Le sens de la création – Essai de justification de l’homme


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Ouvrage: Le sens de la création – Essai de justification de l’homme

(philosophe chrétien russe de langues russe et française)

Auteur: Berdiaev Nicolas (1874-1948)

Année: 1955

Traduit du Russe par Mme Julien Cain

Préface: Stanislas FUMET

 

 

AVANT-PROPOS
du traducteur

Le livre que nous publions aujourd’hui est à la fois un des premiers
ouvrages de Nicolas Berdiaev, et peut-être celui qui exprime le mieux
sa pensée. Dans son « Essai d’autobiographie philosophique », terminé
en 1940 (il n’y ajouta qu’un chapitre, allant de 1940 à 1947), Berdiaev
s’exprime, en effet, en ces termes : « L’expérience vécue par
moi de la découverte de la création, qui est la découverte de l’homme,
et non pas celle de Dieu, trouva son expression dans le livre : Le Sens
de la création. Un essai de justification de l’homme. Le livre a été
écrit d’un seul élan, presque en état d’extase. Et je pense qu’il constitue,
sinon mon oeuvre la plus réussie, du moins celle qui contient le
plus d’enthousiasme, et en qui j’ai trouvé pour la première fois une
expression à ma pensée philosophique originale. J’y ai déposé ma
thèse fondamentale, mon instinct premier de l’homme. »

Berdiaev s’explique ensuite ainsi sur l’époque qui précéda la naissance
du livre, et qui va de 1910 environ à la guerre de 1914 :
« C’était pour moi une période de réaction contre le milieu pravoslave
de Moscou. Je quittai la Société de Philosophie religieuse, cessai d’assister
à ses séances. De même, je quittai la rédaction du « Pout » (le
Chemin). J’entrai dans une solitude créatrice. C’est alors que nous
voyageâmes tout un hiver en Italie. Nous séjournâmes à Florence et à
Rome. Sur le chemin du retour, rappelés en Russie par la maladie de
ma mère, nous nous arrêtâmes à Assise. Je ressentis l’Italie d’une manière
particulièrement aiguë et forte. C’est en Italie que j’écrivis une

partie de mon livre, Le Sens de la création. En moi s’éveillaient un
monde de pensées sur la création de la Renaissance. Je considérais
cette création comme un échec, mais un échec prodigieux… »

Le livre, commencé en 1911, s’achève, comme le montre la date
inscrite au bas de l’Introduction qui va suivre, en février 1914,
quelques mois avant la guerre, trois ans, jour pour jour, avant la Révolution.

En fait, cette Révolution, qui va bouleverser son existence, le jeune
Berdiaev, dès longtemps, était préparé à la recevoir. [10] Né en 1874,
à Kiev, d’une famille d’officiers nobles, comme beaucoup de jeunes
aristocrates de cette époque, il s’enflamme très jeune pour le socialisme.
Son grand-père maternel, le prince Serge Koudachev, a épousé
à Saint-Pétersbourg Mathilde de Choiseul-Gouffier, née en 1805, fille
du comte de Choiseul-Gouffier, pair de France héréditaire, chambellan
de l’Empereur de Russie, morte en 1867 : Berdiaev a du sang français
dans les veines. Élevé au corps des pages, il passe ensuite à Kiev les
examens de l’Université. Il est social-démocrate et marxiste, tout en
demeurant l’adepte d’un idéalisme philosophique. Arrêté en 1898
pour une affaire social-démocrate, puis relâché, il sera, en 1900, envoyé
en exil dans le Nord de la Russie ; et c’est à Vologda, où il purge
sa peine, au milieu d’un groupe de penseurs et d’artistes, que paraîtra
son premier livre : Subjectivisme et individualisme dans la philosophie
générale. Il est âgé de presque trente ans, lorsqu’en 1903 il peut
reprendre le cours de son existence normale. Entre ce retour d’exil et
la crise à laquelle il va aboutir quelques années plus tard et qui,
comme ce fut le cas pour Descartes et d’autres penseurs, se cristallisera
en une nuit, nuit d’été, à la campagne, où, couché dans son lit, il
perçut avec une force et une lumière extraordinaires que l’homme devait
surmonter la notion du péché et vivre par l’élan créateur, — Berdiaev
a mené à Moscou et à Saint-Pétersbourg la vie de l’intelligentzia
de son temps. Sur le plan littéraire, il fréquente les cercles assez hermétiques
de ce symbolisme russe du début du XXe siècle, auquel appartiennent
Alexandre Blok, Vyaceslav Ivanov, André Biély, pour ne
citer que les plus illustres. Sur le plan politique, il est affilié à des sociétés
et à des revues clandestines, dont il va, du reste, se détacher peu
à peu, faute de sentir ses idées tout à fait à l’unisson de celles de ses
compagnons. C’est en évoquant ce temps qu’il écrira : « Mon anarchisme
avait une base métaphysique, et une teinture mystique. » Parmi  ceux qui

 l’entourent, beaucoup seront les fondateurs du parti « cadet » et siégeront à la Douma de 1907. Berdiaev s’éloigne, au
contraire, de la politique active. Il est membre, pourtant, de l’ « Union
des Libérateurs », et assiste à l’un de ses congrès qui se tient à Schaffhouse
; il demeure ainsi, comme il l’a dit, un révolutionnaire « sur le
plan de la libre spiritualité ». La somme de ses réflexions, à cette
époque, il va la donner dans un recueil d’articles philosophiques intitulé
: La crise spirituelle de l’intelligence, Saint-Pétersbourg, 1907.
C’est dans les années qui vont suivre, ainsi qu’on l’a indiqué, que va
s’élaborer, par le voyage et la méditation sur l’art, Le Sens de la création,
que [11] nous apportons aujourd’hui au lecteur, et duquel l’écrivain
Rosanov, cet homme extraordinaire à l’aspect d’un « moujik de
Kostroma », dont Berdiaev admirait les dons magnifiques, bien que
leurs conceptions fussent diamétralement opposées, blâmait « l’esprit
d’Occident ». La notion de la liberté qui a mûri définitivement en Berdiaev
est plus éthique que sociale ; mais cette liberté immanente à
l’homme, elle se forge comme l’autre dans une sorte d’épopée, dans
les combats héroïques livrés à tous les ordres établis, quels qu’ils
soient. Et précisément, au début de l’été 1914, Nicolas Berdiaev va
passer en jugement à cause d’un article paru contre le Saint-Synode et
intitulé : Les persécuteurs de l’esprit. Sans doute, l’article eût-il valu à
son auteur un exil éternel en Sibérie.

Mais déjà c’est la guerre. Et quand la Révolution, de février
d’abord, d’octobre ensuite, s’abat enfin sur son grand pays déchiré, il
semble que rien dans les préoccupations de Berdiaev, ni dans son passé
spirituel, ne l’en séparât irrémédiablement. En 1919, il est nommé
professeur à la Faculté d’histoire et de philologie de l’Université de
Moscou. A la même date, on l’élit président de l’ « Académie libre de
culture spirituelle ». Le désir qui est depuis longtemps le sien d’écrire
un livre sur Dostoïevski se réalise alors sous la forme d’un cours, qu’il
publiera en lui donnant comme titre : La conception du monde de
Dostoïevski. « Les leçons de séminaire, que j’ai dirigées au cours de
l’hiver 1920-1921, écrira-t-il dans la préface du livre, datée de « Moscou,
le 23 septembre 1921 », m’ont finalement incité à réunir mes méditations
sur ce sujet. »

Si j’aborde ce dernier thème, ce n’est pas seulement parce que Berdiaev
serait incompréhensible sans son amour pour Dostoïevski, et
tout ce qu’il lui prête, sans son interprétation géniale de la Légende du Grand Inquisiteur, à propos de laquelle il déclare : « La figure du
Christ était liée pour moi à la liberté de l’esprit », — c’est aussi parce
que c’est ici que commencent mes souvenirs personnels. Ayant lu, en
mars 1927, dans la Revue Universelle, un article de Brian-Chaninov
intitulé La Troisième Rome, et où figuraient des citations de l’ouvrage
de Berdiaev sur Dostoïevski, qui me frappèrent, je lui écrivis pour lui
proposer de le traduire. Il y avait alors cinq ans que, en même temps
qu’un groupe de savants et d’écrivains, Nicolas Berdiaev avait dû
quitter le territoire des Soviets. Après deux années passées à Berlin, il
était arrivé à Paris et s’y était fixé définitivement. Le jeune esthète de
la Fontanka, commentateur de Leontiev et de Soloviev, l’étudiant de
Heidelberg assidu aux leçons de [12] Wilhelm Windelband, l’agitateur
d’idées enfin, des réunions de Moscou autour de Boulgakov et de
Strouve, s’était transformé dans sa retraite, pour devenir le philosophe
de Clamart. À partir de cette date, et durant vingt et un ans, nous
avons entretenu des relations que les traits de son esprit fulgurant,
comme le charme et la bonté de sa personne, rendaient parfaites, et
j’ai gardé, aux jours les plus sombres de ma vie, le souvenir de son
amitié réconfortante et de ses vues prophétiques. Avant et après la
guerre, mon mari et moi avons participé aux réunions qui se tenaient
chez Berdiaev, à Clamart, d’abord dans la maison de la rue de Saint-
Cloud, puis dans celle de la rue du Moulin de pierres, qu’entoure un
poétique jardin. Sa femme, Lydia Berdiaev, et sa belle-soeur, Gena
Rapp, prodiguaient à leurs invités, avec le thé russe, un nombre incroyable
de pâtisseries que ces créatures exquises fabriquaient de
leurs mains, j’allais dire : de leurs ailes. À présent, Gena Rapp est
seule dans la maison. De ces mêmes mains, elle fait surgir des tiroirs
les notes, les manuscrits, les fragments, débrouillant le noeud serré des
énigmes, penchée inlassablement sur le double secret de l’écriture et
de la pensée : de cette pensée qui est essentiellement que l’univers et
tout le processus cosmique n’a de sens que si l’homme découvre au
fond de soi sa vocation de créateur, — et dont nous espérons, par ce
livre, donner la source.
Lucienne JULIEN CAIN

 

PRÉFACE

Nicolas Berdiaev n’était pas un catholique. Les catholiques pourraient
être surpris de le voir soutenir telles opinions qui semblent aller
à l’encontre de ce qu’enseigne leur Église, et aussi bien, d’une manière
générale, l’Église orthodoxe. Berdiaev cependant est resté en
communion avec son Église, ce qui ne l’empêchait pas de la critiquer,
— non, certes, sur son essence, mais dans son comportement historique,
dans ses timidités, sa passivité surtout, sa peur d’éployer ses
ailes divines au milieu ou au-dessus de « ce monde » et, avant tout,
dans sa servilité à l’égard du pouvoir temporel. Sa première dénonciation
de l’équivoque résultant de cette connexion officielle des deux
gouvernements, profane et religieux, dans ce prétendu Saint-Synode
qui mettait en fait l’Église de Russie sous le contrôle d’un tsar, attira
sur Berdiaev un mandat d’expulsion que la révolution russe, éclatant
soudain en 1917, vint annuler. Au Synode, qui pouvait consacrer abusivement
un pouvoir autocratique, le philosophe chrétien opposait
l’Église patriarcale, telle qu’elle a été rétablie depuis.
Plusieurs ne s’en étonneront pas moins, à la lecture de bien des
pages de cet extraordinaire ouvrage, écrit avant 1914 mais où Berdiaev
est déjà entier, que l’Église orthodoxe n’ait point, à son tour, exclu
de sa communauté le philosophe indocile qui en était [14] l’auteur.
Assurément sa foi, comme sa noblesse spirituelle, restait hors de
cause, mais Berdiaev jugeait avec tant d’indépendance la hiérarchie
ecclésiastique et jusqu’à la théologie officielle — sans au reste éprouver
le moindre besoin d’atténuer sa pensée, j’écrirais volontiers : au

contraire, — qu’il eût semblé naturel de voir cette hiérarchie ecclésiastique,
avec ses théologiens, s’en affecter. Mais, en Russie, l’Église
orthodoxe, dont le magistère se borne plus ou moins à méditer sur les
Pères grecs et à prêcher l’ascétisme, et qui n’a pas eu de tradition proprement
scolastique, s’effarouche moins que nos théologiens catholiques
de formulations aventureuses comme il s’en trouve à foison
dans les livres de Berdiaev. Non que la hiérarchie ait jamais fait sienne
aucune des vues de Berdiaev ni même qu’elle n’ait pas, à l’occasion,
mis en garde les fidèles, ici ou là, contre l’esprit révolutionnaire — ou
frondeur — d’un homme que tous admiraient pour son érudition, sa
sincérité irréductible et sa valeur morale, mais qui passait pour un original,
un isolé, — ce qu’il était, — peut-être pour un illuminé, — ce
qu’il se sentait être.

Illuminé, oui, car c’est du cordonnier allemand Jacob Boehme,
l’auteur du De signatura rerum, ainsi que l’avait fait avant lui, en
France, Louis-Claude de Saint-Martin qui eut tant d’influence sur les
esprits les plus distingués à la fin du XVIIIe siècle, et du poète mystique
Angelus Silesius, que se réclamait en premier lieu Nicolas Berdiaev.
Il se réfère plus souvent à Boehme ou à son commentateur catholique,
François Baader, qu’à saint Paul ou même à saint Basile.
Lorsqu’il nomme saint Thomas d’Aquin, c’est comme s’il parlait d’un
notaire, c’est-à-dire d’un de ces maîtres de l’objectivation, « réalistes
naïfs » qui se sont [15] figuré que l’on pouvait immobiliser une doctrine
qui doit être insaisissable et pur mouvement. C’est ainsi que Nicolas
Berdiaev n’a point l’air de se rappeler que saint Thomas a cette
définition de Dieu, propre à répondre dans l’absolu à tout ce que lui,
en tâtonnant, cherche si passionnément à évoquer : l’Acte pur. Mais,
répétons-le, Berdiaev n’était pas catholique, ou plutôt, je le répète, il
n’était pas un catholique, et il n’eut jamais souci de le paraître.

Alors pourquoi, demandera-t-on, les catholiques s’intéressent-ils à
lui ? C’est bien simple. L’esprit de Berdiaev, qui est la noblesse même
— j’y insiste, — se fraie des passages dans l’obscurité qui font étinceler
des splendeurs où nous nous étions habitués à ne rien voir. Et son
coeur est si droit que, à travers des propositions inacceptables pour le
catholique, il apporte à celui-ci mille raisons de se renouveler dans la
foi. J’irai plus loin. Je ne crois pas tellement hérétiques les hérésies de
Berdiaev. Mais son culte de la Liberté est si impérieux qu’il ne veut
pas s’enclore dans une « orthodoxie » contraignante. Ce serait faire in-

jure à la seule « dame de beauté » qu’il ait résolu de servir et qu’il
doit, à tout instant, élire à la place de la déesse Nécessité, laquelle ne
se présente au chrétien, pense-t-il, que comme une tentation. Par fidélité
à la divine Liberté, Berdiaev est un esprit qui refuse la maîtresse
facile qui s’offre à nous sous les formes communes de la pourvoyeuse
de sécurité. Même s’il a la vocation de l’orthodoxie, il lui faut échapper
à ses objectivations, sous peine de trahir cette seule chose qui, en
nous, selon Berdiaev, soit incréée, étant de la nature divine de l’esprit,
parce que de l’Esprit divin lui-même, la Liberté.

C’est ici que le métaphysicien pourra reprocher [16] à Berdiaev de
tout fonder sur un postulat : la Liberté est avant l’Être. Il en serait du
moins ainsi en Dieu, et, par le phénomène du reflet, nous retrouverions
ce processus dans notre psychisme subjectif. Cet Urgrund de Jacob
Boehme, cet Un absolu de Plotin, ce Non-Être primordial des
mystiques spéculatifs, porte chez Berdiaev le caractère de liberté. Et,
tout le long du présent ouvrage, c’est la liberté qui apparaît comme le
moteur divin de cette création spirituelle que Dieu attend de nous. Là
est d’ailleurs le thème central du Sens de la création et l’unique sujet,
en deux temps : liberté, création, des autres livres du philosophe russe.
Or le fait que ce soit la liberté comme telle qui, en Dieu, précède
l’être, et non pas un anté-être qui serait, comme d’autres l’ont dit,
l’« être avant que d’être », et où le couple liberté-nécessité ne se présente
nullement comme contradictoire, mais comme liberté (que seul a
Dieu) de ne pas être du non-être, ce qui est nécessaire à qui est l’Être,
cependant, pour qu’il soit cause de lui-même, et il n’est point d’autre
liberté ; — le fait que Dieu doive être en propre liberté et non point
être (cet « être » n’étant, au demeurant, pour Berdiaev, qu’une objectivation
d’un esprit créé, limité, un concept fatalement inadéquat, parce
que pour Berdiaev l’analogie est trompeuse) laisse entendre que le
philosophe de la « liberté créatrice » s’est fait de l’Être même une idée
kantienne, qu’il a été privé, comme les philosophes modernes dans
leur généralité, de cette « intuition de l’être » (et non de l’un de ses attributs)
qui sacre le métaphysicien. En un mot ce dialecticien n’est pas
un métaphysicien. Et c’est probablement pourquoi ses hérésies n’en
sont pas d’authentiques. Mais, ce qui est authentique en lui, c’est une
vertu, ou la vertu, — le courage, disait-il, [17] — qui détermine son
choix. Son raisonnement peut s’accommoder de formulations hérétiques,
en fait sa volonté choisit le vrai. C’est là un phénomène plu insolite qu’on ne le croit. On va me juger paradoxal, mais je ne peux
m’empêcher de sentir ceci, et je me fais un devoir de le noter : une déviation
doctrinale chez un philosophe catholique contemporain de
Berdiaev est plus grave, ou me paraît plus grave, que plusieurs erreurs
formelles aux yeux de la théologie exprimées par Berdiaev. Et mon jugement
se motiverait de la sorte. La moindre déviation doctrinale dans
la pensée d’un philosophe catholique diminue la portée de la doctrine,
elle rogne sur un tout. Les pseudo-hérésies de Berdiaev ne sont jamais
des choix mutilants ; elles procèdent d’une pensée insatisfaite, d’une
pensée « géniale », qui est toujours augmentante. C’est que Berdiaev
est schismatique par principe, comme le chevalier se met en marge de
« ce monde » qui est réservé aux profiteurs de la terre et à ceux qui les
envient, aux bourgeois accomplis ou aux bourgeois en devenir (les
Russes, depuis qu’ils ont lu Karl Marx, ont identifié dans le bourgeois,
le « petit-bourgeois », tout ce qui défie non plus seulement le progrès
social mais bien davantage l’infini), et Berdiaev habille ses vérités,
nos vérités, en « hérésies » pour les aimer librement. Et sa dialectique
a beau accumuler les risques d’hétérodoxie et de scandale, ce qu’il
veut dire est toujours juste, profondément et sublimement juste.

Aussi se forge-t-il de la philosophie une idée très éloignée de celle
d’Aristote ou de saint Thomas. La philosophie n’est pas chargée de
« connaître » : c’est le rôle de la science, avec laquelle toute jonction,
aux yeux de Berdiaev, est néfaste. Il écrit en 1914, avec [18] beaucoup
de pertinence, que chez Bergson les références à la science de son
temps déshonorent sa belle philosophie. La sienne refuse même de
s’embarrasser de logique, elle est l’art de la pensée, son génie plus
exactement. En réalité, elle est, pour Berdiaev, la manifestation intellectuelle
de la liberté incréée mais créatrice qui est dans l’homme,
plus profondément que tout le reste, ainsi qu’il est dit que dans le principe,
ἐν άρχῆ, le Verbe était en Dieu. C’est le même Verbe, le même
élan spirituel et créateur, qui est venu dans l’homme, et que l’homme
ne veut pas recevoir aussi longtemps qu’il refuse d’être enfant de Dieu
et de partager sa liberté (la « liberté des enfants de Dieu »). La philosophie,
pour Berdiaev, est un acte de l’esprit, qui crée des valeurs
vraies, parce qu’il émane, parce qu’il monte, de l’Urgrund, de l’abîme
de la liberté, ce quelque chose de sans fond antécédent à l’être. On
comprend, dès lors, que pour Berdiaev la philosophie, la sienne —
celle de la liberté créatrice, — ne soit plus qu’une expression de la spiritualité, une illumination du cosmos, qu’elle débouche normalement
sur le mystère et soit contiguë, d’une part, à la prophétie et,
d’une autre part, à la magie. Tout cela ressort en clair des pages qui
suivent.

Ainsi nous pourrions appliquer au philosophe russe ce qui a été dit,
au XVIe siècle, du jeune Pic de la Mirandole : qu’il a introduit l’esprit
de tournoi et de chevalerie dans la philosophie. Et l’auteur du Sens de
la création en a parfaitement conscience. C’est comme aristocrate que
sa « dame de beauté » l’a toujours amené à défendre, non pas en
considération des principes démocratiques, dont il avait horreur, mais
de la seule dignité de l’image et ressemblance de Dieu qu’est
l’homme, qu’est tout homme, enfin de la « personne [19] humaine »,
pour s’exprimer avec la banalité du langage moderne, ceux qui attaquent
la fausse paix du monde. Berdiaev était pour la lutte sociale et
pour la guerre spirituelle. S’il figurait parmi les révolutionnaires et les
hommes de gauche, c’est parce qu’il se plaçait philosophiquement du
côté du changement. Il était — nous allons en voir la raison — ennemi
de toute immobilité, de tout contentement « bourgeois », de toute sclérose
artistique, bref, de tout statu quo. Pour lui l’immobilité n’est
qu’un ensorcellement ; le héros sera cet homme qui mettra fin, par son
acte de créateur, aux enchantements de la forêt de Brocéliande. Il fut
un des rares penseurs du vingtième siècle qui osèrent préférer la vérité
du romantisme à celle du classicisme. Il rejoint sur ce point les positions
d’Ernest Hello, qui s’était abreuvé, il est vrai, aux mêmes
sources allemandes que lui. « La parole est un acte, c’est pourquoi
j’essaye de parler », avait écrit Hello, qui attendait peut-être de ce
mot, proféré solennellement en tête d’un de ses livres, comme un renouvellement
de la création.

*
* *
Mais Berdiaev est d’un temps où les artistes ne font plus gronder
les nuées et descendre les éclairs sur des formes effarées ou pâmées, il
appartient à son époque, même si elle lui déplaît ; il raffole de Botticelli,
de Léonard, mais il accepte d’être contemporain de Picasso. Il a
été un des premiers à parler de celui-ci, à distinguer les linéaments de
l’avenir dans les efforts du futurisme et les opérations chirurgicales du
cubisme. Lui aussi tourne le dos à la tradition pour [20] faire tomber
les murs qui masquent l’inconnu du lendemain. Et sa philosophie chevaleresque

procède comme la peinture de Braque et de Picasso, mais
c’est à la pensée, non à l’art, qu’il adapte cet esprit d’aventure. Et pas
à n’importe quelle pensée : à la plus grave, à la pensée que l’homme
peut avoir librement sur Dieu — et, une fois qu’il a éprouvé en lui
comme une naissance de Dieu, — sur l’homme, ressemblance et
image de Dieu. C’est là que son « génie », ou son système de la « génialité
», — tout compte fait, ce n’est rien d’autre, pour lui, que la philosophie
: une « génialité », et il emploie le mot à tout instant quand il
veut louer une pensée, une expérience spirituelle, — trouve à s’exercer
pleinement. C’est ici, également, que ses propositions, pour un catholique,
sont les plus aventureuses, mais nous serions impardonnables
de ne pas faire avec elles un bout de chemin, ne fût-ce que pour
les redresser aux lumières (si l’on peut dire que ces très lumineuses
obscurités sont des lumières) de la mystique expérimentale et des données
de la foi. Quand Berdiaev, débarrassé de toute logique préventive
et de tout appareil théologique, s’engage, au nom de son amour de
chevalier, sur les pistes des découvreurs de Dieu, il rencontre une dualité,
toujours la même : Dieu et l’Homme. Pas n’importe quel homme :
l’Homme absolu, la « véronique », la véritable image et ressemblance
de Dieu, l’Adam Kadmon des anciens, cet Adam que Dieu (et homo
factus est) s’est fait, ou que Dieu veut se faire : le Christ. Pour Berdiaev,
s’il y a Dieu et l’homme, quand il veut regarder Dieu, c’est tout
de suite le Christ qu’il a en vue. Il ne parle guère de Duns Scot, mais
l’idée scotiste du Christ éternel, de l’Homme éternel, dans ce sens, eût
pu et dû le séduire. [21] Car, s’il reproche tant au christianisme de ne
pas avoir d’anthropologie et s’il voit là le secret de sa faiblesse dans
les temps actuels, c’est que lui est tout prêt à lui substituer une christologie
qui répondrait, pense-t-il, à tous les besoins de l’humanité. Pour
Berdiaev, en effet, ce que Dieu attend de nous, ce n’est pas que nous
nous perdions en lui, dans une effusion mystique qu’il pouvait juger
panthéiste, mais que nous acquérions cette taille de l’Homme absolu,
que l’obsession du péché et du salut à gagner, du salut individuel,
phobie du penseur russe, nous empêchera toujours d’atteindre. Est-ce
que Berdiaev conseillait de ne pas s’occuper du péché pour être pleinement
homme, à l’instar de trop de pseudo-mystiques, en se souciant
peu de le commettre ? Nullement. Pour Berdiaev, ne pas s’occuper du
péché consiste pratiquement à renoncer à lui, à s’en aller de lui. Le
chapitre sur la sexualité et le mariage, au malthusianisme si hardi, ne
manquera pas de dérouter les chrétiens modernes. Et pourtant comme il est évangélique dans sa simplicité purificatrice, dans son grand élan
pneumatique ! Mais ici encore les idées de Berdiaev ne sont admissibles
que dans leur rapport avec l’esprit de création que Dieu nous a
insufflé pour entreprendre ce que le philosophe appelle « l’oeuvre du
huitième jour ».

Ce doit être là l’oeuvre de l’homme. Dieu ne nous aurait créés, de
son éternité, que pour être créateurs, dans le temps, à son image. Et
c’est là que Berdiaev se montre si nouveau, car il ne s’agit pas à ses
yeux de productions artistiques ou scientifiques, les unes et les autres
n’étant que des symboles : c’est la réalité d’une création spirituelle qui
est prévue et désirée pour nous par Dieu, ou du moins par CE qui est
[22] créateur en Dieu, le Mouvement intérieur qui fait que Dieu en
trois personnes, tri-un, n’est point une impassibilité comme il a semblé,
mais un dynamisme créateur, un Dieu qui, si l’on reprenait le mot
de Nietzsche sur l’homme, serait, de façon ineffable, quelque chose —
l’Être — qui entend se surmonter éternellement. Folie sans doute, et
Berdiaev n’écrit pas cela, mais il m’a l’air de le penser et, quand il dit
qu’il faut que l’Homme naisse en Dieu comme Dieu naît dans
l’Homme, pour que nous ayons une christologie parfaite, une anthropologie
absolue, il prévoit une autre union que celle du mystique à
Dieu, il prévoit un échange d’amour entre deux personnes, comme il
existe en Dieu, et l’on voit se dessiner, allant de l’un à l’autre, le
Saint-Esprit réalisant la transfiguration du monde.

Mais, pour que le Royaume arrive, le Dieu de Berdiaev veut que
dans l’intervalle nous passions par la fin du monde, la fin de « ce
monde » pour qui le Christ n’a pas prié, car il est un obstacle à sa
gloire, à l’établissement du Royaume, si l’on préfère : au règne du
Saint-Esprit par l’Homme. Dans cette optique nous ne lui demandons
pas des précisions matérielles qu’il ne pourrait pas nous fournir, mais
dont nous avons des indices obscurément révélateurs dans les successions
non-évolutionnelles mais librement contrastées de l’histoire. La
philosophie de Berdiaev ne cesse de nous être présentée par son auteur
comme une eschatologie. Mais cette dernière, dans son esprit de
chrétien, n’a pour but que de nous délivrer de « ce monde » des
contraintes, de « ce monde » des limites, de « ce monde », en un mot,
de la nécessité, qui doit être abattu. Malheureusement, avant l’action
du chevalier, tous les faussaires de l’Absolu, tous les [23] possédés
(ceux de Dostoïevski), autrement dit les démons, s’attaquent aux limites de « ce monde » dans un esprit totalement contraire à celui de la
liberté. En 1900, le jeune Berdiaev, qui avait exorcisé son marxisme et
combattu son matérialisme, dans une oeuvre qui en Russie avait fait du
bruit, Subjectivisme et individualisme dans la philosophie générale, le
chevalier Berdiaev n’avait pas fait l’expérience du communisme bolcheviste,
il n’avait pas assisté à l’éclosion du fascisme et à l’apparition
du hideux blasphème nazi. Avant de mourir il devait en éprouver un
grand accablement, une douloureuse amertume. « Après le bouleversement
intérieur lié à l’expérience d’exaltation créatrice par laquelle
j’étais passé, je n’ai jamais trahi ma foi dans la vocation créatrice de
l’homme. Mais mon espoir d’une nouvelle époque créatrice, que
j’avais crue imminente, faiblit en raison des événements catastrophiques.
» C’est ainsi qu’il s’exprimera dans son Autobiographie spirituelle.
Ces catastrophes historiques, qu’il avait toujours prévues, ne
« créeront pas » des « mondes absolument nouveaux », elles n’en donneront
que « l’impression ». Cependant, ajoutait-il, « elles se montrent
nettement défavorables à la création, telle que je la concevais, telle
que je l’imaginais pour l’imminente époque nouvelle, religieuse-créatrice
». La Parousie est ajournée.

*
* *
Mme L. Julien Cain, qui a traduit avec autant de soin que d’intelligence
le Sens de la création, nous rappelle que Berdiaev avait écrit ce
livre d’un seul jet et, disait-il lui-même, « presque en état d’extase ».
[24] Ceci est d’importance, car il prouve que, s’il y a chez Berdiaev
du génie, c’est dans le présent livre qu’il sourd avec le plus de spontanéité,
par conséquent de « liberté ». Le philosophe insiste, se révèle,
se développe, ne se reprend pas. On touche sa pensée à nu dans cet
ouvrage que son auteur estimait capital et qu’il ne comparait qu’à cet
autre livre, écrit beaucoup plus tard, en France, De la destination de
l’homme. Au temps où il rédige son Sens de la création, il fait penser
lui-même à ces hommes de la Renaissance qu’il voyait « débordants
de forces créatrices ». Il est alors inspiré ; il a saisi quelque chose
d’éblouissant et d’inconnu entre Dieu et l’Homme. « J’admettais,
écrit-il, parlant de son livre, que l’homme détient ses dons créateurs
de Dieu, mais il y a un élément de liberté inhérent aux actes créateurs
de l’homme qui n’est déterminé ni par le monde ni par Dieu. La création
est la réponse de l’homme à l’appel de Dieu. »

Si l’on juge cette assertion bien prétentieuse, Berdiaev répond, ce
qui est incontestable, que, « si l’oeuvre de rédemption et de salut peut
se passer de création », — de création humaine, — « pour le Royaume
de Dieu l’action créatrice de l’homme est indispensable ». Enfin Dieu
nous sollicite pour une collaboration qui est inscrite, si l’on veut, in
aeternum, dans le fait, qui a eu lieu, même si le péché de l’homme l’a
provoqué, de l’Incarnation du Verbe divin. Le christianisme pour Berdiaev
ne sera réalisé — ce qui se produit dans la vie des saints — que
lorsqu’il le sera « en tant que religion de l’humaine divinité ». Le philosophe
a, reconnaît-il, « l’audacieuse conscience du besoin que ressent
Dieu de l’acte humain créateur, de la nostalgie de l’homme créateur
ressentie [25] par Dieu ». Il s’explique : « La création humaine
continue la création du monde. La continuation et la perfection de la
création du monde est une oeuvre humano-divine : Dieu oeuvrant avec
l’homme, l’homme oeuvrant avec Dieu. » La réalisation plénière d’un
chrétien ne consiste-t-elle pas à faire fructifier l’héritage du Christ,
Verbe incarné, — Verbe créateur incarné ? Et que l’on n’aille pas nous
dire, comme trop de catholiques timorés, qu’il suffit de faire ici-bas
son salut, car c’est un jeu de leur rétorquer l’impitoyable parabole des
talents. Le Maître des dons s’y affirme sévère et cupide : il faut que
les talents reçus produisent au minimum leur double. Celui qui, craignant
Dieu, enterre son talent pour le sauver, perdra ce qu’il avait reçu,
au profit du meilleur « réalisateur », comme l’autre (ou le même)
perd sa vie pour la vouloir sauver. Cette parabole, que Berdiaev, je
crois, a négligé de citer, est le meilleur argument chrétien, christologique,
en faveur de sa thèse.

Ce philosophe n’aimait pas le panthéisme, l’évolutionnisme ; ces
doctrines consistent à vouloir que le destin se fasse nécessairement,
automatiquement, en privant de leur liberté les rouages d’un tout qui
échappent au mécanique dès l’instant que, grâce et beauté, ils savent
qu’ils ont le pouvoir non seulement de faire, mais aussi d’aimer la
chose à faire : les hommes, ces images et ressemblances de Dieu.
Quant à la doctrine courante des spirituels et même des mystiques, orthodoxes
ou hétérodoxes, ceux de l’Inde plus spécialement, qui tient
qu’il suffit à l’homme de mourir à soi-même et de laisser la place au
Bien-Aimé, elle lui semblait, avec raison, incomplète, si, comme il le
suppose, l’union s’arrête à la mort mystique de la créature et ne mène
point à la résurrection de la vivante finitude [26] immolée. Les apparences sont trompeuses (le Christ après la Résurrection se confond
pour l’Amoureuse elle-même avec le jardinier), mais il n’est pas injuste
de traiter d’incomplète une opération qui laisserait le Saint-Esprit
sur sa faim et ne conduirait pas le mystique jusqu’à la récupération,
sous une forme à peu près indescriptible, (les catholiques disent
cependant : union transformante) d’une personnalité que son sacrifice
divinise mais n’anéantit pas. Et l’on comprend que Berdiaev ne se
plaise pas à imaginer un Tout-Puissant qui crée un monde pour le regarder
tourner comme un manège perpétuel, sans que les vivants aient
rien d’autre à faire que mourir docilement et chacun à son tour. Ce
n’est pas pour rien que Dieu vous donne la vie, écrirait Berdiaev, c’est
pour témoigner que vous êtes ses créatures en devenant créateurs
comme lui. Il regrette que le christianisme ait l’air de prendre pour zéro
ce que l’homme, sous le regard de Dieu, peut faire de ses facultés,
de son esprit, de son coeur, de ses mains, comme si la création avait à
être justifiée : c’est elle qui est justifiante, c’est elle qui prouve que
nous sommes « des dieux par participation » (sainte Catherine de
Gênes). Et, si l’homme reçoit ce pouvoir d’un Dieu qui l’aime comme
lui-même et le veut tel que Lui, c’est que tout a été fait pour l’homme,
image et ressemblance de Dieu, à travers le Christ. Il y aurait un « humain
prééternel en Dieu ». C’est là le fond de la pensée de ce chrétien
excentrique mais fidèle. Il déclare : « L’humain est inhérent à la seconde
Personne de la Sainte Trinité. » Mais, naturellement, à lui aussi,
Berdiaev, est venu ce sentiment d’étonnement incoercible qui nous angoisse
à la vue de l’homme réel, palpable, tel qu’on l’a sous les yeux,
fût-il d’une [27] moralité correcte, d’une intelligence un peu déliée et
d’un physique agréable — ce qui est loin d’être toujours le cas. Et sa
foi n’en a pas moins ce mot désinvolte : « La bassesse de l’homme
empirique ne saurait ébranler ma conviction à ce sujet. J’ai le pathos
de l’humanité, bien que je sois de plus en plus persuadé du peu d’humanité
dans l’homme. »

Et c’est ici que Berdiaev se penche et nous oblige à nous pencher
sur le mystère d’un gouffre que peut-être Jacob Boehme avait déjà exploré
à sa manière, et les kabbalistes avant lui, certainement, et que les
humanistes ont tout fait pour obstruer : ce qu’il y a de plus humain
dans l’homme, ce n’est pas l’homme. Et c’est le « sens de l’acte créateur
» qui nous l’apprend, et, du coup, porte l’homme à se chercher
au-dessus de lui-même, non point dans le « surhumain » de Nietzsche, qui est aussi fallacieux et décevant que le sous-humain des matérialistes
imposé à tous par le monde actuel avec son numérotage anthropométrique.
Si ce n’est pas en Dieu que tu te cherches, tu ne te trouveras
point. Berdiaev le répète souvent, il nous l’assure et son oeuvre le
démontre à satiété : « Dieu est humain, mais l’homme est inhumain. »

Voilà pourquoi, par delà l’Évangile, qui ne manifeste pas toute
l’anthropologie que pressent Berdiaev mais qui la donne substantiellement
dans l’Homme-Dieu, c’est-à-dire dans le Christ, en la tenant plus
voilée sur sa croix qu’au Thabor, le chevalier philosophe postule un
supplément de révélation et en ferait volontiers, comme d’autres y ont
songé avant lui, de Joachim de Flore à Léon Bloy, cet Évangile du
Saint-Esprit qui ouvrirait un âge que les faussaires parodient et que les
catastrophes déchaînées par les ennemis de l’homme, — les mêmes
que ceux de [28] Dieu, — retardent autant qu’elles peuvent. Cet âge
serait celui d’une terre et d’un ciel nouveaux. Est-il encore du temps
et de notre vie mortelle, ce plus beau des mondes que dessine à grands
traits, à la fin de son livre, l’impatience de Berdiaev ? On y passe, en
effet, de « l’Église du Golgotha », comme il définit la nôtre, à ce
monde transfiguré que les Russes ont toujours tendance à faire partir
de Pâques. « L’amour ne s’est montré dans l’Église que symboliquement
et non réellement, dans la liturgie et non dans la vie », écrit ce
philosophe impitoyable. Mais lui-même traite plutôt l’Église, ici,
comme un symbole d’objectivation que comme une réalité mystique.
Les signes efficaces que sont nos sacrements, s’ils sont soutenus par
une liturgie, fournissent toutefois la vie réelle à des âmes réelles. Ce
n’est d’ailleurs pas à la vie sacramentelle que Berdiaev s’en prend
dans sa critique de l’Église orthodoxe, ou de l’Église romaine, c’est à
des formes sociologiques de religion. Quand il dit : « Le centre religieux
se sera déplacé ; de la sphère ecclésiastique et conservatrice, il
passera dans la sphère prophétique et créatrice », on n’est pas si loin
de l’Apocalypse johannique : « Dieu fera toutes choses nouvelles. »
Mais, avec Berdiaev, on ne sait pas très bien si le Royaume de Dieu,
appelé à remplacer, avec notre aide active, « ce monde », doit s’accomplir
dans un temps comme celui qui nous est octroyé ou post mortem.
Il apparaît vague sur ce point. Mais le philosophe est sûr, quant à
lui, que son intuition ne le trompe pas : des temps d’homme adviendront,
qui ne seront plus contrariés par tout ce que Berdiaev abomine
et qui empêche le Créateur de trouver dans l’Homme ce regard pur d’une image de Dieu libre de créer en Dieu cette réponse humaine que
Dieu [29] sollicite de toute éternité et qui ne peut être proférée que par
une volonté libre. C’est vraisemblablement cela, et le renouvellement
de l’Univers qui en résulte, que Berdiaev entendait par cette énigmatique
naissance de l’homme en Dieu.
Stanislas FUMET.

 

INTRODUCTION
DE L’AUTEUR

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Dr. Melvin Goodman : « Nous n’avons évidemment rien appris de la défaite au Vietnam il y a quarante ans » — Algérie Résistance


Dr. Melvin Goodman. DR. English version here Por traducir, haga clic derecho sobre el texto Per tradurre, cliccate a destra sul testo Um zu übersetzen, klicken Sie rechts auf den Text Щелкните правой кнопкой мыши на тексте, чтобы перевести Για να μεταφράσετε, κάντε δεξί κλικ στο κείμενο Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre incontournable “Whistleblower at the CIA: […]

via Dr. Melvin Goodman : « Nous n’avons évidemment rien appris de la défaite au Vietnam il y a quarante ans » — Algérie Résistance

Humour British !


Salisbury – Les derniers doutes sur la culpabilité de la Russie dans l’empoisonnement de l’ancien espion Sergueï Skripal ont été éliminés. Comme l’a annoncé le gouvernement britannique aujourd’hui, le passeport du président russe Vladimir Poutine a été retrouvé sur les lieux à Salisbury. Selon le Premier ministre Theresa May, le passeport n’a été retrouvé que […]

via La police britannique a trouvé le passeport de Poutine sur les lieux de l’empoisonnement à Salisbury — Olivier Demeulenaere – Regards sur l’économie

Les origines secrètes du bolchevisme HENRI HEINE ET KARL MARX


Source: histoireebook.com

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Auteur : Brenier Flavien (Salluste) (Brenier de Saint-Christo)
Ouvrage : Les origines secrètes du bolchevisme Henri Heine et Karl Marx
Année : 1929

 

 

Il va y avoir dix ans qu’un coup de main heureux livra l’ancien empire des Tsars aux membres d’un parti extrémiste à peine connu jusque-là, même en Russie. Depuis lors, l’avènement de cette poignée d’aventuriers a pris figure d’ère nouvelle. Pour l’ampleur des conséquences, on ne saurait plus lui comparer que la Révolution française qui aurait pu, elle aussi, être facilement comprimée, un matin de juillet 1789, par les 30 000 hommes du maréchal de Broglie, en sorte qu’il en serait à peine fait mention, aujourd’hui, en quatre lignes, dans le manuel du baccalauréat. Si savamment préparée que soit une entreprise politique, si profondes qu’en soient les racines, il y a toujours, en effet, un moment où quelques grains de décision, assaisonnés d’un peu de force matérielle, peuvent suffire à fixer le destin des peuples. L’orientation moderne de la politique universelle n’a été possible que parce que ceux qui gouvernent ont, en général, oublié cette recette, tandis-que les sectes subversives l’ont retrouvée et n’hésitent pas à l’employer.

suite iCi

David Koubbi : Justice vs Finance


lelibrepenseur.org

Vidéo extrêmement intéressante qui revient sur le procès opposant Jérôme Kerviel et la Société Générale, et reprenant toutes les irrégularités et autres magouilles qui ont permis justement à la Société Générale de s’en sortir systématiquement. On apprend que les lois sont effectivement bien conçues mais il y a en France deux façons de les appliquer : l’une très permissive appliquée aux puissants et leur permettant de détruire le pays, l’autre bien plus coercitive qui s’applique au petit peuple…

Malheureusement, cette réflexion ne peut se suffire à elle-même sans mettre en cause le seul réseau qui permette de telles dérives, le réseau maçonnique ou plus justement la mafia maçonnique.

 

 


Interview de David Koubbi, avocat chargé de la défense de Jérôme Kerviel. (Vidéo enregistrée le 7 octobre 2016).

SUJETS :

Affaire Kerviel, Société Générale, Justice des Copains, Lanceurs d’Alertes, Médiatisation de la Justice, Code Pénal, Manipulations, Pressions, Etat d’Urgence, Anarchie, Démocratie, Révolution non violente, Mouvements Sociaux, Élection aux USA, Élection en France, VOS 2.2 milliards d’argent public, Ministre des finances, Affaire d’état, journalisme, crise économique, les politiques, casier judiciaire et élection, Syrie, crise des migrants, Russie, Mouammar Kadhafi, Solutions et conseils pour les jeunes générations, consommation de viande.

SITE : http://thinkerview.com
FACEBOOK : http://facebook.com/Thinkerview
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Source : Thinkerview

Poutine, Macron et Jean de la Fontaine


par J. Laughland

Olivier Demeulenaere – Regards sur l’économie

Quand un gamin de 39 ans, doté de quelques talents mais novice en politique, se pose en donneur de leçons face à l’homme qui dirige la Grande Russie depuis plus de 17 ans… John Laughland a parfaitement raison : cet esprit de supériorité et ce manque de délicatesse augurent mal d’un renouveau dans les relations […]

via Poutine, Macron et Jean de la Fontaine (J. Laughland) — Olivier Demeulenaere – Regards sur l’économie

Wall Street et la révolution bolchévique


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Auteur : Sutton Antony Cyril
Ouvrage : Wall Street et la révolution bolchévique
Année : 1974

 

 

 

Chapitre 1 :

Les acteurs sur
la scène révolutionnaire

“Cher Monsieur le président,
La forme de gouvernement soviétique a toute ma sympathie
comme étant ce qui convient le mieux au peuple russe…”
(Ouverture d’une lettre de William Lawrence Saunders,
président d’Ingersoll-Rand Corporation, directeur d’American
International Corporation et vice-président de la banque de la
réserve fédérale de New York au président des Etats-Unis
Woodrow Wilson le 17 Octobre 1918)

Le dessin pamphlétaire qui illustre ce livre a été dessiné par
Robert Minor en 1911 pour le St Louis Post-Dispatch.
Minor était un artiste talentueux, très bon dessinateur et
écrivain doublé d’un révolutionnaire bolchévique; il fut arrêté en
Russie en 1915 pour soi-disant de la subversion; il fut plus tard
financé par des financiers importants de Wall Street.
Le dessin de Minor (NdT: qu’on peut voir sur le lien original du
livre ci-dessus) met en scène un Karl Marx barbu et hilare se
tenant sur Wall Street avec un exemplaire de la revue
“Socialism” sous le bras et acceptant les félicitations de
financiers connus comme J P Morgan, L’associé de Morgan
George W. Perkins, John D. Rockefeller, John D. Ryan de la

National City Bank et Teddy Roosevelt, qu’on identifie
facilement grâce à sa célèbre dentition, qui se tient en arrière plan.
Wall Street est décorée avec des drapeaux rouges. La
foule en liesse et les chapeaux jetés en l’air suggèrent que Karl
Marx devait avoir été un homme populaire au sein du district
financier de New York.
Minor rêvait-il ? Bien au contraire, nous allons voir que Minor
était très terre à terre en décrivant une alliance enthousiaste
entre Wall Street et le socialisme marxiste. Les personnages
du dessin de Minor, Karl Marx (symbolisant les révolutionnaires
du futur Lénine et Trotsky), JP Morgan, John D. Rockefeller et
Robert Minor lui-même, sont aussi des personnages importants
de ce livre.
Les contradictions suggérées par le dessin de Minor ont été
glissées sous le tapis de l’histoire parce qu’elles ne cadrent pas
avec le spectre classique et consensuel de la gauche et de la
droite en politique. Les bolchéviques sont à l’extrême gauche du
spectre politique et les financiers de Wall Street sont à
l’extrême droite, dès lors, raisonnons-nous de manière implicite,
ces deux groupes n’ont absolument rien en commun et toute
alliance entr’eux est totalement absurde. Les facteurs qui sont
contraires à cet arrangement conceptuel sont en général
rejetés comme observations bizarres ou d’infortunées erreurs.
L’histoire moderne possède une telle dualité intégrée et il est
certain que si trop de faits inconfortables ont été rejetés et
poussés sous le paillasson, alors l’histoire est fausse.
D’un autre côté, on peut observer que les deux extrêmes, droite
et gauche, du spectre politique, sont absolument collectivistes.

Le national socialiste (par exemple le fasciste) et le socialiste
international (par exemple le communiste), recommandent tous
deux des système politico-économiques totalitaires fondés sur
la puissance politique pure et dure et la coercition individuelle.
Les deux systèmes demandent un contrôle monopoliste de la
société.
Alors que le contrôle monopoliste des industries fut au départ
l’objectif de JP Morgan et de John D. Rockefeller, vers la fin du
XIXème siècle le coeur de Wall Street avait compris que la
manière la plus sûre de gagner un monopole sans conteste
était “d’entrer en politique” et de faire travailler la société pour
les monopolistes et ce sous couvert du bien et de l’intérêt
publics. Cette stratégie fut détaillée en 1906 par Frederick C.
Howe dans son ouvrage “Confessions d’un monopoliste”. Howe
qui soit dit en passant, est aussi un personnage dans l’histoire
de la révolution bolchévique.
Ainsi un emballage conceptuel alternatif des idées politiques et
des systèmes politico-économiques serait de classifier le degré
de liberté individuelle contre le degré de contrôle politique
centralisé. Sous une telle classification, l’état providence
industriel et le socialisme sont du même côté du spectre
politique. C’est ainsi que l’on peut constater que les tentatives
du contrôle monopoliste de la société peuvent être étiquettées
différemment tout en ayant des traits de caractère très
similaires.
En conséquence, une des barrières sur le chemin d’une
compréhension mature de l’histoire récente est la notion que
tous les capitalistes sont les ennemis jurés et mortels de tous

les marxistes et socialistes. Cette idée erronée trouve son
origine avec Karl Marx et fut sans aucun doute très utile pour
ses objectifs. En fait, cette idée est un non-sens total. Il y a eu
une alliance continue, même si savamment dissimulée, entre les
capitalistes politiques internationaux et les socialistes
révolutionnaires internationaux et ce pour leur bénéfice mutuel.
Cette alliance n’a pas été pour ainsi dire observée, parce que
les historiens, mis à part quelques exceptions notoires, ont une
conception marxiste inconsciente biaisée et sont ainsi enfermés
dans le moule de l’impossibilité qu’une telle alliance existe.
Le lecteur large d’esprit doit garder deux choses à l’esprit: les
capitalistes monopolistes sont les ennemis mortels de la libre entreprise
et de ses entrepreneurs et aussi, au vu de la
faiblesse de la planification centrale socialiste, l’état socialiste
totalitaire est le marché captif parfait pour les capitalistes
monopolistes si une alliance peut-être établie avec les tenants
du pouvoir socialiste.
Supposons, car cela n’est qu’une hypothèse à ce stade, que les
capitalistes monopolistes américains aient été capables de
réduire une Russie sous planification socialiste au statut de
colonie technique captive ? Ceci ne serait-il pas l’extension
logique internationaliste du XXème siècle des monopoles sur
les chemins de fer des Morgan et du trust pétrolier des
Rockefeller de la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis?
Mis à part Gabriel Kolko, Murray Rothbard et les révisionistes,
les historiens n’ont pas du tout été alertes quant à une telle
combinaison d’évènements. L’historiographie, à de rares
exceptions près, a été forcée dans la dichotomie capitalistes

contre les socialistes. L’étude monumentale et lisible de George
Kennan sur la révolution russe maintient de manière consistante
cette fiction de la dualité entre Wall Street et le bolchévisme.
“La Russie quitte la guerre” n’a qu’une seule référence
incidentelle à la firme J.P Morgan et aucune référence du tout
concernant la Guaranty Trust Company; et pourtant, ces deux
organisations sont abondemment mentionnées dans les
dossiers du Département d’État (NdT: le ministère des affaires
étrangères américain), auxquels de fréquentes références sont
faites dans ce livre, toutes deux étant partie des preuves
principales présentées ici. Aucun de l’auto-incriminé “banquier
bolchévique”, Olof Aschberg ni la banque Nya Banken de
Stockholm ne sont mentionnés dans la recherche de Kennan et
pourtant tous deux furent essentiels au financement
bolchévique. De plus, , dans de circonstances mineures mais
néanmoins cruciales, du moins cruciales pour notre
développement, Kennan a commis des erreurs factuelles. Par
exemple, Kennan cite le directeur de la banque de la réserve
fédérale William Boyce Thompson comme quittant la Russie le
27 Novembre 1917. Cette date de départ rendrait
physiquement impossible la présence de Thompson à
Pétrograde le 2 Décembre 1917 d’où il transmît un télégramme
de demande d’un million de dollars à Morgan à New York.
Thompson en fait quitta Pétrograde le 4 Décembre 1917, deux
jours après avoir envoyé le télégramme à New York. Là
encore, Kennan fait état du fait que le 30 Novembre 1917,
Trotsky fît un discours devant le soviet de Pétrograde dans
lequel il observa: “Aujourd’hui, j’ai avec moi ici à l’institut Smolny,
deux Américains en relation étroites avec les éléments
capitalistes américains”. D’après Kennan, il est “difficile
d’imaginer “ qui d’autre “auraient pu être” ces deux Américains,

“sinon Robins et Gumberg”. En fait, Grumberg n’était pas
américain mais russe. De plus, comme Thompson était toujours
en Russie le 30 Novembre 1917, alors les deux Américains qui
visitèrent Trotsky étaient plus certainement Raymond Robins,
un promoteur minier devenu bon samaritain et… Thompson de
la réserve fédérale de New York.
La bolchévisation de Wall Street était connue dans les cercles
informés dès 1919. Le journaliste financier Barron enregistra
une conversation avec le magnat du pétrole E.H. Doheny en
1919 qui mentiona spécifiquement trois financiers importants,
William Boyce Thompson, Thomas Lamont et Charles R.
Crane:
– A bord du SS Aquitaine, soirée du Vendredi 1er Février
1919.
J’ai passé la soirée dans la suite des Doheny. Mr Doheny a
dit: “Si vous croyez en la démocratie, vous ne pouvez pas
croire au socialisme. Le socialisme est le poison qui détruit la
démocratie. La démocratie veut dire des opportunités pour
tous. Le socialisme fait croire qu’un homme peut quitter son
travail et être mieux loti. Le bolchévisme est le fruit véritable
du socialisme et si vous lisiez les témoignages intéressants
devant les comités du sénat vers la mi-Janvier qui montrèrent
tous ces pacifistes et faiseurs de paix comme des
sympathisants de l’Allemagne, des socialistes et des
bolchéviques, et vous verriez que la majorité des professeurs
d’université aux Etats-Unis enseignent le socialisme, le
bolchévisme et que cinquante-deux de ces professeurs étaient
dans des comités pacifistes en 1914. Le président Eliot

d’Harvard enseigne le bolchévisme. Les pires des
bolchéviques aux Etats-Unis ne sont pas seulement les profs
d’université dont le président Wilson fait partie, mais les
capitalistes et les femmes de capitalistes et aucun ne semble
savoir de quoi ils parlent. William Boyce Thompson enseigne
le bolchévisme et il va sûrement convertir Lamont de JP
Morgan and Co, Vanderlip est un bolchéviste ainsi que
Richard Crane. Beaucoup de femmes rejoignent le
mouvement et ni elles ni leurs maris ne savent de quoi il
retourne ou ce à quoi cela mène. Henry Ford en est un autre,
ainsi que la majorité de la centaine d’historiens que Wilson a
emmené à l’étranger avec lui avec cette idée insensée que
l’histoire puisse enseigner à la jeunesse une juste démarcation
des races, des gens et des nations géographiquement.”
En bref, ceci est l’histoire de la révolution bolchévique et de ce
qui s’ensuivît, mais une histoire qui se démarque de l’approche
traditionnelle des capitalistes contre les communistes. Notre
histoire postule un partenariat entre le capitalisme international
monopoliste et le socialisme révolutionnaire international pour
servir leur bénéfice mutuel. Le coût humain final de cette
alliance est retombé sur les épaules du citoyen russe, du
citoyen américain. L’entreprenariat a été discrédité et le monde
a été propulsé vers une planification socialiste inefficace comme
résultat de ces manoeuvres monopolistes dans le monde de la
politique et de la révolution.
Ceci est aussi une histoire réfléchissant la trahison de la
révolution russe. Les tsars et leur système politique corrompu
furent éjectés pour n’être remplacés que par les agents du
pouvoir d’un autre système corrompu. Là où les Etats-Unis

auraient pu exercer une influence dominante pour amener une
Russie libre, cela trébucha sur les ambitions de quelques
financiers de Wall Street, qui pour leurs intérêts personnels,
pouvaient accepter une Russie tsariste centralisée, une Russie
marxiste centralisée, mais en aucune manière une Russie libre
et décentralisée. Les raisons de ces hypothèses vont se
dévoiler alors que nous développerons les faits sous-jacents et
non-dits jusqu’ici, de la révolution russe et de ses
conséquences.

Chapitre 2 :

Trotsky quitte
New York pour faire la
révolution

suite…

Wall-Street-et-la-revolution-bolchevique

Les liens inchangés de la Russie avec le sionisme


lelibrepenseur.org

par Pierre Dortiguier

Chroniques-Dortiguier


                 


Les liens inchangés de la Russie avec le sionisme


Le premier ministre sioniste Netanyaou est en Russie, ex Soviétie selon les apparences, pour célébrer le prétendu rétablissement des liens entre les deux puissances politiques, il y a, le souligne-t-on, vingt cinq ans ! C’est oublier vite que c’est sur une proposition soviétique formulée par Gromyko, sur décision de celui qui se faisait connaître sous le pseudonyme de Staline, l’homme d’acier, que fut proposée aux Nations Unies, en 1947, pour la première fois, un an avant le coup d’Etat de Ben Gourion immédiatement reconnu avant les États-Unis, par Staline qui prêtera des avions à réaction allemands d’une base tchèque barbouillées aux couleurs étoilées sionistes pour écraser toute résistance arabe indigène, la création de quelque « Etat juif » séparé de l’ensemble palestinien définissant juridiquement l’étendue du mandat britannique. Tout espoir, même léger et assez utopique, faut-il l’admettre, de voir soumettre le mouvement sioniste à une loi commune palestinienne, et au contraire, lui laissant, comme la brutalité des événements le révélera vite les mains libres pour s’emparer définitivement de terres arabes, s’effondrait.

Touchant le sens de ce projet formulé pour la première fois, en dehors des cercles sionistes, d’un État juif, dont il n’avait jamais été question auparavant, dans les discussions internationales, par la première puissance russe socialiste, il convient de lire ce passage des Mémoires du chef anglais de la Légion arabe, Glubb Pacha, cité par notre défunte amie la dr.ph. mademoiselle Amélie-Marie Goichon, arabisante et théologienne catholique qui soutint en 1939, une thèse remarquée en Sorbonne, parue chez Desclee De Brouwer, sur la distinction de l’essence et l’existence d’après Ibn Sina (Avicenne), gloire de la philosophie islamique sous le ciel iranien : « Glubb raconte, écrit-elle en avocate de la cause palestinienne, une singulière conversation entre un officier supérieur de la Légion arabe (lui-même à ce qu’il semble) et un fonctionnaire juif, « respectable et modéré » employé par le gouvernement du mandat. L’officier demande si le nouvel État juif ne risquait pas des troubles, avec les habitants arabes aussi nombreux que les Juifs.

« Oh ! non, répondit le fonctionnaire juif, il y sera mis bon ordre. Quelques massacres délibérés nous débarrasseront d’eux rapidement ! » (cf. cité en note, Glubb Pacha : Soldat avec les Arabes, traduction, Plon 1958, p.67). Avant de revenir à notre sujet principal des relations constantes et au soutien moral et matériel apporté par la Russie non pas nouvelle ou chrétienne, comme elle est ainsi présentée par ses chefs longtemps au service de la machine soviétique, matrice d’Israël, au point que, pour l’illustrer par une image, Golda Meier sortie de Russie y retourna comme ambassadrice en se jetant dans les bras de la Molotova, l’épouse juive du ministre des Affaires étrangères Molotov, donnons un exemple de tromperie et de double langage, de mensonge devenu base de la morale politique et des sionistes et de leurs soutiens, souvent de même famille : « Selon Musa Alami, The lessons of Palestine, pp. 381-382, l’évacuation des Arabes était voulue et suivait un plan » (ce n’était point un complot, selon un mot dont on abuse, mais un plan, un dessein exécuté avec des complices toujours actifs !). Il cite ce curieux témoignage de Menachem Begin, le chef de l’Irgoun visitant New York pendant l’été de 1948 : « Dans le mois précédant la fin du mandat, l’Agence juive décida d’entreprendre une mission difficile, celle de faire sortir les Arabes  des villes avant l’évacuation des troupes britanniques… L’Agence juive en vint à un accord avec nous pour que nous exécutions ces arrangements pendant qu’ils répudieraient tout ce que nous ferions et prétendraient que nous étions des éléments dissidents comme ils le faisaient quand nous combattions les Britanniques. Alors nous avons frappé avec force et mis la terreur dans le cœur des Arabes. Ainsi nous avons accompli l’expulsion de la population arabe des régions assignées à l’État juif » (Cité par Al Hayat, du 20 décembre 1948 à Beyrouth), (A.M Goichon, Jordanie Réelle, tome I, 1967, 580 pages. p. 247). Toute cette longue parenthèse pour bien signifier que cette proposition russe à l’ONU de création d’un état juif accompagnait une action terroriste, mais que furent le bolchevisme et le soviétisme d’autre ? Avec les mêmes choux, on fait la même soupe. Que représentaient pour cette diplomatie russe des victimes arabes potentielles, alors que les campagnes d’après-guerre en Europe, encombrées par les convois de réfugiés étaient le théâtre de massacres par ses partisans comme on tire à la carabine sur des cartons à la Foire du Trône parisienne ou à la fête de l’Huma, le quotidien du parti communiste ? Prendre Staline comme fée au berceau n’incite pas à découvrir le tête du bébé, qui n’a rien de l’Enfant de la Vierge des églises baroques alors en ruines en Europe !

Toute la propagande sioniste, à commencer par Tribune juive parisienne ou le Jewish Chronicle de Londres, célèbre les liens affermis et constants russo-sionistes, et déplore bien sûr, l’obscurantisme d’esprits retardés qui se font rappeler à l’ordre, comme en seraient victimes aujourd’hui, sous les nouveaux règlements poutiniens les Dostoïevski et Soljenitsyne, et la preuve en est, en matière de stratégie commune, cet accord entre leurs deux flottes aériennes, ce qui garantit pour toujours la possession des fermes et hauteurs du Golan à qui l’on devine. L’armée syrienne régulière remporte des succès, et l’appui militaire russe lui a été nécessaire, mais le but patriotique d’intégrité du territoire et de l’effacement du terrorisme passant de l’habit de Daech à celui Al Nosra ou aux démocrates terroristes de l’Armée libre ou traître à leur patrie, pourrait fort bien échouer par le seul souci russe de garder l’entité sioniste et son pouvoir occulte arbitre et seul gagnant de tous les conflits en cours, y compris du général où l’on entraîne les peuples, sur une pente raide ! On ne peut servir Dieu et Mammon, être chrétien orthodoxe et rester athée, bref ne pas être ce que l’on est ! Si  l’entité sioniste est satisfaite de répandre que son cher Poutine connaît si bien les fêtes, caricaturant le christianisme comme celle d’Hanouka – fête du reste, si l’on admet la chronologie, toujours contestable, antisyrienne puisqu’elle est dirigée contre le dit persécuteur, le Bachar el Assad de l’antiquité, le roi syrien Antiochus quatrième du nom – qui est à la religion véritable, ce qu’un film d’Hollywood est à un opéra wagnérien, et s’autorise à illuminer Paris, alors il n’y a pas que les Palestiniens d’Orient à se faire du souci et à implorer la miséricorde de Dieu pour les graves fautes commises par les apparents puissants du jour !

 

Géopolitique, Russie, Terrorisme, Finance (Charles Gave, Studennikov, Carmoy, Olivier Berruyer)


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« Le système économique mondial est dirigé par une ploutocratie mafieuse » dixit Charles Gave.

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Géopolitique, Russie, Terrorisme, Finance (Gave, Studennikov, Carmoy, Berruyer) 6/11/15

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Syrie, les dés sont jetés, par Israël Adam Shamir


Publié le 04/09/2015

Par Israël Adam Shamir, 3 septembre 2015

Nonobstant hésitations et dénégations, la Russie s’embarque bel et bien dans une ambitieuse expansion de sa présence syrienne, qui peut bouleverser les règles du jeu dans le pays en lambeaux. La base navale russe de Tartous, petite, obsolète, servant aux réparations, va être agrandie, tandis que Jablleh, près de Latakia (jadis Laodicée) va devenir la base aérienne russe et une base navale à plein régime en Méditerranée orientale, au-delà des minces détroits du Bosphore. Les multitudes djihadistes qui assiègent Damas vont pouvoir être contraintes à l’obéissance et à la soumission, et le gouvernement du président Assad connaîtra la délivrance, hors de danger. La guerre contre Daesch (ISIS) fournira la couverture pour cette opération. Voici le premier rapport sur ces événements décisifs, sur la base de sources confidentielles russes à Moscou, des sources habituellement fiables.

Le journaliste d’investigation, dissident et bien informé Thierry Meyssan[1] a signalé l’arrivée de nombreux conseillers  russes. Les  Russes ont commencé à partager leurs images par satellite en temps réel avec leurs alliés syriens, ajoutait-il. Un site d’information israélien a ajouté : « la Russie a commencé son intervention militaire en Syrie », et a prédit que « dans les semaines qui viennent des milliers militaires russes se préparent à atterrir en Syrie »[2]. Les Russes ont promptement démenti.

Le président Bachar Al Assad y a fait allusion[3] il y a quelques jours en exprimant sa pleine confiance dans le soutien russe à Damas. Six premiers jets de combat MIG-31 ont atterri à Damas il y a deux semaines, selon le journal officiel RG[4], et Michael Weiss dans le Daily Beast d’extrême-droite [5]a offert une description saisissante de la pénétration russe en Syrie. Le journal Al-Quds al-Arabi mentionne Jableh comme le lieu de la deuxième base.

Nous pouvons maintenant confirmer que, pour autant que nous puissions le savoir, malgré les dénégations (souvenons-nous de la Crimée), la Russie a fait son choix et pris la décision très importante d’entrer en guerre en Syrie. Cette décision peut encore sauver la Syrie de l’effondrement total et par ricochet éviter à l’Europe d’être noyée sous les vagues de réfugiés. L’armée de l’air russe va combattre Daesch ouvertement, mais va probablement aussi bombarder (comme  David Weiss en fait le pari) les alliés des USA de l’opposition al-Nosra (autrefois appelée al-Quaeda) et d’autres extrémistes islamiques pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas moyen de les distinguer de Daesch.

Le ministre russe des Affaires étrangères Serguéï Lavrov a proposé d’organiser une nouvelle coalition contre Daesch incluant l’armée d’Assad, les Saoudiens et certaines forces d’opposition. L’émissaire US en Russie ont dit qu’il n’y avait aucune chance que les Saoudiens ou d’autres Etats du Golfe acceptent d’unir leurs forces avec Assad. La Russie continue à projeter de bâtir cette coalition, mais, vu le rejet américain, apparemment le président Poutine a décidé de passer à l’action.

La Russie est très ennuyée par les victoires de Daesch…

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