autant plus de voir qui est vraiment Nicolas Sarkozy, qu’ils auraient dû s’en rendre
compte depuis longtemps.
C’est que l’homme est habile. Comme un illusionniste, il a détourné leur attention en offrant sa vie privée en spectacle et en posant
dans les magazines people, jusqu’à leur faire oublier son parcours politique.
Que l’on comprenne bien le sens de cet article : il ne s’agit pas de reprocher à M. Sarkozy ses liens familiaux, amicaux et
professionnels, mais de lui reprocher d’avoir caché ses attaches aux Français qui ont cru, à tort, élire un homme libre.
Pour comprendre comment un homme en qui tous s’accordent aujourd’hui à voir l’agent des États -Unis et d’Israël a pu devenir le chef
du parti gaulliste, puis le président de la République française, il nous faut revenir en arrière. Très en arrière. Il nous faut emprunter une
longue digression au cours de laquelle nous présenterons les protagonistes qui trouvent aujourd’hui leur revanche.
Secrets de famille
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les services secrets états-uniens s’appuient sur le parrain italo-US Lucky Luciano pour
contrôler la sécurité des ports américains et pour préparer le débarquement allié en Sicile. Les contacts de Luciano avec les services
US passent notamment par Frank Wisner Sr. puis, lorsque le « parrain » est libéré et s’exile en Italie, par son « ambassadeur » corse,
Étienne Léandri.
En 1958, les États -Unis, inquiets d’une possible victoire du FLN en Algérie qui ouvrirait l’Afrique du Nord à l’influence soviétique,
décident de susciter un coup d’État militaire en France. L’opération est organisée conjointement par la Direction de la planification de la
CIA —théoriquement dirigée par Frank Wisner Sr.— et par l’OTAN. Mais Wisner a déjà sombré dans la démence de sorte que c’est
son successeur, Allan Dulles, qui supervise le coup. Depuis Alger, des généraux français créent un Comité de salut public qui exerce
une pression sur le pouvoir civil parisien et le contraint à voter les pleins pouvoirs au général De Gaulle sans avoir besoin de recourir à la force .
Or, Charles De Gaulle n’est pas le pion que les Anglo-Saxons croient pouvoir manipuler. Dans un premier temps, il tente de sortir de la
contradiction coloniale en accordant une large autonomie aux territoires d’outre-mer au sein d’une Union française. Mais il est déjà trop
tard pour sauver l’Empire français car les peuples colonisés ne croient plus aux promesses de la métropole et exigent leur
indépendance. Après avoir conduit victorieusement de féroces campagnes de répression contre les indépendantistes, De Gaulle se
rend à l’évidence. Faisant preuve d’une rare sagesse politique, il décide d’accorder à chaque colonie son indépendance.
Cette volte-face est vécue comme une trahison par la plupart de ceux qui l’ont porté au pouvoir. La CIA et l’OTAN soutiennent alors
toutes sortes de complots pour l’éliminer, dont un putsch manqué et une quarantaine de tentatives d’assassinat . Toutefois, certains de
ses partisans approuvent son évolution politique. Autour de Charles Pasqua, ils créent le SAC, une milice pour le protéger.
Pasqua est à la fois un truand corse et un ancien résistant. Il a épousé la fille d’un bootlegger canadien qui fit fortune durant la
prohibition. Il dirige la société Ricard qui, après avoir commercialisé de l’absinthe, un alcool prohibé, se respectabilise en vendant de
l’anisette. Cependant, la société continue à servir de couverture pour toutes sortes de trafics en relation avec la famille italo-newyorkaise
des Genovese, celle de Lucky Luciano. Il n’est donc pas étonnant que Pasqua fasse appel à Étienne Léandri («
l’ambassadeur » de Luciano) pour recruter des gros bras et constituer la milice gaulliste
Un troisième homme joue un grand rôle dans la formation du SAC, l’ancien garde du corps de De Gaulle, Achille Peretti —un Corse lui aussi—.
Ainsi défendu, De Gaulle dessine avec panache une politique d’indépendance nationale. Tout en affirmant son appartenance au camp
atlantique, il remet en cause le leadership anglo-saxon. Il s’oppose à l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun européen
(1961 et 1967) ; Il refuse le déploiement des casques de l’ONU au Congo (1961) ; il encourage les États latino-américains à s’affranchir
de l’impérialisme US (discours de Mexico, 1964) ; Il expulse l’OTAN de France et se retire du Commandement intégré de l’Alliance
atlantique (1966) ; Il dénonce la Guerre du Viêt-nam (discours de Phnom Penh, 1966) ; Il condamne l’expansionnisme israélien lors de la Guerre des Six jours (1967) ; Il soutient l’indépendance du Québec (discours de Montréal 1967) ; etc.
Simultanément, De Gaulle consolide la puissance de la France en la dotant d’un complexe militaro-industriel incluant la force de
dissuasion nucléaire, et en garantissant son approvisionnement énergétique. Il éloigne utilement les encombrants Corses de son
entourage en leur confiant des missions à étranger. Ainsi Étienne Léandri devient-il le trader du groupe Elf (aujourd’hui Total), tandis
que Charles Pasqua devient l’homme de confiance des chefs d’États d’Afrique francophone.

Conscient qu’il ne peut défier les Anglo-Saxons sur tous les terrains à la fois, De Gaulle s’allie à la famille Rothschild. Il choisit comme
Premier ministre le fondé de pouvoir de la Banque, Georges Pompidou. Les deux hommes forment un tandem efficace. L’audace
politique du premier ne perd jamais de vue le réalisme économique du second.
Lorsque De Gaulle démissionne, en 1969, Georges Pompidou lui succède brièvement à la présidence avant d’être emporté par un
cancer. Les gaullistes historiques n’admettent pas son leadership et s’inquiètent de son tropisme anglophile. Ils hurlent à la trahison
lorsque Pompidou, secondé par le secrétaire général de l’Élysée Edouard Balladur, fait entrer « la perfide Albion » dans le Marché
commun européen.

La fabrication de Nicolas Sarkozy
Ce décor étant planté, revenons-en à notre personnage principal, Nicolas Sarkozy. Né en 1955, il est le fils d’un noble catholique
hongrois, Pal Sarkösy de Nagy-Bocsa, réfugié en France après avoir fuit l’Armée rouge, et d’Andrée Mallah, une juriste juive originaire
de Thessalonique. Après avoir eu trois enfants (Guillaume, Nicolas et François), le couple divorce. Pal Sarkosy de Nagy-Bocsa se
remarie avec une aristocrate, Christine de Ganay, dont il aura deux enfants (Pierre-Olivier et Caroline). Nicolas ne sera pas élevé par
ses seuls parents, mais balloté dans cette famille recomposée.
Sa mère est devenue la secrétaire d’Achille Peretti. Après avoir co-fondé le SAC, le garde du corps de De Gaulle avait poursuivi une
brillante carrière politique. Il avait été élu député et maire de Neuilly-sur-Seine, la plus riche banlieue résidentielle de la capitale, puis
président de l’Assemblée nationale.
Malheureusement, en 1972, Achille Peretti est gravement mis en cause. Aux États-Unis, le magazine Time révèle l’existence d’une
organisation criminelle secrète « l’Union corse » qui contrôlerait une grande partie du trafic de stupéfiants entre l’Europe et l’Amérique,
la fameuse « French connexion » qu’Hollywood devait porter à l’écran. S’appuyant sur des auditions parlementaires et sur ses propres
investigations, Time cite le nom d’un chef mafieux, Jean Venturi, arrêté quelques années plus tôt au Canada, et qui n’est autre que le
délégué commercial de Charles Pasqua pour la société d’alcool Ricard. On évoque le nom de plusieurs familles qui dirigeraient «
l’Union corse », dont les Peretti. Achille nie, mais doit renoncer à la présidence de l’Assemblée nationale et échappe même à un «
suicide ».
En 1977, Pal Sarkozy se sépare de sa seconde épouse, Christine de Ganay, laquelle se lie alors avec le n°2 de l’administration
centrale du département d’État des États-Unis. Elle l’épouse et s’installe avec lui en Amérique. Le monde étant petit, c’est bien connu,
son mari n’est autre que Frank Wisner Jr., fils du précédent. Les fonctions de Junior à la CIA ne sont pas connues, mais il clair qu’il y
joue un rôle important. Nicolas, qui reste proche de sa belle-mère, de son demi-frère et de sa demi-soeur, commence à se tourner vers les États-Unis où il « bénéficie » des programmes de formation du département d’État.
À la même période, Nicolas Sarkozy adhère au parti gaulliste. Il y fréquente d’autant plus rapidement Charles Pasqua que celui-ci n’est pas seulement un leader national, mais aussi le responsable de la section départementale des Hauts-de-Seine.
En 1982, Nicolas Sarkozy, ayant terminé ses études de droit et s’étant inscrit au barreau, épouse la nièce d’Achille Peretti. Son témoin
de mariage est Charles Pasqua. En tant qu’avocat, Me Sarkozy défend les intérêts des amis corses de ses mentors. Il acquiert une
propriété sur l’île de beauté, à Vico, et imagine de corsiser son nom en remplaçant le « y » par un « i » : Sarkozi.
L’année suivante, il est élu maire de Neuilly-sur-Seine en remplacement de son bel-oncle, Achille Peretti, terrassé par une crise
cardiaque.
Cependant, Nicolas ne tarde pas à trahir sa femme et, dès 1984, il poursuit une liaison cachée avec Cécilia, l’épouse du plus célèbre
animateur de télévision français de l’époque, Jacques Martin, dont il a fait la connaissance en célébrant leur mariage en qualité de
maire de Neuilly. Cette double vie dure cinq ans, avant que les amants ne quittent leurs conjoints respectifs pour construire un nouveau foyer.
Nicolas est le témoin de mariage, en 1992, de la fille de Jacques Chirac, Claude, avec un éditorialiste du Figaro. Il ne peut s’empêcher de séduire Claude et de mener une brève relation avec elle, tandis qu’il vit officiellement avec Cécilia. Le mari trompé se suicide en absorbant des drogues. La rupture est brutale et sans retour entre les Chirac et Nicolas Sarkozy.
En 1993, la gauche perd les élections législatives. Le président François Mitterrand refuse de démissionner et entre en cohabitation
avec un Premier ministre de droite. Jacques Chirac, qui ambitionne la présidence et pense alors former avec Edouard Balladur un
tandem comparable à celui de De Gaulle et Pompidou, refuse d’être à nouveau Premier ministre et laisse la place à son « ami de trente ans », Edouard Balladur. Malgré son passé sulfureux, Charles Pasqua devient ministre de l’Intérieur. S’il conserve la haute main sur la marijuana marocaine, il profite de sa situation pour légaliser ses autres activités en prenant le contrôle des casinos, jeux et courses en Afrique francophone. Il tisse aussi des liens en Arabie saoudite et en Israël et devient officier d’honneur du Mossad. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est ministre du Budget et porte-parole du gouvernement.
À Washington, Frank Wisner Jr. a pris la succession de Paul Wolfowitz comme responsable de la planification politique au département de la Défense. Personne ne remarque les liens qui l’unissent au porte-parole du gouvernement français.
C’est alors que reprend au sein du parti gaulliste la tension que l’on avait connu trente ans plus tôt entre les gaullistes historiques et la droite financière, incarnée par Balladur. La nouveauté, c’est que Charles Pasqua et avec lui le jeune Nicolas Sarkozy trahissent
Jacques Chirac pour se rapprocher du courant Rothschild. Tout dérape. Le conflit atteindra son apogée en 1995 lorsque Édouard
Balladur se présentera contre son ex-ami Jacques Chirac à l’élection présidentielle, et sera battu. Surtout, suivant les instructions de
Londres et de Washington, le gouvernement Balladur ouvre les négociations d’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN des États
d’Europe centrale et orientale, affranchis de la tutelle soviétique.
Rien ne va plus dans le parti gaulliste où les amis d’hier sont près de s’entre-tuer. Pour financer sa campagne électorale, Edouard
Balladur tente de faire main basse sur la caisse noire du parti gaulliste, cachée dans la double comptabilité du pétrolier Elf. À peine le
vieux Étienne Léandri mort, les juges perquisitionnent la société et ses dirigeants sont incarcérés. Mais Balladur, Pasqua et Sarkozy ne parviendront jamais à récupérer le magot.

La traversée du désert
Tout au long de son premier mandat, Jacques Chirac tient Nicolas Sarkozy à distance. L’homme se fait discret durant cette longue
traversée du désert. Discrètement, il continue à nouer des relations dans les cercles financiers.
En 1996, Nicolas Sarkozy ayant enfin réussi à clore une procédure de divorce qui n’en finissait pas se marie avec Cécilia. Ils ont pour
témoins les deux milliardaires Martin Bouygues et Bernard Arnaud (l’homme le plus riche du pays).

Dernier acte
Bien avant la crise irakienne, Frank Wisner Jr. et ses collègues de la CIA planifient la destruction du courant gaulliste et la montée en
puissance de Nicolas Sarkozy. Ils agissent en trois temps : d’abord l’élimination de la direction du parti gaulliste et la prise de contrôle
de cet appareil, puis l’élimination du principal rival de droite et l’investiture du parti gaulliste à l’élection présidentielle, enfin l’élimination de tout challenger sérieux à gauche de manière à être certain d’emporter l’élection présidentielle.
Pendant des années, les médias sont tenus en haleine par les révélations posthumes d’un promoteur immobilier (Jean-Claude Méry).
Avant de décéder d’une grave maladie, il a enregistré pour une raison jamais élucidée une confession en vidéo. Pour une raison
encore plus obscure, la « cassette » échoue dans les mains d’un hiérarque du Parti socialiste, Dominique Strauss-Khan, qui la fait
parvenir indirectement à la presse.

Si les aveux du promoteur ne débouchent sur aucune sanction judiciaire, ils ouvrent une boîte de Pandore. La principale victime des
affaires successives sera le Premier ministre Alain Juppé. Pour protéger Chirac, il assume seul toutes les infractions pénales. La mise
à l’écart de Juppé laisse la voie libre à Nicolas Sarkozy pour prendre la direction du parti gaulliste.
Sarkozy exploite alors sa position pour contraindre Jacques Chirac à le reprendre au gouvernement, malgré leur haine réciproque. Il
sera en définitive, ministre de l’Intérieur. Erreur ! À ce poste, il contrôle les préfets et de le renseignement intérieur qu’il utilise pour
noyauter les grandes administrations.
Il s’occupe aussi des affaires corses. Le préfet Claude Érignac a été assassiné. Bien qu’il n’ait pas été revendiqué, le meurtre a
immédiatement été interprété comme un défi lancé par les indépendantistes à la République. Après une longue traque, la police
parvient à arrêter un suspect en fuite, Yvan Colonna, fils d’un député socialiste. Faisant fi de la présomption d’innocence, Nicolas
Sarkozy annonce cette interpellation en accusant le suspect d’être l’assassin. C’est que la nouvelle est trop belle à deux jours du
référendum que le ministre de l’Intérieur organise en Corse pour modifier le statut de l’île. Quoi qu’il en soit, les électeurs rejettent le
projet Sarkozy qui, selon certains, favorise les intérêts mafieux.
Bien qu’Yvan Colonna ait ultérieurement été reconnu coupable, il a toujours clamé son innocence et aucune preuve matérielle n’a été
trouvée contre lui. Étrangement, l’homme s’est muré dans le silence, préférant être condamné que de révéler ce qu’il sait.
Nous révélons ici que le préfet Érignac n’a pas été tué par des nationalistes, mais abattu par un tueur à gage, Igor Peccatte,
immédiatement exfiltré vers l’Angola où il a été engagé à la sécurité du groupe Elf. Le mobile du crime était précisément lié aux
fonctions antérieures d’Érignac, responsable des réseaux africains de Charles Pasqua au ministère de la Coopération. Quand à Yvan
Colonna, c’est un ami personnel de Nicolas Sarkozy depuis des décennies et leurs enfants se sont fréquentés.
Une nouvelle affaire éclate : de faux listings circulent qui accusent mensongèrement plusieurs personnalités de cacher des comptes
bancaires au Luxembourg, chez Clearstream. Parmi les personnalités diffamées : Nicolas Sarkozy. Il porte plainte et sous-entend que
son rival de droite à l’élection présidentielle, le Premier ministre Dominique de Villepin, a organisé cette machination. Il ne cache pas
son intention de le faire jeter en prison.
En réalité, les faux listings ont été mis en circulation par des membres de la Fondation franco-américaine, dont John Negroponte était
président et dont Frank Wisner Jr. est administrateur. Ce que les juges ignorent et que nous révélons ici, c’est que les listings ont été
fabriqués à Londres par une officine commune de la CIA et du MI6, Hakluyt & Co, dont Frank Wisner Jr. est également administrateur.
Villepin se défend de ce dont on l’accuse, mais il est mis en examen, assigné à résidence et, de facto, écarté provisoirement de la vie
politique. La voie est libre à droite pour Nicolas Sarkozy.
Reste à neutraliser les candidatures d’opposition. Les cotisations d’adhésion au parti socialistes sont réduites à un niveau symbolique
pour attirer de nouveaux militants. Soudainement des milliers de jeunes prennent leur carte. Parmi eux, au moins dix mille nouveaux
adhérents sont en réalité des militants du Parti trotskiste « lambertiste » (du nom de son fondateur Pierre Lambert). Cette petite
formation d’extrême gauche s’est historiquement mise au service de la CIA contre les communistes staliniens durant la Guerre froide
(Elle est l’équivalent du SD/USA de Max Shatchman, qui a formé les néoconservateurs aux USA ). Ce n’est pas la première fois que
les « lambertistes » infiltrent le Parti socialiste. Ils y ont notamment placé deux célèbres agents de la CIA : Lionel Jospin (qui est
devenu Premier ministre) et Jean-Christophe Cambadélis, le principal conseiller de Dominique Strauss-Kahn [7].
Des primaires sont organisées au sein du Parti socialiste pour désigner son candidat à l’élection présidentielle. Deux personnalités sont en concurrence : Laurent Fabius et Ségolène Royal. Seul le premier représente un danger pour Sarkozy. Dominique Strauss-Kahn entre dans la course avec pour mission d’éliminer Fabius au dernier moment. Ce qu’il sera en mesure de faire grâce aux votes des militants « lambertistes » infiltrés, qui portent leurs suffrages non pas sur son nom, mais sur celui de Royal.
L’opération est possible parce que Strauss-Kahn est depuis longtemps sur le payroll des États-Unis. Les Français ignorent qu’il donne des cours à Stanford, où il a été embauché par le prévot de l’université, Condoleezza Rice [8].
Dès sa prise de fonction, Nicolas Sarkozy et Condoleezza Rice remercieront Strauss-Kahn en le faisant élire à la direction du Fonds
monétaire international.

Premiers jours à l’Élysée
Le soir du second tour de l’élection présidentielle, lorsque les instituts de sondages annoncent sa victoire probable, Nicolas Sarkozy
prononce un bref discours à la nation depuis son QG de campagne. Puis, contrairement à tous les usages, il ne va pas faire la fête
avec les militants de son parti, mais il se rend au Fouquet’s. La célèbre brasserie des Champs -Élysées, qui était jadis le rendez-vous
de « l’Union corse » est aujourd’hui la propriété du casinotier Dominique Desseigne. Il a été mis à disposition du président élu pour y
recevoir ses amis et les principaux donateurs de sa campagne. Une centaine d’invités s’y bousculent, les hommes les plus riches de
France y côtoient les patrons de casinos.
Puis le président élu s’offre quelques jours de repos bien mérités. Conduit en Falcon-900 privé à Malte, il s’y repose sur le Paloma, le
yacht de 65 mètres de son ami Vincent Bolloré, un milliardaire formé à la Banque Rothschild.
Enfin, Nicolas Sarkozy est investi président de la République française. Le premier décret qu’il signe n’est pas pour proclamer une
amnistie, mais pour autoriser les casinos de ses amis Desseigne et Partouche à multiplier les machines à sous.
Il forme son équipe de travail et son gouvernement. Sans surprise, on y retrouve un bien trouble propriétaire de casinos (le ministre de la Jeunesse et des Sports) et le lobbyiste des casinos de l’ami Desseigne (qui devient porte-parole du parti « gaulliste »).
Nicolas Sarkozy s’appuie avant tout sur quatre hommes :
Claude Guéant, secrétaire général du palais de l’Élysée. C’est l’ancien bras droit de Charles Pasqua.
François Pérol, secrétaire général adjoint de l’Élysée. C’est un associé-gérant de la Banque Rothschild.
Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique. Fils de l’ancien directeur de l’Agence juive. Ambassadeur de France à l’ONU, il fut relevé
de ses fonctions par Chirac qui le jugeait trop proche de George Bush.
Alain Bauer, l’homme de l’ombre. Son nom n’apparaît pas dans les annuaires. Il est chargé des services de renseignement. Ancien
Grand-Maître du Grand Orient de France (la principale obédience maçonnique française) et ancien n°2 de la National Security Agency états-unienne en Europe [9].
Frank Wisner Jr., qui a été nommé entre temps envoyé spécial du président Bush pour l’indépendance du Kosovo, insiste pour que
Bernard Kouchner soit nommé ministre des Affaires étrangères avec une double mission prioritaire : l’indépendance du Kosovo et la
liquidation de la politique arabe de la France.
Kouchner a débuté sa carrière en participant à la création d’une ONG humanitaire. Grâce aux financements de la National Endowment for Democracy, il a participé aux opérations de Zbigniew Brzezinski en Afghanistan, aux côtés d’Oussama Ben Laden et des frères Karzaï contre les Soviétiques. On le retrouve dans les années 90 auprès d’Alija Izetbegoviç en Bosnie-Herzégovine. De 1999 à 2001, il a été Haut représentant de l’ONU au Kosovo.
Sous le contrôle du frère cadet du président Hamid Karzaï, l’Afghanistan est devenu le premier producteur mondial de pavot. Le suc est transformé sur place en héroïne et transporté par l’US Air Force à Camp Bondsteel (Kosovo). Là, la drogue est prise en charge par les hommes d’Haçim Thaçi qui l’écoulent principalement en Europe et accessoirement aux États-Unis [10]. Les bénéfices sont utilisés pour financer les opérations illégales de la CIA.

Karzaï et Thaçi sont des amis personnels de longue date de Bernard Kouchner, qui certainement ignore leurs activités criminelles
malgré les rapports internationaux qui y ont été consacrés.
Pour complèter son gouvernement, Nicolas Sarkozy nomme Christine Lagarde, ministre de l’Économie et des Finances. Elle a fait toute sa carrière aux États-Unis où elle a dirigé le prestigieux cabinet de juristes Baker & McKenzie. Au sein du Center for International & Strategic Studies de Dick Cheney, elle a co-présidé avec Zbigniew Brzezinski un groupe de travail qui a supervisé les privatisations en Pologne. Elle a organisé un intense lobbying pour le compte de Lockheed Martin contre les l’avionneur français Dassault [11].
Nouvelle escapade durant l’été. Nicolas, Cécilia, leur maîtresse commune et leurs enfants se font offrir des vacances états-uniennes à Wolfenboroo, non loin de la propriété du président Bush. La facture, cette fois, est payée par Robert F. Agostinelli, un banquier
d’affaires italo-new-yorkais, sioniste et néo-conservateur pur sucre qui s’exprime dans Commentary, la revue de l’American Jewish
Committee.
La réussite de Nicolas rejaillit sur son demi-frère Pierre-Olivier. Sous le nom américanisé « d’Oliver », il est nommé par Frank Carlucci
(qui fut le n°2 de la CIA après avoir été recruté par Frank Wisner Sr.) [12] directeur d’un nouveau fonds de placement du Carlyle Group (la société commune de gestion de portefeuille des Bush et des Ben Laden) [13]. Sans qualité personnelle particulière, il est devenu le 5e noueur de deals dans le monde et gère les principaux avoirs des fonds souverains du Koweit et de Singapour.
La côte de popularité du président est en chute libre dans les sondages. L’un de ses conseillers en communication, Jacques Séguéla,
préconise de détourner l’attention du public avec de nouvelles « people stories ». L’annonce du divorce avec Cécilia est publiée par
Libération, le journal de son ami Edouard de Rothschild, pour couvrir les slogans des manifestants un jour de grève générale. Plus fort encore, le communiquant organise une rencontre avec l’artiste et ex-mannequin, Carla Bruni. Quelques jours plus tard, sa liaison avec le président est officialisée et le battage médiatique couvre à nouveau les critiques politiques. Quelques semaines encore et c’est le troisième mariage de Nicolas. Cette fois, il choisit comme témoins Mathilde Agostinelli (l’épouse de Robert) et Nicolas Bazire, ancien directeur de cabinet d’Edouard Balladur devenu associé-gérant chez Rothschild.
Quand les Français auront-ils des yeux pour voir à qui ils ont à faire ?

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[1] Quand le stay-behind portait De Gaulle au pouvoir, par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 août 2001
[2] Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle, par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001
[3] L’Énigme Pasqua, par Thierry Meyssan, Golias ed, 2000.
[4] Les requins. Un réseau au coeur des affaires, par Julien Caumer, Flammarion, 1999.
[5] Un relais des États -Unis en France : la French American Foundation , par Pierre Hillard, Réseau Voltaire, 19 avril 2007.
[6] Les New York Intellectuals et l’invention du néo-conservatisme, par Denis Boneau, Réseau Voltaire, 26 novembre 2004.
[7] Éminences grises, Roger Faligot et Rémi Kauffer, Fayard, 1992 ; « The Origin of CIA Financing of AFL Programs » in Covert Action
Quaterly, n° 76, 1999.
[8] Dominique Strauss-Kahn, l’homme de « Condi » au FMI , par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2007.
[9] Alain Bauer, de la SAIC au GOdF, Note d’information du Réseau Voltaire, 1er octobre 2000.
[10] Le gouvernement kosovar et le crime organisé, par Jürgen Roth, Horizons et débats, 8 avril 2008.
[11] Avec Christine Lagarde, l’industrie US entre au gouvernement français , Réseau Voltaire, 22 juin 2005.
[12] L’honorable Frank Carlucci, par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 février 2004.
[13] Les liens financiers occultes des Bush et des Ben Laden et Le Carlyle Group, une affaire d’initiés , Réseau Voltaire, 16 octobre
2001 et 9 février 2004.

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Remarque de KG : De Gaulle lui-même n’a pas été clair, car sa volonté d’indépendance s’est construite avec l’aide
technique nucléaire états-unienne, en échange de la livraison « discrète » de cette même technologie à Israël. Un service
direct à la « Maison Rothschild » qui a créé ce pays comme « tête de pont » de ses entreprises au Moyen-Orient, en
instrumentalisant le sionisme. Se soumettre ainsi à une dynastie dominante n’est pas une marque de grandeur. Cela fait
illusion au bénéfice des maîtres de la finance et de l’économie, dont les pouvoirs se sont encore renforcés avec la mise
en place du 11 septembre et la médiatisation guerrière dont ils profitent si bien !

 

FIN.

Égalité – Taxes – Bisous


par H16

Remerciements
Ils vont naturellement à ceux qui ont encouragé le projet et l’ont aidé, par leur temps, leurs conseils et leur soutien moral, à aboutir. Je pense ici à mon frère et à toute une brochette de personnes qui me retrouvent régulièrement, sur des réseaux sociaux ou autour d’une bière bien fraîche.
Mais surtout, je tiens tout particulièrement à remercier Guilllaume, mon relecteur, et ma femme, qui aura supporté mon long et pénible travail sur cet ouvrage, ainsi que mes horaires pas toujours compatibles avec des exigences familiales.

 

Petite contextualisation et autres mots savants.
Cela fait maintenant plus de cinq ans que je tiens un blog et, pendant ces cinq années, mes lecteurs et commentateurs m’ont plusieurs fois demandé s’il était possible d’avoir une version papier de quelques unes des chroniques produites.
Avec à présent plus de mille billets, dont la plupart dépassent largement les 800 mots, collationner l’ensemble dans un livre aurait produit un volume de papier aussi pratique à lire (et aussi passionnant ?) qu’un annuaire complet d’Île-De-France. En outre, ces chroniques, par nature, se replacent dans un contexte politique, économique et social qu’il est difficile voire impossible de retransmettre pour chaque billet.
J’en ai donc effectué une petite sélection, de Septembre 2005 à Décembre 2010, qui offraient une bonne vue d’ensemble des principaux thèmes que j’aborde régulièrement.
En espérant que ce format et cette sélection ne dénature pas la source, je vous en souhaite une plaisante lecture.
Note : vous trouverez dans un ou deux billets la mention d’une mystérieuse multinationale, la Demaerd Corporation. Il s’agit de cette société tentaculaire présente dans tous les secteurs marchands, tous les services, tous les produits, et que, finalement, tout le monde connaît : qui n’a pas entendu parler de trucs Demeard, de voiture Demaerd, de réception téléphonique Demaerd, ou même de politicien Demaerd ?
Coordonnées du blog : http://h16free.com

Introduction
Si le monde est, au regard de ce qu’on peut en lire dans les médias, tous les jours un peu moins rose et au bord d’un précipice sans fond dont les parois sont recouvertes de pals affûtés, il existe cependant un pays qui ne se laisse pas démonter par l’adversité, qui lutte contre cette réalité attristante et qui progresse, tous les jours, vers un avenir composé :
– de 57% de matins qui chantent, avec cours obligatoire pour assurer une harmonie décente,
– de 23% de joie de vivre distribuée en sachet, avec prise obligatoire matin, midi et soir,
– de 12% de moraline lyophilisée, à délayer dans un peu d’eau chaude,
– et d’une dose d’égalité, de taxes et de bisous en quantité suffisante pour atteindre 100%.
Ce pays est la rencontre fortuite d’une carte d’état-major organisée avec le soin martial nécessaire à une occupation minutieuse du terrain intellectuel, de la vision imprécise et mal cadrée d’une intelligentsia aux contours flous, et d’un ensemble de concepts portés à bout de bras par une partie de sa population, frémissante à l’idée – un tantinet discutable – que l’ensemble de la planète la regarde attentivement en prenant des notes.
Ce pays, c’est la Fraônce, c’est-à-dire une idée grandiose de la France, avec des trémolos dans la voix et de la musique magistrale un rien pompeuse dans le fond.
Et dans cette Fraônce, on peut trouver une faune aussi étrange que colorée, allant du politicien au journaliste en passant par l’écologiste conscientisé, l’enseignant revendicatif ou le postier mal dans sa profession.

Ce bateau Fraônce a, depuis bien longtemps, largué les amarres du port de la réalité pour voguer dans les eaux mousseuses d’une fiction de société où chacun s’entraiderait généreusement grâce à l’action indispensable de l’État, ses administrations et leurs cohortes de thuriféraires joyeux, pour le bien de tous.
À l’instar d’une Croisière Qui S’Amuse franchement bien sur le pont d’un gros bateau cossu, cette Fraônce regarde le reste du pays, déjà loin à l’horizon, au travers d’une longue-vue cuivrée aux réglages incertains.
C’est de cette perspective, et avec cet instrument, que la Fraônce analyse la France, la dirige, lui dit ce qu’elle doit faire et comment elle doit s’organiser pour subvenir aux besoins régulièrement plus important du bateau amiral.
Et alors que les messages en Morse de la terre ferme se font tous les jours plus précis et dressent un portrait accablant des effets délétères de cette curieuse organisation, le bateau Fraônce continue son chemin, en mettant la sono plus fort pour couvrir le cliquetis pénible des SOS de la terre ferme.
C’est à l’exploration de cet extraordinaire vaisseau que je vous convie maintenant…

La France : tu l’aimes et tu la kittes.
Vue de Fraônce, pour obtenir en France des systèmes sociaux, des services publics et des administrations qui fonctionnent, rien ne vaut la bonne bidouille des familles.Comme une mobylette qu’on n’abandonne jamais même lorsqu’elle a coûté plus cher en réparations qu’une neuve, on va la bricoler à l’extrême. La France, on l’aime tant qu’on la kitte.

Une fable actuelle
Parfois, pour faire comprendre les choses aux enfants, rien ne vaut une petite fable pour faire passer un message discret. Cela permet la plupart du temps de leur expliquer le bien, le mal, les notions de la vie qu’il est important de comprendre pour bien s’armer dans le monde qui nous entoure. Pour coller à la réalité, cependant, les fables ont besoin d’un rafraîchissement.
Prenons par exemple la fable suivante :
Trois petits cochons, devenus grands, se séparent de leur maman : elle leur souhaite à chacun un destin heureux et les met en garde contre, notamment, le Grand Méchant Loup qui rôde et qui croque parfois les petits cochons imprudents. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.
Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, construit une hutte en paille, jugeant cela suffisant pour se protéger de la pluie. Le second petit cochon, pas franchement travailleur, construit quant à lui une cabane en bois, estimant qu’elle sera suffisante pour le protéger des intempéries. Le dernier petit cochon, le raisonnable de la bande, construit de ses mains une maison en briques. Il la bâtit suffisamment solide pour le protéger des intempéries et même un peu plus.
Survient alors le Grand Méchant Loup. D’un souffle puissant, il balaie la hutte de paille. Son occupant a juste le temps de s’enfuir et de rejoindre son frère dans sa cabane. La cabane n’offre d’ailleurs pas un refuge plus solide : elle est à son tour balayée par la vigoureuse expiration du prédateur. Fuyant à toutes jambes, nos deux petits cochons malheureux trouvent refuge dans la maison en brique de leur troisième frère. Cette dernière s’avère solide : malgré le souffle en tempête du loup, elle ne bouge pas, et il repart broucouille, comme on dit dans le Bouchonnois.

Voici ce qu’elle donne, dans deux versions diamétralement opposées.
USA, début XXIème siècle
Trois petits cochons, à peine calmés de leur poussée hormonale, se séparent de leur mummy : elle leur souhaite à chacun de trouver un job bien payé et les met en garde contre le sex, drug and rock’n’roll, et, accessoirement, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de bachelor.
Le premier petit cochon découvre qu’il peut vendre des tire-bouchons roses sur internet, estampillé “Pink Little Pig”™, et lance un business de fabrication de 100.000 unités grâce à un business-angel trendy. Après un LBO réussi, il se retire dans les îles Caïmans pour profiter d’une retraite dorée.
Le second petit cochon, lui, s’est lancé dans les biotechs. Il découvre un moyen d’accéler la Polymerase Chain-Reaction par un facteur 10, dépose son brevet et encaisse les royalties depuis son research-center de Seattle. Depuis, il sirote des cocktails classy en écoutant de la musique funk dans son living-room : il a su rester cool.
Le dernier petit cochon, last but not least, lui, se lance dans les buildings; il construit un skyscraper avec un nouveau type de béton armé précontraint qui résiste sans aucun problème à un earthquake de magnitude 8, et au souffle d’un grand méchant loup.
Son procédé de fabrication devient une trademark, ™, ©, ® et tout ça. Il rédige sa méthode de fabrication et crée une franchise, “Pig Concrete”, qui compte bientôt des centaines de franchisés. Il explique sa méthode de réussite dans un livre, qui devient un best-seller. A la suite de douzaine d’interviews, il finit par séduire un célèbre film-director, et devient action-hero d’un film auto-biographique. C’est maintenant une star,

il a trois bodyguards. Alors, quand le grand méchant loup, célèbre serial-killer, a vaguement tenté de s’approcher de lui pour le shooter, il s’est fait kicker assez sauvagement avec une batte de base-ball…
En Fraônce, au même moment.
Trois petits cochons, devenus grands, tentent de se séparer de leur maman sur le plan fiscal : elle leur souhaite à chacun un travail tranquille, dans une administration territoriale pas trop loin de chez elle, ou, à la limite, dans une grande entreprise d’état, comme France Télécom, EDF ou Total, et les met en garde contre, d’une part, le grand méchant loup qui rôde et croque parfois les petits cochons imprudents, et le fisc, pas super tendre non plus. Chacun allant son chemin s’installe dans sa petite vie de célibataire.
Le premier petit cochon, franchement pas travailleur, opte pour des études en Histoire de Lard. La fillière est ultra-bouchée, mais elle dispose de deux atouts non négligeables : les bancs de l’amphi sont plein de petites truies bien cochonnes, les profs sont super sympas, super compréhensifs, et, surtout, notre petit cochon connaît un pote à la Direction Départementale des Musées qui, en suivant cette filière, a trouvé un job de planqué, pleins d’avantages, sans trop se fouler. Comme son ami est déjà dans la place, il ne devra pas avoir de mal à décrocher un poste, d’autant qu’il sait qu’il fera partie du jury pour le concours d’admission.
Le second petit cochon est un peu plus travailleur, et il a choisi le droit. Au bout de six années (dont une de redoublement) à trimer dans des amphis surchargés sur des codes de procédures dont le volume a doublé entre son arrivée en fac et sa sortie, il a un mal de chien à trouver un stage dans un cabinet.
Au cours de celui-ci, il est promu Project Office Manager, ce qui revient essentiellement à faire des photocopies et du café pour préparer les réunions des associés. À la fin du stage,

comme aucun job ne se profile à l’horizon, il se retrouve guichetier dans une grande banque.
Le troisième petit cochon, lui, en veut vraiment : pendant ses études d’ingénieur en informatique, il a découvert un nouveau moyen de faire des recherches plus rapidement sur internet. Il développe une petite application, et passe un an à établir un dossier pour Oséo-Innovation1, afin d’obtenir des subventions.
Oséo lui demande, pour accepter son dossier, de candidater à un concours organisé par une institution étatique prestigieuse, mais le dossier se perd à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Comme notre prévoyant petit cochon en avait fait une copie, il peut l’envoyer quand même dans les temps.
Six mois plus tard, il n’est malheureusement pas sélectionné : à la place, c’est un chercheur de l’Institut National de l’Informatique Pour Les Recherches Sur Internet qui, bizaremment, dispose du même algorithme que lui, à deux trois petits détails près.
Comme notre petit cochon pense qu’il y a eu une fuite, il attaque la nouvelle start-up de ce chercheur épaulé par
France Télécom R&D, EDF et Total R&D. Il perd au procès et doit payer une très lourde amende pour procédure injustifiée.
Ruiné, il se retrouve au RMI pendant deux ans. Il va finalement voir son premier frère, qui, lui, a fini par obtenir son poste à la Direction Départementale des Musées. Il l’héberge pendant un mois, puis lui file quelques ronds et l’expédie chez son autre frère, le guichetier.
Ce dernier lui propose l’immigration au Canada. Le troisième petit cochon, au bout du rouleau, accepte et embarque pour Toronto. Il y monte finalement sa société de Data Storage qui deviendra deux ans après un leader du marché.

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1 ex ANVAR, agence nationale pour l’innovation créée en 1979

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Pendant ce temps, le grand méchant loup, lui, s’est fait expulser de son squat. Recueilli par Emmaüs, on le retrouve, victime d’une overdose, un petit matin froid de décembre.
À ce moment, le fisc tombe sur le guichetier qui, pour arrondir ses fins de mois, faisait un peu de brocante sur eBay.
Ruiné, il se suicide.

La soupe qui mousse
Comme dans certains grands magasins réputés de la capitale Française, on trouve de tout sur Internet ! Ainsi, en cherchant bien, vous pourrez trouver la recette de la tarte Tatin, de différents explosifs, et … de la Soupe Qui Mousse.
Mais cette dernière, en tant que telle, est une recette un peu compliquée qui mérite qu’on s’y attarde.
Pour faire une soupe qui mousse, il faut, au départ, ces ingrédients :
– de la soupe, basique
– un groupuscule d’extrême droite
– des médias en mal d’articles, facilement orientables
– quelques bons morceaux de lard
Dans un premier temps, vous créerez un groupuscule totalement inconnu, en y embarquant deux ou trois élus ou ex-élus d’un parti politique préférablement de droite ou, mieux, d’extrême droite (note du cuisinier : ça marchera beaucoup moins bien si vous prenez des altercomprenants ou des gauchistes patentés). Vous l’appelerez par exemple “Les Bas Du Front”, les “Mous du Bulbe”, ou, plus marketing, “Bloc Identitaire” ou “Solidarité Alsacienne”.
Dans un second temps, vous préparez une soupe traditionnelle (pommes de terre, oignons, carottes, blettes, céleri, courgettes, haricots verts, poireaux, des haricots secs trempés la veille, roses ou blancs, de l´ail, du basilic), assez riche, qui sent bon. Prévoyez une quantité adéquate pour cinquante ou cent personnes, par exemple. Lors de la préparation, lorsque l’eau bout, vous y plongerez des petits lardons, et vous ajouterez un peu de lard pilé, à raison d’une cuillerée à soupe par personne.
Une fois la soupe prête, vous irez la distribuer, gratuitement

comme association caritative.
Deux éléments importants : pour ne pas tromper le consommateur, vous avertirez haut et fort (avec une pancarte “Soupe Au Lard”, par exemple) que cette soupe contient des carottes du lard. Par dessus le marché, vous préviendrez la mairie que vous distribuez de la soupe, qu’elle est aux carottes au lard, et vous le direz aussi aux médias qui traînent par là.
Au bout de quelques minutes (ou quelques jours, parfois) de distribution, votre soupe va commencer à mousser.
Magique ?
Non, il s’agit d’un phénomène assez classique de Stupidité Médiatique Profonde. Ce phénomène se caractérise par une absence totale de réflexion sur un sujet aussi anodin.
Observons-en le mécanisme.
Les médias, constatant que la soupe est aux carottes au lard et qu’elle ne peut donc pas s’adresser aux carottophobes musulmans et aux juifs, et, se renseignant sur les distributeurs, s’aperçevant qu’ils sont d’extrême-droite, en déduisent immédiatement qu’il s’agit de racisme et de discrimination.
Jusque-là, il est en effet probable que l’introduction des carottes du lard dans cette soupe n’a été faite qu’à des fins discriminatoires. Mais les médias (et c’est là que la Stupidité Médiatique Profonde entre en jeu) s’arrêtent là et commencent à faire parler la poudre… pardon, la presse.
En effet, jusqu’à preuve du contraire, l’association ne pousse pas le vice jusqu’à, munie d’entonnoirs, gaver de force les pauvres carottophobes musulmans et juifs SDF venus voir de quoi il retournait de leur infâme soupe polluée aux carottes au lard. Et comme cette association a probablement décidé son action en fonction de la couverture médiatique qu’elle espérait avoir, les médias par le biais de leur scandalisation lui ont précisément fourni ce qu’elle attendait.
On peut remarquer que si cette association, le coeur sur la main, distribue de la soupe sans se soucier des médias, dans le souci d’aider son prochain, le fait que la soupe soit au lard ou à la carotte ne devrait en rien préoccuper quiconque. N’en mange que ceux qui veulent… Dans l’autre cas (elle distribue cette soupe en utilisant une forme de discrimination), lui donner une exposition médiatique est à mon sens la dernière des choses à faire : le soufflé retombe, la soupe ne mousse plus.
Et nous débordons alors sur une remarque évidente : “Mais les carottophobes musulmans/juifs, ils ont le droit à une soupe sans carottes lard !” ou assertion équivalente.
Car voilà effectivement le noeud du problème : le fameux Droit À, celui qui implique non pas qu’on puisse faire quelque chose, mais que d’autres aient, par la force, l’obligation de faire quelque chose pour vous (ici, fournir une soupe sans carottes lard).
Où l’on se rend compte en fin de compte que la soupe au lard des frontistes, c’est la tarte à la crème des bien-pensants…

La vraie égalité des chances
Camarades, la situation est intolérable : ce pays ne permet pas, manifestement, à tous et à chacun un plein épanouissement !
Ainsi, la vie trépidante que les nouvelles technologies, la mondialisation galopante et le capitalisme sauvage nous font subir ne permet plus à chacun d’entre nous de vivre pleinement sa sexualité, et trouver l’âme soeur dans des conditions optimales. L’ultralibéralisme et les lois brutales du marché économique ne parviendront jamais à résoudre le problème millénaire de l’accouplement humain et de la plénitude sexuelle.
C’est pourquoi je propose une batterie de mesures que l’état et le gouvernement se doivent absolument de mettre en place dans les plus brefs délais !
En effet :
– Il est anormal que notre Grande et Belle République Egalitaire Française ne permette pas aux hommes et aux femmes de toutes conditions, moches ou beaux, en bon ou en mauvais état, riches ou pauvres, d’accéder au bonheur simple de la vie de couple (fût-il homosexuel ou hétérosexuel) !
– Il est anormal que des hommes et des femmes aient à souffrir d’un manque prolongé voire définitif de toute possibilité de transmettre leur patrimoine génétique à des générations futures !
– Il est symétriquement anormal que des hommes et des femmes, plus riches ou plus beaux que la moyenne, puisse s’assurer une distribution plus grande de leur patrimoine génétique au détriment certain des autres citoyens moins bien dotés !
– Il est anormal que des hommes et des femmes, frustrés par

la vie et leurs conditions de moches ou de mal foutus, en soient réduits à l’utilisation de dérivatifs honteux et dont la consommation enrichit scandaleusement l’industrie du sexe, peu scrupuleuse sur ses moyens de subsistance et porteuse en elle de germes délétères pour toute société familiale qui se respecte !
– Il est enfin anormal que la société soit régulièrement le lieu de dépravations sexuelles liées à ces frustrations : donnons à chacun la possibilité d’exprimer ses talents sexuels, et, à n’en pas douter, la notion même de viol, d’inceste et de dérives comportementales graves disparaîtra !
Pour que chaque citoyen et chaque citoyenne française dispose dans les faits des mêmes chances que les autres en matière de sexe, je propose donc dans un premier temps l’inscription de façon définitive dans la Constitution Française la notion indispensable de Droit A L’Egalité Des Chances Sexuelles.
Pour que cette loi constitutionnelle de base soit respectée, il faudra créer plusieurs institutions :
– une Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations Sexuelles et pour l’Egalite des Chances Sexuelles (la HALDSECS)
– les Corps Officiels des Infirmiers (et Infirmières) Titulaires Sexuels (les COITS), ensemble de fonctionnaires spécialement entraînés à répondre à la couverture des besoins sexuels de chaque citoyen et de chaque citoyenne
– une Commission Humaniste pour l’Inspection de la Beauté Relative et Egalitarienne (la CHIBRE) qui sera chargée de déterminer qui devra faire partie des COITS et qui pourra bénéficier de ses services.
En principe, chaque citoyen et chaque citoyenne se verra convoqué, à sa majorité, par un jury du CHIBRE pour

établir s’il ou elle se classe dans les personnes désignées volontaires pour accorder un peu de leur temps et de leur beauté ou de leur capital génétique hors norme à la population nécessiteuse, ou si, au contraire, il ou elle se classe justement dans la population nécessiteuse.
Il va de soi que l’Etat sera directement responsable de la formation complète des corps de fonctionnaires travaillant pour lui dans ce cadre : l’Ecole Nationale des Corps d’Usagers de la Lutte pour l’Egalité Sexuelle sera fondée et doté d’un budget lui permettant de remplir sa mission qui sera de former complètement les recrues désignées.
Avec ce beau et grand projet, chaque célibataire, en France, disposera de l’opportunité gratuite et s’il en fait la demande auprès des organismes compétents de remplir ses besoins sexuels et diminuer significativement ses frustrations.
Camarades, j’en appelle à votre soutien !

Les aventures de Pouic
Vous ne connaissez pas Pouic ? Je vous le présente : c’ est mon porte-monnaie. Depuis qu’il vit en France, son cuir modeste s’est nettement tanné des aventures rugueuses auxquelles il a pris part.
Petit à petit, tel un aventurier aguerri, Pouic a constitué une véritable encyclopédie de son carnet de voyage.
Il y a de cela bien longtemps, Pouic était un banal porte-monnaie comme on en trouve tant. Mais rapidement, alors que son pays, en sombrant progressivement dans la social-démocrassie, a rejoint la Fédération Obtuse des Pays de l’Absurdistan (FOPA), Pouic a été confronté à tant et tant de ponctions diverses qu’il a dû comprendre le système pour survivre. Et encore n’y parvient-il pas tous les jours.
En se constituant un petit guide explicatif mental, il a rapidement établi une description détaillée de la faune et la flore étonnante d’Absurdistan.
Pouic est un animal de petite taille. Jamais bien gros, son corps est réglé sur une période mensuelle. Il se remplit en début de mois et se vide progressivement ; il mange goulûment de gros billets en début de période, et produit parfois des petites pièces de monnaie, qu’on appelle Intérêts, au bout d’une douzaine de périodes en général.
Dans l’écosystème de Pouic, en mangeant les gros billets, il permet à toute une quantité d’autres petits animaux comme lui de se remplir. Normalement, Pouic peut choisir comment il va faire grossir ses congénères ; ainsi, il peut choisir de faire grossir le porte-monnaie du boulanger ou du vendeur de voitures. Ou il peut choisir de faire desréserves, parce qu’un jour, il aura besoin de faire grossir d’un coup le porte-monnaie d’un entrepreneur dans la construction immobilière…

Mais en Absurdistan, cependant, il y a un terrible prédateur : Bersi.
C’est l’énorme animal familier, le gigantesque porte-monnaie de Léviétathan, un être terrible et maléfique, aux doigts crochus et aux bras très, très, très longs et très, très, très nombreux. Bersi est un porte-monnaie qui a mal tourné. Pas parce que son maître était mauvais (il l’est, mais c’est sans lien). Non, il a mal tourné parce qu’il est génétiquement conçu pour mal tourner.
Il a un premier problème génétique qui le fait tomber très rapidement dans la boulimie. Bersi a toujours faim. Il mange toujours. De tout. Tout le temps. Et il enfle, enfle, enfle si fort qu’il est devenu énorme, babylonesque. Son appétit insatiable le fait manger à tous les rateliers. La plupart des porte-monnaies voudraient bien éviter de lui donner à manger. En effet, même ceux qui veulent les pitoyables services du Léviétathan se rendent bien compte que ça ne vaut pas toutes les croquettes que Bersi s’enfile en douce. Et pour les services rendus, Bersi, bien que s’étant déjà rempli, en redemande toujours.
Mais il a un autre défaut.
Son second problème génétique est un cancer carabiné de l’anus. Son pauvre sphincter est complètement déformé, et – pardonnez moi ces trivialités – il chie n’importe comment, n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand.
En Absurdistan, il y a des porte-monnaies spécialement entraînés qui connaissent bien Bersi, et savent précisément où et quand sa prochaine miction ou son délestage intestinal aura lieu. Ils peuvent alors se précipiter et choper à la volée les défécations qui les feront alors grossir sans plus guère bouger par la suite.
Car Bersi a ceci d’étonnant que si personne ne sait où les nouvelles déjections auront lieu, une fois que l’une d’elle est

tombée en revanche, une certaine quantité, tous les ans, retombera presque automatiquement à cet endroit initial.
Dès lors, un sous-écosystème, dit du Léviétathan, s’est mis en place sur l’écosystème normal : il y a des prédateurs de crottes de Bersi, des prédateurs de prédateurs, des Lobbyites Bousiers, qui, à la façon des insectes bousiers poussant des excréments pour faire leur nid, aident Bersi à pousser ses crottes dans la bonne direction, des Charognards Ponctionneurs, chargés de récolter les bons gros billets joufflus pour l’appétit vorace de Bersi, et qui, en échange, ont eux aussi droit à leur petite ou grosse crotte, etc…
Pouic a beaucoup vécu dans ce système, et il a même parfois usé de celui-ci. Pouic s’est vite rendu compte que Bersi était arrivé à son état grâce à une technique dite de Corruption Réciproque : il se corrompt en mastiquant les billets, mais accepte d’en refiler une partie sous des conditions très compliquées qui amènent, lentement mais sûrement, le pauvre animal à devenir un agent presque à part entière de Bersi lui-même.
De même que ce sont les prisonniers entre eux qui se forment les noeuds les plus serrés aux poignets, Bersi a su mettre en place un système où chaque petit animal est, volans nolans, voué à la défense et la nutrition du Béhémoth.
Mais Pouic en a assez. Pouic est las de toujours trouver moins de petits billets dodus en début de mois, et las d’en voir encore moins en fin de mois. Il est fatigué d’avoir en plus à se restreindre pour tenir compte des futures lubies imprévisibles de Bersi …
Alors Pouic émet des petits couinements plaintifs et fait comprendre que nous serions mieux ailleurs, loin du Léviétathan et de son mastard boulimique…

Taxonomie du citoyen
Lorsqu’on prend un peu de recul sur la Fraônce et la faune qui l’occupe, on finit par se rendre compte que de grands standards émergent dans les caractères de ces individus un peu spéciaux qui la composent. Ne reculant devant rien, j’ai tenté l’analyse de l’analyse, la métanalyse en quelque sorte, pour dégager une petite taxonomie du citoyen …
Quelques grands classiques tout d’abord reviennent de façon régulière, portés tant par l’actualité que par leur omniprésence dans les schémas de comportements de notre société ; se positionne ainsi en bonne place le Gréviculteur, qu’il soit un petit artisan travaillant la masse salariale au corps à corps dans de multiples entreprises, niché au creux de petits C.E. d’entreprises nationalisées, ou industriel de la grève d’ampleur, multi-rémunéré par un ou des syndicats pour organiser des merguez-parties géantes sur les plus belles avenues de Fraônce.
La tendance du moment est, assez extraordinairement, à la disparition progressive de cette espèce animale assez basique qui s’excite à chaque retournement de tendance et qui, il faut bien le dire, représentait une anomalie notoire dans le règne animal tant son adaptation à l’environnement était simpliste : là où l’évolution darwinienne aura placé l’adaptabilité en parangon, le Gréviculteur se fait fort de ne pas être adaptable, en rien, envers et contre tout.
Mais la sélection naturelle est impitoyable et le monde qui change sans cesse ne peut se satisfaire des ancrages puissants que représentent ces fiers thuriféraires de l’akissocial. Un beau matin, pouf, ça finit par passer, casser, lasser. J’accorderai cependant qu’avant d’en arriver là, et comme la diphtérie, la variole ou le choléra, ils nous auront bien enquiquinés.
Evacuons bien vite cette triste phalanstère pour se rapprocher

de la branche suivante de ma taxonomie, beaucoup plus lumineuse, brillante même, comme le sont les strass et les paillettes. A l’instar des cotillons dont le côté festif n’arrive pas à occulter l’aspect superficiel, le Bobo Caramélisé se caractérise par une envie chevillée au corps de faire le bien autour de lui, surtout si cela représente un effort important de la part de cet “autour”, tout en conservant pour lui des habitudes parfaitement en opposition avec les valeurs qu’il prône.
Ainsi, le Bobo Caramélisé se fait fort d’adorer tendrement le Vélib et les transports collectifs, juché dans un 4×4 flambant neuf. Il sera toujours bruyamment pour une écologie citoyenne, même et surtout si cela entraîne des catastrophes humanitaires loin de lui. Alertés de ces catastrophes, il s’empressera alors d’envoyer un petit chèque, étalon-papier de sa bonne conscience et contremarque (opposable fiscalement) d’une action concrète pour aider les gens dans la merde au bout du monde.
Le Bobo Caramélisé, c’est à la fois le clown triste des soirées télévisées, toujours entre deux cures de désintox, pleurnichant le monde et ses malheurs sur un piano moyennant quelques millions ; c’est à la fois l’aventurier chevelu des contrées bio et terriblement fashion qui réclame des éoliennes, des voitures à pédales, et des taxes sur tout ce qui respire ; c’est aussi l’artiste-sportif engagé qui répète comme des mantras puissants des poncifs éculés aux fondements absurdes et utilise son aura de rigolo à la décontraction millionnaire pour faire croire que Tous Ensemble, On Peut Y Arriver…
Entendons nous bien : ces deux précédentes catégories, finalement, sont assez réservées.
De même qu’on ne s’improvise pas merguez-teuffeur, on ne peut prétendre fustiger du prolo pas assez bio du haut de son Touareg pas bio du tout qu’à partir d’une certaine position sociale, qu’on aura obtenue à force de petits coups de coudes furtifs et bien placés dans les côtes de ses coreligionnaires

dont on écrasera autant que faire se peut les arpions dès qu’on le pourra.
Les catégories suivantes sont, on va le voir, beaucoup moins “select” : quasiment, le tout venant peut en faire partie. Il suffit de se débarrasser de toute capacité de réflexion, ou du moins d’orienter celle-ci vers le chemin de moindre résistance, ce profond sillon confortable, tracé par tous ceux qui se sont succédés avant dans les traces larges de la sociale-démocrassie.
Loin devant toutes les autres classes par son ampleur numérique ressort évidemment le Fluffy qui est un animal doux au toucher, issu de la culture socialo-hydroponique (et n’a donc jamais eu les pieds sur terre), croustillant d’incohérence, trempé dans du caramel de Bonssantiman et recouvert d’une onctueuse nappe de chocolat moraliné.
On trouve de multiples parfums dans cette vaste classe, et ce petit billet sera l’occasion d’évoquer rapidement le Poncho, qui est à l’étudiant ce que la larve est à la chenille de papillon : un ver d’adulte, pas fini et jamais sûr de l’être un jour.
Le Poncho est, comme son nom l’indique, utilisateur des pièces d’étoffes colorées aux histoires bigarrées de la Cordillère, aux cheveux longs, généralement recouverts d’un petit bonnet lui aussi chargé d’un passé plus coloré que péruvien, et toujours prêt à dégainer quelque splif mal fichu mieux approvisionné en pneu qu’en chanvre.
Sur le plan social, il se caractérise par une adhésion sans faille à toutes les thèses romantiques, dont celles qui veulent que le Che fut sympa, Fidel débonnaire et Allende efficace.
Pour les Ponchos, le socialisme est une doctrine merveilleuse (pas autant que le communisme, mais presque) honteusement dévoyée par des dictateurs parce qu’en réalité, le collectivisme, c’est trop de la balle, man.

Le Poncho est aussi cet “étudiant” (importance des guillemets) qu’on va toujours retrouver dans les “Assemblées Générales” (importance des guillemets) lors de “grèves” (importance des guillemets) étudiantes “démocratiques” (importance des guillemets) et blocages d’amphis visant à organiser une “Université En Lutte” (importance des guillemets). Le Poncho, porte-voix à la main, scandera dans les amphis des slogans rigoureusement marxistes, voire fascistes sans le savoir, et fera usage de la force pour empêcher toute voix dissidente de prendre la parole.
C’est le même qui décrètera qu’une poignée de pouilleux, auto-déclarée Assemblée Générale, dans une salle barricadée agitant le bras bien haut (comme jadis de tristes soldats sous de sinistres symboles) pour soi-disant voter, fait acte démocratique d’expression populaire et peut, dès lors, ruiner l’année de travail de leurs condisciples qui, non ponchotisés, ont autre chose à faire que le guignol en “Histoire de l’Art”.
Cette taxonomie rapide (qui ne sera jamais réellement complète) serait par trop boiteuse sans les deux derniers ajouts que constituent le Folliculaire Ednatisé et le Politicus Consensuelens.
Le premier, on l’aura deviné, se retrouve facilement dans les journaux, télévisés, radiophoniques ou sur papier, et au-delà de ses dons de copistes naturel en source AFP, il se caractérise par une faible valeur ajoutée dans l’analyse au paragraphe carré. Ainsi, une nouvelle AFP fournissant déjà à la fois l’information et l’axe de réflexion qu’on peut lui associer, le Folliculaire Ednatisé se contentera de la recopier consciencieusement en y ajoutant ici une virgule, là un petit point d’exclamation, et, parfois, une tournure bizarre ou une faute d’orthographe, seule réelle marque personnelle d’un travail douillettement mené au chaud d’une rédaction sans agitation.
Quant au second, sans même évoquer les innombrables variantes possibles, on se contentera de rappeler que l’espèce

borloouille et la culturisée sont les plus fréquentes, au plus grand désarroi du libéral conscient. Le borloouille moyen est un activiste de la bêtise sous-informée, gobeur invétéré de petits-fours cérémoniel, dont les agitations médiatiques se traduisent systématiquement par des remugles vasouillards d’idées nauséabondes suffisamment étalées pour n’en point sentir le fumet désagréable.
Le Politicus Consensuelens culturisé est ce falot tatillon qui saura passer le temps qu’il faut en cirage de pompes et en léchages de fondements pour obtenir, éventuellement par le truchement d’un lobbying un peu gras, une petite loi de derrière les fagots aboutissant immanquablement à léser à court terme le citoyen dont il a la charge, et, plus niaisement et à plus long terme, les lobbys qui lui ont graissé les pattes ; nos ministres de la Culture en furent d’illustre représentants.
Pour le libéral moyen, cette taxonomie a une utilité en ce qu’elle permet de dégager quelques grandes constantes : c’est que la plupart de ceux qui votent pour l’esclavagisme mental ou physique du collectivisme le font pour :
– leur bonne conscience, partant du principe foireux qu’”un autre monde est possible”, et que le Bisounoursland l’est pour tous puisqu’on va le partager équitablement, youpi : ils en sont assez symptomatiquement restés à la dichotomie naïve Droite = Patrons = Exploiteurs d’un côté et Gauche = Ouvriers = Exploités de l’autre. Ceux-là vivent dans un monde irréel fait de contrastes violents. Généralement, avec ceux-là, la discussion est impossible. Ils n’ont pas le recul nécessaire. La maturité, le recul, l’intelligence ? Ils ne sont pas équipés pour.
– leur intérêt bien compris : ils sont dans la partie qui tire directement bénéfice de l’état ; parasites syndicalistes, cette petite partie des fonctionnaires qui sont glandeurs, hommes et femmes politiques (à peu près tous), et affidés de l’appareil, élus ou non, qui bénéficient du système en toute connaissance de cause, et en connaissent

exactement les limites et les effets néfastes. Ceux-là sont totalement hypocrites et/ou cyniques. Les hypocrites présentent une face “On sert tout le monde” et se servent en premier ; quant aux cyniques, ils savent qu’ils font tourner le Léviathan, savent que c’est mal, mais se disent que s’ils ne le font pas, d’autres le feront à leur place, et continuent donc à voter à gauche par logique de groupe. Ces derniers sont surtout opportunistes, et – donc – logiques.
– un idéalisme indécrottable : ils croient à ce qu’ils racontent (!) et veulent effectivement la révolution. On les retrouve dans les extrêmes. Mais ils ne comprennent absolument rien à la nature humaine ou à l’économie (bien que s’y plongeant parfois comme les enfants dans le petit bassin, avec des petites bouées Mickey à chaque bras, mal gonflées) et en font une lecture absurde.
C’est parfois dans ce dernier groupe qu’on peut en convertir au libéralisme, tant que ce mot n’est pas prononcé. Ceux-là, incroyablement, veulent effectivement la liberté de se déplacer (plus de frontières), la liberté de commercer, etc. mais ne comprennent pas les conséquences que ces libertés entraînent sur la taille de l’état, sur les limites que le citoyen (pas forcément festif) est en droit de lui imposer…
Parfois, une explication leur permet de déciller, d’ouvrir les yeux sur un monde qu’ils ne soupçonnaient pas.
Mais ceux-là constituent – malheureusement – une minorité.

Chronologie d’une émeute annoncée
Tout commence avec une opération marketing. L’édition du vendredi soir 14 novembre 2009 de France-Soir nous apprend ceci :
Pour faire la promotion de son site, l’entreprise Mailorama.fr organise … une distribution de plusieurs dizaines de milliers d’euros en liquide à Paris, au pied de la tour Eiffel, sur le plateau Joffre…
Cela vaudra le coup d’y être…
Rappelant que « la distribution d’argent n’est pas autorisée et est réprimée par le Code pénal», le préfet de police de Paris… a déclaré … que «des contraventions seront dressées en cas de besoin».
A partir de là, les faits s’enchaînent mécaniquement. La manifestation n’est pas interdite, elle aura donc lieu, et, de surcroît, on sait que la police est prévenue et au courant, et qu’elle a donc déjà une idée de ce qui va se passer.
Au passage, on admirera le ni-oui ni-non des autorités : on ne peut pas interdire la manifestation, et on s’appuie sur l’article R642-4 pour tenter la contravention, article qui stipule :
Le fait d’utiliser comme support d’une publicité quelconque des pièces de monnaie ou des billets de banque ayant cours légal en France ou émis par les institutions étrangères ou internationales habilitées à cette fin est puni de l’amende prévue pour les contravention de 2e classe.
C’est déjà assez croustillant de constater qu’en France, faire des dons en nature sur la voie publique est donc passible d’une amende… Mais savoir qu’en plus et finalement, la Préfecture de Police laisse finalement faire, c’est, disons, ambigu.

Bref.
L’acte I est posé, l’acte II peut avoir lieu.
Celui-ci se traduit par, le jour venu, un attroupement de plusieurs milliers de personnes. Et là, on rentre dans la quatrième dimension (qui sera suivie d’une cinquième, en acte III) :
Déçus par l’annulation, de nombreux jeunes ont violemment protesté. Un véhicule a été vandalisé, des projectiles lancés contre des policiers et un photographe roué de coups, a constaté un journaliste de l’AFP.
Cette quatrième dimension, vous la connaissez bien : c’est celle de la Pignouferie de Presse qui se gargarise de politiquement correct et de novlangue particulièrement gluante.
Ici, elle est à plusieurs niveaux :
– l’utilisation du mot “déçus” : quand on est déçu, on fait un petit mouvement avec les lèvres et les sourcils, on hausse les épaules, et on sort éventuellement une petite phrase caliméresque “C’est vraiment trop injuste !” Ici, rappelons-le, “déçus” s’est traduit par un véhicule vandalisé, des caillassages contre des policiers, un photographe passé à tabac. La prochaine fois, si les individus passent de “déçus” à “mécontents“, je n’ose imaginer la guérilla qui va se jouer. Et au moment où ils passeront à ”en colère”, on sera donc dans l’assaut militarisé et utilisation de bombes thermo-bariques, je suppose.
– tiens, encore une fois, on a à faire à … “de nombreux jeunes“. C’est vraiment commode, cette appellation. Je suppose que “racaille”, “voyous” ou “arsouille” ne convient pas. Pourtant, il m’a toujours semblé que balancer des projectiles sur la police, tabasser un photographe ou vandaliser une voiture était l’oeuvre, avant tout, de … vandales. Que ces derniers

soient jeunes est sans importance, d’autant qu’on voit mal des octogénaires se lancer dans ce genre d’aventures palpitantes entre deux réglages de sonotone…
– vous noterez que l’enchaînement des événements est induit, et parfaitement clair : a/ la société convie les gens pour de l’argent gratuit, b/ les gens viennent, c/ la société annule l’événement, comme ça, pouf sans raison et juste pour emmerder le bon peuple venu chercher du billet gratuit, et donc d/ badaboum les jeunes sont tout déçu déçu et ils manquent de tuer quelques personnes.
Evidemment, deux secondes d’analyse remettent un peu d’ordre dans cette fable typique de ce que nos journaleux les plus fins de l’Agence Fausse Presse sont capables de produire.
La société n’a certainement pas annulé l’événement sur la seule base du nombre de personnes venues. En effet, en bons capitalistes assoiffés de marketing et de reconnaissance, on peut parier que si la foule s’était composée de 90% d’octogénaires à sonotones, par exemple, la distribution aurait eu lieu.
(Ce qui veut dire en passant que, quelque part, les petits vieux à sonotones sont tous passés à côté d’une aubaine ce samedi à Paris. Mais baste, glissons.)
En gros, la société a préféré annuler lorsqu’elle s’est rendue

compte que la sécurité n’était plus assurée. Et c’était d’autant plus visible que l’ambiance générale était prodigieusement électrique avant même que la distribution ne commence. Qu’on vienne ensuite dire que c’est l’annulation qui a déclenché l’ire de la foule est un peu gros: si celle-ci avait été calme et pondérée, il n’y aurait pas eu d’annulation…
A présent, quelques questions :
1. Pourquoi, justement, tenter à tout prix de dire que c’est l’annulation qui a tout déclenché alors qu’elle est la conséquence de l’ambiance délétère et non l’inverse ? Ne serait-ce pas là une méthode toute simple pour coller un maximum de responsabilité sur le dos de l’organisateur ?
Dans ce cas, si des centaines de racailles jeunes déçus débarquaient et retournaient des voitures en face de la Française des Jeux parce qu’ils n’ont pas gagné au Superloto de vendredi, trouveriez-vous ça normal ? Et pourrait-on dire que ces derniers ont agi ainsi à cause de l’absence de gain provoqué sciemment par la FDJ ? La FDJ serait-elle responsable ?
2. Sachant que la Préfecture était parfaitement au courant, tant de la manif que de sa nature même et des problèmes potentiels de sécurité, que foutaient les autorités qu’on paye grassement de nos impôts pour justement empêcher ce genre de choses ? Ah, oui, c’est vrai : elles étaient prêtes à verbaliser une contravention de 2ème classe.
Ne se ficherait-on pas du monde ? Si on sait qu’à un endroit donné, ça peut dégénérer, on met quelques moyens en face, non ? Ne serait-ce pas d’ailleurs exactement le rôle des forces de l’ordre ?
On peut là encore constater qu’il leur sera plus facile de cogner sur l’organisateur, bien connu, bien seul, bien visible, et solvable, que sur les pourritures jeunes déçus qui ont participé aux exactions et dont un tout petit nombre seulement

devra répondre de ses actes (et encore, répondre très très mollement).
3. Pourquoi dans les autres pays où des happenings exactement semblables ont été organisés, comme par exemple à New-York2, ceci ne s’est pas produit ?
Serait-ce à dire que les jeunes enfants de la nation française sont un peu turbulents et, dans leurs éventuelles déceptions, bouillant de cette vigueur que seule la jeunesse peut excuser ? Mmh ? Non ? Sacrés jeunes, va !
Acte III à présent : devant le bordel obtenu, qui va payer les pots cassés ?
C’est une évidence : l’organisateur, voyons ! Les voyous jeunes déçus ne sont pas responsables. Un peu échaudés, c’est tout. Mais ceux qui ont tout pété, ce sont les organisateurs, hein. La cinquième dimension, vous dis-je.
D’un autre côté, je le répète : c’est plus facile de faire casquer les organisateurs que les jeunes déçus, pour sûr.

suite…

http://www.histoireebook.com/index.php?q=egalite+taxe+bisous

Les idoles de la modernité


 

par Michel Schooyans

 

 

Introduction

La modernité est d’abord un climat de pensée franchement optimiste.
Les grandes découvertes qui démarrent à l’époque moderne donnent aux
hommes une confiance jubilatoire en eux-mêmes. Émancipés des
« préjugés », les hommes, croit-on, vont devenir meilleurs ; ils vont avancer
indéfiniment dans la connaissance d’eux-mêmes et de la nature. Personne
ne met en doute la marche inéluctable de l’humanité vers un avenir radieux.
La modernité apparaît donc comme l’âge d’or du mythe du progrès. Ce
mythe inculque aux individus et aux sociétés l’utopie d’un monde libéré à
jamais de l’ignorance et du mal, de la souffrance et de la mort.
Or si les hommes ont été gavés de promesses fusant dans tous les
sens, ils ont aussi appris, toujours à leurs dépens, à confronter ces
promesses à la réalité. Ils cherchent en vain une corrélation entre progrès
scientifiques et moraux.
Ainsi, à l’optimisme de la modernité succède une crise sans précédent.
Les hommes sont las des montages utopiques prétendant déconstruire le
réel pour en reconstruire un autre, imaginaire. Ils commencent à
déboulonner les idoles. A quoi bon des prouesses médicales qui exigent des
sacrifices humains ? Qu’est-ce qu’un « marché global » inaccessible aux
pauvres de la planète ? Que cache une « gouvernance mondiale » fondée sur
une concentration pyramidale du pouvoir ? Pourquoi revendiquer de
« nouveaux droits » si, pour garantir ceux-ci, les hommes doivent se
soumettre à un pouvoir de plus en plus tyrannique ?
La crise de la modernité pourrait certes pousser au cynisme et au
désespoir, mais pareille dérive n’est pas fatale. Nous avons souvent
rencontré des hommes et des femmes qui s’interrogeaient sur le sens de la
vie et que ne satisfaisait pas la pacotille idéologique. L’écho qu’ont trouvé les
entretiens ici rassemblés nous a rassuré sur un point essentiel : il y a encore
un bel avenir pour les messagers d’espérance.
Dans les entretiens réunis dans ce volume, sont abordés des thèmes,
typiques de la modernité, qui sont au centre des discussions actuelles :
globalisation, souveraineté, éducation, distribution des revenus, terrorisme,
droits de l’homme, démocratie, contrôle de la natalité, stérilisation,
avortement, euthanasie, rôle des médecins dans la société, nouvelle
conception du droit, relations internationales, ONG, action de l’ONU et de
ses agences, etc.

Étant donné que la plupart de ces textes sont difficiles d’accès, des
amis nous ont conseillé d’organiser cette collection. Toutes ces interviews
ont été données dans des circonstances précises, indiquées au début de
chaque chapitre. Plusieurs entretiens ont eu lieu à l’occasion du lancement
d’un livre. Lorsque cela apparaissait opportun, le texte original a été
légèrement retouché ou complété. De toute façon nous avons tenu à
respecter partout la spontanéité du style oral. Les entretiens ont été
regroupés en cinq parties. Les textes se complètent, mais l’ordre selon lequel
ils sont classés n’a que peu d’importance. On peut commencer la lecture à
n’importe quel chapitre. Chaque entretien est autonome et constitue un tout.
C’est ce qui explique qu’il y ait des répétitions, que nous n’avons pas voulu
éliminer.
Comme c’est habituellement le cas, ces entretiens sont des textes de
vulgarisation. C’est pourquoi, afin de ne pas alourdir, nous avons évité les
références en bas de page. Le lecteur intéressé pourra approfondir tous les
points abordés dans les pages que voici en se reportant à nos autres travaux
où ces points sont développés. Nos livres en langue française sont
mentionnés au début de ce volume et on y trouvera toutes les références
souhaitées.
Les entretiens se sont déroulés et ont été publiés en différentes
langues. Chaque fois que c’était nécessaire, nous les avons traduits en
français à partir de leur langue originale.
L’auteur remercie vivement les journalistes et les amis qui ont réalisé
ces entrevues avec une compétence exemplaire : Felipe Araújo (Fortaleza),
Andrés Beltramo Álvarez (México), Rino Bonvini (Fortaleza), Caroline
Chaumont (Paris), Sabine Chevallier (Paris), Josué Costa (Belém de Pará),
François Cwik (Varsovie), Élisabeth de Lavigne (Paris-Rome), Astrid de
Palluat de Besset (Paris), Luca Fiore (Lugano), Antonio Gaspari (Roma),
Maryvonne Gasse (Paris), Agnès Jauréguibéhère (Paris), Loïc Joncheray
(Paris), Enriqueta Lemoine (Caracas), Denis Lensel (Paris), Juliana Matos
Brito (Fortaleza), Laurence Meurville (Paris), Antônio Mourão Cavalcante
(Fortaleza), José María Navalpotro (Madrid), Frei Nuno Serras Pereira
(Lisbonne), Wlodzimierz Redzioch (Rome-Varsovie), Alexandre Ribeiro (São
Paulo), Cláudio Ribeiro (Fortaleza), Sylvain Sismondi (Paris), Demitri
Túlio (Fortaleza). A tous et à chacun nous adressons nos remerciements les
plus cordiaux. Les mêmes remerciements s’adressent également à Anne-
Marie Libert (Liège) qui s’est chargée de la relecture et de la mise en forme
de ces textes, et l’a fait avec le plus grand soin.
M. S.
Louvain-la-Neuve, septembre 2010.

 

 

Chapitre 1

Le goût de la vie

Présentation par Sabine Chevallier1
Michel Schooyans est professeur émérite de l’Université de
Louvain-la-Neuve (Belgique) où il a enseigné pendant vingt-cinq ans la
philosophie politique et les idéologies contemporaines. Il est membre
de l’Académie pontificale des Sciences sociales et de l’Académie
pontificale pour la Vie, consulteur du Conseil pontifical pour la famille.
Michel Schooyans est auteur de nombreux ouvrages d’une portée
internationale. Il est incollable sur la démographie, la globalisation de
l’économie, le libéralisme, dont il dénonce la « dérive totalitaire »…
Mais en arrivant sur le quai de la gare de Louvain-la-Neuve, petite ville
universitaire entre Bruxelles et Namur, où il demeure lorsqu’il n’est pas à un
colloque au Mexique ou en tournée de conférences au Brésil, j’avais plutôt
l’impression que c’est un grand-père débonnaire et attentionné qui était
venu m’y attendre.
Il y a autant d’indulgence et de miséricorde dans son regard que
d’exigence morale et de lucidité dans ses livres. Il est aussi jovial et
gentiment malicieux qu’il sait analyser les programmes onusiens les plus
ardus. Et sa capacité d’écoute, d’effacement, vous inciterait presque à
raconter votre vie quand c’est lui qui a tant de richesses à partager !
Cette fois-ci, je ne m’attarderai pas à l’interroger sur son livre
percutant : La Face cachée de l’ONU (Paris, Éd. Le Sarment-Fayard, 2000).
C’est plutôt la face cachée de Michel Schooyans que j’aimerais découvrir.
D’ailleurs, plaisante-t-il, « je suis en congé de maternité : je me repose de la
sortie de cet ouvrage ! » Si ce dernier livre lui a valu les félicitations de la
reine Fabiola, de Jacques Chirac, de Jean-Pierre Chevènement, et devrait
être présenté à Kofi Annan, ce sont d’abord les petits que Michel Schooyans
sert par ses recherches.

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1 Pour Famille Chrétienne, Paris, 17-23 mars 2001.

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Il est tout juste bachelier et inscrit à la faculté de droit quand l’appel
au sacerdoce lui tombe dessus, en une nuit. « Jacob et l’ange : vous vous
souvenez ? Un ami moine me demanda un jour si j’avais songé à devenir
prêtre… Non, jamais! Je me posai alors la question. Le lendemain, ma
décision était prise. Je ne l’ai jamais regrettée un seul instant: je me
consacrerais, non à la défense des criminels, mais à celle des pauvres et des
pécheurs au tribunal de la confession et du pardon ! » Rapprochant le pouce
et l’index pour montrer la taille minuscule d’un embryon, il ajoute: « Je ne
me doutais pas que ce seraient les tout-tout-petits qu’il me faudrait un jour
défendre… »
Parti dix ans comme prêtre Fidei Donum dans un quartier ouvrier de
São Paulo (Brésil) et comme professeur universitaire, entre 1959 et 1969, il
réfléchit aux idéologies fasciste et communiste, et revient en Europe en plein
débat sur la légalisation de l’avortement. « Un État qui se dit démocratique et
prétend libéraliser l’avortement s’engage sur la voie du totalitarisme en
introduisant une discrimination entre différentes catégories d’êtres humains,
nés et non nés. Au nom de quoi ne l’étendrait-il pas à d’autres: malades,
handicapés, personnes âgées…? », remarque-t-il. Ce fut le point de départ de
toutes ses études… qui hélas se vérifient.
« Ce sont là des problèmes durs, confie-t-il, qui dévorent si l’on n’est
pas arc-bouté à l’Esprit-Saint en invoquant sa grâce et sa force. Mais je suis
de plus en plus persuadé que la Foi affine notre regard, pour saisir
l’invisible, mais aussi pour discerner des formes de mal que l’on perçoit
difficilement avec une sensibilité morale émoussée. »
Derrière ses analyses les plus inquiétantes, cette lumière manifeste
qu’une autre civilisation est possible : celle de la vie et de l’amour. Sans
doute ne soupçonne-t-il pas lui-même combien d’enfants lui doivent la vie…
et d’adultes le goût de la vie !
Le Chemin de Croix (Le Sarment, 2001) qu’il a écrit à la demande du
Pape Jean-Paul II pour le Jubilé des Familles (2000), est traversé par une
célébration de la vie qui le rend joyeux, et par une prière éperdue pour que
cessent tant d’offenses à l’amour. Ce petit ouvrage, « écrit d’une seule
traite », livre sans doute mieux que tous ses autres écrits ses raisons de vivre
et d’espérer. Et a certainement le pouvoir de raviver celles des familles.
« C’est, dit-il, mon testament spirituel. »
Quand il a un peu de temps, Michel Schooyans se met au piano.
Schumann, Schubert… « Je me prépare à l’Éternité… Auprès de l’Auteur de
tant de belles choses, il y a sûrement de la musique ! »

 

 

Première partie

Préparer l’avenir

Chapitre 2

L’avenir d’un pays se prépare dans la famille

Entretien avec Sylvain Sismondi1

L’Europe vieillit de façon inquiétante. Ce phénomène risque de
bouleverser profondément nos sociétés. Michel Schooyans alerte sur les
dangers qui approchent.

1) Vous avez écrit des ouvrages sur l’évolution de la population mondiale.
Quel constat faites-vous sur la situation aujourd’hui ?
Dans un grand nombre de pays, on assiste à un impressionnant
vieillissement des populations. La première cause de ce vieillissement, c’est
la chute de la fécondité. Tous les pays d’Europe se trouvent au-dessous du
seuil de renouvellement. A cela s’ajoute un autre facteur : l’augmentation de
l’espérance de vie, liée aux progrès de la médecine. Alors qu’aujourd’hui 7 %
de la population mondiale a 65 ans ou plus, en Europe ce pourcentage
s’élève à 15 % et ne cesse d’augmenter.

2) Quelles sont les causes profondes de ces mutations ?
La cause de vieillissement la plus importante est la chute de la
fécondité. Dans nos sociétés, l’idéologie néo-libérale exalte l’individu à
l’extrême. Pour le séduire, le néo-libéralisme s’attaque à la famille.
Aujourd’hui, le père et son enfant ont les mêmes droits. L’âge de la majorité
ne cesse de baisser, de même que celui de la « maturité affective et sexuelle »
des enfants. L’État flatte également l’individu en créant des lois qui facilitent
le divorce ou qui donnent un statut au « mariage » de personnes de même

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1 Pour Paris Notre-Dame, n° 1125, 26 janvier 2006.

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sexe. De nombreux facteurs de ce type fragilisent la famille, au point qu’il
devient difficile pour les jeunes de s’engager, de rester fidèles, d’envisager
d’accueillir plusieurs enfants.
La chute de la fécondité a aussi d’autres causes : l’usage de plus en
plus fréquent des moyens contraceptifs et la banalisation de l’avortement.
Ces comportements face à la fécondité et face à la famille sont encouragés
par certains organismes afin, notamment, de contrôler le taux de croissance
des populations pauvres.

3) Qui veut contrôler la croissance des populations et pourquoi ?
L’ONU et certaines de ses agences, comme le Fonds des Nations Unies
pour la Population (FNUAP), l’UNICEF, l’UNESCO, l’Organisation Mondiale
de la Santé (OMS), etc. essayent d’imposer une nouvelle conception des
droits de l’homme. Dans ce but, on n’hésite pas à divulguer des expressions
piégées. Ainsi sous des vocables comme la « santé reproductive » ou la
« maternité sans risque » se cache le « droit » à l’avortement. Dans ce
domaine, l’Union Européenne est particulièrement impliquée. En fait nous
assistons à l’émergence d’une nouvelle conception de l’homme et de ses
droits, qui met radicalement en question la notion de dignité intrinsèque de
la personne. On glisse peu à peu vers une dignité à géométrie variable, qui
dépend des capacités de la personne, de son pouvoir d’achat ou de sa
« rentabilité ». De nouvelles formes d’eugénisme apparaissent.
Une autre raison de cette « politique » a ses racines dans la vieille
idéologie malthusienne, qui remonte à la fin du XVIIIe siècle. Malthus affirme
que le fossé entre les ressources alimentaires et le nombre d’hommes ne
cesse de grandir, au point que nous courons à la catastrophe. Selon le
célèbre pasteur anglican, il faudrait donc contrôler la croissance des
populations. Or aujourd’hui, il est clair que l’homme a une capacité de
produire de l’alimentation qui dépasse de loin les besoins de la population
mondiale. Ce qui manque, c’est une volonté politique pour une plus juste
distribution et une meilleure maîtrise de la production excédentaire.

4) Quelles sont, à moyen terme, les conséquences du vieillissement des
populations ?
Impossible d’être exhaustif. Nous développons ce point dans Le crash
démographique (Paris, Éd. Le Sarment-Fayard, 1999). Mais pointons au
moins quelques conséquences. A l’horizon de 2030 en Europe, trois
personnes qui travaillent (en espérant qu’elles aient trouvé un emploi…)
devront soutenir une personne dépendante âgée. Et ne perdons pas de vue

que, dans le même temps, il faudra subvenir aux besoins des enfants (s’il y
en a…). Dans cette situation, on privilégiera les personnes âgées. En effet,
celles-ci, à la différence des enfants, ont un poids électoral important. Au
lieu de favoriser l’éducation, la formation, la préparation à l’emploi, le
logement pour les jeunes couples, etc., les subventions iront plutôt, en un
premier temps, vers des structures sociales pour personnes âgées. Nous
verrons donc se développer des tensions entre générations. De plus, comme
nous n’aurons plus assez de jeunes actifs, nous ferons venir des jeunes
étrangers. Il faudra former ceux-ci, les intégrer. Souvent, ces jeunes
étrangers de la première génération feront venir leurs parents. Il saute aux
yeux qu’il y aura bien des tensions culturelles à gérer ; elles seront plus
fréquentes et plus profondes que celles qu’on a connues jusqu’à présent.
Faute d’enfants, la vie économique risque également de s’installer dans la
récession. Souvent accentué par l’augmentation de la productivité, le
déséquilibre entre l’offre et la demande ne cessera d’augmenter ; il entraînera
« restructurations » et chômage. Dans ce contexte, ce qui inquiète le plus,
c’est que, en un second temps, l’euthanasie sera –et est déjà– proposée
comme une solution à la crise dont la cause principale est à chercher dans
le déficit démographique.

5) Face à ce scénario catastrophe, quelle est la solution ?
Il faut voir ce qu’on entend par scénario. Si l’on entend par là la trame
d’une pièce de théâtre ou l’histoire contée dans un roman, le mot scénario ne
convient pas ici. Mais si on entend par là l’évolution prévisible d’événements
constatables aujourd’hui, alors on peut parler de scénario. Et il serait
irresponsable de ne pas le prendre au sérieux. Les fameuses pyramides des
âges, qui mettent en évidence la structure par âge, les tranches d’âge d’une
population à un moment donné, nous donnent des indications sûres
concernant l’avenir d’une population. En effet, en l’absence de toute
migration, il est strictement impossible que l’effectif de la population de
n’importe quelle tranche d’âge puisse augmenter sur la pyramide. Tous les
facteurs de crise que nous avons pointés ont leur cause principale dans
l’atonie démographique observée des populations européennes.

6) La situation est donc très préoccupante. Y a-t-il une solution ?
De nombreuses études convergent et s’accordent à dire que, bien
formés, bien éduqués à tous les niveaux, les enfants sont l’avenir et la
richesse des nations. Adam Smith le disait déjà à propos de l’Amérique, au
livre I, chapitre 8 de son célèbre ouvrage. C’est le « capital humain » qui

permet de créer, d’inventer, de faire vivre et prospérer une nation. L’avenir
de toute société se prépare dans la famille, lieu par excellence où l’enfant
apprend les bases intellectuelles, morales et religieuses de la vie en société.
Un enfant évoluant dans une famille fragilisée est en fait discriminé parce
qu’il n’a pas le père ou la mère dont il a besoin. Un enfant issu d’un papa et
d’une maman n’ayant ni frères ni sœurs ne saura jamais ce qu’est un oncle,
une tante, des cousins et des cousines. C’est dans le milieu familial que
l’enfant s’épanouit, affermit sa personnalité et développe ses potentialités.
L’éducation bien comprise a un impact sur la société tout entière. Quand
une mère choisit librement de rester au foyer pour s’occuper de ses enfants
et de sa famille, elle joue un rôle capital dans la construction d’une société.
C’est pour cela que la famille doit être soutenue, et que l’accueil généreux
des enfants doit être encouragé.

 

Chapitre 3

Enfants de la rue, richesse de la nation

Entretien avec Antônio Mourão Cavalcante et Rino Bonvini1
Professeurs à la Faculté de Médecine de l’Université Fédérale du Ceará
Le Père Michel Schooyans est fréquemment invité à Fortaleza
comme conférencier ou professeur visiteur, dans le cadre de cours de
post-graduation. A ces occasions, il est toujours sollicité pour participer
à des programmes de radio ou de télévision ou à donner des entrevues
dans les journaux de la capitale de l’État, ou encore à donner des
conférences dans le cadre de l’Université sans Frontières. L’entrevue
que voici offre la particularité d’avoir été recueillie à l’occasion d’une
rencontre informelle et amicale, durant laquelle deux professeurs
universitaires du Ceará ont « posé des colles » à leur collègue de
Louvain.

1) Existe-t-il aujourd’hui une tendance commune en ce qui concerne
l’avenir de la population mondiale ?
Contrairement à ce que l’on dit souvent, on observe actuellement,
partout dans le monde, une tendance à la baisse de la fécondité. Déjà en
1997, la Division de la Population de l’ONU a reconnu ce fait. La fécondité
c’est le nombre moyen d’enfants qu’une femme a pendant la période féconde
de sa vie, de 15 à 49 ans. Plus précisément, ce que l’on appelle l’indice de
fécondité est en train de baisser partout. Le nombre moyen d’enfants par
femme diminue dans le monde entier. Maintenant, si le phénomène est
général, la rapidité qui le caractérise varie selon les régions, les villes, les
États, les différentes parties du monde. Remarquons à ce propos qu’on ne
peut guère parler de la population du monde ; il vaut mieux parler des
populations du monde. La tendance à la baisse est particulièrement

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1 O Povo, 8 décembre 1999.

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remarquable dans les pays européens, où parfois, les décès dépassent les
naissances. Pour qu’une population se renouvelle, il faut 2,1 enfants par
femme. Il est donc clair que dans les pays où les conditions de vie ne sont
pas les meilleures, le seuil de renouvellement de la population devrait être
supérieur à 2,1. C’est le cas du Brésil.
Mentionnons encore un autre paramètre : l’âge médian. C’est l’âge qui
divise une population en deux parties égales : une partie qui a plus de tant
d’années, et une autre partie qui a moins de tant d’années. Dans le cas de
l’Europe occidentale, l’âge médian actuel est de l’ordre de 39 ans mais l’on
prévoit qu’à l’horizon de l’année 2050 cet âge médian pourrait atteindre 54
ans.
L’évolution de ces différents indicateurs confirme qu’il n’y a pas de
danger d’explosion démographique, mais qu’il y a plutôt danger de
vieillissement et, dans différents cas, d’implosion démographique. Ces
tendances sont forts préoccupantes et donnent lieu à des conséquences que
nous pouvons prendre en considération.

2) Quels sont les points forts sur lesquels pourraient se focaliser
l’attention et la mission de l’Église en ce début du troisième
millénaire ?
Il est clair que la tendance que nous décrivions ci-dessus révèle une
certaine lassitude de vivre. Une certaine fatigue, peut-être même un certain
désespoir. Aujourd’hui nous constatons une tendance à la consommation
effrénée, surtout dans les pays dits développés ou dans les segments nantis
des sociétés des pays en développement. Cette tendance s’expose
spécialement à la fin de l’année civile et de ses fêtes. Cela devrait susciter
une réflexion de la part des catholiques. Nous devons redécouvrir quelques unes
des valeurs évangéliques. Par exemple, une certaine austérité de vie.
Cela ne signifie pas que nous devions retourner à l’âge des cavernes, mais
que nous devons refuser de devenir esclaves de biens de consommation.
Nous devons contenir, contrôler nos désirs, prendre des décisions
responsables et raisonnables au moment d’acheter une maison, de choisir le
mobilier, de changer de voiture.
D’autre part, ainsi que le recommande l’Évangile, nous devons susciter
la préoccupation du partage. Partager signifie nous détacher de certains
biens que nous aimerions conserver, mais que nous décidons de partager
avec d’autres. Un des problèmes les plus criants du monde actuel, c’est
justement la concentration fabuleuse de richesses. Une partie de la
population de la planète –environ 20 %– vit fort bien, pendant qu’une
immense majorité de l’humanité vit dans des conditions très précaires.
Même dans les régions les plus pauvres du monde, il y a des distorsions très

graves entre les différentes strates de la population. Les uns disposent de
beaucoup de ressources alors que les autres disposent à peine de l’argent
suffisant pour acheter de quoi manger aujourd’hui. Il est scandaleux qu’à
l’époque où l’on marche sur la lune, ou que l’on projette des conquêtes
spatiales extravagantes, plus d’un milliard d’hommes et de femmes vivent
en-dessous du niveau de pauvreté absolue. Quand existent et même
surabondent les ressources pour alimenter et pour faire vivre décemment
toute cette population, que cette situation s’observe encore aujourd’hui est
simplement inadmissible. Et ce que nous constatons est d’autant plus
inadmissible que nous avons la possibilité de provoquer des changements.
Cette possibilité met en évidence l’existence d’un problème moral, d’un refus
de décisions personnelles et politiques pour affronter ces situations.

3) En fin de compte, Malthus n’aurait-il pas raison ?
La prévision catastrophique de Malthus est bien connue : alors que les
ressources alimentaires croissent selon une progression arithmétique, la
population augmente selon une progression géométrique. Au grand banquet
de la nature, le couvert n’a pas été mis pour tout le monde. Seuls les plus
aptes parviennent à accéder aux aliments et à survivre ; la nature
sélectionne les plus forts et élimine les moins doués. Par leur propre
pauvreté, les pauvres –dit-on– manifestent qu’ils sont moins doués. S’ils
s’obstinent à prétendre avoir accès à la table garnie, les portions du gâteau
disponible vont être de plus en plus réduites et tout le monde va finir par
avoir faim. La seule solution consiste à convaincre les pauvres d’avoir le
moins d’enfants possible. On leur recommande donc en particulier le
mariage tardif, donc la « restriction morale ». Ceux qui sont mus par un faux
sentiment de compassion sont des irresponsables, comme le sont ceux qui
invoquent le précepte évangélique recommandant d’aider les pauvres. Ils ne
respectent pas la « loi de la nature », qui ordonne la survivance des forts et
l’élimination des faibles. La société est violente comme la nature est violente.
Répandue d’abord dans les milieux anglo-saxons, cette idéologie a été
divulguée et prêchée par des gouvernements, des agences publiques ou
privées, de nombreuses ONG, dans les médias, les milieux académiques, etc.
En réalité ces prévisions de Malthus, toujours répétées, ont été
démenties dès le début par les faits. Au tournant des XVIIIe et XIXe siècles,
Malthus prétendait que l’Angleterre n’était pas capable de comporter une
population de plus de 10 millions d’habitants. Or, nous savons aujourd’hui,
par la démographie historique, que quand Malthus soutenait cette thèse,
l’Angleterre avait déjà dépassé le seuil de 10 millions d’habitants !

4) Vous en arrivez à insinuer que la faim n’est plus un problème
tellement préoccupant pour la communauté humaine…
De fait, d’un point de vue purement technique, aujourd’hui le
problème n°1 n’est plus la faim. Les famines qui existent aujourd’hui sont
toutes le résultat de l’ignorance, de l’inexpérience, de la paresse, de la
corruption et aussi des guerres, comme on l’a vu au Darfour et dans d’autres
pays d’Afrique ou d’Asie.
Heureusement, nous avons de nombreux exemples qui vont en sens
contraire. Le cas de l’Inde est tout à fait remarquable. Aujourd’hui, l’Inde
alimente une population de plus d’un milliard d’habitants. Je n’ignore pas
que subsistent des problèmes gravissimes, problèmes qui d’ailleurs sont
étroitement liés au système des castes. Mais même ainsi, il convient de se
demander à quoi est dû ce changement très positif. Ce changement est dû
avant tout à ce qu’on a appelé la Révolution Verte. L’Inde a pris des mesures
très appropriées du point de vue scientifique, politique, économique, en
accueillant les découvertes de Norman Borlaug, presqu’inconnu de l’opinion
publique, et pourtant un des plus grands bienfaiteurs de l’humanité au XXe
siècle. Grâce aux études qu’il avait commencées au Mexique, il est parvenu à
élaborer de nouvelles variétés de céréales qui ont été acclimatées en Inde et
sont maintenant exportées
Cela montre que quand un être humain veut réellement affronter la
question de la faim, il est parfaitement capable de le faire. Les frontières de
la créativité humaine sont indéfinies et indéfinissables : il est heureux que
nous ne puissions lui fixer des limites.
Un autre cas qui peut être évoqué est celui de l’Union Européenne,
pour laquelle le problème n’est pas la production des aliments mais la
contention, le contrôle et même la réduction de la production alimentaire !
Cela signifie, une fois de plus, que les problèmes politiques et de morale
politique sont aujourd’hui les plus aigus qui existent.

5) Mais alors, manque de fondement le discours tant de fois répété qui
prétend que pour qu’il y ait développement, il est indispensable qu’il y
ait contrôle de la natalité ?
Que ce soit dans sa forme originaire, ou que ce soit dans ses
expressions contemporaines, la vulgate malthusienne ne tient pas la route.
Là où les gouvernants font bien leur job, une population jeune stimule le
dynamisme et donne des ailes à l’espérance. Les nouvelles générations
incitent les générations adultes à investir dans l’homme, dans l’éducation,
dans la formation des enfants.

Ce que je vais dire maintenant est un peu paradoxal et à première vue
choquant. Aujourd’hui, des études parmi les plus autorisées mettent en
évidence que les ressources naturelles c’est quelque chose qui n’existe
purement et simplement pas. Ce qui fait d’une chose une richesse, c’est
l’action de l’homme. Les Indiens d’Amérique ont vécu pendant des siècles sur
des gisements de pétrole, sans découvrir que cette chose pouvait être
transformée en richesse.
Beaucoup d’autres exemples pourraient être évoqués. Aujourd’hui, en
Allemagne, on a beaucoup poussé les études relatives à la géothermie, c’est à
dire l’étude de la température dans les profondeurs de la terre pour
éventuellement produire de l’énergie. Le vent est une chose tout à fait
banale, ordinaire, abondante. Mais l’être humain est capable de maîtriser le
vent et de le transformer en une source de richesse, d’énergie utile. Depuis
des siècles, les Espagnols ont découvert que le vent pouvait servir à moudre
le blé. Les Hollandais y ont ajouté le recours au vent pour assécher les
polders. Toutes les grandes découvertes ont été faites de cette façon, c’est à dire
à partir de l’intervention de l’être humain. Dans l’histoire des sciences et
de la technologie apparaissent ainsi le charbon, le pétrole, les centrales
hydro-électriques, l’énergie des marées, l’atome, etc. Tout développement
résulte non de choses naturelles qui seraient là, à notre disposition, mais de
l’intervention humaine sur ces choses naturelles.
En termes théologiques, nous pourrions dire que Dieu n’a pas voulu
nous donner un monde parfait, achevé. Il nous a d’abord donné notre
intelligence et notre liberté responsable, notre volonté. En second lieu, il
nous a donné un environnement dans lequel nous pouvons vivre et dont
nous devons être de bons gérants. Il nous a confié la mission d’être de bons
administrateurs de ce trésor, grâce à nos talents.

6) Permettez-nous d’insister. Il faut se réjouir de la capacité inventive de
l’être humain, une capacité que vous avez soulignée avec beaucoup de
force. Mais cela n’empêche pas que les êtres humains aient aussi,
semble-t-il, une formidable capacité de se reproduire. Cette capacité ne
pourrait-elle pas en arriver à compromettre les bénéfices découlant de
la créativité humaine ? En peu de mots, est-ce que la population n’est
pas un obstacle au développement, une cause de pauvreté ?
Les plus grands économistes contemporains sont unanimes à
reconnaître que le grand danger qui résulte des campagnes de contrôle de la
natalité est que ces campagnes font obstacle à l’essor du capital humain. Ce
qui risque de manquer, ce ne sont pas ce qu’on appelle habituellement les
ressources naturelles, c’est le capital humain. Les grands économistes de
l’École de Chicago, par exemple, reconnaissent unanimement l’importance

fondamentale de l’être humain pour l’avenir heureux de l’humanité.
Évidemment, ils ont en vue l’être humain instruit, préparé du point de vue
caractère, du point de vue moral, et, ajoutons-nous, religieux.
Il s’ensuit que comme le disait souvent le pape Jean-Paul II, nous
devons en revenir à une culture de la vie. Les campagnes antinatalistes
s’inspirent des idéologies lugubres de la culture de la mort. Les programmes
de stérilisation sont eux-mêmes l’expression d’une fascination de la mort,
d’un rejet de la vie. Il s’agit d’une espèce de mort préventive, de mort anticipée
que l’on provoque en recourant à des pratiques violentes et totalement
contraires aux droits de l’homme. Mutiler une femme, est-ce là une manière
crédible d’honorer sa dignité ? Circonstances aggravantes : il est établi
qu’une proportion élevée de ces stérilisations sont forcées ou coercitives. Ces
pratiques blessent gravement le droit de la femme à son intégrité physique et
à sa dignité.

7) Dans le discours antinataliste, apparaissent également des
considérations écologiques. L’être humain serait le grand responsable
de la détérioration de la planète. Il faudrait par conséquent définir
des quotas d’hommes admis à occuper la terre.
Aujourd’hui existe effectivement une tendance à réinterpréter la
Déclaration des Droits de l’Homme de 1948, en altérant substantiellement le
sens qu’avaient voulu leur donner les rédacteurs de ce texte. Cette
Déclaration était anthropocentrique. En syntonie avec toute la tradition
juridique occidentale depuis Cicéron et en consonance avec toute l’histoire
politique, cette Déclaration considère que l’être humain se détache des
autres créatures, qu’il est le centre du monde. Cette Déclaration reconnaît
que tout homme doit être respecté, a le droit à la vie et à l’intégrité physique
et psychologique ; que toute discrimination doit être condamnée ; que
l’homme est libre de s’associer, de s’exprimer, de pratiquer sa religion, de se
marier, d’être éduqué et ainsi de suite.
Or il existe actuellement, surtout dans des agences directement liées à
l’ONU, une tendance à considérer que l’être humain n’est qu’une parcelle
fugace, éphémère de l’univers matériel. Cela signifie que nous devrions
abandonner l’anthropocentrisme traditionnel. Et de même que l’être humain
est le résultat d’une évolution purement matérielle ; de même ce même être
va disparaître définitivement de la scène environnementale à la fin de sa vie.
Il n’y a pas d’au delà de la mort. L’horizon de l’individu humain, c’est sa
mort.
D’où l’intérêt pour l’éthologie, qui étudie le comportement des espèces
animales. Selon ces éthologistes, nous descendons d’animaux et pour
comprendre comment nous devons nous comporter, nous devons étudier le

comportement des animaux. Tel est le chemin qui devrait nous conduire à
découvrir une « éthique naturelle » nouvelle. Évidemment, dans cette
perspective, la dimension instinctive de ce comportement est fortement
soulignée.
Cette vision où se croisent écologie et éthologie est nouvelle. Comme
on peut l’observer, elle est fortement marquée par le New Age. Nous
connaissons depuis longtemps une écologie plus soft, une écologie douce,
qui affirmait avec raison que nous devons soigner la nature, que nous
devons éviter tout ce qui pollue l’atmosphère et le milieu ambiant, que nous
ne pouvons pas gaspiller les biens matériels qui se trouvent à notre
disposition. Cependant, la nouvelle écologie est radicale et totalement athée,
matérialiste, païenne. Il n’existe qu’une grande réalité, une réalité unique
dans laquelle l’être humain est immergé, dans laquelle son individualité va
peu à peu se diluer définitivement.
A partir de ces principes on tire diverses conclusions. La plus
significative de celles-ci est que l’être humain doit se soumettre au cosmos.
Loin d’être le gérant responsable du cosmos, l’homme doit s’incliner devant
lui, se soumettre au déterminisme, à la moïra des Anciens. L’homme doit
accepter les lois de la « morale naturelle » entendue dans un sens
inadmissible, puisqu’il s’agit d’une soi-disant « éthique » dictée par le milieu
ambiant. L’être humain doit accepter de se soumettre à ses instincts et
tendre à maximiser ses plaisirs.
Nous voici en présence d’un remake, d’une expression nouvelle du
monisme panthéiste cosmique combiné avec une nouvelle formulation de
l’épicurisme, doctrine exaltant le droit au plaisir individuel, dont l’expression
la plus évidente se rencontre aujourd’hui dans le New Age. De fait, ces idées
sont par exemple exposées dans un livre de Marilyn Ferguson, qui explicite
ce que nous venons de résumer, montrant que nous devons accepter cette
condition qui est la nôtre. Par conséquent, selon ce courant, le discours sur
les droits de l’homme classiques, traditionnels, doit être mis de côté au profit
de l’émergence d’une nouvelle vision de l’être humain, et de sa situation
dans le monde.

8) Le tableau que vous venez d’évoquer devrait entraîner des
répercussions politiques graves surtout à l’époque de la
globalisation ?
De fait, cette évolution est réellement inquiétante et devrait entraîner
des implications politiques très graves. Ce que nous venons d’expliquer, qui
vaut pour les individus, est extrapolé au niveau des communautés
humaines, spécialement au niveau des nations. Nous touchons ici une des

interprétations de la globalisation. Il convient d’être attentif aux pièges que
certaines peuvent comporter.
Au nom de la globalisation, des individus doivent accepter la situation
qui est la leur dans le cosmos ; leur autonomie, leur liberté, mais aussi leur
responsabilité personnelle se trouvent hypothéquées. La même chose se
passe au niveau des nations : dès maintenant, celles-ci ne peuvent plus
revendiquer leur autonomie. Elles doivent abandonner leur prétention à être
souveraines. Elles ne sont, elles aussi, qu’un rouage dans la grande machine
du cosmos. Cela signifie que, comme les êtres humains, les nations doivent
accepter les lois de la nature, énoncées par ceux qui se flattent d’en
connaître les lois. Ils doivent se soumettre à une technocratie supranationale
pléthorique, et qui va dire « au nom du bien supérieur du cosmos », et par
conséquent de l’humanité, quel est le rôle qui échoit à telle nation ou à tel
individu.
Selon ceux qui définissent le « politiquement correct », le Brésil, par
exemple, ne devrait pas s’accrocher à sa souveraineté sur l’Amazonie ; il
devrait même être privé de sa souveraineté sur cette immense région. Le
prétexte invoqué, c’est que l’Amazonie doit être considérée comme
« patrimoine commun de l’humanité ». Les arguments invoqués se présentent
de la façon suivante : le Brésil ne parvient pas à bien administrer
l’Amazonie. Or celle-ci est un bien commun de l’humanité. Il est donc urgent
de prendre des mesures pour aliéner le Brésil de sa souveraineté sur ce
territoire. Tel est le refrain que l’on entend avec une fréquence croissante.
Avant, durant et après la célébration du Millenium, en l’an 2000,
plusieurs assemblées générales ou spéciales de l’ONU, plusieurs réunions
d’organismes spécialisés, plusieurs forums d’ONG sélectionnées avec soin, se
sont engagées à obtenir un consensus mondial sur cette nouvelle vision de
l’être humain et du monde.

9) Jusqu’à présent, notre conversation a eu une tonalité nettement
« programmatique » ; vous avez procédé à une mise en perspective. Et il
est important de ne jamais oublier cette vision synthétique et
universelle. Non moins importante cependant est la perspective qui est
propre à l’individu. Que peut faire un simple individu pour contester
un courant aussi puissant ? Que peut faire le chrétien en tant que
simple individu ?
Le chrétien en tant qu’individu ? J’avoue que je n’aime pas beaucoup
cette expression. En réalité, le chrétien est toujours un membre de la famille
humaine, un membre d’une famille concrète, un membre de la famille des
croyants, de ceux qui ont la foi, de ceux qui aiment. Tout être humain fait
partie de la grande communauté de ceux qui ont un cœur capable d’aimer. Le

chrétien doit irradier l’amour. Il ne se borne pas à abriter l’amour au fond de
lui-même ; mais il rayonne d’amour. Dans l’épître aux Galates, Saint Paul
écrit que le chrétien doit manifester l’efficacité de sa foi à travers une activité
imprégnée d’amour. C’est ce que dit également Saint Jean, en d’autres mots,
dans sa Première Lettre. Saint Jacques ne dit pas autre chose dans l’unique
épître qu’il nous a laissée. En fin de compte, tel est le message central de
tout l’Évangile.
Il s’ensuit que la première chose que nous devons faire, c’est de nous
mettre en question personnellement. Que puis-je faire, moi, avec mes
qualités et mes limites ? Que puis-je faire grâce à mes compétences, grâce
aux opportunités dont je dispose dans le monde qui m’entoure, grâce aux
relations privilégiées que j’ai dans la société ? Que puis-je faire pour
sensibiliser les autres, pour les informer, pour les responsabiliser ?
C’est un devoir du chrétien de partager ce qu’il sait et ce qu’il
expérimente, et cela vaut même du point de vue scientifique. Aujourd’hui,
dans beaucoup de milieux scientifiques, on occulte l’information. Nous
devons au contraire apprendre à partager l’information. A communiquer.
Nous savons que l’information est étroitement liée au pouvoir. Mais
justement la concentration de l’information et l’occultation de l’information
sont de nouveaux types de péchés, de nouvelles formes d’avarice, que le
chrétien doit dénoncer. Nous sommes trop influencés par une vision
néolibérale et même mercantile de la propriété intellectuelle. Nous
considérons le savoir comme objet de propriété. Cet égoïsme radicalisé
bloque la mobilité sociale et doit être dénoncé.
En second lieu, ce qui est fondamental, c’est que nous devons nous
organiser. Le livre de l’Ecclésiaste regrette la situation de l’homme isolé,
abandonné, et par conséquent vulnérable. Ceux qui veulent détruire la
famille savent cela. Quand on détruit la famille, il est plus facile de contrôler
la personne humaine et de monitorer la société. C’est pourquoi nous devons
affronter les programmes d’ingénierie sociale qui manipulent les individus,
les mentalités et l’opinion publique comme si les hommes étaient des pions
dans un jeu d’échec.
Nombreuses sont les opportunités qui s’offrent à nous pour stimuler et
organiser ce travail de transformation de la société : pressionner les hommes
politiques, occuper les tribunes qui s’offrent à nous dans les journaux, à la
radio, à la télévision. Pressionner même nos amis, en utilisant toutes les
tribunes accessibles, afin de sensibiliser un public aussi large que possible
au sujet des questions concernant l’avenir de la société humaine.
Nous devons également continuer à défendre la famille. Non comme
une réalité purement privée, mais comme une réalité qui intéresse la
communauté humaine et ecclésiale. Très souvent les moralistes catholiques
ont une vision assez privatisante de la famille. Voyez, par exemple, les traités
de morale conjugale. Il ne s’agit pas de sous-estimer cette morale conjugale

classique. Évidemment, il convient d’exposer les questions relatives à la
fidélité, à la fécondité, à la paternité responsable, à l’éducation des enfants,
etc. Mais il arrive aussi que nous oubliions de souligner que la famille est
aussi un bien pour la société et pour l’Église. Et cela nous devrions le dire
avec beaucoup de force. Cela permettrait à beaucoup de couples en difficulté
de découvrir de nouveaux motifs pour consolider et sauver leur relation.
Découvrir le rôle qu’une famille peut jouer dans la société est un motif
supplémentaire pour que la famille s’unisse et pour qu’elle soit féconde, non
seulement au niveau restreint du foyer, mais au niveau de la communauté
et de la société.

10) N’y a-t-il pas dans la société brésilienne un cercle vicieux : lorsqu’elle
tâche de former le capital humain, la famille doit pouvoir compter sur
l’appui de l’école. Mais le système scolaire, de son côté, est aux prises
avec de graves difficultés et il ne peut pas toujours compter sur
l’appui de la famille ?
La difficulté que vous mentionnez est criante ; famille et école sont en
crise, mais l’une a besoin de l’autre pour sortir de cette crise. La question est
certes complexe et je me limiterai à proposer une réponse brève, mais
touchant un point essentiel qui interpelle aussi bien nos gouvernants que les
responsables de l’éducation catholique.
Je suis toujours impressionné par la présence au Brésil de tant et tant
d’institutions d’éducation gérées par des congrégations religieuses. C’est une
chose merveilleuse, excepté sur un point qui m’étonne. Généralement ces
instituts atteignent seulement les enfants provenant des classes moyennes
ou supérieures, qui ont un pouvoir acquisitif relativement élevé, et même la
capacité d’acquérir, je dirais même d’acheter, le savoir.
Or, ces jours-ci, alors que je me promenais dans les rues de Fortaleza,
j’ai eu un songe. J’ai rêvé que le gouvernement avait décidé d’entrer en
contact avec les communautés religieuses éducatrices, demandant à ces
congrégations d’ouvrir leur recrutement à l’inscription de garçons et de filles
de la classe pauvre. Le réseau scolaire privé existe ; il est disponible, avec
des bâtiments, des professeurs et tout ce qu’il faut. Serait-il tellement
compliqué d’élargir et d’ouvrir ce réseau, donnant des subventions publiques
au prorata du nombre de garçons et de filles pauvres qui seraient accueillis
dans ces établissements ? Serait-il si difficile de faire une réforme tributaire
pour alimenter cette réforme scolaire ? La réforme scolaire ne serait-elle pas
plus urgente encore que la réforme agraire ? Serait-il si choquant de
conditionner la reconnaissance officielle des diplômes des écoles privées à
l’accueil, par celles-ci, d’un contingent significatif d’enfants de la rue ? Sans
une décision héroïque de ce type, beaucoup de ces gamins et de ces gamines

ne pourront jamais accéder à l’école. L’exemple venant des institutions
catholiques entraînerait l’ensemble des institutions privées. A défaut de
prendre la tête de ce mouvement, les institutions éducatives catholiques
risqueront d’être submergées par la concurrence venant des écoles privées à
caractère nettement commercial.
Dans le cas spécifique des institutions catholiques, un projet de ce
genre permettrait à beaucoup de congrégations de revenir à l’esprit de leur
fondateur et d’attirer de nouvelles vocations. De fait, dans l’histoire de ces
vocations, il apparaît que les fondateurs se sont presque toujours présentés
comme des éducateurs préoccupés par la formation intégrale des enfants
pauvres.
Tel a été mon rêve. Un rêve qui a commencé à se transformer en réalité
quand je suis revenu à moi et que je me suis retrouvé dans les rues du Bon
Jardin, quartier populaire de Fortaleza, où le Père Rino a lancé un projet
éducatif pilote.

11) Quels sont les autres chemins qui s’ouvrent pour affronter ces
difficultés enracinées dans le préjugé conservateur qui discrimine a
priori les pauvres ? Pourquoi cette peur d’intégrer les pauvres ?
Pourquoi ne pas en finir une fois pour toutes avec le dualisme de la
société brésilienne ?
Parmi les autres pistes qui pourraient être exploitées, une des plus
importantes consisterait, pour les chrétiens et pour tous les citoyens de
bonne volonté, à ouvrir beaucoup plus la voie au dialogue avec les forces
pensantes du monde. Dans cette perspective, à l’Académie Pontificale des
Sciences Sociales ainsi qu’au Conseil Pontifical pour la Famille, nous faisons
des expériences très enrichissantes. C’est surtout le cas à l’Académie, où
vivent en dialogue constant des personnalités faisant autorité dans le monde
scientifique, mais qui ne sont pas nécessairement chrétiennes. Par exemple,
à l’Académie des Sciences Sociales, nous avons le privilège d’avoir parmi les
membres un économiste de réputation mondiale, Juif, Professeur à
l’Université de Stanford ; il s’agit de Kenneth J. Arrow, Prix Nobel
d’Économie en 1972. Plus récemment a été élu également le Professeur
Joseph Stiglitz, lui aussi Prix Nobel d’économie en 1992. Au Conseil pour la
famille, nous comptons avec la collaboration d’un autre économiste de
réputation mondiale, Gary S. Becker ; lui aussi est juif ; il est professeur à
l’université de Chicago. Il a reçu le prix Nobel d’Économie en 2001. Les
échanges avec des personnalités de ce niveau présentent un intérêt
incomparable si nous voulons approfondir la réflexion chrétienne, motiver
les chrétiens en vue de l’action et être davantage crédibles dans la société
civile. Nous vivons dans un monde trop fermé ; nous devons nous ouvrir

davantage aux Sciences Humaines, aux Sciences Économiques et en
particulier à la Géographie humaine et à la Démographie. Il est surprenant
de constater qu’il s’agit là de domaines qui retiennent relativement peu
l’attention des théologiens actuels. Cette piste me paraît pourtant
primordiale.
Une autre piste que l’on explore actuellement aux prix de certaines
difficultés, c’est la piste oecuménique. Faut-il attendre que soit réalisée l’unité
doctrinale avant de tenter de faire ensemble la vérité ? Il est vrai que sur ce
point particulier, comme sur d’autres, nous sommes aux prises avec de
grandes difficultés. Certaines dénominations chrétiennes en arrivent parfois
à prendre des positions malheureuses. Cependant cela ne signifie pas qu’il
n’y ait pas de possibilité d’accord et de coopération, spécialement avec les
grandes confessions protestantes, luthérienne et calviniste, avec les
anglicans et les orthodoxes. Mais curieusement, ces pistes sont peu
explorées actuellement.
Nous avons également un réseau d’universités catholiques à échelle
mondiale. Certaines ne sont catholiques que de nom, et il peut arriver que
telle ou telle université ne soit pas d’un niveau scientifique élevé. Cependant,
les problèmes actuels sont si complexes qu’ils mériteraient d’être abordés en
priorité par les universités catholiques. Certaines universités sont des lieux
où l’on transmet un savoir qui n’interpelle pas l’establishment, qui ne
perturbe pas la paix académique. Il faut renoncer à transmettre un savoir
plus ou moins ronronnant, partir à la recherche de nouveaux savoirs et
explorer de nouveaux champs qui s’offrent à la recherche scientifique et
débouchent sur l’action pour le bien de la société. Nous les catholiques,
nous disposons trop souvent, avec ces universités, d’un instrument cher,
inadapté, peu performant et souvent mal utilisé.

12) A ce propos, n’est-il pas un peu surprenant de constater que des
chrétiens se sont lancés à fond et sans complexe dans de nouveaux
moyens de communication et en particulier dans l’internet ?
Réellement, cet enthousiasme surprend agréablement. Cela
m’enchante d’observer que les catholiques tendent à être très présents sur
internet. Nous ne nous référons pas ici aux médias classiques : presse,
radio, TV, qui ont déjà démontré leur pouvoir de rayonnement. Je me réfère
aux nouveaux instruments qui facilitent de façon prodigieuse non seulement
la circulation de l’information, mais les échanges, la divulgation de nouvelles
jusques et y compris dans les coins les plus reculés du globe, où
l’information arrivait fort difficilement et où les échanges étaient
pratiquement impossibles. Où que nous nous trouvions dans le monde nous
avons accès quotidiennement à différentes agences d’information générale,

ou d’agences spécialisées dans des questions relatives à la vie, à la famille, à
la population. Et cela m’enchante de pouvoir accéder directement et en
temps réel à certaines informations et à de nombreux sites spécialisés. Je
pense que nous pourrions tirer parti, davantage encore, de ces ressources
déjà disponibles, grâce, en particulier, aux moteurs de recherche.

13) Au Brésil, nous avons eu l’expérience de la théologie de la libération. A
partir de vos études, quels seraient les éléments qui pourraient aider
les théologiens de la libération à intégrer toutes ces données dans la
perspective d’une plus grande prise de conscience et d’un
développement pleinement humain, qui serait partagée par tous ?
A mon avis, le problème est avant tout épistémologique. Les
théologiens de la libération pourraient prendre connaissance avec grand
profit de données fournies de manière continue par l’ONU. Les documents
mettent en évidence une situation totalement neuve, si nous la comparons
avec ce qui se passait il y a une trentaine d’années. La problématique
générale du développement et de la pauvreté a évolué de manière
substantielle. Aujourd’hui il est évident qu’existent encore des situations
intolérables d’oppression, mais la lecture de ces situations est différente de
celle qui prédominait il y a trois ou quatre décennies. Le célèbre économiste
et philosophe indien Amartya Sen, Professeur de Harvard, a reçu le Prix
Nobel d’Économie en 1998 parce qu’il a démontré que la liberté était l’objet
du développement, et non pas simplement le moyen qui y conduit. Le
potentiel de générosité qui apparaît jusqu’aujourd’hui parmi les théologiens
de la libération gagnerait à s’orienter vers ces nouvelles formulations de la
question de la pauvreté. Il est urgent de prendre en compte le fait que les
paramètres ont changé ; que les analyses de la pauvreté se sont
renouvelées ; qu’aujourd’hui nous vivons de nouvelles formes subtiles
d’oppression, où les armes ne sont plus surtout économiques, mais
proviennent de la biologie, de la médecine, de la démographie, de l’histoire,
du droit. Telles sont les nouvelles armes de l’oppression que le Nord utilise
pour subjuguer et contrôler le Sud. Il faut prendre en considération ces faits
nouveaux si nous ne voulons pas faire des diagnostics erronés à propos de la
situation actuelle et, surtout, à propos de la situation qui se profile au début
du nouveau millénaire.

 

Chapitre 4

La face cachée de l’ONU

Entretien avec Luca Fiore1
Lugano, 24 juin 2001

Durant le Congrès sur la Globalisation, l’Économie et la Famille,
organisé en 2000 à Rome par le Conseil Pontifical de la Famille, vous
avez exposé la position de l’ONU au sujet de la globalisation. Cette
conception de l’ONU est aussi analysée en détail dans votre livre La
Face cachée de l’ONU, publiée à Paris, au Sarment/Fayard, en 2001.

1) D’après vous, cette conception onusienne de la globalisation tend à
considérer que le milieu ambiant a plus de valeur que la personne.
Quelle est donc votre préoccupation ?
Globalisation, mondialisation : deux termes qui ont été incorporés au
langage de tous les jours ; deux concepts qui font l’objet de débats et de
discussions qui engagent l’avenir de la société mondiale. Ces termes
signifient avant tout que les sociétés humaines dont devenues
interdépendantes. Par exemple, une dévaluation du yen japonais a des
répercussions sur toute l’économie mondiale. Cela signifie aussi que les
sociétés sont intégrées : les voyages et les moyens de communication
permettent aux hommes de mieux se connaître ; l’information scientifique
est largement divulguée et discutée, 24 heures sur 24, dans des forums
virtuels. En principe, il est clair que cette évolution doit nous réjouir et il est
clair qu’elle nous appelle à redessiner les instruments qui régulent les
relations internationales.
Traditionnellement, ces relations internationales s’organisent autour
de deux grands modèles. D’une part, un modèle incarné aujourd’hui par les
États-Unis. La globalisation est alors conçue à partir d’un projet

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1 Pour Il Mattino della Domenica.

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hégémonique de la nation dominante, dont l’objectif est d’imposer une
organisation du monde d’inspiration néo-libérale. Ce projet comporte surtout
une forte connotation économique : il a pour objectif la globalisation du
marché ; mais il comporte également, de toute évidence, la volonté de
gouverner politiquement le monde. Ce projet hégémonique ne peut se
réaliser sans la connivence des autres nations riches. L’autre modèle est
l’héritier de l’internationalisme socialiste et, bien qu’il souligne la nécessité de
réformes économiques, il donne la priorité à un objectif politique : limiter la
souveraineté des États et placer ceux-ci sous le contrôle d’un pouvoir
politique mondial. Pour atteindre cet objectif, la méthode n’est plus
révolutionnaire ; elle est réformiste, dans l’esprit de Gramsci.
Quand elle parle de globalisation, l’ONU incorpore les deux
significations de ce terme, telles que nous venons de les rappeler. Mais elle
profite de la connotation positive attachée à ce terme pour lui imprimer une
nouvelle signification. On interprète la globalisation à la lumière d’une
nouvelle vision du monde et de la place que l’homme occupe dans le monde.
Cette vision « holistique » considère que le monde constitue un tout, et que
ce tout possède plus de réalité que les parties qui le constituent. Dans ce
tout, l’apparition de l’homme ne signifie qu’un avatar de l’évolution de la
matière.

2) Vous avez aussi fait part de vos grandes réserves vis-à-vis de la Charte
de la Terre, un document de l’ONU en préparation mais dont les lignes
de faîte sont déjà connues. Vous affirmez que ce document est
influencé par le New Age. Quelle relation y a-t-il entre ce document et
le New Age ?
Il s’agit d’un document dont l’un des rédacteurs n’est autre que
Mikhail Gorbatchev. Que souligne ce document ? N’étant rien d’autre que le
produit d’une pure évolution matérielle, l’homme doit se soumettre aux
impératifs du monde qui l’entoure, de la Nature, de l’écosystème. Il faudrait,
par exemple, juguler le développement, parce que celui-ci détériore
l’écosystème et que cette détérioration est causée par les hommes, qui sont
trop nombreux et dérèglent le climat. Il faudrait donc planifier la production
des hommes pour pouvoir planifier le développement, afin que celui-ci soit
durable. C’est, en d’autres mots, ce qu’expliquait déjà Malthus, et qui
réapparaît dans le Rapport Meadows.
L’influence du philosophe Thomas S. Khun, un des inspirateurs du
New Age, est ici évidente. Selon cette interprétation de la nature et de
l’homme, la « loi naturelle » n’est plus la loi qui est inscrite dans le coeur
et l’intelligence de l’homme ; c’est la loi implacable et violente que la nature
impose à l’homme.

3) Quelle relation y a-t-il entre cette Charte de la Terre et la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme de 1948 ?
La Déclaration de 1948 s’incline devant une vérité qui s’impose à
tous : elle reconnaît l’égale dignité de tous les hommes et le droit de tous les
hommes à la vie. De là découlent tous les autres droits. Tous les
totalitarismes du XXe siècle sont nés du mépris de ces droits inaliénables.
La promotion de ces droits dans le monde entier est le moyen grâce auquel
peuvent être affrontés les systèmes qui réduisent l’homme à n’être qu’un
consommateur dans le marché, un rouage dans l’État, un instrument docile
du Parti, un spécimen certifié de la race. C’est sur ces droits fondamentaux
qu’on peut bâtir une communauté mondiale.
Or la Charte de la Terre abandonne et même attaque
l’anthropocentrisme judéo-chrétien et romain, renforcé par la Renaissance,
et porté à son point d’incandescence par la Déclaration de 1948. La Charte
ne devrait pas seulement dépasser la Déclaration Universelle ; elle devrait
même, selon certains, supplanter le Décalogue. Excusez du peu…

4) Vous avez même parlé du projet de l’ONU d’instaurer progressivement
un « super-gouvernement mondial » qui surclassera les corps
intermédiaires, à commencer par les nations, et imposera une pensée
unique grâce au contrôle de l’information, de la santé, du commerce,
de la politique et du droit. N’est-ce pas une image de l’avenir trop
« orwellienne » ?
L’argumentation « écologique » développée dans la Charte de la Terre
est en réalité un artifice idéologique pour camoufler quelque chose de plus
grave: nous entrons dans une nouvelle révolution culturelle. En fait, l’ONU est
en train de mettre en place une conception nouvelle du droit. Cette
conception est plus anglo-saxonne que latine. Les vérités fondatrices de
l’ONU concernant la centralité de l’homme dans le monde sont peu à peu
désactivées. Selon cette conception du droit, aucune vérité sur l’homme ne
s’impose à tous les hommes : à chacun son opinion. Les droits de l’homme
ne sont plus reconnus comme des vérités ; ils sont l’objet de procédures, de
décisions consensuelles. Nous négocions et, au terme d’une procédure
pragmatique, nous décidons, par exemple, que le respect de la vie s’impose
dans tels cas mais pas dans d’autres, que telle manipulation génétique
justifie le sacrifice d’embryons, que l’euthanasie doit être libéralisée, que les
unions homosexuelles ont les mêmes droits que la famille, etc. De là
naissent de soi-disant « nouveaux droits de l’homme », toujours

renégociables au gré des intérêts changeants de ceux qui peuvent faire
prévaloir leur volonté.
Pour acclimater ces « nouveaux droits » et surtout la conception du
droit qui leur est sous-jacente, deux axes d’action doivent être privilégiés. Il
faut d’abord affaiblir les nations souveraines, car elles sont généralement en
première ligne lorsqu’il s’agit de protéger les droits inaliénables de leurs
citoyens. Ensuite, dans les assemblées internationales, il faut obtenir le plus
large consensus possible, en recourant s’il le faut, à la corruption, ou au
chantage, ou à la menace. Une fois acquis, le consensus peut être invoqué
pour faire adopter des conventions internationales, des pactes ou autres
protocoles, qui acquièrent force de loi dans les États qui les ont ratifiés. Ce
type de globalisation, soutenu par une conception purement positiviste du
droit, justifie les plus vives inquiétudes.

5) Le titre de votre récent livre est La Face cachée de l’ONU : quelle est
cette face, et qui est-ce qui se cache derrière ?
Dans des dossiers aussi complexes que celui de la globalisation selon
l’ONU, le manque de transparence rend évidemment difficile la preuve
directe et la démonstration mathématique. L’expérience récente des
« affaires » confirme qu’aucune organisation n’est disposée à reconnaître
qu’elle est taraudée par l’action de confréries, par la présence en son sein de
« fraternelles » et de « réseaux ». Ces types de réalités existent cependant bel
et bien. La plupart des maladies ne sont d’ailleurs connues que par leurs
symptômes. On connaît ces « fraternelles » non seulement par leur action :
certains initiés ont expliqué le rôle de leurs « fraternelles » dans l’élaboration
de la loi Veil. Mais on les connaît aussi par ce qu’en disent publiquement,
par exemple à la TV, certains qui en sont membres. Évidemment, il y a
toujours des gens prêts à nier les évidences avec d’autant plus d’entrain
qu’ils ne savent même pas où chercher les dossiers intéressants sur
internet. Mais faut-il attendre que les membres de la DGSE (Direction
générale de la sécurité extérieure) défilent avec un brassard pour savoir que
la DGSE existe?
En réalité, l’idéologie onusienne de la globalisation est pétrie de
références libre-exaministes, agnostiques, utilitaristes et hédonistes. Si l’on
analyse patiemment les réunions récentes de l’ONU, concernant des dossiers
aussi divers que la santé, la population, l’environnement, l’habitat,
l’économie mondiale, l’information, l’éducation –pour ne citer que ces
exemples–, on relève une remarquable communauté d’inspiration et une tout
aussi remarquable convergence d’objectifs. Il est clair qu’à l’instigation des
nations souveraines qui en sont membres, l’ONU devrait procéder à un audit
interne, sans quoi elle donnera de plus en plus l’impression d’être sous

influence d’une mafia technocratique. J’ai sur d’autres l’avantage d’arriver à
cette conclusion après plusieurs années de recherches. Cependant, si vous
me demandez si j’ai vu de mes yeux la « main invisible », je dois vous
répondre que je n’en ai vu que l’ombre. Mais, dans ce cas, cela suffit.

 

 

suite…

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