Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?


 

Auteur : STEPHEN HAWKING
et Léonard Mlodinow

Ouvrage : Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ?

Année : 2010

Traduit de l’anglais par Marcel Filoche

 

 

 

1
LE MYSTÈRE
DE L’EXISTENCE

Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps
au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de
l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous
pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de
réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour
accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers
les deux pour poser quantité de questions : comment
comprendre le monde dans lequel nous vivons ? Comment se
comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité ? D’où
venons-nous ? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur ?
Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence,
elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un
autre.
Ces questions sont traditionnellement du ressort de la
philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi
à suivre les développements de la science moderne, en
particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont
repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a
pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs
découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image
qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce
dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières
années, même si ses premières esquisses remontent à près
d’un siècle.

Dans la conception classique de l’Univers, les objets se
déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies
si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision
leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins
courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette
image « classique » ne permettait pas de rendre compte des
comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer
à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire
d’adopter un cadre nouveau : la physique quantique. Les
prédictions des théories quantiques se sont révélées
remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant
de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du
monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques
quantique et classique reposent sur des conceptions
radicalement différentes de la réalité physique.
On peut formuler les théories quantiques de bien des

façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive
est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en
couleur qui travaillait au California Institute of Technology le
jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit.
D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais
toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux
questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche
de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon
laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique
histoire ni même une existence indépendante. Elle peut
sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait,
elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en
science, à l’encontre du sens commun. Mais ce sens commun
se fonde sur notre expérience quotidienne et non sur l’image
de l’Univers que révèlent des merveilles technologiques
comme celles qui nous permettent de sonder l’atome ou de
remonter jusqu’à l’Univers primordial.
Jusqu’à l’avènement de la physique moderne, on pensait
généralement que l’observation directe permettait d’accéder à
la connaissance intégrale du monde et que les choses étaient
telles qu’on les voyait, telles que nos sens nous les montraient.
Mais les succès spectaculaires de la physique moderne, fondée
sur des concepts qui, à l’instar de ceux développés par
Feynman, heurtent notre expérience quotidienne, nous ont
montré que tel n’était pas le cas. Notre vision naïve de la
réalité est donc incompatible avec la physique moderne. Pour
dépasser ces paradoxes, nous allons adopter une approche qui
porte le nom de « réalisme modèle-dépendant ». Elle repose
sur l’idée que notre cerveau interprète les signaux reçus par
nos organes sensoriels en formant un modèle du monde qui
nous entoure. Lorsque ce modèle permet d’expliquer les
événements, nous avons alors tendance à lui attribuer, à lui et
aux éléments ou concepts qui le composent, le statut de réalité
ou de vérité absolue. Pourtant, il existe de nombreuses façons

de modéliser une même situation physique, chaque modèle
faisant appel à ses propres éléments ou concepts
fondamentaux. Si deux théories ou modèles physiques
prédisent avec précision les mêmes événements, il est
impossible de déterminer lequel des deux est plus réel que
l’autre ; on est alors libre d’utiliser celui qui convient le mieux.
L’histoire des sciences nous propose une suite de modèles
ou de théories de qualité croissante, depuis Platon jusqu’aux
théories quantiques modernes en passant par la théorie
classique de Newton. Il est donc tout à fait naturel de se
demander si cette série débouchera en fin de compte sur une
théorie ultime de l’Univers qui inclurait toutes les forces et
prédirait toute observation envisageable, ou bien si l’on va
continuer à découvrir sans cesse de meilleures théories, toutes
perfectibles. Bien qu’on ne puisse apporter de réponse
définitive à cette question, on dispose aujourd’hui d’une
prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe,
baptisée « M-théorie ». La M-théorie est le seul modèle à
posséder toutes les propriétés requises pour être une théorie
ultime et c’est sur elle que reposera l’essentiel de notre
réflexion.
La M-théorie n’est pas une théorie au sens courant du
terme. C’est une famille entière de théories différentes
permettant chacune de rendre compte d’observations relevées
dans une gamme de situations physiques particulières, un peu
à la manière d’un atlas. Il est bien connu qu’on ne peut
représenter l’intégralité de la surface terrestre sur une seule
carte. Ainsi, dans la projection classique de Mercator utilisée
pour les cartes du monde, les zones situées très au nord ou
très au sud apparaissent beaucoup plus étendues, sans pour
autant que les pôles y figurent. Pour cartographier fidèlement
la Terre tout entière, il faut tout un ensemble de cartes,
chacune couvrant une région limitée. Dans les zones où ces

cartes se recouvrent, elles décrivent le même paysage. Il en va
de même de la M-théorie. Les différentes théories qui la
composent paraissent toutes très différentes, mais on peut
toutes les considérer comme des aspects de la même théorie
sous-jacente, comme des versions applicables uniquement
dans des conditions restreintes, par exemple lorsque des
quantités telles que l’énergie sont petites. Et dans leurs zones
de recouvrement, comme les cartes de la projection de
Mercator, elles prédisent les mêmes phénomènes. Pourtant,
de même qu’il n’existe aucune carte plane capable de
représenter l’intégralité de la surface terrestre, il n’existe
aucune représentation qui permette de rendre compte des
observations physiques dans toutes les situations.

Il se peut que plusieurs théories qui se recouvrent soient nécessaires à la représentation de l’Univers tout comme il faut plusieurs cartes qui se recouvrent pour représenter la Terre. Nous décrirons également comment la M-théorie peut
apporter des réponses à la question de la Création. Pour elle,
non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de
nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur
création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou
divin. Ces univers multiples dérivent de façon naturelle des
lois de la physique. Ils représentent une prédiction
scientifique. Chaque univers a de nombreuses histoires
possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents
longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la
majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que
nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie.
Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures
semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence
sélectionne dans tout l’éventail de ces univers seulement ceux
qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille
ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui
fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

Pour accéder à une compréhension en profondeur de
l’Univers, il nous faut non seulement connaître comment les
univers se comportent, mais encore pourquoi.
Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
Pourquoi existons-nous ?
Pourquoi ces lois particulières et pas d’autres ?

C’est là la Question Ultime de la Vie, de l’Univers et de
Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage.
À l’inverse de la réponse apportée dans le Guide du voyageur
galactique de Douglas Adams, la nôtre ne sera pas simplement : « 42. »

 

 

2
LE RÈGNE DE LA LOI

suite… PDF

Les nanoparticules sont cancérigènes !


http://www.lelibrepenseur.org/2015/03/18/les-nanoparticules-sont-cancerigenes/

On en parle depuis des années et comme toujours ça ne sort que maintenant ! C’est dingue le retard scientifique des médias par rapport au web ! On a au moins 10 ans d’avance sur eux et ceci est très inquiétant. Bref, avant, on passait pour des fous paranos, maintenant c’est à la Une de vos journaux.

Le coup de gueule de José Bové contre les M&M’s et les chewing-gums Hollywood, potentiellement cancérigènes

Nanoparticules-DangerÉcologiste obstiné, José Bové a poussé un nouveau coup de gueule contre la malbouffe au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV ce mardi. L’eurodéputé a particulièrement mis en garde les téléspectateurs contre deux produits américains, les bonbons M&M’s et les chewing-gums Hollywood, qu’il appelle clairement à boycotter. La raison ? Ces friandises contiennent du dioxyde de titane, une molécule qui peut avoir un effet désastreux sur la santé.

Actuellement en promotion de son livre L’alimentation en otage, paru aux éditions Autrement, José Bové poursuit son combat contre les géants de l’agroalimentaire. Sur le plateau de BFMTV, il a encore une fois prôné les bienfaits de l’agriculture biologique sur la santé et sur l’environnement. « Je suis inquiet parce qu’on voit que l’agro-industrie, et l’agro-chimie sont en train de prendre le pouvoir. Les citoyens ne sont informés de rien et se retrouvent menacés, y compris dans leur santé » a-t-il déclaré.

« Boycotter cette merde »

Pour étayer ses propos, José Bové a pris pour exemple deux produits consommés chaque jour par des milliers de Français, les M&M’s et les chewing-gums Hollywood. « Là-dedans, on ne le voit pas marqué, E171, ce sont des nanoparticules, le dioxyde de titane. Pour rendre ça plus grand, plus brillant, l’agro-industrie, Mars, cette entreprise énorme, a rajouté ce produit » explique le député européen. Et d’ajouter : « Les seules études, qui ont été faites par des laboratoires français et suisses, ont montré qu’il y avait des risques de cancer car ces nanoparticules, aujourd’hui, ça a des conséquences graves ». « Vous n’avez pas besoin d’acheter tous ces produits. Boycottez cette merde », a lancé l’ex-syndicaliste agricole pour finir.

POUR UNE POLITIQUE PUBLIQUE DE PREVENTION ACTIVE DES CANCERS


 

Auteur : Docteur Jacques Lacaze, Diplômé de cancérologie – Docteur Jean-Claude Meuriot,
Médecin inspecteur général de Santé Publique honoraire
Ouvrage :  Pour une politique publique de prévention active des cancers

INTRODUCTION
Les cancers sont la première cause de mortalité en France. L’incidence des cancers a doublé en 30 ans et la mortalité a
augmenté d’environ 13%. La maladie cancéreuse représente donc un problème majeur de santé publique. Le cancer
concerne, a concerné ou concernera chacun d’entre nous. De nombreux plans de lutte contre ce fléau ont été mis en
place. La faillite, des recherches et politiques entreprises pour prévenir et guérir les cancers, est régulièrement
constatée. Les appels à la charité publique contre cette maladie sont tout aussi régulièrement organisés, et le message
central reste le même : « la recherche avance. » Cette faillite est constatée par de nombreuses autorités scientifiques,
médicales ou politiques.1
Le but de ce travail est d’examiner le problème d’un point de vue de santé publique, puis de poser la question la plus
fondamentale, est-il possible de prévenir le cancer ? Et si la réponse est oui, il faut s’y mettre sans tarder !

Il faut se mobiliser pour que soit mise en place une vraie et grande
politique publique de prévention générale du cancer.

La découverte par le Docteur André Gernez (fin des années soixante) du mécanisme cellulaire de la cancérogenèse et
de la cancérisation,2 ouvre aujourd’hui une voie de prévention des cancers qu’il est urgent d’explorer. La théorie de
Gernez sera exposée dans ses grandes lignes puis les principes d’une proposition de prévention active des cancers. La
validation de cette prévention et son éventuelle mise en oeuvre est du domaine de la santé publique, donc de
l’institution médico-scientifique et des autorités publiques de la santé.
Comme cette mise en oeuvre est accessible à tout le monde, nous en proposerons les grandes lignes.
La prévention reste la voie royale dans la lutte contre les maladies qui ont l’incidence des cancers. Dans une première
partie, nous allons examiner ce qu’est la prévention (et ce qu’elle n’est pas), comment ça fonctionne, ce qu’il faut en
attendre, qui elle concerne, si les politiques mises en place actuellement répondent aux nécessités de la lutte contre les
cancers, bref il sera question de santé publique au sens fort du terme.


1 Du Congrès d’Houston (1970) « de la désespérance et du renoncement » à la déclaration du cancérologue Laurent Schwartz (La
Recherche, novembre 2008) qui confirme la déclaration d’un magazine étatsunien selon lequel « on était en train de perdre la
bataille contre le cancer » et déclare : « Plusieurs livres récemment parus aux Etats Unis, affirment les limites des thérapeutiques et
démontrent l’absence de réelles avancées sur le front du cancer. »
Le professeur BELPOMME, cancérologue réputé, affirme de son coté : « On est en train de perdre la bataille et la guerre. »
2 Ce mécanisme est aujourd’hui enseigné dans la plupart des Facultés de Médecine. Voir à la fin de la brochure quelques
références qui le montrent.


Première partie :

LES CANCERS : PROBLÈME MAJEUR DE SANTÉ PUBLIQUE

I – Incidence et mortalité par cancers en France.

suite…

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LES FORCES DE VIE



Auteurs : Bott Victor – Coroze Paul – Marti Ernst
Ouvrage : Les forces de vie 

1 Introduction à l’étude des forces éthériques

2 Les quatre éthers
Année : 1981

I
Introduction à l’étude
des forces éthériques

PRÉFACE
du docteur Victor Bott
L’Introduction à l’étude des forces éthériques a été rédigée par Paul Coroze en 1931. A l’époque, les
scientifiques pensant résoudre le problème de la vie en lui appliquant les connaissances acquises par l’étude du
monde mort, se sont acharnés dans cette direction. Si d’importantes découvertes ont été faites en biochimie et en
génétique, entre autres, les chercheurs sont néanmoins allés, en ce qui concerne la vie proprement dite, de
désillusion en désillusion, faisant penser à celui qui court après son ombre sans jamais la rattraper. Pourtant
Rudolf Steiner avait donné l’impulsion nécessaire à une étude de la vie à l’aide de moyens appropriés. Cette
impulsion n’a été suivie que par quelques-uns de ses élèves, le reste du monde scientifique restant désespérément
accroché au sacro-saint dogme de l’impossibilité de connaître ce qui n’est ni mesurable, ni pesable, ni
dénombrable. Or la vie — et les forces éthériques sont des forces de vie — appartient à un plan différent de celui
du sensible, bien que le jouxtant, ce qui permet aux processus vitaux de se manifester jusque sur le plan matériel.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il semblait aisé de découvrir le secret de la vie à l’aide de méthodes propres
au monde physique. Ce sont en réalité des méthodes différentes, qualitatives et non quantitatives, que requiert
l’étude de la vie.
Actuellement certains chercheurs sont prêts à faire le pas et les résistances dues à l’attachement aux
traditions matérialistes commencent à céder. Nous sommes cependant loin de l’optimisme manifesté par P.
Coroze dans son premier chapitre et les savants qu’il cite comme Driesch, Whitehead, et Javorsky ont été rejetés
dans l’oubli.
Lorsque Paul Coroze écrivit cet opuscule, une partie importante de l’oeuvre de R. Steiner était encore
inaccessible et il s’est principalement basé sur les ouvrages d’un de ses élèves, G. Wachs-muth. Or ceux-ci
comportent quelques erreurs que P. Coroze n’était pas en mesure de déceler. Une nouvelle édition de son
ouvrage nécessitait de ce fait quelques remaniements que Simonne Coroze m’a prié d’effectuer.
De plus, nous avons jugé utile de compléter les indications de Paul Coroze par une remarquable étude du Dr
Marti sur les quatre éthers.
V. B. 1981

1

L’ÉTUDE DES FORCES ÉTHÉRIQUES
ET LA PENSÉE SCIENTIFIQUE MODERNE
Les recherches exposées dans ces pages ont été entreprises d’après l’enseignement de Rudolf Steiner et sous
son impulsion. Les résultats obtenus n’acquièrent leur entière valeur que si on montre leur lien avec les principes
qui ont guidé les travaux qui vont être exposés et avec le but que les chercheurs s ‘étaient proposé. Ces résultats
sont en quelque sorte l’illustration et la démonstration sensible de quelques-unes des données de la science
spirituelle fondée par Rudolf Steiner.
La science spirituelle ne cherche pas à s’opposer aux sciences de la nature, aux sciences modernes, mais elle
s’efforce de les compléter, de permettre à la connaissance scientifique de pénétrer dans des domaines qui
paraissent à beaucoup d’esprits contemporains devoir échapper à toute connaissance de cet ordre.
Il y a donc lieu d’examiner tout d’abord quelle place peuvent prendre les recherches de la science spirituelle,
et particulièrement l’étude des forces éthériques, parmi les sciences contemporaines. Il nous faut examiner
l’attitude que prennent la science et la philosophie scientifique en présence des problèmes qu’étudie la science
spirituelle, afin d’établir leurs rapports et la contribution qu’une connaissance des forces éthériques peut apporter
à la pensée scientifique moderne.
Les conceptions scientifiques ont été profondément modifiées depuis le début du XXe siècle et il nous faut
tout d’abord exposer les vues nouvelles qui se sont fait jour dans ces dernières années.

*
* *

La science et la philosophie modernes déclarent qu’il y a une limite à la connaissance ; qu’il est un point où
l’esprit doit s’arrêter, un point à partir duquel il ne peut pas aller plus avant ; qu’il existe donc un inconnaissable.
La limite dont il est question ici n’est pas d’ordre matériel ; ce ne sont pas des difficultés d’ordre physique
qui constituent cet obstacle infranchissable. Sans doute, nous pouvons être empêchés d’observer un astre parce
que nos télescopes ne sont pas assez puissants ; mais ce n’est pas là une véritable limite. L’infiniment grand
comme l’infiniment petit échappent à nos sens, mais peuvent être atteints par des instruments toujours plus
perfectionnés. Si tel astre est trop loin ou tel organisme trop petit pour être aperçus aujourd’hui, ils pourront
demain, grâce à un matériel mieux approprié, entrer dans le champ de notre vision et d’inconnaissables devenir
connus. Il n’y a pas de limites au perfectionnement dans le domaine matériel et c’est pourquoi certains savants du
XIXe siècle déclaraient qu’il n’y a pas de limites à la science. Renan, dans L’Avenir de la Science, affirmait avec
enthousiasme qu’un jour, plus ou moins proche, nous pourrions, par la méthode expérimentale, par des procédés
de laboratoire, connaître « le mot des choses », l’énigme de l’univers.
Les philosophes répétaient sans doute, depuis Kant, qu’il est impossible d’atteindre à une connaissance
directe du monde. Mais toutes les sciences modernes reposaient, jusqu’au début du XXe siècle, sur l’affirmation
indiscutée qu’il existe entre les phénomènes des rapports constants, susceptibles d’être mesurés et rame nés à des
modifications dans le temps et l’espace.
On a admis par conséquent que les notions mathématiques, dont l’évidence et la précision s’imposent à
l’esprit, devaient dominer toute connaissance scientifique, qu’il n’y avait de science que du mesurable.
On remarquait en effet que certaines lois agissant dans le monde extérieur, et qu’on peut établir par
l’expérience, présentent une grande analogie avec des théorèmes mathématiques qui s’établissent par la seule
force du raisonnement.
On constatait en outre que plus un ordre de connaissance, une science, peut s’exprimer facilement par des
rapports mathématiques, plus il gagne en rigueur et acquiert, semble-t-il, de force d’évidence. Il ne paraissait
donc pas douteux que les mathématiques et la mécanique qui en est, en quelque sorte, la vérification
expérimentale, devaient servir à la fois de modèle et de base à toute connaissance scientifique. On établissait par
suite une hiérarchie, une classification des sciences et des connaissances fondées sur ce critérium : la
mathématisation.
De ces constatations est née une hypothèse qui a paru longtemps séduisante : la conception mécanique du
monde.

Cette hypothèse supposait que le phénomène le plus facilement accessible à l’intelligence, à savoir le
phénomène mécanique, devait être en même temps le phénomène essentiel ; tous les autres, même ceux qui
paraissaient les plus éloignés de la mécanique, les moins soumis à ses lois, pouvant, par analyse, y être ramenés.
Ils ne seraient, d’après cette hypothèse, que des complexes de lois mécaniques. Il semblait possible de débrouiller
ces complexes, en les ramenant du plus compliqué au plus simple, jusqu’au plus simple de tous : le phénomène
mécanique.
L’astronomie, la physique, ont été ainsi ramenées peu à peu à des phénomènes de mécanique pure :
attraction des corps, vibrations de l’air ou de l’éther, train d’ondes dans les champs magnétiques. Les phénomènes
de la vie paraissaient bien, sans doute, échapper pour partie tout au moins aux lois de la mécanique. Mais on
supposait que cette apparente anomalie était due simplement à la complexité du phénomène et non pas à une
différence de nature. Il semblait ne contenir rien d’autre qu’un complexe de phénomènes physico -chimiques qui
s’analysaient eux-mêmes en phénomènes mécanique s.
Quant à la conscience et à la pensée, on a tenté un instant de les considérer elles-mêmes comme le
développement des faits physiologiques. La psycho -physiologie, en vogue pendant les dernières années du XIXe
siècle, n’a vu dans la pensée que le développement ultime de phénomènes biologiques. On cherchait à expliquer
la pensée, à en trouver la cause dans des rapports mécaniques, chimiques ou magnétiques qui s’établiraient entre
les neurones ou les cellules nerveuses. Ici encore, on prétendait ne rien trouver d’autre qu’une complexité plus
grande, mais pas de différences de nature avec les phénomènes mécaniques.
Ainsi, parallèlement à la hiérarchie des sciences, on a établi une hiérarchie de faits fondée uniquement sur
leur supposée complexité. Le fait le plus simple, c’est-à-dire le plus facile à saisir pour l’intelligence, parce qu’il
semble correspondre aux lois mêmes de cette intelligence s’exprimant dans le raisonnement mathématique, a été
déclaré par hypothèse le fait le plus primitif, celui dont les autres découlent, aussi bien dans la réalité objective
que dans la pensée humaine.
Depuis les premières années du XXe siècle, ce magnifique échafaudage, qui paraissait une construction
grandiose de la pensée humaine, s’est écroulé.
Deux brèches principales y ont été faites : par les physiciens et les mathématiciens d’une part, par les
physiologues d’autre part.
L’édifice reposait en effet sur une notion essentielle : l’existence entre les phénomènes de rapports et de
mesures supposés constants, ayant une valeur absolue. Le temps et l’espace étaient considérés comme ayant une
existence objective, comme s’imposant au monde extérieur ainsi qu’à la pensée humaine.
Henri Poincaré, le premier, a démontré que les lois établies par des sciences considérées comme
rigoureusement exactes, la mécanique céleste par exemple, n’avaient pas le caractère de rigueur et de fixité qu’on
leur attribuait, qu’elles n’étaient que des « lois approchées ». De plus, il mettait en doute la réalité objective du
temps et de l’espace en montrant tout au moins que les notions scientifiques de temps et d’espace constituaient de
véritables abstractions qui n’étaient fondées ni sur les données psychologiques ni sur celles de l’observation. Les
expériences de Maxwell et de Lorenz ont confirmé les vues du mathématicien français ; Einstein enfin les a
systématisées en leur donnant une expression purement mathématique.
La théorie de la relativité ôte sa rigueur au phénomène mécanique, et toute connaissance fondée sur les lois
de cet ordre perd son exactitude. Il devient dès lors difficile de considérer le phénomène mécanique comme étant
le phénomène simple et primitif par excellence, celui dont tous les autres dérivent. On peut même se demander si
le temps et l’espace sont autre chose que de pures conceptions de la pensée humaine. La relativité du temps
arrive à jeter même le doute sur la valeur du principe de causalité tel qu’il est appliqué dans les sciences
expérimentales. Ainsi que l’a montré Poincaré, lorsque deux phénomènes paraissent liés par un rapport de cause
à effet, on appelle cause celui qui apparaît le premier dans le temps, et effet le second. La théorie de la relativité
du temps ne permet donc plus de déterminer avec rigueur où est la cause et où est l’effet.
Le désordre qu’elle a jeté dans les notions les plus certaines de la physique et de l’astronomie mathématiques
a conduit un grand nombre de savants à un véritable agnosticisme. La science ne peut même plus établir le
rapport entre les phénomènes, comme le croyaient les criticistes kantiens, mais seulement des rapports entre les
symboles des phénomènes ; et ces symboles sont choisis par l’intelligence humaine uniquement en raison de leur
commodité pour la pensée, comme le disait Henri Poincaré.
Pendant que les physiciens faisaient ces constatations décevantes du point de vue de la conception
mécanique du monde, les physiologues, de leur côté, arrivaient à la conviction de plus en plus forte qu’il est
impossible de ramener les phénomènes de la vie aux phénomènes physico -chimiques. C’est surtout l’étude de
l’embryologie qui a conduit à transformer dans ce domaine les conceptions anciennes. Il a paru rapidement

impossible de ramener au simple développement cellulaire la différenciation des tissus qui se produit au début de
la vie embryonnaire et qui aboutit à la formation des organes. Des savants de plus en plus nombreux ont été
amenés par leurs observations à admettre l’action, chez tous les êtres vivants organisés, d’une activité formatrice
qui ne peut pas être ramenée à la vie cellulaire, et qui semble agir selon un plan déterminé par la constitution de
l’être entier. Ce plan préexistant qui déterminerait la différenciation des cellules et l’apparition des organes au
cours de la vie embryonnaire, assurerait leur transformation et leur croissance, puis, à partir de l’âge adulte, leur
maintien et leur conservation au milieu du renouvellement incessant des cellules.
Le nom de Hans Driesch est lié tout particulièrement à cette conception nouvelle ; mais de nombreux
savants français, italiens et anglais parvenaient de leur côté, et à la suite de travaux d’un autre ordre, à des
conclusions assez voisines de celles du physiologue allemand. Pour ces divers savants, le phénomène de la vie
doit être considéré comme un phénomène différent par sa nature même des phénomènes physico -chimiques et
des actions mécaniques. Il serait constitué essentiellement par une activité formatrice indépendante.
Cette conception tend rapidement à dépasser les cadres de la science purement biologique. De nombreux
esprits sont portés à concevoir le monde, l’univers tout entier, comme un être vivant traversé sans cesse et vivifié
par cette activité formatrice qui est individualisée dans les êtres vivants. Le savant anglais Whitehead 1 a adopté
cette conception, tandis qu’en France Javorsky fondait sur elle tout un système 2. Cependant on ne la considère
en général que comme une hypothèse difficile, sinon impossible à vérifier.
Néanmoins, beaucoup de savants contemporains seraient prêts à renverser les facteurs de l’hypothèse su r
laquelle se fondait la science du XIXe siècle. Au lieu de voir dans la vie un complexe de forces mécaniques, ils
seraient portés à la considérer comme le phénomène originel dont tous les autres dériveraient.
La science spirituelle va plus loin encore dans cette voie. Elle considère la pensée, l’activité spirituelle
comme phénomène originel. D’elle procède l’activité formatrice, et cette seconde activité dirige et détermine
toutes les modifications qui se produisent au sein de la substance.
C’est cette activité, manifestée tout particulièrement dans les phénomènes de la vie organique, que la science
spirituelle dénomme l’éthérique.
Mais il s’agissait de parvenir à une véritable connaissance de cette activité formatrice, et ne pas se contenter
de simples affirmations ou de la vague conception d’une force vitale, sorte d’entité métaphysique imprécise. Il
fallait donc découvrir une méthode qui permette son étude scientifique. C’est l’oeuvre à laquelle se sont voués
Rudolf Steiner, ses collaborateurs et ses disciples. Les résultats qu’ils ont obtenus pour une connaissance plus
profonde du phénomène de la vie vont être indiqués dans leurs grandes lignes au cours des pages qui suivent.
La science spirituelle peut donc apporter une contribution importante à la pensée scientifique moderne.
Mais, pour qu’une collaboration soit possible, il est nécessaire que la science officielle admette la légitimité de la
méthode spirituelle. Ainsi que nous le verrons en effet (chap. III), le domaine que la science spirituelle cherche à
atteindre par ses investigations échappe nécessairement à la méthode expérimentale suivie exclusivement pour
les recherches scientifiques. La méthode expérimentale est adaptée à l’étude d’un certain ordre de phénomènes,
ceux qui peuvent être atteints par des mesures. Elle repose toujours sur le raisonnement suivant : nous constatons
que tel phénomène varie proportionnellement à tel autre, donc ces deux phénomènes sont unis par un lien de
cause à effet. Le domaine qui peut être connu par la méthode expérimentale est le domaine du quantitatif. Tout
ce qui ne peut être ramené au nombre, à la quantité, lui échappe. C’est sur des appréciations de qualités que
repose la science spirituelle.


1 Science and the modern World. Cambridge University Press. 1929.
2 H. JAVORSKY : Le Ghéon ou la Terre vivante. Flammarion, éd.


2

LA CONNAISSANCE DE L’ÉTHÉRIQUE
ET LES BESOINS SPIRITUELS DE NOTRE ÉPOQUE

L’étude des forces éthériques n’est pas seulement affaire de techniciens, de savants. Cette étude peut
contribuer à résoudre des problèmes intéressant et touchant tous les hommes. La connaissance de ces forces qui
sont d’ordre suprasensible est un premier pas vers la connaissance de ce domaine mystérieux que de tout temps
les hommes ont cru pressentir ou deviner derrière les phénomènes sensibles. C’est dans ce domaine que la
tradition et la foi placent la source des impulsions morales et des sentiments religieux. De nos jours, c’est par la
connaissance qu’il y faut pénétrer.
Le besoin impérieux de connaître est un sentiment profondément ancré dans le coeur de tout homme
moderne. Il lui semble intolérable que la pensée ne puisse parvenir, si elle déploie une force et une acuité
suffisantes, à répondre à toutes les questions que pose son âme. Cependant la science moderne se déclare
impuissante à résoudre les problèmes les plus angoissants et qui peuvent se ramener, en dernière analyse, aux
trois interrogations célèbres : Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la mort ? Qu’est-ce que la destinée ? Problèmes
essentiels, problèmes vitaux, car la réponse qu’on y peut donner n’a pas seulement pour but de satisfaire
l’intelligence, mais encore et surtout de diriger nos actes, de donner un point d’appui à notre vie morale, de
trouver un sens et un but à l’existence.
Au cours du XIXe siècle, beaucoup d’esprits ont pu croire un instant que les progrès de la science
permettraient de résoudre tôt ou tard toutes les énigmes de l’univers. On s’est vite aperçu que les magnifiques
conquêtes de la science étaient des progrès de l’ordre de la technique et non de l’ordre de la connaissance. Les
données des problèmes ont pu être déplacées, mais les énigmes, loin de se résoudre, n’ont fait que croître en
nombre et en complexité. Des champs nouveaux d’étude et de recherche se sont ouverts, si vastes que la pensée
perdue dans le dédale des détails ne les peut plus embrasser d’un coup d’oeil ; le spécialiste doit se résigner à n’en
explorer qu’un canton de plus en plus étroit. Mais les réponses aux questions essentielles demeurent toujours
aussi lointaines.
En face des problèmes que chaque homme ressent comme les plus vitaux, la science répond par la bouche
d’un de ses plus illustres représentants : « Ignorabimus », — nous ignorons et même nous ignorerons toujours,
car la science a des limites infranchissables. Quelques hommes, parmi ceux dont l’âme est la mieux trempée, ont
mis parfois une sorte de point d’honneur à accepter stoïquement cet « ignorabimus », à refouler comme s’il
s’agissait d’oiseuses questions enfantines ce qu’ils appelaient un peu dédaigneusement « l’inquiétude
métaphysique ». Mais derrière le sourire finement sceptique se masque bien souvent une secrète angoisse du
coeur. D’aucuns s’épuisent en recherches vaines, d’autres s’étourdissent…
En face de l’« ignorabimus » que proclame la science, la religion chante « adoremus ». Mais si la religion
peut parfois apaiser les coeurs, elle ne peut plus satisfaire la pensée.
Dans l’Antiquité, les dieux habitaient parmi les hommes ; le temple était leur maison. Ils étaient citoyens
d’une ville, possédaient des esclaves et acceptaient qu’on leur servît des banquets. Au Moyen Age, Dieu règne
dans les cieux, mais les cieux sont tout proches de la terre. Dieu et ses saints interviennent à chaque instant dans
la vie humaine ; il n’y avait pas si longtemps qu’ils vivaient parmi les hommes. De nos jours, les cieux sont si
loin, si loin, qu’ils en sont presque inaccessibles. Ils ont reculé à mesure qu’augmentait la puissance des
télescopes et que les astronomes ajoutaient des zéros à leurs chiffres.
Mais n’y a-t-il vraiment plus de chemin depuis la terre jusqu’aux cieux ?
C’est ce chemin que la science spirituelle cherche à tracer.
La pensée contemporaine est, en effet, caractérisée par une opposition entre le domaine de la connaissance,
qui comprend tout ce qui est objet de science, dont les conclusions et les vérités doivent s’imposer à tous les
esprits, et le domaine du sentiment personnel, où l’on rejette tous les problèmes religieux, moraux ou esthétiques.
On n’admet pas que ce second domaine puisse être objet de connaissance, car là, aucune règle, dit -on, ne saurait
s’imposer à la pensée. On y accéderait moins par une opération de l’esprit que par un élan du coeur ou par le don
gratuit d’une inspiration.
Dans une page célèbre, le grand savant Pasteur a puissamment décrit cette opposition :

« En chacun de nous il y a deux hommes : le savant, celui qui fait table rase ; qui, par l’observation,
l’expérimentation et le raisonnement, veut s’élever à la connaissance de la nature ; et puis, l’homme sensible,
l’homme de tradition, de foi ou de doute, l’homme de sentiment, l’homme qui pleure ses enfants qui ne sont plus ;
qui ne peut, hélas ! prouver qu’il les reverra, mais qui le croit et l’espère ; qui ne veut pas mourir comme un
vibrion ; qui se dit que la force qui est en lui se transformera.
« Les deux domaines sont distincts, et malheur à celui qui veut les faire empiéter l’un sur l’autre dans l’état
imparfait de nos connaissances. »
La science spirituelle prétend unir ces deux domaines… sans faire de malheur.
A force d’insister sur le divorce du corps et de l’âme, de la chair et de l’esprit, du matériel et du spirituel, de
la nature et de Dieu, nous avons tous acquis plus ou moins une représentation du monde qui rappelle certains
tableaux de peintres primitifs. En haut, très haut, il existe (peut-être, disent certains esprits, mais en tout cas très
loin) un paradis peint entièrement « d’or fin et d’outremer de la meilleure qualité » 3. Dieu y règne dans sa gloire,
entouré d’anges uniquement occupés à chanter ses louanges. En bas, sous un plafond de nuages denses, l’homme,
seul être de la terre possédant une âme sensible et des aspirations spirituel les, tâtonne et cherche, dans les
ténèbres, entouré de forces anonymes et impitoyables, qui lui sont étrangères, sinon hostiles, qu’il est fier de
dompter parfois mais qui finissent toujours par le broyer dans la mort. Peut-être peut-on, par la porte de la
tombe, pénétrer dans le séjour bienheureux. Mais ici-bas, comment connaître ce monde spirituel si lointain,
inaccessible ?
Les mystiques prétendent sans doute y pénétrer par l’extase. Mais la voie mystique est non seulement
pénible, mais ouverte à bien peu d’êtres. Elle exige des conditions exceptionnelles de vie jointes à des qualités
rares. Quant aux certitudes qu’elle donne à ceux qui parviennent au bout de la route, elles sont purement
intérieures, ne valent que pour ceux qui ont atteint l’expérience de l’union à Dieu. L’extase est ineffable,
indescriptible, incommunicable. Elle ne confère aucune connaissance qui puisse être transmise à ceux qui ne
l’ont point connue.
La science spirituelle cherche les degrés qui unissent ce monde spirituel si lointain au monde sensible, objet
de nos connaissances scientifiques. Pour parvenir par une voie accessible à chacun jusqu’à une véritable
connaissance de domaines par hypothèse suprasensibles, elle cherche dans chaque phénomène du monde
physique la manifestation du spirituel, dans chaque chose la signature de l’esprit. Son point de départ est donc
l’observation du monde sensible, et une observation conduite en pleine conscience, la conscience humaine
ordinaire et normale. Mais à cette observation, elle joint le développement systématique des facultés spirituelles
qui existent en chaque homme, facultés qui doivent aboutir à l’éclosion de sens spirituels nous permettant la
perception du suprasensible, comme nos sens physiques nous font percevoir le monde matériel 4.
La science spirituelle diffère de la mystique en ce qu’elle tend, par des voies d’ailleurs fort différentes, et
sans isoler l’homme de la nature et de la vie, à le conduire à une connaissance du spirituel partout répandu dans
l’univers, et non pas seulement à une expérience du divin.
Elle s’oppose aux pratiques de certaines écoles spirituelles d’Orient ou des spirites et métapsychistes
occidentaux, en ce qu’elle se refuse à toute discipline qui supposerait comme condition préalable une diminution
ou une déformation de notre conscience normale.
Elle se distingue enfin des sciences à la fois par la façon dont elle conduit l’observation sensible, et surtout
par le développement spirituel qui doit s’ajouter et se joindre à cette observation.


3 Dans un des plus anciens ouvrages de technique artistique, le De diversarum Artium Schedula, du moine THÉOPHILE, qui date du XIIe
siècle, l’auteur dit à son disciple : « Si tu veux peindre le paradis, prends de l’or fin et de l’outremer de meilleure qualité .»

4 Cf. R. STEINER : L’Initiation, ou comment acquérir la connaissance des mondes supérieurs. Ed. du Centre Triades


III
LA MÉTAMORPHOSE DES FORMES,
EXPÉRIENCE SENSIBLE DU SUPRASENSIBLE

suite…

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SAVANTS MAUDITS, CHERCHEURS EXCLUS


pierre lance

par Pierre LANCE

 

 

A la mémoire de Jean-Michel Graille,
du journal Sud-Ouest,
qui lutta toujours avec courage et persévérance
pour le triomphe de la vérité.

 

« Des chercheurs qui cherchent,
on en trouve.
Mais des chercheurs qui trouvent,
on en cherche.»
Charles de Gaulle
(en Conseil des ministres)

 

Bien trouvé, Mon Général !
Mais êtes-vous sûr de les avoir cherchés ?
Et saviez-vous que des chercheurs
qui cherchent
à empêcher d’autres chercheurs
de chercher à réaliser ce qu’ils ont trouvé,
on en trouve sans les chercher ?
P.L.

 

«Pourquoi la France dépense-t-elle deux fois plus que l’Angleterre
en recherche publique civile ? Pourquoi a-t-elle trois fois moins de prix
Nobel, trois fois moins de redevances de brevets ?
… Certains de nos chercheurs se remuent-ils les méninges ou se
tournent-ils les pouces ? »
Ghislain de Montalembert
Le Figaro magazine – 9 décembre 2000

 

Le CNRS, c’est 25 000 agents dont 11 000 chercheurs,
1674laboratoires, avec un budget de 2,5 milliards d’euros, dont
80 % sont absorbés par la masse salariale.

 

« C’est un énorme organisme ingouvernable. C’est une juxtaposition
de coteries.C’ est un rassemblement de chercheurs fonctionnarisés,
qui s’installent dans leur fromage et y restent jusqu’à la retraite, sans
autre souci que de s’adonner à leurs marottes, qu’elles débouchent ou
non sur des découvertes … Ces gens-là dépensent de l’argent public
sans aucun scrupule … »
Georges Pompidou
(citation Le Figaro magazine- 9 décembre 2000)

 

 

 

AVANT-PROPOS
Je présente dans ce livre les biographies très résumées de
douze grands scientifiques et chercheurs contemporains,
citoyens français ou ayant choisi la France pour seconde patrie
(à l’exception du premier), tous convaincus à l’origine que le soi-disant
« pays des droits de l’homme », qui était au XIXe siècle en
tête de toutes les nations pour le nombre et la qualité des
découvertes scientifiques et des inventions, ne pouvait qu’être la
terre promise des chercheurs indépendants de toutes les
disciplines.
Ce qu’ils ignoraient ou ne prévoyaient pas, c’est que la
France jacobine allait devenir peu à peu au cours du XXe siècle
une technocratie absolue dominée par les clergés scientistes, les
réseaux scolastiques, les clans bureaucratiques, les pseudo-services
publics et les groupes d’intérêts, et qu’il y serait
désormais impossible à un chercheur indépendant de faire
accepter ses travaux et ses découvertes, quelle que soit leur
valeur, et même a fortiori si cette valeur s’avérait grande.
Chacune des personnes présentées dans cet ouvrage mériterait
à elle seule un volume entier, et il va sans dire que cette liste
est loin d’être exhaustive. Ne connaissant que trop bien les tares
de la société française, que j’étudie depuis près de quarante
années, je ne doute pas qu’elle ne recèle dans tous les domaines
des dizaines, sinon des centaines, d’esprits d’insigne envergure
condamnés par la « nomenklatura » à n’être jamais de leur vivant
connus du grand public, si même ils devaient l’être un jour
longtemps après leur mort.

Je me suis donc limité dans ces pages aux personnes dont
j’ai eu la chance de bien connaître les travaux, dans le cadre de
mes recherches au service de la revue de prospective L’Ere
nouvelle, que je dirige depuis vingt ans. J’ai d’ailleurs eu
l’honneur de connaître certaines d’entre elles personnellement. Il
s’agit donc d’un choix circonstanciel et arbitraire qui ne préjuge
en rien des mérites de celles qui seraient dignes d’y figurer et qui
n’y figurent pas. Elles voudront bien me pardonner de n’avoir
point le don d’ubiquité.
Mon plus cher désir serait d’ailleurs d’ajouter un autre
volume, et pourquoi pas deux ou trois, à ce répertoire de
chercheurs victimes de la conspiration du silence.
Dois-je préciser que si ce livre ne présente que des
chercheurs masculins, ce n’est évidemment pas un choix ? J’y
eus volontiers intégré quelques femmes s’il s’en était trouvé de
telles sur ma route, mais je n’en ai pas rencontré. Toutefois, il
faut noter que les compagnes de certains de mes héros ont joué
dans leur aventure des rôles essentiels, comme Madeleine Ferru,
Michelle Solomidès et Monique Beljanski, par exemple.
Certains lecteurs s’étonneront peut-être de constater que la
majorité des scientifiques présentés dans ces pages ont exercé
leurs talents dans le domaine médical. Cela tient essentiellement
à la situation particulière de notre pays à cet égard, mais aussi au
fait que notre revue était particulièrement attentive aux
questions de santé, qui reflètent assez exactement l’état profond
d’une société. Plusieurs facteurs se sont en effet conjugués dans
notre pays pour aboutir à une dépendance des citoyens, en ce
qui concerne les thérapies, beaucoup plus forte que dans les
autres nations développées.
Ce fut tout d’abord la gloire excessive et largement usurpée
de Louis Pasteur, incontestable génie en relations publiques et
véritable mythe national, qui orienta toute notre médecine vers
une bactériophobie occultant dramatiquement les réalités du
terrain organique de chaque individu.

De plus, en fondant l’Institut qui porte son nom, et pour
lequel il sut faire jouer de nombreux appuis politiques et
financiers, Pasteur créa un puissant groupe de pression capable
de peser fortement sur les décisions des pouvoirs publics. (C’est
ce qui explique que l’on vaccine aujourd’hui en France plus que
partout ailleurs et en dépit du bon sens.)

A cela s’ajouta la création en 1940 par Philippe Pétain d’un
Ordre des médecins doté de pouvoirs exorbitants. Et enfin
l’apparition en 1945 de la Sécurité sociale, exerçant sur les
citoyens comme sur les entreprises des contraintes radicales,
d’ailleurs juridiquement incompatibles avec la constitution
républicaine, mais contre lesquelles aucun « représentant du
peuple » n’osa jamais protester.
Certes, des organismes plus ou moins similaires naquirent
dans les autres pays industriels, mais ils ne bénéficièrent pas
comme en France d’une collusion permanente avec l’appareil de
l’Etat. Cet enchevêtrement de féodalités toutes-puissantes
associé au centralisme étatiste devait bientôt réduire à néant
l’autonomie des citoyens français en matière de maladie. Il
découle de cette situation que lorsque des esprits créatifs et
inventifs se trouvent confrontés, parfois dans leur entourage
immédiat, à quelque problème de santé que la médecine conformiste
ne peut résoudre de façon satisfaisante, ils sont conduits
d’instinct à appliquer leurs talents au domaine thérapeutique,
même lorsque rien ne les prédestinait à cela. C’est la raison pour
laquelle on trouve en France, dans la sphère des thérapies, plus
de « savants maudits » que partout ailleurs. Et tel est le paradoxe
qui nous laisse une lueur d’espoir : moins les Français sont libres
de se soigner à leur guise, et plus fleurissent parmi eux les
esprits libres et rebelles préparant sous le manteau les voies de
l’avenir.
Si certains de mes lecteurs s’estimaient insuffisamment
informés de ces problèmes, je les renvoie aux divers ouvrages
cités en bibliographie à la fin de ce volume, et plus particulièrement
à ceux de mon excellente consœur Sylvie Simon,
courageuse combattante sur le front de la santé, et notamment à

son livre-réquisitoire « La Dictature médico-scientifique »
(Ed. Filipacchi, 1997).
Dans les domaines de la santé et de l’alimentation, qui sont
intimement liés, l’augmentation constante des cancers, leucémies,
scléroses en plaques, hépatites, allergies… et une suite ininterrompue
de scandales sanitaires: rétention d’information lors des
irradiations du nuage de Tchernobyl, sang contaminé, hormones
de croissance, vache folle … , démontrent les profondes dégradations
simultanées de notre système de soins, de notre agriculture
chimique et de nos structures politico-administratives.
Dans le domaine plus général de la science, qui influence
directement le précédent, la fuite des cerveaux, la baisse
constante du nombre de nos brevets comparativement aux
autres nations développées, la marginalisation et l’obstruction,
quand ce n’est pas la persécution, auxquelles se heurtent les
novateurs et inventeurs indépendants, portent preuve d’une
sclérose alarmante de la communication scientifique en France,
avec toutes les graves conséquences que l’on peut imaginer dans
un monde où règnent la concurrence économique, la pollution
généralisée et le développement accéléré des nouvelles
technologies.
Aussi je forme le vœu que ce livre, tout en rendant justice à
des créateurs valeureux, donne le signal d’une profonde réforme
de la société française, faute de quoi le « Mal français », si
magistralement diagnostiqué par Alain Peyrefitte dès 1976, et
qui n’a cessé d’empirer, finirait par inscrire la France au triste
catalogue historique des nations déchues.
P. L. – 1er mars 2003

 

PAUL KAMMERER (1880-1926)

Paul Kammerer naquit à Vienne le 17 août 1880. Il entra en
1903 à l’Institut de recherche biologique de Vienne, où il allait se
consacrer à des expériences décisives sur les modifications de
l’hérédité. En 1909, après cinq années de travail acharné, il obtint
le Prix Sommering de la Société des Sciences naturelles de
Francfort pour ses découvertes fondamentales en physiologie.
Malgré ce bon début, la vie de Paul Kammerer allait se dérouler
tragiquement.
Mon attention fut attirée pour la première fois sur ses
travaux et sa vie par les pages que lui consacra le docteur Marcel
Ferru dans son livre La faillite du BCG. Marcel Ferru (dont nous
étudierons le propre parcours plus loin dans ce même livre) y
prenait à juste titre «l’affaire Kammerer » comme exemple des
abus engendrés par le dogmatisme oppressif qui sévit parfois
dans le monde scientifique.
Etant moi-même passionné depuis toujours par les
problèmes de l’évolution et de l’hérédité, et considérant
d’instinct comme illogique et absurde le dogme scientifique de
la non-héritabilité des caractères acquis, je ne pouvais manquer
de me pencher avec attention sur le cas Kammerer, puisque ce
biologiste affirmait avoir apporté la preuve scientifique que les
caractères acquis pouvaient bel et bien devenir héréditaires et
que la fixité du code génétique était donc une illusion. Aussi me
mis-je en quête d’informations sur ce savant autrichien que le
milieu scientifique mondial avait refusé de prendre au sérieux.

C’est ainsi que je lus le livre passionnant consacré à Paul
Kammerer par Arthur Koestler sous le titre L’Etreinte du Crapaud
(Ed. Calmann-Lévy, 1972) et je découvris avec stupeur, non
seulement que Kammerer avait bien réalisé, notamment grâce à
un élevage de salamandres et de crapauds, les expériences
scientifiques prouvant indubitablement l’héritabilité des
caractères acquis, mais en outre qu’il avait été victime d’un
formidable complot politique ourdi par les nazis et leurs
sympathisants et… entériné sans vergogne par les savants
occidentaux réputés démocrates.
Quand on pense que cette scandaleuse machination se
déroula dans les années vingt, et qu’aujourd’hui encore, malgré
tous les progrès de la génétique, dont les travaux les plus récents
remettent en cause la fixité du code génétique, les scientifiques
de tous les pays ne veulent toujours pas admettre les preuves de
Kammerer, alors qu’aucun d’entre eux n’a pris la peine de refaire ses
expériences, on est saisi de vertige devant cette sclérose de l’esprit
que l’on croyait jusqu’ici réservée aux théologiens. C’est la
preuve qu’il existe dans les sciences une véritable « caste
sacerdotale » acharnée à maintenir ses dogmes et ses privilèges
et qui n’est pas plus respectueuse de la vérité que ne l’étaient les
prélats catholiques qui mirent autrefois Giordano Bruno sur le
bûcher et menacèrent Galilée de la salle des tortures.
Mais voyons maintenant le fond du problème, car je
voudrais que mes lecteurs soient bien conscients de l’importance
capitale que revêt pour l’avenir de l’humanité la question de
l’hérédité des caractères acquis, et par conséquent du dommage
considérable qui nous a été fait à tous à travers l’ostracisme dont
fut victime Paul Kammerer.
Depuis des temps immémoriaux (Hippocrate s’en souciait
déjà),les hommes se posent cette question: les caractères acquis au
cours de son existence par un être vivant peuvent-ils se transmettre à
sa descendance ?
Ce qui est immédiatement évident, c’est que la façon de
vivre des hommes peut changer du tout au tout selon que l’on
répondra OUI ou NON à cette question.

Les êtres humains se reproduisent et espèrent, consciemment
ou non, que leurs descendants feront toujours mieux
qu’ils ne firent eux-mêmes. Par l’éducation et la culture, ils
s’efforcent de transmettre à leurs enfants et petits-enfants les
savoirs qu’ils ont pu acquérir. Ils s’appliquent également à leur
léguer le plus possible de biens matériels, sachant que le capital
qu’ils leur laisseront leur permettra d’aller plus haut et plus
loin, s’ils ont la sagesse de l’investir à bon escient. Et du même
point de vue, ils seraient extrêmement heureux et formidablement
motivés d’apprendre que les qualités physiques ou
intellectuelles qu’ils ont pu développer au cours de la première
partie de leur vie et tant qu’ils sont féconds, sont également
transmissibles. En conséquence, il ne fait pas de doute que, dans
l’affirmative, ils s’appliqueraient avec la plus grande énergie à
se parfaire et à épanouir toutes leurs potentialités. Ne voit-on pas
le formidable progrès de l’espèce humaine qui en découlerait
immanquablement ?
Nous connaissons le progrès scientifique, technologique et
matériel qui a transformé fantastiquement le monde au cours
des deux derniers siècles, et qui ne s’est pas fait sans « bavures »,
loin s’en faut. Mais qu’en est-il du progrès intrinsèque de l’être
humain lui-même ? Sur le visage de toute personne à qui je pose
cette question, je vois immédiatement se peindre la perplexité, et
plus souvent encore l’amertume. Non, en vérité, rien ne vient
nous confirmer que l’homme progresse réellement en tant que
constitution biologique, et tout au contraire les indices abondent
qu’il se débilite de plus en plus.
Certes, on a tort de dire « l’homme ». N’existent que des
hommes, tous différents, dont certains s’efforcent d’accroître leurs
capacités de tous ordres, et dont certains autres se « laissent
aller ». Si ces derniers sont les plus nombreux, et je ne veux pas
préjuger que ce soit le cas, il est à craindre que la qualité
moyenne de notre espèce n’aille en se détériorant.
Il est bien difficile à chacun d’entre nous de mesurer ce qu’il
en est dans la réalité, puisque nous sommes tous immergés dans
la masse humaine et à la fois juge et partie, mais une chose est
certaine : si nous avions la preuve que nos acquis physiologiques
peuvent se transmettre à notre descendance, beaucoup d’entre

nous se mettraient en peine de vivre plus intelligemment. Sans
doute certains le font-ils d’instinct, mais quand le savoir s’ajoute
à l’instinct, on gagne sans aucun doute en efficacité.
Quoi qu’il en soit, nul besoin d’être un anthropologue
certifié pour discerner les formidables conséquences que peut
avoir sur notre avenir la réponse à cette question cruciale. Et la
preuve en est que les deux idéologies totalitaires et concurrentes
qui causèrent les plus grandes tragédies collectives du
XXe siècle, c’est-à-dire le nazisme et le communisme, se disputèrent
Paul Kammerer et furent cause de sa mort. Mais qui aurait
pu croire que les démocraties occidentales allaient entériner le
forfait et jeter sur la dépouille du savant le linceul de l’oubli ?
Pour bien comprendre l’enchaînement dramatique de cette
trahison de la vraie science qui continue de nous aveugler, il
nous faut tout d’abord revenir aux bases du problème, donc aux
sources historiques de la génétique.
C’est aussi un Autrichien, le moine botaniste Johann Mendel
(1822-1884 – en religion Frère Gregor) qui, après de laborieuses
et patientes expériences sur l’hybridation des plantes et l’hérédité
des végétaux, dégagea les lois de la génétique qui portent
son nom. Ses conclusions furent publiées en 1865 mais ne furent
pas connues avant 1900, plus de quinze ans après sa mort.
Comme tant de pionniers, il mourut sans connaître la gloire qu’il
avait méritée et que la postérité devait rendre à sa mémoire,
peut-être excessivement d’ailleurs, en sacralisant les « lois de
Mendel », que je résume ainsi :

1 – Le capital héréditaire des êtres vivants se transmet par
des corpuscules qui s’additionnent dans la procréation mais ne
se diluent pas dans le mélange et restent intègres et invariables.

2– Les différences entre les vivants sont dues à des
combinaisons différentes de ces « gènes » (le mot sera tiré plus
tard du grec genos « génération »). C’est le « cocktail » héréditaire.
Les éléments ne changent pas (sauf mutation), et seul en
varie l’assemblage.

3 – Lorsqu’il se produit dans un gène une mutation, une
variation fortuite, celle-ci est fixée dans le gène et se transmet à
son tour. Les vivants ainsi modifiés sont soumis comme toujours
à la sélection naturelle qui élimine les mutations défavorables.
Ainsi, l’invariabilité génétique de Mendel venait prendre sa
place historique dans la connaissance de l’évolution des espèces,
après le transformisme de Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) et
la sélection naturelle de Charles Darwin (1809-1882). Donc,
Mendel dit «non» à l’héritabilité des caractères acquis (HCA).
Apparemment, ceux-ci ne peuvent pas modifier les gènes. Mais
il dit «oui», comme Darwin, à des mutations dues au
«hasard», qui seraient, elles, transmissibles et joueraient un rôle
dans l’évolution lorsqu’elles sont profitables.
Cependant, Mendel et Darwin ont fait fi du rôle prépondérant
que Lamarck avait reconnu à l’impulsion volontaire de
chaque être vivant confronté aux conditions du milieu. Selon
Lamarck, le résultat de cette volonté et de cette stratégie individuelles
est la modification progressive du capital héréditaire qui
fait que les descendants bénéficient de qualités supérieures à
celles de leurs ancêtres. Donc, Lamarck dit « oui » à l’HCA.
Quelle fut à cet égard la position de Darwin ? Convaincu du
rôle déterminant de la sélection naturelle, au point de le
considérer presque comme « nécessaire et suffisant », il fut tout
d’abord tenté d’écarter l’HCA. Mais il changea d’opinion sur ce
point, et il est intéressant de savoir pourquoi. J’emprunte le récit
de cette conversion au livre d ‘Arthur Koestler:
«En 1867, un professeur à l’école d’ingénieurs d’Edimbourg,
Fleeming Jenkins, publie un examen de L’Origine des Espèces de
Darwin dans lequel il démontrait, par une déduction logique étonnamment
simple qu’aucune espèce nouvelle ne pourrait jamais sortir de
variations fortuites au moyen du mécanisme de l’hérédité communément
accepté.
Ce mécanisme, dit du mélange d’hérédité, avait pour fondement
l’hypothèse fort raisonnable en apparence selon laquelle l’équipement
du nouveau-né serait une mixture de caractères parentaux à laquelle

chacun des parents contribuerait approximativement pour moitié.
C’est ce que Francis Galton, cousin de Darwin, appela « loi de l’hérédité
ancestrale », loi dont il donna la formule mathématique. Or, en
admettant qu’un individu muni d’une variation fortuite utile
apparaisse dans une population et s’accouple avec un partenaire
normal (puisque l’on peut exclure le cas hautement improbable d’un
partenaire possédant la même variation fortuite), ses rejetons n’hériteraient
que cinquante pour cent du nouveau caractère utile, ses petits enfants
n’en auraient que vingt-cinq pour cent, ses arrière-petits enfants
douze et demi et ainsi de suite, l’innovation disparaissant
comme une goutte d’eau dans l’océan bien avant que la sélection
naturelle ait chance de la généraliser.
Telle est l’objection qui ébranla si fortement Darwin qu’il inséra
un nouveau chapitre dans la sixième édition de L’Origine des Espèces
pour y ressusciter l’hérédité des caractères acquis. Comme l’indiquent
clairement ses Lettres à Wallace, il ne voyait pas d’autre solution. »
Donc, Darwin s’était rallié à l’HCA… quoique pour une
mauvaise raison. En effet, ce que Arthur Koestler a oublié, c’est
que ni Fleeming Jenkins, ni Francis Galton, ni Charles Darwin ne
connaissaient, hélas, les lois de Mendel, l’œuvre du moine
autrichien baignant encore à l’époque de leur controverse dans
l’obscurité la plus complète. Ils ne connaissaient donc pas l’ existence
des «gènes», de ces corpuscules invariables qui s’additionnent
mais ne se mélangent pas. Or, la « loi de l’hérédité
ancestrale » de Galton était déjà obsolète, car l’hérédité n’est
nullement une « mixture » homogène se diluant au fil des
générations. Et si un individu apparaît soudain muni d’une
variation jugée fortuite, celle-ci s’inscrira dans un gène
immuable qui pourra être transmis intégralement à ses descendants,
ou du moins à certains d’entre eux, quel que soit le
partenaire dans l’accouplement.
On sait en effet aujourd’hui que chacun des partenaires du
couple parental donne la moitié de ses gènes au nouveau-né et
que ces gènes demeurent intacts. Un gène peut donc se
transmettre (mais ne se transmet pas forcément) durant un
grand nombre de générations sans subir la moindre altération.
Ou bien il figure intégralement dans le demi-panel qui est

transmis ou bien il n’y figure pas du tout. Mais s’il y figure, il
n’est pas question qu’il soit dilué de moitié et le calcul de
Fleeming Jenkins n’a plus aucune valeur. C’est-à-dire que dans
la «loterie» de l’hérédité, les gènes se comportent exactement
comme les boules du loto. Un numéro sort ou ne sort pas, mais
il ne peut pas sortir à moitié ou au quart. Et bien entendu il peut
sortir plusieurs fois de suite, toujours intègre et identique, au
cours de tirages successifs.
Mais ce que l’on oublie aussi, c’est que Mendel a tiré ses
conclusions d’expériences limitées à des végétaux. Or, s’il est
indéniable que les végétaux sont des êtres vivants constitués de
cellules tout comme nous, il est très contestable que leur
«volonté», qui existe probablement, soit comparable en
efficience à celle des animaux, puisque déjà les végétaux ne
peuvent pas se déplacer ni agir physiquement sur leur environnement.
Et si l’on considère, avec Lamarck, que la volonté
autonome de l’être vivant joue un grand rôle dans l’acquisition de
nouveaux caractères transmissibles, on peut admettre que la fixité
des gènes observée par Mendel découlait simplement du fait
que ses expériences ne portaient que sur des végétaux.
Cela ne signifie pas que l’HCA ne concerne pas les
végétaux. Elle les concerne même certainement, mais se
manifeste sans doute beaucoup plus lentement que dans les
organismes animaux, ne pouvant donc s’observer que sur un
très grand nombre de générations, un beaucoup plus grand
nombre que celles qu’aurait pu observer Mendel au cours de sa
vie, d’autant qu’il mourut à 62 ans.
Examinons maintenant l’expérience probante de Paul
Kammerer, telle que nous la relate Arthur Koestler:
« Il existe en Europe deux espèces de ces amphibiens à longue
queue, à tête de triton: Salamandra atra (noire), qui habite les Alpes,
et Salamandra maculosa (tachetée) qui préfère les plaines. Une ou
deux fois par an, la femelle de Salamandra maculosa donne naissance
à des larves dont le nombre varie entre dix et quinze, qu’elle dépose
dans l’eau. Ces larves sont des têtards munis de branchies qu’ils ne
perdent avec leurs autres attributs de têtards qu’au bout de plusieurs

mois, pour se métamorphoser en salamandres. L’espèce alpine au
contraire met bas en terrain sec deux petits seulement, qui sont déjà
des salamandres bien formées, le stade larvaire s’achevant dans
l’utérus. Essentiellement, l’expérience de Kammerer consista à élever
des salamandres tachetées dans un climat artificiel alpin, froid et sec, et
vice versa des salamandres alpines dans un climat de vallée chaude et
humide. Les résultats publiés en 1904 et 1907 dans les Archiv für
Entwicklungsmechanik et dans la Zentralblatt für Physiologie
montrèrent selon l’auteur « une inversion complète et héréditaire des
caractères reproductifs ». La salamandre tachetée des plaines,
transplantée dans un climat de montagne sans rivières pour y déposer
sa portée, finit par donner naissance (après plusieurs portées avortées)
à deux salamandres pleinement développées, comme le fait habituellement
la salamandre alpine. Quant à cette dernière, transplantée dans
un climat chaud et humide, elle déposa ses petits dans l’eau; ces petits
étaient des têtards qui, à la longue, naquirent de plus en plus
nombreux. Tout cela constituait en soi un remarquable tour de force,
comme l’admit Richard Goldschmidt.
La seconde étape critique de l’expérience consistait à amener à
maturité ces spécimens nés « anormalement », à les faire s’accoupler et
à voir si la seconde génération manifestait qu’elle avait hérité le comportement
reproductif anormal de ses parents.Il fallut pour cela plusieurs
années, car les salamandres ne sont nubiles qu’à l’âge de quatre ans (un
peu plus tôt en captivité à vrai dire). Ayant commencé au début de
l’année 1903 avec un cheptel de quarante salamandres des deux sexes
nées « anormalement » , il eut la satisfaction en 1906 et 1907 d’assister
à la naissance de six portées – quatre du type tacheté, deux du type
alpin. Toutes manifestaient, à des degrés variables, l’inversion artificiellement
provoquée des manières de se reproduire. Kammerer conclut que
les données expérimentales démontraient « aussi clairement qu’on
pouvait le désirer l’hérédité des caractères acquis » .
Pourtant, non content de cette preuve éclatante, Kammerer
continua jusqu’à la fin de sa vie de multiples expériences de
confirmation, utilisant à nouveau des salamandres, mais aussi
une espèce de lézards du nom de Lacertae, de crapauds nommés
Alytes, puis le Protée, triton cavernicole aveugle dont il parvint à
régénérer les yeux, ainsi qu’une ascidie primitive, Ciona intestinalis,
habitant des fonds marins. Ce fut d’ailleurs l’expérience

effectuée avec ce dernier animal que Kammerer considérait
comme « l’expérience cruciale », celle qui établissait définitivement
l’HCA.
Toutes ces expériences exigèrent du chercheur des trésors de
patience et d’obstination. Ainsi, sa seconde série d’expériences
sur les salamandres tachetées ne lui demanda pas moins de onze
années. Il montra que ces salamandres présentant des taches
jaunes sur fond noir devenaient de plus en plus jaunes si elles
étaient élevées sur un sol jaune, et de plus en plus noires
lorsqu’elles grandissaient sur un sol noir et ces caractères
adaptatifs acquis se transmettaient à leur descendance. Cet
immense travail est ainsi commenté par Koestler:
« Quelle que soit l’interprétation des résultats, ces expériences
étaient de véritables travaux de pionnier qui, à juste titre, «firent
frissonner tous les biologistes de toute l’Europe». On se serait attendu
à voir une foule de chercheurs s’engager fiévreusement dans la voie
ainsi tracée. Il n’en fut rien. Personne n’essaya sérieusement de
confirmer ou de réfuter ces travaux. »
Et c’est bien là que réside le premier scandale, qui se
perpétue encore près d’un siècle plus tard. La cabale qui se
déclencha contre Kammerer, l’accusant de tricherie et faisant
tout pour le discréditer, ne reposa jamais sur la plus petite
expérience contradictoire. Les biologistes d’aujourd’hui continuent
d’affirmer que Kammerer avait tort, mais pas un seul n’a tenté ni
ne tente de refaire ses expériences. Au point qu’on est amené à
se demander s’ils ne craignent pas d’être contraints de
reconnaître qu’il avait raison. Et de fait : jugez de la honte qui
pourrait s’abattre sur les trois ou quatre générations de néomendéliens
qui ont affirmé péremptoirement que les caractères
acquis étaient intransmissibles, si quelque trublion venait
confirmer soudain les expériences de Kammerer. Certes, cela
surviendra tôt ou tard. Mais en attendant, chacun de ces
messieurs doit se dire que si cela pouvait attendre qu’il soit à la
retraite, voire au cimetière, il aurait échappé à l’averse de
sarcasmes qu’il aurait mérités.

Cependant il est une question qui taraude l’honnête
homme: qu’est-ce qui a bien pu motiver cette adversité
calomnieuse contre Kammerer, qui avait acquis une excellente
réputation dans le monde scientifique ?
En premier lieu, sans nul doute, la vanité de certains scientifiques,
d’autant plus mortifiés par les découvertes de Kammerer
qu’ils s’étaient eux-mêmes enferrés dans des expériences
absurdes dont ils avaient cru pouvoir tirer des certitudes
absolues. Par exemple un certain August Weismann, tout acquis
à la fixité génétique mendélienne, professait que la substance
portant les caractères héréditaires, qu’il appelait «le plasma
germinal», était absolument imperméable aux caractères acquis.
C’est ce que l’on appelle encore aujourd’hui la « barrière de
Weismann », à laquelle les généticiens obtus s’agrippent
obstinément.
Pour donner la juste mesure de l’envergure intellectuelle de
ce Weismann, il n’est que de décrire l’expérience totalement
idiote à laquelle il se livra afin de « prouver » la non-hérédité des
caractères acquis. Il n’imagina rien de mieux que de couper la
queue à vingt-deux générations successives de souris, pour montrer
triomphalement qu’aucune souris de cette lignée n’était née sans
queue. Cet abruti bardé de diplômes n’avait même pas songé
que la plupart des hommes se rasent les joues depuis deux ou
trois millénaires (soit de cent à cent cinquante générations) et
que leur barbe n’en continue pas moins de pousser.
Anti-lamarckien fanatique, il feignait d’oublier que Lamarck
avait donné comme héritables génétiquement les caractères
acquis en réponse à des nécessités d’adaptation au milieu et résultant
d’une stratégie persévérante de survie. (Les souris et les rats,
comme les singes, entre autres, ont une queue parce qu’elle leur
est utile au cours de leurs déplacements acrobatiques pour
chercher leur nourriture ou pour fuir les prédateurs.) Mais une
amputation résultant d’une agression externe, fut-elle répétée
sur de multiples générations, non seulement ne saurait faire
disparaître du capital génétique l’appendice utile à l’espèce,
mais devrait plutôt, en toute logique, aboutir au contraire à des
queues plus résistantes et plus difficiles à couper. Si d’ailleurs cela

s’est produit sur les souris de Weismann, il ne s’en est sûrement
pas vanté.
Toutefois, de telles hostilités professionnelles n’auraient
sans doute pas suffi à paralyser Kammerer, si la politique ne s’en
était mêlée. Aussi doit-on replacer les mésaventures de ce
« savant maudit » dans le contexte politicien de l’époque. Car si
Kammerer put être accusé de tricherie, c’est parce que quelqu’un
sabota délibérément les spécimens qu’il avait préparés pour les
soumettre à un spécialiste américain des reptiles, G. K. Noble,
qui lui était déjà hostile. Le biologiste Hans Przibram croyait
connaître le faussaire, mais ne put jamais l’accuser, faute de
preuves. Quels pouvaient être ses mobiles ?
Arthur Koestler nous précise : « Le suspect aurait pu agir pour
des raisons de jalousie personnelle, mais aussi pour des raisons
politiques. Ce sont ces dernières, naturellement, que suppose le film
soviétique La Salamandre : la preuve de l’hérédité des caractères
acquis eût porté un coup mortel à la doctrine raciste de l’inégalité,
génétiquement déterminée, des peuples et des nations. L’hypothèse
n’est pas aussi invraisemblable qu’elle en a l’air : un nazi fanatique –
le « collègue fou » peut-être- aurait fort bien pu être tenté par un acte
aussi insensé. Vers 1925, l’Autriche marchait d’un bon pas vers la
guerre civile ( .. .). Les assassinats politiques devenaient fréquents.
Socialistes d’un côté, nationalistes de l’autre avaient leurs armées
particulières, Schutzbund et Heimwehr; et les gens à svastika, les
Hakenkreuzler, comme on appelait les premiers nazis, devenaient
chaque jour plus forts . L’un des foyers de fermentation était
l’Université de Vienne où, le samedi matin, les traditionnels défilés
d’étudiants dégénéraient en batailles sanglantes. On y connaissait
Kammerer, par ses conférences et ses articles de journaux, comme
socialiste et pacifiste ardent; on savait aussi qu’il s’apprêtait à
construire un institut en Russie soviétique. »
Les marxistes croyaient en effet avoir tout avantage à ce que
soit prouvée l’hérédité des caractères acquis. Leur raisonnement
était le suivant : Si l’HCA existe, alors on peut « éduquer » les
prolétaires; leurs descendants deviendront aussi intelligents que
ceux des aristocrates ou des bourgeois et le communisme a
raison : les hommes seront tous égaux dans la société sans

classes. Raisonnement fragmentaire et simpliste qui oublie le
rôle du volontarisme autonome (auto-perfectionnement individuel
et non pas éducation de masse) comme celui de la libre concurrence
des talents (sélection naturelle et non pas système
planifié). En fait, si l’HCA peut favoriser une attitude sociale,
c’est l’individualisme et en aucune façon le collectivisme. Mais les
marxistes étaient incapables de discerner cela et leurs
adversaires pas davantage. Voyons en effet comment les deux
idéologies d’extrême-droite et d’extrême-gauche se disputaient
autour d’une thèse qui, en réalité, les anéantissait toutes les
deux:
a) S’il est prouvé, comme l’affirmaient tous deux Lamarck et
Darwin, que les caractères acquis peuvent devenir héréditaires,
donc qu’un homme qui se perfectionne peut espérer ainsi
perfectionner sa descendance, les idéologies aristocratistes et
racistes d’extrême-droite basées sur les « inégalités éternelles »
sont mises en échec.
b) S’il est prouvé d’autre part, comme l’affirmait Lamarck,
que la libre volonté individuelle joue un rôle capital dans l’ apparition
des caractères nouveaux et, comme l’affirmait Darwin,
que la libre concurrence des capacités produit par sélection
naturelle la survie puis la multiplication des meilleurs, les
idéologies égalitaristes et collectivistes d’extrême-gauche basées
sur le « conditionnement éducatif » sont mises en déroute.
Autrement dit, l’HCA renvoie dos à dos les extrémistes des
deux bords et fait de l’autonomie individuelle le seul vrai moteur
de l’évolution. Mais comment une telle idée serait-elle
acceptable aux mégalomanes de tous bords qui croient pouvoir
changer le monde à coups de marteau ? En tout cas, à l’époque,
les nazis seront les premiers à flairer le danger que représente
l’HCA pour leur système totalitaire.
Au moment où la propagande soviétique s’apprête à tirer
un avantage illusoire des travaux de Kammerer, c’est la montée
du nazisme en Allemagne (Hitler publie Mein Kampf en 1925).
Or, il est évident que l’HCA contredit totalement le fondement
idéologique du nazisme, qui affirme l’inégalité génétique

inchangeable des individus et des peuples et, de surcroît, la
supériorité « éternelle » de la race germanique. Admettre que les
progrès individuels puissent perfectionner la descendance, ce
serait accepter l’idée que des Slaves «dégénérés» ou des
Gaulois «décadents » puissent un jour égaler, voire surpasser,
les divins Germains. Intolérable ! Décidément, les découvertes
de Paul Kammerer dérangent un peu trop les plans du futur
maître du Ille Reich. Que va-t-il se passer ?
La chronologie de l’année 1926 est à cet égard des plus
instructives et nous suggère un enchaînement fatal :
3 juillet 1926 : Premier congrès national du parti nazi à
Weimar. 6 000 S.A. défilent en chemise brune.
7 août 1926 : Le zoologiste américain G. K. Noble publie
dans la revue Nature un article affirmant que Paul Kammerer a
truqué ses expériences.
21 septembre 1926 : Paul Kammerer se rend à la Légation
soviétique à Vienne et donne « avec beaucoup d’enthousiasme »
des instructions pour l’emballage et le transport d’appareils
scientifiques à destination de Moscou, où il doit s’installer le
1er octobre.
23 septembre 1926: Un cantonnier autrichien découvre, au
détour d’un sentier de montagne, le cadavre« suicidé» de Paul
Kammerer.
A défaut d’avoir été entendue, la cause est enterrée !
Placé par le destin au centre même de la querelle fondamentale
dont l’issue pouvait déterminer le sort de l’humanité, Paul
Kammerer était devenu l’enjeu et la première victime du duel
qui s’engageait entre les hitlériens et les staliniens.
Après la guerre, la découverte de l’ADN (acide porteur du
plan héréditaire) dans les années cinquante, sembla confirmer
l’intransmissibilité des caractères acquis et coula dans le bronze
la « barrière de Weismann», réputée empêcher la transmission

des informations des cellules du corps aux cellules
reproductrices.
On pourrait s’étonner qu’après la victoire des Alliés et la
chute du régime nazi, personne ne se soit penché sérieusement
sur « l’affaire Kammerer » pour élucider à la fois le sabotage de
ses spécimens probatoires et son décès plus que suspect. Mais,
outre les vanités professionnelles de pseudo-chercheurs dont je
parlais plus haut, il faut également considérer qu’à la Seconde
Guerre mondiale venait de succéder la « guerre froide » entre le
régime soviétique et les démocraties occidentales. Et personne à
l’Ouest ne tenait à établir la preuve de l’hérédité des caractères
acquis, que les Russes n’auraient pas manqué d’utiliser aussitôt
comme argument pour valider leur projet de transformation de
l’être humain par « l’éducation socialiste » .
C’est d’ailleurs ce qu’ils n’avaient pas manqué de faire à
usage interne, dès 1929, en réalisant le film La Salamandre,
version romancée d’un scientifique persécuté par les capitalistes
et qui était une transposition à peine voilée du personnage de
Kammerer. Or, une recension de ce film fut publiée en 1949 par
Richard Goldschmidt dans la revue Science. Aussi peut-on
conjecturer que cette utilisation du cas Kammerer par la
propagande communiste eut pour effet de ternir complètement
la réputation du chercheur aux yeux des scientifiques occidentaux
et de les conforter dans leur conviction que ses expériences
étaient sans valeur et n’avaient été qu’un truquage à des fins
idéologiques.
C’est seulement en 1971 que ce très grand écrivain et
penseur que fut Arthur Koestler entreprit de réhabiliter Paul
Kammerer. Mais bien que son livre, grâce à la notoriété internationale
de l’auteur, ait obtenu une certaine audience, le conformisme
bétonné du monde scientifique fit que celui-ci demeura
imperméable à une vérité qui l’aurait ridiculisé, et qui le ridiculisera
un jour inéluctablement.
Et puis, le dogme de l’immuabilité des gènes est tellement
pratique ! Ne permet-il pas aux apprentis-sorciers de les
manipuler à leur fantaisie comme des boules de billard, sans se

soucier des réactions surprenantes, voire terrifiantes, que
pourraient nous réserver des gènes plus indépendants et plus
mutables qu’ils ne l’imaginent?
Le bon peuple nourrit l’illusion que les scientifiques sont
nécessairement des esprits novateurs, uniquement préoccupés
de vérité pure et nantis d’une probité intellectuelle au-dessus de
tout soupçon. Mais les scientifiques sont des êtres humains ni
meilleurs ni pires que les autres et qui n’ont, pas plus que les
autres, envie de bousculer leurs routines et d’abandonner leurs
confortables habitudes de pensée au premier coup de trompette
lancé par un pionnier. La vérité les dérange comme tout le
monde et ils n’hésitent pas à la remettre dans son puits si d’aventure
elle contredit les erreurs dans lesquelles ils se sont enferrés.
J’en eus en 1982 un exemple éclatant pendant la lecture d’un
livre de M. François Jacob, lecture au cours de laquelle je tombai
en arrêt sur une page où l’auteur expédiait «l’affaire
Kammerer » en quelques lignes méprisantes. Indigné par la
suffisance de l’auteur, qui était alors l’un des dirigeants de
l’Institut Pasteur, je rédigeai aussitôt un article incendiaire qu’il
ne me semble pas inutile de communiquer aujourd’hui aux
lecteurs du présent ouvrage:

Extrait de« L’Ere nouvelle» N° 15 de mars 1982:

« L’Institut Pasteur est-il dirigé par des gens honnêtes ?

«Cette question est apparemment scandaleuse. Il ne
viendrait en effet à l’idée de personne qu’un organisme aussi
glorieux puisse être dirigé par des hommes d’une probité
intellectuelle douteuse. Chacun se sent rassuré à cet égard par le
prestige, l’ancienneté, la notoriété mondiale d’un Institut dont
l’utilité médicale et sociale paraît indiscutable.
Pourtant, l’histoire de l’humanité nous apprend qu’aucune
civilisation ne peut progresser, ni même se maintenir, s’il n’est
pas permis de mettre en doute, périodiquement, la valeur des
institutions les plus vénérables. Non pour les détruire- à moins

qu’elles ne soient par trop corrompues -, mais pour les amender,
les réformer, les rénover.
La question de confiance que nous posons aujourd’hui, nous
ne prétendons pas avoir tous les éléments pour la trancher.Notre
seul but est de verser quelques pièces au dossier, afin que nos
lecteurs se fassent leur propre opinion. (. .. )
On pourrait penser que, l’erreur étant humaine, les responsables
de l’Institut Pasteur n’échappent pas à la règle et peuvent
aussi se tromper, sans que pour autant leur intégrité soit sujette à
caution. C’est ce dont nous étions nous-mêmes tout disposés à
convenir. Mais nous avons dû constater, à notre stupéfaction,
qu’un des plus éminents personnages de l’Institut, en l’ occurrence
M. François Jacob, prix Nobel, n’hésitait pas, dans son
récent ouvrage Le Jeu des possibles, à induire ses lecteurs en erreur
de la manière la plus effrontée, ce dont nous apportons ci-contre
la preuve que chacun pourra apprécier.
De quoi s’agit-il ?
Nos lecteurs se souviennent sans doute de l’article publié
dans notre N°8 sous le titre : « Oui, les caractères acquis peuvent
devenir héréditaires», s’appuyant sur les preuves scientifiques
établies, avant la Seconde Guerre mondiale, par le biologiste
autrichien Paul Kammerer et recensées dans le bel ouvrage
d’Arthur Koestler L’Etreinte du Crapaud. Arthur Koestler y
démontrait notamment la fausseté des accusations de tricherie
formulées contre Paul Kammerer.
Que M. François Jacob continue de prêcher le dogme de la
non-hérédité des caractères acquis, c’est là une manifestation
légitime de son droit à l’erreur et à la libre expression de celle-ci.
Mais qu’il ait le front de faire croire au public qu’Arthur
Koestler, un des esprits les plus indépendants et les plus éclairés
de notre temps, soutient l’accusation de tricherie contre Paul
Kammerer, alors qu’au contraire il démontre son innocence, c’est
d’une légèreté intellectuelle flagrante dont nos lecteurs établiront
d’eux-mêmes le degré de légèreté par la simple comparaison des
photocopies de textes que nous publions ci-après :

Pièce No 1 : Extrait du livre d’Arthur Koestler L’Etreinte du
Crapaud, Epilogue, page 173:

« … A cette hypothèse (de tricherie) s’opposent la grossièreté du
truquage, le risque permanent d’être découvert et, au point de vue
psychologique, la transparente sincérité de Kammerer, dont
témoignaient même ses adversaires.
Personnellement, si je crois qu’il n’a pas commis cette faute, c’est
en raison de l’opinion que je me suis formée du caractère de l’homme,
autant qu’à cause du témoignage des faits. Ce n’est pas ce que je croyais
en commençant cet essai. En lisant ce que les traités de biologie disent
habituellement de Kammerer, personne ne croirait à son innocence.
Mais à mesure que s’ouvraient les archives et que se présentaient les
témoignages oculaires des survivants du drame, il m’apparut que ces
traités donnent de l’histoire des récits déformés, basés sur de lointains
ouï-dire, et sans grand rapport avec les faits. Je n’ai pas commencé dans
l’intention de réhabiliter Paul Kammerer, mais j’ai fini par essayer de
le faire.
Il fut pendant sa vie la victime d’une campagne de diffamation
organisée par les défenseurs de la nouvelle orthodoxie – situation qui se
reproduit avec une affligeante monotonie dans l’histoire des sciences.
Ses adversaires refusèrent d’admettre que ses expériences apportaient
au moins une donnée à vérifier, mais ne purent ou ne voulurent les
refaire. Après sa mort, en de bien louches circonstances, ils se sentirent
délivrés de toute obligation à cet égard. »

Pièce No 2 : Extrait du livre de François Jacob Le Jeu des possibles,
page 38:
« L’hérédité des caractères acquis a ainsi disparu de ce que la
biologie considère aujourd’hui comme le monde réel. Et pourtant cette
idée s’est révélée particulièrement difficile à détruire (sic), non
seulement dans l’esprit des profanes, mais aussi dans celui de certains
biologistes. Longtemps on a continué, et on continue encore(?), de faire
des expériences pour la sauver. L’hérédité des caractères acquis est
restée un domaine de prédilection pour ceux qui cherchent à imposer
leurs désirs à la réalité. C’est ce qu’illustre bien l’affaire Lyssenko, ainsi
qu’une série de falsifications dont la plus fameuse a été décrite en détail
par Arthur Koestler dans son roman (sic) L’Etreinte du Crapaud. La
règle du jeu en science, c’est de ne pas tricher. Ni avec les idées, ni avec
les faits. C’est un engagement aussi bien logique que moral. Celui qui

triche manque simplement son but. Il assure sa propre défaite. Il se
suicide. »

Mon commentaire de 1982 :
« On voit se révéler dans ces quelques lignes la mentalité de
l’auteur:

1° Il projette sur ses contradicteurs le dogmatisme de sa
propre démarche:« imposer ses désirs à la réalité».
2° Il se garde bien de nommer Paul Kammerer (personnage
central du livre de Koestler), adoptant la tactique odieuse et si
répandue du « linceul de silence » jeté sur le nom de cet authentique
chercheur.
3° Il pratique l’ « amalgame» en mêlant cette affaire au nom
de Lyssenko, scientiste soviétique aux échecs retentissants, mais
qui n’a jamais repris les expériences de Kammerer (pas plus que
quiconque d’ailleurs).
4°  Il provoque la confusion en prétendant que Koestler a
décrit en détailla «falsification», alors qu’il a en fait décrit la
réalité de l’expérience et le sabotage dont Kammerer fut victime.
Cette confusion permet à Jacob de se «couvrir» de la caution
apparente d’un penseur célèbre dont il modifie l’intention.
5° Pour comble, il donne des leçons de morale intellectuelle,
morale bien souvent bafoué délibérément, et enfin il utilise sans
vergogne l’argument du« suicide» de Kammerer (toujours sans
le nommer, courageuse manière de le tuer une seconde fois),
alors que les circonstances de la mort de Kammerer n’ont jamais
été vraiment élucidées.
(Une demande d’informations adressée par notre journal à
l’ambassade d’Autriche, en juillet dernier, est restée sans
réponse.)
Malgré l’étendue point trop négligeable de mon vocabulaire,
j’avoue ne pas trouver de termes assez forts pour qualifier

les procédés de M. François Jacob, Prix Nobel de Médecine,
Professeur au Collège de France et Chef de service à l’Institut
Pasteur. Mais comme disait l’autre: « C’est par la tête que pourrit
le poisson » … »
L’un de mes amis, à qui j’avais fait lire cet article à l’époque,
ne parvenait pas à croire à l’implication de François Jacob.
Comment une personnalité aussi éminente avait-elle pu
s’abaisser à ce point? La seule excuse qu’il lui trouva était que
Jacob n’avait sans doute pas écrit lui-même« son» livre, ou bien
n’avait pas lu le livre de Koestler et n’en parlait que par ouï-dire.
Je rétorquai à mon ami que non seulement je ne voyais là aucune
excuse, mais que j’y décelais au contraire, de la part d’un scientifique
renommé, une désinvolture aussi coupable, sinon
davantage, qu’un mensonge prémédité.
Certes, les «personnalités» qui font écrire leurs livres par
des « nègres » sont légion. C’est banal dans le monde politique,
mais il ne manque pas dans le monde scientifique de « patrons »
qui condescendent à signer de leur nom des travaux de leurs
étudiants. Ce sont là des pratiques détestables que je méprise
absolument. Mais au moins le signataire doit-il endosser la
responsabilité totale de ce qu’il paraphe. Au minimum, il devait
vérifier.
En l’occurrence, je suis porté à croire que Jacob a bien écrit
son livre, mais que peut-être, en effet, il n’a pas lu lui-même le
livre de Koestler. Même dans ce cas, sa faute reste capitale. Elle
témoigne d’un manque de rigueur intellectuelle. Et la faute est
grandement aggravée lorsqu’elle est commise par un «Prix
Nobel», c’est-à-dire par quelqu’un jouissant d’un prestige qui
donne quasiment force de loi à ses affirmations. Le fameux
adage« Noblesse oblige » s’impose ici à l’esprit, car plus votre
avis a de poids et plus vous devez en soupeser les termes avec la
plus scrupuleuse vigilance, ce que ne fit pas François Jacob.
Qu’une personne capable d’une si coupable légèreté puisse
occuper un poste de dirigeant à l’Institut Pasteur n’est pas sans
signification, et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu ici m’y
attarder.

Les psychologues ont découvert, voici déjà quelques années,
qu’il existait dans toute «grande maison » ce qu’il est convenu
d’appeler une «culture d’entreprise». Elle découle généralement
des qualités et défauts de son fondateur, qui lui a imprimé
sa marque, et elle perdure au fil des ans bien après qu’il ait
disparu.
Or, de nombreux auteurs ont mis en cause la probité
intellectuelle de Louis Pasteur. Dans la logique des choses et des
êtres cette qualité pourrait encore ressurgir de nos jours au sein
de l’Institut qu’il créa. Le plus souvent, les membres d’un corps
social naissant se recrutent par cooptation, et qui s’assemble se
ressemble. Des mœurs et des coutumes apparaissent, qui
donnent à la communauté des habitudes collectives de comportement.
Et si une personne trop « différente » entre dans la
maison, ou bien elle se conforme et s’adapte, ou bien elle se retire
ou elle est rejetée. Dans un cas comme dans l’autre, la« culture
d’entreprise » s’en trouve confortée.
Mais revenons maintenant sur le « suicide » de Kammerer,
dans lequel tout le monde voulut voir l’aveu de sa culpabilité. Le
biologiste se serait suicidé parce qu’il ne supportait pas la honte
d’avoir vu sa supercherie démasquée. Mais outre qu’il nia
toujours farouchement avoir triché en quoi que ce soit, et que
rien n’était plus facile à ses accusateurs, s’ils se souciaient
tellement de vérité, de venir vérifier toutes ses autres
expériences, on ne voit pas pourquoi un chercheur passionné
auquel la Russie offrait un grand laboratoire à Moscou pour
continuer ses recherches, se serait soudain senti désespéré au
point de mettre fin à ses jours.
Voyons plutôt comment le journal autrichien Der Abend daté
du 24 septembre 1926 relata l’évènement :
« Sur les circonstances du dernier acte, les détails suivants ont été
révélés. Le Dr Kammerer est arrivé à Puchberg mercredi soir et a passé
la nuit à l’auberge de La Rose. Jeudi matin il est sorti pour une
promenade d’où il n’est pas revenu. Il a emprunté un sentier qui mène
de Puchberg à Hinberg en passant par la Roche Theresa. C’est à la
Roche Theresa qu’il s’est assis sur le talus pour accomplir son acte.

Le Dr Kammerer a été trouvé à 2 heures de l’après-midi par un
cantonnier de Puchberg, en position assise. Il était appuyé le dos contre
un rocher et sa main droite tenait encore le revolver. Malgré le fait qu’il
tenait l’arme dans la main droite, la balle avait pénétré le crâne du côté
gauche au-dessus de l’oreille. Elle avait traversé la tête et était ressortie
par la tempe droite. Le coup a blessé aussi l’oeil droit. La mort a dû être
instantanée. »

Un autre journal expliqua:
« Apparemment, le Dr Kammerer s’est suicidé d’une façon assez
compliquée. Il tenait le revolver de la main droite, alors que la balle, etc.
Et Arthur Koestler commente:
« Le tour était difficile en effet; il risquait d’aboutir à un échec
répugnant. Il suffit de connaître si peu que ce soit l’anatomie du
cerveau pour s’en rendre compte. En ramenant le bras devant le visage
on a beaucoup de mal à contrôler l’angle de l’arme, même devant un
miroir. Et pour une erreur d’angle, c’est la cécité ou la paralysie au lieu
de la mort. Aucun des amis médecins que j’ai interrogés n’a rencontré
de cas semblable. »
Koestler se retient d’affirmer que ce ne fut pas un suicide.
Mais le moins intuitif des policiers, découvrant un homme ayant
un revolver dans la main droite et une balle dans la tempe
gauche, balle ayant de surcroît suivi une trajectoire oblique à
contresens de l’oreille gauche vers l’oeil droit, en conclurait
immédiatement qu’on l’a fortement aidé à se suicider. Koestler
me semble ici exagérément prudent. Il est cependant vrai que
Paul Kammerer était parfois dépressif (compte tenu des
calomnies et rejets dont il était victime, on l’eût été à moins),
qu’il subissait alors une déception amoureuse (une gente dame
de son cœur refusant de l’accompagner à Moscou) et que l’on
trouva dans sa poche une lettre annonçant son intention de
mettre fin à ses jours. Mais justement, que voilà d’excellentes
conditions réunies pour maquiller en suicide une élimination
politique, avec une vraie balle et une fausse lettre …
Quant à moi, je ne serais pas surpris que l’on découvre un
jour dans les archives secrètes du régime nazi, dont les débris
doivent se trouver enfouis quelque part à Washington ou à
Moscou, un «ordre de mission» délivré à un agent nazi pour

l’exécution aussi discrète que possible de Paul Kammerer. Car
tout le monde savait qu’il préparait depuis plusieurs jours son
départ pour Moscou et que les Soviétiques comptaient bien
utiliser ses travaux pour ôter toute crédibilité à la fixité
génétique mendélienne et enlever du même coup toute base
scientifique à la doctrine raciste, socle de l’idéologie nazie.
L’enjeu était beaucoup trop important aux yeux d’Hitler pour
qu’il n’ordonne pas d’empêcher à tout prix le départ de
Kammerer, sans hésiter à l’éliminer physiquement.
Seule question en suspens : comment l’exécuteur commit-il
l’erreur grossière de ne pas mettre le revolver dans la bonne
main ? Sans doute fut-il contraint de saisir l’instant favorable
sans pouvoir tirer du «bon côté», et il eût été alors encore plus
risqué de placer le revolver d’un droitier dans sa main gauche. Il
jugea que de deux maux il fallait choisir le moindre et pria
Wotan que les enquêteurs ne se posent pas trop de questions. Il
fut pleinement exaucé. Il n’est d’ailleurs pas impossible que les
policiers autrichiens chargés d’examiner le corps aient été des
sympathisants nazis soigneusement chapitrés. Une enquête à ce
sujet pourrait certainement être encore entreprise aujourd’hui. A
condition que quelqu’un s’en soucie …
J’ai demandé à Loïc Le Ribault, dont les extraordinaires
mésaventures constituent le dernier chapitre de ce livre, son avis
de professionnel sur le «suicide» de Paul Kammerer. (Je dis
« avis professionnel » car Le Ribault, docteur ès sciences et
ancien expert près la Cour de Cassation, fut le rénovateur de la
police scientifique française à la fin des années 80.) Il m’a
confirmé sans hésitation que le premier constat qui s’impose à
tout enquêteur devant la blessure de la victime et la disposition
de l’arme, telles qu’elles apparaissaient à la découverte du
cadavre de Paul Kammerer, imposent immédiatement la conclusion
classique suivante : « totalement incompatible avec l’hypothèse
du suicide ». Dont acte.
Pour qui considère, comme moi-même, que tout doit être
fait pour que justice soit rendue à tout homme de bien, sans

considération du temps écoulé et si tard que cela soit, la réhabilitation
de Paul Kammerer doit être un objectif primordial.
Mais ce n’est pas seulement la justice qui réclame ici réparation.
C’est aussi le progrès de la science et le destin des hommes.
Car nous assistons aujourd’hui à une dérive extrêmement
inquiétante des généticiens et des biologistes, tous plus ou
moins enfermés dans le dogme mendélien.
Comme chacun sait, les manipulations génétiques sont à
l’ordre du jour et nos « savants » sont en mesure de fabriquer
des êtres artificiels obtenus par l’introduction dans le génome
d’un végétal ou d’un animal de gènes issus d’une autre espèce.
C’est à mes yeux de la démence pure, car personne au monde
n’est capable de prévoir comment de tels êtres évolueront. Au
reste, la plus grande partie de l’opinion publique rejoint mon
sentiment, et la méfiance envers les OGM est heureusement
générale. Or, parmi les arguments «rassurants» que se servent
à eux-mêmes les manipulateurs, figure en bonne place le dogme
de la fixité génétique.
Mais si les gènes ne sont pas immuables ? S’ils sont susceptibles,
comme l’a établi Paul Kammerer, d’intégrer, par un
processus encore inconnu, des informations provenant du
comportement adaptatif des êtres vivants, comment réagirontils
à l’irruption provoquée dans leur voisinage de gènes porteurs
d’expériences existentielles radicalement différentes de celles de
leur espèce ? Et comment réagiront-ils au nouveau comportement
d’organismes modifiés par implantation brutale de gènes
étrangers, fussent-ils réputés favorables ? Questions auxquelles
sont bien incapables de répondre les « savants fous » qui jouent
à la roulette russe avec les racines même de nos vies.
Oui, il est grand temps, il est tout juste temps de réhabiliter
Paul Kammerer, de tirer enseignement de ses expériences et de
prendre conscience que notre code génétique n’est pas plus
immuable que quoi que ce soit d’autre dans la vie.
Au demeurant, par quelle aberration a-t-on pu supposer un
instant que les caractères acquis ne pouvaient pas devenir
héréditaires, alors que ce postulat bafoue la logique la plus
élémentaire et qu’il est démenti par des observations à la portée

de tout un chacun ? Et comment a-t-on pu se contenter pour
cimenter ce dogme absurde des expériences effectuées par
Mendel sur les végétaux, si instructives qu’elles aient été par
ailleurs, alors que dans les organismes végétaux les cellules
sexuelles ne sont pas isolées du reste de l’organisme ?
Car la « barrière de Weismann » ne peut pas exister chez les
végétaux, à supposer qu’elle ne soit pas une « passoire » dans les
organismes animaux. Koestler suggère à ce propos l’idée très
heureuse d’un« tamis» aux mailles très serrées, mais cependant
franchissable par des informations que l’organisme aurait
sélectionnées comme profitables à la descendance. De sorte que
les mutations positives que Mendel ou Darwin jugeaient dues
au « hasard » (mais le hasard est-il autre chose que le masque
verbal d’une cause encore inconnue?) pourraient fort bien être
produites par la « pression » des caractères acquis. (Il est vrai
que beaucoup de ces mutations sont défavorables. Mais dans ce
cas elles pourraient être des « expériences » ou des « essais »
tentés par les organismes pour améliorer leur capital génétique,
essais qui pourraient parfois se solder par des échecs, car si
l’erreur est humaine, pourquoi ne serait-elle pas aussi
cellulaire ? L’expérimentation, l’essai, la tentative, l’erreur,
l’échec, la correction, l’ajustement, l’affinement sont nécessairement
inhérents à l’action de tous les vivants, à quelque niveau
biologique qu’ils se situent.)
Finalement, l’hérédité des caractères acquis n’a besoin
d’aucune preuve, car elle est du domaine de l’évidence et
Darwin, pas plus que Lamarck, ne jugeait l’évolution possible
sans elle. Du domaine de l’évidence ? Mais bien sûr, et Arthur
Koestler nous rappelle que la peau de notre plante des pieds est
plus épaisse que partout ailleurs, et constitue une sorte de
« chaussure naturelle » nécessaire au bipède pour que la marche
ou la course n’usent et ne blessent pas sa peau, par ailleurs trop
fragile.
Bien entendu, cette peau est encore plus épaisse chez les
individus qui marchent souvent pieds nus, comme par exemple
dans les villages de la brousse africaine. Un phénomène
comparable se développe avec les callosités des mains qui

accomplissent de durs travaux, comme celles des bûcherons ou
des terrassiers. Le processus est clair : la peau s’épaissit par
adaptation, pour se protéger. C’est typiquement un caractère
acquis. Certes, mais comme le fait remarquer Koestler :
« Si l’épaississement se produisait après la naissance, en
conséquence du frottement, il n’y aurait pas de problème. Mais la peau
de la plante est épaissie déjà dans l’embryon qui n’a jamais marché ni
pieds nus ni autrement. Phénomènes semblables, plus frappants
encore, les callosités des poignets du phacochère, qui s’y appuie pour
manger; celles des genoux du chameau; et, plus bizarres encore, les
deux grosseurs bulbeuses que l’autruche porte sous l’arrière-train à
l’endroit où elle s’assied. Toutes ces callosités apparaissent, comme
celles de la peau des pieds, dans l’embryon. Ce sont des caractères
acquis. Est-il concevable qu’elles aient évolué par mutations fortuites
exactement à l’endroit où l’animal en aurait besoin ? »
Non, évidemment, ce n’est pas concevable. Pas plus que
n’est concevable que soit apparu « par hasard » le long cou
démesuré de la girafe qui lui permet de saisir sa nourriture
jusqu’aux branches les plus hautes. Et s’il est vrai que la fonction
crée l’organe, il est non moins vrai qu’elle ne le peut pas créer en
une seule génération.
Oui, les caractères acquis peuvent se transmettre, et c’est
cette transmission, lorsqu’elle se réalise, qui assure le succès, la
survie et la prolifération des êtres les plus performants,
lorsqu’elle a été complétée par la sélection naturelle.
Nous verrons d’ailleurs, au cours du chapitre consacré à
René Quinton, que d’autres découvertes faites par ce dernier
concernant l’évolution des espèces viennent confirmer superbement,
à la fois le rôle des « volontés autonomes » lamarckiennes
et la transmission héréditaire des acquisitions.
En conclusion, je dirai qu’aucune doctrine n’explique
l’évolution à elle seule et qu’il est absurde de dresser nos grands
découvreurs les uns contre les autres, alors qu’en fait ils se
complètent. Il faut compléter Lamarck par Darwin, Darwin par

Mendel et tous les trois par Kammerer, à qui, comme Koestler le
fit lui-même, je laisserai le mot de la fin :

« L’évolution n’est pas seulement un beau rêve du siècle dernier, le
siècle de Lamarck, de Goethe, de Darwin; l’évolution est vraie, c’est
une pure et bonne réalité. Ce n’est pas l’impitoyable sélection qui
façonne et perfectionne les mécanismes de la vie; ni la lutte désespérée
pour l’existence qui gouverne le monde à elle seule. C’est bien plutôt
l’effort spontané de toute créature qui s’élève vers la lumière et la joie
de vivre, n’enterrant que l’inutile dans les cimetières de la sélection. »

Paul Kammerer,
23 février 1924
New York Evening Post.

 

 

ANTOINE BÉCHAMP (1816-1908)

Le 15 avril 1908, le journaliste Emile Berr vit entrer en
trombe dans son bureau du Figaro un Américain furibond qui
brandissait un exemplaire du New York Herald. C’était le docteur
Montagüe Leverson, professeur à l’Université de Baltimore, qui
s’indignait de constater que pas un journal français n’annonçait
la mort d’Antoine Béchamp, en qui le New York Herald saluait
«un incomparable chercheur dont les travaux ont puissamment
enrichi la chimie, la physiologiqe, la biologie, la pathologie ».
Quelque peu confus, mais non moins perplexe, car n’ayant
jamais entendu parler de ce «grand homme», le journaliste,
sans doute impressionné par la réputation du journal newyorkais
et la fougue du professeur américain, disciple enthousiaste
de Béchamp, crut bon de publier trois jours plus tard un
article fort prudent ayant pour titre Un oublié.
Un oublié ? C’était le moins qu’on pouvait dire, car si le
fameux dicton « Nul n’est prophète en son pays » avait eu
besoin que soit prouvée sa véracité, rien ne pouvait mieux la
confirmer que la destinée de ce grand esprit dont les travaux
étaient reconnus et admirés par de nombreux savants étrangers,
tant aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne, en Belgique, en
Roumanie ou au Brésil, alors que les milieux scientifiques
français ne daignaient pas lui accorder le moindre intérêt, à
l’exception, heureusement, de quelques personnalités qui ont
lutté et luttent avec persévérance depuis plus d’un siècle pour
que l’oeuvre de Béchamp obtienne la notoriété qu’elle mérite, et
surtout pour que la médecine sache enfin tirer de ses

découvertes tout le profit thérapeutique que l’on peut en
attendre.
A l’âge de 91 ans, Antoine Béchamp se passionnait encore
pour les expériences biologiques qu’il effectuait dans le laboratoire
de la Sorbonne mis à sa disposition par son ami le naturaliste
Charles Friedel. Mais peu après il quittait ce monde, sans
avoir vu la communauté scientifique reconnaître et utiliser ses
découvertes au profit de la santé humaine. Et le 15 avril 1908,
donc, un convoi funèbre quittait la rue Vauquelin et se dirigeait
vers le cimetière du Montparnasse. Quelques intimes seulement
entouraient la famille et rien n’aurait pu indiquer aux badauds
qu’ils voyaient passer la dépouille d’un homme exceptionnel.
Tout au plus eussent-ils été intrigués par le peloton de soldats
dont l’un portait un coussin de médailles où brillaient, parmi
plusieurs décorations étrangères, la croix de la Légion
d’honneur et celle d’officier de l’Instruction publique. Mais ils
n’auraient certainement pas pu soupçonner le formidable travail
qu’avait accompli le défunt. Quelques moments essentiels de sa
biographie, reproduits ci-après, me furent confiés par le docteur
en pharmacie Marie Nonclercq, sa plus fervente et dynamique
disciple (auteur de Antoine Béchamp, l’homme et le savant
(Ed.Maloine) :
« Titulaire du diplôme de pharmacien le 11 août 1843, Antoine
Béchamp se marie à Benfeld le 20 août suivant, puis crée en octobre une
officine qui existe encore à Strasbourg. (. . .) Chercheur né, Béchamp ne
peut se contenter d’exploiter ses connaissances acquises; son esprit a
besoin de découvrir et d’apporter à la science des vérités techniques.
Tout en exerçant sa profession, il accumule des notes et prépare des
mémoires pour se présenter au concours d’agrégation, afin de postuler
au poste de professeur à l’Ecole de Pharmacie de Strasbourg. Un
concours pour deux places a lieu du 15 décembre 1850 au 7 janvier
1851. A l’unanimité, le jury nomme Béchamp agrégé de l’Ecole pour la
section de chimie, de physique et de toxicologie. (. . .)A cette époque, le
pharmacien était l’homme le plus familiarisé avec la chimie et Béchamp
ne va pas faire exception à la règle. Il va donner l’impulsion à la
thérapeutique par les arsénobenzols en obtenant l’acide para-aminophénylarsinique,
en chauffant l’acide arsinique avec l’aniline.

En 1851, pour le concours d’agrégation, il traite «De l’air
atmosphérique considéré sous le point de vue de la physique, de
la toxicologie».( .. .) Pour l’obtention du doctorat ès sciences en 1853,
son sujet de physique fut: « De l’action chimique de la lumière».
C’est avec sa thèse pour le doctorat de médecine, en 1856, «Essai sur
les substances albuminoïdes et sur leur transformation en urée »
que, bouleversant les théories admises jusque-là, il va commencer à
soulever des contestations violentes et des interdits qui ne furent levés
que grâce à l’intervention compréhensive du célèbre chimiste JeanBaptiste
Dumas, sénateur du Gard. A partir de cette époque, Béchamp
va être accaparé par ses travaux de chimie physiologique, qui vont le
mener à l’énonciation « d’une doctrine nouvelle concernant l’ organisation
de la vie ».
En 1854, Béchamp, professeur de toxicologie à la Faculté de
Strasbourg, commençait ses recherches sur la fermentation et s’ engageait
dans ce qu’il nommera «son expérience maîtresse». Il est
nommé, en 1858, professeur de chimie et de pharmacie à la célèbre
Université de Montpellier.
Pendant vingt ans, le professeur lorrain va dispenser aux
étudiants languedociens un enseignement solide et clair en même
temps que passionné et attrayant, car il sait allier avec bonhomie,
dignité et simplicité chaleureuse. Ses cours avaient une grande
renommée et se terminaient sous les applaudissements des
auditeurs.
Sans négliger son enseignement, il mène de front de multiples
recherches qui retiennent l’attention du monde savant français et
étranger. Le professeur Alfred Estor, physiologiste et histologiste, qui
réunissait les obligations de médecin et chirurgien à l’hôpital de
Montpellier, sera son ami et son collaborateur. Tous deux aussi enthousiastes
l’un que l’autre travaillent tard la nuit, aidés quelquefois par un
petit groupe d’élèves dévoués et curieux de leurs découvertes.
Béchamp va poursuivre son travail commencé à Strasbourg sur le
phénomène de la fermentation, aborder la fermentation vineuse et la
fabrication des vins, s’intéresser passionnément au problème local du
moment- les maladies des vers à soie qui ruinent les élevages -et le
résoudre dès le 6 juin 1866, soit deux ans avant que Pasteur se fasse
attribuer la paternité des travaux, quand il eut compris que Béchamp
avait vu juste, non sans l’avoir d’abord dénigré.

Avec ténacité, notre savant refait et complète les expériences
commencées le 16 mai 1854 à Strasbourg sur l’interversion du sucre de
canne en solution aqueuse, car il veut arriver à connaître le rôle joué
par ce dépôt blanc remarqué au cours de la fermentation, et qui n’avait
intrigué ni Berthelot ni Pasteur. Ce dépôt venait de la craie fossile mise
par les chimistes pour neutraliser la solution fermentescible. Ce
ferment, ce fut d’abord pour Béchamp un « petit corps » qui allait
devenir dix ans plus tard ce « microzyma », élément primordial et
capital. Son nom est tiré du grec micro, « petit » et zyma, « ferment »,
car il sera démontré qu’il est un ferment énergique. Il existe partout :
dans les terres cultivées, dans les alluvions, dans les eaux, dans les
poussières des rues souvent à l’état de bactérie, ce qui montre qu’il est
ce « germe de l’air » resté mystérieux pour Spallanzani et cent ans plus
tard pour Pasteur. (. . .)
C’est en déterminant les propriétés du microzyma, élément
primordial de la cellule dont il est le constructeur ou le destructeur
quand il devient pathogène sous la forme bactérie ou virus produisant
la maladie, ou la destruction totale, la putréfaction, que le chercheur
put établir la loi du « polymorphisme bactérien », actuellement
appliquée dans les écoles de thérapeutique de pointe, qui abandonnent
la loi du monomorphisme conçue pas Pasteur. (. . .)
Jusqu’à son dernier souffle, Béchamp fit preuve d’une prodigieuse
lucidité créative et combative. ( .. .)
En 1951, le Dictionnaire de Biographie française de Prévost et
Roman d’Amat précisait :
« On peut considérer Béchamp comme le précurseur,
volontairement ignoré, de Pasteur. Il a vu ce que la bactériologie
ne devait proclamer que trente-cinq à quarante ans plus tard, à
savoir que la morphologie doit céder le pas aux propriétés
physiologiques. »
Précurseur … ce terme élégant et flatteur semble vouloir justifier
les « emprunts » qui furent faits à ses travaux et firent tant souffrir
l’infatigable et génial chercheur qui, lui, ne manquait jamais de citer
ceux qui le précédèrent dans la carrière et lui apprirent beaucoup, car
« Le passé éclaire le présent à la fois par les erreurs et les vérités
qu’il nous a léguées», disait-il.
Précurseur … Béchamp en précisera lui-même la signification en
mai 1900 dans une lettre-réponse au docteur Vitteaut:

«Je suis le précurseur de Pasteur exactement comme le volé
est le précurseur de la fortune du voleur enrichi, heureux et
insolent, qui le nargue et le calomnie. » ·
Antoine Béchamp repose au cimetière Montparnasse sous une
modeste pierre où l’ont rejoint sa belle-fille, épouse de son fils Donat,
qui y avait conduit, en 1915, ses deux fils, tués à l’âge de vingt-trois et
vingt-sept ans au champ d’Honneur.»
Fort heureusement, quelle que soit la puissance des oligarchies
occultes qui s’emploient à enterrer une seconde fois dans
les abysses de l’indifférence et de l’oubli les grands pionniers de
la connaissance, il se trouve toujours quelques cœurs épris de
justice et de vérité pour maintenir coûte que coûte la petite
flamme obstinée d’une mémoire fidèle, qu’ils se transmettent
précieusement au fil des générations, se passant le flambeau que
les iniques et les couards peuvent entourer de brumes, mais
qu’ils ne sauraient éteindre. C’est ainsi que depuis un siècle
bientôt Antoine Béchamp survit malgré tout.
Déjà, le docteur Leverson ne s’était pas contenté de secouer
(efficacement !) la rédaction du Figaro. Il publia en 1911 une
brochure ayant pour titre La dette de la France envers Béchamp.
Quelques années plus tard, il prit soin de communiquer de
nombreux documents éclairant l’oeuvre de Béchamp à Miss
Ethel Douglas Home, nièce d’un futur Premier ministre britannique,
qui en fit un ouvrage très argumenté paru en 1948. Et par
ailleurs le livre du docteur Hector Grasset L’œuvre de Béchamp
fut traduit en anglais par les biologistes Lionel J. Dole et Jocelyne
C. P. Proby.
En 1927, le docteur François Guermonprez, inaugurant le
monument élevé à la mémoire du savant dans son village natal,
déclarait : « Le temps est venu de reconnaître l’importance et l’étendue
de l’œuvre du grand savant lorrain». Non, hélas, le temps n’était
pas encore venu et ne l’est toujours pas …
En 1958, commémorant le cinquantième anniversaire de la
mort de Béchamp, le Professeur Paul Pagès, de la faculté de

médecine de Montpellier déclarait, non sans amertume, dans
son allocution :
«Nombre de découvertes d’un grand prix, entérinées par la
science contemporaine et dont il est fait hommage à autrui, avaient été
déduites par Béchamp de sa conception centrale et vérifiée expérimentalement
… La pensée de notre savant a engendré des résultats d’une
importance capitale, quand on les examine avec un recul suffisant.
Maintenir l’ostracisme dont elle a été jusqu’ici frappée serait faire
l’aveu implicite d’une malveillance systématique procédant de raisons
extra-scientifiques. »
C’est en 1987 que je fis moi-même connaissance de
Mme Marie Nonclercq, docteur en pharmacie, que j’ai citée plus
haut. Je décidai peu après de consacrer dans L’Ere nouvelle un
grand dossier aux« Tricheries de Pasteur». Il me parut en effet
impossible de rendre justice à Béchamp, ce qui était mon
premier souci, sans montrer la malhonnêteté intellectuelle dont
Pasteur, dévoré d’ambition, avait fait preuve envers Béchamp, se
rendant largement responsable de la marginalisation de ce
dernier.
Ce dossier, qui parut sur deux numéros de notre revue à la
fin de 1987, fut établi avec la collaboration des docteurs Philippe
Decourt et Marie Nonclercq et valut à L’Ere nouvelle, en 1988, une
Liberté d’Or, avec le «Prix de l’Investigation Historique»
décerné au Sénat par la «Fondation pour la Liberté de la
Presse», dont le jury comptait parmi ses membres MM. Jean
Lacouture, Philippe de Saint-Robert, Jacques Sauvageot et René
Vérard, notamment. (Simultanément était décerné, entre autres,
le « Prix de la Presse Libre » à l’hebdomadaire polonais Tygodnik
Mazowsze, hebdomadaire clandestin de Solidarnosc pour la
région de Varsovie.)
Le docteur Philippe Decourt, ancien chef de clinique à la
faculté de médecine de Paris, me confia pour ce dossier un
article intitulé Béchamp et Pasteur : une grande injustice, qui avait
été publié en 1980 dans le bulletin de « Académie et Société
Lorraines des Sciences». En voici un extrait qui ouvrira sans
doute les yeux de nombreux lecteurs sur les chemins tortueux

que certains empruntent pour atteindre la gloire, sans se priver
de faire des crocs-en-jambe à des concurrents mieux doués :
«Comme les encyclopédies l’attestent, en se recopiant les unes les
autres sans rien vérifier, les histoires des sciences attribuent à Pasteur
d’innombrables découvertes qu’il n’a pas faites. Faute de place je me
bornerai à citer, parmi beaucoup d’autres, deux exemples caractéristiques
qui datent, précisément, de « l’époque montpelliéraine de la vie
de Béchamp », et qui représentent deux étapes capitales dans l’histoire
des sciences médicales. Je suis malheureusement obligé de les résumer
ici très brièvement, mais on peut trouver toute la documentation dans
les Archives internationales Claude Bernard. ( .. .)
Le premier exemple concerne la découverte de l’origine microbienne
des maladies infectieuses. En 1865, une maladie des vers à soie,
appelée par les éleveurs la « pébrine », ruine le Midi de la France.
Béchamp, alors à Montpellier, l’étudie et conclut qu’elle est provoquée
par un « parasite » qui contamine les vers, ce qui était vrai. « La
pébrine – écrit-il -, attaque d’abord le ver par le dehors, et c’est
de l’air que viennent les germes du parasite. La maladie, en un
mot, n’est pas constitutionnelle. »
Mais Pasteur, envoyé par le gouvernement, s’élève violemment
contre l’affirmation de Béchamp. Il prétend (faussement) qu’il s’agit
d’une « maladie constitutionnelle », que les « petits corps » (le mot
microbe n’existe pas encore et ne sera créé que treize ans plus tard)
considérés par Béchamp comme des parasites (venus par contagion de
l’extérieur) sont seulement des cellules malades du ver lui-même, « tels
que les globules du sang, les globules du pus (sic), etc.», qu’ils sont
d’ailleurs incapables de reproduction, et qu’ils sont seulement la
conséquence d’un défaut d’éducation dans l’élevage des vers à soie. Il
n’avait rien compris et il s’élève avec tant de violence contre la théorie
«parasitaire» (maintenant admise par tous) qu’il en arrive à écrire à
un ministre :
«Ces gens-là (Béchamp et son collaborateur Estor) deviennent
fous. Mais quelle folie malheureuse que celle qui
compromet ainsi la Science et l’Université par des légèretés aussi
coupables ! »

Pendant cinq ans Pasteur persiste dans son erreur. Et que dit-on
aujourd’hui ? Le Dictionnaire de la Biographie française, ouvrage
considérable et quasi officiel (publié avec le concours du CNRS), le seul
qui consacre un article à Béchamp, écrit cette chose stupéfiante :
« Béchamp, contrairement à Pasteur, n’admettait pas la présence
de parasites pénétrant les organismes pour y engendrer la
maladie», et partout on répète que ce fut Pasteur qui découvrit
l’origine parasitaire de la pébrine. Les faits sont exactement inversés.
On attribue à Pasteur les idées contre lesquelles il lutte avec la violence
que nous avons vue. On attribue à Béchamp l’erreur de Pasteur, ou
plus exactement ses erreurs car elles sont innombrables. »
J’interromps ici l’exposé du docteur Decourt pour donner
une explication plausible de la confusion du Dictionnaire de la
Biographie française. Bien entendu, il est faux de dire que
Béchamp « n’admettait pas la présence de parasites … », mais,
comme nous le verrons plus loin, lorsque Pasteur, après avoir
combattu le parasitisme, passa d’un excès à l’autre et devint un
« parasitiste » absolu et sans partage, Béchamp, sans nier pour
autant le parasitisme microbien (et pour cause, puisqu’il en était
le découvreur) refusa d’admettre qu’il était l’unique explication
des maladies et dut contredire l’absolutisme de Pasteur en
démontrant que la dégradation du terrain organique pouvait
aussi engendrer des « microbes internes » et aboutir à la maladie
spontanée. C’est manifestement cette position de rééquilibrage
qui devait plus tard induire en erreur le rédacteur du
Dictionnaire, ce qui n’exclut pas la désinformation dont il put être
victime.
Mais le docteur Decourt poursuit :
« Le deuxième exemple concerne la découverte, non moins
capitale, du ((ferment soluble ». En 1867, Béchamp publia ses cours de
l’hiver précédent à la Faculté de Montpellier. Cet ouvrage remarquable
(De la circulation du carbone dans la nature et des intermédiaires
de cette circulation) contenait ses études sur les fermentations
et, notamment, sa découverte très importante du (( ferment
soluble ». Les ((ferments » (comprenant ce que l’on appellera plus tard
les (( microbes ») sont, disait-il, des organismes vivants. Mais,
expliquait-il longuement, il ne faut pas confondre l’organisme vivant

avec les substances qu’il fabrique et secrète, qui sont d’ordre purement
chimique, et qu’il appelle pour cette raison «ferments solubles ». Ce
sont elles qui agissent. Il le montre, d’une façon remarquable, dans le
cas de la fermentation alcoolique. Pour éviter la confusion entre les
vivants (dits «insolubles») et les produits de leur sécrétion (dits
«ferments solubles»), il donne à ces derniers le nom générique de
« zymases » (chaque espèce de ferments vivants microscopiques
pouvant produire des zymases différentes).
Dès cette époque, Béchamp tirait parfaitement les conséquences de
cette notion. Alors que les ferments au sens alors classique «sont
organisés, c’est-à-dire formés de cellules plus ou moins grandes
capables de se reproduire et de se multiplier», au contraire les
zymases se comportent comme des réactifs et leur action «est
purement chimique». L’une des conclusions fondamentales de
Béchamp était que « les mutations de la matière organique,
organisée ou non, s’y font selon les lois ordinaires de la chimie»,
et en résumé: « Il n’y a qu’une chimie ».
Ainsi, Béchamp s’opposait à la théorie « vitaliste », alors très
répandue encore en physiologie, suivant laquelle il existerait des
phénomènes vitaux particuliers, échappant aux lois générales de la
chimie et de la physique.
Claude Bernard se passionna pour l’opinion de Béchamp, au point
qu’il consacrait ses dernières expériences à en démontrer la justesse
quand une maladie infectieuse et la mort vinrent les interrompre
prématurément. « C’est dommage – dit-il au moment de mourir -,
c’eût été bien finir». En effet, il s’opposait à Pasteur qui, une fois de
plus, se trompait. Pasteur soutenait la théorie « vitaliste » à laquelle,
depuis longtemps, personne ne croit plus : il prétendait que les
ferments vivants microscopiques n’agissent pas par l’intermédiaire de
«ferments solubles » qu’ils secrètent mais par une action proprement
« vitale » caractéristique de la vie et liée exclusivement à elle.
Le jeune d’Arsonval, dernier préparateur de Claude Bernard,
communiqua ses dernières pensées au grand chimiste Marcelin
Berthelot qui était d’accord avec Béchamp sur l’existence des
«ferments solubles», ce qui provoqua la célèbre controverse (elle figure
dans toutes les histoires des sciences) entre Berthelot et Pasteur. Celui-ci
voulait « démolir Bernard » (sic) et conclut 18 mois de discussions
en déclarant : « La question du ferment soluble est tranchée : il
n’existe pas; Bernard s’est fait illusion ». Mais les années qui

suivirent ne cessèrent de démontrer que Béchamp avait eu raison contre
Pasteur avec la découverte et l’isolement des toxines microbiennes
(ferments solubles types); la reproduction, en 1897, des études de
Béchamp sur le ferment alcoolique soluble par l’Allemand Büchner (qui
reprend à cette occasion le terme de « zymase »); la transformation
chimique par Ramon des toxines en « anatoxines » actuellement
universellement utilisées comme vaccins, etc.
On peut constater facilement à quel point le nom de Béchamp a été
systématiquement dissimulé, puis oublié : la découverte de la « zymase »
est considérée comme si importante que dans le petit volume résumant
en 150 pages l’histoire de la biologie depuis ses origines jusqu’à nos jours
(collection« Que sais-je? »-PUF édit.), deux pages lui sont consacrées;
mais elle y est attribuée à Büchner en 1897. Il suffit d’ouvrir le dictionnaire
Littré dont le dernier volume fut publié en 1873: le mot « zymase»
y figurait déjà dans le sens exact qui lui fut conservé par Büchner, et on
y trouve même la référence d’une communication de Béchamp et Es tor à
l’Académie des Sciences de 1868 sur cette découverte (qui d’ailleurs
datait de 1864, plus de 30 ans avant la publication de Büchner). On
trouve partout à la fois le dictionnaire Littré (qui a été récemment
reproduit intégralement), et la collection « Que sais-je ? ».
Le comble est qu’on écrit aujourd’hui que Béchamp était
« vitaliste », alors qu’avec la découverte des zymases ou «ferments
solubles», en affirmant qu’il n’y a qu’une chimie, il s’opposait à la
doctrine vitaliste de Pasteur. Tout le monde est d’accord maintenant
avec ce que Béchamp soutenait avec vigueur dans ses cours à
Montpellier et son livre de 1876; mais, là encore, on a inversé les faits
historiques en lui attribuant l’erreur de Pasteur, qu’au contraire on
passe pudiquement sous silence. On voit qu’il ne s’agit pas de simples
« antériorités désuètes », mais d’oppositions doctrinales sur des
problèmes fondamentaux de la médecine. »
Problèmes fondamentaux en effet, puisque la domination de
Pasteur sur les orientations médicales françaises, pérennisée par
l’Institut qui porte son nom et qui a imposé sa vision des choses,
allait aboutir à des thérapies «guerrières » agressant chimiquement
le terrain biologique et fragilisant le système immunitaire
de chacun. Sans parler du coût pharamineux de cette thérapeutique
erronée qui, à travers la fiscalisation progressive de la

Sécurité sociale, est en passe de ruiner l’économie française. Or,
une pratique médicale constituée sur les principes mis en
lumière par Béchamp aurait pu et pourrait encore nous doter
d’une bien meilleure santé publique et à bien moindre coût.
Je noterai cependant au passage que, là encore, je ne crois
pas qu’il y ait lieu d’opposer radicalement la théorie« vitaliste»
à celle des « zymases ». Il me semble qu’elle peuvent parfaitement
coexister. Pourquoi les microbes n’agiraient-ils pas tour à
tour, soit de façon directe par « action vitale » (c’est-à-dire
physique), soit de façon indirecte (c’est-à-dire chimique) par les
toxines qu’ils produisent?
Je ne vois pas en quoi les deux modalités seraient contradictoires.
Et je ne crois pas qu’il faille mettre systématiquement sur
le compte de la duplicité ou de la négligence la confusion des
auteurs qui attribuent le « vitalisme » à Béchamp. Cette
confusion peut tenir simplement au fait que les positions de
Béchamp étaient beaucoup plus mesurées et nuancées que celles
de Pasteur, qui étaient radicales et rigides mais prêtes à virer de
cent-quatre-vingts degrés si le vent tournait.
Le grand problème qui se pose dans tous les domaines avec
les caractères dogmatiques, c’est qu’ils disent tout rouge ou tout
bleu alors que, le plus souvent, la vérité est mauve. Et si vous
défendez la vérité, vous devez les contredire lorsqu’ils disent
rouge, si bien que l’on vous croit bleu, et vous devez les contredire
encore lorsqu’ils disent bleu, si bien que l’on vous croit
rouge. Et pour un peu l’on vous dirait changeant, quand vous
n’avez pas cessé d’être mauve.
Je crois que c’est ce qui s’est produit entre Pasteur et
Béchamp, de telle sorte que les commentateurs peu soucieux de
nuances n’y ont rien compris et ont fini par donner raison au
plus catégorique, parce que c’est moins fatigant. En fait,
Béchamp et Pasteur n’étaient pas sur la même longueur d’onde :
Béchamp ne pensait que science et connaissance quand Pasteur
ne rêvait que gloire et pouvoir.
Mais il est vrai aussi que la mauvaise foi n’est pas toujours
absente chez les exégètes « approximatifs ». J’en donnerai pour

preuve le différend qui m’opposa à l’Encyplopaedia Universalis, à
la suite de la publication du texte du docteur Decourt. Celui-ci
avait en effet, au début de son article, stigmatisé les erreurs ou
lacunes des grands dictionnaires à propos de Béchamp, et il
avait écrit notamment : « L’Encyplopaedia Universalis, qui se
prétend « la plus complète des encyclopédies françaises », ne cite même
pas son nom». Ce qui nous valut une véhémente protestation de
ladite Encyclopédie, sous la forme suivante :

ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS Paris, le 17 déc. 1987

Messieurs,
Un lecteur nous adresse deux citations d’un article signé du
dr Philippe Decourt, Ancien Chef de Clinique, reprochant à
l’Encyclopaedia Universalis de ne pas mentionner le nom de « Béchamp ».
Cette information étant totalement fausse, nous vous prions, en
vertu du droit de réponse, de bien vouloir porter la présente lettre à la
connaissance de vos lecteurs.
Jean GALL
Secrétaire Général de la Publication

P.J. Photocopies des pages 313 (Thesaurus) et 159 b Vol.2.

A cette protestation je répondis ainsi:

L’ERE NOUVELLE Paris, le 28 janvier 1988

Monsieur le Secrétaire Général,
Nous avons bien reçu votre lettre nous demandant d’informer nos
lecteurs que, contrairement à ce qu’a écrit le Docteur Philippe Decourt
dans le N° 70 de notre revue, le nom de« Béchamp »est bien cité dans
l’Encyclopaedia Universalis, ce que vous nous prouvez par deux
photocopies de vos pages faisant état, à propos de l’aniline, d’une
« méthode de Béchamp ».
Nous aurions bien volontiers publié votre rectification dans notre
No 72 actuellement sous presse. Malheureusement, votre lettre,
quoique datée du 17 décembre 1987, n’a été postée que le 8 janvier 1988
(cachet de la poste) et nous est parvenue trop tard pour ce numéro déjà
complet. (C’est d’autant plus dommage que vous avez dû la rédiger très

rapidement, puisqu’elle ne comporte aucune formule de politesse, ce
dont vous êtes, bien sûr, tout excusé). Mais nous sommes disposés à la
publier dans notre No 73, accompagnée des preuves et, naturellement,
de la présente réponse.
Toutefois, nous ne croyons pas que cette publication serve la
réputation de l’Encyclopaedia Universalis, tout au contraire. Car le fait
de citer seulement une « méthode de Béchamp » à propos de l’aniline
n’apporte strictement aucune information à vos lecteurs sur ce que fut
la brillante personnalité scientifique du Professeur Antoine Béchamp,
dont les remarquables travaux ont ouvert les voies des recherches les
plus actuelles de la biologie.
Par contre, nous serions très heureux de faire savoir à nos lecteurs
que vous avez décidé de remédier à cette regrettable carence dans votre
prochaine mise à jour. Si vous prenez cette décision, qui ne pourrait
qu’honorer votre Encyclopédie et démontrer que votre publication est
attentive à ses responsabilités culturelles comme à l’équité historique
des paternités scientifiques, vous voudrez bien avoir l’amabilité de nous
le faire savoir avant le 28 février 1988, date-limite nécessitée par la
mise en pages de notre prochain numéro.
En espérant que vous nous donnerez ainsi l’occasion d’informer
nos lecteurs que votre équipe rédactionnelle ne ménage pas ses efforts
pour que l’Encyclopaedia Universalis devienne tout à fait encyclopédique
et réellement universelle, je vous prie d’agréer, Monsieur le
Secrétaire Général, mes salutations les plus distinguées.

Pierre LANCE
Directeur de la publication

PJ. : L’article complet du Dr Decourt.
Un article du Dr Marie Nonclercq

Je ne reçus jamais aucune réponse de M. Gall. Les deux
lettres n’en furent pas moins publiées dans notre No 73 de mars-avril
1988. En rédigeant le présent texte, j’ai eu la curiosité de
consulter sur Internet le site de l’ Encyclopaedia Universalis en
indiquant comme recherche «Antoine Béchamp ». La réponse
obtenue a été que deux articles mentionnaient le savant. Le
second, ayant pour titre « Paléocytologie », débutait par les
lignes suivantes : « En mettant un terme à une longue période d’ affirmations
inexactes sur la génération spontanée des êtres vivants,
certaines idées, parfois anciennes comme celles de F. Redi (1668),

Schwammerdam, Fontenelle, jusqu’à celles de Lazzaro Spallanzani,
Theodor Schwann, Antoine Béchamp, L. Doyère et L. Pasteur au siècle
dernier, ont abouti à poser de façon scientifique le problème des origines
de la vie. »
Bien que ces lignes soient d’une prudence extrême, elles ont
au moins le mérite de replacer Antoine Béchamp dans la lignée
des chercheurs qui se sont penchés sur les questions fondamentales
et de le mettre en outre avant Pasteur dans la chronologie
historique. Dont acte.
Pour permettre au lecteur de mesurer l’importance
d’Antoine Béchamp dans l’histoire de la biologie et, par voie de
conséquence, de la médecine, je le situerai au milieu de la grande
querelle qui, à la fin du siècle, opposait encore les « spontéparistes
» (soutenant la doctrine de la génération spontanée) aux
« parasitistes » (soutenant que les germes dispersés dans
l’atmosphère expliquaient seuls l’apparition de fermentations
microbiennes se développant « parasitairement » dans l’inerte
ou le vivant).
A la suite d’expériences apparemment probantes, les
« parasitistes » triomphèrent des « spontéparistes » et la doctrine
de la génération spontanée (prétendant que la vie peut
apparaître d’elle-même dans toute matière contenant les
éléments nécessaires à son développement) disparut de l’histoire
des sciences.
Et pourtant les parasitistes étaient dans l’erreur tout autant
que leurs adversaires. Si les germes de l’atmosphère expliquent
en effet certaines fermentations par contamination, ils ne les
expliquent pas toutes. Et Antoine Béchamp prouva par de
nombreuses expériences que la matière organique contient en
elle-même des germes prêts à reproduire la vie sous des formes
diverses et que, même maintenue à l’abri des germes de
l’atmosphère (mais non de l’oxygène), elle engendre en se
décomposant toutes sortes de populations bactériennes.
Renvoyant dos à dos parasitistes et spontéparistes,
Béchamp démontra que le « microzyma » est le constituant
originel de toute forme de vie, qu’il évolue et s’associe en

fonction des milieux et des circonstances pour constituer des
bactéries ou des cellules. Il est le microscopique individu de
base, doué d’une extraordinaire souplesse d’adaptation, et le
voyageur quasi indestructible que toute mort libère pour une
autre naissance, ce qui faisait dire à Béchamp : « Rien n’est la proie
de la mort; tout est la proie de la vie. »
Cette sentence majeure m’avait semblé si pertinente que
j’avais choisi de la placer en exergue de mon livre La prodigieuse
aventure de la mort, publié en 1987 et préfacé par Arthur Conte.
Toutefois, j’avais écrit le livre en 1985 et je ne connaissais pas
alors les travaux d’Antoine Béchamp, que j’allais découvrir deux
ans plus tard à travers les articles du docteur Philippe Decourt et
la biographie de Béchamp publiée par le docteur Marie
Nonclercq. Je fus alors partagé entre la joie de trouver dans les
découvertes scientifiques de Béchamp de nombreuses confirmations
à mes thèses intuitives sur la transformation des
organismes après leur« mort» et le regret de ne pas avoir connu
plus tôt le microzyma, dans lequel Béchamp voulait voir le constituant
primordial de la matière vivante.
En effet, dans mon livre, je fais trop souvent de la cellule le
dépositaire ultime de la vie organisée. Or c’est une erreur. La

cellule est déjà par elle-même une véritable « société » de microorganismes.
Elle est déjà une «communauté», biologiquement
fragile, et ne peut donc pas être l’unité vivante fondamentale, ce
que Christian Boiron, PDG des Laboratoires homéopathiques
Boiron, un des premiers lecteurs enthousiastes de mon livre, me fit
très justement remarquer. C’est bien plutôt le rnicrozyma de
Béchamp, infiniment plus petit que la cellule, qui serait le véritable
individu de base, le « citoyen » de toute société biologique, seraisje
tenté de dire. (A moins que le microzyma ne doive céder la place
à un autre élément cellulaire, hypothèse que nous examinerons
plus loin en étudiant les travaux du docteur Tissot).
Bien sûr, cela ne change rien au principe philosophique de
l’immortalité relative que j’expose sous ses divers aspects au
cours des douze entretiens qui constituent l’ouvrage. Mais ma
démonstration eût été beaucoup plus solide si j’avais pu faire
état du microzyma, car lorsqu’un organisme meurt, les cellules

qui le constituaient commencent à mourir à leur tour plus ou
moins rapidement, alors que les microzymas contenus dans les
cellules mourantes ou mortes demeurent intacts et sont
capables, soit d’entrer en léthargie pour une durée indéterminée,
soit d’édifier aussitôt par association entre eux, si le milieu
ambiant s’y prête, de nouveaux organismes vivants, soit encore
d’émigrer vers d’autres constitutions organiques, tous
phénomènes qui ouvrent, on en conviendra, des horizons fantastiques
à la pérennité de la vie et à sa transmission dans le temps
et l’espace.
En fait, après la lecture d’Antoine Béchamp, on est amené à
penser que le microzyma est le siège de« l’âme» et que chacun
de nous est représenté et gouverné par un seul microzyma,
biologiquement semblable aux milliers de milliards d’autres qui
nous constituent, mais différent en ce qu’il a été« élu» au poste
suprême, sorte de « Président » de la population cellulaire qui
forme notre corps-esprit. A notre mort, ce microzyma « perd son
trône» sans perdre la vie pour autant. Dépositaire de notre
personnalité, c’est-à-dire de toute notre histoire héréditaire et de
la synthèse de nos vies antérieures (de notre karma, diront
certains), il est en mesure de la transmettre à des organismes
nouveaux, de notre espèce ou bien d’une autre, à des «renaissants
» ou à des« réincarnants »qui poursuivront dans l’univers
infini le voyage éternel de notre lignée.
Mais ce sont là, bien sûr, les conclusions philosophiques que
je tire, sous ma seule responsabilité, des travaux d’Antoine
Béchamp, lequel, je m’empresse de le dire, s’est gardé de toute
extrapolation «spiritualiste» de ses découvertes et s’est tenu
scrupuleusement sur le seul terrain de la biologie expérimentale,
tout au moins dans ses communications publiques.
Hélas, cette rigueur rationaliste ne put suffire à lui épargner
la défaite sur le terrain de la science officielle, car il se trouva
confronté à l’arrivisme forcené, à la boulimie intellectuelle et au
génie publicitaire de Louis Pasteur, chef de file des parasitistes.
Passant plus de temps dans les salons qu’au laboratoire,
opportuniste avisé sachant courtiser politiquement tantôt
Napoléon III, tantôt les Républicains, exploitant médiatiquement

(déjà !) le moindre de ses succès réels ou prétendus,
Pasteur n’ignorait pas à quel point un chercheur aussi
talentueux que Béchamp était pour lui un concurrent
redoutable.
Ayant parfois recours à des procédés contestables, Pasteur
s’efforça par tous les moyens de discréditer et de marginaliser
Béchamp, allant jusqu’à l’accuser de plagiat après l’avoir plagié
lui-même. Béchamp se défendit avec vigueur, mais il crut qu’il
suffisait de le faire au cours des séances de l’Académie des
sciences, dont les compte-rendus gardent heureusement les
traces historiques de ces confrontations dans lesquelles son
contradicteur fait piètre figure.
Mais, véritable précurseur du «star system» qui allait
acquérir au siècle télévisuel sa pleine puissance, Pasteur n’avait
cure de ces mises au point entre initiés. La mise en condition des
masses populaires à grands coups de cymbales journalistiques
suffisait à sa gloire et lui donnait l’assurance d’être le vainqueur
historique de cette joute, malgré la médiocre valeur scientifique
de ses affirmations.
Socialement parlant et toute honte bue, il eut raison.
Aujourd’hui, Pasteur est une idole nationale tandis que
Béchamp est presque totalement inconnu, relégué dans le
purgatoire des « savants maudits ». Mais rien dans la vie n’est
irréversible, et comme le disait Béchamp lui-même, citant
Lacordaire : «La vérité arrive à son heure, quoique lentement». A
vrai dire si lentement que pour ma part je ne puis croire qu’elle
arrive à l’heure. Tout ce que j’ai pu observer de l’histoire
humaine me convainc plutôt qu’elle arrive toujours en retard, et
que cela suffit à expliquer tous les malheurs des individus et des
peuples.
La victoire médiatique de Pasteur sur Béchamp ne fut pas
dommageable qu’à Béchamp lui-même, et mon but principal
n’est pas de verser ici sur Béchamp quelques larmes à titre
posthume, si immodéré que puisse être mon goût de rendre
justice. Mais le triomphe de Pasteur et des parasististes eut pour
conséquence d’égarer toute la médecine moderne, de dévier la
pratique de l’hygiène (au sens grec du terme), d’appauvrir nos

défenses immunitaires individuelles et de souiller continuellement
le terrain biologique humain, au point que nous sommes
sans doute aujourd’hui à la veille de formidables épidémies dont
le sida n’est qu’un avertissement.
Pour comprendre par quel terrible processus de si graves
erreurs ont pu conquérir les esprits jusqu’à entraîner l’humanité
sur la voie de sa déchéance, revenons aux théories en présence à
la fin du XIXe siècle. Trois doctrines se confrontent alors:

a) Celle des spontéparistes, qui, n’ayant pas vu les
microzymas, affirment que la vie peut surgir spontanément au
sein de la matière, si les conditions favorables en sont réunies. Ils
semblent parfois même le prouver, car certaines de leurs
expériences réussissent grâce aux microzymas dont ils ignorent
l’infinitésimale présence. Combattus à la fois par Pasteur
(attribuant la vie « spontanée » aux germes contenus dans l’air
ambiant) et par Béchamp (attribuant la vie « spontanée» aux
microzymas), les spontéparistes sont défaits sans espoir de
retour … jusqu’à nouvel ordre.

b) Celle des parasitistes (dont Pasteur prendra la tête), qui
nient toute espèce de vie indépendante à l’intérieur des
organismes, ne voient plus que matière inerte et réactions
chimiques dans tout cadavre animal ou végétal et attribuent
toute réaction de vie microbienne dans les déchets organiques
ou toute maladie de l’être vivant à une «contamination», une
invasion par des germes extérieurs. Comme ces contaminations
peuvent effectivement se produire, ils n’auront pas de peine à
fournir des« preuves». (Je renvoie au livre de Béchamp pour le
détail des expériences des uns et des autres et l’examen scrupuleux
par l’auteur de ce qu’elles prouvent et ne prouvent pas.)

c) Celle enfin de Béchamp, qui, pratiquement seul, affirme et
démontre la présence dans la matière vivante d’êtres organisés
microscopiques extrêmement résistants et adaptatifs, capables
de s’associer pour édifier les êtres les plus divers, donc de faire
resurgir la vie de tous les cadavres ou débris biologiques dont ils
sont en fait les éléments constitutifs originels. Béchamp
démontre enfin que les microzymas peuvent aussi, en fonction

des circonstances, devenir morbides et produire la maladie
spontanée par détérioration interne du milieu organique.

Dans l’ « Avis au lecteur » daté du 10 avril 1883 qu’il place
en tête de son livre, Béchamp écrit :
« La spontanéité morbide, que les plus savants médecins proclament,
est obstinément niée; on conteste que la maladie naisse de nous
et en nous; on nous assure que les maladies de l’homme et des animaux
n’ont pas d’autre cause que des germes vivants, primitivement créés
morbides pour rendre malades hommes et bêtes.
Comment une si étrange manière de voir a-t-elle pu s’imposer aux
savants qui l’enseignent et à quelques médecins bons observateurs qui
l’acceptent ? (. . .)
La théorie du microzyma fournit à la biologie une base expérimentale
aussi stable que l’énoncé lavoisérien qui a scientifiquement
constitué la chimie; elle va droit contre l’hypothèse des spontéparistes
et des parasitistes à la fois. Les microzymas ne sont pas des étrangers
dans l’organisme et dans les maladies proprement dites; les bactériens
qu’on y peut observer ne sont pas les produits de germes qui auraient
pénétré du dehors dans le corps.
Les microzymas sont à la racine même de l’organisation : Sans eux
pas d’organisation et pas de matière vivante. (. . .) Bref, le microzyma
morbide est le fruit de la maladie qui, elle, est spontanée à l’origine et
non pas produite par un microbe donné, créé originellement
morbide!»
Les spontéparistes une fois éliminés, deux voies s’offraient
donc à la biologie et à la médecine :
L’une, offerte par Antoine Béchamp, aurait dû logiquement
aboutir à mettre l’accent sur le terrain organique de chacun, sur
la stimulation du système immunitaire et sur la qualité des
conditions de vie, afin que nos microzymas continuent de
participer au fonctionnement harmonieux de nos cellules.
L’autre, prônée par Louis Pasteur et ses disciples, ne pouvait
conduire qu’à une surestimation systématique du rôle des
agents pathogènes extérieurs, pour finalement ne voir dans la

médecine et l’hygiène que les moyens d’une formidable guerre
d’extermination menée sans relâche contre les « microbes ».
Amplement popularisée par l’action médiatique de Pasteur,
c’est cette seconde voie qui fut choisie. La doctrine des parasitistes
triompha en France presque totalement et dans une large
mesure dans tous les pays industrialisés. (Seule au début
l’homéopathie parvint à lui résister, avec les difficultés que l’on
sait). « Comment une si étrange manière de voir a-t-elle pu
s’imposer? … » demandait candidement Antoine Béchamp.
Tout simplement parce que la doctrine pasteurienne ouvrait
largement carrière aux immenses profits commerciaux des
laboratoires industriels et à tous les fabricants de lessives,
détersifs, détergents, antiseptiques et vaccins de toutes sortes.
En déclenchant la guerre planétaire contre le « microbe »
atmosphérique, déclaré« ennemi public numéro un», le Général
Pasteur obtint immédiatement le soutien enthousiaste de tous
les « marchands de canons » de cette démence bactéricide dont
nous n’avons pas fini de payer les tragiques conséquences,
comme on le voit aujourd’hui avec les souches bactériennes
devenues résistantes aux antibiotiques et dont l’existence
présage d’irrésistibles hécatombes planétaires.
Comme l’a prouvé Béchamp (et d’autres après lui, Tissot
notamment), le microbe n’est pas a priori notre ennemi : il est issu
de nous. C’est à l’intérieur de nous qu’il peut devenir pathogène
si nous vivons de façon malsaine et désordonnée et il ne peut
contaminer nos proches que s’ils vivent de la même manière.
Or, la phobie du microbe nous conduisit et nous conduit
toujours à polluer outrancièrement notre environnement et nos
propres corps de telle sorte que ceux-ci fabriquent de plus en
plus de micro-organismes déréglés et pathogènes. Nous
pratiquons une fausse hygiène, une hygiène chimique qui, loin de
préserver notre santé, la fragilise et la corrompt tout en agressant
notre environnement. La ménagère moderne, hypnotisée de
publicité, emploie toute une batterie de détersifs parfaitement
inutiles dont le seul résultat est de faire mousser nos rivières en
en détruisant la faune et la flore. Or, s’il n’est certes pas agréable

ni conseillé de vivre dans la crasse, le nettoyage de quoi que ce
soit n’exige la plupart du temps rien d’autre que ces deux
produits naturels : l’eau chaude et l’huile de coude. Sauf cas de
salissure très particulière, tout le reste est de trop.
Bien entendu, je parle ici des conditions de vie normales. Il
va sans dire que l’ aseptie des lieux et des objets est indispensable
dès qu’il y a effraction de l’organisme par blessure ou chirurgie,
ou s’il y a en un même endroit concentration de personnes
malades ou affaiblies. La doctrine des parasitistes n’a pas eu,
bien sûr, que des effets négatifs et incita à une propreté accrue du
milieu hospitalier. Mais la reconnaissance du microzyma de
Béchamp aurait eu les mêmes effets prophylactiques, tout en
évitant les excès de la bactériophobie externe.
Est-il encore temps, est-il encore possible d’inverser la
tendance et de mettre en honneur les découvertes capitales
d’Antoine Béchamp ? Il est bien difficile de répondre. Certes, des
prises de conscience se développent heureusement. Le
mouvement écologiste d’une part, celui des médecines douces
ou médecines de terrain d’autre part, attirent un public de plus
en plus nombreux. Mais seront-ils de taille à lutter contre des
mastodontes socio-financiers comme l’Institut Pasteur, les
Laboratoires Mérieux, la Sécurité sociale, l’Ordre des médecins,
Rhône-Poulenc et j’en passe ?
En admettant que ces mouvements réformateurs appliqués
à la recherche d’une nouvelle qualité de vie parviennent à se
structurer, où trouveront-ils l’argent nécessaire à des campagnes
d’information assez efficaces pour contrebalancer la formidable
pression publicitaire que le système des parasitistes, décidément
bien nommés, exerce sur la population?
« Comment peut-on laver plus blanc que blanc ? » demandait
Coluche avec son humour caustique. « En lavant les cerveaux deux
fois par jour», lui eût répondu sérieusement n’importe quel
propagandiste télévisuel. D’énormes intérêts, y compris
salariaux, conjugués aux routines, aux conformismes et aux
crédulités sont entassés sur la tombe d’Antoine Béchamp. Qui
pourra les en déloger ?

Le livre capital du Professeur Antoine Béchamp, qui a pour
titre « LES MICROZYMAS dans leurs rapports avec l’hétérogénie,
l’histogénie, la physiologie et la pathologie », est un gros ouvrage de
mille pages qui regroupe quatorze conférences, lesquelles sont la
transcription des cours donnés par l’auteur à la faculté de
médecine de Montpellier. C’est dire que c’est un livre ardu et qui
peut, en maint endroit, lasser la patience du lecteur profane.
C’est qu’en effet Béchamp, combattu par Pasteur, était dans
l’obligation de restituer minutieusement le détail de ses
expériences de laboratoire, afin que ses preuves scientifiques
puissent être vérifiées et ne souffrent aucune discussion.
L’ensemble est donc un document historique de la plus
haute importance, qui démontre magistralement les erreurs du
système pasteurien et l’abus qui a été fait du concept de la
« panspermie atmosphérique » et du « monomorphisme
bactérien».
Ce sont au contraire les preuves du «polymorphisme
bactérien » que Béchamp a accumulées. C’est ce polymorphisme
qui explique la naissance et l’évolution des maladies dans les
organismes déréglés, carencés, affaiblis, pollués, intoxiqués dont
les éléments constituants se «révoltent» en quelque sorte et
changent de forme et de vocation, passant du camp de la vitalité
dans celui de la morbidité en adoptant des comportements
pathogènes.
Car telle est finalement la grande leçon à tirer de l’enseignement
d’Antoine Béchamp : ce n’est pas le méchant microbe qui
crée la maladie, c’est la maladie qui engendre le méchant
microbe. Ce qui rejoint pleinement la sentence de Claude
Bernard: Le microbe n’est rien, le terrain est tout, dont Pasteur sur
son lit de mort dut reconnaître la validité.

 

suite…

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