Antisémitisme et anti-maçonnisme Histoire secrète de L’Oréal


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par Thierry Meyssan

Le géant de la cosmétique, L’Oréal, vient d’annoncer la restructuration de son capital. Ainsi
disparaît le holding de contrôle créé par Eugène Schueller pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le fondateur du groupe était aussi l’un des grands financiers du complot de la Cagoule et du
nazisme français. A la Libération, la société et ses filiales étrangères servirent de refuge aux
criminels en fuite. Aujourd’hui, l’héritière du groupe, Liliane Bettencourt, est devenue la
femme la plus riche de France. L’histoire du groupe éclaire la face cachée de la politique
française contemporaine.

À la mémoire de Marx Dormoy, Victor Basch, Jean Zay, Georges Mandel et Jean Moulin

C’est par un bref communiqué, diffusé le 3 février 2004 dans la nuit, que le géant de la
cosmétique L’Oréal a annoncé la restructuration de son capital[1]. La famille Bettencourt et le
groupe Nestlé, qui détenaient ensemble la majorité de L’Oréal par l’intermédiaire du holding de
contrôle Gasparal, la posséderont désormais directement. Ce tour de passe-passe étant
accompagné d’un engagement de conservation de titres, les Bettencourt bénéficieront d’un
abattement de 50% de la valeur taxable à l’impôt sur la fortune (ISF). Ils ne seront pas tenus
de payer de frais pour cette transaction grâce aux nouvelles dispositions introduites à leur
intention dans la «loi pour l’initiative économique» du 1er août 2003[2].
L’Oréal est aujourd’hui évalué à 43,6 milliards d’euros. Les Bettencourt détiennent 11,99
milliards ; Nestlé 11,5 milliards ; les 20,11 milliards restants flottants en Bourse. La fortune
personnelle de Lilliane Bettencourt, héritière du fondateur de L’Oréal, était estimée en 2002 à
17,2 milliards d’euros. Ce qui en fait la personne la plus riche de France.
Une entreprise qui veut se payer la République
L’Oréal a été créé, en 1907, par un petit entrepreneur, Eugène Schueller. Il absorbe Monsavon,
en 1928, puis les peintures Valentine, les shampoings Dop, le magazine Votre Beauté. Dérivant
lentement à la droite la plus extrême, Schueller se fait connaître par ses théories économiques
sur le «  salaire proportionnel  ». Dans une société libérée du capitalisme libéral et des
syndicats, les ouvriers toucheraient un triple salaire  : un salaire d’activité, un salaire familial
calculé en fonction de leur nombre d’enfants, et un salaire de productivité.
Le 6 février 1934, en réaction à un retentissant scandale politico-financier, les ligues d’anciens
combattants de la Grande guerre manifestent devant la Chambre des députés à Paris pour
obtenir la démission du gouvernement Daladier. Sous l’impulsion des fascistes, le
rassemblement tourne à l’insurrection et tente de renverser la République au profit du colonel
de La Rocque qui refuse le rôle qu’on veut lui faire jouer.
Divers autres échauffourées surviennent dans les semaines suivantes, y compris une tentative
de lynchage de Léon Blum en marge de l’enterrement d’un historien monarchiste, de sorte que,
le 18 juin, le gouvernement prononce la dissolution des ligues. Immédiatement, un groupe de
militants fascistes, pour la plupart issus de la XVIIe section des Camelots du roi, rompt avec le
philosophe monarchiste Charles Maurras et décide de passer à la clandestinité. Ils constituent
l’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (OSARN). Il y a là autour d’Eugène
Deloncle, Aristide Corre, Jean Filliol, Jacques Corrèze, bientôt rejoints par Gabriel Jeantet,
François Méténier et le docteur Henri Martin.
Le colonel de La Rocque met en garde les anciens adhérents des ligues contre une infiltration
de leur mouvement par des «groupes de trahison», c’est-à-dire par des fascistes agissant pour
le compte de l’étranger, l’Italie et l’Allemagne en l’occurrence  [3]. Quoi qu’il en soit,
l’OSARN se structure rapidement en groupes locaux et en système hiérarchisé extrêmement
cloisonné, de sorte qu’en dehors des chefs, les membres de l’organisation ignorent tout de son
ampleur, de ses objectifs réels, des moyens et soutiens dont elle dispose. Certaines cellules du
complot, dont les Chevaliers du glaive, dirigés à Nice par Joseph Darnant et François Durand
de Grossouvre, adoptent un rituel et un costume inspirés du Klu Klux Klan états-unien, ce qui
vaudra à l’OSARN d’être désigné par les monarchistes sous le sobriquet de «  La
Cagoule»[4].
Ami intime d’Eugène Deloncle, Eugène Schueller met ses moyens personnels à disposition du
complot. Plusieurs réunions de l’équipe dirigeante se tiennent dans son bureau au siège de
L’Oréal.
Un groupe de jeunes gens, résidant à l’internat des pères maristes (104, rue de Vaugirard à
Paris), fréquente les chefs du complot et se joint à certaines de leurs actions sans pour autant
adhérer formellement à l’OSARN. Il s’agit de Pierre Guillain de Bénouville, Claude Roy,
André Bettencourt et François Mitterrand.
Robert Mitterrand, frère de François, épouse la nièce d’Eugène Deloncle.
Échecs et divisions sur fond d’antisémitisme
En un an et demi, l’OSARN formalise ses relations avec le gouvernement de Benito Mussolini
en Italie, puis avec celui d’Adolf Hitler en Allemagne. Pour leur compte, il achemine des armes
à Francisco Franco en Espagne et élimine des réfugiés politiques en France. En échange, il
obtient un appui financier et logistique considérable. L’organisation tente un coup d’État dans
la nuit du 15 au 16 novembre 1937, qui échoue. Au lendemain et dans les semaines qui
suivent, le complot est mis à jour. Des perquisitions permettent de découvrir des caches
d’armes réparties sur tout le territoire. Ce sont au total des centaines de fusils-mitrailleurs, des
milliers de fusils et d’uniformes, des dizaines de milliers de grenades, des centaines de milliers
de munitions, tous importés d’Italie et d’Allemagne, qui sont découverts.
Le président du Conseil, Édouard Daladier, freine l’enquête lorsqu’il apparaît que l’OSARN a
développé ses réseaux parmi les officiers supérieurs et jusqu’à l’état-major. En effet, il ne paraît
pas possible de décapiter l’armée française alors que la menace de guerre se précise. Il a tort,
puisque la Guerre mondiale est effectivement déclarée et que la France capitule.
«La communauté française»
Association secrète de spoliation des biens juifs et maçonniques. Parmi les responsables  :
Jacques Correze et Jean Filliol.
Si une partie des «  cagoulards  », hostiles à la domination étrangère, rejoint de Gaulle, la
plupart d’entre eux se félicite de la victoire du fascisme et s’engage dans la Collaboration. En
septembre 1940, Eugène Deloncle et Eugène Schueller créent le Mouvement social
révolutionnaire (dont l’acronyme MSR se prononce «  aime et sert  ») avec le soutien de
l’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, et l’approbation personnelle du chef de la Gestapo,
Reinhardt Heydrich. Les réunions de la direction du MSR se tiennent au siège de L’Oréal (14, rue Royale à Paris).
Le programme de l’organisation indique «  Nous voulons construire la nouvelle Europe en
coopération avec l’Allemagne nationale-socialiste et tous les autres nations européennes
libérés comme elles du capitalisme libéral, du judaïsme, du bolchévisme et de la franc-maçonnerie
(…) régénérer racialement la France et les Français (…) donner aux juifs qui
seront conservés en France un statut sévère les empêchant de polluer notre race (…) créer
une économie socialiste (…) qui assure une juste distribution des produits en faisant
augmenter les salaires en même temps que la production».
Première application de ce programme, Deloncle organise le plasticage de sept synagogues
parisiennes, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1941.
Subsidiairement, une organisation dans l’organisation est créée avec l’aide du SS Theo
Dannecker, représentant Adolf Eichmann  : la Communauté française dont le but est de
«  libérer complètement (la France) de ces ferments de corruption que sont les juifs et les
Francs-maçons». C’est ce groupe secret qui organise la spoliation des juifs souvent au profit
personnel de ses membres. Parmi eux, on relève Jacques Corrèze déjà cité et Jean Filliol, le
tueur de la «Cagoule».
«Guillemot et Delamotte», éditeur à Paris
Adolf Hitler et Eugène Schueller figurent côte à côte dans son catalogue.
Quant au jeune André Bettencourt, il devient le patron français de la PropagandaStaffel. Il est
placé sous la triple tutelle du ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de la Wehrmacht et
de la Gestapo. Il a la haute main sur toutes les publications françaises, qu’elles soient
collaborationnistes ou nazies. Il dirige lui-même La Terre française, une publication
explicitement nazie destinée aux familles rurales, qui préconise la rééducation des intellectuels
décadents par le retour forcé à « la terre qui ne ment pas ». Il y emploie l’agronome René
Dumont. Par ailleurs, Bettencourt offre régulièrement les colonnes de ses journaux à Schueller.
La solution Bettencourt
Le 15 février 1941, à la demande de la SS, le MSR de Deloncle fusionne avec le
Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat. Le patron de L’Oréal, Eugène
Schueller, devient la personnalité économique de référence. Son livre, La Révolution de
l’économie, se classe dans les ouvrage de référence du fascisme français.
Le 15 juin 1941, dans son discours au congrès de l’organisation au Palais de la Mutualité, il
appelle à «une révolution préliminaire à la fois d’épuration et de redressement» qui ne peut
«être que sanglante. Elle consistera tout simplement à fusiller vite cinquante ou cent grands
personnages».
Le 22 juin 1941, le Reich attaque l’Union soviétique. Deloncle et Schueller décident de créer la
Légion des volontaires français (LVF) pour combattre le bolchévisme sur le front de l’Est et de
la placer sous l’autorité de Jacques Corrèze. Tous ses membres prêtent serment d’allégeance au
führer.
Ils tentent de s’appuyer sur cette puissante formation armée pour éliminer leur adversaire
politique Pierre Laval et leur allié et néanmoins rival Marcel Déat. Le 27 août 1941, à
l’occasion d’une cérémonie de départ d’un contingent de la LVF sur le front russe, ils
organisent un double attentat au cours duquel Laval et Déat sont blessés.
«La Terre Française»
Publication nazie française dirigée par André Bettencourt
Le 20 décembre 1941, André Bettencourt, qui n’ignore rien des débats en cours à Berlin, écrit
dans l’éditorial de Noël de La Terre française  : « Un jour, trente ans plus tard, les juifs
s’imagineront pourtant gagner la partie. Ils avaient réussi à mettre la main sur Jésus et
l’avaient crucifié. En se frottant les mains, ils s’étaient écriés: «que son sang retombe sur
nous et nos enfants  ». Vous savez d’ailleurs de quelle manière il est retombé et retombe
encore. Il faut que s’accomplissent les prescriptions du livre éternel».
En effet, quelques jours plus tard la Conférence de Wansee décide la «solution finale»: des
millions de personnes vont être exterminées dans le plus grand secret.
À l’issue des affrontements internes à la mouvance nazie française, c’est en définitive Deloncle
qui tombe en disgrâce. Eugène Schueller se précipe alors, le 18 mars 1942, à l’ambassade du
Reich pour se désolidariser de son ami. L’entretien est dûment consigné dans les archives
allemandes.
L’OSS s’en mèle
La bataille de Stalingrad inverse le cours des événements. Désormais le Reich n’est plus
invincible. André Bettencourt se rapproche de son ami François Mitterrand qui exerce diverses
fonctions à Vichy où il partage son bureau avec Jean Ousset, le responsable du mouvement de
jeunesse de la Légion française des combattants de Joseph Darnand. Ils seraient alors entrés en
résistance au sein d’un Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD)
dont l’activité a été officiellement reconnue quarante ans plus tard par l’administration
Mitterrand, mais sur laquelle les historiens s’interrogent toujours.
Fin 1942, André Bettencourt est envoyé par Eugène Schueller «aryaniser» la société Nestlé en
Suisse, dont le patron de L’Oréal est devenu l’un des actionnaires principaux. Il profite de ses
déplacements pour rencontrer Allen Dulles et Max Schoop des services secrets états-uniens
(OSS). En 1944, ils lui donnent 2,5 millions de francs de l’époque pour financer leur réseau.
On ignore tout, encore aujourd’hui, de l’usage de cette somme.
Eugène Deloncle est assassiné. Mais les crimes des cagoulards ne prennent pas fin pour autant,
pas même avec le débarquement allié en Normandie. Le 10 juin 1944, Jean Filliol conduit la
division SS Das Reich à Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) où elle massacre 644 habitants
dans des conditions particulièrement horribles.
Parce qu’ils le valaient bien…
À la Libération, les cagoulards de Londres sauvent les cagoulards de Vichy. Grâce au
témoignage d’André Bettencourt et de François Mitterrand, Eugène Schueller est relaxé au
motif qu’il aurait aussi été résistant. L’Oréal devient le refuge des vieux amis. François
Mitterand est engagé comme directeur du magazine Votre Beauté. André Bettencourt rejoint la
direction du groupe. Avec l’aide de l’Opus Dei, une confrérie catholique franquiste, Henri
Deloncle (frère d’Eugène) développe L’Oréal-Espagne où il emploie Jean Filliol. Quant à
Jacques Corrèze, il devient patron de l’Oréal-États-Unis. En 1950, André Bettencourt épouse
Liliane, la fille unique d’Eugène Schueller.

Rue Saint-Dominique, le bureau d’André Bettencourt lorsqu’il dirigait la PropagandaStaffel,
devient une résidence de l’Opus Dei. Tandis que Robert Mitterrand s’installe rue Dufrenoy
dans l’immeuble qui abritera le siège de l’Opus en France. Cette oeuvre est politiquement
dirigée par Jean Ousset.
André Bettencourt a poursuivi une brillante carrière. Journaliste, il a créé en 1945 le Journal
agricole, pour les anciens lecteurs de La Terre française. Sa carrière politique l’a conduit
plusieurs fois au Parlement et au Gouvernement. Il a ainsi pu renouer avec ses activités passées
en devenant secrétaire d’État à l’Information (1954-55), poste créé par son ami François
Mitterrand, en 1948, et où ils auront tous deux forgé la presse française contemporaine. Les
deux hommes sont inséparables, au point qu’en 1986 lorsque Mitterrand devenu socialiste et
président de la République doit cohabiter avec une Assemblée de droite, il hésite à choisir
André Bettencourt comme Premier ministre. Mais craignant le retour des fantômes du passé, il
s’abstient. Cependant, ce passé reste présent.
Thierry Meyssan
Analyste politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis
for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques de politique étrangère dans la presse arabe
et russe. Dernier ouvrage publié: L’Effroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).

«La Terre Française» du 20 décembre 1941
Publication nazie française dirigée par André Bettencourt.
Cet article a été écrit à partir des archives personnelles de l’auteur, des recherches financées
par Michel Sitbon, et des documents qui lui ont été aimablement remis par le regretté David Frydman.
http://www.voltairenet.org./spip.php?page=liste-article&id_article=12751
___________________________________________________
[1] Un nouvel accord entre les actionnaires majoritaires de L’Oréal, communiqué de L’Oréal,
3 février 2004, 23h.
[2] La loi pour l’initiative économique a été présentée au Parlement par le secrétaire d’État aux
Petites et moyennes entreprises, Renaud Dutreil, en décembre 2002, et adoptée le 1er août 2003
sous le numéro 2003-721. Cf. Journal officiel du 5 août 2003.
[3] Cf. Le Flambeau du 21 novembre 1936.
[4] La paternité de ce surnom est attribuée à Maurice Pujo.

La baisse des prix du pétrole renverse l’échiquier géopolitique


 

 

La baisse des prix du pétrole a démenti la théorie du « pic de Hubbert ». Il ne devrait pas y avoir de pénurie énergétique dans le siècle à venir. La baisse des prix a probablement aussi commencé le démantèlement de la théorie de « l’origine humaine du réchauffement climatique ». Elle a privé de toute rentabilité les sources d’énergie alternatives et les investissements dans les hydrocarbures de schistes et les forages en eaux profondes. Renversant l’échiquier géo-politique, elle est susceptible de rappeler les militaires US au Proche-Orient et de contraindre le Pentagone à abandonner définitivement la théorie du « chaos constructeur ».

 

En deux ans, le marché mondial des sources d’énergie a été bouleversé. D’abord, l’offre et la demande ont considérablement changé, puis les flux commerciaux, enfin les prix qui se sont écroulés. Ces changements radicaux remettent en cause tous les principes de la géo-politique du pétrole.

 

Le mythe de la pénurie

Le ralentissement de l’économie des pays occidentaux et celui de certains pays émergents s’est traduit par une baisse de la demande, tandis que la croissance continue en Asie l’a, au contraire, augmentée. En définitive, la demande globale poursuit son lent développement. Côté offre, non seulement aucun État producteur n’a vu ses capacités s’effondrer, mais certains ont pu l’augmenter comme la Chine, qui amasse désormais d’importantes réserves stratégiques. De sorte qu’au total, le marché est très excédentaire.

Ce premier constat contredit ce qui était la doxa des milieux scientifiques et professionnels durant les années 2000 : la production mondiale s’approchait de son pic, le monde allait connaître une période de pénurie au cours de laquelle certains États allaient s’effondrer et des guerres de ressources éclater. Dès son retour à la Maison-Blanche, en janvier 2001, le vice-président Dick Cheney avait formé un groupe de travail sur le développement de la politique nationale de l’énergie (National Energy Policy Development – NEPD), qualifié de « société secrète » par le Washington Post [1]. Dans une ambiance ultra-sécurisée, les conseillers de la présidence auditionnèrent les patrons des grandes entreprises du secteur, les scientifiques les plus reconnus, et les patrons des services de Renseignement. Ils arrivèrent à la conclusion que le temps pressait et que le Pentagone devait garantir la survie de l’économie états-unienne en s’emparant sans attendre des ressources du « Moyen-Orient élargi ». On ignore qui participa exactement à ce groupe de travail, sur quelles données il travailla, et les étapes de sa réflexion. Tous ses documents internes ont été détruits afin que nul ne connaisse les statistiques auxquelles il avait eu accès.

C’est ce groupe qui conseilla de mener des guerres contre l’Afghanistan, l’Iran l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie et le Soudan ; un programme qui fut officiellement adopté par le président George W. Bush lors d’une réunion, le 15 septembre 2001, à Camp David.

Je me souviens d’avoir rencontré à Lisbonne, lors d’un congrès de l’AFPO, le secrétaire général du groupe de travail de la Maison-Blanche. Il avait présenté un exposé sur l’étude des réserves annoncées, l’imminence du « pic de Hubbert » et les mesures à prendre pour limiter la consommation d’énergie aux USA. J’avais alors été convaincu – à tort – par son raisonnement et son assurance.

Nous avons constaté avec le temps que cette analyse est complétement fausse et que les cinq premières guerres (contre l’Afghanistan, l’Irak, le Liban, la Libye et la Syrie) ont été de ce point de vue inutiles, même si ce programme se poursuit aujourd’hui. Cette énorme erreur de prospective ne doit pas nous surprendre. Elle est la conséquence de la « pensée de groupe ». Progressivement une idée s’impose au sein d’un groupe que nul n’ose remettre en question au risque de se voir exclure du « cercle de la raison ». C’est la « pensée unique ». Dans ce cas, les conseillers de la Maison-Blanche sont partis et sont restés dans la théorie malthusienne qui domina la culture anglicane du XIXe siècle. Selon elle, la population augmente à un rythme exponentiel, tandis que les ressources ne le font qu’à un rythme arithmétique. À terme, il ne peut pas y avoir de ressources pour tous.

Thomas Malthus entendait s’opposer à la théorie d’Adam Smith selon laquelle, lorsqu’il est libre de toute réglementation, le marché se régule de lui-même. En réalité, le pasteur Malthus trouvait dans sa théorie – non démontrée – la justification de son refus de subvenir aux besoins des innombrables pauvres de sa paroisse. À quoi bon nourrir ces gens si, demain, leurs nombreux enfants mourront de faim ? Le gouvernement de George W. Bush était alors largement WASP et comprenait de nombreuses personnes issues de l’industrie pétrolière, à commencer par le vice-président Cheney, ancien patron de l’équipementier Halliburton.

Si le pétrole est une ressource non renouvelable et qu’il aura donc une fin, rien ne permet de penser que celle-ci est proche. En 2001, on raisonnait en fonction du pétrole de type saoudien que l’on savait raffiner. On ne pensait pas exploitables les réserves du Venezuela par exemple, dont on admet aujourd’hui qu’elles suffisent à pourvoir à l’ensemble des besoins mondiaux pour au moins un siècle.

On observera que la théorie de l’« origine humaine du réchauffement climatique » n’est probablement pas plus sérieuse que celle du pic pétrolier. Elle procède de la même origine malthusienne et a en outre l’avantage d’enrichir ses promoteurs à travers la Bourse des droits d’émission de Chicago [2]. Elle a été popularisée dans le but d’apprendre aux Occidentaux à diminuer leur consommation d’énergie d’origine fossile, donc de se préparer à un monde où le pétrole serait devenu rare et cher.

 

La fin des prix artificiels

La hausse du prix du baril à 110 dollars a semblé conforter la théorie de l’équipe de Dick Cheney, mais sa chute brutale à 35 dollars montre qu’il n’en est rien. Comme en 2008, cette chute a débuté avec les sanctions européennes contre la Russie qui ont désorganisé les échanges mondiaux, déplacé les capitaux et en définitive crevé la bulle spéculative du pétrole. Cette fois, les prix bas ont été encouragés par les États-Unis qui y ont vu un moyen supplémentaire de couler l’économie russe.

La chute s’est aggravée lorsque l’Arabie saoudite y a trouvé son intérêt. En inondant le marché de ses produits, Riyad maintenait le cours du baril d’Arabian light entre 20 et 30 dollars. De la sorte, il détruisait la rentabilité des investissements dans les sources alternatives d’énergie et garantissait son pouvoir et ses revenus à long terme. Il est parvenu à convaincre ses partenaires de l’OPEC de soutenir cette politique. Les membres du cartel ont pris la décision de sauver leur autorité à long terme quitte à gagner beaucoup moins d’argent durant quelques années.

Par conséquent, la baisse des prix, encouragée par Washington contre Moscou, a fini par l’atteindre lui aussi. Si plus de 250 000 emplois ont été détruits dans les industries de l’énergie en deux ans dans le monde, environ la moitié l’ont été aux États-Unis. 78 % des plateformes pétrolières US ont été fermées. Même si le recul de la production n’est pas aussi spectaculaire, il n’en reste pas moins que les États-Unis ne sont probablement plus indépendants énergétiquement ou ne vont pas tarder à le devenir.

Et ce ne sont pas que les États-Unis : tout le système capitaliste occidental est impacté. En 2015, Total a perdu 2,3 milliards de dollars, ConocoPhillips 4,4 milliards, BP 5,2 milliards, Shell 13 milliards, Exxon 16,2 miliards, Chevron près de 23 milliards.

Cette situation nous renvoie à la « Doctrine Carter » de 1980. À l’époque, Washington s’était donné le droit d’intervenir militairement au Proche-Orient pour garantir son accès au pétrole. Par la suite, le président Reagan avait créé le CentCom pour appliquer cette doctrine. Aujourd’hui on exploite du pétrole un peu partout dans le monde et sous des formes assez différentes. Le fantasme du « pic de Hubbert » s’est dissipé. De sorte que le président Obama a pu ordonner de déplacer les troupes du CentCom vers le PaCom (théorie du « pivot vers l’Asie »). On a pu observer que ce plan a été modifié avec l’accumulation de forces en Europe orientale (EuCom), mais il devra l’être encore si les prix stagnent entre 20 et 30 dollars le baril. Dans ce cas, on cessera d’exploiter certaines formes de pétrole et l’on reviendra vers l’Arabian light. La question du repositionnement des forces au Proche-Orient se pose donc dès à présent.

Si Washington s’engage dans cette voie, il devra probablement également modifier les méthodes du Pentagone. La théorie straussienne du « chaos constructeur », si elle permet de gouverner des territoires immenses avec très peu d’hommes sur le terrain, exige beaucoup de temps pour permettre l’exploitation de vastes ressources, comme on le voit en Afghanistan, en Irak et en Libye. Peut-être faudra-t-il revenir à une politique plus sage, cesser d’organiser le terrorisme, admettre la paix, pour pouvoir commercer avec les États ou ce qu’il en reste.

Thierry Meyssan

Notes

[1] “Energy Task Force Works in Secret”, Dana Milbank & Eric Pianin, Washington Post, April 16th, 2001.

[2] « 1997-2010 : L’écologie financière », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 26 avril 2010.

LE PRÉTEXTE CLIMATIQUE 1/3


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1970-1982 : L’écologie de guerre


[1] « May there be only peaceful and cheerful Earth Days to come for our beautiful Spaceship Earth as it continues to spin and circle in frigid space with its warm and fragile cargo of animate life ».

[2] Voir le mémorial Internet Nelson Earth Day.

[3] « Rising concern about the « environmental crisis » is sweeping the nation’s campuses with an intensity that may be on its way to eclipsing student discontent over the war in Vietnam.. », in « ’Environmental Crisis’ May Eclipse Vietnam as College Issue », par Gladwin Hill, The New York Times, 30 novembre 1969.

[4] Dans le contexte, cette expression évoque à la fois la guerre du Vietnam et la loi de guerre contre la pauvreté (1964) voulue par le président Lyndon Johnson.

[5] La même stratégie sera utilisée en Allemagne avec le financement des Grünen. Il s’agissait alors pour Washington d’assécher l’opposition allemande à l’OTAN puis, lors de la réunification, de neutraliser les jeunesses communistes de l’ex-RDA.

[6] Documents de la conférence disponibles en anglais sur le site du PNUE.

[7] En anglais : Canadian International Development Agency.

[8] Voir : « L’USAID et les réseaux terroristes de Bush », par Edgar González Ruiz, Réseau Voltaire, 17 août 2004.

[9] La position d’Olof Palme doit être entendue dans le contexte du conflit grandissant entre la Suède et les Etats-Unis, qui se manifeste six mois plus tard par le gel de leurs relations diplomatiques.

[10] Dix choses à savoir sur la maladie de Minamata, par le Minamata Disease Municipal Museum. Document téléchargeable.

[11] Le Club de Rome a été créé à l’initiative de l’industriel italien Aurelio Peccei (alors très actif en Amérique latine) et du directeur scientifique de l’OCDE Alexander King, grâce au soutien financier de la famille Agnelli (pour laquelle Peccei avait travaillé). L’idée de départ était de créer un Forum mondial qui lierait les questions économiques et l’environnement. Cet objectif fut plus ou moins satisfait avec la création du PNUE. Le Club de Rome, désormais largement financé par les Rockefeller, abandonna alors son discours méthodologique pour devenir le porte-parole du malthusianisme. Certains participants à la réunion fondatrice du Club (avril 1968) s’en étaient déjà éloignés lors de la parution du rapport Meadows (mars 1972).

[12] National Security Study Memorandum 200. Implications of Worldwide Population Growth For U.S. Security and Overseas Interests, dit « Rapport Kissinger », 10 décembre 1974. Ce document est resté secret jusqu’à sa déclassification, en 1989, où il a fait l’objet de vives polémiques.

[13] « We do not know whether technological developments will make it possible to feed over 8 much less 12 billion people in the 21st century. We cannot be entirely certain that climatic changes in the coming decade will not create great difficulties in feeding a growing population, especially people in the LDCs who live under increasingly marginal and more vulnerable conditions. There exists at least the possibility that present developments point toward Malthusian conditions for many regions of the world ».

[14] Allocution télévisée dite « The Crisis of confidence speech », par Jimmy Carter, 15 juillet 1979.

[15] Discours sur l’état de l’Union, par Jimmy Carter, 23 janvier 1980.

[16] L’agent orange avait déjà été utilisé par les Etats-Unis en Corée, mais à une moins grande échelle. Le gouvernement brésilien et la multinationale Alcoa ont également utilisé l’agent orange, à la fin des années 70 et au début des années 80, pour détruire une zone de la forêt et en chasser les autochtones afin de faciliter l’exploitation minière et la construction du barrage de Tucuruí.

[17] Operation PopEye, dite aussi Operation Intermediary ou Operation Compatriot (2 602 sorties de C-130 entre le 20 mars 1967 et le 5 juillet 1972). Voir : « Rainmaking Is Used As Weapon by U.S. ; Cloud-Seeding in Indochina Is Said to Be Aimed at Hindering Troop Movements and Suppressing Antiaircraft Fire Rainmaking Used for Military Purposes by the U.S. in Indochina Since ’63 », par Seymour Hersh, The New York Times, 3 juillet 1972. Spacecast 2020 : Into the Future [the U. S. Air Force Vision of Their Future, Possibilities, Capabilities, Technologies in the Pursuit of National Security objectives, US Department of Defense, Air University, 1994. En réalité, le Pentagone disposait d’une unité de recherche en guerre environnementale, sous le nom de Defense Environmental Services (créé en 1966 par Cyrus Vance).


LE PRÉTEXTE CLIMATIQUE 2/3

1982-1996 : L’écologie de marché

par Thierry Meyssan

 

 

Obama réarme par Thierry Meyssan


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Le président Obama vient de rendre publique sa Doctrine de sécurité nationale (National Security Strategy), un document qui explicite les ambitions de son pays et dont on attendait depuis longtemps la publication. Tout en maniant la « langue de bois », il y définit sa vision de l’impérialisme. En voici le décryptage :

A— Les huit entraves à la domination impériale

Le premier obstacle, c’est la diminution des dépenses militaires. « La force n’est pas le premier choix des États-Unis, mais parfois leur choix nécessaire », aussi doivent-ils conserver leur écrasante supériorité en la matière [leur budget militaire est supérieur à celui de tous les autres États du monde cumulés] et doivent-ils cesser d’y faire des économies.

Le second, c’est le danger interne de révolte armée. Depuis les attentats du 11-Septembre, la peur du terrorisme a permis de développer la surveillance des citoyens. Ainsi, le Patriot Act a « protégé des individus vulnérables à des idéologies extrémistes susceptibles de les pousser à des attaques sur le sol » états-unien.

Le troisième, c’est le terrorisme transnational que les États-Unis ont créé et qu’ils doivent sans cesse maîtriser. Afin que la lutte contre cette entrave ne soit pas détournée pour régler des comptes intérieurs, elle sera toujours accomplie dans un respect scrupuleux de la loi US [pas de la loi internationale puisque l’organisation du terrorisme est un crime international].

Le quatrième, c’est le relèvement de la puissance russe et accessoirement les provocations de la République populaire démocratique de Corée, désignée sous le nom de Corée du Nord de manière à se souvenir que les États-Unis ne l’ont toujours pas vaincue et qu’ils peuvent toujours reprendre cette guerre.

Le cinquième, c’est l’éventuelle accession de nouveaux États au statut de puissance nucléaire, ce qui leur permettrait de résister à Washington. L’opinion publique internationale pense ici à l’Iran, mais le président Obama pense en réalité à la Corée. Et peu importe qu’il n’ait jamais tenu ses promesses de dénucléarisation, ni que l’Otan serve à violer les engagements signés du Traité de non-prolifération.

Le sixième, c’est l’évolution du climat qui pousse des population à migrer et donc menace le statu quo.

Le septième, c’est la remise en cause du contrôle exclusif des États-Unis sur les espaces communs.
D’abord, le cyber-espace : les États-Unis étant à la fois propriétaires de l’Internet et disposant d’un système gigantesque d’écoutes illégales, ils ne s’attendaient pas à ce que certains utilisent ce mode de communication pour ne pas payer les redevances des brevets, droits d’auteur et autres droits des marques qui constituent aujourd’hui une rente, la première source de revenus.
Ensuite, l’espace : les États-Unis soutiennent le projet européen de Code de conduite sur les activités spatiales ce qui est un moyen d’échapper au projet russo-chinois de Traité d’interdiction de placement d’armes dans l’espace.
Enfin, l’air et la mer. Depuis la Charte de l’Atlantique, les États-Unis et le Royaume-Uni se sont auto-proclamés police de l’air et des mers. Ils garantissent la libre circulation des marchandises et étendent ainsi leur thalassocratie.

Le huitième, c’est le risque d’une épidémie. Depuis un an, les États-Unis ont mis en place avec une trentaine de leurs alliés le Global Health Security Agenda qui vise à détecter et contenir les épidémies aussi bien qu’à répondre au bio-terrorisme.

B— Les objectifs économiques

suite sources …

http://www.voltairenet.org/article186680.html

Les États-Unis, premiers financiers mondiaux du terrorisme | « Sous nos yeux »


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Depuis la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques, de nombreux auteurs ont mis en évidence le rôle des États-Unis dans le financement du terrorisme international. Cependant, jusqu’à aujourd’hui, il ne s’agissait que d’actions secrètes, jamais assumées sur le moment par Washington. Un pas décisif a été franchi avec la Syrie : le Congrès a voté le financement et l’armement de deux organisations représentant Al-Qaïda. Ce qui était jusque-là un secret de polichinelle devient désormais la politique officielle du « pays de la liberté » : le terrorisme.

En violation des résolutions 1267 et 1373 du Conseil de sécurité, le Congrès des États-Unis a voté le financement et l’armement du Front al-Nosra et de l’Émirat islamique d’Irak et du Levant, deux organisations relevant d’Al-Qaïda et classées comme « terroristes » par les Nations Unies. Cette décision est valide jusqu’au 30 septembre 2014.

La première semaine de la Conférence de paix de Genève 2 aura été pleine de rebondissements. Malheureusement, le public occidental n’en a pas été informé, victime de la censure qui l’opprime.

C’est en effet le principal paradoxe de cette guerre : les images sont l’inverse de la réalité. Selon les médias internationaux, le conflit oppose d’un côté, des États réunis autour de Washington et de Riyad qui prétendent défendre la démocratie et conduire la lutte mondiale contre le terrorisme, de l’autre la Syrie et ses alliés russes, inhibés à force d’être diffamés en dictatures manipulant le terrorisme.

Si tout le monde est conscient que l’Arabie saoudite n’est pas une démocratie, mais une monarchie absolue, la tyrannie d’une famille et d’une secte sur tout un peuple, les États-Unis ont l’image d’une démocratie et mieux encore du « pays de la liberté ».

Or, la principale information de la semaine a été censurée dans l’ensemble des États membres de l’Otan : le Congrès états-unien s’est réuni secrètement pour voter le financement et l’armement des « rebelles en Syrie » jusqu’au 30 septembre 2014. Vous avez bien lu. Le Congrès tient des séances secrètes dont la presse n’a pas le droit de faire mention. C’est pourquoi l’information, originellement publiée par l’agence britannique Reuters [1], a été scrupuleusement ignorée par toute la presse imprimée et audio-visuelle aux États-Unis et la plupart des médias en Europe occidentale et dans le Golfe. Seuls les habitants du « reste du monde » ont eu droit à connaître la vérité.

La liberté d’expression et le droit des citoyens à l’information sont pourtant des préalables à la démocratie. Ils sont mieux respectés en Syrie et en Russie qu’en Occident.

Personne n’ayant lu la loi adoptée par le Congrès, on ignore ce qu’elle stipule exactement. Cependant, il est clair que les « rebelles » en question ne cherchent pas à renverser l’État syrien —ils y ont renoncé—, mais à le « saigner ». C’est pourquoi, ils ne se comportent pas en soldats, mais en terroristes. Vous avez encore bien lu : les États-Unis, prétendument victimes d’Al-Qaïda le 11 septembre 2001 et depuis leaders de la « guerre globale au terrorisme », financent le principal foyer de terrorisme international où agissent deux organisations officiellement subordonnées à Al-Qaïda (le Front al-Nosra et l’Émirat islamique d’Irak et du Levant). Il ne s’agit plus là d’une manœuvre obscure des services secrets, mais d’une loi, pleinement assumée, même si elle a été adoptée à huis clos de manière à ne pas contredire la propagande.

D’un autre côté, on ne voit pas comment la presse occidentale, qui affirme depuis 13 ans qu’Al-Qaïda est l’auteur des attentats du 11-Septembre et ignore la destitution du président George W. Bush ce jour-là par les militaires, pourrait expliquer cette décision à son public. Effectivement, la procédure états-unienne de « Continuité du gouvernement » (CoG) est elle aussi protégée par la censure. De la sorte, les Occidentaux n’ont jamais su que, ce 11 septembre, le pouvoir avait été transféré des civils aux militaires, de 10h du matin jusqu’au soir, que durant cette journée les États-Unis avaient été gouvernés par une autorité secrète, en violation de leurs lois et de leur constitution.

Durant la Guerre froide, la CIA finançait l’écrivain George Orwell lorsqu’il imaginait la dictature du futur. Washington croyait ainsi éveiller les consciences au danger soviétique. Mais en réalité, jamais l’URSS ne ressembla au cauchemar de « 1984  », tandis que les États-Unis en sont devenus l’incarnation.

Le discours annuel de Barack Obama sur l’état de l’Union s’est ainsi transformé en un exceptionnel exercice de mensonge. Devant les 538 membres du Congrès l’applaudissant debout, le président a déclaré : « Une chose ne changera pas : notre détermination à ce que des terroristes ne lancent pas d’autres attaques contre notre pays ». Et encore : « En Syrie, nous soutiendrons l’opposition qui rejette le programme des réseaux terroristes ».

Pourtant, lorsque la délégation syrienne à Genève 2 a soumis à celle sensée représenter son « opposition » une motion, exclusivement basée sur les résolutions 1267 et 1373 du Conseil de sécurité, condamnant le terrorisme, celle-ci l’a rejetée sans provoquer la moindre protestation de Washington. Et pour cause : le terrorisme, c’est les États-Unis, et le délégation de l’« opposition » reçoit ses ordres directement de l’ambassadeur Robert S. Ford, présent sur place.

Robert S. Ford, l’ancien assistant de John Negroponte en Irak. Au début des années 80, Negroponte avait attaqué la révolution nicaraguayenne en engageant des milliers de mercenaires qui, mêlés à quelques collaborateurs locaux, constituèrent les « Contras ». La Cour internationale de Justice, c’est-à-dire le tribunal interne des Nations Unies, condamna Washington pour cette ingérence qui ne disait pas son nom. Puis, dans les années 2000, Negroponte et Ford rejouèrent le même scénario en Irak. Cette fois, il s’agissait d’anéantir la résistance nationaliste en la faisant combattre par Al-Qaïda.

Pendant que les Syriens et la délégation de l’« opposition » discutaient à Genève, à Washington, le président poursuivait son exercice d’hypocrisie et assénait au Congrès qui l’applaudissait mécaniquement : « On lutte contre le terrorisme non seulement à l’aide du renseignement et des opérations militaires, mais aussi en restant fidèles aux idéaux de notre Constitution et en donnant l’exemple au monde (…) Et nous continuerons à travailler avec la communauté internationale pour faire naître l’avenir que mérite le peuple syrien – un avenir sans dictature, sans terreur et sans peur ».

La guerre livrée par l’Otan et le CCG à la Syrie a déjà fait plus de 130 000 morts —selon les chiffres du MI6 diffusés par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme—, dont les bourreaux attribuent la responsabilité au peuple qui ose leur résister et à son président, Bachar el-Assad.

Source
Al-Watan (Syrie)