Le dossier Saragosse


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Auteur : De Villemarest Pierre
Ouvrage : Le dossier Saragosse
Année : 2002

 

Pierre Faillant de Villemarest, né à Chalon-sur-Saône le 10 décembre 1922 et mort le 22 février 2008, est un ancien résistant, membre des services de contre-espionnage français, devenu journaliste et écrivain, spécialiste des relations internationales.
Issu d’une famille très ancienne, Pierre Faillant de Villemarest a suivi des études en droit et en sciences politiques, études qui furent interrompues par son engagement contre l’occupation nazie de la France.
En septembre 1940, il participe à la création de « la Dernière Colonne », un petit groupe de résistants dont les fondateurs étaient Emmanuel d’Astier de La Vigerie et Édouard Corniglion-Molinier. On y trouve également Lucie Aubrac, Louis Aragon et André Philip. Ce groupe deviendra Libération-Sud. À la suite d’un différend politique, Villemarest rejoint l’Armée secrète dont il commande en 1943 un groupe franc dans le Vercors. Agent P2 du réseau Kléber, spécialisé dans le renseignement, il participe à la dénazification de l’Allemagne et de l’Autriche, et tisse des liens avec les services américains et anglais dès cette époque.
Après la guerre, il est décoré de la croix de guerre 1939-1945, de la Croix du combattant volontaire de la Résistance et de la médaille des engagés volontaires.
De 1945 à 1950, il est membre du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Il est emprisonné pendant la guerre d’Algérie pour son appartenance à l’Organisation armée secrète (OAS), après son passage au Mouvement populaire du 13-Mai (MP-13) de Robert Martel. En 1968, il épouse Danièle Martin, fille du docteur Henri Martin, cofondateur de la Cagoule et membre de l’OAS.
Pierre de Villemarest était membre de l’Amicale des anciens des services spéciaux de la Défense nationale (ASSDN).
Devenu journaliste, il travailla à partir de 1951 au service étranger de l’Agence France-Presse (AFP), et collabora à diverses publications dont L’Aurore, Valeurs actuelles, Défense de l’Occident, La Vie française, Le Quotidien de Paris, Historia.
Il a aussi fait partie du comité de rédaction du journal Monde & Vie, « bimensuel catholique et national » de Claude Giraud, animatrice à Radio Courtoisie. Avec sa femme Danièle Martin, Pierre de Villemarest anima par ailleurs un Libre journal sur cette radio. Lors d’une émission animée par Claude Giraud le 20 mars 1997, il tint des propos considérés comme révisionnistes sur les chambres à gaz nazies, ce qui entraîna une mise en demeure de la part du CSA, et une plainte en 1997 de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation dans le cadre d’« actions juridiques contre le négationnisme ». Dans une lettre adressée au Réseau Voltaire, l’intéressé écrira n’avoir « jamais nié l’holocauste », mais posséder « [des] chiffres qui ne correspondent pas à ceux qui sont habituellement cités ».
Pierre de Villemarest était le directeur du Centre européen d’information (CEI), basé à Cierrey, dans l’Eure, qu’il fonda en 1970. La Lettre du Centre européen d’information, dont il était le rédacteur en chef, décrit notamment les activités de la Trilatérale et du Groupe Bilderberg. Il lui fut reproché par ses opposants de diffuser des théories conspirationnistes.
Pierre de Villemarest était vice-président du Syndicat national de la presse privée, membre de la Société des auteurs et créateurs de Normandie, et l’un des animateurs du Centre de recherches sur le terrorisme depuis le 11 septembre 2001. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, très diffusés dans certains pays d’Europe de l’Est, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, portant sur les sujets dont il était un spécialiste reconnu, tels que les services de renseignement soviétiques, la Gestapo, l’espionnage contemporain, le terrorisme, ou encore les rapports URSS-Allemagne.

suite…

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Génocide contre qui ? Par… qui ?


 
Auteurs : Verbeke Herbert – V.H.O.
Ouvrage : Génocide contre qui ? Par… qui ?
Année : 1997

Il y a dix ans, Rudolf Hess mourait, assassiné par les services
secrets britanniques dans la prison de Spandaû où il était enfermé
depuis plusieurs décennies. Si l’on excepte certains nostalgiques en
quête de symboles, l’ancien dauphin de Hitler, alors nonagénaire et à
demi-paralysé, ne représentait plus rien : il n’écrivait aucun texte, ne
donnait aucun interview, ne soutenait aucun parti. Dès lors, pourquoi
l’avoir assassiné ? Tout simplement parce que Rudolf Hess restait un
témoin clé de l’Histoire, une Histoire falsifiée par les vainqueurs de
1945.
En 1995, à Münich, alors que le monde entier s’apprêtait à
célébrer le cinquantenaire de la victoire des Alliée sur le IIIe Reich,
un vieillard de 75 ans s’est immolé par le feu. Reinhold Elstner,
c’était son nom, laissait une lettre d’adieu qui se terminait par :

50 ans de calomnies et de diabolisation incessantes de tout un peuple sont
assez.
50 ans de monstrueux outrages au soldat allemand sont assez.
On ne peut que pressentir le flot de mensonges qui se déversera sur notre
peuple en cette année du jubilé. Avec mes 75 ans, je ne peux plus faire grand
chose mais pourtant avec ma mort dans les flammes comme final je veux
ériger un signe visible de conscience.
Et si seulement un Allemand revient à la raison et trouve la voie de la vérité,
alors mon sacrifice n’aura pas été vain.

Un demi-siècle après la chute du national-socialisme, la Seconde
Guerre mondiale est présentée comme une suite de batailles

qui se sont déroulées du Pacifique à la pointe de la Bretagne, en
passant par l’Afrique et l’Europe du Nord. Les touristes visitent les
plages du Débarquement, entrent dans les blockhaus, se promènent
dans des bâtiments qui ont abrité les Q.G. des différentes armées.
Ils en oublient, que parallèlement à cette guerre physique, s’est
déroulé une guerre psychologique acharnée. Tant que les guerres
opposèrent uniquement des princes locaux et furent faites par un
petit nombre d’hommes dont le métier était de se battre, la guerre
psychologique n’exista pas. Au XIXe siècle, toutefois, l’émergence de
pouvoirs centralisés régissant des nations entières vit apparaître la
levée d’armées composées d’hommes incorporés de force. Le XXe
· siècle vit naître les guerres qui n’opposaient pl us des régions mais des
nations entre elles. Une fois le conflit débuté, la patrie entière entrait
en économie de guerre et, outre le soldat, le peuple resté à l’arrière
devait apporter sa contribution à la victoire. Or, pour que ces sacrifices
soient consentis, il fallait impérativement faire croire à la masse
qu’elle menait le bon combat. De même fallait-il tenter de démoraliser
le peuple d’en face en lui répétant que ses dirigeants le
trompaient et qu’il se battait pour une cause injuste.
Dans son livre intitulé : Falsehood in War-Time (Le mensonge
en temps de guerre), l’Anglais Arthur Ponsonby a révélé certains
aspects de la guerre psychologique telle qu’elle s’est déroulée entre
1914 et 1918. C’était l’époque où les Allemands étaient accusés non
seulement d’avoir déclenché le . conflit, mais aussi de couper les
mains des bébés belges, de mutiler les infirmières, de crucifier des
soldats Canadiens etc 1.
La guerre de 1939-1945 ··fut d’un genre nouveau. Pour la
première fois dans l’époque moderne, un conflit n’opposait pas deux
impérialismes nationaux conquérants, mais deux visions du monde
inconciliables: la vision libérale-communiste · (deux faces d’une
même médaille) et la vision nationale-socialiste. Telle est la raison

pour laquelle des ressortissants de toutes les nations se placèrent
volontairement dans les camps opposés : par. exemple, des Français
combattirent sous l’uniforme allemand pendant que des ressortissants
allemands contribuaient à l’effort de guerre des Alliés. On oublie
même que 270 Britanniques, regroupés sous la bannière de la Légion
Saint-Georges, combattirent aux côtés des Allemands sur le front de
l’Est 2. Après la défaite du Reich, leur chef, Jolm Amery, fut capturé
puis pendu pour trahison le 19 décembre 1945, il avait 33 ans.
Dès lors, on comprendra aisément que, durant ce conflit, la
guerre psychologique ait fait rage dans tous les camps. Chez les Alliés,
ses objectifs furent multiples. Dans un premier temps, il s’agit :

1e- d’entretenir le moral des soldats franco-anglais dont certains
percevaient l’hypocrisie de ce conflit. Rappelons en effet que la
France et l’Angleterre avaient déclaré la guerre à l’Allemagne afin de
sauvegarder l’indépendance de la Pologne. Or, si l’on excepte quelques
manoeuvres de faible envergure et sans résultat, les armées
franco-britanniques ne bougèrent pas en septembre 1939 lorsque les
soldats de la Wehrmacht déferlèrent sur le pays du colonel Beek.
Bien plus, ni l’Angleterre ni la France ne songèrent à déclarer la
guerre à l’URSS lorsque, le 18 septembre 1939, celle-ci envahit à son
tour la Pologne. Rapidement, donc, certaines voix s’élevèrent pour
dénoncer ce qui paraissait être une guerre purement idéologique
contre le national-socialisme.
2°- de porter des coups psychologiques au peuple allemand.
En Angleterre, l’homme qui fut chargé d’organiser cette guerre
étrange s’appelait Sefton Delmer. Né à Berlin en 1904, il collabora au
Daily Express pendant de nombreuses années avant de devenir, en
1940, principal collaborateur du Ministre britannique de l’Information,
Duff Cooper. Peu après, il dirigea les émissions en langue
allemande de la BBC et le service de propagande,qui s’y rattachait .

Sa première mission fut de répondre à l’offre de paix faite
publiquement devant le Reichstag par Hitler en 1940. Le 19 juillet
1940, le Führer avait, dans un mémorable discours, adressé «un
nouvel et dernier appel à la raison universelle » en offrant à l’Angleterre
la paix dans les termes suivants :

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4 000 ANS DE MYSTIFICATIONS HISTORIQUES


Auteur : Messadié Gerald
Ouvrage : 4000 ans de mystifications historiques
Année : 2011

L’homme est de glace aux vérités,
Il est de feu pour les mensonges.
Jean de La Fontaine

Il est permis de violer l’Histoire,
à condition de lui faire un enfant.
Alexandre Dumas

Avant-propos
Dénoncer la mystification, c’est
dénoncer le mensonge. Entreprise
philosophique si vaste qu’elle prendrait
toute une vie. De surcroît, il n’est pas
deux visions identiques de la réalité ; il
s’ensuit que toute personne qui décrit la
sienne ment involontairement à l’autre.
L’adage est d’ailleurs ancien : « Chacun
voit midi à sa porte. »
Dire le faux se présente cependant
sous des formes diverses, souvent
enchevêtrées. Le mensonge sincère, par
exemple celui du témoin d’un fait divers
qui s’est trompé sur l’apparence d’un

délinquant, se différencie du mensonge
intentionnel, tel que celui du faux
témoin : celui-là est un manipulateur.
Dans la Grèce antique, personne
n’avait jamais vu Athéna, mais clamer
qu’elle n’existait pas était un crime
passible de mort. Sa réalité appartenait
à cette forme de fiction ou de mensonge
sincère qui s’appelle mythe et qui
permet de rallier un grand nombre de
citoyens à la défense d’une noble cause.
Se prétendre délégué par les dieux pour
prendre une décision politique
importante était en revanche un
mensonge manipulateur, c’est-à-dire une
mystification, elle aussi passible de la
peine de mort.
Distinguer entre les deux est ardu.

Peut-être le mystificateur est-il sincère ?
Peut-être a-t-il eu un songe et se croit-il
vraiment délégué par les dieux ? Dans la
vie des nations, ces questions revêtent
bien plus d’importance que dans un
amphithéâtre. Car la parole est
instrument du pouvoir et celle qui
s’exprime publiquement est signe de
l’autorité. Seul celui qui détient les deux
dispose du privilège de s’adresser au
plus grand nombre.
Qu’on m’autorise ici un souvenir
personnel ; il me paraît opportun. En
2006, la télévision suisse romande
décida d’organiser un débat public sur
le Diable et réunit à cette fin un prêtre
catholique, un pasteur protestant, un
imam musulman et un laïc, en

l’occurrence moi-même, parce que
j’avais publié une Histoire générale du
Diable (1). Le débat aborda la place de
ce personnage dans les théologies. Il fut
convenu par les invités qu’il incarnait
l’essence du Mal et l’ennemi de Dieu,
mais quand mon tour vint de répondre, je
différai d’eux. Je rappelai que, selon
l’Ancien Testament, il était le serviteur
de Dieu. L’étonnement, teinté de
scandale, se manifesta sur le plateau. Je
citai alors ces lignes du Livre de Job :
« Le jour vint où les membres de la
Cour des cieux s’assemblèrent en
présence du Seigneur, et Satan était là
parmi eux. Le Seigneur lui demanda où
il avait été. “Je parcourais la Terre d’un
bout à l’autre”, répondit-il. Le Seigneur

lui demanda alors : “As-tu remarqué
mon serviteur Job ? Tu ne trouveras
aucun autre comme lui sur la Terre.” »
(Job, I, 6-8). Satan était donc membre de
la Cour des cieux. La consternation
succéda au scandale et le rabbin déclara
que je venais de démontrer la raison
pour laquelle il ne fallait pas mettre les
Livres saints dans les mains des
profanes.
La raison implicite en était que seule
l’autorité peut interpréter ces livres.
Cependant, l’autorité est humaine. Elle a
parfois défailli au cours des siècles,
comme on sait.
*
Depuis la seconde moitié du XXe

siècle, une révolution silencieuse se fait
de plus en plus tonitruante. Elle est
internationale. Son cri de ralliement :
« On nous a menti ! » Sur quoi ? Sur le
passé. Qui sont les manifestants ? De
jeunes historiens. Aux États-Unis, en
France, en Angleterre, en Italie et
ailleurs, ces érudits dont le métier est de
raconter le passé poursuivent une
insurrection qui en déconcerte plus d’un.
Ils multiplient les livres, les études et
les numéros spéciaux de revues sur les
falsifications qui constitueraient la trame
de la mémoire collective et
transmissible.
Aussi, dès le XIXe siècle, l’historien
Fustel de Coulanges les avait-il
prévenus : « Enseigner l’histoire est une

guerre civile. »
Les mensonges après lesquels en ont
ces rebelles n’étonneront que les naïfs :
depuis les peintures des grottes
préhistoriques, il est évident que l’esprit
humain est en quête perpétuelle de
mythes. Seul le mythe fait palpiter son
coeur et lui infuse le goût de l’action.
L’image de l’aurochs percé de flèches
symbolisait le triomphe de l’humain sur
la bête, et la dépouille de l’animal
assurait la nourriture essentielle à la vie,
tout comme les os qu’on pouvait aiguiser
en poignards, la peau dont on s’habillait.
Et les guerriers prirent l’habitude de
planter des cornes sur leur casque : ils
avaient vaincu l’aurochs, ils étaient des
héros, ils s’en étaient approprié les

armes. À l’époque historique, des
légions partirent se battre sous l’égide
d’un dieu de la Guerre, Mars, Arès,
Bellone, Ogmios ou autre. Personne ne
l’avait jamais vu, mais il existait
puisqu’il le devait. On lui inventa même
une biographie et l’on s’esclaffait au
récit de la mésaventure de Mars, par
exemple, quand Vulcain l’avait pris
avec son filet alors qu’il s’ébattait avec
Vénus.
Car le mythe est plus fort que la
vérité.
Mais il est mensonge.
Au fur et à mesure que l’imprimerie
fixa et répandit le savoir, on s’avisa que
nombre de gens avaient fabriqué des
mythes et que, en plus d’être des

instruments de pouvoir, ils pouvaient
être toxiques. La naissance de la
propagande les rendit encore plus
dangereux. Quelques fabricants de
mythes galvanisèrent, par exemple, une
nation aussi cultivée que l’Allemagne
avec le mythe de la « race aryenne ».
Repus des fadaises dont leurs aînés
les avaient gavés, les jeunes historiens
partirent en guerre, pareils à des
exterminateurs. Ils n’ont pas fini leur
tâche : les mythes pullulent, en effet. Ils
se nichent dans les recoins des
mémoires.
Mais comment les reconnaître ?
*
Tout savoir est par définition

incomplet et sujet à révisions, donc à
erreurs. Tout médecin peut vérifier que
l’art de guérir au XXIe siècle n’a que de
lointains rapports avec celui du début du
XXe. L’histoire ne fait pas exception à la
règle. Qu’est-elle ? Un récit ou la
combinaison de plusieurs récits du
passé, d’après des documents et
témoignages de l’époque. Mais qu’il
s’agisse de l’histoire antique, de celle
des siècles passés ou bien des dernières
décennies, elle est constamment
modifiée par des découvertes
archéologiques ou par l’apparition de
documents et de témoignages.
Il s’ensuit que tout savoir est par
définition inachevé.
Ainsi, jusqu’au dernier quart du XIXe

siècle, lettrés et public pensaient que
l’Iliade d’Homère était le récit poétique
d’événements qui s’étaient peut-être
déroulés au temps d’Homère, mais qui
n’avaient pas grand rapport avec une
quelconque réalité historique. On douta
même de l’existence du poète. En 1868,
un riche Américain d’origine allemande,
Heinrich Schliemann, passionné
d’Homère, entreprit des fouilles à
l’entrée des Dardanelles, sur le site
présumé de Troie, puis en Argolide, à
Mycènes et Tirynthe. La découverte de
ruines anciennes ravagées par le feu et
de trésors considérables le convainquit
d’avoir retrouvé Troie. La mise au jour
de seize tombeaux à Mycènes le
persuada cette fois qu’il avait identifié

les vestiges de l’antique royaume
d’Agamemnon. On a depuis
considérablement nuancé les
affirmations de Schliemann, mais enfin,
il avait donné quelque substance
historique au poème d’Homère.
Le mythe avait été confirmé par
l’histoire.
Mais l’histoire peut aussi défaire le
mythe. Ainsi, les instituteurs ont
enseigné pendant des décennies, dans les
écoles républicaines, qu’un certain
Charles Martel, à la tête des armées
franques, avait arrêté les Sarrasins
(certains disaient déjà « les Arabes ») à
Poitiers en 732. Les armées franques
étaient alors identifiées aux armées
françaises et, dans l’esprit des écoliers,

même devenus adultes, les croisades
n’étaient pas loin (trois siècles les
séparaient de l’épisode de Poitiers). La
référence gagna les milieux politiques et
la bataille de Poitiers devint une
préfiguration de la naissance de la
France, puis de sa résistance au « péril
arabe », magnifiée dans les croisades.
Pénétré de la notion d’« identité
nationale », renseignement de la IIIe
République exalta les gestes de Charles
Martel, de Roland à Roncevaux et de
Jeanne d’Arc comme autant d’exemples
de l’indomptable esprit de la France. En
réalité, c’étaient trois mythes issus de
faits dénués de toute la portée grandiose
et symbolique qu’on leur prêtait pour
des raisons politiques. L’interprétation

en est fausse et même tendancieuse.
Mais elle est aussi tenace.
*
Au début du XXe siècle, alors que
l’histoire était devenue, en France
comme dans plusieurs autres pays
européens, une véritable discipline sous
l’impulsion d’Ernest Lavisse, les
historiens s’avisèrent de trois faits :
d’abord, cette discipline tenait une place
fondamentale dans la culture, car elle
ouvrait l’esprit à la compréhension du
monde ; elle devait donc, à ce titre, être
associée à la géographie ; ensuite, elle
exerçait une influence politique et, de ce
fait, elle était elle-même influencée en
retour par la politique ; or, celle-ci étant

tributaire de l’éthique, du moins en
principe, il s’ensuivait que l’historien
devait la respecter aussi. Il eût été
immoral, par exemple, de représenter un
tyran ennemi comme un monarque
éclairé, comme il était immoral de
décrire comme un pleutre ou un
incapable un roi dont la dynastie régnait
toujours. Ce fut ainsi que Néron, ennemi
supposé du christianisme, fut représenté
comme un monstre.
Enfin, sans prétendre à être une
science exacte, au même titre que les
mathématiques ou la chimie, l’histoire
devait néanmoins se fonder sur les
documents et s’aider de disciplines
telles que l’économie, la sociologie,
l’ethnologie, l’évolution des sciences et

des techniques, et – en Allemagne en
particulier – la philosophie.
Tout à la fois, l’histoire s’enrichit
donc et devint plus rigoureuse dans ses
interprétations. Progressivement, elle
s’affranchissait des mythes et de la
manipulation politique.
Une telle évolution ne pouvait se faire
sans bouleverser des habitudes de
pensée et des traditions souvent
entretenues depuis des siècles, non
seulement chez les instituteurs, mais
aussi dans les milieux académiques. Elle
entraînait en effet la remise en question
de bien des idées ancrées dans les
cultures nationales. Dès le XIXe siècle,
Fustel de Coulanges, auteur de La Cité
antique, dénonçait le mythe de la liberté

dans l’Antiquité. Scandale : le citoyen
romain, ce modèle – imaginaire – de
l’homme accompli, n’était donc pas
libre ? Non, la liberté est une idée
récente en histoire.
Au début du XXe siècle, le philosophe
italien Benedetto Croce, désabusé,
déclarait que « toute histoire est roman
et tout roman, histoire ».
Les protestations indignées fusèrent
contre ces révisions, qualifiées tour à
tour de positivistes, de négativistes (ce
qui n’avait rien à voir avec le
négationnisme), d’antipatriotiques ou de
cyniques, mais qui étaient en tout cas
rejetées par certains courants
idéologiques. En France, par exemple,
les mythes de « nos ancêtres les

Gaulois » et de « Jeanne d’Arc qui bouta
les Anglais hors de France » demeurent
particulièrement tenaces. Même dans
l’histoire récente, on a vu des
fabrications à l’encontre de toutes les
évidences.
Puis un accident fâcheux et même
détestable advint : après la Seconde
Guerre mondiale, quelques historiens,
eux-mêmes intoxiqués par des
mythologies, prétendirent que le nombre
de juifs assassinés « scientifiquement »
par les nazis avait été démesurément
gonflé, que les chambres à gaz étaient
une invention concoctée par des juifs et
que le Zyklon B n’avait servi qu’à
désinfecter les prisonniers…
On se méfia alors des négationnistes,

comme on les appela. La surabondance
des preuves contraires finit par
discréditer leurs thèses, et diverses lois,
avec sanctions assorties, réprimèrent
leurs discours. La mesure était
drastique, mais un peu moins de
véhémence de leur part leur eût sans
doute épargné ce sort.
Les révisionnistes reprirent alors leur
inventaire des mensonges,
mystifications, omissions et fabrications
du passé…
*
Ici se pose une question troublante :
les historiens responsables de ces
erreurs étaient-ils des ignorants ? Non :
les documents qu’ils avaient patiemment

mis au jour de génération en génération
le démontrent amplement. Il suffit de les
consulter pour s’assurer des erreurs.
Étaient-ils alors de mauvaise foi,
sinon des menteurs eux-mêmes ? Pour
outrancière qu’elle soit, l’accusation est
un peu plus fondée, mais elle doit être si
fortement nuancée qu’elle perd une
grande part de son poids. Ces hommes
(on compte peu de femmes dans leurs
rangs) ont souvent modifié
l’interprétation des faits pour démontrer
ce qu’ils considéraient comme une
vérité ; c’est-à-dire qu’ils ont sacrifié la
réalité à l’idée.
Parfois aussi, l’historien est à son insu
prisonnier du prisme de sa culture et suit
des schémas de pensée autocentrés. Le

cas de Galilée est à cet égard
exemplaire : jusqu’à lui et à Copernic
– qui ne publia pas ses conclusions –,
les autorités intellectuelles et
spirituelles de l’Occident tenaient que la
Terre était le centre de l’univers.
Aucune démonstration ne les aurait
convaincus du contraire ; c’est un
phénomène connu en psychologie sous le
nom de dissonance cognitive. L’esprit se
refuse à admettre des évidences
contraires à ses convictions.
A u XXIe siècle, l’historien Jack
Goody (2) a démontré que des historiens
éminents avaient commis la même
erreur ; ils avaient interprété l’histoire
selon un angle européen. Ils décrivaient,
par exemple, la découverte du sucre et

des épices comme un phénomène
européen et ne se souciaient pas de
savoir comment d’autres civilisations
les avaient découverts, avant l’Europe.
Le cas le plus pittoresque est celui du
père missionnaire Labat (1663-1738),
qui avait déclaré que les Arabes ne
connaissaient pas l’usage de la table, et
Fernand Braudel cite un observateur
selon qui les chrétiens ne s’assoient pas
par terre pour manger, comme les
musulmans. Formidable erreur : l’Orient
connaissait la table depuis les pharaons.
Et quant à s’asseoir par terre pour
manger, il suffit d’avoir un peu voyagé
pour savoir que les animistes, les
bouddhistes et bien d’autres le font.
Inconsciemment, les historiens

suivaient un schéma de pensée destiné à
prouver la supériorité de l’Occident
chrétien sur le reste du monde.
Cette déformation s’explique.
L’histoire est un chaos de données et
nulle intelligence ne peut se résoudre à
ce qu’elle, sa famille, ses proches et ce
qu’elle considère comme son peuple ne
soient que des fétus entraînés dans des
tourbillons aveugles, dont nul ne sait où
ils vont. C’est le problème fondamental
de la philosophie : nul n’accepte
l’absurde. Un tel consentement serait
immoral, parce que celui qui se résout à
l’injustice devient lui-même injuste.
Les études d’éthologie du XXe siècle
l’ont démontré : même l’animal refuse
l’injustice.

Pour l’historien, il s’ensuit que sa
mission est de donner un sens à la masse
de faits qu’il est chargé de traiter pour
en offrir un récit selon lui cohérent. On
ne peut pas douter de la sincérité de tous
ceux qui, dans le système
d’enseignement de la IIIe République,
étaient convaincus que la république
était un progrès social par rapport à la
royauté, de même que l’automobile était
un progrès par rapport à la traction
animale. Cette idée prouvait à leurs yeux
qu’il y avait bien un sens dans l’histoire.
De ce fait, l’historien se devait de
distinguer ceux des faits qui le
démontraient, quitte à négliger, occulter
ou oublier les autres. Ce fut ainsi que les
faits qui risquaient de nuire à l’aura de

la Révolution de 1789, tels que les
massacres de Vendée, étaient mis sous
le boisseau. La tendance perdura
jusqu’au XXe siècle : il est alors difficile
de trouver, dans l’abondante littérature
consacrée à Robespierre, une mention
de sa tentative de suicide, peu avant son
arrestation ; certains ouvrages étrangers
allèguent même que Robespierre aurait
été blessé par un soldat nommé
« Melda » ; à une consonne près,
d’autres disent franchement « Merda »…
on devine l’intention.
Dans son cas, l’amnésie aggrava la
fabrication : il y avait bien cent
personnes autour de Robespierre à ce
moment-là, mais personne ne se souvint
de rien.

Ainsi, l’idée s’affirme et se
transforme en mythe.
L’historien est un mythificateur qui
vise à montrer que son monde est
supérieur aux autres ; le mystificateur,
lui, cherche à montrer qu’il est lui-même
supérieur aux autres. La différence entre
les deux est ténue.
Jadis vécut peut-être un homme d’une
force inouïe. Celle-ci était si
prodigieuse qu’elle ne pouvait
s’expliquer que par une origine
surnaturelle : cet homme devait avoir été
enfanté par un dieu amoureux d’une
mortelle. Demi-dieu, donc toujours
asservi à la condition humaine, il était
donc voué à la mort. Mais même la mort
d’un demi-dieu est difficile à admettre :

il fallait qu’il se la donnât lui-même. Et
pourquoi ? Seul le désespoir peut
pousser un demi-dieu au suicide, et le
plus noble est l’amour.
Ce fut ainsi qu’Hercule, le plus fort
des hommes, monta sur le bûcher parce
qu’il avait été trahi par Déjanire.
Et ce fut l’un des premiers mythes. Et
l’un des premiers faux.
*
Comme tous les remèdes, la
dénonciation des faux comporte ses
effets secondaires ; le principal est la
manie du complot.
Elle peut se retourner contre le
dénonciateur lui-même : de quel droit
conteste-t-il des faits reconnus de tout le

monde ? Quels sont ses titres ? Ne
serait-ce pas un fauteur de troubles ?
Car c’est un point divertissant de
l’histoire : on n’a pas besoin de titres
pour croire, mais on en a besoin pour ne
pas croire. Passe que lord Kelvin,
éminent savant, ait déclaré
solennellement devant ses collègues de
la Royal Society, après la découverte de
la radioactivité : « On ne tardera pas à
découvrir que les rayons X sont une
supercherie. » Il avait, lui, homme de
science qualifié, le droit de se tromper,
mais on n’avait pas le droit de le lui dire
si l’on n’était pas son égal : c’est l’un
des traits du mandarinat universel.
La manie du complot, elle, est très
ancienne ; elle dérive, en effet, d’un

excès de logique ; tout effet ayant une
cause, il s’ensuit qu’il n’est rien
d’inexplicable. En attestent les
innombrables et tragiques procès en
sorcellerie qui émaillèrent l’histoire de
l’Occident jusqu’au XVIIe siècle : si les
moutons d’un paysan mouraient ou si son
fils avait le croup, on soupçonnait
d’emblée le voisin de lui avoir jeté un
sort. Et l’affaire se terminait
généralement par la mort d’un
malheureux ou d’une malheureuse
auxquels on avait extorqué des aveux
par la torture et qu’on brûlait sur un
bûcher après lui avoir arraché la langue.
Cette folie perdura jusqu’au siècle des
Lumières : le premier procès que plaida
le jeune avocat Robespierre à Arras fut

celui de bourgeois qui avaient installé
un paratonnerre sur leur maison. Leurs
voisins avaient déposé plainte, arguant
que ces mécréants voulaient détourner le
courroux divin sur des innocents. Bien
que Benjamin Franklin eût démontré la
nature électrique de la foudre, peu de
gens prêtaient crédit à ces bavardages
scientifiques et tenaient pour acquis que
la foudre était l’expression de la colère
de Dieu. La vieille mystification
entretenue par l’esprit religieux résistait
vaillamment.
Au XXe siècle, le président Roosevelt
et le Premier ministre Churchill furent
désignés comme suspects dans deux
théories du complot : le premier aurait
laissé bombarder la flotte américaine à

Pearl Harbour pour disposer enfin d’un
prétexte à l’entrée en guerre ; quant au
second, il aurait laissé bombarder
Coventry pour démontrer la barbarie
nazie. Les deux théories circulent
encore. Leur fausseté sera démontrée
dans les pages qui suivent.
Plus près de nous, on a vu des
fractions de l’opinion douter du récit
général – on ne dira pas « officiel », car
il n’y en eut pas – de l’attentat du 11
septembre 2001. Les films qui avaient
défilé sur les écrans de télé et qui
montraient bien les avions détournés
heurter de plein fouet les tours du World
Trade Center ne les avaient pas
convaincues. Certaines singularités, il
est vrai, entretenaient des doutes.

Mais la nouvelle théorie dépassa de
loin les questions posées par ces
singularités – et d’ailleurs demeurées
sans réponse.
La séduction du faux est souvent
irrésistible. Pour l’illustrer, nous avons
inclus dans cette anthologie divers
exemples qui touchent à la finance, aux
beaux-arts, à la science ; ils contribuent
à cerner la tendance des manipulateurs à
falsifier les faits.
*
Le choix des termes qui qualifient les
faux en histoire est large : il va du
mythe, qui s’est forgé sans intention
délibérée de tromper, à la mystification,
qui est une tromperie volontaire, en

passant par l’omission, forme
particulièrement perfide du mensonge, et
l’imposture, généralement dictée par des
raisons idéologiques et plus
spécifiquement politiques. Suivent la
rumeur, le bobard, l’intox, le canard,
l’idée reçue, dont les sens se
chevauchent plus ou moins. La sanction
en reste la même : ce sont des délits.
Les bonnes intentions risquent alors
d’être perverties et l’historien peut être
mené à mentir sincèrement, si l’on peut
ainsi dire ; l’exemple le plus flagrant en
est celui de l’Encyclopédie soviétique,
qui variait d’une édition à l’autre afin de
satisfaire aux diktats du Kremlin.
L’historien cesse à la fin de l’être pour
se changer en propagandiste.

Divers efforts ont été faits ces
dernières années pour corriger ces
dérives. Plusieurs d’entre eux méritent
des éloges, mais beaucoup m’ont semblé
excessivement respectueux à l’égard de
certains mythes : ils ne les ont tout
simplement pas mentionnés.
Le lecteur aura deviné la raison de ces
pages. Peut-être demandera-t-il s’il est
possible à un seul historien, non
universitaire, de couvrir d’aussi larges
domaines que ceux qui y sont évoqués.
La réponse est qu’en un demi-siècle de
recherches on peut apprendre et
découvrir bien des choses demeurées
dans l’ombre, même celles qu’on ne
cherchait pas. Plusieurs des domaines
dont il est ici question, dont ceux de

l’histoire antique, des sources du
christianisme et de la Seconde Guerre
mondiale, m’étaient déjà familiers.
L’histoire de l’Égypte, par exemple,
me porta à m’interroger sur certains de
ses personnages les plus célèbres, tel
Ramsès II qui fut, alors que j’étais
enfant, puis adolescent, l’objet d’une
vénération quasi religieuse dans son
pays (l’une de ses colossales statues
s’élevait sur la place de la Gare, au
Caire, avant qu’on la déplaçât au musée,
pour lui épargner la pollution). Je finis
par interroger des égyptologues de mon
entourage et leurs analyses me
conduisirent vers la conclusion exposée
dans ces pages : ce monarque fut l’un
des premiers inventeurs de la

propagande.
Parallèlement, la quasi-sanctification
dont Socrate faisait l’objet de la part de
mes professeurs de grec et de latin finit
aussi par susciter mes soupçons, après
avoir excité ma curiosité. Ces soupçons
me lancèrent dans une enquête de
plusieurs décennies sur ce que put être
l’enseignement d’un maître qui ne
voulait pas être un professeur et d’un
penseur qui n’a pas laissé un seul mot
écrit.
L’adolescence passe au tamis le grain
que ses aînés lui donnent à moudre.
De mes recherches sur les sources du
christianisme, qui ont fait l’objet
d’autres ouvrages, on ne trouvera ici que
deux ou trois points saillants, qui me

semblent faire l’objet de non-dits
décidément pesants.
Enfin, la Seconde Guerre mondiale est
un domaine qui reste inépuisable,
comme en témoignent les flots
d’ouvrages qui s’efforcent de la raconter
et de l’expliquer depuis plus de six
décennies. Je n’ai cessé, depuis le choc
que me causèrent les photos des
premières victimes des camps de la
mort, d’interroger ceux qui en vécurent
tel ou tel chapitre, de consulter les
archives accessibles et de lire tout ce
que je pouvais lire à ce sujet.
Ainsi tombai-je parfois sur des
personnages dont certains suscitaient
mon admiration depuis l’enfance, tel
Orde Wingate, mystificateur de génie, ou

des mystificateurs pathologiques, tel
Trebitsch Lincoln, juif pronazi. Ainsi
découvris-je aussi des légendes
douteuses et des mystifications
pudiquement voilées.
En somme, ces pages sont en quelque
sorte une manière d’autobiographie, en
même temps qu’un tour commenté de ma
bibliothèque.

PREMIÈRE PARTIE

LES MYSTIFICATIONS
DU MONDE ANCIEN

XIIIe siècle av. J.-C.
Ramsès II : grand pharaon
et premier grand mythomane

De tous les pharaons connus du grand
public occidental, Ramsès II est avec
Tout-Ankh-Amon l’un des plus célèbres.
Ce dernier, éphémère roitelet, doit sa
notoriété à l’émotion que suscita la
découverte de sa tombe par Howard
Carter en 1929 et aux trésors qu’elle
révéla ; le premier doit la sienne à la
profusion de monuments colossaux qu’il
érigea sur le territoire égyptien et à ses
statues gigantesques, dont celles que

l’Unesco déclara partie du patrimoine
mondial de l’humanité et qui furent
surélevées dans les années 1960, lors de
la construction du Grand Barrage sur le
Nil. Ce legs formidable fait à ce jour
l’admiration des touristes, aussi bien
que des égyptologues.
Ramsès II fut aussi l’organisateur de
la plus grande mystification du monde
antique.
En 1274 avant notre ère, âgé de vingtsix
ans, couronné depuis cinq ans, il
lança quatre divisions dans une
campagne destinée à reconquérir la
place forte de Qadesh, sur l’Oronte, en
Syrie, que les Hittites, peuplade du
nord-est de la Méditerranée en conflit
latent avec l’Empire égyptien, avaient

enlevée quelques années plus tôt. Il
parvint un mois plus tard à destination.
Dupé par les fausses informations
d’émissaires hittites, il crut ses ennemis
plus éloignés qu’ils ne l’étaient. Il
commit alors une erreur tactique : à la
tête de la division d’Amon, il partit de
l’avant et installa son camp au pied de la
citadelle dont il comptait faire le siège ;
il s’isola donc du gros de son armée.
Les Hittites, alors tout proches,
déboulèrent dans son camp en pleine
nuit et Ramsès II ne dut son salut qu’à la
fuite. Il se retrouva seul dans une mêlée
nocturne. Sa garde personnelle, les
Néarins, lui permit cependant de résister
au premier choc. La division d’Amon
put alors se regrouper et, avec l’aile

d’une division qui arrivait à la
rescousse, celle de Rê, contint
l’offensive hittite.
Le roi hittite Mouwattali avait réussi à
repousser les Égyptiens.
Ramsès II ne conquit jamais Qadesh et
n’en entreprit même pas le siège. Mais il
transforma une déroute caractérisée en
une formidable victoire. D’abord, un
scribe nommé Pentaour rédigea un
immense poème célébrant les triomphes
successifs de son monarque dans cette
épopée, lui prêtant des exploits
imaginaires, comme des incursions en
Mésopotamie et en Asie mineure, avec
le secours héroïque de ses fils… qui
avaient alors dix ou douze ans. Non
content d’avoir ainsi pansé son amour

propre, Ramsès II fit ensuite réaliser des
hectares de hauts-reliefs sur les murs
des temples, pour illustrer ces fables.
Les sujets de Ramsès II ne surent
jamais rien de la vérité et les militaires
qui avaient participé aux combats tinrent
sans doute leur langue, de peur des
conséquences. Mais les Égyptiens
avaient aussi le sens de la satire, et ils
savaient écrire des textes séditieux ;
ceux-ci ne nous sont pas tous parvenus,
mais il en est au moins un qui témoigne
que certains scribes se doutèrent des
rodomontades du monarque ; ainsi du
Récit du scribe Hori, qui dénonce les
vantardises d’un traîneur de sabre et
l’invective en ces termes :
Tu n’es pas allé dans le pays

des Hattous [Hittites] et tu n’as pas
vu le pays d’Oupi [la Syrie]. Tu ne
connais pas plus les paysages du
Kbedem que ceux d’Iged. Tu n’es
jamais allé à Qadesh…
La dénonciation est transparente.
Ramsès II finit par pactiser avec les
Hittites et il dépensa même des trésors
de patience pour obtenir la main de la
fille du « vil Hattou » qu’il avait agoni
d’injures. Il n’en fut pas moins un grand
roi. Mais c’eût été moins évident pour ses
sujets et ses successeurs s’il n’avait
inventé la propagande.

Xe siècle av. J.-C.
La Grande Jérusalem existait avant David
En 1998, l’archéologue israélien
Ronny Reich publiait, au terme de deux
ans de travaux, les résultats de fouilles
entreprises dans les sous-sols de
Jérusalem ; il concluait que le système
de canalisations qui approvisionnait la
ville en eau depuis des dizaines de
siècles datait de 1800 avant notre ère et
que la superficie de la ville ancienne
était double de celle qu’on avait
jusqu’alors estimée ; en effet, elle

incluait la source de Gihon que, par
tradition, on avait située à l’extérieur de
la ville conquise par David.
L’archéologie est une science qui
souvent frise le domaine politique,
notamment en Israël, et les résultats des
fouilles de Reich suscitèrent des
interpellations à la Knesset et des débats
assez vifs, oubliés depuis.
Pour mémoire, selon la tradition,
appuyée sur la Bible (Samuel, II), le roi
David décida de s’emparer de la ville
cananéenne de Jérusalem, qui
appartenait aux Jébusites, afin de mettre
fin à la guerre fratricide entre les tribus
de Benjamin et de Juda et de leur
imposer sa volonté et la paix. Pour cela,
il recruta une armée de Kérétiens et de

Pérétiens, c’est-à-dire des Crétois ;
partant du conduit de la source de
Gihon, à l’extérieur de la ville selon la
Bible, lui et ses soldats s’infiltrèrent
dans Jérusalem, défirent promptement
les défenseurs jébusites et s’emparèrent
de la ville. Par la suite, le roi David
agrandit considérablement sa capitale.
Que les canalisations fussent plus
anciennes qu’on l’avait cru ne
contrariait pas la tradition, puisque
c’était par ces boyaux que David et ses
soldats avaient pénétré dans la ville.
Mais que la source de Gihon se trouvât à
l’intérieur de l’enceinte de celle-ci
contredisait cette tradition ; comment
alors les envahisseurs se seraient-ils
introduits dans la ville ? C’est toute

l’histoire de la conquête de Jérusalem
qui se trouve mise en cause. Plusieurs
aspects en demeuraient déjà
problématiques : comment une petite
armée avait-elle pu s’infiltrer par ses
canalisations dans une ville fortifiée
sans que les occupants de celle-ci s’en
aperçoivent ? Et que devint la
population ?
Plus ils sont anciens toutefois, plus
certains mythes résistent à la critique.

Ve siècle av.]-C.
Les Grecs ont-ils inventé la démocratie ?

L’une des idées reçues les plus
solidement ancrées dans la culture
générale occidentale moderne est que la
Grèce aurait inventé la démocratie. Mis
à part la création du mot à partir des
racines demos, « peuple », et kratos,
« pouvoir », rien n’est plus faux. Pour
mémoire, le mot n’apparut qu’assez tard,
vers la fin du Ve siècle.
Pour commencer, la Grèce, au sens
d’entité nationale, n’existait alors pas.

L’Hellade se partageait en districts
indépendants, la Thrace, la Chalcidique,
les Iles, l’Ionie et la Carie. Là se
dressaient des cités-États, dont la
population n’excédait pas dix mille
citoyens : Athènes, Thèbes, Mégare,
Argos, Sparte, Amphipolis et, sur la côte
de l’actuelle Turquie, Sestos,
Clazomènes, Éphèse, Milet… Des
alliances se forgeaient parfois entre ces
cités-États, mais des antagonismes les
opposaient souvent aussi, comme entre
Athènes et Sparte. Sparte demeura une
royauté alors qu’Athènes ébauchait la
démocratie.
L’ethnologie et l’archéologie ont
démontré que la démocratie directe,
forme de gouvernement où le droit de

prendre des décisions est exercé par le
corps entier des citoyens, selon la loi de
la majorité, existait depuis des siècles
dans bien d’autres régions du monde
sous la forme des conseils de clans. La
démocratie représentative exista aussi
sous la forme de conseils de tribus,
quand celles-ci devaient élire un chef.
La démocratie ne s’imposa pas
d’emblée à Athènes et, jusqu’à la
conquête romaine, la cité balança entre
l’oligarchie et la démocratie. Telle que
la concevaient les Athéniens, celle-ci ne
peut en tout cas être confondue avec le
régime qu’on entend sous ce nom à
l’époque moderne : d’abord, elle
excluait certaines catégories d’habitants
qui n’étaient pas considérés comme

citoyens, tels que les esclaves et les
marins, par exemple ; l’esclavage était
même considéré comme constitutif de la
démocratie, seuls les citoyens dégagés
de leurs tâches pouvant s’occuper des
affaires de la cité. Ensuite, elle ne
connaissait pas la séparation des
pouvoirs et le même magistrat pouvait
être à la fois juge et législateur.
Jusqu’à Périclès, la démocratie était
dirigée en fait par les citoyens les plus
riches ; c’était l’héritage de la
constitution de Solon (VIIe-VIe siècles
avant notre ère). Quand Périclès institua
une taxe permettant de verser une
indemnité (les mistophories) aux plus
pauvres, afin qu’ils pussent participer à
la vie de la cité, une pluie de critiques

s’abattit sur cette innovation, qui ne
correspondait pas à la conception
athénienne de la démocratie.
Enfin, au IIIe siècle, Aristote
considérait le mode d’élection des
responsables de la cité à son époque
comme « trop puéril » (Politique, II) ;
on ne sait pas si l’élection se faisait par
acclamation, comme pour les gérontes,
ou bien par tirage au sort, après
consultation des auspices. Plutarque
rapporte que les scrutateurs, « enfermés
dans un bâtiment, estimaient l’intensité
des acclamations »… (Lycurgue). En
tout cas, elle ne s’effectuait pas par vote.
Il est donc erroné d’attribuer aux
« Grecs » l’invention de la démocratie.
Le terme est un emballage qui a même

servi à des denrées putrides, telles ces
« démocraties populaires » du glacis
soviétique, qui n’étaient ni populaires ni
démocratiques, réalisant à la fois les
sinistres prophéties de la « novlangue »
de George Orwell (1984) et les
fantasmes des fanatiques de l’utopie.

399 av. J.-C.
La mort de Socrate :
un suicide à peine déguisé

En l’an 399 av. J.-C., sur dénonciation
de trois citoyens, le poète Mélétos,
l’artisan et politicien Anytos et l’orateur
Lycon, l’Aréopage d’Athènes, tribunal
de cinq cents citoyens, traduisit en
jugement Socrate, « le plus sage de tous
les hommes » selon l’oracle de Delphes,
c’est-à-dire la voix du dieu Apollon. Il
l’accusa de deux crimes : « Corruption
de la jeunesse » et « Négligence des
dieux de la cité et pratique de

nouveautés religieuses ». Il refusa d’être
défendu par un avocat célèbre, Lysias,
qui l’aurait sans doute tiré d’affaire, et
assuma lui-même sa plaidoirie. Elle fut
tellement désinvolte et insolente que
l’Aréopage indigné le déclara coupable
par 280 voix contre 220.
Les procureurs avaient requis la
mort : il boirait une coupe de ciguë,
selon la pratique athénienne. Il aurait pu
négocier sa peine, mais il déclara qu’il
était un bienfaiteur de la Cité et qu’il
devrait être entretenu par elle. Alors
l’indignation de l’Aréopage s’amplifia :
la majorité favorable à la peine de mort
augmenta. Socrate boirait la ciguë. Il la
but, en effet, arguant que, puisque la
peine avait été prononcée par un tribunal

légitime, il devait l’accepter. Il avait
alors soixante-dix ans. Ses amis lui
avaient offert d’organiser son évasion de
prison ainsi que l’exil dans un lieu sûr,
mais il refusa avec fermeté. La
condamnation à mort acceptée ressemble
alors à un suicide.
Vingt-cinq siècles plus tard, aucune
explication plausible du jugement des
citoyens d’Athènes n’a été offerte. On ne
connaît qu’indirectement les preuves et
les exemples spécifiques de corruption
invoqués par l’Aréopage. Les allusions
à l’homosexualité ne sont évidemment
pas soutenables, car celle-ci n’était pas
délictueuse à Athènes. Quant au second
chef d’accusation, il se réfère aux
allusions à une divinité insaisissable qui

ne correspondait pas aux définitions des
dieux que révérait Athènes et qui se
manifestait à lui sous la forme de son
célèbre daimon, son génie personnel.
Cependant, la sentence de l’Aréopage
a pris au cours des siècles les couleurs
d’une injustice monstrueuse et son
acceptation par Socrate a été interprétée
comme l’expression d’un stoïcisme
admirable devant l’injustice des
Athéniens. Tous les ouvrages scolaires
et universitaires, toutes les
encyclopédies sont unanimes sur ce
point. Le philosophe a ainsi revêtu des
dimensions quasi christiques de héros
défenseur de la vérité qui accepte
courageusement la mort.
Plusieurs historiens ont mis

l’accusation de Socrate au compte de
l’inintelligence et de l’influence des
accusateurs Anytos, Lycon et Mélétos ; à
supposer qu’ils aient en effet été bêtes et
méchants, pareille plaidoirie fit bien peu
cas de la majorité des Athéniens qui
votèrent pour la condamnation à mort :
plus de trois cents sur cinq cents. Il
faudrait qu’il y ait eu à Athènes
beaucoup de gens bêtes et méchants.
*
La vérité est bien différente. Et elle ne
correspond guère aux apologies des
vingt-cinq siècles successifs.
En 399 av. J.-C., Athènes émergeait
de la désastreuse guerre du
Péloponnèse, qui l’avait ruinée, et de

deux épisodes de tyrannie sanglants : la
tyrannie des oligarques, dite aussi des
Quatre Cents, en –411, et la tyrannie des
Trente, en –404. La jeune ébauche de
démocratie athénienne avait manqué y
sombrer. Or, parmi les meneurs de l’une
et de l’autre, on trouvait des disciples de
Socrate, Charmide et Critias. Platon a
d’ailleurs donné leurs noms à deux de
ses Dialogues (comble d’impudence, il
a ajouté au Charmide un second titre, De
la sagesse morale).
Pis encore, l’homme qui avait causé la
ruine d’Athènes, Alcibiade, aventurier
tapageur, provocateur et cynique,
compromis dans un scandale de mauvais
goût (lui et une bande d’amis avaient
castré les hermès qui servaient de

bornes protectrices de la cité), mais
riche et joli garçon, était celui-là même
dont Socrate s’était écrié : « J’aime
deux choses au monde, Alcibiade et la
philosophie. » Désertant Athènes,
Alcibiade était passé dans le camp de
Sparte, l’ennemie jurée, et avait indiqué
à ses chefs comment priver sa ville
natale de ressources : en s’emparant des
mines d’argent du Laurion, qui n’étaient
gardées que par des esclaves. Et, après
la défaite d’Athènes et la destruction des
Longs murs qui protégeaient le port du
Pirée, ce détestable trublion était
revenu, seul sur un navire à la voile
pourpre, comme s’il était un roi.
Charmide, Critias et Alcibiade étaient
donc devenus trois des personnages les

plus exécrés de la jeune
protodémocratie athénienne. Tous trois
avaient été des intimes de Socrate. Bien
sûr, celui-ci ne leur avait enseigné ni la
cruauté ni la tyrannie, mais enfin, son
enseignement devait avoir comporté
quelque élément subversif.
La mise en jugement du philosophe ne
découlait donc ni de la hargne de
quelques citoyens bornés, ni du besoin
de trouver un bouc émissaire, comme
l’ont prétendu certains auteurs
modernes, mais de soupçons justifiés. Il
eût certes pu se défendre plus
habilement qu’en rétorquant à ses juges :
« Comment, vous me convoquez ici
alors que je devrais être au Prytanée ? »
(C’est-à-dire nourri et logé aux frais de

la cité.) Il est vraisemblable qu’il ait
accepté la sentence de mort parce que la
trahison d’Alcibiade lui avait brisé le
coeur. Même s’il n’avait pas le privilège
d’être citoyen d’Athènes, cette ville était
chère à son coeur. Il était vieux, il
préféra la mort.
L’Aréopage est donc passé dans les
siècles pour une sorte de tribunal
populaire, plus soucieux de vindicte que
de justice. Or cette accusation est
insoutenable : cette cour était composée
des hommes les plus instruits de la ville,
et on les voit mal cédant à une haine
soudaine pour le sage distingué quelques
années plus tôt par l’oracle d’Apollon.
*

L’historien contemporain
s’interrogera alors sur les éléments
pervers éventuels de l’enseignement de
Socrate : vaste et hasardeuse entreprise,
car Socrate n’a rien rédigé et l’on ne
connaît cet enseignement que par les
écrits de Xénophon et surtout de Platon,
son disciple le plus fidèle. De plus,
l’admiration que lui ont portée Jean-
Jacques Rousseau, Emmanuel Kant ou
Friedrich Hegel interdirait presque une
analyse aussi audacieuse. Un indice
toutefois retient l’attention : Socrate
n’était pas unanimement respecté à
Athènes, comme la révérence posthume
tend à le faire croire ; en témoigne le
personnage ridicule et même nocif que
l’auteur satirique Aristophane campe de

lui dans trois de ses comédies, Les
Nuées, Les Oiseaux et Les Guêpes :
celui d’un phraseur délirant qui égare la
jeunesse. Et l’on retrouve là un préjugé
courant à Athènes contre les
philosophes, dits « sophistes » : leurs
idées creuses étourdissent la jeunesse, la
détournent du gymnase et sont finalement
contraires à l’intérêt de la cité.
On recoupe ici l’accusation de
corruption de la jeunesse. Le succès des
comédies d’Aristophane révèle la
méfiance d’une partie au moins de la
population athénienne à l’égard de
Socrate.
Le soupçon peut être précisé : dans un
passage du Minos de Platon, Socrate
explique que seuls peuvent gouverner

ceux qui possèdent le « savoir », lequel
est conféré par le ciel et qu’un homme
du commun ne peut revendiquer, même
s’il est vertueux. Or, c’étaient là des
propos fondamentalement
antidémocratiques : ils renforçaient la
cause des oligarques, aristocrates
héréditaires, qui mirent à deux reprises
la république en péril. Ils confirment que
l’influence intellectuelle de Socrate
encouragea les Oligarques dans leurs
coups d’État.
D’ailleurs, l’hostilité à la démocratie
de Platon, le plus proche des disciples
de Socrate, est bien connue : il fulmina
contre le partage des richesses
d’Athènes avec les pauvres et contre les
hommes qui, comme Périclès, « régalent

les Athéniens et leur servent tout ce
qu’ils désirent », les rendant ainsi
« paresseux, lâches, bavards et avides
d’argent ». La démocratie économique
était sa bête noire. Après avoir assisté
au procès de son maître, il alla se mettre
au service du tyran Denys de Syracuse.
Enfin, concernant l’accusation contre
Socrate d’honorer des dieux étrangers,
on peut formuler l’hypothèse que les
Athéniens se référaient aux évocations
que le philosophe avait faites de son
daimon, dont les commandements étaient
plus forts que ceux de la religion.
Mais un point est sûr : les Athéniens
avaient eu de bonnes raisons de
soupçonner Socrate. Il eût pu se
disculper. Sans doute était-il las de la vie.
*
Par un paradoxal incident, le procès
de Socrate justifie les pages que voici et
au moins une partie de l’enseignement
de ce philosophe.
Le philosophe avait mis en garde ses
auditeurs contre les professeurs et toute
personne investie de l’autorité
d’informer la vérité. La méthode
socratique, la maïeutique, était en fait
une méthode de dialogue critique visant
à faire admettre par l’interlocuteur luimême
qu’il ne savait pas de quoi il
parlait et qu’il répétait des notions
inculquées par d’autres, bref, qu’il
répétait des lieux communs. Le célèbre

tableau de David, La Mort de Socrate,
qui représente celui-ci l’index dressé
dans un geste professoral, est à cet égard
un comble d’absurdité : Socrate
s’érigeait justement contre l’index
didactique.
Comme les sages-femmes, je
suis stérile, et le reproche qu’on
m’adresse souvent, celui de poser
des questions aux autres et de
n’avoir pas l’esprit d’y répondre
moi-même, est très juste. La raison
en est que le dieu m’impose d’être
une sage-femme, mais ne me permet
pas d’accoucher.
Or, sa mère était une sage-femme.
Cette attitude critique ne pouvait être

appréciée des Athéniens, pour qui le mot
logos revêtait alors une autorité quasi
divine. Ils avaient pris Socrate pour un
professeur, alors qu’il n’était qu’un
éveilleur.
*
L’historien américain Daniel J.
Boorstin (1914-2004) rapproche à juste
titre cet enseignement de l’avertissement
du dieu-roi Thamis à Thoth, le dieu
égyptien qui avait inventé l’écriture :
« Ta découverte [l’écriture] rendra
oublieux ceux qui veulent apprendre,
parce qu’ils ne se serviront plus de leur
mémoire. »

330 av. J.-C.
La découverte de Thulé par Pythéas,
ou la galéjade qui n’en était pas une

Quand le géographe grec Polybe (IIe
siècle av. J.-C.) commenta le récit de
voyage de son compatriote marseillais
d u IVe siècle, Pythéas, il le traita de
« fieffé menteur ». « Qui croira qu’un
simple particulier, de fortune
notoirement médiocre, ait pu trouver le
moyen de parcourir d’aussi énormes
distances ? » Son illustre successeur
Strabon (Ier siècle av. J.-C.) ne fut pas
plus élogieux, il qualifia Pythéas de

« charlatan de profession » qui « partout
et toujours cherche à tromper son
monde ». Les sarcasmes des spécialistes
se sont poursuivis jusqu’à nos jours, et
une illustre encyclopédie du XXe siècle
assure que Pythéas a bien mérité le
mépris de Strabon par sa description
d’une mer « coagulée ». Une mer
coagulée, vraiment ! C’était bien des
siècles avant la sardine qui boucha le
port de Marseille.
Pythéas le Massaliote, natif de
Massalia, colonie grecque fondée au VIIe
siècle av. J.-C. par des Grecs à
l’emplacement de Marseille, mérite
pourtant plus de respect, et il a
d’ailleurs fini par en regagner. Pour
commencer, même Strabon concède que

ce n’était pas un ignorant : « En ce qui
concerne l’astronomie et les
mathématiques, Pythéas semble avoir
montré de la compétence. »
Vers 330 av. J.-C., Pythéas franchit
les Colonnes d’Hercule, c’est-à-dire le
détroit de Gibraltar, alors unique porte
du bassin méditerranéen dont les
riverains pensaient que c’était le
berceau des civilisations et le seul digne
de ce nom ; l’Inde et la Chine étaient
pour eux des contrées reculées dans le
temps et l’esprit.
D’après les fragments qui nous sont
parvenus de sa Description de l’Océan
et des citations d’autres auteurs, Pythéas
remonta la côte atlantique vers le nord
et, dépassant la péninsule bretonne,

gagna « la grande île britannique ».
Preuve qu’il n’était pas un hâbleur, il fut
le premier à évoquer la position, la
forme et les dimensions de la Grande-
Bretagne avec une précision étonnante.
Il en décrit aussi la population. Diodore
de Sicile, qui le cite, rapporte qu’elle a
« des habitations très pauvres, faites le
plus souvent de roseaux et de bois ». Les
gens y conservent leurs récoltes dans
des abris couverts. « De ces réserves,
ils tirent chaque jour les vieux épis,
qu’ils égrènent et travaillent de façon à y
trouver de la nourriture. Pour ce qui est
de leur caractère, ce sont des gens très
simples et bien éloignés de cet esprit vif
et méchant de ceux d’aujourd’hui. »
Et il n’avait pas connu Strabon.

Le rapport qui ébaubit l’Antiquité,
puis la fit ricaner mais qui conserve son
mystère, est la découverte d’une terre
« à six jours de navigation au nord » de
la grande île britannique. Pythéas
l’appelle Thulé et la désigne comme « la
plus septentrionale des terres qui ont un
nom ». Là, relève-t-il, « la nuit était tout
à fait petite, de deux heures pour les uns,
de trois pour les autres ». À l’évidence,
Pythéas est arrivé dans le cercle polaire
arctique, au moment du solstice d’été.
Détail frappant : Pythéas rapporte que
les habitants de cette contrée battent
leurs récoltes sous abri, « la pluie et le
manque de soleil les empêchant de se
servir d’aires découvertes ». Le manque
de soleil dont il parle ne peut se

produire que l’automne et l’hiver, où les
jours sont très courts ; Pythéas n’a pas
pu inventer ce fait, puisqu’il n’était pas
dans la région à cette époque. Il n’a pas
inventé non plus que les Hyperboréens
fabriquent une boisson à base de
céréales et de miel.
Qu’était cette terre dont la légende
hanta les imaginations jusqu’au XXe
siècle ? Estimer sa position exacte serait
hasardeux, car on ignore la vitesse à
laquelle l’explorateur avança pendant
six jours au nord de la Grande-Bretagne,
et la majorité des navigateurs et
historiens supposent que Pythéas aurait
pu atteindre l’archipel des Orcades ou
des Shetland, mais certainement pas
l’Islande. Toutefois, cette restriction

laisse fortement sceptique, car le temps
nécessaire pour rallier les deux
archipels à partir du nord de la Grande-
Bretagne est bien inférieur à six jours de
navigation : il est à peine d’un jour
entier, Pythéas a pu se rendre plus au
nord, surtout si l’on tient compte du
courant et des alizés de l’Atlantique
nord au moment du solstice d’été.
L’Islande est située à quelque 250 milles
au nord-ouest de la Grande-Bretagne ;
un vent soutenu aurait permis à Pythéas
de franchir une quarantaine de milles par
jour, à une vitesse inférieure à deux
noeuds par heure. Certains lui concèdent
qu’il aurait pu atteindre la Norvège,
puisqu’il descendit jusqu’à la Baltique ;
ce qui ne serait déjà pas si mal pour

cette époque.
La « mer coagulée » empêcha notre
pionnier d’aller plus au nord, et il
bifurqua vers l’est ; il atteignit la
Baltique, puisque Pline l’Ancien
rapporte sa présence à l’embouchure de
la Vistule. Puis il rentra à Massilia. Il
avait fait un voyage prodigieux.
Les navigateurs romains ne parvinrent
jamais à le refaire ; telle fut
probablement la raison du scepticisme
affiché des auteurs anciens. Comment ce
Massiliote aurait-il réussi tout seul ce
que la puissante marine romaine n’avait
pu faire ? Ils daubèrent donc sur la
« mer coagulée » et rejetèrent Thulé au
rang des inventions de ce « menteur ».

*
Que fut cette « mer coagulée », dont la
mention a jeté Pythéas dans un discrédit
interminable ? À l’évidence, une mer
semée de petits débris de glaces, comme
pouvaient en créer les fontes de
fragments de banquise en été, et qui
donnait de loin une impression de lait
coagulant sa crème. Pythéas lui-même
n’avait jamais rien vu de tel, il se
contenta de décrire le phénomène ; ses
détracteurs pouvant encore moins
imaginer celui-ci, ils s’esclaffèrent.
Mais certains universitaires modernes
persistent à rejeter catégoriquement cette
explication et jugent que la description
de Pythéas ressemble trop à celles des
limites du monde, ainsi que les Anciens

les imaginaient, des régions où les trois
éléments se fondent dans le chaos,
interdisant le passage humain.
Au cours des siècles, on a étudié plus
attentivement l’exploit du Massiliote.
Pour commencer, plusieurs auteurs
antiques mentionnent qu’il calcula la
hauteur du soleil à l’aide d’un grand
gnomon ou cadran solaire, au solstice
d’été ; il put ainsi déterminer la latitude
de Massilia avec une surprenante
exactitude. Reprenant sa méthode,
Ératosthène puis Hipparque
améliorèrent ainsi le calcul des
latitudes.
Pythéas fut aussi le premier à établir
une corrélation entre les marées et
l’influence de la Lune.

Il fut également le premier à observer
que l’étoile polaire ne se trouve pas
exactement au-dessus du pôle Nord ; il
fallait quand même être monté assez au
nord pour cela, et cette observation
seule suffit à vérifier son voyage vers
Thulé.
Tous ces faits indiquent qu’il n’était
certes pas le premier hâbleur venu. Les
critiques modernes lui reprochent le peu
de fiabilité de ses mesures et sa
crédulité, qui auraient induit en erreur
des géographes et navigateurs ultérieurs.
Mais, dix-huit siècles plus tard,
Christophe Colomb commettrait encore
des erreurs de calcul phénoménales ; les
mesures géographiques ont souffert
d’une lourde imprécision jusqu’au XVIIIe siècle.
Reste à déterminer les conditions et
les raisons pour lesquelles Pythéas
entreprit cette expédition, qui exigeait
des moyens matériels importants. C’est
le point sur lequel Polybe se fonde pour
contester la réalité du voyage de
Pythéas. Or, Polybe semble ignorer
qu’un autre navigateur, Euthymène, partit
en même temps que Pythéas pour
explorer, lui, les côtes africaines. La
coïncidence est frappante : qui donc
aurait été le commanditaire ayant financé
ces deux voyages, et dans quel but ? La
réponse est Alexandre. Le grand
conquérant, qui venait de soumettre
l’Asie, cherchait d’autres territoires à
ses exploits ; il était encore jeune (il

mourut, en 323 av. J.-C., du typhus ou de
paludisme). Or, le monde méditerranéen
ne savait encore rien du septentrion.
Seul Alexandre pouvait financer des
expéditions de plusieurs trières (chacune
comptait alors deux cents rameurs) et y
aurait trouvé son intérêt.
Le scepticisme et les sarcasmes des
experts modernes constituent un risque
aussi grand que la mystification
éventuelle. L’histoire de Pythéas est à
cet égard exemplaire : elle rappelle les
erreurs de ces experts. En 1900, un
grand physicien, lord Kelvin, président
de la British Royal Society, déclarait
solennellement : « Les rayons X sont une
mystification. » Cinq ans plus tôt, il
avait affirmé tout aussi solennellement :

« Des machines volantes plus lourdes
que l’air sont impossibles. »
La liste des erreurs modernes est aussi
longue que celle des anciennes. Pythéas
n’en est que l’une des victimes.

62 av. J.-C.
Un scandale fabriqué dans la Rome
de Jules César

suite…

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Un cas d’insoumission. Comment on devient révisionniste.


Auteur : Theil Georges (Dubreuil Gilbert)
Ouvrage : Un cas d’insoumission Comment on devient révisionniste
Année :2002

 

 

Nous n’aurions sans doute pas songé à mettre en ligne cette naïve bluette s’il ne s’était trouvé un
juge de Limoges, un de ces rhadamante de province, aussi borné qu’un nain de jardin, nommé François
Casassus-Buihle, qui, dans une désinvolte de matamore, a, le 7 octobre 2005, condamné l’auteur de ces
pages, un Gilbert Theil, à six mois de prison ferme, plus 40.000 euros d’amendes, pour déviance de la
pensée. Alors, à la face de ce juge imbécile, nous jetons ce livre pour qu’il soit lu par l’immense jury des
honnêtes gens. Que le juge de Limoge, condamné par acclamation, retourne à ses enfers et à leur néant !
Ce livre n’a jamais été mis en vente et il n’a circulé que dans un cercle très restreint. Nous n’avons
pas cru bon de demander à l’auteur la permission de le mettre à la disposition des internautes puisque la
loi française, dite Gayssot, du nom d’un stalinien attardé, ne lui permet pas de consentir.

 

En mémoire des 9000 civils allemands (dont quatre mille
enfants) innocents, assassinés en Mer Baltique le 30
janvier 1945 pour le seul fait d’être allemands, ans le
torpillage du Wilhelm-Gustloff par l’Armée Rouge.

 

PRÉFACE
Le révisionnisme historique a été la grande aventure intellectuelle de la fin du
XXe siècle. À l’aube du XXIe siècle, l’aventure se poursuit, tout aussi périlleuse.
Mais que sait-on des révisionnistes ? De quelle étoffe sont-ils faits ces insoumis
qui, en France ou à l’étranger, persistent à braver les lois écrites et non écrites ? On les
traque, on les cloue au pilori et il arrive qu’on brûle leurs livres. Dans les médias, on les
accable d’outrages et on ne les autorise pas à présenter leurs arguments ou leur défense.
Peu à peu, ces rebelles, ces réfractaires, ces refuzniks se voient contraints à la
clandestinité, y compris sur Internet où ils sont depuis peu pourchassés.
Dès lors, comment le grand public les connaîtrait-il ?
À cette question le cas de Gilbert Dubreuil offre un élément de réponse.
Né en 1940, Gilbert Dubreuil fait en province de solides études. Il se forge même
la réputation d’un surdoué des sciences et des lettres. Il voit s’ouvrir devant lui un avenir
prometteur.
Toutefois, entre 13 et 22 ans, des événements tragiques sont venus marquer de
leur sombre empreinte l’existence de l’adolescent et du jeune homme. Tardivement, on
lui a révélé qu’en avril 1944 son père avait été tué dans des circonstances obscures soit
par des Géorgiens sous uniforme allemand, soit par des miliciens français ; ce père
ingénieur de son métier, avait été trouvé en possession d’une arme. Déjà, lors de la
première guerre mondiale, le père de ce père avait, en 1916, trouvé une mort tragique au
Tonkin ; il formait sur place des tirailleurs tonkinois pour les envoyer en France « tuer
du Boche » dans le cadre de la Revanche. D’autres deuils frappent une famille qui
semble comme marquée par le destin. La réaction du jeune homme est inattendue. Au
lieu d’incriminer, comme le veut une certaine imagerie conventionnelle, les « Huns » ou
les « Nazis » pour leur responsabilité supposée dans le déclenchement des deux guerres
mondiales, il va s’interroger sur le mystère historique qui fait que, de 1870 à 1945, en
l’espace de trois générations, Allemands et Français se soient ainsi entretués.
En tant que Français, c’est aux Français qu’il pose ses questions sur le sujet.
Orphelin d’un père qui, lui-même, était pupille de la Nation, il demande : « Qui, en
France, a bien pu vouloir cela ? » ou encore : « Pourquoi a-t-on envoyé à la mort tant de
Français pour tuer des Allemands? » (À l’inverse, un jeune Allemand pourrait poser à
ses compatriotes des questions équivalentes sauf que, dans le cas de la deuxième guerre
mondiale, aucun Allemand, y compris Adolf Hitler, n’avait souhaité une guerre contre la
France puisque c’est la France qui a cru devoir entrer en guerre contre lui).

Chez le jeune Gilbert d’autres questions s’ensuivent et notamment celle-ci :
« Pourquoi, après l’armistice du 8 mai 1945, a-t-il fallu déshonorer les Allemands ? »
On peut, en effet, se demander de quel droit les bouchers du camp des vainqueurs ont
jugé et condamné les vaincus dans un pays qu’ils avaient réduit en cendres et dont des
millions d’habitants, à l’Est, étaient contraints à une affreuse déportation, dans des
circonstances bien pires que celles qu’avaient connues les juifs.
En matière de cynisme et de pharisaïsme, on ne fait pas mieux que le procès de
Nuremberg (1945-1946). Le vainqueur y juge le vaincu. Sa loi est rétroactive. Il institue
la responsabilité collective. Il n’est « pas lié par les règles techniques relatives à
l’administration des preuves ». Il n’exige pas que « soit rapportée la preuve de faits de
notoriété publique » (sic). Les yeux fermés, il accorde valeur de preuve authentique à
des milliers de rapports rédigés par des « commissions de crimes de guerre » françaises,
britanniques, américaines, soviétiques, yougoslaves, polonaises, tchécoslovaques,… et
c’est ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, que les rapports de la police politique
soviétique acquièrent valeur de « preuves authentiques » et ne peuvent être l’objet de
contestation. D’ailleurs, quasiment rien ne peut être contesté en matière d’accusation dès
lors que l’accusé appartient à une organisation « criminelle » ; tout au plus, l’individu
relevant d’une telle organisation aura-t-il l’autorisation de plaider que, personnellement,
il n’a joué aucun rôle dans ce crime. C’est ce qui explique que, de 1945 à nos jours, on a
vu tant d’Allemands ou tant de « collabos » à la fois accepter ou paraître accepter
l’existence du crime et contester une participation personnelle à ce crime. Il n’y avait – et
il n’y a – là aucune hypocrisie ni aucune lâcheté de la part des accusés mais la simple
soumission forcée à l’article 10 du Statut du tribunal militaire international. On n’avait
pas – et on n’a pas – le droit de contester l’existence et le fonctionnement de chambres à
gaz homicides à Auschwitz mais on avait – et on a – le droit de dire : « Personnellement,
je n’en ai pas vu ou je n’ai participé à aucun gazage ». Tous les avocats des accusés ont
dû suivre cette calamiteuse ligne de défense. Comme dans les procès de sorcellerie, il
leur a fallu cautionner l’existence du Malin, la réalité des sabbats, la véracité de toutes
sortes d’horreurs sataniques tout en cherchant à faire croire que leurs clients, pourtant
sur place ou informés, n’y avaient personnellement pris aucune part !
Les articles 10, 19 et 21 du Statut qui permettent ces ignominies seraient à
reproduire en lettres d’infamie dans le Grand Livre de l’histoire des procès truqués, des
mises en scène judiciaires, des parodies de justice.
Mais peut-être l’article 13 dépasse-t-il en la matière les articles 10, 19 et 21. Il est
clair comme le couperet de la guillotine. Citons-le :
Le tribunal établira les règles de sa procédure. Ces règles ne devront en
aucun cas être incompatibles avec les dispositions du présent Statut.
En bon français : les juges du siège rédigeront leur propre code de procédure
pénale ! Et ils pourront le faire de façon quasi arbitraire puisque, aussi bien, les
dispositions du Statut se réduisent à trente articles assurant à l’accusation la plus grande
latitude et à la défense le minimum de droits.
Le tribunal de Nuremberg n’a rien prouvé. Il a affirmé.
Le grand public l’ignore mais les spécialistes le savent: tous les procès exigés et
obtenus depuis plus d’un demi-siècle par des organisations juives soit contre des
Allemands, soit contre des non-Allemands qui sont accusés d’avoir collaboré à la
persécution des juifs sont calqués sur le procès de Nuremberg. Encore au procès de
Maurice Papon on a vu jouer l’article 10 : tout le monde a supposé, sans le moindre
commencement de preuve, que le IIIe Reich avait suivi une politique d’extermination

physique des juifs ; personne n’a contesté, protesté, réclamé de preuve. Les avocats de
l’accusé, tout comme leur client, ont plié l’échine. Tout le monde savait qu’en exigeant
une preuve, une seule preuve, on aurait déclenché une tempête à l’échelle du monde.
Aujourd’hui, en France, la version casher de l’histoire de la seconde guerre
mondiale est officiellement imposée à tous par une disposition législative datant du 13
juillet 1990 et improprement appelée « loi Gayssot » alors qu’il s’agit d’une loi préparée
et obtenue par Laurent Fabius. Dès le printemps 1986, le grand rabbin René-Samuel
Sirat, flanqué de Pierre Vidal-Naquet et d’autres personnalités juives, avait demandé
l’institution d’une loi spéciale afin d’empêcher la contestation des conclusions du procès
de Nuremberg en matière de « crimes contre l’humanité », c’est-à-dire, pour parler clair,
de « crimes contre les juifs ». Laurent Fabius a été le porte-parole et la courroie de
transmission de cette exigence juive.
Bien des intellectuels préconisent la lutte contre le mensonge institutionnalisé et
contre la force injuste de la loi mais peu s’y risquent effectivement.
Giibert Dubreuil, pour sa part, a choisi le risque. Il l’a fait en décidant de révéler
ici comment et pourquoi il s’est lancé dans l’aventure révisionniste.
Jean Norton
10 avril 2002

 

Je pense à Bernanos. Comme il est à l’aise dans son
monologue avec Dieu. Les responsabilités lui pèsent, il en prend
et il en laisse. Il a une conscience pourvue de tous les
perfectionnements de la technique moderne, une conscience à
thermostat […]. Il repousse Nagasaki avec horreur, il gémit sur
Hambourg et il règle avec soin le degré de massacre permis pour
la défense de la Personne Humaine. Cela me fait penser à certain
film de propagande sur la R.A.F. Avant le départ de l’escadrille,
on voyait s’avancer un prêtre portant l’étole : il venait bénir les
engins qui allaient dans un quart d’heure écrabouiller quelques
milliers de femmes et d’enfants « hitlériens ». Vos défenseurs de
la Personne Humaine sont pareils à ce prêtre imprudent. Ils
portent de belles étoles, mais nous n’oublions pas qu’ils ont béni
le visage de la Mort. Il n’y a pas d’armées du Droit.
Maurice Bardèche, Lettre à François Mauriac, La Pensée
Libre, Paris, 1947, p. 131.
Tu trembles, carcasse ? Tu tremblerais bien davantage si
tu savais où je te mène.
Turenne

 

I
TENTATIVE DE MEURTRE,
AVEC PRÉMÉDITATION,
CONTRE L’ALLEMAGNE ?

 

C’était en 1967, au Quartier latin ; je me retrouvai ce jour-là nez à nez avec
Jacques Joubert, comme moi ancien taupin au lycée Saint-Louis, perdu de vue depuis
six ans. Il était devenu ingénieur de l’Aéronautique. Nos itinéraires respectifs avaient
divergé ; j’avais gardé de lui le souvenir d’un acharné travailleur qui pourtant différait
des autres taupins : il sortait dans le monde, il avait des connaissances ailleurs qu’en
mathématiques-physique, et, de plus, il courait les filles comme ne le faisaient pour
ainsi dire jamais les élèves de Mathématiques spéciales.
Notre rencontre ne dura qu’une demi-heure. Au moment de nous serrer la main,
j’eus la prémonition que nous ne nous reverrions sans doute jamais. Il tint à me dire :
« J’ai un livre à te recommander. C’est le dernier Rassinier : Le Drame des Juifs
européens. Il ne te laissera pas insensible. »
Sur ce sujet j’en étais resté à deux ouvrages iconoclastes de Maurice Bardèche,
que je tenais d’un cousin radical-socialiste décédé trop jeune : Nuremberg ou la Terre
promise, et Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs, deux ouvrages publiés par Maurice
Bardèche en 1948 et 1950. Je me portai à la librairie Gibert toute proche, et en ressortis
avec Le Drame des Juifs européens, la dernière publication de Paul Rassinier.

AS, ET PETIT CHELEM

Dix ans plus tôt, l’année du bac math’élem, j’étais ce qu’on appelait un as, un surdoué
scolaire, et on m’avait propulsé, dès que j’eus obtenu mes deux bacs vers la « prépa » de
Saint-Louis, la taupe. Après des débuts en fanfare, l’échec à l’X deux ans plus tard me
blessa au plus haut point. Comment avais-je pu échouer, moi qui quatre ans auparavant
avais passé si brillamment mon premier bac dès la classe de seconde A’ (latin-grecmaths),
puis math’élem avec la mention bien ! Moi qui lisais en traduction les
philosophes grecs dès l’âge de douze ans, qui n’avais jamais mérité moins de 17/20 en
mathématiques et en physique ! La vérité était que mon côté « surdoué » avait bel et
bien disparu vers mes 17-18 ans, et que je me refusais à l’admettre. Je vivais en quelque
sorte de restes qui pouvaient faire illusion par moments, aussi bien à moi-même qu’à
l’entourage. J’étais peut-être encore capable d’étincelles, mais sans plus. « Quelque peu
surdoué », devait me dire drôlement mon vieux professeur de mathématiques de
l’époque, retrouvé bien longtemps après, et qui voulait résumer le cas sans flagornerie.
Ces dix années 1957-1967 avaient fait de moi un autre homme, en qui subsistait
maintenant la volonté de me rattraper, avec ces restes justement. Une rencontre m’avait
marqué, peu après mon installation à Paris, celle de ma nouvelle logeuse du XVIIe

arrondissement, m’ouvrant des horizons insoupçonnés par le récit qu’elle me fit de ce
qu’avec son mari elle avait vécu durant la période de l’Occupation à Paris. Elle m’avait
prêté un exemplaire des Décombres, de Lucien Rebatet, qui me fit forte impression.
J’avais effectué ensuite mon service militaire de seize mois dans une unité de l’OTAN
qui m’avait fait côtoyer journellement Américains, Allemands, Anglais, Belges, dans
l’inénarrable contexte « post-atomique » de mon bataillon (11).
Au retour de l’armée j’avais été victime d’un accident de moto, dans Paris, où je
fus bien près de perdre la vie, et qui me laissa de longues séquelles. Encore
convalescent, je rencontrai la même année la ravissante Beatrix ; je l’épousai l’année
suivante. J’avais accompli ma remise sur pied professionnelle. Cadre fonctionnaire,
j’avais la volonté de passer, dès que l’ancienneté statutaire serait atteinte, le concours
interne spécial de mon ministère qui me permettrait, après un cursus incluant la scolarité
complète des dix-sept mois de l’ENA, d’accéder au corps des Administrateurs civils. Ce
qui advint, comme prévu.
Quand je franchis, fin décembre 1971, rabelaisien joyeux, la porte de l’Ecole
nationale d’administration alors installée rue des Saints-Pères, je dédiai ce succès (mon
petit chelem !) à mon père tombé mortellement 27 ans plus tôt, parce qu’il avait eu sa
conception de la liberté comme pouvait l’avoir eue en avril 1944 l’homme de 27 ans
qu’il était alors.

MOURIR À 27 ANS

Ce 10 avril 1944, mon père circulait au volant d’une camionnette de l’usine Celtia,
non loin de Neuvic, en Corrèze. Cette usine de fabrication de bobines de bois pour les
filatures et le commerce avait été achetée par son oncle et il en était le directeur
technique. Il avait pu ce jour-là réaliser son projet de se rendre à Brive avec un
contremaître de l’usine pour un achat de machine et il avait proposé à la soeur de sa
femme, ma tante Christine, de les accompagner : une aubaine pour elle dans ces temps
de restriction sévère en matière de circulation automobile. Elle avait pris avec elle, pour
ce voyage, son jeune fils âgé de quatre ans, mon cousin germain. Peu avant la petite
ville d’Egletons, soit trente kilomètres après leur départ, un petit pont, dans une courbe :
une patrouille allemande, en barrage volant, ordonne de faire halte. Elle est composée
de ces supplétifs géorgiens (les Vlassov), qui, à l’époque, représentaient la Wehrmacht
en Haute-Corrèze.
Contrôle des papiers, fouille experte du véhicule. « À qui ce revolver ? » interroge
le sous-officier en vert-de-gris, brandissant l’arme qu’il vient de saisir sous la banquette
du passager avant. Les trois passagers blêmissent et se regardent. Mon père, sourire aux
lèvres, se désigne. Alors, le Géorgien se saisit de lui : « Vous, arrêté ! », et ordonne aux
autres occupants du véhicule de faire demi-tour pour rejoindre leur point de départ, sans
autre forme de procès,
Le soir même, mon père est incarcéré à deux kilomètres de là au lycée Albert-
Thomas d’Egletons, dont une partie sert de casernement aux mêmes Géorgiens. On
barricade une salle pour lui, après y avoir installé un bat-flanc. Ses gardiens, confie-t-il
à sa jeune épouse (autorisée à venir le voir chaque jour), ne sont pas de trop mauvais

—————————————-

1 Notre unité interalliée de l’OTAN, le JMCC (Joint Mobile Communication Center), était supposée être le « résidu »
du service de transmissions de l’Etat-major restant encore opérationnel après le désastre (survenu) d’une guerre
atomique en Europe. Basés en forêt dans des véhicules équipés d’émetteurs-récepteurs puissants, nous étions chargés
de « remettre en communication » les éléments, épars en Europe, des commandements d’unités dispersées et
épargnées par le désastre.

—————————————-

bougres. Il ne se plaint pas même de la nourriture, à l’exception notable du pain. On
vient l’informer de son transfert imminent à Limoges distant de cent kilomètres, pour y
comparaître devant le tribunal militaire allemand de la zone. Il annonce le 14 avril à ma
mère qu’il en connaît déjà la dure sentence : travail forcé quelque part dans le Reich,
sûrement avec régime sévère, et en usine d’armement compte tenu de sa qualification
d’ingénieur.
Ce jour de la mi-avril, il sait qu’on va venir le chercher sous bonne garde pour le
transfert. Il l’a dit d’ailleurs à sa jeune femme. Il se voit déjà entre deux vert-de-gris, en
route pour le Tribunal. Justement, ils arrivent ! Bizarrement, il ne s’agit pas d’un
véhicule militaire, mais d’une traction avant avec des civils français à l’intérieur ! Ils se
présentent au sous-officier géorgien, papiers à la main. Ils emmènent mon père à qui ses
gardiens ont rendu ses effets sans oublier l’argent qu’il avait emporté pour la transaction
projetée à Brive.
Le malheureux est assis entre deux sbires, sur la banquette arrière ; à leurs faces
de truands, il comprend que ce n’est ni un tribunal militaire, ni une usine allemande qui
l’attendent, mais la mort.
L’après-midi de ce même 15 avril, on vient annoncer à la mairie d’Egletons qu’à
quatre kilomètres de là, un homme jeune est allongé, mort, dans un sentier, à une
vingtaine de mètres de la vieille route Egletons-Limoges qui passe ensuite par le village
de Sarran. C’était mon père. Tué d’une balle dans la nuque, le médecin le précisera un
peu plus tard, mais tué à distance par une balle de revolver : sans fenêtre de sortie, la
balle a peu pénétré à la base du cervelet. Par ailleurs, aucune trace de lutte, visage
tranquille, léger sourire, la nuque un peu gonflée seulement par un caillot de sang
Ma mère n’a que 27 ans, et se retrouve veuve avec deux jeunes enfants : ma soeur
(deux ans) et moi (trois ans et demi).
Le lendemain, elle se précipite au bureau de l’officier allemand qu’on lui a indiqué
comme le responsable du secteur. Il la toise durement du haut de son 1m90, quand elle
ose lui demander pourquoi on a tué son époux, pourquoi on lui a aussi volé son argent.
Sans ménagement il lui réplique : « On ne vous doit rien, madame; et, même je n’ai
aucun compte à vous rendre ! Nous n’avons rien à faire de vos règlements de comptes
entre terroristes ! »

DES SATURNALES AHURISSANTES…
UN JEUNE HOMME TONNANT ET FULMINANT
UN ABATTAGE PEU RITUEL

Il était difficile, et à l’école plus qu’ailleurs, d’être un élève surdoué parmi les
«normaux».
Je le sentis très vite. Dans la salle de classe, déjà, le surdoué lève la main avant
tous les autres, sur tous les sujets. L’enseignant comprend vite cela mais il doit faire
mine de l’ignorer quelque peu, pour laisser leur chance aux autres et ne pas les humilier.
Je me retrouvais hors-compétition.
À la récréation, c’est souvent que se donnait libre cours la jalousie des élèves
ordinaires et des moins bons. Tout comprendre avant tous les autres m’isolait. À de rares
occasions, cependant, je pouvais bénéficier, en contrepartie, d’entretiens en tête-à-tête
avec mes professeurs.
Dès la classe de cinquième, je m’étais retrouvé dans un pensionnat catholique de
bon niveau, sorte de pépinière de supposées vocations sacerdotales. Pris de ferveur pour

la littérature latine, je parvenais dès les classes de quatrième et de troisième, à lire le
latin aperto libro. J’avais fait l’acquisition d’ouvrages latins hors programme et de ce fait
interdits puisqu’ils ne figuraient pas dans la liste, restreinte, des ouvrages autorisés. Lors
d’une fouille de routine, on trouva dans mon placard d’interne le Satyricon de Pétrone,
en édition bilingue Guillaume Budé. Je fus sur-le-champ convoqué chez le Supérieur et
copieusement réprimandé pour avoir été trouvé en possession d’un ouvrage aussi
« pernicieux ». Horresco referens, on me surprit quelque temps plus tard, à l’étude du
soir, en train de lire les Saturnales de Macrobe, dans l’édition bilingue Garnier. Cette
fois, le Supérieur s’étrangla d’indignation . « Mais enfin, vous ne pouviez ignorer ce que
signifie ce terme de Saturnales ! Il désigne une période finissante de l’année où le peuple
romain, la populace, se livrait ouvertement et sans frein aux pires débauches ! Comment
avez-vous pu être attiré par un ouvrage au titre pareil ? »
Manifestement, le Supérieur n’avait pas lu l’ouvrage. Je me hasardais à lui en faire
la remarque. Je lui résumai le contenu du livre. « Macrobe, lettré du IVe siècle finissant,
avait mis à profit ces jours de fête annuelle, appelés Saturnales par les Romains, pour
rencontrer quelques érudits de ses amis et discuter avec eux de littérature, de poésie, de
science ou d’histoire, en cette période fascinante où l’on allait bientôt assister à
l’effondrement de Rome. L’ouvrage est précieux pour quiconque s’intéresse à ces lettrés
romains attachés à l’ancienne religion, quelques décennies après l’édit de Constantin et
nostalgiques de la Rome impériale et ra.yonnante. »
Le cuistre en soutane rompit là et m’informa qu’il allait adresser une lettre à ma
mère.
J’appris un peu plus tard qu’en fait le saint homme s’était entretenu avec ma mère
et lui avait benoîtement expliqué que j’aurais dû être renvoyé. Je n’étais « pas pieux »
(J’avais en privé exposé au professeur de religion, brave homme au demeurant, que je
n’admettais pas certains dogmes de la foi catholique) et, surtout, j’avais introduit dans
son respectable établissement au moins deux livres « déshonnêtes ». « Compte tenu de
[mes] résultats scolaires remarquables, on voulait cependant bien [me] garder. »
Ma passion pour les lettres classiques allait aussi, bien sûr, au grec ancien qui
m’attirait par sa beauté graphique immédiate, sa délicatesse, sa précision, sa richesse ; le
dictionnaire Bailly était ma savante distraction du fait de son apparat linguistique et
philologique, qui me révélait des correspondances avec les autres langues européennes.
J’avais ainsi commencé à monter des tableaux à partir de radicaux originaux les plus
proches ou les plus probables du sanscrit et de l’indo-européen primitif restitué, dans
lesquels je classais les mots latins, grecs, romans, germaniques, slaves, qui étaient
rattachables au « squelette » primitif. Ce faisant, j’avais la sensation d’avancer sur des
sentiers escarpés menant à des sommets d’où je découvrais des paysages insoupçonnés.
Plus tard je devais, bien entendu acquérir le gros et incontournable Indogermanisches
etymologisches Wörterbuch (2) de Julius Pokorny, et me passionner pour les ouvrages
philologiques sur le sujet des langues issues de l’indo-européen primitif. (3)
Doté de la bosse des maths, j’étais toujours premier en mathématiques ainsi qu’en
physique-chimie avec une prédilection pour la trigonométrie, le calcul analytique et la
chimie minérale. Je m’étais, en troisième et seconde, procuré de gros ouvrages de
chimie, puis du matériel de laboratoire. Nanti de mes cornues et becs Auer, je procédais
avec délectation à des expériences de chimie. Cela se passait, en période de vacances,
dans une remise attenante à la belle et ancienne maison où habitait ma grand-mère

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2 J. Pokorny, Indogermaniscbes etymologisches Wörterbuch, 2 tomes, A. Francke Editeur, Berne, 1959-1969
3 Jean Haudry : L’Indo-européen, Paris, PUF (collection Que sais-je), 1992, et Les Indo-européens, Paris, PUF
(collection Que sais-je), 1994.

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paternelle. Près de deux hectares de parc agrémentaient cette demeure, qui fut mon
paradis.
Un jour de juillet 1956, le facteur, la mine inquiète, vient m’informer que deux
lourds colis sont arrivés à mon nom mais il se refuse à me les livrer dans sa tournée, car
ils comportent des étiquettes de couleur vive, telles que « Produit toxique »,
« Explosif », ou « Corrosif ». Ma première commande à Prolabo venait d’arriver,
comprenant les ingrédients de base. Il s’agissait notamment d’acides sulfurique et
nitrique concentrés, dans des bouteilles en verre fumé noyées dans du silice en poudre.
J’employais ces produits à la préparation de fusées que je souhaitais mettre au point à
peu de frais.
Bientôt je fus connu dans la région pour mes expériences tonnantes et fulminantes
qui alertaient chaque été le pays. Mon souci était de mettre au point, même de façon
assez rudimentaire, un mélange chimique, solide, pâteux ou pulvérulent, le plus
propulseur possible, sans que la combustion en fût ni trop rapide ni trop lente. Une de
mes premières fusées, chargée d’au moins cinq kilos d’une poudre de ma fabrication, ne
décolla pas et explosa sur sa « base de lancement » en bois. Un chêne tout proche fut
pour moitié défolié par le souffle de la déflagration. Une nouvelle fusée, celle-là bien
partie mais comme à chaque fois assez mal guidée, après une haute trajectoire
parabolique, tomba au beau milieu du troupeau de moutons d’un paysan voisin
prénommé Camille. Elle n’avait directement touché aucune bête mais une des brebis,
effrayée par la chute de la fusée brûlante qui l’avait frôlée en grondant et fumant, s’était
élancée dans la clôture barbelée toute proche, et elle s’y s’était tranché la carotide. Le
paysan qui avait assisté de loin à la scène, se précipita dans le pré avec son domestique.
Les deux vilains, se saisissant du gros cylindre métallique cabossé et encore brûlant,
m’invectivèrent : « Ta torpille, tu iras la récupérer… à la gendarmerie ! » Au tribunal de
police, le juge, se retenant de rire, m’infligea une amende de 20 francs pour « violences
légères » tandis que je lui présentai mes regrets pour cet ovicide par imprudence.

LE PARADIS, UNTER DEN LINDEN

Les vacances scolaires étaient l’occasion de lire et de prendre des notes. Ma mère
venait de m’offrir un scooter, qui devint l’instrument idéal pour l’exploration
systématique de la région. Une parente venait de me faire cadeau d’une armoire
bibliothèque vitrée (dont on devait me voler le contenu bien plus tard), que j’installai
avec enthousiasme dans ma nouvelle chambre de 45 m2, au rez-de-chaussée de la belle
maison, et qui allait rester ma Thébaïde jusqu’à mes 30 ans.
Je n’avais pas 18 ans, en ces beaux jours de juillet 1958, avec mes deux bacs et
mon ticket d’entrée en classe préparatoire scientifique pour la fin septembre. Les deux
fenêtres grandes ouvertes, avec le bourdonnement rassurant des abeilles dans le tilleul
séculaire, face à ma nouvelle bibliothèque, j’étais comblé. Je l’avais composée, cette
bibliothèque, selon les thèmes qui m’étaient chers. Face à moi, le rayon scientifique,
avec le gros ouvrage rouge de chimie générale de Troost (suranné dans son contenu), La
Terre et les Mers de Figuier, des traités d’algèbre, des épreuves de mathématiques et
physique avec corrigés, des ouvrages spécialisés de l’éditeur Dunod, et ces cinq
ouvrages de vulgarisation du physicien américain G. Gamow qui m’enthousiasmait. Ils
m’initiaient à la théorie de la relativité, à la mécanique quantique. Je goûtais le subtil
mystère des mathématiques ; pur produit du cerveau de l’homme, les mathématiques
peuvent autant vivre d’une vie indépendante que se mettre au service des sciences de la

matière. Je me passionnais pour le calcul des probabilités, les lois des grands nombres,
leurs prodigieuses conclusions aboutissant à ce paradoxe d’obtenir des certitudes à partir
de phénomènes aléatoires. À propos des jeux et des espérances de gains, une certaine
démonstration, agrémentée d’intégrales et d’équations « aux dérivées partielles » me
rappelait opportunément qu’entre toutes les stratégies possibles de jeu, la meilleure
possible est de ne pas jouer du tout.
Au-dessus, les auteurs classiques, encadrés par le Bailly et le Bornecque – les
classiques Budé bilingues, ocres pour les grecs (une quinzaine), et de couleur rouge
brique pour les latins (une quarantaine), les grammaires (Petitmangin pour le latin,
Ragon pour le grec, Carpentier-Fialip pour l’anglais), des ouvrages de toponymie de
Meillet, de Dauzat, ainsi que, plus savants et coûteux, des ouvrages de philologie
publiés chez Klincksieck. Du côté des livres anciens, j’avais reçu en cadeau le tome Il
(seul !) de l’Esprit des Lois de Montesquieu en édition cuir d’époque. Je possédais déjà
une Géographie de Crozat datant de 1794 et les Contes moraux de Madame de Genlis.
Figurait encore un Albert moderne en édition populaire du XVIIe siècle, sorte de manuel
de médecine populaire dont je me plaisais à réciter à quelque visiteur ou visiteuse les
recettes à base d’ingrédients de sorcière.
Sous l’étagère scientifique, je classais romanciers et nouvellistes : Jules Verne,
bien sûr, avec une vingtaine d’ouvrages, trois ou quatre romans de Balzac, le Mémorial
de Las Cases, Don Quichotte en traduction française, Chateaubriand avec son Itinéraire,
Edgar Poë, Dickens, Stendhal, S. Lagerlöf, des Sherlock Holmes, Wells, H. H. Ewers,
des Daudet, un Goncourt, le Roi des Montagnes d’Edmond About, Mme de Staël avec
son Allemagne, des contes de Maupassant, deux Octave Mirbeau, des Francis Carco,
Paul Morand, Montherlant, nul recueil de poésie sinon Les Fleurs du mal et une
anthologie de la poésie française où Mallarmé m’intriguait par son hermétisme. J’avais
écarté un Paul Valéry, reçu en cadeau, que je trouvais assommant. Je n’aimais pas Hugo
et je n’en voulais pas dans ma bibliothèque. Je me souviens du Candide et du
Dictionnaire philosophique de Voltaire, d’oeuvres de Saint-Simon, de Michelet, des
Mémoires du beau Lauzun. Deux Nietzsche en traduction française : Ecce homo et La
Naissance de la tragédie. Deux Céline : Voyage au bout de la nuit et Mort à Crédit.
Parmi les ouvrages peu orthodoxes, légués par le cousin radical-socialiste : La Fin des
Religions d’Auguste Dide, La Vie de Jésus de Renan, et les deux Nuremberg de Maurice
Bardèche. Je croyais sentir une parenté d’esprit entre l’ouvrage de Renan et les
Nuremberg de Bardèche. « Sais-tu bien que la Vie de Jésus de Renan est… à l’Index ? »
me dit un jour ma grand-mère, facétieuse. Cette réflexion piqua ma curiosité. J’étais
désormais « indexé ».
Sur les deux rayons du bas : voyages, géographies, ouvrages de mécanique auto et
moto, un dictionnaire médical de 1911 qui, avec insistance, préconisait l’emploi de la
Magnésie bismurée, des collections de Science & Vie, des Sherlock Holmes, des livres
de science-fiction (Jimmy Guieu !), des livraisons anciennes et récentes de Paris-Match
et quelques Crapouillot, des numéros de Signal, hebdomadaire allemand en langue
française paru sous l’Occupation, avec ses photos centrales impressionnantes de
réalisme. Bientôt, j’allais y ajouter Le Matin des Magiciens et la revue Planète.
Tout en bas, une douzaine d’ouvrages surannés qu’avait prélevés à mon intention
ma grand-mère sur sa propre bibliothèque et que j’avais fini par accepter ; des Gyp,
Marcel Prévost, Félicien Champsaur et autres Paul Bourget, une biographie de Madame
Steinheil. Sans compter une bible, protestante, dont j’avais coché les passages scabreux.
Tel était pour l’essentiel l’inventaire du trésor de mes dixhuit ans.

L’ÉNIGME DE LA MORT

Etre confronté à la mort et en prendre la mesure constitue pour l’enfant et
l’adolescent un moment décisif. Déjà, à l’âge de mes neuf ans, avait disparu ma grand-mère
maternelle qui m’émerveillait le soir avec les contes de Perrault qu’elle savait dire
à la perfection. Puis, nous avait quitté, bien trop jeune, le cousin radical-socialiste, qui
avait été mon tuteur légal à la mort de mon père. Son dernier poste avait été celui de
conseiller technique au cabinet ministériel d’Edgar Faure. Je l’admirais pour ses
connaissances et son expérience de la vie. C’est avec lui que je venais de faire mon
premier grand déplacement automobile : rejoindre Paris, plus de 400 kilomètres en
« traction avant ». Disparu encore, le grand-oncle Ernest, le patron des usines Celtia, qui
m’avait surnommé « Monsieur pourquoi » ; il savait répondre à toutes mes nombreuses
interrogations. Sur son lit de mort je n’acceptai pas de l’embrasser, comme on m’y
invitait. J’avais onze ans.
Un jour de juin 1958, on avait ramené sur la berge de notre étang le corps d’un
garçon de treize ans qui avait coulé à pic. Notre professeur de gymnastique, puis les
pompiers, venus avec leurs bouteilles d’oxygène, avaient en vain cherché à le réanimer.
Nous étions là, silencieux, à contempler la face bleuie, quand arrivèrent les parents.
Sous nos yeux la mère fut prise d’un malaise. Je ressentis la mort comme une énigme.
Quelques semaines plus tard, j’appris la mort de mon cousin Jean, âgé de 18 ans.
Grand sportif, champion de natation, il avait cherché à secourir ses compagnons mais
s’était noyé. Son corps ne fut retrouvé que dix-huit jours plus tard. Ses parents ne
devaient plus se remettre de cette disparition tragique.
En août 1962, une jeune parente, la jolie Agnès, 27 ans, quitta un soir son hôtel
madrilène où elle séjournait pour un mois comme chaque été. Peu après, elle fut
retrouvée, noyée dans l’eau peu profonde du Manzanérès.
Ces trois morts familiales : celle de mon père à 27 ans, de Jean à 18 ans, d’Agnès à
27 ans, comment les expliquer ?
Un mystère entourait la disparition brutale d’Agnès. S’agissait-il d’un suicide ?
D’un assassinat ? D’un accident ? Je parvins à me procurer des journaux et des
hebdomadaires espagnols. Tous évoquaient cette jolie jeune Française, élégamment
vêtue, qui parlait un espagnol parfait et qu’on avait retrouvée noyée : elle n’avait pas
subi de violences.
Sur les circonstances de sa disparition, j’avais personnellement entamé une
enquête mais, soudainement, sa mère, qui était notre tante (la passagère de la
camionnette quand avait été arrêté mon père dix-huit ans plus tôt), m’intima l’ordre
d’interrompre toute recherche et de lui communiquer, sans en prendre copie, tous les
éléments en ma possession.

VOUS AVEZ DIT:
AU NOM DE LA CIVILISATION ?

En somme, pour Agnès comme pour mon père, on ne souhaitait pas en savoir
plus.
Pour ma mère, son mari était simplement tombé en martyr de l’occupation, en
héros silencieux, en combattant de l’ombre.

Pour ce qui me concerne, j’étais pris entre toutes ces conjectures qui m’assaillaient
dès que je questionnais les uns et les autres : mon père, une fois arrêté, n’aurait-il pas été
dénoncé à la police allemande, ou à celle de Vichy, comme dangereux résistant (ce qu’il
n’était aucunement mais qui ne pouvait qu’aggraver son cas) ? Et n’aurait-on pas alors
organisé une mise en scène pour le faire cueillir à sa prison improvisée d’Egletons par
des tueurs à gages, des gestapaches français ? On me disait qu’il était constant que les
Allemands préféraient voir faire « le sale boulot » par des mercenaires des pays
occupés. Une autre version m’était présentée : mon père n’avait pas voulu être interrogé
par les services spéciaux qui l’attendaient avant le tribunal militaire et il avait tenté de
s’enfuir en sortant en force de la traction avant. Ou encore : la grosse somme d’argent
qu’il portait sur lui avait suscité la convoitise des occupants de la traction, qui avaient
alors préféré le liquider, prétextant ensuite qu’il avait voulu s’échapper. D’autres
explications étaient possibles. (4)
Pour la mère de mon père, son fils s’était laissé entraîner dans une aventure bien
imprudente. Toujours souriant, car telle était sa nature, mon père aurait voulu aider ces
maquisards, dont un des chefs lui avait confié un revolver « pour le cas où » : c’était le
vouer à la mort si jamais il se faisait surprendre avec cette arme. Ma grand-mère
méprisait ces maquisards qu’elle tenait quasiment pour responsables de la mort de son
fils. L’action de ces FFI, de ces FTP, par ailleurs, avait-elle seulement modifié d’un jour
la date du débarquement de Normandie et la plupart de leurs coups de main avaient-ils
entraîné d’autres conséquences que des représailles sur des populations innocentes ?
Mais souvent il lui arrivait de conclure que son fils avait agi en homme sûr de lui et
convaincu du bien-fondé de son choix. Elle avait alors dans le regard la fierté d’une
douce grande dame à qui la guerre avait fait perdre les deux hommes auxquels allait tout
son amour : son mari et son fils.
Son mari avait été tué au Tonkin en juin 1916. Il était alors jeune officier,
commandant du poste frontière de Lao-Kay, face aux successeurs des Pavillons noirs.
Auparavant, il avait fait une « glorieuse guerre » face aux Allemands, sur le front de
l’Aube, à la tête de sa compagnie de tirailleurs tonkinois lesquels avaient, presque tous,
péri broyés par les obus allemands de 77 ou étaient morts de froid dès leur premier hiver
dans la boue glacée des tranchées. Grièvement blessé, il avait bénéficié d’un
avancement de grade et d’une nouvelle promotion en Indochine. Epousant alors sa
fiancée, il avait passé avec elle en juillet 1915 trois semaines de lune de miel à Vichy.
Puis il était parti, pour ne plus jamais revenir, sinon en juillet 1916 dans un cercueil en
plomb couvert du drapeau tricolore et d’une décoration accordée à titre posthume. Il
n’avait jamais vu son jeune enfant, mon père, nourrisson de trois mois d’âge qui
deviendrait pupille de la Nation. Ce qui allait, précisément, être aussi mon cas en 1945.
Pouvait-on les qualifier d’héroïques, ces deux hommes ?
Ma grand-mère me posa un jour une question qui me donna à réfléchir:
Ton grand-père officier avait la consigne officielle d’instruire ses tirailleurs
tonkinois en vue d’en faire des « tueurs de Boches » : les plus efficaces, les plus
cruels possibles. « Il y a vingt millions d’Allemands de trop ! » avait dit
Clemenceau, n’est-ce pas ?
Oui ! Et combien de « Boches » justement ton grand-père a-t-il ainsi bien
pu faire mourir ? Quelques-uns ou des centaines ? Des milliers, peut-être ? La
France, notre pays, envoyait des officiers comme lui à 10.000 km d’ici pour

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4 La version la plus récente, tirée du gros ouvrage Maquis de Corrèze (recueil de témoignages divers, édité par le
collectif « Maquis de Corrèze », 2, quai Edmond-Perrier, 19000 Tulle, 798 p., 1995) et présentée comme authentique
évoque une liquidation par des miliciens.

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entraîner des Asiatiques à tuer des Allemands, nos voisins, nos proches parents,
nous le savions bien ; cela me donne le vertige. Après tout, ton père n’aurait-il
pas été victime d’une sorte de justice immanente ? Souvent, je pense qu’une
justice immanente a frappé ton père, qui, sans le savoir et bien sûr sans le
comprendre, aura payé de sa propre vie en 1944 l’erreur criminelle de nos
gouvernants que j’ai vus précipiter la France dans deux guerres contre
l’Allemagne en moins de vingt-cinq ans. N’oublions pas non plus le triste
Badinguet qui se prenait pour Napoléon et qui n’avait pas hésité en 1870 à
déclarer la guerre à l’Allemagne sous un prétexte futile, avec l’issue
catastrophique que nous savons, les Chassepots n’ayant, au bout du compte, pas
vraiment … fait merveille.
La notion de « justice immanente » me laissait, et me laisse toujours, perplexe. Et
cette réflexion me reste présente à l’esprit quand je m’interroge sur l’histoire tragique du
XXe siècle.
Il m’arrivait de lire des ouvrages violemment antiallemands, publiés avant 1914,
dans ce qui restait de la petite bibliothèque de ma grand-mère. J’ai conservé l’un d’eux :
La Menace allemande, d’un certain André Barre. Ce livre, écrit vers 1908, est un
véritable appel au meurtre, une déclaration de guerre à l’Allemagne de Guillaume II, une
ardente annonce de guerre européenne. Comme affolé par les progrès techniques et
économiques de cette Allemagne, l’auteur appelle à la mobilisation des Latins et des
Slaves contre l’Empire allemand:
Dans un espace d’années qui sera court le monde doit voir ceci: le
drapeau germanique abritera 86 millions d’Allemands, et ceux-ci gouverneront
un territoire peuplé de 130 millions d’Européens. Sur ce vaste territoire, seuls
les Allemands exerceront les droits politiques […]. Ils seront alors, comme au
Moyen Âge, un peuple de maîtres, condescendant simplement à ce que les
travaux inférieurs soient exécutés par les peuples soumis à leur domination. (5)
On sent bien dans tout l’ouvrage que l’admiration première, même quand elle est
exposée objectivement, ne tarde pas à faire place à une sourde inquiétude.
Au début du XXe siècle, un ingénieur français issu des Arts & Métiers, Victor
Cambon, (6) rédigea plusieurs ouvrages sur ce qu’il avait vu outre-Rhin. Après un
constat impartial des qualités du peuple allemand (amour de la science, travail soutenu,
confiance en soi-même, initiative hardie, esprit d’organisation, discipline), il cherchait à
s’expliquer le développement étonnant de l’industrie et de la recherche allemande. Il
l’attribuait au système de formation unique de l’Allemagne : « La prodigieuse expansion
industrielle de l’Allemagne resterait inexplicable si sa description n’était précédée d’une
visite à ses établissements d’enseignement professionnel. » Il constatait par ailleurs que
le terreau en était un véritable culte pour l’instruction à tous les niveaux ; les paysans
eux-mêmes, vivant en demi-citadins (ce qui « relève sensiblement leur intellectualité »,
précisait-il) y avaient accès :
Leur tenue s’en ressent; l’on distingue difficilement en Allemagne un
paysan d’un ouvrier endimanché et, surtout, on n’y rencontre point, comme
dans certains départements reculés de la France, de ces êtres d’aspect sauvage,

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5 André Barre, La Menace allemande, Louis-Michaud Editeur, 1908 (?), p. 270.
6 Victor Cambon, L’Allemagne au travail, Pierre Roger & Cie, éditeurs, 1910, Paris, p. 9, p. 259

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aux accoutrements inexpressibles, vivant seuls dans des chaumières perdues, à
la façon d’hommes préhistoriques.
Résultat de cette législation et de ces moeurs : il n’y a pas en Allemagne
un millième d’illettrés. Mais cette constatation me paraît insuffisante. Il importe
peu qu’un homme ait appris à lire, si, sa vie durant, il ne lit jamais. Or, on voit
des journaux et des livres dans les mains et dans la demeure des Allemands de
toutes les conditions.
Après de méticuleuses descriptions de sites industriels, de leur organisation de
production et de travail, il en arrivait à cette conclusion :
Certainement, l’Allemagne d’aujourd’hui ne redoute aucun producteur
comme concurrent. […] Seulement, en résulte-t-il qu’elle puisse imposer au
monde entier ses marchandises ? Ne verrons-nous pas un peu partout les
douaniers entrer en scène ? Les autres nations protégeront leurs industries
vieillies ou naissantes contre la puissante Allemagne. Déjà l’Angleterre nous en
offre l’exemple avec sa loi sur les brevets étrangers. Cet exemple suivi et
dépassé partout serait un blocus mondial. Faudra-t-il le percer à coups de
canon ? Cruelle, mais nullement invraisemblable hypothèse.
[…1 Telles sont les difficultés qui assombrissent l’horizon de l’empire
allemand ; nous les voyons nettement et devons, sans exagération, les déclarer
inquiétantes.
On voit déjà là, de façon prémonitoire qu’il n’y avait pas loin chez notre auteur,
des douaniers aux coups de canon. Pour n’en rester qu’au plan économique, et le siècle
étant écoulé, on peut ajouter aujourd’hui : en 1923, démontage et pillage des usines
allemandes ; en 1943 et 1944, destruction systématique des villes allemandes et des sites
industriels allemands, en 1945, vol des brevets allemands, captation des ingénieurs
allemands de recherche nucléaire et spatiale au profit des vainqueurs ; de 1945 à 1948,
déportation d’une vingtaine de millions d’Allemands et vol de la totalité de leurs biens ;
de 1945 à 1990, mise en esclavage des 18 millions d’Allemands de la DDR.
En 1913, un journaliste, Georges Bourdon, correspondant du Figaro, venait
d’effectuer un long voyage en Allemagne qu’il relata dans une série d’articles de ce
quotidien. Le compte rendu complet qu’il réunit ensuite en un volume intitulé L’Enigme
allemande montrait que ce qu’il avait vu outre-Rhin ne cadrait pas avec l’image négative
que la presse française donnait de l’Allemagne. Il avait l’honnêteté de l’écrire. Il
rapportait, par exemple, un entretien qu’il avait eu avec Hermann Sudermann, homme
de lettres allemand, auteur dramatique et par là en contact permanent avec le public de
son pays. (7) Le sujet en était les sentiments réciproques des deux peuples à l’égard de
leur voisin :
Ah ! [dit H. Sudermann à son interlocuteur] tous les Français sont les
mêmes !… Lorsque je vais à Paris et que j’y constate à quel point l’on s’abuse
sur les sentiments de l’Allemagne, je ne sais que dire à vos compatriotes. Je
voudrais leur crier : « Vous vous trompez ! On vous ment ! Vous vous mentez
à vous-mêmes ! » […] Oui, oui, tout ce que vous supposez, tout ce que vous
croyez, c’est de la fantasmagorie. Dans toute l’Allemagne, il n’y a que

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7 Georges Bourdon, L’Enigme allemande, Plon, 1913, p. 158. Le dramaturge allemand Hermann Sudermann
qu’évoque ici G. Bourdon fut, à l’époque, un auteur connu même en France, où sa pièce Magda, jouée par Sarah
Bernhardt au Théâtre de la Renaissance, avait ému Paris.

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sympathie pour la France et pour ce qui vient de France et je n’ai jamais
rencontré une seule personne qui ne considérât comme une calamité la seule
perspective d’un conflit nouveau. Cela, je vous le jure. C’est la vérité stricte.
Hors d’elle, il n’est qu’illusion et duperie !
[…] L’Allemagne malveillante ?… Comparez, je vous prie. Dans vos
caricatures, dans vos livres, dans vos théâtres, vos cafés-concerts, quel rôle
donnez-vous à l’Allemand ? C’est un lourdaud antipathique, un sournois, qui ne
sait pas s’habiller, mange gloutonnement et se tient mal ; les louches affaires,
les marchés équivoques, les sales trahisons, c’est le bagage du juif allemand;
enfin le personnage infâme, celui qu’on bafoue, qu’on déshonore et qu’on
déteste, toujours l’Allemand. Faites maintenant la contre-partie ; promenezvous
à travers l’Allemagne, entrez dans nos théâtres et nos cafés-concerts, ouvrez
nos journaux de caricatures, à Berlin comme à Francfort, à Breslau comme à
Munich: quand il y est question d’un Français, c’est presque toujours pour lui
donner un caractère aimable et un rôle sympathique. Encore hier, un de nos
bons romanciers Walther Blöm, publiait un roman, L’Année de fer, dont l’action
se passe pendant « la grande guerre » (celle de 1870), et, parmi ses principaux
personnages, figure un officierfrançais qu’il a paré de toutes les noblesses.
J’aurais trop beau jeu, si je voulais mettre en regard tout ce que la littérature
française, depuis Maupassant, a produit sur nous. Il vaut mieux ne pas insister.
Eh bien ! croyez-moi, en ce point comme en beaucoup d’autres, notre littérature
et notre théâtre enregistrent, à leur insu ou non, les idées et les penchants
communs à la masse. Toute ma génération a été élevée dans des sentiments de
sympathie respectueuse à l’égard de la France, et le langage que je vous tiens,
c’est celui que vous tiendrait tout Allemand instruit.
Déjà, un ouvrage français de 1876, intitulé l’Ennemi héréditaire, de Victor de
Saint-Genis, après avoir tenté de démontrer que la France avait été menacée depuis l’an
mil par les invasions germaniques (alors qu’en même temps il démontre naïvement que
les progrès territoriaux du royaume de France se sont faits aux dépens exclusifs de
l’empire germanique), s’en prenait violemment aux Français qui avaient eu le courage de
reconnaître les qualités allemandes et l’intérêt qu’il y avait lieu de porter à nos
voisins (8):
Qui donc a propagé en France tant d’erreurs dangereuses, tant d’illusions
sur le caractère, le génie, l’esprit, les appétits des Allemands ? Deux écrivains
dont le talent a servi la rancune et qui n’ont flatté l’Allemagne que pour se
venger des Français : Voltaire, qui fit tant de mal à notre pays par ses
hypocrisies élégantes et le charme éloquent de ses calomnies ; Mme de Staël,
ignorante et crédule. Nous revenons un peu tard de ces erreurs funestes.
Voltaire, « mauvais Français » ! Avoir admiré le grand Frédéric, son organisation
militaire et étatique, quel crime !
Je prenais conscience, à la lecture de tous ces ouvrages, de l’immense vague de
germanophobie activement entretenue en France bien avant 1914. Tous ces écrits
prêtaient à l’Empire allemand les plus noirs desseins; on était bien loin de l’admiration
que Taine et Renan, quelques décennies auparavant, avaient éprouvée pour la
profondeur du génie allemand. C’était de plus en plus comme une angoisse devant les

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8 Victor de Saint-Genis, L’Ennemi héréditaire, 326 p., 1976, E. Dentu éditeur (17-19, Galerie d’Orléans, Paris) p.264.
V. de Saint-Genis fut Correspondant du Ministère pour les Travaux historiques et par ailleurs lauréat de l’Institut.

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progrès en tous domaines de ce pays. On en arrivait à souhaiter ardemment la guerre
contre l’Allemagne, présentée d’abord comme une guerre de revanche nécessaire sur la
défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine. Puis, à partir de 1905, on donnait dans
la haine raciste pure et simple. L’Allemand devait être détruit physiquement, pour la
simple raison qu’il était allemand. Les exemples abondaient d’appels au meurtre des
Allemands ; ces appels ne pouvaient manquer d’imprégner bien des esprits et d’aboutir à
la joie mauvaise d’août 1914, quand les soldats partirent en guerre … (9)
Peu de temps après, Auguste, un autre membre de la famille, allait par ses propos
me rendre encore plus perplexe. L’homme, d’une particulière sagacité, jouissait de
l’estime générale. En 1917, alors qu’il préparait le baccalauréat, il avait été appelé au
front, dans une unité d’artillerie. Il en revint marqué à jamais. Après quoi il fit partie des
troupes d’occupation françaises en Rhénanie. Plus de quarante ans après ces
événements, le bilan qu’il tirait de ces deux expériences pouvait se résumer en ces
termes :
La France n’a, en aucune manière, mérité d’être classée parmi les
vainqueurs de 1918. Cette guerre, qu’elle a ardemment désirée, lui a valu plus
de dégâts humains et de désastres psychologiques que d’avantages. En 1919, au
moment du traité de Versailles, monument d’iniquité, la France pensait sans
doute avoir gagné la guerre avec ses alliés contre l’Allemagne.
Mais cette Allemagne s’était battue à un contre six et la France ne pouvait
se targuer de lui être supérieure. Le contraire était vrai. En 1923, jour après
jour, j’ai de mes yeux vu la réalité de cette Allemagne vaincue. J’en ai été
stupéfait.
Je peux dire qu’avec l’occupation de la Rhénanie, j’ai participé à une
expédition de pillage. Nous sommes venus dans ce pays hautement civilisé en
démonteurs d’usines et en pillards. J’ai découvert l’état intérieur des habitations
et jusqu’à celles des plus modestes employés et ouvriers. Les pianos que je
découvrais parfois chez les ouvriers n’étaient pas là pour la montre. L’amour
des beaux-arts, de la musique, de la lecture, était omniprésent.
On avait osé nous lancer contre les Allemands prétendument au nom de
la Civilisation, alors que ces gens étaient bien plus avancés que nous sur bien
des plans. Cette guerre de 1914-1918 a été suscitée par un groupe de nations
jalouses et inquiètes de voir les Allemands se développer bien trop vite à leur
gré. Ce peuple nous surclassait presque en tout domaine. Nous, Français, nous
avons figuré au premier rang des nations barbares.
Ce discours, je l’ai dit, me bouleversa : je pressentis le grand mystère du XXe
siècle que je n’ai toujours pas élucidé. Je m’interroge encore sur les motifs de cette haine
qui a poussé l’Occident à se retourner contre son véritable centre de gravité, contre son
propre coeur, contre lui-même.
Trop souvent, quand il s’agit de l’Allemagne, les historiens français se font
nébuleux. Voici, par exemple, comment encore en 1958, deux de ces historiens

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9 Un aspect de cette imprégnation de haine anti-allemande m’est apparue récemment à la lecture du scénario d’un film
documentaire intitulé Docteur Cbarles Mérieux en cours d’achèvement (producteur: La Cuisine aux Images, 2001,
Lyon). Dans ce film, Marcel Mérieux, fils et successeur de Charles Mérieux (1907-2001) à la tête du laboratoire de
microbiologie, raconte qu’à 1’âge de sept ans il déclara un jour dans le cercle familial : « Mon papa donnera le tétanos
aux Allemands : ils mourront tous en quatre jours. » Les Français, on le voit, étaient imprégnés de haine contre « les
Boches » (documentation personnelle de l’auteur).

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expliquaient dans un manuel scolaire à l’usage des élèves de la classe de première, la
responsabilité des Allemands dans le déclenchement de la guerre de 1914-1918 (10):
[…] L’habileté des commis-voyageurs [allemands], qui se pliaient au goût
de la clientèle locale au lieu de lui imposer leurs modèles, conquirent au Reich
des marchés sans cesse plus étendus, aux dépens particulièrement de
l’Angleterre. Si l’Allemagne avait continué ainsi pendant une dizaine d’années,
au lieu de se lancer dans la guerre, elle eut dominé économiquement une
grande partie du monde. Mais comme l’apprenti-sorcier de la légende
germanique, l’Allemagne fut débordée par les forces qu’elle avait déchaînées.
Ces prétendues explications, à vrai dire répétitives, ne me satisfaisaient pas. En
effet, elles partent toutes d’une supposition selon laquelle l’existence de l’Allemagne
constituerait une entrave pour les autres pays d’Europe à cause du dynamisme propre
aux Allemands. Les qualités de ce peuple – méthode, technologie, souci du travail bien
fait et de l’après-vente, rigueur scientifique en tous domaines – seraient pour les autres
peuples des sources d’inquiétude. Les défauts de ces qualités, à savoir l’assurance
éprouvée par les Allemands, les font alors taxer d’arrogance. Quoi qu’ils fassent, ils
dérangent. En fait, on n’aime jamais le premier de la classe, j’en savais quelque chose
moi-même. C’est ainsi qu’on leur instruit en quelque sorte un procès permanent.
Coupables d’être ce qu’ils sont, on décrète les Allemands « trop allemands », et, à ce
titre, leurs dirigeants se retrouvent en posture d’accusés devant une sorte de tribunal
international.
Arrêtons-nous ici un instant. Dans ce procès de l’Allemagne, imaginons, après un
tel réquisitoire, ce que pourrait être une plaidoirie. L’Allemagne, un peuple « égaré » au
milieu des autres nations européennes ? On pourrait d’abord poser en principe qu’un
peuple de la communauté européenne ne s’égare pas durant des siècles sans qu’il y aille
un peu de la faute des autres. On doit convenir d’abord que tout équilibre fut rompu par
la guerre de Trente ans, où les armées de l’Europe entière chassèrent de lieu en lieu les
populations allemandes et laissèrent derrière elles un effroyable chaos. Après deux
siècles d’éclipse, durant lesquels les vainqueurs eurent soin de maintenir l’Allemagne en
état de division et de faiblesse, le peuple allemand emprunta au rationalisme français et
à la Révolution l’idée moderne de nation. On pourrait soutenir que l’Allemagne ne fit
alors qu’adopter des principes étrangers ; que, venue tard à l’intuition de son existence
nationale, elle en prit une conscience peut-être plus agressive et eut à l’imposer dans une
Europe qui ne voulait point l’admettre. On imagine sans peine la suite de ce plaidoyer,
dont tous les éléments se retrouvent aux pages des manuels d’histoire nationauxsocialistes.
Une analyse assez lucide de la question est fournie par Albert Béguin, auteur
d’un ouvrage pourtant aussi anti-allemand qu’on savait l’être en 1946 :
Il reste que nous n’avons à peu près rien fait pour maintenir l’Allemagne
dans l’union des Européens. Il reste surtout que si nous autres, peuples
d’Europe, nous avions eu à proposer à l’Allemagne une image plus
convaincante de notre communauté et de notre existence supérieure à la sienne,
elle n’eût peut-être pas exagéré nos erreurs jusqu’à en faire apparaître les pires
aspects. Sachons voir au moins qu’une Europe plus juste et plus belle eût offert
à l’appétit spirituel des Allemands d’autres exemples que ceux qu’elle a suivis,
et d’autres satisfactions que celles où elle s’est jetée avidement.

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10 E. Jarry et P. Mazin, L’Europe et le Monde de 1848 à 1914, Editions de l’Ecole, Paris, 1958.

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A. Béguin poursuit par une réflexion sur le national-socialisme et cette
« rééducation » des Allemands qui commençait alors :
Le national-socialisme, lui, a suscité chez ses adeptes un héroïsme,
parfois une manière de sainteté, qui certes étaient viciés au principe qu’ils
mettaient l’homme au service de l’humanité, mais qui malgré tout inspirèrent
d’authentiques sacrifices. Ces jeunes hommes ont conquis l’Europe au prix de
leur aveugle courage ; ils ont vécu pendant douze ans de l’existence étonnante,
libre, sans prudences bourgeoises, sans rien de réservé, de préservé, qui est
l’existence du soldat.
Puis ils ont connu l’immense défaite, la vanité de leur don de soi, l’échec
de ce qu’ils croyaient sincèrement être une révolution et l’aurore d’un nouveau
monde humain. Et l’on voudrait maintenant qu’ils écoutent des professeurs, des
sermonneurs en qui ils ont toujours vu, – et souvent avec raison – des gens plus
soucieux de conserver leur rang social, leur dignité bourgeoise, leurs préjugés
et leur confort spirituel, que de sauvegarder des valeurs sacrées ! Allons même
plus loin : beaucoup de ces jeunes hommes, trompés par une propagande qui
abusait des mots, ont poussé le sacrifice jusqu’au sacrilège qui consiste à se
dépouiller de son âme. […] Et l’on viendrait leur proposer une bonne petite vie
sage, organisée sur le modèle des paisibles démocraties suisses ou
scandinaves ! On peut être certain d’avance qu’ils ne comprendront même pas
de quoi on leur parle. (11)
Dans une biographie récente de Lénine, l’historienne Hélène Carrère d’Encausse,
qui ne passe pas pour être particulièrement germanophile, écrit :
[Lénine] est fasciné par le modèle intellectuel allemand (la philosophie
allemande attire particulièrement les élites russes au tournant du siècle), par la
science et la technique allemandes, par le génie allemand de l’organisation
étatique et militaire. Comparée à l’Allemagne, la Russie est pour lui
l’incarnation de la « barbarie asiatique ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, penset-
il, si le marxisme a été inventé et développé par les Allemands. Lorsqu’il
songe à la Russie, il considère que la révolution est la seule voie, et la plus
sûre, pour l’arracher à son retard, à la « barbarie asiatique », et à en faire un jour
à grands efforts une copie de l’Allemagne. (12)
Citons encore Robert N. Proctor, ce professeur américain d’histoire des sciences à
l’Université d’Etat de Pennsylvanie, très « politiquement correct », qui s’interroge, en
1999, à propos d’un domaine médical précis (celui de la recherche sur le cancer sous le
IIIe Reich) sur la formidable avance de l’Allemagne – « des décennies d’avance sur les
autres nations dans la mise en place des réformes sanitaires que nous considérons
aujourd’hui comme progressistes et socialement responsables » :
[…] Le nazisme s’enracina dans la culture scientifique la plus puissante
du monde, qui pouvait s’enorgueillir de détenir la moitié des prix Nobel et une
partie considérable des brevets d’invention du monde. La science et la
médecine allemande étaient jalousées par la planète entière et ce fut en
Allemagne – « la patrie des savants et des poètes » – que beaucoup

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11 Albert Béguin, Faiblesse de l’Allemagne, Paris, Librairie Joseph Corti, 1946.
12 Hélène Carrère d’Encausse, Lénine, Paris, Favard 1998, p. 619.

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d’universitaires pleins d’espoir se retrouvèrent pour se faire les dents dans le
domaine scientifique. (13)

LA PENSÉE UNIQUE

« Il faudrait que vous arrêtiez sur cette pente catastrophique… Si vous
persistez à penser et à parler de cette façon, vous allez vous attirer de graves
ennuis. Il est mal vu de prendre le parti de l’Allemagne, c’est ainsi. Que vous le
vouliez ou non, le procès de Nuremberg, après la seconde guerre mondiale, a
réglé la question. L’Allemagne hitlérienne, l’Allemagne tout court même, selon
Jaspers, a été convaincue de tant de crimes, que vos recherches et vos
remarques sur le traité de Versailles de 1919, pour sérieuses et relativement
objectives qu’elles soient, paraîtront suspectes. La découverte au printemps
1945 des camps nazis, de leurs morts-vivants et de leurs cadavres par milliers,
de leurs chambres à gaz, a démontré l’entreprise d’extermination qui se cachait
dans le nazisme : on ne reviendra pas là-dessus. Essayez de le comprendre. »
C’est ce qu’en substance il m’arrivait d’entendre lorsque dans les années soixantedix,
je me risquais parfois à exposer mon analyse de ce que je tenais pour le suicide de
l’Occident dans la première moitié du XXe siècle.
La guerre de 1914-1918 et celle de 1939-1945 m’apparaissaient de plus en plus
comme une tentative, en deux étapes, de mise à mort du peuple allemand par une
puissante coalition d’intérêts. Par ailleurs, mes nombreux voyages en Allemagne à partir
de 1967, et aussi, malgré des difficultés de toutes sortes, en « RDA », ainsi qu’en
Autriche, en Pologne, en Scandinavie et mes lectures de ce qui se publiait sur
l’Allemagne me renforcèrent dans l’opinion que ce pays était à peu près innocent de ce
qu’on lui avait imputé par des mensonges incessamment martelés.
Avant même d’avoir lu Paul Rassinier, j’avais pressenti qu’à propos de
l’Allemagne et des deux conflits du XXe siècle, une histoire officielle s’était constituée.
Dans les années soixante-dix, d’une part, ce que j’entendais de la bouche de divers
Allemands vingt-cinq ans seulement après la guerre, et, d’autre part, l’imputation
permanente faite à l’Allemagne, par les ex-Alliés et par Israël, de crimes sans
précédents, me sembla être devenu la contrepartie indispensable pour occulter à la fois
l’apocalypse du bombardement des populations civiles allemandes par les Alliés et les
abominables déportations de quelque quinze à vingt millions d’Allemands de leurs terres
ancestrales de Prusse, de Silésie, des Sudètes, de Hongrie.
Tous comptes faits, l’Allemagne n’avait-elle pas souffert plus que tout autre
belligérant ? À Hambourg, par exemple, en juillet 1943, les Anglo-américains n’avaientils
pas tenté de brûler vivante, en larguant des dizaines de milliers de bombes au
phosphore sur les quartiers d’habitation, la population civile allemande ? Près de quatrevingt
mille morts ! Plus de cent fois Oradour ! En l’espace de deux nuits et de deux jours
consécutifs de février 1945, l’aviation alliée avait perpétré à Dresde bien plus de deux
cents Oradour ! Deux cents Oradour en 48 heures ! L’instigateur de Dresde, Winston
Churchill, ne devrait-il pas figurer au rang des plus grands criminels de guerre ? (14)

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13 Robert N. Proctor, The Nazi War on Cancer, Princeton University Press, 1999. Paru en traduction française sous le
titre La Guerre des nazis contre le cancer, Paris, Les Belles Lettres, 2001 (avec préface et traduction de Bernard
Frumer).
14 « C’est Churchill qui imposa […] les premiers bombardements de terreur sur des objectifs civils (comme la ville
de Duisbourg bombardée en juin 1940, ce qui poussa Hitler à bombarder des villes anglaises, comme Londres) ;

Churchill recommanda d’ailleurs à ses pilotes de bombarder surtout avec des bombes incendiaires les centres très
peuplés des vieilles cités, car les vieilles maisons brûlent mieux, représentent mieux la culture à détruire et sont
nettement plus peuplées de petites gens et d’ouvriers en général. Il organisa ensuite personnellement les
bombardements de terreur et d’anéantissement sur les villes allemandes bourrées de civils comme Hambourg et
Dresde, cette dernière n’étant [en février 19451 qu’une ville hôpital. » (Claude Soas, Vers un matérialisme biologique
ou la faillite du matérialisme historique, éd. privée, 1982, remaniée cri 1993, cité par Dietrich Schuler, in
L’Antigermanisme, son histoire et ses causes, traduction et adaptation de Jean-Loup Pesteil, Paris, L’Æncre, 1999.)

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Comment expliquer que la plus grande déportation de tous les temps, voulue et planifiée
par Churchill, Roosevelt et Staline, fut celle de dix-huit millions d’Allemands chassés de
leurs terres ancestrales de 1945 à 1948, déportation qui se déroula dans des conditions si
horribles qu’elles firent vraisemblablement deux millions de victimes ! (15)
Déjà un constat s’imposait : sur ces crimes bien réels commis contre les
Allemands, la propagande officielle mise en place depuis 1945 et surtout après le
verdict du « procès » de Nuremberg, n’a rien à dire. Elle répète à satiété que les
Allemands avaient prémédité et mis en oeuvre une politique d’extermination physique
des juifs et, pour cela, avaient mis au point et utilisé des abattoirs chimiques, appelés
« chambres à gaz ». Mais où sont les preuves matérielles, les expertises, les témoins
directs dont on aurait vérifié les témoignages ? Raul Hilberg, auteur de La
Destruction des juifs d’Europe (1985), répond qu’il n’y en a pas et avance pour toute
explication que les Allemands auraient fait disparaître les preuves matérielles et
assassiné les vrais témoins. (16)
J’étais frappé par un aspect singulier du caractère germanique que je découvrais au
fil de mes séjours fréquents, de mes voyages, de mes discussions, de mes
recoupements : l’Allemand, le Germain, avance dans la vie par son patient labeur, sa
technicité, son souci d’achèvement de l’ouvrage entrepris, son honnêteté ; il y a en lui du
poète, de l’ingénieur, du chercheur, qui répugne au mensonge ou à la ruse pour
escroquer, à la duplicité et à l’arnaque en affaires. Ce n’est pas un hasard si le Candide
de Voltaire est allemand. C’est là son défaut dans un environnement cupide et jaloux.
Aussi va-t-on chercher à le tromper pour l’escroquer si possible et pour l’exploiter
toujours, de l’intérieur ou de l’extérieur. Quand il s’en aperçoit, la colère de notre
Germain peut se faire redoutable.
Après le 11 novembre 1918, ayant obtenu l’armistice, l’Allemagne fut contrainte
de tout accepter, y compris les injustices et les mensonges les plus monstrueux : sa
culpabilité, décrétée par les Alliés, dans le déclenchement de la guerre, le paiement
d’énormes réparations (trois fois et demi l’équivalent du stock d’or mondial !) (17),
l’interdiction de l’unification avec l’Autriche qui, de son côté, réclamait cette
réunification, la perte d’immenses territoires, allemands depuis plus de sept siècles,
cédés à la Pologne, l’incorporation aberrante de trois millions et demi d’Allemands à un
nouvel Etat slave créé de toutes pièces (la « Tchécoslovaquie »), le maintien après
l’armistice d’un blocus impitoyable au mépris des lois de la guerre, la perte de toutes ses
colonies au profit de vainqueurs avides de profiter des infrastructures modernes
installées par l’Allemagne dans ces pays, le vol pur et simple de ses navires et sousmarins,
bientôt le démontage et le pillage de ses usines, et pis encore, les plus infâmes
bobards de guerre répandus complaisamment par les mêmes sur son compte. Selon ces
rumeurs, entre 1914 et 1918 les Allemands avaient coupé les mains de petits enfants
belges ; ils avaient violé des nonnes dans leurs couvents avant de leur couper les seins ;
ils avaient transformé en graisse les cadavres de leurs ennemis ou de leurs propres

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15 Heinz Nawratil, Schwarzbuch der Vertreibung 1945 bis 1948, Munich, Ed. Universitas, 1999. Traduction française
par Michel Kaiser: Le Livre noir de l’expulsion – L’Epuration ethnique des Allemands en Europe centrale et
orientale, 1945-1948, Saint-Genis-Laval (Rhône), Editions Akribeia, 2001.
16 Interview par Annette Lévy-Willard, « Hilberg avec un grand H », Libération, 15-16 sept. 2001, p. VI.
17 F. Grimm, Le Testament de Richelieu, Paris, Flammarion, 1941.

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soldats ; ils avaient crucifié des aviateurs canadiens tombés vivants entre leurs mains ;
sept cent mille Serbes au moins avaient été gazés par les Austro-Boches.
Interview par Annette Lévy-Willard, « Hilberg avec un grand H », Libération, 15-
16 sept. 2001, p. VI.
Le vertige vous saisit à l’énumération de tous ces bobards qui, par la suite, ont été
démontés les uns après les autres.
J’avais été troublé par les deux ouvrages de Paul Rassinier : Le Drame des Juifs
européens (1964) et Les Responsables de la Seconde guerre mondiale (1967), qui
m’apportaient un singulier éclairage. Le désir d’en savoir plus, de démêler le vrai du
faux, de comprendre surtout la raison de l’occultation de la vérité historique sur la
première moitié du XXe siècle pour tout ce qui touche à l’Allemagne, et donc à notre
propre destin d’Européens, me parurent un impératif moral et psychologique bien plus
encore qu’une aventure intellectuelle non conformiste.
Une confirmation de mes constatations me vint un jour de juillet 1969. Nous
avions loué une maison en Bretagne pour nos vacances d’été. Ce jour-là, nous étions
invités à déjeuner dans leur chaumière restaurée par un couple d’amis parisiens dont
c’était la résidence secondaire. L’homme était un ethno-sociologue déjà connu dans ce
milieu quelque peu restreint, et ouvertement conscient de sa valeur. Sa femme, qui
connaissait mes sujets d’intérêt, nous avait prévenus de la sensibilité de son mari et de
ses réactions d’écorché vif (de gauche, bien entendu). Dans nos conversations, toujours
marquées idéologiquement de son côté, je n’essayais pour ainsi dire jamais de le
contredire. Il en était venu ce jour-là à ce qu’il appelait l’exploitation post-coloniale
sournoise et générale, des peuples dits du tiers-monde par les pays dits développés. Je
me décidai à sauter le pas. En la seule présence de nos deux épouses, je l’interpellai :
Peut-être avez-vous raison quand vous parlez, pour l’Afrique,
d’exploitation de ces peuples par d’autres peuples. Mais il est dans le monde
actuel une exploitation dont vous ne soufflez mot, une double exploitation qui
frappe un peuple, sous nos yeux, en 1969 et en Europe même :
— d’un côté, un morceau découpé dans la chair de l’Allemagne, et appelé
curieusement « RDA », dont les 18 millions d’habitants sont enfermés à jamais
derrière la plus formidable frontière du monde ; ces 18 millions d’Allemands,
vous devez bien le savoir, sont gardés par sept cent mille soldats soviétiques
surarmés (soit un soldat rouge pour 25 Allemands !) et astreints aux travaux
forcés pour le compte de l’occupant soviétique ; leur pays a subi un pillage
méthodique et leurs usines ont été démontées et emportées en URSS;
— de l’autre, et cela concerne au moins tous les Germains, une
propagande inlassablement martelée qui accuse le défunt Reich allemand de la
mise à mort préméditée de six millions de Juifs entre 1941 et 1945. Or, au-delà
de la calomnie de la «préméditation», ce chiffre est monstrueusement gonflé, et
Rassinier, par exemple, propose, arguments à l’appui, un chiffre maximum de
un million de morts juifs, décédés sur cette période pour toutes sortes de
raisons, hélas classiques car inhérentes à la guerre elle-même.
N’est-ce pas là une forme supplémentaire et cruelle d’exploitation,
politique ou autre, de tout un peuple, que de lui imputer à tort des millions de
morts ?
L’homme s’emporta : « Si ce que vous venez de dire se propageait, alors il faudrait
diviser l’Allemagne non pas en deux ou en quatre, mais la faire disparaître en milliers de
pièces ! Qui êtes-vous, vous-même et Rassinier, pour ne tenir aucun compte du

jugement de Nuremberg ? » Il se leva pour sortir. Nous pouvions maintenant le voir
marcher dans la prairie proche, serrant les poings et baissant la tête comme s’il avait
reçu un coup. « Je vous avais prévenu et vous l’avez néanmoins provoqué », me dit son
épouse en souriant qui ajouta « Il va revenir dans un quart d’heure. »
On se doute qu’un tel personnage a su mener à bonne fin une brillante carrière
universitaire, bien maçonnée et couronnée, je crois, par une nomination à un poste de
directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
Quelque temps plus tard et presque coup sur coup, trois rencontres allaient encore
me frapper.
La première rencontre : au cours d’un voyage familial, un parent de mon épouse
nous présenta un jour un Allemand de ses amis, Gerd. La cinquantaine alerte, parlant un
français châtié, l’homme m’apparut cultivé et sensible. Cet Allemand était originaire des
« territoires perdus », du côté de la Posnanie, à présent polonaise. Je lui fis comprendre
que j’aimerais en savoir plus. Il devait me faire quelques jours plus tard un récit
hallucinant des conditions dans lesquelles l’expulsion, la Vertreibung, s’était déroulée
pour lui et pour sa famille, à l’automne 1945. Réfugiés dans le Brandebourg après 1945,
sa famille et lui-même avaient fui, peu de temps après, le nouveau régime communiste
installé par la force dans cette partie de l’Allemagne par les occupants soviétiques, et
qu’il appelait Mitteldeutschland (Allemagne centrale) plutôt que « DDR ». Il se trouvait
donc à présent (nous sommes en 1975) en Rhénanie-Westphalie.
Je l’écoutais ce jour-là avec intérêt en train de développer son analyse de la réalité
du régime de la DDR (« Allemagne de l’Est », pour nous autres Français). Il m’expliqua
qu’il s’agissait d’un régime d’oppression et de pillage organisé au profit des Soviétiques.
Le nombre de juifs aux rênes de ce gouvernement de la « DDR » était considérable,
hors de proportion avec leur présence dans la population. Il s’agissait de juifs qui avaient
quitté naguère le Reich, du fait des lois hitlériennes, et qui étaient revenus en force dès
après 1945 « pour remettre la main sur le peuple allemand en vue de l’exploiter
férocement, tout en satisfaisant leur fantasmes bolcheviques, leur seconde nature.
Certains sont même, dès la fin des années quarante, revenus des riches USA, pour se
retrouver installés aux postes dirigeants de cette DDR pour mieux asservir des
Allemands. » Il m’énuméra les noms de ces « dirigeants », en précisant leurs fonctions.
Il dessina devant moi l’organigramme du gouvernement communiste de la RDA et de
ses structures. Il le compléta par les noms des titulaires juifs des postes-clés. J’avais
ainsi sous les yeux l’organigramme de la structure décisionnelle du gouvernement de la
« RDA » qu’il entreprit de compléter par les noms des titulaires en poste. Je vis entre
autres apparaître les noms d’Hermann Axen, Ernst Bloch, Horst Brasch, Otto Braun,
André et Horst Brie, Kurt Cohn, Peter Edel, le couple Eisler, Hans Fruck, Ralph
Giordano, Bruno Goldhammer, Herbert Grünstein, les Gysi, Wieland Herzfelde, Stefan
Hermlin, Erwin Jacobi, Max Leon Kahane, Heinz Lippmann, Erich Markowitsch.
L’organigramme dirigeant était quasiment rempli par ces noms ! Il me demanda de
conserver le document.
Je lui fis remarquer, sans doute maladroitement, qu’ils avaient peut-être, ces juifslà,
des raisons d’avoir voulu se venger de leur exil forcé, de la déportation de certains
des leurs, et, ajoutai-je, des massacres en chambres à gaz. Il me fixa assez durement :
« Massacres en chambres à gaz ? D’où sortez-vous ce bobard ? » Je lui répondis,
comme pour atténuer mon propos, que j’avais lu Rassinier, ancien déporté et député
français, déjà bien connu en Allemagne fédérale, qui avait qualifié les chambres à gaz
homicides de «hautement improbables».
Gerd tint un peu plus tard à me parler de l’Autriche.

« L’Autriche résiduelle de 1919 (votre Clemenceau l’appelait l’Autriche
allemande, partie de cette ancienne Autriche-Hongrie qu’il avait rêvé d’abattre)
était incontestablement un morceau de l’ethnie germanique, et l’est toujours
d’ailleurs. La réunion au Reich était donc une nécessité humaine, économique
et politique. La Bretagne n’est-elle pas une partie de votre nation française ?
L’Anschluss si souvent décrié dans les manuels fut consolidé par un referendum
qui se passa sous l’oeil d’observateurs internationaux conviés en Autriche.
Avez-vous remarqué que ce fait est généralement passé sous silence ? Savezvous
que le résultat du vote, qui se passa dans des conditions de régularité
parfaite, donna une énorme proportion de « oui », de l’ordre de 98,5 % ? Savezvous
quelle était la typologie du 1,5 % totalisant les votes « non » ? Ce fut très
approximativement la population juive de l’Autriche ! Ce fut un exemple
saisissant de « vote ethnique », dont je vous laisse tirer la leçon. »
Deuxième rencontre : nous connaissions à Paris une jeune femme allemande qui
travaillait à l’ambassade de RFA en France au service des réclamations concernant les
affaires de réparations liées à la déportation. Elle nous expliqua un jour – ce devait être
en 1977 – qu’elle avait été surprise par de nombreux cas, dont elle entreprit de nous
détailler le plus récent. Un quadragénaire, juif né en Pologne, était venu à plusieurs
reprises à l’ambassade allemande de Paris se plaindre de « la responsabilité de
l’Allemagne » dans le délabrement de son état psychique. Il annonçait que toute sa
famille avait été raflée, déportée, puis exterminée dans un camp de concentration situé
en Pologne. Lui seul, âgé de 12 ans à l’époque (1944), avait pu s’échapper du convoi.
Aucun témoin n’était resté vivant, car, disait cet homme, « nous habitions un shtetl non
loin de Lublin, qui fut rasé totalement par les Nazis, et dont tous les habitants furent
déportés et exterminés. J’en suis le seul rescapé. Les Nazis ont poussé le sadisme jusqu’à
brûler toutes les archives d’état civil. Depuis près de trente ans, je ne dors pratiquement
plus , si j’y parviens, ce sont des cauchemars qui m’assaillent: je vois mes parents chéris
dans la chambre à gaz, puis brûlant sur des bûchers. J’ai les nerfs brisés. Vous,
Allemands, qui m’avez handicapé à vie, vous devez m’indemniser en capital et me payer
une pension. »
Et notre amie allemande poursuivait : « Dans ces cas-là, nous faisons des
recherches d’état-civil auprès de l’Internationaler Suchdienst (Service international de
recherches) d’Arolsen, qui centralise les informations recueillies à diverses sources,
notamment les registres entrées-sorties des camps et les listes de convois. Pour cette
personne, Arolsen nous fit savoir qu’on ne possédait aucune information sûre, et même
que la date de déportation indiquée semblait erronée en ce qui concernait la région de
Lublin. Nous en avons informé par courrier le plaignant, qui vint nous trouver à
nouveau à l’ambassade et tempêta. Il nous produisit, peu de temps après, pas moins de
cinq certificats, tous signés par des médecins dont les noms avaient une consonance
juive évidente, et qui tous concordaient pour dire que le patient venu les trouver
présentait des signes incontestables de traumatisme psychique grave, dus évidemment à
la déportation et à la mort des membres de sa famille. Que pensez-vous qu’a été la
décision finale du service des « Réparations » ? Nous avons fini par lui accorder
pratiquement ce qu’il demandait. De guerre lasse. Et nous ne savons toujours pas s’il a
vraiment perdu sa famille comme il le prétend. »
Troisième rencontre : une amie parisienne de ma femme nous présenta un jour son
nouvel ami, un médecin nommé Max Rosen. Juif d’origine roumaine né vers 1915, il
nous parlait du camp de Mauthausen où il avait été déporté en 1944, « non pas en tant
que juif », aimait-il à répéter, « mais en tant que résistant ». Son diplôme de médecin lui

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avait valu d’être affecté là au Revier (hôpital ou infirmerie), et d’avoir effectué aussi,
chez les bien-portants du camp, diverses séances de contrôle médicaux ou sanitaires.
« À ce titre », ajoutait-il, « j’ai connu nombre de détenus de ce camp. Encore plus de
trente ans après, j’ai toujours en tête les noms de bien des détenus de Mauthausen ». Un
jour, il confia à mon épouse, assez imprudemment, qu’il devait aller prochainement à
Düsseldorf pour y témoigner devant des autorités allemandes. « Je vais certifier là-bas
que j’ai bien connu les gens qui figurent sur une liste destinée à obtenir, pour leurs
ayant-droits, des indemnités. Je dois t’avouer que ces listes sont composées de
personnes imaginaires. Je vais certifier que je les ai bien vues, connues ou même
soignées à Mauthausen «avant qu’elles ne disparaissent exterminées dans le même
camp», sans jamais avoir été enregistrées. Les Allemands nous ont tellement fait
souffrir que j’estime qu’on peut bien leur jouer ce tour. Je sais cependant que le procédé
est dangereux… »

 

II
ÉCRASONS L’INFÂME
Je rêve d’une confrérie d’hommes qui n’auraient d’égards
à rien, ne connaîtraient pas de ménagements et voudraient être
appelés « destructeurs » ; ils passeraient toute chose au crible de
leur critique et se sacrifieraient à la vérité. Mettre au jour ce qui
est mauvais et faux !
Il y a des pessimistes paresseux, des résignés ; nous ne
serons pas de ceux-là.
F. Nietzsche, La Volonté de puissance, 1875, éd. Kröner,
X, p. 420, § 293.

UN GRAND SILENCE,
AVANT LA TEMPÊTE

Mon activité professionnelle, la vie de famille, des facilités nouvelles de voyage
par avion, nous permettant de voyager à bien meilleur compte dans le monde entier,
m’avaient quelque peu écarté des préoccupations d’ordre historique. Je me contentais
d’être maintenant celui qui, blasé, pense à peu près tout savoir d’un sujet interdit. Je
croyais aussi qu’un jour prochain et sous une forme encore difficile à imaginer, la vérité
finirait bien par éclater, puisqu’il n’est, dit-on, pas possible de mentir tout le temps à tout
le monde.
Je me reproche maintenant cette attitude. Laisser courir le mensonge lorsqu’on est
assuré qu’il s’agit d’une calomnie constitue une lâcheté, en même temps, et surtout,
qu’une intolérable injustice à l’égard de celui qui en est la victime.
Jusqu’en 1986 ma position concernant la seconde guerre mondiale avait été la
suivante : Hitler, patriote allemand, était parti à la conquête du pouvoir en Allemagne,
bien décidé à pulvériser le traité de Versailles, ressenti comme une humiliation doublée
d’une mise en coupe réglée du peuple allemand par ses voisins et notamment la France.
Puis, il avait fini par accéder à ce pouvoir en janvier 1933 par des élections régulières.
Mais ce pouvoir n’était pour lui que le moyen de mettre en oeuvre, dans une vision
planétaire, la libération et le destin même de son peuple à travers un programme
esquissé dans Mein Kampf.
À l’intérieur, Hitler, convaincu pour sa part des qualités de l’homme germanique,
cherchait à remodeler le capital humain de la société allemande, en visant à préserver
son unité raciale par la mise en oeuvre de mesures pour le départ des allogènes «non-germains
» et principalement des juifs. A la fois dans leur ensemble et en chacun d’entre
eux, il percevait chez les juifs un facteur de dégénérescence. Il dénonçait leur
participation majeure, en URSS et ailleurs, au communisme bolchevique, qu’il analysait
comme une sorte d’idéologie judaïque et messianique destinée à exploiter le non-juif et
notamment l’Allemand par ailleurs hostile à cette « religion ».
Comme tous les Allemands, il avait assisté au déferlement de membres de la
communauté juive sur son pays lors de ce qu’en Allemagne on a appelé la révolution de
novembre 1918. Incitateurs majoritaires de ce mouvement, les juifs s’étaient alors
emparés du pouvoir politique. On sait que leurs tentatives d’instaurer ici et là en
Allemagne des républiques bolcheviques (en fait, des dictatures dont ils furent les
maîtres provisoires) allaient toutes s’achever en faillites, sans exception, après avoir été
le théâtre d’affrontements sanglants et de meurtres d’opposants, véritables ou prétendus
tels. Un Français, Ambroise Got, docteur en philosophie, ancien attaché militaire
français à Berlin en 1919, en a fait, quelque temps après, une description

impressionnante dans un ouvrage qui relate avec force détails cette mainmise des
bolcheviks juifs sur l’Allemagne de 1919 :
L’ancien ambassadeur de la République soviétique russe à Berlin, Joffe,
est juif. C’est lui à qui incomba la tâche de préparer la révolution allemande en
semant des millions [de marks] de propagande. La Rostra, soi-disant agence de
nouvelles, en réalité centre actif de la propagande, fut créée et l’on mit à sa tête
le juif Sobelsohn, dit Radek. C’est de la Rostra que partaient les millions de
feuilles volantes répandues par tout le pays. Levien et Axelrod ont appartenu à
la Rostra.
Les principaux comparses des révolutionnaires russes furent les deux
députés [juifs] du Reichstag, Oscar Cohn – de la circonscription de Nordhausen
– et Huga Haase […]. Au total, Cohn, Haase empochèrent environ 1.500.000
marks à l’aide desquels fut faite la révolution allemande […].
Que ce soit à Berlin, à Munich ou en province, les chefs du mouvement
sont israélites. Dans le bassin de la Ruhr, [ce sont] le juif Karski et le juge juif
Ruben, à Essen Leo Dannenberg qui à la déclaration de guerre avait fui en
Hollande, le Dr Levy, Leviné que nous retrouvons à Munich, la fameuse Rosa
Wolfstein […], ancienne caissière des grands magasins juifs Tietz à Düsseldorf.
[…]
Dans le directoire qui est constitué à Berlin au lendemain de la révolution
siègent deux juifs, tous deux avocats : Landsberg et Haase. Oscar Cohn, cidessus
mentionné, devient sous-secrétaire d’Etat à la Justice avec comme
adjoint, le social-démocrate Bernstein, juif qui est originaire de Dantzig. Le
professeur juif Preuss, qui va préparer la réforme de la Constitution, devient
secrétaire d’Etat à l’Intérieur. Il choisit pour sous-secrétaire son coreligionnaire
le professeur Freund. Autre juif Emmanuel Wurm est promu sous-secrétaire
d’Etat au Commerce et à l’Agriculture. Le juif tchèque Kautsky est chargé de
dépouiller les archives des Affaires étrangères.
Entre-temps, le ministre Schiffer s’est démis de ses fonctions et il est
remplacé par deux juifs – Dernburg et Gothein. On crée aux affaires étrangères
un département spécial pour les questions juives à la tête duquel on place le Dr
Sobernheim [juif également].
Dans le Cabinet prussien, le président du Conseil, Hirsch, qui cumule le
ministère de l’Intérieur, est israélite ; à côté de lui, le ministre de la Justice,
l’avocat Kurt Rosenfeld, et le ministre des Finances, Simon, sont également
Juifs.
Des centaines et des milliers de Sémites envahissent tous les bureaux
[…].
Dans les Etats confédérés, le même tableau se présente à nous : les Juifs
se ruent avec fièvre dans la politique dont ils ont été tenus si longtemps à
l’écart. En Bavière, c’est Kurt Eisner, alias Salomon Kuchiwsky, ce sont ses
acolytes et ses amis, tous Juifs : Rothschild, Arnold, Landauer, Konigsberger,
Kaiser, Kranold, Sreit Muhsam, Fechenbach, Bonn, etc… Les communistes
munichois Levien, Leviné, Soheimer, Toller, le ministre des Finances Jaffé
sont tous des fidèles de la religion hébraïque. Le préfet de police de Munich
Steiner est juif.

Le Dr Haas est ministre de l’Intérieur en Bade, le Dr Heinemann, ministre
des Cultes en Wurtemberg pendant que Thalheimer est ministre des Finances.
En Saxe, le président du Conseil est le juif Gradnauer. (18)
Parallèlement à la politique, ce qu’il faut bien appeler la mainmise juive sur
l’économie allemande après la première guerre mondiale fut tout aussi impressionnante.
Des intérêts juifs avaient maintenant, à la faveur de la faiblesse économique et
monétaire allemande consécutive à 1918, la haute main sur des pans très importants de
l’économie, notamment par la prise de possession capitalistique de firmes de secteursclés.
Les banques privées, leurs conseils d’administration, devinrent des « fiefs juifs ».
(19)
À la Bourse, domaine d’influence majeur, la proportion d’Israélites parmi les
membres des diverses directions, au tout début des années trente, était la suivante :
bourse des valeurs, 25 sur 36 ; bourse des produits : 12 sur 16 ; bourse des métaux : 10
sur 12 ; commission du marché à terme : 15 sur 18 ; commission d’admission des
valeurs : 18 sur 23. Le statisticien (d’origine juive) Alfred Marcus établit à l’époque le
revenu juif moyen pour 1930 en Allemagne, à 320 % du revenu moyen de la population.
À la fin des années vingt, les deux principaux groupes de presse allemands
(Ullstein et Mosse) étaient juifs. C’est dans l’entreprise dirigée par Rudolf Mosse que
paraissait avant 1933 le journal donné pour représentatif de l’opinion publique
allemande : le Berliner Tageblatt, dont le rédacteur en chef Theodor Wolff était juif,
comme… dix-sept de ses collaborateurs de la rédaction. (20)
Que cela plaise ou non, force est de con stater qu’après la défaite de novembre
1918, les membres de la communauté juive avaient conquis en Allemagne une place qui
pouvait fort bien être ressentie comme hors de proportion avec leur poids numérique
(0,8 %, au sens confessionnel). Tout se passait à présent comme si la défaite allemande
avait bénéficié, en terme de puissance, à cette communauté. Celle-ci, fort prospère
jusque là, avait pourtant déjà occupé une place enviable dans la société impériale
wilhelminienne. Mais à présent, avec la défaite, il s’agissait d’un déferlement.
Cette situation nouvelle reflétait plus qu’une simple coïncidence. L’Allernand
moyen des années vingt et des premières années trente pouvait constater que les
malheurs intérieurs et extérieurs de sa patrie s’accompagnaient d’un véritable
déferlement d’Israélites aux plus hauts postes de responsabilité de leur pays et, chez ces
privilégiés, de l’étalement de leur insolente richesse. À tort ou à raison, ils en
déduisaient que les juifs ne pouvaient prospérer autrement que sur le dos d’Allemands
maintenant voués à la misère et au chômage.
Hitler croyait à une conspiration juive. Ne lit-on pas en effet dans Mein Kampf :
«C’est ainsi que le juif est aujourd’hui le grand instigateur de la destruction de
l’Allemagne. Si l’Allemagne se libère de son étreinte, ce danger mortel pour le monde
entier sera conjuré. » L’idée n’était ni nouvelle ni même arbitraire. (21) À l’aube du XXe

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18 A. Got, L’Allemagne après la débâcle. Impressions d’un attaché à la mission militaire à Berlin, mars-juillet 1919
(Paris-VIe, 1 rue Vavin, 1921, p. 112, …)
19 F. K. Wiebe, L’AIlemagne et la question juive (édité par l’Institut pour l’étude de la question juive de Berlin, non-daté,
probablement de 1934), p. 18 ; on se référera aussi au compte rendu du discours du 15 février 1934 du ministère
de l’Intérieur du Reich, W. Frick, dans la publication du ministère français des Affaires étrangères intitulée Bulletin
périodique de la presse allemande (n° 434, p. 17). C’est ainsi que le ministre allemand y rappelle qu’à Berlin, avant
1933, par exemple, 54 % des médecins, 48 % des avocats, 80 % des directeurs de théâtre, étaient juifs.
20 Voir Vincent Reynouard, Julius Streicher à Nuremberg [pp. 29 à 381, éd. V. Reynouard, 2001.
21 Il ne faut cependant pas occulter ici l’influence, surtout intellectuelle, du comte de Gobineau, diplomate
français, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, ouvrage paru en 1854, et surtout de l’anglais Houston
Stewart Chamberlain, gendre de Richard Wagner, avec, dès 1898, ses célèbres Grundlagen des 19. Jahrhunderts
(Fondements du XIXe siècle), F. Bruckmann, Munich, Jubiläums Ausgabe, 1915, qui développent la théorie de «la
race aryenne qui s’améliore »: la race devient noble peu à peu comme les arbres fruitiers. Il y soutient que les

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siècle, elle se situait plutôt dans le droit fil de ce qui était perçu depuis quelques
décennies en Allemagne comme une nécessaire résistance face à une judaïsation de ce
pays au détriment des valeurs de la germanité. (22)
Hitler était né en 1890 sujet autrichien. L’Autriche-Hongrie de la fin du XIXe
siècle comportait plus d’un million d’habitants de confession juive (4,8 % de la
population). « Ils figuraient dans la proportion de 62,9 % parmi les gens qui y ont été
condamnés pour usure », rapporte en 1899 F. Trocase, citoyen français installé à
Vienne. Il note en particulier que
La plus épouvantable forme qu’ait revêtue jusqu’ici la cruauté des Juifs
est celle qui a trait à l’exploitation du corps humain, de ce qu’ils appellent « la
bête humaine ». […] La façon dont les juifs traitent les paysans en Galicie
dépasse absolument toute imagination. Elle semblerait incroyable si elle n’était
attestée par des témoins dignes de foi. Il a été cité des cas où les cultivateurs
polonais, en guise d’intérêts pour une dette peu importante, devaient livrer leurs
enfants à des créanciers juifs, qui avaient le droit de les garder à leur service
sans leur donner aucun salaire jusqu’à l’extinction de la dette.
C’est uniquement, exclusivement par l’exploitation que le Juif autrichien
s’est enrichi. Il n’a pas travaillé; il n’a fait preuve d’aucun mérite spécial. Il n’a
jamais pris en main ni une aiguille, ni une alêne, ni une hache. Il n’a jamais
manié la charrue, ni ensemencé les champs, ni fauché les prairies. Quelle
oeuvre féconde a-t-il accomplie ? Tout pour lui, et pour lui seul. Il est devenu
riche, infiniment plus riche que les Chrétiens, et aux dépens des Chrétiens.
Tout ce que ceux-ci avaient amassé par leur travail, grossi par leurs économies,
et conservé avec mille soins minutieux, il les en a dépouillé. (23)

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Allemands ont le devoir de devenir une race extraordinaire ; pour cela il leur faut notamment se débarrasser de
tout ce qu’il y a de sémite dans le christianisme, pour le rendre acceptable aux âmes germaniques. L’Allemagne,
une fois ce travail fait, aura une mission divine à accomplir.
22 «Il s’est formé peu à peu [entre juifs et Germains] un dualisme qui doit nécessairement aboutir à la destruction
d’une nation par l’autre. Or c’est la nôtre que le judaïsme courbe sous son joug. Ce joug, ayons le courage de le
secouer; engageons, non pas une croisade moderne, mais une lutte à mort entre la nation allemande et la nation
juive.» Egon Waldegg, Judenhetze oder Notwehr ? (Antisémitisme ou légitime défense ?), Dresde, Berlin, Otto
Hentze, 1880. [Voir Juifs et Antisémites en Europe de Jean de Ligneau, Paris, Tolra imprimeur-éditeur, 1891, p. 176].
23 F. Trocase n’est pas un antisémite primaire. Il tente dans son ouvrage de prendre même la défense des juifs,
et le fait d’une manière particulière :
« Les juifs – nous dit-on notamment – sont après tout des êtres humains ; or, quels que soient les hommes, il
faut tâcher de vivre avec eux ». Personne ne songe à inaugurer vis-à-vis des juifs des moeurs d’anthropophages ; on
leur demande simplement de ne pas martyriser les autres, de ne pas les exploiter avec tant de férocité. Peut-être
pourrait-on ajouter, à l’appui de cet argument, que les Juifs jouent dans notre société moderne un rôle que déterminent
les desseins secrets de la Providence. Certains pisciculteurs, par exemple, mettent dans leurs étangs des brochets en
proportion déterminée, 8 à 10 % environ, afin quils fassent la chasse aux autres poissons, carpes et truites, et les
maintiennent ainsi dans un état permanent d’agitation, de mouvement indispensable à toute conservation. Il est en
effet démontré par l’expérience que, dans les étangs non pourvus de brochet, les carpes et les truites perdent toute
vivacité et arrivent à tel état de torpeur qu’elles oublient même la loi de reproduction. Leur chair n’est pas mangeable.
Qui sait ? Peut-être les Juifs remplissent-ils dans le monde le rôle des brochets dans les états. Ils en font en tous cas la
besogne. »
Mais très vite il revient à la réalité : « […] Qui donc achète les maisons et les meiubles des gens après les
avoir ruinés ? Qui donc chasse le paysan de la chaumière de ses pères ? Qui excite les jeunes gens à la débauche ?
Qui fait des banqueroutes frauduleuses ? Qui enlève à l’ouvrier le bénéfice de son travail ? Qui possède le talent de
s’appuyer sur les passions politiques pour réaliser ses propres désirs et satisfaire ses intérêts ? Qui fait les coups de
Bourse ? […] L’idée fondamentale, innée chez tous les juifs e vigoureusement enracinée chez eux, qu’ils font partie du
peuple élu par Dieu, cette conviction qu’ils sont plus que des hommes, leur donne une audace à l’aide de laquelle ils
éblouissent les gens à courte vue. Mais aussi c’est là ce qui a fini par provoquer tant de haines. Les Autrichiens n’ont
pu supporter à la longue, le mépris qu’on leur témoignait en les traitant comme des êtres inférieurs.»
F. Trocase, L’Autriche juive, Paris, A. Pierret, 1899, p. 177, 178…

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En politique extérieure, Hitler souhaitait la réincorporation au sein du Reich des
populations allemandes selon lui injustement séparées de leur patrie, comme les
Autrichiens et les Sudètes. Il voulait tisser des liens nouveaux avec les peuples de même
souche ou traditionnellement proches de l’Allemagne : Scandinaves, Baltes,
Néerlandais, Suisses, Belges et même Anglais, ainsi que Français, Hongrois, Slovènes,
Croates.
Ce projet d’un grand Empire germanique au centre de l’Europe ne pouvait
qu’inquiéter des voisins peu enclins à s’y incorporer. Il n’était pourtant pas contre nature
et on pouvait légitimement aspirer à voir se reconstituer en quelque sorte l’ancien
empire de Charlemagne, dont la dislocation en 843 avait été sans aucun doute un
malheur pour l’Europe. Et n’était-il pas permis, après tout, de rêver à la reconstitution
d’un nouveau Saint Empire romain germanique qui eût incorporé la France et, à terme,
l’Angleterre ? Avec une autre organisation de gouvernement sans doute, une autre
dénomination aussi. N’était-ce pas la seule façon, héroïque et romantique à la fois, pour
les peuples d’Europe de s’organiser enfin, en acceptant une nouvelle synergie sous la
houlette de l’Allemagne, avec ce peuple allemand « le plus cultivé du monde » selon
Renan qui n’affirmait rien à la légère. C’était sans compter avec la bassesse, la pleutrerie
des politiciens en charge des autres pays. Chez nous autres Français, s’ajoutait
l’insidieuse idéologie de la revanche, dévoyée en racisme anti-allemand, qui envahissait
toute la politique française depuis 1885, jusqu’à la conflagration de 1914, et qui allait
continuer avec la politique de pillage de l’Allemagne incluse dans le traité de Versailles
de 1919. L’Allemagne paiera ! Ehonté slogan des Clemenceau et Poincaré.
Pour les mêmes raisons qu’en 1914, les anciens Alliés, à l’exception notable des
Italiens, se considérèrent en état de guerre potentielle contre le Reich dès que le projet
de Hitler fut patent. Ils connaissaient la dynamique allemande. Leur Politique visait
naguère à la dislocation et à l’affaiblissement de l’Allemagne ; il leur suffisait désormais
de réactiver cette politique séculaire.
Le formidable redressement économique de l’Allemagne à partir de 1933,
minimisé par des historiens que gênent certaines vérités, est une source d’étonnement
pour tout honnête homme : « Six ans d’autarcie avaient fait de l’Allemagne, en 1939, le
plus grand pays industriel du monde ». (24)
Avec surprise, je découvris (et cela seulement dans les années 1980) un autre fait
historique généralement occulté : de nombreuses communautés juives du monde entier
avaient déjà déclaré la guerre à l’Allemagne dès le mois de mars 1933. (25) Les Juifs ne
constituant pas un Etat, il s’agissait d’une déclaration de guerre économique avec une
décision de boycott accompagné d’une mise en quarantaine psychologique par médias
interposés. Sûrs de leur puissance dans les rouages économiques occidentaux et de leur
toute-puissance dans les médias hollywoodiens, ils allaient pouvoir lancer nombre de
films haineux contre l’Allemagne et surtout contre les Allemands eux-mêmes. Face au
Juif Süss, à peu près la seule production national-socialiste ouvertement anti-juive sortie
des studios allemands, on peut dire qu’une déferlante cinématographique judéo-anglosaxonne
inspirée par la haine de la nouvelle Allemagne inonda l’Occident tout entier à
partir de 1933. L’Anglais Russell Grenfeld, auteur de l’ouvrage Unconditional Hatred, a
bien résumé cette situation de haine primitive et comme viscérale: « On a décrété que
l’Allemagne était une nation possédée par le démon et qu’à ce titre elle était responsable

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24 Voir L. Genet, Précis d’histoire contemporaine, 1919-1939, Paris, Hatier, 1947, p. 209.
25 Voir le numéro du Daily Express du 24 mars 1933, au titre éloquent : Judæa déclares War on Germany, et
l’ouvrage de Hartmut Stern : Jüdische Kriegserklärungen an Deutschland (Les Déclarations de guerre juives à
l’Allemagne), FZ-Verlag, Munich, 2000.

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de tous les maux de l’humanité. » On voit ici nettement se profiler la notion de
« culpabilité collective », qui n’est rien d’autre qu’une forme de racisme.
Les juifs qui constituaient en si grand nombre l’essentiel des conseillers
techniques de Roosevelt, président des Etats-Unis, allèrent jusqu’à l’appel au meurtre du
peuple allemand. Theodore N. Kaufman, Israélite américain influent, édita en mars
1941 son terrible livre : Germany must perish (« L’Allemagne doit disparaître »).
Largement diffusé et traduit, il exposait clairement la mise en oeuvre et l’organisation
planifiée du génocide des Allemands : il y aura lieu de stériliser la totalité des hommes
et des femmes allemands en âge de procréer, et cela de façon méthodique et rapide (26) ;
en quelques mois, il s’agira pour 20 000 chirurgiens (et plus si nécessaire) à raison de 25
stérilisations quotidiennes, de stériliser 48 millions d’Allemands et Allemandes; en
l’espace de deux générations, ce peuple aura disparu et son territoire géographique sera
réparti entre ses voisins. Des périodiques américains (tous à direction juive, il faut le
noter) osèrent traiter cette infamie de « sensationnelle idée » (Time Magazine), de
« théorie provocante, présentée de façon intéressante » (Washington Post), de « plan
pour une paix éternelle entre les nations civilisées » (New York Times).
Une variante, tout aussi monstrueuse, de génocide antiallemand programmé, le
« plan Morgenthau », date de 1944.
Morgenthau, autre juif influent de l’entourage de Roosevelt (de 1933 à 1945),
avait construit là un plan de mise à mort des Allemands par la famine organisée. Le plan
Oppenheimer, du nom d’un autre conseiller d’origine juive allemande, lui, pouvait
aboutir à la destruction totale des Allemands (et des Japonais) par la bombe atomique et
la radioactivité. En août 1945, les Allemands ayant été mis hors jeu, ce furent les
Japonais qui eurent à goûter de ce que les savants juifs avaient préparé d’aussi bon coeur
contre l’Allemagne.
Sur le front de l’Est européen on n’était pas en reste. Le « poète » chéri de Staline,
Ilya Ehrenbourg, juif lui aussi, dans d’odieuses incantations à l’usage de la soldatesque
rouge, se déchamait dans ses exhortations suant la pire haine raciale : « Tuez tous les
Allemands ! Tuez les enfants allemands dans le ventre de leurs mères
allemandes ! » ou «Les Allemands ne sont pas des êtres humains… les seuls bons
Allemands, ce sont des cadavres d’Allemands ! »
Encore à la fin de 1985, c’est avec une sorte de détachement, celui de l’historien
(?), que je prenais connaissance de tous ces faits. Le chiffre de six millions de victimes
juives m’apparaissait comme une évidente exagération, ne fût-ce que par le simple
examen démographique, aux meilleures sources, des mouvements de populations. (27) Je
voyais bien que les chiffres avaient été truqués. Je tenais maintenant pour certain que
les prétendues « chambres à gaz d’exécution » qu’on visite au Struthof, à Dachau
ou à Mauthausen étaient des impostures et que celles d’Auschwitz-1 et d’Auschwitz-11
(Birkenau) étaient « hautement suspectes », pour parler comme Rassinier. Les juifs
avaient beaucoup souffert et, dans leurs récits, ils avaient exagéré leurs souffrances ; les
médias, où ils régnaient, avaient reproduit leurs inventions. Je pensais que tôt ou tard, la
vérité se ferait jour.
C’est alors qu’au printemps 1986 éclata en France l’affaire Roques.

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26 Theodore N. Kaufman, Germany must perish (L’Allemagne doit disparaître), 1941, Newark, Newjersey, Argyle
Press.
27 The Dissolution of Eastern European Jewry, by Walter N. Sanning, Institute for Historical Review (Etats-Unis
d’Amérique), 1983.

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L’AFFAIRE ROQUES

Devant l’université de Nantes, en juin 1985, Henri Roques, ingénieur agronome
retraité depuis peu, avait présenté une thèse de doctorat intitulée Les Confessions de
Kurt Gerstein, étude comparative des différentes versions. Il avait obtenu la mention
très honorable. Au printemps 1986, la révélation du contenu et des conclusions de cette
thèse provoquait un scandale. Plusieurs organisations juives exigeaient l’interdiction de
la thèse ou plutôt son annulation par le ministre de l’Éducation Alain Devaquet. Au
printemps 1986, journaux et télévision dénonçaient le « scandale révisionniste ».
De quoi s’agissait-il au fond ?
On avait affirmé jusqu’ici que les Confessions de l’ancien officier SS Kurt
Gerstein, obtenues de l’intéressé en mai-juin 1945 alors qu’il était prisonnier des
Français à la prison parisienne du Cherche-Midi, constituaient la clé de voûte, la preuve
irréfutable (bien qu’isolée) émanant d’un témoin direct, de l’existence des «chambres à
gaz». En apparence, la preuve était bien irréfutable puisque son auteur était un officier
SS responsable, sous l’autorité de Glücks (inspecteur général des camps), de
l’approvisionnement des camps de concentration en désinfectant Zyklon B, gaz sous
support solide servant à l’épouillage des locaux et des vêtements depuis le début des
années vingt.
Cette déposition, quasi miraculeuse, de Gerstein, s’accompagnait de bizarreries :
d’abord elle avait été rédigée en français, langue que Gerstein maîtrisait mal, et l’officier
SS avait été peu de temps après, trouvé «suicidé» dans sa cellule du Cherche-Midi. La
Sécurité militaire française avait fait jeter le corps à la fosse commune de Thiais. Bien
que son adresse (inchangée depuis des années) soit parfaitement connue, la veuve de
Gerstein ne devait être informée de la mort de son mari qu’en 1948, trois ans après.
Manifestement il s’était agi de rendre (sciemment) inopérante toute éventuelle
exhumation suivie d’autopsie.
Henri Roques dévoilait dans sa thèse l’existence de plusieurs versions de la
fameuse « déposition », en français et en allemand. Son travail essentiel, et méticuleux,
avait consisté à décortiquer le texte et ses variantes et à en faire éclater les
invraisemblances. Après deux lectures attentives de la thèse, une conclusion
bouleversante me parut s’imposer: ces prétendues Confessions qui étaient jusqu’ici, en
l’absence de tout autre témoignage direct digne de foi, le fondement même de la
croyance à l’existence de « chambres à gaz », n’étaient que le produit d’une fabrication.
La thèse d’Henri Roques me fit l’effet d’une révélation. Nul doute que, de leur côté, ses
détracteurs allaient tenter de démontrer la fausseté de la thèse.
Un fait remarquable acheva de me convaincre, si besoin était: Michel de Boüard,
ancien président de la Commission d’histoire de la déportation de 1945 à 1981 (au sein
du Comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale), ancien déporté à Mauthausen,
membre de l’Institut de France, venait de prendre parti en faveur des conclusions de la
thèse d’Henri Roques ! Après avoir reconnu qu’il avait en 1954 lui-même cautionné
l’existence d’une chambre à gaz là où il n’avait pu en exister (à Mauthausen), il poussait
plus avant, et, ne cachant pas son inquiétude, exprimait le fond de sa pensée : l’histoire
de la déportation était à récrire, à la lumière des travaux des révisionnistes. Dans Ouest-
France du 2-3 août 1986 (p. 6), il déclarait:
Je suis hanté par la pensée que dans cent ans ou même cinquante les
historiens s’interrogeront sur cet aspect de la seconde guerre mondiale qu’est le

système concentrationnaire et de ce qu’ils découvriront. Le dossier est pourri. Il
y a, d’une part, énormément d’affabulations, d’inexactitudes obstinément
répétées, notamment sur le plan numérique, d’amalgames, de généralisations et,
d’autre part, des études critiques très serrées pour démontrer l’inanité de ces
exagérations. Je crains que ces historiens ne se disent alors que la déportation,
finalement, a dû être un mythe. Voilà le danger. Cette idée me hante.
Germaine Tillion avait déjà noté, peu après la fin de la guerre, le phénomène
inquiétant des affabulations de tous ordres à propos des camps de concentration
allemands. En 1954, dans une étude sur « Le Système concentrationnaire allemand
(1940-1944) », elle avait écrit, à propos de ces faux témoins :
Ces personnes sont, à vrai dire, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le
suppose généralement, et un domaine comme celui du monde
concentrationnaire – bien fait, hélas, pour stimuler les imaginations sadomasochistes
– leur a offert un champ d’action exceptionnel. Nous avons connu
de nombreux tarés mentaux, mi-escrocs, mi-fous, exploitant une déportation
imaginaire ; nous en avons connu d’autres – déportés authentiques – dont
l’esprit malade s’est efforcé de dépasser encore les monstruosités qu’ils avaient
vues ou dont on leur avait parlé et qui y sont parvenus. Il y a même eu des
éditeurs pour imprimer certaines de ces élucubrations et des compilations plus
ou moins officielles pour les utiliser, mais éditeurs et compilateurs sont
absolument inexcusables, car l’enquête la plus élémentaire leur aurait suffi pour
éventer l’imposture. (28)
Je m’en entretenais avec Pierre Guillaume, l’éditeur de la Vieille Taupe dont je
venais de faire la connaissance à cette occasion (il diffusait la thèse d’Henri Roques). Il
se moquait quand je lui faisais part de mon attente d’une réfutation de la thèse d’Henri
Roques, sans doute par Georges Wellers ou Pierre Vidal-Naquet. «Êtes-vous naïf ? Il ne
pourra jamais y avoir de réfutation scientifique. Il n’y aura que des insultes, et des
lamentations.» Il me donna à lire l’ouvrage de l’universitaire Serge Thion : Vérité
historique ou Vérité politique ? P. Guillaume, homme sympathique au premier abord,
quelque peu partial à mon goût et très marqué à gauche, me conseilla de rencontrer « le
plus grand spécialiste actuel sur le sujet » : Robert Faurisson, professeur à l’université de
Lyon-II, dont il me laissa les coordonnées personnelles.

ROBERT FAURISSON
LE VOYAGE EN POLOGNE

Je ne connaissais paradoxalement, en 1986, que peu de choses sur le professeur
Faurisson. Son analyse « érotique » parue en 1961, du sonnet des « Voyelles » de
Rimbaud avait été qualifiée d’ « assez éblouissante » par André Pieyre de Mandiargues
et d’« agitante au possible » par André Breton. Ce brillant universitaire s’était ensuite, en
spécialiste de la critique de textes, penché sur des sujets en rapport avec la seconde
guerre mondiale, dans le sillage de Paul Rassinier. Il avait fait quelque bruit en
démontrant que le Journal d’Anne Frank n’était pas authentique (il avait établi qu’il

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28 Revue d’Histoire de la deuxième guerre mondiale, juillet 1954, p. 18.

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s’agissait d’une fabrication, d’une supercherie littéraire) et, sur le sujet de la mortalité
dans les camps de concentration, je savais qu’il confirmait les mises au point et les
doutes argumentés de l’ancien déporté Paul Rassinier, décédé en 1967. Je savais
seulement qu’il avait ainsi appliqué ses méthodes rigoureuses à l’analyse de témoignages
présentés à Nuremberg ou ailleurs. Il avait démontré qu’il s’agissait de supercheries, de
répétitions avec variantes sur un « archétype » lui-même non fiable ou fabriqué. Il avait
aussi pu montrer que chez certains accusés allemands, des « aveux » avaient été
extorqués soit sous la torture, soit par la peur de l’exécution, soit encore par la crainte
d’être livrés aux Bolcheviques, ce qui signifiait une mort certaine.
Téléphonant au domicile du professeur, je me présentai et lui exposai mon intérêt
pour la recherche historique sur le sujet. Il me demanda ce que je savais en fait de la
question et quels ouvrages j’avais lus en la matière. Il ajouta que, puisque je souhaitais
le rencontrer et que j’avais lu Rassinier, Serge Thion et la thèse d’Henri Roques, il
m’accorderait un entretien à son domicile, mais à la condition que j’eusse lu d’ici là,
d’une part, son Mémoire en Défense et sa Réponse à Pierre Vidal-Naquet ainsi que Le
Mythe d’Auschwitz de Wilhelm Stäglich dans sa récente édition française qui
comportait, de la part du professeur, un supplément explicatif avec schémas et photos.
Du côté des historiens « officiels », il me recommandait aussi de lire Léon Poliakov,
Pierre Vidal-Naquet, Georges Wellers. Je pouvais me passer de lire, ajouta-t-il, les
misérables fabrications de plumitifs tels que Christian Bernadac, Jean-François Steiner,
Martin Gray ou Marek Halter.
Je fis les acquisitions nécessaires et me mis au travail.
La rencontre de Robert Faurisson peut vous changer l’existence. À l’écouter, de
vive voix, quelques semaines plus tard, à son domicile, je sentis que j’étais en présence
d’un homme qui détenait une arme redoutable.
Il connaissait son sujet, il maîtrisait les sources, il savait une abondance de détails,
de références, d’éléments essentiels concernant l’organisation, la prévention des
épidémies, la vie et la mort dans les camps, la circulation des données concernant les
détenus, les directives des responsables nazis et de leurs subalternes, les conséquences
de ces mêmes directives. Surtout il était passé maiÎtre dans la détection de la forgerie et
dans l’analyse des témoignages de survivants : sa règle était, et demeure, la crossexamination
(le contre-interrogatoire). Je l’entends encore me dire : «Savez-vous bien
qu’il n’existe pas un seul témoin direct d’une seule «chambre à gaz» dans un seul camp
de concentration allemand ? »
Il avait en tête les plans des camps allemands, leur organisation, leurs destinations
particulières ou successives ; et il connaissait les ordres ou notes de service afférents,
leurs états successifs, les trucages ou montages d’après-guerre.
Fasciné comme je le fus ce jour-là par son discours et la netteté de ses réponses à
toutes mes questions, son humour discret, surpris par sa capacité de passer en revue les
arguments de l’adversaire et de leur trouver la réplique, j’eus quelque peine à m’extraire
du bureau en sous-sol où il m’avait reçu parmi ses livres, dossiers et documents.
A la fin, une question me tourmentait : Robert Faurisson, qu’on ne peut prendre en
défaut de raisonnement, a démonté la plus formidable imposture de tous les temps, et
ses adversaires sont incapables de lui répliquer ; pourquoi, alors, n’emporte-til pas
l’adhésion immédiate de tout chercheur, de tout historien, du grand public éclairé, de
tout honnête homme ?
Lui-même, ce jour-là, me fournit la réponse à cette question : Parce que les
«chambres à gaz» ne sont rien d’autre aujourd’hui (nous étions alors en 1986) que le
produit par excellence d’une propagande de guerre en temps de paix et sont de ce fait
soumises aux lois de la guerre ; la contestation de leur existence est interdite, et

réprimée sévèrement ; les contrevenants sont poursuivis de cent manières ; la répression
va s’accentuer; des lois spécifiques seront édictées. (En juillet 1990, la loi Fabius-
Gayssot allait en apporter une éclatante confirmation.)
« Certes, lui dis-je alors, je peux comprendre que de puissants lobbies aient intérêt
à propager, dans les médias qu’ils tiennent en main, une version mensongère pour des
raisons politico-financières. Mais pourquoi les pouvoirs publics, la Justice par définition
indépendante, répriment-ils ceux qui ne font que demander l’ouverture d’un débat public
sur ces questions ? » R. Faurisson me répondit qu’il n’y avait guère de différence entre
les pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et judiciaires.
Après quelques mois passés à lire sur le sujet, j’appelai le professeur pour
l’informer de mon vif souhait d’aller sur place visiter l’une de ces « chambres à gaz », à
Auschwitz-Birkenau bien sûr, puisque ce camp était tombé intact entre les mains de
l’Armée rouge en janvier 1945. Il voulut bien évoquer à nouveau les plans d’origine du
camp qu’il avait trouvé le moyen de sortir des archives du camp d’Auschwitz à partir de
1976 : ils me seraient indispensables pour suivre les transformations faites après la
guerre dans ce camp par les communistes polonais et russes.
Préalablement à mon départ en Pologne par avion, je fis un détour par son
domicile, où il me remit donc copie des plans d’origine de la Bauleitung (Direction de la
construction) en ajoutant :
« Les «chambres à gaz», dans ce grand camp pourtant tombé intact entre
les mains des Soviétiques, vous ne les verrez ni à Auschwitz, ni à Birkenau.
Vous allez voir à Auschwitz-I un abri anti-aérien avec salle d’opération
chirurgicale qui vous sera présenté par les guides comme une chambre à gaz en
état d’origine, mais vous constaterez que ce local prétendument destiné à
l’asphyxie en masse dispose… d’une petite porte-fenêtre avec ouverture… vers
l’intérieur ! Quant à l’autre porte de la pièce, elle donne sur une salle de
crématoires reconstruite : ainsi les communistes polonais n’ont-ils pas craint
d’imaginer et de «reconstituer» une salle de fours à coke donnant sur une pièce
chargée de façon répétée d’acide cyanhydrique, explosif avec l’oxygène de l’air.
Ne croient donc à cette chambre à gaz que ceux qui veulent bien y croire.
À la vérité, aucune personne dotée de sens commun n’y croit plus, et pas
même Pierre Vidal-Naquet, mais les Polonais maintiennent leur fiction, pour
les enfants des écoles et pour ceux aussi qui ont tellement besoin de croire aux
«chambres à gaz», fussent-elles impossibles ! » (29)
Il me confia aussi deux tâches, simples de prime abord : d’une part, demander sur
place à un officiel du camp-musée s’il existait des photographies d’époque de ces
«chambres à gaz» ; les Soviétiques, pour ne parler que de ceux-là, avaient certainement
dû les photographier dès leur prise de possession du camp en janvier 1945 ; d’autre part,
essayer d’obtenir la photocopie d’une ou plusieurs pages des Sterbebücher (registres
mortuaires) que les autorités allemandes du camp tenaient, paraît-il, de façon si
méticuleuse, documents là encore laissés intacts sur place par les Allemands en janvier
1945. Il me rappela de ne pas oublier de me munir d’une lampe-torche pour l’examen de
la prétendue « chambre à gaz » (maintenue par les Polonais dans une semi-obscurité) et
d’une boussole pour établir un plan précis des lieux.
Deux jours plus tard, au volant d’une Lada rouillée, louée à l’aéroport de Varsovie
(le paiement ayant été effectué au préalable à Paris), je prenais la route du sud pour

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29 Voir pour confirmation, près de vingt ans après la découverte de R. Faurisson, Eric Conan, « Auschwitz : la
mémoire du mal », L’Express, 19-25 janvier 1995 et, tout particulièrement, l’étonnante page 68.

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Oswiecim-Auschwitz. À mon arrivée sur place, au petit matin, je fis en trois heures une
première visite du camp principal et du camp voisin de Birkenau, de façon à bien situer
dans leur environnement les points intéressants pour ma seconde visite prévue pour le
lendemain. Dans l’après-midi, un officiel du camp voulut bien me recevoir, après que je
me fusse présenté à lui comme chercheur français indépendant dont le père avait été tué
en France en 1944 pour faits de Résistance. J’étais décidé à aller vite.
Ma question fut simple et se voulut d’emblée incisive:
« Puisqu’on ne peut actuellement pas voir la moindre trace de «Chambre
à gaz», ni de local à asphyxier en masse, que ce soit à Auschwitz, ou à
Birkenau, que les bétons brisés mais non disparus des crématoires de Birkenau,
dits Kremas II et III, ne peuvent en aucune manière avoir possédé une telle
installation (absence de trous d’origine pour le déversement des granulés de
Zyklon, notamment), il est indispensable pour tout chercheur de disposer des
photos de ces chambres à gaz, que les Soviétiques n’ont pu manquer de prendre
à leur entrée sans coup férir le 27 janvier 1945 dans le camp évacué par les
Allemands quelquesjours auparavant. Ces « chambres à gaz » homicides
étaient forcément des bâtiments en béton de plusieurs dizaines de tonnes, et
n’avaient pu être emportées dans leur retraite par les Allemands qui avaient par
ailleurs abandonné sur place les archives et la documentation du camp. »
Son regard se fit perçant : « Mais bien sûr, et je peux vous en montrer ! Nous
avons des photos aériennes des chambres à gaz de ce camp. »
Il alla à un tiroir d’une grande armoire métallique et me présenta des photocopies,
agrandissements de photos aériennes du camp, que je connaissais déjà par R. Faurisson.
Elles étaient maintenant devant moi, légendées en anglais et en polonais au moyen de
bulles avec flèches dirigées vers tel ou tel bâtiment. Je ne pipai mot.
« Il s’agit de photos de guerre prises en 1943 et 1944 à l’occasion de raids de
reconnaissance », crut-il bon de me préciser. Sur certains de ces agrandissements, on
pouvait voir, dans une bulle avec flèche : «Chambre à gaz», et, désigné par le bout de la
flèche, tel ou tel bâtiment.
Je ne pus m’empêcher de sourire tellement le subterfuge était voyant. Déjà Serge
Thion, par dérision, s’était amusé quelque part à légender «chambre à gaz» de simples
bunkers militaires français de la guerre d’Algérie, du côté de Colomb-Béchar.
Je fis remarquer à ce responsable du camp-musée qu’il me montrait là des photos
aériennes prises essentiellement par l’aviation sud-africaine et américaine, et qui étaient
connues de tous les chercheurs. Deux Américains de la CIA (Brugioni et Poirier)
avaient, au prix d’un montage effronté, désigné comme «chambres à gaz» des bâtiments
ou des installations dont lui-même devait bien savoir qu’ils ne pouvait rien être de tel.
Grâce aux plans d’origine de la Bauleitung nous connaissions les destinations exactes et
les fonctions de ces bâtiments et installations. Bien entendu, je me gardai de montrer à
mon interlocuteur les copies des plans d’origine qui étaient en ma possession. Pour toute
réponse, il me dit que, dans ces conditions, notre entretien était terminé et qu’il se voyait
au regret de ne pouvoir me fournir copie des autres documents demandés.
Il n’existait donc ni photos, ni traces physiques, de ce qui avait été, selon l’histoire
officielle, de gigantesques abattoirs humains. Et même on n’avait pu trouver aucune
trace documentaire, aucune allusion certaine dans aucun document officiel, aucune
référence allemande à de telles installations, aucune trace budgétaire de ce qui aurait dû
être un investissement énorme en crédits et en matériaux.

Je passai la fin de la journée et le jour suivant à reprendre d’abord la visite des
différents Blocks du camp principal d’Auschwitz, boussole et plans d’origine en main. Je
ne négligeai pas la naïve maquette du processus de mise à mort et d’incinération
proposée par les Polonais dans le Block 4, dit « de l’extermination ».
Je me dirigeai ensuite, l’après-midi du deuxième jour, vers le camp de Birkenau, à
deux kilomètres du camp principal d’Auschwitz. Je me fis montrer des unités
d’épouillage de vêtements, qui avaient fonctionné au Zyklon. Celles-ci, accessibles au
visiteur sur demande, ont été conservées. De petites dimensions, dotées de systèmes
d’accrochage pour les vêtements, elles n’ont pu bien évidemment asphyxier d’êtres
humains et, d’ailleurs, nul ne l’a jamais prétendu jusqu’ici. Les traces de bleu de Prusse,
caractéristiques de la réaction d’acide cyanhydrique avec les sels de fer contenus dans
les matériaux, y sont nettement visibles sur les parois.
À Birkenau, les alignements de baraques en bois pour loger les prisonniers (et
reconstituées depuis, avec des crédits… allemands) m’impressionnaient. J’essayai
d’imaginer ce que pouvait être une journée, une soirée ordinaire, un petit matin, à
l’époque d’activité de ce vaste camp. Je me mis à ressentir la dureté, la cruauté aussi, de
la situation des prisonnières et des prisonniers astreints là à des travaux forcés, vivant au
jour le jour, tentant de chaparder un peu de nourriture, d’organiser, comme on disait
dans l’argot du camp. Mais, pensai-je, puisque les camps d’internement, les camps de
travail sont inhérents à tout conflit de grande ampleur, les camps d’un des belligérants
ne peuvent être comparés qu’à des camps de l’autre partie. Et je ne pouvais m’empêcher
de comparer intérieurement ce camp allemand à ce que devait être le goulag soviétique :
discipline de fer aussi certainement, pénibilité extrême des travaux, comportement
brutal des gardiens et chefs de blocs, de la même façon sans doute. Me revenaient alors
en tête les nombreux témoignages de « déportés dans les deux systèmes » (tel celui de
Mme Buber-Neumann) sur la bien meilleure organisation interne, et le bien meilleur
ordinaire, des camps allemands, sur la stupéfaction des Rouges quant ils entrèrent à
Auschwitz en janvier 1945, y découvrant des installations modernes, une infirmerie
dotée de capacités d’opérations chirurgicales dont pouvaient bénéficier les détenus, un
théâtre, une piscine, un terrain de sport pour les mêmes, des cuisines, à tel point qu’ils
soupçonnèrent sur-le-champ les rares prisonniers valides restés sur place à les attendre,
d’être des complices des Nazis et non des victimes !
Mais j’étais venu pour bien plus que cela. Allais-je trouver maintenant, à
Birkenau, là où certains prétendent qu’elles ont existé et fonctionné, d’authentiques
installations ayant pu servir à un meurtre de masse par asphyxies collectives ? La veille,
le local présenté comme « chambre à gaz » du camp principal d’Auschwitz venait de
m’apparaîÎtre comme une supercherie bien misérable. Aucun chercheur sérieux, aucun
historien n’y croyait déjà plus. Ne sachant que faire à son sujet, les autorités du campmusée
avaient préféré… ne rien faire, laissant les choses en l’état. Les chambres à gaz, si
elles avaient jamais existé, ne pouvaient donc se trouver qu’à Birkenau, à l’emplacement
désigné sous le nom d’Auschwitz-II, appellation couvrant les Kremas
(morgues/Leichenkeller et crématoires, disposés en vis-à-vis, selon les plans d’origine).
J’atteignis cette partie du camp. Leur emplacement correspondait bien aux plans
d’origine. Je ne vis là que des pans de béton affaissés mais non désintégrés, comme si
une explosion de puissance très insuffisante les avait touchés. Aucune partie de
l’ensemble des deux grands crématoires K II et K III ne semble manquante. Le plafond
en béton est toujours là. Si les deux morgues (légèrement enterrées) avaient été deux
locaux d’asphyxie collective par le gaz, on devrait en priorité y voir d’abord, percés
d’origine dans la dalle-plafond encore présente, un ou plusieurs orifices d’origine de
déversement des granulés ou des plaquettes de Zyklon. Ce n’est pas le cas. Pas de traces

bleues ou bleuâtres sur les murs intérieurs qu’il est possible d’examiner si on se glisse
sous la dalle effondrée du Krerna-Il.
En supposant néanmoins que quelque 2000 personnes – qui sont prétendues avoir
été entassées là, et de façon répétitive – y eussent bien été asphyxiées en quelques
minutes, comment leurs cadavres auraient-ils pu ensuite être incinérés, puisque la
capacité de crémation (30) ne pouvait dépasser, pour ce crématoire, 80 cadavres par jour
? Qu’aurait-on fait, le soir, une fois ces 80 crémations terminées, des 1920 corps non
incinérés, restant des 2000 « gazés » du matin ? À coup sûr, il n’y aurait pas pu y avoir
de « fournée suivante ». Il eût été impossible, par ailleurs, de disposer ces corps dans
des fosses, puisque à Auschwitz, la nappe phréatique affleure à quelques dizaines de
centimètres de la surface d’un terrain autrefois marécageux (ce qui avait obligé en son
temps la Bauleitung à des opérations d’assainissement, encore visibles aujourd’hui).
L’allégation grotesque d’un processus de gazage homicide m’était déjà été apparue,
pour ainsi dire par défaut, au simple examen des plans d’Oranienburg, autre camp nazi.
Ce camp comportait des Leichenkeller (morgues) comparables aux Leichenkeller
d’Auschwitz-II. Jamais pourtant on n’a affirmé que les Leichenkeller d’Oranienburg
avaient servi de « chambres à gaz ». Au-delà de l’impossibilité physique, c’est bien la
preuve irrécusable que les installations de Birkenau n’avaient aucune destination
criminelle.
Un document de la société Degesch (qui fabriquait et conditionnait l’insecticide
Zyklon B), intitulé Directives pour l’utilisation de l’acide cyanhydrique Zyklon aux fins
d’épouillage, (31) prouve à lui seul l’absurdité de la légende de l’extermination en masse
d’êtres humains par ce moyen.
D’après ce document, un minimum de vingt heures est nécessaire pour l’aération
d’un local traité au Zyklon. On y précise que le port du masque à gaz pourvu d’un filtre
spécial (par des personnels spécialement qualifiés pour cela) est obligatoire pour
pénétrer dans un tel local au terme de ces vingt heures. A lui seul, ce mode d’emploi du
fabricant Degesch met à bas le prétendu témoignage qu’aurait rédigé Höss, responsable
du camp d’Auschwitz. Höss parle d’une équipe pénétrant sans masques, en mangeant et
en buvant, dans la « chambre à gaz », une demi-heure après l’introduction du gazpoison.
Mais il est vrai que, prisonnier des Anglais en 1946, il avait ensuite été livré aux
« spécialistes » polonais (tous d’origine juive, selon ses dires) qui le torturèrent
physiquement et psychologiquement. Ses tortionnaires lui dictèrent d’autres insanités du
même acabit, les insérèrent dans de prétendues Confessions, puis Höss fut condamné à
mort par un tribunal communiste et pendu. (32) La pendaison eut lieu, en 1947, à
l’emplacement de la prétendue chambre à gaz homicide d’Auschwitz I.

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30 À la suite de l’épidémie de typhus qui ravagea le camp d’Auschwitz-Birkenau durant l’été 1942, une extension à
cinq incinérateurs, de trois bouches chacun, fut construite à Birkenau (Auschwitz-II), et mise en service au printemps
1943 ; la capacité de crémation sur ce site précis fut alors, au maximum, de 15 corps simultanés (pour une durée
d’une heure trente, temps nécessaire pour une incinération au coke), soit environ 80 à 90 corps incinérés par jour.
31 Document NI-9912 (Archives du procès de Nuremberg, enregistré en date du 21 août 1947) : Richtlinien für die
Anwendung von Blausaüre (Zyklon) zur Ungeziefervertilgung (Entwesung).
32 Ceci est démontré par W. Stäglich dans son ouvrage déjà cité: Le Mythe d’Auschwitz, traduction française, Paris,
La Vieille Taupe, 1986, page 295. Par ailleurs, on doit à Robert Faurisson d’avoir « exhumé » la brochure authentique
de la Degescb (voir note précédente) qui donne le mode d’emploi du désinfectant-désinsectisant Zyklon.

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URSZULA

Je quittai enfin, le soir du second jour, le camp-musée d’Auschwitz, après avoir
fait l’acquisition de quelques numéros des Hefte von Auschwitz («Cahiers
d’Auschwitz », édités par l’administration du camp-musée). Dans l’immédiat, des
difficultés m’attendaient pour mon approvisionnement en carburant et lubrifiant (la Lada
consommait de l’huile). Impossible, en outre, de trouver une chambre d’hôtel à
proximité. Un cycliste à qui je promis du café s’il arrivait à me trouver une halte pour la
nuit, ainsi que de l’huile moteur, m’invita à le suivre sur une dizaine de kilomètres par
des chemins tortueux. Nous atteignîmes une petite bourgade. On allait pouvoir me loger
dans un immeuble inachevé, futur hôtel apparemment, dont seul le rez-de-chaussée était
habitable.
Une jeune femme d’une trentaine d’années, qui semblait être une cliente de cet
« hôtel » surréaliste, constata ma difficulté à m’expliquer avec une logeuse ne parlant ni
anglais ni allemand, ni français. Elle s’avança vers moi et me dit: « J’ai appris le français
au cours d’un séjour étudiant d’un an dans votre pays. Je m’appelle Urszula. Je peux
vous aider à vous faire comprendre pour l’hôtellerie. »
Le soir même, je la retrouvai, pimpante, dans le hall. N’en étant pas à mon premier
voyage dans les pays communistes d’Europe de l’Est, je soupçonnai qu’elle devait
appartenir à quelque service officiel et donc être d’une orthodoxie idéologique certaine.
Elle appartenait en effet, me dit-elle, à un service gouvernemental de contrôle
d’avancement de constructions immobilières d’Etat (sic), et l’avancement de ce futur
hôtel entrait dans son domaine de compétence professionnel. Elle se mit à me poser des
questions, intriguée de voir qu’un étranger eût ainsi la possibilité de voyager en Pologne
communiste dans un véhicule banalisé comme l’était ma Lada avec ses plaques
polonaises. Elle ignorait que ce fût possible pour des touristes occidentaux ; il suffisait,
depuis peu de temps, à Paris, au moment de la réservation, de régler la location en
devises occidentales à une agence spécialisée, avant de prendre l’avion pour Varsovie.
Elle me demanda si j’avais eu le temps de visiter ce haut-lieu qu’était le camp
d’Auschwitz.
« Dites-moi votre impression sur Auschwitz ? N’avez-vous pas senti rôder la mort
en déambulant dans le camp ? N’avez-vous pas trouvé saisissante cette entreprise de
mort, organisée à un tel point ? » Je me risquai à lui répondre que les bâtiments du camp
principal n’avaient rien de bien « saisissant », puisqu’il s’agissait des anciens bâtiments
d’une manufacture des tabacs devenue ensuite cantonnement de cavalerie du temps de
l’Autriche-Hongrie. D’ailleurs, après la guerre de 39-45, une partie des bâtiments,
jouxtant la zone polonaise d’habitation contiguë au camp d’Auschwitz, avait été
purement et simplement annexée au quartier d’habitation polonais. Des Polonais de la
banlieue d’Oswiecim habitent donc aujourd’hui dans les anciens bâtiments du camp
d’Auschwitz, lui fis-je remarquer, simplement parce ces Allemands honnis y avaient
installés entre 1940 et 1944 le sanitaire suffisant pour rendre ces bâtiments habitables.
(33) Quant au camp de Birkenau, je convenais qu’il s’en dégageait une oppressante
monotonie. Mais, à supposer qu’il en reste des vestiges, tirerait-on une impression
différente de la visite d’un camp du Goulag en Sibérie, par exemple ?
Ayant remarqué chez elle une certaine finesse, je me permis d’ajouter: « Vous me
parlez, bien entendu, du camp tel qu’il nous est présenté aujourd’hui. Mais quand on
peut consulter les plans d’origine, qu’on les examine avec attention, on est surpris de

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33 Wilhelm Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz, édition française, La Vieille Taqe, 1986, p. 488.

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voir les incroyables modifications, ajouts ou effacements apportés à ce qui existait
réellement. Tenez, par exemple, le terrain de sport (avec matches de football), la piscine
à l’usage des détenus, avec plongeoir; le théâtre (qui fonctionna régulièrement) ; le
bâtiment surnommé « Canada » qui entreposait les effets et vêtements des détenus. J’ai
cherché en vain le bloc dentaire et le bloc opératoire pour les prisonniers, très modernes
pour l’époque ; dans ce dernier, savez-vous que fut opéré, par exemple, Elie Wiesel (34)
en décembre 1944 ? Il nous le raconte dans son essai autobiographique La Nuit, publié
en France en 1958 avec une préface de François Mauriac. Comme à tout visiteur, on m’a
présenté au camp principal une « Chambre à gaz en état d’origine » ; or, tous les
chercheurs savent que l’endroit fut successivement une morgue, puis un petit hôpital de
quelques chambres ; on peut encore voir très nettement les traces des cloisons des
différentes pièces. Après guerre, vos concitoyens, chère Urszula, n’ont pas hésité à
reconstruire une salle de fours donnant sur la pièce où l’on gazait, paraît-il, les
prisonniers ! Or, il s’agit là d’une impossibilité radicale ! Mon saisissement, si j’en ai
ressenti un, n’a donc pas été celui de l’horreur, mais plutôt d’indignation devant
l’imposture, après qu’on m’eût enseigné qu’en ces lieux avaient été exterminés par le gaz
des millions d’êtres humains. »
Sur le ton du sarcasme, elle me demanda : « Voulez-vous dire que ce n’était pas
du tout un camp d’extermination ? Plutôt, un camp de prisonniers dorlotés par les
nazis ? Il paraît qu’en France des personnes, des professeurs, annoncent et publient que
les camps de concentration nazis n’ont jamais existé ! Eh bien : vous venez de voir
Auschwitz aujourd’hui. Nous ne l’avons tout de même pas fabriqué ! Les tas de cheveux,
de lunettes, de chaussures, ne sont pourtant pas fictifs ! »
Je lui répliquai que je n’avais jamais entendu de professeur français assurer que les
camps nazis n’avaient pas existé, mais qu’en revanche une école de chercheurs avait
démontré que les chambres à gaz homicides d’Auschwitz n’avaient jamais pu exister.
Prétendre le contraire n’était qu’une calomnie. Le camp d’Auschwitz avait été un camp
de prisonniers à régime sévère, où ceux-ci avaient été astreints à des travaux forcés
parfois épuisants, dans ce qui était un vaste complexe industriel et agricole. Les
épidémies inhérentes à toute concentration d’êtres humains, dans les conditions de
l’époque qui plus est (les antibiotiques étaient rares), propagées par des parasites tels
que les poux, y avaient provoqué des ravages. Ces épidémies auraient été encore plus
dévastatrices s’il n’y avait pas eu de système de désinfection des prisonniers eux-mêmes,
de leurs vêtements et des locaux. Quant aux tas de lunettes, de cheveux, ou de
chaussures, notre Urszula savait-elle que les Allemands récupéraient absolument tout,
dans les pays occupés et en Allemagne même ? Des wagons venus de l’Europe entière
apportaient, à Auschwitz et ailleurs, des tas de déchets normalement jetés, mais qui, en
économie de guerre, sont recyclés par les prisonniers, justement, en ateliers : des
cheveux en quantité suffisante, par exemple, étaient voués à la fabrication de textiles
tandis que des verres et des montures de lunettes apparemment hors d’usage étaient
recyclés pour de nouvelles lunettes, etc.

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34 Elie Wiesel y raconte un épisode peu connu et tout à fait étonnant ; se trouvant dans une infirmerie (Revier)
d’Auschwitz (probablement Auschwitz-III) en décembre 1944 et début janvier 1945, après y avoir subi une opération
au pied parfaitement réussie, ce qui semble ahurissant dans un camp prétendu « d’extermination », lui et son père (qui
avait obtenu l’autorisation de dormir au Revier dans la chambre de son fils) se voient proposer, à la mi-janvier 1945,
par les SS qui leur annoncent l’évacuation imminente du camp devant l’avance de l’Armée rouge, de choisir entre
partir avec les Allemands vers l’intérieur du Reich, à pied et sous la neige, ou bien rester sur place et attendre les
« libérateurs » soviétiques. Quel fut le choix d’Elie Wiesel et son père ? Ils choisirent de partir à pied et sous la neige,
avec les Nazis « exterminateurs ». Un tel aveu inflige un démenti à la légende d’Auschwitz.

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La jeune femme, devenue nerveuse, exigea d’en savoir plus et de connaître quelle
pouvait bien être au juste l’argumentation de ces révisionnistes sur le point précis de
l’inexistence des « chambres à gaz » pour l’extermination d’êtres humains.
Je lui répondis qu’ils l’expliquaient par l’impossibilité physique et chimique du
processus d’asphyxie, qui plus est au gaz cyanhydrique porté par le Zyklon, lequel
n’était qu’un puissant désinfectant et désinsectisant pour l’épouillage des effets des
prisonniers et des locaux. Le chef de file de ces révisionnistes, le professeur Faurisson,
l’avait démontré sur des bases documentaires irréfutables et irréfutées. J’ajoutai qu’il lui
suffisait d’ailleurs, à elle-même comme à n’importe qui, de lire le mode opératoire du
Zyklon B fourni par le fabriquant de l’époque (la Degesch) pour comprendre qu’il aurait
été radicalement impossible de tuer des gens avec ce produit sans se tuer soi-même.
À m’entendre, elle semblait atterrée et comme changée d’aspect. Je souhaitai m’en
tenir là pour le moment. J’ajoutai cependant que si les chambres à gaz pour exterminer
les gens n’avaient jamais pu fonctionner, et même n’avaient jamais existé ni à Auschwitz
ou à Birkenau, c’était là, au fond, une bonne nouvelle. À ces mots, et après un silence,
Urszula, qui me regardait fixement, finit par éclater d’un rire où se sentait l’autodérision.
En Pologne communiste, on savait à quoi s’en tenir sur les mensonges de la propagande.
Que les maquillages d’Auschwitz ne fussent qu’un maquillage de plus n’était finalement
pas pour l’étonner.
Le lendemain, je poursuivis mon voyage en direction du camp de Majdanek.
Jusqu’à la nausée, de grossières supercheries et reconstructions d’après-guerre y sont
mises sur le compte des nazis, à tel point que les historiens préfèrent, en général, ne plus
parler d’exterminations dans ce camp. La supercherie des « installations
d’extermination » qui y sont montrées, toutes construites après guerre par des non-
Allemands, y est éclatante, même pour un profane, sauf peut-être pour l’écrivain juif – et
même de plus en plus juif – Bertrand Poirot-Delpech. Je me rendis ensuite vers le nordest
sur les sites de Belzec et de Sobibor (dont il ne reste strictement rien). Je retournai à
Varsovie par Treblinka où, là non plus, aucun bâtiment d’origine n’a été conservé ; on a
pourtant prétendu que le camp était doté de « chambres » fonctionnant à… la vapeur
d’eau, et qu’après 1943, les Allemands auraient déterré des corps largement décomposés
pour les brûler sur place. Or, on verra plus loin qu’il est démontré qu’aucune gigantesque
fosse à cadavres n’a été creusée dans ce camp.
Je revins de Pologne à la fois satisfait et consterné. J’étais satisfait car ce voyage
m’avait fait franchir une étape décisive de mon enquête. La lecture de Rassinier m’avait
rendu suspectes ces « chambres à gaz » ; puis l’affaire Roques me les avaient rendues
improbables ; et enfin grâce à Faurisson, au terme de ce voyage sur le site, j’avais la
preuve qu’il s’agissait d’une fiction.
J’étais en revanche consterné par l’énormité du mensonge, ou, ce qui revient sans
doute au même, par l’étendue de la croyance au bobard. Seul l’éclat de rire d’Urszula
résonnait en moi comme un signal d’espoir.
Je me confiai à un ami ingénieur que je fréquentais de longue date. D’abord
intrigué par mon discours, il me dit qu’il voulait à son tour en avoir le coeur net et pour
cela visiter les sites que je lui avais décrits. Je lui montrai les copies des plans d’époque
de la Bauleitung d’Auschwitz, et lui remis le livre de W. Stäglich (Le Mythe
d’Auschwitz), dans sa traduction française. Je pensai d’abord qu’il allait abandonner cette
idée de voyage, mais il me relança à maintes reprises, si bien que nous partimes
ensemble quelques mois plus tard, en avril 1989, dans sa voiture personnelle, pour la
Pologne, via la Tchécoslovaquie. En route, je lui servais de mentor. Je lui commentais
les lieux visités en appelant son attention sur la mise en scène de «vainqueurs» acharnés
à vouloir faire croire à l’existence de prodigieux abattoirs chimiques en béton armé dont

ne subsistait pas le moindre vestige. Là-dessus, nous prîmes connaissance du tout récent
et premier Rapport Leuchter. Je vis mon ami en proie à un trouble certain. J’assistai
bientôt, en direct, à son désarroi. Puis, après ces révélations et, comme le temps pressait,
le voyage s’acheva par une rapide visite des territoires maintenant polonais, qui avaient
été arrachés à l’Allemagne de 1945 à 1947. Pour nous, ce fut essentiellement la Silésie
et la Poméranie orientale (nous n’avions pas le temps suffisant pour aller visiter
l’ancienne Dantzig et encore moins la Prusse orientale).
Je garde un souvenir poignant de cette fin de notre périple, qui venait comme en
complément de l’épouvantable mensonge. Le coeur se serrait, en pleine campagne, à la
vue de ces bâtisses si typiquement allemandes, entre Breslau et l’ancienne Hirschberg,
qui avaient dû être avant 1945 des fermes prospères. Voilà que les Polonais avaient cru
bon de les barbouiller d’un méchant crépi pour effacer l’origine de leur construction de
facture typiquement germanique (colombages, Fachwerk), et maquiller ainsi le vol de
ces mêmes maisons. Maintenant, plus de quarante ans après, on pouvait nettement voir,
à travers le crépi justement, le noir et blanc du mélange croisé des poutres en bois qui
réapparaissait. Justice immanente, là aussi ?
L’occupant polonais de la ferme, à qui nous demandâmes l’hospitalité pour la nuit,
nous alloua deux méchants lits dans le vaste grenier, en exigea le paiement d’avance,
refusant sa propre monnaie nationale pour exiger le paiement par chacun de nous de dix
marks allemands.

LE COUP DE GRÂCE: LES RAPPORTS D’EXPERTISE
L’IMPOSSIBILITÉ RADICALE D’UN PROCESSUS
D’EXTERMINATION DE MASSE
DANS LES LOCAUX ET AUX LIEUX PRÉTENDUS

Nous voici à la fin de l’année 1989. Le Mur de Berlin, symbole d’une oppression,
d’une exploitation et d’un mensonge, s’est écroulé. Dans peu d’années, l’URSS va se
disloquer définitivement.
Dès les événements de Berlin, en novembre 1989, j’avais proposé à ma famille de
partir en voiture pour assister sur place à la casse désormais certaine du Mur et afin de
participer au dépeçage du honteux symbole, encore «en état d’origine». Les épouses
respectives avaient préféré à la fin nous laisser partir seuls, entre hommes, quitte à leur
ramener des morceaux du Mur en souvenir. Avec mon jeune fils et mon frère, nous
partîmes, pics, burins et marteaux dans le coffre. Arrivés à la porte de Brandebourg,
nous pûmes constater que beaucoup avaient eu la même idée que nous et qu’ils
s’attaquaient résolument au symbole.
Quelques semaines auparavant, le 16 septembre 1989, Robert Faurisson avait été
sauvagement attaqué dans un parc proche de son domicile par trois jeunes juifs
(simulant une partie de ballon). On avait cherché à le tuer à coups de pied. Grièvement
blessé à la face, avec de multiples fractures, il se remettait lentement. « Naturel et
normal », commenta Serge Klarsféld.
R. Faurisson avait su rapidement identifier le commanditaire de ses agresseurs, un
certain Nicolas Ulmann, fils d’un commerçant de Vichy. La juge d’instruction s’employa
à ne rien trouver.

Un an auparavant, le même R. Faurisson, cité comme témoin à Toronto dans un
procès intenté au publiciste canadien Ernst Zündel, contestataire actif de l’histoire
officielle et imposée de la seconde guerre mondiale, avait suscité une démarche qui
allait marquer le combat pour la vérité historique. Il avait proposé à Fred Leuchter,
ingénieur américain spécialiste de la mise au point et du fonctionnement de chambres à
gaz d’exécution pour condamnés à mort de certains pénitenciers aux Etats-Unis, de se
rendre avec une petite équipe sur les sites polonais où les organisations juives
prétendent que de telles installations de mise à mort en masse par asphyxie auraient
fonctionné, de prélever les échantillons nécessaires, de les expertiser et d’en tirer des
conclusions, après analyse des échantillons. En effet, ses observations, dans les années
soixante-dix, des conditions de fonctionnement de chambres à gaz d’exécution de
condamnés à mort américains (à Baltimore par exemple), où d’infinies précautions sont
prises pour exécuter un seul condamné afin de ne faire courir aucun risque à l’entourage
de l’installation, avaient persuadé R. Faurisson de la nécessité d’une expertise
scientifique des locaux ayant prétendument servi à exécuter des prisonniers à Auschwitz
et autres lieux.
Fred Leuchter procéda sur place à une confrontation scientifique des plans et des
locaux, à des prélèvements systématiques d’échantillons, qui devaient être analysés
ensuite «en aveugle» par un laboratoire américain indépendant et qui, bien entendu,
ignorerait l’objet de la recherche et l’origine des échantillons. En effet, on sait que les
matériaux tels que le ciment ou la brique, exposés à de l’acide cyanhydrique (tel qu’en
dégageaient les granulés ou les disques de Zyklon B, par définition), sont l’objet d’une
réaction chimique en présence d’acide cyanhydrique. Ces matériaux contiennent des
traces de fer (à l’état d’oxydes, de sulfates, de silicates) ; celui-ci réagit avec l’acide
cyanhydrique du Zyklon pour former des composés complexes (ferri- et ferrocyanures)
de couleur bleue caractéristique (bleu de Prusse). Ceux-ci présentent la particularité
remarquable d’être extrêmement stables dans le temps (plusieurs siècles) et d’être
pratiquement insolubles, donc insensibles aux intempéries. C’est ainsi qu’on voit
nettement des traces bleues intenses dans les unités de désinfection de vêtements, qui
ont été fréquemment soumises à l’acide cyanhydrique.
La détection de ferri- et ferrocyanures dans les échantillons de briques et de béton
prélevés en divers lieux du camp et leur teneurs comparées devait permettre de
déterminer les endroits précis de contact avec le gaz. Il s’agissait de vérifier si les lieux
prétendus de l’extermination par le gaz coïncidaient avec des traces significatives de
ferrocyanures. Or, parmi les prélèvements effectués par Fred Leuchter et son équipe en
une trentaine de points des cinq crématoires d’Auschwitz-Birkenau, aucune trace
décelable ne fut trouvée dans aucun des matériaux de ces divers locaux. En revanche,
des traces très importantes pouvaient être décelées dans les unités de désinfection de
vêtements ! Au-delà des résultats des analyses chimiques, l’analyse physique et
topologique de Leuchter fut, elle encore, sans équivoque. Ses conclusions (premier
Rapport Leuchter) furent nettes : les locaux ou installations d’Auschwitz et de Birkenau
incriminés (dénommés sur les plans K-I, K-H, K-III, K-IV et K-V), dont certains
prétendent qu’ils furent le siège de gazages d’êtres humains, n’avaient pu, en aucune
manière, être le lieu d’exécutions par asphyxie au Zyklon B : absence de traces de sels
cyanhydriques, locaux inadéquats, danger de mort pour les servants, impossibilité
matérielle du processus de « mise à mort suivie d’incinération ». (35)
Incapables de trouver une réplique à ce rapport, les sectateurs des «chambres à
gaz» se déchaînèrent dans le monde entier et singulièrement aux Etats-Unis contre la

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35 Fred Leuchter, An Engineering Report on the Alleged Execution Chambers at Auschwitz, Birkenau and Majdanek
(Poland), Samisdat Pubhshers Ltd, 1988, 193 p.

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personne même du chercheur et Leuchter vit sa carrière ruinée du jour au lendemain. On
répandit sur son compte de grossières calomnies et on s’abstint de produire la moindre
contre-expertise.
Une tentative, cependant. Un pharmacien de la banlieue parisienne, Jean-Claude
Pressac, s’était intéressé à titre personnel au problème des chambres à gaz et il s’était
rendu à Auschwitz à plusieurs reprises. Il n’avait, contrairement à la rumeur, jamais été
un « disciple de Faurisson ». Il avait fait la rencontre du professeur au domicile de Pierre
Guillaume. Un jour, las d’être importuné, R. Faurisson avait dû chasser J.-C. Pressac
manu militari. Ce dernier alla offrir ses services à Serge Klarsfeld. Celui-ci proposa
d’allumer un contre-feu au Rapport Leuchter et finança l’entreprise. Le résultat en fut la
publication en 1989 d’un gros ouvrage, indigeste et confidentiel, au titre en apparence
prometteur : Auschwitz, Technique and Operation of the Gas Chambers. (36) En réalité,
dans cet ouvrage ne figurait pas un seul croquis, pas une seule esquisse, pas une seule
maquette, pas une seule description cohérente, de cette fameuse «chambre à gaz». Le
malheureux pharmacien ne démontrait finalement qu’une chose : à Auschwitz-Birkenau,
il y avait bien eu… des crématoires pour incinérer les morts. Au passage, il réduisait
drastiquement le nombre des victimes incinérées, s’attirant par là la suspicion et la haine
des tenants, tel Claude Lanzmann, de la thèse des meurtres de masse en «chambres à
gaz». Ce dernier, cinéaste, en est d’ailleurs réduit à présenter des films de fiction où,
sans aucune preuve, sans aucun vestige archéologique ou trace documentaire
authentifiée, l’existence des « chambres à gaz » est présentée comme allant de soi : c’est
le cas dans son dernier film-fiction sur Sobibor (octobre 2001).
R. Faurisson devait pulvériser le livre de J.-C. Pressac, d’abord dans sa Réponse à
Jean-Claude Pressac, (37) puis face à Pressac lui-même en mai 1995 à la XVIIe chambre
du Tribunal correctionnel de Paris, où le piteux pharmacien, au bord des larmes, ne sut
que répondre aux questions successives de Me Erie Delcroix et de la présidente, Martine
Ract-Madoux. Exit Pressac.
Une tentative de contre-expertise du Rapport Leuchter fut menée par l’Institut de
criminologie de Cracovie. Les résultats des analyses chimiques tendaient à confirmer les
conclusions de F. Leuchter. Aussi s’abstint-on de publier cette contre-expertise
polonaise.
Le Rapport Lüftl (38) (du nom de son auteur Walter Lüftl, président de la chambre
des ingénieurs-chimistes autrichienne) fut publié quelque temps après. Il examine le
processus avancé par les tenants de la prétendue extermination et prouve son
impossibilité radicale. Il montre comment l’utilisation du désinfectant Zyklon pour tuer
en masse des êtres humains est ridiculement affirmée par les tenants de l’extermination.
Pour ce faire, il eût été infiniment moins dangereux, plus simple, et pour tout dire plus
efficace, d’utiliser du simple gaz carbonique (CO2) ; le problème de l’incinération en
masse se serait de toute façon posé dès le début d’une telle opération, et n’aurait pu être
résolu.
La conclusion, en forme de conseil, mettait en garde contre la propension des
juges, dans les procès de révisionnisme, à n’entendre que des « historiens » : les
scientifiques, les techniciens, sont ici indispensables.

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36 New York, The Beate Klarsfeld Foundation, 1989, 564 p., 45 x 30 cm.
37 Robert Faurisson, Réponse à Jean-Claude Pressac, 1994, Ed. R.H.R.
38 Walter Lüftl : Holocaust (Glaube und Fakten), Vienne, octobre 1991 ; en langue anglaise, et sous forme
condensée, in Journal of Histotical Retiew, hiver 1992-1993.

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Aucun contre-rapport ne put être avancé, n’a jamais été avancé, contre le Rapport
Lüftl. Ce président de la chambre syndicale des ingénieurs autrichiens fut contraint à
démissionner de son poste, mais on n’osa pas le poursuivre en justice. (39)
En 1991, survint la première édition du rapport de l’Allemand Germar Rudolf.
Germar Rudolf, qui travaillait au prestigieux Institut Max Planck rédigeait là un
rapport méticuleux, où, avec l’érudition du chimiste, il confirmait, de façon irréfutable,
les conclusions de Robert Faurisson et de F. Leuchter. Ce Rapport Rudolf, (40) envoyé
par la suite à nombre de sommités scientifiques, physiciens et chimistes, pour leurs
éventuelles remarques et critiques sur la méthode et le résultat, n’attira aucune remarque
négative ! Tant sous l’angle des considérations physico-chimiques qui mettent à mal les
allégations de témoins que par l’enchaînement sans failles du raisonnement, il aboutit à
des conclusions dévastatrices.
Citons-les, en respectant la présentation finale qui en est faite :
1/ Pour des raisons physiques et chimiques, les gazages de masse au moyen
d’acide cyanhydrique, qui, d’après des témoins, auraient été commis dans les
prétendues « chambres à gaz » d’Auschwitz, ne peuvent pas avoir eu lieu.
2/ Les processus de gazage en masse allégués par des témoins devant des
tribunaux, déclarés établis par jugement et décrits par des publications
scientifiques et littéraires, quel que soit le bâtiment d’Auschwitz dans lequel
ils sont censés avoir été mis en oeuvre, sont incompatibles avec les lois de la
nature.
G. Rudolf ne manquait pas de prévoir que l’adversaire, incapable de lui apporter la
contradiction, pourrait recourir à un subterfuge consistant à abandonner la thèse des
assassinats en « chambres à gaz » pour d’autres thèses de remplacement. Aussi, dans
une déclaration finale en forme de mise en garde, écrit-il : « Imaginer de nouveaux
scénarios et de nouvelles techniques de meurtre en masse, en contradiction avec les
témoignages, relèverait de la fabrication d’atrocités hollywoodiennes et non de
l’historiographie. »
Pour toute réponse à la publication du rapport de Germar Rudolf, le gouvernement
allemand engagea des poursuites judiciaires contre son auteur, ordonna la destruction de
l’ouvrage, démit Germar Rudolf de son poste et le contraignit à se réfugier
clandestinement à l’étranger. (41)
Enfin, en l’an 2000, eurent lieu sur le terrain des mesures du plus haut intérêt,
celles opérées par Richard Krege. Ce jeune ingénieur australien eut l’idée d’utiliser un
radar d’analyse du sous-sol (Ground Penetrating Radar), système permettant de déceler
sans ambiguïté (la propagation de ces ondes radar dans le sous-sol varie fortement si la
partie mesurée a été remuée en profondeur ou non) à un endroit donné, si le sol a été un
jour retourné, même à une date fort éloignée. Avec le révisionniste suisse Jürgen Graf, il
se rendit sur les sites polonais de Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz. Dans les
trois premiers camps, l’absence de fosses communes put être constatée. De même à
Auschwitz, sauf en des endroits précis où l’on savait déjà que des tombes communes (à
l’exclusion de toute fosse gigantesque) avaient existé. Ces expertises de Richard Krege

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39 Süddeutsche Zeitung, 14 mars 1992, p. 8. [Il a été poursuivi par la suite, et emprisonné. Il vient d’être à nouveau
condamné à quatre ans de prison, à Vienne. Note de l’éditeur, début 2006.]
40 Germar Rudolf, Gutachten über die Bildung und Nachweisbarkeit von Cyanidverbindungen in den Gaskammern
von Auschwitz, 3e édition, 1994, 114 p. Trad. française disponible chez Vrij Historisch Onderzoek (www.vho.org).
41 Voir le gros ouvrage de Germar Rudolf (Ernst Gauss), Grundlagen zur Zeitgeschichte, Grabert (Postfach 1629, D-
72006 Tübingen, Allemagne), 1994, 416 p. Édition, fortement enrichie, en langue anglaise : Dissecting the
Holocaust, 2000, Theses & Dissertations Press, PO Box 64, Capshaw, Alabama 35142, Etats-Unis d’Amérique.

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ne font que confirmer ce qu’avait pu établir, huit ans auparavant, le canadien John C.
Ball. Celui-ci avait analysé toutes les photos aériennes d’époque prises par des avions de
reconnaissance alliés (et aussi allemands) au-dessus des camps actuellement en territoire
polonais. Sur celles-ci, prises évidemment à l’improviste, on ne note aucune installation
qui puisse être celle de la mise en oeuvre d’un meurtre de masse, aucune concentration
suspecte de prisonniers face à un bâtiment, aucune fumée sortant des bâtiments dévolus
à la crémation. Ces photos sont la preuve matérielle irrécusable que ces camps n’étaient
rien d’autre que des camps de travail ou de transit.

LES « PROCÈS » DE NUREMBERG:
L’IMPOSTURE JUDICIAIRE

Il est impossible de comprendre le vingtième siècle si l’on ne s’est pas penché sur
ce qu’on peut tenir pour le plus grand procès en sorcellerie de tous les temps: le
procès de Nuremberg de 1945-1946 (suivi d’autres du même nom). Nous nous référons
ici à celui qu’il est convenu d’appeler le TMI – Tribunal militaire international -, dont le
texte fondateur fut celui issu de l’« Accord de Londres » (8 août 1945). Bornons-nous
ici à citer des articles du statut fondateur de ce tribunal d’exception :
art. 19 : « Le Tribunal ne sera pas lié par les règles techniques relatives à
l’administration des preuves (…) ». Toute pièce que le tribunal estimait avoir valeur de
preuve était admise. Le tribunal pouvait accepter des pièces à conviction sans s’assurer
de leur fiabilité et rejeter des preuves à décharge sans donner de raisons. On pouvait
donc forger des « pièces à conviction » et ignorer des pièces à décharge. Ce qui fut fait,
à grande échelle.
art. 21 : « Le Tribunal n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de
notoriété publique, mais les tiendra pour acquis ». C’est le tribunal lui-même qui
décidait ce qu’était « un fait de notoriété publique ».
art. 13 : « Le Tribunal établira les règles de sa procédure. Ces règles ne
devront en aucun cas être incompatibles avec les dispositions du présent Statut ». Il
s’agit bien là d’une véritable monstruosité juridique : les juges sont habilités à
improviser leur propre code de procédure pénale !
Carlos W. Porter, né en 1947 en Californie, traducteur professionnel, a eu le
mérite de se plonger dans les quarante-deux volumes (aussi bien en anglais que dans la
version allemande) des actes du procès de Nuremberg. (42)
Ce qu’il nous relate est consternant : le président du tribunal, Sir Geoffrey
Lawrence, ne comprenait pas l’allemand. L’accusateur en chef, Joseph Jackson, non
plus. Le procureur général Robert M. W. Kempner, personnage clé du tribunal, était un
israélite allemand animé d’une haine ouverte et incandescente pour les Allemands. C’est
lui qui fut le promoteur du « procès-verbal de Wannsee », document qui fut présenté
tardivement (1947) dans l’un des procès « américains » de Nuremberg comme le compte
rendu d’une conférence de hauts dignitaires allemands à Berlin-Wannsee en janvier
1942 sur l’organisation de l’anéantissement des juifs. Or il ne s’agit pas d’un « procès-

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42 Carlos W. Porter, Non coupable à Nuremberg, 1996, Granata, Box 2145, Palos Verdes, CA 90274, Etats-Unis
d’Amérique.

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verbal », mais d’un document ne comportant ni cachet, ni date, ni signature, aucune
indication de service, aucun numéro de dossier permettant de l’enregistrer,
dactylographié sur une machine ordinaire ; de toute façon, il ne traite que d’une
évacuation des juifs européens vers l’Est et non d’une extermination de ces juifs. (43)
Au grand procès lui-même, c’est-à-dire en 1945-1946, la défense produisit 102
témoins à décharge, et 312 000 déclarations écrites (XXI-287, 397-398) concernant les
prétendues « organisations criminelles » ; sur ce nombre, seulement quelques douzaines
furent traduites en anglais ; le tribunal ne fut donc pas en mesure de les lire ! Par
ailleurs, une seule déclaration de l’accusation (D-973) fut considérée comme une
réfutation de 136 000 documents de la défense. De plus, 6 déclarations écrites et
présentées par l’accusation furent considérées comme ayant « réfuté » les témoignages
des 102 témoins de la défense (XXI- 153).
Un examen, même rapide, des sources de « preuves » présentées au procès de
Nuremberg est édifiant. Les documents utilisés comme preuves étaient des
« photocopies » de « copies ». Beaucoup de ces documents donnés comme « documents
originaux » étaient écrits entièrement sur du papier sans en-tête et sans aucune marque
faite à la main, par des personnes inconnues. Parfois s’y trouvait un paraphe
« certifiant » le document comme étant une « copie conforme ». Beaucoup furent
« trouvés » par les Russes, ou « certifiés » par des « commissions de crimes de guerre »
soviétiques.
On réplique parfois que les Alliés auraient étudié 100.000 documents, puis choisi
1000 documents qui furent présentés devant le Tribunal, les originaux étant archivés
ensuite au Palais de la Paix à La Haye. Erreur !
Et Carlos Porter de poursuivre :
Au Palais de la Paix [à La Haye], il n’y a pratiquement pas d’originaux
allemands datant de la guerre. En revanche, on y trouve des « déclarations »
écrites après la guerre, le procès-verbal de la Commission du tribunal de
Nuremberg (structure de pré-analyse de recevabilité des documents), ainsi que du
matériel de la défense. Concernant les documents originaux allemands, le Palais
de la Paix n’en possède que des « photostats » négatifs (c’est-à-dire des
photocopies), sur du papier très fragile et qui a été agrafé. Chose étrange, les
National Archives de Washington (cf. Telford Taylor, « Use of Captured German
and Related Documents », conférence tenue sous les auspices des National
Archives de Washington) prétendent que les documents originaux seraient à La
Haye. La Haye prétend que les documents originaux seraient aux National
Archives américaines. La « Stadtarchive Nürnberg » et la « Bundesarchiv
Koblenz » n’ont pas de documents originaux du procès de Nuremberg non plus.
Un nombre important de documents, falsifiés ou sans valeur, furent présentés par
l’accusation, tel le document 1721-PS, ou le « discours de Hitler » (1014-PS), écrit sur
du papier sans en-tête, sans signature, sans cachet, par un inconnu ; et encore le
document L-3, qui ne fut cependant pas accepté par le tribunal comme preuve, mais
dont 250 copies furent distribuées à la presse comme authentiques ; et le 812-PS

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43 En 1992, l’historien israélien Yehuda Bauer parla d’« histoire inepte » (silly story) à propos de la thèse selon
laquelle la politique d’extermination physique des juifs aurait été lancée à Wannsee, le 20 janvier 1942 (The
Canadian Jewish News, 30 janvier 1992). Huit ans plus tôt, en mai 1984, les historiens « officiels » allemands
Eberhard Jäckel et Jürgen Rohwer avaient, discrètement, largué cette thèse (Der Mord an den juden im Zweiten
Weltkrieg, DVA, 1985, p. 67). Soit dit en passant, on a là un exemple de découverte révisionniste confirmée par les
historiens orthodoxes.

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présenté comme « copie conforme » d’une lettre non signée, présenté comme une lettre
de Rosenberg, ne comportant ni paraphe, ni numéro de fiche, et qui n’avait pas été
trouvée parmi les effets personnels du destinataire ; le 81-PS, par exemple, est une
« photocopie » avec un numéro de pièce à conviction soviétique (URSS-353 ; XXV,
156-161).
Tout cela paraissait, à Nuremberg, parfaitement normal. Le document 386-PS, dit
« protocole Hossbach », prétendu discours de Hitler du 5 novembre 1938, est une
« photocopie conforme » d’une « copie certifiée sur microfilm » d’une « copie
conforme » re-dactylographiée par un Américain, d’une « copie conforme » redactylographiée
par un Allemand (des notes prises par Hossbach et jamais approuvées
par Hitler lui-même), d’un discours de Hitler, écrit de mémoire par Hossbach cinq jours
plus tard. Carlos Porter fait remarquer avec humour qu’il ne s’agit pas ici de l’un des
pires documents, mais de l’un des meilleurs, parce que nous savons qui a préparé l’une
des « copies ».
Il conclut justement : « Une telle procédure était établie en violation des règles de
preuve de n’importe quel pays civilisé. De plus les documents n’étaient pas identifiés par
des témoins. »
Une sinistre illustration de ces infamies à Nuremberg concerne le cas de Wilhelm
Keitel, ancien chef de l’OKW (État-Major de la Wehrmacht). L’essentiel des « preuves »
contre Keitel consistait en des « rapports » de « commissions soviétiques de crimes de
guerre » (XVII, 611-612) présentés sous forme de « résumés » avec des jugements, des
conclusions, des généralisations, sans aucune annexe de preuves ou documents de base.
Il y était fait référence à des agences militaires allemandes incorrectement désignées.
Ces documents soviétiques comptèrent beaucoup pour la condamnation à mort de
Keitel. Citons parmi ceux-ci le document URSS-4, « rapport » accusant les Allemands
d’avoir propagé exprès des épidémies de typhus pour exterminer la population
soviétique! Le document 470 contre Keitel est une « copie conforme » (donc un
document réécrit à la machine pour en faire la copie) d’un « document original » écrit
entièrement en serbo-croate, avec une « signature » de Keitel tapée à la machine ! Keitel
n’entendant pas le serbo-croate, on prétendit au procès qu’il s’agissait d’une
« traduction » écrite en allemand, d’un original à présent introuvable (XV, 530-536).
Keitel fut condamné à mort et pendu.
Des actions parfaitement légales furent considérées comme des « crimes », étaient
considérées comme des inconvénients insignifiants quand elles étaient perpétrées par les
Alliés. Par exemple, Seyss-Inquart fut condamné à mort pour des actions de représailles
à la suite de sabotages ou résistance armée. Pourtant il avait été expressément admis par
l’accusation que des membres de la résistance, des francs-tireurs, pouvaient être fusillés
(V, 405).
Celui qui n’a pas pris personnellement connaissance des documents de Nuremberg
ne peut pas concevoir le caractère abracadabrant des accusations que les vainqueurs
portèrent contre les vaincus. Des énormités furent proférées tout au long du procès.
Smimov, l’avocat général soviétique, évoqua les « planchers électrisés » du camp
de Belzec (VII, 577) et Walsh, le substitut du procureur général américain, évoqua, pour
sa part, l’extermination massive de juifs dans les « chambres à vapeur » de Treblinka
(111, 570-57 1).
Marie-Claude Vaillant-Couturier, témoin de l’accusation, témoigna sous serment
avoir vu la chambre à gaz en bois (!) du camp de Ravensbrück (VI, 233). Il est vrai que
cette célèbre militante communiste, impitoyable témoin à charge à Nuremberg, osera
nier froidement, un peu plus tard, l’existence des « goulags soviétiques » ! (44)

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44 Histoire parallèle, émission de Marc Ferro, sur Arte, 18 mai 1996.

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Bien que les services de renseignement alliés (et notamment anglais) eussent su
depuis l’origine du massacre que c’étaient les Soviétiques qui avaient délibérément
exécuté des milliers d’officiers polonais à Katyn en 1940, ils avaient laissé courir la
rumeur que les Allemands en étaient les auteurs. Plus tard, les Soviétiques pendirent,
pour ce crime, sept officiers et soldats allemands : Ernst Böhm, Ernst Geherer, Herbard
Janicke, Heinrich Remmlinger, Erwin Skotki, Eduard Sonnenfeld et Karl Strüffling, et
ils condamnèrent à vingt ans de travaux forcés trois autres innocents allemands : Arno
Diere, Erich Paul Vogel et Franz Wiese. (45)
Le président Jackson demanda si 20.000 juifs n’avaient pas été volatilisés à
Auschwitz à l’aide d’une sorte de bombe atomique (XVI, 551).
Il fut question, par exemple, de véhicules spéciaux aménagés pour gazer des gens,
des « camions à gaz », qui auraient mis à mort des dizaines de milliers de personnes.
Pas une seule photographie de ce genre de véhicule ne put être présentée à Nuremberg !
Le territoire allemand, en ce début de l’année 1946, était totalement occupé par les
Alliés qui avaient donc toute latitude pour rechercher et produire un « camion à gaz ».
L’armée allemande ne possédait que d’inoffensifs camions de désinfection pour
l’épouillage des vêtements.
Smirnov, déjà cité, affirma au procès que les Allemands avaient utilisé des « fours
crématoires mobiles » pour y brûler 840.000 corps. Le même cita un « rapport » (VII,
569-570) de la « Commission extraordinaire d’Etat sur les crimes des envahisseurs
hitlériens en Lithuanie » : 100.000 corps, disait l’accusation, avaient été déterrés par les
Allemands en six mois, entassés par tas de 3000 qu’on avait arrosés de pétrole et ces
bûchers avaient été activés par quatre bombes incendiaires placées aux quatre coins du
bûcher. Alléguant que les traces du crime avaient été minutieusement effacées, le
Ministère public se dispensait d’apporter les preuves de son accusation.
La population allemande « avait pu rester propre » jusqu’à la fin de la guerre, osa
dire, le 8 février 1946, le général Rudenko, procureur général soviétique au procès de
Nuremberg, en lisant devant le Tribunal « l’appel à l’opinion mondiale [lancé] par les
représentants de plusieurs milliers d’anciens internés dAuschwitz » qui mentionne que
« les cadavres fournissaient aussi des huiles et des graisses destinées à des usages
techniques et même à la fabrication de savon » (VII, 183).
Trente-sept ans plus tard, Georges Wellers, ancien directeur scientifique du Centre
de documentation juive contemporaine de Paris, devait officiellement annoncer en 1983
que « la fabrication de savon à partir de graisses humaines appartient à la catégorie des
« bobards » qui circulaient déjà dans les camps ».
Un témoin essentiel du procès, en tous cas celui dont la déposition contribua de
façon décisive à lancer le chiffre de six millions de victimes juives, fut Wilhelm Höttl.
Cet officier allemand, arrêté à la fin de la guerre par les Américains, interné, et cuisiné
par les nombreux « conseillers » qui récoltaient des témoignages parmi les prisonniers,
accepta de passer au service des vainqueurs afin de travailler désormais pour le CIC
(ancêtre de la CIA), et d’améliorer ainsi son sort. (46) Il fut transféré dans un quartier
réservé, comme témoin spécial au procès de Nuremberg, sans être mêlé aux autres
accusés allemands. Ayant déclaré avoir connu Eichmann (l’organisateur des transferts
de juifs vers l’Est européen), W. Höttl accepta de déposer un affidavit (document écrit,
sous serment) dans lequel il mentionnait que le même Eichmann (introuvable à l’époque
du procès de Nuremberg) lui aurait confié un jour que le nombre de juifs exterminés, à
la date d’août 1944, pouvait se monter à quelques six millions. Le chiffre fut lancé. Les

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45 Voir notamment Rivarol, n° 2248, 2 juin 1995, p. 12.
46 CIC : Counter Intelligence Corps (branche « contre-espionnage » de l’OSS devenue ensuite CIA). Selon d’autres
chercheurs, Höttl aurait déjà travaillé comme espion au service des anglo-saxons bien avant cette date.

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avocats des accusés demandèrent la comparution de cet étrange témoin mais en vain. Ce
fut cela, Nuremberg : une entreprise de « faux-monnayeurs », où la fausse monnaie
(déclarations fantaisistes, mensongères, ou calomnieuses, un affidavit unique, voire des
« aveux » extorqués sous pression physique ou morale), était transformée en monnaie
ayant cours légal (l’histoire officielle). Le « procès » de Nuremberg fut le théâtre d’un
blanchiment d’accusations mensongères, comme ailleurs on blanchit l’argent sale de la
pègre.
La comparaison avec les procès en sorcellerie des XVIe et XVIIe siècles crève ici
les yeux. L’objectif de ces tribunaux religieux, avant que de mettre à mort dans les
flammes la présumée sorcière, était d’obtenir ses aveux publics et autant que possible
des témoignages « prouvant » que la malheureuse accusée avait bien forniqué avec le
diable. Une défense rationaliste fondée sur l’inexistence du diable eût été impensable de
la part de l’accusée et, pour le coup, eût entraîné illico au bûcher cette hérétique, cette
« négationniste ». En l’absence d’aveux de sa part, l’intervention providentielle d’un
« témoin » entraînait de facto la condamnation. Ce témoin pouvait être un ancien suppôt
du diable. Repenti entre temps, il jurait avoir entendu le diable ou à défaut l’un de ses
sectateurs, lui affirmer que la fornication était avérée. Tel avait été le cas du « témoin »
W. Höttl.
Le procès de Nuremberg était-il cependant justifiable ? Et le vainqueur était-il en
mesure de juger équitablement le vaincu ? On peut dire, à la lumière de ces quelques
énormités, avec Carlos Porter, que la simple consultation des sténotypies du procès
permet de trancher le débat. Le procès des grands criminels de guerre devant le Tribunal
Militaire International n’a été qu’un lynchage judiciaire, qu’une gigantesque farce. Dès
lors, la sagesse impose de ne pas croire sans vérification préalable ce qui aurait été
« établi » à Nuremberg. Les conséquences d’un tel constat sont immenses.
Toute l’histoire de l’Allemagne entre 1933 et 1945 doit en conséquence être
revue, revisitée, réécrite.

LE « PROCÈS D’AUSCHWITZ »
(FRANCFORT, déc. 1963-août 1965)

Nous étions alors dans les années 1960. Quel était, plus de quinze ans après 1945,
l’état d’esprit des Allemands ?
Ecoutons Wilhelm Stäglich :
La majorité du peuple allemand n’y avait de toute façon pas vraiment cru. Il
subsistait des doutes notables quant à l’ampleur de l’extermination des juifs. En
revanche, les atrocités commises par les Alliés sur des « criminels de guerre »
incarcérés, les châtiments infligés pour des actions qui n’ont jamais été prouvées,
enfin et surtout les procès des chambres d’épuration intentés par des
« Allemands » contre d’autres Allemands (ce qu’on a appelé la « dénazification »)
et qui ont affecté presque chaque famille allemande avaient suscité dans de larges
couches de la population une vive amertume et même de la sympathie pour les
victimes de ces vengeances déguisées en justice. On ne voulait pas en entendre
parler. Ainsi la chasse aux nazis devint-elle de jour en jour plus impopulaire et
d’autant plus que les doutes au sujet des massacres de juifs se multipliaient et qu’à
partir de 1955 il devenait incontestable que les « chambres à gaz » exhibées après

l’effondrement du Reich, principalement à Dachau, mais aussi dans d’autres camps
n’avaient jamais existé durant l’époque du IIIe Reich. Dans ces circonstances, il
n’était pas étonnant que des voix se fissent entendre pour exiger de mettre un
terme à la « réparation » financière envers Israël décidée par le chancelier
Adenauer. C’est à coup sûr cette attitude qui a fait naître l’inquiétude chez tous
ceux qui avaient profité de la défaite allemande et du mensonge des six millions,
et qui entendaient continuer à en profiter. Les moyens de chantage politique et
financier sur le peuple allemand allaient se trouver compromis. Il fallait donc
rechercher de nouvelles voies pour maintenir l’un et l’autre.
[…] Considérant la foi quasi proverbiale que professe l’Allemand envers
l’autorité, il était tout indiqué de faire désormais entrer en action la justice
allemande et d’abuser de ses tribunaux en vue de ressusciter le complexe de
culpabilité sur de nouvelles bases. (47)
Comme le rappelle opportunément W. Stäglich, après la fin des procès des
criminels de guerre organisés par les puissances occupantes, les prétendues atrocités
nazies étaient rapidement tombées dans l’oubli au sein du peuple allemand ; par ailleurs
aucune expertise de l’arme du crime (assassinat par le gaz dans des installations
spécialement élaborées) n’avait eu lieu (et n’aura jamais lieu).
Le drame, dans des procès tels que celui, à Francfort, des « gardiens
d’Auschwitz » (1963-1965) est que l’avocat de la défense n’a généralement aucun intérêt
à ce que soit établie la vérité historique. Il se limite à présenter ce qui sera favorable à
son client ou du moins ne lui fera pas de tort. Quant au parquet, il ne faut pas oublier
que son représentant est un fonctionnaire, dépendant du pouvoir politique en place. Ces
gens-là se nourrissent pour ainsi dire en permanence d’une condamnation du régime qui
ne s’est installé que par la grâce des forces d’occupation, après la chute du Reich. Les
magistrats du parquet acceptent, sans la moindre réticence, l’arrière-plan historique tel
qu’il a été déterminé par les hommes qui, dans l’ombre, ont incité à ces procès dans un
but purement politique. Nous en arrivons là à une particularité propre à la magistrature
du parquet qui existe seulement dans les procès contre les « nazis ».
Autre point troublant : la mort suspecte de Richard Baer, dernier commandant
d’Auschwitz, mort survenue juste avant sa comparution, quand on sut qu’il ne parlerait
pas des « chambres à gaz ».
Et Stäglich de résumer avec amertume : « C’est ainsi qu’on a rendu et qu’on rend
la justice en Allemagne ». Il conclut :
[…] Cette manière de déterminer le verdict rappelle de la façon la plus
pénible la procédure utilisée dans les procès de sorcellerie d’autrefois. À cette
époque aussi, comme chacun sait, le crime n’était que « présumé », parce qu’il
était au fond impossible à prouver. Même les juristes les plus éminents de ce
temps-là […] soutenaient que, dans le cas de « crimes difficiles à prouver », on
pouvait renoncer à établir la matérialité objective du fait si la «présomption»
plaidait en faveur de son existence. Quand il s’agissait de prouver qu’il y avait
eu commerce charnel avec le diable ou que tel emplacement était un lieu de
sabbat ou autres sornettes, les juges de cette époque se trouvaient exactement
dans la même situation que nos magistrats «éclairés» du vingtième siècle face
aux chambres à gaz. Ils étaient obligés d’y croire sous peine de finir eux-

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47 Le Mythe d’Auschvitz, op. cit., p. 317 (édition française).

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mêmes sur le bûcher ; ce fut le même dilemme, bien que transposé, pour les
juges de la cour d’assises de Francfort appelés à se prononcer sur Auschwitz.
(48)

DES LOIS D’EXCEPTION CONTRE LES RÉVISIONNISTES

L’extermination des Juifs d’Europe par les Allemands entre 1941 et 1945, alléguée
par les organisations juives, admise par les pays d’Occident qui ont presque tous fini par
se la voir imposer comme vérité d’Etat (comme on dirait religion d’Etat), n’a pu
matériellement avoir lieu. Il s’agit là d’une conclusion fondée scientifiquement sur un
faisceau concordant de preuves : parmi les centaines de milliers de documents
d’archives en notre possession, on est frappé par l’absence totale de directives ou
documents allemands à propos d’une mise en oeuvre de mesures d’extermination.
L’absence de pièces faisant référence à d’éventuelles directives en ce sens, l’analyse des
témoignages, des dépositions à divers procès, des nombreux documents dont nous
disposons, des conclusions des chercheurs impartiaux sur le sujet (c’est-à-dire
suffisamment honnêtes pour n’avoir aucun intérêt à la propagation d’affirmations sans
preuves), de l’analyse des flux et reflux de populations et, enfin, des rapports
scientifiques d’expertises (des locaux et des processus invoqués) qui concluent tous à
l’impossibilité matérielle de la mise en oeuvre d’un tel processus ne peuvent que
renforcer notre incrédulité.
Et pourtant le summum de l’imposture est encore à venir. Le voici.
Non seulement il faut croire, sans aucune preuve et même avec la preuve du
contraire, que six millions de juifs sont morts du fait des Nazis, dont une grande partie
dans des abattoirs humains fonctionnant avec un insecticide, mais encore on en est venu
à instituer des lois spéciales dans presque tous les pays occidentaux afin de punir par la
prison, par l’amende ou par l’interdiction professionnelle ceux qui émettent
publiquement des doutes sur le sujet.
Il s’agit donc bien d’une croyance de type religieux. Qui s’aviserait en pays d’Islam
de contester publiquement l’existence d’Allah, l’authenticité du Coran ou le caractère
sacré de la Mecque ? Qui s’aviserait de ricaner devant le Mur des Lamentations ? Que
serait dans ce cas la sentence «unanime» ?
Qui dit croyance religieuse dit hiérarchie religieuse, avec ses privilèges, ses rites
et ses sites, ses grands prêtres, son Inquisition, ses excommunications, ses fulminations.

LE SCANDALE D’AROLSEN-WALDECK

Arolsen, petite ville d’Allemagne du Nord, dans l’ancien Waldeck, est le siège d’un
grand bâtiment, centre de recherches qui contient des informations capitales.
C’est en effet à Arolsen que se trouve le Service international de recherches sur les
victimes des camps de la dernière guerre et essentiellement des camps nationauxsocialistes.

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48 W. Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz, op. cit., (édition française, p. 382-383)

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Outre sa fonction, naturelle, de recherche systématique, ce centre est chargé, face
aux éventuelles demandes de recherche ou d’indemnisation de familles de disparus, de
vérifier leur concordance avec les multiples fiches d’état civil et autres listes
nominatives : listes nominatives de convois de déportés, tant au départ qu’à l’arrivée,
listes internes aux divers camps allemands, listes de détenus transférés, registres
d’infirmeries des camps, registres des morts de ces mêmes camps, autres listes de
détenus. Un des aspects importants de l’activité de ce centre est la confrontation des
données dont il dispose avec les réclamations ou les recherches nominatives concernant
tel ou tel disparu.
On peut s’en étonner mais ce Service, bien que situé en territoire allemand et placé
sous la tutelle du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de Genève, est sous
souveraineté « alliée » et… israélienne. Il comporte une proportion élevée de juifs dans
son équipe de direction. De même qu’est d’origine juive le responsable du très officiel
Institut de recherche d’histoire contemporaine de Munich. De même que la responsable
du camp-musée de Dachau. De même que le responsable du camp-musée d’Auschwitz
actuel et ses prédécesseurs.
Les informations et les statistiques dont dispose en abondance le centre d’Arolsen
sont, on s’en doute, d’une importance capitale. Car elles sont la clé ultime : c’est là qu’il
est patent qu’un holocauste a eu lieu ou n’a pas eu lieu. En effet, puisque les droits à
pension sont logiquement liés, pour les ayant-droits, à un passage au crible d’Arolsen,
on va pouvoir, disposant des statistiques et des résultats nominatifs, cerner par ce moyen
le nombre total des victimes des camps allemands. J’envisageais donc de me rendre à
Arolsen. Mais le professeur Faurisson me rappela à la réalité.
Il se gaussa de ma naïveté en cette affaire. Les données d’Arolsen, plus de 55 ans
après la fin de la guerre, sont toujours tenues rigoureusement secrètes. Elles sont encore
et toujours interdites d’accès aux chercheurs, quels qu’ils soient. De crainte de fuites
dévastatrices. On a compris qu’en effet Arolsen détient les chiffres les plus approchants,
la vérité en somme, sur l’ampleur du nombre des victimes de la « barbarie nazie », et
surtout avec des listes nominatives vérifiées. Le professeur me convainquit qu’il ne
serait pas possible, autrement que par ruse, d’avoir accès aux données d’Arolsen. Charles
Biedermann, le directeur du centre d’Arolsen, cité par la défense au procès Zündel
(Toronto, avril 1988), n’avait pas consenti devant le tribunal canadien à dévoiler le
nombre de décès dûment répertoriés qu’il détenait pourtant. « Il serait prématuré de
donner ces chiffres », fut sa réponse éhontée à la demande expresse de Robert
Faurisson, assistant d’Ernst Zündel au procès en question. On a bien entendu :
prématuré. En 1988 on était pourtant à 43 ans de la fin des hostilités !
Toutefois, les révisionnistes sont gens obstinés, patients, rusés quand il le faut, et
surtout ils sont, dans leur ensemble, armés d’outils bien affûtés.
Pour authentifier un décès de prisonnier en camp de concentration, il faut disposer
d’informations fiables et concordantes : preuve de la déportation (liste d’époque
afférente à un convoi donné) et mention chronologique sur une liste des décès du camp
(d’après ces Sterbebücher qui étaient méticuleusement tenus par l’administration des
camps, connus, pour Auschwitz, quasiment en totalité). Ces listes, quand on en dispose,
sont précieuses en ce qu’elles rassemblent, outre les noms, prénoms et dates des décès,
des données d’état civil concernant la personne, son pays d’origine, son ethnie ou sa
religion. Mais qu’advient-il d’une demande de recherche concernant une personne ne
figurant ni sur une liste d’entrée, ni sur une liste de décès, ni sur une liste
« intermédiaire » (liste de prisonniers transférés d’un camp à un autre, liste isolée de
membres d’un Kommando de travail interne à un camp, …) ? Un témoignage isolé par
exemple ne saurait ici être probant. Et des prisonniers décédés dans un camp dont les

archives ont été perdues ont pu n’être « réclamés » après-guerre par aucun proche
existant. Ceux-là vont échapper au crible d’Arolsen. C’est bien pour cela que les chiffres
d’Arolsen sont en quelque sorte des chiffres par défaut et Arolsen ne peut prétendre,
comme le croient parfois certains, donner le chiffre de la totalité des décès en camps de
concentration. Ce centre a établi un nombre de décès authentifiés par lui avec certitude
face au total des demandes nominatives de personnes disparues. Après examen des
archives soviétiques, cachées jusqu’ici pour un certain nombre d’entre elles jusqu’à
l’effondrement de l’URSS (ce qui d’ailleurs n’a pas fait notablement varier le nombre de
victimes auquel avait abouti Arolsen avant cela), le nombre total de victimes
« réclamées » dont les demandeurs ou les ayant-droits ont des raisons de penser qu’elles
ont pu décéder dans des camps de concentration hitlériens, toutes origines ou ethnies
confondues, est de 396.081 (arrondissons à quatre cent mille), selon les derniers chiffres
en notre possession. C’est là le total des fiches nominatives « entrées » à Arolsen. Parmi
ces noms-là, Arolsen a pu authentifier les décès de 291.594 peronnes (arrondissons à
trois cent mille), toutes origines confondues.
L’intérêt majeur des chiffres d’Arolsen vient de ce qu’ils sont établis selon une
démarche qu’on peut qualifier de révisionniste en ce sens qu’ils sont arrêtés à partir de
recherches documentaires croisées sur documents d’origine. Une remarque capitale à
propos des chiffres-résultats d’Arolsen : au cours du temps, ils se sont stabilisés, et ne
varient plus que de façon mineure. La révélation des archives de l’ex-URSS après 1991
n’a pas non plus apporté de modification significative du nombre des décès authentifiés.
On comprend alors pourquoi la publication ouverte de ces chiffres serait dévastatrice.
On imagine l’effroi qui saisit les autorités en charge de la version officielle des six
millions de victimes juives à l’idée des conclusions logiques et imparables que la
recherche révisionniste pourrait tirer des chiffres d’Arolsen. À coup sûr, c’est là qu’il
faut trouver la raison de la suppression par les autorités du Centre de recherches
d’Arolsen, en 1978, de son Historische Abteilung (département d’histoire).
En effet, en partant des chiffres certifiés par Arolsen, le nombre des décès
authentifiés des détenus d’origine juive, morts dans tous les camps hitlériens pour toute
la période 1933-1945, et pour toutes raisons, peut être estimé à un total à coup sûr
inférieur à 200.000 (car deux cent mille morts juifs supposerait un pourcentage bien trop
élevé, de 2/3 de juifs, dans le total des détenus des camps).
Deux cent mille décès authentifiés de juifs, au maximum, dans tous les camps
allemands, pour toute la durée de la guerre. Voilà ce dont on est certain, a établi le
Centre de recherches d’Arolsen, même si ce même centre refuse obstinément d’en
publier le chiffre. Il est patent que nombre d’autres personnes d’origine juive sont aussi
mortes, et pour d’autres raisons, entre 1941 et 1945, ailleurs que dans les camps de
concentration : celles qui ont pu avoir été tuées dans les villes allemandes bombardées
sans relâche, celles décédées hors des camps par privations de toutes sortes. Mais la
mort de ces juifs-là ne différa pas de celle qui fut le lot de bien d’autres victimes non
juives de la guerre européenne.
Ce chiffre, répétons-le, même non exhaustif comme nous venons de le voir, est
dramatiquement inférieur aux allégations sans fondement des organisations juives.
Parallèle dévastateur, il est de l’ordre du nombre des victimes allemandes en deux jours
du seul bombardement de Dresde par les Alliés en février 1945…
Qu’un centre officiel, sous tutelle de plusieurs gouvernements, se refuse à publier
le résultat de ses recherches, constitue un véritable acte de forfaiture à l’égard de la
recherche historique. Nous avons droit à la vérité, partielle ou non. Le chiffre authentifié
des décès dans les camps de concentration ne peut rester caché autrement que par une
volonté d’obstruction de la vérité, de la part des autorités officielles. Ceci nous amène à

constater que ces mêmes gouvernements, dans ce que j’ose appeler un consensus
pervers, ont estimé avoir intérêt à tenir ces chiffres sous le boisseau, et se comportent
comme de véritables receleurs. Un jour prochain, prenons-en le pari, Arolsen devra
livrer ses chiffres. Avec pièces justificatives. Justificatives, et nominatives.
Winston Churchill, le général Eisenhower, le général de Gaulle, ont rédigé après
la guerre leurs Mémoires. (49) Dans aucun de ces volumineux ouvrages, il n’est fait
allusion à un quelconque massacre par asphyxie collective dans les camps de
concentration allemands. Autrement dit, ces trois personnages-clés du conflit, chefs de
gouvernements et chefs de guerre, par là même informés aux meilleures sources et qui
auraient pu offrir un témoignage capital, ne soufflent mot d’un crime qui eût été d’une
ampleur et d’une singularité sans précédent. Il en est de même des rapports réguliers de
la Croix-Rouge ; le CICR était admis à visiter les camps de concentration et ne s’en
priva pas, pendant toute la durée du conflit : dans ses rapports, jamais aucune mention
de « chambres à gaz », sinon comme d’une rumeur. Une délégation de la Croix-Rouge
visita ainsi le camp d’Auschwitz-Birkenau en septembre 1944, et expliqua dans son
rapport qu’elle n’avait pu trouver de preuve pouvant confirmer les rumeurs dont on lui
avait fait part. (50) Il en est encore de même du Vatican, qui fut pourtant
remarquablement informé pendant toute la durée de la guerre.
Les tenants de l’extermination, comme en désespoir de cause, objectent encore
que les unités qui se nommaient Einsatzgruppen (« Groupes d’intervention ») se sont
livrées à des exécutions sommaires de nombreux francs-tireurs et partisans (souvent
juifs et encadrés par des juifs, commissaires du peuple). Il est avéré que ces
Einsatzgruppen avaient bien pour mission de sécuriser l’arrière de la Wehrmacht en
URSS, par «nettoyage» des partisans notamment, que nombre de ceux-ci étaient en effet
juifs, que le commandement allemand de ces Einsatzgruppen pouvait ne pas se sentir lié
par les lois de la guerre puisque l’URSS n’avait pas adhéré à la convention de Genève
sur le traitement des prisonniers, et que de toute façon le principe de représailles est
admis à l’encontre de francs-tireurs ou partisans. Mais là encore, des études sérieuses
ont été menées sur l’action de ces mêmes Einsatzgruppen, dont on a notamment les
ordres du jour. Les « aveux » des hauts responsables de ces unités, Oswald Pohl et Otto
Ohlendorf notamment n’ont que bien peu de valeur, car ils ont été obtenus sous la
torture. (51) Et même si on admettait pour véridiques (Ohlendorf « donna » le chiffre de
90.000 exécutions) ces chiffres extorqués sous la torture, ils ne seraient pas de nature à
infléchir la conclusion qu’il n’y a nullement eu d’holocauste, ou de génocide, ni même de
tentative de génocide des juifs européens.
Si c’était le cas, comment faudrait-il alors qualifier la mort non naturelle
entre 1939 et 1948 de plus de 14 millions de civils et militaires de nationalité
allemande ? (52)

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49 W. Churchill (1874-1965), The Second World War, 1948-1954 ; général Eisenhower (1890-1969), Crusade in
Europe, 1948; général de Gaulle (1890-1970) Mémoires de Guerre, 1954-1959.
50 Documents sur l’activité de la Croix-Rouge en fàveur des civils détenus dans les camps de concentration en
Allemagne – 1939/1945, 2e éd., Croix-Rouge, Genève, juin 1946, p. 91-92.
51 Oswald Pohl fut martyrisé pendant plus d’un an, entre mai 1946 et son « procès » du 3 novembre 1947 devant un
tribunal militaire américain : pour en extorquer des « aveux », ses bourreaux (des « conseillers » américains d’origine
juive) lui faisaient notamment de profondes entailles dans la chair, sur lesquelles ils versaient du sel. Voir Prominente
ohne Maske, FZ-Verlag, Munich, 1998. Ceci fut révélé à la presse américaine le 20 mai 1949 par le sénateur Mac
Carthy.
52 Le nombre des morts ressortissants du IIIe Reich (Allemands, Autrichiens, Volksdeutsche) de la seconde
guerre mondiale est un sujet délicat qu’en Allemagne même il n’est pas de bon ton de rappeler ou de révéler. Car il
montre que l’Allemagne, parmi tous les belligérants européens, est le pays qui a subi proportionnellement et de loin,
le plus de pertes en vies humaines. Les évaluations (voir notamment : Erich Kern, Verheimlichte Dokumente,
Munich, FZ-Verlag, 1988 ; Heinz Nawratil, Schwarzbuch der Vertreibung 1945 bis 1948, Munich, Universitas,
1999 ; Claus Nordbruch, Der deutscbe Aderlaß, Tübingen, Grabert-Verlag, 2001 ; l’ouvrage bien documenté de

Wolfgang Popp, Wehe den Besiegten !, Tübingen, Grabert, 2001) dépassent les quatorze millions de victimes
allemandes (civils et militaires) :
1/ victimes (essentiellement des civils) des bombardements de terreur alliés sur les villes allemandes : au
moins 650.000 ;
2/ victimes militaires (morts au combat ou victimes de partisans, « manquants » jamais revenus) : 4.800.000 ;
3/ victimes de la Vertreibung [expulsion] de 1945 à 1948: (1. Allemands des terres de l’Est: 2.230.000 ; 2.
Allemands de la Volga et autres : 350.000 ; 3. Allemands, mais non nés à l’Est: 220.000 ; en tout: 2.800.000 ;
4/ « morts pour raisons diverses » (dont famine organisée, de 1945 à 1949) militaires, dans les camps alliés, et
civils allemands dans les 3 seules zones « occidentales » d’occupation : 5.700.000 (voir James Bacque, Morts pour
raisons diverses) ;
5/ autres (morts en camps de concentration russes – jusqu’en 1955 – et en « RDA » occupée, et dans les camps
polonais, tchèques ou yougoslaves, après mai 1945) :1.430.000.

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YAD VASHEM

En janvier 2001, à l’invitation de proches basés à Amman en Jordanie, un couple
de mes amis avait souhaité visiter Petra, la mer Morte, Aqaba et divers sites grecs et
romains de la Décapole. Ils sont accueillis comme prévu, à 2 h du matin, à leur descente
d’avion. Ils roulent vers la capitale jordanienne distante d’une quarantaine de kilomètres.
Leur hôte leur fait savoir qu’en raison d’un contre-temps il sera trop occupé dans
l’immédiat pour se consacrer à leurs projets communs, qu’il propose de différer de
quatre jours. En attendant, il leur suggère de se rendre, seuls, en Israël. Le lendemain,
les amenant au pont Allenby, passage le plus proche pour Israël, il leur conseille de
loger pour trois ou quatre nuits au sein de la vieille ville de Jérusalem, dans un couvent
chrétien par exemple ; après quoi ils n’auraient qu’à prendre au retour un taxi collectif
jusqu’au même pont Allenby où il enverra un taxi. Le soir même, ils se retrouvent à
Jérusalem, et, pour une première nuit, « entrent au couvent » près de la via Dolorosa.
Ils passent la journée du lendemain dans les quartiers anciens de Jérusalem. Ils en
visitent le quartier chrétien. Ils se rendent au Mur des lamentations, par la partie arabe.
Ils observent les quartiers populaires palestiniens où la foule est quadrillée comme à son
insu par de jeunes juifs « banalisés musulmans » (les Mistavrazim), armés et munis de
discrets téléphones portables, tandis que des caméras omniprésentes et haut situées ne
laissent aucun angle mort pour les observateurs israéliens postés dans quelque centre de
supervision.
Le Guide du Routard signale qu’il ne faut pas manquer la visite de Yad Vashem, à
quelques kilomètres à l’ouest de Jérusalem. J’avais également conseillé cette visite à mes
amis. Deux jours après leur arrivée à Jérusalem, ils se rendent donc à Yad Vashem, par
l’autobus. Après dix minutes de marche, ils atteignent le musée-mémorial. Ils en visitent
les différentes parties, le jardin des Justes, la crypte avec la flamme, le bâtiment
émouvant avec ses milliers de petites étoiles qui vous entourent dans une semiobscurité,
des salles à thèmes, des bâtiments en travaux. Ils retournent au bâtiment
principal, dans le hall d’accueil. Des ouvrages présentés comme importants y sont
exposés sur un long comptoir. Bien en vue, disponible en trois langues, un ouvrage tout
récent, intitulé Les Profanateurs de la Mémoire ; l’auteur s’inquiète de l’argumentation
révisionniste (« négationniste », dans le jargon), jugée susceptible de troubler des gens
qui, a priori, ne sont pas nécessairement antisémites. Mes amis en acquièrent un
exemplaire en langue française. (53)

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53 Ephraïm Kaye, Les Profanateurs de la Mémoire / Faire face au Négationnisme, Yad Vashem, 2000. Cet ouvrage,
d’une extrême indigence argumentaire, ose passer sous silence les expertises et rapports scientifiques de Fred
Leuchter, Germar Rudolf, Walter Lüftl, John Ball, etc.

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Puis, l’homme se décide enfin à poser une question au responsable de cette salle
d’accueil. Esprit curieux, il souhaite « pour sa documentation personnelle, obtenir des
photos d’origine de ces chambres à gaz ayant fonctionné dans les camps de
concentration nazis ». À l’appui de sa demande, et de crainte que sa question trop directe
ne soit prise pour une impertinence, il se permet de faire savoir au responsable que les
Soviétiques, quand ils investirent le camp d’Auschwitz-Birkenau sans coup férir en fin
janvier 1945, auraient, forcément, trouvé de telles chambres à gaz en état d’origine
puisque le camp venait d’être évacué quelques jours auparavant par les troupes
allemandes. Par définition, ces installations en béton n’avaient pu être évacuées. Les
Soviétiques ont alors dû prendre de nombreuses photos de toutes les installations, et,
parmi celles-ci, sûrement des photos de telles chambres à gaz, ou, à la rigueur, des
vestiges de celles-ci, abandonnées depuis quelques jours par les Allemands.
La question semble désarçonner le jeune homme préposé au comptoir : « Vous
avez dit des photos de chambres à gaz ? Attendez, je vais voir mon supérieur ». Le
couple craint l’incident. Un barbu de complexion rouquine arrive, et leur déclare :
« Nous avons une photo de l’intérieur d’une chambre à gaz elle se trouve dans
l’Encyclopédie de l’Holocauste que voici ». Il désigne du doigt un gros ouvrage en
anglais, dans le haut de la vitrine.
Notre touriste s’en saisit, et à la lettre G, sous l’entrée Gas Chambers, il découvre
une courte rubrique d’une quinzaine de lignes, qui évoque l’utilisation systématique par
les nazis de chambres à gaz d’exécution ; ces lignes s’accompagnent de la photo… d’une
vaste salle de douches du camp de Majdanek ! On distingue nettement les douches avec
le caillebotis et deux fenêtres vitrées laissant inonder de lumière la salle de douches.
Une légende explique qu’il s’agit d’une salle de douches factice, pour que les détenus
abusés, après s’être déshabillés sans méfiance, soient en fait asphyxiés par le gaz sortant
des pommes de douche (!) (54)
Quel n’est pas son étonnement : on avait expliqué jusqu’ici que les détenus, après
avoir été poussés de force et en grand nombre dans une pièce aveugle et cimentée, y
étaient asphyxiés par le gaz qu’émettaient des plaquettes ou cristaux de Zyklon déversés
par des orifices pratiqués dans le plafond du local, et voilà que maintenant on explique à
Yad Vashem que les victimes étaient tuées par du gaz circulant dans des tuyaux de
douche. Où sont donc passées ici les plaquettes, les cristaux ? Quel est ce nouveau gaz
pour les tuyaux de douche ? Et surtout, étant plus léger que l’air, l’acide cyanhydrique,
sous sa forme gazeuse, devait donc monter au plafond en sortant des pommes de
douche.
Comment croire à pareilles sornettes ? La vie dans les camps de concentration n’at-
elle pas été suffisamment éprouvante pour qu’on n’aille pas inventer, au surplus, de tels
récits qui heurtent le sens commun ?

LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ SUR 1941-1945 EST-ELLE
UN COMBAT POUR LE PASSÉ OU POUR L’AVENIR ?

Je tiens pour un crime contre l’esprit et une insulte à la dignité de tous
l’interdiction, qui nous est signifiée par la loi, d’ouvrir un débat de fond sur le sujet des
camps de concentration allemands de la dernière guerre.

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54 Cette habitude répétée de prendre les gens pour des simples d’esprit se retrouve par exemple à l’Holocaust Museum
de Washington qui ne craint pas de montrer la « porte d’une chambre à gaz », alors qu’il s’agit, tout simplement, à
Majdanek, de la porte… d’une unité de désinfection de vêtements !

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Le citoyen français jouit, en principe, du droit à la liberté de recherche et du droit
à la liberté d’expression. Il me paraît indigne de devoir soutenir sans preuves
l’accusation portée contre l’Allemagne d’avoir mis à mort des millions d’êtres humains
dans de prétendues « chambres à gaz » dont il n’existe aucune trace, ni archéologique ni
documentaire, et cela d’autant plus que des expertises scientifiques incontestablement
sérieuses, concordantes et non démenties, ont démontré, de façon convergente,
l’impossibilité radicale d’existence et de fonctionnement de ces abattoirs chimiques aux
endroits où les « affirmationnistes » prétendent les situer.
L’argument selon lequel l’existence d’un consensus quasi général pour condamner
le régime hitlérien ôterait tout sens à un tel débat est fallacieux.
Aucun pays, aucun groupe humain, ethnique, philosophique, politique ou
religieux n’a le droit, par une propagande mensongère organisée et par des accusations
sans preuves et sans documents, d’accuser le peuple allemand de millions d’assassinats
dans des installations introuvables (et par ailleurs reconnues comme impossibles à
mettre en oeuvre). Aucun de ces pays ni aucun de ces groupes n’est autorisé à persécuter
ceux qui, à ce sujet, posent des questions et apportent des réponses. Enfin, cette
accusation et cette persécution sont d’autant plus inadmissibles qu’elles s’accompagnent
d’une exploitation financière du peuple qu’on a ainsi mis au ban de la société des
nations.
Des personnes éclairées et « bien intentionnées » me diront :
Mais à la fin, pourquoi insister si fort ? Il est évident, à présent, et nous en
sommes convaincus par le formidable appareil de recherche révisionniste, qu’il n’y
a bien sûr jamais eu d’« Holocauste » des juifs. Les honnêtes gens tout comme les
spécialistes ne peuvent qu’en convenir. Les « chambres à gaz » sont une
fantasmagorie « orientale », un conte fabuleux des Mille et Une Horreurs, une
réponse talmudique à l’oppresion d’un monde concentrationnaire organisé par des
Allemands férus de technique mais à la fin acculés à une épouvantable pénurie
alimentaire et logistique jusque dans ces mêmes camps, devenus pour le coup des
camps où la mort rôdait !
« Holocauste », dites-vous ? Mais enfin, quand comprendrez-vous qu’il n’y a
pu avoir un pareil mensonge, une pareille escroquerie, que parce que l’Allemagne
a perdu la guerre ? Le vaincu a toujours tort. Même et surtout s’il a été vaincu à un
contre dix. Dans cette guerre perdue, il y a eu également l’absence, chez les Alliés,
d’esprit de chevalerie, ce qui ne saurait nous surprendre de la part de vainqueurs
qui se sont conduits en fieffés criminels de guerre à Katyn, à Dresde, à
Gumbinnen, à Hiroshima et à Nagasaki. Il en a découlé, comme inéluctablement,
cette horrible accusation sans preuves, imposée à Nuremberg par un simulacre de
procès organisé par les mêmes vainqueurs (pour pouvoir tuer « légalement » les
dirigeants vaincus et terroriser ainsi la population allemande), ou du moins sans
autres preuves que des affirmations haineuses et grotesques, fabrications imposées
ensuite par une terreur médiatique sans cesse renforcée. Jusqu’à l’implosion finale,
qui ne manquera pas d’intervenir.
Mais pourquoi emboîter le pas aux révisionnistes, qui risquent de passer
pour des nostalgiques de la revanche ? Une explosion d’antisémitisme ne risque-telle
pas de surgir avec le révisionnisme triomphant ? Ne peut-on rien trouver de
mieux que d’être pour le coup aussi antisémites qu’eux sont anti-allemands et antieuropéens
? Pourquoi ne pas être simplement sages et laisser aux historiens seuls,
dans des ouvrages sérieux et dépourvus de toute polémique blessante, le fin mot

de cette horrible histoire ? Ainsi les braises et cendres encore brûlantes de cette
période pourront-elles refroidir.
À quoi je répondrais : occulter sciemment la vérité de peur d’être catalogué
comme antisémite n’est qu’un faux-fuyant. C’est faire la part belle aux terroristes de la
pensée. Les conclusions révisionnistes sont honnêtes, scientifiques et raisonnées. Ceux
qui pensent que les révisionnistes sont inspirés par l’antisémitisme et cherchent à se
venger sont-ils sincères ? Ne sont-ils pas, en fait, surtout dérangés par la lumière que le
révisionnisme projette crûment et d’un seul coup dans les ténèbres ? Ont-ils peur ? Du
révisionnisme on a dit qu’il constituait la plus grande aventure intellectuelle de la fin du
XXe siècle. Serait-il, en outre, l’unique catalyseur d’une renaissance de l’Occident, sa
seule chance de survie ?

POUR L’AVENIR

Mon père est donc tombé, comme on dit, pour ses idées, Il a été la victime d’une
double propagande de haine : celle que suscitaient les appels au meurtre contre
l’occupant, et celle que l’occupant, à son tour, éprouvait contre le franc-tireur. Je refuse
de croire qu’il ait donné sa vie pour que les vainqueurs de la dernière guerre civile
européenne répandent contre le vaincu une calomnie cruelle, aux retombées politiques
et financières des plus sordides. Par notre combat présent pour la vérité historique, par
des recherches inlassables et surtout par des découvertes qui se révèlent si dérangeantes,
nous pourrons remettre l’histoire à l’endroit. L’Occident, et notre pays, sont tombés si
bas qu’on a contraint la justice à protéger le mensonge et à punir ceux qui s’interrogent
sur des crimes allégués ou ceux qui les contestent avec les arguments de la science. Il
s’agit là d’une terreur judiciaire inadmissible.
Les révisionnistes usent de preuves et on ne leur réplique que par des menaces,
des incantations ou des gémissements. On les jette en prison, on les accable d’amendes.
On brise leur vie.
À l’aube du troisième millénaire, un débat international réunissant historiens,
chercheurs et scientifiques, s’impose pour répondre notamment aux expertises
révisionnistes. Toutes ces expertises ont conclu à l’impossibilité radicale de l’existence
et du fonctionnement des « chambres à gaz nazies ». Jusqu’à présent les tenants de la
vérité officielle ont fui ou refusé ce débat et ils ont cherché refuge dans la force injuste
d’une loi de circonstance.
Le temps est venu d’abandonner les subterfuges, de jeter les masques, de renoncer
à la force et d’affronter les risques d’un vrai débat en pleine lumière.
Il y va de la simple justice des hommes.

 

ÉPILOGUE JUDICIAIRE
Article de Libération
Les négationnistes témoignent de leurs obsessions à la barre
Le tribunal de Lyon jugeait hier un des disciples de Robert Faurisson.
par Olivier BERTRAND QUOTIDIEN : mercredi 30 novembre 2005
Lyon de notre correspondant
Robert Faurisson a vieilli. L’ancien universitaire lyonnais, négationniste de la première
heure, a aujourd’hui 76 ans, une couronne de cheveux blancs à l’arrière du crâne et la voix
aigrelette d’un vieillard. Il n’a en revanche rien perdu de ses obsessions. Hier, le tribunal
correctionnel de Lyon lui a offert une tribune inespérée. Faurisson devait témoigner au procès
d’un ancien conseiller régional FN poursuivi pour contestation de crime contre l’humanité. Il en
a profité pour nier une nouvelle fois l’existence des chambres à gaz faites pour tuer.
Délires. L’audience concernait Georges Theil, un homme de 65 ans moins malin que Faurisson
et déjà condamné à deux reprises pour ses délires négationnistes. Le dernier jugement, dont il a
fait appel, lui a infligé six mois de prison ferme, sans le calmer pour autant. L’affaire qui le
conduisait hier à la barre risque à nouveau de lui valoir des soucis lourds.
Le 14 octobre 2004, dans les couloirs du conseil régional Rhône-Alpes, où il travaillait pour le
groupe FN après avoir été conseiller régional six ans, Theil avait réagi devant des journalistes
aux propos ambigus tenus quelques jours plus tôt par Bruno Gollnisch, président du groupe FN,
au sujet des chambres à gaz (1). Le collaborateur s’était d’abord félicité de la «décision sage» de
son leader de «s’attaquer à un tabou majeur». Puis, moins sibyllin que Gollnisch, il avait
affirmé que les chambres à gaz n’étaient que des «autoclaves de désinfection». Devant le
tribunal, il a enfoncé la pointe négationniste, croyant convaincre le tribunal, un index levé. Il a
parlé des «dizaines de milliers de morts» (sic) dus à la «foudroyante du typhus», à des
«maladies comme la dysenterie» ou à des «travaux pénibles et la férocité des gardiens». Mais
il a été affirmatif. «Je conteste l’existence d’installations mortifères.» Pour le prouver, il a fait
citer son maître, Faurisson. Alain Jakubowicz, avocat de la Licra, a demandé au tribunal de
refuser l’audition de «ce chef de file d’une poignée d’illuminés». Selon lui, «entendre Robert
Faurisson sur Georges Theil reviendrait à demander à Marc Dutroux son avis sur Francis
Heaulme».
Le tribunal ne l’a pas suivi, même si le président a promis de cadrer l’intervention de Faurisson.
En vain. Le vieux négationniste a jubilé à la barre. De la personnalité de Theil, il n’avait pas
grand-chose à dire. «Sur les propos qu’il a tenus, je lui donne toute mon approbation. C’est un
homme honnête», a-t-il doctement commenté. Avant d’infliger au tribunal trois quarts d’heure
de négationnisme. Chaque question d’Eric Delcroix, l’avocat de Georges Theil, l’a invité à
détailler une «preuve» de l’«inexistence» des chambres à gaz. Puis l’ancien professeur a ponctué
: «Ce que disent les révisionnistes, ce n’est pas seulement que les chambres à gaz n’ont pas
existé. C’est qu’elles n’ont pas pu exister.» Embarrassé, le président a abrégé l’intervention, et
Faurisson a suivi le reste du procès depuis le premier rang, un large sourire aux lèvres.
Ricanements. Les incidents ont été nombreux, avec une salle où se pressaient de nombreux
militants et quelques négationnistes comme l’éditeur Jean Plantin, plusieurs fois condamné. Le
président a expulsé une conseillère régionale FN et demandé aux amis de Georges Theil
d’arrêter de ricaner lorsque les avocats des parties civiles ont évoqué les millions de morts.
Bruno Gollnisch se tenait au premier rang, impassible. Le procureur a suggéré six mois de
prison ferme, plus une amende. Le tribunal rendra sa décision le 3 janvier.
(1) Le député européen doit être jugé pour ces propos, mais son procès, déjà reporté, a été hier renvoyé au
23 mai. Le Parlement européen doit d’ici là se prononcer sur son immunité.
Libération 30 novembre 2005.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=341398

SUITES
Aujourd’hui, 3 janvier, par jugement de la 6e chambre (presse) du tribunal de grande
instance de Lyon (président : Fernand Schir), Georges Theil, ancien élu du Front national, vient
d’être condamné pour « contestation » révisionniste, sur le fondement de la loi Fabius-Gayssot (13
juillet 1990). Devant la caméra d’un journaliste il avait tenu des propos sur l’impossibilité
technique de l’existence et du fonctionnement des chambres à gaz nazies.
Les peines sont les suivantes :
– Six mois d’emprisonnement sans sursis ;
– Amende de 10 000 E ;
– Paiement de la publication d’extraits du jugement dans Libération et dans Le Progrès (de
Lyon) ;
– Versement de 3 000 E à chacune des onze parties civiles ;
– Versement de 1 000 E de remboursement des frais de justice à chacune des onze parties civiles
;
– Paiement d’un droit de procédure de 90 E.
G. Theil, par l’intermédiaire de son avocat, Maître Eric Delcroix, va interjeter appel.
Je rappelle que, le 7 octobre 2005, par jugement du tribunal de grande instance de Limoges
(président : François Casassus-Builhé), le même G. Theil avait été condamné pour le même
motif de fond. En 2004, il avait envoyé à quelques personnes un exemplaire d’un opuscule qu’il
avait publié en 2002 sous le nom de Gilbert Dubreuil et intitulé : Un cas d’insoumission /
Comment on devient révisionniste.
Les peines avaient été les suivantes :
– Six mois d’emprisonnement sans sursis ;
– Interdiction d’exercer pendant cinq ans son droit d’éligibilité ;
– Paiement de la publication d’extraits du jugement dans Le Monde, Le Figaro, Le Populaire du
Centre et L’Echo de la Haute-Vienne ;
– Confiscation des scellés (c’est-à-dire des ordinateurs, livres et documents saisis par la police à
son domicile) ;
– Paiement à diverses parties civiles des sommes suivantes : 7000 E et 350 E + 1 E et 350 E +
1000 E et 350 E + 1000 E et 350 E + 1 E et 350 E ;
– Paiement d’un droit de procédure de 90 E.
G. Theil a commencé à verser de fortes sommes aux parties civiles. Il a, par l’intermédiaire de
son avocat, Maître Eric Delcroix, interjeté appel. La cause sera entendue le 3 février 2006
devant la cour d’appel de Limoges.
Je me permets de rappeler que les frais de publication judiciaire forcée dans un certain nombre
de journaux peuvent être particulièrement lourds. Quant aux divers frais entraînés par la
préparation de ces procès et leur tenue, je sais qu’ils ont été considérables.
J’apprends, en dernière minute, que le texte du jugement Schir serait d’une longueur,
exceptionnelle en pareil cas, de 48 pages.
Adresse de G. Theil : BP 50-38, 38821 GRENOBLE CEDEX 2
Robert Faurisson
3 janvier 2006.
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LE BRISE-GLACE Juin 1941 : le plan secret de Staline pour conquérir l’Europe


par Suvorov Victor (Vladimir Bogdanovich Rezun)

Année : 1988

AU LECTEUR
Qui a commencé la Deuxième Guerre mondiale?
Parmi toutes les réponses à cette question aucune ne fait l’unanimité. A plusieurs reprises, le gouvernement soviétique a même changé officiellement d’avis sur ce sujet.
Le 18 septembre 1939, il déclarait, dans une note officielle, que la responsabilité de la guerre incombait au gouvernement polonais.
Le 30 novembre 1939, dans la Pravda, Staline accusait « l’Angleterre et la France, qui ont attaqué l’Allemagne », de porter « la responsabilité de la guerre actuelle. »
Le 5 mai 1941, dans un discours confidentiel prononcé devant les promotions des académies militaires, il désignait un autre coupable: l’Allemagne.
La guerre achevée, Moscou élargit le cercle des responsables du conflit à l’ensemble des pays capitalistes. Comme l’URSS était alors le seul pays non capitaliste, c’était donc la communauté internationale tout entière, à l’exception de la « Patrie des travailleurs », qui portait, selon cette thèse, la responsabilité du conflit.
La mythologie communiste a longtemps conservé le point de vue stalinien. N.S. Khrouchtchev, L.I. Brejnev, Iou.V. Andropov et K.Ou. Tchernenko ont régulièrement mis le monde entier au banc des accusés. Sous l’influence de M.S. Gorbatchev, bien des choses commencent à changer, mais le jugement porté par Staline n’a pas été corrigé : le lieutenant- général P.A. Jiline, historien en chef de l’Armée soviétique, répète toujours à qui veut l’entendre : « Les responsables de la guerre n’ont pas été les seuls impérialistes d’Allemagne, mais ceux du monde entier1. »
La raison de cette attitude est simple : les communistes soviétiques continuent d’accuser le reste du monde pour dissimuler le rôle qu’ils ont eux-mêmes joué dans la genèse du conflit.
Après la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles avait retiré à l’Allemagne le droit de disposer d’une armée puissante et d’armes offensives : chars, avions de combat, artillerie lourde et sous-marins. Les chefs militaires allemands qui ne pouvaient s’entraîner sur leur territoire à la guerre offensive, le firent, grâce au Traité de Rapallo (1922), en… Union soviétique. Staline leur offrit les meilleures conditions d’entraînement. Des salles d’étude, des polygones et des champs de tir furent mis à leur disposition, mais également tout le matériel qui leur était interdit. Sur ordre de Staline, les portes des usines de production de blindés furent ouvertes aux stratèges allemands. Si Staline accorda alors tout le temps et l’argent nécessaires à la reconstitution de la puissance militaire allemande, c’est parce que, en cas de conflit, elle serait dirigée, non pas contre l’URSS, si compréhensive, mais contre le reste de l’Europe.

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1 L’Etoile rouge, 24 septembre 1985.

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Staline savait qu’une armée, aussi puissante et agressive qu’elle fût, ne suffirait pas à déclencher une guerre. Il fallait également un chef fanatique et illuminé. Il fit beaucoup pour qu’un tel personnage parvienne à la tête de l’Allemagne. Dès l’arrivée des fascistes au pouvoir, il les encouragea à la guerre. En août 1939, le pacte Molotov-Ribbentrop fut l’apothéose de cette politique : il garantissait à Hitler une totale liberté d’action en Europe ce qui rendait la guerre inévitable. Quand nous évoquons le chien enragé qui a couvert de morsures la moitié de l’Europe, n’oublions pas que c’est Staline qui l’a dressé avant de détacher sa chaîne.
Bien avant qu’il ne devienne Chancelier du Reich, les dirigeants soviétiques avaient donné à Adolf Hitler le surnom secret de « Brise-glace de la Révolution ». C’est un sobriquet précis et lourd de sens. Les communistes savaient bien que le seul moyen de vaincre l’Europe capitaliste était la guerre extérieure et non les révolutions intérieures. Le « Brise-glace » devait, à son insu, frayer la voie au communisme mondial en anéantissant les démocraties occidentales à coup de guerres éclair qui épuiseraient et disperseraient ses propres forces.
Contrairement à Hitler, Staline savait que c’était le dernier entré en guerre qui la gagnerait. Il lui céda donc l’honneur de la déclencher et se prépara à attaquer lorsque « tous les capitalistes se seront battus entre eux*».
Hitler était un véritable cannibale mais il ne faut pas prendre Staline pour un végétarien. On a fait beaucoup pour dénoncer les crimes du nazisme et démasquer ses bourreaux. Ce travail doit être poursuivi et développé. Mais il faut aussi condamner ceux qui ont encouragé tous ces crimes dans l’intention d’en tirer profit.
Les archives soviétiques ont été depuis longtemps soigneusement épurées. Elles sont, en plus, difficilement accessibles aux historiens. J’ai eu la chance de pouvoir travailler dans celles du ministère de la Défense de l’URSS, mais c’est volontairement que je les utiliserai de façon limitée. Les publications officielles sont amplement suffisantes pour faire asseoir les dirigeants communistes soviétiques au même banc des accusés que les nazis.
Mes principaux témoins seront Karl Marx, Friedrich Engels, V.I. Lénine, L.D. Trotski, I.V. Staline, tous les maréchaux de la période de guerre et un bon nombre de généraux de premier plan. Dans cet ouvrage, les responsables communistes eux- mêmes dévoileront au lecteur leurs desseins. De leur propre aveu, ils reconnaîtront qu’ils ont favorisé la guerre; que l’action des nazis leur a permis de la déclencher; qu’ils se préparaient à attaquer par surprise pour s’emparer de l’Europe préalablement ravagée par Hitler.
Il se trouvera de nombreuses personnes pour défendre les communistes soviétiques. De grâce, puisque je les ai pris au mot, qu’on les laisse se défendre eux-mêmes.

Victor Suvorov, décembre 1988

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* Staline, Œuvres, t. 6, p. 158.

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I

LE CHEMIN DU BONHEUR

«Nous sommes le parti de la classe qui marche à la conquête, à la conquête du monde *. »
M.V. FROUNZE (1885-1925).

1
Marx et Engels ont prédit la guerre mondiale et des conflits internationaux prolongés « d’une durée de quinze, vingt, cinquante ans ». Cette perspective était loin d’effrayer les auteurs du Manifeste du parti communiste. Ils n’appelaient pas le prolétariat à empêcher les guerres; au contraire, ils pensaient qu’un conflit généralisé était souhaitable. Il serait porteur de la révolution mondiale. Engels expliquait qu’elle provoquerait « la lamine générale et la création des conditions pour une victoire définitive de la classe ouvrière ».
Les deux hommes ne vécurent pas assez vieux pour voir éclater la guerre, mais leur disciple, Lénine, poursuivit leur action. Dès le début de la Première Guerre mondiale, Lénine souhaita la défaite du gouvernement de son propre pays afin de « transformer la guerre impérialiste en guerre civile ».
Il était persuadé que les partis de gauche des autres pays belligérants se dresseraient contre leurs gouvernements et que le conflit deviendrait une guerre civile à l’échelle mondiale. Mais il se trompait. Dès l’automne 1914, sans abandonner l’espoir d’une révolution planétaire, il adopta un programme minimum : la révolution devait éclater dans un pays au moins : « Le prolétariat victorieux de ce pays se dressera contre tout le reste du monde », attisant des désordres et des insurrections dans les autres Etats, « ou marchant ouvertement contre eux avec une force armée ».
En avançant ce programme minimum, Lénine n’abandonnait pas la perspective à long terme de révolution mondiale. Il s’agissait seulement de savoir à l’issue de quels événements elle se produirait. En 1916, il formula une réponse nette : ce serait à l’issue d’une seconde guerre impérialiste.
Sauf erreur, je n’ai jamais trouvé chez Hitler une phrase prouvant qu’en 1916 il songeait à une seconde guerre mondiale. Lénine, si. Mieux, il justifiait déjà en théorie la nécessité d’une telle guerre par la construction du socialisme dans le monde entier.
Les événements se précipitèrent. L’année suivante, la révolution éclata en Russie. Lénine se hâta de retourner dans son pays. Dans le tourbillon de désordre -anarchique, il parvint, avec son petit parti organisé militairement, à s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat.

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* OEuvres (Sotchineniïa), t. 2, p. 96

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Ses premiers actes furent aussi simples qu’habiles. Dès la formation de l’Etat communiste, il prit le « Décret sur la paix » qui se révéla un excellent moyen de propagande. Si Lénine avait besoin de la paix, c’était pour sauvegarder son pouvoir. Conséquence immédiate du décret, des millions de soldats désarmés désertèrent le front et rentrèrent chez eux, transformant la guerre impérialiste en guerre civile. Ils jouèrent le rôle d’un « brise-glace » qui désarticula la Russie. En plongeant le pays dans le chaos, Lénine consolida le pouvoir des communistes et l’étendit peu à peu à l’ensemble du territoire.
En politique extérieure, il fut aussi adroit. En mars 1918, il conclut la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne et ses alliés. La position de Berlin face aux Alliés était déjà sans espoir. Ce fut d’ailleurs pour cela que Lénine signa la paix. Elle lui permit de consacrer toutes ses forces à la consolidation de la dictature communiste à l’intérieur du pays. Elle donnait également à l’Allemagne la capacité de poursuivre la guerre à l’Ouest contre les Alliés, affaiblissant ainsi tous les belligérants à la fois.
Par cette paix séparée avec l’adversaire, Lénine trahissait les alliés de la Russie tsariste. Il trahissait aussi la Russie tout court. Au début de 1918, la victoire de la France, de la Grande-
Bretagne, de la Russie, des Etats-Unis et autres alliés était inéluctable. La Russie, qui avait perdu des millions de soldats, aurait pu figurer de plein droit parmi les vainqueurs. Mais Lénine ne souhaitait pas une telle victoire. La paix de Brest-Litovsk répondait seulement aux intérêts de l’idéologie communiste. Le chef des Bolcheviks reconnaissait lui-même qu’il «plaçait la dictature mondiale du prolétariat et la révolution mondiale plus haut que tous les sacrifices nationaux». Il livra ainsi, sans combat, à une Allemagne au bord de la défaite, un million de kilomètres carrés parmi les terres les plus fertiles et les régions industrielles les plus riches du pays. Sans compter les indemnités de guerre en or qu’il s’engagea à payer. Pourquoi?
La réponse est simple : la paix de Brest-Litovsk démobilisait de fait des millions de soldats et ces masses, que personne ne dirigeait, retournèrent dans leurs foyers en brisant sur leur passage tous les fondements de l’Etat et de la démocratie qui venait à peine de naître. La paix de Brest fut en fait le début d’une guerre civile bien plus sanglante et cruelle que ne l’avait été la Première Guerre mondiale.
La paix de Brest n’était pas seulement dirigée contre les intérêts nationaux de la Russie, elle visait aussi l’Allemagne. En un certain sens, elle préfigurait le pacte germano- soviétique. Le calcul de Lénine en 1918 était le même que celui de Staline en 1939 : laisser l’Allemagne faire la guerre à l’ouest afin que les pays occidentaux s’épuisent mutuellement, et tirer ensuite les marrons du feu.
Alors qu’à Brest, la fin des hostilités était signée avec l’Allemagne, à Petrograd, on préparait dans le même temps le renversement du gouvernement de Berlin. C’est le moment où l’on imprimait à cinq cent

mille exemplaires en Russie soviétique le journal communiste allemand, Die Fackel. Avant même la signature de la paix, en janvier 1918, le groupe communiste allemand « Spartacus » fut créé, toujours à Petrograd. Sur ordre de Lénine, les journaux Die Weltrevolution et Die Rote Fahne naquirent également en Russie communiste (et non en Allemagne).

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Le calcul de Lénine, se révéla juste : l’Empire germanique ne put supporter le choc de cette guerre d’épuisement à l’ouest. Elle s’acheva par la chute des Hohenzollern et une révolution. Immédiatement, Lénine annula le traité de Brest-Litovsk. Dans l’Europe épuisée, sur les ruines des empires, surgirent des Etats communistes calqués sur le modèle de celui des Bolcheviks. Il pouvait se réjouir : « Nous sommes à la veille de la révolution mondiale !» A ce moment-là, il rejeta son programme minimum et n’évoqua plus la nécessité d’une seconde guerre mondiale. En revanche, il créa le Komintern qui se définissait lui-même comme un parti communiste universel dont l’objectif était la création d’une République socialiste soviétique mondiale.
Pourtant, la révolution mondiale n’eut pas lieu. Les régimes communistes de Bavière, de Brême, de Slovaquie et de Hongrie furent incapables de se maintenir. Les partis révolutionnaires occidentaux firent preuve de faiblesse et d’indécision pour conquérir le pouvoir. Lénine ne pouvait les soutenir autrement que moralement : toutes les forces bolcheviques étaient mobilisées sur les fronts intérieurs dans la lutte contre les peuples de Russie qui refusaient le communisme.
Ce ne fut qu’en 1920 que Lénine sentit sa position assez ferme à l’intérieur du pays pour lancer d’importantes offensives contre l’Europe dans le but d’attiser la flamme révolutionnaire.
En Allemagne, le moment le plus favorable était déjà passé mais le pays représentait encore un bon champ de bataille pour la lutte des classes. Désarmé et humilié, le pays souffrait d’une très grave crise économique et fut secoué, en mars 1920, par une grève générale. C’était un baril de poudre qui n’attendait qu’une étincelle… Dans la marche militaire officielle de l’Armée rouge (la «marche Boudienny») un couplet disait : « A nous Varsovie! A nous Berlin! » N.I. Boukharine, théoricien du parti bolchevique, n’hésitait pas à signer un slogan encore plus résolu dans la Pravda : « Sus aux murs de Paris et de Londres ! »
Sur le chemin des légions rouges se dressait la Pologne libre et indépendante. La Russie soviétique n’avait pas de frontière commune avec l’Allemagne. Pour apporter l’étincelle qui devait faire éclater le baril de la révolution, il fallait d’abord abattre cet Etat-tampon qui les séparait. L’entreprise échoua : les troupes soviétiques, dirigées par M.N. Toukhatchevski, furent défaites devant Varsovie. Au moment critique de la bataille, celui-ci,

 particulièrement incompétent, ne disposait pas des réserves stratégiques nécessaires. Cela décida de l’issue du combat. Six mois avant le début de cette « campagne de libération » soviétique sur Varsovie, Toukhatchevski avait justement « théorisé » sur l’inutilité des réserves stratégiques dans la guerre.
La stratégie est régie par des lois simples, mais impitoyables. L’une d’entre elles est la concentration. Il s’agit de constituer une force écrasante contre le point faible de l’ennemi, au moment et au lieu décisif. Pour concentrer des forces, il faut les avoir en réserve. Toukhatchevski ne l’avait pas compris et le paya par la défaite. Quant à la révolution allemande, il fallut la différer à 1923…
La déroute des troupes de Toukhatchevski eut des conséquences très lourdes pour les Bolcheviks. La Russie, qu’ils semblaient avoir entièrement noyée dans le sang et soumise à leur contrôle, se redressa soudain dans une tentative désespérée pour se débarrasser de la dictature communiste. Petrograd, berceau de la révolution, se mit en grève. Les ouvriers réclamaient du pain et la liberté promise. Les Bolcheviks entreprirent d’écraser les révoltes lorsque l’escadre de la Baltique prit le parti des ouvriers. Les marins de Cronstadt, qui, trois ans auparavant, avaient fait cadeau du pouvoir à Lénine et Trotski, exigeaient à présent que les communistes fussent exclus des soviets. Le pays fut gagné par une vague de révoltes paysannes. Dans les forêts de Tambov, les paysans créèrent une puissante force anticommuniste, bien organisée, mais mal armée.
Toukhatchevski reçut l’ordre de redresser la situation. Il lava ainsi dans le sang russe sa faillite stratégique en Pologne. Sa férocité lors de la répression de Cronstadt devint légendaire. Quant à l’extermination des paysans dans la région de Tambov, ce fut l’une des pages les plus atroces de l’histoire humaine2.

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En 1921, Lénine instaura la NEP, sa Nouvelle Politique économique. Cette politique pourtant n’avait rien de nouveau : ce n’était que le retour au bon vieux capitalisme. Face à la crise et à la famine, les communistes étaient prêts à tous les accommodements (y compris à tolérer des éléments de marché libre) pour conserver le pouvoir. Il est courant d’affirmer que les révoltes de Cronstadt et de Tambov poussèrent Lénine à instaurer la NEP et à relâcher quelque peu la pression idéologique sur la société.
Je crois que les causes de ce recul sont plus profondes. En 1921, il

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2 Le xxe siècle ne manque pas de grands criminels : N.I. Iejov, Heinrich Himmler, Pol Pot… Par la quantité de sang qu’il a versé, Toukhatchevski mérite pleinement de figurer à leurs côtés. Chronologiquement, il fut certainement le précurseur de la plupart d’entre eux. Voir également annexe 1, p. 283.

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était clair que la Première Guerre mondiale n’avait pas accouché d’une révolution européenne. Il fallait donc, suivant le conseil de Trotski, passer à la révolution permanente en attaquant les maillons les plus faibles du monde libre et préparer en même temps la Deuxième Guerre mondiale qui devait, elle, conduire à la « libération » définitive. En décembre 1920, peu de temps avant de décréter la NEP, Lénine annonça clairement : « Une nouvelle guerre du même type [que la Première Guerre mondiale] est inévitable. » Il déclara aussi : « Nous sortons d’une étape de la guerre, nous devons nous préparer à la seconde étape. »
C’est la raison de la NEP. La paix n’est qu’une pause avant une nouvelle guerre : c’est le langage de Lénine, de Staline, de la Pravda. La NEP est un court entracte avant les guerres à venir. Les communistes doivent remettre le pays en ordre, consolider leur pouvoir, développer une industrie militaire puissante et préparer la population aux futures batailles et « campagnes de libération ».
L’introduction d’éléments du marché libre ne signifiait nullement que l’on renonçât à préparer la révolution mondiale dont la Deuxième Guerre mondiale devait être le détonateur.
En 1922, l’Union des républiques socialistes soviétiques fut constituée. Il s’agissait d’un pas décisif vers la création d’une République socialiste soviétique universelle. A l’origine, l’URSS comprenait quatre républiques. On prévoyait d’en augmenter le nombre jusqu’à ce que le monde entier en fit partie. En réalité, c’était une déclaration de guerre, franche et honnête, au reste de la planète.

II
L’ENNEMI PRINCIPAL

« Si un ébranlement révolutionnaire de l’Europe commence quelque part, ce sera en Allemagne […] et une victoire de la révolution en Allemagne garantirait la victoire de la révolution internationale3»
STALINE, 3 juillet 1924.

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En 1923, l’Allemagne se trouvait à nouveau au bord de la révolution. Lénine, affaibli par la maladie, ne prenait plus part à la direction du parti et du Komintern. Staline s’était presque totalement emparé des rênes du pouvoir même si personne parmi ses rivaux ou les observateurs étrangers, ne s’en était encore avisé.
Voici comment Staline décrivait son propre rôle dans la préparation de la révolution allemande de 1923 : « La Commission allemande du Komintern, composée de Zinoviev, Boukharine, Staline, Trotski, Radek et d’un certain nombre de camarades allemands a pris une série de décisions concrètes pour aider directement les camarades allemands dans leur entreprise de prise du pouvoir. »
Boris Bajanov, le secrétaire particulier de Staline, a expliqué en détail cette préparation. Selon lui, les crédits alloués à l’entreprise furent énormes : le Politburo avait décidé de ne pas en limiter les moyens. En URSS, on mobilisa les communistes d’origine allemande et tous ceux qui maîtrisaient la langue de Goethe pour les envoyer faire du travail clandestin en Allemagne. Sur place, ils étaient dirigés par des responsables soviétiques de haut rang, comme le commissaire du peuple V.V. Schmidt, le vice-président de la Guépéou I. Unschlicht (futur chef de l’espionnage militaire) et les membres du Comité central Radek et Piatakov. N.N. Krestinski, ambassadeur soviétique à Berlin, déploya une activité débordante. Son ambassade devint le centre organisé de la révolution. Par elle transitaient les ordres de Moscou et des flots de devises immédiatement transformés en montagnes de propagande, d’armes et de munitions.
Unschlicht fut chargé de recruter des détachements pour l’insurrection armée, de les former et de leur fournir des armes. Sa tâche consistait aussi à organiser la Tcheka allemande « en vue de l’anéantissement de la bourgeoisie et des adversaires de la révolution après le coup d’Etat 4 ».

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3 Séance de la Commission du Komintern sur la Pologne, 3 juillet 1924. OEuvres, t. 6, p. 267.
4 B. Bajanov, Bajanov révèle Staline, Gallimard, Paris, 1979, p. 64.

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Le Politburo mit au point un plan détaillé de prise du pouvoir dont la date fut fixée au 9 novembre 1923. Mais la révolution attendue n’eut pas lieu pour plusieurs raisons.
D’abord, le parti communiste ne jouissait pas d’un appui suffisant parmi les masses allemandes dont une importante partie penchait vers la social-démocratie. De plus, le parti était scindé en deux fractions dont les leaders (à la différence de Lénine et de Trotski en 1917) n’étaient pas assez déterminés.
La deuxième raison tenait, comme en 1920, à l’absence de frontière commune entre l’Allemagne et l’URSS. L’Armée rouge ne pouvait pas voler au secours du parti communiste allemand et de ses chefs indécis.
La troisième raison est sans doute la plus importante: Lénine, mourant, ne dirigeait plus depuis longtemps l’Union soviétique et la révolution mondiale. Ses héritiers potentiels étaient nombreux : Trotski, Zinoviev, Kamenev, Rykov, Boukharine. A côté de tous ces rivaux, Staline semblait travailler modestement dans l’ombre mais, bien que personne ne le considérât comme un prétendant, il avait déjà, aux dires de Lénine, « concentré entre ses mains un pouvoir sans limites ».
La révolution allemande de 1923 fut dirigée d’un Kremlin où faisait rage une bataille acharnée. Aucun des prétendants au pouvoir ne souhaitait voir un rival prendre la tête de la révolution allemande et, par conséquent, européenne. Ils se bousculaient tous à la barre, donnant à leurs subordonnés des ordres contradictoires qui ne pouvaient en aucune façon conduire à la victoire. Staline, sagement, ne tenta pas de s’ériger en timonier. Il décida d’accorder toute son attention à la consolidation définitive de son pouvoir personnel, laissant à plus tard les autres problèmes, y compris la révolution mondiale.
Dans les années suivantes, Staline se débarrassa de ses rivaux, un par un, les faisant dévaler de plus en plus vite les échelons du pouvoir vers les caves de la Loubianka.
Une fois au pouvoir, il écarta les obstacles qui avaient empêché la révolution allemande : il mit de l’ordre dans le parti communiste allemand et le força à obéir aveuglément aux ordres de Moscou; il établit des frontières communes avec l’Allemagne; et pour finir, il laissa les nazis anéantir la social-démocratie allemande.

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Selon Marx et Lénine, la guerre devait accélérer et faciliter le processus révolutionnaire. La position de Staline était simple et cohérente : il fallait combattre les sociaux- démocrates et les pacifistes qui détournaient le prolétariat de la guerre. Le 7 novembre 1927, il lançait ce slogan : « Impossible d’en finir avec le capitalisme, si on n’en finit pas avec le social-démocratisme dans le mouvement ouvrier5. »
L’année suivante, Staline précisait que les communistes devaient, « en premier lieu, lutter contre le social-démocratisme sur toute la ligne […] y compris démasquer le pacifisme bourgeois 6 ».
A l’égard de ceux qui se déclaraient ouvertement pour la guerre, les premiers nazis, la position de Staline était tout aussi simple et logique : il fallait les soutenir pour leur permettre d’anéantir les sociaux-démocrates et les pacifistes. En 1927, il prévoyait la venue des fascistes au pouvoir et considérait que ce serait positif : « Précisément cet événement conduit à l’aggravation de la situation interne des pays capitalistes et aux soulèvements révolutionnaires des ouvriers. »
Staline soutint la montée d’Hitler. Des staliniens zélés, comme Hermann Remmele, appuyèrent ouvertement les nazis. La responsabilité de Staline dans l’avènement du dictateur allemand est loin d’être mince. J’espère un jour consacrer un ouvrage à cette question. Pour l’heure, je me contenterai de citer ce jugement de Trotski : « Sans Staline, il n’y aurait pas eu Hitler, il n’y aurait pas eu de Gestapo7  !» La perspicacité de Trotski apparaît également dans cette autre observation, faite deux ans plus tard : « Staline a radicalement délié les mains de Hitler tout comme celles de ses adversaires, et il a poussé l’Europe à la guerre8. » Au même moment, Chamberlain prétendait que la guerre n’aurait pas lieu, Mussolini se considérait comme un pacificateur, Hitler n’avait pas encore planifié l’attaque de la Pologne et encore moins celle de la France. Alors que l’Europe entière poussait un soupir de soulagement et se persuadait qu’il n’y aurait pas de conflit, Trotski savait qu’il aurait lieu et en désignait à l’avance le responsable.
En juin 1939, des pourparlers intensifs étaient menés entre la Grande-Bretagne, la France et l’URSS contre l’Allemagne. Personne n’évoquait la possibilité de complications imprévues. Le 21 juin, Trotski, lui, écrivait : « L’URSS s’approchera de l’Allemagne de toute sa masse, au moment même où le Troisième Reich sera entraîné dans

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5 Pravda, 6-7 novembre 1927.
6 Discours devant les militants du parti de Leningrad, le 13 juillet 1928. OEuvres, t.ll, p. 202.
7 Bulletin de l’opposition (Bioulleten’ oppositsii), n° 52-53, octobre 1936.
8 Ibid., n°71, novembre 1938.

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une lutte pour un nouveau partage du monde9. » Les choses se sont bien passées ainsi! Pendant que l’Allemagne faisait la guerre à la France, Staline, « de toute sa masse », occupa les Etats neutres sur ses frontières occidentales (partie orientale de la Pologne, Bessarabie, Bukovine septentrionale, Etats baltes), se rapprochant ainsi de celles de l’Allemagne. Le même jour, Trotski fit une autre prophétie encore plus extraordinaire : il prédit qu’au cours de l’automne 1939, la Pologne allait être occupée par les nazis et que l’Allemagne avait l’intention de commencer une offensive contre l’Union soviétique au cours de l’automne 1941.
Le fondateur de l’Armée rouge ne commit qu’une erreur de quelques mois sur le début de la guerre soviéto-allemande10. Staline commettra la même…
Trotski fut le premier à comprendre le jeu de Staline, ce qui ne fut pas le cas des chefs des Etats occidentaux ni, au début, de Hitler lui-même. Pourtant, la tactique stalinienne était simple. Trotski en avait été la victime quelques années plus tôt : Staline s’était allié à Zinoviev et Kamenev pour l’écarter du pouvoir. Puis il avait provoqué la chute de ses deux alliés provisoires avec l’aide de Boukharine, qu’il élimina à son tour un peu plus tard. Staline avait, de la même façon, écarté les tchékistes de la génération de Dzerjinski en se servant de Iagoda, puis il utilisa Iejov pour éliminer Iagoda et les siens avant de liquider Iejov grâce à Beria, etc.
Trotski voyait bien que Staline se bornait simplement à transposer ces méthodes à l’échelle internationale et se servait du fascisme allemand comme d’un instrument pour déclencher la guerre inter-capitaliste d’où devrait éclore la révolution mondiale.
Dès 1927, Staline annonçait que la nouvelle guerre impérialiste était aussi inéluctable que l’entrée de l’URSS dans ce conflit. Mais, rusé, il n’entendait pas déclencher les hostilités ni y prendre part très rapidement : « Nous interviendrons, mais nous le ferons dans les derniers jours pour jeter sur le plateau de la balance un poids qui puisse peser de manière décisive. »
Staline avait besoin de crises et de guerres en Europe. Hitler, sans s’en rendre compte, pouvait les lui procurer. Plus les nazis commettraient de crimes et mieux Staline pourrait lâcher sur le continent une Armée rouge « libératrice ».
Tout cela, Trotski l’avait compris bien avant la victoire d’Hitler en

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9 Ibid., n° 79-80, juin 1939.
10 A lire, cinquante ans plus tard, les jugements de Trotski, on s’étonne de tant de clairvoyance. En fait, Trotski n’en fait pas mystère. Principal artisan du coup de force bolchevique, créateur de l’Armée rouge, chef reconnu de l’URSS au même titre que Lénine, il fut le théoricien de la révolution mondiale. Il était donc bien placé pour connaître le fonctionnement du système communiste. Ainsi qu’il le reconnaissait lui-même, ses prédictions se fondaient sur les publications soviétiques officielles, notamment celles de Gueorgui Dimitrov, secrétaire du Komintern.

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Allemagne. En 1932, il expliquait ainsi l’attitude de Staline envers les fascistes allemands : « Qu’ils arrivent au pouvoir, qu’ils se compromettent, et alors… »
A partir de 1927, Staline soutint de toutes ses forces, mais sans le montrer publiquement, la montée des nazis. Parvenus au pouvoir, Staline les poussa à faire la guerre. Lorsqu’ils ouvrirent le conflit, il ordonna aux communistes occidentaux de devenir provisoirement pacifistes, de saper les armées occidentales, d’ouvrir la route aux nazis et de capituler devant eux en exigeant que l’on mette fin à la « guerre impérialiste » et en sabotant les efforts de guerre de leurs gouvernements respectifs.
Tout en poussant le «brise-glace» hitlérien sur l’Europe démocratique, Staline l’avait déjà condamné à mort. Cinq ans avant l’arrivée des fascistes au pouvoir en Allemagne, il planifiait leur anéantissement : « Ecraser le fascisme, abolir le capitalisme, instaurer le pouvoir des soviets, libérer les colonies de l’esclavage. »

III
DES ARMES POUR LES COMMUNISTES

« Les hommes meurent pour du métal. »
GOUNOD, Faust.

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En 1933, le général allemand Heinz Guderian visita l’usine de locomotives de Kharkov. Il témoigna que cette usine produisait aussi des chars : vingt-deux par jour.
Pour comprendre la portée de ce témoignage qui concerne seulement la production annexe d’une seule usine soviétique en temps de paix, il faut se rappeler qu’en 1933, l’Allemagne ne produisait encore aucun char. En 1939, au début de la guerre, Hitler disposait de  3195 blindés, c’est-à-dire moins de six mois de production de la seule usine de Kharkov en temps de paix. En 1940, alors que la Deuxième Guerre mondiale avait déjà commencé, les Etats-Unis ne disposaient que de 400 chars.
Les blindés aperçus par Guderian étaient l’oeuvre d’un génie américain, J. Christie, dont personne, hormis les constructeurs soviétiques, n’avait apprécié les inventions à leur juste valeur. Ce char américain fut acheté et envoyé en Union soviétique grâce à de faux papiers d’exportation qui le firent passer pour un tracteur agricole. En URSS, ce « tracteur » fut produit en très grand nombre sous le sigle BT (initiales de « char rapide » en russe). Les premiers BT pouvaient atteindre une vitesse de cent kilomètres à l’heure. De quoi faire pâlir d’envie un conducteur de char moderne. La forme du châssis était simple et rationnelle. Quant au blindage, aucun char de l’époque, y compris ceux de l’armée américaine, n’en possédait de comparable11.
Le T-34, le meilleur char de la Deuxième Guerre mondiale, était un descendant direct du BT. Sa forme était un développement des idées du grand constructeur américain. Le principe de la disposition inclinée des plaques de blindage à l’avant fut ensuite utilisé pour les «Panthers» allemands, puis par tous les chars du monde.
Il faut toutefois reconnaître un défaut des BT : il était impossible de les utiliser sur le territoire soviétique.

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11 Voir annexe 2, p. 283.

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Le BT était un char agressif. Sa principale qualité était la vitesse. Par ses caractéristiques, il ressemblait au guerrier monté, petit mais extraordinairement mobile, des hordes mongoles. Gengis-Khan remportait la victoire en assenant à ses ennemis des coups soudains où il engageait le plus gros de ses troupes. Sa force résidait moins dans la puissance de ses armes que dans ses manoeuvres très rapides en profondeur. Pour cela, il n’avait pas besoin de cavaliers lents et lourds mais de hordes légères, capables de franchir des distances énormes, de forcer le passage des fleuves et de pénétrer profondément dans les arrières de l’ennemi.
Telles étaient les caractéristiques du BT, produit en plus grande quantité que tous les autres chars du monde au 1er septembre 1939. La mobilité, la rapidité et l’autonomie avaient été obtenues grâce à des blindages rationnels mais très légers et fins. Le BT ne pouvait être utilisé que pour une guerre d’agression, sur les arrières de l’ennemi, dans une de ces offensives foudroyantes où des masses de chars envahissent soudain le territoire ennemi et y pénètrent en profondeur, contournant les foyers de résistance, pour atteindre les villes, les ponts, les usines, les aéroports, les ports, les postes de commandement et les centres de transmission.
Les qualités agressives du BT provenaient également de son train de roulement. Sur les chemins de terre, il se déplaçait sur chenilles, mais, sitôt qu’il s’engageait sur de bonnes routes, il les enlevait et filait sur ses roues comme une voiture. Or, on le sait, la vitesse contredit la capacité de franchissement : il faut choisir entre une voiture rapide qui ne peut rouler que sur de vraies routes et un tracteur lent qui passe partout. Les maréchaux soviétiques avaient choisi la voiture : le BT était totalement impuissant sur le territoire soviétique. Lorsqu’Hitler engagea l’opération « Barbarossa » en attaquant l’URSS, presque tous les BT furent abandonnés. Même sur chenilles, ils ne pouvaient servir en dehors des routes. Quant aux roues, elles ne furent jamais utilisées. Ces chars magnifiques ne furent donc jamais employés selon leurs capacités. Ils avaient été créés pour opérer uniquement sur des territoires étrangers dotés d’un bon réseau routier, ce qui excluait la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, la Chine, la Mandchourie et la Corée. Seul G.K. Joukov parvint à utiliser les BT en Mongolie, sur des plaines absolument plates. Il en fut fort mécontent : en dehors des pistes, les chars déchenillaient souvent. Quant aux roues, elles s’enfonçaient dans le sol, même sur les routes de terre, et les chars patinaient.
Les BT ne pouvaient être utilisés efficacement qu’en Europe centrale et méridionale. Sur roues, ils pouvaient donner leurs pleines capacités en Allemagne, Belgique et France.
Selon les manuels soviétiques de l’époque, les roues des BT étaient plus importantes que les chenilles car elles lui donnaient sa rapidité. Les chenilles ne devaient servir qu’à gagner le territoire étranger, par

exemple, forcer la Pologne. Après quoi, les chars pourraient se lancer, sur roues, sur les autoroutes allemandes. Les chenilles n’étaient considérées que comme un moyen annexe qui ne devait être utilisé qu’une fois, exactement comme un parachute que l’on jette dès que l’on a atterri sur les arrières ennemis. Les divisions et corps d’armées équipés de chars BT ne disposaient pas de véhicules de transport pour récupérer les chenilles abandonnées. Les BT devaient achever la guerre sur d’excellentes routes.
Il faut également noter que l’URSS fut à cette époque la seule à produire massivement des chars amphibies. Dans une guerre défensive, ces chars n’avaient aucune utilité. Au début de l’agression allemande, il fallut aussi les abandonner et réduire leur production, comme celle des BT.
En 1938, l’Union soviétique lança des travaux intensifs pour créer un char nouveau portant le sigle totalement inhabituel d’A-20. Que signifiait cet « A » ? Aucun manuel soviétique ne répond à cette question. Il est possible qu’après publication de cet ouvrage, les intéressés inventent une explication. Quant à moi, j’ai longtemps cherché une réponse. Je crois l’avoir trouvée à l’usine n° 183, cette même usine de locomotives visitée par Guderian, qui fournissait aussi des chars. Les vieux ouvriers de l’usine affirment que le sens initial du « A » était « autoroute ». J’ignore si l’explication est vraie, mais je la tiens pour satisfaisante. Le A-20 était un dérivé du BT dont la carac-téristique de rapidité apparaissait dans le sigle. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour l’A-20? Sa fonction principale était de gagner les autoroutes pour se transformer en roi de la vitesse12.
A la fin des années 80, l’Union soviétique ne dispose toujours pas d’un seul kilomètre de ce qu’on appelle « autoroute » en Occident. En 1938, aucun des Etats frontaliers de l’URSS ne disposait d’une infrastructure autoroutière. Mais l’année suivante, le pacte Molotov-Ribbentrop partageait la Pologne et instaurait des frontières communes entre l’URSS et un pays qui était doté d’un important réseau d’autoroutes: l’Allemagne.
Les historiens expliquent qu’en juin 1941 les chars soviétiques n’étaient pas prêts à la guerre. C’est faux. Ils n’étaient pas prêts à une guerre défensive sur le territoire de l’URSS. Ils étaient conçus pour mener un autre type de combat sur d’autres territoires.

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12 Certains modèles de chars soviétiques portaient des noms de chefs communistes : KV (Klim Vorochilov), IS (Iossif Staline), mais la plupart portaient un sigle comprenant la lettre « T » (tank) et des préfixes comme « O » (lance-flammes), « B » (rapide), « P » (amphibie).

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A la qualité et à la quantité des blindés soviétiques répondaient celles des avions. Les historiens communistes prétendent qu’il y avait certes beaucoup d’avions, mais mauvais et périmés. Il faudrait seulement prendre en compte les plus récents appareils d’alors, le Mig-3, le Yak-1, le Pe-2, le Il-2 et décompter les vieilleries produites plusieurs années avant la guerre.
Mais voici ce que pense de ces vieilleries Alfred Price, officier de la Royal Air Force, qui pilota quarante modèles d’avions différents et totalisa 4’000 heures de vol à son actif : « De tous les chasseurs existant en septembre 1939, le plus puissamment armé était le Polikarpov 1-16 russe. […] En puissance de feu, il dépassait du simple au double le Messerschmitt-109E, et presque du simple au triple le Spitfire-1. Le 1-16 était unique car il était le seul à doter le pilote d’une protection blindée. Ceux qui croient que les Russes étaient des pay-sans attardés avant la Deuxième Guerre mondiale et qu’ils ont seulement progressé en suivant l’expérience allemande devraient se rappeler les faits13. »
Ajoutons qu’en août 1939, pour la première fois dans l’histoire de l’aviation, les chasseurs soviétiques utilisèrent des missiles. En outre, l’URSS travaillait déjà à un avion, seul en son genre, dont le fuselage devait être blindé, le Il-2, véritable char volant doté d’un armement surpuissant qui comprenait huit missiles.
Dans ces conditions, que se passa-t-il? Pourquoi l’aviation soviétique perdit-elle la maîtrise du ciel dès le premier jour de combat? La réponse est simple : la majeure partie des pilotes soviétiques, y compris ceux des chasseurs, n’avaient pas appris à mener des combats aériens. Ils savaient seulement détruire des objectifs à terre. Les règlements de l’aviation de chasse et de bombardement (BOUIA-40 et BOUBA-40) incitaient les pilotes à mener une seule opération d’offensive, grandiose et soudaine, dans laquelle l’aviation soviétique détruirait d’un coup l’aviation ennemie et disposerait de la maîtrise du ciel14.
C’est bien pourquoi toute l’aviation soviétique était massée aux frontières en 1941. Ainsi, l’aérodrome de campagne du 123e régiment de chasse se trouvait à deux kilomètres de la frontière allemande. En temps de guerre, et par souci d’économie de carburant, les avions décollent en direction de l’ennemi. Au 123e chasseurs, comme dans bien d’autres formations, les avions devaient prendre de la hauteur au-dessus du territoire allemand.
Avant et pendant la guerre, l’Union soviétique mit au point d’excellents avions d’une étonnante simplicité. Ils n’étaient pas

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13 A. Price, World War II Fighter Conflict, Londres, 1975, pp. 18,21.
14 Voir annexe 3, p. 283.

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destinés à détruire les appareils ennemis en combat aérien mais à les anéantir au sol. Le Il-2 en fut la plus belle réussite. Son objectif principal était les aérodromes. En concevant cet appareil d’attaque, le constructeur S.V. Iliouchine avait prévu un moyen d’assurer aussi sa défense : dans sa première version, le Il-2 était biplace. Derrière le pilote, un tireur protégeait l’appareil contre les chasseurs ennemis. Staline téléphona à Iliouchine pour lui intimer l’ordre d’enlever le tireur et sa mitrailleuse. Pour Staline, le Il-2 devait être utilisé dans une situation où aucun chasseur ennemi n’aurait le temps de décoller.
Dans les premières heures de l’opération « Barbarossa », Staline téléphona de nouveau à Iliouchine et lui ordonna de refaire du Il-2 un biplace : dans une guerre défensive, même un avion d’attaque a besoin d’un armement défensif.

5
En 1927, Staline finit de consolider son pouvoir et concentra son attention sur les problèmes du mouvement communiste et de la révolution mondiale.
La même année, il conclut au caractère inévitable d’une nouvelle guerre mondiale et engagea une lutte résolue contre le pacifisme social-démocrate en favorisant les nazis dans leur conquête du pouvoir.
1927 marqua également le début de l’industrialisation de l’URSS. Ou plutôt de sa surindustrialisation planifiée par quinquennats.
Au début du premier plan quinquennal, l’Armée rouge disposait de 92 chars. Bien que la production militaire ne fût pas encore prioritaire, elle en avait plus de 4’000 à son terme. Le but de ce premier quinquennat était de mettre en place une infrastructure industrielle capable de produire, ensuite, des armements.
Le deuxième quinquennat continua sur cette lancée : l’on créa des batteries de fours à coke et des fours Martin, des barrages géants et des usines d’oxygène, des laminoirs et des mines. La production d’armement n’était toujours pas prioritaire, mais Staline ne l’oubliait pas pour autant : au cours des deux premiers plans, la production d’avions de combat fut de 24’708 unités…
En revanche, le troisième quinquennat, qui devait s’achever en 1942, fut bel et bien consacré à la production militaire à une échelle énorme.
L’accomplissement du troisième plan avait été rendu possible par la collectivisation des campagnes et l’industrialisation du pays dont le but n’était nullement d’améliorer les conditions d’existence de la population15. Au milieu des années vingt, la vie était relativement

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15 Voir annexe 4, p. 284.

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supportable. Si Staline s’était préoccupé du niveau de vie, il aurait prolongé la NEP et les Soviétiques n’auraient pas connu, au début des années trente, l’appauvrissement presque total et les terribles famines que décrit Robert Conquest dans un récent ouvrage16. En réalité, le but de l’industrialisation et de la collectivisation n’était pas l’amélioration des conditions de vie des Soviétiques mais la production d’armes en quantités gigantesques.
Pourquoi les communistes voulaient-ils des armes? Pour défendre la population? Drôle de calcul : faire des millions de morts pour se protéger d’une hypothétique attaque. Rappelons que les nazis parvinrent au pouvoir en Allemagne en 1933, alors que la famine sévissait en URSS depuis déjà deux ans. Si, pour payer les chars d’assaut, la soie des parachutes et la technologie militaire occidentale, Staline n’avait vendu à l’étranger que quatre millions de tonnes de blé par an au lieu de cinq, des millions d’enfants seraient restés en vie. Dans tous les pays normaux, les armements servent à défendre la population et préserver l’avenir de la nation. En Union soviétique, la population souffrit d’effroyables calamités pour que le pays se dote d’armements offensifs.
Comparé à l’industrialisation stalinienne, l’horrible massacre de la Première Guerre mondiale prend des airs de joyeux pique-nique. De l914à l918, le conflit fit dix millions de morts dans l’Europe entière. A elle seule, la Russie perdit 2,3 millions de personnes. Mais Staline, en temps de paix, extermina une population incommensurablement plus élevée : la paix communiste s’avéra plus meurtrière que la guerre impérialiste! Et cela, pour se munir de chars et d’avions destinés exclusivement à attaquer ses voisins. Car ces armes ne convenaient nullement à la défense du territoire et de la population et, la guerre venue, il fallut purement et simplement renoncer à les utiliser.

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16 Robert Conquest, The Harvest of Sorrow. Soviet Collectivization and the Terror Famine, Londres, 1986.

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IV
LE PARTAGE DE LA POLOGNE

« Nous poursuivons une oeuvre qui, en cas de succès, retournera le monde entier et libérera la classe ouvrière tout entière17. »
STALINE.

1
Le 22 juin 1941, l’Allemagne nazie attaqua par surprise l’Union soviétique. C’est un fait historique dont on finit par ne plus percevoir le caractère étrange : avant la Deuxième Guerre mondiale, l’Allemagne n’avait pas de frontière commune avec l’URSS et ne pouvait donc pas l’attaquer par surprise.
Les deux puissances étaient séparées par une zone tampon constituée d’Etats neutres. Pour qu’une guerre germano-soviétique fût possible, il fallait au préalable détruire cette zone. Avant de maudire le seul Hitler, quiconque s’intéresse à la date du 22 juin 1941 devrait se poser ces deux questions : Qui a abattu la zone tampon constituée par ces Etats neutres? Dans quel but?

2
La Pologne était le seul état qui possédait des frontières à la fois avec l’URSS et avec l’Allemagne. Elle représentait la voie d’accès la plus courte, la plus directe, la moins accidentée et la plus commode entre les deux pays. En cas de guerre germano- soviétique, l’agresseur potentiel devait donc se tailler un corridor en territoire polonais. En revanche, pour éviter une telle guerre, le comportement normal d’une puissance non agressive devait être d’engager son poids politique, son autorité internationale et sa puissance militaire pour interdire à son adversaire d’entrer dans la zone tampon. En dernière extrémité, elle devait se battre contre lui en Pologne sans le laisser s’approcher de ses frontières.
Pourtant, que se passa-t-il? Hitler avait ouvertement proclamé son besoin d’espace vital à l’est. Staline l’avait publiquement qualifié de cannibale. Mais les nazis ne pouvaient attaquer l’URSS en l’absence de frontière commune. Hitler proposa donc à Staline de l’aider à détruire la zone tampon qui les séparait. Ce dernier accepta la proposition avec joie et mit dans l’entreprise le même enthousiasme que les nazis. Les motivations d’Hitler étaient compréhensibles. Mais comment expliquer celles de Staline?

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17 OEuvres, t. 13, p. 40.

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Les historiens communistes expliquent ce mystère de trois manières différentes :
Première explication : après avoir dépecé et ensanglanté la Pologne, l’URSS poussa ses frontières vers l’ouest, renforçant ainsi sa sécurité. Etrange raisonnement. Les frontières soviétiques furent avancées de deux à trois cents kilomètres, mais l’Allemagne déplaçait simultanément les siennes de trois à quatre cents kilomètres vers l’est. Loin d’y gagner en sécurité, l’URSS ne fit qu’en souffrir : cela créait une zone de contact entre les deux pays, qui permettait le lancement d’une attaque subite.
Deuxième explication : en poignardant la Pologne dans le dos au moment où elle livrait un combat désespéré aux nazis, l’URSS tentait de reculer l’échéance d’une guerre germano- soviétique… C’est en quelque sorte l’histoire du type qui met le feu à la maison de son voisin pour que l’incendie ne se propage pas trop vite à la sienne.
Troisième explication : la France et la Grande-Bretagne ne voulaient pas signer de traité avec l’URSS, ce qui laissa les mains libres à Hitler… Sottises! Pour quelle raison ces deux pays auraient-ils dû s’engager à défendre un pays qui proclamait haut et fort que son objectif principal était de renverser les démocraties, y compris à Paris et à Londres? En tout cas, une attaque allemande à l’est ne touchait qu’indirectement les Etats occidentaux. Cette possibilité, en revanche, revêtait une importance primordiale pour les pays de l’Europe de l’Est qui étaient directement visés. C’étaient eux les alliés naturels de l’Union soviétique. C’était avec eux qu’il fallait rechercher une alliance contre Hitler. Mais Staline n’en voulait pas.
Les explications inventées par les historiens communistes ont deux défauts : elles ont été produites après coup ; et elles ignorent totalement les vues des dirigeants soviétiques qui ont pourtant été exprimées encore plus clairement que celles d’Hitler.

3
Une fois détruite la zone tampon qui le séparait de l’URSS, Hitler s’estima momentanément satisfait et consacra son attention à la France et à la Grande-Bretagne qui lui avaient déclaré la guerre par solidarité avec la Pologne. Staline aurait dû mettre ce répit à profit pour renforcer la défense de cette trouée de 570 kilomètres. Il fallait d’urgence perfectionner la ligne de fortifications existantes. Et aussi en créer d’autres, miner les routes, les ponts, les champs, creuser des fossés antichars…
Une telle tâche pouvait être menée à bien en peu de temps. En 1943, à Koursk, pour repousser une offensive de l’ennemi, l’Armée rouge créa six lignes fortifiées continues, sur une profondeur de 250 à 300 kilomètres et toute la largeur du front. Chaque kilomètre était

saturé d’épaulements, de tranchées, de boyaux de communication, d’abris, de positions de batteries. La densité du minage était de 7 000 mines par kilomètre. Quant à la concentration d’artillerie antichar, elle atteignait le chiffre monstrueux de 41 canons au kilomètre, sans compter l’artillerie de campagne, les chars enterrés et la DCA. Et tout cela sur une étendue sans relief et presque nue.
En 1939, les conditions de création de lignes de défense étaient plus favorables : le secteur frontalier comprenait des forêts denses, des rivières et des marais. Il y avait peu de routes et les Soviétiques disposaient du temps nécessaire à aménager une zone véritablement infranchissable.
Or, on se hâta de rendre la région accessible. On construisit des routes et des ponts et le réseau ferroviaire fut étendu et perfectionné. Les fortifications existantes furent détruites et recouvertes de terre. De plus, ce fut précisément le moment que choisit Staline pour arrêter la production de canons antichars et de DCA.
Commentaire de I.G. Starinov, colonel du GRU qui fut l’un des acteurs de cette politique : « La situation créée était stupide. Lorsque nous avions pour voisins de petits Etats dont les armées étaient faibles, nos frontières étaient verrouillées. Mais quand l’Allemagne nazie devint notre voisine, les ouvrages de fortifications défendant l’ancienne frontière furent abandonnés et parfois même démontés18. » La direction du génie de l’Armée rouge demandait 120’000 mines à retardement, quantité suffisante, en cas d’invasion, pour paralyser toutes les communications ferroviaires sur les arrières de l’armée allemande. La mine est l’arme la plus simple, la moins coûteuse et la plus efficace. Au lieu de la quantité demandée, le génie ne reçut que… 120 mines. Leur production, précédemment énorme, fut arrêtée après le partage de la Pologne.
Dans l’année qui suivit, Staline poursuivit son entreprise de démantèlement de la zone tampon. En 1940, il annexa l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, une grande partie de la Roumanie (Bessarabie et Bukovine septentrionale) et tenta d’annexer la Finlande dont il parvint, au prix d’une guerre, à arracher des morceaux.
Dix mois après la signature du pacte germano-soviétique, la zone tampon était entièrement détruite. De l’océan Arctique à la mer Noire, il n’y avait plus d’Etats neutres entre Staline et Hitler : les conditions nécessaires pour une offensive étaient en place. De plus, alors qu’à la fin de 1939 la frontière entre l’URSS et l’Allemagne ne traversait que des territoires polonais soumis, après le phagocytage des Etats baltes, en 1940, l’Armée rouge se trouvait directement au contact d’une région allemande : la Prusse orientale.

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18 I.G. Starinov, Les mines attendent leur heure (Miny jdout svoego tchassa), Voenizdat, 1964, p. 176.

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Ces multiples éléments renversent l’image d’un Hitler rusé, creusant des corridors vers l’est avec l’aide involontaire d’un Staline stupide. Au contraire, c’est Staline qui perçait des trouées vers l’ouest sans aucune aide extérieure : « L’histoire nous dit, expliquait-il en 1936, que lorsqu’un Etat veut faire la guerre à un autre Etat, même si ce n’est pas son voisin, il commence par chercher des frontières par lesquelles il pourrait atteindre celles du pays qu’il veut attaquer 19. »
En 1940, à l’occasion des fêtes de la Révolution, le maréchal S.K. Timochenko précisait : « En Lituanie, en Lettonie, en Estonie, le pouvoir des propriétaires et des capitalistes, haï des travailleurs, a été détruit. L’Union soviétique s’est considérablement étendue et a poussé ses frontières vers l’ouest. Le monde capitaliste a été obligé de nous faire de la place et de reculer. Mais ce n’est pas à nous, combattants de l’Armée rouge, de nous laisser gagner par la vantardise et de nous reposer sur nos lauriers! 20 »
Il ne s’agit pas ici d’un discours ni d’un communiqué de l’agence Tass, mais d’un ordre de l’Armée rouge. Or, à l’ouest des frontières soviétiques, il n’y avait que l’Allemagne et ses alliés.

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19 Pravda, 5 mars 1936.
20 Ordre du commissaire du peuple à la Défense n°400, 7 novembre

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suite…

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LE TRAVAIL ET L’USURE


par Pound Ezra Weston Loomis

Année : 1944

 

publié en italien en 1944 sous le titre ‘Lavoro ed usura’ Trois essais : – L’Or et le travail – L’Amérique de Roosevelt et les causes de la présente guerre – Introduction à la nature économique des Etats-Unis

 AVEC L’USURE la laine ne se vend plus
avec l’usure les moutons n’apportent plus de gain
l’Usure est une peste, l’usure
émousse l’aiguille dans la main de la servante
éteint le talent de la fileuse. Pietro Lombardo
ne vient pas de l’usure
Duccio ne vient pas de l’usure
Ni Pier Della Francesca ; ni de l’usure Zuan Bellin
ni peinte “La Calunnia.

Ni de l’usure Angelico ; ni Ambrogio Praedis,
Ni l’église de pierre taillée signée : Adamo me fecit.
Ni de l’usure saint Trophime
Ni de l’usure saint Hilaire,
l’usure a fait rouiller le ciseau,
Rouiller l’art et l’artisan
Rongé la trame sur le métier
Nul ne sait plus y mêler le fil d’or ;
Azur est dévoré par ce cancer ; cramoisi n’est plus brodé
Emeraude ne trouve plus de Memling
L’Usure frappe l’enfant dans le ventre de sa mère
Elle frappe le jeune homme qui fait sa cour
Le paralyse dans la couche nuptiale, l’usure s’étend
entre le mari et sa jeune épousée
CONTRA NATURAM
Ils ont amené les putains à Eleusis
Des cadavres prennent place au banquet
sur mandement de l’usure. »
(Ezra Pound, Les Cantos, Cantos XLV extrait)

 

L’Or et le travail

Usury, a charge for the use of purchasing power, levied without regard to production, often without regard even to the possibilities of reproduction.

L’usure : taxe prélevée sur le pouvoir d’achat, sans égard pour la productivité, ni souvent même pour les possibilités de production.

Le lundi 30 janvier 1933 (l’an XI) à cinq heures et demie de l’après-midi, l’auteur de ces notes porta à un personnage du gouvernement italien une liste de dix-huit points qui fut publiée dans le Meridiano di Roma dix ans plus tard avec pour résultat que cette gazette fut bannie des Etats-Unis. Les libéraux ne purent en souffrir certaines idées. La bibliographie de l’auteur contient, outre des ouvrages non spécifiquement économiques, plusieurs centaines de lettres, des articles sur la monnaie, des livres et autres brochures parmi lesquels : ABC of Economies. Londres, 1933. Jefferson and / or Mussolini, 1935. Social Crédit, An Impact, 1935. What is Money For ? 1939. En italien : Confucio, Studio Intégrale (en collaboration avec Alberto Luchini ), Carta da Visita (Ed. Lettere d’Oggi). Collaboration au Meridiano di Roma, à la Rassegna Monetaria (revue monétaire), etc.

 

Les discussions s’élèvent de l’ignorance de TOUS les disputeurs.

FEUILLE DE DISCIPLINE CIVIQUE

Tant que tu n’as pas démêlé le fil de tes pensées, tu ne les peux communiquer à autrui. Tant que tu n’as pas mis de l’ordre dans tes pensées, tu ne peux être un élément d’ordre dans le parti. Le fait militaire tient à l’honnêteté du régime.

A la mémoire d’Aurelio Biasi.

LE MODE DE L’UTOPIE

Le 10 septembre dernier, comme je longeais la Via Salaria, par-delà Fara Sabina, je pénétrais, après un certain temps, dans la République de l’Utopie, pays placide entre tous qu’on ne rencontre dans aucun livre de géographie *(* J’avais d’abord écrit : « Utopie, pays placide situé quatre-vingt ans à l’est de Fara Sabina. » Mais par souci de clarté et de simplicité, j ai modifié cette version comme on peut le voir. Pour la traduction anglaise, la première métaphore a été rétablie.). Comme je demandais la cause de la sérénité qu’affichaient les gens de ce pays, il me fut répondu qu’ils la devaient à leurs lois ainsi qu’à leur système d’éducation depuis leurs premières années d’école.

Ce peuple dit que nos connaissances générales dérivent de connaissances plus particulières (c’est en quoi il rejoint Aristote et d’autres sages de l’Antiquité orientale et occidentale), et que la pensée repose sur les définitions qu’on donne des mots. Pour enseigner aux jeunes enfants à observer les choses dans leurs particularités, ces gens imaginent ce petit jeu : on tient dans la main fermée un certain nombre de petits objets, soit trois grains d’orge, une petite pièce de monnaie, un petit bouton couleur azur, un grain de café ou d’orge, trois autres boutons, etc., on ouvre un instant la main, puis, la refermant soudain, on interroge alors l’enfant sur ce qu’il a vu. Pour les plus grands, on use de jeux plus compliqués de sorte que chacun finit par savoir de quoi sont faits les souliers qu’il porte aux pieds ou le chapeau qui lui couvre la tête. On me dit aussi qu’à bien préciser le sens des mots, ces gens sont arrivés à si bien définir leur terminologie économique que les diverses iniquités de la Bourse et de la finance ont disparu de ce pays où personne n’est plus dupe de personne. Ils attribuent leur prospérité à la simplicité de leur mode de perception des impôts ou, pour mieux dire, de cet unique impôt qui frappe la monnaie même. Sur chaque billet d’une valeur de cent unités, il leur faut appliquer un timbre de la valeur d’une unité le premier jour du mois. Le gouvernement payant ses dépenses avec une monnaie neuve, n’a plus besoin d’imposer d’autres taxes, et personne ne peut plus thésauriser une monnaie qui, passé cent mois, n’a plus aucune valeur. Et voilà résolu le problème de sa circulation. L’argent ne pouvant ainsi bénéficier d’une durabilité supérieure à celle dont jouissent les pommes de terre, les récoltes ou les tissus, le peuple en est venu a une idée plus saine des valeurs de la vie. Il n’adore pas l’argent comme un dieu ni ne lèche les bottes des pansus de la Bourse et des syphilitiques du marché. Ces gens ne sont, bien sûr, ni menacés d’inflation monétaire, ni contraints de faire des guerres pour plaire aux usuriers. Du reste, cette profession ou activité criminelle n’a plus cours au pays de l’Utopie, comme n’ont aussi plus cours bon nombre d’activités bureaucratiques, si bien que nul n’est tenu de travailler plus de cinq heures par jour. Le commerce est soumis à peu de restrictions. Les commerçants échangent leurs lainages et soieries contre les arachides et le café de leur Afrique ; et leurs bovins sont si nombreux que le problème des engrais se résout de lui-même. Mais ils ont une loi très sévère qui exclut tout succédané de leur république. Le peuple s’instruit en se jouant, et sans professeurs superflus. Ces gens prétendent que, s’il est impossible d’éliminer tous les livres idiots, il est du moins aisé d’en fournir l’antidote, et ce par une réglementation des plus simples. Tout libraire est forcé de tenir à disposition les meilleurs livres ; ceux d’une insigne valeur, il les doit exposer pendant quelques mois. Ainsi, la diffusion des meilleurs livres chasse peu à peu des salons de lecture les ordures de la Nouvelle Revue Française et autres sélections du London Times, comme les plus imbéciles d’entre les jeunes écervelés des deux sexes. Ces gens prisent encore la dextérité dans les travaux agricoles, comme dans mon jeune âge j’admirais l’habileté des joueurs de tennis ou de football. De fait, ils rivalisent d’adresse à la charrue pour savoir qui d’entre eux peut le plus précisément tracer un

sillon. Ce pourquoi je me suis senti trop vieux, me ressouvenant d’un jeune ami épris lui aussi de cette passion archaïque, qui m’écrivit de son premier arpent: « On eût dit qu’un cochon était passé par là déracinant tout. » Ayant reçu l’explication si simple de la félicité de ce peuple, je m’endormis sous les étoiles sabines, méditant sur les effets surprenants de ces modifications si insignifiantes en apparence, et m’émerveillant de la distance écoulée entre le monde du XIXème siècle et celui de la sérénité. On lit sur le fronton de leur Capitole :

LE TRÉSOR D’UNE NATION EST SON HONNÊTETÉ

PARTICULARITÉS DU CRIME
II est chimérique de s’ingénier à monter une machine si une partie est manquante ou qu’elle est défectueuse. Il importe avant tout d’en avoir toutes les pièces essentielles. Aussi, pour bien comprendre les origines de cette guerre, il y a lieu de savoir ceci : En l’an 1694 fut fondée la Banque d’Angleterre, association de criminels qui pratiquaient l’usure au taux de 60 %. Paterson qui en fut le fondateur expliqua clairement l’avantage de sa découverte : la banque bénéficie de l’intérêt sur l’argent qu’elle crée de rien. En 1750 le papier-monnaie fut supprimé dans la colonie de Pennsylvanie. Ce qui signifiait qu’en l’espace de 56 ans, l’association des usuriers, non contente de son 60 %, soit l’intérêt sur l’argent tiré de rien, était devenue si puissante qu’elle avait pu déterminer le gouvernement anglais à supprimer illégalement une concurrence qui, grâce à un système monétaire sain, avait apporté la prospérité à la Pennsylvanie. Vingt-six ans plus tard, en 1776, les colonies américaines se soulevaient contre l’Angleterre. Elles étaient treize corps séparés, minés du dedans, mais favorisés par leur géographie et la discorde des Européens. Elles eurent beau vaincre l’ennemie éternelle, l’Angleterre, leur révolution fut trahie depuis l’intérieur. Leurs difficultés pourraient servir d’encouragement aux Italiens d’aujourd’hui, et les problèmes de jadis suggérer des solutions à nos difficultés présentes. Les imperfections du système électif américain émergèrent lors de la fraude commise par les députés qui spéculaient sur les certificats de paie due émis par chaque colonie à l’intention de ses vétérans. Le truc en était simple et vieux comme le monde. Il consistait à varier la valeur de l’unité monétaire. Vingt-neuf députés de concert avec leurs amis achetèrent les certificats à 20 % de leur valeur nominale ; ensuite de quoi la nation, formant désormais une unité administrative, assuma la responsabilité de payer lesdits certificats au 100 % de leur valeur nominale.

La lutte entre la finance et le peuple se renouvela dans celle qui opposa Jefferson à Hamilton, et plus clairement encore quand Jackson et Van Buren eurent entre leurs mains les destinées du peuple. La décennie qui s’étend de 1830 à 1840 a quasi disparu des livres d’école. Il est pourtant intéressant d’étudier le rôle que jouèrent les facteurs économiques dans la guerre civile américaine. Après les guerres napoléoniennes, après celle de Sécession, après Versailles, les mêmes phénomènes se sont vérifiés. L’usurocratie fait les guerres en série. Elle les fait selon un système préétabli, dans l’intention de créer des dettes. Toute dette, créée en une monnaie qui vaut un quintal de blé, est remboursée dans une monnaie qui en vaut cinq ou plus. On parle, à cet effet, de dévaluation, d’inflation, de revalorisation, de déflation et de retour à l’or. C’est à ce dernier propos que Churchill, pour satisfaire aux impôts et autres intérêts, fit payer au paysan indien deux boisseaux de blé quand peu auparavant un seul y suffisait. C. H. Douglas, Arthur Kitson, Montagu Webb nous fournissent les particularités du crime. Les Etats-Unis furent vendus aux Rothschild en 1863. Les Américains ont mis quatre-vingts ans pour découvrir des faits encore ignorés du public européen. Le père de Lindberg en dévoila quelques-uns au Congrès américain, plus tard recueillis par Overboiser dans son History of Money in the U.S. Une lettre des Rothschild à la Maison Ikleheimer datée du 26 juin 1863 contient ces paroles incendiaires : « II y en aura peu qui pénétreront ce système, et ceux qui le comprendront s’emploieront à en jouir ; quant au public, peut-être ne comprendra-t-il jamais que ce système est contraire à ses intérêts. » Les jeux préférés de l’usurocratie sont assez simples, mais le terme de « monnaie » ne se trouve pas plus défini dans le manuel des Rothschild à l’usage des employés que dans le vocabulaire officiel : Synonymes et homonymes de la terminologie bancaire. Les jeux sont simples : récolter l’usure au taux de 60 % et plus, et varier la valeur de l’unité monétaire au moment jugé opportun par les usuriers.

L’IGNORANCE

L’ignorance de ces jeux n’est pas un produit de la nature, mais l’effet d’un artifice. Le silence de la presse en Italie comme ailleurs l’a puissamment aidé. Cette ignorance fut, en outre, patiemment élaborée. La véritable base du crédit était déjà connue des fondateurs du Monte dei Paschi di Siena, au début du XVIIème siècle. Cette base était et reste toujours la même : l’abondance ou productivité de la nature jointe à la responsabilité de tout un peuple.

Les banques et les banquiers ont des fonctions utiles et virtuellement honnêtes. Qui fournit une mesure des prix sur le marché, et dans le même temps un moyen d’échange, est utile à son pays. Mais qui falsifie cette mesure et ce moyen d’échange est un scélérat. Une saine politique bancaire tend et a naguère tendu, comme l’a dit lord Overstone * (*N.d.T. Samuel Loyd.), à « satisfaire les vrais besoins du commerce et à escompter les seules traites représentant des affaires légitimes ». Mais à un certain moment, vers le début de ce siècle, Brooks Adams fut poussé à écrire : « Peut-être n’a-t-il jamais existé de financier plus capable que Samuel Loyd. Il comprit, comme il fut donné à peu de le comprendre, même dans les générations qui lui ont succédé, la puissante machine de « l’étalon unique ». « Il comprit que si les trafics augmentent avec une monnaie inélastique (quantité inélastique de la circulation), la valeur de l’unité monétaire s’accroîtra. Il vit qu’avec des moyens suffisants sa classe pourrait manœuvrer une hausse à son gré, et qu’elle la pourrait sans doute manipuler quand elle adviendrait, tirant profit des échanges extérieurs. Il perçut de plus qu’une fois stabilisée une concentration de la circulation (fiduciaire), on la pourrait porter à l’extrême, et que, quand la monnaie aurait atteint un prix fantastique, comme en 1825, les débiteurs se verraient contraints d’abandonner leurs biens aux conditions, quelles qu’elles fussent, dictées par leurs créanciers. » Voici pourquoi la radio de Londres, en proclamant la libération de l’Europe et de l’Italie en particulier, ne répond jamais à la question : Et la liberté de ne pas s’endetter, qu’en faites-vous ? C’est aussi pourquoi Brooks Adams écrivit : « Après Waterloo, aucune puissance n’a pu contrebalancer celle des usuriers. » C’est pourquoi Mussolini fut, il y a vingt ans, condamné par le comité central de l’usurocratie. Voici pourquoi se font les guerres : pour créer des dettes qui seront payées, voire même impossible à rembourser, dans une monnaie surévaluée. La guerre est le sabotage suprême. C’est la forme la plus atroce du sabotage. Pour dissimuler l’abondance existante ou virtuelle, les usuriers suscitent les guerres, et cela afin de créer la disette et la hausse des prix. Car il est plus difficile d’obtenir le monopole de matières qui abondent que de celles qui sont rares. Les usuriers déclenchent des guerres pour établir des monopoles à leur avantage, pour étrangler le monde et en obtenir le contrôle. Les usuriers provoquent des guerres pour créer des dettes dont ils jouissent seuls des intérêts, ainsi que des profits résultant des fluctuations de la valeur de l’unité monétaire. Si ce que je dis là ne semble pas clair au lecteur néophyte, qu’il médite ces phrases prises du Hazard Circular de l’année 1862 : « La grande dette que nos amis, les capitalistes d’Europe, susciteront par cette guerre sera employée à trafiquer la circulation monétaire. Nous ne pouvons permettre que les

billets d’Etat (green-backs) circulent parce que nous n’en pouvons régler l’émission, etc… » De fait, après l’assassinat du président Lincoln, rien de sérieux ne fut tenté contre l’usurocratie jusqu’à la fondation de l’Axe Berlin-Rome. L’ambition italienne de se donner la liberté économique, qui n’est autre que celle de ne pas s’endetter, déchaîna sur elle les sanctions de sinistre mémoire. Mais les grandes maisons d’édition d’Italie, plus ou moins complices du lâchage de la presse italienne, n’ont pas publié les auteurs comme Brooks Adams et Kitson qui dévoilent ces faits. La presse fut infidèle et les maisons d’édition en ont été, selon leur compétence, les complices plus ou moins conscientes. Car si la publication des faits ne peut triompher de la mauvaise foi, du moins peut-elle vaincre l’ignorance. Ces maisons d’édition reçurent leurs informations de sources empoisonnées, et prirent leur ton du Times Literary Supplément, ainsi que des volumes distribués par Hachette et Smith and Son, ou inspirés de la Nouvelle Revue Française. Rien ou presque ne pénètre en Italie qui n’ait été sélectionné par les usuriers internationaux et leurs méchants et borgnes larbins. Il en résulte un snobisme et une ignorance créée. Le néo-malthusianisme mérite examen. En Italie comme ailleurs les romans policiers divertirent leurs lecteurs du grand crime caché, le crime du système usurocratique même. Si pour les hommes d’action et les politiciens, la chose semble sans importance, il n’en est pas moins résulté un vaste imbroglio de résistance passive dans certaines classes, de celles qu’on dit « lettrées » ou « cultivées » et qui donnent la couleur à la matière imprimée. Ces gens lisent, puis ils écrivent, et le public en reçoit les ordures. De ce lavage de cerveau vient cette crédulité qui rend la plupart du public sujette au mal anglais, qui la dispose à croire toutes les sornettes venues de Londres, et redistribuées gratuitement par les indigènes crédules. Aux libéraux (qui ne sont pas tous des usuriers) nous demandons : pourquoi les usuriers sont-ils tous libéraux ? A ceux qui réclament la dictature du prolétariat, nous demandons : en vertu de quoi le prolétariat d’un pays doit-il imposer sa dictature au prolétariat d’un autre ? A ceux qui rejettent le concept d’autarcie sous prétexte qu’il en coûte trop, que le blé doit s’acheter là où il coûte le moins, je rappellerai que c’est justement l’importation du blé d’Egypte à vil prix qui, sous l’empire romain, ruina l’agriculture italienne. Mais si ce fait vous paraît trop éloigné de nous dans le temps, l’on peut tout de même remarquer que ceux qui parlent de cette sorte de libre commerce finissent par parler de l’exportation du « travail », soit l’exportation de la main-d’œuvre, d’êtres humains en échange de denrées. Bon nombre de personnes commencent à comprendre que l’Angleterre, dans sa tentative sadique de détruire l’Italie, est en train de se détruire elle même. Mais l’origine de cette fureur échappe encore au public. Niez, s’il vous plaît, que l’homme purement et exclusivement économique n’existe pas ; l’analyse des motifs économiques,

du moins, nous en fait-elle mieux comprendre l’avarice. La convoitise du monopole est un vice radical. Elle ressort dans l’erreur du prix juste, condamné par la doctrine économique de l’Eglise aux temps de sa plus grande gloire. Il importe de comprendre qu’une certaine littérature, ainsi que tout le système journalistique contrôlé par 1’usurocratie mondiale, ne tendent qu’à maintenir le public dans l’ignorance du système usurocratique et de ses mécanismes. Les circonstances de la trahison militaire nous sont connues, mais la trahison intellectuelle n’a pas encore été comprise. L’ignorance de ce système et de ses ressorts cachés n’est pas un produit naturel ; elle fut créée. Le libéralisme et le bolchévisme se réunissent dans leur mépris fondamental de la personne humaine. Staline n’a-t-il pas fait commander 40 wagons de matière humaine pour mener à bien la construction d’un canal ? Et les libéraux, n’en viennent-ils point toujours à parler d’exportation de la main-d’œuvre ? Le libéralisme dissimule son économie funeste sous deux prétextes : la liberté d’expression, parlée et imprimé, et celle de la personne garantie en théorie par la formule de l’ « habeas corpus ». Demandez en Inde ou même en Angleterre si ces pré-textes sont respectés. Interrogez n’importe quel journaliste américain sur ce qui lui est laissé de liberté d’expression par les advertisers (grandes firmes qui achètent les pages publicitaires des journaux américains).

Autres anecdotes bonnes à savoir :

1. Nous avons besoin d’un moyen d’échange et d’un moyen d’épargne, mais il n’est pas nécessaire que le même cumule les deux fonctions.

2. Il appartient à l’Etat de PRÊTER. La flotte qui vainquit à Salamine fut construite avec les deniers prêtés par l’Etat athénien aux armateurs.

3. Pour simplifier l’administration d’Etat ou privée, mieux vaut un mécanisme capable de fonctionner au niveau d’un simple guichet de bureau, soit d’Etat, soit privé.

UNE NATION QUI REFUSE DE S’ENDETTER ENRAGE LES USURIERS

LE PIVOT
Tout le commerce et toute l’industrie roulent sur la monnaie. L’argent en est le pivot. C’est le moyen terme. Il se tient entre l’industrie et les ouvriers. Je veux bien que l’homme purement économique n’existe pas, il n’en demeure pas moins un facteur économique qui entre dans le jeu de l’existence. A se payer de mots, l’on perd le « ben dell’intelletto » * (*N.d.T. Dante, Inferno III, 18).

C’est le commerce qui enrichit la Ligurie. C’est l’usure qui lui fit perdre la Corse. A perdre de vue ce qui distingue le commerce de l’usure, l’on perd le sens du processus historique. Ces derniers mois, on a semble-t-il commencé à parler d’une puissance internationale nommée finance, mais qu’il serait plus juste d’appeler « usurocratie » ou empire des grands usuriers assemblés et conjurés. Ce ne sont pas les marchands de canons, mais les trafiquants d’argent qui ont tiré cette guerre du néant, qui depuis des siècles et des siècles suscitent les guerres en série à plaisir, afin de créer des dettes des intérêts desquelles ils puissent jouir ; des dettes au cours bas de l’argent pour en demander le remboursement à un cours plus élevé. Mais tant que le mot de monnaie n’est pas clairement défini et qu’une telle définition n’a pas pénétré l’esprit des peuples, ceux-ci entreront aveuglément en guerre sans en connaître la raison. Cette guerre ne fut pas l’effet d’un caprice de Mussolini, non plus que de Hitler. C’est un chapitre d’une longue et sanglante tragédie qui commença avec la fondation de la Banque d’Angleterre dans la lointaine année 1694, avec l’intention déclarée dans le désormais célèbre prospectus de Paterson, où on lit : « La banque tire profit de l’intérêt sur toute la monnaie qu’elle créée de rien. » Pour bien pénétrer cette proposition, il nous faut d’abord savoir ce que c’est que la monnaie. La monnaie n’est pas un instrument aussi simple, disons, qu’une bêche. C’est un instrument à deux tranchants : l’un évalue les prix sur le marché, l’autre donne le pouvoir d’acheter les marchandises. C’est sur cette duplicité qu’ont joué les usuriers. Vous entendez bien qu’une horloge comprend deux principes : celui de la force motrice et celui de la balancière, engrenées l’une dans l’autre. Mais lorsqu’il vous est demandé ce qu’est l’argent, vous ne savez pas même ce que sont les billets de dix lires et les pièces de vingt centimes que vous avez en poche. Jusqu’à ce qu’un empereur de la dynastie T’ang, au VIème siècle de notre ère, émît ses billets d’Etat (je dis d’Etat et non de banque), le monde dut utiliser, comme monnaie, une quantité déterminée de marchandises d’usage commun, sel ou or, selon le degré de sophistication par lui atteint. Mais depuis l’an 654 après Jésus-Christ, le métal ne fut plus nécessaire aux échanges entre gens civilisés. Le billet d’Etat des T’ang de l’an 856, encore conservé, porte une inscription toute pareille à celle que vous lisez sur vos billets de dix lires. Le billet mesure le prix, non la valeur ; les prix sont calculés en unités monétaires. Mais qui vous les fournit, ces billets ? Qui ordonne leur mise en circulation, à ces bouts de papier ? Avant cette guerre, qui contrôlait l’émission de la monnaie mondiale ? Vous plaît-il de connaître les causes de la présente guerre ? Tâchez de savoir par qui et comment fut contrôlée toute la monnaie du monde. Je ne fais pour l’heure que vous répéter cette seule indication prise de l’histoire des Etats-Unis d’Amérique : la grande dette que nos amis (les capitalistes d’Europe) créeront avec cette guerre nous permettra de contrôler — entendez : dominer — la circulation de l’argent,

« Nous ne pouvons tolérer que les « greenbacks » (billets d’Etat) circulent, parce que nous n’en pouvons avoir le contrôle. » Ces lignes sont extraites du Hazard Circular de l’an 1862. Il m’apparaît qu’une situation analogue s’est présentée en 1939. Je dirai que l’Italie, n’ayant pas voulu s’endetter, enragea les grands usuriers. Pensez-y ! Et songez aussi à la nature de la monnaie même et à la coupable négligence des économistes quand nous venons leur demander ce que sont l’argent, le crédit, l’intérêt et l’usure. Avant de disputer d’une politique, d’une réforme, d’une révolution monétaire, il nous faut bien nous pénétrer de la nature de la monnaie.

L’ENNEMI

L’ennemi, c’est l’ignorance (notre ignorance). Au début du XIXe siècle, John Adams (pater patriae) s’aperçut que les erreurs et les défauts du gouvernement américain provenaient moins de la corruption du personnel politique que d’une ignorance de la monnaie, du crédit et de leur circulation. Nous n’avons pas bougé depuis. L’étude en est jugée trop aride par ceux qui n’en voient pas la portée. Vers la fin de décembre dernier, un banquier me représenta qu’à une époque dont il avait souvenir, le papier-monnaie italien valait plus que l’or. Je présume qu’en cet âge « d’or », les Rothschild voulaient acheter l’or à bon marché pour ensuite le faire monter jusqu’à des « cimes vertigineuses ». C’est ainsi que les Sassoon et leurs compères ont profité de la baisse de l’argent. Ce métal qui descendit jusqu’à 23 cents (américains) l’once, fut acheté par des imbéciles (toujours américains) à 75 cents l’once, pour complaire à leurs patrons hébraïques. « Pour sauver l’Inde », M. Churchill ne fit pas moins avec sa politique du retour à l’or. Pour satisfaire aux impôts et autres intérêts, ne fit-il pas, comme je l’ai dit, payer aux paysans de ce pays deux boisseaux de blé, quand peu auparavant un seul y suffisait ? Aussi, pour combattre ces manœuvres du marché des métaux, devons-nous d’abord comprendre ce qu’est la monnaie. La monnaie, c’est aujourd’hui un ‘disque de métal’ (pièces) ou une ‘bande de papier’(billet) qui sert de mesure aux prix. Elle confère, à qui la possède, le droit de recevoir en échange n’importe quelle marchandise correspondant au prix égal au chiffre indiqué sur les pièces ou billets, sans autre formalité que son transfert de main à main. C’est dire que la monnaie est chose autre qu’un ‘bulletin spécial’ comme un billet de chemin de fer ou de théâtre. Cette universalité de l’argent lui communique certains privilèges que n’a pas le ‘bulletin spécial’. Je reviendrai sur ces privilèges une autre fois.

Outre cette monnaie palpable, il existe une monnaie intangible appelée « monnaie de compte » qui sert aux opérations bancaires et de comptabilité. Cette insubstantialité de la monnaie ferait plus l’objet d’une étude du crédit que d’un traité sur la monnaie même. Notre premier soin est d’éclaircir nos idées relatives à ce qu’on est convenu d’appeler la « monnaie-travail », et de préciser que l’argent ne peut être regardé comme un simple « symbole du travail ». Il peut être un certificat du travail accompli à condition que ce travail se fasse à l’intérieur d’un système défini. La validité de ce certificat dépendra donc de l’honnêteté du système et de la compétence de celui qui certifie. Encore faut-il que ce certificat indique un travail utile ou agréable à la communauté. Un travail-non-déjà-effectué servirait plutôt de composante du crédit que de base à une monnaie bien comprise. Pour user d’une métaphore, on pourrait appeler le crédit : ‘Le temps futur de l’argent’. On a mis à profit toute l’expérience thésaurisée par les hôtels de la monnaie pour garantir, dans les monnaies métalliques, à la fois la quantité et la qualité du métal. De non moindres précautions seront nécessaires pour garantir la quantité, la qualité et l’opportunité du travail qui servira de base à une nouvelle monnaie appelée ‘monnaie-travail’, ou ‘monnaie-certificat-du-travail-accompli’. Les mêmes fraudes de comptabilité dont usaient jadis les usuriers pour duper le public dans le système métallique, seront, quel que soit le système monétaire adopté, tentées par les usuriers de demain contre la justice sociale, tant que la nature et les modalités de ces processus n’auront pas été clairement comprises du public, sinon d’une minorité avertie et efficace. Un seul bourbier serait asséché par la création de la ‘monnaie-travail’. J’entends que les avantages du système fondé sur l’or, si vantés par les banquiers, ne profitent qu’à eux seuls, et encore pas à tous. La justice sociale exige les mêmes avantages pour tous. La ‘monnaie-travail’ tire son principal avantage du seul fait que le travail n’est pas monopolisable. De là cette opposition acharnée, cette rumeur naturelle ou artificielle qui s’élève des rangs des usuriers internationaux ou autochtones. Cette idée que le travail peut servir de mesure des prix, déjà commune au XVIIIème siècle, fut clairement exposée par Benjamin Franklin. Quant au monopole de la monnaie, si pourtant nul n’est assez simple pour abandonner son propre compte en banque à la discrétion d’autrui, des nations entières cependant, et de simples particuliers, des industriels et des «hommes d’affaires» se sont empressés de laisser le contrôle des monnaies, tant nationale que mondiale, aux mains des plus fétides rebuts de l’humanité, y compris les patrons de Churchill et les maquereaux de la clique roosevelto-baruchienne. Le travail, lui, n’est pas monopolisable. Sa fonction de mesure commence à être comprise. Le public italien a eu l’occasion de lire de clairs exposés sur ce sujet, comme,

par exemple, lorsque le « régime fasciste » nous conte que l’ouvrier russe doit payer de trois cent quatre-vingts heures de travail une redingote qui n’en coûte que quatre-vingts au tudesque. Un écrit de Fernando Ritter dans le Fascio de Milan, en date du 7 janvier courant, nous parle de l’argent non pas en termes génériques et abstraits comme ceux de « capital et finance», mais en termes de grain et de fumier. Sur la validité de la monnaie primitive ou traite écrite à même le cuir, C. H. Douglas a lâché cette phrase lapidaire : « C’était au bon temps où l’homme qui émettait la traite, promettant un bœuf, possédait le bœuf. » Le certificat du travail accompli sera également valable quand l’utilité de ce travail aura été honnêtement estimée par des autorités compétentes. Rappelons ici que la terre n’a pas besoin de récompense en argent pour les richesses qui lui sont dérobées. La nature, avec sa merveilleuse efficacité et son rythme solennel, veille à ce que se maintienne une égale circulation de ses richesses, et à ce que ce qui sort de son sein y retourne, et cela nonobstant l’ingérence humaine.

TOXICOLOGIE DE LA MONNAIE

La monnaie n’est pas un produit de la nature mais une invention de l’homme. C’est l’homme qui, faute de discernement, en a fait un instrument maléfique. Les nations ont oublié les différences entre les différents règnes, l’animal, le végétal et le minéral, ou plutôt c’est la finance qui leur a fait représenter ces trois règnes sous une seule espèce, négligeant de prendre en considération les conséquences d’un tel acte. Le métal dure mais ne se reproduit pas. L’or semé ne se multiplie pas. Le végétal existe presque en lui-même, mais la culture en accroît la reproduction naturelle. L’animal fait ses échanges avec le monde végétal, fumier contre pâture. L’homme fit des chaînes d’un métal dont le lustre le fascinait. Puis il inventa une chose contre nature et se fit une fausse représentation du monde minéral obéissant à la loi gouvernant les deux autres. Le XIXeme siècle, infâme siècle d’usure, alla plus loin en créant une espèce de messe noire de l’argent. Marx et Mill, nonobstant leurs superficielles différences, se rejoignirent pour attribuer à l’argent des propriétés quasi religieuses. On est allé jusqu’à parler de l’énergie « concentrée dans l’argent » comme de la divinité dans le pain consacré. Comme si une pièce de cinquante centimes avait jamais créé la cigarette ou la barre de chocolat qu’avant-guerre l’on tirait des machines automatiques !

Certes, la durabilité du métal lui confère certains avantages sur les tomates ou les pommes de terre. Il est loisible à qui le possède de laisser venir le moment propice pour l’échanger contre des biens plus périssables. De là viennent les premières spéculations de la part des détenteurs du métal, surtout de ces métaux rares et non sujets à la rouille. Outre cette virtualité d’agir avec iniquité, que la monnaie métallique tire de son être même, l’homme, afin de favoriser l’usure, inventa un papier muni de coupons. L’usure est un vice et un crime condamnés par toutes les religions et par tous les moralistes de l’Antiquité. C’est dans le De Re Rustica de Caton que nous trouvons ce fragment de dialogue : « — Que dis-tu de l’usure ? » — Et toi, que penses-tu de l’assassinat ? » Et dans Shakespeare : « Ton or, c’est peut-être tes brebis et tes moutons ? » Non ! Ce n’est pas dans l’argent qu’il faut chercher la racine du mal, mais dans l’avarice et la convoitise du monopole. Captans annonam maledictus in plebe sit ! tonnait saint Ambroise : monopolisateurs des récoltes, soyez maudits entre les peuples ! Cette possibilité d’iniquité était déjà offerte aux détenteurs de l’or à l’aube de l’histoire. Mais ce que l’homme a fait, il le peut défaire. Il n’est que de créer une monnaie qui n’ait pas la vertu de sommeiller dans les coffres-forts jusqu’au moment favorable à celui qui la possède. Ainsi disparaîtront les possibilités d’étrangler le monde par le moyen d’une monnaie qui soit frappée ou imprimée. L’idée n’est pas neuve. Déjà les évêques du Moyen Age émettaient une monnaie qu’ils immobilisaient à l’Hôtel de la Monnaie pour être refrappée au terme d’une période définie. L’Allemand Gesell et l’Italien Avigliano imaginèrent, presque en même temps, un moyen plus ingénieux encore d’arriver à une plus grande justice économique. Ils proposaient un papier-monnaie sur lequel on fut, au début de chaque mois, obligé d’afficher une marque d’un pour cent de la valeur nominale. Ce système donna de si louables résultats dans des zones limitées qu’un peuple clairvoyant se doit de les méditer. Le moyen en est simple. Il ne passe pas l’entendement d’un paysan. Tous sont à même de coller un timbre-poste sur une enveloppe ou un timbre-quittance sur une note d’aubergiste. Un avantage de cet impôt sur tous les autres (du point de vue humanitaire), c’est qu’il ne peut frapper que les personnes qui, au moment de l’incidence, ont en poche une somme d’argent cent fois supérieure à l’impôt même. Il a aussi cet autre avantage de ne contrarier ni les opérations du commerce, ni celles de la fabrication. Il ne tombe que sur la monnaie superflue, celle que le détenteur n’a pas eu à dépenser au cours des mois précédents. Comme remède à l’inflation, ses avantages doivent être immédiatement perçus. L’inflation est le résultat d’une surabondance et une superfluité de l’argent. Avec le système de Gesell, toute émission de billets se consomme en cent mois (huit ans et quatre mois), ou bien elle apporte au Trésor une somme égale à celle de l’émission originelle.

(Pour rendre la chose plus claire encore, imaginez un billet déposé pour cent mois dans un coffre-fort. Nous avons là une monnaie qui fait la grève, qui ne joue pas son rôle de moyen d’échange, qui n’accomplit pas sa destinée. Eh bien l’impôt sur ce sommeil paresseux égalera sa valeur nominale. Par contre, un billet qui passe de main en main peut, avant d’être taxé, servir chaque mois à des centaines de transactions.) Les dépenses des divers bureaux qui, à cette heure, sont chargés d’imposer le public, pourraient se réduire au point de presque disparaître. Les employés ne se rendent pas au bureau de gaieté de cœur. On ferait mieux de les envoyer se promener. Ils pourraient aussi élever le niveau culturel de leurs proches. Leurs traitements continueraient de leur être versés, sans qu’il en coûte le moindre boisseau de blé, ou litre de vin à la richesse matérielle de l’Italie. A qui les études ne conviennent pas, on donnerait l’occasion de produire quelque chose d’utile. La grande erreur de l’économie dite libérale fut l’oubli de la différence entre ce qui se peut et ce qui ne se peut pas consommer. Un réalisme républicain attirerait l’attention du public sur cette réalité basilaire. Un sombre idiot, Philip Gibbs, écrivant d’Italie aux anglo-assassins, ne comprend pas ce qu’on peut faire d’un produit qui ne se vend pas. L’idée de s’en servir ne semble pas entrer dans la psychologie bolchévico-libérale.

L’ERREUR
Faire de l’argent un dieu et l’idolâtrer fut l’erreur. Cette dénaturation tient à la fausse représentation que nous nous faisons de l’argent, lui attribuant un pouvoir qui ne lui revient pas. L’or dure mais ne se multiplie pas, quand bien même vous assembleriez deux pièces d’or, l’une en forme de coq et l’autre de poule. Il est ridicule de parler de fruit à son endroit. L’or ne germe pas comme le blé. Une représentation qui lui attribue cette faculté est une fausse représentation. Je le répète : nous avons besoin d’un moyen d’échange et d’un moyen d’épargne, mais il n’est pas nécessaire que le même serve à ces deux desseins. Il n’est pas nécessaire que le marteau serve d’alène. Le timbre affiché au billet sert de balancier. Dans le système usurocratique, le monde a été submergé par les vagues alternées de l’inflation et de la déflation, de l’excès d’argent et de sa rareté. Tout le monde comprend la fonction du pendule et du balancier. Appliquons-en l’intelligence à la sphère monétaire.

Lorsque l’argent jouira d’un pouvoir ni trop grand, ni trop faible, alors nous approcherons d’un système économique sain. On ne sait plus distinguer le commerce de l’usure, la dette de la dette à intérêt. Naguère, en 1878, on parla de dette sans intérêt ; bien plus, d’une dette nationale sans intérêt. L’intérêt dont vous avez joui par le passé fut en grande partie illusoire. Il a fonctionné à brève échéance, vous laissant une somme d’argent supérieure à celle que vous aviez ‘épargnée’, mais possédée dans une monnaie dont l’unité s’était dévaluée. Dexter Kimball, ayant recensé les bons des compagnies ferroviaires américaines émis durant un demi-siècle, découvrit qu’un grand nombre de ces obligations fut annulé pour des causes contingentes. Si j’ai bonne mémoire, le chiffre atteignait 70 %. Il est juste que les industries et autres exploitations qui travaillent à accroître la production paient un intérêt. Mais le monde ne sait plus distinguer le productif du corrosif. Impardonnable sottise ! D’autant plus que cette distinction était bien marquée des premiers temps de l’histoire. C’est falsifier que de représenter ce qui est corrosif comme étant productif. Mais les simples idolâtrent toutes les fausses représentations. Bornez l’argent à ses justes limites, laissez-le reposer une durée correspondant à celle dont jouit le monde matériel, tirez parti de son juste avantage (qui est d’être échangeable contre toute marchandise à tout moment de son existence), mais ne lui attribuez pas, outre cet avantage, des pouvoirs qui ne correspondent ni à la justice, ni à la nature des marchandises représentées. On approcherait, de la sorte, de la justice sociale et de la santé économique.

VALEUR MILITAIRE

II ne peut y avoir de valeur militaire dans un climat de lâcheté intellectuelle. Nul ne doit s’offusquer si la société refuse ses idées, mais c’est toujours une lâcheté intellectuelle que de ne pas oser formuler ses concepts sociaux, surtout en un temps chargé de promesses, et à une époque qui annonce la création d’un nouveau régime. Quiconque possède un talent pour l’histoire, et maîtrisant une documentation et des sources historiques incontestables, se doit de préciser ses idées touchant la partie du corps social que ses études lui donnent le droit d’analyser. Pour imprégner les générations futures d’un tel esprit, on doit commencer dès l’école par l’observation des objets particuliers, puis progresser jusqu’à la connaissance de certains faits particuliers de l’Histoire. Il est superflu pour tout homme de posséder une connaissance encyclopédique de ces faits, mais il importe que tout homme exerçant une fonction publique ait connaissance des données essentielles du problème qu’il tente de résoudre. On commence par le jeu des objets exposés aux yeux de l’enfant, dans la main ouverte, puis subitement fermée…

La pensée repose sur la définition qu’on donne aux mots : témoins Confucius et Aristote. Je ferais terminer les études de tout universitaire par une comparaison (si brève fût-elle) entre les deux livres principaux d’Aristote, l’Ethique à Nicomaque et la Politique, et le Tetrabiblon chinois (soit les trois livres de la tradition confucéenne : le Ta S’eu ou l’Etude Fondamentale, l’Axe qui ne vacille pas, les Conversations, et le Livre de Mencius ). Pour une éducation publique extra-universitaire, une simple réglementation des librairies y suffirait : que tout libraire fût tenu de vendre et parfois même d’exposer, pour quelques semaines, certains livres d’une importance capitale. Celui qui pratique les grands maîtres de la pensée, et plus particulièrement Aristote, Confucius, Démosthène et le Tacite traduit par Davanzati *(*N.d.T. Bernardo Davanzati (1529-1606), célèbre traducteur de Tacite.), sera imperméable aux ordures. Quant à la monnaie même, il suffit que chacun médite pour soi le principe du balancier et les effets sociaux et nationaux qui s’ensuivraient de la seule apposition d’un timbre-quittance au bon endroit. Sur le billet de préférence à la note d’aubergiste. On a parlé des « Chevaliers de Saint-Georges » *(*N.d T. Surnom italien donné à leurs « louis d’or ».) sans qu’on prît soin de les identifier. L’argent peut nuire, mais la connaissance économique est aussi grossière aujourd’hui que l’était jadis la médicale, quand on savait bien qu’une jambe cassée fait mal, mais qu’on ignorait les effets des microbes. C’est moins cet argent pour lequel s’est vendu un Badoglio *(*N.d.T. Le général Badoglio, vice-roi d’Ethiopie et représentant du parti royaliste, signa, après la chute de Mussolini, l’armistice avec les Alliés.) que l’effet caché de l’intérêt qui corrompt tout : non pas l’intérêt payé à un particulier sur son compte en banque, mais l’intérêt sur l’argent qui n’existe point — ce mirage de l’argent ; un intérêt qui s’élève à 60 % et même davantage, en comparaison de l’argent qui représente un travail honnête ou des produits utiles à l’humanité. Je le répète : on a perdu le sens de la distinction entre le productif et le corrosif ; entre la division des fruits d’un travail fait en commun (soit un juste et vrai dividende appelé partage dans la langue médiévale) et l’intérêt corrosif qui ne représente aucun accroissement de la production utile et matérielle. Il ne s’agit pas de faire de l’antisémitisme, mais de fouler aux pieds le système monétaire hébraïque au moyen duquel certains Juifs exercent leur épouvantable usure. Nous engageons les Mazziniens à lire quelques pages des Devoirs de l’Homme touchant les banques.

 

L’Amérique de Roosevelt et les causes de la présente guerre

Les principaux faits réunis dans cette brochure sont :

1. La suppression du papier-monnaie en Pennsylvanie (anno Domini 1750)

2. La révolution américaine (1776) trahie à diverses reprises

3. La chute des Etats-Unis durant la guerre civile sous l’emprise de l’usurocratie internationale (vers 1863)

Ces faits doivent être compris relativement à la guerre 1939-1945

INCIDENCE DE LA GUERRE SUR LE DEROULEMENT DE L’HISTOIRE ET LA DESTINÉE DES RÉVOLUTIONS

Cette guerre ne fut pas le résultat d’un caprice de Mussolini ou de Hitler. Elle entre dans la guerre millénaire entre usuriers et paysans, entre l’usurocratie et tous ceux qui de leurs bras, qui de leur intellect, accomplissent un travail honnête. J’ignore combien il faut avoir lu de livres pour comprendre cette simple vérité, mais je sais que celui qui écrit l’histoire doit se fier davantage au choix des faits sélectionnés avec soin plutôt qu’à une multitude de données. Quelques pages d’un Georg Obst, qui s’attache à se faire clairement comprendre de son lecteur, en disent plus que toute l’Histoire de la Finance d’un D.R.Dewey qui a surtout cherché à faire un livre utile aux patrons de la ploutocratie. Les rouages des processus historiques ont certes été compris à diverses époques, mais les révélations apportées par une minorité militant pour le bien public furent systématiquement enterrées et obscurcies. Mon grand-père disait ces mêmes choses déjà en 1878. Et les hommes n’ont pas davantage gardé en mémoire les travaux d’un Calhoun, d’un Jackson, et d’un Van Buren. Il y a quarante ans, Brooks Adams réunit des faits du plus haut intérêt, mais ses livres n’eurent qu’une faible diffusion et furent peu lus. Il confessait d’ailleurs, non sans ironie, qu’il ne sentait aucune vocation au martyre.

Il n’existe qu’une trentaine de livres environ, dont aucun n’est à présent en circulation, qui nous permettent de comprendre comment la révolution italienne perpétue la révolution américaine. Il m’a fallut sept ans de recherche pour obtenir The Life and Works of John Adams, dix volumes in-folio, publiés en 1851 par les soins de Charles Francis Adams, petit fils du Père de la Nation. Ces œuvres sont, du reste, en partie incompréhensibles pour qui ne possède pas déjà une certaine connaissance de l’économie, et plus encore des questions monétaires. Qui comprend la cause ou les causes d’une guerre comprendra du même coup, celles de presque toutes les guerres. Mais leurs causes radicales et premières n’ ont guère été divulguées. Les rouages du système bancaire sont absents des livres d’école. Les mystères de l’économie sont plus jalousement gardés que ne le furent jamais ceux d’Eleusis. Et la banque centrale de la Grèce se trouvait à Delphes. Au XIXème siècle, le public dans son ensemble tendait à croire que l’économie politique avait été inventée par Adam Smith. Dans les universités anglaises l’on créa les Regius Professorships (chaires « royales ») afin de falsifier l’Histoire et infléchir l’opinion du côté Whig (N.d.T. c’est à dire du libéralisme). En Angleterre, les souverains de la dynastie Tudor utilisaient déjà la phrase « tuning the pulpits » (N.d.T. Du mot ‘régler’, dans le sens d’accorder les chaires universitaires afin de leur faire tenir le discours attendu) et veillaient à ce que les évêques et les prédicateurs missent la religion au service de la politique. Le fait cardinal de la Révolution américaine fut la suppression du papier-monnaie en Pennsylvanie et dans d’autres colonies pendant l’année 1750. Mais l’histoire enseignée aux Etats-Unis parle de choses plus pittoresques comme du thé jeté dans les eaux du port de Boston. L’éthique naît avec l’agriculture. L’éthique des nomades ne va pas au-delà de la distinction entre ma brebis et la tienne. Si l’étude d’Aristote et de Démosthène a été quasi supprimée, du moins sciemment escamotée, c’est que certains auteurs classiques parlent un langage si clair qu’il déplaît à Messieurs les Grands Usuriers. La terminologie de l’activité financière a été jadis étudiée et exposée avec sérieux par Claudius Salmasius (De mode Usurarum, De Foenore Trapezetico Lugd. Bat, 1639, 1640). Mais même les encyclopédies qui mentionnent son nom ne font pas état des titres de ses livres. Le principe et la base solide du crédit étaient déjà connus et proclamés par les fondateurs du Monte dei Paschi de Sienne au début du XVIIème siècle. C’étaient et c’est toujours l’abondance, ainsi que la capacité productive de la nature, liées et en adéquation avec la responsabilité de tout un peuple. Je signale ces faits en apparence décousus pour signifier que les grands crimes ne proviennent ni de l’incurie d’une poignée d’hommes d’étude, ni de l’ignorance de toute l’humanité, mais de l’ignorance de la grande majorité.

La compréhension des sages a certes été consignée, mais les inscriptions disparaissent et les livres pourrissent. La publicité de l’usurocratie, telle une marée fangeuse, submerge l’esprit du public, et les mêmes iniquités, les mêmes monopoles, les mêmes rapaces réapparaissent enveloppant le monde sous leurs ailes immondes.

« CAPTANS ANNONAM MALEDICTUS IN PLEBE SIT »

Saint Ambroise frappait juste : « Vous qui monopolisez les récoltes, soyez maudits, maudits entre les peuples ! » L’histoire de l’usure commence à Babylone avec les prêts de semences, dès le troisième millénaire avant Jésus-Christ. La première mention que je sache d’une politique monétaire d’Etat est attestée dès la dynastie Shang (-1767 à -1122 avant Jésus-Christ). C’est alors que pour alléger la misère de son peuple, misère que ne faisaient qu’accroître ceux qui accumulaient et monopolisaient le blé durant une disette, un empereur de Chine fit ouvrir une mine de cuivre et fit battre des disques de métal percés d’un trou carré. Nous lisons aussi qu’il fit « don » aux affamés de ces pièces pour qu’ils puissent acheter du blé « là où il s’en trouvait ». On ignore si cet empereur en eut l’idée le premier ou s’il se contenta de suivre l’exemple heureux d’un de ses un prédécesseurs. Mais il est clair qu’il comprit la nature, le but civique, ainsi que l’une des bornes de la puissance de l’argent. Une semblable sagesse refait jour dans le récent programme de la République fasciste : non pas les droits de la propriété, mais les droits à la propriété. Les décrets de l’empereur Frédéric II de Sicile commençaient par « Dieu éternel et la création du monde ». Ce style médiéval ne laissait aucunement croire que les faits sociaux étaient et sont sans racines. Aujourd’hui, l’ignorance, la mienne, la vôtre, l’ignorance du public, n’est pas un phénomène naturel. Par-delà l’ignorance naturelle, l’ignorance créée par certains intérêts embrasse l’horizon ; celle créée par la presse à la solde de cartels d’usuriers, et celle créée par des organisations de toute sorte luttant pour la conservation de leurs privilèges et de leurs monopoles. L’événement pivot à retenir de l’histoire des Etats-Unis est la suppression du papier-monnaie dans les colonies, cinquante-six ans après la fondation de la banque privée, dite Banque d’Angleterre.

Entre autres définitions du mot ‘banquier’ réunies par Obst, nous trouvons celle-ci : un banquier est un homme qui achète de l’argent et des dettes, créant de ce fait d’autres dettes. Un banquier, c’est celui qui emprunte de l’argent pour ensuite le reprêter à son avantage, soit à l’intérêt le plus élevé. Le ‘progrès’ de la rouerie usuraire enregistré depuis la fondation de ladite banque fut clairement exposé dans le prospectus de Paterson : la banque bénéficie de l’intérêt sur l’argent qu’elle crée de rien. En somme, Paterson proposait de prêter non de l’argent mais des lettres de change, jouant sur la probabilité extrêmement faible qu’un petit nombre de déposants puisse retirer leur argent en même temps. Le truc fit merveille. Mais les quakers de Pennsylvanie lui firent concurrence pro bono pennsylvanico publico. Ces derniers prêtaient leur papier-monnaie aux agriculteurs qui assainissaient leurs terres, jusqu’à concurrence d’une somme correspondant à la moitié de la valeur des terres. Les agriculteurs effectuaient le remboursement en dix versements mensuels. La banque métropolitaine, tirant les ficelles du Gouvernement anglais, fit supprimer cette concurrence bénéfique qui avait apporté la prospérité aux colonies dès 1750. Après quelques autres vexations, les colonies déclarèrent leur indépendance qu’elles acquirent grâce à leur situation géographique ainsi qu’aux troubles qui agitaient alors l’Europe. L’empereur Tching Tang avait compris la fonction distributive de la monnaie. Aristote eut raison de dire que les grecs appelaient l’argent numisma car il n’était pas produit par la nature, mais par l’homme. L’argent est d’abord un instrument de la volonté de ses dirigeants ; volonté entravée soit par l’ignorance, soit par des volontés contraires. Il est juste de dire que l’homme purement économique n’existe pas si l’on entend, par là, qu’on ne saurait résoudre le problème économique sans tenir compte de la volonté humaine comme l’une de ses composantes. Le but de tout monopole est de parvenir à vendre des biens monopolisés à un prix injustement haut, au mépris du prochain et du bien public. Ces trente dernières années, les kiosques et les librairies ont exposé et vendu une foule d’ouvrages plus ou moins douteux, narrant les vicissitudes des divers monopoles, du pétrole, des métaux, etc. Mais le grand livre jaune* de l’argent ne s’est pas trouvé en leur compagnie. En un sens Brooks Adams l’avait composé, quoique de manière peu accessible au grand public. Le cœur de son exposé se trouve dans ce paragraphe-ci : « Peut-être ne s’est-il jamais rencontré de financier plus capable que Samuel Loyd. Il sut comprendre , comme peu le comprirent, même dans ceux qui lui succédèrent, la puissante machine de « l’étalon unique ». « Il comprit qu’avec

une monnaie inélastique (quantité inélastique de la circulation), la valeur de l’unité monétaire augmentera d’autant qu’augmenteront les trafics. Il vit qu’avec des moyens suffisants, sa classe pourrait manœuvrer une hausse à son gré, et qu’elle la pourrait sans doute manipuler quand elle adviendrait, tirant parti des échanges extérieurs. Il perçut aussi qu’une fois stabilisée une contraction de la circulation (fiduciaire), on la pourrait porter à l’extrême, et que, lorsque la monnaie aurait atteint un prix fantastique, comme ce fut le cas en 1825, les débiteurs se verraient forcés d’abandonner leurs biens aux termes, quels qu’ils fussent, dictés par leurs créanciers. »* (*N.d.T. Brooks Adams, The Law of Civilization and Decay, New York, 1896. New York. Vintage Books, 1955). C est là le nœud de la question. La révélation moderne du mécanisme usurocratique en était restée là lorsque Arthur Kitson fit son rapport à la Mac Millan Commission, illustrant la courbe des rapports entre dette et crédit après les guerres napoléoniennes, après la guerre civile aux Etats-Unis, et sur le monde d’après Versailles (Jugeons aujourd’hui de la propagande américaine pour le « retour à l’or ».) Aristote fait quelque part allusion au monopole des pressoirs pratiqué par Thales, pour illustrer comment un philosophe pourrait mystifier ses semblables s’il ne trouvait un plus haut intérêt dans l’exercice de ses facultés mentales. Le monopole de l’argent, ou la restriction de sa circulation, n’est rien d’autre qu’une forme plus élaborée du monopole de Thales. Les niais se prennent au piège. Les guerres sont créées en série, délibérément, par les grands usuriers de la planète : pour créer des disettes et des dettes dont ils jouissent des intérêts, pour hausser le prix de l’argent (soit celui des diverses unités monétaires contrôlées ou possédées par les usurocrates), pour changer, selon leur bon plaisir, les prix des unités monétaires, pour hausser et abaisser les prix des diverses denrées, et ce, avec une incurie absolue de la vie humaine et des trésors accumulés par une civilisation séculaire.

SUR DEUX CONTINENTS

Toutes les révolutions sont trahies. Les vicissitudes qui jalonnent l’histoire de la jeune République-Unie d’ l’Amérique du Nord peuvent servir sur le mode mineur d’avertissement à la République italienne d’aujourd’hui, de même que toute connaissance précise de l’Histoire nous aide à élucider les processus historiques en période de crise.

La victoire des armées américaines, la reddition de Lord Cornwallis, et ce qui s’en suivit, ne mirent pas fin à la guerre séculaire entre le producteur et l’usurier qui se continuait, quoiqu’en sourdine, sans la moindre trêve. Un des pères de la République trouva plaisante l’idée qu’une guerre pût jamais mettre fin à l’intérêt sur les dettes. Les opérations de patrouille le cédèrent à cette opération de grande envergure désormais connue sous le nom de « scandale de l’assomption ». La manœuvre fut toute classique. Les soldats de la Révolution furent payés par les colonies d’un papier-monnaie qui reconnaissait la dette de la colonie au vétéran. Ces certificats de solde due perdirent leur pouvoir d’achat, descendant jusqu’à 20 % de leur valeur nominale. Cent dollars de ces certificats n’en valaient plus que 20. C’est ce moment que choisirent 29 députés du Congrès national, de concert avec leurs amis, pour acheter un grand nombre de certificats. Après ce coup d’éclat, la Nation, qui constituait désormais une unité exécutive, assuma la responsabilité de payer les certificats à leur valeur nominale, (Claude Bowers, jadis ambassadeur des Etats-Unis en Espagne, nous en conte les détails dans son Jefferson and Hamilton ). L’ascendance d’Hamilton n’a jamais été retracée avec certitude. Sa faconde, son aisance à se mouvoir dans les salons l’apparentent à Disraeli. Jefferson qui s’opposait aux manoeuvres d’Hamilton, accordait sa confiance au secrétaire d’Etat aux finances, Gallatin, d’origine suisse. Un certain préjugé s’étant manifesté à l’endroit de ce Gallatin, Jefferson soutint que son ministre était « l’homme le plus capable de l’administration après le président» (c’est-à-dire lui-même), Jefferson déclarait ne rien connaître à l’agriculture (disant avec respect : « Mais M. Madison, lui, oui »). Il professait une égale ignorance de l’économie. Il soutenait que la banque était très utile grâce à l’ubiquité qu’elle conférait à la monnaie de Gallatin. Et de fait, elle la donnait, cette ubiquité. C’est même l’une des fonctions les plus utiles et les plus légitimes des banques que de conférer un caractère d’ubiquité au pouvoir d’achat. Mais pour modérer l’admiration démesurée du fonctionnement des processus usurocratiques déjà consacrés par 1’usage, nous trouvons un John Adams s’écrier dans son vieil âge : « Toute banque d’escompte est une irréductible iniquité (downright iniquity) qui vole le public au profit de certains particuliers. Mais si je couche cela sur mon testament, le peuple américain me croira mort fou. » Il y a quelque dix ans, j’eus raison de réduire à un opuscule de moins de trente lignes mon introduction à l’histoire des Etats-Unis, J’y montrais que Jefferson fut moins ignorant de la nature de la finance et de la monnaie que sa modestie l’eût voulu faire accroire. Voici reproduits mes quatre chapitres :

 

 

CHAPITRE I

« Toutes les perplexités, la confusion, la misère qui affligent l’Amérique ne viennent pas des défauts de sa Constitution ou de sa Confédération, ni du manque d’honneur ou de vertu de ses citoyens, mais de leur complète ignorance de la nature de l’argent, du crédit et de leur circulation. »  John Adams

 

CHAPITRE II

«… et si les traites de la nation étaient (comme il se doit) gagée sur les impôts pour être remboursées dans un temps raisonnable et déterminé, et qu’elles fussent des nominatifs commodes à 1a circulation, aucun intérêt sur elles ne serait justifié, car elles répondraient alors à chacune des fonction remplies par la monnaie métallique, retirée et remplacée par ces mêmes lettres de change. »  Jefferson, lettre à Crawford a. D. 1816.

 

CHAPITRE III

« … qui offrait au peuple de cette République le plus grand bienfait qu’il ait jamais reçu : son propre papier (monnaie) pour payer ses propres dettes… »  Abraham Lincoln.

 

CHAPITRE IV

« Le Congrès aura le pouvoir : « De battre la monnaie, d’en régler la valeur ainsi que celle des monnaies étrangères, et de déterminer les étalons de poids et de mesure. » Constitution des Etats-Unis. Art. I Législature. Section 8. PP/5. A la Convention, et avec le consentement unanime des Etats, 7 septembre 1787, et de l’Indépendance des XII Etats-Unis. En attestent signatures.  George Washington, président et député de la Virginie.

 

Observons que, de ces déclarations, seule la quatrième se trouvait dans une publication accessible à la grande majorité des citoyens de la désormais grande judéocratie. La quatrième déclaration et sa phase clef se trouvent loin du début, et les citoyens ont peine à y parvenir d’une première lecture. Disons tout de même que la Constitution est écrite dans un style peu ragoûtant pour le vulgaire. Depuis des années le Congrès n’a eu cure des pouvoirs et des droits qui lui sont assignés par ce Document. De temps en temps un énergumène du Nebraska ou du Dakota élève sa voix grossière pour réclamer un peu de cette liberté proclamée par les pères de la République. Mais la rumeur des presses rotatives a tôt fait de recouvrir son divertissement rustique. Instruit de la difficulté à trouver les « quatre Chapitres », je demandai, un jour, au chef du département ‘Histoire américaine’ à la Bibliothèque Nationale à Washington (Congressional Library) s’il existait une histoire américaine en un ou dix volumes qui contînt ces quatre chapitres ou tout au moins leur substance. II réfléchit un moment pour me répondre qu’à sa connaissance j’étais le premier à réunir les quatre signatures des plus grands présidents de la République. Lincoln fut assassiné après sa déclaration. Le geste théâtral de l’assassin n’explique précisément pas comment, l’alerte donnée, il pût s’enfuir de la ville de Washington par la seule route qui n’était pas gardée, ni qu’il se perpétrât dans le même temps un attentat contre le secrétaire d’Etat Seward, et encore moins certaines particularités de cette ténébreuse affaire. Du moins Lincoln s’était-il ouvertement déclaré contre l’usurocratie.

REPRISES

Disons, pour mieux nous faire comprendre, que les époques suivantes composent l’histoire des Etats-Unis :

1. Epoque coloniale jusqu’à la suppression du papier-monnaie en 1750.

2. Préparation à la rupture avec l’Angleterre (1776). « La Révolution — écrivait J. Adams — se prépara dans l’esprit des peuples durant les seize années qui précédèrent la bataille de Lexington. »

3. Formation et organisation du nouvel ordre, culminant dans la lutte entre Hamilton (à la dévotion des banquiers) et Jefferson (tenant pour la « Démocratie »).

Reste à dire que Washington subit l’influence de Hamilton ; John Adams, second président, le fut pour quatre ans. Jefferson gouverna huit ans comme président, puis seize ans en qualité de conseiller de ses successeurs ; Madison, huit ans ; Monroe, huit ans. Ensuite de quoi le fils de J. Adams fut président pour quatre ans seulement, comme son père. La quatrième époque se cristallise dans les douze années de pouvoir de Jackson (8 ans) et Van Buren (4 ans). Mais de la décennie 1830-1840 il ne paraît rien dans les livres d’école. Le public sait, et les écoliers en ont été instruits, que Jackson fit massacrer quelques Peaux-Rouges, qu’il chiquait du tabac et qu’il battit les Anglais à la Nouvelle-Orléans, après qu’un traité fut signé à Londres à son insu. Il importait toutefois aux Etats-Unis que le héros de la Nouvelle-Orléans remportât la victoire militaire, car nul n’est assez ingénu pour croire que Londres eût honoré le traité, si l’armée britannique l’avait emporté. La véritable pierre menée par Jackson et Van Buren fut une guerre entre la banque et le peuple, gagnée pour le peuple par Jackson et Van Buren. C’est ce qui explique le silence de « l’Histoire » et le peu d’estime accordée à Van Buren durant la décadence américaine, laquelle remonte à l’assassinat du président Lincoln. L’usurocratie, défaite par les opérations de Jackson et de Van Buren, s’employa à obscurcir les esprits au sujet de l’esclavage des nègres appelé « Chattel slavery ». Les évènements dramatiques ainsi que les éléments sentimentaux au sujet de l’histoire de l’esclavage dépassent de beaucoup les faits à peine visibles de la lutte bancaire concomitante à cette affaire. Dans les années d’avant la guerre civile, les plus intelligents d’entre les députés eurent parfois de ces traits qui illuminent les débats ténébreux du Congrès. Mais après la mort de Lincoln, on se mit à parler une langue moins claire. Les dettes du « Sud » à la Ville de New York tombèrent au second plan. Elles n’avaient plus valeur d’actualité (« news value»). L’usurocratie avait découvert que le système esclavagiste lui était moins profitable que le système dit ‘libre’. Le maître avait soin de garder son esclave en vie et, plus encore, en condition de travailler. Il lui en coûtait plus qu’à l’employeur, qui n’a, dans le système capitaliste, aucune responsabilité à l’égard de ses employés. La défaite des possesseurs d’esclaves était déjà déterminée, prédéterminée.

CIVIQUE ET INCIVIQUE

Les mots de ‘conscience’ et d’ ‘idéalisme’ n’ont peut-être jamais autant joué dans la préparation d’une guerre que dans celle-ci. Et les émotions qu’elle suscite dans l’opinion populaire ne relèvent bien sur pas de la logique mathématique ou monétaire. Certains groupements d’intérêts bancaires, par contre, ont su comment en tirer le meilleur parti, comme d’ailleurs de toutes les passions de la multitude. Le but de la Guerre civile américaine fut révélé dans un numéro du Hazard Circular de 1862 : «La grande dette que nos amis, les capitalistes d’Europe, susciteront par le moyen de cette guerre, nous servira à contrôler la circulation (monétaire). Nous ne pouvons permettre que les greenbacks (billets d’Etat) circulent, parce que nous n’en pouvons contrôler l’émission ni la circulation. » Une lettre de la Maison Rothschild de Londres à la Maison Ikleheimer, Morton et Vandergould de New York nous donne la mesure d’un système qui laissa à la ‘finance’ ou usurocratie, alors concentrée à Londres, le contrôle de la monnaie nationale des Etats-Unis : « II y en a peu qui comprendront ce système et ceux qui le comprendront seront occupés à en jouir. Le public ? Comprendra-t-il jamais que ce système est contraire à ses intérêts ? » L’opinion des Sherman, et autres Rothschild fut des mieux fondées. Les protestations des députés de la minorité aux Etats-Unis et des énergumènes («cranks») d’ailleurs, n’eurent pas raison du pouvoir des usuriers, ni de celui de la presse usurocratique mondiale, la française, l’anglaise, l’italienne y comprises. Le comte de Vergennes disait fort justement à John Adams que les journaux régentent le monde, et le petit-fils de J. Adams avait non moins raison d’écrire qu’après Waterloo aucune puissance ne balançait celle des usuriers *(*N.D.T. Léopardi ne dit-il pas que les destinées du monde sont entre les mains des comptables ?). La première tentative sérieuse, après celle de Lincoln, s’ébaucha avec la Révolution fasciste pour s’affirmer dans la formation de l’Axe Rome-Berlin. Les ‘livres de classe’ à l’usage des universités durant tout le siècle de l’usure (XIXème siècle) furent écrits pour maintenir l’empire de l’usure et les professeurs dans leurs prébendes. Un livre comme la Financial History de D.R. Dewey contient une foule de faits incontestables, mais omet les faits importants et révélateurs. Ces faits cardinaux, ces pivots du problème, se trouvent dans des brochures non contrôlées ou dans des ‘œuvres’ de fond dont la découverte requiert du lecteur une fière patience. Cent pages de lecture pour trois traits de lumière !

CONCLUSION

Déjà fini !? me dira mon lecteur ? Il s’attend peut-être à ce que je m’étende davantage. J’hésite. J’ai, me semble-t-il, exposé les données nécessaires à la compréhension du problème : guerre, guerres en série. Je pourrais amonceler et commenter des détails sur plus de six cents pages. En 1878, un député s’éleva, au Congrès à Washington, qui espérait « retenir en circulation (comme capital roulant) une partie de la dette nationale sans intérêt ». Un lecteur sur cinq cents comprendra cette remarque. Je crois que le souvenir de cette « plaisanterie » fut conservé dans une coupure de journal de l’époque et dans les archives d’Etat au Capitole. L’Etat peut prêter. La flotte qui vainquit à Salamine fut construite avec l’argent prêté par l’Etat aux armateurs. Cette pratique des prêts d’Etat tomba en discrédit lorsque les empereurs romains de la Décadence permirent que des prêts fussent faits à des personnes indignes qui ne les remboursaient pas. La sagesse réside bien plus dans l’affirmation des buts que dans les moyens à trouver de leur réalisation. L’affirmation du but étant posé, hissant la volonté, les moyens se trouvent aisément. Si le dessein sous-jacent est perfide, aucun moyen n’aura la vertu de remédier à sa perversion ni d’en réparer l’injustice. On peut, par contre, observer que certains systèmes et mécanismes ont été conçus et réalisés à seule fin de duper le public et de ne pas lui divulguer certains faits historiques, comme la connaissance des moyens économiques et monétaires propres à la création et au maintien d’une véritable justice sociale. C’est contre cette pratique de l’obscurantisme qu’il faut livrer bataille sur le plan idéologique. Ces derniers siècles, l’or a surtout servi aux banquiers d’instrument financier pour créer les disettes, dans une localité particulière ou dans une ou des nations stratégiquement déterminées ou pour saper leur influence politique déterminante ; la pénurie d’or étant elle-même la conséquence de telles manœuvres spéculatives orchestrées. Mais en réalité, et depuis déjà longtemps, l’étalon d’or n’existe plus ; de fait seul subsiste un étalon d’or feint. L’abandon d’une monnaie dite « d’or » ou d’une monnaie-papier, émise sur la base d’un rapport variable avec une quantité d’or réel ou fictif, pourrait augurer l’instauration d’une nouvelle monnaie émise sur une base « travail » et qui possèderait cet avantage que le travail n’est pas monopolisable. Cependant je suis persuadé que les mêmes astuces de comptabilité employées par les usuriers pour trafiquer les diverses monnaies usuelles seraient reprises par eux contre n’importe quelle autre monnaie. A cet égard, les conservateurs ont raison de s’écrier : « Pas de magie monétaire ! » Mais la chose essentielle, le fait du monopole ! c’est ce qu’il nous faut comprendre. Comprendre comment il a été pratiqué depuis l’an 1694 (date de la fondation de la Banque privée « d’Angleterre ») jusqu’à nos jours.

Il faut voir Napoléon et tant d’autres chefs d’Etat aux prises avec les mêmes pièges, les mêmes ruses de ces cartels d’usuriers. L’histoire européenne de ces vingt-cinq dernières années est inconnue du peuple italien et, en particulier, des autorités et des économistes d’Italie et d’Allemagne. Un précis de l’infamie de la Ligue des Nations peut se trouver dans la Politique économique et sociale de l’Italie 1939-40 (d’O. Por).
L’exercice monopolistique de l’usure à l’échelle internationale (relire le chapitre précédent) fut tenté par Londres, puis Washington, réunis dans une forme délétère d’‘hébraïsation’ du monde (rappelons pourtant que l’usure et l’intérêt sont formellement condamnés par l’enseignement des prophètes d’Israel, exemples Josh 3,15 ; 4,18/1 Chr 12,15/Isa 8,7 ; 61,1-10 /Dan 8,16/Ex 22,25/Neh. 5,5,7/Lev. 25, 36,37/Ps 15,5/Pr 28,8/Isa 24,2/Jér 15,10/Ezek 18,8,17… 13, 22, 12/…). En 1863, la maison-mère se trouvait à Londres et la filiale à New York. C’est aujourd’hui le contraire. La maison principale est outre-Atlantique et sa succursale à Londres. Le rôle de la France est connu de tout le monde. A partir du moment où Mussolini devina les rapports occultes institués entre les usuriers de New York et leurs instruments de Moscou, il fut condamné par l’usurocratie internationale. La chose est assez connue de Italie tout entière. Je n’ai ici cherché qu’à vous montrer le dessous de cartes. La Révolution bolchevique fut une révolution simulée et trahie en partie. Le bolchévisme s’était proposé de détruire le capital, au lieu de quoi il s’en prit à la propriété, et plus particulièrement à celle des paysans. L’attaque de Staline contre le capitalisme, dans ses Bases du Léninisme, mérite notre attention. Il comprend parfaitement les iniquités des Roosevelt, Churchill, Blum et autres. Mais le bolchévisme, en inondant les marchés extérieurs de denrées et produits à vil prix, est descendu jusqu’à la guerre commerciale. Avec l’achat des actions Suez, il a sombré dans la guerre financière. Il est profondément allié au libéralisme en ce que les libéraux finissent toujours par parler de l’exportation de la main-d’œuvre, à savoir d’êtres humains en échange de denrées. Staline ne commanda-t-il pas « quarante wagons de matière humaine » pour travailler sur un canal ? La différence entre le bolchévisme et le libéralisme est superficielle, alors qu’une profonde perversion leur est commune à tous deux : tentacules d’un même monstre.

1. Les guerres sont faites pour créer des dettes.

2. La guerre est le sabotage suprême, de tous le plus atroce.

3. Une nation qui refuse de s’endetter enrage les usuriers.

POST-SCRIPTUM

Les détails de l’opposition italienne et allemande face à la conjuration usurocratique sont accessibles à tous. Mais ce qui, en Italie surtout, manque aux gens d’affaire, aux grands industriels comme aux petits commerçants, c’est la connaissance approfondie du processus usuraire et des créations de dettes. Il existe également une grande méconnaissance des rapports entre le monde des affaires et de la gestion d’entreprises avec l’empire de l’usure à l’échelle mondiale. Ce système n’opère pas à brève échéance, sur des périodes de trois mois ou même de trois ans, mais il s’échelonne sur des siècles et des siècles, avec toujours le même but : le lucre Le procédé en est toujours le même : créer des dettes pour jouir de leurs intérêts, et créer des monopoles afin de varier le prix de chaque chose, y compris celui des taux des monnaies étrangères.

Voici quelques sources auxquelles un homme d’études pourra assouvir une partie de la curiosité que cet opuscule aura, je l’espère, éveillée en lui :

Georg Obst : Das Bankgeschäft. C. E. Poeschel Verlag, Stuttgart, 1909

Aristote : Politique.

Claudius Salmasius : De Modo Usurarum. Elzevir. Lugd. Bat. 1639.

Claudius Salmasius : De Foenere Trapezetico. J. Maire. Lugd. Bat. 1640.

Histoire générale de la Chine, traduite du Toung-Kien-Kang-Mou, par de Moyrac de Mailla, Paris 1777-1783.12 volumes.

The Reorganisation of the Municipal Administra tion under the Antonines, T. L. Comparette. American Journal of Philology, vol. XXVII, No 2.

Life and Work of John Adams, notes by Chas, Francis Adams, Little, Brown, Boston 1851, 10 volumes.

Writings of Thomas Jefferson. Mémorial édition. 20 volumes.

Martin Van Buren : Autobiography ; écrite en 1854, et restée manuscrite jusqu’à sa publication en 1920 dans l’Annual Report of the American Historical Associations.

Claude Bowers : Jefferson and Hamilton.

Willis Overholser : History of Money in the US.

O. Por : Politica Sociale dell’Italia, 1939-40.

 

Et pour une vue d’ensemble du processus historique :

Brooks Adams : The Law of Civilisation and Decay, 1897.

Brooks Adams : The New Empire, 1903, Macmillan. New York.

Arthur Kitson : The Bankers Conspiracy.

En ce qui concerne le processus historique en général et la question monétaire en particulier, je me suis appliqué, cette dernière décennie, à relier entre elles d’un

côté, l’économie fasciste et canonique (catholique et médiévale) et de l’autre, les propositions de l’école du « Social Crédit » de C. H. Douglas et celle de Silvio Gesell appelée « Ordinale Naturale » ou encore « Freiwirtschaft ». Regardant cette dernière école, on doit observer que la mécanique, plus ou moins inventée par Gesell* (N.d.T. Silvio Gesell 1862-1930, Réformiste allemand d’inspiration proudhonienne et réformateur monétaire, économiste admiré par Keynes, théoricien et initiateur d’une monnaie ‘franche’ ou ‘fondante’, dépréciable à intervalle fixe) peut se distinguer des vues plus ou moins politiques de son auteur. C’est dire qu’elle pourrait fonctionner dans un système d’économie contrôlée, comme dans un système où règne une prétendue liberté du commerce.

NOTE

Pour toute étude traitant d’économie et analysant des processus historiques complexes, il nous faut adopter une terminologie précise et claire. Même un Obst qui a le souci de définir ses mots n’a pas complètement parachevé sa terminologie, ni établi à cet égard toutes les distinctions désirables. Une plus grande distinction entre moyen de paiement et moyen d’échange illuminerait les obscurités subjectives de certains auteurs. En attendant, je suis reconnaissant à F. Kitter de nous parler de l’argent non en termes de « finance » ou d’ « économie », mais en termes de grain et de fumier.

FINALE ENFATICO

J’espère que mon lecteur ne m’aura pas compris à demi-mot. Je voudrais, pour cela, inventer quelque stratagème typographique qui pût l’induire à suspendre sa lecture pour réfléchir, ne fût-ce que cinq minutes, sinon au moins cinq heures, et pour revenir sur les faits que je lui ai indiqués, afin d’en méditer toute la portée. Je voudrais enfin qu’il en fît un résumé et qu’il en tirât ses propres conclusions. Au cas où j’aurais manqué de clarté, je reprends : La phrase : « Nous ne pouvons tolérer que les billets d’Etat circulent » signifie que des particuliers sans responsabilité aucune envers la nation américaine purent contrôler la monnaie, contraignant le peuple à payer des amendes et impôts non officiels au profit de cette puissance cachée : l’usurocratie.

 

A la mort de Lincoln, la véritable puissance aux Etats-Unis passa des mains du gouvernement officiel dans celles des Rothschild et autres affidés de leur ténébreux consortium. Le système démocratique périt. Il est, depuis lors, dérisoire de parler des Etats-Unis comme d’une puissance autonome. Depuis quand n’est-il pas moins dérisoire de parler de l’Empire britannique comme d’un être autonome ? On s’essouffle à parler de telle ou telle « nation » démocratique. Le véritable gouvernement s’est tenu et se tient encore dans les coulisses. La nature du régime démocratique est la suivante : deux ou plusieurs partis à la solde de l’usurocratie s’affichent aux yeux du public. Par souci pratique, et pour apaiser la conscience des niais, on laisse aux bonnes gens, à l’idéaliste solitaire, le soin de faire un peu de travail honnête, aussi longtemps qu’ils ne percent pas les machinations des divers rackets. Les plus épouvantables rackets sont ceux du cartel de la finance, par le biais de combinaison de monopoles, contrôlant la création ou l’émission de la monnaie à l’intérieur d’une nation, de concert avec les différentes monnaies étrangères. Lorsque se fait jour la possibilité d’abondance d’une ou de presque toutes les denrées, l’usurocratie ou consortium de l’usure déchaîne une guerre pour diminuer le pouvoir d’achat. Avant 1920, C.H. Douglas signalait déjà cette abondance virtuelle. Le rapport de la Loeb Commission (Report of the National Survey of Potential Product Capacity, 1935, New York City Housing Authority) démontra le bien-fondé de la déclaration de Douglas. Le péril de l’abondance fait déchaîner les guerres. Déjà, avant la première guerre mondiale, Anatole France dans L’Ile des Pingouins avertissait ironiquement ses lecteurs du processus et du motif des guerres modernes. « Sans doute, répondit l’interprète, ce sont des guerres industrielles. Les peuples qui n’ont ni commerce, ni industrie ne sont pas obligés de faire la guerre ; mais un peuple d’affaires est astreint à une politique de conquête. Le nombre de nos guerres augmente nécessairement avec notre activité productrice. Dès qu’une de nos industries ne trouve pas à écouler ses produits, il faut qu’une guerre lui ouvre de nouveaux débouchés. C’est ainsi que nous avons eu cette année une guerre de charbon, une guerre de cuivre, une guerre de coton. Dans la Troisième-Zélande, nous avons tué les deux tiers des habitants pour obliger le reste à nous acheter des parapluies et des bretelles. » Le livre d’A. France connut une grande diffusion vers l’année 1908, mais le monde manqua d’en tirer la leçon. On ne peut faire entrer en seize pages l’histoire des Etats-Unis. J’ai réuni quelques faits négligés d’histoires plus volumineuses, et sans la connaissance desquels mon lecteur aurait peine à comprendre le processus belliciste contemporain. Une histoire des Etats-Unis, résumée certes mais adaptée aux besoins de tous, sinon des spécialistes, pourrait comprendre, outre cette brochure, A New American History, de

W. E. Woodward, la brève History of Money in the US, de Overholser, ainsi qu’un extrait du Jefferson and Hamilton, de Claude Bowers. La raison de cette publication, à cette heure, est de marquer l’incidence de cette guerre-ci dans la série de celles provoquées par la même et sempiternelle agence : l’usurocratie ou congrégation de la haute finance.

Introduction à la nature économique
des Etats-Unis

UN TITRE
Ne cherchez pas ici une Brève Histoire de l’Economie des Etats-Unis . Depuis quarante ans je me suis appliqué à écrire non pas l’histoire des Etats-Unis, économique ou autre, mais un poème épique qui commence dans la « selva oscura »* et puis, traversant le purgatoire de l’erreur humaine, s’achève dans la lumière, « fra i maestri di color che sanno » *(* Citations de la Divine Comédie : « forêt obscure » / « parmi les maîtres de ceux qui savent » ). J’ai dû, à cette fin, comprendre la nature de cette erreur, mais je n’ai pas cru devoir retenir chaque erreur particulière. Je ne crois pas que la méthode de l’historiographie ait beaucoup progressé depuis l’époque où Confucius colligeait les documents relatifs aux règnes antiques, dont il tirait ses conclusions dans son Testament. Aristote, à la fin de sa vie, était arrivé à une semblable méthode dans sa collection des constitutions des Etats. Voltaire choisit une méthode plus ‘humaine’ qui repose sur le hasard et sur l’individu : un prince mange une pâtisserie et meurt d’indigestion dans un moment critique. César Borgia disait : « J’avais tout prévu, hormis d’être alité le jour où mourut mon père. » Michelet analysait les motivations des classes sociales, en disant que l’ouvrier veut tenir boutique parce qu’il

lui semble que le boutiquier ne travaille pas. Une autre méthode consiste à analyser certains mécanismes imaginés pour circonvenir le public. Il faut peut-être y voir la reprise d’une tendance aristotélicienne. Mais en tout cas, cette analyse s’applique à mon récit, et c’est elle que je conduis dans cet essai portant sur la nature de la lutte entre le peuple et les usuriers ou financiers, dans les colonies, puis dans les Etats-Unis d’Amérique du Nord. Vers le milieu du XVIIIème siècle, poussés par leur désir de vivre leur liberté de conscience, endurcis par les épreuves, favorisés puis trahis tour à tour, ces colonisateurs connurent une certaine prospérité grâce à leur travail et à leur sage manière d’utiliser le papier-monnaie comme moyen d’échange. Ils se libérèrent, pour un temps, de l’emprise de la Banque d’Angleterre. Les settlers ou colonisateurs de Pennsylvanie et d’autres colonies, irrités par la fuite de la monnaie métallique, comprirent que n’importe quel document pouvait servir à leur comptabilité ou comme certificat au porteur. Aux agriculteurs nouvellement arrivés sur ces terres, il manquait le pouvoir d’achat nécessaire pour construire leurs maisons et acheter leurs charrues, et vivre tandis qu’ils défrichaient les forêts ou cultivaient leurs camps. Aussi les gouvernements des colonies se mirent à prêter au peuple le papier-monnaie utile à ces entreprises. La Pennsylvanie choisit la modalité la plus conforme à ses conditions d’existence. On prêtait aux agriculteurs jusqu’à une somme correspondant à la moitié de la valeur de leur exploitation. Le remboursement s’étendait sur dix ou douze ans. Le créancier, proche voisin de son débiteur, pouvait juger de la nature du prêt. Mais cette arcadienne simplicité déplut fort aux monopolistes de Londres. La suppression de cette concurrence, de pair avec d’autres vexations, provoqua ce qui devint la « Révolution » de 1776. Durant cette guerre, l’Angleterre attaqua le pouvoir d’achat des colonies en émettant du faux papier-monnaie en fac-similé des billets coloniaux. La lucidité des chefs de la Révolution transparaît dans divers mémoires et journaux de l’époque, notamment des écrits de John Adams qui fut entre autres choses représentant du Congrès en Europe et missionné pour organiser le crédit du nouvel Etat, et qui réussit à contracter le premier prêt avec la Hollande. Il ressort de tout cela que l’expérience d’Adams ne fut ni abstraite, ni théorique. Fort de la capacité des Américains à produire des denrées, il déjoua tous les pièges que lui tendirent les Européens. Comparant la dette minime des Etats-Unis à celle bien plus considérable de l’Angleterre, il convainquit les banquiers hollandais de la solidité des garanties américaines. Je le répète : ses notes ne sont ni abstraites ni théoriques. On y lit par exemple qu’il fut question de défrayer les dépenses de guerre par du tabac. Ses lettres intimes et transcriptions de conversations avec ses amis abondent d’idées concrètes ; ainsi la note « nécessité de soutenir que ce papier est bon à quelque chose » (« keep up the idea that this paper is good for something »)

voulant dire qu’on peut échanger des billets contre des denrées. II avait compris que la marine dépendait moins des manœuvres d’une finance falsifiée que de la présence de fer, de pinèdes, de goudron. C’est un peu plus tard que les banquiers révélèrent leurs projets : extension des crédits nets ‘net funding’, ou l’institution d’une dette publique. Adams exorcisa les terreurs de l’inflation parmi ses concitoyens en affirmant, par contre, que la diminution du pouvoir d’achat fonctionnait, elle, comme une taxe inégalement répartie sur tous, et qu’il s’agissait d’une taxe frappant ceux qui avaient un salaire fixe ou qui vivaient d’un revenu assuré. Il expliqua que cette diminution de pouvoir d’achat ne profiterait qu’aux hommes d’affaires, mais qu’une inflation régulée ne créé pas de dette publique à intérêt. II comprit que le crédit n’est autre que la supposition de Caïus : Sempronius paiera. II comprit que la base solide du crédit des treize colonies, c’était leur capacité de travailler, comprise comme les possibilités considérables d’une production future, bornée non par la nature, la terre ou la végétation, mais par le nombre seul de leurs habitants. Washington vit la possibilité d’une victoire et tint bon jusqu’à l’ultime effort militaire. Il vainquit non sans devoir à la persévérance, au bon sens, et à la diplomatie d’Adams. L’Histoire, envisagée sous le seul point de vue d’une économie monétaire, est une lutte perpétuelle entre les producteurs et ceux qui tentent de vivre en s’interposant, à l’aide d’une comptabilité falsifiée, entre ces même producteurs et leur juste récompense. La Banque d’Angleterre fut fondée sur cette trouvaille qu’au lieu de prêter de l’argent, il serait bien plus avantageux de prêter les lettres de change de ladite banque. Les financiers de Philadelphie, non tout à fait détachés de leurs amis d’outre-atlantique, découvrirent une opportunité de spéculation, et ces monopoleurs du denier public se jouèrent à nouveau de la crédulité du public. Financiers et députés achetaient les lettres de chaque Etat, évaluées à 20 % du nominatif, que la nation se chargeait de payer à 100 %. Ce fut l’épisode des traites sur la solde due aux vétérans, et le notoire scandale de l’assomption. L’Angleterre tentait pendant ce temps d’imposer diverses pratiques usuraires ainsi que diverses sanctions. Le manque de circonspection des grands propriétaires du Sud les amena à s’endetter. Le système esclavagiste s’avéra d’un moindre profit que le nouveau système industriel où le patron n’était pas tenu de veiller au bien-être de ses employés. Remarquons toutefois que le concept mercantiliste fut, au début du XIXème siècle, d’une très haute pureté. Adams jugea peu mercantile de commercer avec un capital emprunté. L’individualisme jouissait alors d’une certaine probité, en ce qu’un revenu modeste mais assuré s’appelait indépendance.

L’Histoire comprise comme un véritable enseignement est moins une chronique des noms qu’une exposition de la nature authentique des événements, en tenant compte évidemment de la différence entre des certitudes attestées et des suppositions. Quelques événements, ainsi, ne peuvent se connaître qu’après des siècles. Nous savons, par exemple, que Parisina d’Este * (* N.d.T. Laura dite Parisina Malatesta, deuxième épouse du marquis d’Este Niccolo III de Ferrare (1393-1441), fut décapitée le 21 mai 1425 après la découverte de son adultère avec Ugo d’Este, le fils naturel de son mari. Sa vie inspira Byron (Parisina, 1816) et fut transposée dans l’opéra de Donizzetti (Parisina) crée en 1833.) encourut certaines dépenses qui lui furent défrayées par le Trésor de la ville de Ferrare, et nous pouvons aussi connaître la date précise du paiement imposé. Les motifs d’autres actions restent à jamais enfouis dans les ténèbres de l’âme des participants. Une lettre autographe, par exemple, n’atteste que ce que son auteur voulait faire croire à son destinataire, un tel jour. Mais la clarté d’un concept repose sur des faits avérés. De tels faits certifiés attestant bien des événements et des mobiles historiques d’une seule journée, élucident davantage le processus historique que de nombreux volumes.

SOURCES

La véritable histoire de l’économie des Etat-Unis se trouve, à mon sens, surtout dans la correspondance entre Adams et Jefferson, dans les écrits de Van Buren et dans les sentences relevées de la correspondance privée des pères de la République. Les données en sont toujours les mêmes : dettes, variations de la valeur des unités monétaires, tentatives et triomphes des pratiques usuraires dues au rétablissement d’un monopole ou d’un « corner »*, une des pratiques usuraires tirées des valeurs boursières (*N.d.T. assèchement des titres disponibles sur le marché pour les acheteurs, ce qui provoque une course au papier pour les acheteurs et peut donc induire une brusque montée du cours – la montée du cours n’étant qu’une conséquence du corner). Pour complaire à ceux qui aiment les jeux de hasard, la Bourse permet à Caïus de vendre à Sempronius ce qu’il ne possède pas, à condition qu’il parvienne à l’acheter et le lui remettre en un temps déterminé. Plutôt que la corrida, les Américains ont choisi ce jeu de la spéculation, mais bien sûr, quand un groupe de financiers s’avise d’induire les niais à vendre plus qu’il n’existe ou même qu’il n’est disponible sur le marché, les derniers arrivés sont forcés de payer un prix excessif. En 1869, Gould, Fisk et compagnie parvinrent dans une manœuvre de ce genre à monopoliser pratiquement tout l’or dont disposait la ville de New York. Jim Fisk est un des modèles de Roosevelt. Les spéculateurs se targuent de leur courage mais ce ‘courage’, ou plutôt cette témérité, est tout autre que celui dont on fait montre à la roulette ou à d’autres jeux

de hasard, car en spéculant sur le blé ou d’autres denrées d’usage commun, les joueurs ne jouent pas à huis-clos, mais au contraire influent sur les prix, et c’est le peuple qui en devra payer les conséquences pour ses achats et nécessités. La conscience civique des Américains ne s’est pas développée. Elle était, me semble-t-il, plus haute dans les commencements de la République, et les héros de ce temps-là nous ont laissé des œuvres témoignant de leur conscience morale qui n’ont pas leurs pareilles aujourd’hui. Depuis la guerre de Sécession jusqu’à nos jours, l’histoire économique, je dirais presque « l’histoire» des Etats-Unis, consiste en une série de manœuvres des Bourses de New York et de Chicago : tentatives et créations de monopoles, de « corners », variations sur le marché du prix des actions des nouvelles industries, des moyens de transport. On commença par spéculer sur la valeur des terres. On provoquait pour ce faire, une inflation de leur valeur, sans se soucier des difficultés, voire de l’impossibilité de transporter les produits de terres éloignées vers les marchés de consommation. On finit par spéculer sur les valeurs ferroviaires. Si c’est l’intérêt de l’ouvrier, du producteur ou du simple particulier d’avoir un prix stable et équitable, ce n’est du tout celui de l’agent de change : « Hell ! I don’t want a still market. I can’t make any money. » (Je me moque bien d’un marché stable où je ne pourrais pas faire d’argent !). Tel un pêcheur patient, le courtier attend la hausse ou la baisse, fût-elle d’un quart ou d’un huitième pour cent, et voici ses cinquante ou cent dollars. II attend l’occasion favorable (a break). Elle peut ne se présenter qu’une fois dans la vie et lui ouvrir les voies de la fortune. Lors de la guerre de Sécession, le fameux Morgan acheta au Ministère de la guerre à Washington un grand nombre de fusils déclassés; il les vendit à un commandement militaire du Texas dont il fut payé avant même d’être obligé de les rembourser au Ministère. Il en tira un profit de 75000 dollars. Il fut ensuite condamné, mais n’en devint pas moins le grand Mahatma de Wall Street et une force politico-économique mondiale. C’est de tels matériaux qu’est faite l’histoire des Etats-Unis, tant économique qu’ humaine.

TRUCS ET ILLUSIONS

L’affaire, ou procès Morgan, qui sera peut-être rangée parmi les hauts faits de la finance, aurait pu se produire en n’importe quel point du ‘vieux monde’. Mais la nouvelle terre américaine, quant à elle, se prêtait merveilleusement à toutes sortes de mystifications, combinées à de nouvelles conditions d’existence. Afin de bien cerner les constituants problématiques de cette mentalité américaine, de son développement

voire de sa perversion, comme composants d’un processus historique, encore convient-il de classer ces diverses mystifications. Citons un exemple : la concession de 190 000 km² accordée à la Northern Pacific Railway, en échange de la construction d’une voie de chemin de fer reliant les Grands Lacs au Pacifique, contenait une clause qui conférait aux constructeurs le droit de s’approprier tout le bois coupé durant les travaux. La route traversant des forêts vierges, les arbres étaient destinés à servir de traverses, mais la clause ne spécifiait pas la largeur de la voie à percer. La compagnie perça le plus légalement du monde une bande de terre large de deux miles. La terre et les forêts étaient propriété de la nation, mais aucun particulier ne se sentit lésé. De semblables choses constituent le fond de l’humour américain. Ils en sont l’orgueil et la tradition. Certes, il en coûta de triompher du désert et de la forêt, mais par là, développait-on son adresse et affinait-on sa précision au tir au fusil. Un homme dans le Connecticut réussit à faire des imitations de noix de muscades en simple bois qu’il vendit à profit. La chose fit rire le continent. A l’Exposition de Saint-Louis eut lieu un centenaire commémoratif de pareilles finesses. Les fausses noix de muscades se vendaient pour 5 cents. Ces souvenirs* (*N.d.T. En français dans le texte) venant à manquer, le mandataire, en vrai fils du Connecticut et Yankee pur sang, n’hésita pas un instant à mettre en vente de vraies noix muscades au même prix que les fausses, et le public, au fait de la chose, pouffa une nouvelle fois de rire. Depuis l’époque de la fièvre de l’or en Californie, il y eut des hommes qui se spécialisèrent dans le troc de la ‘brique d’or’, barre de plomb recouverte et ballastée d’or. Celui qui voulait la vendre pouvait aussi la percer au moyen d’un poinçon pour en démontrer l’homogénéité. Après la fièvre de l’or en Alaska, ce truc connut un succès sans précédent. A mon père, essayeur à l’Hôtel de la Monnaie, la foule des dupés venait apporter ses ‘briques’. C’était au temps de la libre monétisation de l’or et où chacun avait le droit de battre son propre métal. Aussi bien, depuis l’âge de cinq ans, je sais par expérience familiale, les mésaventures qui sont le partage des sots. Je voudrais enfin distinguer deux sortes de malhonnêteté : celle qui, d’une part, est le fait des fraudes financières et de comptabilité truquée, et celle qui, d’autre part, découle d’opportunités factuelles matérielles, comme dans le cas de la Northern Pacific.

TRADITION

Les fraudes de comptabilité, les constitutions de monopoles et les trafics en tous genres étaient déjà connus des premiers temps de l’Histoire. C’est la raison pour

laquelle les usuriers s’opposent tant aux études classiques. Aristote, dans sa Politique 1.4.5 nous montre Thales démontrant comment un philosophe pouvait, si l’envie l’en prenait, aisément satisfaire son goût du lucre. Prévoyant une bonne récolte d’olives, il louait pour un prix dérisoire payé à l’avance, tous les oliviers de l’île de Milet et de Chio. La saison de l’abondance venue, tous ont recours à Thales qui a le monopole.
Les machinations de la Bourse sont autant de variations sur le thème exposé par Aristote : disette artificieuse du blé ou de toute autre denrée, disette de la monnaie… clef de tous les autres échanges.

PROVERBES ET SAGESSE

La lutte entre les producteurs et les falsificateurs de comptabilité fut clairement comprise des pères de la République dont la sagesse ressort de ces traits acérés : « Le plus sûr dépôt, ce sont les culottes du peuple » (entendez les poches). « Toute banque d’escompte est foncièrement inique, qui vole le public au profit de certains particuliers. » Un agent d’assurance demandait une fois à un banquier pourquoi les compagnies de chemins de fer – qui aux Etats-Unis, ne sont pas nationalisées – devaient avoir recours à lui, banquier, pour vendre leurs bons. Et le banquier de murmurer avec une ironique tristesse ce simple monosyllabe : « Chut !».

EXPOSITION

Pour comprendre le déroulement de l’histoire américaine; il convient de considérer ces vagues migratoires successives :

1. Ceux qui émigrèrent poussés par l’esprit d’aventure, par conviction religieuse ou désir de vivre leur liberté de conscience, et qui se retrouvèrent aux prises avec une terre vierge et inculte.

2. Les esclaves.

3. Ceux qui sont arrivés à l’époque de la révolution industrielle.

La lutte des classes ne s’est pas posée en Amérique dans les mêmes termes qu’en Europe. C’est un problème récent et quasi exotique, en ce qu’il n’est pas inscrit dans la Constitution que lui ont donnée ses fondateurs. Prenons une famille ‘exemplaire’, disons les Wadsworth, deux frères qui s’établirent dans le Massachusetts en 1632. En 1882, leurs descendants se réunissent pour publier leur généalogie. Dans les huit générations qui se sont succédé, nous trouvons des gens de toute confession, des pauvres comme des riches : l’un vit la couleur de son premier sou en vendant à seize ans ses cheveux pour un shilling, un autre arma durant la guerre de Sécession un navire à ses frais. Lors de cette commémoration les participants présentèrent la même diversité sociale. S’y trouvaient des membres du Stock Ex-change, des commis voyageurs, des médecins, un télégraphiste, un couple de petits vieux vivant de la charité de leurs parents. Dans ces conditions, la lutte des classes n’a pas de sens, si grande que soit la distinction des richesses.

LES TENDANCES COLONIALES

Les Pères de la République se révoltèrent contre les privilèges de la classe dirigeante anglaise, comme les cadets contre les privilèges du premier-né. L’aversion populaire contre l’idée monarchique poursuivit Adams sa vie durant. Dès l’âge de dix sept ans il envisageait dans une lettre l’éventualité d’un règne américain capable de résister à n’importe quelle force européenne. La démagogie s’en saisit pour prétendre qu’Adams ne fut pas anti-monarchique, mais qu’il préférait la maison de Braintree (la sienne) à celle des Hanovre. Son père conduisait la charrue et la légende veut que son fils, le président J. Quincy Adams, ait attendu à la charrue les résultats d’une élection présidentielle*(*N.d.T. « Les empires naissent de la charrue, et disparaissent sous la charrue », Itinéraire de Paris à Jérusalem – F.R. de Chateaubriand). Du moins en était-il capable, ni n’était-ce la première fois qu’il le faisait. Une comparaison de quelques cas particuliers nous fera davantage comprendre le déroulement de l’histoire économique américaine. Dans le mémorandum d’un de mes bisaïeuls, juge de paix dans l’Etat de New York, je lis que les amendes vont de 1 dollar 30 à 25 dollars et les dépenses du tribunal de 8 cents à 1 dollar 30. Nous y lisons d’autre part que sa fille alla au moins une fois dans sa vie travailler dans une fabrique, qu’elle épousa un homme qui devint député, et qu’elle aidait à préparer la cuisine de ses quarante bûcherons. Lors de sa séparation, elle avait 100 000 dollars en banque. Mais la banque fit faillite. Mon père, premier Blanc né dans cette partie du Wisconsin, eut pour nourrice un Peau-Rouge mâle. II s’en fut inspecter des mines dans l’Idaho et obtint un poste dans

l’administration des terres. Une certaine semaine, pour se chauffer, il fit couper un quintal de bois par un de ses amis, pour un dollar. Dix jours plus tard : « Eh ! Giac, veux-tu me couper encore un peu de bois ? ». L’autre : « Couper du bois ? Couper du BOIS ! Dis-moi un peu, Homère, veux-tu aller dans l’Est vendre une mine pour mon compte ? J’ai dix mille dollars en banque. COUPER DU BOIS ! » En 1919, je rencontrai à Paris un doux vieillard, alors ambassadeur, que mon père se souvenait avoir vu trente cinq ans auparavant, sur le point de saisir son revolver pour venger son associé. Les distances américaines divergent des européennes et la statistique ne rend pas compte des nuances.

VAGUES

Conviction religieuse, tendance anarchique, goût du risque, et puis la paresse ! La tragédie américaine est en quelque sorte la tragédie de la paresse. On voulait une main-d’oeuvre qu’on se ruina à rassembler. Le sens de la justice céda à la paresse. La justice d’abord limitée aux Blancs fut ensuite limitée aux seuls patrons. De l’Europe tout entière afflua un flux continuel de travailleurs. Le type national se forma non sur la base d’une race mais sur une similitude de goûts et de tempéraments. Les uns, poussés par l’appât du gain et du bien-être matériel, émigraient en Amérique. Les autres, d’une nature plus douce et plus contemplative, plus sensibles à la beauté des choses, plus attachés à la maison paternelle, restaient en Europe. Les forts, les inquiets, les mécontents, les misfits, ceux qui ne se reconnaissaient ni feu ni lieu, allèrent de l’avant. Les fils puînés des Anglais émigrèrent au XVIIème siècle, mais après 1800 l’émigration anglaise diminua. Les puritains, bien qu’entichés du Livre Saint, n’étaient pas seulement porteurs des écritures hébraïques. La culture d’Adams et de Jefferson est une culture latine, mâtinée de grec. Otis écrivit une grammaire grecque qu’il détruisit, ou qui fut perdue faute d’un typographe compétent. A l’époque de la prospérité coloniale se développèrent les arts, l’orfèvrerie, le mobilier, l’architecture. Les constructions de bois blanc verni sont un rêve hellénique qui s’est évanoui dans les incendies. D’Allemagne affluèrent des groupes de religieux sectaires apportant avec eux l’art de la verrerie. Là où ils s’établirent, ils organisèrent un festival de musique de Bach. La maison de plaisance de Jefferson est pleine de raffinement. Le polygraphe rêvait d’une civilisation semblable à celle qui florissait à la cour d’un prince du Quattrocento, hormis son cérémonial. Il s’endetta. Adams, plus frugal, cachait sa correspondance entre les tuiles de bois de la paroi de son cabinet de travail, sous le toit. Durant un siècle au moins, la Nouvelle-Angleterre fit sienne le slogan : Low living, high thinking (Vivre simplement, penser noblement).

Mais l’usure gâta la République ; l’usure qui consiste à prêter le denier à un intérêt plus élevé qu’il n’est juste. Le mot de finance vint à la mode quand on se mit à prêter les lettres de change des banques au lieu de prêter de l’argent. C’est ce à quoi Jefferson fit allusion dans la phrase : Nul n’a le droit naturel de prêter de l’argent hormis celui qui a de quoi prêter. Avec l’ère de la finance le mot d’usure disparut du langage courtois. Il n’est pire sottise que d’abandonner son compte en banque, ou ses propres sources d’information, aux mains d’un ennemi, voire d’un irresponsable ! La lutte entre le peuple et les exploiteurs, en Amérique, dégénéra dans cette forme d’idiotie. Un petit nombre de gens accoutumés à vivre de peu et à ne pas s’endetter émigra en Amérique, et y conserva une culture haute et sévère, ainsi qu’un sens civique nourri de la tradition de l’habeas corpus anglaise : conquête séculaire où convergent les traditions des peuples du nord de l’Europe et de droit romain. La République commença avec l’instauration d’un suffrage limité qui fut, par amour de la justice et grâce au bon sens des populations, peu à peu étendu à ceux qui en avaient qualité. L’aristocratie de la ‘frontière’ fut, par nécessité, une aristocratie physique. Les autres mouraient ou s’amollisaient. Mon aïeul pratiqua la lutte au corps à corps avec ses bûcherons par passion envers cette frontière, mais aussi pour conserver son prestige et discipliner son corps. Le président Lincoln fut le dernier chef de cette force issue de la République. Pendant deux siècles, la frontière requit toute l’audace du monde. Puis, le danger passé, vinrent ceux qui ne savaient plus endurer de telles souffrances, ou qui couraient simplement à leur perte. Il semble que jusqu’à la guerre de Sécession le public s’intéressait aux débats du Congrès. Du moins le Congressional Record, où les noms des protagonistes sont consignés, pouvait-il nourrir un sens civique bien affirmé. Même aujourd’hui, il est encore possible de proclamer certaines vérités du sein même des Chambres, mais on préfère plutôt s’employer à y divertir le public. L’histoire économique des Etats-Unis est en quelque sorte l’histoire d’énormes gâchis de non moins fabuleuses richesses naturelles. Ces gâchis se sont produits parce qu’aucun besoin immédiat d’épargne ne se faisait sentir qui, dans bien des cas, n’existait même pas. La terre fut donnée à qui la voulait cultiver, sans qu’on songeât à protéger la nation ni le peuple du péril de sa revente. C’est souvent pour une bagatelle qu’elle fut revendue pour aller former les vastes domaines qui, pendant longtemps, et peut-être aujourd’hui encore, ne nuisirent à personne.

LE TRÉSOR D’UNE NATION EST SA PROBITÉ

Les phases se suivent : Terre ouverte, Besoin de main-d’oeuvre, Esclaves, Dettes, Main-d’oeuvre ‘libre’ en concurrence avec le système esclavagiste. Au commencement le commerce se fit pour son propre compte, le plus souvent libre de dettes à l’égard de la finance, mais sous la surveillance directe de la part des armateurs. Il était requis des directeurs du Muséum de Salem qu’ils eussent contourné le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn. La construction des Clippers (voiliers rapides) fut voilà un siècle la gloire de la Nouvelle-Angleterre. Ces voiliers qui transportèrent les produits résultant des échanges avec l’Extrême-Orient et le monde entier firent la fortune de leurs armateurs. Jusqu’en 1860, l’histoire des Etats-Unis, et en particuliers leur histoire économique, est romancée. De cette époque date le culte des affaires, perpétuant la tradition italique de Gênes la Superbe. Avant, les affaires économiques n’étaient pas si sordides. L’usure est un chancre, et la finance une maladie. Paterson qui inventa le système de la Banque d’Angleterre, c’est-à-dire le prêt des lettres de change, mourut pauvre, chassé par ses premiers associés. L’or de la Californie fut découvert sur les terres d’un homme qui n’en profita pas, et qui, protégé d’aucune loi, vit son exploitation agricole ruinée. La tragédie américaine est une perpétuelle histoire de gaspillages, gaspillage de la richesse naturelle d’abord, puis de cette nouvelle abondance offerte par la machine qui multiplie le pouvoir créateur de l’homme. Les Américains imprévoyants massacrèrent les bisons sans songer à les élever, et déboisèrent les forêts sans se soucier de leur conservation. Ces funestes entreprises n’eurent pas de portée immédiate sur la prospérité des habitants. Partout c’était l’abondance naturelle. Les usuriers appelés jusque-là ‘financiers’ conspirèrent contre l’abondance. Pour saisir l’incidence du système américain sur l’Histoire, il faut remonter jusqu’au monopole de Thales, puis reprendre le fil jusqu’à ce qu’il est convenu d’appeler la Réforme ou schisme protestant, envisagée d’un point de vue économique. On refusa de payer les impôts ecclésiastiques à Rome : on ne voulut plus payer les prêtres pour les céré-monies religieuses. On trouva dans la Bible un succédané du prêtre. La prohibition canonique de l’usure n’eut plus cours. La bonne société ne la voyait plus avec les yeux de Dante qui plongeait, pêle-mêle, usuriers et sodomites dans le même cercle infernal, pour crimes contre nature. L’économie catholique avait proclamé la doctrine du juste prix. Le monopole est une manoeuvre dirigée contre ce juste prix. Pour établir un monopole, il faut qu’il y ait disette de quelque chose. Pour spéculer, il faut que le marché oscille. En Amérique, les patrons cherchaient à avoir des travailleurs au meilleur marché. Aussi, pour se défendre, les ouvriers sollicitèrent-ils le droit de vote. Le peuple triompha de la banque entre 1830 et 1840.

Mais la qualité et la conscience politique de cet électorat, que les forces au service de la démagogie s’employaient à corrompre, s’appauvrit sous l’effet des nouvelles vagues de main-d’oeuvre venue d’Europe, et déclina graduellement. La presse, surtout, mystifia le peuple et le divertit de la nature des problèmes économiques. Vers la fin du XVIIIème siècle, la République se révolta contre les privilèges dues à la ‘naissance’ et le mouvement démocratique tout entier se souleva contre les monopoles des corporations et des métiers qui étaient, en un certain sens, des monopoles d’opportunité liée au travail. D’où la phrase historique d’Adam Smith : « Les hommes d’un même métier ne se réunissent jamais sans conspirer contre les simples particuliers. » Mais du moins ces monopoles imposés par les corporations, avec leurs échelons de sanctions et de restrictions, n’étaient-ils que des pôles de producteurs, tandis que ces monopole qui culminent avec celui de l’argent, clef de tous les autres, étaient et sont toujours le fait d exploiteurs. La situation se complique quand le même homme a la mainmise sur la production et la finance, comme les scélérats financiers d’aujourd’hui. Ford lui-même s’est trouvé contraint d’exercer un tel monopole pour se défendre contre Wall Street. Les précédents européens, peu connus des Européens eux-mêmes, nous font mieux comprendre le développement des idées économiques en Amérique. Il n’y a, pour autant que je sache, plus trace des réformes léopoldines* mais l’analogie persiste (*N.d.T. Grand Duc de Toscane, Léopold II fut l’instigateur de réformes audacieuses pour l’époque qui contribuèrent à réformer l’administration publique et les finances. Outre l’abolition de la peine capitale, il institua l’abolition des corporations qui remontaient au Moyen Âge et qui étaient le principal obstacle au progrès économique et social dans les activités industrielle. Il introduisit ensuite un nouveau tarif douanier en 1781, sur la base duquel furent abolies toutes les interdictions absolues, auquel on substitua des tarifs douaniers, à un niveau beaucoup plus bas d’ailleurs que ceux qui étaient alors en vigueur). Je m’assure que le mouvement qui fit se relâcher les liens trop serrés par les métiers et corporations fut le même en Toscane que dans les colonies américaines. Le retour vers une économie contrôlée, en Toscane, fut empêché par les guerres napoléoniennes, et pendant longtemps on n’en parla plus en Europe. En Amérique, à ma connaissance, il n’y en eut aucun écho. John Quincy Adams, dans sa solitaire excentricité, soutint une doctrine étatiste qui voulait conserver les terres nationales au titre de propriété de la nation. A la romance du voilier des prairies (le fourgon couvert des colons) fait pendant la colonisation de l’Afrique par l’Italie. Toute cette émigration ressembla à ce que l’Italie commenca à faire sur la Quatrième Rive * (N.d.T. La Quatrième Rive, c’est-à-dire la Lybie), si ce n’est qu’elle fut faite sans l’aide de l’Etat, hors du droit naturel à une certaine extension, ni sans véritable anticipation. L’abondance naturelle existait. Elle fut gaspillée. Il se peut aujourd’hui qu’entre les rares mérites de F.D. Roosevelt, se trouve une vague idée de reboisement. Mais l’on s’effraie de l’érosion des terres de l’Ouest.

BANQUES

La rouerie bancaire n’a jamais varié. Toute abondance lui sert à créer un sentiment artificiel d’optimisme que la propagande à son service va s’employer à exagérer. Les ventes augmentent, les prix des terres ou des actions excèdent la possibilité du revenu matériel, et les banques qui ont favorisé des prix exagérés, et qui manoeuvrent la hausse, n’ont plus qu’à restreindre et réclamer leurs prêts. C’est la panique.
Vers la fin de la première guerre mondiale, C.H. Douglas insista sur l’opportunité de l’abondance, de l’abondance virtuelle, comme de l’abondance monétaire, et réclama des dividendes nationaux, c’est-à-dire une distribution d’argent sous forme d’allocations individuelles ou familiales, qui permît au peuple d’acheter ce que ledit peuple était en train de produire.* (N.d.T. Selon les idées de Clifford Hugh Douglas, chaque citoyen peut reçevoir chaque année un total de monnaie créée, proportionnel à la croissance des biens et services, et inversement proportionnel au nombre de citoyens de la zone monétaire. Le nom « crédit social » dérive de son désir de réaliser un système monétaire oeuvrant à l’amélioration de la société. Il a depuis été soutenu par nombre d’économistes dont le prix ‘Nobel’ d’économie Maurice Allais. Sa solution consiste en trois revendications principales :

1)Qu’un « Bureau de crédit national » calcule sur une base statistique le nombre de crédits qui doit circuler dans l’économie ;

2) Un mécanisme d’ajustement de prix qui reflète le vrai coût de la production ;

3)Qu’un « dividende national » donne un revenu de base garanti à tous sans tenir compte du fait qu’ils aient ou non un emploi.).

La chose fut naturellement jugée insensée. Le Times et d’autres journaux à la dévotion de la finance s’opposèrent à une telle doctrine.
La justesse des vues du Major Douglas fut pourtant confirmée par le Loeb Heport (Report of the National Survey of Potential Product Capacity, New York City Housing Authority, 1935), dans des termes et statistiques que nul n’a cru devoir contester. Avant d’entrer dans cette guerre, chaque famille de quatre personnes aux Etats-Unis eût pu jouir d’un niveau de vie de 4000 à 5000 dollars par année. L’iniquité seule, pour ne pas dire la seule sottise du système monétaire et financier, ne permit pas la réalisation de ce bien être matériel. Aussi pour empêcher l’utilisation de cette abondance, une guerre fut-elle jugée nécessaire. Faute de disette, on ne peut établir un prix injuste par le moyen d’un monopole. Le denier américain ne fut pas socialisé. Depuis quatre-vingts ans il n’était plus démocratisé, comme Lincoln l’avait fait pour un temps ; comme l’avait aussi fait Jackson, qui réussit même à extirper la dette nationale. En 1939, le peuple américain n’avait pas tiré la leçon essentielle de l’histoire de son pays, pas plus que de l’histoire économique mondiale : Il est sot d’abandonner le portefeuille de la nation aux mains de particuliers irresponsables, voire d’étrangers.

Il est également sot de livrer les sources d’information du pays aux mains de particuliers irresponsables ou même étrangers. L’amour effréné du lucre précipite à la ruine le peuple qui en est la victime, défaisant la nuit l’oeuvre du jour. En Amérique, les exploiteurs d’aujourd’hui veulent vendre des quadrimoteurs qu’ils refusent de laisser voler en Amérique, afin de congestionner le marché du travail. C’est une manie, une manie néfaste. L’homme n’est plus même réduit à un tube digestif, mais à un réceptacle de monnaie qui va se dévaluant ! Le cycle dure depuis trois siècles : depuis l’arrivée des pèlerins qui sollicitaient la liberté du culte, jusqu’au culte du lucre. Cette histoire économique est l’histoire d’une décadence spirituelle dont une partie est technique, monétaire et financière. Le dessein de la finance est de tirer profit du labeur d’autrui. Ces quarante dernières années, son but fut de retenir entre les mains d’une classe privilégiée tout le profit résultant des inventions mécaniques, et de réduire au plus bas la récompense des travailleurs. Cette opération fut entreprise grâce au moyen de la libre concurrence au sein d’un marché ouvert A présent que la guerre est terminée, il n’est plus besoin de travailler comme par le passé. Voilà un siècle que Van Buren s’employait à borner à dix heures la journée de travail. La réduirait-on maintenant à quatre que tous auraient l’occasion de travailler. L’humanité dans son ensemble, et la classe laborieuse en particulier, n’est pas paresseuse. L’appel à la paresse n’ébranle pas la masse. L’artiste, et encore pas tous, a seul depuis des siècles, su dissocier l’idée du travail de celle du lucre. Pour ce qui est de la technique financière, je ne sais si je dois me contenter de recueillir des citations longues ou brèves. Si les premières font pousser la barbe, les secondes pourraient être incompréhensibles. Van Buren s’était opposé à l’emprisonnement pour dettes. Les manoeuvres de la finance s’inscrivent dans les sentences suivantes : « Le chiffre des escomptes augmenta… En octobre 1830, il était de 40 millions ; en mai 1837, de 70 millions. » M. Webster disait : « II faut le diminuer de 30 millions dans les Etats qui longent le Mississipi. ». La Banque reçut 341 millions, et 6 millions du Gouvernement. Sous le contrôle du président Jackson, les fonds atteignaient un chiffre de 15 à 20 mille. (Sous Jackson, on parlait de milliers, non de millions. ) «… utilisant les procédés de la banque pour bouleverser le crédit à l’intérieur du pays, créant la panique pour assujettir l’opinion publique »… « des membres du Gouvernement exclus du véritable comité directeur de la banque »… « Le président de la banque, trafiquant les fonds du Gouvernement pour trahir la nation »… « en versant de l’huile sur la presse, en faisant des prêts nominaux sur des garants inexistants »… « La banque réduisit de 17 millions les 64 millions du crédit. »

« Si M. Taney (du Trésor) n’avait pas empêché cette succursale (de la Banque de New York), de rassembler 8.700.000 dollars, et qu’il n’eût pas armé notre ville de 9 millions pour nous défendre (entendez la nation) dans cette guerre contre notre commerce. » Van Buren eut l’éphémère honneur d’être surnommé Fisci Liberator * (* N.d.T. Libérateur du fisc), mais la décennie 1830-1840 qu’il illustra s’est effacée de la mémoire des Américains. Après l’assassinat de Lincoln, le président Jackson n’eut pas les moyens de maintenir la liberté fiscale. En 1878 un député développa sa doctrine en disant qu’il voulait retenir comme capital roulant au moins une partie de la dette nationale sans intérêt. Le mouvement Libre argent (Free Silver), destiné à contrarier les intérêts des propriétaires de mines d’argent qui avaient des intérêts dans l’or, ne toucha pas le fond du problème. W.J. Bryan dirigea ce mouvement qui s’est perpétué jusqu’à nos jours en s’affaiblissant peu à peu. Il arrive cependant encore qu’un idéaliste fasse sa cour aux « argentistes » et soit lancé par eux dans la carrière politique. Ces gens confessent la vérité en privé, comme Bryan la confessa à Kitson, mais je ne me souviens pas si Kitson a publié les circonstances de l’entrevue ou s’il n’a fait que les communiquer par lettre au soussigné. Je crois pourtant les avoir bien lues imprimées. Bryan qui entendait continuer une tradition honnête, combattit farouchement et se servit de tous les moyens dont il disposait

UN SCHÉMA CHRONOLOGIQUE

La chronologie des événements économiques en Amérique est grossièrement la suivante : 1620-1750 – Commencement et développement de la prospérité coloniale fondée sur un système de prêts par plusieurs Gouvernements des colonies à ceux qui cultivaient la terre. Cette prospérité excita la convoitise des cartels et monopoleurs de Londres qui cherchaient à établir leur monopole monétaire. 1750-1776-1788 – Préparation de la Révolution, formation du système américain. 1789 – Washington président : Hamilton, conservateur et agent de la finance, s’oppose à la démocratisation de Jefferson ; Fraude de l’ « assomption ». 1801-1825 – Jefferson et ses disciples à la Maison Blanche. Achat de la Louisiane. Seconde guerre contre l’Angleterre. 1829-1841 – Jackson et Van Buren à la présidence. Lutte entre les banques et le peuple, triomphe du peuple.

1841-1861 – Découverte de For de la Californie en 1849. Dettes du «Sud» à l’égard des banquiers de New York et d’ailleurs. Esclavage des nègres. Prodromes de la guerre civile. A partir de 1861 – Guerre de Sécession, triomphe de la finance. 1869-1877 – Grant président. Scandales. Or contre le peuple. 1890 – Affaire de l’ « argent ». Trusts. 1914 – Développement industriel, technocratie. La menace de l’abondance. 1935 – Chart of Potential Product Capacity. 1939 – « War is his only way out », phrase d’un député pour signifier que Roosevelt s’était mis dans de si beaux draps que la guerre était sa seule échappatoire, l’unique moyen qu’il avait de garder cachées ses erreurs passées, et de se maintenir au pouvoir.

POURRITURE

Les Annuals Reports of the Secretary of the Treasury révèlent que de juin 1932 à juin 1939, le Trésor américain acheta pour 10 milliards d’or au prix de 35 dollars l’once, or qui peu auparavant n’en coûtait que 21,65. Ce même fisc n’a publié aucun communiqué quant à la provenance de cet or, de sorte que si le secrétaire du Trésor lui-même voulait maintenant savoir d’où il provenait, il ne trouverait dans ses archives que le nom du dernier vendeur. Ceci pour dire que le Gouvernement, autrement dit le peuple américain, a payé dix milliards de dollars à ceux qui possédaient l’or que, peu de jours avant le changement de prix, on aurait pu acheter pour 6 milliards : soit un don de 4 milliards à des vendeurs qui pourraient fort bien être des marchands étrangers, comme, de fait, ils le furent pour la plupart. Dieu sait combien d’or le peuple a acheté durant la guerre, de 1939 à aujourd’hui. La manoeuvre est très simple. Quand les Rothschild et autres membres du consortium de l’or ont de l’or à vendre, le prix monte. Le public fait les frais d’une propagande pour la dévaluation du dollar (ou de toute autre unité monétaire, selon le pays qu’on a choisi de mystifier). On dit alors que le prix élevé de l’unité monétaire nuit au commerce de la nation. Mais quand c’est la nation ou le peuple qui possède l’or, et les financiers les dollars (ou quelque autre unité monétaire), on retourne à l’or ; c’est-à-dire qu’on hausse la valeur du dollar, mystifiant une nouvelle fois les citoyens de la nation riche , tout comme ceux des autres nations. Les manoeuvres autour de l’argent suivent des lignes plus simples. Tout se rapporte à ce qu’Aristote appelle la pratique commune des affaires (Politique 1. 4. 5. — Thales). Les marchands d’argent sont moins importants que les marchands d’or. D’autres métaux sont

monopolisés qui n’entrent pas aussi intimement dans le jeu monétaire. A l’aide de ces clefs, nous pouvons ouvrir les archives ou le Congressional Record où bon nous semble, et y trouver les tentatives, de plus en plus timides, faites pour résister à ces manoeuvres frauduleuses. Quant à l’histoire monétaire ou financière, la théorie selon laquelle les Gentils sont des moutons se trouve amplement confirmée. Il y a peu d’années, je laissai entendre aux argentistes que l’avenir de l’argent résiderait dans l’utilisation industrielle de ce métal, mais on attendait l’arrivée de Sassoon en Amérique avant d’agir dans ce sens.

REMÈDES

Les paroles s’envolent, les faits se répètent. La vérité qui apparaît parfois n’est pas toujours bien comprise et souvent même tournée en dérision. Les économistes oublient de regarder ce qui est sous leurs yeux. Il y a neuf ans, un très fameux sociologue italien n’avait pas pris soin d’examiner les inscriptions sur les billets d’Etat ou de banque. Ces gens représentent une tradition millénaire. Il semble que les gens n’ont pas d’yeux pour voir les objets usuels. Un professeur de la London School of Economics m’envoya, un jour, trois cartes postales satiriques, dont l’une était pourvue d’une espèce de soufflet qui laissait échapper des cris lorqu’on pressait dessus. Il avait acheté ces cartes avec un bon des Chambres de Commerce françaises qui n’avait pas cours hors de France. Il me les envoya toutefois pour nier qu’il pût y avoir dans le même temps une monnaie valide partout, et une autre qui ne le soit que dans son pays d’origine. Les divers groupes d’opposants aux normes financières et de réformateurs monétaires, faute d’une connaissance de la tradition, chacun en possession d’une partie seulement de la vérité, se contredisent et ne comprennent pas leurs différentes terminologies. Fernando Ritter prétend avec raison que l’agriculteur qui livre son blé à la collectivité doit être assuré de recevoir, en retour, les engrais nécessaires aux récoltes à venir. Son propos fait écho à la déclaration de Zublay du temps de la formation des Etats-Unis : « II faut faire croire que ce papier est bon à quelque chose » (qu’on peut l’ échanger contre quelque denrée). II faut que la monnaie soit la garantie d’un échange futur. Ces propos rejoignent la bataille livrée pour le dollar-marchandise et pour un juste indice des prix (price index). A cette juste proposition, Wall Street poussa les hauts cris : «Dollar de gomme, dollar élastique» (rubber dollar). Naturellement les usuriers s’opposèrent à toute espèce de contrôle de la part du public ou de l’Etat, censé représenter l’intérêt public. Les usuriers tiennent à ce que le contrôle de la monnaie reste entre leurs mains.

Toute l’histoire des Etats-Unis oscille entre ces deux camps. Le peuple américain s’étant soulevé contre les usuriers de Londres se donna un Gouvernement à lui, lequel devint la proie des usuriers résidant en Amérique qui restaient en rapport avec les maîtres chanteurs de la mère patrie. Belmont, par exemple, représentait les Rothschild. Aujour-d’hui le bureau central se trouve à New York et la succursale est à Londres. L’ubiquité des victimes importe peu, et le quartier général maintient un haut degré de mobilité. Les usuriers agissent par fraude, par faux, par superstition et habitude de la comptabilité, et quand tous cet moyens sont épuisés, ils déchaînent une guerre. Tout gravite autour du monopole, et les monopoles particuliers gravitent autour du grand monopole illusionniste de la monnaie.

BIBLIOGRAPHIE

II n’est point besoin d’une vaste érudition pour comprendre cette phase de l’histoire, si le lecteur a pris soin de commencer par le début, c’est-à-dire : la Politique et l’Economie d’Aristote, et les Discours de Démosthène (par exemple : Contre Dionysidore). Le cas particulier des Etats-Unis se trouve exposé dans les livres indiqués dans mon L’Amérique, Roosevelt et les Causes de la Guerre présente. Ecrits de John Adams et de Jefferson (pour commencer) C. Bowers : Jefferson and Hamilton, pour le Scandale de l’Assomption, Van Buren : Autobiography. Henry Adams : 4 volumes sur les administrations respectives de Jefferson et de Madison, d’un moindre intérêt pour une étude spécifiquement économique et monétaire. Les romanciers et les auteurs comiques donnent parfois une idée plus claire que les professeurs. On apprendra davantage de Ernest Poole : The Harbour (pour la romance des «Clippers ») et de William Mahl : Two Play of the Social Comedy (sur la tentative d’accaparer tout l’or en 1869), que des historiographes. J’ai déjà cité le Report of the National Survey of Potentiel Product Capacity, 1935, New York. Housing Authority. Irving Fisher fut en Amérique le premier à publier un clair exposé du système monétaire de Gesell « Stamp Scrip » (prescriptible). La source de cette école est Die natürliche Wirtschaftsordnung durch Freiland und Freigeld (L’ordre économique naturel fondé sur l’affranchissement du sol et de la monnaie, 1916) de Silvio Gesell. H. A. Fack, de San Antonio, Texas, en est l’éditeur américain qui, depuis des années, publie un mensuel idéaliste The Way out. La révolte de l’Alberta (province canadienne de 600 000 âmes) découla des théories de C. H. Douglas mâtinées de gesellisme. Pour une introduction à la tendance des technocrates, pratiquer :

Dexter Kinaball : Industrial Economics. D. R. Dewey : Financial History of the U.S. — pourrait servir à l’étudiant déjà apte à comprendre la portée des faits qui y sont réunis. Ce livre qui fut réédité plus de douze fois et qui fait autorité dans les universités manque totalement de candeur. Pour autant qu’il m’en souvienne, Dewey n’a pas fait mention des auteurs susnommés, hormis Henry Adams qui est inoffensif. L’impréparation des étudiants, forme de schizophrénie démo-libérale, vient de la négligence des études, et de l’idée moderne que le grec est une langue morte d’aucune utilité pour la vie ordinaire. Ou bien l’étudiant commence par Adams Smith au lieu d’Aristote, ou bien son esprit est obscurci par l’esthétique que lui donnent la Poétique et la Métaphysique, On devrait, dans les écoles de commerce, étudier sinon les textes mêmes, du moins quelques morceaux choisis dans une bonne traduction. A celui qui devant cette mutilation crie au scandale et se pique d’érudition, on présenterait le texte intégral augmenté d’un index où seraient réunis les morceaux qui ont une portée immédiate sur les affaires courantes, et qui servent véritablement d’enseignement pour l’existence. Cela ne nuirait à aucun homme de bonne volonté.

TABLE CHRONOLOGIQUE récapitulant d’autres faits témoignant du degré de perspicacité atteint à diverses époques de l’histoire américaine. 1684 – L’Angleterre supprima le petit Hôtel de la Monnaie du Massachusetts où était frappée une petite quantité d’argent. 1814 – Calhoun s’opposa à un processus par lequel le Gouvernement devait emprunter son propre crédit. 1819 – Crawford émet des billets du Trésor sans Intérêt. 1825 – La crise industrielle en Angleterre conduisit au dumping, le marché américain est inondé de marchandises à prix de banqueroute. 1832 – Jackson : « C’est le travail qui donne sa vraie valeur à la terre. » 1834-1835 – Jackson liquide la dette nationale. Les Etats-Unis ne doivent rien à personne. Il n’est pas jusqu’à Dewey qui n’admette que la diminution des dépenses entre 1816 et 1833 est due à la réduction, puis à l’élimination du paiement des intérêts sur la dette publique.

Voici le bilan des gains et des dépenses du Gouvernement entre 1816 et 1833 :

1816 – encaisse 47 677 000 dollars.

1816 – dépenses 31 196 000 dollars.

1833 – encaisse 33 948 000 dollars.

1833 – dépenses 23 017 000 dollars.

Intérêt sur la dette publique : 1816 – 7 823 000 dollars.

1833 – 303 000 dollars.

Et puis ZERO.

1836 – Le Trésor national ayant un bilan positif, cet argent fut distribué aux divers Etats. Sans remonter jusqu’au légendaire calife mahométan, les ignorants qui ont crié au scandale quand G. H. Douglas proposa un dividende national, sont priés de considérer les faits suivants : Le Massachusetts donna l’argent qui lui avait été versé aux villes et contrées ; Boston l’utilisa pour les dépenses courantes ; Salem, pour construire une mairie ; Groton, pour réparer un pont ; le Maine réalisa une distribution per capita. 1863-1864 – Chase favorisa la plus grande distribution du prêt national parmi le peuple, au lieu de trafiquer avec les banques. 1878 – Le parti «dos-vert»(greenback) en faveur des billets nationaux et contre le monopole des financiers, reçut un million de voix. 1884 – Fin du parti dos-vert.

NOTE

Je ne voudrais pas être injuste envers D.R. Dewey en disant qu’il manque de candeur. Mais il n’est pas rare de le voir s’engluer dam sa visqueuse terminologie. Le crédit, par exemple, ne se forme pas directement en richesse. Aucun papier ne peut opérer un tel changement. En revanche on peut fort bien transformer le crédit en pouvoir d’achat Toute espèce d’indication imprimée sur un objet ou une substance quelconque y suffit. C’est à Rapallo que j’ai, il y a peu, rencontré le parfait exemple de bon sens monétaire instinctif. Baffico, le marchand de journaux, qui n’est certainement pas un esprit érudit, venant à manquer de menue monnaie, et se refusant à utiliser des timbres-poste qui, après une série d’échanges, perdent leur fraîcheur et leur gomme, fit imprimer des petits cartons qu’il remit à ses clients en guise de monnaie. Eh bien, j’ai trouvé le signor Baffico indigné de ce que les autres commerçants eussent accepté ses cartons. Aussi bien dût-il dépenser pour en faire imprimer une seconde provision. Tout aide-mémoire sert à simplifier la comptabilité, et à nous libérer de la nécessité de tenir un livre des dettes et des crédits. Afin que l’argent, les avertissements, symboles, ou certificats de dette soient des moyens d’échange valables, il faut que celui qui les émette ait de quoi les honorer. F. Ritter, dans un récent article, insiste sur la convertibilité de l’argent. Son pessimisme ne porte pas du tout sur la possibilité ou l’opportunité d’utiliser le travail comme mesure de valeur des denrées à livrer.

POST-SCRIPTUM AUX TROIS ESSAIS

Tout le devoir d’un corps représentatif pourrait se réduire à surveiller l’émission et la dépense des deniers publics.

L’infantilisme de nos législateurs transparaît de l’attention exclusive qu’ils portent à la dépense, alors qu’ils n’en prêtent aucune à l’émission et à ses modalités.

Ubi jus vagum : Une autre infirmité des Etats-Unis est de promulguer des lois et des ordonnances d’une terminologie incertaine. Il arrive même que les mots qui en composent les textes ne se rencontrent dans aucun dictionnaire légal.

Les Américains ne virent pas le danger qu’il y avait dans l’aveu lyrique d’un juriste haut placé : « Bah ! Tout ce qui m’intéresse, c’est de voir ce qu’on nous donne à boire ! »

Pound, se regardant comme un patriote loyal envers la Constitution des Etats-Unis, engagea, par le canal de Radio Rome, ses compatriotes à mettre sans plus tarder de l’ordre dans leur maison.

FIN.