Quand des scientifiques français testaient des drogues sur des cobayes humains


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Nous savons tous que les nazis ont mené des expériences portant sur les drogues sur les prisonniers des camps de concentration. De même, nous avons tous en tête ces images de scientifiques américains administrant des doses de drogues diverses et variées (LSD, mescaline, etc.) à des cobayes humains, dans le cadre du programme MK-ULTRA.

heim roger

Roger Heim

Ce qu’on sait moins c’est que, contrairement au nuage de Tchernobyl, ces pratiques ont traversé la frontière de notre beau pays. En 1958, des scientifiques français, le professeur Jean Delay, Pierre Pichot, Thérèse Lempérière, Pierre J. Nicolas-Charles et Anne-marie Quétin, publiaient une étude intitulée Étude psycho-physiologique et clinique de la psilocybine, sous la direction de Roger Heim, alors directeur du muséum national d’histoire naturelle.

Roger Heim était un mycologue, célèbre pour avoir identifié les psilocybe mexicana, communément appelés champignons hallucinogènes mexicains. Roger Heim a fait sa découverte sur les hauteurs de Huautla de Jimenez en pays mazatèque, au cours d’une expédition au Mexique en 1956, menée en compagnie de R. Gordon Wasson, qui s’est avéré par la suite être le chef du sous-projet 58 du programme MK-ULTRA (cf. L’histoire secrète des champignons hallucinogènes et La révolution psychédélique: un produit de l’ingénierie sociale).

   Heim confia quelques échantillons à Albert Hofmann, l’inventeur du LSD et un autre proche de Gordon Wasson, qui les ramena en Suisse aux laboratoires Sandoz (dont Wasson était par ailleurs un des directeurs), où il put isoler le principe actif des psilocybes: la psilocybine.

   Certains de nos larrons ont certes testé sur eux-mêmes les « champignons magiques »; parmi eux Gordon Wasson, Heim lui-même, quelques uns de ses collaborateurs comme Roger Cailleux, et même Albert Hofmann, que sa prétendue balade en vélo sous LSD n’avait visiblement pas traumatisé (cf. Heim, Les champignons hallucinogènes du Mexique: études taxinomiques, biologiques, physiologiques et chimiques, 1958).

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Gordon Wasson et Albert Hofmann

   Mais ces « auto-expériences » ne suffisaient pas. Heim est donc entré en contact avec le professeur Jean Delay pour mener une étude systématique sur des sujets humains. Le bon professeur et ses collaborateurs ont ainsi administré de la psilocybine, gracieusement fournie par les laboratoires Sandoz, à 13 sujets normaux, dont on nous dit qu’ils se sont tous portés « volontaires », et sur 30 malades mentaux, uniquement des femmes. Il n’est pas précisé si ces malheureuses étaient elles aussi « volontaires » ou pas… L’expérimentation sur les malades mentales « a été guidée par nos premiers résultats sur les volontaires normaux et par les applications thérapeutiques préconisées pour les drogues de la même famille, le LSD 25 en particulier. » On peut se demander quelles pouvaient bien être les applications thérapeutiques du LSD 25.

   Les sujets sains ont tous ingéré la substance par voie orale, les doses allant de 5 à 14 mg, la dose moyenne étant de 10,2 mg. Nos braves docteurs décrivent les symptômes somatiques: sensation de chaleur, congestion faciale, mydriase, troubles de la coordination, bradycardie, perturbations thymiques, perturbations de la conscience de type oniroïde, modification de la perception du temps vécu, vertiges, troubles digestifs, etc. Le tout suivi d’asthénie pouvant durer plusieurs jours.

   Les malades mentales ont quant à elles tantôt ingéré la psilocybine par voie orale, tantôt subi des injections par voie sous-cutanée ou intramusculaire. Les doses varient de 6 à 15 mg. « Notre posologie a été, mais non rigoureusement, proportionnelle au poids de la malade ». Les effets somatiques sont globalement les mêmes que pour les sujets normaux, mais les effets psychiques sont soit plus marqués, soit modérés, soit nuls. Les neuroleptiques, sous l’influence desquels se trouvaient encore certaines malades, semblent être antagoniques avec ce type de drogue et en annulent les effets. Pour les malades mentales qui y ont été sensibles, l’étude conclut que « d’après l’expérience que nous avons des effets de la mescaline sur les malades mentaux, il nous a paru que la psilocybine avait une action psychique nettement plus intense ».

Delay

Jean Delay

Ne souhaitant pas en rester là, Anne-Marie Quétin (co-auteur de l’étude pré-citée) a décidé de soutenir une thèse de médecine sur cette question, le 10 juin 1960, sous la direction du professeur Jean Delay. Roger Heim en a donné un compte-rendu dans La psilocybine en psychiatrie et au-delà (à propos de la thèse de Mademoiselle Anne-Marie Quétin), Revue de mycologie, mars 1961. Dans le cadre de cette thèse, une expérimentation a porté « sur 101 sujets dont 92 volontaires, considérés comme normaux, et 72 malades.[..] L’épreuve de la psilocybine était présentée à ces derniers comme un moyen de libération, ou comme un examen complémentaire indispensable au diagnostic.» Globalement, les effets somatiques sont les mêmes que lors de la première expérience. Les conclusions sont par contre plus affinées en ce qui concerne les effets psychiques:

   « [Le sujet] croit découvrir le sens de certains aspects du monde extérieur, mais sans pouvoir en préciser les raisons. Les assurances se précisent, mais le pourquoi reste posé: ‘‘j’ai la clé de l’harmonie universelle.’’ Et Mlle Quétin conclut: ‘‘Ainsi la psilocybine nous apparaît capable de bouleverser les relations entre le Moi et le Monde. Les idées délirantes retrouvées dans nos protocoles sont la traduction de cet étonnement fantastique que vit le sujet pendant cette intoxication’’ (p.91). La psilocybine crée véritablement une psychose artificielle; c’est bien une drogue psychodysleptique ‘‘engendrant une déviation délirante du jugement avec distorsion dans les valeurs de la réalité.’’ »

   Tout n’est pas négatif (si, si):

   « ‘‘Les tendances latentes de l’individu se révèlent’’, car le fond de l’individu n’est pas entamé par l’expérience. Si les contraintes sociales peuvent cacher certains sentiments du sujet, ceux-ci vont se révéler sous l’action de la drogue. ‘‘Ainsi, la psilocybine est un moyen d’exploration globale du sujet.’’ »

   Ce type d’« exploration globale » a dû intéresser beaucoup de gens dans les divers gouvernements de l’époque.

   S’ensuivent quelques descriptions des effets de la psilocybine, suivant les différentes pathologies mentales.

  • Chez les schizophrènes, « La substance libère le syndrome cataleptique que remplace une agitation discordante avec cris, chants, déclamations. » Dans un autre cas « le mutisme disparaît sous l’action de la drogue, l’idée délirante se précise: celle d’une souillure personnelle qui a entraîné le syndrome dépressif et, d’autre part, hostilité de l’entourage. Ainsi ‘‘la psilocybine a permis chez cette malade de poser le diagnostic de l’affection psychiatrique dont elle est atteinte: la psychose discordante est devenue évidente.’’ » Pour une autre jeune femme, « hospitalisée pour des ‘‘préoccupations sexuelles obsédantes’’ situées dans un vaste délire paranoïde, l’épreuve de la psilocybine a mis en évidence les préoccupations de la malade et ses idées délirantes. L’aveu se dessine: ‘‘Ma mère, elle a pris ma place dans mon petit lit, et j’ai pris le sien dans le lit conjugal (auprès du beau-père).’’ »

  • « Chez les délirants, une extériorisation des thèmes se manifeste habituellement. ‘‘Après une courte période onirique, le malade a pu, au milieu de pleurs, faire part d’un grand nombre d’événements traumatisants et développer devant le médecin le thème principal du délire.’’ »
  • « Dans les cas de psychoses maniaco-dépressives, la psilocybine provoque une modification des perturbations thymiques. Dans trois cas, l’observateur a pu observer la disparition progressive du tableau mélancolique (malheureusement passagère). »

  • Pour les névroses et les psycho-névroses, « L’observation est particulièrement intéressante. Il s’agit de phobies d’impulsion nerveuses survenues chez la malade après son premier jour d’accouchement. Sous l’action de 9 mg de psilocybine injectée par voie intramusculaire, la malade devient extrêmement anxieuse, s’agite et pleure. Des figures géométriques colorées apparaissent, puis des modifications perceptives (ses bras sont en bois, sa voix devient étrangère, la pièce lui semble inconnue, les murs s’éloignent, les visages des observateurs se déforment). Puis l’anxiété diminue, une légère euphorie s’introduit, et peu à peu les sentiments intimes se révèlent, des scènes d’enfance se ravivent, des appréciations cachées se libèrent: ‘‘Huit jours après mon mariage, mon mari a prétexté que j’étais fatiguée, il est allé voir mon Directeur. Il est jaloux, il n’est pas très intelligent.’’ L’expérience ‘‘a permis de connaître un certain nombre d’éléments pour apprécier la psychogénèse des phobies d’impulsion; elle a permis à la malade de prendre conscience de certains faits importants.’’ » Une autre « expérience à la psilocybine entraîne ‘‘un afflux de souvenirs’’: ‘‘sans aucun contrôle et avec une violence extrême, la malade nous exposa ce qu’elle considère comme la psychogénèse de sa maladie et surtout ses griefs contre sa mère. Des souvenirs d’enfance, jusque là oubliés, furent revécus émotionnellement… Ainsi la malade put prendre conscience de certains traumatismes affectifs qui nous ont paru avoir une importance psychopathologique considérable. Il fut possible de reprendre secondairement tous ces éléments avec le sujet. À la deuxième épreuve succéda une amélioration indiscutable. Dans les semaines suivantes, la malade put reprendre une vie normale.’’ Malheureusement, ce mieux n’a pas persisté entièrement; une nouvelle dépression s’est ultérieurement manifestée. »

   Il apparaît que ces scientifiques ont tenté de présenter la psilocybine comme un moyen d’exploration du Moi. La grande idée vendue par Gordon Wasson, et qui est au centre de toute sa littérature, est que les champignons hallucinogènes étaient une drogue enthéogène (un néologisme créé par Wasson et ses complices, censé signifier « qui engendre Dieu », ou qui le manifeste). Difficile pour des gens comme Heim, des psychiatres et des neurologues d’évoquer Dieu dans une publication scientifique… Ils s’en sont donc tenus à une de leurs divinités mineures, le Moi freudien, en évitant de s’étendre sur les sujets qui fâchent, comme le fait que « La psilocybine crée véritablement une psychose artificielle ».

Wasson

Gordon Wasson

Comme nous l’avons vu avec les deux articles publiés par Jan Irvin, la promotion des champignons hallucinogènes auprès de la population était un élément essentiel du programme MK-ULTRA. Gordon Wasson en était le chef d’orchestre, aussi bien en tant que chercheur de terrain (c’est lui qui a « découvert » le champignon psilocybe en 1953) que comme propagandiste, en particulier grâce à ses relations au magazine Life (dont les dirigeants étaient, comme lui, agents de la CIA), ainsi que par ses innombrables publications sur ce sujet (voir, entre autres, The Wondrous Mushroom et Mushrooms, Russia and History).

L’implication du directeur du muséum national d’histoire naturelle, membre de l’institut, aux côtés d’un individu tel que Wasson, ancien vice-président en charge des relations publiques chez J.P. Morgan, président du Council on Foreign Relations (CFR), agent de la CIA et chef du sous-projet 58 du programme MK-ULTRA, laisse songeur. Heim ne s’est pas cantonné à son rôle de mycologue, il a aussi relayé la quasi-totalité de la propagande de Wasson, y compris au travers de nombreuses études écrites en commun. Une question légitime se pose alors: y avait-il donc un MK-ULTRA à la française? Ou l’implication française s’est-elle limitée à un travail de sous-traitance de certains pans de ce programme américain par un nombre réduit de scientifiques? Quoi qu’il en soit, il est difficile d’imaginer que l’état français n’était pas au courant de ces activités, et qu’il ne leur a pas donné son feu vert.

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS


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Ouvrage: Une brève histoire du temps Du Big Bang aux trous noirs

Auteur: Hawking W. Stephen

Année: 1988

Traduit de l’anglais par Isabelle Naddeo-Souriau

 

 

Remerciements
J’ai décidé d’écrire un livre sur l’Espace et le Temps à l’intention du grand public après les conférences Loeb que j’ai données à Harvard en 1982. Il existait déjà un nombre considérable de livres sur les débuts de l’Univers et les trous noirs, d’excellents, comme Les Trois Premières Minutes de l’Univers, de Steven Weinberg, et de très mauvais, que je ne citerai pas. Je trouvais cependant qu’aucun d’entre eux ne répondait vraiment aux questions qui m’avaient conduit à faire de la recherche en cosmologie et en théorie des quanta : d’où vient l’Univers ? Comment et pourquoi a-t-il commencé ? Connaîtra-t-il une fin, et si oui, comment ? Questions qui intéressent tout le monde.
Mais la science moderne est devenue si technique que seul un tout petit nombre de spécialistes peut maîtriser les mathématiques qui sont au coeur tic la description. Et pourtant, les idées fondamentales sur l’origine et le destin de l’Univers peuvent prendre une forme non mathématique, accessible à une personne dépourvue de formation scientifique. C’est ce que j’ai essayé de faire ici et le lecteur jugera si j’ai réussi.
On m’a dit que chaque équation incluse dans le livre en diminuerait les ventes de moitié. J’ai donc décidé qu’il n’y en aurait aucune. À la fin, toutefois, j’en ai mis une, la fameuse équation d’Einstein :
E = mc². J’espère que cela n’effrayera pas la moitié de mes lecteurs potentiels.
J’ai eu la malchance d’être atteint d’une maladie neuro-motrice (maladie de Lou Gehrig), mais presque partout ailleurs, la chance m’a souri. L’aide et le réconfort que j’ai reçus de ma femme Jane et de mes enfants Robert, Lucy et Timmy m’ont permis de mener une vie à peu près normale et d’avoir une carrière remplie de succès. Autre chance, mon choix en faveur de la physique théorique, parce que tout est dans la tête. Ainsi, mon incapacité n’aura-t-elle pas été un handicap sérieux. Mes collègues scientifiques m’ont tous beaucoup aidé.
Dans la première phase « classique » de ma carrière, mes principaux associés et collaborateurs furent Roger Penrose, Robert Geroch, Brandon Carter, et George Ellis. Je leur suis reconnaissant de leur aide et du travail que nous avons fait ensemble. Cette époque trouva son couronnement dans le livre The Large Scale Structure of Space-time (La Structure à grande échelle de l’espace-temps) que Ellis et moi avons écrit en 1973. Je ne suggérerai pas aux lecteurs du présent livre de consulter ce travail pour plus ample information : il est hautement technique et tout à fait illisible. J’espère que j’ai appris depuis lors à écrire d’une manière plus facile à comprendre.
Dans la deuxième phase « quantique » de mon travail, à partir de 1974, mes principaux
collaborateurs ont été Gary Gibbons, Don Page, et Jim Hartle. Je leur dois beaucoup, ainsi qu’à mes étudiants en recherche, qui m’ont beaucoup aidé, à la fois aux sens physique et théorique du mot. Demeurer au niveau de mes étudiants m’a grandement stimulé et m’a, j’espère, empêché de m’enfoncer dans l’ornière.
J’ai été grandement aidé pour ce livre par Brian Whilt, l’un de mes étudiants. J’ai attrapé une pneumonie en 1985, après en avoir écrit une première version. J’ai dû subir une trachéotomie qui m’a enlevé la capacité locutoire et m’a rendu presque impropre à communiquer. Je pensais que je serais incapable de le finir. Non seulement Brian m’a aidé à le réviser, mais il m’a aussi fait utiliser un programme de communication nommé Living Center que m’a offert Walt Woltosz, de Words Plus Inc. de Sunnyvale, Californie. Grâce à cet appareil, je peux à la fois écrire des livres et des articles, et parler aux gens avec un synthétiseur offert par Speach Plus, également de Sunnyvale, Californie. Le synthétiseur et un petit ordinateur individuel ont été montés sur ma chaise roulante par David Mason. Ce système a fait toute la différence : en fait, je peux communiquer maintenant beaucoup mieux qu’avant la perte de ma voix.
Un grand nombre de gens, qui ont eu connaissance des versions préliminaires, m’ont fait des suggestions pour améliorer ce livre. En particulier, Peter Guzzardi, mon éditeur de Bantam Books, m’a envoyé des pages et des pages de commentaires et de questions concernant tout ce qu’il croyait que je n’avais pas expliqué proprement. J’étais plutôt irrité, je dois l’admettre, quand j’ai reçu la grande liste de changements qu’il proposait, mais il avait tout à fait raison. Je suis persuadé que le livre a bénéficié de son insistance à ce que je revois les choses de plus près.
Je suis très reconnaissant à mes assistants, Colin Williams, David Thomas and Raymond
Laflamme ; mes secrétaires, Judy Fella, Ann Ralph, Cheryl Billington, et Sue Masey ; et à mon équipe d’infirmières. Rien de tout cela n’aurait été possible sans l’aide apportée à ma recherche et à mes dépenses médicales fournie par le Gonville et Caius College, Science and Engineering Research Council, et par les Fondations Leverhulme, McArthur, Nuffield et Ralph Smith. Je leur exprime toute ma reconnaissance.
Stephen Hawking
20 octobre 1987

 

Introduction
Nous menons notre vie quotidienne sans presque rien comprendre au monde qui est le nôtre. Nous accordons peu de pensées à la machinerie qui engendre la lumière du Soleil, rendant ainsi la vie possible, à la gravité qui nous colle à une Terre qui, autrement, nous
enverrait tournoyer dans l’espace, ou aux atomes dont nous sommes faits et dont la
stabilité assure notre existence. À l’exception des enfants (qui n’en savent pas assez long
pour poser les questions importantes), peu d’entre nous passent beaucoup de temps à se demander pourquoi la nature est telle qu’elle est ; d’où vient le cosmos ou s’il a toujours été là ; si le temps fera un jour machine arrière et si les effets précéderont les causes ou s’il y a des limites extrêmes à la connaissance humaine. Il y a même des enfants, et j’en ai rencontrés, qui veulent savoir à quoi ressemble un trou noir, quelle est la plus petite parcelle de matière ; pourquoi nous nous souvenons du passé et non du futur ; comment il se fait, s’il y avait un chaos au début, qu’il y ait apparemment de l’ordre aujourd’hui ; et pourquoi il y a un Univers.
Dans notre société, parents et professeurs répondent couramment à de telles questions en haussant les épaules ou en faisant référence à quelque précepte religieux vaguement rapporté. Ils se sentent mal à l’aise sur de tels sujets, parce qu’ils soulignent clairement les limites de la connaissance humaine.
Mais bien de la philosophie et bien de la science sont issues de telles questions.
Un nombre croissant d’adultes les posent de plus en plus volontiers et recueillent à l’occasion quelques réponses ahurissantes. À mi-chemin des atomes et des étoiles, nous étendons l’horizon de nos explorations pour embrasser à la fois l’infiniment petit et l’infiniment grand.
Au printemps 1974, environ deux ans avant que la sonde spatiale Viking ne se pose sur
Mars, j’assistai à un meeting en Angleterre, organisé par la Royal Society de Londres,
consacré à la question de la vie extra-terrestre. Pendant la pause-café, je remarquai qu’une réunion beaucoup plus nombreuse se tenait dans une salle voisine, où ma curiosité me fit entrer. Je compris bientôt que j’étais témoin d’un rite ancien, l’investiture de nouveaux membres de la Royal Society, l’une des plus anciennes organisations savantes de la planète. Au premier rang, un jeune homme sur une chaise roulante était en train, avec lenteur, d’inscrire son nom sur un livre qui portait sur ses premières pages la signature d’Isaac Newton. Quand enfin il eut terminé, il y eut une ovation émouvante. Stephen Hawking était une légende déjà.
Hawking est maintenant « Lucasian Professor of Mathematics » à l’Université de Cambridge, poste jadis occupé par Newton et, plus tard, par P. A. M. Dirac, deux célèbres explorateurs de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Il est leur digne successeur. Ainsi, le premier ouvrage de Hawking pour le non-spécialiste est plein de récompenses de toutes sortes pour le simple public. Il fournit des lueurs sur le travail intellectuel de son auteur, aussi passionnantes que son multiple contenu. Il fourmille de révélations brillantes sur les limites de la physique, de l’astronomie, de la cosmologie, et du courage.
C’est aussi un livre sur Dieu… ou peut-être sur l’absence de Dieu. Le mot Dieu emplit ces pages.
Hawking s’embarque dans une recherche pour répondre à la fameuse question d’Einstein se demandant si Dieu avait le choix en créant l’univers. Hawking essaie, et il le dit explicitement, de comprendre la pensée de Dieu. Et cela rend encore plus inattendue la conclusion de cet effort, au moins jusqu’à présent : un univers sans limites dans l’espace, sans commencement ou fin dans le temps, et rien à faire pour le Créateur.
Carl Sagan
Cornell University
Ithaca, New York

 

 

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NOTRE VISION DE L’UNIVERS

Un savant célèbre (certains avancent le nom de Bertrand Russell) donna un jour une conférence sur l’astronomie. Il décrivit comment la Terre tournait autour du Soleil et de quelle manière le Soleil, dans sa course, tournait autour du centre d’un immense rassemblement d’étoiles que l’on appelle notre Galaxie. À la fin, une vieille dame au fond de la salle se leva et dit : « Tout ce que vous venez de raconter, ce sont des histoires. En réalité, le monde est plat et posé sur le dos d’une tortue géante. » Le scientifique eut un sourire hautain avant de rétorquer : « Et sur quoi se tient la tortue ? – Vous êtes très perspicace, jeune homme, vraiment très perspicace, répondit la vieille dame. Mais sur une autre tortue, jusqu’en bas ! »
La plupart d’entre nous pourraient trouver plutôt ridicule de considérer que notre
univers est comme une tour sans fin, faite de tortues empilées les unes sur les autres, mais pourquoi ce que nous savons vaudrait-il mieux que cela ? D’où vient l’univers et où va-i-il ?
A-t-il eu un commencement, et si oui, qu’y avait-il avant ? Quelle est la nature du temps ?
Aura-t-il une fin ? Tout récemment, d’importantes découvertes en physique, dues en partie aux nouvelles technologies et à leurs possibilités fantastiques, suggèrent des réponses à quelques-unes de ces questions de fond. Un jour viendra où ces réponses à leur tour nous sembleront aussi évidentes que le fait que la Terre tourne autour du Soleil, ou peut-être aussi ridicules que la tour de tortues. Seul le temps (quoi qu’il puisse être) nous le dira.
Dès 340 avant Jésus-Christ, le philosophe grec Aristote avança – dans son ouvrage Du ciel – deux solides arguments en faveur d’une Terre sphérique plutôt que plate. Tout d’abord, il avait compris que les éclipses de Lune étaient dues au fait que la Terre passait entre le Soleil et la Lune.
L’ombre projetée sur la Lune était toujours ronde, ce qui ne pouvait être le cas que
si notre planète était sphérique. Si elle avait eu la forme d’un disque plat, son ombre aurait été allongée et elliptique, à moins que le phénomène d’éclipse n’intervienne jamais qu’au moment où le Soleil se trouve exactement derrière le centre du disque. De plus, les pérégrinations des Grecs leur avaient appris que l’Étoile Polaire apparaissait plus bas sur l’horizon dans les régions du sud que dans le Nord. (Étant donné que l’Étoile Polaire est à l’aplomb du pôle Nord, un observateur au Pôle la verra juste au- dessus de sa tête, alors qu’à l’équateur, il la verra briller juste au-dessus de l’horizon.) D’après la différence des positions apparentes qu’occupait l’Étoile Polaire en Égypte et en Grèce, Aristote avait déjà calculé approximativement que la circonférence de la Terre devait être de quatre cent mille stades. On ne sait pas exactement quelle était la longueur d’un de ces stades, mais il est probable que cela devait équivaloir environ à deux cents mètres, ce qui donne pour l’estimation aristotélicienne une valeur deux fois plus grande que celle que nous admettons couramment. Les Grecs disposaient même d’un troisième argument en faveur de la rotondité de la Terre : comment expliquer autrement le fait qu’à l’horizon ce soient d’abord les voiles d’un navire qui apparaissent, avant sa coque ?
Aristote pensait que la Terre était immobile et que le Soleil, la Lune, les planètes et les étoiles tournaient selon un mouvement circulaire autour d’elle. Il pensait cela parce qu’il estimait, pour des raisons mystiques, que la Terre était le centre de l’univers et que le mouvement circulaire représentait la perfection. Développant cette idée au IIe siècle avant Jésus-Christ, Ptolémée aboutit à un système cosmologique achevé. La Terre occupait la position centrale, entourée de huit sphères qui portaient respectivement la lune, le Soleil, les étoiles et les cinq planètes connues À l’époque, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Les planètes elles-mêmes décrivaient de petits cercles sur leurs sphères respectives, cela pour tondre compte des trajectoires planétaires assez complexes que l’on observait dans le ciel. La sphère la plus extérieure portait les étoiles fixes, qui conservaient la même position les unes par rapport aux autres, mais qui tournaient en bloc. Ce qu’il y avait au-delà de cette dernière sphère, on ne le savait pas très bien mais en tout cas, ce n’était certainement pas à la portée de l’humanité.
Le modèle de Ptolémée fournissait un système relativement sûr pour prédire la position des corps célestes dans le ciel. Mais pour que ses prédictions collent aux observations, Ptolémée avait dû avancer l’hypothèse que la Lune suivait une trajectoire qui l’amenait parfois deux fois plus près de la Terre qu’à d’autres moments. Cela impliquait qu’elle aurait dû alors nous apparaître deux fois plus grosse que d’habitude ! Ptolémée était conscient de ce défaut mais son système n’en fut pas moins généralement, si ce n’est universellement, adopté. L’Église chrétienne y trouva une vision de l’univers en accord avec les Saintes Écritures, et qui avait le gros avantage de laisser de la place au- delà de la sphère des fixes pour le Paradis et l’Enfer.
Cependant, un système plus simple fut proposé en 1514 par un prêtre polonais, Nicolas Copernic. (Tout d’abord, par peur d’être accusé d’hérésie et brûlé par son Église, celui-ci publia sa conception sous le couvert de l’anonymat.) D’après lui, le Soleil était immobile au centre de l’Univers et les planètes décrivaient des orbites circulaires autour de notre étoile. Presque un siècle s’écoula avant que cette hypothèse ne soit prise au sérieux. Puis, deux astronomes – l’un allemand, Johannes Kepler, et l’autre italien, Galilée – commencèrent à défendre publiquement la théorie de Copernic, en dépit du fait que les orbites qu’elle prédisait ne coïncidaient pas exactement avec les observations. Le coup fatal à la théorie d’Aristote/Ptolémée survint en 1609. Cette année-là, Galilée se mit à observer le ciel nocturne avec la lunette, qui venait tout juste d’être inventée. En regardant ainsi Jupiter, il découvrit que cette planète était accompagnée de plusieurs petits satellites (ou lunes) qui tournaient autour d’elle. Cela laissait supposer que tout ne devait pas tourner obligatoirement autour de la Terre elle-même, comme Aristote et Ptolémée l’entendaient. (Bien sûr, il était encore possible de croire que la Terre
était immobile au centre de l’Univers et que les lunes de Jupiter décrivaient des
trajectoires extrêmement compliquées autour de la Terre, donnant l’illusion de tourner
autour de Jupiter. Cependant, la conception de Copernic était bien plus simple). À
cette même époque, Johannes Kepler modifia la théorie du prêtre polonais, en suggérant que les planètes décrivent non plus des cercles mais des ellipses (une ellipse est un cercle allongé). Les prédictions correspondirent enfin aux observations.
Pour Kepler, les orbites elliptiques n’étaient qu’une hypothèse ad hoc, et même plutôt désagréable, car ces figures étaient manifestement moins parfaites que des cercles. Ayant découvert presque accidentellement que les orbites elliptiques rendaient bien compte des observations, Kepler ne pouvait les accorder avec son idée selon laquelle les planètes tournaient autour du Soleil en raison des forces magnétiques. L’explication fut fournie seulement beaucoup plus tard, en 1687, lorsque Newton publia ses Philoosophiae Naturalis Principia Mathematica, probablement le travail le plus important jamais effectué en physique par un homme seul. Dans cet ouvrage, Newton échafaudait non seulement la théorie expliquant comment les corps se mouvaient dans l’espace et dans le temps, mais il y développait aussi les mathématiques complexes nécessaires à l’analyse de ces mouvements. De plus, le savant anglais proposait la loi de la gravitation universelle selon laquelle tout corps dans l’univers est attiré par tout autre corps
selon une force d’autant plus grande que les corps sont plus massifs et plus proches ; force qui fait que les objets tombent sur le sol. (L’histoire selon laquelle Newton fut mis sur la voie de cette découverte par une pomme qui lui serait tombée sur la tête est
très certainement apocryphe. Tout ce que Newton a jamais dit à ce sujet est qu’il eut
l’idée de la gravitation alors qu’il était assis « dans une attitude contemplative »
et « qu’elle avait été occasionnée par la chute d’une pomme. ») Newton continuait en
montrant que c’était bien la gravitation qui était responsable dû mouvement elliptique de la Lune autour de la Terre, tout comme elle était également responsable des trajectoires elliptiques de la Terre et des planètes autour du Soleil.
Le modèle copernicien se débarrassait donc des sphères célestes de Ptolémée, et avec elles, de l’idée que l’Univers avait une frontière naturelle. Étant donné que les « étoiles fixes » ne semblaient pas changer de position – excepté leur mouvement d’ensemble dans le ciel dû à la rotation de la Terre autour de son axe –, il devenait tout naturel de supposer qu’elles étaient des objets semblables à notre Soleil, mais beaucoup plus éloignés.
Newton avait compris que, selon sa théorie de la gravitation, les étoiles devaient s’attirer
entre elles, et que, apparemment, elles ne pouvaient fondamentalement pas rester au repos. Ne tomberaient- elles pas toutes en un point ? Dans une lettre de 1691 adressée à Richard Bentley, autre penseur de premier plan de cette époque, Newton affirma que ce serait certainement le cas si les étoiles en nombre fini étaient distribuées dans une région finie de l’univers. Mais il avait calculé que si, au contraire, elles étaient en nombre infini, distribuées plus ou moins uniformément dans un espace infini, cela n’arriverait pas, car il n’existerait aucun point central vers lequel elles pourraient alors tomber.
Cela est un exemple des pièges que l’on rencontre à propos de l’infini. Dans un univers
infini, chaque point peut être considéré comme un centre parce que chacun compte un nombre infini d’étoiles autour de lui. L’approche correcte – qui ne fut effectuée que beaucoup plus tard – consiste à prendre en compte la situation finie, dans laquelle les étoiles tombent toutes les unes sur les autres, et à se demander comment les choses évolueraient si l’on en prenait d’autres en compte, distribuées à peu près uniformément en dehors de cette région. D’après la loi de Newton, les étoiles supplémentaires ne devraient pas causer la moindre différence en moyenne, et toutes devraient tomber tout aussi vite. Ajoutons autant d’étoiles que nous voulons, elles s’effondreront toujours sur elles-mêmes. Nous savons aujourd’hui qu’il est impossible d’avoir un modèle statique d’univers infini dans lequel la gravitation soit toujours attractive.
Il eut intéressant de remarquer que, dans le climat général de pensée précédant le
XXe siècle, personne n’a suggéré que l’Univers pourrait se dilater ou se contracter. Il était
généralement admis ou bien que l’univers existait depuis toujours dans un état inchangé, ou bien qu’il avait été créé à un instant prédit du passé, plus ou moins semblable à ce qu’on observait aujourd’hui. Cela pouvait être dû en partie à la tendance humaine à croire en des vérités éternelles, aussi bien qu’au réconfort que l’homme trouvait à penser que, malgré le fait que les années s’envolaient et qu’il mourrait, l’Univers, lui, restait éternel et identique à lui-même.
Même ceux qui avaient compris que la théorie newtonienne de la gravitation démontrait
que l’Univers ne pouvait pas être statique ne pensèrent pas à suggérer une expansion.
À la place, ils entreprirent de modifier la théorie en rendant répulsive à grande distance la force gravitationnelle. Cela ne modifiait pas de façon significative leurs prédictions des
mouvements des planètes, mais autorisait une distribution infinie d’étoiles à rester en
équilibre stable – les forces attractives s’exerçant entre étoiles proches étant
contrebalancées par les forces répulsives dues aux étoiles plus lointaines. Cependant, on sait aujourd’hui qu’un tel équilibre serait instable : si les étoiles d’une région quelconque venaient à se rapprocher un tant soit peu les unes des autres, les forces
qui les attirent croîtraient jusqu’à prendre le pas sur les forces répulsives, de telle
sorte que les étoiles continueraient à tomber les unes sur les autres. D’un autre côté, si les étoiles venaient à s’éloigner légèrement les unes des autres, les forces répulsives se
mettraient à dominer et les écarteraient encore plus.
Généralement, on attribue au philosophe allemand Henrich Olbers – qui traita de cette théorie en 1823 une autre objection à un univers infini statique. En fait, plusieurs contemporains de Newton avaient déjà soulevé le problème et l’article d’Olbers ne fut pas le premier à présenter des arguments plausibles à son encontre. Toutefois, il fut le premier à être largement remarqué. La difficulté venait du fait que dans un univers statique infini, pratiquement toutes les lignes de visée devraient aboutir à la surface d’une étoile. Aussi devrait-on s’attendre à ce que tout le ciel soit aussi brillant que le Soleil, même la nuit. Le contre-argument d’Olbers était que la lumière des étoiles lointaines devait être affaiblie par de la matière interposée qui l’aurait absorbée. Cependant, si c’était le cas, cette matière aurait dû se réchauffer à la longue, jusqu’à rayonner aussi brillamment que les étoiles. La seule façon d’éviter la conclusion que l’ensemble du ciel nocturne devrait être aussi brillant que la surface du Soleil
était alors d’admettre que les étoiles ne brillaient pas depuis toujours mais qu’elles s’étaient bel et bien allumées à un moment donné dans le passé. Alors, la matière interposée aurait pu ne pas avoir été suffisamment chauffée, ou la lumière des étoiles lointaines n’avoir pas encore eu le temps de nous atteindre. Et cela nous amène à la question de savoir ce qui aurait provoqué l’allumage initial des étoiles.
La naissance de l’Univers avait, bien sûr, déjà fait l’objet de discussions antérieures. Pour
nombre de cosmologies anciennes et selon la tradition juive, chrétienne et musulmane, l’Univers est né à un instant donné, dans un passé pas très éloigné. En faveur d’une telle naissance, il y a le sentiment qu’il est nécessaire d’avoir une « Cause Première » pour expliquer son existence. (À l’intérieur de l’Univers, vous pouvez toujours expliquer un événement en tant que conséquence d’un événement antérieur, mais l’existence de l’Univers lui-même ne peut s’expliquer de cette façon que s’il a un commencement.) Un autre argument, avancé par saint Augustin dans son ouvrage La Cité de Dieu, fait remarquer que la civilisation avance et que nous nous souvenons de celui qui accomplit tel haut fait ou développe telle technique. Ainsi l’homme, et de la même manière peut-être aussi l’Univers, n’auraient-ils pu exister depuis beaucoup plus longtemps. Saint Augustin admet la date d’environ 5000 ans avant Jésus-Christ pour la création de l’Univers, date donnée par la Genèse. (Il est intéressant de noter que cela n’est pas si loin de la dernière glaciation qui se termina vers -10 000 avant Jésus-Christ, date que les archéologues avancent comme véritable point de départ de notre civilisation.)
Aristote, comme la plupart des philosophes grecs, n’aimait pas l’idée de création car
elle présentait un arrière-goût d’intervention divine. Il croyait par conséquent que la race humaine et le monde qui l’entoure existaient et existeraient à jamais. Les Anciens reconnaissaient déjà la valeur de l’argument du progrès mentionné plus haut et ils y répondaient en professant que déluges et autres catastrophes ramenaient périodiquement à chaque fois la race humaine sur la ligne de départ.
Les questions relatives à la naissance de l’Univers dans le temps et à sa limite dans l’espace furent par la suite largement étudiées par le philosophe Emmanuel Kant dans son monumental (et très obscur) ouvrage, Critique de la raison pure, publié en
1781. Kant baptisa ces questions« antinomies » (c’est-à-dire : contradictions) de la raison pure parce qu’il estimait qu’il existait autant d’arguments – irréfutables en faveur de la thèse d’un Univers ayant commencé un jour que de son antithèse, un Univers ayant existé depuis toujours. Son argument en faveur de la thèse était que si l’Univers n’avait pas eu de commencement, il aurait dû y avoir une période infinie de temps avant tout événement, ce qu’il considérait comme absurde ; en faveur de l’antithèse, il pensait que si l’Univers avait eu un commencement, il y aurait eu une période infinie de temps avant ce début, alors pourquoi serait-il né à tel instant donné ? En fait, thèse et antithèse sont
exactement la même chose. Elles sont toutes deux fondées sur l’hypothèse kantienne non
formulée d’un temps qui remonte indéfiniment dans le passé, que l’Univers ait existé depuis toujours ou non. Comme nous le verrons, le concept de temps n’a aucun sens avant la naissance de l’Univers. Cela fut pour la première fois remarqué par saint Augustin. À la question : « Que fit Dieu avant de créer l’Univers ? » il ne répondait pas : « Il préparait l’Enfer pour ceux qui posent de telles questions. » Il préférait dire que le temps était une propriété de L’Univers que Dieu avait créé, et que le temps n’existait pas avant.
Lorsque les gens croyaient en un Univers fondamentalement statique et sans changement, la question de savoir s’il était né ou non n’intéressait que les métaphysiciens ou les théologiens. On pouvait rendre compte des observations aussi bien en penchant pour un univers ayant toujours existé qu’en soutenant la théorie d’un univers mis en mouvement à un instant donné et de telle sorte qu’il paraisse avoir toujours existé. Mais en 1929, Edwin Hubble fit une observation cruciale : où que nous regardions, les galaxies lointaines s’éloignent de nous à toute vitesse. Cela signifie qu’en des temps plus anciens, les objets avaient été plus proches les uns des autres. En fait, il semble qu’il y ait eu un moment, il y a dix ou vingt milliards d’années, où tous ces objets étaient exactement à la même place et où, par conséquent, la densité de L’Univers était infinie. Cette découverte amenait enfin la question de la naissance de L’Univers devant la Science.
Les observations de Hubble sous-entendaient qu’il y avait eu un moment, baptisé le « Big Bang », où l’univers avait été infiniment petit et infiniment dense. Dans de telles conditions, toutes les lois de la physique, et par conséquent leur capacité à prévoir le futur, s’effondraient.
Si des événements antérieurs à ce moment n’avaient jamais existé, ils ne pourraient
affecter ce qui arrive dans notre temps. Leur existence peut donc être ignorée parce qu’ils n’auront aucune conséquence observationnelle. On peut dire que le temps a commencé au Big Bang, au sens où des temps antérieurs ne seront tout simplement pas définis. Insistons sur le fait que ce commencement dans le temps est très différent de ceux qui ont été examinés auparavant. Dans un Univers sans changement, le commencement dans le temps est quelque chose qui doit être imposé par un être situé hors de l’Univers ; il n’y a aucune nécessité physique pour un tel début. On peut imaginer que Dieu a créé l’Univers littéralement à n’importe quel instant dans le passé. D’un autre côté, si l’Univers est en expansion, il peut y avoir des raisons physiques à sa naissance. On peut encore imaginer que Dieu a créé l’Univers à l’instant du Big Bang, ou même après, de façon qu’il ressemble à ce qu’il aurait dû être s’il y en avait eu un ; mais ce serait un non-sens de supposer qu’il l’ait créé avant. Un Univers en expansion n’exclut pas la possibilité d’un créateur mais il définit l’instant où ce dernier aurait pu accomplir son œuvre !Pour discuter de la nature de l’Univers et examiner des questions telles que son commencement ou sa fin, il nous faut bien comprendre ce qu’est une théorie scientifique. Considérons l’opinion naïve selon laquelle une théorie est un modèle d’Univers (ou d’une partie limitée de l’Univers) et un ensemble de règles mettant en relation des quantités issues du modèle et des observations. Elle n’existe que dans notre esprit et ne peut avoir d’autre réalité (quelle qu’en soit la signification). Une théorie sera valable si elle satisfait aux deux conditions suivantes : décrire avec exactitude une vaste catégorie d’observations sur la base d’un modèle qui ne contient que quelques éléments arbitraires, et faire des prédictions précises concernant les résultats d’observations futures. Exemple, la théorie d’Aristote selon laquelle tout était fait de quatre éléments, la terre, l’air, le feu et l’eau, était suffisamment simple pour effectuer des descriptions, mais
elle ne permettait pas de prédiction précise. La théorie de la gravitation de Newton était
fondée, elle, sur un modèle encore plus simple, dans lequel les corps s’attiraient l’un l’autre selon une force proportionnelle à une quantité appelée leur masse et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les séparait. Cependant, elle prédisait les mouvements du Soleil, de la Lune et des planètes avec un haut degré d’exactitude.
Toute théorie physique est toujours provisoire en ce sens qu’elle n’est qu’une hypothèse : vous ne pourrez jamais la prouver. Peu importe le nombre de fois où les résultats d’une
expérience s’accorderont avec une théorie donnée ; vous ne pourrez jamais être sûr que,
la fois suivante, ce résultat ne la contredira pas. Vous pouvez également réfuter une théorie en trouvant une observation unique qui ne cadre pas avec ses prédictions. Comme le philosophe des sciences Karl Popper l’a souligné, une bonne théorie se caractérise par le fait qu’elle fait un certain nombre de prédictions qui pourraient en principe être réfutées ou rendues fausses par l’observation. Chaque fois que de nouvelles expériences viendront corroborer les prédictions, la théorie sera confortée, et notre confiance en elle s’accroîtra ; mais si jamais une nouvelle observation ne s’inscrit pas dans son cadre, il nous faudra l’abandonner ou la modifier. Du moins est-ce ce qu’il est supposé advenir, mais vous pourrez toujours mettre en doute la compétence de la personne qui a réalisé l’observation en question.
Dans la pratique, il arrive souvent qu’une nouvelle théorie soit réellement une
extension de la théorie précédente. Par exemple, des observations très précises de la planète Mercure ont révélé de légères différences entre son mouvement et les prédictions newtoniennes de la théorie de la gravitation. La théorie de la Relativité Générale d’Einstein annonçait un mouvement légèrement différent de celui de la théorie de Newton. Le fait que les prédictions d’Einstein s’accordent à ce que l’on voyait, alors que celles de Newton ne le faisaient pas, fut l’une des confirmations cruciales de la nouvelle théorie. Cependant, nous utilisons toujours la théorie de Newton dans notre pratique quotidienne, car la différence entre ses prédictions et celles de la Relativité Générale est minime dans les situations auxquelles nous avons affaire normalement. (La théorie de Newton a aussi le grand avantage d’être plus aisée à manipuler que celle d’Einstein !).
L’ultime but de la science est de fournir une théorie unique qui décrive l’Univers
dans son ensemble. Cependant, la plupart des scientifiques scindent le problème en deux. D’un côté, il y a les lois de la physique qui nous disent comment l’Univers évolue avec le temps. (Si nous savons à quoi ressemble l’Univers à chaque instant donné, ces lois physiques nous disent à quoi il ressemblera l’instant d’après.) De l’autre, il y a la question de son état initial. Certains estiment que la science ne devrait s’occuper que du premier aspect de la question et considèrent le problème de la situation initiale de l’Univers comme du ressort de la métaphysique ou de la religion. Ce qui signifierait que Dieu, étant omniprésent, aurait pu faire démarrer l’Univers à sa guise. Peut-être en est-il ainsi mais, dans ce cas, Dieu aurait dû aussi le développer d’une façon complètement arbitraire. Pourtant, il apparaît qu’il a choisi de le faire évoluer d’une façon très régulière, selon certaines lois. Il semble donc tout aussi raisonnable de supposer qu’il y a également des lois qui gouvernent son état initial.
On se rend compte qu’il est très difficile de concevoir une théorie qui décrive l’Univers d’un seul coup. À la place, on choisit de morceler le problème et d’inventer un certain nombre de théories partielles ; chacune d’elles décrivant et prédisant une certaine classe limitée d’observations, négligeant les effets de quantités autres, ou les représentant par de simples séries de nombres. Il se peut que cette approche soit complètement fausse. Si tout dans l’univers dépend de tout de façon fondamentale, il pourrait être impossible d’approcher une solution générale en traitant séparément les différentes parties du problème. Néanmoins, c’est assurément de cette façon que nous avons accompli quelques progrès dans le passé. L’exemple classique est encore celui de la théorie newtonienne de la gravitation, qui nous dit que la force gravitationnelle entre deux corps ne dépend que d’un nombre associé à chacun, leur masse, et est indépendante de ce dont ces corps sont constitués. Aussi n’a-t-on pas besoin d’avoir une théorie de la structure et de la constitution du Soleil et des planètes pour calculer leurs orbites.
Aujourd’hui, les savants décrivent l’Univers d’après deux théories partielles de base, la théorie de la Relativité Générale et la Mécanique Quantique. Ce sont les grandes réussites intellectuelles de la première moitié de ce siècle. La Relativité Générale décrit la force de gravité et la structure à grande échelle de l’univers, c’est-à-dire la structure à des échelles allant de quelques kilomètres à un million de milliards de milliards de kilomètres (un 1 suivi de 24 zéros), dimension de l’univers observable. La Mécanique Quantique, elle, s’intéresse à des phénomènes à échelle extrêmement réduite, comme le millionième de millionième du centimètre. Malheureusement, ces deux théories sont réputées incompatibles et ne peuvent donc être justes en même temps. L’un des plus grands efforts en physique aujourd’hui, et le thème majeur de ce livre, porte sur la recherche d’une nouvelle théorie qui les engloberait toutes les deux – une théorie quantique de la gravitation. Nous n’en disposons pas encore et il nous reste un long chemin à parcourir, mais nous connaissons déjà un grand nombre des propriétés qu’elle devra satisfaire. Et nous verrons, dans les chapitres suivants, tout ce que nous savons déjà quant aux prédictions qu’une telle théorie devrait énoncer.Si vous pensez que l’Univers n’est pas arbitraire mais qu’il est régi par des lois précises, vous devrez en fin de compte combiner les théories partielles en une théorie complètement unifiée qui décrira tout dans l’univers. Seulement, il y a un paradoxe fondamental dans la recherche d’une telle théorie complètement unifiée. Les notions relatives aux théories scientifiques que nous avons exposées plus haut supposent que nous sommes des êtres rationnels, libres d’observer l’Univers comme nous le voulons et de tirer des déductions logiques à partir de ce que nous voyons. Dans un tel schéma, il paraît raisonnable de supposer que nous avons pu nous rapprocher de plus en plus des lois qui régissent notre Univers. Pourtant,
s’il existe vraiment une théorie complètement unifiée, elle devrait aussi vraisemblablement déterminer nos actions. Et ainsi, la théorie elle-même devrait
déterminer l’aboutissement de notre recherche la concernant ! Et pourquoi déterminerait-elle que nous arrivons aux bonnes conclusions ? Ne pourrait-elle pas aussi bien déterminer le contraire ? Ou que nous n’arriverons à rien ?
La seule réponse que je puisse apporter à ce problème repose sur le principe de la
sélection naturelle de Darwin. L’idée est la suivante : dans toute population d’organismes capables de s’auto- reproduire, il y aura des variations dans le matériel génétique et dans l’éducation de chaque individu. Ces différences signifieront que certains d’entre eux seront plus aptes que d’autres à tirer les bonnes conclusions quant au monde qui les entoure, et à agir en conséquence.
Ayant plus de chances que les autres de survivre et de se reproduire, leurs types de
comportement et de pensée deviendront dominants. Il a certainement été vrai, dans le
passé, que ce que nous appelons intelligence et découverte scientifique ont constitué un
avantage en faveur d’une survie. Il n’est pas évident que cela soit encore le cas de nos jours : nos découvertes scientifiques peuvent nous détruire et, même si elles ne le font pas, une théorie complètement unifiée ne changera pas grand-chose à la situation. Cependant, à condition que l’Univers évolue de façon régulière, nous devrions nous attendre à ce que les capacités de raisonnement dont la sélection naturelle nous a pourvus soient également valables dans notre recherche d’une théorie complètement unifiée, et donc qu’elles ne nous conduisent pas à des conclusions fausses.
Comme les théories partielles dont nous disposons déjà sont suffisantes pour faire des prédictions exactes dans toutes les situations sauf les plus extrêmes, la recherche de la théorie fondamentale de l’univers semble difficile à justifier au niveau pratique. (Il vaut la peine de noter, cependant, que des arguments semblables auraient pu être utilisés à la fois contre la Relativité et la mécanique quantique, et que ces théories nous ont donné à la fois l’énergie nucléaire et la révolution de la microélectronique !)
La découverte d’une théorie complètement unifiée, donc, peut ne pas venir en aide à la survie de notre espèce. Elle peut même ne pas affecter du tout notre mode de vie. Mais jamais, depuis l’aube de la civilisation, les hommes ne se sont accommodés d’événements hors cadre et inexplicables. Ils ont toujours eu soif de comprendre l’ordre sous-jacent dans le monde. Aujourd’hui, nous avons encore très envie de savoir pourquoi nous sommes là et d’où nous venons. Ce désir de savoir, chevillé à l’humanité, est une justification suffisante pour que notre quête continue. Et notre but n’est rien moinsqu’une description complète de l’Univers dans lequel nous vivons.

 

 

2
L’ESPACE ET LE TEMPS

 suite..  PDF

Mondes en Collision


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Ouvrage: Mondes en Collision

Auteur: Velikovsky Immanuel

Année: 2003

« Est-li possible que Velikovsky ait
révélé, disons d’une manière scientifiquement
inacceptable, un fait que les
astronomes se sentent obligés de
cacher pour des raisons culturelles ?
Est-il possible que quelque part
dans l’ombre, gît un passé historique
inadmissible à traiter ?
La réponse est un « oui » évident.
( … ) Mais les preuves de Velikovsky
sont inacceptables »
Déclaration en 1980 de Sir Fred

Hoyle, astrophysicien anglais,
anobli par la reine Elisabeth II.

 

Revue de Presse
( quelques extraits de 1950 jusqu’à 2003 sur plus de
250.000 articles avec l’analyse de Robert Rickard
parue dans« Fortean Times» )

«Un tremblement de terre littéraire» New York Times

« Le Dr Velikovsky a rassemblé dans un travail monumental,
des preuves issues des premières civilisations sur les cataclysmes
gigantesques ayant touché la Terre en 2000 et 1000 ans avantJ.C.
( … ) Un panorama stupéfiant d’histoires terrestres et humaines.
( … ) Un ouvrage magnifique »
New York Herald Tribune

« Si le Dr V elikovsky a raison, ses livres sont la plus grande
contribution jamais faite aux études des civilisations anciennes »
Dr Robert H. Pfeiffer, Harvard University

« « Mondes en Collision » n’est que mensonges et rien que des
mensonges.
– Question : Vous l’avez lu ?
– Non, je n’ai pas lu ce livre, et je ne le lirai jamais ! »
Dean MacLaughlin, Harvard University

« Aussi fascinant qu’un roman de Jules Verne … »
Reader’s Digest

« Ridicule » Times magazine

« Si vous voulez un choc intellectuel, lisez « Mondes en Collision »
du Dr Immanuel Velikovsky »
Book of the Month Club News

« Ce livre aura un effet explosif dans le monde scientifique »
This Week

« Excitant, étonnant, surprenant, incroyable et certainement
une histoire révolutionnaire de l’Univers »
Dallas Times Herald

« Ce livre pourrait affecter la manière de penser de ce siècle »
Louisville Courier Journal

«Un livre étrange et merveilleux» Detroit News

« Gigantesque, sensationnel, génial»
Glasgow Daily Record

«Rien dans les dernières années n’a excité autant l’imagination
du public » Pageant

« Ses conclusions finales sont encore plus terrifiantes »
Newsweek

« La science elle-même, bien que la plupart des scientifiques
aient considéré que son cas était définitivement enterré, se dirige
dans la direction montrée par Velikovsky. Ses propos, qui
semblaient tellement scandaleux et choquants lorsqu’il les a tenus
à l’époque, sont maintenant très communs. La mise à l’écart de
Velikovsky, ainsi que son lynchage par la communauté académique,
nécessite maintenant un véritable réexamen par les scientifiques»
Harper’s Magazine, août 1963

« Les travaux du Dr Immanuel Velikovsky doivent être reconsidérés »
The New Scientist, Angleterre, 1972

« Nous demandons à la communauté scientifique, dans la tradition
de la véritable recherche, de continuer, sans aucun parti
pris, à examiner le formidable challenge présenté par le Dr Velikovsky»
Pr Trainor, Department of Physics of Toronto, 1974

«Des thèses totalement ridicules ( … ) et qui ne respectent aucune
loi physique »
Bulletin of the Atomic Scientist, 1964
et…
« Velikovsky pourrait bien avoir raison »
Bulletin of the Atomic Scientist, 1975 ( !!! )

« Velikovsky fut le scientifique le plus controversé de ce
siècle … mais l’acceptation de ses travaux est maintenant inévitable»
Industrial Research & Developement, 1979

«Les observations de Vénus par la sonde Pioneer n’ont pas
confirmé toutes les prédictions de Velikovsky sur sa nature ( … )
mais Velikovsky a aussi correctement prédit les changements de
pôles de la Terre, les caractéristiques de la surface de Mars, les
ondes radio de Jupiter, la température de Vénus. ( … ) A lui seul,
Velikovsky a influencé tout le programme spatial de la NASA
grâce à ses idées. L’intérêt croissant pour l’exploration des planètes
dans les années 70 a été lancé et inspiré par ses théories et ses analyses »
Transactions of the American Geophysical Union, 1980

«Lorsqu’il a publié en 1950 son premier best-seller « Mondes
en Collision  » , Immanuel Velikovsky a déclenché la fureur du
monde académique. Bien des mythes anciens de dévastation ou
de déluge, affirmait-il, représentent une réalité factuelle des
cataclysmes causés par des événements cosmiques. Et les
batailles des dieux reflètent les trajectoires des objets célestes
d’après lesquels ils étaient nommés»
E. Krupp, dans « Search of Ancient Astronomies » 1980

« Les recherches du Dr. Velikovsky dans les textes anciens
ont révélé des histoires de feu et de cendres tombant du ciel… de
lave dégoulinant de la terre … des pluies de bitume … des tremblements
de terre … des océans bouillonnants … des raz-de-marée et
des nuages épais de poussière recouvrant la face de la Terre. Des témoignages similaires apparaissent dans les légendes de peuples
dispersés autour du monde, de la Méditerranée aux Caraïbes en passant par le Mexique»
Robert Jastrow, «Héros ou Hérétique?» in Science
Digest, Octobre 1980

« Il semble que tous les mille ans nous assistons à une sorte de
mini-âge glaciaire, résultat d’un bombardement provenant de l’espace.
Les histoires de feu tombant du ciel dans les mythes, légendes
et les archives historiques doivent être prises au pied de la
lettre. Plutôt que d’être exceptionnelles, ces catastrophes sont
normales tout le long de l’histoire humaine. ( … ) La Grande-Bretagne
a vécu ces périodes de destructions massives, suivies par
des années de migrations, des cieux noirs et des années sombres.
Pourquoi était-ce si grave? Les références chinoises parlent
d’une comète dans l’année 442 et une pluie catastrophique de
météores au cours de l’année 524. ( … ) Ce qui est curieux, est le
niveau de la civilisation: il faut attendre 1300 ans pour retrouver
le même niveau de développement. Est-ce que l’humanité a failli
suivre le même chemin que les dinosaures ? »
Dr Victor Clube, Oxford University, in« The New Scientist », Angleterre, dans le numéro « anniversaire » de la catastrophe de Tungushka – Sibérie – paru le 8 septembre1988.

« ( Depuis Velikovsky ) le catastrophisme est devenu très à la mode»

« Catastrophic Episodes in Earth History » par Claude
Albritton, Ed. Chapman and Hall, London, 1989.

« Parmi tous ces érudits qui ont voulu réécrire l’histoire du
monde, l’un d’entre eux est particulièrement célèbre. C’est Immanuel
Velikovsky qui a brossé, dans ce qu’il a appelé un « essai de
cosmologie historique », une fresque qui a obtenu un succès
commercial mondial, mais non sans contrepartie. Son livre fameux,
« Worlds in Collision », paru en 1950, a eu un double effet. Il
a plu au grand public par son côté mystérieux et par le parfum
d’érudition qu’il dégage en première lecture.
Mais, revers de la médaille, il a contribué à faire passer Velikovsky
pour un charlatan qui s’est mis la quasi-totalité de la
communauté scientifique de l’époque à dos. Car il faut le redire,
même si cet auteur passe encore parfois pour un martyr de la
science, son livre est inacceptable sur le plan scientifique, bien
que la partie historique soit assez remarquable. La méconnaissance
de Velikovsky sur la partie astronomique du sujet est flagrante.
Vouloir faire de Vénus une ancienne comète éjectée par
Jupiter, il y a seulement quelques milliers d’années, a fait crier à
l’imposture tous les astronomes »
Michel-Alain Combes, Docteur en Astronomie, dans son
livre « La menace du ciel», chapitre 17, Paris 1999

« Les orbites des planètes ne sont plus inscrites dans le marbre.
( … ) Il semble que les planètes Saturne, Uranus et Neptune
aient étendu leurs orbites depuis le début du système solaire,
alors que Jupiter a réduit la sienne. ( … ) Les interactions entre
Neptune et Pluton ont poussé les planètes plus petites à passer
d’une orbite circulaire à une orbite plus excentrique et cela avec
un plan plus incliné par rapport aux autres planètes »
Renu Malhotra, Scientific American, 1999

«Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je ferai tout ce qui
est en mon pouvoir pour que vous puissiez continuer à le dire» . Voltaire à
Rousseau. Ce fut vraiment un choc entre mondes différents !
Comment un psychiatre osait-il non seulement écrire sur
l’astronomie mais de plus, citer comme une évidence les écritures
hébraïques ? ( … )  » Mondes en collision  » affola à ce point les
astronomes professionnels qu’ils en vinrent à un acte extraordinaire
: ils se liguèrent pour empêcher le succès de ses ouvrages et
les censurer, et ce à plusieurs occasions au cours de deux décennies.
Le grand exploit de Velikovsky était de montrer comment
les catastrophes naturelles -principalement les collisions
manquées de peu avec des comètes- marquèrent l’histoire humaine,
sans en appeler à Dieu, au paranormal ou aux extraterrestres.
De nos jours, ces idées sont tellement répandues qu’elles
forment la structure de films populaires, mais dans les années
cinquante elles étaient aussi dangereuses que de la dynamite. ( … )

Dès que l’éditeur MacMillan accepta de publier  » Worlds in
Collision  » en 1950, s’éleva une violente controverse. Harlow Shapley,
alors directeur de l’observatoire à l’université de Harvard,
menaça d’organiser un boycott par les académiciens et les
scientifiques écrivant et achetant les livres publiés par cet éditeur.
L’un d’eux, Dean McLaughlin, un astronome de l’université du
Michigan, écrivit à George Brett, président de MacMillan :
« Mondes en Collision » n’est que mensonges et rien que mensonges … Non,
je ne l’ai pas li et je ne le lirai jamais ! » MacMillan était tenté de résister,
d’autant que le livre était déjà sous presse et que des
articles d’autres scientifiques, abondant dans le sens de Velikovsky,
avaient fait leur apparition dans la presse populaire.
Soudain, l’ambiance changea. Gordon Atwater, président et conservateur
du planétarium Hayden au Musée américain d’Histoire
Naturelle et l’un des supporters de Velikovsky, fut brusquement
démis de ses fonctions au musée sans aucune explication, et chez
MacMillan l’éditeur ( Putnam) qui avait signé le contrat fut licencié.

En un mouvement sans pareil dans l’histoire de l’édition,
tous les droits sur l’ouvrage furent transférés à Doubleday, alors
qu’il figurait déjà en tête des best-sellers du New York Times,
huit semaines à peine après sa parution. Le pire survint lorsque
des scientifiques réputés s’en prirent assez bizarrement au caractère
de Velikovsky et à son cursus universitaire, et ce dans des
journaux scientifiques. Ses articles furent rejetés sans même avoir
été lus et certains journaux refusèrent de rétracter des représentations
grotesques et erronées dans les faits, de lui et de sa
thèse, sans lui offrir la possibilité de répondre à ses détracteurs
ou de se défendre. Dans l’introduction de son second livre,
«Ages in Chaos» en 19 52, Velikovsky écrivit : «Ayant ébranlé la
complaisante sérénité d’esprit d’un groupe puissant d’astronomes (. .. ) j’offre
ici une dispute majeure aux historiens. En 1955 parut «Earth in
Upheaval» (Les grands bouleversements terrestres), apportant
des preuves tant géologiques que paléontologiques à l’appui de
« Worlds in Collision». C’était purement« le témoignage de (. .. )pierres
et d’ossements», écrivit-il, et il expliquait ainsi la base de ses
conclusions : «J’ai exclu (. .. ) les références aux anciennes littérat11res,
traditions et folklores; et je l’ai fait intentionnellement, en sorte que les
critiques négligents ne puissent taxer l’ouvrage de  » contes et légendes » ».
D’autres livres suivirent, certains comme «Oedipe et Akhnaton»
( 1960 ) développant son thème d’une amnésie collective globale.

Entre 1950 et 1970 Velikovsky était, à de rares exceptions
près, malvenu sur les campus universitaires et son œuvre était
traitée de plaisanterie par les publications officielles. Mais deux
courants de réhabilitation étaient en cours. D’abord, par suite des
progrès de la technologie spatiale dans les années 60, davantage
de scientifiques jetaient un regard neuf sur ses prédictions; et par
ailleurs, le mouvement « new age » naissant voyait en Velikovsky
un de ses prophètes martyrs.
Lorsque les premières sondes vers la Lune, Vénus, Mars et
Jupiter ramenèrent de nouvelles informations, des images
étonnantes et des échantillons de roches, les conceptions établies
relatives aux planètes furent remplacées par des idées et des
interprétations nouvelles. Certaines étaient en faveur de
Velikovsky – par exemple, les nuages massifs inattendus sur Vénus,
son étrange rotation rétrograde et ses températures très
élevées – et d’autres ne l’étaient pas – ainsi la disparité en nombre
et en dimensions des cratères sur Vénus par comparaison avec
ceux sur Terre dans l’échelle de temps de Velikovsky, ou
l’absence apparente de résidus de comètes dans les calottes
glaciaires terrestres ou dans les fonds océaniques qu’on aurait pu
escompter à partir des 40 années de « nuit » causée par le frôlement
de Vénus voici 3500 ans.
Cependant, la découverte de radioactivité et de champs
magnétiques sur la Lune, les émissions radio de Jupiter et les
informations de plus en plus nombreuses quant au rôle de
l’électromagnétisme dans la mécanique céleste étaient suffisantes
pour inciter un certain nombre de chercheurs à poser un regard
neuf sur les idées de Velikovsky. Einstein, du moins, était
impressionné. Apprenant la nouvelle des émissions radio de
Jupiter, il écrivit à son vieil ami: «Quelle expérience voudriez-vous voir
réalisée maintenant ? »
En 1972, un groupe de Portland entama la publication d’une
série de nouvelles études intitulées « Immanuel Velikovsky
Reconsidered » et, à peu près au même moment, des documentaires
télévisés sur les idées de Velikovsky furent réalisés par la
Radiodiffusion Canadienne et par les équipes de télévision de la
BBC. Cependant, pas grand-chose n’avait changé en deux décennies
et les appels à une plus grande tolérance à l’égard des idées
nouvelles se heurtèrent, dans la presse scientifique, aux invitations
à protéger l’intégrité de la science contre les artistes intellectuels  et les escrocs. En réaction aux excès des tenants du
New Age, s’épanouit un mouvement de scepticisme académique,
trop heureux de maudire, dans un même élan, Velikovsky et les
têtes fêlées du New Age. Les arguments conduisirent en 1974 à
l’infamant symposium sponsorisé par !’Association Américaine
pour le Progrès de la Science, dont l’astronome Carl Sagan attendait
qu’il soit « un honnête débat raisonné» . Il fut dominé par une
animosité ouverte dès lors que son modérateur, le Dr Ivan King,
déclara en préambule: «Aucun d’entre nous, dans l’establishment
scientifique, ne croit qu’un débat sur les vues de Velikovsky ( … ) puisse être
justifié, même de loin, lors d’une rencontre scientifique sérieuse» . Les
orateurs qui lui étaient favorables ayant été refusés, Velikovsky
était minorisé et son texte, répondant aux critiques, fut omis du
rapport officiel « Scientists confront Velikovsky » ( 1977 ) . Ses
propres vues sur l’incident éhonté figurent dans son livre
« Stargazm and Gravediggers » ( 1983: littéralement « Observateurs
d’étoiles et fossoyeurs») . Velikovsky poursuivit ses recherches
depuis son domicile de Princeton, jusqu’à sa mort survenue le 17
novembre 1979. Pleinement satisfait d’instruire une nouvelle
génération d’historiens, d’astronomes et de physiciens planétaires
qui, il l’espérait, échapperaient à l’étroitesse d’esprit de leurs
prédécesseurs.
D’une certaine façon, leur travail a vaincu le cloisonnement
qui avait entravé le sien. Actuellement, des débats non tronqués
ont lieu, souvent sans que soit mentionné le nom de l’homme qui
fit démarrer le train d’idées relatives à la manière dont Jupiter et
Saturne peuvent dévier et désintégrer des comètes (souvenez-vous
de Shoemaker-Levy); à des événements comparables au
super-impact de la Toungouska (songez à la grande extinction
d’il y a 65 millions d’années et à d’autres périodes d’extinctions de
masses ) ; aux défenses en orbite par missiles ou par laser, contre
les débris de l’espace pénétrant le champ terrestre; et aux traces
préhistoriques d’événements célestes catastrophiques.
Les idées de Velikovsky sont toujours aussi fortes pour susciter
des factions pour et contre, aussi amèrement opposées
actuellement qu’elles l’étaient en 1950 et en 1974. L’appel instinctif
à l’évhémérisme – l’idée selon laquelle certains événements
mythiques pourraient être basés sur des faits réels – doit se
confronter à la réalité des faits physiques et à la stricte évidence.

Mais, comme nous l’apprend l’histoire récente des connaissances
scientifiques, l’autoritarisme suranné du genre qui a agressé Velikovsky
ne peut se maintenir dans les sciences actuelles, mues
par des torrents d’informations et d’idées neuves.
Robert Rickard, in « The Fortean Times » n°118 de
janvier 1999.

Traduit de l’anglais par Marcelle Gerday.
Avec l’aimable permission de Mr Robert Rickard pour le Jardin des Livres.

suite…PDF

t = 0+1 bigbang et tradition


arbredor.com

Dans cet ouvrage, les analogies proposées entre les différentes traditions et la science occidentale permettent de dégager un modèle cosmologique synthétique et universel qui est clair et précis. Ce texte est probablement trop éloigné de la démarche scientifique pour être acceptable par des chercheurs, car ils ne peuvent évidemment s’intéresser qu’à l’univers manifesté et à ce qui est objectivement mesurable, laissant ainsi le non manifesté et l’inconnaissable à la métaphysique.
Appel invocatoire puissant à l’étude du « pourquoi » au-delà du « comment », ce document ne laisse pas indifférent. À ce titre, si des scientifiques ne s’en saisissent pas officiellement, ce texte peut cependant entrer en résonance avec la quête de quelque chercheur et ainsi influencer ses travaux en l’incitant à regarder certains symboles ou à tenter d’établir certaines relations auxquelles il n’aurait peut-être pas pensé.

Ce livre pourrait ainsi être l’objet d’une attention portée à de subtiles correspondances et là, il atteindrait un objectif majeur et apporterait sa pierre à l’édifice de la Connaissance. (François Martin, informaticien).

Une triade druidique enseigne : «Trois choses que l’Homme doit acquérir avant la mort : l’amour, la science et la conscience, car ce sont les trois victoires.» Trois choses contenues dans cet essai de Jacques Pialoux. 
(Patricia Eberlin, éditrice).

Image de couverture  Résultat de recherche d'images pour "Jacques Pialoux images"

Ouvrage: T=0+1  Big Bang et tradition
Auteur: Jacques Pialoux
1 — ORIGINE
Science et Tradition
Aborder un sujet traitant de science et de tradition
impose d’emblée trois remarques.
La première, concernant les démarches de pensée qui leur appartiennent, pourrait sembler rendre
incompatibles leurs approches respectives de la réalité.
En effet, la démarche déductive propre à la Tradition et aux diverses traditions, chinoise, égyptienne, hébraïque, indo-tibétaine…, va du général au particulier ; elle a pour point de départ un principe, une vacuité, un inconnaissable à partir duquel inter-
viennent progressivement, selon une logique rigoureuse, des concepts, des définitions, des principes et des règles mathématiques applicables concrètement.
La démarche inductive propre à la science procède d’une démarche opposée allant du particulier au général. Elle a pour point de départ des observations,
des analyses et des expériences concrètes qui ont pour but d’amener à un modèle scientifique indiscutable.
Pourtant, les choses ne sont pas aussi tranchées et
certaines zones intermédiaires permettent des recoupements et des rencontres. Ces deux démarches sont bien souvent complémentaires et devraient même, à
mon sens, devenir indissociables.
La deuxième remarque concerne les relations analogiques utilisées couramment dans la démarche traditionnelle, les analogies invoquées concernant
des aspects qui appartiennent, bien entendu, à des champs de cohérence du même ordre. Les sept jours de la semaine et les sept planètes et luminaires qui
les gouvernent et dont ils tirent leur nom sont de cet
ordre : Lundi-Lune, Mardi-Mars, Mercredi-Mercure,
Jeudi-Jupiter, etc. Nous verrons dans quel contexte ces analogies sont apparues

Avec la théorie des fractales

énoncée en 1973,


Benoît Mandelbrot a ouvert la voie à une reconnaissance scientifique de l’approche analogique de ces « objets mathématiques ayant pour propriété première d’être semblables à eux-mêmes quelle que soit l’échelle à laquelle on les observe» ; c’est la propriété « d’auto similitude», horizontale, en quelque sorte, qui est en cause.
En tenant compte de ce que nous disions à propos
des champs de cohérence, une fractalité verticale
est également envisageable, premier carrefour entre
science et tradition : l’univers, une planète, un organisme, une cellule, une molécule. Mandelbrot l’avait d’ailleurs envisagé en considérant le foie, une cellule
du foie, le gène du foie.
La troisième remarque est le corollaire de la précédente, montrant que le commun dénominateur permettant de recourir aux analogies, ou aux fractales,

1 Voir chap.4 : Tradition Hébraïque, L’Univers et l’Homme.

2 Benoît Mandelbrot, Les Objets fractals : forme, hasard, et dimension, Flammarion, 1973.


 n’est autre que d’ordre mathématique, numérique
; et là, science et tradition se rejoignent.
La science occidentale a permis un développement extraordinaire des connaissances, en particulier au cours des deux derniers siècles. Pourtant si l’Occident
a étudié la matière pondérable, mesurable, objectivable et son fonctionnement, il ne faut pas oublier que la science indo-tibétaine s’est spécialisée, avec le tantrisme3 et les différentes formes de yoga, dans la connaissance des aspects dont la matière est le voile,
ces aspects psychiques et spirituels indissolublement liés à la transmission de la vie et à son évolution.
Avec « l’art de la conduite des énergies
» et, en particulier avec l’acupuncture, la tradition chinoise a,
pour sa part, découvert et précisé ce qui lie la matière et l’esprit, le jeu de cette énergie subtile, de ce souffle qu’elle nomme
Qi4 : à ce titre, la science chinoise se
trouve à la charnière entre les deux approches précédentes. Il nous paraît donc nécessaire, si l’on veut obtenir une vue d’ensemble sur les origines de l’uni vers, de tenir compte de ces trois sciences parfaitement complémentaires, aussi bien sur le plan théo-
-rique que sur celui de la pratique.
Les enseignements traditionnels qui nous sont par venus depuis l’Égypte antique, par l’intermédiaire de ses temples et de ses tombeaux, de leurs bas-reliefs
ou de leurs papyrus, tout autant que ceux de la Kabbale

3 Tantrisme : « Science de l’expansion de la conscience et de la

libération de l’énergie» (Swâmî Satyananda Saraswati).
4 Prononcer « tchi ».


 ou des alchimistes occidentaux seront également d’un précieux apport.
C’est ainsi qu’abordant la notion traditionnelle de
l’unité principe, toutes les traditions s’entendent sur
le un, inconnaissable en tant que tel, «
Vacuité, Insondable, Inexprimable», aux origines de l’espace et du temps.
Voyons donc tout d’abord ce que pense la science, aujourd’hui en 2013, de l’origine de l’univers.
Un Univers en expansion5
.L’univers dans lequel nous vivons est en expansion,
c’est un fait établi. Étant en perpétuelle expansion,
il est logiquement plus grand qu’à n’importe quel
moment dans le passé. Ce qui veut dire qu’il y a un
moment dans le passé où l’univers était d’une petitesse quasi infinie, un point unique qu’on appelle singularité. Ce premier instant de l’univers (si tant est
qu’on puisse parler d’instant puisque, par définition, à ce «moment», le temps n’existe pas) s’écrit t=0, et est décrit par la théorie du Big Bang, dans ce qu’on
appelle le modèle standard […]
Une énergie infinie dans une petitesse infinie
Nous nous représentons cette singularité initiale par
un «point», sans dimension et contenant toute l’énergie de l’univers. Un point où toute la matière virtuelle et l’énergie de l’univers sont condensées dans un état
de densité infinie, ainsi que toutes les dimensions d’espace et de temps (qui sont courbées à l’infini) — qu’elles soient 4 comme celles que nous connaissons

5 Hubert Reeves, «L’instant zéro ou singularité initiale»,

<www.astropolis.fr/articles/articles-histoire-univers.html>


actuellement, ou bien 11, comme le prévoient des théories d’unification des forces telles que la théorie des supercordes […Autrement dit, c’est ce Big Bang
qui a engendré le temps et l’espace […]
Un univers où le centre est partout et la circonférence
nulle part.
Ce qu’on peut d’ores et déjà dire sur la singularité,
c’est qu’il est inutile de la chercher dans un point précis de l’univers. L’univers n’a pas grandi autour de ce point, mais c’est le point lui-même qui s’est dilaté et
qui englobe aujourd’hui tout l’espace, le temps et la matière. Donc, même si on parle de point, il faut comprendre que le Big Bang ne s’est pas fait en un point
précis de l’espace, mais partout à la fois. Par ailleurs, on peut considérer que n’importe quel point de l’univers est fixe, et que c’est le reste de l’univers qui se
déplace par rapport à lui. Dans ce cas, n’importe qui peut considérer qu’il se trouve fixe par rapport à la singularité initiale et que l’univers se meut par rap
port à lui. C’est la relativité restreinte qui nous dit,
pour résumer, que nous sommes tous au centre de l’univers […]
Sciences et croyances
Puisque finalement tout est permis dans la recherche
de la compréhension du monde, on peut aussi y voir une intervention divine (notamment si on présente l’éventualité de l’existence d’un code cosmologique, sorte d’adn de l’univers) […] Il est vrai que ce manque de connaissance sur le Big Bang est une
brèche ouverte à la théologie et à la religion. Certains astrophysiciens, de plus en plus en tout cas, ont même  un penchant pour cette idée. La vision de la création
de l’univers est encore aujourd’hui quelque chose de très personnel puisque rien ne viendra pour l’instant confirmer ou réfuter telle ou telle croyance.
En fait, ce qu’il faut absolument garder à l’esprit, c’est
que l’astrophysique n’a pas la prétention de démontrer l’existence ou la non existence d’un Dieu créateur, ce n’est pas sa vocation. Il faut savoir distinguer
physique et métaphysique. La physique est en charge
de l’explication du fonctionnement du monde, c’est à dire du «comment» et en aucun cas du «pourquoi».
La conclusion de cette petite réflexion est celle-ci : on
peut être scientifique dans l’âme et croire en l’existence d’un Dieu créateur.
Loin de moi l’idée de vouloir répondre au «pourquoi» en abordant la démarche traditionnelle concernant l’origine de l’univers ; mon propos est simplement de découvrir un «comment» dans cette origine et dans le fonctionnement de l’univers comme dans ceux de toute unité énergétique ; de trouver le code
cosmologique, sorte d’ adn de l’univers dont l’auteur
de l’article ci-dessus semble entrevoir l’existence. Le paraphrasant, je dirai que l’on peut être ésotériste dans l’âme et croire à la Science.
Cependant, avant d’aller plus loin se pose une question fondamentale : qu’est-ce que l’énergie?
« C’est une interaction ou force s’établissant entre des éléments de matière» nous disent les physiciens ; et la science en reconnaît quatre sortes : interactions
nucléaires fortes et faibles, interactions électro- magnétiques et interactions gravitationnelles.
Chaque interaction est supportée par un messager qui crée un champ de nature ondulatoire, une vibration. Cette vibration est caractérisée par sa fréquence
(nombre de vibrations par seconde), son amplitude (sa puissance) et sa direction (d’où vient-elle et où va-t-elle?). Ce dernier aspect, la direction, est lui-même
fonction du champ électromagnétique et du champ gravitationnel.
Pour la Tradition, l’énergie est le Souffle vital, caractérisé par une qualité (apparentée à la fréquence mais où apparaît également une notion de forme),
une quantité (son amplitude, sa puissance) et un point d’application (lui-même lié bien entendu à son origine, donc à sa direction).
Apparemment, traditionnellement et fondamentalement, il existe deux sortes d’énergies, opposées et complémentaires, dont les qualités se définissent en termes d’obscur et de lumineux et les fonctions en termes de centrifuge et de centripète. Il faut ajouter que, dans la vision traditionnelle, la structure, la fonction et l’énergie seront très souvent indissociables, confondues dans une même approche ou
dans une même définition, rejoignant ainsi la vision scientifique de la matière-énergie.
Abordons maintenant l’approche de la Création, schématiquement, en nous appuyant sur ces évidences dont la Tradition et les traditions sont friandes. À ce propos, souvenons-nous que même si sa description peut paraître simpliste, il ne faudrait
pas croire pour autant que la réalité est simple.
Un Projet d’Univers
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LES ENFANTS DU DIABLE


https://static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/aa/67/86/8808362/1507-0/tsp20170518225514/Les-enfants-du-diable-la-guerre-que-nous-preparent-les-scientifiques.jpg  https://yt3.ggpht.com/-AaoGsXlbGTg/AAAAAAAAAAI/AAAAAAAAAAA/VKc6WP5zLXk/s900-c-k-no-mo-rj-c0xffffff/photo.jpg

Auteur: Petit Jean-Pierre

Ouvrage: Les Enfants du diable – La guerre que nous préparent les scientifiques 

Année: 1995

 

A mon ami le scientifique Vladimir Alexandrov, disparu à Madrid en 1985.
Il avait osé dénoncer le lobby militaro-scientifique.

 

Avertissement
En 1976, en raison de mes travaux scientifiques, je connaissais les grandes lignes du projet Guerre des étoiles, qui ne fut porté à la connaissance du grand public que quinze ans plus tard.
Depuis l’effondrement de l’URSS, le public a tendance à croire que le danger thermonucléaire s’est éloigné. Il n’en est rien. La situation est devenue pire encore. Mon devoir consiste à tenter d’ouvrir les yeux du public.
Comme Faust, des savants partout dans le monde ont vendu leur âme au diable.

 

Prologue
Troie devait disparaître, elle ne pouvait échapper à son destin. Dociles, les Troyens travaillaient à leur perte. Ils avaient envisagé d’abattre un des pans de leur forteresse pour y faire entrer l’énorme cheval à roulettes abandonné par les Grecs devant les portes de la ville. Tout se déroulait comme prévu.

Mais Cassandre suspecta un coup fourré.
– Timea danaos et dona ferentes. Je crains les Grecs, surtout quand ils font des présents, disait-elle.
Cassandre, fille du Troyen Priam, avait reçu d’Apollon le don de prédire l’avenir, à condition de se donner au dieu. Elle décrivait le futur de Troie, sans retenue, dans les rues de la cité, et les dieux en furent agacés. Quelqu’un voulait contrarier le plan, faire dérailler le destin, peser sur l’avenir de la ville. Impen­sable …
-Aucune inquiétude, dit Apollon, cette idiote a refusé de cou­cher avec moi, aussi ai-je jeté sur elle une malédiction: personne ne la croit.
Les dieux s’esclaffèrent. Il devenait fort divertissant de voir cette pauvre fille décrire dans une indifférence générale la perte des Troyens, hommes, femmes, enfants, et la mise à sac de la ville. En la voyant, certains haussaient les épaules ou pointaient leur index sur la tempe, d’autres, plus cultivés, disaient qu’elle avait le << syndrome de la catastrophe». Mais l’enchantement d’Apollon ne semblait cependant pas parfait. Zeus s’en inquiéta :

— Dis donc, Apollon, je suis désolé, mais cela ne marche pas à cent pour cent, ton truc. Elle a réussi à convaincre Laocoon, son frère, et le fils de celui-ci.
Laocoon, prêtre au temple, était un intellectuel. En réfléchis­sant, il avait fini par conclure que cette histoire de cheval n’était pas claire. Il le disait et, lui, on l’écoutait. C’était embêtant et ça risquait de tout flanquer par terre. Les dieux décidèrent d’em­ployer les grands moyens. Sur leur ordre, des serpents monstrueux sortirent de la mer toute proche, se jetèrent sur Laocoon et sur son fils et les étouffèrent. On connaît la suite.

 

 

CHAPITRE PREMIER
Livermore

PDF iCi

 

LES FORCES DE VIE



Auteurs : Bott Victor – Coroze Paul – Marti Ernst
Ouvrage : Les forces de vie 

1 Introduction à l’étude des forces éthériques

2 Les quatre éthers
Année : 1981

I
Introduction à l’étude
des forces éthériques

PRÉFACE
du docteur Victor Bott
L’Introduction à l’étude des forces éthériques a été rédigée par Paul Coroze en 1931. A l’époque, les
scientifiques pensant résoudre le problème de la vie en lui appliquant les connaissances acquises par l’étude du
monde mort, se sont acharnés dans cette direction. Si d’importantes découvertes ont été faites en biochimie et en
génétique, entre autres, les chercheurs sont néanmoins allés, en ce qui concerne la vie proprement dite, de
désillusion en désillusion, faisant penser à celui qui court après son ombre sans jamais la rattraper. Pourtant
Rudolf Steiner avait donné l’impulsion nécessaire à une étude de la vie à l’aide de moyens appropriés. Cette
impulsion n’a été suivie que par quelques-uns de ses élèves, le reste du monde scientifique restant désespérément
accroché au sacro-saint dogme de l’impossibilité de connaître ce qui n’est ni mesurable, ni pesable, ni
dénombrable. Or la vie — et les forces éthériques sont des forces de vie — appartient à un plan différent de celui
du sensible, bien que le jouxtant, ce qui permet aux processus vitaux de se manifester jusque sur le plan matériel.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il semblait aisé de découvrir le secret de la vie à l’aide de méthodes propres
au monde physique. Ce sont en réalité des méthodes différentes, qualitatives et non quantitatives, que requiert
l’étude de la vie.
Actuellement certains chercheurs sont prêts à faire le pas et les résistances dues à l’attachement aux
traditions matérialistes commencent à céder. Nous sommes cependant loin de l’optimisme manifesté par P.
Coroze dans son premier chapitre et les savants qu’il cite comme Driesch, Whitehead, et Javorsky ont été rejetés
dans l’oubli.
Lorsque Paul Coroze écrivit cet opuscule, une partie importante de l’oeuvre de R. Steiner était encore
inaccessible et il s’est principalement basé sur les ouvrages d’un de ses élèves, G. Wachs-muth. Or ceux-ci
comportent quelques erreurs que P. Coroze n’était pas en mesure de déceler. Une nouvelle édition de son
ouvrage nécessitait de ce fait quelques remaniements que Simonne Coroze m’a prié d’effectuer.
De plus, nous avons jugé utile de compléter les indications de Paul Coroze par une remarquable étude du Dr
Marti sur les quatre éthers.
V. B. 1981

1

L’ÉTUDE DES FORCES ÉTHÉRIQUES
ET LA PENSÉE SCIENTIFIQUE MODERNE
Les recherches exposées dans ces pages ont été entreprises d’après l’enseignement de Rudolf Steiner et sous
son impulsion. Les résultats obtenus n’acquièrent leur entière valeur que si on montre leur lien avec les principes
qui ont guidé les travaux qui vont être exposés et avec le but que les chercheurs s ‘étaient proposé. Ces résultats
sont en quelque sorte l’illustration et la démonstration sensible de quelques-unes des données de la science
spirituelle fondée par Rudolf Steiner.
La science spirituelle ne cherche pas à s’opposer aux sciences de la nature, aux sciences modernes, mais elle
s’efforce de les compléter, de permettre à la connaissance scientifique de pénétrer dans des domaines qui
paraissent à beaucoup d’esprits contemporains devoir échapper à toute connaissance de cet ordre.
Il y a donc lieu d’examiner tout d’abord quelle place peuvent prendre les recherches de la science spirituelle,
et particulièrement l’étude des forces éthériques, parmi les sciences contemporaines. Il nous faut examiner
l’attitude que prennent la science et la philosophie scientifique en présence des problèmes qu’étudie la science
spirituelle, afin d’établir leurs rapports et la contribution qu’une connaissance des forces éthériques peut apporter
à la pensée scientifique moderne.
Les conceptions scientifiques ont été profondément modifiées depuis le début du XXe siècle et il nous faut
tout d’abord exposer les vues nouvelles qui se sont fait jour dans ces dernières années.

*
* *

La science et la philosophie modernes déclarent qu’il y a une limite à la connaissance ; qu’il est un point où
l’esprit doit s’arrêter, un point à partir duquel il ne peut pas aller plus avant ; qu’il existe donc un inconnaissable.
La limite dont il est question ici n’est pas d’ordre matériel ; ce ne sont pas des difficultés d’ordre physique
qui constituent cet obstacle infranchissable. Sans doute, nous pouvons être empêchés d’observer un astre parce
que nos télescopes ne sont pas assez puissants ; mais ce n’est pas là une véritable limite. L’infiniment grand
comme l’infiniment petit échappent à nos sens, mais peuvent être atteints par des instruments toujours plus
perfectionnés. Si tel astre est trop loin ou tel organisme trop petit pour être aperçus aujourd’hui, ils pourront
demain, grâce à un matériel mieux approprié, entrer dans le champ de notre vision et d’inconnaissables devenir
connus. Il n’y a pas de limites au perfectionnement dans le domaine matériel et c’est pourquoi certains savants du
XIXe siècle déclaraient qu’il n’y a pas de limites à la science. Renan, dans L’Avenir de la Science, affirmait avec
enthousiasme qu’un jour, plus ou moins proche, nous pourrions, par la méthode expérimentale, par des procédés
de laboratoire, connaître « le mot des choses », l’énigme de l’univers.
Les philosophes répétaient sans doute, depuis Kant, qu’il est impossible d’atteindre à une connaissance
directe du monde. Mais toutes les sciences modernes reposaient, jusqu’au début du XXe siècle, sur l’affirmation
indiscutée qu’il existe entre les phénomènes des rapports constants, susceptibles d’être mesurés et rame nés à des
modifications dans le temps et l’espace.
On a admis par conséquent que les notions mathématiques, dont l’évidence et la précision s’imposent à
l’esprit, devaient dominer toute connaissance scientifique, qu’il n’y avait de science que du mesurable.
On remarquait en effet que certaines lois agissant dans le monde extérieur, et qu’on peut établir par
l’expérience, présentent une grande analogie avec des théorèmes mathématiques qui s’établissent par la seule
force du raisonnement.
On constatait en outre que plus un ordre de connaissance, une science, peut s’exprimer facilement par des
rapports mathématiques, plus il gagne en rigueur et acquiert, semble-t-il, de force d’évidence. Il ne paraissait
donc pas douteux que les mathématiques et la mécanique qui en est, en quelque sorte, la vérification
expérimentale, devaient servir à la fois de modèle et de base à toute connaissance scientifique. On établissait par
suite une hiérarchie, une classification des sciences et des connaissances fondées sur ce critérium : la
mathématisation.
De ces constatations est née une hypothèse qui a paru longtemps séduisante : la conception mécanique du
monde.

Cette hypothèse supposait que le phénomène le plus facilement accessible à l’intelligence, à savoir le
phénomène mécanique, devait être en même temps le phénomène essentiel ; tous les autres, même ceux qui
paraissaient les plus éloignés de la mécanique, les moins soumis à ses lois, pouvant, par analyse, y être ramenés.
Ils ne seraient, d’après cette hypothèse, que des complexes de lois mécaniques. Il semblait possible de débrouiller
ces complexes, en les ramenant du plus compliqué au plus simple, jusqu’au plus simple de tous : le phénomène
mécanique.
L’astronomie, la physique, ont été ainsi ramenées peu à peu à des phénomènes de mécanique pure :
attraction des corps, vibrations de l’air ou de l’éther, train d’ondes dans les champs magnétiques. Les phénomènes
de la vie paraissaient bien, sans doute, échapper pour partie tout au moins aux lois de la mécanique. Mais on
supposait que cette apparente anomalie était due simplement à la complexité du phénomène et non pas à une
différence de nature. Il semblait ne contenir rien d’autre qu’un complexe de phénomènes physico -chimiques qui
s’analysaient eux-mêmes en phénomènes mécanique s.
Quant à la conscience et à la pensée, on a tenté un instant de les considérer elles-mêmes comme le
développement des faits physiologiques. La psycho -physiologie, en vogue pendant les dernières années du XIXe
siècle, n’a vu dans la pensée que le développement ultime de phénomènes biologiques. On cherchait à expliquer
la pensée, à en trouver la cause dans des rapports mécaniques, chimiques ou magnétiques qui s’établiraient entre
les neurones ou les cellules nerveuses. Ici encore, on prétendait ne rien trouver d’autre qu’une complexité plus
grande, mais pas de différences de nature avec les phénomènes mécaniques.
Ainsi, parallèlement à la hiérarchie des sciences, on a établi une hiérarchie de faits fondée uniquement sur
leur supposée complexité. Le fait le plus simple, c’est-à-dire le plus facile à saisir pour l’intelligence, parce qu’il
semble correspondre aux lois mêmes de cette intelligence s’exprimant dans le raisonnement mathématique, a été
déclaré par hypothèse le fait le plus primitif, celui dont les autres découlent, aussi bien dans la réalité objective
que dans la pensée humaine.
Depuis les premières années du XXe siècle, ce magnifique échafaudage, qui paraissait une construction
grandiose de la pensée humaine, s’est écroulé.
Deux brèches principales y ont été faites : par les physiciens et les mathématiciens d’une part, par les
physiologues d’autre part.
L’édifice reposait en effet sur une notion essentielle : l’existence entre les phénomènes de rapports et de
mesures supposés constants, ayant une valeur absolue. Le temps et l’espace étaient considérés comme ayant une
existence objective, comme s’imposant au monde extérieur ainsi qu’à la pensée humaine.
Henri Poincaré, le premier, a démontré que les lois établies par des sciences considérées comme
rigoureusement exactes, la mécanique céleste par exemple, n’avaient pas le caractère de rigueur et de fixité qu’on
leur attribuait, qu’elles n’étaient que des « lois approchées ». De plus, il mettait en doute la réalité objective du
temps et de l’espace en montrant tout au moins que les notions scientifiques de temps et d’espace constituaient de
véritables abstractions qui n’étaient fondées ni sur les données psychologiques ni sur celles de l’observation. Les
expériences de Maxwell et de Lorenz ont confirmé les vues du mathématicien français ; Einstein enfin les a
systématisées en leur donnant une expression purement mathématique.
La théorie de la relativité ôte sa rigueur au phénomène mécanique, et toute connaissance fondée sur les lois
de cet ordre perd son exactitude. Il devient dès lors difficile de considérer le phénomène mécanique comme étant
le phénomène simple et primitif par excellence, celui dont tous les autres dérivent. On peut même se demander si
le temps et l’espace sont autre chose que de pures conceptions de la pensée humaine. La relativité du temps
arrive à jeter même le doute sur la valeur du principe de causalité tel qu’il est appliqué dans les sciences
expérimentales. Ainsi que l’a montré Poincaré, lorsque deux phénomènes paraissent liés par un rapport de cause
à effet, on appelle cause celui qui apparaît le premier dans le temps, et effet le second. La théorie de la relativité
du temps ne permet donc plus de déterminer avec rigueur où est la cause et où est l’effet.
Le désordre qu’elle a jeté dans les notions les plus certaines de la physique et de l’astronomie mathématiques
a conduit un grand nombre de savants à un véritable agnosticisme. La science ne peut même plus établir le
rapport entre les phénomènes, comme le croyaient les criticistes kantiens, mais seulement des rapports entre les
symboles des phénomènes ; et ces symboles sont choisis par l’intelligence humaine uniquement en raison de leur
commodité pour la pensée, comme le disait Henri Poincaré.
Pendant que les physiciens faisaient ces constatations décevantes du point de vue de la conception
mécanique du monde, les physiologues, de leur côté, arrivaient à la conviction de plus en plus forte qu’il est
impossible de ramener les phénomènes de la vie aux phénomènes physico -chimiques. C’est surtout l’étude de
l’embryologie qui a conduit à transformer dans ce domaine les conceptions anciennes. Il a paru rapidement

impossible de ramener au simple développement cellulaire la différenciation des tissus qui se produit au début de
la vie embryonnaire et qui aboutit à la formation des organes. Des savants de plus en plus nombreux ont été
amenés par leurs observations à admettre l’action, chez tous les êtres vivants organisés, d’une activité formatrice
qui ne peut pas être ramenée à la vie cellulaire, et qui semble agir selon un plan déterminé par la constitution de
l’être entier. Ce plan préexistant qui déterminerait la différenciation des cellules et l’apparition des organes au
cours de la vie embryonnaire, assurerait leur transformation et leur croissance, puis, à partir de l’âge adulte, leur
maintien et leur conservation au milieu du renouvellement incessant des cellules.
Le nom de Hans Driesch est lié tout particulièrement à cette conception nouvelle ; mais de nombreux
savants français, italiens et anglais parvenaient de leur côté, et à la suite de travaux d’un autre ordre, à des
conclusions assez voisines de celles du physiologue allemand. Pour ces divers savants, le phénomène de la vie
doit être considéré comme un phénomène différent par sa nature même des phénomènes physico -chimiques et
des actions mécaniques. Il serait constitué essentiellement par une activité formatrice indépendante.
Cette conception tend rapidement à dépasser les cadres de la science purement biologique. De nombreux
esprits sont portés à concevoir le monde, l’univers tout entier, comme un être vivant traversé sans cesse et vivifié
par cette activité formatrice qui est individualisée dans les êtres vivants. Le savant anglais Whitehead 1 a adopté
cette conception, tandis qu’en France Javorsky fondait sur elle tout un système 2. Cependant on ne la considère
en général que comme une hypothèse difficile, sinon impossible à vérifier.
Néanmoins, beaucoup de savants contemporains seraient prêts à renverser les facteurs de l’hypothèse su r
laquelle se fondait la science du XIXe siècle. Au lieu de voir dans la vie un complexe de forces mécaniques, ils
seraient portés à la considérer comme le phénomène originel dont tous les autres dériveraient.
La science spirituelle va plus loin encore dans cette voie. Elle considère la pensée, l’activité spirituelle
comme phénomène originel. D’elle procède l’activité formatrice, et cette seconde activité dirige et détermine
toutes les modifications qui se produisent au sein de la substance.
C’est cette activité, manifestée tout particulièrement dans les phénomènes de la vie organique, que la science
spirituelle dénomme l’éthérique.
Mais il s’agissait de parvenir à une véritable connaissance de cette activité formatrice, et ne pas se contenter
de simples affirmations ou de la vague conception d’une force vitale, sorte d’entité métaphysique imprécise. Il
fallait donc découvrir une méthode qui permette son étude scientifique. C’est l’oeuvre à laquelle se sont voués
Rudolf Steiner, ses collaborateurs et ses disciples. Les résultats qu’ils ont obtenus pour une connaissance plus
profonde du phénomène de la vie vont être indiqués dans leurs grandes lignes au cours des pages qui suivent.
La science spirituelle peut donc apporter une contribution importante à la pensée scientifique moderne.
Mais, pour qu’une collaboration soit possible, il est nécessaire que la science officielle admette la légitimité de la
méthode spirituelle. Ainsi que nous le verrons en effet (chap. III), le domaine que la science spirituelle cherche à
atteindre par ses investigations échappe nécessairement à la méthode expérimentale suivie exclusivement pour
les recherches scientifiques. La méthode expérimentale est adaptée à l’étude d’un certain ordre de phénomènes,
ceux qui peuvent être atteints par des mesures. Elle repose toujours sur le raisonnement suivant : nous constatons
que tel phénomène varie proportionnellement à tel autre, donc ces deux phénomènes sont unis par un lien de
cause à effet. Le domaine qui peut être connu par la méthode expérimentale est le domaine du quantitatif. Tout
ce qui ne peut être ramené au nombre, à la quantité, lui échappe. C’est sur des appréciations de qualités que
repose la science spirituelle.


1 Science and the modern World. Cambridge University Press. 1929.
2 H. JAVORSKY : Le Ghéon ou la Terre vivante. Flammarion, éd.


2

LA CONNAISSANCE DE L’ÉTHÉRIQUE
ET LES BESOINS SPIRITUELS DE NOTRE ÉPOQUE

L’étude des forces éthériques n’est pas seulement affaire de techniciens, de savants. Cette étude peut
contribuer à résoudre des problèmes intéressant et touchant tous les hommes. La connaissance de ces forces qui
sont d’ordre suprasensible est un premier pas vers la connaissance de ce domaine mystérieux que de tout temps
les hommes ont cru pressentir ou deviner derrière les phénomènes sensibles. C’est dans ce domaine que la
tradition et la foi placent la source des impulsions morales et des sentiments religieux. De nos jours, c’est par la
connaissance qu’il y faut pénétrer.
Le besoin impérieux de connaître est un sentiment profondément ancré dans le coeur de tout homme
moderne. Il lui semble intolérable que la pensée ne puisse parvenir, si elle déploie une force et une acuité
suffisantes, à répondre à toutes les questions que pose son âme. Cependant la science moderne se déclare
impuissante à résoudre les problèmes les plus angoissants et qui peuvent se ramener, en dernière analyse, aux
trois interrogations célèbres : Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que la destinée ? Problèmes
essentiels, problèmes vitaux, car la réponse qu’on y peut donner n’a pas seulement pour but de satisfaire
l’intelligence, mais encore et surtout de diriger nos actes, de donner un point d’appui à notre vie morale, de
trouver un sens et un but à l’existence.
Au cours du XIXe siècle, beaucoup d’esprits ont pu croire un instant que les progrès de la science
permettraient de résoudre tôt ou tard toutes les énigmes de l’univers. On s’est vite aperçu que les magnifiques
conquêtes de la science étaient des progrès de l’ordre de la technique et non de l’ordre de la connaissance. Les
données des problèmes ont pu être déplacées, mais les énigmes, loin de se résoudre, n’ont fait que croître en
nombre et en complexité. Des champs nouveaux d’étude et de recherche se sont ouverts, si vastes que la pensée
perdue dans le dédale des détails ne les peut plus embrasser d’un coup d’oeil ; le spécialiste doit se résigner à n’en
explorer qu’un canton de plus en plus étroit. Mais les réponses aux questions essentielles demeurent toujours
aussi lointaines.
En face des problèmes que chaque homme ressent comme les plus vitaux, la science répond par la bouche
d’un de ses plus illustres représentants : « Ignorabimus », — nous ignorons et même nous ignorerons toujours,
car la science a des limites infranchissables. Quelques hommes, parmi ceux dont l’âme est la mieux trempée, ont
mis parfois une sorte de point d’honneur à accepter stoïquement cet « ignorabimus », à refouler comme s’il
s’agissait d’oiseuses questions enfantines ce qu’ils appelaient un peu dédaigneusement « l’inquiétude
métaphysique ». Mais derrière le sourire finement sceptique se masque bien souvent une secrète angoisse du
coeur. D’aucuns s’épuisent en recherches vaines, d’autres s’étourdissent…
En face de l’« ignorabimus » que proclame la science, la religion chante « adoremus ». Mais si la religion
peut parfois apaiser les coeurs, elle ne peut plus satisfaire la pensée.
Dans l’Antiquité, les dieux habitaient parmi les hommes ; le temple était leur maison. Ils étaient citoyens
d’une ville, possédaient des esclaves et acceptaient qu’on leur servît des banquets. Au Moyen Age, Dieu règne
dans les cieux, mais les cieux sont tout proches de la terre. Dieu et ses saints interviennent à chaque instant dans
la vie humaine ; il n’y avait pas si longtemps qu’ils vivaient parmi les hommes. De nos jours, les cieux sont si
loin, si loin, qu’ils en sont presque inaccessibles. Ils ont reculé à mesure qu’augmentait la puissance des
télescopes et que les astronomes ajoutaient des zéros à leurs chiffres.
Mais n’y a-t-il vraiment plus de chemin depuis la terre jusqu’aux cieux ?
C’est ce chemin que la science spirituelle cherche à tracer.
La pensée contemporaine est, en effet, caractérisée par une opposition entre le domaine de la connaissance,
qui comprend tout ce qui est objet de science, dont les conclusions et les vérités doivent s’imposer à tous les
esprits, et le domaine du sentiment personnel, où l’on rejette tous les problèmes religieux, moraux ou esthétiques.
On n’admet pas que ce second domaine puisse être objet de connaissance, car là, aucune règle, dit -on, ne saurait
s’imposer à la pensée. On y accéderait moins par une opération de l’esprit que par un élan du coeur ou par le don
gratuit d’une inspiration.
Dans une page célèbre, le grand savant Pasteur a puissamment décrit cette opposition :

« En chacun de nous il y a deux hommes : le savant, celui qui fait table rase ; qui, par l’observation,
l’expérimentation et le raisonnement, veut s’élever à la connaissance de la nature ; et puis, l’homme sensible,
l’homme de tradition, de foi ou de doute, l’homme de sentiment, l’homme qui pleure ses enfants qui ne sont plus ;
qui ne peut, hélas ! prouver qu’il les reverra, mais qui le croit et l’espère ; qui ne veut pas mourir comme un
vibrion ; qui se dit que la force qui est en lui se transformera.
« Les deux domaines sont distincts, et malheur à celui qui veut les faire empiéter l’un sur l’autre dans l’état
imparfait de nos connaissances. »
La science spirituelle prétend unir ces deux domaines… sans faire de malheur.
A force d’insister sur le divorce du corps et de l’âme, de la chair et de l’esprit, du matériel et du spirituel, de
la nature et de Dieu, nous avons tous acquis plus ou moins une représentation du monde qui rappelle certains
tableaux de peintres primitifs. En haut, très haut, il existe (peut-être, disent certains esprits, mais en tout cas très
loin) un paradis peint entièrement « d’or fin et d’outremer de la meilleure qualité » 3. Dieu y règne dans sa gloire,
entouré d’anges uniquement occupés à chanter ses louanges. En bas, sous un plafond de nuages denses, l’homme,
seul être de la terre possédant une âme sensible et des aspirations spirituel les, tâtonne et cherche, dans les
ténèbres, entouré de forces anonymes et impitoyables, qui lui sont étrangères, sinon hostiles, qu’il est fier de
dompter parfois mais qui finissent toujours par le broyer dans la mort. Peut-être peut-on, par la porte de la
tombe, pénétrer dans le séjour bienheureux. Mais ici-bas, comment connaître ce monde spirituel si lointain,
inaccessible ?
Les mystiques prétendent sans doute y pénétrer par l’extase. Mais la voie mystique est non seulement
pénible, mais ouverte à bien peu d’êtres. Elle exige des conditions exceptionnelles de vie jointes à des qualités
rares. Quant aux certitudes qu’elle donne à ceux qui parviennent au bout de la route, elles sont purement
intérieures, ne valent que pour ceux qui ont atteint l’expérience de l’union à Dieu. L’extase est ineffable,
indescriptible, incommunicable. Elle ne confère aucune connaissance qui puisse être transmise à ceux qui ne
l’ont point connue.
La science spirituelle cherche les degrés qui unissent ce monde spirituel si lointain au monde sensible, objet
de nos connaissances scientifiques. Pour parvenir par une voie accessible à chacun jusqu’à une véritable
connaissance de domaines par hypothèse suprasensibles, elle cherche dans chaque phénomène du monde
physique la manifestation du spirituel, dans chaque chose la signature de l’esprit. Son point de départ est donc
l’observation du monde sensible, et une observation conduite en pleine conscience, la conscience humaine
ordinaire et normale. Mais à cette observation, elle joint le développement systématique des facultés spirituelles
qui existent en chaque homme, facultés qui doivent aboutir à l’éclosion de sens spirituels nous permettant la
perception du suprasensible, comme nos sens physiques nous font percevoir le monde matériel 4.
La science spirituelle diffère de la mystique en ce qu’elle tend, par des voies d’ailleurs fort différentes, et
sans isoler l’homme de la nature et de la vie, à le conduire à une connaissance du spirituel partout répandu dans
l’univers, et non pas seulement à une expérience du divin.
Elle s’oppose aux pratiques de certaines écoles spirituelles d’Orient ou des spirites et métapsychistes
occidentaux, en ce qu’elle se refuse à toute discipline qui supposerait comme condition préalable une diminution
ou une déformation de notre conscience normale.
Elle se distingue enfin des sciences à la fois par la façon dont elle conduit l’observation sensible, et surtout
par le développement spirituel qui doit s’ajouter et se joindre à cette observation.


3 Dans un des plus anciens ouvrages de technique artistique, le De diversarum Artium Schedula, du moine THÉOPHILE, qui date du XIIe
siècle, l’auteur dit à son disciple : « Si tu veux peindre le paradis, prends de l’or fin et de l’outremer de meilleure qualité .»

4 Cf. R. STEINER : L’Initiation, ou comment acquérir la connaissance des mondes supérieurs. Ed. du Centre Triades


III
LA MÉTAMORPHOSE DES FORMES,
EXPÉRIENCE SENSIBLE DU SUPRASENSIBLE

suite…

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