Pénétration des cercles du pouvoir en Europe par les agents d’influence d’Israël


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Le seul problème avec ce genre d’article c’est le fait de parler d’agents infiltrés israéliens alors qu’ils n’ont en absolument pas besoin, les sayanim sont là pour faire le travail. Il y a des Français hauts placés qui travaillent pour l’entité sioniste scélérate depuis 48, la vole de la bombe atomique en est un fameux exemple (cf. vidéo ci-dessous). Sans oublier les Fabius, DSK et autre Valls dont les déclarations pro sionistes ne laissent place à aucun doute.
La démission forcée d’une ministre britannique met en évidence la pénétration des cercles du pouvoir en Europe par les agents d’influence d’Israël.Une ministre du gouvernement britannique était apparemment tellement dévouée à son travail qu’elle a passé ses « vacances familiales » en Israël à participer à douze rencontres secrètes avec des officiels israéliens, parmi lesquels le Premier ministre Benjamin Netanyahou lui-même.Ces réunions secrètes ont provoqué la chute de Priti Patel. Elle a été contrainte de démissionner de son poste de secrétaire au développement international, responsable du budget de l’aide britannique à l’étranger, après avoir admis que ses actions « sont tombées en dessous des normes de transparence et d’ouverture » attendues d’un ministre britannique.Sa position est devenue intenable lorsque de nouvelles révélations ont montré qu’elle avait tenu deux réunions supplémentaires non enregistrées avec des responsables israéliens à Londres et à New York en septembre, organisées et suivies par un éminent lobbyiste d’Israël.Toutes les réunions auxquelles participent des ministres britanniques sont en effet supposées être répertoriées par les services du gouvernement.Quoique le cabinet de Theresa May, le Premier ministre britannique, ait insisté sur le fait que celle-ci n’était pas au courant de ces réunions jusqu’à ce que la BBC les révèle le 3 novembre 2017, un reportage du journal britannique Jewish Chronicle a suggéré le contraire. Il a affirmé que, bien que ces réunions n’aient pas été préalablement autorisées, les responsables du cabinet de Theresa May en ont eu connaissance presque immédiatement par l’intermédiaire de leurs homologues israéliens.Pendant ses vacances en Israël, Priti Patel a également visité le plateau du Golan, territoire syrien occupé 1 illégalement par Israël depuis 1967. L’armée israélienne l’a accompagnée et a eu l’occasion de lui expliquer en détail son “travail humanitaire”, à savoir un hôpital de campagne qui remet sur pieds les combattants blessés dans le sud de la Syrie, y compris ceux qui appartiennent à al-Qaïda.Mme Patel aurait été si impressionnée qu’elle voulait donner à l’armée israélienne une partie de l’aide interna­tionale de la Grande-Bretagne, alors que le budget de son département est apparemment si serré que, selon le journal The Independent, elle a approuvé l’an dernier des coupures de 17 millions de livres dans l’aide pour les Palestiniens, y compris des projets à Gaza.En d’autres termes, Patel espérait détourner l’aide britannique destinée aux plus malheureux directement au bénéfice de l’une des armées les mieux financées et les mieux équipées du monde, qui reçoit déjà 4 milliards de dollars par an d’aide militaire des États-Unis, et qui a utilise ses moyens financiers gigan­tesques pour mener depuis cinq décennies, en violation de dizaines de résolutions de l’ONU, une occupation belliqueuse des Palestiniens et renforcer son occupation continue du Golan syrien.Et tout cela s’est fait officieusement, dans la plus grande opacité. Usant d’un euphémisme d’anthologie, les médias britanniques ont qualifié tout cela de «violation du protocole ministériel». Le journal The Guardian a caractérisé le comportement de Patel comme un signe de son « incompétence ». Mais est-ce plausible ?Patel était-elle si ignorante des règles en vigueur au sein du gouvernement auquel elle appartenait qu’elle a tenu secrètement des réunions avec des hauts responsables israéliens ? Est-ce la naïveté politique qui l’a conduite à s’aventurer dans le Golan sous les auspices de l’armée israélienne et dans une région d’où Israël s’est ingéré profondément dans la guerre des protagonistes syriens qui fait rage depuis 6 ans à quelques kilomètres ?Et était-ce simplement par l’effet d’une coïncidence que cette excursion inhabituelle de vacances ait eu lieu alors que les analystes ont commencé à lancer des avertissements quant à une nouvelle recrudescence prochaine des hostilités entre Israël et ses voisins du nord, la Syrie et le Liban ?Il vaut la peine de faire le tri parmi les débris pour essayer de comprendre ce qu’elle et Israël ont pu essayer de réaliser.Rencontres avec des officiels israéliensPriti Patel est un membre éminent des “Conservateurs amis d’Israël” (Conservative Friends of Israel – CFI), un groupe de pression pro-Israël auquel appartiennent 80% des membres du parti Conservateur au pouvoir, y compris la plupart des ministres du gouvernement.De même qu’un groupe de députés travaillistes de l’opposition appartenant à “Labor Friends of Israel” (LFI), ils s’activent pour favoriser les intérêts d’Israël au parlement de Londres et dans la politique étrangère britannique.Ces parlementaires sont invités à des voyages “éducatifs” officiels en Israël, où ils ont accès aux dirigeants israéliens et sont traités comme des hôtes de marque pour lesquels Israël met les petits plats dans les grands. L’influence néfaste de ces groupes de pression sur la politique britannique – et la nature secrète de leurs activités – ont été soulignées il y a quelques mois dans une enquête en quatre parties diffusée par Al Jazeera.Dans le volet de l’enquête consacré au parti Conservateur (ci-dessous), un fonctionnaire de l’ambassade israélienne a été filmé en train de comploter avec des responsables du parti pour “démolir” un ministre du gouvernement à l’étranger, Alan Duncan. Celui-ci est considéré comme un des rares soutiens aux Pales­tiniens au sein du parti Conservateur. Cet incident inquiétant a été largement passé sous silence par les dirigeants Conservateurs et les médias britanniques.

L’adhésion de Patel à “Conservative Friends of Israel” (CFI) n’est guère surprenante. Mais son extraor­dinaire niveau d’engagement envers Israël est suggéré par la nature de son choix de destination de “vacances” et par l’interminable série de réunions qu’elle y a tenues. Elles étaient organisés par Stuart Polak, qui l’accompagnait et qui n’est autre que le “président d’honneur” de CFI.

Patel a fait valoir que ces réunions ont porté sur des sujets totalement inoffensifs. Netanyahou aurait donc apparemment pris du temps sur son horaire surchargé – compte tenu notamment de ses efforts frénétiques pour étouffer un scandale de corruption qui pourrait provoquer sa démission et le conduire en prison – pour discuter de «l’expérience de Patel dans une région du Royaume-Uni avec une communauté juive florissante» et  «son évolution politique».

Plus vraisemblablement, les responsables israéliens étaient désireux de parler avec Patel pour des raisons plus pertinentes. Certaines sont plus faciles à identifier que d’autres. De toute évidence, le rôle de Patel était de superviser l’aide de la Grande-Bretagne à l’Autorité palestinienne et aux groupes de défense des droits humains qui observent et dénoncent le bilan effroyable d’Israël dans les territoires occupés.

Patel avait déjà démontré sa volonté de couper l’aide aux Palestiniens. On sait également –  quoique son département ait nié le fait – qu’en octobre de l’année dernière, elle avait également suspendu tempo­raire­ment le versement de 25 millions de livres à la Palestine.

Une source au Foreign Office (ministère britannique des affaires étrangères) a déclaré à la BBC : “Elle a essayé de mettre la main sur le budget de l’AP et nous l’avons repoussée”. Les responsables israéliens espéraient peut-être obtenir plus de concessions de sa part ou la persuader de lier le versement de l’aide britannique à une plus grande soumission des Palestiniens face aux exigences israéliennes.

Netanyahou a en outre mené une campagne agressive pour réduire au silence les groupes israéliens de défense des droits humains et les empêcher de recevoir des financements étrangers, principalement européens. On mesure à quel point il s’agit d’une haute priorité pour le gouvernement israélien au fait que Netanyahu a personnellement demandé au Premier ministre britannique, lors d’une réunion en mai, de mettre fin au prétendu financement britannique d’un groupe de dénonciateurs de l’armée israélienne, “Breaking the Silence”. En fait, le groupe ne reçoit pas d’argent du gouvernement britannique.

Le récit de Patel sur sa rencontre avec le ministre israélien de la police, Gilad Erdan, fait au moins allusion, par inadvertance, à un autre sujet que les deux parties espéraient être d’un intérêt mutuel. Elle a en effet rencontré en secret Erdan une deuxième fois au Parlement en septembre, en contravention avec une décision prise par son ministère. La réunion a été organisée par l’entremise des collaborateurs de sa circons­cription électorale et n’a pas été enregistrée officiellement.

Elle affirme avoir discuté avec Erdan du problème de l’antisémitisme au Royaume-Uni. Mais de son côté il a déclaré sur Twitter qu’ils ont parlé des moyens de “contrer les tentatives de délégitimation d’Israël dans les institutions internationales”.


 

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Le titre complet de Erdan est “ministre de la sécurité publique, des communications (hasbara – ou « propagande ») et des affaires stratégiques”. Il est accusé d’avoir diffamé les critiques israéliens à l’étranger et a mis en place une « unité de stratagèmes sales » (« dirty tricks unit ») pour tenter de détruire le mouvement international BDS, en pleine expansion, qui milite pour un boycott d’Israël. Netanyahou a affirmé que la “délégitimisation” – la critique – d’Israël est la plus grande menace qui pèse sur son pays après une bombe nucléaire iranienne.

Comme l’indique le documentaire d’Al Jazeera, la campagne des stratagèmes “sales” a souvent mis à contribution les responsables des ambassades israéliennes et les alliés d’Israël au sein des partis politiques occidentaux, comme les membres les plus zélés de CFI et de LFI, pour accuser d’antisémitisme ceux qui osent critiquer la politique israélienne.

Depuis que Jeremy Corbyn est devenu le chef du parti travailliste, dans l’opposition, il y a deux ans, les médias britanniques ont été inondés d’histoires d’une supposée poussée antisémite sous sa direction. Pour évaluer la vraisem­blance de ces accusations, il est difficile d’igno­rer le fait que Corbyn est le premier dirigeant d’un grand parti politique britannique à placer les droits des Palestiniens au-dessus du droit d’Israël à continuer impunément l’occupation.

Patel a-t-elle comploté avec Netanyahou et Erdan pour aider Israël à nuire davantage à Corbyn, peut-être en provoquant encore plus d’accusations d’antisé­mitisme dans son parti, alors que les conservateurs n’ont pas de majorité parlementaire et sont dans une crise perma­nente qui pourrait les forcer à organiser des élections que Corbyn est bien placé pour gagner ?

Et, plus cyniquement encore, comme certains de ses collègues l’ont suggéré à la BBC, l’ambitieuse Patel aurait-elle cherché à prouver son dévouement à Israël et à ses riches partisans et lobbyistes au Royaume-Uni, dont Lord Polak, afin de les persuader que l’aider à acquérir un leadership serait pour eux un bon investissement ?

Et si c’est ce à quoi ces réunions étaient, au moins en partie, destinées, Patel a-t-elle assumé cette tâche de sa propre initiative ou au nom des CFI ? Et n’y avait-il vraiment aucune coordination avec la direction du parti Conservateur ?

Fait intéressant, lorsque les réunions ont été révélées, Patel a affirmé que le ministère des affaires étran­gères était pleinement informé. Ce n’est que sous la pression de Boris Johnson, le ministre des Affaires étrangères, et de Theresa Mayqu’elle a commencé à rétropédaler.

Maintenant, il semble démontré que le bureau de May a peut-être aussi été impliqué dans une dissimu­lation. Michael Oren, vice-ministre du cabinet du Premier ministre israélien, aurait informé les hauts responsables du gouvernement britannique de la rencontre de Patel avec Netanyahou le jour-même où elle a eu lieu.

Le Jewish Chronicle a également rapporté que May et Patel ont eu un entretien en septembre à propos de la rencontre de cette dernière avec Netanyahou, peu de temps avant que le Premier ministre britannique ne s’exprime à l’Assemblée générale des Nations Unies. May aurait été d’accord avec Patel sur son « plan d’aide britannique à partager avec les Israéliens ».

Dans ce contexte, que pouvons-nous déduire du voyage de Patel sur le plateau du Golan ?

Israël et la guerre civile en Syrie

L’hôpital de campagne qui a tellement impressionné Patel est plus qu’un exemple d’humanitarisme altruiste de l’armée israélienne. Bien qu’il soit largement rapporté que l’hôpital s’occupe des « Syriens » blessés dans les combats en Syrie, son rôle principal semble être de traiter les combattants étrangers des groupes affiliés à al-Qaïda blessés dans les combats avec les forces gouvernementales syriennes et leur allié libanais, le Hezbollah. Un nombre important de blessés a été transféré dans des hôpitaux en Israël.

Ce fait à peine dissimulé – il a même été documenté par les Nations Unies en 2015 – a provoqué l’indi­gna­tion parmi la population druze syrienne vivant sous l’occupation israélienne dans le Golan, ainsi que les familles druzes en Israël. Il leur semblait que les combattants islamistes étaient en train de se faire rafistoler afin de pouvoir massacrer des Druzes à quelques kilomètres dans le sud de la Syrie.

Durant l’été 2015, cette colère a atteint son paroxysme, et plusieurs ambulances transportant des combat­tants vers des hôpitaux israéliens ont été attaquées par des Druzes, dans le Golan et en Israël. Lors d’une de ces attaques, des hommes masqués ont réussi à arrêter une ambulance et à battre un combattant à mort. En septembre, deux hommes druzes israéliens ont été reconnus coupables d’une autre tentative ratée d’arrêter une ambulance. Ils ont été condamnés à 20 ans de prison.

Mais en fait, les liens d’Israël avec les groupes d’al-Qaïda et l’État islamique (EI ou ISIS) en Syrie vont au-delà de l’aide médicale. L’ONU a rapporté que l’armée israélienne avait été vue transférant des conte­neurs à des groupes d’Al-Qaïda en Syrie. Des rapports crédibles indiquent qu’Israël a également armé et entraîné des combattants d’Al-Qaïda et leur a fourni des cartes et des renseignements. Le fort soupçon est qu’Israël a forgé des liens avec ces extrémistes islamiques pour les aider à s’emparer du Hezbollah et de l’armée syrienne.

Israël a effectué plus de cent frappes aériennes à l’intérieur de la Syrie, toutes contre les forces gouverne­mentales, précisément pour affaiblir l’alliance militaire entre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, et ainsi aider les groupes d’Al-Qaïda. Les extrémistes islamiques ont également reçu une aide de l’Arabie saoudite et du Golfe et moins directement des États-Unis.

Pourquoi un ministre britannique en charge de l’aide humanitaire s’est-il mêlé de tout cela?

Créer une politique gouvernementale « alternative » ?

L’épisode a des parallèles troublants avec les événements de 2011 lorsque Liam Fox, le ministre de la Défense britannique, a démissionné [en 2011] après des tractations obscures avec Israël. Les raisons officielles du départ de Fox étaient qu’il avait rompu le code de conduite ministériel en permettant à un ami proche et lobbyiste, Adam Werritty, d’assister à des réunions de défense en se faisant passer pour un conseiller.

Mais en fait, les liens de Fox avec Werritty étaient encore plus problématiques qu’il ne fut publiquement admis. Craig Murray, un ancien ambassadeur britannique devenu “lanceur d’alerte”, a soutenu que l’histoire officielle de Fox avait été utilisée pour détourner l’attention de violations beaucoup plus sérieuses du protocole gouvernemental.

Fox et Werritty étaient actifs dans un groupe plus que discret appelé “Atlantic Bridge” qui avait des liens étroits avec les néoconservateurs étatsuniens qui étaient profondément ancrés dans l’administration amé­ricaine quand George W. Bush occupait la Maison Blanche. Les néocons ont ouvertement promu une politique agressive destinée à déstabiliser le Moyen-Orient, dans le but de favoriser Israël.

Les néocons ont servi de groupe de pression de longue date pour les attaques contre l’Irak, l’Iran et la Syrie – principalement parce qu’ils étaient considérés comme des remparts contre l’influence hégémonique d’Israël dans la région. En 2003, ils ont réussi à persuader l’administration Bush d’envahir l’Irak, déclen­chant un effondrement meurtrier de l’autorité centrale dans ce pays.

Israël et les néocons essayent depuis lors d’élaborer une attaque complémentaire contre l’Iran, et il y a des preuves accablantes qu’ils ont cherché à saper la Syrie aussi. La plus importante des réunions secrètes de Fox eut lieu en février 2011 lorsque lui et Werritty, soutenus par l’ambassadeur du Royaume-Uni en Israël, Matthew Gould, ont secrètement rencontré des responsables israéliens à Tel Aviv.

Selon Murray, s’appuyant sur ses contacts dans le service diplomatique, les responsables israéliens étaient, en fait, des agents du Mossad. Et le sujet dont ils ont discuté était le rôle possible de la Grande-Bretagne dans la création d’un environnement diplomatique favorable pour qu’Israël ou les États-Unis mènent une attaque contre l’Iran.

Par ailleurs, le journal The Guardian a révélé que le ministère de Fox avait élaboré des plans détaillés d’assistance britannique dans le cas d’une frappe militaire américaine sur l’Iran. Cela incluait de permettre aux Américains d’utiliser Diego Garcia, un territoire britannique dans l’océan Indien, comme base pour lancer une attaque.

Des représentants du gouvernement ont affirmé au Guardian, sous couvert de l’anonymat, que Fox avait poursuivi une politique gouvernementale «alternative». Murray, plus directement, a suggéré que Fox, Werritty et Gould avaient conspiré en faveur d’une politique étrangère de «voyous» envers l’Iran, allant à l’encontre des buts officiellement déclarés de la Grande-Bretagne.

Bien que Fox ait été forcé de démissionner à cause de ses liens avec Werritty, il fut rapidement réhabilité une fois que Theresa May devint Premier ministre. Il a été nommé secrétaire d’État au commerce international l’année dernière.

Assez ironiquement, Patel était en voyage en Afrique avec Fox quand elle a été rappelée au Royaume-Uni à mesure que le scandale s’intensifiait. Sous la pression de Theresa May, elle a démissionné.

Patel a-t-elle poursuivi une politique «alternative» à l’égard d’Israël ou de ses voisins ? Et si oui, quelle était cette politique, et quelqu’un disposant d’une autorité supérieure à la sienne avait-t-il avalisé cette politique ?

Sa participation à des discussions secrètes avec les hauts responsables israéliens a court-circuité le Foreign Office . L’a-t-elle fait parce que des responsables comme Alan Duncan n’étaient pas considérés comme suffisamment bien disposés envers Israël ? La bureaucratie du ministère des Affaires étrangères a souvent été perçue comme ayant des opinions «pro-arabes» qui n’étaient pas sans rapport avec les intérêts occidentaux dans le Golfe et ses abondants gisements de pétrole.

Et comment Theresa May, qui prend toujours avec ferveur la défense d’Israël, s’intègre-t-elle dans ce tableau ?

Compte tenu du secret du gouvernement britannique, il ne sera probablement jamais possible de fournir des réponses définitives. Mais il ne faut pas oublier qu’Israël, ses alliés néoconservateurs toujours puissants à Washington et le régime saoudien, cherchent à annihiler les victoires décisives qu’Assad et ses alliés ont enregistrées ces derniers mois en reprenant le contrôle de la Syrie.

Cette semaine, Daniel Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, a écrit dans le journal Haaretz que les Saoudiens se mêlaient une fois de plus de la politique intérieure libanaise, forçant le Hezbollah à occuper une place plus importante sur la scène politique, afin de fournier à Israël le prétexte d’une nouvelle confrontation avec la milice libanaise, provoquant ainsi une nouvelle guerre entre Israël, le Liban et la Syrie.

Selon ses propres termes, “Israël et l’Arabie Saoudite sont pleinement alignés dans cette lutte régionale, et les Saoudiens ne peuvent s’empêcher d’être impressionnés par la détermination croissante d’Israël de contrer par la force les menaces iraniennes en Syrie… Quand le moment de vérité arrivera, les alliés d’Israël, les États-Unis en tête, devraient pleinement le soutenir”.

Quand le moment viendra, Israël, comme toujours, pourra compter sur des amis bien placés dans les capitales occidentales pour soutenir et présenter, quoi qu’il arrive, son action sous un jour favorable. Jusqu’à sa démission, Priti Patel aurait sans aucun doute été l’un de ces champions d’Israël, toujours prêts à lui prêter main forte en cas de besoin.

L’original de cet article de Jonathan Cook a été publié par Mondoweiss sous le titre UK minister forced to resign over secret Israel meetings as questions continue to swirl.

Jonathan Cook
Traduction : Luc Delval


Source: Pour la Palestine


(1) Israël a annexé unilatéralement le Golan en 1981. Cette annexion n’est reconnue par aucun État au monde. – NDLR


 

Les traducteurs de Trump, par Pierre Dortiguier


lelibrepenseur.org

Chroniques-Dortiguier

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Les traducteurs de Trump


Dans un temps où la grammaire s’effondre, comme tous les arts libéraux enseignés depuis le dénommé Moyen Age à la Sorbonne avant que celle-ci ne devienne la nef des fous de Cohn-Bendit, où le verbe lui-même est une notion trop difficile pour une jeunesse enivrée d’images, et où la dialectique est un mot grec devenu tout aussi obscur que la métaphysique ou la logique, faire du thème ou traduire une version est devenu ardu. C’est pourtant ce à quoi se livrent les esprits forts de la contestation politique : ainsi le discours de Trump sur la célébration de l’entrée des Russes dans le camp d’Auschwitz, ancien duché qui figure dans les titres de l’Empereur d’Autriche, a-t-il été analysé à la loupe et traduit en langage démocratique. On y a remarqué une absence du mot juif, ce qui a déclenché une vague de terreur, comme si le monstre sortait des flots, alors qu’aucun président de la République américaine, à notre connaissance, n’a annoncé son bonheur d’être grand-père avec autant de flamme que devant l’AIPAC dont il est inutile de préciser la finalité.

On remarquera que cette même AIPAC a comme directeur celui qui, à Chicago, dirigea la campagne d’Obama, et que le secrétaire d’État et archimillionnaire président d’une société pétrolière, que chacun connaît, nommé par Trump, a financé avec le Round Table des patrons US la campagne d’Obama.

Mais à lire des gens précipités, surtout en ce pays de France où il faut montrer à tout instant sa carte d’identité intellectuelle et prouver son intelligence, – ce qui est la jalousie entre égalitaires – Trump cache son jeu, il annonce le leitmotiv d’une révolution des esprits et des fortunes, un accomplissement de la doctrine de Charles Lindbergh dont le fils fut enlevé et assassiné par représailles : America first, l’Amérique d’abord, tout comme le slogan France d’abord avait fleuri à la fin du 19e siècle.


L’élection américaine a vraiment été une manœuvre de séduction démocratique pour duper le peuple qui voulait se débarrasser de l’équipe de Washington.


Il n’y a point à redouter que la progéniture de Trump subisse un enlèvement et une fin si triste et scandaleuse, surtout quand on apprend que ce fut le père du général qui fit la campagne d’Irak et qui forma la gendarmerie iranienne, Schwarzkopf qui mena et sabota l’enquête de l’assassinat du fils de Lindbergh !

Tout ce qui est proposé par Trump est marqué au sceau de la ruse et de la comédie politique : il annonce un mur qui se révélera être trop onéreux et inefficace, non souhaité par les trafiquants de la main d’œuvre latine et les cartels de la drogue, il interdit l’entrée aux Musulmans de plusieurs pays, mais il s’agit pour eux de ne pas dépasser 90 jours, il se fait fort d’introduire le bon sens germanique, mais accuse sa vassale Merkel de vouloir faire de l’Allemagne le maître de l’Europe, se veut patriote US pour tomber dans les bras de la perfide Albion, comme on nommait cette « nation marchande » dont Napoléon dénonçait le danger de prédatrice de l’Asie en 1805 au Roi de Perse Fath-Ali qu’il décora de la légion d’honneur, non sans l’avoir livré aux singeries d’une loge maçonnique parisienne !

Ce sont autant de coups d’épée dans l’eau ! Il en sera de même pour la capitale israélienne à Jérusalem. On nous servira l’aigle à deux têtes ! Une ville et deux autorités l’une et l’autre se découvrant, par des sophismes, une origine, une racine abrahamique ! Mais l’argent sera unique ! Qui vivra verra !

La dernière mesure de Trump de déclarer des zones protégées en Syrie, mesure saluée, outre Erdogan qui se retrouve américanophile, par l’atlantisme politique français, Hollande et les socialistes en tête, démontre que rien ne change, que l’élection américaine a vraiment été une manœuvre de séduction démocratique pour duper le peuple qui voulait se débarrasser de l’équipe de Washington.

Âne démocrate et éléphant républicain sont des symboles, des étiquettes de cage de zoo, en réalité ce sont des reptiles qui fascinent et paralysent l’opinion, non pas en l’immobilisant, mais en lui injectant un venin qui lui donne la danse de Saint Guy, la rend fébrile, idiote ou l’éclate pour parler vulgairement, comme on imagine l’ancien dictateur pakistanais dans la boîte de nuit londonienne, d’après les quelques éclats lumineux visibles sur la toile.

En fait nous entrons dans une confusion accentuée des genres et notre liberté n’est plus qu’un étourdissement perpétuel qui fera que l’on hissera au trône républicain, une Le Pen antiraciste, nationaliste, néocoloniale, « francophone » et anti impériale au sens de nos va-t-en guerre de 1914, bref nous sombrons en chantant sous la vinasse électorale dans une guerre larvée, civile en apparence, en réalité, comme l’écrivait Paul Valéry, l’expression d’une ruine de l’intelligence. C’est cette bêtise qui ouvrira la porte des abattoirs qui se mettent en place, et ce au nom de l’inventrice de la guillotine, la démocratie déesse d’un monde sans divinité, bref une escroquerie sanglante, car toute cette clownerie trumpiste se paiera cher, par le sang des innocents dont ses maîtres financiers et vampires trouvent la terre trop pleine.

Pierre Dortiguier

Le grand coup de Poutine


« Les Américains, embringués dans des alliances totalement contradictoires, sont paralysés et ce diable de Poutine en profite avec délice. Si Moscou soutient les YPG, Washington ne pourra non seulement rien faire, mais même rien critiquer, puisque ces milices kurdes sont ses alliés théoriques. Une fois de plus, Barack à frites verra avec horreur les Russes débaucher ses propres associés. »

Le Blog de la Résistance

« La Russie n’a pas le droit d’être vulnérable » a déclaré Poutine dans son discours à l’Assemblée fédérale : ça dit tout , les Russes ne se laisseront pas faire … Z .

Le grand coup de Poutine

Le maître du Kremlin est-il en train de prendre les Kurdes aux Américains et de commencer à sceller la frontière syrienne contre les Turcs ? Ca en prend visiblement le chemin…

Qu’on l’aime ou pas, il est difficile de ne pas reconnaître en lui un génie stratégique de la veine d’un Richelieu ou d’un Sun Tzu. Selon les préceptes du judo qu’il affectionne tant, Vladimir « abracadabra » Poutine retourne toujours tout à son avantage, ce qui doit finir par être désespérant pour ses adversaires.

La réaction russe au « coup de poignard dans le dos » de la part de Ben Erdogan a déjà étonné par sa rapidité et son ampleur. Ce n’est d’ailleurs…

Voir l’article original 639 mots de plus

Après l’empire Essai sur la décomposition du système américain


 
Auteur : Todd Emmanuel
Ouvrage : Après l’empire Essai sur la décomposition du système américain
Année : 2002

Ouverture
Les États-Unis sont en train de devenir pour le monde
un problème. Nous étions plutôt habitués à voir en eux
une solution. Garants de la liberté politique et de l’ordre
économique durant un demi-siècle, ils apparaissent de
plus en plus comme un facteur de désordre international,
entretenant, là où ils le peuvent, l’incertitude et le conflit
Ils exigent de la planète entière qu’elle reconnaisse que
certains États d’importance secondaire constituent un
« axe du mal », qui doit être combattu et annihilé : l’Irak
de Saddam Hussein, verbeux mais insignifiant en tant
que puissance militaire, la Corée du Nord de Kim Jong-il,
premier (et dernier) communisme à avoir institué une
succession par primogéniture, résidu d’un autre âge voué
il disparaître en l’absence de toute intervention extérieure.
L’Iran, autre cible obsessionnelle, est un pays stratégiquement
important mais clairement engagé dans un processus
d’apaisement intérieur et extérieur. Le gouvernement américain
cependant le stigmatise comme membre de plein
droit de cet axe du mal. Les États-Unis ont provoqué la
Chine en bombardant son ambassade à Belgrade durant
la guerre du Kosovo, en truffant de micros facilement repérables
un Boeing destiné à ses dirigeants. Entre trois
embrassades publiques et deux accords de désarmement

nucléaire, ils ont même provoqué la Russie en patronnant
par l’intermédiaire de Radio Free Europe des émissions
en langue tchétchène, en expédiant en Géorgie des conseillers
militaires, en établissant des bases permanentes dans
l’ex-Asie centrale soviétique, face à l’armée russe. Enfin,
sommet théorique de cette fébrilité militariste : le Pentagone
laisse filtrer des documents envisageant des frappes
nucléaires sur des pays non nucléaires. Le gouvernement de
Washington applique ainsi un modèle stratégique classique
mais inadapté à une nation d’échelle continentale, la « stratégie
du fou », qui recommande d’apparaître à d’éventuels
adversaires comme irresponsable pour mieux les intimider.
Quant à la mise en place d’un bouclier spatial, qui brise
l’équilibre nucléaire et dont le développement ultime permettrait
aux États-Unis de régner sur l’ensemble du monde
par la terreur, elle nous force à nous projeter dans un univers
digne de la science-fiction. Comment s’étonner de l’attitude
nouvelle de méfiance et de peur qui saisit, les uns
après les autres, tous ceux qui établissaient leur politique
extérieure à partir d’un axiome rassurant : l’unique superpuissance
est avant tout responsable ?
Les alliés et clients traditionnels des États-Unis sont
d’autant plus inquiets qu’ils se trouvent proches des zones
désignées par leur leader comme sensibles. La Corée du Sud
rappelle, en toute occasion, qu’elle ne se sent pas menacée
par son voisin archéocommuniste du nord; le Koweït
affirme qu’il n’a plus de contentieux avec l’Irak.
La Russie, la Chine et l’Iran, trois nations dont la priorité
absolue est le développement économique, n’ont plus
qu’une préoccupation stratégique : résister aux provocations
de l’Amérique, ne rien faire ; mieux, en un renversement
qui aurait paru inconcevable il y a dix ans, militer pour
la stabilité et l’ordre du monde.
Les grands alliés des États-Unis sont quant à eux de

plus en plus perplexes, de plus en plus gênés. En Europe,
où seule la France se piquait d’indépendance, nous observons
avec une certaine surprise une Allemagne irritée et
un Royaume-Uni, fidèle des fidèles, carrément inquiet. De
l’autre côté de l’Eurasie, le silence du Japon exprime un
malaise grandissant plutôt qu’une adhésion sans faille.
Les Européens ne comprennent pas pourquoi l’Amérique
se refuse à régler la question israélo-palestinienne,
alors qu’elle en a le pouvoir absolu. Ils commencent à se
demander si Washington n’est pas au fond satisfait qu’un
foyer de tension se perpétue au Proche-Orient et que les
peuples arabes manifestent une hostilité grandissante au
monde occidental.
L’organisation Al Qaida, bande de terroristes malades
et géniaux, a émergé d’une région définie et limitée de
la planète, l’Arabie Saoudite, même si Ben Laden et ses
lieutenants ont recruté quelques transfuges égyptiens et
une poignée de paumés venus des banlieues d’Europe occidentale.
L’Amérique s’efforce pourtant de transformer
Al Qaida en une puissance aussi stable que maléfique, le
« terrorisme », omniprésent — de la Bosnie aux Philippines,
de la Tchétchénie au Pakistan, du Liban au Yémen —, légitimant
ainsi n’importe quelle action punitive n’importe où
et n’importe quand. L’élévation du terrorisme au statut de
force universelle institutionnalise un état de guerre permanent
à l’échelle de la planète : une quatrième guerre mondiale,
selon certains auteurs américains qui n’ont déjà pas
peur du ridicule en considérant la guerre froide comme la
troisième1. Tout se passe comme si les États-Unis recherchaient,
pour une raison obscure, le maintien d’un certain
niveau de tension internationale, une situation de guerre
limitée mais endémique,


1. Norman Podhoretz, « How to win world war IV », Commentary, février
2002, p. 19-28.


Un an seulement après le 11 septembre, une telle perception
de l’Amérique est paradoxale. Car dans les heures
qui avaient suivi l’attentat sur le World Trade Center, nous
avions eu la révélation de la dimension la plus profonde et
la plus sympathique de l’hégémonie américaine : un pouvoir
accepté, dans un monde qui admettait, en très grande majorité,
qu’une organisation capitaliste de la vie économique et
démocratique de la vie politique étaient seules raisonnables
et possibles. On avait alors vu clairement que la force principale
de l’Amérique était sa légitimité. La solidarité des
nations du monde avait été immédiate; toutes avaient
condamné l’attentat. Des alliés européens était venu un
désir actif de solidarité, s’exprimant dans l’engagement de
l’Otan. La Russie avait quant à elle saisi l’occasion de montrer
qu’elle désirait par-dessus tout de bonnes relations avec
l’Ouest. C’est elle qui a fourni à l’Alliance du Nord afghane
les armements dont elle avait besoin et ouvert aux forces
armées des États-Unis l’espace stratégique indispensable
en Asie centrale. Sans la participation active de la Russie,
l’offensive américaine en Afghanistan aurait été impossible.
L’attentat du 11 septembre a fasciné les psychiatres : la
révélation d’une fragilité de l’Amérique avait un peu partout
déstabilisé, non seulement les adultes, mais aussi leurs
enfants. Une véritable crise psychique avait alors mis à nu
l’architecture mentale de la planète, dont l’Amérique,
unique mais légitime superpuissance, constituait comme
une clef de voûte inconsciente. Pro- et antiaméricains
étaient comme des enfants, privés de l’autorité dont ils
avaient besoin, soit pour s’y soumettre, soit pour la combattre.
Bref, l’attentat du 11 septembre avait révélé le caractère
volontaire de notre servitude. La théorie du soft power
de Joseph Nye était magnifiquement vérifiée : l’Amérique
ne régnait pas seulement ou même principalement par les

armes mais par le prestige de ses valeurs, de ses institutions
et de sa culture.
Trois mois plus tard, le monde semblait revenu à son
équilibre normal. L’Amérique avait vaincu, redevenue,
par la force de quelques bombardements, toute-puissante.
Les vassaux croyaient pouvoir retourner à leurs affaires,
pour l’essentiel économiques et intérieures. Les contestataires
s’apprêtaient à reprendre, là où ils l’avaient laissée,
leur dénonciation éternelle et incantatoire de l’empire
américain.
On s’attendait quand même à ce que la blessure du
11 septembre — assez relative si l’on pense à ce que furent
les expériences européenne, russe, japonaise, chinoise ou
palestinienne de la guerre — rapproche l’Amérique du lot
commun de l’humanité, la rende plus sensible aux problèmes
des pauvres et des faibles. Le monde fit un rêve : la
reconnaissance par toutes les nations, ou presque toutes,
de la légitimité du pouvoir des États-Unis allait conduire à
l’émergence d’un véritable empire du bien, les dominés
planétaires acceptant un pouvoir central, les dominants
américains se soumettant à l’idée de justice.
C’est alors que le comportement international des États-
Unis commença d’entraîner un changement de perception.
On vit réémerger, tout au long de l’année 2002, la tendance
à l’unilatéralisme déjà manifeste dans la deuxième moitié
des années 90, avec les refus par Washington, en décembre
1997, du traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel,
en juillet 1998, de l’accord instituant une Cour pénale
internationale. L’histoire sembla reprendre son cours antérieur
avec le refus par les États-Unis du protocole de Kyoto
sur les émissions de gaz carbonique.
La lutte contre Al Qaida, qui aurait pu institutionnaliser
la légitimité des États-Unis si elle avait été menée modestement
et raisonnablement, a mis en évidence une irresponsabilité

démultipliée. L’image d’une Amérique narcissique,
agitée et agressive a remplacé, en quelques mois, celle de
la nation blessée, sympathique et indispensable à notre
équilibre. Nous en sommes là. Mais où en sommes-nous
vraiment ?
Car le plus inquiétant dans la situation actuelle est au
fond l’absence d’un modèle explicatif satisfaisant du comportement
américain. Pourquoi la « superpuissance solitaire
» n’est-elle plus, conformément à la tradition établie au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fondamentalement
débonnaire et raisonnable ? Pourquoi est-elle si active
et déstabilisatrice? Parce qu’elle est toute-puissante? Ou
au contraire, parce qu’elle sent lui échapper le monde qui
est en train de naître ?
Avant de procéder à l’élaboration d’un modèle explicatif
rigoureux du comportement international des États-Unis,
nous devons nous débarrasser de l’image standardisée d’une
Amérique dont le seul problème serait l’excès de puissance.
Les antiaméricains professionnels ne nous seront donc
d’aucune utilité, mais les penseurs de l’establishment seront
des guides très sûrs.

Retour à la problématique du déclin

Les antiaméricains structurels proposent leur réponse
habituelle : l’Amérique est mauvaise par nature, incarnation
étatique de la malfaisance du système capitaliste. C’est
aujourd’hui un grand moment pour ces antiaméricains de
toujours, qu’ils soient ou non admirateurs de petits despotes
locaux comme Fidel Castro, qu’ils aient ou non compris
l’échec sans appel de l’économie dirigée. Car ils peuvent
enfin évoquer sans sourire une contribution négative des
États-Unis à l’équilibre et au bonheur de la planète. Ne

nous y trompons pas, le rapport au réel et au temps de
ces antiaméricains structurels est celui des horloges arrêtées
qui sont quand même à l’heure deux fois par jour. Les
plus typiques d’entre eux sont d’ailleurs américains. Lisez
les textes de Noam Chomsky : vous n’y trouverez aucune
conscience de l’évolution du monde. Après comme avant
l’effondrement de la menace soviétique, l’Amérique est la
même, militariste, oppressive, faussement libérale, en Irak
aujourd’hui comme au Vietnam il y a un quart de siècle1.
Mais l’Amérique selon Chomsky n’est pas seulement mauvaise,
elle est toute-puissante.
Dans un genre plus culturel et plus moderne, nous pouvons
évoquer le Jihad vs. Mc World de Benjamin Barber,
qui nous trace le tableau d’un monde ravagé par l’affrontement
entre une méprisable infraculture américaine et de
non moins insupportables tribalismes résiduels2. Mais la victoire
annoncée de l’américanisation suggère que Benjamin
Barber demeure, au-delà de sa posture critique, et sans en
être pleinement conscient, un nationaliste américain. Lui
aussi surestime la puissance de son pays.
Dans le même registre de la surestimation nous trouvons
la notion d’hyperpuissance américaine. Quel que soit le respect
que peut inspirer la politique extérieure menée par
Hubert Védrine lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères,
nous devons admettre que ce concept, qu’il affectionne,
aveugle les analystes plus qu’il ne les éclaire.
Ces représentations ne nous aident pas à comprendre la
situation actuelle. Elles présupposent une Amérique exagérée,
dans la dimension du mal parfois, dans celle de la puissance
toujours. Elles nous interdisent de percer le mystère


1. Par exemple, Noam Chomsky, Rogue States. The Rule of Force in World
A f f a i r s , Pluto Press, Londres, 2000.
2. Benjamin R. Barber, Jihad vs. Mc World. How Globalism and Tribalism
are reshaping the World, Ballantine Books, New York, 1995,


de la politique étrangère américaine parce que la solution
doit être recherchée du côté de la faiblesse et non de la puissance.
Une trajectoire stratégique erratique et agressive,
bref la démarche d’ivrogne de la « superpuissance solitaire
», ne peut être expliquée de façon satisfaisante que par
la mise à nu de contradictions non résolues ou insolubles, et
des sentiments d’insuffisance et de peur qui en découlent.
La lecture des analyses produites par l’establishment
américain est plus éclairante. Au-delà de toutes leurs divergences,
nous trouvons, chez Paul Kennedy, Samuel Huntington,
Zbigniew Brzezinski, Henry Kissinger ou Robert
Gilpin, la même vision mesurée d’une Amérique qui, loin
d’être invincible, doit gérer l’Inexorable réduction de sa
puissance relative dans un monde de plus en plus peuplé et
développé. Les analyses de la puissance américaine sont
diverses : économique chez Kennedy ou Gilpin, culturelle
et religieuse chez Huntington, diplomatique et militaire
chez Brzezinski ou Kissinger. Mais toujours nous sommes
confrontés à une représentation inquiète de la force des
États-Unis, dont le pouvoir sur le monde apparaît fragile et
menacé.
Kissinger, au-delà de sa fidélité aux principes du réalisme
stratégique et de l’admiration qu’il porte à sa propre intelligence,
manque ces jours-ci d’une vision d’ensemble. Son
dernier ouvrage, Does America need a Foreign Policy ?,
n’est guère qu’un catalogue de difficultés locales1. Mais
nous trouvons dans The Rise and Fall of Great Powers, de
Paul Kennedy, ouvrage déjà ancien puisqu’il date de 1988,
la représentation très utile d’un système américain menacé
d’impérial overstretch, dont la surextension diplomatique et
militaire découle classiquement d’une chute de puissance


1. Henry Kissinger, Does America need a Foreign Policy? Toward a
Diplomacy for the 21 st Century, Simon artd Schuster, New York, 2001.


économique relative1. Samuel Huntington a fait paraître, en
1996, The Clash of Civilizations and the Remaking of World
Order, version longue d’un article publié en 1993 dans la
revue Foreign Affairs, dont la tonalité est franchement
dépressive2. On a souvent l’impression en lisant son livre de
parcourir un pastiche stratégique du Déclin de l’Occident de
Spengler. Huntington va jusqu’à contester l’universalisation
de la langue anglaise et recommande un repli modeste des
États-Unis sur l’alliance ouest-européenne, bloc catholico-protestant,
rejetant les « orthodoxes » est-européens et
abandonnant à leur destin ces deux autres piliers du système
stratégique américain que sont le Japon et Israël,
frappés du sceau de l’altérité culturelle.
La vision de Robert Gilpin combine considérations économiques
et culturelles; elle est très universitaire, très
prudente, très intelligente. Parce qu’il croit en la persistance
de l’Etat-nation Gilpin perçoit, dans sa Global Political
Economy, les faiblesses virtuelles du système économique
et financier américain, avec cette menace fondamentale
d’une « régionalisation » de la planète : si l’Europe et le
Japon organisent chacun de leur côté leurs zones d’influence,
ils rendront inutiles l’existence d’un centre américain
du monde, avec toutes les difficultés qu’impliquerait,
dans une telle configuration, la redéfinition du rôle économique
des États-Unis3.
Mais c’est Brzezinski qui, en 1997, dans The Grand
Chessboard, s’est montré le plus clairvoyant, malgré son


1. Paul Kennedy, The Rise and Fall of Great Powers, Economie Change
mut Military Conflict frorn 1500 to 2000, Fontana Press, Londres, 1989; première
édition 1988.
2. Samuel P. Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of
World Order,Touchstone Books, Londres, 1998; première édition américaine
1996.
3. Robert Gilpin, Global Political Economy. Understanding the International
Economic Order, Princeton University Press, 2001.


manque d’intérêt pour les questions économiques1. Pour
bien saisir sa représentation des choses, il faut faire tourner
devant soi un globe terrestre et prendre conscience de l’extraordinaire
isolement géographique des États-Unis : le
centre politique du monde est en réalité loin du monde.
On accuse souvent Brzezinski d’être un impérialiste simplet,
arrogant et brutal. Ses recommandations stratégiques
peuvent certes faire sourire, et en particulier lorsqu’il
désigne l’Ukraine et l’Ouzbékistan comme objets nécessaires
des attentions de l’Amérique. Mais sa représentation
d’une population et d’une économie mondiales concentrées
en Eurasie, une Eurasie réunifiée par l’effondrement du
communisme et oubliant les États-Unis, isolés dans leur
nouveau monde, est quelque chose de fondamental, une
intuition fulgurante de la véritable menace qui plane sur le
système américain.

Le paradoxe de Fukuyama :
du triomphe à l’inutilité de l’Amérique

Si nous voulons comprendre l’inquiétude qui ronge
l’establishment américain, nous devons aussi réfléchir
sérieusement aux implications stratégiques pour les États-
Unis eux-mêmes de l’hypothèse d’une fin de l’histoire proposée
par Francis Fukuyama. Datant des années 1989-1992,
cette théorie a amusé les intellectuels parisiens, étonnés
par l’usage simplifié mais hautement consommable que
Fukuyama fait de Hegel. L’histoire aurait un sens et son
point d’aboutissement serait l’universalisation de la démocratie


1. Zbigniew Brzezinski, The Grand Chessboard. American Primacy and its
Geostrategic Imperatives, Basic Books, New York, 1997.
2. Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man, Penguin
Books, Londres, 1992 (traduction française : La fin de l’histoire et le dernier
homme, Flammarion, 1992).


libérale. L’effondrement du communisme ne serait
qu’une étape dans cette marche de la liberté humaine, succédant
à cette autre étape importante que fut la chute des
dictatures de l’Europe du Sud : au Portugal, en Espagne ou
en Grèce. L’émergence de la démocratie en Turquie s’inscrit
dans ce mouvement, ainsi que la consolidation des démocraties
latino-américaines. Proposé au moment même de
l’effondrement du système soviétique, ce modèle de l’histoire
humaine a dans l’ensemble été reçu en France comme
un exemple typique de naïveté et d’optimisme américains.
Pour qui se souvient du Hegel réel, soumis à la Prusse, respectueux
de l’autoritarisme luthérien, vénérant l’État, cette
représentation en démocrate individualiste peut égayer.
C’est bien un Hegel adouci par les studios Disney que nous
a proposé Fukuyama. Et puis, Hegel s’intéressait à la
marche de l’esprit dans l’histoire mais Fukuyama, lui, même
quand il évoque l’éducation, privilégie toujours le facteur
économique et semble souvent plus proche de Marx,
annonciateur d’une tout autre fin de l’histoire1. Le caractère
secondaire du développement éducatif et culturel dans son
modèle font de Fukuyama un hégélien bien étrange, certainement
contaminé par l’économisme délirant de la vie
intellectuelle américaine.
Ces réserves faites, on doit cependant reconnaître à
Fukuyama un coup d’oeil empirique très vif et pertinent sur
l’histoire qui se fait. Observer, dès 1989, que l’universalisation
de la démocratie libérale devenait une possibilité
méritant examen était en soi une belle performance. Les
intellectuels européens, moins sensibles au mouvement
de l’histoire, allaient quant à eux concentrer leurs facultés
d’analyse sur le procès du communisme, c’est-à-dire sur le
passé. Fukuyama a eu le mérite de spéculer sur l’avenir :


1. Ibid., p. 116 :l’éducation apparaît comme une conséquence de la société
industrielle,


c’est plus difficile mais plus utile. Je pense pour ma part que
la vision de Fukuyama contient une part importante de
vérité mais qu’elle ne perçoit pas dans toute son ampleur
éducative et démographique la stabilisation de la planète.
Laissons pour l’instant de côté le problème de la validité
de l’hypothèse de Fukuyama sur la démocratisation du
monde, et concentrons-nous sur ses implications à moyen
terme pour les États-Unis.
Fukuyama intègre à son modèle la loi de Michael Doyle
concluant à l’impossibilité de la guerre entre démocraties
libérales, qui date du début des années 80, inspirée de Kant
plutôt que de Hegel ‘. Avec Doyle nous sommes confrontés
à un deuxième cas d’empirisme anglo-saxon, naïf en apparence
mais productif en pratique. Que la guerre soit impossible
entre démocraties se vérifie par l’examen de l’histoire
concrète qui prouve que, si les démocraties libérales
n’échappent pas à la guerre avec des systèmes adverses,
elles ne se combattent jamais entre elles,
La démocratie libérale moderne penche vers la paix en
toutes circonstances. On ne peut guère reprocher aux
démocraties française et britannique des années 1933-1939
leur bellicisme ; on ne peut que constater, avec regret,
l’isolationnisme de la démocratie américaine jusqu’à Pearl
Harbor, Sans nier une poussée nationaliste en France et
en Grande-Bretagne avant 1914, on doit admettre que ce
sont l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, où le gouvernement
n’était, en pratique, pas responsable devant le Parlement,
qui ont entraîné l’Europe dans la Première Guerre
mondiale.
Le simple bon sens suggère qu’un peuple de niveau
d’éducation élevé et de niveau de vie satisfaisant aura du


1. Michael Doyle, « Kant, libéral legacies and foreign policy », Philosophy
and Public Affairs, I et II, 1983 (12), p. 205-235 et 323-353.


mal à produire une majorité parlementaire élue capable de
déclarer une guerre majeure. Deux peuples semblablement
organisés trouveront inévitablement une solution pacifique
à leur différend. Mais la clique incontrôlée qui dirige, par
définition, un système non démocratique et non libéral, a
beaucoup plus de latitude d’action pour décider d’ouvrir
des hostilités, contre le désir de paix qui habite généralement
la majorité des hommes ordinaires.
Si nous ajoutons à l’universalisation de la démocratie
libérale (Fukuyama) l’impossibilité de la guerre entre les
démocraties (Doyle), nous obtenons une planète installée
dans la paix perpétuelle.
Un cynique de la vieille tradition européenne sourira,
évoquant l’immuable et éternelle capacité de l’homme à
faire le mal et la guerre. Mais, sans nous arrêter à cette
objection, continuons le raisonnement : cherchons les implications
d’un tel modèle pour l’Amérique. Sa spécialisation
planétaire est devenue, par le jeu de l’histoire, la défense
d’un principe démocratique perçu comme menacé : par le
nazisme allemand, par le militarisme japonais, par les communismes
russe ou chinois. La Seconde Guerre mondiale
puis la guerre froide ont, pour ainsi dire, institutionnalisé
cette fonction historique de l’Amérique. Mais si la démocratie
triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe
terminal que les États-Unis deviennent, en tant que puissance
militaire, inutiles au monde et vont devoir se résigner
à n’être qu’une démocratie parmi les autres.
Cette inutilité de l’Amérique est l’une des deux angoisses
fondamentales de Washington, et l’une des clefs qui permettent
de comprendre la politique étrangère des États-
Unis. La formalisation de cette peur nouvelle par les chefs
de la diplomatie américaine a pris le plus souvent, comme il
est fréquent, la forme d’une affirmation inverse : en février

1998, Madeleine Albright, secrétaire d’État de Clinton,
alors qu’elle tentait de justifier un tir de missiles sur l’Irak,
a défini les États-Unis comme la nation indispensable1. Ainsi
que l’avait bien vu Sacha Guitry, le contraire de la vérité est
déjà très près de la vérité. Si l’on affirme officiellement que
les États-Unis sont indispensables, c’est bien que la question
de leur utilité pour la planète est posée. Les dirigeants
laissent ainsi filtrer, par des quasi-lapsus, l’inquiétude des
analystes stratégiques. Madeleine Albright exprimait sous
forme de dénégation la doctrine Brzezinski qui perçoit la
situation excentrée, isolée, des États-Unis, loin de cette
Eurasie si peuplée, si industrieuse où risque de se concentrer
l’histoire d’un monde apaisé.
Au fond, Brzezinski accepte la menace implicite du paradoxe
de Fukuyama et propose une technique diplomatique
et militaire pour garder le contrôle de l’Ancien Monde.
Huntington est moins beau joueur : il n’accepte pas l’uni –
versalisme sympathique du modèle de Fukuyama et refuse
d’envisager l’éventualité que les valeurs démocratiques et
libérales s’étendent à toute la planète. Il se réfugie dans une
catégorisation religieuse et ethnique des peuples, dont la
plupart seraient inaptes, par nature, à l’idéal « occidental ».
A ce stade de la réflexion nous n’avons pas à choisir entre
les diverses possibilités historiques : la démocratie libérale
est-elle généralisable? Si oui, apporte-t-elle la paix? Mais
nous devons comprendre que Brzezinski et Huntington
répondent à Fukuyama, et que l’éventualité d’une marginalisation
des États-Unis, paradoxale alors que le monde
entier s’inquiète de leur omnipotence, hante les élites américaines.
Bien loin d’être tentée par un retour à l’isolationnisme,
l’Amérique a peur de l’isolement, de se retrouver
seule dans un monde qui n’aurait plus besoin d’elle. Mais


1. «If wehave to use force, it is because we are America. We are the indispensable
nation. We stand tall. We see farther into the future. »


pourquoi a-t-elle maintenant peur d’une distance au monde
qui fut sa raison d’être, de la Déclaration d’indépendance
en 1776 à Pearl Harbor en 1941 ?

De l’autonomie à la dépendance économique

Cette peur de devenir inutiles, et de l’isolement qui pourrait
en résulter, est pour les États-Unis plus qu’un phénomène
nouveau : une véritable inversion de leur posture historique.
La séparation d’avec un Ancien Monde corrompu
fut l’un des mythes fondateurs de l’Amérique, peut-être
le principal. Terre de liberté, d’abondance et de perfectionnement
moral, les États-Unis d’Amérique choisirent de se
développer indépendamment de l’Europe, sans se mêler
aux conflits dégradants des nations cyniques du Vieux
Continent.
L’isolement du XIXe siècle n’était en réalité que diplomatique
et militaire, puisque la croissance économique des
États-Unis put se nourrir de deux flux continus et indispensables
venus d’Europe, l’un en capital, l’autre en travail.
Investissements européens et immigration d’une maind’oeuvre
à taux d’alphabétisation élevé ont été les véritables
ressorts économiques de l’expérience américaine. Reste
qu’à la fin du XIXc siècle, l’Amérique disposait de l’économie
non seulement la plus puissante de la planète, mais
aussi la plus autosuffisante, massivement productrice de
matières premières et largement excédentaire sur le plan
commercial.
Au début du XXe siècle, les États-Unis n’ont plus besoin
du monde. Si l’on tient compte de leur puissance effective,
leurs premières interventions en Asie et en Amérique latine
restèrent alors bien modestes. Mais, ainsi qu’il apparut dès

1» Première Guerre mondiale, la planète avait besoin d’eux.

Les États-Unis résistèrent peu à l’appel, jusqu’en 1917 très
exactement. Puis ils optèrent à nouveau pour l’isolement en
refusant de ratifier le traité de Versailles. Il fallut attendre
Pearl Harbor et la déclaration de guerre de l’Allemagne
à l’Amérique pour que les États-Unis prennent enfin dans
le monde, à l’initiative, si l’on peut dire, du Japon et de
l’Allemagne, la place qui correspondait à leur puissance
économique.
En 1945, le produit national brut américain représentait
plus de la moitié du produit brut mondial et l’effet de domination
fut mécanique, immédiat. Certes, le communisme
couvrait, vers 1950, le coeur de l’Eurasie, de l’Allemagne de
l’Est à la Corée du Nord. Mais l’Amérique, puissance navale
et aérienne, contrôlait stratégiquement le reste de la planète
avec la bénédiction d’une multitude d’alliés et de clients
dont la priorité était la lutte contre le système soviétique.
C’est avec l’accord d’une bonne partie du monde que s’installa
l’hégémonie américaine, malgré le soutien apporté au
communisme par de nombreux intellectuels, ouvriers et
paysans ici ou là.
Nous devons admettre, si nous voulons comprendre la
suite des événements, que cette hégémonie fut durant plusieurs
décennies bénéfique. Sans cette reconnaissance du
caractère généralement bienfaisant de la domination américaine
des années 1950-1990, nous ne pouvons pas saisir
l’importance du basculement ultérieur des États-Unis de
l’utilité dans l’inutilité ; et les difficultés qui découlent, pour
eux comme pour nous, d’une telle inversion.
L’hégémonie des années 1950-1990 sur la partie non
communisée de fa planète a presque mérité le nom d’empire.
Ses ressources économiques, militaires et idéologiques
ont alors donné, un temps, à l’Amérique toutes les dimensions
de la puissance impériale. La prédominance des principes
économiques libéraux dans la sphère politiquement et

militairement dirigée de Washington a fini par transformer
le monde — c’est ce que l’on appelle la globalisation. Elle
a aussi affecté dans la durée, mais en profondeur, la structure
interne de la nation dominante, affaiblissant son économie
et déformant sa société. Le processus a d’abord
été lent, progressif. Sans que les acteurs de l’histoire s’en
soient bien rendu compte, une relation de dépendance
s’est établie entre les Etats-Unis et leur sphère de prééminence.
Un déficit commercial américain est apparu,
dès le début des années 70, élément structurel de l’économie
mondiale.
L’effondrement du communisme a entraîné une dramatique
accélération du processus de mise en dépendance.
Entre 1990 et 2000, le déficit commercial américain est
passé de 100 à 450 milliards de dollars. Pour équilibrer ses
comptes extérieurs, l’Amérique a besoin d’un flux de capitaux
extérieurs de volume équivalent. En ce début de troisième
millénaire, les États-Unis ne peuvent plus vivre de
leur seule production. Au moment même où le monde, en
cours de stabilisation éducative, démographique et démocratique,
est sur le point de découvrir qu’il peut se passer de
l’Amérique, l’Amérique s’aperçoit qu’elle ne peut plus se
passer du monde.
Le débat sur la « mondialisation » est partiellement
déconnecté de la réalité parce qu’on accepte trop souvent
la représentation orthodoxe d’échanges commerciaux et
financiers symétrisés, homogènes, dans lesquels aucune
nation n’occupe de place particulière. Les notions abstraites
de travail, de profit, de liberté de circulation du capital masquent
un élément fondamental : le rôle spécifique de la plus
importante des nations dans la nouvelle organisation du
monde économique. Si l’Amérique a beaucoup décliné sous
le rapport de la puissance économique relative, elle a réussi
à augmenter massivement sa capacité de prélèvement sur

l’économie mondiale : elle est devenue objectivement prédatrice.
Une telle situation doit-elle être interprétée comme
un signe de puissance ou de faiblesse? Ce qui est sûr, c’est
que l’Amérique va devoir lutter, politiquement, militairement,
pour maintenir une hégémonie désormais indispensable
à son niveau de vie.
Cette inversion du rapport de dépendance économique
est le deuxième facteur lourd, qui, combiné au premier, la
multiplication des démocraties, permet d’expliquer l’étrangeté
de la situation mondiale, le comportement bizarre des
États-Unis et le désarroi de la planète. Comment gérer une
superpuissance économiquement dépendante mais politiquement
inutile ?
Nous pourrions arrêter ici l’élaboration de ce modèle
inquiétant, et nous rassurer en nous rappelant qu’après tout
l’Amérique est une démocratie, que les démocraties ne se
font pas la guerre, et que, par conséquent, les États-Unis ne
peuvent devenir dangereux pour le monde, agressifs et fauteurs
de guerre. À travers essais et erreurs, le gouvernement
de Washington trouvera finalement les voies de la réadaptation
économique et politique à ce monde nouveau.
Pourquoi pas? Mais nous devons aussi être conscients que
la crise des démocraties avancées, de plus en plus visible, de
plus en plus préoccupante, surtout en Amérique, ne nous
permet plus de considérer les États-Unis comme pacifiques
par nature.
L’histoire ne s’arrête pas : l’émergence planétaire de la
démocratie ne doit pas en effet nous faire oublier que les
démocraties les plus anciennes — les États-Unis, la Grande-
Bretagne, la France notamment — continuent d’évoluer.
Tout indique, actuellement, qu’elles se transforment progressivement
en systèmes oligarchiques. Le concept d’inversion,
utile pour comprendre le rapport économique des
États-Unis à la planète, l’est également pour analyser le

dynamisme démocratique dans le monde. La démocratie
progresse là où elle était faible, mais régresse là où elle était
forte.

La dégénérescence de la démocratie américaine
et la guerre comme possible

La force de Fukuyama est d’avoir très vite identifié un
processus de stabilisation du monde non occidental. Mais sa
perception des sociétés, on l’a vu, reste influencée par l’économisme
; il ne fait pas du facteur éducatif le moteur central
de l’histoire et s’intéresse peu à la démographie. Fukuyama
ne voit pas que l’alphabétisation de masse est la variable
indépendante, explicative, au coeur de la poussée démocratique
et individualiste qu’il décèle. De là vient son erreur
majeure : déduire une fin de l’histoire de la généralisation
de la démocratie libérale. Une telle conclusion présuppose
que cette forme politique est stable sinon parfaite, et que
son histoire s’arrête une fois qu’elle est réalisée. Mais si la
démocratie n’est que la superstructure politique d’une
étape culturelle, l’instruction primaire, la continuation de la
poussée éducative, avec le développement des enseignements
secondaire et supérieur, ne peut que la déstabiliser là
où elle était apparue en premier, au moment même où elle
s’affirme dans les pays qui atteignent seulement le stade
de l’alphabétisation de masse1.
Éducation secondaire et surtout supérieure réintroduisent
dans l’organisation mentale et idéologique des
sociétés développées la notion d’inégalité. Les « éduqués
supérieurs », après un temps d’hésitation et de fausse


I. Sur le détail de ce mécanisme voir mon livre, L’illusion économique,
Gallimard, 1998, nouvelle édition « Folio », chap. 5.


conscience, finissent par se croire réellement supérieurs.
Dans les pays avancés émerge une nouvelle classe, pesant,
en simplifiant, 20 % de la structure sociale sur le plan numérique,
et 50 % sur le plan monétaire. Cette nouvelle classe a
de plus en plus de mal à supporter la contrainte du suffrage
universel.
La poussée de l’alphabétisation nous avait fait vivre
dans le monde de Tocqueville, pour qui la marche de la
démocratie était « providentielle », presque l’effet d’une
volonté divine. La poussée de l’éducation supérieure nous
fait aujourd’hui vivre une autre marche « providentielle »,
et calamiteuse : vers l’oligarchie. C’est un surprenant retour
au monde d’Aristote, dans lequel l’oligarchie pouvait succéder
à la démocratie.
Au moment même où la démocratie commence de s’implanter
en Eurasie, elle s’étiole donc en son heu de naissance
: la société américaine se transforme en un système de
domination fondamentalement inégalitaire, phénomène
parfaitement conceptualisé par Michael Lind dans The Next
American Nation1. On trouve en particulier dans ce livre la
première description systématique de la nouvelle classe
dirigeante américaine postdémocratique, the overclass.
Ne soyons pas jaloux. La France est presque aussi avancée
que les États-Unis dans cette voie. Curieuses « démocraties
» que ces systèmes politiques au sein desquels s’affrontent
élitisme et populisme, où subsiste le suffrage
universel, mais dans lequel les élites de droite et de gauche
sont d’accord pour interdire toute réorientation de la politique
économique qui conduirait à une réduction des inégalités.
Univers de plus en plus loufoque dans lequel le jeu
électoral doit aboutir, au terme d’un titanesque affrontement


1. Michael Lind, The Next American Nation. The New Nationalism and the
Fourth American Revolution, The Free Press, New York,


 médiatique, au statu quo. La bonne entente au sein
des élites, reflet de l’existence d’une vulgate supérieure,
interdit que le système politique apparent se désintègre,
même lorsque le suffrage universel suggérerait la possibilité
d’une crise. George W. Bush est choisi comme président des
États-Unis, au terme d’un processus opaque qui ne permet
pas d’affirmer qu’il l’a emporté au sens arithmétique. Mais
l’autre grande république « historique », la France, s’offre,
peu de temps après, le cas contraire, et donc fort proche
dans la logique de Sacha Guitry, d’un président élu avec
82 % des suffrages. Le presque unanimisme français résulte
d’un autre mécanisme sociologique et politique de verrouillage
des aspirations venues des 20 % d’en bas par les 20 %
d’en haut, qui pour l’instant contrôlent idéologiquement les
60 % du milieu. Mais le résultat est le même : le processus
électoral n’a aucune importance pratique ; et le taux d’abstention
s’élève irrésistiblement,
En Grande-Bretagne, les mêmes processus de restratification
culturelle sont à l’oeuvre. Ils furent précocement analysés,
par Michael Young dans The Rise of the Meritocracy,
court essai réellement prophétique puisqu’il date de 19581.
Mais la phase démocratique de l’Angleterre a été tardive et
modérée : le passé aristocratique si proche, toujours incarné
dans la persistance d’accents de classes d’une netteté
extrême, facilite une transition en douceur vers le monde
nouveau de l’oligarchie occidentale. La nouvelle classe
américaine est d’ailleurs vaguement envieuse, ce qu’elle
manifeste par une posture anglophile, nostalgique d’un
passé victorien qui n’est pas le sien2.
Il serait donc inexact et injuste de restreindre la crise de
la démocratie aux seuls États-Unis. La Grande-Bretagne et


1. Michael Young, The Rise of the Meritocracy, Penguin, Harmondsworth,
1961; première édition 1958.
2. Michael Lind,op, cit.,., 145.


la France, les deux vieilles nations libérales associées par
l’histoire à la démocratie américaine, sont engagées dans
des processus de dépérissement oligarchique parallèles.
Mais elles sont, dans le système politique et économique
mondial globalisé, des dominés. Elles doivent donc tenir
compte de l’équilibre de leurs échanges commerciaux.
Leurs trajectoires sociales doivent, à un moment donné,
se séparer de celle des États-Unis. Et je ne pense pas que
l’on pourra parler un jour des « oligarchies occidentales »
comme on parlait autrefois des « démocraties occidentales
».
Mais telle est la deuxième grande inversion qui explique
la difficulté des rapports entre l’Amérique et le monde.
Les progrès planétaires de la démocratie masquent l’affaiblissement
de la démocratie en son lieu de naissance. L’inversion
est mal perçue par les participants au jeu planétaire.
L’Amérique manie toujours fort bien, par habitude
plus que par cynisme, le langage de la liberté et de l’égalité.
Et bien sûr, la démocratisation de la planète est loin d’être
achevée.
Mais ce passage à un stade nouveau, oligarchique, annule
l’application aux États-Unis de la loi de Doyle sur les conséquences
inévitablement apaisantes de la démocratie libérale.
Nous pouvons postuler des comportements agressifs
de la part d’une caste dirigeante ma] contrôlée, et une politique
militaire plus aventureuse. En vérité, si l’hypothèse
d’une Amérique devenue oligarchique nous autorise à restreindre
le domaine de validité de la loi de Doyle, elle
nous permet surtout d’accepter la réalité empirique d’une
Amérique agressive. Nous ne pouvons même plus exclure
a priori l’hypothèse stratégique d’une Amérique agressant
des démocraties, récentes ou anciennes. Avec un tel schéma
nous réconcilions — non sans une certaine malice il est
vrai — les « idéalistes » anglo-saxons qui attendent de la

démocratie libérale la fin des conflits militaires et les « réalistes
» de même culture qui perçoivent le champ des relations
internationales comme un espace anarchique peuplé
d’États agressifs dans l’éternité des siècles. Admettant que
la démocratie libérale mène à la paix, nous admettons aussi
que son dépérissement peut ramener la guerre. Même si la
loi de Doyle est vraie, il n’y aura pas de paix perpétuelle
d’esprit kantien.

Un modèle explicatif

Je vais développer dans cet essai un modèle explicatif
formellement paradoxal, mais dont le coeur se résume assez
simplement : au moment môme où le monde découvre la
démocratie et apprend à se passer politiquement de l’Amérique,
celle-ci tend à perdre ses caractéristiques démocratiques
et découvre qu’elle ne peut se passer économiquement
du monde.
La planète est donc confrontée à une double inversion :
inversion du rapport de dépendance économique entre le
monde et les États-Unis; inversion de la dynamique démocratique,
désormais positive en Eurasie et négative en
Amérique.
Ces processus socio-historiques lourds étant posés, on
peut comprendre l’étrangeté apparente des actions américaines.
L’objectif des États-Unis n’est plus de défendre un
ordre démocratique et libéral qui se vide lentement de sa
substance en Amérique même. L’approvisionnement en
biens divers et en capitaux devient primordial : le but stratégique
fondamental des États-Unis est désormais le contrôle
politique des ressources mondiales.
Cependant, la puissance économique, militaire et idéologique
déclinante des États-Unis ne leur permet pas de

maîtriser effectivement un monde devenu trop vaste, trop
peuplé, trop alphabétisé, trop démocratique. La mise au
pas des obstacles réels à l’hégémonie américaine, les vrais
acteurs stratégiques que sont la Russie, l’Europe et le
Japon, est un objectif inaccessible parce que démesuré.
Avec ceux-là, l’Amérique doit négocier, et le plus souvent
plier. Mais elle doit trouver une solution, réelle ou fantasmatique,
à son angoissante dépendance économique ; elle
doit rester au moins symboliquement au centre du monde,
et pour cela mettre en scène sa « puissance », pardon, sa
« toute-puissance ». Nous assistons donc au développement
d’un militarisme théâtral, comprenant trois éléments
essentiels :
— Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour
justifier l’action militaire indéfinie de l’« unique superpuissance
» à l’échelle planétaire.
— Se fixer sur des micropuissances — Irak, Iran, Corée
du Nord, Cuba, etc. La seule façon de rester politiquement
au coeur du monde est d’« affronter » des acteurs mineurs,
valorisant pour la puissance américaine, afin d’empêcher,
ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances
majeures appelées à partager avec les États-Unis le
contrôle de la planète : l’Europe, le Japon et la Russie à
moyen terme, la Chine à plus long terme.
— Développer des armes nouvelles supposées mettre les
Etats-Unis « loin devant », dans une course aux armements
qui ne doit jamais cesser.
Cette stratégie fait certes de l’Amérique un obstacle nouveau
et inattendu à la paix du monde, mais elle n’est pas
d’une ampleur menaçante. La liste et la taille des pays cibles
définit objectivement la puissance de l’Amérique, capable
au plus d’affronter l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord ou Cuba.
Il n’y a aucune raison de s’affoler et de dénoncer l’émergence

 d’un empire américain qui est en réalité en cours de
décomposition, une décennie après l’empire soviétique.
Une telle représentation des rapports de force planétaires
conduira naturellement à quelques propositions
d’ordre stratégique, dont le but ne sera pas d’accroître les
gains de telle ou telle nation, mais de gérer au mieux pour
toutes le déclin de l’Amérique.

CHAPITRE 1
Le mythe du terrorisme universel

suite…

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Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis


 
Auteurs : Mearsheimer John – Walt Stephen
Ouvrage : Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis
Année : 2007

Depuis ces dernières décennies, et en particulier depuis la Guerre des Six Jours en 1967, la pièce
maîtresse de la politique Moyenne-Orientale des Etats-Unis a été sa relation avec Israel. La combinaison du
soutien constant à Israel et de l’effort lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflamé l’opinion
Arabe et Islamique et a compromis non seulement la sécurité des Etats-Unis mais celle d’une grande partie du
reste du monde. Cette situation n’a pas d’égal dans l’histoire politique américaine.
Pourquoi les Etats-Unis ont-ils été prêts à mettre de côté leur propre sécurité et celle de plusieurs de leurs
alliés pour soutenir les intérêts d’un autre Etat?
On pourrait supposer que la relation entre les deux pays était basée sur des intérêts stratégiques communs
ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces interprétations ne peut expliquer le niveau
remarquable du soutien matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.
Au lieu de cela, l’impulsion de la politique des Etats-Unis dans la région dérive presque entièrement de la
politique domestique, et en particulier des activités du ‘Lobby Israélien’. D’autres groupes avec des intérêts
particuliers sont parvenus à biaiser la politique étrangère, mais aucun lobby n’est parvenu à la détourner aussi
loin de ce que l’intérêt national pourrait suggérer, tout en convainquant simultanément les Américains que les
intérêts des Etats-Unis et ceux de l’autre pays – dans ce cas-ci, Israel – sont essentiellement identiques.
Depuis la Guerre d’Octobre 1973, Washington a fourni à Israel un niveau de soutien en diminuant ce qui
était donné aux autres états. Israel a été le plus grand bénéficiaire de l’aide économique directe et de l’assistance
militaire annuelles depuis 1976, et est au total le plus grand bénéficiaire depuis la Seconde Guerre Mondiale,
pour un montant de plus de 140 milliards de dollars (en 2004).
Israel reçoit environ 3 milliards de dollars par an en aide directe, soit environ un cinquième du budget de
l’aide étrangère, et une somme d’environ 500 dollars par an par Israélien. Cette largesse heurte particulièrement
depuis qu’Israel est maintenant un Etat industriel riche avec un revenu par personne à peu près égal à celui de la
Corée du Sud ou de l’Espagne.
D’autres bénéficiaires obtiennent leur argent par des acomptes trimestriels, mais Israel reçoit la totalité de
sa dotation au début de chaque exercice budgétaire et peut donc empocher dessus des intérêts.

La plupart des bénéficiaires de l’aide attribuée à des fins militaires doivent la dépenser en totalité aux
Etats-Unis, mais Israel est autorisé à utiliser environ 25% de son attribution pour subventionner sa propre
industrie de la défense.
C’est le seul bénéficiaire qui n’a pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend pratiquement
impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la
construction de colonies en Cisjordanie.
D’ailleurs, les Etats-Unis ont fourni à Israel presque 3 milliards de dollars pour développer des systèmes
d’armements, et lui ont donné l’accès des armements top niveau comme les hélicoptères Blackhawk et les jets F-
16.
En conclusion, les Etats-Unis donnent à Israel l’accès aux renseignements qu’ils refusent à ses alliés de
l’OTAN et ferment les yeux sur l’acquisition par Israel d’armes nucléaires.
Washington fournit également à Israel un soutien diplomatique constant. Depuis 1982, les Etats-Unis ont
mis leur véto à 32 résolutions du Conseil de sécurité critiquant Israel, soit plus que l’ensemble des vétos formulés
par tous les autres membres du Conseil de sécurité.
Il bloque les efforts des Etats Arabes pour mettre l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA. Les
Etats-Unis viennent à la rescousse en temps de guerre et prennent le parti d’Israel dans les négociations de paix.
L’Administration Nixon l’a protégé contre la menace d’une intervention soviétique et l’a réapprovisionné
pendant la guerre d’Octobre.
Washington s’est profondément impliqué dans les négociations qui ont mis fin à cette guerre, comme
pendant toute la durée du processus ‘étape-par-étape’ qui a suivi, tout comme il a joué un rôle clé dans les
négociations qui ont précédé et suivi les Accords d’Oslo de 1993.
Dans chaque cas, il y avait des frictions occasionnelles entre les responsables américains et israéliens,
mais les Etats-Unis ont uniformément soutenu la position israélienne.
Un participant américain à Camp David en 2000 a dit ensuite : ‘Beaucoup trop souvent, nous agissions . .
. en tant qu’avocat d’Israel.’
En conclusion, l’ambition de l’Administration Bush de transformer le Moyen-Orient a au moins en partie
pour but l’amélioration de la situation stratégique d’Israel.
Cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si Israel possédait des atouts stratégiques
vitaux ou s’il y avait une raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de ces explications
ne convainc. On pourrait arguer du fait qu’Israel était un atout pendant la guerre froide.
En servant de représentant de l’Amérique après 1967, il a aidé à contenir l’expansion soviétique dans la
région et a infligé des défaites humiliantes aux clients de l’Union Soviétique comme l’Egypte et la Syrie.
Il a de temps en temps aidé à protéger d’autres alliés des Etats-Unis (comme le Roi Hussein de Jordanie)
et ses prouesses militaires ont forcé Moscou à dépenser plus pour soutenir ses propres Etats-clients.
Il a également fourni des renseignements utiles sur les capacités soviétiques.
Le soutien à Israel ne fut pas bon marché, cependant, il a compliqué les relations de l’Amérique avec le
monde Arabe.
Par exemple, la décision de donner 2,2 milliards de dollars en aide militaire d’urgence pendant la Guerre
d’Octobre a déclenché un embargo sur le pétrole de l’OPEP qui a infligé des dégâts considérables sur les
économies occidentales.
Pour tout cela, les forces armées israéliennes n’étaient pas en mesure de protéger les intérêts américains
dans la région.
Les Etats-Unis n’ont pas pu, par exemple, compter sur Israel quand la révolution iranienne en 1979
soulevait des inquiétudes au sujet de la sécurité des approvisionnements en pétrole, et ils ont dû créer leur propre
Force de Déploiement Rapide.

La première Guerre du Golfe a montré à quel point Israel devenait un fardeau stratégique. Les Etats-Unis
ne pouvaient pas utiliser des bases israéliennes sans rompre la coalition anti-Irakienne, et ont dû détourner des
ressources (par exemple des batteries de missiles Patriot) pour empêcher que Tel Aviv fasse quoi que ce soit qui
pourrait nuire à l’alliance contre Saddam Hussein.
L’Histoire s’est répétée en 2003 : bien qu’Israel soit pressé d’une attaque de l’Irak par les Etats-Unis, Bush
ne pouvait pas lui demander de l’aide sans déclencher une opposition Arabe. Ainsi Israel est encore resté sur la
ligne de touche.
Au début des années 90, et encore plus après le 11 septembre, le soutien des Etats-Unis a été justifié par
l’affirmation que les deux Etats étaient menacés par des groupes terroristes originaires du monde Arabe et
Musulman, et par des ‘Etats voyous’ qui soutiennent ces groupes et qui sont à la recherche d’armes de destruction
massive.
Cela signifiait que non seulement Washington devait laisser les mains libres à Israel face aux Palestiniens
et de ne pas insister pour qu’il fasse des concessions jusqu’à ce que tous les terroristes palestiniens soient
emprisonnés ou morts, mais que les Etats-Unis devaient s’en prendre à des pays comme l’Iran et la Syrie.
Israel est donc vu comme un allié crucial dans la guerre contre le terrorisme, parce que ses ennemis sont
les ennemis de l’Amérique.
En fait, Israel est un handicap dans la guerre contre le terrorisme et dans l’effort plus large de s’occuper
des Etats voyous.
Le ‘terrorisme’ n’est pas un seul adversaire, mais une stratégie utilisée par un grand nombre de groupes
politiques. Les organisations terroristes qui menacent Israel ne menacent pas les Etats-Unis, sauf quand ils
interviennent contre eux (comme au Liban en 1982).
D’ailleurs, le terrorisme palestinien n’est pas une violence dirigée par hasard contre Israel ou ‘l’Occident’;
c’est en grande partie une réponse à la campagne prolongée d’Israel pour coloniser la Cisjordanie et la Bande de
Gaza.
Plus important, dire qu’Israel et les Etats-Unis sont unis par une menace terroriste commune a derrière un
lien de cause à effet : les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce qu’ils sont de si
proches alliés d’Israel, et non le sens inverse.
Le soutien à Israel n’est pas la seule source du terrorisme anti-Américain, mais il est important, et cela
rend la guerre contre le terrorisme plus difficile à gagner. On ne doute pas que de nombreux chefs d’Al-Qaida, y
compris Osama bin Laden, sont motivés par la présence d’Israel à Jérusalem et par la situation difficile des
Palestiniens. Le soutien inconditionnel à Israel aide les extrémistes à rallier un soutien populaire et à attirer des
recrues.
Quant aux prétendus Etats voyous du Moyen-Orient, ils ne sont pas une grande menace pour les intérêts
vitaux des Etats-Unis, sauf dans la mesure où ils sont une menace pour Israel.
Même si ces Etats acquerraient des armes nucléaires – ce qui est évidemment indésirable – ni l’Amérique
ni l’Israel ne pourrait faire l’objet d’un chantage, parce que le maître-chanteur ne pourrait pas mettre la menace à
exécution sans souffrir de représailles terribles.
Le danger d’un approvisionnement en nucléaire aux terroristes est également écarté, parce qu’un Etat
voyou ne pourrait pas être sûr que le transfert ne serait pas détecté ou qu’il ne serait pas blâmé et puni ensuite.
La relation avec Israel rend réellement aux Etats-Unis la tache plus difficile pour s’occuper de ces états.
L’arsenal nucléaire d’Israel est l’une des raisons pour lesquelles une partie de ses voisins désire des armes
nucléaires, et les menacer d’un changement de régime ne peut qu’augmenter ce désir.

Une dernière raison pour remettre en cause la valeur stratégique d’Israel, c’est qu’il ne se comporte pas
comme un allié fidèle.
Les responsables israéliens ignorent fréquemment les demandes américaines et renoncent à leurs
promesses (y compris les engagements à cesser la construction de colonies et à s’abstenir ‘d’assassinats ciblés’ de
responsables palestiniens).
Israel a fourni une technologie militaire sensible à des rivaux potentiels comme la Chine, dans ce que
l’inspecteur-général du Département d’Etat a appelé ‘un modèle systématique et croissant des transferts non
autorisés’.
Selon le General Accounting Office, Israel a également ‘mené des opérations d’espionnage plus agressives
contre les Etats-Unis que n’importe quel allié’.
En plus du cas de Jonathan Pollard, qui a donné à Israel de grandes quantités de matériel secret au début
des années 80 (qu’il aurait transmis à l’Union soviétique en échange de visas de sortie supplémentaires pour les
juifs soviétiques), une nouvelle polémique a éclaté en 2004 quand il a été révélé qu’un haut responsable du
Pentagone appelé Larry Franklin avait passé des informations secrètes à un diplomate israélien.
Israel n’est pas le seul pays qui espionne les Etats-Unis, mais sa bonne volonté à espionner ses principaux
protecteurs font plus que douter de sa valeur stratégique.
La valeur stratégique d’Israel n’est pas le seul problème. Ses supporters arguent également du fait qu’il
mérite un soutien total parce qu’il est faible et entouré d’ennemis; c’est une démocratie; les Juifs ont souffert des
crimes du passé et méritent donc un traitement spécial; et la conduite d’Israel a été moralement supérieure à celle
de ses adversaires.
A y regarder de près, aucun de ces arguments n’est persuasif. Il y a une forte raison morale pour soutenir
l’existence d’Israel, mais elle n’est pas en péril.
D’un point de vue objectif, sa conduite passée et présente n’offre aucune base morale pour le privilégier
face aux Palestiniens.
Israel est souvent dépeint comme David confronté à Goliath, mais l’inverse est plus proche de la vérité.
Contrairement à la croyance populaire, les Sionistes avaient des forces plus grandes, mieux équipées et
mieux dirigées pendant la guerre d’Indépendance de 1947-49, et les Forces de Défense Israélienne ont gagné des
victoires rapides et faciles contre l’Egypte en 1956 et contre l’Egypte, la Jordanie et la Syrie en 1967 – tout cela
avant que l’immense aide américaine commence à affluer.
Aujourd’hui, Israel est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient.
Ses forces conventionnelles sont de loin supérieures à celles de ses voisins et c’est le seul Etat dans la
région qui possède des armes nucléaires.
L’Egypte et la Jordanie ont signé des traités de paix avec lui, et l’Arabie Saoudite a offert de le faire.
La Syrie a perdu son protecteur soviétique, l’Irak a été dévasté par trois guerres désastreuses et l’Iran est à
des milliers de kilomètres.
Les Palestiniens ont à peine une force de police efficace, encore moins une armée qui pourrait constituer
une menace pour Israel.
Selon une estimation du Centre Jaffee pour les Etudes Stratégiques de l’université de Tel Aviv en 2005,
‘l’équilibre stratégique favorise décidément Israel, qui continue à élargir le fossé qualitatif entre ses propres
capacités militaires et son pouvoir de dissuasion et celles de ses voisins.’
Si soutenir l’opprimé était un motif irrésistible, les Etats-Unis soutiendrait les adversaires d’Israel.
Qu’Israel soit une démocratie amie entourée par des dictatures hostiles ne peut pas expliquer le niveau
actuel de l’aide: il y a beaucoup de démocraties dans le monde, mais aucune ne reçoit un soutien aussi
somptueux.
Les Etats-Unis ont par le passé renversé des gouvernements démocratiques et soutenu des dictateurs
quand cela pouvait faire avancer ses intérêts – ils ont de bonnes relations avec un certain nombre de dictatures
aujourd’hui.
Quelques aspects de la démocratie israélienne sont en désaccord avec les valeurs de base des Américains.

À la différence des Etats-Unis, où les gens sont censés avoir une égalité des droits indépendamment de
leur race, leur religion ou leur appartenance ethnique, Israel a été explicitement fondé en tant qu’Etat Juif et la
citoyenneté est basée sur le principe de la parenté de sang.
Etant donné ceci, il n’est pas étonnant que ses 1,3 millions d’Arabes soient traités comme des citoyens de
seconde zone, ou qu’une récente commission du gouvernement israélien ait constaté qu’Israel se comporte d’une
façon ‘négligeante et discriminatoire’ envers eux.
Son statut démocratique est également miné par son refus d’accorder aux Palestiniens leur propre Etat
viable ou l’intégralité de leurs droits politiques.
Une troisième justification est l’histoire de la souffrance des Juifs dans l’Occident Chrétien, en particulier
pendant l’Holocauste.
Puisque les Juifs ont été persécutés pendant des siècles et qu’ils ne peuvent se sentir en sécurité que dans
une patrie juive, beaucoup de gens pensent maintenant qu’Israel mérite un traitement spécial de la part des Etats-
Unis.
La création du pays était assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre les Juifs,
mais cela a également provoqué des nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les Palestiniens.
Cela avait été bien compris par les premiers responsables d’Israel. David Ben-Gurion avait indiqué à
Nahum Goldmann, le président du Congrès Juif Mondial :
Si j’étais un leader Arabe je ne signerais jamais un accord avec Israel. C’est normal: nous avons pris leur
pays. . . Nous venons d’Israel, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est pour eux? Il y a eu l’antisémitisme,
les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose: nous
sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter cela?
Depuis lors, les responsables israéliens ont à plusieurs reprises cherché à dénié les ‘ambitions nationales’
des Palestiniens.
Quand elle était Premier Ministre, Golda Meir a fait cette fameuse remarque : ‘Il n’y a jamais eu ce qu’on
appelle les Palestiniens.’
La pression de la violence extrémiste et la croissance de la population palestinienne ont forcé les
responsables israéliens au désengagement de la bande de Gaza et à envisager d’autres compromis territoriaux,
mais même Yitzhak Rabin ne voulait pas offrir aux Palestiniens un Etat viable.
La soi-disant ‘offre généreuse d’Ehud Barak’ à Camp David leur aurait donné seulement un ensemble de
Bantustans désarmés sous contrôle israélien.
L’histoire tragique des Juifs n’oblige pas les Etats-Unis à aider Israel aujourd’hui quoi qu’il fasse.
Les supporter d’Israel le dépeignent également comme un pays qui a cherché la paix dès qu’il pouvait et
qui a montré beaucoup de retenue même lorsqu’il était provoqué. On dit que les Arabes, en revanche, agissent
avec une grande méchanceté.
Pourtant sur le terrain, les actes d’Israel ne se distinguent pas de ceux de ses adversaires.
Ben-Gurion a reconnu que les premiers Sionistes étaient loin d’être bienveillants envers les Arabes
palestiniens, qui ont résisté à leurs usurpations – ce qui est à peine étonnant, étant donné que les Sionistes
essayaient de créer leur propre Etat sur la terre Arabe.
De la même manière, la création d’Israel en 1947-48 a impliqué des actes de nettoyage ethnique, y
compris des exécutions, des massacres et des viols par des Juifs, et la conduite ultérieure d’Israel a souvent été
brutale, démentant tout supériorité morale.
Entre 1949 et 1956, par exemple, forces de sécurité israéliennes ont tué entre 2700 et 5000 Arabes qui
revenaient en s’infiltrant, la grande majorité d’entre eux n’étaient pas armés.
L’IDF a assassiné des centaines de prisonniers de guerre égyptiens dans les guerres de 1956 et 1967, alors
qu’en 1967, il expulsait entre 100.000 et 260.000 Palestiniens de la Cisjordanie nouvellement conquise, et ont
conduit 80.000 Syriens hors des Hauteurs du Golan.

Pendant le premier intifada, l’IDF distribuait à ses troupes des matraques et les encourageait à briser les os
des protestataires palestiniens.
La section Suédoise de Save the Children a estimé qu’entre ‘23.600 et 29.900 enfants ont eu besoin de
soins médicaux pour leurs blessures suite aux tabassages lors des deux premières années de l’Intifada.’ Presque
d’un tiers d’entre eux étaient âgés de 10 ans ou moins.
La réponse au Second Intifada a été bien plus violente, menant Ha’aretz à déclarer que ‘l’IDF. . . se
transforme en machine à tuer dont l’efficacité inspire la crainte, et choque pourtant.’ L’IDF a tiré un million de
balles pendant les premiers jours du soulèvement.
Depuis lors, pour chaque Israélien perdu, Israel a tué 3,4 Palestiniens, dont la majorité était des
spectateurs innocents; la proportion entre les enfants Palestiniens et les enfants Israéliens tués est encore plus
élevée (5,7 pour 1).
Il est également intéressant de garder à l’esprit que les Sionistes utilisaient des bombes terroristes pour
faire partir les Anglais de la Palestine, et que Yitzhak Shamir, au début, terroriste et ensuite Premier Ministre,
avait avoué que ‘ni l’éthique juive ni la tradition juive ne peut éliminer le terrorisme comme moyens de combat.’
Le recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas étonnant. Les Palestiniens pensent
qu’ils n’ont aucune autre moyen de forcer les Israéliens à faire des concessions.
Comme Ehud Barak l’a un jour admis, s’il était né Palestinien, il ‘aurait rejoint une organisation terroriste’.
Donc, si ni les arguments stratégiques ni les arguments moraux ne peuvent expliquer le soutien de
l’Amérique à Israel, comment allons-nous l’expliquer?
L’explication est le pouvoir inégalé du Lobby Israélien. Nous utilisons ‘Le Lobby’ comme raccourci pour
la coalition lâche d’individus et d’organisations qui travaille activement pour orienter la politique étrangère des
Etats-Unis dans une direction pro-Israélienne.
Ceci n’est pas censé suggérer que ‘Le Lobby’ est un mouvement uni avec une direction générale, ou que
les individus qui en font partie ne sont pas en désaccord sur certaines questions.
Tous les Américains Juifs ne font pas partie du Lobby, parce que Israel n’est pas un sujet proéminent pour
bon nombre d’entre eux.
Dans une enquête de 2004, par exemple, environ 36% des Juifs Américains ont déclaré qu’ils étaient ‘pas
très’ ou ‘pas du tout’ émotionnellement attachés à Israel.
Les Américains juifs diffèrent également sur des politiques israéliennes spécifiques.
Plusieurs des principales organisations du Lobby, telles que le Comité aux Affaires Publiques Américano-
Israélienne (AIPAC) et la Conférence des Présidents des principales Organisations Juives, sont dirigées par des
intransigeants qui soutiennent généralement la politique expansionniste du parti du Likud, y compris son hostilité
au processus de paix d’Oslo.
La majeure partie des Juifs Américains est par contre plus encline à faire des concessions aux
Palestiniens, et quelques groupes – tels que Jewish Voice for Peace – préconisent fortement de telles initiatives.
En dépit de ces différences, les modérés et les intransigeants sont tous en faveur d’un soutien absolu à
Israel.
Sans surprise, les leaders Juifs Américains consultent souvent les responsables israéliens, pour s’assurer
que leurs actions font avancer les objectifs israéliens.
Comme l’a écrit un activiste d’une importante organisation juive, ‘Nous disons souvent : « C’est notre
politique sur une certaine question, mais nous devons vérifier ce que pensent les Israéliens. » Nous, en tant que
communauté, le faisons tout le temps.’ Il y a un gros préjudice à critiquer la politique israélienne, et faire
pression sur Israel est considéré comme hors de question.

Edgar Bronfman Sr, Président du Congrès Juif Mondial, a été accusé de ‘perfidie’ quand il a écrit une
lettre au Président Bush mi-2003 l’invitant à persuader Israel de limiter la construction de sa ‘barrière de sécurité
‘controversée.
Ses critiques ont dit que ‘Il est toujours obscene que le président du Congrès Juif Mondial incite le
président des Etats-Unis à résister à la politique promue par le gouvernement israélien.’
De même, quand le président du forum politique d’Israel, Seymour Reich, a conseillé à Condoleezza Rice
en novembre 2005 de demander à Israel de rouvrir un passage des frontières critique dans la bande de Gaza, son
action a été dénoncée comme ‘irresponsable’: ‘Il n’y a’, ont dit ses critiques, ‘absolument aucune place dans le
principal courant juif pour une prospection active contre la politique liée à la sécurité . . d’Israel.’
Reculant devant ces attaques, Reich a annoncé que ‘le mot « pression » n’est pas dans mon vocabulaire
quand il s’agit d’Israel.’
Les Américains juifs ont créé un nombre impressionnant d’organisations pour influencer la politique
étrangère Américaine, dont l’AIPAC, la plus puissante et la mieux connue.
En 1997, le magazine Fortune a demandé à des membres du Congrès et à leurs équipes d’énumérer les
Lobbies les plus puissants à Washington.
L’AIPAC a été placée en seconde place derrière l’Association Américaine des Retraités (AARP), mais
devant de l’AFL-CIO and la National Rifle Association.
Une enquête du journal Nationale en mars 2005 a tiré la même conclusion, en plaçant l’AIPAC en seconde
place (à égalité avec l’AARP) dans le « classement des muscles » à Washington.
Le Lobby comprend également des Evangélistes Chrétiens bien connus comme Gary Bauer, Jerry Falwell,
Ralph Reed et Pat Robertson, tou comme Dick Armey et Tom Delay, d’anciens chefs de la majorité à la
Chambre des Représentants, tous croient que la renaissance d’Israel est l’accomplissement d’une prophétie
biblique et soutiennent son agenda expansionniste; agir autrement, pensent-ils, seraient contraires à la volonté de
Dieu.
Des gentils (Non-Juifs) Néo-conservateurs tels que John Bolton; Robert Bartley, l’ancien rédacteur de
journal Wall Street; William Bennett, l’ancien secrétaire de l’éducation; Jeane Kirkpatrick, ancien ambassadeur
de l’ONU; et l’influent chroniqueur George Will sont également des fermes défenseurs.
La forme du gouvernement américain offre aux activistes de nombreuses façons d’influencer le processus
politique. Les groupes d’intérêt peuvent inciter les représentants élus et les membres du bureau exécutif,
apportent des contributions de campagne, votent aux élections, tentent de façonner l’opinion publique etc…
Ils apprécient une quantité disproportionnée d’influence quand ils s’engagent sur une question à laquelle la
majeure partie de la population est indifférente.
Les politiciens auront tendance à satisfaire ceux qui s’intéressent au sujet, même si leurs nombres sont
petits, persuadés que le reste de la population ne les pénalisera pas pour avoir agi ainsi.
Dans son fonctionnement de base, le Lobby Israélien n’est pas différent du Lobby des fermiers, de celui
des Syndicats de l’acier ou du textile, ou d’autres Lobbies ethniques. Il n’y a rien d’abusif concernant le fait que
les Juifs Américains et leurs alliés Chrétiens essayent d’influencer la politique américaine : les activités du Lobby
ne sont pas une conspiration telle qu’elle est représentée dans des appareils comme les Protocoles des Sages de
Sion.
Pour la plupart, les individus et les groupes qui en font partie font seulement ce que d’autres groupes
d’intérêt font, mais le font beaucoup mieux. En revanche, les groupes d’intérêt pro-Arabes, pour autant qu’ils
existent, sont faibles, ce qui rend la tâche encore plus facile au Lobby Israélien.

Le Lobby poursuit deux larges stratégies.

D’abord, il utilise son influence significative à Washington, en faisant pression sur le Congrès et le bureau
exécutif. Quelque soit l’opinion d’un législateur ou d’un politicien, le Lobby tente de faire que le soutien à Israel
soit le ‘bon’ choix.
En second lieu, il tâche de s’assurer que le discours public dépeigne Israel sous un jour positif, en répétant
des mythes au sujet de sa création et en défendant son point de vue dans des débats politiques. Le but est
d’empêcher que des commentaires critiques puissent obtenir une audience équitable dans l’arène politique.
Le contrôle de la discussion est essentiel pour garantir le soutien américain, parce qu’une discussion
sincère sur les relations Américano-Israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une politique
différente.
Un pilier clé de l’efficacité du Lobby est son influence au Congrès, où Israel est pratiquement immunisé
de critique. C’est en soi remarquable, parce que le Congrès lance rarement des sujet contestables.
Quand Israel est concerné, cependant, les critiques potentielles disparaissent. Une raison est que certains
principaux membres sont des Sionistes Chrétiens comme Dick Armey, qui a dit en septembre 2002 : ‘Ma priorité
numéro 1 dans la politique étrangère est de protéger Israel.’ On pourrait penser que la priorité numéro 1 de tout
membre du Congrès devrait être de protéger l’Amérique.
Il y a également des sénateurs et des membres du Congrès Juifs qui travaillent pour s’assurer que la
politique étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israel.
Une autre source du pouvoir du Lobby est son utilisation du personnel du Congrès pro-Isralien. Comme
l’a admis un jour Morris Amitay, un ancien chef de l’AIPAC : ‘Il y a beaucoup de types à des postes de cadres ici
‘- sur Capitol Hill – ‘qui s’avèrent justement être juifs, qui sont disposés. . . à voir certains sujets en termes de
leur appartenance à la communauté Juive. . . Ce sont tous des types qui sont en mesure de prendre une décision
dans ces domaines pour ces sénateurs. . . On peut vous mener une vie affreuse juste au niveau de l’équipe.’
Cependant, l’AIPAC lui-même, forme le coeur de l’influence du Lobby au Congrès.
Son succès est dû à sa capacité de récompenser les législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent
son ordre du jour, et de punir ceux qui le défient.
L’argent est critique dans les élections américaines (comme nous le rappelle le scandale sur les affaires
douteuses du lobbyiste Jack Abramoff), et l’AIPAC s’assure que ses amis obtiennent lune forte aide financière
des nombreux comités d’action politique pro-Israéliens.
Toute personne qui est vue comme hostile à Israel peut être sûre que l’AIPAC orientera des contributions
de campagne à ses adversaires politiques.
L’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de lettres et encourage les rédacteurs de journaux
à approuver les candidats pro-Israéliens.
Il n’y a aucun doute sur l’efficacité de ces stratégies.
Voici un exemple : aux élections de 1984, l’AIPAC a aidé à battre le sénateur Charles Percy de l’Illinois,
qui, selon un haut responsable du Lobby, avait montré ‘de l’insensibilité et même de l’hostilité envers nos
intérêts’.
Thomas Dine, le chef de l’AIPAC à l’époque, a expliqué ce qui s’est produit : ‘Tous les Juifs en Amérique,
d’une côte à l’autre, se sont réunis pour évincer Percy. Et les politiciens américains – ceux qui occupent des
positions publiques maintenant, et ceux qui y aspirent – ont reçu le message.’
L’influence de l’AIPAC sur la Colline du Capitole va même encore plus loin. Selon Douglas Bloomfield,
un ancien membre de la direction de l’AIPAC, ‘Il est commun pour les membres du Congrès et leurs équipes de
se tourner d’abord vers l’AIPAC quand ils ont besoin d’information, avant d’appeler la Bibliothèque du Congrès,
le Service de Recherches du Congrès, le personnel du comité ou des experts en matière d’administration.’
Plus important, il note que l’AIPAC ‘est souvent invité à rédiger des discours, à travailler sur la législation,
à conseiller sur des stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors et des votes de marshal’.

Le résultat est que l’AIPAC, agent d’un gouvernement étranger, a la mainmise sur le Congrès, avec
comme conséquence : la politique américaine envers Israel n’y est pas discutée, bien que cette politique ait des
conséquences importantes pour le monde entier.
En d’autres termes, une des trois principales branches du gouvernement est fermement investie dans le
soutien à Israel.
Comme le remarquait un ancien sénateur Démocrate, Ernest Hollings, en quittant le bureau, ‘Vous ne
pouvez pas avoir une politique israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.’
Ou comme ce qu’a dit un jour Ariel Sharon à un public américain : ‘Quand les gens me demandent
comment ils peuvent aider Israel, je leur dis : « Aidez l’AIPAC. » ‘
Grâce en partie à l’influence qu’ont les électeurs juifs sur les élections présidentielles, le lobby a également
un pouvoir significatif sur l’Exécutif.
Bien qu’ils constituent moins de 3% de la population, ils font de grosses donations de campagne aux
candidats des deux partis. Le Washington Post a par le passé estimé que les candidats Démocrates à l’élection
présidentielle ‘dépendent des partisans Juifs qui fournissent au moins de 60% de l’argent’.
Et parce que les électeurs juifs ont des taux élevés de personnes présentes et sont concentrés dans les Etats
clés comme la Californie, la Floride, l’Illinois, New York et la Pennsylvanie, les candidats à la présidence vont
loin pour ne pas les contrarier.
Les principales organisations du Lobby travaillent à s’assurer que les critiques d’Israel n’obtiennent pas de
postes importants en politique étrangère.
Jimmy Carter voulait que George Ball soit son premier Secrétaire d’Etat, mais il savait que Ball était
connu comme un critique d’Israel et que le Lobby s’opposerait à sa nomination.
De cette façon, tout aspirant politicien est encouragé à devenir un défenseur d’Israel manifeste, c’est
pourquoi les critiques publics de la politique israélienne sont devenus des espèces en danger dans l’establishment
de la politique étrangère.
Quand Howard Dean a appelé les Etats-Unis à prendre rôle ‘un plus équitable’ dans le conflit Arabo-
Israélien, le sénateur Joseph Lieberman l’a accusé de vendre Israel et a dit que sa déclaration était ‘irresponsable’.
Pratiquement tous les principaux Démocrates à la Chambre des Représentants ont signé une lettre
critiquant les remarques de Dean, et le Chicago Jewish Star a rapporté que : ‘Des attaquants anonymes. . .
encombrent les boites mails des responsables Juifs du pays, pour prévenir – sans beaucoup de preuve – que Dean
serait plutôt mauvais pour Israel.’
Cette inquiétude était absurde; Dean est, en fait, tout à fait pro-Israélien : son co-responsable de
campagne était un ancien président de l’AIPAC, et Dean a déclaré que ses propres opinions sur le Moyen-Orient
étaient plus proches de celles de l’AIPAC que celles des plus modérés que sont Americans for Peace Now.
Il avait simplement suggéré que ‘en réunisant les deux parties’, Washington agirait en tant qu’intermédiaire
honnête. C’est difficilement une idée radicale, mais le Lobby ne tolère pas l’impartialité.
Pendant l’Administration Clinton, la politique Moyen-Orientale était en grande partie façonnée par des
responsables ayant des liens étroits avec Israel ou d’importantes organisations pro-israéliennes; parmi eux,
Martin Indyk, l’ancien directeur adjoint de la Recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du pro-israélien
Washington Institute for Near East Policy (WINEP); Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le
gouvernement en 2001; et Aaron Miller, qui a habité en Israel et visite souvent le pays.
Ces hommes étaient parmi les conseillers les plus proches de Clinton au sommet de Camp David en juillet
2000.
Bien que tous les trois soutenaient le processus de paix d’Oslo et privilégiaient la création d’un état
palestinien, ils l’ont fait seulement dans les limites de ce qui semblerait acceptable pour Israel. La délégation
américaine a pris ses consignes auprès d’Ehud Barak, a coordonné à l’avance avec Israel ses positions de
négociation, et n’a pas offert de propositions indépendantes.
Sans surprise, les négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils ‘étaient en pourparlers avec deux équipes
israéliennes – l’une affichant un drapeau israélien, et l’autre un drapeau américain ‘.

La situation est bien plus prononcée dans l’Administration Bush, dont les rangs comprenaient des avocats
aussi fervents de la cause israélienne comme Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, I. Lewis (‘Scooter’)
Libby, Richard Perle, Paul Wolfowitz et David Wurmser.
Comme nous le verrons, ces responsables ont uniformément poussé pour des politiques privilégiées par
Israel et soutenues par des organisations du Lobby.
Le Lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à
remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent.
En conséquence, les organisations pro-Israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions qui font
tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.
La perspective du Lobby règne dans les médias traditionnels : ‘le débat parmi les experts du Moyen-
Orient’, écrit le journaliste Eric Alterman : ‘est dominé par des gens qui ne peuvent pas imaginer critiquer Israel’.
Il énumère 61 ‘chroniqueurs et commentateurs sur lesquels on peut compter pour soutenir Israel par
réflexe et sans qualification’.
En revanche, il a trouvé seulement cinq experts qui critiquent uniformément les actions israéliennes ou
approuvent les positions arabes.
Les journaux publient de temps en temps des articles d’invités critiquant la politique israélienne, mais
l’équilibre de l’opinion favorise clairement l’autre côté. Il est difficile d’imaginer un média traditionnel aux Etats-
Unis publier un article comme celui-ci.
‘Shamir, Sharon, Bibi – tout ce que veulent ces types me semble très bien’ a un jour remarqué Robert
Bartley. Il n’est pas étonnant que, son journal, le Wall Street Journal, ainsi que d’autres journaux importants
comme le Chicago Sun-Times et le Washington Times, publient régulièrement des éditoriaux qui soutiennent
fortement Israel. Des magazines comme le Commentary, le New Republic and le Weekly Standard défendent
Israel à chaque fois.
On trouve également des éditoriaux partiaux dans des journaux comme le New York Times qui critique de
temps en temps la politique israélienne et concède parfois que les Palestiniens ont des revendications légitimes,
mais il n’est pas équitable.
Dans ses mémoires, l’ancien directeur de la rédaction du journal, Max Frankel, reconnaît l’impact que sa
propre attitude a eu sur ses décisions éditoriales : ‘J’ai été bien plus profondément dévoué à Israel que j’ai osé
l’affirmer. . . Enrichi par ma connaissance d’Israel et de mes amitiés là-bas, j’ai moi-même écrit la plupart de
nos commentaires sur le Moyen-Orient. Comme l’ont reconnu plus de lecteurs Arabes que de Juifs, je les ai
écrits d’une perspective pro-Israélienne.’
Les nouveaux reportages sont plus équitables, en partie parce que les journalistes tâchent d’être objectifs,
mais également parce qu’il est difficile de couvrir des événements dans les Territoires Occupés sans reconnaître
les actions d’Israel sur le terrain.
Pour décourager les reportages défavorables, le Lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des
manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-Israélien.
Un directeur de CNN a dit qu’il reçoit parfois 6000 messages emails en une seule journée pour se plaindre
d’une histoire.
En mai 2003, le pro-israélien Committee for Accurate Middle East Reporting in America (CAMERA) a
organisé des manifestations à l’extérieur des stations de National Public Radio dans 33 villes; il a également
essayé de persuader les donateurs de suspendre le soutien au NPR jusqu’à ce que sa couverture Moyen-Orientale
devienne plus sympathique à Israel.
La station du NPR de Boston, WBUR, aurait perdu plus de 1 million de dollars de contributions suite à
ces efforts.
D’autres pressions sur la NPR sont venues des amis d’Israel au Congrès, qui ont demandé un audit interne
de sa couverture Moyen-Orientale ainsi que plus de surveillance.
Le côté israélien domine également les think tanks qui jouent un rôle important dans le façonnage du
débat public ainsi que dans la politique actuelle. Le Lobby a créé son propre think tank en 1985, quand Martin
Indyk a aidé à créer WINEP.

Bien que WINEP garde secret ses liens avec Israel, en affirmant qu’il fournit une perspective « équilibrée
et réaliste » sur les questions du Moyen-Orient, il est financé et dirigé par des individus profondément engagés
dans la progression de l’agenda d’Israel.
Cependant, l’influence du Lobby se prolonge bien au delà de WINEP,. Au cours des 25 dernières années,
les forces pro-israéliennes ont installé une présence dominante à l’American Enterprise Institute, au Brookings
Institution, au Center for Security Policy, au Foreign Policy Research Institute, à l’Heritage Foundation, à
l’Hudson Institute, à l’Institute for Foreign Policy Analysis et au Jewish Institute for National Security Affairs
(JINSA)..
Ces think tanks emploient peu ou pas du tout de critiques du soutien américain à Israel.
Prenons le Brookings Institution. Pendant de nombreuses années, son principal expert sur le Moyen-
Orient était William Quandt, un ancien fonctionnaire du NSC avec une réputation bien-méritée d’impartialité.
Aujourd’hui, la couverture de Brookings est menée par le Saban Center for Middle East Studies, qui est financé
par Haim Saban, un homme d’affaires Israélo-Américain et Sioniste ardent. Le directeur du centre est
l’omniprésent Martin Indyk. Ce qui était par le passé un institut de politique indépendant fait maintenant partie
du chorus pro-Israélien.
Là où le Lobby a eu la plus grosse difficulté est dans l’étouffement du débat sur les campus d’université.
Dans les années 90, quand le processus de paix d’Oslo était en cours, il y avait seulement une légère
critique d’Israel, mais elle s’est développée avec l’effondrement d’Oslo et l’accès au pouvoir de Sharon, devenant
très tonitruante quand l’IDF a réoccupé la Cisjordanie au printemps 2002 et qu’elle a utilisé une force énorme
pour maitriser le deuxième intifada.
Le Lobby a agi immédiatement pour  »reprendre les campus ‘.
Des nouveaux groupes ont pris naissance, comme la Caravan for Democracy, qui a fait venir des
intervenants israéliens dans les universités américaines. Des groupes établis comme le Jewish Council for Public
Affairs et Hillel s’y sont joints, et un nouveau groupe, l’Israel on Campus Coalition, a été constitué pour
coordonner les nombreux organismes qui cherchent maintenant à aborder le cas d’Israel.
En conclusion, l’AIPAC a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions
dans les universités et pour former de jeunes avocats, dans le but ‘d’augmenter énormément le nombre d’étudiants
impliqués sur les campus. . . dans le cadre de l’effort national pro-Israélien’.
Le Lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent.
En septembre 2002, Martin Kramer et Daniel Pipes, deux néo-conservateurs passionément pro-Israéliens,
ont créé un site internet (Campus Watch) qui affichent des dossiers sur des universitaires suspects et encouragent
les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israel.
Cette tentative transparente de mettre sur une liste noire et d’intimider les professeurs a provoqué une
sévère réaction et Pipes et Kramer ont plus tard enlevé les dossiers, mais le site internet invite toujours les
étudiants à rapporter toute activité  »anti-Israélienne ».
Des groupes du Lobby ont fait pression sur des universitaires et des universités particuliers.
Colombia a été une cible fréquente, sans aucun doute en raison de la présence du défunt Edward Said dans
son corps enseignant. ‘On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par
l’éminent critique littéraire Edward Said récolterait des centaines d’email, de lettres et de compte-rendus
journalistiques nous invitant à dénoncer Said et soit à le sanctionner ou à lui tirer dessus’ rapportait Jonathan
Cole, son ancien principal.
Quand Colombia a recruté l’historien Rashid Khalidi de Chicago, la même chose s’est produite.
Ce fut un problème que Princeton a également affronté quelques années plus tard quand il a envisagé
courtiser Khalidi pour qu’il parte de Colombia.
Une illustration classique de l’effort pour maintenir l’ordre dans le milieu universitaire s’est produite vers
la fin 2004, quand le Projet David a produit un film alléguant que les membres du corps enseignant du

programme d’études Moyen-Orientales de Colombia étaient antisémites et intimidaient les étudiants juifs qui se
positionnaient pour Israel.
Colombia a été sur des charbons ardents, mais un comité du corps enseignant qui a été assigné pour
enquêter sur les accusations n’a trouvé aucune preuve d’anti-sémitisme et le seul incident probablement notable
était qu’un professeur ‘avait répondu âprement’ à la question d’un étudiant.
Le comité a également découvert que les universitaires en question avaient été eux-mêmes la cible d’une
campagne manifeste d’intimidation.
L’aspect peut-être le plus inquiétant dans tout cela, ce sont les efforts faits par les groupes juifs pour
pousser le Congrès à établir des mécanismes pour surveiller ce que disent les professeurs.
S’ils parviennent à le faire voter, des universités jugées avoir une tendance anti-israélienne pourraient se
voir refuser un financement fédéral. Leurs efforts n’ont pas encore réussi, mais cela indique l’importance placée
sur le contrôle du débat.
Un certain nombre de philanthropes Juifs ont récemment créé des programmes d’Etudes d’Israel (en plus
des environ 130 programmes d’études Juifs existants déjà) afin d’augmenter le nombre d’élèves amis d’Israel sur
les campus.
En mai 2003, NYU a annoncé la création du Taub Center for Israel Studies; des programmes semblables
ont été créés à Berkeley, Brandeis et Emory.
Les administrateurs universitaires soulignent leur valeur pédagogique, mais la vérité est qu’ils ont en
grande partie pour objectif de favoriser l’image d’Israel.
Fred Laffer, directeur de la Taub Foundation, indique clairement que sa fondation a financé le centre de
NYU pour aider à contrer ‘le point de vue [sic] Arabe’ qu’il pense être répandu dans les programmes Moyen-
Orientaux de NYU.
Aucune discussion sur le Lobby ne serait complète sans examen d’une de ses armes plus puissantes:
l’accusation d’anti-sémitisme.
Toute personne qui critique les actions d’Israel ou argue du fait que les groupes pro-Israéliens ont une
influence significative sur la politique Moyen-Orientale des Etats-Unis – un hommage à l’influence de l’AIPAC –
a une forte chance d’être traitée d’antisémite.
En effet, toute personne qui affirme simplement qu’il y a un Lobby Israélien court le risque d’être accusée
d’anti-sémitisme, bien que les médias israéliens fassent référence au ‘Lobby Juif’ en Amérique.
En d’autres termes, le Lobby se vante d’abord de son influence et attaque ensuite toute personne qui attire
l’attention sur lui. C’est une stratégie très efficace: l’anti-sémitisme est quelque chose dont personne ne veut être
accusé.
Les Européens ont été plus disposés que les Américains à critiquer la politique israélienne, ce que certains
attribuent à une réapparition de l’anti-sémitisme en Europe. ‘Nous arrivons à un point’, déclarait l’ambassadeur
américain auprès de l’Union Européenne début 2004, ‘qui est aussi mauvais que ce qui se passait dans les années
30’.
Mesurer l’anti-sémitisme est une chose compliquée, mais le poids des preuves montrent la direction
opposée.
Au printemps 2004, quand les accusations d’anti-sémitisme européen se sont répandues en Amérique, des
sondages d’opinion publique européenne séparés menés par l’Anti-Defamation League basée aux Etats-Unis et le
Pew Research Center for the People and the Press ont constaté qu’en fait il diminuait. Dans les années 30, en
revanche, l’anti-sémitisme était non seulement répandu parmi les Européens de toutes classes mais était
considéré comme tout à fait acceptable.
Le Lobby et ses amis dépeignent souvent la France comme le pays le plus antisémite d’Europe. Mais en
2003, le chef de la communauté juive française a déclaré que la ‘France n’était pas plus antisémite que
l’Amérique.

Selon un article récent paru dans Ha’aretz, la police française a rapporté que les incidents antisémites
avaient diminué de près de 50% en 2005; et cela bien que la France ait la plus grande population Musulmane
d’Europe.
En conclusion, quand un juif français a été assassiné à Paris le mois dernier par un gang Musulman, des
dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour condamner l’anti-sémitisme. Jacques
Chirac et Dominique de Villepin ont tous les deux assisté à l’office commémoratif de la victime pour montrer
leur solidarité.
Personne ne nierait qu’il y a de l’anti-sémitisme parmi les Musulmans Européens, en partie provoquée par
la conduite d’Israel envers les Palestiniens et une partie parce qu’il y a tout simplement du racisme. Mais c’est
une question séparée avec peu de relation avec si oui ou non l’Europe est aujourd’hui comme l’Europe des années
30.
Personne ne nierait qu’il reste quelques antisémites autochtones virulents en Europe (comme il y en a aux
Etats-Unis) mais ils ne sont pas nombreux et leurs opinions sont rejetées par la grande majorité des Européens.
Quand ils sont pressés d’aller au delà de la seule affirmation, les avocats d’Israel prétendent qu’il y a un
‘nouvel anti-sémitisme’, qui équivaut à une critique d’Israel. En d’autres termes, critiquez la politique israélienne
et vous êtes par définition un antisémite.
Quand le Synode de l’Eglise Anglicane a récemment voté pour désinvestir de Caterpillar Inc. parce qu’il
fabrique des bulldozers utilisés par les Israéliens pour démolir les maisons palestiniennes, le Grand Rabbin s’est
plaint que cela ‘aurait des répercussions les plus défavorables sur. . . les relations entre les Juifs et les Chrétiens
en Grande-Bretagne ‘, tandis que le Rabbin Tony Bayfield,à la tête du Mouvement de Réforme, disait : ‘Il y a un
net problème d’anti-Sioniste – à la limite de l’antisémitisme – des attitudes émergeant de la base et même des
catégories au centre de l’Eglise.’ Mais l’Eglise était simplement coupable de protestation contre la politique du
gouvernement israélien.
Des critiques sont également accusés de tenir Israel à un niveau injuste ou de remettre en cause son droit à
exister. Mais ce sont de fausses accusations aussi. Les critiques occidentaux d’Israel ne remettent presque
jamais en cause son droit à exister : ils remettent en cause son comportement envers les Palestiniens, tout comme
les Israéliens eux-mêmes.
Israel n’est pas non plus jugé injustement. Le traitement des Palestiniens par les Israéliens attire la
critique parce qu’il est contraire aux notions largement admises des droits de l’homme, au droit international et au
principe de l’autodétermination nationale. Et c’est difficilement le seul Etat à avoir affronté de vives critiques
pour ces raisons.
En automne 2001, et particulièrement au printemps 2002, l’Administration Bush a tenté de réduire le
sentiment anti-Américain dans le monde Arabe et de saper le soutien aux groupes terroristes comme Al-Qaida en
stoppant la politiques expansionniste d’Israel dans les Territoires Occupés et en préconisant la création d’un Etat
palestinien.
Bush avait à sa disposition des moyens de persuasion très significatifs. Il aurait pû menacer de réduire le
soutien économique et diplomatique à Israel, et les Américains l’auraient presque certainement soutenu.
Un sondage de mai 2003 indiquait que plus de 60% des Américains étaient disposés à retenir l’aide si
Israel résistait à la pression des Etats-Unis pour régler le conflit, et que le nombre atteignait 70% parmi ‘les
politiquement actifs’.
En effet, 73% ont dit que les Etats-Unis ne devraient pas favoriser l’une ou l’autre partie.
Pourtant, l’Administration n’a pas changé la politique israélienne, et Washington a fini par la soutenir.
Avec le temps, l’Administration a également adopté les propres justifications d’Israel sur sa position, de
sorte que la rhétorique des Etats-Unis a commencé à imiter la rhétorique israélienne. En février 2003, un titre du
Washington Post résumait la situation : ‘Bush et Sharon presque identiques sur la politique du Moyen-Orient.’
La raison principale de ce changement était le Lobby.

L’histoire commence en septembre 2001, quand Bush a commencé à inviter Sharon pour qu’il montre de la
retenue dans les Territoires Occupés. Il l’a également pressé de permettre au Ministre des Affaires Etrangères
israélien, Shimon Peres, de rencontrer Yasser Arafat, quoiqu’il (Bush) ait fortement critiqué le leadership
d’Arafat. Bush a même dit publiquement qu’il soutenait la création d’un état palestinien. Alarmé, Sharon l’a
accusé de tenter ‘d’apaiser les Arabes à nos frais’, en avertissant qu’Israel ‘ne sera pas la Tchécoslovaquie’.
Bush était soi-disant furieux d’avoir été comparé à Chamberlain, et le secrétaire de presse de la Maison
Blanche a qualifié les remarques de Sharon d »inacceptables ‘.
Sharon a présenté des excuses, mais il a rapidement réuni ses forces à celles du Lobby pour persuader
l’Administration et les Américains que les Etats-Unis et Israel affrontaient une menace terroriste commune.
Des responsables israéliens et des représentants du Lobby ont insisté sur le fait qu’il n’y avait aucune
véritable différence entre Arafat et Osama bin Laden : les Etats-Unis et Israel, ont-ils dit, devraient isoler le chef
élu des Palestiniens et ne rien avoir à faire avec lui.
Le Lobby est également allé travailler au Congrès.
Le 16 novembre, 89 sénateurs ont envoyé une lettre à Bush en le félicitant d’avoir refusé de rencontrer
Arafat, mais en demandant également que les Etats-Unis ne retiennent pas Israel de représailles contre les
Palestiniens; l’administration, écrivaient-ils, doit déclarer publiquement qu’elle se tient derrière Israel.
Selon le New York Times, la lettre ‘provenait’ d’une réunion qui s’était déroulée deux semaines auparavant
entre les ‘responsables de la communauté juive américaine et les principaux sénateurs’, en ajoutant que l’AIPAC
avait été ‘particulièrement actif en fournissant des conseils au sujet de la lettre ‘.
Fin novembre, les relations entre Tel Aviv et Washington s’étaient considérablement améliorées. C’était
grâce en partie aux efforts du Lobby, mais également grâce à la victoire initiale de l’Amérique en Afghanistan,
qui a réduit le besoin détecté d’un soutien Arabe dans l’affrontement avec Al-Qaida.
Sharon s’est rendu à la Maison Blanche début décembre et a eu une réunion amicale avec Bush.
En avril 2002, des problèmes ont encore éclaté, après que l’IDF ait lancé l’opération Bouclier Défensif et
qu’il ait repris le contrôle de pratiquement tous les principaux secteurs palestiniens de Cisjordanie.
Bush savait que les actions d’Israel endommageraient l’image de l’Amérique dans le monde Islamique et
mineraient la guerre contre le terrorisme, donc il a exigé que Sharon ‘cesse les incursions et commence le retrait’.
Il a souligné ce message deux jours plus tard, en disant qu’il voulait qu’Israel ‘se retire sans tarder’.
Le 7 avril, Condoleezza Rice, conseiller à la sécurité nationale de Bush à l’époque, a déclaré aux
journalistes : ‘ »sans tarder » signifie sans tarder. Cela signifie maintenant.’ Le même jour, Colin Powell partait
pour le Moyen-Orient afin de persuader toutes les parties de cesser de combattre et de commencer à négocier.
Israel et le Lobby sont entrés en action.
Les membres pro-Israéliens du bureau du vice-président et du Pentagone, ainsi que des experts néoconservateurs
tels que Robert Kagan et William Kristol, ont mis la pression sur Powell. Ils l’ont même accusé
d’avoir ‘pratiquement effacé la distinction entre des terroristes et ces terroristes combattants’.
Bush lui-même était pressé par des leaders Juifs et des évangélistes Chrétiens. Tom DeLay et Dick
Armey étaient particulièrement francs sur la nécessité de soutenir Israel, et DeLay et le chef de la minorité au
Sénat, Trent Lott, se sont rendus à la Maison Blanche pour avertir Bush de ne pas insister.
Le premier signe que Bush cédait est survenu le 11 avril – une semaine après qu’il ait dit à Sharon de
retirer ses forces – quand le secrétaire de presse de la Maison Blanche a dit que le président pensait que Sharon
était ‘un homme de paix’.
Bush a répété cette déclaration publiquement au retour de Powell de sa mission ratée, et a indiqué aux
journalistes que Sharon avait répondu d’une manière satisfaisante à son appel pour un retrait total et immédiat.
Sharon n’avait jamais fait une telle chose, mais Bush ne voulait plus en faire un problème.
En attendant, le Congrès se préparait également à soutenir Sharon.
Le 2 mai, il a passé outre les objections de l’Administration et a voté deux résolutions réaffirmant un
soutien à Israel. (Le vote du Sénat était de 94 contre 2; la version de la Chambre des Représentants a été votée
par 352 contre 21.)
Les deux résolutions affirmaient que les Etats-Unis ‘se positionnent solidaires d’Israel’ et que les deux
pays étaient, pour citer la résolution de la Chambre, ‘maintenant engagés dans une lutte commune contre le
terrorisme ‘. La version de la Chambre condamnait également ‘le soutien continu et la coordination du terrorisme

par Yasser Arafat’, qui a été dépeint comme une partie centrale du problème de terrorisme. Les deux résolutions
ont été élaborées avec l’aide du Lobby.
Quelques jours plus tard, une délégation bipartite du Congrès d’une mission exploratoire sur Israel a
déclaré que Sharon devrait résister à la pression américaine pour négocier avec Arafat.
Le 9 mai, un sous-comité de dotation de la Chambre s’est réuni pour envisager de donner à Israel 200
millions de dollars supplémentaires pour combattre le terrorisme.
Powell s’y est opposé mais le Lobby l’a soutenu et Powell a perdu.
En bref, Sharon et le Lobby s’en sont pris au président des Etats-Unis et ont triomphé. Hemi Shalev, un
journaliste du journal israélien Ma’ariv, a rapporté que les collaborateurs de Sharon ‘ne pouvaient pas cacher leur
satisfaction en raison de l’échec de Powell. Sharon a regardé le Président Bush dans le blanc des yeux, se sontils
vantés, et le président a baissé les yeux le premier.’ Mais c’étaient les champions d’Israel aux Etats-Unis, non
Sharon ou Israel, qui ont joué un rôle clé dans la défaite de Bush.
La situation a peu changé depuis lors. L’administration Bush a toujours refusé de traiter avec Arafat.
Après sa mort, elle a embrassé le nouveau responsable palestinien, Mahmoud Abbas, mais n’a pas fait beaucoup
pour l’aider.
Sharon a continué à développer son plan pour imposer un règlement unilatéral aux Palestiniens, basé sur
le ‘désengagement’ de Gaza couplé à l’expansion continue en Cisjordanie. En refusant de négocier avec Abbas et
en faisant en sorte qu’il lui soit impossible de fournir des avantages réels aux Palestiniens, la stratégie de Sharon
a contribué directement à la victoire électorale du Hamas.
Avec le Hamas au pouvoir, Israel a une autre excuse pour ne pas négocier. L’administration américaine a
soutenu les actions de Sharon (et celles de son successeur, Ehud Olmert).
Bush a même approuvé les annexations unilatérales israéliennes dans les Territoires Occupés, inversant la
politique déclarée de tout président depuis Lyndon Johnson.
Les responsables américains ont légèrement critiqué quelques actions israéliennes, mais n’ont pas fait
grand chose pour aider à la création d’un Etat palestinien viable.
Sharon a ‘accroché Bush autour de son petit doigt’, a déclaré l’ancien conseiller à la sécurité nationale,
Brent Scowcroft, en octobre 2004.
Si Bush essaye d’éloigner les Etats-Unis d’Israel, ou même de critiquer des actions israéliennes dans les
Territoires Occupés, il est sûr d’avoir à affronter la colère du Lobby et de ses défenseurs au Congrès.
Les candidats Démocrates à l’élection présidentielle comprennent que ce sont des choses de la vie, c’est la
raison pour laquelle John Kerry s’est donné beaucoup de mal pour montrer un soutien sans faille à Israel en 2004,
et c’est pourquoi Hillary Clinton fait la même chose aujourd’hui.
Maintenir un soutien américain à la politique d’Israel contre les Palestiniens est essentiel en ce qui
concerne le Lobby, mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. Il veut également que l’Amérique aide Israel à rester
la puissance régionale dominante.
Le gouvernement israélien et les groupes pro-Israéliens aux Etats-Unis ont travaillé ensemble pour
façonner la politique de l’administration envers l’Irak, la Syrie et l’Iran, ainsi que son grand programme pour
réorganiser le Moyen-Orient.
La pression d’Israel et du Lobby n’était pas le seul facteur derrière la décision d’attaquer l’Irak en mars
2003, mais elle était critique.
Quelques Américains pensent que c’était une guerre pour le pétrole, mais il y a peu de preuve directe pour
soutenir cette affirmation. Au lieu de cela, la guerre a été motivée, en grande partie, par un désir de rendre Israel
plus sûr.
Selon Philip Zelikow, un ancien membre du Foreign Intelligence Advisory Board du Président, le
directeur exécutif de la Commission du 11 septembre, et maintenant conseiller de Condoleezza Rice, la ‘véritable
menace’ de l’Irak n’était pas une menace pour les Etats-Unis. ‘la menace non dite’ était la ‘menace pour Israel’, a
déclaré Zelikow devant un public de l’université de Virginie en septembre 2002. ‘Le gouvernement américain,’

a-t’il ajouté, ‘ne veut pas trop appuyer là-dessus de façon rhétorique, parce que ce n’est pas un argument
populaire.’
Le 16 août 2002, 11 jours avant que Dick Cheney lance la campagne pour la guerre avec un discours
devant les Vétérans des Guerres Etrangères, le Washington Post indiquait qu »’Israel poussait les responsables
américains à ne pas retarder une attaque militaire contre l’Irak de Saddam Hussein.’ Grâce à cela, selon Sharon,
la coordination stratégique entre Israel et les Etats-Unis a atteint ‘des dimensions sans précédent’, et les
responsables des renseignements israéliens ont donné à Washington une variété de rapports alarmants au sujet
des programmes du WMD de l’Irak.
Comme l’a dit plus tard un général à la retraite israélien : ‘Les renseignements israéliens étaient associés à
part entière dans l’image présentée par les renseignements Americains et Britanniques concernant les capacités
non conventionnelles de l’Irak.’
Les leaders israéliens furent profondément affligés quand Bush a décidé de demander l’autorisation du
Conseil de sécurité pour la guerre, et furent encore plus inquiets quand Saddam a accepté de laisser entrer des
inspecteurs de l’ONU. ‘La campagne contre Saddam Hussein est un must’ a déclaré Shimon Peres aux
journalistes en septembre 2002. ‘Les inspections et les inspecteurs sont bons pour les gens honorables, mais les
gens malhonnêtes peuvent surmonter facilement des inspections et des inspecteurs.’
Au même moment, Ehud Barak écrivait un éditorial dans le New York Times avertissant que ‘le plus
grand risque se situe maintenant dans l’inaction.’
Son prédécesseur en tant que Premier Ministre, Binyamin Netanyahu, publiait un article semblable dans le
Wall Street Journal, intitulé : ‘La question du Renversement de Saddam’. ‘Aujourd’hui il n’y a rien d’autre à faire
que de démanteler son régime,’ déclarait-il. ‘Je crois pouvoir parler pour la majorité écrasante des Israéliens en
soutenant une frappe préventive contre le régime de Saddam.’
Ou comme Ha’aretz l’a rapporté en février 2003, ‘Le leadership militaire et politique aspire à une guerre en
Irak.’
Comme l’a suggéré Netanyahu, pourtant, le désir d’une guerre n’était pas limité aux leaders israéliens.
Indépendamment du Kowéit, que Saddam avait envahi en 1990, Israel était le seul pays au monde où les
politiciens et le public étaient en faveur de la guerre.
Comme l’observait à l’époque le journaliste Gideon Levy,  »Israel est le seul pays en Occident dont les
responsables soutiennent la guerre sans réserves et où aucune opinion alternative n’est exprimée.’
En fait, les Israéliens étaient tellement va-t’en-guerre que leurs alliés en Amérique leur ont demandé de
réduire leur rhétorique, ou cela serait vu comme si la guerre était engagée au nom d’Israel.
Aux Etats-Unis, la principale force motrice derrière la guerre était une petite bande des néo-conservateurs,
dont beaucoup avaient des liens avec le Likud. Mais les chefs des principales organisations du Lobby prêtaient
leurs voix à la campagne. ‘
Alors que le Président Bush essayait de vendre. . . la guerre en Irak’ rapportait The Forward, ‘les plus
importantes organisations Juives d’Amérique se sont rassemblées pour ne faire qu’un et le défendre. Déclaration
après déclaration, les chefs de la communauté ont souligné la nécessité de débarrasser le monde de Saddam
Hussein et de ses armes de destruction massive.’ L’éditorial continue en disant que :  »L’inquiétude pour la
sécurité d’Israel a été un facteur légitime dans les discussions des principaux groupes juifs.’
Bien que les néo-conservateurs et d’autres leaders du Lobby aient été désireux d’envahir l’Irak, la plus
large communauté juive américaine ne l’était pas. Juste aprés que la guerre ait commencé, Samuel Freedman a
signalé que ‘une compilation des sondages d’opinion dans tout le pays effectué par le Pew Research Center
montre que les juifs sont moins enclins à soutenir la guerre contre l’Irak que la population dans son ensemble,
52% contre 62%.’
En clair, il serait erroné de blâmer la guerre en Irak sur ‘l’influence juive’.
Par contre, c’était en grande partie dû à l’influence du Lobby, et en particulier à celle des néoconservateurs
qui en ont font partie.
Les néo-conservateurs étaient déterminés à renverser Saddam même avant que Bush soit élu président.
Ils ont causé une agitation, début 1998, en publiant deux lettres ouvertes à Clinton, demandant le
renversement de Saddam du pouvoir.

Les signataires, dont beaucoup avaient des liens étroits avec les groupes pro-Israéliens comme le JINSA
ou WINEP, et qui incluaient Elliot Abrams, John Bolton, Douglas Feith, William Kristol, Bernard Lewis,
Donald Rumsfeld, Richard Perle et Paul Wolfowitz, avaient quelques problèmes à persuader l’Administration
Clinton d’adopter l’objectif général d’évincer Saddam. Mais ils ne pouvaient pas vendre une guerre pour
atteindre cet objectif.
Ils ne furent pas non plus capables de générer l’enthousiasme pour envahir l’Irak pendant les premiers
mois de l’Administration Bush. Ils avaient besoin d’aide pour atteindre leur but. Cette aide est arrivée avec le 11
Septembre. Précisément, les événements de ce jour-là ont mené Bush et Cheney à changer de direction et à
devenir de forts partisans d’une guerre préventive.
Lors d’une réunion clé avec Bush à Camp David le 15 septembre, Wolfowitz a préconisé d’attaquer l’Irak
avant l’Afghanistan, quoiqu’il n’y ait eu aucune preuve que Saddam était impliqué dans les attaques contre les
Etats-Unis et que l’on savait que Bin Laden était en Afghanistan.
Bush a rejeté son conseil et a choisi d’aller attaquer l’Afghanistan, mais la guerre avec l’Irak était
maintenant envisagée comme une possibilité sérieuse et le 21 novembre le président a chargé les planificateurs
militaires de développer des plans concrets pour une invasion.
D’autres néo-conservateurs étaient pendant ce temps au travail dans les couloirs du pouvoir. Nous n’avons
pas encore l’histoire complète, mais des professeurs comme Bernard Lewis de Princeton et Fouad Ajami de
Johns Hopkins auraient joué des rôles importants en persuadant Cheney que la guerre était la meilleure option,
cependant des néo-conservateurs de son équipe – Eric Edelman, John Hannah et Scooter Libby, le chef d’Etat-
Major de Cheney et l’un des individus les plus puissants dans l’administration – ont également joué leur rôle.
Début 2002, Cheney avait persuadé Bush; et avec Bush et Cheney à bord, la guerre était inévitable.
A l’extérieur de l’administration, des experts néo-conservateurs n’avaient pas perdu de temps à rendre
l’invasion de l’Irak une chose essentielle pour gagner la guerre contre le terrorisme. Leurs efforts étaient conçus
en partie pour maintenir la pression sur Bush, et pour triompher en partie d’une opposition à la guerre à l’intérieur
et à l’extérieur du gouvernement.
Le 20 septembre, un groupe de proéminents néo-conservateurs et leurs alliés ont publié une autre lettre
ouverte : ‘Même si aucune preuve ne lie directement l’Irak à l’attaque,’ dit-elle, ‘Toute stratégie visant l’extirpation
du terrorisme et ses commanditaires doit inclure un effort déterminé pour renverser Saddam Hussein du pouvoir
en Irak.’
La lettre rappelait également à Bush que  »Israel était et restait l’allié le plus sûr de l’Amérique contre le
terrorisme international.’
Dans la parution du 1er Octobre du Weekly Standard, Robert Kagan et William Kristol demandaient un
changement de régime en Irak dès que les Talibans seraient battus.
Le même jour, Charles Krauthammer arguait dans le Washington Post que lorsque les Etats-Unis auraient
terminé la guerre en Afghanistan, la Syrie devrait être le prochain, suivi de l’Iran et de l’Irak: ‘La guerre contre le
terrorisme se conclura à Bagdad, ‘Quand nous acheverons le régime terroriste le plus dangereux au monde’.
C’était le début d’une campagne de relations publiques implacable pour gagner le soutien d’une invasion
de l’Irak, dont une partie cruciale était la manipulation des renseignements de façon à faire croire que Saddam
constituait une menace imminente.
Par exemple, Libby a fait pression sur les analystes de la CIA pour qu’ils trouvent des preuves pour la
guerre et a aidé à préparer le briefing maintenant critiqué de Colin Powell au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Au Pentagone, le Policy Counter terrorism Evaluation Group était chargé de trouver des liens entre Al-
Qaida et l’Irak que les renseignements avaient soi-disant ratés. Ses deux principaux membres étaient David
Wurmser, un néo-conservateur de la ligne dure, et Michael Maloof, un Libano-Américain très lié à Perle.
Un autre groupe du Pentagone, le soi-disant Bureau des Projets Spéciaux, avait pour tâche de découvrir
des preuves qui pourraient être utilisées pour vendre la guerre.
Il était dirigé par Abram Shulsky, un néo-conservateur avec des liens de longue date avec Wolfowitz, et
ses rangs incluaient des recrues des think tanks pro-Israéliens. Ces deux organisations avaient été créés après le
11 Septembre et rendaient des comptes directement à Douglas Feith.

Comme pratiquement tous les néo-conservateurs, Feith est profondément dévoué à Israel; il a également
des liens avec le Likud depuis longtemps.
Il a écrit des articles dans les années 90 soutenant les colonies et arguant qu’Israel devrait conserver les
Territoires Occupés.
Plus important, avec Perle et Wurmser, il a écrit le rapport célèbre « Clean Break » en juin 1996 pour
Netanyahu, qui venait juste d’être élu Premier Ministre. Entre autres, il a recommandé que Netanyahu ‘se
concentre sur le renversement de Saddam Hussein du pouvoir en Irak – un important objectif stratégique
Israélien’.
Il demandait également qu’Israel prenne des mesures pour réorganiser l’ensemble du Moyen-Orient.
Netanyahu n’a pas suivi leur conseil, mais Feith, Perle et Wurmser encouragèrent bientôt l’administration
Bush à poursuivre ces mêmes objectifs. L
e chroniqueur Akiva Eldar du Ha’aretz a averti que Feith et Perle ‘marchent sur une ligne mince entre leur
loyauté aux gouvernements américains. . . et les intérêts israéliens ‘.
Wolfowitz est également dévoué à Israel. The Forward l’a un jour décrit comme ‘la voix pro-israélienne la
plus « faucon » dans l’administration’, et, en 2002, l’a choisi 1er parmi les 50 notables qui ‘ont consciemment
poursuivi l’activisme Juif ‘.
A peu près au même moment, le JINSA donnait à Wolfowitz son Henry M. Jackson Distinguished Service
Award pour avoir favorisé un fort partenariat entre Israel et les Etats-Unis; et le Jérusalem Post, en le décrivant
comme ‘fortement pro-Israélien’, l’a élu ‘homme de l’année’ en 2003.
En conclusion, un mot bref sur le soutien d’avant-guerre des néo-conservateurs à Ahmed Chalabi, l’exilé
irakien sans scrupules qui dirige le Congrès National Irakien (INC).
Ils ont soutenu Chalabi parce qu’il avait établi des liens étroits avec les groupes Juif-Américains et s’était
engagé à favoriser de bonnes relations avec Israel quand il serait au pouvoir.
C’était précisément ce que les partisans pro-Israéliens du changement de régime voulaient entendre.
Matthew Berger a présenté le contexte de l’histoire dans un journal Juif : ‘L’INC voyait l’amélioration des
relations comme un moyen d’utiliser l’influence juive à Washington et à Jérusalem et d’obtenir un soutien accru à
sa cause. Pour leur part, les groupes juifs voyaient une occasion de préparer le terrain pour de meilleures
relations entre Israel et l’Irak, si et quand l’INC serait impliqué dans le remplacement du régime de Saddam
Hussein.’
Etant donné la dévotion des néo-conservateurs à Israel, leur obsession de l’Irak, et leur influence dans
l’administration Bush, il n’est pas étonnant que beaucoup d’Américains aient suspecté que la guerre ait été conçue
pour favoriser les intérêts israéliens.
En mars dernier, Barry Jacobs de l’American Jewish Committee a reconnu que la croyance qu’Israel et les
néo-conservateurs avaient conspiré pour faire entrer en guerre les Etats-Unis contre l’Irak était ‘dominante’ parmi
les services de renseignements.
Pourtant peu de gens le diraient publiquement, et les la plupart de ceux qui l’ont fait – comme le sénateur
Ernest Hollings et le Représentant James Moran – ont été condamnés pour avoir soulevé la question.
Fin 2002, Michael Kinsley a écrit que : ‘Le manque de débat public au sujet du rôle d’Israel. . . c’est
l’éléphant proverbial dans la pièce.’ La raison de l’hésitation à en parler, a-t’il observé, était la crainte d’être traité
d’un antisémite.
Il y a peu de doutes qu’Israel et le Lobby furent les principaux facteurs dans la décision à partir en guerre.
C’est une décision que les Etats-Unis auraient probablement été loins de prendre sans leurs efforts.
Et la guerre elle-même était prévue pour être seulement la première étape. Un titre en première page du
Wall Street Journal peu de temps après que la guerre ait commencé dit tout : ‘Le Rêve du Président: Non
seulement changer un Régime mais une Région: Une Zone Pro-Américaine, Démocratique est un objectif qui a
des Racines Israéliennes et Néo-Conservatrices.’
Les Forces Pro-Israéliennes sont depuis longtemps intéressées par l’implication plus directe des militaires
américains au Moyen-Orient. Mais elles avaient un succès limité pendant la guerre froide, parce que l’Amérique
agisssait en tant que ‘balancier off-shore’ dans la région.

La plupart des forces désignées pour le Moyen-Orient, comme la Force de Déploiement Rapide, ont été
maintenues ‘au-dessus de l’horizon’ et hors de toute atteinte. L’idée était que les puissances locales se
neutralisent les unes contre les autres – ce qui est pourquoi l’administration Reagan a soutenu Saddam contre
l’Iran révolutionnaire pendant la guerre entre l’Iran et Irak – afin de maintenir un équilibre favorable aux Etats-
Unis.
Cette politique a changé après la première guerre du Golfe, quand l’administration Clinton a adopté une
stratégie ‘de double retenue’. Des forces américaines substantielles seraient postées dans la région afin de
contenir l’Iran et l’Irak, au lieu d’en utiliser une pour maitriser l’autre.
Le père de la double retenue n’était autre que Martin Indyk, qui a, pour la première fois, esquissé la
stratégie en mai 1993 au WINEP et l’a ensuite mise en application en tant qie Directeur pour les Affaires du
Proche Orient et Sud-Asiatiques au Conseil de sécurité nationale.
Au milieu des années 90, il y avait un mécontentement considérable en ce qui concerne la double retenue,
parce qu’elle avait transformé les Etats-Unis en ennemi mortel de deux pays qui se détestaient, et forcait
Washington à porter le fardeau de les contenir tous les deux.
Mais c’était une stratégie que le Lobby favorisait et travaillait activement au Congrès pour qu’elle soit
conservée.
Poussé par l’AIPAC et d’autres forces pro-Israéliennes, Clinton a durçi la politique au printemps 1995 en
imposant un embargo économique sur l’Iran. Mais l’AIPAC et les autres voulaient plus.
Le résultat fut une Loi sur des Sanctions contre l’Iran et la Libye en 1996 qui imposait des sanctions à
toutes les compagnies étrangères qui investissaient plus de 40 millions de dollars pour développer les ressources
de pétrole en Iran ou en Libye.
Comme Ze’ev Schiff, le correspondant militaire de Ha’aretz, le remarquait à l’époque,  »Israel est un
élément minuscule dans le grand complot, mais on ne devrait pas conclure qu’il ne peut pas influencer ceux qui
sont à la tête.’
A la fin des années 90, pourtant, les néo-conservateurs arguaient du fait que la double retenue n’était pas
suffisante’ et qu’un changement de régime en Irak était essentiel. En renversant Saddam et en transformant l’Irak
en démocratie vivante, arguaient-ils, les Etats-Unis déclencheraient un processus de grande envergure de
changement dans l’ensemble du Moyen-Orient.
La même ligne de la pensée était évidente dans l’étude ‘Clean Break’ que les néo-conservateurs avaient
écrits pour Netanyahu. En 2002, quand une invasion de l’Irak était imminente, la transformation régionale était
une profession de foi parmi les cercles néo-conservateurs.
Charles Krauthammer décrit ce grand programme comme l’invention personnelle de Natan Sharansky,
mais les Israéliens parmi toute la classe politique croyaient que le renversement de Saddam changerait le Moyen-
Orient à l’avantage d’Israel. rapportait Aluf Benn dans Ha’aretz (17 février 2003):
Des hauts responsables de l’IDF et des proches du Premier Ministre Ariel Sharon, tel que le conseiller à la
sécurité nationale, Ephraim Halevy, dépeignait une image attrayante du futur merveilleux d’Israel après la guerre.
Ils envisagaient un effet domino, avec la chute de Saddam Hussein suivie des autres ennemis d’Israel. . . Avec
ces leaders disparaîtraient le terrorisme et les armes de destruction massive.
Quand Bagdad est tombé mi-avril 2003, Sharon et ses lieutenants ont commencé à pousser Washington à
viser Damas.
Le 16 avril, Sharon, interviewé dans le Yedioth Ahronoth, appelait les Etats-Unis à faire une pression ‘très
forte ‘sur la Syrie, tandis que Shaul Mofaz, son Ministre de la Défense, interviewé dans Ma’ariv, déclarait : ‘nous
avons une longue liste de questions que nous pensons poser aux Syriens et il est approprié que ce soit fait par
l’intermédiaire des Américains.’
Ephraim Halevy déclarait à un public de WINEP qu’il était maintenant important que les Etats-Unis soient
durs avec la Syrie, et le Washington Post signalait qu’Israel ‘entretenait la campagne’ contre la Syrie en
fournissant aux renseignements américains des rapports sur les actions de Bashar Assad, le président syrien.

Des membres importants du Lobby avaient les mêmes arguments.
Wolfowitz a déclaré que : ‘Il devrait y avoir un changement de régime en Syrie, ‘et Richard Perle a dit à un
journaliste que : ‘Un message court, un message de deux mots’ pourrait être envoyé aux autres régimes hostiles
du Moyen-Orient : ‘Vous êtes prochain.’
Début avril, WINEP a publié un rapport bipartite déclarant que la Syrie ‘ne devrait pas rater le message
que le comportement de pays qui suivent le comportement imprudent, irresponsable et provoquant de Saddam
pourraient finir en partageant son destin ‘.
Le 15 avril, Yossi Klein Halevi écrivait un article dans le Los Angeles Times intitulé : ‘Après, Serrer les
vis de la Syrie’, alors que le lendemain Zev Chafets écrivait un article pour le New York Daily News intitulé : ‘La
Syrie amie des Terroristes a besoin d’un Changement, Aussi’. Pour ne pas être surpassé, Laurent Kaplan écrivait
dans la New Republic le 21 avril qu’Assad était une menace sérieuse pour l’Amérique.
De retour sur la Colline du Capitole, le membre du Congrès Eliot Engel avait réintroduit la Loi sur la
Responsabilité de la Syrie et la Restauration de la Souveraineté Libanaise. Il menacait la Syrie de sanctions si
elle ne se retirait pas du Liban, si elle ne renonçait pas à son WMD et si elle ne cessait pas de soutenir le
terrorisme, et il appelait également la Syrie et le Liban à prendre des mesures concrètes pour faire la paix avec
Israel. Cette législation était fortement approuvée par le Lobby – par l’AIPAC en particulier – et ‘était concue’,
selon le Jewish Telegraph Agency, ‘par certains des meilleurs amis d’Israel au Congrès’.
L’administration Bush était peu enthousiaste à son égard, mais la Loi anti-Syrienne a été votée de façon
écrasante (398 contre 4 dans la Chambre; 89 contre 4 au Sénat), et Bush l’a signée par la loi du 12 décembre
2003.
L’administration elle-même était encore divisée sur la sagesse de viser la Syrie. Bien que les néoconservateurs
aient été désireux de de faire un crochet pour se battre contre Damas, la CIA et le Département
d’Etat étaient opposés à l’idée. Et même après que Bush ait signé la nouvelle loi, il a souligné qu’il irait
lentement pour la mettre en application. Son ambivalence est compréhensible.
D’abord, le gouvernement syrien avait non seulement fourni des renseignements importants au sujet d’Al-
Qaida depuis le 11 septembre : il avait également averti Washington au sujet d’une attaque terroriste prévue dans
le Golfe et avait donné aux enquêteurs de la CIA l’accès à Mohammed Zammar, le supposé recruteur de certains
des pirates de l’air du 11 septembre. Viser le régime d’Assad compromettrait ces connexions précieuses, et
saperait ainsi la guerre plus large contre le terrorisme.
En second lieu, la Syrie n’avait pas été en mauvais termes avec Washington avant la guerre contre l’Irak
(elle avait même voté pour la résolution 1441 de l’ONU), et n’était pas elle-même une menace pour les Etats-
Unis. Jouer au dur avec elle pourrait faire penser que les Etats-Unis ont un appétit insatiable pour se battre
contre les Etats arabes.
Troisièmement, mettre la Syrie en haut de la liste donnerait à Damas une forte incitation pour causer des
problèmes en Irak. Même si on voulait faire pression, il semblerait plus raisonnable de terminer le travail en Irak
d’abord. Pourtant le congrès a insisté pour serrer la vis à Damas, en grande partie en réponse à la pression des
responsables israéliens et des groupes comme l’AIPAC.
S’il n’y avait pas de Lobby, il n’y aurait pas eu de Loi sur la Responsabilité de la Syrie, et la politique
américaine envers Damas serait plus en conformité avec l’intérêt national.
Les Israéliens on tendance à décrire chaque menace par des termes les plus rigides, mais l’Iran est
largement vu comme leur ennemi le plus dangereux parce qu’il est le plus susceptible d’acquérir des armes
nucléaires.
Pratiquement tous les Israéliens considèrent un pays Islamique au Moyen-Orient possédant des armes
nucléaires comme une menace pour leur existence. « l’Irak est un problème. . . Mais vous devriez comprendre
que, si vous me le demandez, aujourd’hui l’Iran est plus dangereux que l’Irak,’ a fait remarquer le Ministre de la
Défense, Binyamin Ben-Eliezer, un mois avant la guerre contre l’Irak.
Sharon a commencé à pousser les Etats-Unis pour qu’ils se confrontent avec l’Iran en novembre 2002,
dans une interview au Times. Décrivant l’Iran comme ‘le centre terroriste mondial’, et enclin à acquérir des
armes nucléaires, il a déclaré que l’administration Bush devrait mettre une forte pression sur l’Iran ‘dès le
lendemain’ de sa conquête de l’Irak.

En avril 2003, Ha’aretz indiquait que l’ambassadeur israélien à Washington réclamait un changement de
régime en Iran. Le renversement de Saddam, notait-il, n’était ‘pas suffisant’. Selon ses mots, l’Amérique ‘doit
poursuivre. Nous avons toujours de grandes menaces de cette magnitude venant de la Syrie, venant d’Iran.’
Les néo-conservateurs, aussi, n’ont pas perdu de temps pour demander un changement de régime à
Téhéran.
Le 6 mai, l’AEI co-organisait une conférence d’une journée sur l’Iran avec Foundation for the Defense of
Democracies et l’Hudson Institute, les deux champions d’Israel. Tous les intervenants étaient fortement pro-
Israéliens, et beaucoup appelaient les Etats-Unis à remplacer le régime iranien par une démocratie.
Comme d’habitude, une pluie d’articles de proéminents néo-conservateurs demandaient de s’en prendre à
l’Iran. « La libération de l’Irak était la première grande bataille pour le futur du Moyen-Orient. . . Mais la
prochaine grande bataille – nous espérons que ce ne sera pas une bataille militaire – sera contre l’Iran. » écrivait
William Kristol dans le Weekly Standard le 12 mai.
L’administration a répondu à la pression du Lobby en travaillant jour et nuit pour arrêter le programme
nucléaire de l’Iran. Mais Washington a eu peu de succès, et l’Iran semble déterminé à avoir un arsenal nucléaire.
En conséquence, le Lobby a intensifié sa pression. Des éditoriaux et d’autres articles avertissent
maintenant des dangers imminents de la puissance nucléaire de l’Iran, précaution contre tout apaisement d’un
régime ‘terroriste ‘, et laissent entendre une sombre action préventive si la diplomatie échouait.
Le Lobby pousse le Congrès à approuver la Loi de Soutien à la Liberté de l’Iran, qui augmenterait les
sanctions existantes. Les responsables israéliens avertissent également qu’ils pourraient prendre une mesure
préventive si l’Iran continue sa recherche nucléaire, des menaces en partie prévues pour maintenir l’attention de
Washington sur la question.
On pourrait arguer qu’Israel et le Lobby n’ont pas eu beaucoup d’influence sur la politique envers l’Iran,
parce que les Etats-Unis ont leurs propres raisons pour empêcher l’Iran d’avoir des armes nucléaires.
Il y a une certaine vérité en cela, mais les ambitions nucléaires de l’Iran ne constituent pas une menace
directe pour les Etats-Unis. Si Washington pouvait vivre avec une Union soviétique nucléaire, une Chine
nucléaire ou même une Corée du Nord nucléaire, il peut vivre avec un Iran nucléaire. Et c’est pourquoi le Lobby
doit maintenir une pression constante sur les politiciens pour qu’ils se confrontent avec Téhéran.
L’Iran et les Etats-Unis seraient difficilement des alliés si le Lobby n’existait pas, mais la politique des
Etats-Unis serait plus tempérée et la guerre préventive ne serait pas une option sérieuse.
Ce n’est pas une surprise si Israel et ses partisans américains veulent que les Etats-Unis s’occupent de
toutes les menaces à la sécurité d’Israel. Si leurs efforts de façonner la politique des Etats-Unis réussissent, les
ennemis d’Israel seront affaiblis ou renversés, Israel aura les mains libres avec les Palestiniens, et les Etats-Unis
feront la majeure partie du combat, en mourant, en reconstruisant et en payant.
Mais même si les Etats-Unis ne transforment pas le Moyen-Orient et se retrouvent en conflit avec un
monde Arabe et Islamique de plus en plus radicalisé, Israel finira protégée par la seule superpuissance au monde.
Ce n’est pas un résultat parfait du point de vue du Lobby, mais il est évidemment préférable à un
éloignement de Washington, ou à l’utilisation de son influence pour forcer Israel à faire la paix avec les
Palestiniens.
Est-ce que le pouvoir du Lobby peut être diminué ?
On voudrait bien le penser, étant donné la débacle de l’Irak, la nécessité évidente de reconstruire l’image
de l’Amérique dans le monde Arabe et Islamique, et les révélations récentes au sujet des responsables de
l’AIPAC passant des secrets du gouvernement américain à Israel.
On pourrait également penser que la mort d’Arafat et l’élection du plus modéré Mahmoud Abbas
entraineraient Washington à faire pression de façon plus forte pour obtenir un accord de paix équitable.

En bref, il y a les raisons suffisantes pour que les leaders se distancent du Lobby et adoptent une politique
Moyen-Orientale plus conforme aux intérêts plus larges des Etats-Unis. En particulier, utiliser la puissance
américaine pour arriver à une paix juste entre Israel et les Palestiniens aiderait à promouvoir la cause de la
démocratie dans la région.
Mais cela ne va pas se produire – de toute façon pas de sitôt. L’AIPAC et ses alliés (y compris les
Sionistes Chrétiens) n’ont aucun adversaire sérieux dans le monde du Lobby. Ils savent qu’il est devenu plus
difficile de défendre Israel aujourd’hui, et ils répondent en s’imposant sur les équipes et en augmentant leurs
activités.
En outre, les politiciens américains restent intensément sensibles aux contributions de campagne et à
d’autres formes de pression politique, et les principaux médias sont susceptibles de rester sympathiques à Israel
quoi qu’il fasse :
L’influence du Lobby cause des problèmes sur plusieurs fronts. Elle augmente le danger terroriste auquel
font face tous les états – y compris les alliés européens de l’Amérique. Elle a rendu impossible la fin du conflit
Israélo-Palestinien, une situation qui donne aux extrémistes un outil recruteur puissant, augmente le réservoir des
terroristes potentiels et des sympathisants, et contribue au radicalisme islamique en Europe et en Asie.
Également inquiétant, la campagne du Lobby pour un changement de régime en Iran et en Syrie pourrait
mener les Etats-Unis à attaquer ces pays, avec des effets potentiellement désastreux. Nous n’avons pas besoin
d’un ‘autre Irak. Àu minimum, l’hostilité du Lobby envers la Syrie et l’Iran rend presque impossible à
Washington de les enrôler dans la lutte contre Al-Qaida et l’insurrection irakienne, où leur aide serait vraiment
nécessaire.
Il y a là aussi une dimension morale.
Grâce au Lobby, les Etats-Unis sont devenus ceux qui ont rendu possible l’expansion israélienne dans les
Territoires Occupés, les rendant complices des crimes perpétrés contre les Palestiniens. Cette situation contredit
les efforts de Washington pour favoriser la démocratie à l’étranger et le rend hypocrite quand il pousse d’autres
états à respecter les droits de l’homme.
Les efforts des Etats-Unis pour limiter la prolifération nucléaire apparaissent également hypocrite étant
donné sa bonne volonté à accepter l’arsenal nucléaire d’Israel qui encourage seulement l’Iran et d’autres à
chercher des capacités semblables.
De plus, la campagne du Lobby pour étouffer le débat concernant Israel est malsain pour la démocratie.
Réduire au silence les sceptiques en organisant des listes noires et des boycotts – ou suggérer que les
critiques sont des antisémites – viole le principe du libre débat dont dépend la démocratie.
L’incapacité du congrès à avoir une véritable discussion sur ces questions importantes paralyse le
processus tout entier de la délibération démocratique. Les partisans d’Israel devraient être libres de le faire et de
défier ceux qui sont en désaccord avec eux, mais les efforts pour étouffer le débat par l’intimidation devraient
être sévèrement condamnés.
En conclusion, l’influence du Lobby a été mauvaise pour Israel.
Sa capacité à persuader Washington de soutenir un agenda expansionniste a découragé Israel de saisir des
occasions – dont un traité de paix avec la Syrie et une application rapide et totale des Accords d’Oslo qui aurait
sauvé la vie des Israéliens et aurait diminué les rangs des extrémistes palestiniens.
Refuser aux Palestiniens leurs droits politiques légitimes n’a certainement pas rendu Israel plus sûr, et la
longue campagne pour tuer ou marginaliser une génération de responsables palestiniens a renforcé des groupes
extrémistes comme le Hamas, et a réduit le nombre de leaders palestiniens qui seraient disposés à accepter un
arrangement juste et capables de le mettre en place. Israel lui-même serait probablement mieux si le Lobby
étaient moins puissant et si la politique américaine était plus équitable.
Il y a pourtant une lueur d’espoir.
Bien que le Lobby reste une force puissante, il est de plus en plus difficile cacher les effets nuisibles de
son influence. Les états puissants peuvent maintenir des politiques imparfaites pendant un certain temps, mais la
réalité ne peut pas être ignorée indéfiniment.

Ce qui est nécessaire, c’est une discussion franche sur l’influence du Lobby et un débat plus ouvert sur les
intérêts des Etats-Unis dans cette région vitale. Le bien-être d’Israel est l’un de ces intérêts, mais l’occupation
continue de la Cisjordanie et de son agenda régional plus large ne le sont pas.
Un débat ouvert exposerait les limites du problème stratégique et moral d’un soutien américain à une seule
partie et pourrait faire évoluer les Etats-Unis vers une position plus conforme à ses propres intérêts nationaux,
aux intérêts des autres états dans la région, et aussi aux intérêts à long terme d’Israel.
10 Mars 2006.
Footnotes
Une version non publiée de cet article est disponible à :
http://ksgnotes1.harvard.edu/Research/wpaper.nsf/rwp/RWP06-011
or at
http://papers.ssrn.com/abstract=891198
John Mearsheimer is the Wendell Harrison Professor of Political Science at Chicago, and the author of
The Tragedy of Great Power Politics.
Stephen Walt is the Robert and Renee Belfer Professor of International Affairs at the Kennedy School of
Government at Harvard. His most recent book is Taming American Power: The Global Response to US Primacy.

Une étude américaine critique la politique proisraélienne
des Etats-Unis

suite…

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Les États-Unis, premiers financiers mondiaux du terrorisme | « Sous nos yeux »


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Depuis la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques, de nombreux auteurs ont mis en évidence le rôle des États-Unis dans le financement du terrorisme international. Cependant, jusqu’à aujourd’hui, il ne s’agissait que d’actions secrètes, jamais assumées sur le moment par Washington. Un pas décisif a été franchi avec la Syrie : le Congrès a voté le financement et l’armement de deux organisations représentant Al-Qaïda. Ce qui était jusque-là un secret de polichinelle devient désormais la politique officielle du « pays de la liberté » : le terrorisme.

En violation des résolutions 1267 et 1373 du Conseil de sécurité, le Congrès des États-Unis a voté le financement et l’armement du Front al-Nosra et de l’Émirat islamique d’Irak et du Levant, deux organisations relevant d’Al-Qaïda et classées comme « terroristes » par les Nations Unies. Cette décision est valide jusqu’au 30 septembre 2014.

La première semaine de la Conférence de paix de Genève 2 aura été pleine de rebondissements. Malheureusement, le public occidental n’en a pas été informé, victime de la censure qui l’opprime.

C’est en effet le principal paradoxe de cette guerre : les images sont l’inverse de la réalité. Selon les médias internationaux, le conflit oppose d’un côté, des États réunis autour de Washington et de Riyad qui prétendent défendre la démocratie et conduire la lutte mondiale contre le terrorisme, de l’autre la Syrie et ses alliés russes, inhibés à force d’être diffamés en dictatures manipulant le terrorisme.

Si tout le monde est conscient que l’Arabie saoudite n’est pas une démocratie, mais une monarchie absolue, la tyrannie d’une famille et d’une secte sur tout un peuple, les États-Unis ont l’image d’une démocratie et mieux encore du « pays de la liberté ».

Or, la principale information de la semaine a été censurée dans l’ensemble des États membres de l’Otan : le Congrès états-unien s’est réuni secrètement pour voter le financement et l’armement des « rebelles en Syrie » jusqu’au 30 septembre 2014. Vous avez bien lu. Le Congrès tient des séances secrètes dont la presse n’a pas le droit de faire mention. C’est pourquoi l’information, originellement publiée par l’agence britannique Reuters [1], a été scrupuleusement ignorée par toute la presse imprimée et audio-visuelle aux États-Unis et la plupart des médias en Europe occidentale et dans le Golfe. Seuls les habitants du « reste du monde » ont eu droit à connaître la vérité.

La liberté d’expression et le droit des citoyens à l’information sont pourtant des préalables à la démocratie. Ils sont mieux respectés en Syrie et en Russie qu’en Occident.

Personne n’ayant lu la loi adoptée par le Congrès, on ignore ce qu’elle stipule exactement. Cependant, il est clair que les « rebelles » en question ne cherchent pas à renverser l’État syrien —ils y ont renoncé—, mais à le « saigner ». C’est pourquoi, ils ne se comportent pas en soldats, mais en terroristes. Vous avez encore bien lu : les États-Unis, prétendument victimes d’Al-Qaïda le 11 septembre 2001 et depuis leaders de la « guerre globale au terrorisme », financent le principal foyer de terrorisme international où agissent deux organisations officiellement subordonnées à Al-Qaïda (le Front al-Nosra et l’Émirat islamique d’Irak et du Levant). Il ne s’agit plus là d’une manœuvre obscure des services secrets, mais d’une loi, pleinement assumée, même si elle a été adoptée à huis clos de manière à ne pas contredire la propagande.

D’un autre côté, on ne voit pas comment la presse occidentale, qui affirme depuis 13 ans qu’Al-Qaïda est l’auteur des attentats du 11-Septembre et ignore la destitution du président George W. Bush ce jour-là par les militaires, pourrait expliquer cette décision à son public. Effectivement, la procédure états-unienne de « Continuité du gouvernement » (CoG) est elle aussi protégée par la censure. De la sorte, les Occidentaux n’ont jamais su que, ce 11 septembre, le pouvoir avait été transféré des civils aux militaires, de 10h du matin jusqu’au soir, que durant cette journée les États-Unis avaient été gouvernés par une autorité secrète, en violation de leurs lois et de leur constitution.

Durant la Guerre froide, la CIA finançait l’écrivain George Orwell lorsqu’il imaginait la dictature du futur. Washington croyait ainsi éveiller les consciences au danger soviétique. Mais en réalité, jamais l’URSS ne ressembla au cauchemar de « 1984  », tandis que les États-Unis en sont devenus l’incarnation.

Le discours annuel de Barack Obama sur l’état de l’Union s’est ainsi transformé en un exceptionnel exercice de mensonge. Devant les 538 membres du Congrès l’applaudissant debout, le président a déclaré : « Une chose ne changera pas : notre détermination à ce que des terroristes ne lancent pas d’autres attaques contre notre pays ». Et encore : « En Syrie, nous soutiendrons l’opposition qui rejette le programme des réseaux terroristes ».

Pourtant, lorsque la délégation syrienne à Genève 2 a soumis à celle sensée représenter son « opposition » une motion, exclusivement basée sur les résolutions 1267 et 1373 du Conseil de sécurité, condamnant le terrorisme, celle-ci l’a rejetée sans provoquer la moindre protestation de Washington. Et pour cause : le terrorisme, c’est les États-Unis, et le délégation de l’« opposition » reçoit ses ordres directement de l’ambassadeur Robert S. Ford, présent sur place.

Robert S. Ford, l’ancien assistant de John Negroponte en Irak. Au début des années 80, Negroponte avait attaqué la révolution nicaraguayenne en engageant des milliers de mercenaires qui, mêlés à quelques collaborateurs locaux, constituèrent les « Contras ». La Cour internationale de Justice, c’est-à-dire le tribunal interne des Nations Unies, condamna Washington pour cette ingérence qui ne disait pas son nom. Puis, dans les années 2000, Negroponte et Ford rejouèrent le même scénario en Irak. Cette fois, il s’agissait d’anéantir la résistance nationaliste en la faisant combattre par Al-Qaïda.

Pendant que les Syriens et la délégation de l’« opposition » discutaient à Genève, à Washington, le président poursuivait son exercice d’hypocrisie et assénait au Congrès qui l’applaudissait mécaniquement : « On lutte contre le terrorisme non seulement à l’aide du renseignement et des opérations militaires, mais aussi en restant fidèles aux idéaux de notre Constitution et en donnant l’exemple au monde (…) Et nous continuerons à travailler avec la communauté internationale pour faire naître l’avenir que mérite le peuple syrien – un avenir sans dictature, sans terreur et sans peur ».

La guerre livrée par l’Otan et le CCG à la Syrie a déjà fait plus de 130 000 morts —selon les chiffres du MI6 diffusés par l’Observatoire syrien des Droits de l’homme—, dont les bourreaux attribuent la responsabilité au peuple qui ose leur résister et à son président, Bachar el-Assad.

Source
Al-Watan (Syrie)