L’hiver d’un monde


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par Pierre-Yves Lenoble

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-En langage guénonien, on peut avancer que la Gauche est comparable à l’ « Anti-Tradition », alors que la Droite équivaut à la « Pseudo-Tradition ».

-Qu’est-ce exactement qu’avoir une « bonne mort » ? : c’est parvenir à dématérialiser sa partie matérielle et à matérialiser sa partie immatérielle.

-A bien des égards, il n’est pas impossible que l’humanité est en train de vivre une période post-apocalyptique : en effet, toutes les eschatologies traditionnelles affirment qu’à la fin des temps les hommes seront gourmands et pleins d’envies, en revanche aucune n’a prédit la surconsommation et l’obésité ; elles déclarent que la luxure et la dépravation des mœurs se répandront en masse mais aucune ne parle d’industrie du porno, de millions et de millions d’IVG ou de drag-queens éduquant les enfants ; elles évoquent les dissensions familiales et la division sociale, aucune n’avait prévu le féminisme, le transgenre ou la GPA/PMA ; toutes annoncent des calamités naturelles en tout genre, aucune n’a prédit la géo-ingénierie et les chemtrails ; toutes nous disent qu’il y aura des guerres destructrices partout sur terre, aucune ne fait mention d’attentats sous faux drapeaux ou de soft-power…

-Corruption généralisée à tous les échelons de l’appareil étatique, hommes politiques soumis à des intérêts étrangers, conflits inter-ethniques, décadence culturelle et intellectuelle, flicage des populations, paupérisme et formation de bidonvilles, développement d’églises évangélistes et du wahhabisme, réseaux pédocriminels, attrait croissant pour le foot et la télé-poubelle, influence grandissante des ONG, bref, à la vue de tous ces signes des temps, il apparaît clair que la France va bientôt devenir un pays du Tiers-monde.

-Les petits soldats de la sacro-sainte « liberté d’expression » autoriseraient-ils Voltaire à écrire cela en 2018 ? : « Vous prétendez que vos mères n’ont pas couché avec des boucs, ni vos pères avec des chèvres. Mais dites-moi, messieurs, pourquoi vous êtes le seul peuple de la terre à qui les lois aient jamais fait une pareille défense (Lévitique 17, 7 et 20, 15) ? Un législateur se serait-il jamais avisé de promulguer cette loi bizarre, si le délit n’avait pas été commun ? » (Dictionnaire Philosophique, Edition du journal Le Siècle, 1867, p. 497).

-Chaque découverte scientifique chasse l’autre dans l’oubli et chacune est un coup de grâce à la pensée matérialiste et progressiste : il n’y a qu’une seule vérité, immuable car de nature toute spirituelle, il n’y en a pas trente-six.

-Aucune civilisation n’a survécu à la perte de sa sacralité révélée. Notre société mondialisée n’est qu’une parodie de civilisation, un amas humain acculturé se cherchant en vain des sacralités artificielles.

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-L’homme inférieur préfère avoir tort avec la masse qu’avoir raison avec la minorité. L’homme supérieur préfère la liberté de penser et la quête de vérité à toute représentation sociale… et même à sa propre mort.

-Les formes externes que revêtent les êtres sont transitoires, seules les formes internes qui les soutiennent sont éternelles.

-Le destin des civilisations ressemble par analogie au déroulement annuel des quatre saisons : 1) Printemps : la civilisation bourgeonne à partir d’une sacralité collective révélée et autour d’une autorité spirituelle légitime, porteuse d’une vision du monde unicitaire, qui organise pas à pas l’ensemble du corps social ; 2) Été : le groupe, notamment et surtout les élites temporelles, est totalement soumis aux représentants du Sacré, toute la société est ordonnée, hiérarchisée et atteint un apex civilisationnel (cela se concrétise par de grandioses productions intellectuelles, architecturales et artistiques en tant que fruits culturels) ; 3) Automne : les élites profanes (noblesse et bourgeoisie) se révoltent contre l’autorité sacrale de leur cléricature, s’auto-divinisent illégitimement, remettent en cause les anciens piliers traditionnels et changent toute la tournure d’esprit générale (arrivée de nouveaux cultes, les pensées et les croyances se rationalisent, fractures diverses au sein de la société) : la décadence s’enclenche inexorablement ; 4) Hiver : c’est l’ère terminale des foules et des masses indistinctes (mélangées spirituellement, culturellement et ethniquement) voyant la profanation, la solidification et la mort lente de tous les aspects de la société, c’est le « règne de la quantité », la « fin de l’histoire »…

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Le monde imaginal (mundus imaginalis)


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« Quant à la fonction du mundus imaginalis et des Formes imaginales, elle est définie par leur situation médiane et médiatrice entre le monde intelligible et le monde sensible. D’une part, elle immatérialise les Formes sensibles, d’autre part elle « imaginalise » les Formes intelligibles auxquelles elle donne figure et dimension. Le monde imaginal symbolise d’une part avec les Formes sensibles, d’autre part avec les Formes intelligibles. C’est cette situation médiane qui d’emblée impose à la puissance imaginative une discipline impensable là où elle est dégradée en « fantaisie », ne sécrétant que de l’imaginaire, de l’irréel, et capable de tous les dévergondages. C’est toute la différence que connaissait et marquait déjà fort bien Paracelse entre l’Imaginatio vera (la vraie Imagination, l’Imagination au sens vrai) et la Phantasey », Henry Corbin (Corps spirituel et Terre céleste, Buchet-Chastel, 2014, p. 10).

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La notion fondamentale de mundus imaginalis (‘âlam al-mithâl, en arabe) remise au goût du jour par l’éminent islamologue H. Corbin revêt à nos yeux une extrême importance et constitue une réalité primordiale et permanente, une véritable constante anthropologique, aussi tangible que le monde matériel que nous arpentons à l’état de veille.

Ce monde supra-terrestre, disons-nous, a de tous temps et en tous lieux été connu des traditions anciennes les plus diverses en tant que domaine subtil uniquement appréhendable par la pensée, soit un ailleurs extra-mondain, un espace onirique, un au-delà tant prénatal que post-mortem, un cadre psychique où grands ancêtres, dieux, déesses, anges, héros, titans, êtres mythologiques et autres entités spirituelles y menaient une « plus-que-vie » éthérique et symbolique.

On le répète, les Anciens, en étroite relation avec l’Invisible, ont toujours intégré dans leur vision du monde une transcendance omniprésente, et ont toujours établi un lien sympathique et permanent entre l’ici-bas et l’Autre-monde : ce domaine spirituel s’est présenté universellement sous les traits à la fois d’un « âge d’or » primitif et d’un éden eschatologique, d’un lieu d’outre-tombe habité par les âmes défuntes, d’un endroit (ou plutôt d’un envers) où tous les rêveurs se rendent chaque nuit et où l’imagination active a l’occasion de trouver un terrain de jeu, bref, d’un « monde des dieux » — d’une « terre sainte », d’une « terre des bienheureux », d’un « pays des merveilles » ou d’une « terre céleste » comme disait joliment Plotin — où se jouent perpétuellement la trame scénarique, les hauts faits et les événements édifiants du grand film de l’Univers.

Aussi, selon nous, l’existence et la réalité constantes du monde imaginal, quoique situé sur un plan métaphysique ou surnaturel au sens le plus littéral, ne font aucun doute puisque l’on ne voit pas comment et pourquoi la structure mentale des peuples qui se sont succédé sur terre a, partout et toujours, été en tous points équivalente, a adopté des paysages symboliques tout à fait comparables et s’est servie d’images parfaitement universelles, isomorphes et isosémantiques.

En effet, sans ce bassin sémantique captif composé d’archétypes imagés, sans ce nuage intellectif fait de figures-types, comment par exemple expliquer les nombreuses similitudes entre certains mythes et certains récits visionnaires, comment interpréter les analogies flagrantes entre divers personnages légendaires, l’identité parfaite de moult divinités qui peuplent les panthéons, sans parler des descriptions en tous points similaires des innombrables contrées fantastiques et autres séjours paradisiaques ?

Comment se fait-il également que des contemplatifs comme l’espagnole sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) et le perse Sohrawardî (1155-1191), séparés entre eux par plusieurs siècles et des milliers de kilomètres, ont vu et décrit durant leur extase le même « Château de l’âme » ?

Pourquoi certains mystiques, comme les soufis d’Arabie et les moines rhénans, ont-ils tous vogué spirituellement en direction de la même « Île verte » pourtant localisée sur aucune mappemonde ?

Où et quand se trouvaient prophètes, saints, chamans et autres maîtres spirituels lors de leurs différents voyages en esprit à travers les sept cieux planétaires jusqu’au Trône divin ?

Pour quelles raisons les cosmogonies et les cosmologies du monde entier font toutes état d’une Montagne sacrée localisée au « Centre du Monde » (à l’image du Mêru hindou, de l’Olympe grec, de l’Alborj iranien, du Qâf islamique, du mont Sion des hébreux, du Calvaire chrétien… etc.) ?

Quel niveau de perception faut-il intégrer pour s’apercevoir que la « Cité de Brâhma » des Upanishads hindous est strictement identique à la « Jérusalem céleste » johannique, à la « Civitas Dei » d’Augustin ou à la « République » de Platon ?

Ou encore, dans quelle dimension spatio-temporelle se déroulent les mythes, les légendes, les aventures symboliques, les récits prophétiques, les visions théophaniques, les contes de fées et les quêtes héroïques rencontrées chez l’ensemble des formes traditionnelles connues ?


En bref, nous dirons que le rôle principal de ce monde animique est de mettre en relation, de transmettre la communication, entre Dieu et l’homme…


Ce petit article tentera de répondre tant que faire se peut à ces épineuses questions…

En premier lieu, il convient de rappeler que les sociétés traditionnelles, avec leur paradigme intégralement sacralisé, ont toutes opté pour un schéma cosmologique général divisant l’ensemble du monde manifesté en trois grands niveaux d’existence, superposés graduellement suivant leur degré de subtilité : c’est ce que l’on appelle traditionnellement la doctrine des « Trois Mondes ».

Ainsi, outre l’Unité divine incommensurable — car absolue, non-manifestée et infinie — en tant que Possibilité universelle, la manifestation cosmique se déploie et s’organise comme suit :

  • Le premier monde, le plus élevé de tous, correspond au domaine de l’Esprit, au « Ciel » (assimilable au « Royaume de Dieu »), d’une nature purement métaphysique, à la manifestation informelle : c’est le monde invisible, intelligible et noétique (« idéel » plutôt qu’idéal, pourrait-on dire) où sont éternellement situés en suspens les Formes spirituelles, les Idées platoniciennes, les Noms divins, les Intelligences immatérielles, les Espèces universelles (Species) et les Principes premiers.
  • Le deuxième monde, d’une nature psychique éthérée, est le domaine de l’Âme, il représente l’ « Atmosphère » (le « Paradis terrestre »), la manifestation subtile : c’est le mundus imaginalis proprement dit, où les Idées se font images, où les grands Archétypes métaphysiques prennent corps en figures et symboles afin d’être appréhendés par la pensée humaine qui a forcément besoin de supports visuels (notons au passage que le terme grec idea signifie à la fois « idée » et « image »). « L’âme est tout ce qu’elle connaît » et « l’homme ne pense jamais sans images », enseignait à ce propos le vieux Aristote, et Plutarque disait, dans la même veine, que « L’âme a été créée pour être l’organe de Dieu, et la vertu d’un instrument est d’imiter aussi exactement que possible le dessein de celui qui l’utilise » (Moralia, 404b).
  • Le troisième monde, enfin, revêt une nature matérielle solide, c’est la « Terre » (« Ce monde »), le domaine des Corps, celui de la manifestation grossière et sensible, où naît, vit et meurt le composé psychosomatique périssable de l’homme.

On voit bien par ce qui précède que, dans le cadre du paradigme traditionnel, le monde imaginal fait office d’intermédiaire entre l’Esprit et la matière, de lien entre le fini et l’infini, et, se présente à nous comme un médiateur psychique, un entre-monde, placé entre la condition spatio-temporelle de l’homme mortel sur cette terre et la condition divine au-delà de toute détermination, de toute limitation et de toute contingence.

Ce lieu mystérieux, mi-sensible mi-intelligible, n’est fréquentable que par les âmes délestées de leur véhicules corporels (lors d’une ex-stasis au vrai sens du terme, d’un raptus extra-corporel). C’est en ce « là-bas » apparitionnel, dans cette constellation d’images suspendues dans l’éther, que les corps subtils désincarnés s’en vont rêver toutes les nuits, qu’ils pénètrent et s’aventurent profondément lors des visions extatiques, des épreuves initiatiques ou des songes prophétiques, et surtout, qu’ils transmigreront définitivement au moment de la mort clinique.

Hieronymus Bosch - Painting 6

Effectivement, il est important de bien signaler que seul un lâcher-prise ontologique provoquant une rupture de niveau de conscience perceptive — à l’aide de tout un panel de techniques opératives : méditation intensive, visualisation active, privation sensorielle, mortification, prise de produit hallucinogène, danse sacrée, répétition de mantras… etc. — est à même d’assurer à l’esprit humain l’accès à cet espace supra-terrestre de nature psycho-éthérique.

Dès lors, il est évident que la soi-disant inspiration poétique, la fiction littéraire, l’imagination débordante du romancier, la projection utopiste des auteurs de « science-fiction », le fumeux « plan astral » des courants New-Age imbéciles, le sordide « inconscient » freudien, les « archétypes » tout subjectifs de Jung ou la pseudo-« intuition » bergsonienne, qui ne constituent tous que de vulgaires rêveries fantasmatiques et fantasmagoriques (pour ne pas dire des inversions sataniques de la véritable illumination spirituelle, seule apte à élever et à réaliser l’homme), n’y trouveront jamais leur place et leur heure.

Il y a là toute la différence fondamentale entre, d’un côté, « l’imaginaire » subjectif, changeant anarchiquement suivant les ressentis affectifs et suivant la mémoire individuels à la base de l’imagination passive, et de l’autre, « l’imaginal » objectif, perpétuellement ouvert et disponible à l’activité de l’imagination créatrice de l’homme.

De plus, nous pouvons affirmer que le mundus imaginalis, du fait de sa position médiane au sein de la manifestation universelle, est identifiable à une sorte de miroir à deux faces, d’une ampleur macrocosmique, ayant pour fonction essentielle de faire l’interface visuelle entre les éternelles Idées/Principes divines, informelles donc non-représentables, et la psyché humaine limitée, obligée de penser via toute une variété de représentations formelles et de figures archétypales familières à son entendement.

En d’autres termes, grâce à cet inter-monde et son paysage éthéré tenant lieu de plan de réflexion psycho-imaginal, les grandes Causes de l’univers (ou les Attributs divins, dans un langage plus théologique) se reflètent, se manifestent et s’intelligent de manière à ce que la pensée, la structure mentale et l’action imaginative de l’homme les « re-cherchent », les  « dé-couvrent », les « con-templent », les  « re-gardent », les « com-prennent » et les « con-naissent ».

En bref, nous dirons que le rôle principal de ce monde animique est de mettre en relation, de transmettre la communication, entre Dieu et l’homme, et inversement (à l’image de la fameuse échelle de Jacob, empruntée dans les deux sens par les anges). Une célèbre formule issue de l’ésotérisme musulman caractérise ainsi de façon concise ce domaine psychique, médiateur entre les consciences individuelles et l’Esprit universel, comme un niveau de réalité subtil « où les corps se spiritualisent et où les esprits se corporifient ».

Ainsi, en raison de son double aspect (à la limite entre le sensitif et l’intellectif), il est par excellence l’agent individuel de la réminiscence ontologique (l’anamnesis) qui assure à toute âme la reconduite vers sa Forme parfaite, la réintégration à son Archétype ultime, l’identification finale à son Ange personnel ancré en Dieu ab aeterno (à ce titre, on ne peut que citer les sages paroles du philosophe Malebranche pour lequel « Dieu est aux âmes ce que l’espace est aux corps »).

L’accès à ce monde d’en-haut se trouve donc bien « en nous-mêmes », rentrer en son sein — soit effectuer le grand « Passage », franchir le « Seuil », ouvrir la « Porte du Ciel » — suppose ainsi de renier « l’homme extérieur » au profit exclusif de « l’homme intérieur » et marque le début de la conquête individuelle, par une intériorisation et une vision actives, des états supérieurs de l’être.

Il est caractéristique par exemple de voir les penseurs soufis, en tant que pèlerins spirituels, parler fréquemment de l’ « œil du cœur » (Ayn el-Qalb) afin d’évoquer l’intériorité de l’organe subtil où s’accomplissent les visions théophaniques. Une sentence coranique (XXII, 46) n’affirme-t-elle pas de façon explicite : « Ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles, mais les cœurs » ?

Nous tenons également à faire observer que le mundus imaginalis intermédiaire, avec ses scénarios visionnaires et ses images-types captives, est parfaitement comparable, en tant que canal psychique, au monde angélique des théologiens bibliques ; par exemple, saint Thomas d’Aquin attribuait aux anges le rôle de médiateurs célestes, de messagers (c’est le sens du grec ancien àggelos puis du latin angelus), entre l’ici-bas corruptible (récepteur) et l’immutabilité du Royaume divin (émetteur) : « Les anges connaissent tous les êtres matériels et corporels par les Species intelligibles (= Espèces divines) qui existent en eux. (…) les anges, au moyen des Species que Dieu leur infuse, connaissent les choses non seulement dans leur nature universelle mais aussi dans leur singularité, en tant que ces Species sont des représentations multipliées de la simple et unique essence de Dieu » (Somme Théologique I, 57, 1 et 2).

Le jugement dernier, par Michel-Ange

Au demeurant, il nous faut ajouter que le domaine de l’imaginal n’est pas soumis au même espace/temps que celui qui conditionne la vie sur notre globe : il ne peut être répertorié sur aucune carte géographique et ne peut être intégré à aucune frise chronologique.

C’est en ce sens que le métaphysicien médiéval Sohrawardî surnommait cet inter-monde des visions théophaniques : Nâ-kojâ-Âbâd, littéralement le « pays du non-où », l’utopia (le « non-lieu »), marquant par là sa situation trans-mondaine, en tant que lieu des possibles (H. Corbin précisait à ce propos que ce situs psychique n’était « pas situé mais situatif »).

De même, il n’y a là-bas aucune sorte de succession temporelle, seule règne la simultanéité a-chronique (ou plutôt synchronique) au sein d’un « éternel présent » (nunc stans), tant anticipatif que rétroactif, à tout moment ré-actualisable : c’est en ce réservoir animique en suspens que se trouvent les grands symboles et autres enseignements universels utilisés par toutes les traditions particulières, c’est là que se déroulent perpétuellement les grands événements cycliques du cosmos derrière les faits et gestes des personnages mythiques, c’est là que se jouent intemporellement les grands épisodes méta-historiques racontés dans tous les récits sacrés (soit l’ « histoire sainte »), c’est là qu’il faut chercher le paradis aussi bien que l’enfer, le continent originel hyperboréen aussi bien que le futur Millénium apocalyptique, l’Orient mystique aussi bien que l’île occidentale d’Avalon, le pays de Cocagne aussi bien que l’Hadès souterrain, le Graal de Perceval aussi bien que la coupe pleine d’immondices de la Prostituée de Babylone, le nectar des Olympiens aussi bien que la ciguë socratique, Cendrillon aussi bien que le grand méchant Loup, l’Adam primordial aussi bien que le Messie à venir…

En fait, cette absence de quand et de où ne constitue aucunement une impossibilité ni un paradoxe puisque le monde imaginal se présente comme une structure mentale, certes concrète mais sous-jacente, un champs réflectif, neutre, implicite et en puissance (à l’image du plan, des fondations et des murs porteurs d’une maison), qui se décorera et se colorera de mille manières possibles suivant l’état d’être du voyageur de l’âme qui le visite.


Au final, on s’aperçoit que dans les conditions d’existence terrestres, l’homme croit ce qu’il voit, alors qu’a contrario, dans les conditions psycho-visionnaires du mundus imaginalis, il a l’occasion de voir ce qu’il croit.


Ainsi, en fonction du degré de pureté ontologique et du niveau de connaissance métaphysique acquis par l’âme humaine (ce qui correspond analogiquement à l’étagement des sept cieux initiatiques ou à la gamme des sept sphères angéliques), la subtilité du décorum et l’aspect esthétique du mundus imaginalis, mi-intrinsèque mi-extrinsèque à l’homme (« psycho-cosmique » en langage corbinien), sont susceptibles d’infinies modifications externes : chaque psyché individuelle, lors de son séjour ponctuel ou définitif dans les conditions spécifiques du monde d’en-haut, est donc responsable de son sort, tapisse de ses propres images son panorama mental et se crée elle-même sa destinée imaginative particulière.

En somme, tout ce que la mémoire aura emmagasiné et intégré pendant l’état de veille y apparaît sous des formes archétypales et des images symboliques, en totale conformité et en synchronicité avec la nature des impressions dont elles procèdent. Ici, on le redit, le psychisme supérieur désincarné détermine lui-même la mesure qualitative, apparitionnelle et impressive de son propre espace/temps. « Nous leur montrerons Nos signes dans l’univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’il leur devienne évident que c’est cela la vérité », lit-on expressément dans le Coran (XLI, 53).

Pour donner une illustration, nous avancerons que la relation entre la structure intemporelle du monde imaginal et les consciences humaines, différenciées et changeantes, peut être légitimement comparée à l’art musical : la première représente les notes, l’harmonie et la mélodie (non-changeantes), la seconde figure les diverses particularités du joueur et la large variété des instruments ; on dira que l’une est la page blanche, l’autre le pinceau…

Au final, on s’aperçoit que dans les conditions d’existence terrestres, l’homme croit ce qu’il voit, alors qu’a contrario, dans les conditions psycho-visionnaires du mundus imaginalis, il a l’occasion de voir ce qu’il croit.

Nous terminerons cet article (qui fera un jour l’objet d’un livre entier inch’ Allah) comme nous l’avons débuté en citant ces quelques mots éclairants et récapitulatifs proférés par H. Corbin quant à ce domaine supra-terrestre et supra-temporel de l’imaginal, l’intermédiaire subtil entre l’ontologique et le cosmologique, la structure psychique constante située entre le sensible et l’intelligible, le lien visionnaire entre l’entendement limité de l’homme et l’Esprit illimité de Dieu : « C’est un monde supra-sensible, en tant qu’il n’est perceptible que par la perception imaginative. Entendons bien, ici encore, qu’il ne s’agit pas simplement de ce que le langage courant de nos jours appelle une imagination, mais d’une vision qui est Imaginatio vera. (…) C’est pourquoi, décidément, nous ne pouvons le qualifier d‘imaginaire, au sens courant où prend ce mot pour dire irréel, inexistant. De même que le mot latin origo nous a donné en français les dérivés « originaire, original, originel », je crois que le mot imago peut nous donner, à côté de l’imaginaire, et par dérivation régulière, le terme imaginal. Nous aurons ainsi le monde imaginal intermédiaire entre le monde sensible et le monde intelligible. (…) Ni nos utopies, ni nos sciences-fictions, ni le sinistre « point oméga », rien de tout cela ne parvient à sortir de ce monde, n’atteint à Nâ-kojâ-Âbâd » (Face de Dieu, face de l’homme, Ed. Entrelacs, 2008, p. 44-46).

Vidéo :  mundus imaginalis

Le destin de l’orgueil


lelibrepenseur.org

par Lotfi Hadjiat

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Et si le destin de la race blanche européenne était sa disparition ? Si telle était la punition divine ? Vous me direz : pour punir quoi ? Eh bien, pour punir l’extrême orgueil, l’extrême narcissisme… La race blanche européenne a cru pouvoir régner sur l’humanité, la civiliser, la diriger, l’humilier, la soumettre, l’exploiter… Mais excepté Dieu, tout est périssable, même la race blanche européenne. Quelle terrible punition que de ne pouvoir lutter contre sa disparition raciale malgré une science et une technologie ultra-sophistiquées ! À quoi servent ces connaissances si complexes quand on disparaît purement et simplement par le fait de populations dénuées de toutes sophistications scientifiques et technologiques ? Quelle terrible leçon divine ! La science la plus avancée, la plus orgueilleuse, la plus destructrice, la science qui peut produire des armes pouvant détruire plusieurs fois notre planète, cette science suprême est bel et bien impuissante à relancer un taux de natalité moribond, à empêcher la disparition de ceux qui précisément détiennent cette science et la développent toujours plus ! Et plus ils développent cette science, plus leur taux de natalité chute dans les abysses. Non, décidément, la punition divine est aussi implacable que riche d’enseignements. La seule solution pour éviter cette disparition inéluctable serait de prier Dieu, d’implorer son pardon, son secours, de reconnaître Sa toute-puissance, Sa toute-lumière et de s’incliner très humblement. Il ne s’agit pas ici de repentance, ou plus précisément, il s’agit de se repentir devant Dieu. Car la solution à cette disparition raciale ne peut venir que de Dieu, la solution pour mettre hors d’état de nuire la vermine mondialiste qui s’acharne à dissoudre les races et surtout la blanche européenne, cette solution ne peut venir que de Dieu. La solution est dans la plus profonde humilité et la plus sincère prière à Dieu. Même si toutes les nations européennes étaient dirigées par des régimes ultra-nationalistes, la finance apatride serait malgré tout inarrêtable et la vermine mondialiste inécrasable, excusez-moi ces barbarismes. Car l’homme, y compris l’homme blanc européen, ne peut rien contre les puissances démoniaques s’il ne s’en remet à Dieu. L’orgueil de l’homme européen n’est pas éternel, aucun orgueil n’est éternel… cette orgueil qui lui inspire la certitude de pouvoir lutter seul, sans Dieu, et vaincre toutes les forces qui visent sa disparition. Ou alors j’ai rien compris. Que l’on me dise donc quel est le destin de l’orgueil si ce n’est sa disparition ? On va me répondre que le destin de l’orgueil est la maîtrise des forces, la puissance, le pouvoir, la connaissance du secret de l’immortalité… Mais quand l’immortalité sera découverte, si tant est que la science y arrive un jour, la race blanche européenne aura déjà disparu. Non, vraiment, le salut est dans la prière la plus ardente. Après tout, les prières ardentes de Sainte-Geneviève firent détourner Attila de Paris en 451 après J.-C., et le menèrent à sa perte. Sainte-Geneviève, la vierge voilée… âgée d’à peine dix-neuf ans… qui fut insultée, traitée de sorcière, menacée d’être noyée dans la Seine, ou d’être lapidée par la foule parisienne qu’elle voulait pourtant sauver et qu’elle sauva effectivement. Parisiens têtes de chien, déjà à l’époque. Si les nationalistes européens pouvaient prier aussi ardemment que Sainte-Geneviève… S’ils pouvaient s’incliner plus devant Dieu que devant leur race… S’ils pouvaient ne plus considérer que « leur race c’est leur religion »… Avec ou sans eux, le Bien triomphera de toute façon et reconnaîtra les siens.

Foi et honneur


par Ayoub Hajlaoui

lelibrepenseur.org

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« Donne-nous des mosquées, République, ô déesse,
Où nous pourrons tenir des meetings du PS ! »
Il faut des sans-honneur pour accepter l’outrage.
Honneur ? Qu’ai-je à user de propos d’un autre âge ?

 

Une dimension particulièrement négligée par les prêcheurs au sein de la communauté musulmane française est celle de l’honneur. L’on pourra faire remarquer – non sans raison – qu’une situation politique et sociale de dépendance extrême vis-à-vis de la République ne pouvait se traduire autrement que par la mise entre parenthèses d’un tel substantif. En effet, comment parler d’honneur lorsque nous sommes toujours prêts à brader notre religion pour un quelconque confort, une quelconque « nécessité » (ou « besoin », en fonction du choix de chorégraphie sémantique du locuteur) ? Comment parler d’honneur lorsque ce terme seul impliquerait une remise en cause structurelle chez le conférencier docile aussi bien que chez son public docilisé ? Comment parler d’honneur enfin, lorsque même les prêches du vendredi se sont mués en cours de civisme entrecoupés d’odes à l’amour inconditionnel ?

En toute sincérité, peu échapperaient aujourd’hui à une telle description. Je me reconnais moi-même dans la masse médiocre à laquelle des décennies de compromission ont inculqué le funeste réflexe du bradage religieux. Cependant, et j’insisterai sur ce point autant de fois qu’il le faudra, le manque d’une chose ne doit pas nous dissuader de la recouvrer. J’ai en tête cette réponse piquante d’un corsaire français à un officier anglais qui lui reprochait de se battre pour l’argent, contrairement aux Anglais qui se battraient pour l’honneur : « Chacun se bat pour ce qui lui manque ! »

L’honneur, c’est cette barrière qui vient interdire à l’Homme l’utilisation effrontée des moyens sous prétexte de viser une fin dont l’importance annulerait toute considération morale sur ces derniers. L’honneur chérit la réciproque et abhorre le parjure. Réciprocité car l’homme d’honneur, contrairement à la plupart des gauchistes musulmans, ne se permet pas de cautionner moralement l’application sur d’autres d’un procédé qu’il jugerait indigne si on le lui infligeait. Importance de la parole donnée, qu’elle soit orale ou écrite, car s’y conformer donne à la communication humaine toutes ses lettres de noblesse.

On en appelle souvent, pour contourner les rigueurs imposées par l’honneur, à la ruse guerrière. Mes amis, il faut choisir. Pensez printemps, ou pensez hiver. Et à ceux qui qui me reprocheraient une quelconque binarité, je rétorque d’avance : les cinquante nuances de gris que cette société vous a appris à considérer en toutes choses, ces nuances qui vous poussent lentement mais sûrement dans la voie du relativisme le plus absolu, tout en vous berçant dans l’agréable (mais très fausse) illusion de votre complexité intellectuelle, ces nuances-là, donc, de grâce, épargnez-les-nous lorsqu’il s’agit de guerre et de paix. Quel homme honorable passe unilatéralement de la paix à la guerre, de la guerre à la paix, au gré des humeurs et des intérêts, à l’insu même de celui contre qui il prétend guerroyer ? De grâce une fois encore, épargnez-moi vos contre-exemples de tel ou tel espion parmi les Compagnons. Oui, une tromperie a pu permettre à l’un d’entre eux de faire lever le siège des coalisés contre Médine, ces derniers le pensant dans leur camp. Mais ce qui peut valoir pour le diplomate-espion, chargé d’une mission secrète le faisant danser entre les rameaux de la paix et les couteaux de la guerre, ne saurait en aucun cas être élevé au rang de vecteur moral généralisé. Je m’attarderai une autre fois, si l’occasion m’en est donnée, sur l’instrumentalisation du contre-exemple par cet « islam des Lumières », qui s’en sert non pas pour confirmer la règle, mais pour l’abroger perfidement.

S’il se voyait réellement réintroduit parmi les thèmes de prédilection des prêcheurs musulmans, s’il était possible de lui trouver une petite place entre deux envolées droit-de-l’hommistes ou deux cours d’éducation civique, si enfin il se retrouvait sur le devant de la scène religieuse, l’honneur bouleverserait notre perception des alliances plus ou moins tacites que la communauté s’est vue nouer ces dernières années.

Votre serviteur – j’aurais bien ajouté « humble », mais l’humilité n’a pas de valeur déclarative, n’est-ce pas – est persuadé que si l’honneur devait être remis au goût du jour, la communauté préférerait l’ennemi déclaré, le Richard Cœur de Lion, à l’ami faux et corrosif, au Jacques Attali souhaitant contribuer à l’établissement d’une « bourgeoisie musulmane ». Ou le Bernard-termite, venu trouer les fragiles fondations des contrées musulmanes, au nom d’un vocable creux et faux, qui devrait faire rougir son utilisation, et blêmir ceux qui lui accordent le moindre crédit.


Y a-t-il, parmi tous les dignitaires de cet « islam de France », un seul être assez culotté pour oser prétendre que la candidature de François Hollande promettait quoi que ce soit à l’aspect spirituel de l’Islam ?


Sans aller jusqu’aux extrêmes, normalement évidents pour tout le monde – en théorie, mais on enseigne à l’IESH de Paris que George Soros est un philanthrope bienfaisant – sans aller jusqu’à déterrer ce pauvre Richard, je veux énoncer clairement que les Musulmans qui s’allient avec la gauche contre la droite ou l’ « extrême-droite » se fourvoient. Si les compromis passagers que la première semble prête à accorder à l’Islam au nom de la « tolérance » contrastent avec l’animosité apparente des deux dernières, bien fou celui qui s’imaginerait les canons de l’anticléricalisme gauchiste uniquement orientés vers la citadelle catholique. Nombre de partisans de ladite « extrême-droite » sont arrivés à le croire – ou feindre d’y croire – en pensant l’Islam à l’abri des hussards de la République, ou ménagé par ces derniers. L’heure est venue de clamer haut et fort que leur fourvoiement est plus compréhensible que le nôtre. L’heure est venue de comprendre le moins belliqueux, le plus proche de nos adversaires, contre lequel nos ennemis jurés se plaisent à nous dresser.

Pourquoi leur fourvoiement est-il plus compréhensible que le nôtre ? Parce qu’ils nous voient – nous et nos aïeuls, n’en déplaise au Sénégalais Ousmane Timera, qui se juge « plus français que Pétain » – arriver chez eux sous l’impulsion idéologique et politique de leurs ennemis de gauche. Ils voient ensuite une légion d’imams collaborer honteusement avec ladite gauche, moyennant quelques simplifications administratives relatives, entre autres, aux permis de construire des centres religieux. Enfin, ils nous voient constamment main dans la main avec cette gauche, qu’il s’agisse de voter pour le président du mariage gay, de cracher avec la meute sur le sacerdoce au sujet des cas isolés de pédophilie (en croyant suivre l’adage « attaquer pour mieux défendre », mais qui s’agit-il ici d’attaquer ou de défendre ?), ou d’adjoindre nos voix aux bêlements des européistes les plus abrutis.

Le vrai Français de droite, celui qui a vu une part de lui-même mourir en 1793 et une autre en 1905, celui-là peut en effet nous percevoir comme des collaborateurs à l’idéologie mortifère qui occupe son pays depuis plus de deux siècles. Et les alliances philosophiques contractées par nos élites ne sont pas pour le démentir. Nos prises de position personnelles non plus, en ce sens qu’elles répondent souvent à l’appel de la jouissance, de l’intérêt immédiat constituant un idéal aussi bien gauche que de gauche.

Préférons l’animosité franche, virile, affirmée, voire teinte, pourquoi pas, d’un esprit chevaleresque, d’une touche d’honneur, au coloris péripatéticien des alcôves. Et même si nous pouvons trouver, parmi les gens se disant de gauche, des personnes sincèrement convaincues par leurs idéaux droit-de-l’hommistes, sincèrement dévouées à des causes relativement nobles, le respect dû à leurs efforts ne doit en aucun cas se transformer en source de gêne lorsqu’il s’agit de contredire fermement leurs pérégrinations métaphysiques.

La dernière cartouche de cet écrit sera destinée aux curieux schizophrènes qui disent faire primer l’aspect spirituel de la religion sur son aspect extérieur (deux aspects normalement indissociables), et qui en même temps compromettent leurs voix en appelant à voter Hollande (ou Macron) sous l’unique prétexte qu’il serait « le moins pire » pour l’Islam… dans son aspect extérieur. Si mon style ampoulé a pu brouiller le message de cette dernière phrase, permettez-moi de la reformuler plus clairement, un exemple à l’appui : le sieur Ousmane Timera – encore lui – considère que nous sommes trop attachés à des signes extérieurs comme le voile, qu’il considère ne pas faire partie de la religion. Mais le sieur Timera s’est engagé en première ligne pour nous appeler à voter Hollande (certes, il reviendra sur cet appel à un moment opportun pour expliquer qu’en fait, il avait lui-même, dans le religieux secret de l’urne, voté Mélenchon ; cela lui vaut, de notre part, le doux sobriquet de tiraillé sénégalais). Y a-t-il, parmi tous les dignitaires de cet « islam de France », un seul être assez culotté pour oser prétendre que la candidature de François Hollande promettait quoi que ce soit à l’aspect spirituel de l’Islam ? Et pourtant, ils l’ont soutenue, et nous ont enjoint à la soutenir.

Vous pouvez choisir d’y voir l’expression d’une incohérence propre à l’Homme. J’y vois au contraire une cohérence parfaite. D’une part, l’appel à voter Hollande, Macron, peut-être Mélenchon la prochaine fois, et d’autre part, le fait de mettre la pratique islamique en arrière-plan de la spiritualité, se rejoignent en tant que réponses à une injonction sociétale. Les principaux concernés s’en défendront tant qu’ils le veulent, mais il ne fait pas le moindre doute pour n’importe quel esprit un tant soit peu mathématicien que leur alignement systématique sur des positions lumiéro-compatibles ne peut, en toute vraisemblance, constituer une succession d’innocents hasards. Moteur bien peu honorable que celui par lequel ils veulent régler la trajectoire de notre foi !

Ayoub Hajlaoui

 

Que le plus faible triomphe du plus puissant.


par Lotfi Hadjiat

lelibrepenseur.org

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Au yeux de Dieu, il y a une communauté au-dessus de la communauté musulmane, c’est la communauté des justes. Les musulmans le comprendront-ils un jour ?… Cette communauté des justes est évidemment au-dessus de toutes les communautés, toujours aux yeux de Dieu. Dans cette communauté des justes, on trouve des athées, des Juifs, des polythéistes, des chrétiens, des musulmans, des agnostiques, des zoroastriens, des déistes, des théistes, des hindouistes, des roux, des blonds, des bruns, des noirs, des asiatiques, etc. La justesse, la beauté du cœur n’est pas déterminée par un vecteur religieux, ethnique ou politique… Un polythéiste ou un athée peut se dévouer aux pauvres et aux orphelins jusqu’à la mort en mourant dans la pauvreté lui-même, et un musulman peut mourir de ses excès tyranniques de richesses matérielles et de réjouissances charnelles… demandez à Mohammed ben Salmane Al Saoud, il vous expliquera.

Les judéens avaient au tout départ le rêve de constituer les justes en communauté sensible, en vain… Puis, les premiers chrétiens eurent le même rêve, en vain… Pour finir, les premiers musulmans eurent aussi ce rêve, en vain… Les justes ne furent jamais constitués en communauté religieuse, ni en communauté tout court, cette communauté n’a jamais existé concrètement, terrestrement… on ne peut parler de leur communauté que spirituellement. Quel bonheur ce serait de vivre dans une communauté de justes, sans règles, sans lois… exceptée une, la justesse du cœur, qui soutient celle de l’esprit… Le cœur juste n’a pas besoin de religion pour être juste : la justesse, la droiture morale est sa seule religion, la seule qui plaît à Dieu. Ceux qui ont besoin de religion, de se parer de rituels, de se draper dans des règles complexes, sont ceux qui ont de mauvais penchants, qui cèdent à l’excès, qui se mentent à eux-mêmes, qui sont infidèles, traitres, voleurs… et cinquante prières par jour n’y changera rien…, dans le cœur du juste la prière est permanente. Dieu envoie des prophètes aux peuples en perdition… Beaucoup de prophètes ont été envoyé aux israélites… aucun aux Scandinaves… malheureusement, ces derniers sont vulnérables au modernisme… Dieu a envoyé un guide à chaque peuple nous dit le Coran, mais Il n’a apporté la religion formalisée qu’aux égarés… la bienveillance, l’honnêteté, l’amour, la rectitude morale, l’équité, l’abnégation, le don de soi, la confiance, la sincérité n’ont pas besoin d’être formalisés chez les justes… Ces prophètes envoyés ont toujours été assassinés, ou persécutés, ou trahis, et la religion toujours falsifiée ou dévoyée… La seule règle, la seule loi à laquelle se soumet le juste est la loi morale enfouie en chacun de nous, cette loi morale vivante souveraine à laquelle l’homme résiste tant porte un nom : Dieu. On peut donc être athée et être soumis à Dieu sans le savoir, car on peut être athée et soumis à la loi morale en nous. En revanche, on peut être musulman sans être soumis à Dieu, le Coran appelle cela l’hypocrite, promis à l’Enfer. Évidemment, les hypocrites ne sont pas non plus déterminés par un vecteur religieux, ethnique ou politique.

La communauté des justes minoritaire triomphera-t-elle du reste de l’humanité ? Telle est la question cruciale. Le juste croit fermement que la bienveillance et l’honnêteté bien que faibles sont irréductibles, qu’elles vaincront toujours la puissance de la malveillance et de la malhonnêteté. C’est ce que croit exactement Dieu. Et tout ce que Dieu croit se réalise. Le plus puissant des rois peut tomber comme un vulgaire voyou… Weinstein, DSK, Madoff, Polanski… mais aussi, peut-être bientôt, Tariq Ramadan, Drahi, Soros, Rothschild, Goldman Sachs, Botul… ce salaud intégral en chemise immaculée, ce génie de l’ignominie dégoulinant de haine, cette insulte à l’existence, ce crachât contre la vie, contre la justice, cette lourde et vaine souillure contre la vérité, cette « vieille pompe à merde » et à sang, surtout, ce militant tribal pestilentiel obstiné sans talent, sauf celui de se constituer un réseau tentaculaire par l’intimidation, la menace et les gratifications puantes à Marrakech-la-prostituée… On ne crache pas contre le Ciel impunément… « Cracher contre le ciel, c’est finalement se cracher au visage », dit un bon vieux proverbe grec. Tous ces puissants qui tombent comme des mouches devraient être un signe pour les incrédules, une preuve pour les sceptiques. Que le plus faible triomphe du plus puissant et le plus humble du plus menteur, voilà l’œuvre de Dieu. Lorsque tous les puissants tomberont, il sera trop tard pour croire à l’irréductible et souveraine justice divine.

La contrefaçon de l’âge d’or


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Par Pierre-Yves Lenoble

« Ne vous ai-je pas annoncé au sujet de l’antéchrist un fait qu’aucun prophète n’avait signalé à
son peuple ? Il est borgne et il apportera avec lui une image représentant le Paradis
et une autre représentant l’Enfer. Et celle qu’il vous dira être le Paradis sera l’Enfer.
Je vous signale ce danger comme Noé l’avait signalé à son peuple »
(Hadith extrait de Bokhâri, LX, III, 3).


On ne le répétera jamais assez : notre époque contemporaine a non seulement atteint un niveau de dégénérescence historique extrême, elle se caractérise également par une sinistre et totale inversion de la vision traditionnelle du monde. En nous référant aux mythologies et aux récits sacrés des anciennes traditions humaines, nous verrons dans cet article que notre société actuelle constitue purement et simplement une parodie du Paradis biblique ou de l’Âge d’or originel.

D’ailleurs, en prenant pour analogie la destinée de toute vie humaine, ne peut-on pas dire que la sénilité du vieillard ressemble fortement à la fragilité du nouveau-né ? L’un va bientôt mourir et sent qu’il se rapproche de la mort dans un futur au-delà, l’autre vient de naître ici-bas et sent qu’il a quitté un état antérieur plus subtil…

Or, à nos yeux, le retournement mental le plus décisif opéré par la modernité (depuis les utopies de la pseudo-Renaissance) concerne avant-tout le sens de l’histoire : les Anciens ont partout et toujours affirmé que la perfection anthropologique se situait au début des temps, jamais à la fin. À l’exception du monde moderne, tous les enseignements traditionnels ont placé les temps de béatitude et de félicité au commencement, jamais dans un futur incertain, et, par conséquent, ont tous fait état d’une « Chute de l’homme » (ou bien d’un « retrait des dieux », ce qui revient à exprimer la même idée).

Nous ne pouvons ici que citer ces sublimes mots de l’historien et ethnologue Jean Servier, extraits de son indispensable ouvrage : L’Homme et l’Invisible (R. Laffont, 1964, p. 27) : « Les traditions de toutes les civilisations ont choisi la solution de la chute. Elles en tirent toutes les conséquences. La science occidentale défend, elle, l’hominisation du singe, peut-être parce qu’il est plus facile d’être un singe « parvenu » qu’un ange déchu ».

En effet, le supérieur ne peut pas être le résultat de l’inférieur, le + n’émane jamais du –, et si Toto a dix euros en poche, il peut acheter neuf euros de bonbons mais pas onze. A ce titre, le prophète Mohammad (saw) rappelait cette vérité universelle lorsqu’il déclarait : « Il ne viendra pas d’époque qui ne soit pire que la précédente ». On ne peut être plus clair : toute forme de progressisme historique constitue une irrémédiable hérésie intellectuelle et se présente comme une inversion du court normal du temps, corrosif et constricteur. L’eau vive n’est-elle pas plus pure à sa source qu’à son estuaire ?


…peut-être parce qu’il est plus facile d’être un singe « parvenu » qu’un ange déchu ».


Aujourd’hui, à l’heure du New World Order (expression qui n’est pas due à un livre d’H.G.Wells comme le répète sans cesse P. Hillard, mais qui est tout simplement le titre de Genèse II, 9 racontant le pacte entre Dieu et Noé après le Déluge, ce qui constitue là-encore une sinistre parodie moderne), à l’heure de la sacro-sainte « Croissance » et des fumeux « lendemains qui chantent », le monde entier, sans dessus-dessous, vit en fait dans une vaste illusion plastifiée et se situe historiquement dans les bas-fonds de l’« Âge sombre » (soit les « jours de lamentations » de la Bible, l’ « âge de fer » d’Hésiode, les « tribulations apocalyptiques » de Jean, le kali-yuga des hindous, l’ « âge du loup » des vieux scandinaves… etc.).

Ainsi donc, nous vivons actuellement dans un monde à rebrousse-poil qui se caractérise comme une singerie terminale — constituant à la fois une horizontalisation, une matérialisation et une profanation — de l’ « Âge d’or », dans ce que René Guénon dénommait explicitement « la grande parodie » ou « le carnaval perpétuel », et que le génial Aldous Huxley avait prévu il y a presque cent ans dans son énigmatique Meilleur des mondes (où il prédisait notamment l’esclavage volontaire, l’interdiction de l’amour, l’hypersexualisation de la société, la généralisation de l’évasion dans les drogues et le spectacle, la fin de la procréation naturelle, la mort de la famille, l’eugénisme industriel, l’abrutissement des masses, l’éducation sexuelle dès la petite enfance, ou encore la banalisation de l’euthanasie en transformant les morgues en fêtes foraines avec clowns et barbe-à-papas).

Dès lors, nous donnerons en vrac quelques illustrations factuelles qui nous font dire que la fin des temps est proche et que « l’Heure » annoncée par toutes les eschatologies est arrivée.

  • Les projets politiques mondialistes et les divers courants néo-spiritualistes du New-Age ne représentent qu’une mauvaise imitation de la « Tradition primordiale », en remplaçant l’unité spirituelle du genre humain par une uniformisation dégradante des corps et des âmes. On peut dire ainsi que la Jérusalem terrestre, future capitale du monde selon Jacquot, n’est qu’un pastiche grossier de la Jérusalem messianique et céleste des prophètes bibliques devant acter le retour sur terre du Paradis.
  • L’aviation, la conquête spatiale et la construction de gratte-ciels constituent des caricatures grossières du lien Terre/Ciel et de la facilité de communication avec Dieu qu’avaient les premiers hommes. Un célèbre hadith ne prévoit-il pas qu’à la fin du monde des tours s’élèveront dans le désert, à l’image de la tour de Babel (songeons à la gigantesque Big-Ben construite en plein centre du sanctuaire de La Mecque ; voir à ce sujet cette vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xxcs1j) ?
  • L’anglicisation générale et la multiplication des moyens techniques de communication nous renvoient au langage unique, à la « langue des oiseaux » et au « don des langues » propres à l’humanité originelle qui, dit-on, pouvait facilement dialoguer avec tous les règnes du vivant. De même, le cinéma, la télévision, internet et l’énorme pouvoir des médias ont littéralement supplanté le pouvoir sanctifiant du Verbe divin ; n’oublions pas que dans son Apocalypse (XIII, 15), saint Jean parle d’images animées par la Bête…
  • La généralisation de l’homosexualité et du transgenre, virilisant les femmes et efféminant les hommes, nous rappellent étrangement la doctrine platonicienne de l’ « Androgyne primordial », conçu comme une sphère lumineuse parfaite, de la même manière que la promotion de la pornographie nous ramène à la nudité sans honte de nos proto-parents dans le jardin d’Eden.
  • Le productivisme, les supermarchés et la consommation à outrance nous font penser aux fructueuses récoltes sans effort pendant l’ « éternel printemps » de l’âge d’or ainsi que le raconte, entre autres, Ovide, dans ses Métamorphoses (un mythe amérindien affirme par exemple qu’au début des temps, les fruits étaient si gros qu’il fallait une brouette pour les transporter).
  • La chirurgie esthétique et les pilules-miracle anti-vieillissement se présentent comme une nouvelle forme artificielle de la « Fontaine de Jouvence » ou de la « Source de Vie » située au centre du Paradis, permettant à l’humanité primordiale d’être immortelle ou de jouir de l’éternelle jeunesse (on notera d’ailleurs que l’âge des prophètes bibliques, qui vivaient des centaines d’années au début du cycle, ne fait que décroître au fur et à mesure du récit).
  • L’intelligence artificielle, le transhumanisme, et surtout le robot, en tant qu’aboutissement de l’ « homme nouveau » prôné par tous les révolutionnaires, qui incarne la figure idéale de l’homme singé, hors-sol, extérieurement augmenté et déspiritualisé (et qui bénéficie aujourd’hui de droits juridiques ; un horrible robot nommé sataniquement sophia a été la semaine dernière déclaré citoyen d’honneur de l’Arabie Saoudite, décidément à la pointe de la subversion moderne) sont des parodies matérialistes de la perfection ontologique, des hautes capacités intellectuelles et des divers pouvoirs spirituels de l’ « Homme transcendant » dans le séjour paradisiaque ; il est à cet égard intéressant d’observer que le grand historien des religions Mircea Eliade parlait déjà de « transhumanisme », seulement, ce mot était pour lui un synonyme de « sacré » et caractérisait uniquement le phénomène religieux…

Bref, à l’heure actuelle, comme le disait froidement Guy Debord dans sa Société du spectacle : « Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation », soit un sordide monde à l’envers où le beau est devenu le laid, où le mensonge tient lieu de vérité, où toute qualité humaine se transforme en défaut, où les petits hommes verts ont remplacé les anges, où le fou est perçu comme un sage, et où le borgne a été sacré roi des aveugles…

La gamme cosmique


par P.-Y. Lenoble

Source : Sophia Perennis

Via:    lelibrepenseur.org

http://i2.wp.com/www.lelibrepenseur.org/wp-content/uploads/2017/11/cosmos-nature_lenoble.jpg?w=673

« Par delà tous ces cieux le dieu des cieux réside »
Voltaire (
La Henriade).

Les peuples traditionnels qui ont précédé la modernité sans-âme, voyaient subtilement le monde extérieur d’une manière fractale et analogique — en considérant l’ici-bas tel un miroir changeant d’un éternel monde d’en-haut archétypal — et se sont tous intégrés dans leur espace/temps respectif en se pliant fidèlement aux divers modes opératoires de la nature et aux grands principes de l’univers.

Pour appuyer notre propos, nous tenons à reproduire les fines observations émises par le célèbre sociologue Pierre Bourdieu quant à cette vision du monde, transcendante et immanente, qu’avaient les peuples archaïques ou soi-disant « primitifs » ; dans ses Études d’ethnologie kabyle (Droz, 1972, p. 94), nous lisons : « Le traditionalisme pourrait être le propre des sociétés qui, ne choisissant pas d’engager la lutte contre la nature, s’efforcent de réaliser un équilibre ordonné moyennant une réduction de leurs activités, proportionné à la faiblesse de leurs moyens d’action sur le monde. Menacée sans cesse dans son existence même, contrainte de dépenser toute son énergie à maintenir aussi élevé que possible un équilibre périlleux avec le monde extérieur, cette société, hantée par le désir de durer, choisit de s’accommoder au monde plutôt que d’accommoder le monde à sa volonté, de conserver pour se conserver plutôt que de se transformer pour transformer ».

Notre société actuelle en voie d’effondrement, apostate et profanatrice, qui se caractérise par une suicidaire « fuite en avant » et par son mode de vie pollueur, pilleur et gaspilleur de toutes les ressources terrestres, ferait bien de méditer ces sages paroles…

Dès lors, il nous semble tout à fait logique de constater que les Anciens, derrière le paysage mental omniprésent d’un récit mythique, calquaient systématiquement leur philosophie, leur représentation du monde, leur aménagement du territoire et leur calendrier sur les différents rythmes biologiques et cosmologiques, perçus comme le « langage » de l’Infini au sein du monde fini.

Faisant de leur quotidien sur terre une imago mundi et de leur existence une imitatio Dei, les traditions humaines ont, en tous lieux et en tous temps, conçu la manifestation cosmique toute entière comme une gigantesque respiration faite de sept nuances, comme le déroulement d’un immense rythme septénaire, comme un énorme échelonnement fait de sept degrés partant de l’Unité divine, toute spirituelle et qualitative, à la multiplicité quantitative propre au domaine physique.


Bien entendu, aujourd’hui, cette grandiose vision analogique du monde partagée par tous les peuples traditionnels s’est évaporée à tout jamais, dissoute dans la fosse à purin pithécanthropique du modernisme désenchanté.


Le « Docteur séraphique » saint Bonaventure, dans son sublime Itinéraire de l’esprit vers Dieu (Chap. I), disait à cet égard : « L’univers sensible est une échelle pour monter à Dieu. (…) De même que Dieu a achevé le macrocosme en six jours et s’est reposé le septième, de même le microcosme, au terme de six degrés successifs d’illumination, doit parvenir méthodiquement au repos de la contemplation ».

De facto, via ce mode de pensée, l’intégralité des parcelles de la réalité matérielle portaient chacune la signature du grand Tout — à l‘image des poupées gigognes ou des pièces d’une mosaïque, toutes dissemblables mais intégrées harmonieusement dans une unité d’ensemble — et revêtaient très généralement une forme septénaire ou étaient marquées du sceau du « 7 », le chiffre sacré par excellence, symbole absolu du processus cosmo-génétique et du mode opératoire de toute création divine (on pense bien sûr aux sept premiers jours de la Création racontés dans la Genèse). Nous donnerons quelques illustrations caractéristiques et proposerons quelques observations générales ; chaussons donc sans plus tarder nos « bottes de sept lieues »…

Ainsi, il convient de remarquer que d’innombrables cosmologies traditionnelles (du chamanisme sibérien à l’Inde védique ou à la Perse avestique, en passant par la mythologie babylonienne, la tradition biblique ou l’Antiquité gréco-latine) ont représenté la manifestation universelle comme un énorme étagement fait de sept régions cosmiques superposées, se déployant de la Terre des hommes au Ciel divin, de la multiplicité à l’Unité : c’est ce que l’on nomme habituellement les « Sphères » célestes ou les « Cieux » planétaires.

Dans le Coran (23, 17), Dieu (awj) déclare expressément : « Nous avons créé, au-dessus de vous, sept cieux », et des expressions courantes comme « monter au septième ciel » ou « septentrion » gardent encore le souvenir de cette ancestrale modélisation de l’univers ; de même, n’oublions pas que les sept jours de la semaine doivent leur dénomination à ces orbes supra-terrestres (Lundi : Lune ; Mardi : Mars ; Mercredi : Mercure ; Jeudi : Jupiter ; Vendredi : Venus ; Samedi : Saturne ; Dimanche : Soleil).


Cosmos


Nous rappellerons aux littéralistes que ces différents Cieux ne sont aucunement physiques mais constituent une hiérarchisation des états multiples de l’Être et sont donc assimilables à des niveaux de perception, des degrés ontologiques, de plus en plus subtils.

C’est par exemple dans cette perspective spirituelle qu’il faut concevoir le fameux Mi’raj (le « voyage nocturne ») à travers les sept Cieux opéré par le prophète Mohammad (saw), accompagné des âmes défuntes des saints et des justes. Dans la même veine, nous ferons observer que le rite de circumambulation pratiqué lors du pèlerinage à La Mecque, voyant les fidèles faire sept fois le tour de la Kaaba, constitue une imitation analogique de la ronde célestielle des anges et des êtres spirituels autour du Trône divin, immuable et inamovible.

Ces sept étapes supra-individuelles équivalent par conséquent à la hiérarchie angélique des chrétiens, des néo-platoniciens ou des musulmans ; le philosophe Jamblique les décrivait comme suit : « Or la puissance qui purifie les âmes est parfaite dans les dieux, dans les archanges anagogiques ; les anges ne font que libérer des liens de la matière, tandis que les daimônes tirent vers la nature ; les héros ramènent au souci des œuvres sensibles ; les archontes mettent en main ou la présidence du cosmique ou la providence du matériel ; les âmes, quand elles se manifestent, entraînent en quelque manière vers le devenir » (Les Mystères d’Égypte, II, 5).

Chez les hindouistes et les bouddhistes, l’aspect essentiellement intérieur — littéralement ésotérique — attaché aux sept Cieux, est bien exprimé par la doctrine des sept chakras, qui sont les centres physio-psychologiques, les organes subtils, les points de jonction des canaux d’énergie (localisés dans le corps comme suit : périnée, sacrum, nombril, cœur, gorge, chiasma optique et enfin la fontanelle) dont la possession effective conditionne la hiérarchie des états de l’Être.

Notons par ailleurs que ces sept étages subtils, du fait de leur nature ontologique, peuvent tout aussi bien être catagogiques et tirer l’âme vers le bas ; ne parle-t-on pas des sept vertus mais aussi des sept péchés ? Dans la Divine Comédie, on peut facilement observer que Dante, lors de son voyage intérieur, traverse successivement les sept cercles de l’Enfer avant d’entreprendre la montée à travers les sept régions du Paradis. Les sept nains de Blanche-Neige, qui représentent chacun les puissances inférieures de l’âme dont il faut pas à pas se défaire, expriment la même idée avec le charme naïf des contes de fées…


Dante Alighieri, La divina commedia. Padova, 1822.


Pareillement, du point de vue des rites initiatiques, la montée graduelle des divers Cieux correspond au processus des passages successifs des divers grades. Pensons ainsi aux Mystères antiques de Mithra (importés d’Orient par les légions romaines au début de notre ère) dont l’initiation comportait la montée d’une échelle (climax) à sept échelons, faits de sept métaux mis en rapport symbolique avec les sept astres, les sept couleurs et les sept notes musicales.

À cet égard, comme le veut la doctrine platonicienne de « l’harmonie des sphères », il est très significatif de constater que les noms donnés aux notes de la gamme musicale sont en étroit rapport avec les Sphères célestes : Do = Dominus orbis (la Sphère divine ultime, l’Empyrée) ; Si = Siderus orbis (les Étoiles fixes) ; La = Lacteus orbis (la « voie lactée ») ; Sol = Soleil ; Fa = Fatum (les planètes mouvantes auxquelles on attribuait l’influence sur le Destin) ; Mi = Mixtus orbis (notre monde, soumis aux changements et aux mélanges) ; Ré = Regina orbis (la Sphère lunaire garante de la mémoire cosmique).

Aussi, en conformité avec la perception traditionnelle faisant du monde d’en-bas un reflet du monde d’en-haut, les sept Cieux ont été également mis en correspondance sympathique avec les arts et les sciences, à l’image des « sept arts libéraux » enseignés dans les universités du Moyen-âge.

Par exemple, la représentation du monde des Anciens — qui était une véritable « géographie sacrée », à la fois concentrique, fractale et sacralement orientée — intégrait toujours les sept « régions » supra-terrestres. On sait ainsi que les géographes antiques et médiévaux faisaient état d’un globe partagé en sept « continents » ou « climats ».

Les Hindous figurent quant à eux leur écoumène comme un énorme lotus composé d’une île centrale (assimilée au mont Mérou ou à la « Cité de Brahma ») entourée de six continents (cette figure forme ainsi les sept Dwipas, considérés comme différents « mondes » particuliers, tant physiques qu’ontologiques, apparaissant successivement et cycliquement ; les Perses évoquent identiquement la planète répartie en sept Keshvars).

Songeons aussi au récit biblique faisant référence aux « sept terres » et aux « sept peuples » de Canaan ; dans le Livre d’Hénoch (18-25), on voit que le monde est divisé en sept montagnes. On lit de même cette sentence explicite dans le Coran (65, 12) : « Dieu est Celui qui a créé les sept cieux et autant de terres à partir de la nôtre. Son Ordre descend graduellement des cieux en terre »…

Que dire également quant à cette géographie sacrée, à une échelle plus petite, de l’urbanisme des sociétés traditionnelles qui ont partout et toujours placé leurs capitales et autres villes saintes au sein d’espaces géologiques faits de sept monts, en tant que matérialisations dans le paysage des sept terres célestes (on rappellera ce fait important, à savoir que Babylone, Jérusalem, Athènes, Rome, Constantinople, La Mecque, Paris, et bien d’autres encore, sont toutes des « cités aux sept collines ») ; on retrouve le même type de disposition septénaire dans l’architecture sacrée avec de nombreux monuments et autres temples reflétant dans leur plan de construction les sept terrasses de l’univers, à l’image des ziggourats mésopotamiennes, de certaines pyramides mayas ou du célèbre temple indonésien de Borobudur…


ziggourat


Enfin, nous terminerons ce petit aperçu des diverses gammes septénaires connues de toutes les traditions humaines en évoquant les sept couleurs, ou plutôt les six couleurs visibles issues du blanc, invisible ; on songe ici à l’universalisme de la symbolique de l’arc-en-ciel, en tant que lien explicite Terre/Ciel, utilisée notamment lors du pacte scellé entre Dieu et Noé ou à travers l’allégorie grecque de « l’écharpe d’Iris », la déesse messagère des dieux.

L’alchimie traditionnelle a elle-aussi spéculé sur le symbolisme des sept couleurs en tant qu’image tangible de ce que l’homme porte en lui-même ; ainsi l’opération visant à « séparer le subtil de l’épais », à « rassembler ce qui est épars », soit à passer du sensible à l’intelligible, était figurée par les six couleurs de la lumière (comparée à l’esprit ou à l’intellect) produisant la blancheur diaphane à travers le prisme (= « œuvre au blanc »), ou à l’inverse, la « Descente aux Enfers », le « Regressus ad uterum » ou la « putréfaction », soit la « chute » dans le bas-psychisme, étaient figurés par le mélange des six couleurs solides tendant à la noirceur indistincte (= « œuvre au noir »).

Nous laisserons René Guénon, en tant que grand spécialiste de la science traditionnelle des symboles, conclure sur la signification et la figuration de l’intemporel archétype du septénaire cosmique : « Le Septénaire (…) peut être figuré, soit par le double triangle avec son centre, soit par une étoile à sept pointes, autour de laquelle sont inscrits les signes des sept planètes ; c’est le symbole des forces naturelles, c’est-à-dire du Septénaire à l’état dynamique. Si on l’envisageait à l’état statique, on pourrait le regarder comme formé par la réunion d’un Ternaire et d’un Quaternaire, et il serait alors représenté par un carré surmonté d’un triangle » (Mélanges, Gallimard, 1976, p. 65).

Bien entendu, aujourd’hui, cette grandiose vision analogique du monde partagée par tous les peuples traditionnels s’est évaporée à tout jamais, dissoute dans la fosse à purin pithécanthropique du modernisme désenchanté. Fini le lien cosmique terre/ciel et sa belle gamme septénaire, place à l’obligatoire lien horizontal de l’argent-roi, avec son Dollar talismanique (la « Bête » à sept têtes de frères-la-truelle) ou son Euro hermético-maçonnique (les sept billets sont aux couleurs des sept métaux alchimiques et représentent chacun un style architectural luciférien) où se trouvent des ponts (le lien horizontal par excellence) allant vers l’extrême-occident mortifère, là où symboliquement le soleil spirituel se couche.

En clair, à l’heure des farfelus de la terre plate, notre monde est déglingué, régi par les sept péchés capitaux et par la médiocrité de nos pseudo-élites apatrides, à l’image de la banksteresse garçonne Christine Lagourde, baragouinant sans honte un mauvais exposé de numérologie digne de madame Irma et des horoscopes de Femmes actuelles, avec son pathétique « magic seven » (voir cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=83KGJEW6wLw&t=43s). Le proverbe ne dit-il pas qu’il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler…

La légende du Roi endormi par Pierre-Yves Lenoble


lelibrepenseur.org

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« Aux approches du Jugement, la Terre sera glacée de crainte. Le Roi viendra du Ciel juger l’univers. Alors bons et méchants verront le Tout-Puissant accompagné de ses Saints. Il jugera les âmes revêtues de leur corps et la Terre n’aura plus ni beauté ni verdure. Les hommes effrayés laisseront à l’abandon leurs trésors et ce qu’ils avaient de plus précieux. (…) Les rois comparaîtront tous devant le Tribunal du Juge souverain et les cieux verseront un fleuve de feu et de souffre » (Oracle de la Sibylle Érythrée, cité par saint Augustin dans La cité de Dieu).

Des temps les plus immémoriaux jusqu’à notre époque contemporaine, l’ensemble des traditions humaines qui se sont succédées sur terre font état d’un grand souverain ― historique ou légendaire ― qui n’aurait pas connu la mort, seulement une occultation, et qui serait actuellement caché sous une montagne (ou dans quelque endroit inaccessible) dans une sorte de semi-sommeil, attendant patiemment son retour triomphal en ce monde à la Fin des Temps pour rétablir l’ordre et l’harmonie.

Nous nous proposons donc dans cet article de donner diverses illustrations du célèbre mythe du « Roi des Derniers Jours », et surtout, de mieux entrevoir l’universalité et la profondeur de son symbolisme.

Remarquons tout d’abord que tous les peuples sémitiques et indo-européens ont attendu ou attendent encore un puissant roi eschatologique, rédempteur de l’humanité corrompue. C’est à ce « Grand Réparateur » par exemple que Virgile fait référence dans sa quatrième Églogue lorsqu’il adresse cette prière : « Chaste Lucine, favorise la naissance de l’enfant qui vient annoncer au monde la fin du siècle de fer et le retour de l’âge d’or », de même, c’est lui que tous les chrétiens supplient, en récitant le Pater Noster, lorsqu’ils demandent « que ton règne vienne ».

On sait aussi que la tradition hébraïque, s’appuyant sur les grandioses visions des divers prophètes bibliques, a toujours spéculé autour du retour ici-bas du Messie (Mashia’h en hébreu, terme qui signifie « Oint », traduit en grec par Christos), décrit comme un grand roi, descendant de la tribu royale de Juda, qui doit apparaître sur terre entouré de gloire pour soumettre sous son sceptre tous les peuples, instaurer la paix universelle et rétablir les conditions béatifiques du Paradis terrestre.

Pour le Christianisme et l’Islam, c’est la « Parousie » (soit la « Venue », l’« Arrivée »), le « deuxième avènement du Christ » ou le « retour du Fils de Marie », précédé du Paraclet ou du Mahdi, qui viendra juger les hommes, séparer les bons des mauvais et clôturer le cycle adamique dans la concorde générale.

Dans l’Apocalypse de Jean (IXX, 11-13), il est figuré comme un guerrier impitoyable (on l’a surnommé de façon caractéristique « Christ-Roi » ou « Lion de Juda ») livrant victorieusement bataille contre l’Antéchrist et ses forces ténébreuses : « Puis je vis le ciel ouvert, et voici, parut un cheval blanc. Celui qui le montait s’appelle Fidèle et Véritable, et il juge et combat avec justice. Ses yeux étaient comme une flamme de feu ; sur sa tête étaient plusieurs diadèmes ; il avait un nom écrit, que personne ne connaît, si ce n’est lui-même ; et il était revêtu d’un vêtement teint de sang. Son nom est la Parole de Dieu ».

Dans le même registre, il faut observer que la cosmologie de l’hindouisme évoque elle-aussi un guerrier messianique à-venir, tout à fait similaire au Messie johannique ; il s’agit du Kalkî-avatâra (le « destructeur des impurs »), le dernier avatar du dieu Vishnou, qui doit descendre sur terre à la fin de notre cycle historique (le kali-yuga : l’âge des ténèbres) : exactement comme chez Jean, les textes hindous disent que Kalkî combattra moult entités démoniaques (notamment les deux démons Koka et Vikoka qui sont les stricts équivalents des hordes bibliques de Gog et Magog), protégera les justes et les pieux, montera un cheval blanc, portera une épée flamboyante, stoppera le chaos général pour restaurer le Dharma (l’Ordre cosmique) et inaugurera un nouvel âge d’or.


En d’autres termes, tout homme, au moment de son décès, est amené à vivre intérieurement sa propre apocalypse personnelle (littéralement le « dévoilement », soit la levée du voile que constitue notre moi psychosomatique périssable) et son propre Jugement Dernier…

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L’évangile du Bouddha


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Auteur: Paul Carus

Ouvrage: L’évangile du Bouddha

Année: 1902

Raconté d’après les anciens documents
Traduit de l’anglais par Léon de Milloué

 

 

arbredor.com

«Comme le christianisme, le bouddhisme s’est divisé en sectes innombrables, séparées surtout par des superstitions ou des rites particuliers, et assez fréquemment elles considèrent les dogmes sectaires auxquelles elles sont attachées comme les traits les plus importants et les plus indispensables de leur religion.

Ce livre ne suit aucune des doctrines sectaires, mais prend une position idéale que tous les vrais bouddhistes peuvent accepter comme un terrain commun. Ainsi sa principale originalité est l’arrangement de cet Évangile du Bouddha en un tout d’une forme harmonieuse et systématique.

Cependant, en ce qui concerne l’ensemble de ses diverses parties, on peut les considérer comme une simple compilation, et le compilateur s’est efforcé de traiter ses matériaux de la même manière que, selon son opinion, l’auteur du quatrième Évangile du Nouveau Testament en a usé pour les récits de la vie de Jésus de Nazareth.

Il s’est risqué à placer les faits de la vie de Bouddha dans la lumière de leur importance religieuse et philosophique: il a retranché la plupart de leurs enjolivements apocryphes, principalement ceux dont fourmillent les traditions septentrionales; cependant il n’a pas cru qu’il fût sage d’hésiter à conserver le miraculeux qui se montre dans les récits, toutes les fois qu’un but moral semble justifier la mention qui en est faite; il a seulement émondé l’exubérance de merveilleux qui se plaît à rapporter les choses les plus incroyables, évidemment destinées à frapper fortement l’esprit, tandis qu’en réalité elles ne peuvent que le fatiguer.

Le miracle a cessé d’être une preuve en fait de religion; cependant la croyance en la puissance du Maître témoigne encore de la sainte vénération des premiers disciples et reflète leur enthousiasme religieux.»

AVERTISSEMENT
La Direction du Musée Guimet n longtemps hésité à faire traduire et publier l’Évangile du Bouddha de M. Paul Carus, tout intéressant que soit cet ouvrage. À première lecture, en effet, même avec les explications que l’auteur fournit dans sa préface, on dirait un livre de propagande en faveur du Bouddhisme. C’était une raison péremptoire pour le faire repousser, le prosélytisme nous étant interdit par la nature même de nos études, et puis ce travail ne paraissait pas avoir le caractère rigoureusement scientifique que la Direction tient à garder à toutes ses publications, même de vulgarisation. Elle, redoutait aussi l’allure biblique de sa composition et de son style, à laquelle le lecteur français est pou accoutumé et qui aurait pu sembler à certaines personnes une sorte de parodie de mauvais goût de la Bible et de l’Évangile. Toutefois, ses scrupules se sont évanouis devant cette considération que s’il ne s’agit pas ici d’une traduction littérale des Soûtras bouddhiques, si l’auteur a choisi çà et là dans leur masse énorme et groupé pour en faire un tout homogène les passages qui lui paraissaient les plus caractéristiques, les plus propres à mettre en pleine lumière les doctrines morales et philosophiques du Bouddhisme, il en a du moins toujours respecté scrupuleusement l’esprit et que même, par le groupement systématique de ces textes divers, son livre donne des conceptions bouddhiques une impression plus frappante et peut-être tout aussi juste que pourrait le faire une stricte traduction de ces écritures. À part les trois premiers chapitres, l’imagination de l’auteur n’y est pour rien.

Ce livre est, en tout cas, plus facile et plus agréable à lire que les Soûtras originaux, avec leurs longueurs et leurs redites interminables, et auxquels, d’ailleurs, de nombreuses références permettent de se reporter facilement. Les quelques notes qui ont paru indispensables pour compléter celles de l’auteur sont indiquées sous la rubrique N. T. (Notes du Traducteur.) Paris, le 31 mars 1902. LA DIRECTION.

PRÉFACE DE L’AUTEUR
Pour qui est familiarisé avec les Écritures sacrées du Bouddhisme, rendues accessibles au monde occidental par le zèle infatigable et le talent de savants tels que Burnouf, Hodgson, Bigandet, Bühler, Foucaux, Sénart, Weber, Fausböll, Alexandre Csoma, Wassiljew, Rhys Davids, F. Max-Müller, Childers, Oldenberg, Schiefner, Eitel, Beal, Spence Hardy, etc., ce petit livre n’a pas besoin de préface. À ceux qui les ignorent, je puis affirmer que l’ensemble de son contenu est tiré de l’ancien canon bouddhiste. Beaucoup de passages, et ce sont certainement les plus importants, sont copiés littéralement dans les traductions des textes originaux. Quelques-uns sont interprétés un peu librement afin de les rendre intelligibles pour la génération actuelle. Certains ont été remaniés, d’autres abrégés. À part les trois premiers et les trois derniers chapitres, il y a peu d’additions entièrement de mon fait et encore ce ne sont ni de purs enjolivements littéraires ni des altérations des doctrines bouddhiques. Ils ne contiennent que des idées dont on peut trouver les prototypes çà et là dans les traditions du Bouddhisme et n’ont été faits qu’en vue d’élucider ses principes fondamentaux. Ceux qui voudront remonter du Bouddhisme de ce livre à sa source originale trouveront à la fin du volume une table de références indiquant, aussi brièvement que possible, les documents où ont été puisés ces divers chapitres et les parallélismes qui se rencontrent avec les idées occidentales et particulièrement avec les évangiles chrétiens.
Comme le christianisme, le bouddhisme s’est divisé en sectes innombrables, séparées surtout par des superstitions ou des rites particuliers, et assez fréquemment elles considèrent les dogmes sectaires auxquelles elles sont attachées comme les traits les plus importants et les plus indispensables de leur religion. Ce livre ne suit aucune des doctrines sectaires, mais prend une position idéale que tous les vrais bouddhistes peuvent accepter comme un terrain

commun. Ainsi sa principale originalité est l’arrangement de cet Évangile du Bouddha en un tout d’une forme harmonieuse et systématique. Cependant, en ce qui concerne l’ensemble de ses diverses parties, on peut les considérer comme une simple compilation, et le compilateur s’est efforcé de traiter ses matériaux de la même manière que, selon son opinion, l’auteur du quatrième Évangile du Nouveau Testament en a usé pour les récits de la vie de Jésus de Nazareth. Il s’est risqué à placer les faits de la vie de Bouddha dans la lumière de leur importance religieuse et philosophique : il a retranché la plupart de leurs enjolivements apocryphes, principalement ceux dont fourmillent les traditions septentrionales ; cependant il n’a pas cru qu’il fût sage d’hésiter à conserver le miraculeux qui se montre dans les récits, toutes les fois qu’un but moral semble justifier la mention qui en est faite ; il a seulement émondé l’exubérance de merveilleux qui se plaît à rapporter les choses les plus in-croyables, évidemment destinées à frapper fortement l’esprit, tandis qu’en réa-lité elles ne peuvent que le fatiguer. Le miracle a cessé d’être une preuve en fait de religion ; cependant la croyance en la puissance du Maître témoigne encore de la sainte vénération des premiers disciples et reflète leur enthousiasme religieux.
S’il ne veut pas risquer de mal interpréter l’idée fondamentale des doc-trines du Bouddha, le lecteur doit se souvenir qu’il faut prendre le terme « moi » dans le sens où le Bouddha l’emploie. Le « moi » de l’homme peut être et a été compris dans un sens contre lequel le Bouddha n’aurait jamais fait aucune objection. Le Bouddha nie l’existence du « moi » tel qu’on le comprenait communément en son temps ; il ne nie pas la mentalité ( ?) de l’homme, sa constitution spirituelle, l’importance de sa personnalité, en un mot, son âme. Mais il nie la mystérieuse entité égotiste, l’âtman, dans le sens d’une sorte de monade-âme que quelques écoles supposaient exister derrière ou dans l’activité corporelle et psychique de l’homme, comme un être distinct, comme une sorte d’essence, et un agent métaphysique prétendu être l’âme. Cette superstition philosophique, si commune non seulement dans l’Inde mais dans le monde entier, correspond à l’égotisme habituel de l’homme dans la vie pratique ; ce

sont deux illusions provenant de la même source, la foire aux vanités de la mondanité, qui poussent l’homme à croire que la raison d’être de sa vie est en son « moi. » Le Bouddha propose de détruire entièrement toute pensée du « moi », de façon ce qu’elle ne porte plus de fruit. Ainsi le Nirvâna du Bouddha est un état idéal dans lequel l’âme de l’homme, après s’être purifiée de tout égoïsme et du péché, est devenue la résidence de la vérité, qui lui apprend à se défier des entraînements du plaisir et à employer exclusivement toutes ses énergies à remplir les devoirs de la vie. La doctrine du Bouddha n’est pas le nihilisme. L’étude de la nature de l’âme humaine prouve que s’il n’existe ni âtman ni entité égotiste, l’essence véritable de l’homme est son karma, que ce karma n’est pas affecté par la mort et continue à vivre. Ainsi, en niant l’existence de ce que nous prenons pour notre âme et dont nous redoutons la destruction par la mort, le Bouddha ouvre réellement à l’humanité (comme il le dit lui-même) la porte de l’immortalité, et là gît la pierre d’angle de sa morale et aussi de la consolation et de l’enthousiasme que procure sa religion. Celui qui ne voit pas l’aspect po-sitif du Bouddhisme, est incapable de comprendre comment il a pu exercer une influence si considérable sur des millions et des millions d’êtres. Ce volume n’est pas fait pour contribuer à la solution des problèmes historiques. Le compilateur a étudié son sujet, aussi sérieusement qu’il le pouvait dans des circonstances données, mais il ne prétend pas présenter une oeuvre scientifique. Ce livre ne tend pas non plus à populariser les écritures bouddhistes, ni à les montrer sous une forme poétique. Si cet « Évangile du Bouddha » aide à mieux comprendre le Bouddhisme et si dans sa simplicité il donne au lecteur l’impression de la poétique grandeur de la personnalité du Bouddha, ces résultats ne doivent être comptés que comme secondaires ; son vrai but est encore plus sérieux. Ce livre a été écrit pour faire réfléchir le lecteur sur les problèmes religieux d’aujourd’hui. Il trace l’image d’un maître religieux d’un passé lointain, afin de la faire agir sur le présent et devenir un facteur de la formation de l’avenir.

À notre avis, toutes les vérités morales essentielles du Christianisme ont de profondes racines dans la nature des choses, et ne sont pas en contradiction, comme on l’a souvent prétendu, avec l’ordre cosmique du monde. L’Église les a formulées en certains symboles, et parce que ces symboles contiennent des contradictions et entrent en conflit avec la science, les classes éclairées se sont écartées de la religion. Mais le Bouddhisme est une religion qui ne connaît aucune révélation surnaturelle, et proclame des doctrines qui n’ont pas besoin d’autres arguments que le « venez et voyez. » Le Bouddha fonde sa religion exclusivement sur la connaissance qu’a l’homme de la nature des choses, sur une vérité démontrable. La comparaison du Christianisme et du Bouddhisme aidera puissamment à distinguer dans les deux religions ce qui est essentiel de ce qui est accidentel, ce qui est éternel de ce qui est transitoire, la vérité de l’allégorie dans laquelle elle a trouvé son expression symbolique. Nous désirons ardemment faire naître la conviction de la nécessité de distinguer entre le symbole et son sens, entre le dogme et la religion, entre les formules d’invention humaine et l’éternelle vérité. C’est dans cet esprit que nous offrons ce livre au public, nourrissant l’espoir qu’il aidera au développement, dans le Christianisme autant que dans le Bouddhisme, de la religion cosmique de la vérité.
C’est un fait digne de remarque que les deux religions les plus grandes du monde, le Christianisme et le Bouddhisme, aient tant de coïncidences frappantes dans leur base philosophique aussi bien que dans les applications morales de leur foi, tandis que leurs méthodes pour les exprimer en dogmes sont radicalement différentes. La force et aussi la faiblesse du Bouddhisme primitif c’est son caractère philosophique qui permettait au penseur, mais non aux masses, de comprendre l’explication de la loi morale qui pénètre le monde. C’est pourquoi le Bouddhisme primitif a été nommé par les bouddhistes « le petit vaisseau de salut » ou Hinayana, car il est comparable à un petit bateau dans lequel un homme peut traverser le courant de la mondanité et atteindre le rivage du Nirvâna. Obéissant à l’esprit d’une propagande missionnaire, si naturelle à des hommes pieux qui sont ardents dans leurs convictions, les bouddhistes qui suivirent popularisèrent les doctrines du Bouddha et les rendirent

accessibles à la multitude. Il est vrai qu’ils acceptèrent beaucoup de notions mythiques et même fantastiques ; mais ils réussirent cependant à faire adopter ses vérités morales à des gens qui ne pouvaient saisir qu’incomplètement le sens philosophique de la religion du Bouddha. Ils construisirent, selon leur expression, un « grand vaisseau de salut, » le Mahayana, dans lequel, les multitudes pouvaient trouver place et qui était capable de les transporter avec sécurité. Bien que le Mahayana, ait indiscutablement des côtés faibles, il ne faut pas le condamner haut la main, car il remplit son but. Sans le considérer comme le summum du développement religieux des peuples parmi lesquels il domine, nous devons reconnaitre qu’il s’adaptait à leur condition et qu’il a beaucoup fait pour leur éducation. Le Mahayana constitue un progrès, en ce qu’il a transformé une philosophie en religion et a tenté de prêcher comme des pro-positions positives des doctrines qui étaient exprimées sous une forme négative. Bien éloigné de condamner le zèle religieux qui a fait éclore le Mahayana dans le Bouddhisme, nous pouvons encore moins nous associer à ceux qui reprochent au Christianisme sa dogmatologie et ses éléments mythologiques. Le Christianisme est plus qu’un Mahayana, et la dogmatologie chrétienne également avait une mission à remplir dans l’évolution religieuse de l’humanité. Le Christianisme est plus qu’un grand vaisseau propre à transporter les multitudes de ceux qui s’y embarquent ; c’est un grand pont, un Mahâsêtou, sur lequel un enfant peut traverser le torrent de l’égoïsme et du la vanité du monde avec au-tant de sécurité que le sage. Bien ne caractérise mieux la parole du Christ que ces mots « Laisser venir à moi les petits enfants. » La comparaison des points communs nombreux et frappants du Christianisme et du Bouddhisme peut être fatale à une conception sectaire du Christianisme, mais en fin de compte nous aidera à mûrir notre conception de la nature essentielle du Christianisme et ainsi élèvera nos convictions religieuses. Elle fera éclore ce Christianisme plus noble qui aspire à être la religion cosmique de la vérité éternelle.

Espérons que cet Évangile du Bouddha aidera à la fois bouddhistes et chrétiens à pénétrer plus avant dans l’esprit de leur foi de façon à l’embrasser dans toute son étendue, sa largeur et sa profondeur. Au-dessus de tout Hinayana, Mahayana et Mahâsêtou est la Religion de la Vérité. PAUL CARUS.

ALLÉGRESSE !

suite…

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L’éternité dévoilée VIE FUTURE DES ÂMES APRÈS LA MORT


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Auteur: Henri Delaage

Ouvrage: L’éternité dévoilée
Vie future des âmes après la mort

Année: 1854

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Nous ne doutons pas que le titre de ce livre n’effarouche bien des préjugés et ne paraisse à cette classe d’esprits superficiels, si nombreuse dans le monde, qui accuse de folie ceux qui ne partagent pas leur myopie intellectuelle, l’œuvre d’un aventureux mystificateur. Mais, parfaitement résolu à obéir plutôt à notre conscience qu’à l’opinion publique, nous inscrivons ce titre en tête de notre ouvrage, avec l’espérance qu’il arrivera dans les mains des lecteurs qui, depuis que nous tenons la plume, nous encouragent de leur glorieuse sympathie. Il existe pour nous un ineffable sentiment de bonheur à écrire pour les amis inconnus qui vivent du même cœur et dans une entière communion d’idée avec nous, et à penser que de douces et blanches mains de femme feuillèteront avec une curiosité avide ce livre, qui, semblable à un pèlerin voyageur, viendra s’asseoir à leur foyer pour leur raconter son grand et sublime voyage et décrire avec détail les mœurs des âmes et d es esprits, ces lumineux habitants du royaume de Dieu.

Mais grand devient surtout le bonheur de l’écrivain quand il sent, par une communion mystérieuse, invisible et réelle, la pensée de ses lecteurs se faire fluide et, comme la douce clarté d’un regard et la grâce caressante d’un sourire de femme, refluer vers lui et toucher les fibres de son cœur comme le vent du soir touche les cordes de la harpe éolienne et en tire de mélodieux accents. C’est parce que nous nous sentons pénétré jusqu’à la moelle des os de ce souffle inspirateur, qui est la respiration même d l’âme de nos lecteurs, qu’épanchant en eux les flots d’amour qui bouillonnent en nous, mous leur parlerons cœur à cœur.

Nous étudierons le ciel et l’enfer chez toutes les nations, et nous trouverons une croyance traditionnelle à une vie future, rendue sensible à l’esprit, à l’aide du voile symbolique d’une révélation toujours en rapport avec le degré d’intelligence et les mœurs des nations dont il devait frapper la vue. Quand la révélation tentera de dévoiler les tourments de l’enfer, pour épouvanter les sens d’un peuple ignorant, grossier et sensuel, elle leur représentera les damnés livrés aux griffes de démons hideux, noirs et cornus, qui les enfoncent à grands coups de fourches dans le gouffre ardent d’un brasier qui brûlera, durant l’éternité, leurs chairs torturées par d’infinies souffrances.

Quand, au contraire, elle tentera de peindre la félicité des bienheureux pour séduire les sens, elle transportera les corps béatifiés dans un palais éblouissant d’or et de pierreries. Il nous faudra déchirer le voile des allégories révélatrices pour arriver à la vérité, et la présenter aux yeux de l’univers intelligent dans sa splendide nudité

I. — VISION DE L’ÉTERNITÉ DANS L’ÉTAT EXTATIQUE

On a moins peur de la mort pour ce qu’on en sait que pour ce qu’ont en ignore.
ADOLPHE D’HOUDETOT.

Sous venons démontrer que ce que l’on nomme la mort est réellement la vie, tandis que ce que l’on appelle la vie est réellement la mort.

Dans l’antiquité, chez les Égyptiens, il y avait un convive sinistre, voilé d’un crêpe noir, qui assistait, muet et immobile, à tous les festins c’était le squelette d’un mort. Aujourd’hui nous allons faire traverser à ce pâle fantôme la société moderne, si fiévreusement inquiète des biens périssables de ce monde, pour lui apprendre, non qu’elle mourra, mais qu’elle ressuscitera, et que le temps de cette vie ne lui a été donné que pour travailler à préparer dès ici-bas sa résurrection à une glorieuse béatitude. Il y a du sang et des larmes à répandre quand on veut escalader le ciel ; car, suivant la belle expression d’un écrivain moderne, la souffrance est une initiation à la lumière : comme l’enfant qui pleure en fixant le soleil, l’humanité voit Dieu à travers ses larmes !
Nous atteindrons du premier coup d’oeil ces cimes lumineuses et sereines des hauteurs métaphysiques, où il n’y a de respiration possible que pour les poitrines croyantes, persuadé qu’il faut s’élever jusqu’à la connaissance des lois éternelles qui régissent l’univers, et être doué d’une intuition extatique pour apercevoir les réalités du monde surnaturel et déposer dans l’intelligence de tous la certitude que mourir c’est tout simplement revivre.
Il y a dans ce mot la mort je ne sais quoi de sinistre qui, semblable au spectre invisible d’un fantôme pâle et décharné, oppresse la poitrine, gonfle le coeur de larmes, qui bientôt s’échapperont brûlantes des paupières, et de sa

main impitoyable, comme celle de l’angoisse, saisit à la gorge. C’est sans doute parce que ce mot rappelle ces jours de deuil où, le visage bouleversé de douleur, l’âme plongée dans le sombre océan de la désolation, l’on a suivi le corps dune personne aimée à travers les tristes allées d’un cimetière où l’on a vu descendre, à l’aide de cordes, sa bière dans une fosse béante, et où, en entendent le bruit de la terre tomber pesamment sur le bois de son cercueil, l’on a senti qu’une froide, humide et inexorable barrière se dressait désormais entre les lèvres et la figure adorée de l’être que la mort venait de dévorer. Mais nous allons tourner cette page lugubrement trempée de larmes et montrer que s’il y a du sang, des cris de douleur, des déchirements intérieure dans la mort, c’est que tout enfantement s’opère dans les pleurs, et que le trépas n’est que la crise suprême dans laquelle l’âme renaît à la liberté, revit à la lumière en se dépouillant des organes charnels comme d’un vil haillon, et en jetant son corps à terre comme le prophète Élie y jeta jadis son manteau au moment où, triomphalement monté sur un char de feu, il s’envolait au ciel !
Nous venons faire partager nos certitudes sur l’autre vie et emparadiser l’âme des béatitudes célestes. Quand on lève les yeux et le coeur au ciel, les idées se sublimisent, les sentiments s’ennoblissent, une vie toute-puissante circule, loyale et généreuse, dans le sang des veines ; plein de mépris pour ce qui passe, on ne s’attache qu’à ce qui reste ; le grand amour de l’éternité qui fait les martyrs et les saints vous saisit invinciblement au coeur : alors, semblable au phénix de la fable qui bat l’air de ses ailes déployées pour raviver la flamme du foyer qui le consume, l’on a hâte de mourir selon la chair pour revivre selon l’âme.
La vie éternelle ! voilà le, souhait final qui termine tous les sermons ; mais, si c’est aux prédicateurs qu’est réservé la gloire d’en proclamer l’existence, ce ne sont cependant que les âmes inspirées de la lumière de Dieu qui leur donne l’intuition du monde surnaturel, que l’on petit considérer comme assez éclairées pour être en état de décrire aux yeux ravis de l’entendement humain les merveilles de l’autre vie.

Les démonstrations philosophiques basées sur la raison rendent très probable l’existence d’un autre monde, que nous allons faire visiter à l’intelligence de nos lecteurs ; car aujourd’hui nous ne venons pas seulement leur prouver l’immortalité de l’âme, mais encore leur faire connaître la vie des âmes ressuscitées au delà du tombeau, afin qu’avec les yeux du coeur on puisse revoir les êtres chéris que la mort a ravis à la tendresse ; en sorte que le souvenir aille tendrement vers eux et arrive à ces âmes trépassées comme l’arôme d’une plante aimée ou comme les parfums qui s’échappent en fumée bleuâtre de l’urne d’argent des encensoirs balancés, et monte jusqu’aux pieds de l’Éternel. Faire croire à la résurrection, c’est essuyer les yeux de tous ceux qui pleurent et les blessures de tous les coeurs qui saignent ici-bas au voile précieux des espérances célestes.
Nous ne doutons pas que le titre de ce livre n’effarouche bien des préjugés et ne paraisse à cette classe d’esprits superficiels, si nombreuse dans le monde, qui accuse de folie ceux qui ne partagent pas leur myopie intellectuelle, l’oeuvre d’un aventureux mystificateur. Mais, parfaitement résolu à obéir plutôt à notre conscience qu’à l’opinion publique, nous inscrivons ce titre en tête de notre ouvrage, avec l’espérance qu’il arrivera dans les mains des lecteurs qui, depuis que nous tenons la plume, nous encouragent de leur glorieuse sympathie. Il existe pour nous un ineffable sentiment de bonheur à écrire pour les amis inconnus qui vivent du même coeur et dans une entière communion d’idée avec nous, et à penser que de douces et blanches mains de femme feuillèteront avec une curiosité avide ce livre, qui, semblable à un pèlerin voyageur, viendra s’asseoir à leur foyer pour leur raconter son grand et sublime voyage et décrire avec détail les moeurs des âmes et des esprits, ces lumineux habitants du royaume de Dieu. Mais grand devient surtout le bonheur de l’écrivain quand il sent, par une communion mystérieuse, invisible et réelle, la pensée de ses lecteurs se faire fluide et, comme la douce clarté d’un regard et la grâce caressante d’un sourire de femme, refluer vers lui et toucher les fibres de son coeur comme le vent du soir touche les cordes de la harpe éolienne et en tire de mélodieux accents. C’est parce que nous nous sentons pénétré jusqu’à la

moelle des os de ce souffle inspirateur, qui est la respiration même d l’âme de nos lecteurs, qu’épanchant en eux les flots d’amour qui bouillonnent en nous, mous leur parlerons coeur à coeur.
Nous allons cependant, dans la persuasion que plusieurs nouveaux lecteurs entreront par cet ouvrage pour la première fois en communion d’idées avec nous, leur expliquer comment nous avons été amené à tenter cet audacieux travail et à quelle source nous avons puisé les renseignements il l’aide desquels nous entreprenons de dévoiler l’éternité. Ce sujet touche au plus intime mystère de l’organisme humain, le problème des destinées éternelles est non-seulement le plus important qui puisse préoccuper le coeur de l’homme, mais il est le plus actuel ; car ; malgré les prodiges merveilleux des arts mécaniques faisant de l’éclair le courrier de la pensée, forçant la vapeur à animer l’airain des locomotives pour emporter les chars à travers l’espace vaincu, ce siècle n’a rien à donner aux âmes pour assouvir en elle ce besoin terrible, cette soif sans cesse renaissante, qui est l’amour de l’infini. Les natures douces et contemplatives dans cette atmosphère de doute, semblable à des fleurs délicates transplantées en terre étrangère, languissent, déclinent et se flétrissent, consumées par cette agonie de coeur qu’on nomme le mal du pays, car le pays, pour ces jeunes blessés de la vie, c’est le ciel. Tandis que, semblable à Marthe dans l’Évangile, les uns emploient leur industrieuse activité à préparer et à organiser leur vie le plus agréablement possible ici-bas dans la fièvre de l’agiotage et l’ivresse de la volupté ; il y en a d’autres qui, comme Marie, ont choisi la meilleure part et qui, assis aux pieds bien-aimés du Sauveur, épanchent en son coeur la fervente tendresse de leur âme pieuse, dont l’esprit, quittant le monde où tout les blesse et les meurtrit, tourne l’oeil de son intelligence vers l’éternité et s’efforce de soulever le rideau qui dérobe à sa vue le ciel. Comprenant leur souffrance et leur désir, nous leur tendons ce livre en leur disant : Prenez et lisez.
Nous avons trouvé quatre sources où nous avons étanché la soif de notre âme altérée de vérité ; nous avons été éclairé par la lumière de quatre foyers ; nous avons reçu la science des lèvres inspirées de quatre maîtres, en sorte que
quatre espèces de matériaux entreront dans cet édifice que nous élevons pour l’édification de tous et à la gloire du Maître des cieux.
Dans l’ardeur passionnée qui nous consumait, nous avons été recueillir des renseignements sur la vie future des âmes, après la mort, dans tous les sanctuaires du monde antique où des prêtres vénérés retenaient pieusement le dépôt traditionnel des vérités éternelles ; ensuite les apôtres, les Pères de l’Église et les docteurs, ayant à leur tête leur divin maître Jésus-Christ, nous ont révélé les mystères de l’autre monde ; puis, en étudiant la chevalerie et la sorcellerie au moyen âge, il nous est arrivé de rencontrer plusieurs admirables écrits dans lesquels grand nombre de saints extatiques avaient relaté les visions béatifiques qu’ils avaient eues de l’Éternité. Enfin nous avons demandé la lumière aux sciences occultes, nous avons sondé les profondeurs éblouissantes du sommeil ; et les prodiges de l’âme réveillée dans un corps endormi nous ont fait comprendre les merveilleuses facultés de l’âme ressuscitée.
Le magnétisme a éclairé d’une vive lueur les mystères de la vie et de la mort, il nous a donné l’explication des saintes Écritures et fait croire à la possibilité des miracles. Nous allons donner quelques détails sur chacune de ces sources où nous avons puisé la vérité dont nous tâcherons d’offrir l’eau vive aux lèvres dans la coupe du beau. Chrétien de race, de coeur et d’idée, nous serons en tout point disciple du Christ, et dans les feuilles de ce livre nous tâcherons de nous inspirer de cet esprit de charité et d’amour qui fait que l’on porte d’autant plus de tendresse à un être, que cet être est plus triste et plus souffrant ; cet amour du faible est gravé en nos âmes par la vue de la croix, comme le sang grava sur le voile de sainte Véronique les traits adorés du visage béni de notre Sauveur bien aimé Jésus-Christ.
Dès l’aurore de la création, l’homme, ayant matérialisé par le péché sa nature, ou, pour suivre l’image de l’Ancien Testament, avant mordu au fruit de l’arbre de la science du bien et du mal, devient sujet à la maladie et à la mort.
Cette idée que nous exprimons, nous la retrouvons en germe dans l’étymologie même du mot mort, formé du latin mors, que dans leur haute philosophie les instituteurs du langage, qui, suivant la belle expression de Vico,

cachèrent la science du vrai sous l’écorce des mots, ont fait venir de morsu, pour rappeler à l’intelligence que l’origine de la mort en ce monde est la morsure coupable donnée par le premier homme au fruit de l’arbre défendu. Aussi il est hors de doute que de la plus reculée antiquité l’oeil a plongé au delà de cette vie, et toutes les religions ont proclamé la résurrection de l’âme ; car, nous l’écrivons avec conviction, opérer le salut de l’âme était le but cherché dans les mystères de l’Orient, et si, à travers les siècles l’on prête l’oreille aux enseignements des prêtres de l’antiquité, l’on entend une parole d’espoir et de consolation tomber de leurs lèvres inspirées et dire au peuple : Tu revivras.
Nous étudierons le ciel et l’enfer chez toutes les nations, et nous trouverons une croyance traditionnelle à une vie future, rendue sensible à l’esprit, à l’aide du voile symbolique d’une révélation toujours en rapport avec le degré d’intelligence et les moeurs des nations dont il devait frapper la vue. Quand la révélation tentera de dévoiler les tourments de l’enfer, pour épouvanter les sens d’un peuple ignorant, grossier et sensuel, elle leur représentera les damnés livrés aux griffes de démons hideux, noirs et cornus, qui les enfoncent à grands coups de fourches dans le gouffre ardent d’un brasier qui brûlera, durant l’éternité, leurs chairs torturées par d’infinies souffrances. Quand, au contraire, elle tentera de peindre la félicité des bienheureux pour séduire les sens, elle transportera les corps béatifiés dans un palais éblouissant d’or et de pierreries. Il nous faudra déchirer le voile des allégories révélatrices pour arriver à la vérité, et la présenter aux yeux de l’univers intelligent dans sa splendide nudité.
L’écrivain doit s’efforcer de faire rayonner autour de la douce et pale figure du fils de Marie l’auréole brillante de son irrécusable divinité ; il doit, de plus, s’il veut ressusciter dans la gloire, fixer amoureusement sa vue sur lies traits adorés de Jésus et marcher sur la trace sanglante de ses pas bénis. Enfin, par ses paroles, par ses actions, par ses exemples, par ses écrits, il doit s’efforcer, comme son divin Maître, d’entraîner les générations indécises dans le chemin qui conduit au ciel.

Pénétrés de cette incontestable vérité, après que Jésus-Christ fut remonté vers son Père, les apôtres portèrent dans l’univers entier la bonne nouvelle de l’Évangile ; ils décrivirent les merveilles du ciel, et convièrent les pauvres, les riches, les savants, les ignorants, à ce banquet divin, à la porte duquel, par la pluie et le vent, grelottait depuis des siècles les générations assises à l’ombre de la mort. Les apôtres avaient semé dans le coeur l’espérance de l’éternité. Après eux vinrent les docteurs qui portèrent dans les esprits les convictions de l’existence d’un autre monde où Dieu récompensait le bien et punissait le mal.
Ces premiers disciples du Christ, communiquant comme une divine contagion la flamme ardente de l’esprit divin qui les embrasait de son amour, et enveloppant toutes les âmes dans le tourbillon attractif d’une grâce céleste comme leur apostolat, les entraînaient au ciel. Les docteurs vinrent ensuite et déposèrent une invulnérable certitude du ciel dans l’intelligence. Aussi, après dix-neuf siècles, les vaisseaux sillonnent encore la mer, portant, vers les plus lointains rivages, des missionnaires qui s’en vont prêcher le christianisme, et des soeurs de Saint-Vincent de Paul qui viennent le faire aimer en soignant avec tendresse ceux qui souffrent, et en pansant les blessures de ceux qui saignent ; anges de charité dont les pieds foulent la terre, mais dont le coeur vit déjà dans le monde de l’éternité.
Nous avons étudié les apôtres, communié d’idée avec les Pères de l’Église, et peu à peu nous avons senti se glisser en nos veines la flamme enthousiaste d’une grâce divine et le désir de secouer sur tous les coeurs, à l’exemple des apôtres, les torches ardentes de l’amour de Dieu. Nous avons de plus consulté les écrits inspirés des docteurs, et nous leur avons emprunté la lumière qui éclaire les intelligences et qui dissipe, pour les yeux de l’esprit, les ténèbres qui lui voilent cette patrie future vers laquelle le coeur se tourne avec tendresse et désir, comme vers la terre promise à ses espérances.
Au moyen âge nous avons traversé les camps de la chevalerie, noble institution qui était l’héroïsme armé de foi à l’intérieur et de fer à l’extérieur. Nous avons pénétré dans les laboratoires mystérieux, où des philosophes hermétiques soufflaient d’une main fiévreuse, nuit et jour, les tisons d’un

fourneau sur lequel reposait une cornue renfermant une liqueur jaunâtre, et vu que ce que cherchaient les alchimistes, au visage noir de fumée, ce n’était pas seulement l’or potable, mais l’esprit de vie et de lumière.
Les cabalistes anciens et modernes, toute la bande noire des mages, hiérophantes, gymnosophistes, druides, philosophes naturels, thaumaturges, extatiques, avec l’intelligence desquels nous avons vécu, nous ont toujours semblé particulièrement préoccupés du rôle de l’esprit de lumière.
Dans le grand acte de la résurrection, ils discutaient entre eux pour savoir si après la mort il restait sur la terre pour y animer les fleurs et les oiseaux, ou s’il accompagnait l’âme dans le ciel. C’était cette question qui passionnait l’esprit des Grecs au moment où Mahomet III entrait en triomphateur à Constantinople.
Nous ferons connaître le résultat des études de ces intelligences illuminées d’un rayon divin, qui, par une prévoyante sagesse, s’inquiétaient de la résurrection au moment où le cimeterre de Mahomet menaçait leur vie. Il est doux, en effet, de pouvoir endormir sa tête croyante sur l’oreiller de la foi, sans souci des intérêts de ce monde, avec l’espérance de se réveiller un matin citoyen de l’éternité ; car, si la main de la femme met de la grâce partout, celle de Dieu met de la joie même sur le chemin de la mort.
Il y a dans ce siècle une indifférence en matière de religion qui nous a toujours paru incompréhensible ; on dirait que l’humanité, sans souci de ses destinées éternelles, désire seulement la possession des biens périssables de ce monde. De là cette soif des richesses qui, altère le coeur de toutes les classes de l’ordre social ; de là ces cris de désespoir qui retentissent à certains jours, comme un coup de tonnerre, dans une nuit sombre, éclaire fatalement l’avenir, et font résonner sinistrement aux oreilles des riches ces deux mots : Propriétaires, défendez-vous !
Ce livre, abstrait autant que sérieux, en donnant une base philosophique à la croyance, à une vie future, a pour but d’apprendre à raisonner au rationaliste, et il enseignera la prévoyance aux prévoyants de ce siècle en leur montrant que la prudence de ceux qui sèment dans le temps pour récolter dans

le temps n’est que folie, inexpérience et imprudence, et que tous les actes de cette vie, suivant les règles immortelles de la sagesse divine, doivent être faits dans le but de préparer sa résurrection glorieuse à une béatitude éternelle.
S’il est un acte important ici-bas, c’est sans contredit le mariage, qui fond deux existences en une seule. Eh bien ! la sagesse de ce monde, bornée autant que mesquine, croit faire acte de raison en recherchant uniquement la richesse dans la femme, qui unit sa fortune par contrat et devant notaire à celle de son mari, afin d’assurer le bien-être des époux et celui des enfants, et elle oublie, dans sa folle imprévoyance, que le mariage n’est pas seulement l’union matérielle de deux sommes d’argent ; mais l’union sainte et pure de deux coeurs, de deux âmes. De là cette chair pure et virginale se mariant à une chair usée par le vice, ces coeurs nobles et tendres se mariant à des coeurs caducs, ces âmes pieuses se mariant à des âmes impies. Si la femme met devant l’autel de Dieu sa main confiante dans celle de l’homme, ce n’est pas pour qu’il l’entraîne, victime souillée et déshonorée, au fond des abîmes de l’enfer, mais pour qu’il la conduise, glorieuse et triomphante, dans le royaume des cieux.
Si nous avons osé écrire ce livre, c’est dans la persuasion qu’il n’appartient pas à la raison humaine de traiter de si hautes matières, car il faut que l’âme, se dérobant aux liens terribles de sa prison charnelle, aille libre, semblable à un ange de lumière, visiter les régions suprêmes et converser avec les esprits ses frères et les âmes ressuscitées ses soeurs. Pour rendre l’âme à la liberté, il faut de plus que le charme du sommeil magnétique, anéantissant par l’assoupissement l’action du corps endormi, lui laisse ouvertes les portes du monde surnaturel.
Quand sur l’aile de la volonté l’âme pénètre les corps les plus opaques et visite, avec la rapidité de l’éclair, les différentes régions de l’univers terrestre, c’est du somnambulisme ; mais, quand elle pénètre jusque dans le royaume des morts, et qu’elle parcourt le domaine éblouissant de l’éternité, pour aller converser avec les âmes ressuscitées, ses traits illuminés d’une lueur céleste, son regard fixé vers un pôle invisible et perçant les voiles de l’inconnu, sont pour nous les symptômes de l’état extatique. Si nous comprenons la nature de la merveilleuse propriété de l’âme ressuscitée, les souffrances qu’elle peut endurer,

les jouissances qu’elle peut ressentir, c’est que, dans les prodigieuses opérations d’une âme dégagée du corps endormi, nous avons vu une image fidèle des facultés surhumaines de l’âme délivrée du corps par la mort.
Pour l’homme, dont l’âme entrevoit déjà dans l’éternité Dieu entouré de ses anges, comme d’une armée de soleils rangés par ordre de lumière, la richesse est sans prix, la gloire n’est qu’une fumée emportée par le vent ; la renommée, quelques lettres composant un nom qu’un pédant de collège tâche de graver dans la mémoire de quelques écoliers indociles. Pour nous, possédés du désir du ciel, emportés de coeur et d’esprit au delà de ce monde, nous n’aspirons ni à la fortune, ni aux honneurs, ni à la renommée ; toute notre ambition, comme celle de saint Justin, est que sur la terre qui recouvrira un jour notre cadavre on plante une croix en bois noir, sur laquelle on lira pour unique épitaphe ces deux mots : Ci-gît un chrétien ! ! !

II. — L’ORGANISME HUMAIN EXPLIQUÉ PAR LES FLUIDES IMPONDÉRABLES

suite…

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